La Lumière électrique
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- La Lumière Électrique
- Journal universel d’Electricité
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- Paris. — Imprimerie générale A. Lahuke, 9, rue de Fleuras
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- LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- JOURNAL UNIVERSEL D’ÉLECTRICITÉ
- Revue Scientifique Illustrée
- Publiée sous la direction scientifique de M. Th. DIJ MON (TEL
- APPLICATIONS DK 'l’ÉLECTRICITÉ
- LUMIÈRE ÉLECTRIQUE - TÉLÉGRAPHIE ET TÉLÉPHONIE
- SCIENCE ÉLECTRIQUE, ETC.
- TOME QUATRIÈM
- PARIS
- AUX BUREAUX DU JOURNAL
- 51 — Rue Vivienne •— S i
- 1881
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- Journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 2 JUILLET 1881 N» Û7
- SOMMAIRE
- Avis aux lecteurs ; le Comité de rédaction. — Les accumulateurs voltaïques d’électricité ; Th. du Moncel. — Le système Brush; F. Géraldy. — De l’application de l’électricité à l’étude des phénomènes qui s’accomplissent dans les cylindres des machines à vapeur; M. Deprez. — Revue des travaux récents en électricité : Loi des propriétés magnétiques. — Effets électriques se manifestant à bord des navires. — Tramway électrique. — Correspondance : Lettre de M. J. Morin. — Lettre de M. M. Deprez. — Dépôt, par M. Tchikoleff, de documents concernant l’invention de la lampe différentielle. — Faits divers.
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Journal Universel d’Électricitè
- PARAISSANT DEUX FOIS PAR SEMAINE
- les Mercredi et Samedi Directeur scientifique : M. Th. DU MONCEL ABONNEMENTS
- France et Algérie.................................50 »
- 11" \one : Europe, États-Unis et
- Canada..........................60 »
- 2“ \one: Inde, Brésil, République Argentine, Pérou, Vènézuéla, Mexique, Japon, etc...........70 »
- L’abonnement est annuel et part du r" Janvier Le numéro : Un franc
- COLLECTIONS
- Année 1879. ... 15 » — Année 1880. ... 20 »
- ANNONCES : Deux francs la ligne
- 5/, rue Vivienne, Paris
- \ L’Administrateur-gérant.
- A. GLENARD
- AVIS AUX LECTEURS
- L’Exposition internationale d'électricité va s’ouvrir le Ier août. On sait que les fondateurs du journal La Lumière Electrique ont été les promoteurs de cette grande entreprise scientifique. Cette situation même nous impose des obligations plus grandes. Le journal entend que ses lecteurs soient complètement renseignés sur tout ce qu’elle renfermera d’intéressant ; il rendra compte des communications scientifiques qui ne pourront manquer d'être faites à ce moment; enfin, il accompagnera ces divers documents de dessins descriptifs et pittoresques en grand nombre.
- En même temps, le journal considère comme un devoir de continuer à suivre, avec une rigoureuse exactitude, le mouvement de la science électrique. Nous estimons qu’il ne nous est pas permis de négliger, même pour une bonne raison, la série des études que nous poursuivons depuis bientôt trois années. De ce côté, la matière n'est pas prés de manquer, elle grandit au contraire tous les jours en quantité comme en intérêt, et l’Exposition n'est pas pour en diminuer l’abondance.
- Il était évidemment impossible de remplir ces obligations en conservant au journal ses dispositions actuelles, et, après
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- en avoir envisagé l’étendue, le comité a pris sans hésitation la mesure qui lui a paru nécessaire pour y suffire.
- A partir du Ier juillet 1881, le journal La Lumière Electrique paraîtra deux fois par semaine, le mercredi et le samedi ; chacun de ces numéros aura le même format et le même nombre de pages que précédemment; le journal est donc absolument doublé.
- Nous n’insisterons point d’avance sur les dessins spéciaux, les plans, renseignements particuliers relatifs à l’Exposition, qui sont déjà en préparation et paraîtront à leur jour. Nous appelons seulement l’attention sur les études préparatoires qui vont trouver place pendant le mois de juillet, où nous nous efforcerons de mettre le lecteur complètement au courant des plus récentes manifestations de la science et de l’industrie électrique, afin de le mettre mieux à même d’examiner l’Exposition avec plaisir et profit.
- Nos abonnés actuels n’auront à subir aucune augmentation de prix pour l’année courante; les abonnements nouveaux, inscrits après le Ier juillet, partiront comme les autres du Ier janvier, et seront reçus aux prix indiqués dans le nouveau tarif ci-joint.
- Aucun journal scientifique dans le monde, nous avons le droit de le constater, n’a atteint la périodicité que nous adoptons, et n’a offert à ses lecteurs la quantité de matière que nous mettons à leur disposition.
- Lorque ce journal a commencé d’exister, les deux points principaux de son programme ont été de ne rien négliger d’utile, et d’étudier toujours dans un esprit de complète impartialité.
- La dernière condition, respectée jusqu’au scrupule, est l’honneur de notre journal et certainement la plus grande part de son succès; quant à la première, nos lecteurs savent une fois de plus que nous ne reculons devant rien pour la remplir dans toute son étendue.
- Le Comité de Rédaction.
- LES
- ' ACCUMULATEURS VOLTAÏQUES
- D’ÉLECTRICITÉ
- Les accumulateurs voltaïques d’électricité sont de date très ancienne, car ils ne sont autre chose que des électrolytes polarisés, dans lesquels on a cherché à développer le plus possible la force électromotrice de polarisation, de manière à produire des courants plus ou moins persistants, dit secondaires, que l’on a cherché dès l’origine à utiliser.
- Il paraîtrait que ce serait Gautherot, physicien français, qui, en 1801, aurait reconnu le premier que des fils de platine ou d’argent, ayant servi à décomposer l’eau salée, jouissaient de la propriété de donner, après avoir été détachés de la pile elle-même, un courant électrique de sens contraire et de courte durée. Mais c’est Ritter qui, en i8o3, s’occupa le plus de ces sortes de courants, et qui chercha à en développer l’action en disposant en batterie un certain nombre d’électrodes ainsi polarisées. Sa pile, qui était une véritable pile secondaire, se composait d’une série de pièces d’or superposées comme les disques zinc-cuivre de la pile de Volta et séparées les unes des autres par des rondelles de drap humectées avec une solution saline. Cette pile inactive par elle-même, après avoir été traversée par le courant d’une pile de Volta, d’un nombre de couples supérieur à celui dont elle était composée, pouvait donner pendant quelque temps un courant de sens opposé à celui de la pile, iét ce courant reçut le nom de courant secondaire.
- Ritter ne se borna pas du reste à l’or pour les rondelles de sa pile, il employa successivement le platine, le cuivre, le laiton, le fer, le bismuth, mais il reconnut que c’était l’or, le platine et l’argent qui donnaient les courants les plus énergiques. En chargeant une pile secondaire de 5o éléments avec une pile de Volta de 100 couples, il put produire la décomposition de l’eau et les diverses actions chimiques et physiologiques propres aux piles ordinaires. Toutefois, ces piles, en raison de leur mauvaise disposition, ne purent être appliquées
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- avantageusement aux recherches scientifiques et à l’industrie; d’ailleurs, à cette époque, on ne se rendait pas bien compte des causes qui étaient en jeu dans ce phénomène, et ce ne fut qu’après les expériences de Yolta, de Marianini et surtout de MM. Becquerel et de la Rive, qu’on put être définitivement fixé à cet égard.
- M. Becquerel ayant en effet démontré qu’on pouvait constituer un couple avec deux lames de platine plongeant dans deux solutions différentes, l’une alcaline, l’autre acide, et la présence de ces corps acides et basiques, autour des électrodes d’un électrolyte, étant une conséquence forcée de l’action électrolytique dans les piles secondaires, on pouvait naturellement en conclure que, après l’action électro-lytique, on se trouvait avoir aux électrodes tous les éléments constitutifs d’un couple voltaïque, qui devait être de sens contraire au courant primitif, puisque la réaction secondaire se faisait en sens ^inverse. Toutefois cette explication, qui pouvait parfaitement convenir dans le cas des dissolutions salines, jusque là employées dans les piles secondaires, ne pouvait plus s’adapter aux cas où les liquides n’étaient plus des combinaisons d’acides et de bases, tels que l’eau par exemple, et c’est en étudiant cette particularité, que M. de la Rive, en 1826, découvrit le phénomène auquel on donna le nom de polarisation électrique.
- Dans l’origine, en effet, on croyait que, sous l’influence du courant primaire, les lames métalliques servant d’électrodes se polarisaient physiquement, c’est-à-dire acquéraient une sorte de charge électrostatique, positive sur l’une des lames, négative sur l’autre lame, et que cette double charge, en s’écoulant, déterminait le courant éphémère que l’on observait et qui fut appelé pour cela courant de polarisation. Mais on ne tarda pas à reconnaître que c’étaient les gaz dégagés sur ces lames et absorbés plus ou moins par elles, qui déterminaient le phénomène, et la découverte de la pile à gaz de Grove vint démontfèr, de la manière la plus complète, l’exactitude de cette hypothèse. Toutefois, les nouvelles recherches entreprises de nos jours montrent que les deux hypothèses peuvent être vraies, et que lès phénomènes sont peut-être encore plus compliqués qu’on ne le suppose généralement. Nous avons vu en effet, dans plusieurs articles insérés dans ce journal, notamment dans ceux que j’ai publiés dans les numéros des i5 novembre et Ier décembre 1880, pages 44g, 468, 481, combien tous ces effets secondaires sont variables suivant les conditions des électrolytes, et la thèse de M. Blondlot le montre encore davantage. Quoi qu’il en soit, ces sortes de courants ont provoqué, depuis l’origine, une foule de recherches très intéressantes auxquelles se rattachent les noms de MM. Faraday, Wheatstone, Becquerel, Schœnbein, Poggendorff, Buff, Beetz, Svamberg, Lenz, Saweljew, Exner, Fitz-Gérald, Gaugain, etc.
- Moi-même je m’en suis beaucoup occupé, et je suis toujours étonné que ceux qui s’occupent des accumulateurs n’aient, pour la plupart, aucune connaissance de tous ces travaux. Le livre de M. Planté pourrait cependant leur donner d’utiles renseignements à cet égard.
- Les piles secondaires ne sont pas restées à l’état de simples appareils de physique, on a cherché à les appliquer depuis longtemps, et plusieurs physiciens ont travaillé à les perfectionner. MM. Thomson et Hjorth les avaient même disposées de manière à fournir des courants assez intenses, et un specimen important de la pile de M. Hjorth avait figuré àl’Exposition de 1867. La batterie de M.Thomson se composait de lames de platine recouvertes d’un dépôt pulvérulent de cette matière, et un dispositif particulier permettait de produire une succession de courants secondaires assez rapprochés pour fournir un courant continu d’une tension supérieure à celle du courant de la pile excitatrice.
- Jusqu’en 1859, on ne se préoccupait guère que des batteries secondaires à lames de platine, et, bien qu’on eût pensé à substituer au platine d’autres métaux, les effets obtenus ne furent pas assez satisfaisants pour qu’on s’y arrêtât. On était d’ailleurs,
- . depuis les recherches de MM. Becquerel, de la Rive et Grove, dans une autre voie, et on ne voulait pas chercher ailleurs que dans les effets de polarisation gazeuse, une force électromotrice de polarisation capable d’engendrer des courants secondaires. C’est seulement en 1859, que M. Planté ayant constaté la grande affinité du peroxyde de plomb pour l’hydrogène, chercha à en tirer parti pour augmenter les effets des piles secondaires, et ce fut dans cet ordre d’idées, qu’il fut conduit à employer des lames de plomb comme électrodes dans les batteries de ce genre. Les résultats qu’il obtint de cette substitution furent tellement étonnants que, longtemps avant de présenter sa pile secondaire à l’Académie, il montrait comme exemple de l’énergie des courants secondaires ainsi produits, ceux qui résultaient de simples fils de plomb immergés dans de l’eau acidulée.
- Je me rappelle encore qu’au moment ou M. Jacobi vint en France pour faire, à l’administration des lignes télégraphiques françaises, l’essai de sa batterie de polarisation, dans le but d’annuler le magnétisme rémanent des électro-aimants télégraphiques et les extra-courants d’ouverture qui en provenaient, M. Planté me disait qu’avec deux simples fils de plomb, il pouvait produire plus d’effet qu’avec toute la batterie de 20 éléments de platine de M. Jacobi. Il prouva, en effet, son dire, car dans des expériences que nous organisâmes, M. Jacobi et moi, chez M. Planté,pour répéter les expériences faites à l’administration télégraphique, nous pûmes reconnaître que, non seulement le couple secondaire à fils de plomb réalisait, beaucoup mieux que la.
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- batterie de platine, le problème que s’était posé M. Jacobi, mais, encore, que l’effet produit était même trop énergique, car, après avoir supprimé le magnétisme rémanent de l’électro-aimant, il déterminait une aimantation en sens inverse qui, pour être annulée, nécessita une dérivation. J’ai publié, dans les diverses éditions de mon Exposé des applications de l'électricité, le dispositif de cette expérience que nous reproduisons, du reste, dans la note ci-dessous (*).
- On doit encore se rappeler l’étonnement, je pourrais même dire l’enthousiasme qui s’est manifesté à l’Académie quand, en 1860, M. Despretz lui présenta la première batterie secondaire de M. Planté, et qu’il montra la quantité considérable d’électricité qu’elle pouvait emmagasiner. Tout le monde en était émerveillé, et, pourtant, cette batterie n’était encore que dans son enfance ; mais quand, par un meilleur système d’isolation des lames de plomb et un commutateur ingénieusement disposé, M. Planté est parvenu, sans déperdition, à charger sa batterie en quantité et à la décharger en tension, quand sous
- (*) Pour obtenir l’effet cherché par M. Jacobi, il suffisait d’introduire une batterie de polarisation dans le circuit, et de faire en sorte que chaque interruption du courant fut suivie immédiatement d’une fermeture directe de ce circuit, ayant pour effet de mettre la pile complètement en dehors de celui-ci. Voici à cet effet, le dispositif qu’il avait adopté :
- B (fig. ci-dessous) est une batterie de platine d’un nombre plus ou moins grand d’éléments ; P, une pile de ligne ; E, l’élec-
- tro-aimant; C, une clef de télégraphe. La batterie B est réunie, d’un côté à l’électro-aimant par le fil de ligne, de l’autre, à la pile et à Ja clef, de manière à correspondre au contact établissant la communication avec la terre à la station C. Cette station est d’ailleurs reliée avec l’électro-aimant E, par la terre, et avec la pile P. Or, voici ce qui arrive quand on transmet. Quand on ferme le circuit de la ligne, le courant de la pile P va de C en E, de E en B et de B en P. La plaque a de la batterie se polarise positivement, la plaque b négativement, de sorte, qu’au moment de l’interruption du circuit, le coui rant de polarisation va de a en E, de E en C et de C en è, c’est-à-dire en sens contraire du courant primitif. Si l’électro-aimant E a conservé son action attractive, celle-ci se trouve donc détruite par le courant secondaire, et comme le courant de polarisation varie d’intensité avec le courant de la pile, les appareils étant une fois convenablement réglés, les effets nuisibles du magnétisme condensé et rémanent se trouvent toujours combattus par une force qui augmente ou diminue avec eux.
- l’influence d’une pile de deux éléments de Bunsen, il put charger une batterie secondaire de douze éléments, de manière à faire rougir un filfin de platine de plus d’un mètre de longueur, ou un fil du même métal de 2 millimètres de diamètre et de 5 à 6 centimètres de longueur, on put croire que cet appareil était destiné à d’importantes applications, et c’est, en effet, ce que la suite démontra. Toutefois, comme M. Planté est avant tout un savant, il s’appliqua surtout à perfectionner sa pile au point de vue delà conversion de l’électricité de quantité en électricité de tension, afin de pouvoir étudier à loisir et presque dans les conditions de la nature, les phénomènes ,électriques atmosphériques et même certains phénomènes cosmiques, sur lesquels il put émettre quelques hypothèses véritablement ingénieuses et intéressantes. La plupart des physiciens qui sont venus à Paris, doivent bien certainement se rappeler encore les magnifiques expériences que M. Planté a répétées plusieurs fois en public, dans son laboratoire de la rue des Tournelles, avec sa pile secondaire de 800 éléments et sa machine rhéostatique qui, appliquée aux courants de cette pile, a pu fournir des étincelles de plusieurs centimètres de longueur. On doit se rappeler également cette charmante expérience, dans laquelle il montrait la formation de la foudre globulaire et des éclairs en chapelet, phénomènes qui paraissaient alors non seulement obscurs, mais même problématiques. Enfin, on doit encore se rappeler ces merveilleux effets lumineux dans lesquels on pouvait voir certaines analogies avec les trombes, les aurores polaires, les effluves en spirale de certaines nébuleuses et quelques autres effets accompagnant. la formation de la grêle. Toutes les expériences faites par M. Planté avec ses batteries secondaires, remplissent- tout un volume intéressant, publié par M. Planté lui-même, et on voudrait maintenant, pour un perfectionnement tout au moins discutable, faire passer sous le nom d’un nouveau venu dans la science électrique, une découverte étudiée depuis plus de vingt ans par son véritable auteur, et qui a réalisé tant de
- résultats importants !..Nous en appelons au bon
- sens public.
- Quant aux applications de la pile secondaire de M. Planté, elles ont été nombreuses, et M. Géraldy en a déjà cité quelques-unes qui sont devenues d’un emploi journalier; mais il en existe bien d’autres qui sont énumérées dans le livre de M. Planté sous les titres suivants :
- Applications à la galvanocaustie, à l’éclairage des cavités obscures du corps humain et des cavités obscures en général, à l’inflammation des mines, aux usages domestiques comme allumoirs (briquet de Saturne), aux freins, électriques pour chemins de fer, à l’analyse eudiométrique de l’air des mines, à la production de signaux lumineux, à la production de la lumière électrique dans quelques cas
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- particuliers, à la division de la lumière électrique, etc., etc. La plupart de ces applications ont été réalisées depuis longtemps, et, en admettant même que l’application à la lumière n’ait pas donné lieu à des expériences bien suivies, cette application est parfaitement indiquée et discutée dans le livre de M. Planté, publié en 1879.
- L’importance de la pile secondaire, considérée comme emmagasineür d’électricité, est depuis longtemps reconnue, et, depuis plusieurs années, on a cherché à en tirer parti industriellement. C’est ainsi qu’en Amérique, MM. Houston et Thomson ont combiné dans ce but une sorte d’accumulateur fondé sur le principe de la pile Callaud, et que nous avons décrit avec dessins dans le numéro du i5 janvier 1880 de ce journal (p. 68). L’action produite dans cette pile par la charge électrique est un dépôt de zinc sur l’une des électrodes qui sont en cuivre, et une formation de sulfate de cuivre autour de l’autre lame, et pour que la solution cuivrée soit bien séparée de la solution de sulfate de zinc sur laquelle agit le courant, les électrodes sont disposées horizontalement l’une au-dessous de l’autre, et c’est l’électrode du dessous qui constitue l’anode. Les auteurs de cette pile trouvent naturellement qu’elle présente beaucoup d’avantages sur celle deM. Planté, mais nous l’avons toujours contesté; dans tous les cas, cette pile secondaire pouvait être regardée comme très différente de celle de M. Planté, ce qui n’est pas le cas de la pile Faure. Mais, voyez jusqu’à quel point cette idée des piles secondaires était dans l’air depuis plusieurs années.. M. C. Var-ley, dans le numéro du 24 janvier de l’Electrician, a revendiqué la priorité, de l’invention de cette pile, prétendant que, depuis longtemps, il l’avait proposée au Post-Office pour être appliquée en télégraphie. « Il serait difficile, disait-il, de trouver un moyen plus efficace et moins coûteux pour envoyer, à un moment donné, des courants très énergiques qui ne sont réclamés qu’à dix heures du matin et à une heure dè l’après-midi, pendant quelques secondes seulement par vingt-quatre heures. » Les éléments de cet accumulateur étaient constitués par des lames de charbon mercurisé et des lames de charbon enduites de zinc amalgamé, plongées dans une solution d’acide sulfurique saturé de sulfate de zinc. Soüs l’influence du courant de charge, du zinc se déposait sur le charbon enduit de l’amalgame de zinc, et du persulfate de mercure sur le charbon mercurisé qui se couvrait en même temps d’oxygène dans un état actif probablement analogue à celui de l’ozone.. Après une charge prolongée assez longtemps, cette batterie était capable, suivant M.Var-ley, dè déterminer entre des pointes de charbon un arc pouvant atteindre 1/2 à 1/4 de pouce pendant vingt minutes, tandis que la batterie de charge ne donnait qu’une faible étincelle entre les mêmes pointes de charbon.
- La même idée a été reprise, au commencement de l’année dernière, par M. d’Arsonval qui a publié.à ce sujet une note intéressante que nous ayons afiâ-lysée dans le numéro du i5 février 1880 de ce journal (p.78); mais, comme on le voit, tous ces savants se sont placés dans des conditions très différentes du système Planté. Aujourd’hui, tous les inventeurs sont en campagne pour essayer de perfectionner la pile PLnté. C’est ainsi que nous voyons M. de Corn’• bettes, qui remplace les lames de plomb de cette pile par des surfaces du même métal constituées par des espèces de spirales serrées de fils de plomb, afin de développer dans un plus petit espace une plus grande surface oxydable. Tous ces dispositifs ne sont que très accessoires, et, si l’on veut faire du nouveau dans ces sortes de générateurs électriques, il faut s’attaquer aux actions chimiques elles-mêmes, et trouver moyen d’obtenir sur l’une des électrodes, par une action électrolytique, un produit susceptible de développer à l’état naissant et conjointement avec celui déterminé à l’autre électrode, une action électrique plus énergique que le peroxyde de plomb sur l’hydrogène. Mais il faut aussi que ce produit soit durable et agisse un certain temps; or, ce double problème est difficile à réaliser. On peut, il est vrai, trouver de ces produits développant une force électromotrice supérieure à celle du peroxyde de plomb, mais l’effet est par trop instantané. Ainsi, j’ai indiqué plusieurs fois dans ce journal (voir t. II, p. 78 et t. III, p. 274) les effets considérables qu’on obtenait des courants secondaires déterminés par des électrolytes dont l’électrode négative était constituée par du mercure, et ayant pour liquides excitateurs des solutions salines. Il se forme alors, sous l’influence de la charge électrique et avec des solutions de chlorhydrate d’ammoniaque, d’eau salée ou de potasse, des amalgames d’ammonium, de sodium ou de potassium qui fournissent une force électromotrice souvent supérieure à 2 volts, principalement le premier; mais l’action ne dure pas assez longtemps pour fournir un accumulateur susceptible d’application. Cependant l’électrolyte constitué avec de l’eau salée est d’une durée plus longue. Ces mêmes effets se produisent encore avec des lames de platine, mais avec un moins grand développement. Ainsi, une lame de platine, substituée au mercure avec une solution de sel ammoniac, donne, après1 l’élec-trolysation, un courant' très énergique, mais qui, malheureusement, n’est pas persistant. Je pense que les chercheurs pourront trouver quelques indications heureuses en se reportant au mémoire que j’ai présenté sur cette question à l’Académie des sciences le 5 mai 1873 (voir Comptes rendus, p. ii36). Ils y verront que tous ces effets ont été étudiés depuis longtemps, et que, en cela, la science a précédé les recherches industrielles. Ils y verront, de plus, qu’ils interviennent d’une manière très
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- énergique dans une foule dè phénomènes, notamment dans les piles dont le sens du courant, avec des éléments à sulfate d’oxydule de mercure un peu u£é, se trouve quelquefois renversé, Cet effet qui, dans l’origine, avait paru inexplicable, devient tout naturel quand on considère que le mercure réduit dans ces sortes de piles, s’amalgamant avec le zinc de la solution sous l’influence du passage du courant, constitue une électrode oxydable au contact de l’électrode de charbon qui doit fournir le pôle positif. Or, comme cette électrode est dans un état de décapage plus complet que l’électrode de zinc, c’est celle-ci qui joue le rôle d’électrode inatta-quée, et le courant de la pile est renversé.
- Pour nous, qui avons suivi pas à pas depuis trente ans toutes les découvertes successives qui ont été faites en électricité, c’est avec un sentiment d'ébahissement que nous voyons une foule de découvertes qui nous sont présentées comme nouvelles, même par des journaux scientifiques sérieux, et qui ne sont quelquefois que des copies défectueuses de découvertes très antérieures. Sous ce rapport, les journaux scientifiques sont très coupables de laisser passer toutes ces erreurs, sans rectification, car il faut toujours rendre à chacun ce qui lui est dû, Nos lecteurs pourront nous rendre cette justice que nous n’avons jamais reculé devant ce devoir, et il serait désirable que les autres journaux en fissent autant.
- Pour en revenir aux accumulateurs, nous devrons faire encore une petite observation, sous forme de question : doit-on considérer comme un perfectionnement dans la pile Planté, l’introduction de toutes pièces d’un corps appelé à fournir une couche de peroxyde de plomb, plutôt que de former électroly-tiquement cette couche par une série d’actions électriques plus ou moins prolongées? Sans doute on arrivera plus promptement, dans le premier cas, à former une couche épaisse, mais les éléments de cette couche seront-ils dans des conditions aussi bonnes d’adhérence et de durée, que déposés successivement et à la suite d’actions électrolytiques?... Nous savons que les piles Planté s’améliorent considérablement avec le temps, et c’est ce qui fait qu’on peut trouver, avec ces sortes de piles, des différences très grandes d’un élément à un autre ; j’ai vu par moi-même des différences tellement grandes entre une pile bien formée et une pile mal formée, qu’on ne doit pas s’étonner que l’on puisse commettre de grandes erreurs en partant de l’une ou de l’autre comme point de comparaison.
- Quoi qu’il en soit, il me paraît évident que la question des accumulateurs n’a pas fait, dans ces derniers temps, le grand pas qu’on veut y vbir, et qu’une pile Planté, dans de bonnes conditions, pourrait peut-être fournir d’aussi bons résultats que toutes celles qu’on nous a présentées jusqu’à présent. TH. DU MONCEL.
- A propos des accumulateurs, nous croyons devoir rapporter ici quelques observations du président de la Société d’éncouragement, au sujet de certains commentaires publiés dans plusieurs journaux, sur l’attitude qu’aurait prise la Société devant 'a pile Faure au moment où elle lui a été présentée. Ces observations ont été publiées dans le Bulletin officiel de la Société d’encouragement du io juin 1881.
- « M. le Président signale parmi les pièces de la correspondance certains j ournaux belges ou français renfermant des articles au sujet de la Force et la Lumière par l’électricité, dans lesquels on fait intervenir la Société d’encouragement d’une manière illégitime, puisqu’elle n’a pas émis son jugement sur les procédés soumis à son examen. (
- « M. Faure avait été autorisé à lui présenter, dans la séance du 22 avril, les résultats de ses études sur les piles secondaires inventées par un éminent physicien, M. Gaston Planté, et, tandis que la Société accueillait, avec un vif intérêt, une des plus intéressantes acquisitions de l’électricité, son bureau apprenait, non sans surprise, qu’un spéculateur se proposait d’exposer à son tour, devant elle, les profits promis à cette nouvelle application de la science. La parole ne lui fut point donnée.
- « Le Conseil de la Société apprécie les inventions et les perfectionnements. Il leur accorde avec empressement ses encouragements, avec bonheur ses éloges; mais, il ne se fait jamais juge des chances de bénéfices que leur exploitation comporte. C’est donc par un véritable abus qu’on place sous son autorité et sous celle de son Président, des espérances financières résultant de conceptions et de calculs dont ils se refusent absolument à prendre connaissance, tout en demeurant profondément sympathiques à la découverte scientifique de M. G. Planté et désireux d’en voir prospérer le développement pratique. *
- LE SYSTÈME BRUSH
- Nous avons déjà parlé du système d’éclairage électrique Brush ; la machine a été rapidement décrite dans le numéro du ier septembre 1880, et les principes sur lesquels repose la lampe ont été analysés dans le numéro du 5 février 1881. Nous y revenons cependant, car les dispositions employées ont varié. Nous décrivons aujourd’hui les disposi fions actuelles.
- La machine, qui est à courant continu, se construit sur trois types principaux pouvant allumer respectivement6, 16 et 40 lampes; nous représent-tons ici celle qui alimente 16 lumières. Elle a pour induit tournant un anneau de fonte d’un diamètre de
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- om, 5o et d’une forme particulière. La section générale est rectangulaire, mais, comme on le voit figure 3, le rectangle est évidé par de profondes rainures, les unes sur le plat, l’autre sur la tranche, de façon à alléger considérablement l’ensemble et surtout à couper les courant intérieurs. Outre ces évidements, l’anneau porte huit échancrures à faces parallèles où se placeront les enroulements des bobines, comme on le voit figure 2.
- Celles-ci sont constituées par du fil de cuivre de om, 002 de diamètre, chaque bobine en absorbe une longueur de 270 mètres environ. Les isolements sont faits avec beaucoup de soin, chaque couche de fil étant séparée des autres par une toile. Comme on le voit figure 4, les faces latérales des bobines affleurent celles de l’anneau, tandis que les parties intérieure et extérieure de l’enroulement dépassent la surface de la fonte. Les extrémités intérieures du fil des bobines sont réunies diamétralement, c’est-à-dire chacune des bobines avec la bobine opposée, comme on le voit figure 5; elles forment ainsi quatre paires, couvertes chacune par un fil dont les deux bouts extrêmes sont libres. L’anneau une fois enroulé comme il est représenté dans la figure, est fixé à l’aide de bras de bronze sur un arbre central.
- Il se meut entre les pôles épanouis de quatre électro-aimants méplats, à noyau assez fort. Us sont enroulés avec du fil de om,oo4 et en reçoivent chacun une longueur d’environ 900 mètres.
- L’ensemble de la machine présente l’aspect représenté dans la figure 1, qui en donne une idée claire.
- Il reste à indiquer comment ces éléments sont électriquement reliés, et comment les courants produits par la rotation des bobines devant les électroaimants circulent dans l’appareil.
- A l’une des extrémités de l’arbre est placé le collecteur. Il se compose d’autant d’anneaux plats en cuivre qu’il y a de paires de bobines ; quatre par conséquent dans la machine considérée. Ces anneaux sont séparés l’un de l’autre et isolés de l’axe qui les porte par un enroulement de feuilles de papier. Ils sont disposés en deux paires, comme on le
- voit, et sur chaque paire frottent deux balais ou plutôt deux ressorts collecteurs.
- On se souviendra que nous avons sur l’anneau quatre paires de bobines ; il y a, par conséquent, huit bouts de fil à rattacher; or, nous n’avons trouvé dans le collecteur que quatre anneaux; cela est vrai, mais chacun d’eux est divisé en parties isolées comme on le voit figure 6. Les bouts du fil d’une paires de bobines, la paire 1 et 5 par exemple, viennent se rattacher aux segments A et B d’un an-
- (fIO. 8.)
- neau. Quant au segment C, il est complètement isolé, en sorte que lorsqu’il passe sous les ressorts dans la rotation de l’axe, la paire de bobines qui correspond à cet anneau est mise hors du circuit. On a déjà expliqué, dans les précédentes études, que ce segment correspond au moment où la bobine passe au point neutre entre les deux aimants ; en ce point, la bobine ne produit pas de courant; si elle restait au circuit, elle n’y représenterait qu’une résistance absorbant inutilement le courant produit par les autres bobines et par conséquent nuisible. En réalité, il n’y a pas de temps appréciable où le courant d’une bobine soit nul ; mais il y a un temps où le courant qu’elle donne est moindre que l’affai-
- (fig. 7.)
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- blissement qu’entraîne sa résistance; c’est pendant cet intervalle qu’il y a intérêt à l’éliminer : on l’évalue à 2/8 de tour et il est représenté par les deux passages, devant les ressorts, du segment isolé C qui occupé 1/8 du cercle.
- Les bouts du fil de nos bobines sont ainsi tous ramenés sur le collecteur, chaque segment recevant un fil et chaque anneau représentant une paire de bobines.
- Les courants descendent jusqu’au socle de l’appareil par des lames de cuivre ondulées formant ressorts et pouvant fléchir. Cette disposition permet de faire varier un peu le calage des balais frottants, qui sont placés deux à deux sur des balanciers.
- Les électro-aimants sont tous en une seule série, les enroulements sont disposés de façon que les pôles de même nom soient en regard sur les deux faces des bobines.
- Ceci posé, nous pouvons maintenant examiner comment les courants circulent, et comment s’opère l’excitation des aimants.
- Dans son premier brevet, M. Brush plaçait sur ses électro-aimants deux circuits distincts de résistances différentes, l’un disposé en dérivation, l’autre sur Je circuit général; il ajoutait ainsi, pour produire l’excitation, l’action de deux courants dont les intensités, en raison des résistances extérieures, tendent à varier en sens inverse l’une de l’autre; il obtenait par là plus de régularité et quelques avantages spéciaux. Ce procédé n’est plus actuellement employé dans les machines, il semblait cependant ingénieux. La disposition est maintenant la suivante (fig. 7). Prenons la borne de sortie A comme pôle positif : le courant passe par le circuit extérieur des lampes, revient en B, se rend au ressort frot.teur M, traverse les paires de bobines
- 1- 5 et 3-7, dont il reçoit l’électricité, redescend par le ressort N, traverse la série des électro-aimants, revient au ressort P, traverse les paires de bobines
- 2- 6 et 4-8, dont il reçoit également l’électricité, et revient par le ressort Q se fermer en A. On voit que les paires de bobines sont en quantité sur le circuit général, et que le circuit excitateur est com-
- pris dans ce circuit comme dans les machines de Gramme, Siemens, etc.
- On remarquera qu’en outre des bornes A et B, l’appareil présente deux autres points d’attache C et D aboutissant au circuit des électro-aimants. On s’en sert dans le cas où on lie met sur la machine qu’un nombre de lampes inférieur à sa charge régulière. Le circuit extérieur est moins résistant
- (fig. 10.)
- qu’il ne doit l’être normalement ; on met alors entre C et D une boîte à résistances variables formant, comme on le voit, une dérivation entre les points N et P, laquelle absorbe une partie du courant qui aurait passé dans le fil des électro-aimants; on règle la résistance intercalée, de façon que l’excitation magnétique soit réduite à la valeur nécessaire pour le travail qu’on demande à la machine.
- Le générateur pour 16 lampes tourne à raison de 75o tours par minute : la petite machine à 6 lampes a besoin de 900 tours. Ces vitesses sont inférieures à celles qu’on imprime à la plupart des générateurs dynamo-électriques.
- La machine étant ainsi connue, nous dirons quelques mots des lampes. La description que j’en ai donnée dans le numéro du 5 février 1881, ayant été faite d’après des documents récents, est bien exacte, et j’aurai peu de chose à y ajouter. On sait
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- que ce système est fondé sur l’emploi des courants différentiels et qu’il rie renferme aucun rouage. Nous représentons ici une vue de face du mécanisme ainsi qu’une coupe prise dans sa longueur (fig. 7 et 8). Les tiges des porte-charbons tendent à descendre; d’autre part, l’armature de deux bobines solénoïdes tend à les soulever quand elle est attirée par ces bobines.
- Le mode de pincement à l’aide duquel l’armature attaque les charbons pour les soulever et les abandonner pour la descente, est un des points ingé-
- avec elle, et l’arc rentre dans ses dimensions normales. On voit que, dans ce système, on obtient par ' l’action de deux circuits opposés sur une même bobine ce que, dans le système Siemens, on demande à l’action de deux bobines distinctes ayant chacune leur courant; au reste, dans un de ses brevets, M. Brush indique une disposition assez analogue à celle qui est employée dans les lampes Siemens. Les résultats sont les mêmes, d’une part les mouvements sont plus précis qu’avec une dérivation simple ; de l’autre on peut limiter, par un choix
- (FIG. H. — ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE D’UNE RUE DE NEW-YORK.)
- nieux de la lampe ; mais, sa description nous entraînerait trop loin, et je suis obligé de renvoyer, pour ce point, à l’article cité.
- Les bobines solénoïdes reçoivent chacune deux circuits enroulés en sens contraire ; l’un est le circuit des charbons, l’autre est une dérivation résistante prise entre les bornes de la lampe ; si l’arc se comporte normalement, le circuit des charbons est bien desservi, les bobines solénoïdes maintiennent leur armature et avec elle les charbons; quand l’arc a tendance à s’allonger, le circuit des charbons devient plus résistant, et, au contraire, la dérivation est animée par un courant plus fort, l’action des bobines solénoïdes diminue, l’armature descend, les charbons
- convenable des résistances antagonistes, la quantité absolue de courant consommé, et, par suite, disposer plusieurs foyers dans un même circuit.
- La bobine plus petite, visible sur le devant du système, est également sous l’influence du circuit dérivé; elle est destinée à n’entrer en action que dans le cas où ce circuit arriverait à recevoir une quantité très notable d’électricité, ce qui suppose que la lampe marche mal et qu’il y a quelque accident; cette bobine attire alors son armature et éteint la lampe, en fermant un circuit de faible résistance qui exclut l’appareil défectueux du service général.
- Ces dispositions, comme on peut le voir, résultent
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- de principes connus, appliques par des moyens mécaniques extrêmement simples, presque grossiers ; le fonctionnement de la lampe est néanmoins rendu très précis par l’usage d’une précaution accessoire dont la ligure 9 donne la représentation. La tige des porte-charbons est creuse; du haut de la cheminée qui la couvre descend une tige portant une petite cloche de cuivre formant piston et entrant presque à frottement dans cette tige creuse, laquelle est remplie de glycérine.
- Il suit de là que, pour que le charbon se meuve,
- Le reste de la lampe n’offre rien de particulier, si ce n’est sa forme qui est incontestablement raide et malgracieuse; au reste, on pourrait adresser le même reproche à l’ensemble du système, la machine, trop longue, est massive et rampante; les bâtis à réflecteur dans lesquels sont placés les appareils de rue à New-York, et que nous représentons figure 10, ne sont rien moins qu’élégants et demanderaient une transformation, mais ce sont là questions accessoires et qui ne touchent pas la valeur pratique du système.
- (b'IG. 12. — EXPÉRIENCES DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE SUR LA TAMISE.)
- il faut que la petite cloche formant piston se'déplace dans le liquide visqueux, ce qui 11e peut avoir lieu que lentement et par des mouvements très doux ; les divers temps de la descente d’un charbon sont ainsi fondus ensemble, et le charbon se déplace en réalité d’un mouvement continu, très légèrement varié. Le même procédé adoucit les mouvements de l’armature des solénoïdes, celle-ci est reliée à un petit cylindre plein de glycérine qui se voit à droite de la coupe (fîg. 8), et dans lequel plonge un piston. Ce moyen n’est pas en lui-même nouveau, il a été appliqué dans plusieurs systèmes, entre autres la lampe différentielle Siemens, mais d’une façon moins adroite et avec une moindre efficacité.
- Celui-ci fonctionne en Amérique depuis assez longtemps, il a déjà plusieurs années d’existence. Nous représentons ligure 11. l’aspect d’une rue de New-York éclairée par ce système; la figure 12 donne l’idée d’une des grandes expériences faites dernièrement à Londres, à l’aide d’un régulateur très fort muni d’un projecteur et éclairant la Tamise.
- Quant à la valeur du système, je ne pourrais me prononcer d’une façon certaine. On sait que la machine Brush fut jugée la meilleure, il y a deux ans, par l’Institut Franklin ; d’autres essais n’ont pas confirmé ce jugement, peut-être un peu entaché de chauvinisme transatlantique; cependant, il faut admettre que cette machine doit être rangée
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- parmi les bonnes. De son côté, la lampe a donné et donne tous les jours un très bon fonctionnement, mais la comparaison avec les similaires ne paraît pas suffisante pour asseoir un jugement. L’Exposition nous fournira certainement l’occasion d’y revenir, et nous devons attendre ce moment pour fournir des chiffres donnant les éléments d’une appréciation complète.
- , On peut dire dès aujourd’hui que ce système
- (FIG. 13.)
- présente au moins une particularité intéressante ; il est, parmi ceux qui sont actuellement en usage, celui qui emploie le courant à la plus haute tension. La machine Brush a une force électromotrice de 800 volts environ. Elle doit sans doute cette propriété à la longueur de fil de ses bobines, à l’enroulement considérable de ses électros, et surtout au diamètre de son anneau, qui permet aux bobines de passer très rapidement dans le champ magnétique, sans exiger pour cela une trop grande vitesse de rotation. Cette qualité permet de mettre en action
- des circuits très longs et très résistants; on à vu que, à Londres, on avait placé 33 lampes en série sur une distance de 5 à 6 kilomètres. De pareils courants ne sont pas sans danger et veulent des isolements très soignés. La disposition même qui place un si grand nombre de lampes en tension, n’est pas à l’abri de la critique; j’estime qu’elle manque de sécurité; il n’en est pas moins curieux qu’elle soit applicable ; cette faculté de la machine peut être précieuse dans certains cas, et devait être signalée.
- FRANK GERALDY.
- DE
- ’ L'APPLICATION DE L’ÉLECTRICITÉ A L’ÉTUDE DES PHÉNOMÈNES qui s’accomplissent dans les cylindres
- DES MACHINES A VAPEUR
- L’étude qui va suivre est l'exposé aussi abrégé que possible des recherches que je poursuis depuis plusieurs années, dans le but de créer des appareils permettant d’enregistrer avec précision la courbe représentative des pressions successives de la vapeur dans un cylindre de machine à vapeur à mouvement rapide, ou des gaz de la poudre dans l’âme d’une bouche à feu (x). C’est un problème qui, lorsqu’on veut le résoudre avec une exactitude suffisante, présente de très grandes difficultés. Mais avant d’entrer dans le vif de la question, je crois devoir faire un historique rapide des phases successives de mes recherches et des résultats que j’ai obtenus, et dont le plus récent est la création d’une partie des appareils qui figuraient dans le wagon d’expériences de la Compagnie du chemin de fer de l’Êst.
- C’est en i863 que j’eus, pour la première fois, l’occasion d’appliquer l’indicateur de Watt sur une locomotive. Quoique le ressort de cet instrument fût très peu flexible, j’obtins, aux vitesses ordinaires destrains omnibus, des tracés affectés d’ondulations absolument inadmissibles. C’est alors que j’imaginai la méthode nouvelle, que l’on pourrait appeler méthode des ruptures d’équilibre, et qui consiste à enregistrer l’instant où la force que l’on veut étudier passe par une valeur déterminée. Elle me conduisit à combiner un indicateur nouveau dont je communiquai le projet à M. Eugène Flachat, alors président de la Société des ingénieurs civils. Il fut frappé de la nouveauté du principe de cet appareil, et m’engagea vivement à le faire construire.
- (') J’ai publié, dans le numéro du 5 février 1881 de La Lumière Electrique, le commencement d’un article qui a une connexion intime avec celui-ci, mais son but était surtout la description de mes enregistreurs électriques. La suite' de cet article paraîtra prochainement.
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- Dans ce but, il me mit en rapport avec M. Paul Garnier, horloger-mécanicien de la marine, qui, sur mes indications, étudia l’application démon système au type ordinaire d’indicateur de sa maison.
- Mais, par suite des évènements de 1870, ce ne fut qu’en septembre 1871 que le premier modèle de ce genre put être essayé dans les ateliers du chemin de fer de Lyon. Les résultats de cet essai, qui réussit complètement d’ailleurs, furent communiqués à l’Académie des sciences.
- Enhardi par ce succès, je résolus de tenter d’appliquer mon appareil à l’étude d’une question qui s’était présentée à moi dès 1868 : la mesure des pressions successives des gaz de la poudre dans les bouches à feu.
- Une circonstance fortuite m’ayant mis en rapport, au commencement de 1872, avec M. le colonel Sebert, je lui fis part de mes réflexions à ce sujet, et lui proposai d’étudier un appareil destiné à enregistrer, pendant la durée d’un seul coup de canon, 20 points de la courbe des pressions. Il approuva mon projet, et obtint de M. le général Frébault l’autorisation de le faire construire. J’avais d’abord l’intention de fixer les mécanismes enregistreurs sur le canon lui-même. Mais on me fit de telles objections que je me décidai à avoir recours à l’enregistrement à distance, au moyen de l’étincelle d’induction, en mettant à profit les recherches de M. le capitaine Schultz. Mais il me fallut préalablement faire une étude approfondie des circonstances qui peuvent modifier le retard de l’étincelle, c’est-à-dire l’intervalle de temps qui s’écoule entre l’instant où le courant inducteur est rompu et celui où l’étincelle éclate. Cette étude me démontra malheureusement que, si l’étincelle d’induction est de tous les moyens d’enregistrement celui dont le retard est le plus faible, elle présente en revanche, dans l’application à la chronographie, de tels défauts qu’il était impossible de songer à l’employer dans l’appareil en question.
- Je fus donc forcé de commencer sur les divers moyens d’enregistrement électrique, de longues et minutieuses recherches qui durèrent près de deux années, et dont la conclusion fut que l’étincelle d’induction et les procédés électro-chimiques présentaient, au double point de vue de la rapidité et de la précision graphique, une infériorité incontestable par rapport aux enregistreurs électro magnétiques, tels que je les ai réalisés, tandis que, avant mes recherches, la conclusion inverse était universellement admise. Celÿ était dû à ce que tous les physiciens qui s’étaient servi d’enregistreurs électro-magnétiques avaient employé des électro-aimants semblables à ceux des appareils télégraphiques tandis que, dès l’origine de mes expériences, j’ai démontré qu’il fallait réduire la dimension des électros et des pièces mobiles sur lesquelles ils agissent aux dernières limites compatibles avec un maniement commode.
- Les nombres suivants donnent une idée exacte du progrès que j’ai fait faire à ce genre d’appareils. Les électro-aimants employés en télégraphie ont un retard supérieur à —— de seconde, et encore ce re-100
- tard est-il variable, tandisque dans mon dernier modèle d’enregistreur, j’ai pu abaisser le retard d’un
- signal à la limite extrême de de seconde, et le
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- rendre invariable. J’ai d’ailleurs créé plusieurs types répondant à des besoins spéciaux. Incidemment, je fus conduit, de concert avec M. Sebert, à apporter au chronographe du capitaine Schultz des modifications qui en firent un appareil entièrement nouveau. Ce chronographe ainsi transformé a été décrit dans le 40 volume de l’Exposé des applications de l’électricité, deM. du Moncel.Mais,depuis cette époque, je l’ai encore considérablement perfectionné, et je suis arrivé à construire un appareil d’un volume très réduit, d’un maniement facile, permettant de mesurer la durée d’un phénomène de très courte durée avec une erreur qui est certainement inférieure à un cent-millième de seconde, résultat qui, ainsi que je le démontrerai, n’a encore été atteint par aucun chronographe à étincelle d’induction.
- En même temps que je poursuivais ces recherches sur les chronographes, je me préoccupais des moyens d’éliminer aussi complètement que possible l’influence de l’inertie des pièces mobiles des appareils destinés à mesurer la pression du gaz dans lcsbouchesàfeu. Ainsi quejel’ai dit en commençant, le principe de mon nouvel indicateur dynamométrique consistait dans l’enregistrement précis de l’instant où la pression de la vapeur passait pour être égale à la tension du ressort.Pour obtenir ce résultat, on donnait au ressort, au moyen d’une vis actionnée par une manivelle, une tension connue ; le piston de l’instrument devrait alors buter contre un arrêt. Il est clair que la pression supportée par cet arrêt était, à chaque instant, égale à 'la différence existant entre la pression du ressort et celle de la vapeur ; au moment où il y avait équilibre entre ces deux forces, la pression supportée par l’arrêt devenait nulle, c’était précisément ce moment qu’il fallait inscrire.
- Dans mon indicateur destiné aux machines à vapeur, je me suis borné à.laisser le piston muni d’un crayon, libre d’effectuer un petit mouvement entre deux butoirs. Si la pression exercée par la vapeur dépasse d’une très petite quantité celle du ressort, le piston est soulevé et vient s’appliquer contre le butoir supérieur, le crayon trace donc sur le papier animé d’un mouvement proportionnel à celui du piston de la machine, un petit élément de courbe dont l’origine seule appartient au diagramme proprement dit. Or cette origine, étant tracée avec une vitesse nulle, est extrêmement difficile, sinon impossible, à déterminer rigoureusement. J’ai donc dû
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- chercher des procédés d’inscription plus parfaits. J’en ai employé deux qui sont : l’enregistrement électrique et le déclanchement par frottement,
- {A suivre.) marcel deprez
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Loi des propriétés magnétiques.
- Nous avons, dans de récents articles (voir les numéros des 4 et n juin 1881 de ce journal), exposé les phénomènes para et diamagnétiques, et indiqué les différentes théories qui ont été proposées pour les expliquer; toutefois on n’avait pas, jusque dans ces derniers temps, essayé de poser une loi susceptible de relier entre eux les corps simples paramagnétiques et les corps simples diamagnétiques ; M. Léo Errera, dans un pli cacheté, déposé à l’Académie royale de Belgique, le 2 février 1878, et ouvert le 5 mars 1881, a cherché à satisfaire à ce desideratum, et les résultats de ses expériences semblent lui donner raison.
- « Avec les théories anciennes, dit-il, il était impos-sibie de prédire le sens du magnétisme d’un corps simple sans recherches expérimentales directes. En effet, la loi proposée anciennement, d’après laquelle les corps paramagnétiques auraient le plus petit volume atomique, se trouve fréquemment en défaut, pour le cuivre par exemple. Au contraire, j’ai remarqué que le magnétisme des corps simples est périodiquement dépendant de leur poids atomique. Le parallélisme le plus étroit s’observe entre les propriétés magnétiques des éléments et leur position dans les séries établies, il y quelques années, par le chimiste russe D. Mendelejeff.
- « Tout d’abord, c’est un fait très significatif que les corps les plus fortement paramagnétiques tels que le manganèse, le fer, le cobalt, le nickel, ont des poids atomiques extrêmement voisins, et que la gradation de leurs poids atomiques est aussi sensiblement celle de l’intensité de leur paramagnétisme ; mais la concordance est plus générale et peut s’exprimer de la façon suivante :
- Les corps des séries impaires de Mendelejeff sont diamagnétiques et les corps des séries paires sont paramagnétiques.
- Sur 47 corps simples qui ont été étudiés au point de vue du magnétisme par M. Léo Errera, 36 confirment la loi posée précédemment, et les 11 qui font exception, n’en sont pas si éloignés qu’on pourrait le croire, car cette exception n’est qu’apparente. Ces onze corps sont C, A z, Al, Si, N b, R h, T d, W, Ir, Ur, tous éléments dont le magnétisme est insuffisamment étudié. < Six d'entre eux, dit l’auteur (N£, Ta, Ur, R/z, Ir, W) sont regardés comme
- diamagnétiques à la suite des expériences de Faraday exécutées dans l’air. Or, l’air étant paramagnétique, tend à rendre diamagnétique les substances qu’on y observe (voir la théorie de Ed. Becquerel). Ces six corps sont, du reste, rangés par Faraday tout au bas de l’échelle diamagnétique et très près de zéro. Ils sont donc très probablement doués d’un paramagnétisme très faible, conformément à la loi supposée. Enfin, selon M. Jamin, l’uranium est paramagnétique. Le sodium est paramagnétique, suivant M. Lamy, et diamagnétique suivant Faraday. Pour l’azote, les physiciens ne sont,pas non plus d’accord; en tous cag, l’action magnétique est très faible. Il en est de même du carbone. Restent l’aluminium et le silicium : à première vue, ils pourraient bien faire exception, mais il est à craindre que les fragments sur lesquels on a expérimenté n’aient renfermé des substances étrangères, notamment des traces de fer : on sait, en effet, que dès quantités de ce métal, absolument indécelables a l’analyse chimique, n’en sont pas moins sensibles à l’aimant. En somme, ou voit que plus des trois quarts des faits connus parlent clairement en faveur deda loi supposée, et que le quart restant n’offre aucune preuve tout à fait inattaquable contre elle. »
- Dans une note postérieure, M. Léo Errera donne la liste des corps simples para et diamagnétiques, et certaines déterminations nouvelles se rapportant au platine, à l’uranium, l’aluminium, le thallium, le silicium, etc., puis il termine de la manière suivante :
- « Il est clair que si la relation que j’ai signalée entre les poids atomiques et les propriétés magnétiques se vérifie dans beaucoup de cas, elle pourra, comme la loi de Dulong et Petit, motiver, dans certains cas douteux, la préférence pour tel ou tel multiple de l’équivalent simple. Si l’uranium, par exemple, se montrait réellement paramagnétique, comme il y a lieu de le supposer, son poids atomique Ur = 240 environ (ou peut-être = 180) gagnerait en probabilité, et le chiffre Ur= 120, adopté par beaucoup de chimistes, deviendrait difficilement admissible, et de même pour d’autres cas analogues. »
- Effets électriques se manifestant à bord ,
- des navires. I
- M. Ledieu a communiqué dernièrement, à l’Académie, un travail dans lequel il montre que le doublage en bois dont on garnit actuellement les coques des navires en fer est relativement conducteur, surtout en raison des clous qui s’y trouvent enfoncés pour le maintenir appliqué contre le navire. Cette observation l’a conduit à étudier la conductibilité du bois, et il est arrivé aux Conclusions que M. Th. du Moncel avait formulées dès l’année 1874, et qui ont été développées par lui dans un grand nombre de
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- mémoires présentés à l’Académie, de 1874 à 1875. et résumés dans sa brochure intitulée : Recherches sur la conductibilité des corps médiocrement conducteurs. Ainsi, il a pu reconnaître : i° que la conductibilité des bois varie avec l’humidité de l’air ambiant; 20 que cette conductibilité augmente avec la pression et la grandeur des plaques de communication; 3° qu’avec des clous enfoncés dans le bois, la conductibilité est bien plus grande qu’avec des plaques simplement appliquées sur lui, quand bien même ces plaques seraient soumises à une certaine pression, mais qu’en modifiant convenablement la grandeur des plaques, on peut arriver à obtenir le même degré de conductibilité; 40 que les courants induits traversent plus facilement le bois que les courants voltaïques; 5° qu’en conséquence, on doit éviter la présence des clous à l’intérieur des doublures de bois des navires ou, du moins, les entourer d’une enveloppe isolante.
- A la suite de sa note, M. Ledieu indique qu’on peut faire un hygromètre avec un morceau de bois et, de plus, un avertisseur d’incendie.
- M. Th.,du Moncel a fait une longue série d’expériences avec le bois employé comme hygromètre, et il a montré que les bois mous, tels que le tilleul et le peuplier, sont les plus sensibles, mais que les bois qui conservent le plus d’humidité sont les bois durs, tels que l’ébène, le gayac, le vieux chêne, etc. M. du Moncel a, de plus, étendu ses recherches aux bois verts et aux arbres, et ses recherches ont été résumées dans les numéros des i5 juillet et i5 octobre 1879 de ce journal (p. 61 et i5c).
- Tramway électrique.
- On a fait dernièrement (vendredi 10 juin), sur la ligne de tramways de Yincennes (du boulevard Richard-Lenoir à la barrière du Trône), l’essai de l’omnibus électrique dont on avait parlé dans différents journaux. S’il faut en croire un témoin oculaire, la vitesse de traction du véhicule aurait été en moyenne de 10 kilomètres à l’heure, Le générateur électrique était constitué par 180 accumulateurs Faure, pesant ensemble 1.700 kilogrammes. D’après ce résultat, on pourrait conclure, suivant M. de Fon-vielle, que, pour obtenir le travail fourni par deux chevaux d’omnibus d’une valeur de 2.600 francs, il faudrait une première dépense de 20.000 francs, et il s’agirait maintenant de savoir ce que coûterait l’entretien des accumulateurs, par rapport à celui des deux chevaux,* en ajoutant encore au poids du véhicule électrique les 1.700 kilogrammes des accumulateurs qui constituent alors un poids complètement mort. Ces considérations suffisent pour montrer quelle importance, au point de vue pratique, on doit attacher à l’engin patronné avec tant de retentissement par la Société La Force et la Lumière.
- CORRESPONDANCE,
- -- v-P"C*0 —
- Monsieur le directeur,
- MM. Ayrton et Perry ont publié dans le numéro de La Lumière Electrique, en date du 11 juin dernier, un article relatif à un dynamomètre de leur invention, destiné à fournir des indications optiques ; ces messieurs m’ont fait l’honneur de me citer page 406, une première fois, pour reconnaître qu’ils m’ont imité jusqu’à un certain point, et une seconde fois, un peu plus loin, pour dire que dans mon appareil l’usage du crayon et du papier est indispensable ; cette allégation constitue une erreur qu’il est important de rectifier.
- Les personnes que la question intéressé pourront consulter la description détaillée que le savant directeur de l’Observatoire d’Alger, M. Ch. Trépied, a bien voulu faire de mon dynamomètre dans le numéro de La Lumière Electrique en date du iS août 1879. Elles verront que les indications optiques persistent dans tous les cas, même quand on n’en a pas besoin, et que c’est facultativement qu’on peut ajouter, séance tenante, soit l’enregistreur, soit le totalisateur, ce qui lui donne une grande supériorité sur tous les appareils du même genre sans exception.
- Cet instrument, du reste, est entré depuis deux ans dans la pratique industrielle ; plusieurs établissements importants en sont pourvus, et diverses industries ont pu recueillir par son usage des renseignements extrêmement utiles.
- Veuillez agréer, monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
- J. MORIN.
- Monsieur le directeur,
- Je viens de lire, dans le dernier numéro de La Lumière Électrique la description du galvanomètre construit par MM. Ayrton et Perry. Il contient une disposition ingénieuse dont le but est de rendre la graduation facile à faire et à vérifier, mais qui peut être remplacée par plusieurs méthodes équivalentes pouvant être appliquées (et qui le sont réellement dans le cas des courants puissants) chez le constructeur sans modifier en rien la forme définitive du cadre galvano-métrique. C’est ainsi que j’ai gradué des galvanomètres mesurant jusqu’à 100 webers sans disposer de courants d’une intensité supérieure à 12 webers. Cela est possible avec les instruments dont les déviations ne sont pas proportionnelles aux intensités, et à plus forte raison avec ceux qui ont des déviations proportionnelles, tels que celui que j’ai décrit dans ce recueil (voir le numéro du 3 avril).
- MM. Ayrton et Perry font ressortir'comme l’une des qualités fondamentales de cet appareil, celle de donner des indications instantanées, et ce résultat est dû, disent-ils, « d’une part à la légèreté de l’aiguille et de l’index, d’autre part à ce « que cette aiguille se meut dans un champ magnétique d’une « grande intensité. » Or, je ferai remarquer que cette qualité essentielle provient de ce qu’ils ont adopté purement et simplement la disposition fondamentale dé mon galvanomètre à indications rapides, dans lequel une aiguille légère est à la fois polarisée et dirigée par un aimant permanent puissant, et « se meut ainsi dans un champ magnétique de grande intensité. » C’était là, d’ailleurs, le but que je visais essentiellement en imaginant cet appareil, et je suis heureux de voir que MM. Ayrton et Perry ont montré ie cas qu’ils faisaient de cette disposition en l’adoptant.
- MARCEL DEPREZ.
- M. Tchikoleff a déposé chez nous des documents légalisés par les autorités russes, qui prouvent qu’en 1876 le général d’artillerie Petrouchevsky a présenté à l’administration cen traie d’artillerie russe, la description et les dessins de la lampe différentielle Tchikoleff, avec une lettre de demande dans la-
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- quelle'il insiste qu’on commande la construction immédiate de cette lampe pour les appareils photo-électriques de l'artillerie russe.
- Ces documents sont les suivants
- ï° L’avertissement à M. Tchikoleff, de la part du gouvernement, qu’on lui accorde les copies des documents se rapportant à sa lampe.
- 2° Lettre du général Petrouçhevsky , accompagnée de la description (n* 3) et des dessins (n° 4) de la lampe. .
- 3o Lettre de l’administration centrale d’artillerie à la maison Siemens et Halske (succursale de Saint-Pétersbourg) concernant la commande de cette lampe pour l’artillerie russe.
- FAITS DIVERS
- A Saint-Pétersbourg, une exposition électro-technique vient d’être inaugurée, au Solianioï-~gorodok attirent (dépôt de sel. Le nombre des exposants ne s’élève qu’à une trentaine, en comptant les administrations, telles que lé ministère de là marine, celui de la guerre, le département des télégraphes, l’imprimerie de l’Etat. Parmi les objets dignes de fixer l’attention, on remarque ceux qu’exposent MM. Lermantow, Borg-mann. Tikhomirow et Gravier ; des dessins et brochures envoyés par MM. O.-D. Chvolson, Latchinoff, Ragosine, Tchikoleff, Heisler. La télégraphie est représentée par trois appareils qu’exhibe un mécanicien russe, M. J.-N. Déréviankine : ce sont une station portative, un sounder perfectionné, capable de tenir dans une poche ordinaire, et un paratonnerre télégraphique. On voit un étalage des machines informes, compliquées et coûteuses, avec lesquelles Jacobi et le baron Schilling-Cannstadt ont fait leurs premières expériences. La galvanoplastie offre deux cartes-minutes, celles delà Finlande et de la Bessarabie, exécutées en relief par la section topographique du ministère de la guerre ; deux héliogravures, une carte-minute microscopique du golfe de Bothnie et une carte de l’Autriche, exécutées avec du nickel par M. Kovako. Comme éclairage électrique et appareils générateurs figurent des illuminateurs Jablochkoff, deux projecteurs, une lanterne à signaux, un appareil ingénieux de Dobrokhotow-Maïkow, deux charbons mobiles qui, à l’état d’inertie, se touchent par le bout, et, le courant lancé et l’arc voltaïque formé, se séparent automatiquement par la force répulsive des pôles homogènes; quelques lampes de construction nouvelle, ainsi qu’un économiseur, un contrôleur et une rampe de théâtre de Tchikoleff, et deux illuminateurs de Tikhomirow dans lesquels sont deux charbons, dont l’un, servant de cathode, court en spirale autour de l’autre, planté en piquet (l’anode).
- La fabrique de Kovako expose, entre autres produits, une feuille de palmier et des couronnes prises sur le tombeau du dernier czar et recouvertes d’une couche galvanique de cuivre d’une ténuité extrême. Ces moulages sur nature ont été ensuite argentés par le procédé galvanique. Le travail a été exécuté avec une délicatesse telle, que le moulage reproduit dans les moindres détails les feuilles de la branche et des couronnes. Les meilleurs et les plus intéressants objets gal-vanoplastiques sont exposés par la fabrique des papiers d’Etat.
- Dans les théâtres de New-York, la lumière est maintenant employée pour produire divers effets nouveaux et curieux. On s’en sert, par exemple, dans la scène de l’incantation de la pièce intitulée : The Black Croolï’ atNiblo's, pour lancer des flammes dans les orbites privés d’yeux du crâne du nécromancien, pour pétiller le long des branches mortes d’arbres réduits à l’état de squelettes. Dans la scène du duel de la même comédie, des fils électriques circulent à travers les poignées des épées des combattants, et lorsque les lames se rencontrent, le circuit est complet et des éclairs brillent tout autour des armes de la manière la plus diabolique.
- L’établissement dans les égouts des fils électriques servant aux communications téléphoniques n’a été, jusqu’à présent, autorisé par la Ville de Paris qu’à titre de tolérance et d’essai, c’est-à-dire sans redevance.
- Aujourd’hui que les relations téléphoniques se multiplient et que le réseau souterrain s’accroît de jour en jour, il est temps que la Ville se mette en mesure de tirer un revenu de la concession qu’elle fait en laissant poser les fils dans ses égouts. Un cahier des chargés va être imposé, à ce sujet, à la Compagnie générale des téléphones, qui l’accepte.
- Tant que le maintien des communications téléphoniques sera autorisé par l’Etat, qui a le monopole des correspondances, la Ville aura le droit de percevoir une redevance de tant par kilomètre. Actuellement, il existe plus de 700 kilomètres de fils téléphoniques dans Paris.
- On propose de fixer la redevance à 20 fr. par kilomètre pour les premiers 5oo kilomètres, à 3o fr. pour les 5oo suivants, et ainsi de suite; la redevance augmentant de 10 fr. à chaque 5oo kilomètres nouveaux, puisque les bénéfices augmenteront beaucoup plus rapidement que les frais de premier établissement. .
- Cette proposition va être soumise au Conseil municipal, seul compétent pour l’autorisation de la taxe.
- M. Higgs, ancien éditeur du Télégraphie Journal de Londres, qui maintenant. habite New-York, paraît avoir subi l’influence de l’atmosphère américaine. Il annonce qu’il a inventé une nouvelle pile secondaire et une nouvelle lampe. Le tout présente, d’après lui, de nombreux avantages'; le volume et le poids de ce dispositif seraient si faibles qu’on pourrait le mettre sous la forme d’une canne dans le bas de laquelle est la pile, tandis que la pomme constitue la lampe. Que va dire la société La Force et la Lumière}
- Le chemin de fer électrique de Berlin, ayant donné de bons résultats, doit être sous peu prolongé jusqu’à Felton et en-suité jusqu’à Postdam; ce qui donnera un trajet d’environ vingt-deux kilomètres.
- A chaque passage à niveau, les conducteurs du courant électrique seront placés à l’avenir sous terre, pour éviter les accidents qui se sont déjà produits, par suite de chocs électriques, sur les chevaux traversant la voie.
- A Francfort-sur-le-Mein, un chemin de fer électrique, semblable à celui de Berlin, a été inauguré dernièrement. Ce chemin de. fer va de la place de l’Exposition à la gare du railway. La ligne'a environ 25o mètres et a été construite par la maison Siemens et Halske, de Berlin.
- A l’Exposition nationale industrielle de Milan a été installé, ces jours-ci, un chemin de fer électrique. L’électricité est fournie par une machine placée dans la galerie des machines. Le courant parcourt 365 mètres sur des fils de cuivre zingué et va passer dans les rails qui le transmettent à la machine dynamique précédant trois petits wagons recouverts de toile écrue à raies de couleur.
- La ligne mesure près de 400 mètres.
- Le chemin de fer électrique de Berlin qui, à plusieurs points de vue, est un réel succès, n’est pas sans avoir, quant à présent, certains inconvénients.
- On sait que le courant arrive par un rail d’acier, traverse la machine motrice, et retourne au générateur par un autre rail. Il en résulte qu’un cheval passant sur la voie, s’il vient à mettre un pied sur chacun de ces rails, se trouve traversé par le courant et reçoit une commotion de laquelle peuvent résulter de graves accidents. Dernièrement un cheval de fiacre fut renversé par la commotion, un autre fut tellement effrayé par le choc qu’il s’emballa.
- Le Gérant : A. Glénap.d.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleuras. —(495)
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- La Lumière Electrique
- Journal universel dyÉlectricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur-Gérant : A. GLÉNARD
- 3» ANNÉE MERCREDI 6 JUILLET 1881 N» 23
- SOMMAIRE
- Recherches sur la machine dynamo-électrique laites chez MM. Siemens et Halske, par le docteur O. Frœhlich; A. Gueroult. — Le télégraphe de quartier (District Tele-graph); F. Géraldy. — Etudes sur le microphone (7“ article); Dr Boudet de Pâris. — Economisateur de l'éclairage électrique; D. Latchinoff. — Revue des travaux récents en électricité : Action des courants de haute tension sur les corps pulvérulents immergés dans les liquides. — La pile zinc-fer du Dr Velsmann. — Les étalons de résistance. — Le transport électrique des lettres et journaux. —' Lois thermiques de l'étincelle excitatrice des condensateurs. — Les propriétés hygiéniques de la lumière électrique. — Les tubes de Crookes et la machine de Holtz. — Quelques éclaircissements au sujet des formules du montage des piles. — Liste des membres français du Congrès international des électriciens. — Faits divers.
- RECHERCHES
- SUR LA
- MACHINE DYNAMO-ÉLECTRIQUE
- FAITES CHEZ MM. SIEMENS ET HALSKE PAR LE Dp O. FRŒULICIl
- Nous avons annoncé, il y a quelque temps, le compte rendu de; expériences de M. Frœhlich sur les machines dynamo-électriques. Nous allons les résumer aussi succinctement que possible, en nous attachant surtout aux conclusions pratiques qu’il a tirées des faits observés.
- Dans son travail (x), M. Frœhlich part tout d’abord de la formule qui exprime l’intensité du courant fourni par une machine magncto-élcctrique. Cette formule est :
- ,__ n M v
- 1 ~ R-’
- en appelant I l’intensité du courant, v le nombre de tours que fait l’armature par minute, n le nombre de spires qu’elle comporte, R la résistance totale du circuit et M une quantité qui peut être définie ; le rapport de la force électromotrice au nombre de tours et que l’auteur désigne sous le nom de magnétisme effectif. Cette dernière quantité est la somme des forces électro motrices que les aimants permanents et le fer de l’armature développent dans une
- (*) Eleclrolechnische Zeitschrift, avril et mai 1RM1.
- . spire de l’armature quand le nombre de tours est égal à 1.
- Dans la machine dynamo-électrique dans laquelle les inducteurs sont aimantés par le courant lui-même,' on a : J;
- M = / (I)
- et l’on peut écrire l’équation ci-dessus sous la forme
- _r______1___v_
- n M -/(I) ~ R’
- D’après cette dernière égalité, l’intensité du cou-
- V
- rant est seulement fonction du rapport ^ entre le
- nombre de tours par minute et la résistance totale, et cette conclusion s’applique à toutes les machines dynamo-électriques, quelle que soit la position des collecteurs.
- Les premières expériences de M. Frœhlich ont eu pour but de vérifier directement cette relation entre
- V
- l’intensité du courant et le rapport
- Il s’est servi pour cela d’une grande machine Siemens (modèle D0) pour laquelle il a mesuré les intensités obtenues en faisant varier le nombre de tours et la résistance. La même machine a été essayée successivement avec trois enroulements différents, dont les données sont contenues dans le tableau suivant :
- Ifs INDUCTEURS ARMATURE Résistance
- : *3 _ ,n —
- 1 U i ® Distance Nombre 4> Nombre 0 totale
- «J moyenne O tle <3 de
- l U de en
- 1 0 ! ss . z; Cs3 le lil et les spires spires '£ spires tn a la machine
- mil. U. s. u. s. U. s.
- I 10.5 436 0.290 288 0.145 0.435
- il •n 83G 0.380 288 0.145 0.725
- m ii H) CO u'i 1290 3. 7.14
- Dans ce tableau, les résistances sont exprimées en unités Siemens et, dans ce qui suit, les intensités
- seront exprimées en en définissant le
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
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- Daniell, d’après Kohlraush, comme la force électromotrice qui dans une résistance d’une unité Siemens produit un courant susceptible de déposer i gr. 38 de cuivre par heure.
- Dans les expériences, la position des balais sur le commutateur pouvait être variée à volonté, elle était toujours choisie de telle sorte que le courant fût maximum.
- Les tableaux I, II et III contiennent les résultats obtenus avec les enroulements I, II et III.
- Tableau I Enroulement I
- V NOMBRE DE TOURS R RÉSISTANCE TOTALE I INTENSITÉ V R M = IR 11 V
- 112 2,7: o,3o 40,4 0,000026
- 203 2,78 o,58 "3,0 0,000028
- 3oi 2,79 -,18 108 0 000233
- 400 2,81 •9,9 143 0,000486
- 390 2,83 19,9 i38 o,ogo5oo
- 5io ' 2,70 32,0 189 0.00058"7
- 610 2,69 40,2 227 0.000615
- 709 2,74 44>7 259 0,000601
- 812- 2,80 50,4 290 0,000604
- 919 2,71 55,7 339 0,000569
- 114 0,92 6,9 12 4 0,000194
- 207 0,94 39,5 220 0,000622
- 3i3 0,97 53,4 323 0,000629
- 415 1,01 *1,1 . 411 0,000601
- 497 3,02 79,8 487 0,000569
- Tableau II Enroulement II
- V
- NOMBRE DE TOURS
- 201
- 415
- 609
- 812
- 206
- 408
- 607
- 195
- 399
- 207
- R RÉSISTANCE TOTALE I INTENSITÉ V R ' 31 = —R- 11 V
- 3,10 10,4 64,8 0,ooo556
- 3,14 24,0 ID2 0,000646
- 3,24 33,9 188 0,000625
- 3,3i 46,4 245 o,ooo656
- 2,12 18,4 97,2 0,ooo656
- 2,!2 40,9 192 0,000736
- 2,08 62,9 292 0,000750
- 1,27 32,1 154 0,000726
- 1,29 67,7 309 0,000760
- 0,24 10,4 63 ,9 0,ooo566
- Tableau III Enroulement III
- V NOMBRE DE TOURS R RÉSISTANCE TOTALE 1 INTENSITÉ V R 31 = -üi 11 V
- \ 202 304 199 3oi 405 19,0 19.2 22,7 23,0 23.3 7,9s 12.6 5,95 10,2 13.6 10,6 •5,9 8,77 •3,1 •7,4 0,000577 0,000612 0,000524 0,000601 0,000604
- Ces résultats sont représentés sous forme de courbes dans les figures qui suivent. Les rapports
- ^ sont pris pour abscisses et les intensités pour
- ordonnées. Les courbes I, II et III se rapportent aux enroulements I, II et III, et la courbe IV se rapporte à des expériences analogues faites avec une machine Gramme, par MM. Meyer et Auer-
- bach (*). Dans la courbe III, les valeurs ^ ont été
- multipliés par 10. Les irrégularités que présentent ces courbes ne dépassent pas les limites des erreurs d’expérience, et les courbes réelles peuvent être considérées comme représentées . par les lignes pointées.
- En examinant les courbes I, II et IV, on observe que d’abord elles s’élèvent rapidement et brusquement, puis présentent une longue période pendant laquelle elles se confondent sensiblement avec une ligne droite, et s’en éloignent enfin progressivement. Si l’on considère que, dans la pratique, les intensités, avec les enroulements I et II, sont comprises
- entre 20 et 5o et que, dans cette limite, les
- courbes se confondent avec une droite, on est autorisé à admettre que, dans la pratique, l'intensité est
- y
- une fonction linéaire du rapport
- Le même résultat s’applique à la courbe IV relative à la machine Gramme, et la machine dynamoélectrique se trouve ainsi, dans ces limites, soumise à la même loi que la machine magnéto-électrique : pour toutes les deux l’intensité est proportionnelle
- à Il y a cependant entre elles cette dilférence que
- la machine magnéto-électrique donne un courant pour les plus petites valeurs de v, tandis que la machine dynamo-électrique ne commence à donner
- V
- de courant que quand le rapport ^ a atteint une certaine valeur.
- Si l’intensité était d’une façon complètement absolue, pour un calage donné du commutateur, une
- fonction de elle ne devrait pas varier quand on
- XV
- change à la fois la vitesse et la résistance, de manière à conserver entre elles le même rapport. Il n’en est pas exactement ainsi, et, quand on augmente ces valeurs on est obligé, pour maintenir l’intensité, de tourner un peu le commutateur dans le sens de la rotation de l’armature. Cet effet est dû à un déplacement des pôles de l’armature, mais il est pratiquement de peu d’importance, et M. Frœhlich n’en a pas tenu compte dans les chiffres qu’il donne, tout en ayant soin de choisir toujours pour ses
- (l) Annales de Wiedemann. Vol. 8, p. 494.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- expériences la meilleure position du commutateur.
- En se reportant aux équations données plus haut, on voit que le magnétisme effectif, multiplié par le nombre de spires de l’armature, est la seule
- la courbe s’abaisse au-dessous de ce maximum. Les noyaux des inducteurs étant en effet aimantés au maximum, le courant, n’agissant plus sur eux, exerce une action d’autant plus grande sur le fer
- (m. 1 .)•
- caractéristique d’une machine donnée. Si l’on connaît n, et si l’on sait, d’autre part, comment M varie avec l’intensité du courant pour une machine donnée et un calage donné du commutateur, on pourra toujours déduire l’intensité du nombre de tours et de la résistance totale.
- La relation entre l’intensité et le magnétisme effectif est représentée par les courbes V, YI, et
- VII pour les enroulements I, II et III, et par la courbe
- VIII pour la machine Gramme, étudiée par Auerbaçh.
- Dans ces diagrammes, les intensités ont été prises pour abscisses et les'différentes valeurs de M pour ordonnées.
- Leur examen montre que le magnétisme effectif croît d’abord proportionnellement à l’intensité ; on voit ensuite les courbes dévier de plus en plus jusqu’à un maximum; si l’intensité augmente encore,
- de l’armature, et cette action a pour effet de déplacer et d’affaiblir les pôles de cette armature; le magnétisme effectif se trouve donc diminué. Cela n’a lieu
- cependant que pour des intensités qu’on n’atteint jamais dans la pratique et l’on peut admettre que, pratiquement, le magnétisme effectif tend vers un maximum constant.
- Après avoir décrit quelques expériences faites dans le but d’étudier de plus près les causes de la production rapide de ce maximum, M. Frœhlich en déduit un certain nombre de formules qu’il serait trop long de reproduire ici, et il arrive à un pointtrès-important de son mémoire, qui comprend la mesure du travail absorbé par la machine dynamoélectrique.
- D’après la loi de Joule, le travail absorbé par
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- seconde par la machine a pour expression :
- T=cI’R=cIE.
- Dans cette formule, d’après Kohlrausch, c=o,ooi8i quand le travail est exprimé en chevaux, la force électromotrice en Daniells, la résistance en unités
- Siemens et les intensités en Le tableau IV
- contient une série d’expériences dans lesquelles le travail a été mesuré directement à l’aide d’un dynamomètre V. Hefner-Alteneck ; dans ce tableau, déduction a été faite du travail à vide.
- Les deux dernières colonnes donnent le travail calculé d’après les lois de Joule. Dans la dernière, on a introduit une correction destinée à tenir compte des courants induits dans le fer de l’armature. L’expression du travail devient alors
- T = c I E 4- p E-,
- et les recherches sur la transmission de la force montrent que, dans le cas présent, P a pour valeur 0,0009 et qu’en outre, pour bien représenter ces recherches, il faut donner à c une nouvelle valeur c' =0,00163.
- M. Frœhlich étudie ensuite la transmission de la force à distance en faisant passer le courant d’une machine Siemens, modèle D0, enroulement I, qu’il désigne sous le nom de machine primaire, dans une machine semblable, qui devient un moteur et qu’il désigne sous le nom de machine secondaire. Si le commutateur est au même calage dans les deux machines, on doit admettre que l’intensité et, par suite, le magnétisme effectif sont les mêmes dans les deux machines. Dans ce cas, si l’on désigne par E la force électromotrice, par I l’intensité, par R la résistance totale, par M le magnétisme actif, par v le nombre de tours, par N celui des spires de l’armature, par T le travail, par S la chaleur dégagée et par N le rendement et si, d’autre part, on affecte de l’indice 1 les valeurs qui se rapportent à la machine ,primaire, et de l’indice 2 celles qui se rapportent à la machine secondaire, on a les relations :
- E, = n M v, E, = 11 M i'.,
- T, = c Ei I = c P R--------------------------------------
- l’i -- v2
- T2 = c E. I = c 1‘- R------------------------------2-----
- 1’, — l’j
- S = c I2 R T, = S H- T2
- v Si l’on compare ces formules avec les résultats expérimentaux (tableau IV), on voit qu’elles ne sont pas complètement confirmées. Le rendement surtout qui, d’après les équations ci-dessus, devrait dans certaines expériences atteindre 90 pour 100, ne s élève pas au-dessus de 60 pour 100 et, pour une
- valeur constante de v, on observe toujours un rendement maximum pour une certaine valeur de vs, ce qui ne s’accorde pas avec les formules.
- La cause de ces anomalies se trouve, d’après M. Frœhlich, dans les courants produits dans le fer de l’armature. Dans la machine primaire, ces courants sont de même sens que ceux des fils de l’armature, ils les affaiblissent et diminuent le magnétisme
- Tableau IV Enroulement II
- V Nombre de tours. R Résistance totale. T Intensité E Force clcctro- niotrico Travail observé. c.I.E c'IE + /’E2|
- —» 129 . 14,5 1.3,6 0,21 0,357 o,3|
- 141 » 20,5 18,2 0^62 0,675 0,64
- 167 » 29,4 24,9 1,27 1,32 1,25
- 180 »» 32,5 28,7 1,60 1,69 1,59
- 200 37.7 34,8 2,27 2.37 2,25
- 250 " 46,4 42,1 3,57 3,54 3,34
- 298 » 53,7 47,7 4,74 4,64 4,39
- 35o » 59,9 53,3 6,09 5,78 5,46
- 3g3 65,6 62,3 7,36 7,40 7,01
- 401 66,8 62,4 7,65 7,54 7>i4
- 45o 72,8 69,2 9,26 9,12 8,64
- 489 » 74,4 71,8 10,42 9,67 9R7
- 168 1,35 17,3 22,4 0,60 0,70 o,74
- 216 » 23,5 3i,i i,33 1,32 1,40
- 247 27,9 36,9 1,89 1,86 K97
- 302 36,5 49,3 3,21 3,26 3,44
- 351 » 42,8 58,i 4,37 4,5o 4,76
- 401 48,0 66,3 5,53 5,76 6,i i
- 44e) 52,3 73,4 6,82 6,g5 7,37
- 5o8 • " 57,2 82,3 8,39 8,52 9,35
- effectif et la force électromotrice E( en même temps qu’ils augmentent le travail dépensé Tt.
- Dans la machine secondaire, qui tourne en sens inverse, ces courants sont en sens inverse de ceux des fils; ils augmentent donc le magnétisme effectif et la force électromotrice E2, en même temps qu'ils diminuent le travail produit.
- En supposant d’abord le commutateur calé de même dans les deux machines, et en représentant par ii et *s les courants induits dans le fer des deux armatures, par r la résistance du circuit que parcourent ces courants, par s un coefficient dépendant de la machine, et par Mx et Ms, leurs magnétismes effectifs, on a d’abord :
- M, = M — e /, Mo = M + E k
- M, v, _ 1 E, . _ Mo l’o _ 1 Ko
- 7‘ r ~ n r ,2 ~~ r ~~ n r
- Si l’on pose ~ — r\, il vient :
- M, = M (1 — n r,) Mg = M (1 + r, il)
- puis :
- Ei = n M, l’i = n M (l — y) v,) vt Eg = n Mo v., = n M (i — ri v2 ) ra
- et:
- 1 = -£=&-= i»[„ - + T-;)'
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- Pour l’expression du travail, on a :
- Tt = c n I M, Vi + c ii Mi v, Tj = c « I M: v2 — c h M, v2
- ou bien si l’on pose -4— — p, on a :
- r nir
- !r, — ci 111 4- p Ei
- *=4=4
- = cl Ei — p Ei (E, + E*)]
- [-•Ér
- S — c I (Ei — E,)
- Si on représente par Ft et F2 le travail correspon-
- Les formules A et B sont surtout importantes pratiquement, car elles permettent de calculer le travail en partant de Eu E2 ctl qui sont faciles à mesurer. Elles s’appliquent à toutes les positions du commutateur et à toutes les machines.
- Les formules C ne sont applicables que pour un même calage du commutateur. .
- Dans le tableau V, nous donnons une partie des observations très nombreuses rapportées par le docteur Frœhlich. Dans les expériences qui ont servi
- Tableau Y
- R V| r.\ T,Y I E, —E2 T, T, calculé t2 t3 calculé N N calculé
- R observé. d’après Ihl, Et et I observé. d’après Ei, E2 et I observé. d'après Ei, Ea et I
- 0,92 499 S02 509 600 6o3 801 993 ioi3 286 284 230 337 399 485 8o3 53" 73.3 77,5 80.3 88.4 170 161 50.4 50.5 42.6 65.3 66.4 91,8 Id2 io5 24.2 29,6 40.2 25.2 30.2 47.3 39,9 59,5 25,0 29.5 41.1 25.1 35.7 5o 40.7 60.6 3,48 4,26 6,04 4,17 5,22 3.37 4.27 5,84 4,33 5.37 12,4 13,7 17,9 1,68 2,22 2,70 1,98 3,12 6,62 7,77 9,44 1,76 2,21 2,63 2,38 2,87 6,32 7,02 9,20 45 47 60 52°/o 52 45 55 54 5i Si Si
- ''f 5oi 497 600 702 800 358 171 357 5i 1 406 57,2 76,6 81,4 106 121 37,0 30,2 .24,8 72,4 66,9 15.1 34,6 19,9 28.1 38,8 3^8 19,9’ 24,7 40,3 1,70 4,93 3,22 1,70 4.85 3,24 5.85 8,97 0,70 1,67 1,40 3 3,97 0,79 1,63 i,5o 2,85 3,83 41 34 43 i6 34 46 5?
- i,38 916 531 142 ÏOI 29,6 29,6 8,67 4,15 3,95 46
- 1,40 996 1019 718 541 171 166 ii3 86,0 40,5 '55,9 4i,4 57,3 !3,9 17,6 7,02 7,41 6,3i 7 17 45 41
- 1,88 5oi 600 700 188 161 21Û 70,5 97,0 110 3o,i 25.8 40.9 24,0 37.1 38.1 22,0 38,8 37,5 3,l8 6,58 7,98 3,21 6,72 7,92 1,10 1,89 2,65 1,10 i,5o 2,3g 35 29 33 34 22 38
- i,97 800 392 127 66,6 3 0,8 3o,6 7,83 3,07 2,94 38
- 2,01 904 485 143 79,8 32,4 3l,2 9,39 3,79 3,74 40
- 2,o3 ioo5 462 169 78,0 45,0 44,8 i5,o 5,42 5,17' 34
- dant aux courants induits dans le fer des armatures, il vient :
- f P, = /> E, En =p El
- I T, = T2 + S + F, + F2
- Si l’on exprime toutes ces valeurs en fonction de I, R, vt et v2, on trouve :
- /Tl = C r- R—
- I l’i — V2 \ V,— V2 C l’i— v-lj
- |T,= cP R_fL_("I + ïl1,,îl±lL_0 -Jü-S
- V, — V2 \ V, — V2 C V, — V'iJ
- IN
- »» r
- L
- iS = cIsR | F, = p I1 R2
- i + y) (v, + v2) —
- P R r, H- 1
- H- il 1 ’t — V, J
- — a V2
- Fa =p P R2----------------
- \ V, — Va
- à dresser ce tableau, le commutateur, dans les deux machines, était calé de façon que la force électromotrice de chacune fût maximum, des expériences spéciales ayant démontré que c’est dans ce cas que le rendement est maximum.
- Les constantes •/) et p, relatives aux courants induits dans le fer des armatures, ont été calculées d’après les observations dans lesquelles toutes les valeurs ont été mesurées ; car, dans les expériences à très grande vitesse, on ne pouvaitplus mesurer le travail dépensé par la machine primaire ; -o a été déduit de la force électromotrice p du travail, et on a trouvé :
- Les expériences ont fait voir, en outre, que la va-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- leur de c, donnée par Kohlrausch (0,00181), doit être baissée et fixée à o,ooi63.
- Ce dernier tableau, qui résume les mesures de M. Frœhlich, contient un grand nombre de données fort utiles, mais ce qu’il présente peut-être de plus intéressant, c’est qu’il met en évidence ce fait que, dans la transmission électrique de la force, il est possible, dans de bonnes conditions, d’arriver à un rendement de 60 pour ioo. a. guerout.
- LE TÉLÉGRAPHE DE QUARTIER
- (DISTRICT TELEGRAPH) <
- Lorsqu’un appareil très perfectionné est inventé et pénètre dans la pratique, les appareils similaires qui l’ont précédé, et qui remplissaient moins complètement l’office auquel il est destiné, cessent
- (fig. 1.)
- généralement de se développer, et peu à peu disparaissent. Cependant, quelquefois, il n’en est pas ainsi; malgré l’apparition du système nouveau, dont la perfection est frappante, on voit persister et même continuer de s’étendre un système ancien, qui semblait devoir être aussitôt étouffé; cela tient alors le plus souvent à ce que ce procédé, inférieur dans la généralité des cas, est supérieur dans certains cas particuliers fréquents; à ce qu’il présente certaines qualités de simplicité dans l’installation, de sécurité dans ses résultats restreints, que l’ap-
- pareil supérieur ne possède pas au même degré.
- Nous avons un exemple frappant de ces faits dans le télégraphe de quartier (district telegraph). Ce petit appareil, inventé en Amérique, était en grand usage dans ce pays avant l’invention du téléphone. Il a été rapidement décrit dans ce journal par M. duMoncel, à propos des systèmes avertisseurs d’incendie, dans le numéro du ier juillet 1880. Je crois utile d’en rappeler les dispositions.
- L’appareil figuré ci-contre se présente sous la forme d’une petite boîte ronde, fermée par un cadran pourvu d’un aiguille, comme le montre la figure 1. Le cadran est divisé en un certain nombre de cases, douze par exemple, renfermant, comme on“ le voit, chacune l’indication d’un ordre de service spécial ; lorsqu’on veut s’en servir, on abaisse le levier dont on voit le bouton en dehors, ce qui met en action une sonnerie d’appel; la réponse étant venue, on met l’aiguille sur la case où se trouve l’ordre qu’on veut envoyer à la station correspondante, il est aussitôt transmis un signal donnant la désignation de la personne qui a signalé, ainsi que le numéro de la case sur laquelle elle a
- (FIO. 2.)
- placé l’aiguille, c’est-à-dire l’ordre qu’elle a voulu transmettre. Cela s’opère le plus simplement du monde; l’appareil est sur un circuit dont la pile unique est d’ailleurs placée au bureau central et non chez le particulier ; la boîte renferme un mécanisme de sonnerie semblable à ceux que l’on connaît, et de plus un ressort d’horlogerie tendant constamment à faire tourner Une roue à dents appuyant contre un ressort (voir fig. 2). Chaque fois qu’une dent de cette roue passe sur ce contact, elle envoie un courant. L’ensemble est enclanché et immobile quand l’appareil ne parle pas ; lorsqu’on envoie un signal, la roue devient libre, mais ne peut faire qu’un tour. C’est la disposition des dents de cette roue qui fournit le signal. Elle en présente
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- d’abord un cerlain nombre dont l’espacement est particulier à l’appareil et fait reconnaître le poste qui appelle. Supposons que ce soit le poste i3i. La roue présentera d’abord une dent, un espace, trois dents, un espace et une dent ; en sorte qu’au poste correspondant, sur une bande de papier dédiant dans l'appareil récepteur, on recevra d’abord une figure semblable à ceci -------
- A partir de ce point, la roue porte douze dents également espacées; elles donneraient donc douze points également espacés si rien ne venait modifier leur contact; mais l’aiguille, en se déplaçant, entraîne un contact mobile qui allonge la durée du courant lorsque passe la dent qui correspond à la case où elle se trouve, en sorte que si elle est, par exemple, sur la case 3, on recevra une figure semblable à celle-ci — on n’aura plus qu’à lire l’indication correspondant à la case 3 de l’appareil i3i ou à chercher, sur un registre ad hoc, quel ordre correspond à ce signal.
- Voilà sans doute un système bien moins général que le téléphone, il ne peut transmettre qu’un nombre très restreint d’indications sans réponse, tandis que l’autre donne la conversation directe, supériorité énorme ; et cependant le télégraphe de quartier n’a pas disparu, tout au contraire, il se développe et reçoit chaque jour des applica-.
- lions nouvelles.’L’explication de ce fait, d’abord singulier, est facile. D’abord le télégraphe de quartier ne réclame pas un circuit spécial par appareil comme le téléphone ; un grand nombre de postes sont placés en dérivation sur un circuit unique partant du bureau central pour revenir s’y fermer, et chaque poste entre dans le circuit général seulement lorsqu’il a à parler,
- (l'IG.
- de là une très grande diminution dans les frais d’établissement et, par suite, dans le prix des abonnements ; ils se font, je crois, au prix de i5o fr, par année. En suite, pas d’induction; cette terrible induction qui, à des moments impossibles à prévoir, rend subitement im-, praticables les appareils téléphoniques en usage,' malgré doublés circuits, enveloppes métalliques et autres précautions coûteuses; dans le télégraphe de quartier, peu de signaux il est vrai, mais sûrs; dans certains cas, cette qualité prime l’autre; par exemple dans celui que signale M. du Moncel, pour l’avertissement des incendies, un mot suffit, mais il faut qu’il arrive et sans retard, là le télégraphe de quartier conserve l’avantage.
- Tout naturellement le téléphone, avec ses admirables qualités, a remplacé le télégraphe de quartier pour beaucoup d’applications usuelles ; celui-ci a néanmoins résisté et a continué de s’étendre, surtout en se spécialisant. Il domine, par exemple, dans les usines où les ordres à transmettre sont prévus, et dans lesquelles le bruit ou d’autres influences rendent souvent le téléphone impraticable. Il serait, je pense, le plus commode moyen de communication dans les grands hôtels, dans lesquels les tubes acoustiques ne peuvent pénétrer dans chaque chambre et où le téléphone serait d’un emploi difficile à cause de l’induction, et surtout d’une installation coûteuse à cause du nombre des circuits.
- Mais le télégraphe de quartier est entré pendant les dernières années, surtout aux Etats-Unis, dans une voie qui semble être la sienne par excellence, et où il paraît appelé à rendre les plus grands services.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- C’est son application aux services municipaux et de police.
- On peut prendre pour exemple l’installation de ce système faite à Chicago, l’une des villes où il est le plus complètement appliqué. Dès le commence-de son installation dans cette ville, notre collaborateur C. Haskinsnous en a envoyé la description que l’on retrouvera dans le t. III, p. 88 de notre journal. Chaque poste de police sert de point de départ à un certain nombre de circuits, portant des postes de télégraphe de quartier.
- Ceux-ci sont placés, soit dans des guérites spéciales (fig. 3) installées dans les rues et dont les agents de police ont la clef; soit, et c’est là le point intéressant, chez divers citoyens considérables qui peuvent en faire usage et auxquels chacun peut s’adresser en cas de nécessité. Le cadran de l’appareil porte alors les indications que nous donnons dans la figure 4 ci-contre, qui prévoient tous les cas pressants. L’appareil est d’un maniement très simple, comme on sait, mais, pour plus de sécurité, on a placé sur le cadran des instructions claires, afin de permettre au premier venu d’en faire usage sans erreur possible. Au poste de police correspondant esttoujours préparée une voiture spéciale propre à transporter rapidement des agents sur le point désigné, à recueillir un blessé, à ramener au poste un malfaiteur rapidement et sans scandale.
- La guérite spéciale qui renferme les télégraphes de quartier renferme en même temps un poste téléphonique, comme cela est indiqué dans le dessin ci-joint; nous représentons, à part, la boîte où se trouvent réunis Je* deux appareils (fig. 4). Si l’agent a des explications spéciales à donner, il entre dans la guérite où il peut s’enfermer et met le téléphone en
- jeu. Lors même que rien ne se produit dans leur section, les agents qui sont en surveillance doivent, à des heures réglées, donner signe de leur passage par le télégraphe, ce qui donne au poste un moyen de contrôle constant.
- On a tiré de l’emploi du télégraphe un moyen de protection spéciale pour les personnes qui le désirent. Moyennant, je crois, une légère redevance , chacun peut faire établir chez lui un poste de télégraphe de quartier ; de plus, il peut déposer au poste de police une clef de son logement, en sorte que, sur son appel, la police peut pénétrer chez lui et y saisir les malfaiteurs. L’emploi de ces moyens a, paraît-il, plus que doublé l’efficacité de la police dans les villes où l’application en a été faite.
- On n’a pas été sans se plaindre, dans ces derniers temps, qu’une certaine insécurité régnait dans Paris ; sans vouloir nullement entrer dans cette discussion, il faut reconnaître que l’extension de la ville, sa population toujours grandissante, son activité sans cesse augmentée exigent une augmentation proportionnelle des secours de sécurité, et qu’il ne faut rien négliger des moyens qui peuvent augmenter leur action, sans accroître sérieusement la dépense.
- L’expérience prouve que le télégraphe de quartier est utile dans ce sens au plus haut point, il m’a paru utile de le remettre sous les yeux du public, et je pense que l’administration ne saurait mieux faire que d’étudier sans retard un appareil qui a si bien réussi ailleurs, et qui serait le complément nécessaire des installations télégraphiques déjà faites.
- FRANK GÉRALDY.
- (fig. 4.)
- (FIG. 3.)
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- ÉTUDES SUR LE MICROPHONE
- 7e article (voir les n°s des 23 et 3o avril, 14 et 21 mai, 18 et 2S juin.)
- La Dérivation.
- Nous avons vu, dans un précédent article, que le courant de 35 éléments Leclanché, après avoir traversé le microphone et une résistance de 5.oooohms, est réduit à 0,010106 weber et qu’une variation de 2 ohms dans la résistance du transmetteur ne détermine qu’une variation positive de trois millionniè-mes de weber.
- Nous en avons conclu que le courant direct doit être réservé pour les circuits courts et peu résistants.
- Cependant, un certain nombre d’expérimentateurs, entête desquels nous devons citer M. C. Herz, ont pensé que l’établissement d’une dérivation près de la pile pourrait augmenter les variations d’intensité du courant, c’est-à-dire les effets produits dans les appareils récepteurs, et, par suite, permettre l’usage du courant de pile sur des lignes assez résistantes. Les essais qui ont eu lieu ont prouvé que ce moyen peut en effet augmenter la portée de la voix. Les expériences de M. Herz ont eu, en outre, cet autre résultat de montrer qu’il est possible de faire parler un condensateur aussi bien qu’un téléphone, et par suite, d’éviter certains inconvénients inhérents à la trop grande sensibilité des récepteurs électro-magnétiques. Un autre expérimentateur, M. Dunand, est arrivé au même résultat en suivant une méthode différente.
- Nous laisserons de côté les détails des dispositions spéciales imaginées par M. Herz, dispositions qui ont d’ailleurs été longuement décrites dans les colonnes de ce journal. Quant au condensateur parlant, nous aurons occasion d’y revenir lorsque nous étudierons les appareils récepteurs. Pour le moment, nous nous contenterons d’examiner rapidement les avantages qu’il faut attendre de l’emploi de la dérivation.
- On peut former cette dérivation en reliant les deux extrémités du microphone aux deux pôles de la pile. Expérimentalement, la résistance qui représente la longueur du fil de ligne est placée dans le circuit de dérivatif, comme l’indique la figure suivante :
- Si nous opérons avec 35 éléments Leclanché (E = i,5, R = 5) comme nous l’avons fait pour le courant direct, et si nous mettons la même résistance, 5.ooo ohms, dans le circuit dérivé b b, l’intensité du courant qui parcourt ce circuit b b, pendant le repos du microphone, est donnée par la formule suivante :
- I
- 35 x 1, 5 x 20_____________
- (35 x 5) x (20 + 5ooo) + 20 X 5ooo
- = 0,001073 weber
- En faisant varier de 2 ohms la résistance de l’in-
- tervalle de dérivation a a constitué par le transmetteur, l'intensité du courant dans le circuit I> b devient :
- I’ =
- ___________35 X 1,5 X 18__________________
- (35 X 5) x (18 + 5ooo) + 18. X 5.ooo ~
- La variation d’intensité, négative cette fois, égale donc I—V ou 0,000097 weber.
- Les résultats fournis par cette dérivation sont donc les suivants : i° L’intensité dans le circuit résistant b b est devenue environ le onziètne de ce qu’elle était avant la dérivation ; i° la variation d’intensité, causée par une variation de résistance de 2 ohms près de la pile, est devenue environ trente-deux fois plus forte (97 millionnièmes de weber, au lieu de 3 millionnièmes) ; 3° le sens de la variation est interverti par rétablissement de la dérivation.
- Réduisons la résistance r à 100 ohms. Sans dérivation, les 35 éléments Leclanché nous donnent I = 0,1779 weber, et la variation d’intensité V = 0,0012 weber. Mettons le microphone en dérivation ; le courant qui circule en b b n’a plus alors que 0,0456 Aveber et Y' = o,oo36 weber.
- L’avantage est donc encore à la dérivation, si l’on ne considère que la variation d’intensité; mais il ne faut pas perdre de vue que l’intensité du courant a
- (FIG. 1.)
- subi une diminution de o,o323 weber, c’est-à-dire que cette intensité est devenue presque le quart de ce qu’elle était avant la dérivation.
- Diminuons encore la résistance du circuit dérivé, en mettant seulement dans ce circuit le gros fil d’une bobine d’induction ; pour nos calculs, nous évaluerons cette résistance à 1 ohm. Sans dérivation, les 35 éléments Leclanché donnent I = 0,2678 weber et la variation d’intensité a 0,0029 weber. Avec le parleur placé en dérivation, le courant dérivé ou inducteur a une intensité = 0,2841 weber, plus grande par conséquent que dans le premier cas, mais V/ = o,ooi5 weber seulement, c’est-à-dire la moitié de ce qu’elle était tout à l’heure.
- De ces trois exemples, il ressort nettement que : lorsque la résistance du circuit de dérivation est plus grande que celle de Vintervalle de dérivation ^microphone), la variation de l'intensité du courant dérivé est plus grande que s’il n’y avait pas de dérivation ; mais, en revanche, l'intensité même de ce courant est diminuée. Au contraire, lorsque la résistance du circuit de dérivation est plus faible que celle de l’intervalle de dérivation, le cou-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- rànt dérivé acquiert une intensité supérieure à celle qui existerait sans la dérivation, mais les variations d'intensité dues aux variations de résistance, deviennent beaucoup plus faibles.
- Ces propositions peuvent se formuler de la façon suivante : appelons
- I l’intensité du courant sans dérivation,
- V l’intensité du courant dérivé,
- V les variations d’intensité causées par les varia-
- tions de résistance, lorsqu’il n’y a pas de dérivation.
- V' ces mêmes variations d’intensité lorsqu’il y a dérivation,
- r la résistance du circuit dérivé,
- r' la résistance de l’intervalle de dérivation (microphone).
- Si r > r', on a Y' > V et I' < I Si r < r', on a V' < V et I-' > I
- (A suivre.) Dr m. boudet de paris.
- ÉCONOMISATEUR
- DE
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- Lorsque le courant galvanique alimente plusieurs régulateurs ou bougies électriques, l’inconvénient suivant se fait sentir : si l’on éteint une ou plusieurs de ces sources, la résistance du circuit diminue d’autant, et toutes les autres sources commencent à s’échauffer trop, de sorte que les chandeliers (ou les régulateurs) courent risque d’être endommagés par la chaleur.
- Pour obvier à cet inconvénient, il est nécessaire d’introduire, à la place de chaque lanterne éteinte, une résistance égale à la sienne ; alors le courant ne se modifiera pas, mais dans ladite résistance se concentrera toute la chaleur qui servait d’abord à l’éclairage. Cette chaleur est empruntée au moteur; il s’ensuit donc que la dépense de force, pour une lampe éteinte, sera la même que pour la lampe en action.
- Cet inconvénient ne se fait pas sentir dans l’éclairage au gaz, où les frais d’entretien sont en raison du nombre des becs brûlant. Pour obtenir la même économie avec l’éclairage électrique, il faudrait se servir d’un appareil qui permettrait de régler automatiquement la vitesse de la machiné par le courant galvanique lui-même. L’appareil que nous avons proposé pour atteindre ce but est construit de la manière suivante (voir figure ci-dessous). Deux roues folles, de forme conique, B et C, reçoivent leur jnouvement d’une troisième roue également conique, communiquant avec le moteur par l’intermédiaire de la courroie de transmission, adaptée à la poulie K. Chacune des roues B et C peut être fixée à l’axe, au moyen d’un manchon O, glissant sur ce dernier. Dans ce cas, l’axe commence à tourner dans le même sens que la roue correspondante, et à hausser ou baisser l’écrou L qui, glissant le long de l’axe (sans pouvoir tourner) agit sur le levier H du robinet d’admission de vapeur A.
- Il va sans dire que le mouvement de l’écrou L peut être utilisé d’une autre manière, par exemple pour varier la détente de vapeur, pour extraire plus ou moins la bobine du champ magnétique, pour introduire une certaine résistance dans le circuit de « l’excitateur » des machines à courants alternatifs, etc.
- Le manchon O est gouverné par un électro-aimant F et par un ressort antagoniste G. Lorsque l’armature E est attirée, le levier M roule (pour ainsi dire) sur son support D, dont la courbure est calculée
- de manière à rendre stable l’équilibre entre l’aimant et le ressort. Si le levier M tournait autour d’un axe fixe, l’armature occuperait constamment une de ses positions limites ; car l’attraction, une fois commencée, augmenterait graduellement à cause du rap-prochement de l’armature vers l’aimant, de sorte que celle-là devrait, en tout cas, atteindre sa position la plus basse. La courbure du support a pour effet de diminuer le bras du levier à mesure que l’armature se rapproche de l’aimant.
- Il serait superflu d’ajouter que l’électro-aimant est
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- Vf
- animé par le courant même qui sert à l’éclairage. Les pôles de la machine dynamo-électrique sont désignés sur la figure par les signes -J- et —.
- Admettons que plusieurs lampes Siemens sont introduites dans le circuit et que le ressort G soit convenablement réglé. Si nous éteignons maintenant une . des lampes, le courant s’affaiblit, l’élec-tro-aimant attire son armature et fixe la roue B à l’axe. Alors l’écrou L commence à se lever et à fermer les robinet d’admission jusqu’à ce que la machine diminue, comme il le faut, sa vitesse et que le courant recouvre sa force normale ; à ce moment, l’armature se relève et le manchon O se place entre les deux roues sans toucher ni l’une ni l’autre ; alors le robinet reste dans sa nouvelle position, et la dépense de vapeur diminue. Nous proposons de nommer l’appareil que nous venons de décrire « économisateur de l’éclairage électrique ».
- Le même appareil peut aussi être facilement appliqué aux courants alternatifs. Pour cela, il faudra seulement employer un solénoïde au lieu d’un aimant. L’armature devra, dans ce cas, présenter un cylindre entrant dans le creux du solénoïde. Pour être plus précis, admettons qu’il s’agisse d’une machine Siemens à courants alternatifs, alimentant plusieurs lampes introduites dans le même circuit. Alors, on pourrait laisser fonctionner l’appareil de la manière décrite ci-dessus. Mais il serait peut-être plus commode, dans ce cas, de laisser l’écrou L agir, non pas sur le robinet d’admission, mais sur le circuit de l'excitateur dans lequel il introduirait une résistance plus ou moins grande. Alors, le courant principal s’affaiblira aussi au degré nécessaire, et les lampes absorberont moins de travail. Il est évident que, dans ce cas, le moteur doit être muni d’un bon régulateur de vitesse. Nous pensons que, pour l’éclairage à courants alternatifs, il sera très avantageux de ne pas diminuer la vitesse, pour éviter les scintillements de lumière; nous présumons d’ailleurs que, lorsque l’emploi de l’éclairage électrique se sera plus généralisé, les courants alternatifs, qui ont été procréés exclusivement pour la bougie Jablochkoff, tomberont en désuétude. Nous ne voyons, du moins, aucun obstacle à la construction d’une machine dynamo - électrique à courant continu, qui puisse alimenter 20, 3o et même un plus grand nombre de lampes électriques. Par le choix convenable du diamètre du fil, on pourra toujours obtenir la tension nécessaire à cet effet.
- Nous pensons que « l’économisateur » prendra, dans l’avenir, une importance toute particulière, car, lorsqu’il s’agira d’éclairer des maisons et même des villes entières, il faudra, à tout prix, combiner un appareil semblable, pour que les dépenses ne s’élèvent pas au triple ou au quadruple du strict nécessaire.
- I). LATCHINOFF.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Action des courants de haute tension sur les corps pulvérulents immergés dans des liquides.
- Dès l’année i855, M. Th. du Moncel avait étudié ces effets avec les courants induits de la machine de Ruhmkorff sur des poussières métalliques surnageant sur l’eau. Il en était arrivé à conclure que l’étincelle, au lieu de passer à l’état latent à travers le liquide, se propageait avec les mêmes caractères que si la poussière eût été placée sur un corps isolant. Dans ce cas, suivant lui, les étincelles viennent du flux de tension, et le flux de quantité passe à travers la masse liquide à l’état latent. « Avec les conducteurs secondaires très divisés, dit-il, la réaction de l’étincelle a pour effet de réunir ensemble les divers grains de poussière qui sont dans le voisinage du chemin qu’elle doit parcourir, de manière à constituer un conducteur le plus continu possible. C’est ainsi qu’on peut, en s’y prenant avec soin, soulever au bout des conducteurs de la machine de Ruhmkorff une houppe de grains de limaille de cuivre qui peut atteindre quelquefois jusqu’à 3 centimètres de longueur. C’est ainsi, encore que 'l’étincelle, échangée à travers un conducteur liquide disposé en gouttelettes très fines, se crée un chemin continu qu’elle suit tant que les conditions de ce conducteur restent les mêmes. L’action attractive de l’électricité sur l’eau a pour effet de la soulever au-dessus de son niveau ou de déterminer son écoulement quand il y a lieu, etc... » (Voir la Notice sur l'appareil d’induction électrique de Ruhmkorff, 5e édition, p. 144.)
- Dernièrement, M. Holtz a entrepris une série d’expériences dans des conditions analogues, mais avec une machine à influence, et il est arrivé à des déductions assez intéressantes. Il a d’abord constaté, comme M. du Moncel, que les corps pulvérulents s’attachent aux deux conducteurs, principalement au rhéophore négatif. Cependant, l’effet varie suivant la nature chimique de ces corps pulvérulents et même la composition du liquide; ainsi, avec des poussières de camphre, de charbon et de licopode, c’est le pôle négatif qui exerce le plus d’action, mais avec plusieurs sulfures métalliques, c’est, au contraire, le pôle positif. Si plusieurs poudres sont mélangées, il peut arriver que les effets soient neutralisés l’un par l’autre ; ainsi, un mélange de sable et de fer réduit ne peut être influencé par aucun des conducteurs, mais les particules pulvérulentes peuvent constituer au centre du vase des figures plus ou moins capricieuses, qui rappellent les figures de Lichtemberg, si l’un des deux rhéophores a la forme d’une bague. Quand les deux rhéophores ont la
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- forme d’un barreau ou d’une pointe, ces figures ressemblent aux courbes dessinées par la limaille de fer dans un champ magnétique ; mais cette apparence annulaire ou rayonnante de ces figures dépend moins de la direction du courant que de sa force et de la nature des poudres. Elles semblent, d’ailleurs, toujours animées d’un double mouvement, l’un pour lequel les particules semblent se mouvoir selon les courbes, l’autre pour lequel les courbes elles-mêmes se déplacent en rayonnant autour d’un centre entre les conducteurs.
- Certains sulfures métalliques présentent quelques effets particuliers; ainsi ils s’agglomèrent çà et là en boules plus ou moins grosses, qui se trouvent animées de mouvements giratoires. •
- M. Holtz croit que la cause de ces attractions polaires différentes devrait être rapportée à une conductibilité différente, qu’auraient les substances dont il a été question pour l’électricité positive ou négative, et qu’une action du même genre pourrait être en jeu dans les transmissions électriques à travers les milieux aériformes, ce qui déterminerait les différences d’effets lumineux aux deux extrémités polaires du circuit métallique.
- La pile zinc-fer du Dr Velsmann.
- On sait qu’on a proposé de remplacer dans la pile Bunsen le charbon par de la fonte, et qu’on a constitué ainsi un couple qui a joui en Allemagne d’une certaine faveur. Dans ce couple, le fer, plongé dans l’acide azotique concentré, se trouve tout d’abord à l’état passif; mais, au bout d’un certain temps, la concentration du liquide diminuant, le fer se dissout avec effervescence et l’on est obligé de démonter immédiatement la pile. Le Dr Velsmann remédie à cet inconvénient en additionnant la fonte de silicium. Il obtient ainsi un métal qui reste passif, et la force électromotrice de la pile n’en est pas diminuée. L’addition du silicium permettrait, en outre, d’utiliser io pour ioo en plus de l’acide azotique employé.
- Les étalons de résistance.
- On connait la forme donnée par le comité de l’Association Britannique aux étalons de résistance. Cette disposition présente quelques inconvénients. Le fil est isolé dans une épaisse couche de paraffine qui, conduisant mal la chaleur, l’empêche de prendre rapidement la température du milieu ambiant. En outre, la surface libre de la paraffine, surtout lorsque l’appareil est plongé dans la glace, est susceptible de se recouvrir d’une couche d’humidité qui forme sur la bobine une dérivation. Pour éviter ces inconvénients, M. le professeur Fleming vient d’imaginer une nouvelle forme d’étalon. Dans cette nouvelle disposition, l’isolant entre les spires de fil n’est autre chose que de l’air, et les spires sont tenues à distance les unes des autres par de petites
- entretoises d’ébonite percées de trous que traverse le fil; le métal (alliage argent-platine) peut ainsi très rapidement se mettre en équilibre avec la température ambiante. La bobine est enfermée dans une boîte de laiton formée de deux capsules estampées vissées solidement ensemble. Cette boîte est hermétiquement fermée, de sorte qu’elle peut être impunément plongée dans l’eau. Pour assurer l’imperméabilité, on peut placer entre les deux capsules une rondelle de plomb, ou les fermer à la soudure. Ces dispositions remédient aux défauts de l’ancienne forme d’étalon, mais il faut remarquer que, avec cette dernière, on peut éviter la formation de la couche d’humidité en plongeant l’étalon dans de l’huile de 'pétrole, et le vase qui contient celle-ci dans de la glace. Il faut toutefois toujours attendre que la température se soit communiquée à la bobine, ce qui demande au moins une demi-heure.
- Le transport électrique des lettres et journaux.
- Dans la séance du 26 mars dernier de la Société des ingénieurs et architectes de Vienne, M. le conseiller Brunner de Wattenvyl a lu un mémoire appuyé de plans et modèles, et dans lequel il a démontré la possibilité d’appliquer avantageusement le système des chemins de fer électriques au service de la poste.
- L’appareil expérimenté en dernier lieu et qui a, paraît-il, donné de bons résultats, n’est qu’une réduction du chemin de fer électrique de Siemens, dans laquelle les wagons sont remplacés par des boîtes à dépêches montées sur roues. L’auteur propose d'établir ce petit chemin de fer le long des voies déjà existantes, soit dans un tube métallique, soit dans un canal en maçonnerie. D’après les essais qui ont été faits, on peut atteindre une vitesse d’un kilomètre par minute.
- L’auteur fait remarquer que l’intérêt ne réside pas tant dans la vitesse obtenue qu’en ce que l’envoi des lettres est rendu ainsi indépendant des heures de départ des trains.
- Nous ne pouvons nous empêcher, en résumant cette communication, de faire remarquer que des expériences tout a fait analogues ont été faites, il y a plus d'un an, à Paris, à l’Administration des télégraphes, avec la petite locomotive de M. Marcel Deprez décrite dans ce journal (1880, p. 473). Un petit chemin de fer circulaire avait été établi dans le jardin de l’Administration, et l’on avait obtenu des résultats très satisfaisants. On se proposait, croyons-nous, à cette époque, d’établir ce système' dans les égouts pour remplacer le système beaucoup plus coûteux des tubes pneumatiques. Mais ces projets semblent tombés dans l’oubli, et l’on attendra sans doute, pour les exécuter, que les Allemands, qui viennent de reprendre cette idée, en aient fait leur propriété en la mettant en pratique sur une grande échelle.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- Lois thermiques de l’étincelle excitatrice des condensateurs.
- M. Villari, continuant ses recherches sur les décharges des condensateurs, a été conduit dans une note récente présentée à l’Académie des sciences, à étudier spécialement les lois thermiques de l’étincelle excitatrice des condensateurs, et il fait remarquer qu’il appelle étincelle excitatrice, celle qui se produit contre l’excitateur. Il est arrivé à cette déduction : que la chaleur développée par Vétincelle excitatrice unique est à peu près proportionnelle au carré des charges. Mais cette loi peut se trouver masquée dans plusieurs circonstances, qui proviennent de réactions dépendant des conditions des expériences et de la construction des appareils employés. En analysant avec soin les différents effets produits, on arrive aux conclusions suivantes :
- i° La chaleur de l’étincelle excitatrice augmente plus rapidement que la troisième puissance des charges pour un petit potentiel.
- 20 Elle augmente comme le carré des charges pour un potentiel moyen.
- 3° Elle augmente à peu près comme les charges pour un potentiel très élevé.
- 40 Elle croît un peu moins vite que la charge quand le potentiel est constant.
- 5° Avec une charge constante, cette chaleur croît plus rapidement que les potentiels quand ils sont petits, comme les potentiels quand ils sont moyens, et beaucoup moins quand ils sont très élevés ; il peut même arriver dans ces conditions qu’elle décroisse à mesure que les potentiels croissent..
- « La loi des surfaces des condensateurs, dit M. Villari, est évidemment en relation intime, avec celle des potentiels et il en résulte que, pour un potentiel déterminé d’une charge donnée, la chaleur développée par elle se partage entre l’étincelle intérieure et l’excitatrice externe, de manière que, dans cette dernière, elle augmente proportionnellement aux carrés des longueurs et en raison inverse de la surface des condensateurs.
- « Ces lois, qu’on pourrait nommer lois limites de l'étincelle, sont les mêmes que celles qui conviennent aux fils métalliques ; aussi on peut dire, dans les limites indiquées ci-dessus, que :
- « La chaleur développée par l'étincelle est proportionnelle à la quantité d'électricité multipliée par l'épaisseur électrique, ou bien encore est proportionnelle à la quantité d'électricité pour la chute du potentiel.
- « Une partie de l’étincelle peut être remplacée par un fil métallique et vice versa; il est nécessaire que la somme de tous les autres effets produits par l’étincelle suive les mêmes lois.
- « Cependant, entrcl’étincelle et les fils, il y a, quant aux phénomènes thermiques, une différence essentielle. L’étincelle, à mesure que les charges et les potentiels croissent, augmente aussi en longueur et
- en section ; elle peut donc être regardée comme un conducteur variable, dans lequel la chaleur doit être fonction du nombre des molécules gazeuses qui' la composent et peut-être de leur température. Dans les fils métalliques, qui peuvent être regardés comme des conducteurs fixes, le pouvoir thermique doit être exclusivement fonction de la température. »
- Les propriétés hygiéniques de la lumière électrique.
- Dans une des dernières réunions de la Société des sciences naturelles de Brunswick, une partie de la séance a été consacrée à l’hygiène de l’éclairage dans les appartements'fermés.
- Le professeur Blasius a d’abord fait remarquer les avantages de la lumière électrique, en ce sens qu’elle ne donne pas lieu, comme les autres systèmes basés sur la combustion de différents corps, à des produits nuisibles à la santé, et ne présente pas, comme le gaz, de dangers d’explosion. Dans l’éclairage électrique, bien qu’il y ait combustion des charbons, la quantité d’acide carbonique produit est excessivement faible, et il ne se forme d’ailleurs aucun gaz délétère.
- Le docteur Hoppe a ensuite rendu compte de ses expériences sur les variations de l’acuité visuelle et la facilité de perception des couleurs sous l’influence de différents éclairages. Il résulte de cette étude que, en général, l’acuité visuelle est plus grande au gaz qu’à la lumière du jour et plus grande encore à la lumière électrique. Avec ce dernier éclairage, on reconnaît le rouge, le vert, le bleu et le jaune surtout, à une bien plus grande distance qu’à la lumière du jour. A la lumière du gaz, les couleurs sont distinguées plus aisément qu’au jour, mais moins aisément qu’à la lumière électrique. Le jaune seulement est beaucoup moins visible au gaz qu’à la lumière du jour.
- Les membres de la réunion ont, en outre, reconnu que la lumière très tranquille des. lampes différentielles Siemens, éclairant la salle, ne fatiguait nullement les yeux, et l’on est arrivé à cette conclusion, que l’on n’a pas jusqu’ici assez apprécié les qualités hygiéniques de la lumière électrique.
- Les tubes Crookes et la machine de Holtz.
- Depuis que la machine de Holtz existe, on a reconnu qu’elle est susceptible d’être employée pour illuminer les tubes Geissler. Dans ce cas, cependant, l’illumination est faible; pour lui donner de l’éclat, on est obligé d’employer des condensateurs et d’interrompre le circuit en plusieurs points, et, si l’on veut obtenir les stratifications, il faut intercaler, en outre, certaines résistances. Avec la bobine'd’induction, au contraire, on n’a pas besoin de tous ces artifices.
- M. Holtz a voulu voir si, avec les tubes Crookes,
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- la même différence existe entre les deux appareils; il a reconnu, au contraire, que les expériences de Crookes peuvent être exécutées avec la machine de Holtz, tout comme avec la bobine d’induction, et cela sans aucun dispositif spécial. Quelques expériences réussissent cependant moins bien; ce sont celle de la croix lumineuse, celle de la répulsion de deux rayons de matière radiante, et l’incandescence du platine; il faut remarquer, d’ailleurs, que ce sont précisément les expériences qui, pour bien réussir, exigent une très forte bobine. Suivant M. Holtz, la grande résistance des tubes Crookes agit d’une façon différente sur la machine et sur la bobine. Pour la machine à influence, la résistance augmente l’intensité lumineuse de la décharge,^ en transformant le flux continu en plusieurs décharges disruptives ; pour la bobine, elle affaiblit l’illumination, en diminuant la série des décharges disruptives. De là, ce fait qu’avec les tubes à grande résistance, l’effet est à peu près le même pour les deux appareils.
- Dans cette formule, on a supposé les éléments de la pile groupés de manière à fournir ce que l’on a appelé des séries parallèles, c’est-à-dire des groupes dont les éléments sont réunis en tension et qui sont eux-mêmes réunis en quantité ; mais il est facile de voir que cette formule, aussi bien que la mienne, peut s’adapter au groupement inverse, qui est le plus généralement adopté. En effet, dans le premier système de groupement, le nombre des éléments en
- tension de chaque groupe est et l’intensité du
- courant de chaque groupe a pour valeur :
- iii
- n
- Si on réunit maintenant en quantité un nombre n de ces groupes, la formule précédente devient
- Quelques éclaircissements au sujet des formules du montage des piles.
- Bien que cette question ait été traitée plusieurs fois dans ce journal, nous voyons qu’elle est souvent si peu comprise, qu’il nous paraît utile d’entrer dans de nouveaux détails à ce sujet.
- Dans le numéro du i5 août 1880 de ce journal (p. 319) nous avons indiqué le raisonnement au moyen duquel Ohm était arrivé à poser la formule de l’intensité du courant dans le cas où la pile est composée de plusieurs groupes d’éléments réunis en quantité, et étant eux-mêmes réunis en tension. E
- Cette formule est I == -, ,-r. Nous avons dé-
- montré, dans le même article, que cette formule n’était guère susceptible d’être appliquée dans la pratique, puisque le nombre des éléments en tension et en quantité n’était pas précisé, et que, d’ailleurs, on ne pouvait en tirer aucune déduction propre à faciliter les calculs. C’est pourtant cette formule qui, sous une forme ou sous une autre, est presque toujours enseignée, et quoique, depuis plus de 20 ans, j’aie insisté à plusieurs reprises pour en montrer l’insuffisance, il n’y a guère que dans l’ouvrage de M. Gordon qu’on ait donné les formules que j’ai posées'en 1860. Toutefois, dans certains ouvrages (*), on a varié la formule d’Ohm, en lui donnant la forme suivante:
- j _ m n E — m R + n- r*
- m, représentant le nombre total des éléments; n, le ùiombre des groupes réunis en quantité ; r, la résis • tance du circuit extérieur, et R, la résistance d’un élément.
- C) Voir le Traité d’électricité de M. Gavarret, tome II, p. io3.
- m n E
- mi R+«*»•*
- Dans le second cas, l’intensité de chaque groupe
- 1 E m ,
- a pour valeur ^--------, et pour — groupes réunis en
- ‘ — + r
- 11 1
- tension, on arrive à la même formule que précédemment. '
- On obtient les mêmes déductions en partant de la formule que j’ai donnée, si on attribue aux quantités r et R des interprétations inverses.
- Mais, avec ma formule, il est impossible de faire des confusions, puisque le nombre des éléments en tension et le nombre des éléments en quantité sont représentés par des valeurs distinctes. Les conclusions relatives aux maxima sont d’ailleurs les mêmes.
- Il est regrettable que, dans les ouvrages qui ont donné la formule dont nous parlons, on n’ait indiqué qu’une des conditions de la formule, celle qui est là moins applicable, et, grâce à cela, plusieurs personnes ont été conduites à des confusions regrettables.
- La conclusion de tout ceci, est que l’on doit abandonner les formules où les quantités représentant le nombre d’éléments en tension ou en quantité, et le nombre de groupes en tension ou en quantité, ne sont pas représentées séparément. Car il est toujours facile, dans les calculs, de représenter l’une d’elles en fonction de l’autre d’après la relation a X b — n, et l’on ne court pas risque de confusion. On a, de plus, l’avantage de pouvoir obtenir des déductions précises se rapportant aux deux valeurs.
- I' =
- m R
- + r
- TII. DU M.
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- LE
- PROCHAIN
- CONGRÈS D’ÉLECTRICITÉ
- Lé Ministère des Postes et des Télégraphes vient de publier la. liste des Membres français désignés pour faire partie du
- CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS
- Cette liste est composée comme suit :
- PRÉSIDENT :
- M. le Ministre des Postes et des Télégraphes
- VICE-PRÉSIDENTS :
- M. le ministre de l’instruction publique et des beaux-arts.
- m. le ministre des travaux publics.
- M. le Ministre de la guerre.
- MEMBRES :
- M. ie Ministre de la marine et des colonies.
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce.
- MM. le général Frébault, sénateur.
- Paul Bert, député, professeur à la Faculté des sciences de Paris.
- Lesguillier, député, directeur des chemins de fer de l’État.
- Becquerel (Ed.), membre de l’Institut, président de l’Académie des sciences.
- Berthelot, membre de l’Institut.
- Bréguet (L.), membre de l’Institut.
- Cornu, membre de l’Institut.
- Daubrée, membre de l’Institut, inspecteur général des mines, directeur de l’École nationale des mines-.
- Desains, membre de l’Institut.
- J.-B. Dumas, de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.
- Fizeau, membre de l’Institut.
- Jamin, membre de l’Institut.
- Lalanne, membre de l’Institut, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur de l’École nationale des ponts et chaussées.
- Hervé Mangon, membre de l’Institut, directeur du Conservatoire national des arts et métiers.
- Marey, membre de l’Institut, professeur au Collège de France.
- Du Moncel (le comte), membre de l’Institut.
- Perrîer, lieutenant-colonel, membre de l’Institut.
- Wurlz, membre de l’Institut.
- Abria, doyen de la Faculté des sciences de Bordeaux.
- Allard, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur général du service central des phares.
- Baron, directeur au Ministère des postes et des télégraphes.
- Bergon, directeur au Ministère des postes et des télégraphes.
- Bertin-Hourot, sous-directeur de l’École normale.
- Blavier, directeur-ingénieur des télégraphes, directeur de l’École supérieure de télégraphie.
- Boussac, inspecteur en chef du contrôle, au Ministère des postes et des télégraphes.
- Bouty, professeur au lycée Saint-Louis.
- Goilignon, ingénieur en chef des ponts et chaussées, inspecteur de l’École nationale des ponts et chaussées.
- Crova, professeur de physique à la Faculté des sciences de Montpellier.
- MM. Deprez (Marcel), électricien.
- Durand-Claye (Léon), ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- Fontaine, ingénieur, président de la Chambre syndicale des électriciens.
- Garbe, chargé du cours de physique générale et de météorologie à l’École préparatoire à l’enseignement supérieur des sciences, à Alger.
- Guillebot de Nervüle, inspecteur général des mines.
- Jablochkofr, ingénieur électricien.
- Jacqmin, directeur de la compagnie des chemins de fer de l’Est.
- Joubert, secrétaire général de la Société française de physique.
- Jousselin, inspecteur principal de l'exploitation des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée.
- Lartigue, directeur de la Société générale des téléphones.
- Leclère, capitaine d’artillerie.
- Le Roux, professeur de physique à l’École supérieure de pharmacie.
- Lévy, (Maurice), ingénieur en chef des ponts et chaus sées, professeur suppléant au Collège de France.
- Lippmann, maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris.
- Mangin, colonel du_géuic.
- Mascart, professeur au Collège de France, directeur du bureau central météorologique.
- Mathias, ingénieur en chef de l’exploitation du chemin de fer du Nord.
- Mathieu, capitaine de vaisseau.
- Mercadier, ingénieur des télégraphes, inspecteur des études de l’École supérieure de télégraphie.
- Mouton, maître de conférences à la Faculté des science de Paris.
- Neyreneuf, maître de conférences à la Faculté des sciences de Caen.
- Planté (Gaston), électricien.
- Potier, professeur à l’École des mines et à l’École polytechnique.
- Raynaud, ingénieur des télégraphes.
- Reboul, doyen de la Faculté des sciences de Marseille.
- Régnault, inspecteur principal honoraire du mouvement à la compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- Richard, directeur-ingénieur des télégraphes.
- le général baron do Saint-Cyr-Nugues, président de la commission de télégraphie militaire.
- Sebert, lieutenant-colonel d’artillerie de marine.
- Sévène, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur de la compagnie des chemins de fer d’Orléans.
- Terquem, professeur à la Faculté des sciences de Lille.
- Vioiie, professeur à la Faculté des sciences de Lyon.
- Wolf, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- FAITS DIVERS
- Le télémètre électrique de M. renseigne de vaissseau G. de Tromelin, dont nous avons donné la description dans le journal La Lumière Électrique, page 7, 1880, vient de nouveau d’être soumis à des expériences de précision à l’école des torpilles de Boyardville.
- Ce télémètre, visant une chaloupe à vapeur, a donné les distances en mer avec une erreur maxima de 2 mètres pour des distances supérieures à 3.000 mètres, l’instrument étant bien réglé. D’après l’avis de la Commission de la marine, il donnerait les distances jusqu’à 8.000 mètres, dans la pratique, avec une erreur maxima de 12 mètres. Les résultats ont été contrôlés par deux théodolites avec lesquels on visait le même point qu’avec le télémètre. Ces résultats montrent que la précision de ce télémètre est plus que suffisante pour le tir de l’artillerie des côtes.
- Dans un assez grand nombre de villes de France, fonctionnent des horloges électriques, dont la régularité est fort appréciée du public. A Grenoble, la municipalité vient d’accepter l’offre de MM. Badier et Paulin, horlogers, rue du Palais, qui se sont engagés à prendre à leur compte tous les frais de fourniture et d’installation de deux horloges électriques, l’une dans le vestibule d’entrée du théâtre, l’autre à l’angle de la rue Lafayette et de la rue des Vieux-Jésuites. Ces horloges seront mises en mouvement par un courant partant de l’appareil des Facultés et passant par le fil télégraphique qui existe entre l’Hôtel de Ville et la Préfecture.
- f
- Éclairage électrique.
- Dans la ville de Lincoln (Angleterre), le système d’éclairage électrique Brush est actuellement employé dans les usines du Globe de MM. Robey et Cie. En calculant le prix de revient du gaz que l’on consommait précédemment, 2 shillings 8 pences par 1.000 pieds cubes; et en tenant compte de l’intérêt du capital dépensé, des frais d’installation et autres, on trouve que la lumière électrique est un peu moins dispendieuse que le gaz, pour le même nombre d’heures, et qu’elle fournit un éclairage beaucoup plus brillant.
- La première application pratique de la lumière électrique Joël vient d’avoir lieu à Londres dans les bureaux de la Prudential Assurance Company, 14 g, Holborn Bats, où s’étaient réunies un certain nombre de personnes intéressées à la question de l’éclairage par l’électricité.
- Actuellement, un seulement des grands bureaux est éclairé à la lumière Joël, mais si l’essai paraît satisfaisant, tous les' bureaux de la Compagnie recevront le même éclairage.
- On a installé neuf lampes, chacune d’une force de i5o candies; elles remplacent q5 brûleurs à gaz de 10 candies chacun.
- Le courant est engendré par une machine Gramme, qu’actionne un moteur libre placé dans les dépendances de la maison.
- Des expériences ont été faites récemment sur le chemin de fer Saint-Michaël-Leoben, en Autriche, pour essayer une locomotive munie d’une lampe électrique éclairant la voie. Cette lampe, système Sedlaczek, fonctionne au moyen d’une ma-s chine dynamo-électrique, mue par une petite machine à vapeur spéciale fixée sur la locomotive, et prenant sa vapeur sur la chaudière même. Le mécanicien peut, à l’aide d’une manette, orienter la lampe à volonté et diriger les rayons lumineux vers n’importe quel point de la voie.
- Cette dernière peut être éclairée jusqu’à 400 ou 5oo mètres et ies rails sont visibles jusqu’à 200 mètres.
- La lampe Swanaété adoptée pour l’éclairage du paquetot City of Richmond, de la ligne Inman. Le grand salon de ce vapeur a été éclairé, pendant sa dernière traversée, de Liver-pool à New-York, par six lampes, comprenant trente jets ; onze autres lampes Swan étaient disposées sur divers points du navire.
- En Angleterre, dans la ville de Durham, il est question d’éclairer par l’électricité la cathédrale, le château et le collège. Un ingénieur de Newcastle,, qui a visité Durham la semaine dernière, a déclaré dans son rapport que l’on peut se procurer aisément en quantité suffisante l’eau nécessaire, et que l’installation se ferait à peu de frais.
- Téléphonie.
- On lit dans le Figaro :
- « Jusqu’au téléphone qui sert de moyen de propagande au Scrutin de liste :
- — Eh bien ! non, mon cher ami, je viens d’apprendre que Testelin et Tolain vont prendre la parole au Sénat. Tu les connais. Ils n’ont pas l’oreille du Sénat et ils vont brouiller les cartes. Je me retire s’ils parlent.
- — Qu’est-cc que tu penses ?
- — Empêche-Ies de parler, car, en général, la situation me paraît très mauvaise. Du reste, je vais à l’instant au Sénat...
- Telles sont, textuellement, les paroles qui s’échangeaient un matin, à dix heures, par le téléphone, entre une voix méridionale et une voix... grommelante.
- Le Figaro s’est fait, des premiers, l’apôtre du téléphone. Cela nous permet de dire aujourd’hui ce que nous pensons du fonctionnement de cette admirable invention.
- Si l’un de nos collaborateurs a si bien entendu le dialogue que nous venons de rapporter, cela tient à ce que, pendant qu’il voulait lui-même communiquer avec un de ses amis, on l’a mis involontairement en communication, non avec cet ami, mais avec deux personnages politiques qui seront bien étonnés d’apprendre qu’il y avait un tiers dans leur conversation.
- Cela ne serait certainement pas arrivé si le service était fait par des hommes sérieux, au lieu d’être abandonné à des dames rêveuses ou à des jeunes filles distraites. »
- L’explication que donne le journal ne doit pas être exacte, il est plus probable qu’il y a eu simplement induction d’un circuit sur l’autre. Cela est fort possible, et de pareilles surprises sont malheureusement trop fréquentes; il serait urgent qu’on s’occupât d’apporter à cet état de choses un remède complet et définitif.
- Le laboratoire municipal des essais, qui est dans la caserne de la Cité, possède un téléphone qui fait communiquer les divers ateliers. Le trajet 11’est que de cent mètres; on a cependant été contraint de mettre un circuit métallique complet, avec fil d’aller et fil de retour. Le voisinage des instruments télégraphiques de la préfecture de police donne lieu à des bruits d’induction qui rendaient l’appareil impraticable. Il serait bien urgent qu’on se décidât à appliquer des appareils exempts de ces bruits fâcheux puisqu’il en existe; le présent comme l’avenir de la téléphonie en dépendent complètement.
- Il y a maintenant,en Belgique, plus de 2.000 ligues téléphoniques cil fonction, installées par la compagnie maintenant unique sous le désignation de Compagnie belge des téléphones Bell, dont 1.000 à Bruxelles, q5o à Anvers, 200 à Charleroi, 200 à Verviers, 125 à Gand et 3oo à Liège.
- Le Gérant : A. Glénaud.
- Paris. — Typographie A. L:iliure, 9, rue fie Flcürus. — 3619.
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- La Lumière Electrique
- journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉN ARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 9 JUILLET 1881 N° 29
- SOMMAIRE
- Transmission électrique à travers les corps ligneux; Th. du Moncel. — Sur une modification du microphone de Wheat-stone et son application aux recherches radiophoniques; G. Bell.—La lampe-soleil; C.-C. Soulages.—Etudes sur le microphone (8earticle); DrBoudetde Pâris. — Les chemins de fer électriques et la transmission de la force par l’électricité, par A. Siemens; A. Guerout. — Revue des travaux récents en électricité: Communications au sol pour les usages télégraphiques. — Influence de la pression sur la conductibilité des fils. — Théorie du couple voltaïque. — Décharge d’un condensateur.—Énergiedes courants téléphoniques.— Une curieuse expérience d’électricité statique.— Faits divers.
- TRANSMISSION ÉLECTRIQUE
- A TRAVERS LES CORPS LIGNEUX
- Bien que j’aie traité déjà ce sujet dans de nombreux mémoires présentés à l’Académie des sciences de l’année 1874 à l’année 1877, bien que ces mémoires aient été analysés dans la plupart des publications scientifiques de cette époque, et que je les aie condensés dans deux longs articles insérés dans les Annales de physique et de chimie de l’année 1876, beaucoup de savants ignorent encore les effets qui accompagnent la transmission électrique à travers les corps ligneux, et, tout dernièrement encore, M. Ledieu communiquait à l’Académie un travail sur ce sujet, dans lequel il constatait les phénomènes observés par moi depuis longtemps. Je crois donc important de revenir sur ce sujet, d’autant plus que je l’ai étudié d’une manière beaucoup plus complète que ne l’ont fait les savants qui m’ont suivi dans cette voie. Je commencerai d’abord par rappeler mes travaux dans leur ordre chronologique.
- Dans ma première note présentée à l’Académie le 6 juillet 1874, je donne comme résultats de mes premières expériences, qu’un morceau de bois de chêne, parfaitement sec, peut conduire assez bien le courant pour fournir, sur un galvanomètre de 3o.ooo tours et sous l’influence d’une pile de 6 éléments à bichromate de potasse (à sable et à courant continu), une déviation de 55 degrés; que ce morceau de bois de chêne mis pendant deux heures à l’étuve, peut devenir momentanément isolant, du moins relativement ; que conservé pendant plusieurs
- jours dans une chambre exposée au soleil, il peut se maintenir dant cet état, mais qu’il suffit de l’exposer à l’air pendant la nuit pour le faire redevenir conducteur et fournir une déviation de i3 degrés.
- Dans'ce mémoire, je démontre encore qu’une table de chêne placée depuis vingt ans dans un appartement sec, était assez bonne conductrice dans toute sa masse pour fournir, à travers une longueur de 2 mètres, une déviation galvanométrique de 9 degrés, qui était portée à 12 degrés quand cette longueur était réduite à 5o centimètres.
- Enfin, j’indiquais que le degré de pression de la plaque de platine contre le bois, exerce une telle influence sur le courant transmis, qu’une déviation de 12 degrés, correspondant à un serrage maximum de la plaque, se trouvait réduite à 5 degrés seulement avec un faible serrage, et je concluais de tout cela que c’était à l’humidité de l’air aspirée par le bois que celui-ci devait sa conductibilité relative.
- Dans ma seconde note présentée le i3 juillet 1874, j’étudie l’influence de l’humidité de l’air sur le bois aux différentes heures du jour, et comparativement à la marche de l’hygromètre à cheveu et du thermomètre, et je démontre que la conductibilité du bois est en rapport avec les variations hygrométriques, mais avec un peu de retard, ce qui s’explique par la lenteur de la pénétration de l’humidité dans toute la masse du bois ; je démontre aussi que c’est un peu après le lever du soleil et un peu avant son coucher que l’on obtient les maxima et minima de conductibilité. Enfin, je donne les chiffres de conductibilité de 20 espèces de bois : x° au moment où les échantillons m’avaient été remis ; 20 après 2 heures de passage dans une étuve chauffée à 70 degrés ; 3° après 2 heures d’humidification dans une caisse garnie de linges mouillés ; 40 enfin après un nouveau passage àl’étuve et i5 heures de séjour dans la caisse humide.
- Dans ma troisième note présentée le 2ojuillet 1874, j’étudie la différence d’absorption de l’humidité par les bois durs et les bois mous, et je montre, en employant comme hygromètre un petit prisme d’ébène et un petit prisme de même grandeur de bois de tilleul, que les variations de l’humidité s’effectuent beaucoup plus rapidement dans le dernier que dans le premier, que les bois durs perdent leyr
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- humidité beaucoup moins rapidement que les bois mous, et qu’en conséquence ils peuvent, au bout d’un certain temps, en emmagasiner une bien plus grande quantité; c’est ce qui fait que certains bois durs employés dans les arts font peu d’effet, quoique renfermant plus d’humidité que les bois mous, et quelles clous qui s’y trouvent enfoncés se trouvent rouillés, alors qu’ils ne le sont pas dans les bois légers. Dans le même mémoire, j’étudie la conductibilité du gaïac, du bois de fer, du chêne, du palissandre, de l’ivoire, de la corne, de l’os, etc., qui sont dans le cas de l’ébène.
- Dans une quatrième note présentée le 3 août 1874, j’étudie les lois de la transmission électrique à travers les corps ligneux, et je crois devoir m’y arrêter un peu, car les déductions que j’ai tirées de mes expériences expliquent les effets constatés par M. Le-dieu, qui n’ont rien que de très simple.
- Pour arriver à étudier les lois de la transmission électrique à travers des corps présentant une résistance aussi grande que les corps ligneux, il fallait d’abord trouver un moyen facile de mesurer leur résistance, et j’y suis parvenu au moyen d’une méthode fondée sur l’emploi des dérivations, et que j’ai indiquée dans un article publié dans le numéro du ier octobre 1879 de ce journal, tome I, p. 134. Quant au mode d’expérimentation, j’ai fait couper dans un même morceau de chêne 4 règles de différentes longueur, ayant la même largeur et la même épaisseur, et que j’ai séchées et humidifiées dans les mêmes conditions ; puis j’ai mesuré leur résistance respective, et j’ai trouvé que le rapport de ces résistances était moins rapide que celui des longueurs. Pour vérifier la loi des sections, je superposais les unes sur les autres, en les serrant, un certain nombre de règles en bois de même longueur et de même épaisseur, et je mesurais successivement la résistance des faisceaux ainsi constitués. J’ai également trouvé, mais d’une manière encore plus marquée, que leur conductibilité variait dans un rapport moins rapide que celui des sections. Ces résultats, en apparence contraires à la théorie d’Ohm, m’engagèrent à étudier de plus près le phénomène, et je ne tardai pas à reconnaître qu’avec des conducteurs aussi résistants que les bois, il était un élément dont on ne se préoccupait pas avec les bons conducteurs, parce qu’il pouvait être considéré comme nul, mais qui était loin de l’être avec les corps ligneux, et dont il fallait par conséquent tenir compte; cet élément était la résistance dans le sens transversal.
- On comprend aisément que, pour que toutes les molécules d'un conducteur puissent conduire le courant d’une manière uniforme à travers toute sa masse, il faut qu’elles soient électrisées au même potentiel sur toute l’étendue de la section perpendiculaire à sa longueur. Or, pour qu’une plaque appliquée sur la surface ‘du conducteur puisse faire
- pénétrer transversalement, dans toute l’étendue de la section qui lui correspond, la tension électrique qui devra être ensuite transmise longitudinalement dans des conditions uniformes, il faudra vaincre la résistance que présente l’épaisseur du bois, et cette résistance augmentera avec la section du conducteur. Il arrivera donc que la chaîne de molécules qui conduira l’électricité dans la partie du bois opposée à celle où est la plaque, se trouvera augmentée de celle correspondant à l’épaisseur dubois, alors que celle qui correspondra directement à la plaque n’aura pas subi cette augmentation, et il en sera de même, à un degré moindre, des chaînes de molécules intermédiaires ; il en résultera donc que, d,ans le cas des expériences pour la vérification de la loi des longueurs, les résistances, dans le sens de la longueur, se trouveront augmentées d’une même quantité (très appréciable) qui diminuera la rapidité du rapport électrique de ces résistances, eu égard à celui des longueurs, et, dans le cas des expériences pour la vérification de la loi de la section, cette résistance additionnelle, augmentant avec la section, affaiblit l’accroissement de conductibilité résultant d’une section plus grande, ce qui [rend les rapports de ces conductibilités beaucoup moins rapides qu’ils ne devraient être d’après la loi d’Ohm considérée dans ses conditions simples. Dans mes expériences, ces rapports étaient i,33 et 2,65, alors que théoriquement ils auraient dû être 2 et 4.
- J’ai pu m’assurer de la vérité de cette explication en répétant mes expériences avec mes électrodes de platine placées de manière à envelopper complètement les extrémités de mes prismes de bois suivant leur section, et j’ai obtenu alors des rapports à peu près exacts. Ils étaient, en effet, i,3o; 2,10; 3,3i; alors qu’ils auraient dû être i,33; 2 et 4 ; la différence que l’on observe tenait probablement aux inégalités de pression des plaques et à l’inégale adhérence des surfaces métalliques sur les différentesparties du bois.
- Ces différentes 'expériences et beaucoup d’autres que nous allons rapporter plus loin, sont résumées dans la cinquième note que j’ai présentée à l’Académie le 10 août 1874. Elles explique’nt, comme je le disais, parfaitement les expériences de M. Ledieu, puisque ses clous enfoncés dans le bois, diminuant la résistance transversale du bois et distribuant la tension électrique dans les différentes parties de la section suivant laquelle ils sont enfoncés, doivent d’autant plus diminuer la résistance du bois que le contact métallique avec le bois s’effectue alors sous l’influence d’une plus forte pression.
- Comme autres déductions résultant des expériences consignées dans ma cinquième note, je montre que les intensités des courants transmis à travers les bois sont proportionnelles aux racines carrées des surfaces des plaques de communication ou électrodes, et qu’elles sont plus grandes dans le sens des fibres du bois que perpendiculairement à
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- ces fibres. Si ôn trouve des résultats inverses, on ne peut les attribuer qu’à des différences de pression des électrodes. La pression de ces électrodes est, en effet, plus facile à développer sur des disques en bois de fil que sur des disques en bois debout, ët il m’a fallu, à cause de cela, prendre beaucoup de précautions pour reconnaître la vérité.
- ' La sixième note que j’ai présentée à l’Académie dans sa séance du 7 septembre 1874, se rapporte aux moyens de rendre les bois le plus isolants possibles ; je* démontre que le paraffinage ne donne de bons résultats qu’autant que les bois ont été préalablement desséchés à l’étuve pendant longtemps, et . qu’ils ont été trempés au sortir de l’étuvè dans de la paraffine fondue. Il faut aussi que cette immersion' dans la paraffine dure longtemps, et d’autant plus longtemps que le bois est plus épais; de plus on ne doit pas retirer les bois avant que la paraffine ne se soit solidifiée autour d’eux à la suite de son refroidissement. On a employé ce système pour les commutateurs à mercure des orgues de Saint-Augustin, et le résultat en a été fort bon ; car la planche de chêne qui avait été employée auparavant pour cet interrupteur était devenue conductrice, en raison de la multiplicité des trous remplis de mercure qui s’y trouvaient pratiqués, et aujourd’hui rien de semblable ne s’est produit.
- Dans la même note, j’insiste sur les effets de la chaleur sur les bois, effets dont j’avais, du reste, parlé déjà dans ma deuxième note. Je montre qu’elle augmente d’abord la conductibilité en élevant la température du conducteur liquide, mais qu’elle diminue ensuite en provoquant successivement l’évaporation des particules liquides.
- Pour qu’on puisse se faire une idée de la conductibilité des bois réputés secs, je crois intéressant de rappeler ici quelques-unes des déterminations que j’ai faites avec des échantillons de différents bois ayant 8 centimètres de longueur sur 3 centimètres de largeur et un d’épaisseur, et dont les électrodes (en platine) enveloppaient les extrémités sur une longueur de 1 centimètre et demi environ.
- a l’état sec en pleine
- ----- — --- VÉGÉTATION
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- BOIS .21 -2 CB ®
- '55 ® s> S ‘55
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- S)
- Châtaignier. 48° 1.920.7i6kil 19 1.9391
- Tilleul 4.3 2.389.900 24 1.988
- Orme. . . . . 35 2.859.084 29 1.694
- Hêtre 3o 3.797.452 38 3.384
- Sapin blanc . . . 25 4.735.820 47 3.534
- Peuplier 17 7.550.924 -6 2.090
- Noyer i5 9.427.660 94 2.203
- Platane 11 i5.557.868 i5o 3.384
- Pommier 10 „ „ 3. i3o
- Acacia 10 „ „ 3.689
- Chêne 9 » 3 862
- Ces échantillons avaient subi deux fois l’épreuve
- de l’étuve, et c’est après un séjour de i5 heures dans une cave humide que les mesures précédentes avaient été prises. Les résistances de ces mêmes bois en pleine végétation, sur une longueur de 6 mètres et une circonférence variant de 1 à 2 mètres, sont indiquées sur la dernière colonne du tableau précédent, et l’on voit que la différence de conductibilité entre le bois sec et le bois vert est dans le rapport de 1 à 1.000 environ. Avec des électrodes pas plus grandes que celles dont il a été question précédemment, la résistance d’un arbre en pleine végétation et d’une belle venue, depuis l’une de ses feuilles jusqu’à ses racines, varie, en nombre ronds, de 5oo.oookilom. de fil télégraphique à 180.000 kilomètres.
- Comme je l’ai dit précédemment, j’ai fait pendant longtemps des expériences hygrométriques avec différentes espèces de bois et même avec différents minéraux, et on pourra voir, par les tableaux ci-dessous, la marche de l’humidité à travers ces corps aux différentes heures'du jour. J’ai choisi à dessein, parmi mes échantillons, ceux qui étaient les plus durs et les plus mous, afin qu’on puisse constater les différences très grandes qu’ils présentent au point de vue de la rapidité d’absorption de l’humidité et des quantités d’eau absorbées. On verra qu’en définitive tous ces corps ne sont que des sortes d’éponges qui, suivant leur nature chimique et leur contexture physique, fixent plus ou moins facilement l’humidité dissoute dans l’air, soit par voie d’endosmose, soit par voie d’affinité, et qu’il s’établit entre eux et l’air ambiant un perpétuel échange qui entraîne leur humidification ou leur dessèchement.
- Expériences du 3o juillet 1874 (temps serein).
- 0 h matin. Midi. 3 h. soir. 6 h. soir. 9 h. soir. Minuit.
- Bois d’ébène. . . 45° 32°,5 21° . 19° i3° 27°
- Bois de tilleul. . 38,5 i5 3 6 45 iP*
- Hygromètre.... 3i 31,5 32 3i 53
- Thermomètre... 18,4 21 21 20,7 18 l5,3
- Expériences du 3i juillet t- CD (temps couvert).
- Bois d’ébène... 40° 33° 28° 26° 28° 36°
- Bois de tilleul.. 3o 17,5 i3,5 12,5 i5 23
- Hygromètre.... 38 39 38 40 44 5i
- Thermomètre... i8,5 18,S 19,5 19,4 18 17
- Expériences du 2 2 septembre 1874 (temps clair).
- Silex noir 69° 47° 21° 23° 48° 52°
- Schiste dur... . 9 O I 2 3 5
- Hygromètre.... 43 20 19,8 27 40 43
- Thermomètre. . i5,B 18 18,2 i5 14,8
- Expériences DU l8 septembre 1874 (temps couvert).
- Serpentine 24° 21° 21ü 26° 32» 38°
- Pierre calcaire.. 90 58 34 45 66 75
- Hygromètre.... 43 35 40 5o 54 55
- Thermomètre .. 13,8 17,2 l6,8 i5,8 i5 14,4
- La conductibilité électrique des minéraux, en dehors des phénomènes secondaires qui acom-pagnent la propagation électrique, présente des par-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- ticularités très curieuses que je rapporterai quelque jour, et qui constituent une des parties principales de mon mémoire sur la conductibilité des corps médiocrement conducteurs. Pour le moment, je m’arrêterai aux documents qui précèdent et qui peuvent rendre compte de quelques-uns des résultats obtenus dernièrement dans les expériences de M. Ledieu.
- TII. DU MONCEL.
- SUR UNE MODIFICATION
- DU
- MICROPHONE DE WHEATSTONE
- ET SON APPLICATION
- AUX RECHERCHES RADIOPHONIQUES (Mémoire lu devant la Philosophical Society of Washington.)
- En août 1880, mon attention fut attirée sur ce fait que des disques ou diaphragmes minces de différentes matières produisent des sons, lorsqu’on les expose à l’action d’un rayon de lumière intermittent. J’exprimai alors ma conviction que ces sons étaient dus à des perturbations moléculaires de la substance du diaphragme (* *). Peu de temps après, Lord Raleigh entreprit une étude mathématique sur le même sujet et arriva à cette conclusion, que les effets sonores étaient produits par une incurvation des diaphragmes sous l’influence d’un échauffement inégal (2). M. Preece (s) a récemment mis en doute cette explication en disant que, s’il est vrai qu’un rayon lumineux intermittent puisse produire des vibrations dans les plaques, ces vibrations ne sont pas la cause des sons perçus. D’après lui, les vibrations de l’air, qui produisent les sons, prennent naissance dans l’air lui-même, par des dilatations brusques dues à la chaleur que lui communique le diaphragme. Chaque élévation de température produisant dans l’air une nouvelle ondulation, M. Preece a été conduit à écarter l’explication théorique de Lord Raleigh par la non réussite d’expériences entreprises pour la contrôler.
- Il a été ainsi forcé, par la soi-disant insuffisance de l’explication, de chercher dans une autre direction la cause des phénomènes observés, et c’est alors qu’il a adopté l’ingénieuse hypothèse relatée plus haut. Mais les expériences qui n’avaient pas réussi dans les mains de M. Preece ont été répétées en Amérique dans de meilleures conditions, avec un Jflein succès, de sorte que cette nouvelle hypothèse n’a plus raison d’être. J’ai montré récemment, dans un mémoire lu devant la National Academy of
- (l) American Assoc. for Advancement of Science. Août 27, 1880.
- (*) Nature, vol. XXIII, p. 274.
- (s) Roy. Soc. Mars, 10, 1881.
- Science (*), que les sons résultent des dilatations et contractions de la matière exposée au rayon lumineux, et que le diaphragme éprouve réellement un mouvement vibratoire capable de produire des effets sonores, et je crois que si M. Preece n’a pu, à l’aide d’un microphone très sensible, découvrir les vibrations sonores qui ont été si faciles à observer dans nos expériences, cela tient sans doute à ce qu’il avait employé un microphone ordinaire de M. Hughes (fig. 1), et que la surface vibrante était limitée à la portion centrale du disque. Dans ces circonstances, il peut très bien arriver que les deux supports A et B du microphone touchent des points du diaphragme sensiblement sans vibration. Il m’a donc semblé intéressant de déterminer si une semblable localisation des vibrations se produit réellement, et j’ai le plaisir de présenter ce
- soir l’appareil au moyen duquel j’ai étudié cette question (fig. 2).
- L’appareil est une modification du microphone imaginé en 1827 par feu sir Charles Wheatstone. Il consiste essentiellement en un fil métallique rigide A, dont une des extrémités est fixée au centre d’un diaphragme métallique B. Dans la disposition primitive de Wheatstone, le diaphragme était placé contre l’oreille et l’extrémité libre du fil reposait contre le corps rendant un son, une montre, par exemple. Dans la disposition actuelle, le diaphragme est monté comme celui d’un téléphone et les sons transmis à l’oreille par l’intermédiaire d’un tuyau acoustique C. Le fil traverse le manche D et n’est à découvert qu’à son extrémité. Quand on place la pointe A sur le centre d’un diaphragme, sur lequel tombe un faisceau lumineux intermittent, on entend un son musical très net en appliquant l’oreille à l’ouverture du tube C. En explorant ainsi avec la pointe du microphone la surface du diaphragme, on obtient des sons dans tous
- (*) 21 avril 1881.
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- les points de la portion éclairée, ainsi que dans la partie correspondante de l’autre côté du diaphragme. En dehors de cette portion éclairée, des deux côtés du diaphragme, les sons s’affaiblissent de plus en plus et disparaissent complètement à une certaine distance du centre.
- Aux points où se placeraient tout naturellement les supports d’un microphone de Hughes, on 11e perçoit aucun son. Nous n’avons pas pu non plus percevoir de son quand le microphone repose sur le support en bois du diaphragme. Les résultats négatifs obtenus en Europe par M. Preece ne sont
- mmmmmrn.
- donc pas en désaccord avec les résultats positifs obtenus en Amérique par M. Tainter et moi.
- Un exemple encore plus curieux de localisation des vibrations se présente dans le cas d’une plus grande masse métallique. Nous avons placé unpoids de laiton de 1 kilogramme au foyer d’un rayon lumineux intermittent, et nous avons alors exploré la surface du poids avec le microphone de la figure 2. En touchant la surface dans la portion éclairée et à une petite distance, on entendit un son faible mais distinct ; mais il ne s’en produisit aucun dans les autres régions.
- Dans cette expérience, comme dans les cas des diaphragmes minces, il est nécessaire, pour obtenir des effets perceptibles, d’avoir un contact absolu entre la pointe du téléphone et la surface explorée. Maintenant, je ne veux pas nier qu’il puisse y avoir des ondes sonores produites comme le conçoit
- M. Preece, mais nos expériences ont démontré, selon moi, que l’action décrite par Lord Raleigh se produit réellement et suffit à rendre compte des effets observés. Alexandre graham bell.
- LA LAMPE-SOLEIL
- Depuis quelques années que l’attention a été appelée d’une façon toute particulière sur l’éclairage par l’électricité, bien des inventeurs ont cherché à perfectionner les anciens régulateurs, et un nombre considérable d’appareils a été mis au jour. La bougie Jablochkoff, qui a été le point de départ de ce mouvement, reposait sur une idée toute nouvelle à cette époque : la réduction de lalampe à sa plus simple expression, et la suppression de tout mécanisme coûteux et susceptible d’être déranger facilement.
- . Bien qu’imparfaite, elle réalisait un progrès immense, et son succès relatif semblait tracer la voie dans laquelle devaient être dirigées les nouvelles recherches. Malgré cela, à quelques exceptions près, toutes les lampes imaginées depuis sont des appareils compliqués se rapprochant plus ou moins des anciens régulateurs, Bien que quelques-unes d’entre elles donnent des résultats très satisfaisants, nous croyons que si l’on arrive à donner une certaine extension à l’éclairage électrique, c’est surtout par l’emploi des lampes simples, peu coûteuses et sans complications mécaniques, que l’on pourra y parvenir. C’est à ce point de vue que nous trouvons principalement intéressants les appareils à incandescence, les bougies électriques et la lampe-soleil, dont nous allons nous occuper aujourd’hui.
- La lampe-soleil", imaginée par MM. Clerc et Bureau, repose sur un principe analogue à celui qui avait déjà été employé, mais d’une façon moins avantageuse, par M. Baro et M. Staite. Elle se compose d’un bloc de matière réfractaire (fig. 1), à
- (l-lù. 2.)
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- la partie inférieure duquel est creusée une cavité en forme de toit, indiquée dans la figure par une ligne pointée. Deux trous inclinés vers l’intérieur de la lampe sont percés dans ce bloc, et deux charbons A et B, sous l’influence de leur propre poids, glissent dans ces trous. L’orifice inférieur des trous n’est pas assez grand pour laisser passer les crayons,^ de sorte que leurs extrémités se trouvent toujours à la même distance. Des fils souples amènent le courant à ces deux crayons, et l’arc électrique passe à leur partie inférieure dans la cavité prismatique en longeant l’angle dièdre qui forme le sommet.
- Il se produit alors un phénomène particulier: outre que l’arc est éclairant par lui-même, la chaleur qu’il produit porte au rouge le marbre qui forme l’angle
- WWW»
- (fig 3.)
- dièdre, et le convertit en chaux qui devient incandescente; cette incandescence contribue pour une forte proportion à la production de la lumière, et la chaux agit là comme dans la lumière Drummond ; on pourrait donc dire, jusqu’à un certain point, que la lampe-soleil est une lumière Drummond à arc électrique.
- Dans la pratique, le bloc de matière réfractaire est formé de huit pièces : deux morceaux de granit servent de support à deux pièces de pierre blanche, le long desquelles glissent les charbons hémicylindriques A et B, et entre ces pièces de pierre blanche se trouvent deux morceaux de marbre formant les faces de l’angle dièdre. Au-dessus de ceux-ci, une pièce trapézoïdale en pierre et deux cales complètent le parallélipipède. Toutes ces pièces sont placées dans une chape en fonte F et serrées à l’aide de vis. La chape F peut être introduite elle-même dans un collier rectangulaire H, suspenduàdeux montantsM, et, sur ces derniers, deux bornes isolées soutiennent les fils souples destinés à amener le courant aux charbons. Cette disposition constitue toute la lampe. Pour la compléter, il ne reste plus qu’à l’enfermer
- dans une lanterne plus ou moins ornementale, comme on le voit figure 3, en ménageant à la partie inférieure un globe de verre.
- La lampe-soleil a été installée il y a quelques mois à l’Hôtel Continental ; actuellement, on peut la voir fonctionnner tous les soirs au passage Jouf-froy et à la mairie du IXe arrondissement. A la mairie, une lampe fonctionne dans la bibliothèque, deux sont placées dans la cour, et une quatrième, établie en dehors, éclaire l’entrée. Au passage Jouf-froy, dont la gravure ci-j ointe (fig. 4) représente l’installation, trois lampes sont disposées à l’entrée sur. le boulevard et une autre fonctionne dans le passage. L’effet produit est très agréable.
- La lumière de la lampe-soleil est parfaitement fixe, .et il résulte de sa construction même, que la position du point lumineux est constante. D’un autre côté, les rayons émis n’ont pas cette teinte blanche particulière à tous les autres appareils à arc. La chaux incandescente introduit dans la lumière une certaine quantité de rayons rouges et jaunes qui lui donnent un ton particulièrement chaud. Elle se rapproche donc de la lumière solaire et cette circonstance, qui en fait un éclairage fort agréable à l’œil, justifie jusqu’à un certain point le nom donné à l’appareil. Nous avons constaté, en outre, que la lampe fonctionne sans aucun bruit.
- En principe, la lampe-soleil ne comporte pas de réflecteur; l’angle dièdre creusé dans la partie inférieure du bloc remplit cet office, et l’on voit qu’avec la disposition que nous avons décrite, les rayons sont naturellement projetés de haut en bas. Mais en taillant l’angle dièdre d’une façon particulière, on peut faire qu’il renvoie les rayons lumineux soit à droite, soit à gauche. On pourra donc, avec des blocs taillés spécialement, produire un éclairage latéral. Il n’y aura aucune difficulté à éclairer le plancher et les murs d’une salle, sans perdre de lumière sur le plafond. Si l’on veut, au contraire, projeter la lumière de tous côtés, il n’y aura qu’à entourer la lampe d’un globe légèrement opalin; les réflexions multiples qui auront lieu dans ce globe détermineront une émission de rayons, aussi bien vers le haut qu’en bas et sur les côtés. Enfin, dans certains cas, on pourra renverser complètement la lampe en ajoutant des ressorts pour pousser les charbons de bas en haut.
- L’emploi de cette disposition sera facilité par ce fait que l’usure des charbons est très faible (un centimètre par heure et par charbon) et que, par suite, un éclairage même d’assez longue durée, ne nécessite que des charbons relativement courts. C’est là un grand avantage au point de vue économique; en outre, les charbons n’ont pas besoin, comme pour la plupart des autres régulateurs, d’être de grande pureté.
- D’un autre côté, un des points faibles de la lampe-soleil consiste dans l’usure des blocs qui ne peuvent durer plus de vingt heures. Il serait à dési-
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- 39
- rer, surtout pour la facilité du maniement, que la matière réfractaire n’eût à être remplacée qu’à de longs intervalles. Au point de vue économique, cependant, cela n’est pas un très grand inconvénient, parce que le prix des blocs est très minime, et, du fait de l’usure des blocs et des charbons, M. Desguin, qui a fait à ce sujet une série d'expériences, n’évalue la dépense de la lampe-soleil par heure et par lampe qu’à 5 centimes.
- Mais un point plus délicat est la dépense de force
- chiffre exact. D’après M. Desguin, déjà cité plus haut, une dépense de 1 cheval 1/2 correspondrait à une intensité de 84 carcels, ce qui ferait 56 carcels par cheval. Ce dernier chiffre a été établi après déduction du travail absorbé par les différentes résistances ; il nous paraît exagéré, en raison de la grande résistance de l’arc électrique.
- En somme, la lampe-soleil est remarquable par sa simplicité, sa fixité et la bonne qualité de la lumière émise. Si l’usure des blocs constitue encore un
- (FIG. 4.) — LE PASSAGE JüUFFUOY ÉCLAIliÉ PAU LA LAMPE-SOLEIL.
- motrice nécessitée par l’appareil. A la mairie du IXe arrondissement, une machine à excitatrice Gramme alimente les 8 lampes placées tant à la mairie qu’au passage Jouffroy. Le courant est réparti sur 4 circuits de 2 lampes chacun, et la force motrice est fournie par une machine à vapeur de 25 chevaux. Il nous a semblé que toute la force de la machine était utilisée, ce qui porterait le travail dépensé à 3 chevaux environ par lampe. Reste à savoir quelle est l’intensité lumineuse obtenue, et quelle est la quantité de travail absorbée par les divers frottements et la résistance des fils conducteurs. Nous n’avons à ce sujet, sur l’installation, présenté aucun
- desideratum, on peut espérer que ce point pourra être perfectionné, et nous savons déjà que les inventeurs s’occupent de remplacer le bloc actuel par un bloc de magnésie qui, 11e subissant pas, comme le marbre, une décomposition, pourra peut-être présenter une plus grande durée. Nous ne faisons donc de réserves qu’au point de vue de la force motrice dépensée, et nous attendons, pour compléter notre opinion, que des expériences précises aient établi ce- point d’une façon nette et déterminé surtout quel est, pour cet appareil, le nombre de kilogrammètres dépensés dans Parc par unité de lumière. o. c. soulages.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- .ÉTUDES SUR LE MICROPHONE(1)
- 8° article (voir les numéros
- des 23 et 3o avril, 14 et 21 mai, 18 et 25 juin, 6 juillet).
- Nous avons dressé, pour les courants dérivés, des courbes d’intensité (en milliwebers) comme nous l’avions fait pour les divers groupements des éléments delà pile.
- Dans le tableau suivant (fig. 1), le courant fourni
- voit, par la courbe à trait plein, l’affaiblissement que font éprouver ces résistances au courant sans dérivation. Le microphone est ensuite placé en dérivation sur les deux pôles de la pile, et les mêmes résistances intercalées dans le circuit extérieur ou dérivé; l’affaiblissement que subit ce courant dérivé -est très grand; au contraire le courant partiel, celui qui traverse le microphone (intervalle de dérivation) augmente d’intensité à mesure que croissent les résistances placées sur le circuit de dérivation.
- Courant direct. Courant total. Courant dérivé. Courant partiel.
- (l-'IG. 1.)
- vpar six éléments Daniell (E —1,12, R== 5) traverse le microphone, puis des résistances croissantes de 1, 10, 20, 3o, 40, 5o, 100, 5oo et 1.000 ohms. On (*)
- (*) A notre avant-dernier article il s’est glissé une erreur : ainsi p. 449, t.. III, premier alinéa de la première colonne, R représente la résistance de la pile et r celle du circuit.
- Un second tableau (fig. 2) indique en milliwebers les variations d’intensité que produit, dans chacun de ces circuits, une variation de 2 ohms subie par le microphone avant et après l’établissement de la dérivation. La courbe du courant dérivé reste tout le temps supérieure à celle du courant direct; celle du courant partiel atteint son maximum, lorsque la
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- 41
- résistance du transmetteur est à la résistance du circuit de dérivation comme i : 2,5
- Il résulte de tout ce qui précède que la formation d'une dérivation augmente considérablement les effets téléphoniques et que l'avantage est d'autant
- dérivation en employant la -disposition représentée dans le schéma suivant (fig. 4), c’est-à-dire en mettant le fil inducteur de la bobine, avec le microphone, dans l'intervalle de dérivation, et en plaçant des résistances convenables en dérivation de ce cir-
- plus marqué que la résistance de la ligne est elle-même plus grande.
- Un dernier exemple va nous en donner la preuve.
- Supposons que, sur unelignede 2.000 kilomètres (20.000 ohms) nous établissions le courant direct de 3o éléments Leclanché. L’intensité du courant = 0,0022312 weber, et la variation d’intensité V, correspondant au fonctionnement du microphone. = 0,0000002 weber ou deux dix-millionnièmes de weber. Le transmetteur étant mis en dérivation sur les deux pôles de la pile, l’intensité du courant qui circule sur la ligne = 0,0002408 weber, mais la variation produite par le microphone devient o,oooo236 ou deux cent trente-six dix-millionnièmes de weber.
- Ainsi, le courant est devenu dix fois plus faible, mais les effets téléphoniques sont cent dix-huit fois plus considérables.
- Mais, si la dérivation présente des avantages pour l’emploi des courants de pile sur les circuits résistants, il n’en est plus de même lorsqu’on fait usage des courants d’induction ; car la résistance du gros fil de la bobine qui sert de circuit de dérivation est trop faible par rapport à celle du microphone, et l’on se trouve alors dans l’un des cas signalés plus haut : r < r', V' < V et I' > I.
- Théoriquement, on pourrait cependant utiliser la
- cuit. Mais le résultat obtenu avec cette disposition n’est pas bien supérieur à celui que donne l’emploi du courant sans dérivation.
- En effet, les courbes du dernier tableau nous montrent que, avec six éléments Daniell, la varia-
- (l-IG. 4.)
- tion d’intensité dans le circuit inducteur atteint son maximum, lorsque l’on met une résistance de 5o ohms en b b-, cette variation = 0,0089 weber, et le courant inducteur a une intensité de 0,1112 weber; tandis que nous avons vu ces mêmes 6 éléments Daniell, montés en série, sans dérivation, nous donner une variation de o,oo56 weber avec une intensité totale de 0,140 weber, c’est-à-dire une
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- variation de trois dix-millièmes seulement plus faible que la précédente, sur un courant plus énergique d'un cinquième environ.
- Nous rappellerons que ces 6 Daniell, groupés en deux séries réunies par leurs pôles de même nom, fournissent un courant de o,i3i7 weber et une variation d’intensité égale à 0,0096 weber, presque le double de celle obtenue avec la dérivation.
- (A suivre.) Dr m. boudet de paris.
- LES
- CHEMINS DE FER ÉLE CTRIQUES
- ET LA
- TRANSMISSION DE LA FORCE PAR L’ÉLECTRICITÉ PAR M. ALEXANDRE SIEMENS
- Le 18 mai dernier, M. Siemens a fait à la Society of Arts de Londres, sur les chemins de fer électriques et la transmission de la force par l’électricité, une longue communication que nous allons résumer d’après le Journal of the Society of Arts.
- La première partie de la communication de M. Siemens, est une analyse assez détaillée du travail de M. Frœhlich dont nous venons de donner le résumé. 4Près cet exposé, M. Siemens arrive à la transmission de la force par l’électricité.
- C’est en 1867 qur M. Werner Siemens a eu l’idée d’utiliser les machines dynamo-électriques à la transmission de la force ; elle lui est venue en discutant la possibilité d’établir des chemins de fer électriques aériens. La machine dynamo-électrique n’était pas alors encore assez parfaite pour permettre la réalisation de cette idée, mais aujourd’hui, que les machines ont été perfectionnées en vue de l’éclairage, 011 peut songer à utiliser le jour, pour transmettre la force, les appareils destinés le soir à produire de la lumière, et comme, en agissant ainsi on ne ferait, qu’utiliser plus complètement les capitaux engagés, on peut être certain de voir se réaliser cette combinaison.
- Il faudrait pour cela, d’après M. Siemens, une usine centrale, avec des machines dynamo-électriques actionnées par de puissants moteurs à vapeur, puis une canalisation soigneusement établie, et l’on pourrait employer les piles Planté ou Faure pour emmagasiner l’électricité, comme les gazomètres emmagasinent le gaz. En pratique, on rencontrerait certainement là des difficultés, mais M. Siemens pense qu’il y a maintenant peu d’obstacles qui ne puissent être surmontés, et que nos connaissances sont assez avancées ponr nous autoriser à croire qu’il n’y a dans ce projet rien d’impossible.
- La transmission de la force par l’électricité présente cet avantage que l’on peut toujours, à l’avance.
- | en reproduisant ' exactement les conditions de la pratique, déterminer par un essai préliminaire quelle est la force nécessaire pour mettre en mouvement la machine génératrice. Dans la transmission hydraulique, au contraire, les fuites et le frottement dans les tuyaux ne peuvent jamais être déterminés d’avance. En outre, en raison de leur faible poids et de leurs petites dimensions, les machines électriques ne nécessitent pas de fondations profondes.
- En admettant même que la machine réceptrice ne produise que 45 pour 100 du travail dépensé par la machine génératrice, on pourra encore produire la force aux différentes stations à meilleur marché que si .chacune d’elles avait son propre moteur à vapeur. A la station, centrale, en effet, avec de grands moteurs à vapeurs, un cheval-vapeur peut être produit par 21/2 livres de charbon par heure, de sorte qu’un cheval-vapeur fourni par une des machines réceptrices, correspondrait à une dépense de 5 livres de charbon par heure. Il y a peu de petites machines à vapeur donnant un cheval avec cette faible dépense de combustible. La perte de travail pendant la transmission, n’est donc pas un obstacle au système, surtout si l’on considère qu’il supprime les dangers d’explosion ; la perte de travail est, enfin, encore moins à considérer quand on peut utiliser des chutes d’eau ou autres forces naturelles.
- Après ces considérations, M. Siemens cite quelques exemples de réalisation de la transmission de la force par l’électricité.
- Il y a environ trois ans que sir William Armstrong a établi dans son château de Craigside, près Newcastle, une turbine actionnant une machine Siemens. Le courant est conduit à sa résidence, éloignée d’à peu près un demi-mille de la chute d’eau. Le jour, ce courant transmet la force de la turbine à la maison, où l’on s’en sert pour divers usages, et, la nuit, il est converti en lumière au moyen de lampes Swan ; il en actionne de trente à quarante.
- , De la même manière, le docteur Siemens utilise des machines dynamo-électriques dans son château, près de Tunbridge Wélis ; la force servant à mettre en mouvement les machines primaires est, dans ce cas, obtenue au moyen d’une machine à vapeur Tangye « Soho ». La vapeur perdue de la machine est utilisée pour chauffer les serres, et le jardinier, chargé du service de ces dernières, prend également soin de la machine à vapeur et des machines dynamo-électriques actionnées par elle. De cette manière, les dépenses de combustible et de service sont réduites à un minimum. Le courant électrique est utilisé pendant toute la nuit pour produire deux foyers lumineux, sous l’influence desquels poussent divers fruits et plantes ; et, le jour, le courant d’une des machines met en mouvement une machine semblable, qui fait marcher le hache-paille et d’autres instru-
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- ments à la ferme, éloignée d’environ un quart de mille des serres. De la même façon, le courant d’une autre machine actionne la pompe, située à environ un demi-mille.
- Dans ce cas, le conducteur de retour est formé par la clôture en fer du parc, et l’on a soin de relier les fils d’un côté à l’autre des portes qui se trouvent sur le trajet du courant.
- Avec ces arrangements, un seul homme peut faire à la ferme le travail de trois.
- Plusieurs applications de ce genre ont encore été faites dans les ateliers de MM. Siemens, à Charlton ; entre autres, l’appareil pour essayer la résistance mécanique des câbles est mis en mouvement par une machine dynamo-électrique; et une petite pompe, qui entretient l’eau en circulation dans les bacs, est mue par une machine semblable. Dans les deux cas, il aurait été plus coûteux de transmettre la force nécessaire de la manière habituelle au moyen de courroies et de poulies. Il y a quelques mois, une grue placée sur le quai a été actionnée par une machine dynamo-électrique, et on a trouvé qu’avec ce système, une tonne pouvait être soulevée d’environ 4 mètres par minute, et des poids plus petits proportionnellement plus vite. M. Siemens cite ensuite l’emploi d’une machine dynamo-électrique dans les ateliers Siemens, pour enrouler le câble à bord du navire porte-câble le Faraday, et enfin l’expérience de Sermaize qui a été décrite en détail dans ce journal; puis il envisage plus spécialement la question des chemins de fer électriques.
- Comme nous l’avons dit plus haut, une des premières pensées de M. le docteur Werner Siemens, a été d’employer des machines dynamo-électriques pour faire marcher des chemins de fer aériens, mais c’est seulement il y a trois ans, qu’il a été amené à étudier sérieusement la question. Le résultat a été que MM. Siemens et Halske ont montré à l’Exposition de Berlin, pendant l’été de 187g, le modèle d’un chemin de fer électrique qui a été depuis exhibé à Dusseldorf et à Bruxelles, que l’on voit actuellement au Palais de Cristal de Sydenham, et qui est bien connu de nos lecteurs (‘).
- Si petit que fût ce chemin de fer, il démontrait clairement qu’un semblable mode de transport est possible; et les avantages qu’il y a à avoir des voitures légères, à pouvoir les faire marcher sans bruit, sans fumée, amenèrent MM. Siemens et Halske à présenter aux autorités de Berlin un plan pour la construction d’un chemin de fer aérien à travers une des rues de Berlin, d’une longueur totale d’environ 6 1/4 milles (10 kilomètres).
- Le chemin de fer aurait été établi sur des colonnes de 4m, 40 disposées le long des trottoirs à 10 mètres l’une de l’autre. Les rails, distants d’un mètre, auraient servi de conducteurs, chaque voiture aurait été
- munie d’une machine dynamo-électrique, et la vitesse de marche eût été de 3o kilomètres à l’heure. Un devis des frais d’établissement et d’exploitation montrait qu’avec 200 départs par jour et une moyenne de 5 à 6 voyageurs dans chacune des six voitures, les frais pouvaient facilement être couverts.
- Ce projet fut repoussé; mais, il y a quelque temps, MM. Siemens et Halske ont obtenu la permission de construire un chemin de fer électrique à niveau, entre Lichterfelde et l’Académie militaire,et cette voie électrique vient d’être inaugurée avec un plein succès. Ce chemin de fera une seule voiture, est construit à peu près dans les mêmes idées qui avaient présidé au projet énoncé plus haut, mais comme il doit en être question avec plus de détails dans La Lumière Électrique, nous passerons sous silence la description rapide qu’en donne M. Siemens.
- D’après lui, dans les chemins de fer, le système électrique a, sur tous les autres systèmes, soit à vapeur, soit à air comprimé, cet avantage qu’il n’est pas besoin, pour mettre le train en mouvement, de transporter de lourds appareils.
- Les voitures peuvent être construites d’une manière plus légère, ce qui réduit la puissance nécessaire pour les faire mouvoir, et ce qui permet de bâtir plus économiquement que d’habitude les ponts et autres constructions analogues. Un train peut comporter plusieurs voitures, munies chacune d’une machine dynamo-électrique, et, par cette distribution de la force motrice, on peut vaincre des pentes beaucoup plus rapides que lorsque le même train est tiré par une seule locomotive.
- Outre les freins ordinaires, on peut mettre en court circuit les machines des voitures et les faire agir de cette manière comme des freins très puissants. L’usage de grandes machines fixes réduit la somme de combustible nécessaire pour développer une certaine force dans les machines des voitures, et si des chutes d’eau peuvent être utilisées, le prix de revient de ces chemins de fer sera encore abaissé.
- M. Siemens conclut par les réflexions suivantes :
- D’après tout ce qui a été fait dans ces dernières années, il est évident que l’art de transmettre la force par l’électricité a progressé rapidement, et que son application pratique gagne continuellement du terrain. Ceci, toutefois, ne saurait nous autoriser à dire que la transmission électrique remplacera tout autre système de transmission de la force, mais on doit plutôt en conclure qu’il y a pour elle une sphère d’applications dans laquelle elle répond à des besoins existants, mieux que nos procédés actuels; elle ne devrait donc pas être traitée comme un ennemi des anciens systèmes, mais comme un auxiliaire de ces systèmes, à l’aide duquel on peut résoudre des problèmes qui ne sauraient être abordés autrement.
- Dans la discussion qui a suivi cette communication
- (.') La Lumière Électrique (1880, p. 46).
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- quelques observations intéressantes ont été faites. Après quelques remarques approbatives de M. Bram-well, M. Ayrton, entre autres considérations, appelle l’attention sur la discordance entre les formules et les résultats pratiques, discordance que M. A. Siemens explique par les courants produits dans le fer même de l’armature (courants de Foucault). Suivant M. Ayrton, cette discordance tient à l’emploi même des machines dynamo-électriques, et-à ce que dans la machine réceptrice le courant, avant de pouvoir produire aucun travail, doit être employé à aimanter les inducteurs ; il conclut à l’emploi, pour transmission de la force, de machines magnéto-électriques ou de machines dynamo-électriques à excitatrice séparée.
- Il appuie son opinion sur quelques expériences faites par ses élèves, qui tendraient à faire admettre un rendement de go pour ioo, et en voit la confirmation dans ce fait que, de tous côtés, on tend aujourd’hui pour l’éclairage à employer des machines à excitatrice séparée. Sur un autre point de la question, il appuie sur les avantages de la transmission électrique de la force, à ce point de vue que l’électricité n’a pas de masse et que les conducteurs peuvent être sans aucune perte contournés dans tous les sens, ce qui est loin d’être le cas pour les transmissions hydrauliques. Il espère que ce mode de transmission pourra permettre d’utiliser à distance les forces perdues de la nature, non pas celle du flux et reflux de la mer, mais celle des rivières et cours d’eau.
- M. Schoolbred appuyant les opinions de M. Ayrton, dit que, pour la transmission de la force, ce qu’il y aurait de mieux à faire serait d’employer deux machines dynamo-électriques avec la même excitatrice, et qu’on pourrait alors, d’après les données de M. Ayrton, recueillir 80 pour ioo du travail produit par la machine primaire.
- M. Ayrton explique que le chiffre donné plus haut par lui signifie seulement que go pour ioo du travail absorbé par la machine primaire peuvent être retrouvés sous forme d’énergie électrique, et que, dags l'éclairage, par exemple, une partie de cette énergie est employée à échauffer les fils.
- A propos de ces observations, M. C. W. Siemens dit qu’il connaît le défaut de la machine dynamoélectrique. Quand la résistance augmente, il y a, à ce moment, un affaiblissement du courant et, par suite, du champ magnétique, et c’est de là que viennent ces fluctuations si désagréables dans les expériences de lumière. Il pense, cependant, qu’on peut construire les machines de manière à isoler une portion du courant pour l’aimantation des inducteurs, et arriver ainsi à de bons résultats. Il termine ses observations en donnant quelques détails sur le chemin de fer électrique qu’il doit installer à Paris pour l’Exposition d’électricité, et sur lequel nous reviendrons.
- Après lui, M. Preece, après avoir critiqué l’expression de magnétisme effectif, employée par M. Frœhlich pour désigner une quantité qui n’est autre qu’une fonction de la force électromotrice, revient sur la cause du désaccord entre l’expérience et les formules, et dit que ce désaccord ne doit pas être attribué aux courants de Foucault.
- Selon lui, la formule exprimant la relation entre les deux machines, indiqué que le rendement est maximum quand la force électromotrice de la machine secondaire est la moitié de celle de la machine primaire, quand, par conséquent, le nombre de tours et le travail sont moitié moindres ' dans la machine secondaire. On ne pourrait donc, d’après lui, dépasser un rendement de 5opourioo. Il pense, en outre, que si l’on réussit bien à mener une machine par une autre, il n’en sera pas tout à fait de même quand on greffera, comme veut le faire M. A. Siemens plusieurs machines sur le même circuit.
- Le docteur C. W. Siemens dit alors que, pratiquement, on peut arriver à un rendement de plus de 5o pour ioo ; des expériences indiscutables lui ont montré qu’on peut atteindre jusqu’à 60 ou 70 pour 100 et que le maximum d’effet n’est pas limité au moment où les vitesses sont dans le rapport de 1 à 2. Il admet cependant qu’il y a une limite. Le maximum théorique devrait avoir lieu quand les deux vitesses sont égales, mais c’est à ce moment que le contre-courant est maximum, de sorte que, pratiquement, le maximum a lieu entre le point où les vitesses sont égales et celui où elles sont dans le rapport de 1 à 2.
- Il vient, ajoute-t-il, de recevoir des détails d’après lesquels, dans le chemin de fer électrique de Berlin, on obtient un rendement de 60 pour 100. Ce chemin de fer présente aussi cette particularité qu’à mesure que la résistance que la voiture doit vaincre •augmente, la force produite augmente. Ainsi, si-sur un terrain plan la force employée pour faire marcher le train est de 1 o chevaux, quand le train monte une pente de 4 centimètres i5, la force nécessaire pour faire marcher la génératrice augmente, et le travail transmis au wagon augmente dans une plus forte proportion. Naturellement, la xfitesse - diminue.
- M. Schoolbred est d’avis que l’on peut obtenir uji rendement supérieur à 5o pour 100; il pense qu’il faut rendre aussi grande que possible la différence entre les forces électromotrices des deux machines. Il a eu l’occasion d’atteler l’une sur l’autre deux machines de taille différente; il a pris d’abord la plus grande comme génératrice ; elle absorbait une grande quantité de travail et n’avait qu’une faible force électromotrice, tandis que la machine réceptrice, plus petite, avait une plus grande force électromotrice. Il a ensuite renversé les rôles, prenantpour génératrice la plus petite machine, qui absorbait
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- moins de travail, et a obtenu la même quantité de travail produit, avec une moindre dépense d’énergie. Il conclut à l’emploi de deux machines de dimensions différentes.
- En réponse à ces observations, M. Alex. Siemens montre d’abord que ses équations reviennent à celle qu’a donnée M. Preece; il-ne peut admettre que la différence entre les deux forces électromotrices soit rendue aussi grande que possible, comme le veut M. Schoolbred, parce que cette idée est contraire à ce qu’indique la théorie; il repousse également les machines magnéto-électriques; et, quant aux courants de Foucault, l’expérience l’a fermement convaincu de leur existence ; il les a vus, en effet, se produire et déterminer une résistance, dans des armatures dont le fil n’était parcouru par aucun cou -rant. Quelques personnes ayant avancé que si la machine secondaire tournait à la même vitesse que la primaire, les forces électromotrices seraient égales et le courant deviendrait nul, il a voulu vérifier le fait expérimentalement.Une machine génératrice tournant à 684 tours par minute faisait faire à la réceptrice à vide 730 tours par minute, le courant était alors de 3 webers; à l’aide d’un frein, la machine réceptrice fut réduite à 652 tours, et le courant s’éleva à 7 ou 8 webers. Il renversa alors l’expérience ; la génératrice (qui était réceptrice dans la première expérience) fut menée à 682 tours, la réceptrice à 755, et l’on eut un courant de 4 webers ; après application du frein, la machine primaire tournant à 690 tours, la secondaire à 684, ont eu un courant de 7 à 8 webers, et un travail de 7 centièmes de cheval. Ces-résultats semblent contredire la théorie, mais M. A. Siemens en voit l’explication dans le calage des balais, qui n’est pas le même pour les deux sens de rotation de la machine. Il est donc possible de faire marcher la seconde machine un peu plus vite que la première, bien que, théoriquement, cela semble impossible.
- M. Preece, président, tout en proposant un vote de remerciements pour M. A. Siemens, maintient ce qu’il a dit au sujet du rendement maximum et trouve ses conclusions confirmées par l’expérience.
- Signalons, en terminant, un petit incident relatif à la pile Faure. La lecture du mémoire deM. Siemens et la discussion ont duré deux séances. Une allusion relative à la pile Faure ayant été faite à la première séance, le secrétaire a fait demander à sir William Thomson de vouloir bien la confier pour la seconde réunion. Sir W. Thomson a fait répondre que M. Bottomley et lui étant occupés à une série d’essais sur cette pile, illui était impossible, pour le moment, de la laisser sortir de son laboratoire. On voit que la pile Faure est aussi bien gardée à Glasgow que chez M. Philippart.
- A. GUEROUT.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Communications au sol pour les usages télégraphiques.
- M. Grimer, ingénieur télégraphiste du chemin de fer de Vorarlberg, vient d’imaginer pour les télégraphes et autres applications analogues, un dispositif destiné à servir de plaque de terre et qui semble présenter certains avantages. Dans un bloc de coke à grain fin, on creuse un trou de 3 centimètres de profondeur et de 6 millimètres de diamètre, et l’on y place un morceau de cire que l’on fait fondre à l’aide d’un chalumeau; on ajoute de la cire jusqu’à ce que le charbon n’en absorbe plus dans ses pores, puis on prend un fil de cuivre de 3 millimètres de diamètre, on le contourne en oeilleton à son extrémité et on l’enfonce à force dans le trou pratiqué dans le coke. En même temps, on chauffe jusqu’à ce que le rire soit bouillante. Il est nécessaire que le fil pénètre jusqu’au fond de l’orifice, et qu’il soit en contact direct avec le coke lui-même, afin qu’il puisse y avoir communication électrique. Sur ce fil, on coule dans le trou une certaine quantité de plomb et au-dessus encore de la cire; on donne enfin une couche de brai. Pour placer cette communication dans le sol, on creuse un trou de 1 mètre carré de section et plus ou moins profond, suivant le degré d’humidité du sol ; on y dépose le bloc de coke dans une couche de terre légère et l’on fait sortir le fil de cuivre à travers un tube de plomb de 4 à 5 millimètres de diamètre intérieur. A la base, on entoure le fil et le tube d’une capsule de fer-blanc remplie de poix pour empêcher l’action del’humidité. Autour du bloc de coke, on dépose sur le sol une douzaine de morceaux de même substance se touchant intimement autant que possible, puis de la terre légère que l’on fait pénétrer entre les fragments de coke en l’arrosant d’eau. La fosse une fois comblée, le tube de plomb sortant est recourbé, afin que l’eau de pluie ne puisse pénétrer à l’intérieur, et le fil de cuivre est mis en communication avec les appareils qu’il doit relier au sol. Ce mode de communication est, paraît-il, d’une grande durée.
- Influence de la pression sur la conductibilité des fils.
- On a vu combien la pression influe sur la résistance électrique des contacts métalliques, et il était à supposer qu’elle devait également exercer une action sur la conductibilité même des fils métalliques, en provoquant un rapprochement plus intime de leurs molécules, et le sens de cette action devait être inverse de celui de la chaleur, puisque l’action de la-' chaleur devait être de les éloigner. Déjà
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- M. Wartmann avait fait, à cet égard, quelques expériences intéressantes, en essayant de comprimer des fils entre des plaques d’acier revêtues d’ébonite ; mais ces expériences n’ayant amené aucun résultat, M. Chwolson a cru devoir les répéter dans d’autres conditions, et il a pu reconnaître que l’action soupçonnée existait bien réellement. Son fil était enroulé sur un tube de verre, et celui- ci était introduit dans un autre tube réuni à un piezomètre capable de produire une pression de 60 atmosphères. Les deux bouts du fil étaient réunis à deux bornes d’attache fixées solidement à l’appareil. Parmi les résultats qu’il a obtenus, nous mentionnerons d’abord celui fourni par un fil de cuivre qui, à une température de 38 degrés centigrades, accusait une diminution de résistance d’environ o,oooooi3 par atmosphère de pression ; un fil de bronze en accusait une de 0,0000011, et un fil de plomb à la température de 7 degrés centigrades, en révélait une de 0,000011, c’est-à-dire une diminution 10 fois plus grande que le bronze. En modifiant la température des fils et en la portant à 17 degrés centigrades, les effets se trouvaient modifiés et l’action calorifique l’emportait sur celle de la pression pour le cuivre et le bronze, mais l’inverse se produisait avec le plomb.
- M. Chwolson montre, de plus, qu’avec le cuivre la pression, outre le changement qui se produit dans l’épaisseur et la longueur du fil, détermine un changement dans sa résistance spécifique, et qu’à chaque changement de volume correspond un changement de résistance spécifique plus grand dans le rapport de 3,6 à 1.
- Théorie du couple voltaïque.
- M. Exner ne se tient pas pour battu et, continuant ses aphorismes, il revient à la rescousse pour prouver qu’il n’y a de vrai que la théorie chimique. Il croit trouver un argument ei) sa faveur dans ce fait qu’une réaction chimique se produit avec manifestation de chaleur entre deux substances, quand le potentiel d’énergie chimique des composés est plus grand que celui des produits, et que la chaleur produite est l’équivalent de l’énergie perdue.
- Ainsi la combinaison Z«-(-Hs O représentant un potentiel plus élevé que Z n -{- O H, le résultat obtenu doit être la décomposition de l’eau par le zinc avec production de chaleur. De même, l’énergie potentielle de Z n -f- eu S O étant plus grande que celle des produits de la réaction Z» SOt-f eu, la diminution d’énergie perdue dans la réaction devra apparaître suivant les conditions de l’expérience §oit sous forme de chaleur, soit sous forme d’électricité. Quand le zinc est dissous dans l’eau, l’énergie chimique perdue se trouve convertie en électricité négative et positive, et quand le maximum de l’action est atteint, celles-ci se combinent pour former de la chaleur.
- Décharge d’un condensateur.
- M. Pellat a communiqué récemment à la Société de physique, le résultat de recherches sur la décharge d’un condensateur. Si on admet la loi de Ohm pour le courant produit par la décharge, on
- trouve la formule
- œ—V o C(i
- em), où <p est la
- quantité d’électricité écoulée dans le temps T, Yo la différence de potentiel initiale des deux armatures, C la capacité du condensateur et R la résistance du circuit.
- Un condensateur valant i/3 de microfarad était chargé et déchargé alternativement à l’aide d’une sirène de Froment. Malgré le temps très court ’(i/5oo de seconde), la charge était complète, la décharge se faisant dans un galvanomètre à réflexion, gradué en valeur absolue, et à travers des résistances variables. A cause du grand nombre de décharges, l’aiguille prenait une déviation permanente. Tant que R est plus petit que 1.000 ohms, la déviation est moindre et en parfait accord avec la formule. Pour avoir une décharge complète, il suffit T
- pratiquement d’avoir • > 8 ; c’était le cas pour U R
- R •< 1.000 ohms. Pour une même fraction de décharge, la durée du contact est indépendante de la différence de potentiel Yo.
- M. Pellat a vu de même qu’avec un téléphone de Bell, actionné par la charge et la décharge d’un condensateur, l’intensité de son produit ne dépend de la résistance, que quand on a R >1.000 ohms. Ces expériences lui ont montré que la quantité d’énergie électrique qui suffit à produire, un son dans un téléphone est extrêmement faible.
- Energie des courants téléphoniques.
- Les expériences précédentes de M. Pellat lui ont permis de se rendre compte de l’énergie électrique nécessaire pour donner lieu à des sons téléphoniques.
- En chargeant et déchargeant environ 160 fois par seconde, le condensateur dont il a été parlé plus haut, à l’aide d’un trembleur électrique produisant les contacts nécessaires, et la différence de potentiel entre les deux armatures, fournie par une dérivation prise sur un courant, étant susceptible d’être variée et déterminée en valeur absolue, M. Pellat a pu s’assurer que, malgré la très courte durée des contacts, i/5oo de seconde, un téléphone pouvait produire un son sous l’influence du courant de charge et de décharge. Or, dans ces conditions, l’énergie dépensée pendant n secondes sera n C V2 (C étant la capacité du condensateur et V la différence du potentiel des armatures). En diminuant de plus en plus la valeur V, M. Pellat a pu constater qu’on avait encore un son nettement perceptible quoique très faible pour V = ovolt, ooo5. « Pour cette va-
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- leur, dit-il, la quantité d’énergie par seconde est si faible qu’il faudrait faire durer le phénomène pendant dix mille ans pour avoir dépensé l’énergie correspondant à une petite calorie. Ainsi, en em ployant la quantité de chaleur abandonnée par un gramme d’eau se refroidissant d’un degré, à produire des courants alternatifs, on pourrait pendant 10.000 ans produire un son perceptible. Si l’on songe que l’énergie du son produit ainsi n’est qu’une fraction de l’énergie totale calculée, on aura une idée de la prodigieuse délicatesse de l’oreille. » _______
- Une curieuse expérience d’électricité statique.
- M. Holtz vient de faire une curieuse observation sur la pénétration de l’électricité dans la masse d’une plaque isolante. Il plaça un disque d’ébonite entre les tiges terminées en pointe de l’excitateur d’une machine de Holtz. Le disque, ainsi électrisé, ayant été déposé sur la table, M. Holtz entendit, au bout d’une quinzaine de secondes, le bruit d’une faible décharge, et trouva le disque percé. L’expérience fut recommencée avec un autre disque, et donna le même résultat. Comme la charge d’un disque d’ébonite ne peut pas augmenter par le seul fait de le poser sur la table, et qu’elle doit plutôt diminuer, M. Holtz a déduit de ce fait que les deux électricités avaient dû pénétrer jusqu’à une certaine profondeur dans l’ébonite.
- L’expérience n’a pas réussi avec des disques de verre.
- FAITS DIVERS
- Dimanche dernier, sur la maison qu’habita et où mourut Jacques de Romas, à Nérac, a été posée une plaque commémorative dont voici l’inscription :
- « A Jacques de Romas, membre de l’Académie royale des sciences de Bordeaux, membre correspondant de celle de Paris, lieutenant-assesseur au présidial de Nérac, inventeur du cerf-volant électrique, né à Nérac le i5 octobre 1713, mort à Nérac le 21 janvier 1776. Au précurseur et à l’émule de Franklip, cette plaque commémorative a été consacrée sur la maison où il habita et où il mourut, par les soins pieux de son parent, le baron de Frère de Peyrecave, le icr juin 1881.
- U Echo du Mont-Blanc rapporte le fait suivant, qui s’est passé il y a quelques jours à Genève :
- Une dame se trouvait dans son salon au rez-de-chaussée, en compagnie de son fils et d’un autre enfant de huit à dix ans, et leur faisait réciter une prière. Tout à coup, au bruit d’un éclair, l’un des enfants, placé près d’une fenêtre, est agité d’un mouvement convulsif et tourne sur lui-même sans éprouver aucun mal. On s’aperçoit alors que la foudre avait pénétré dans l’appartement par la fissure d’une vitre : elle avait suivi la moulure dorée de la corniche qu’elle avait ternie et détériorée, sans toucher aux cadres des tableaux.
- Arrive à cet instant la cuisinière qui, toute tremblante, annonce à sa maîtresse que le tonnerre lui avait imprimé une violente commotion. En sortant pour se rendre compte de
- l’invasion du fluide, la maîtresse du logis reconnaît que la foudre venait de briser plusieurs piquets qui bordaient une plate-bande de fleurs établie près du perron de la façade et s’était arrêtée à cet endroit.
- Pendant un orage qui a éclaté le 26 mai, dans l’après-midi, aux environs de Nîmes, il s'est produit dans une métairie un phénomène des plus bizarres.
- La foudre est tombée sur un gros chien de garde couché aux pieds d’un enfant assis; cet enfant a été renversé par le fluide électrique, qui lui a enlevé un jouet et ses sabots sans le blesser, et a ensuite brisé une partie de la toiture.
- Quant au chien, on n’a entendu qu’un aboiement guttural, et il a disparu complètement au milieu d’un globe de feu. Malgré d’actives recherches, on n’en a retrouvé aucune trace; son corps avait été entièrement consumé par le feu du ciel.
- On nous communique d’intéressants détails sur le service télégraphique de la presse pendant les cinq journées qu’à passées le président de la Chambre des députés à Cahors.
- Il a été remis au guichet spécial de la presse à Cahors, pendant cinq jours, 170.000 mots, représentant une recette de plus de 9.000 francs. En temps ordinaire, les recettes du bureau de Cahors n’atteignent, pour une période de temps semblable, que 200 francs au plus.
- Les dépêches ont été à destination des principales villes de France. Par ordre d’importance, elles ont été adressées à Paris, Bordeaux, Toulouse, Montpellier et Lyon. En outre, un grand nombre ont été transmises à Londres, Berlin, Vienne et New-York. Plusieurs journaux étrangers étaient représentés à Cahors.
- Il n’y a d’ordinaire, au bureau télégraphique de cette ville, que de jeunes débutants ne connaissant que l’appareil Morse. Il a fallu renforcer le «personnel, et on a fait venir de Paris, Bordeaux, Toulouse et Limoges, un commis principal et douze employés habitués à l’appareil Hughes (appareil imprimeur). Trois de ces appareils ont été, à cette occasion, installés à Cahors. ' ____
- Une transmission télégraphique des plus remarquables a été effectuée dans la soirée du 20 mai, de Londres à Chicago. La nouvelle version révisée du Nouveau Testament, qui vient de paraître à Oxford, a été envoyée par le câble atlantique à un journal de Chicago, qui l’a fait composer en peu d’instants. Le texte comprenait 110.000 mots, et a été expédié sur vingt fils. Sept heures ont suffi pour la transmission complète. ___________
- Le gouvernement turc va faire relier par un fil télégraphique Hodeïda et Djeddah au grand réseau sous-marin passant par Kératchi, Bab-el-Mandeb, pour aboutir à Suez. De cette façon, les provinces de l’Arabie, l’Yémen et l’Hdjaz pourront correspondre directement avec Constantinople.
- La compagnie concessionnaire exige pour ce travail une indemnité de cinq mille livres, et demande à fixer un tarif pour les dépêches du gouvernement, et à employer deux manipulateurs, l’un à Djeddah et l’autre à Hodeïda, pour le service en langue française. Le gouvernement ottoman a également décidé de relier la Mecque à Djeddah par un fil télégraphique. ___________•
- A la Chambre des communes, il y a quelques jours, M. Gladstone, répondant à sir II. Tyler, a dit explicitement que la responsabilité du système aérien de fils télégraphiques dans les villes reposait entièrement sur les autorités locales. Pour prouver combien le Post Office avait été désireux d’éloigner ce danger des grandes artères publiques, M. Facocett, Post master général, a ajouté que tandis qu’en 1877 il y avait 1.720 milles de fils télégraphiques passant sur les maisons, dans un rayon de 4 milles de Saint-Martin’s le Grand, et 3.35o milles de fils souterrains, il n’existe maintenant que 5oo milles de fils passant sur les maisons, et les fils souterrains ont augmenté jusqu’à 4.388 milles.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
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- Éclairage électrique.
- Le premier essai d’éclairage par l’électricité de la Chambre des communes qui a eu lieu vendredi soir, a été effectué en présence d’un certain nombre de représentants et de quelques membres du ministère. Douze lampes carrées, garanties par des globes de verre opaque, ont été suspendues au plafond, et la salle a été éclairée alternativement à la lumière électrique et au gaz. afin que les assistants pussent comparer. Puis l’heure de la séance étant venue, on a éteint le gaz et laissé brûler les nouvelles lampes jusqu’à l’heure de la clôture. La chambre a discuté le budget à la lumière électrique, et il faut dire que la discussion a marché beaucoup plus rondement que d’habitude.
- Malgré cela, les avis ont été partagés quant au résultat, mais tout le monde ayant reconnu que l’expérience avait eu lieu dans des conditions défavorables, il a été décidé qu’il serait procédé à un nouvel essai avec des globes transparents. On a fait cette remarque que l’élévation de la température qui se produisait toujours dans la salle des séances après l’allumage du gaz, au-dessus de la toiture en verre, avait été évitée avec la lumière électrique. Les expériences ont eu lieu en présence de M. Shaco Lefèvre, premier commissaire des travaux.
- A Boston (États-Unis), une compagnie s’est fondée pour exploiter la lumière électrique Brush, qui est déjà employée dans cette ville pour l’éclairage du Scollay Square. On installe des appareils pour fournir des lumières électriques aux Tremont House, Young’s Hôtel, Crawford House, et à plusieurs magasins.
- Le Mansion House de Dublin a été éclairé avec le système Brush. Six lampes étaient placées dans la salle des soupers récemment construite, et dix autres se trouvaient dans le jardin et dans Dawson-Street. Les lampes étaient alimentées par une machine Robey.
- Un grand ensemble d’éclairage électrique vient d’être inauguré au Havre avec succès; il est établi par les procédés Ja-blochkoff, et s’étend sur tout l’avant-port. Le traité entre l’Etat et la compagnie est conclu pour dix années. Nous reviendrons sur cette importante installation.
- A Turin, la lumière électrique a été essayée la semaine dernière chez MM. Baratti et Milano, confiseurs, dans la galerie Subalpine. Ces derniers avaient invité à assister au premier essai du nouveau mode d’éclairage, leur clientèle, le syndic de Turin et les autorités. On s’est servi du moteur Otto, de Vienne, et des appareils Siemens.
- Aux Docks de Chatham, la lumière Brush vient d’être, adoptée pour éclairer le grand atelier des ajusteurs. On y a installé dix-sept lampes, d’une force de deux mille candies chacune. Elles sont actionnées par une machine de quatorze chevaux de force.
- L'Electrician, de Londres, dit que la lumière électrique Swan doit être adoptée à bord du grand paquebot Servia, de la ligne Cunard.
- On vient de mettre à l’étude un projet qui a pour but d’éclairer la nuit le canal de Suez au moyen de l’électricité. Si ce projet peut être réalisé, le passage des navires dans le canal pourra s’effectuer de nuit comme de jour.
- La lumière électrique a servi chaque soir à l’éclairage de la belle Exposition annuelle d’horticulture organisée sous les ombrages des Champs-Elysées, entre le Palais de l’Industrie et l’avenue d’Antin, par la Société Nationale et Centrale d’Horticulture de France.
- Le maniement des appareils employés pour l’éclairage électrique n’est pas exempt de danger, comme le prouve un accident survenu ces jours-ci à Berlin. Deux salles et le foyer de l’édifice du Reichstag allemand sont éclairés à l’aide de la lumière électrique. Avant le commencement d’une des dernières séances du soir, l’inspecteur de la salle, M. Krug, avait isolé la conduite afin de poser de nouvelles bougies.dans Jes globes servant à l’éclairage du foyer. En effectuant cette opération, l’inspecteur — soit dit entre parenthèses, un homme de forte corpulence, à larges épaules, haut de plus de six pieds — ayant voulu maintenir fixe un des globes qui oscillait fortement, approcha trop sa main droite, non du conducteur électrique, mais seulement des fils minces qui entourent le globe de verre. Soudain, il reçut un choc électrique si violent, qu’il roula à terre sans connaissance, Des députés et des huissiers accoururent à son secours; on le releva et ou l’emporta hors de la salle. II est maintenant rétabli et a pu reprendre son service, mais il lui est resté une douleur qerveuse dans tout le côté droit.
- On vient de faire, à Bombay, à bord du vapeur Daphné, du Lloyd autrichien, des essais d’éclairage par l’électricité qui ont paru satisfaisants.
- Téléphonie.
- Un comité des Conseils de la cité de Philadelphie vient de prendre une ordonnance accordant des privilèges à la Com pagnie du Téléphone Bell, pour l’érection de poteaux et la pose de fils. En vertu de cette ordonnance, la Compagnie fera tendre 2.000 milles de fils à Philadelphie. Elle devra s’engager à ne pas exiger des prix supérieurs aux suivants :1a classe n° 1 comprend les habitants dans les différents quartiers de la ville ; le prix par an pour cette classe, avec deux ou plusieurs sur un fil, n’excèdera pas la somme de 40 dollars, et lorsque l’on désirera l’usage exclusif d’un fil, le prix n’excèdera pas celui qui est indiqué dans la classe n° 2. La classe n° 2 comprend tous les hommes d’affaires, les maisons commerciales et les corporations avec deux sur un fil ; le prix par an à prélever sur le premier mille ne’dépassera pas 75 dollars, et pour toute distance plus grande qu’un mille, une somme additionnelle ne dépassant pas 3o pour 100 par mille pourra être exigée. La classe ri° 3 comprend tous les hommes d’affaires, maisons commerciales et corporations ayant l’usage exclusif d’un fil ; le prix à exiger pour le premier mille nç dépassera pas 100 dollars, et pour toute distance plus grande qu’un mille, une somme additionnelle ne dépassant pas 3opour 100 par mille sera prélevée; et dans les cas d’une moyenne de quinze appels par jour ou davantage sur un fil des contrats spéciaux pourront être passés.
- Au Canada, des téléphones ont été installés dernièrement dans les Chambres du parlement du Dominion, et les nouveaux bureaux départementaux sont reliés au système téléphonique de la ville de Québec.
- A Leicester, dit YElectrician de Londres, la corporation vient de relier ses stations de police au moyen du téléphone gower Bell, fourni par le Post office.
- On annonce l’ouverture d’une nouvelle ligne de chemin de fer électrique à Milan, pour l’Exposition nationale Italienne, qui a été solennellement inaugurée le 5 mai dernier.
- Le Cristal Palace de Londres possède aussi son petit réseau de chemin de fer électrique.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de FIcurus. —(495)
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- La Lumière Electrique
- journal universel dyElectricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3» ANNÉE MERCREDI 13 JUILLET 1881 N» 30
- SOMMAIRE
- L’étude des orages; A. Angot. — Les réflecteurs à lumière électrique (appareils aies trieri); P. Géraldy. — Application de l’électricité à l’étude de phénomènes très rapides (2e article); M. Deprez. —Nouvelle machine dynamo-électrique de M. E. W. Fein. — Revue des travaux récents en électricité : Inexactitudes qui se produisent dans la transmission des dépêches. — Le télégraphe en météorologie. — La flamme considérée comme électrode avec des charges d’électricité statique Photophone de M. S. P. Thompson. — Electrolysetliermo-électrique. — Un électro-aimant gigantesque. — Faits divers.
- L’ÉTUDE DES ORAGES
- L’étude de l’électricité atmosphérique a été entreprise depuis trop peu de temps d’une manière rationnelle et avec des instruments dont les indications aient une signification bien nette, les bonnes séries d’observations sont trop courtes et trop peu nombreuses, pour qu’on puisse espérer, de quelque temps encore, élucider l’important problème des relations qui doivent exister entre l’électricité et les autres phénomènes météorologiques. Les causes des variations incessantes que subit la distribution de l’électricité à la surface du globe, nous échappent; les lois empiriques mêmes de ces variations sont encore, pour la plupart, au moins incertaines. Tandis que les allures capricieuses, en apparence, des phénomènes, sembleraient rendre nécessaire le concours simultané d’un grand nombre d’observateurs, la délicatesse des instruments et la difficulté des observations s’opposent précisément à ce que ces observations soient convenablement multipliées. Aussi, dans cette élude, s’est-on attaché de préférence jusqu’ici aux phénomènes les plus frappants, les orages, bien qu’ils soient en même temps les plus complexes. Sans doute, la théorie des orages, c’est-à-dire des phénomènes accidentels, des perturbations, ne pourra être établie solidement qu’autant qu’on connaîtra les lois des phénomènes quotidiens et réguliers. Mais on
- est arrivé à ramasser de ce côté, à défaut d’une théorie satisfaisante, un certain nombre de connaissances dont l’intérêt est indiscutable. Sans avoir la prétention de résumer, dans cet article, l’ensemble de nos connaissances sur les orages, nous nous bornerons à signaler quelques-uns des faits les plus intéressants et les mieux établis.
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- L’étude statistique de la distribution des orages dans les différents pays conduit déjà à des résultats curieux. Nulle part, les orages ne sont aussi nombreux et aussi violents que sous les tropiques, principalement pendant la saison humide et à l’époque du renversement des moussons. Les orages sont alors un phénomène presque quotidien. Il y a même des régions où la fréquence des orages dépasse toute imagination; telle est, par exemple, la Haute-Abyssinie. Le résultat de quatre années d’observations faites par M. d’Abbadie est que, dans ce pays, il se produit en moyenne 411 orages distincts par an. La distribution de ces orages est, dp reste, très inégale dans l’année. Pendant les trois mois froids, on n’en observe que 33, tandis que lé nombre s’élève à i65 pour les mois d’été, soit deux par jour en _ moyenne. Dans une seule journée en particulier, le 21 juillet 1846, M. d’Abbadie n’a pas observé moins de 16 orages distincts !
- A côté de ces nombres réellement formidables, la zone tropicale nous offre précisément aussi l’exemple du pays où les orages sont certainement le plus rare. Ce pays est Lima, la capitale du Pérou ; la grande majorité des habitants y meurt sans savoir ce que c’est que le tonnerre. En effet, depuis la découverte et la conquête du Pérou par les Espagnols, c’est-à-dire pendant trois siècles et demi, on n’a entendu tonner que trois fois seulement à Lima.
- Dans nos climats, la fréquence des orages oscille entre des limites beaucoup plus resserrées. On en compte en moyenne plus de 40 par an en Algérie et en Italie, et une vingtaine à Paris. Ce nombre de 20 est atteint et même dépassé dans presque toute
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- l'Europe centrale et jusqu’à Moscou. Dans le Nord, les orages deviennent de plus en plus rares. En Suède, à Stockholm, on en observe de 9 à 10 par an; en Norvège, où l’influence de la mer rend le climat beaucoup plus égal, ce nombre tombe à 5 et même au-dessous. Mais, contrairement à une opinion assez généralement répandue, les orages ne disparaissent pas complètement quand on se rapproche du pôle. Ainsi, à Uléaborg, tout en haut du golfe de Bothnie, il tonne encore plus de 7 fois par an, c’est à peu près ce même nombre que l’on observe à Archangelsk. A Utsioki, en Laponie, sous le 70e degré de latitude, on a entendu tonner 3 fois en une année. Enfin, le tonnerre a été observé jusqu’à la Nouvelle-Zemble, et les quatre Russes qui ont été contraints de séjourner six ans et trois mois sur une petite île à l’est du Spitzberg, ont constaté qu’il y avait des orages avec tonnerre jusque dans ces parages, à la latitude de 78 degrés. Les orages sont donc des phénomènes qui appartiennent à toutes les latitudes, et si leur maximum de fréquence se rencontre entre les tropiques, l’exemple de Lima nous montre que, même dans cette région, il y a des endroits où le tonnerre est plus rare que sous le cercle polaire.
- La loi de distribution des orages, suivant les différents mois, est bien connue. A Paris, les orages se produisent surtout en été, puis au printemps et en automne. Bien qu’ils soient rares en hiver, on en observe cependant quelquefois. Dans les pays du Nord à climat continental, les orages d’hiver sont absolument inconnus. A Moscou, pendant neuf années d’observation où on a noté en moyenne plus de 22 orages par an, ils se sont tous produits, sans aucune exception, pendant les six mois chauds, d’avril à octobre. La presqu’île Scandinave présente, au contraire, une répartition curieuse : en Suède, aucun orage pendant les six mois froids; même régime par suite à Saint-Pétersbourg. En Norvège, au contraire, près de la mer, la saison froide présente beaucoup plus de la moitié du nombre total des orages de l’année. Nous verrons plus loin quelle est l’origine de ces orages d’hiver.
- Parmi les phénomènes qui accompagnent les orages, un de ceux dont la connaissance offre le plus d’intérêt est la grêle : de ce côté encore, nous rencontrons les irrégularités les plus curieuses. C’est un fait bien connu des cultivateurs, et surtout des compagnies d’assurances, que certains endroits semblent attirer la grêle ; ils sont frappés régulièrement à chaque orage, tandis que d’autres, même très voisins, restent indemnes, au point que la grêle y est absolument inconnue. Ainsi, tandis qu’il grêle trèsfréquemment dans les environs de Clermont-Ferrand, au pied même du Puy-de-Dôme, il suffit de s’éloigner de 5oo mètres seulement des endroits les plus éprouvés, pour trouver un pays, Vernet, où l’on n’a éprouvé de grêle qu’une seule fois en 23 ans;
- de même, dans le département du Rhône, il n’y a jamais eu, de mémoire d’homme, de grêle à Thizy, tandis que ce fléau est, au contraire, très fréquent à quelques kilomètres tout autour.
- Contrairement à l’opinion qui a cours généralement, la grêle se montre à toutes les latitudes, même sous les tropiques et dans le voisinage immédiat de l’équateur. L’absence de grêle entre les tropiques a souvent été invoquée à l’appui de certaines théories de ce météore ; mais cette absence doit être reléguée dans le domaine des préjugés. Sans doute on n’a pas souvent l’occasion d’observer la grêle entre les tropiques, mais c’est parce que, d’une part, le phénomène est incontestablement plus rare que dans la région tempérée, et que d’autre part, on n’habite le plus souvent en ces régions que des endroits bas, sensiblement au niveau de la mer, et où la température de l’air est telle que les grêlons fondent avant d’atteindre le sol. Mais pour peu qu’on considère un endroit montagneux où la température soit plus basse, on y retrouve la grêle. Dans les montagnes de Saint-Domingue, à quelques centaines de mètres d’altitude, la grêle est parfois assez violente pour dépouiller les plantations de café de leurs feuilles et détruire les fruits. A Cuba, principalement sur la côte orientale, on a observé jusqu’à 9 chutes de grêle dans une même année. A Batavia, la grêle est presque inconnue, mais ce météore devient fréquent dans la partie montagneuse de l’île de Java.
- Dans les régions polaires, la grêle, rare en mer, est assez fréquente sur les continents. On l’observe souvent au Groenland ; à Archangelsk, il grêle environ quatre fois plus qu’à Saint-Pétersbourg et deux fois plus qu’à Moscou.
- Ainsi, la statistique nous apprend que la grêle, bien qu’atteignant son maximum de fréquence dans la zone tempérée, peut se rencontrer cependant sous toutes les latitudes, y est même relativement fréquente dans certaines localités et, en tout cas, ne peut pas être considérée comme un phénomène qui appartienne exclusivement aux régions moyennes.
- ' Quant à l’abondance de la grêle et à ses dimensions, nous n’en dirons que peu de chose. On observe que trop fréquemment des grêlons de la grosseur d’œufs de pigeon, même d’œufs de poule. On en a rafnassé, à Constantinople, qui étaient gros comme le poing, et qui, une demi-heure après leur chute, pesaient encore 5oo grammes. En Espagne, une grêle qui défonça les toits des maisons, à Ca-zorta, laissa tomber de vrais blocs de glace dont quelques-uns pesaient, dit-on, deux kilogrammes. C’étaient probablement des grêlons qui s’étaient agglomérés et soudés dans leur chute ; telle était aussi l’origine du plus gros grêlon connu, qui tomba en Hongrie le 8 mai 1802 et mesurait un mètre de long, un mètre de large et sept décimètres de haut»
- Même en laissant de côté des grêles aussi extraor
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- dinaires, la quantité de glace qu’un orage à grêle peut verser en quelques minutes sur le sol, estquel-quefois effrayante. Pour en donner un exemple, nous rappellerons quelques détails empruntés à l’enquête qui a suivi une grêle désastreuse, observée dans nos départements du Nord, et principalement à Vend’-huile et au Gâtelet, le 7 mai i865.
- « Les grêlons atteignaient la grosseur d’œufs de pigeon et même d’œufs de poule, mais en examinant attentivement ces derniers, on reconnaissait qu’ils n’étaient qu’un agglomérat de petits grêlons, faciles à distinguer. La grêle accumulée sur le sol entravait le cours de l’eau qui la chassait devant elle et, cet obstacle augmentant sans cesse, le torrent prit bientôt la forme d’une vague roulante de deux mètres au moins de hauteur, et animée d’une telle vitesse qu’elle ne suivait plus les parties déprimées du terrain et se précipitait en une effroyable avalanche renversant tout sur son passage.
- « Le fait le plus extraordinaire est dans l’incalculable quantité de grêle qui est tombée à Vend’huile et au Câtelet. Un petit contre-fossé du canal de Saint-Quentin a reçu un tel volume d’eau et de grêle que le flot a franchi les hauts cavaliers du canal,-balayant devant lui un tas de huit cents hectolitres de charbon, avec lequel il s’est précipité dans le lit de la voie navigable, qu’il a obstrué de la manière la plus complète.
- « On a constaté le lendemain matin que ce dépôt de grêle, s’étendant sur une longueur de quatre cent soixante-deux mètres et une largeur moyenne de vingt mètres, présentait en certains points une hauteur qui dépassait cinq mètres ; il formait ainsi un volume de quarante mille mètres cubes, tellement compact que l’eau d’amont, bien qu’élevée de soixante centimètres au-dessus de l’eau d’aval, n’a pas baissé d’un mètre en vingt-quatre heures. Ce dépôt constituait un véritable glacier sur lequel on pouvait marcher sans danger. Lorsqu’on est parvenu à pratiquer une tranchée pour y établir des chasses qui pussent l’emporter, il se détacha par masses considérables qui flottaient comme des banquises.
- « En aval du pont de Vend’huile, dans les prairies d’Ossec, où quelques fossés amènent les eaux de dessèchement de mille hectares seulement, le terrain a été couvert, sur deux kilomètres de longueur et deux cents mètres de largeur, de plus de six cent mille mètres cubes de grêlons, qui, le i3 mai, six jours après la chute, n’avaient pas encore disparu. Ce banc immense ne forme que l’excédent de grêle que les eaux n’ont pu entraîner dans l’Escaut, et qui s’est trouvé arrêté par les arbres, les haies, les digues et les maisons du hameau d’Ossec.»
- Nous n’avons cité ces détails que pour montrer l’intensité que les phénomènes orageux peuvent prendre dans nos climats, intensité qui n’est pas une des moindres difficultés que l’on rencontre quand on veut établir la théorie de ces phénomènes.
- Il
- Tant qu’on s’est borné à noter dans quelques -endroits les phénomènes orageux sans que cette étude fût poursuivie d’une manière systématique dans tout le pays, on a acquis des renseignements statistiques intéressants sans doute, et dont nous avons cité quelques-uns; mais il n’était pas possible de rattacher les orages aux autres phénomènes qu’étudie la météorologie. Dans quelques cas particuliers, on avait bien reconnu que les orages sont des phénomènes qui se propagent sur une grande étendue de pays, et dévastent successivement tous les points d’une grande bande, à droite et à gauche de laquelle les manifestations orageuses disparaissent. C’est ainsi que le 12 juillet 1788 un orage terrible chemina du sud-ouest au nord-est, depuis La Rochelle jusqu’en Hollande, s’avançant avec une vitesse d’environ 65 kilomètres à l’heure et dévastant tout sur son passage. Mais, pour pouvoir arriver à des notions précises sur les relations qui existent entre les orages et les conditions générales de l’atmosphère, il fallait en entreprendre l’étude d’une manière systématique, sur une grande étendue de pays à la fois.
- C’est en France que cette étude systématique a a été organisée en premier, il y a seize ans à peine, en i865, par Leverrier. Une circulaire du ministre de l’instruction publique, rédigée sous l’influence et à la demande de Leverrier, exposait, dès 1864, aux conseils généraux, l’intérêt qu’il y aurait à ce que le phénomène des orages, principalement en ce qui concerne la grêle, fût étudié et bien connu. Le 27 février de l’année suivante, une deuxième circulaire invitait les préfets à organiser le réseau des observations des orages dans tous les cantons. Le principe de cette organisation était le suivant : dans chaque département, on constituait une commission météorologique composée des fonctionnaires que la nature de leur service conduit à s’intéresser plus particulièrement à la météorologie : ingénieurs des ponts et chaussées, de la navigation; inspecteurs des forêts, des télégraphes ; professeurs des facultés des sciences et des lycées, etc.; à ces personnes étaient adjointes des représentants des sociétés d’agriculture, des médecins et enfin des amateurs intelligents et amis des sciences, sur le dévouement desquels on pouvait compter. Cette commission était chargée de s’assurer dans les départements le plus grand nombre possible de correspondants, auxquels on distribuait des imprimés qu’on remplit à chaque journée d’orage. Les renseignements demandés sont, du reste, des plus simples, et ne nécessitent la possession d’aucun instrument : il suffit de noter l’heure de l’orage, les directions dans lesquelles il vient et il disparaît, les dégâts qu’il a causés. Tous ces documents, réunis ensuite par la commission, permettent d’établir des cartes où est
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- figuré le trajet de l’orage sur le département; ces cartes, réunies à l’Observatoire de Paris, servaient alors de base à une discussion générale sur la marche de l’orage dans toute la France, et les relations qui peuvent exister entre ce phénomène et les conditions générales de l’atmosphère.
- Cette organisation, excellente en principe, ne saurait donner dans la pratique tous les résultats qu’on en peut attendre qu’à une condition, c’est que tous les départements concourent à l’œuvre commune. L’observation a montré en effet que les orages, bien que ne se faisant souvent sentir que sur une zone de peu de largeur, se propagent au contraire très loin en longueur et peuvent traverser la France d’un bout à l’autre. Comme, dans cette progression, les allures du phénomène se modifient quelquefois d’une manière incessante, il est indispensable de pouvoir les étudier sans interruption, et il ne faut pas que tel département, qui possède de nombreux observateurs et une commission zélée, voie ses travaux rendus infructueux par l’apathie de départements voisins, où aucune observation ne serait faite.
- • Dès l’origine, la création nouvelle rencontra, comme on pouvait s’y attendre, une grande faveur ; des commissions s’organisèrent dans de nombreux départements, et en quelques années d’importants résultats furent obtenus sur les relations qui existent entre les orages et les caractères généraux du temps. Puis vinrent la lassitude et des difficultésdontl’ori-gine, il faut bien le dire, ne remonta pas toujours aux commissions elles-mêmes. A côté d’hommes dévoués qui restèrent sur la brèche et continuèrent leurs travaux, même quand tout encouragement vint à leur faire défaut, beaucoup se rebutèrent et la discussion générale des orages devint de plus en plus difficile par suite du nombre croissant de lacunes que chaque année venait révéler dans le réseau des postes d’observation.
- Le décret du 14 mai 1878, qui sépara la météorologie de l’astronomie, confia l’étude de toutes les questions qui concernent la météorologie à un établissement spécial, le bureau central météorologique de France, comme cela avait été fait depuis plusieurs années déjà dans presque tous les pays de l’Europe. Dès que le no uvel établissement eut traversé les difficultés de la première installation, on entreprit de reconstituer le réseau des observations d’orages, et de former les commissions météorologiques dans les départements où elles n’avaient pas survécu, et dans ceux où elles n’avaient même jamais eu d’existence réelle. Les gens de bonne volonté, que l’on trouve toujours quand ils sont sûrs que leurs efforts ne resteront pas inutiles, se remirent à l’œuvre, et peu à peu les lacunes commencèrent à se combler. Il en reste bien encore quelques-unes, et de graves, mais il y a lieu d’espérer que les retardataires se laisseront bientôt entraîner à leur tour, et que le réseau des observations d’orages finira par se compléter.
- En même temps, le Bureau central météorologique put s’assurer, pour l’étude des orages, un concours dont le prix n’échappera à personne, celui des employés des lignes télégraphiques. On sait que, lorsqu’un orage se produit à proximité d’une ligne télégraphique aérienne, il se manifeste des effets d’influence qui -peuvent, amener dans les stations des étincelles capables d’endommager les appareils et même quelquefois de mettre en danger la vie des employés. Pour éviter les accidents, il est prescrit de mettre la ligne à la terre ; mais les employés doivent tenir note de l’heure exacte à laquelle ils ont été forcés d’interrompre ainsi le service, e de celle à laquelle ils ont pu le reprendre. Le relevé de ces indications est fourni maintenant au Bureau central météorologique, qui y trouve des renseignements de la plus haute valeur, notamment l’heure exacte des diverses phases des phénomènes, heure qu’il serait souvent difficile de préciser pour les observateurs disséminés dans les petits villages.
- D’importants et nombreux renseignements seront encore obtenus, grâce à la collaboration bienveillante de l’administration des forêts, dont les gardes sont, par la nature même de leurs fonctions, mis trop souvent à même de constater l’existence des orages. Il y aurait enfin une dernière source d’informations à la fois nombreuses et précises, à laquelle il serait possible de recourir; ce seraient les chemins de fer. Qu’y aurait-il de plus simple aux Compagnies que de distribuer, dans toutes leurs gares et stations, des imprimés où les employés n’auraient qu’à inscrire le moment des orages, moment que les horloges des gares permettent toujours de noter avec la plus grande exactitude?
- Sans vouloir nous arrêter plus longtemps sur cette question d’organisation de l’étude des orages, nous allons essayer, pour terminer, de résumer brièvement les principaux résultats que l’on a obtenus depuis que les observations sont faites et discutées d’une manière systématique.
- Les orages de nos pays peuvent être rangés sous plusieurs types assez distincts.
- Les orages d’hiver accompagnent les bourrasques ou grands mouvements tourbillonnaires qui sont si fréquents parfois dans cette saison. On sait que ces-bourrasques se propagent suivant des directions assez variables, mais dans lesquelles, toutefois, domine notablement le mouvement de l’Ouest vers l’Est. Les orages d’hiver ne se montrent guère qu’au Sud de la trajectoire du centre des bourrasques, et ils suivent ce centre à mesure qu’il s'avance vers l’Est. Supposons, par exemple, une bourrasque qui traverse notre pays par les vallées de la Loire et de la Seine : les orages se produiront au Sud de cette ligne ; ils éclateront d’abord au fond du golfe de Gascogne, puis remonteront vers le plateau central et l’Auvergne. Il arrive très souvent, en hiver, que d’importantes bourrasques
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- passent par l’Ecosse et remontent vers le Nord-Est, du côté de la Laponie ; c’est précisément à ces bourrasques, accompagnées d’orages sur leur bord méridional, qu’il faut attribuer ce fait curieux du maximum du nombre d’orages en hiver sur les côtes de Norvège, maximum que nous avons signalé vers le .commencement de cet article. En général, les orages de cette classe se propagent assez vite et sur de grandes étendues ; ils sont d'ordinaire uniques, c’est-à-dire que la même bourrasque n’en produit qu’un seul sur un pays donné.
- Quelquefois les minima barométriques, au lieu de posséder un mouvement de translation parfaitement net, stationnent sur la mer à l’ouest de nos côtes ; ils deviennent en quelque sorte permanents, au moins pendant plusieurs jours, et il conviendrait peut-être de distinguer ces minima sédentaires des bourrasques à translation bien définie. La présence, sur l’Atlantique, dans le voisinage de nos côtes, d’un de ces minima sédentaires, amène généralement en France des orages nombreux, qui se font sentir sur une grande étendue de pays, et se répètent successivement pendant plusieurs jours.
- Dans les deux cas précédents, les orages ne sont, pour ainsi dire, que des accidents qui accompagnent un phénomène plus important; c’est la dépression qui constitue le fait principal et l’orage n’est que l’accessoire. Dans quelques cas, au contraire, pour certains orages d’été, il semble probable qu’il n’en est pas toujours ainsi, bien qu’il soit peut-être prématuré de l’affirmer, en l’absence de documents assez sûrs et assez complets. Ces orages, qui ne se font sentir que sur une petite étendue de pays, et sont isolés ou éclatent à la fois sur des points très éloignés, et sans qu’on puisse établir de liaison entre eux, ne sont accompagnés que de mouvements barométriques insignifiants, une baisse ou une hausse d’un ou de deux millimètres ; encore ces mouvements paraissent-ils souvent des phénomènes locaux, et doit-on probablement les attribuer aux variations temporaires de pression qui accompagnent nécessairement la formation des nuages, leur résolution en pluie et l’évaporation rapide de l’eau tombée. L’opinion qui prévaut le plus généralement aujourd’hui est contraire à la supposition de tels orages qui se produiraient en dehors de l'existence antérieure d’une dépression barométrique ; cependant, l’étude de quelques orages d’été nous semble conduire à reconnaître cette troisième classe d’orages, et, en tous cas, appelle sur ce point de nouvelles investigations.
- Un autre fait très intéressant, que les études de ces dernières années ont mis en évidence, est le défaut de continuité dans la marche progressive des. orages. Dans l’origine, surtout par suite du petit nombre d’observations dont on disposait, on fut conduit à penser que les orages se propageaient régulièrement, de façon à atteindre au même instant
- une série de localités rangées sur une ligne plus ou moins régulière ; les lignes qui indiquaient les positions successives de l’orage, de quart d’heure en quart d'heure, par exemple, étaient sensiblement parallèles. Une étude plus complète, faite surtout dans les départements montagneux du centre de la France, tels que le Puy-de-Dôme, conduit à modifier cette manière de voir. Les orages se propageraient parfois, non pas régulièrement, mais par bonds, commençant en différents points isolés, à partir desquels les phénomènes orageux se manifesteraient, non pas dans une direction unique, celle de la propagation générale de l’orage, mais en rayonnant dans toutes les directions. Dans certaines régions, la marche de l’orage pourrait ainsi paraître exactement contraire à celle des nuages orageux. On est amené ainsi à considérer dans chaque pays des points spéciaux, centres orageux, sur lesquels les orages auraient une tendance à éclater de préférence aux autres localités voisines ; et une fois l’orage formé, il se propagerait en rayonnant tout autour de ces points. Ce serait alors seulement la propagation d’un centre orageux au centre suivant, qui serait en relation immédiate avec les phénomènes généraux de l’atmosphère.
- . Nous n’insisterons pas plus longtemps sur ces questions ; on comprendra suffisamment, par ce qui précède, l’intérêt qu’offre l’étude des orages, et en même temps la complexité et les difficultés du problème et l’importance des résultats que l’on a déjà obtenus. a. a.
- LES RÉFLECTEURS
- A LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- LES APPAREILS BALESTRIERI
- Il n’est pas douteux que les foyers lumineux électriques d’intensité réduite ne fournissent l’unité de lumière à un prix beaucoup plus élevé que les foyers très intenses. Le fait n’est pas spécial à l’électricité ; j’ai fait voir, dans ce journal, que le gaz était sujet comme tous les autres éclairants, à une perte de ce genre, quand on passe des gros foyers aux petits ; c’est une loi générale, et qui s’étend bien au delà des phénomènes lumineux; mais il est certain que, pour l’électricité, cela est très sensible, et qu’au prix où nous la fabriquons, ce déchet est un inconvénient dans les cas très fréquents où l’on a besoin de répartir la lumière sur des espaces un peu étendus. Il faut cependant remarquer, en passant, combien nos idées se sont modifiées à ce sujet: il y a quelques années, à peu près tout le monde considérait la lumière à incandescence pure, comme impraticable ; on reconnaissait bien ses qualités de fixité, de facile division, etc., mais elle était, disait-on, trop dispen-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- dieuse à cause de la dépense électrique qu’elle exige. Malgré les perfectionnements, elle ne dépense pas sensiblement moins d’énergie et, cependant, la voici qui se présente à l’exploitation, et l’on semble la
- (fig. l.)
- trouver fort acceptable. Il y a là un changement d'appréciation qui s’est opéré à notre insu, mais que i on peut constater. Le besoin de lumière a consi-
- (fig. 2.)
- dérablement augmenté, cela est certain, et il est actuellement ressenti avec assez de vivacité pour faire considérer comme admissibles des systèmes qu’on éloignait, il y a peu d’années, comme trop dispendieux.
- Néanmoins, tout en recourant à ces procédés dans
- certains cas, il ne faut négliger aucun des moyens qui permettent défaire usage des foyers intenses ac-
- (fig. 3.)
- tuels qui sont plus économiques, et d’en tirer une
- —VA-
- s-V —
- meilleureîutilisation en répartissant mieux leur lumière. De ce côté, il me semble qu’on n’a pas tiré
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- tout le parti possible de l’emploi des réflecteurs.
- Sans doute, il y a eu des applications intéressantes, dépassant même la répartition lumineuse ; on a cherché à obtenir la division, ou plutôt la distribution lumineuse par ce moyen : on connaît l’éclairage réalisé par M. Jaspar, à Liège, de cette façon ; M. Tchikoleff a récemment décrit lui-même, dans ce journal, une application de ce genre à l’éclairage
- à compenser, jusqu’à un certain point, l’affaiblissement dû à l’éloignement et à obtenir une répartition plus égale de la lumière.
- On n’a pas fait de grands efforts dans ce sens, au moins dans notre pays. En’Angleterre, en Amérique, certains systèmes d’éclairage, tels que le Brush sont pourvus de chapeaux rabattant la lumière ; on a donné aux lampes Siemens une sorte de
- (fig. 5.)
- d’une poudrerie ; là, le foyer est tenu éloigné des points dangereux et sa lumière seule, partagée en faisceau par des lentilles, renvoyée par des prismes et des miroirs, arrive aux ateliers qu’elle doit éclairer. Nos lecteurs se rappelleront même le projet de MM. Molera et Cebrian, qui se proposaient bravement d’éclairer ainsi une ville par un seul centre de production dont la lumière serait canalisée. Ceci rentre dans le domaine de la fantaisie, et, pour ma part, je crois que des installations du genre de celles de MM. Tchikoleff et Jaspar ne sont justifiables que dans des cas particuliers, les pertes de lumière étant très considérables. Mais, si la distribution lumineuse me paraît, d’une façon générale, peu praticable par ce procédé, il n’en est pas de même de la répartition. Un foyer intense éclaire tout autour de lui, beaucoup aux distances rapprochées, mais avec des intensités rapidement décroissantes quand on s’éloigne, tant en raison de l’atmosphère interposée qu’en raison de la distance plus grande.Or on n’a généralement pas besoin de lumière dans tous les sens ; il est très rare, par exemple, qu’on en ait besoin au-dessus des foyers; les rayons lancés dans ce sens sont à peu près perdus et seraient utilement ramenés vers le bas, ce que peut faire un réflecteur; d’autre part, ce réflecteur pourrait être combiné de façon à envoyer à quelque distance plus de lumière qu’au pied du foyer, de façon
- (fig. 6.)
- parapluie en métal peint en blanc, tout cela est assez grossier et ne constitue pas un mode de ré-
- (fig. 7. )
- flexion vraiment étudié. Il y a sans doute une difficulté, c’est que tous ou à peu près tous les systèmes en usage pratique n’ont pas de point lumineux fixe,
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- en sorte qu’on ne peut les pourvoir de réflecteurs à forme géométrique et à foyer précis; mais ceci n’est pas un obstacle absolu ; il ne s’agit pas en effet d’obtenir, comme dans un phare, un faisceau . lumineux exactement limité, mais seulement de réunir approximativement dans un espace donné, assez grand, des rayons dispersés. La solution est possible, surtout pour le cas où on voudrait seulement rabattre vers le sol et distribuer des rayons divergents; dans ce cas l’abaissement du point lumineux sur une même verticale n’aurait pas beaucoup d’importance.
- La véritable difficulté n’est sans doute pas là, et j’imagine qu’elle est surtout dans le prix des réflecteurs. Il est certain que tous les appareils propres à diriger les rayons lumineux, qu’ils soient réfléchissants ou réfringents, aussitôt qu’ils prennent une certaine, dimension, atteignent des valeurs très grandes, deviennent d’un entretien très difficile, et ont des chances de destruction rapide. Je ne veux pas faire allusion aux beaux et dispendieux systèmes lenticulaires qui garnissent les phares, ou aux grands miroirs d’une précision mathématique destinés aux télescopes, mais un système lenticulaire de fanal ou un réflecteur pour feu de signal sont, malgré leurs dimensions restreintes et la modestie relative de leurs fonctions, des appareils d’un prix élevé, et il serait impossible de penser à les employer en grand nombre, comme il faudrait
- le faire dans une installation d’éclairage électrique.
- Il existe cependant un système qui paraît répondre aux conditions imposées ; je l’ai vu expérimenter il y a trois ans à peu près. Je ne sais pourquoi, depuis ce moment, les essais ont été suspendus; les résultats avaient été satisfaisants ; je crois devoir rappeler l’attention de ce côté et décrire ce système dont les dispositions sont très intéressantes.
- Il est dû à M. Balestrieri, professeur italien. L’idée principale est, au lieu dé chercher à créer des sur faces courbes, de fractionner ces surfaces en éléments et de remplacer chacun de ces éléments par une surface de construction simple pouvant le remplacer approximativement comme effet réflecteur,; le système se trouve alors composé de bandes successives que l’inventeur appelle armilles, d’où le nom donné à ces appareils de réflecteurs ou collecteurs armillaires, suivant qu’ils opèrent en se plaçant derrière la lumière ou en avant, car ils peuvent faire l’un ou l’autre.
- On en comprendra immédiatement le principe par la figure i, qui est la coupe d’un collecteur. Devant le point où se trouve le foyer, on trace un arc de cercle embrassant l’angle où l’on veut recueillir la lumière. On divise cet arc en un nombre arbitraire de parties égales; par chacun des points, on mène une ligne telle que le rayon qui y tombe soit réfléchi suivant l’horizontale, et on la prolonge
- (fig. 8.)
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- jusqu’au rayon supérieur. On constitue ainsi une figure symétrique autour du rayon moyen. En la faisant tourner autour de ce rayon, chacune des lignes engendrera une surface conique, laquelle réfléchira les rayons qui tomberont sur elle dans une direction sensiblement parallèle à l’axe. Toutes les surfaces agissant de même,, tous les rayons compris dans l’angle seront réunis en un faisceau sensiblement parallèle._ La figure a été faite en prenant
- Pour embrasser un angle suffisant par ce moyen, on serait amené à prendre des miroirs trop grands ; au lieu de s’appuyer sur une ligne droite, on peut prendre comme point de départ une courbe, un arc de cercle par exemple, et y construire les lignes droites engendrant les cônes (fig. 4); on peut ainsi, avec une moindre dimension, concentrer un plus grand nombre de rayons.
- Dans les collecteurs, les surfaces coniques sont
- (fig. a.) -- ÉCLAIRAGE PAR PROJECTION ÉLECTRIQUE D’UNE VOIE DU CHEMIN DE FER EN AMÉRIQUE.
- pour centre le point lumineux, mais cela n’est pas nécessaire ; on peut placer le centre derrière ce point, la coupe présente alors la disposition figure 2.
- Au cas où l’on voudrait appliquer le principe à un appareil réflecteur, on le construirait comme l’indique la figure 3 ; prenant une ligne droite à une certaine distance du foyer, 011 la divise en parties égales, on joint les points de division au foyer, et par chacun d’eux on mène une ligne de direction telle que les rayons qui tombent sur elle soient réfléchis parallèlement à l’axe. La figure, en tournant, engendrera encore des segments à surfaces coniques de même axe, réfléchissant les rayons qu’elles reçoivent sensiblement suivant une direction parallèle à cet axe.
- construites à l’aide de lames de rmétal argenté, montées sur une carcasse de métal léger et rendues solidaires par de petits trapèzes métalliques. Dans les réflecteurs, pour plus de solidité, 011 forme les cônes à l’aide d’une surface continue, en reliant les diverses nappes par des nappes de sens inverse, de façon à former une seule surface formée de plis concentriques; c’est ainsi que sont faites les coupes 3 et 4. Les appareils présentent alors les aspects figurés ci-joint figure 5 et figure 6, dont l’une représente un collecteur et l’autre un réflecteur pour foyer électrique ou pour lampe de toute nature.
- On peut associer les appareils de façon à former un ensemble; la figure 7 est la coupe d’un système
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- octogone disposé pour l’éclairage d’un grand espace. Chacun dès collecteurs forme alors une des faces d’un prisme à huit pans, et prend l’aspect représenté figure 8. On pourrait également, au lieu de les établir sur une surface plane, les placer sur une direction courbe.
- J’ajoute que le procédé est très général; on peut, par exemple, au lieu de disposer les surfaces coniques pour donner des rayons parallèles, les incliner de façon à former un faisceau lumineux d’une divergence donnée. On peut, en faisant tourner la figure i autour d’un axe vertical au lieu d’un axe horizontal, engendrer des segments de surfaces coniques à axe vertical réfléchissant les rayons lumineux suivant une seule nappe plane horizontale. En donnant aux surfaces des inclinaisons faciles à calculer, on pourra former un cône lumineux répandant sur le sol presque tous les rayons émis. On conçoit que, dans ce cas, il n’est pas nécessaire de placer de collecteur au-dessous du foyer, un réflecteur commençant au niveau ou légèrement au-dessus du point lumineux sera suffisant.
- Il faut remarquer qu’il n’entre dans ces appareils que des surfaces coniques. On sait que ces surfaces sont développables; elles se fabriquent donc très aisément par un découpage dans des feuilles planes et un simple enroulement. L’appareil semble donc devoir être très peu coûteux à construire, surtout en grandes quantités. Il doit être également facile à réparer, ce qui est une qualité précieuse, car les réflecteurs sont surtout des appareils d’un entretien et d’une conservation difficiles, et il y a une sérieuse utilité à pouvoir les renouveler par parties.
- Quant aux résultats, des essais suivis ont été faits en Angleterre par M. Tyndall, sur le désir et avec la collaboration des ingénieurs du service des phares (Elder Brethren) : il a comparé pendant plusieurs soirées, dans des conditions variées, l’effet du collecteur Balestrieri et celui d’un système lenticulaire de phares appliqués à la même lampe; son rapport établit que le collecteur s’est toujours montré sensiblement supérieur à l’appareil lenticulaire. Les expériences faites à Paris en 1878 avaient donné de bons résultats. Nous représentons (fig. 9) l’effet de cet appareil placé sur le fanal d'une locomotive pourvue d’un générateur d’électricité.
- Je ne sais pourquoi on ne reviendrait pas à l’étude de ce système; il semble devoir être d’une construction très peu coûteuse, son principe simple lui permet de fournir des résultats très variés, et son bon marché probable l’appelle à rendre des services très divers. S’il a des inconvénients, ce qui est possible, l’expérience les révélera et permettra sans doute de les corriger; en tous cas, il donne des promesses tellement sérieuses, qu’il y aurait évidemment un tort grave à le laisser dans l’oubli.
- FRANK GÉRALDY.
- APPLICATION DE L’ÉLECTRICITÉ
- a l’étude
- DES PHÉNOMÈNES TRÈS RAPIDES 20 article (voir le n“ du 5 février).
- Avant de me décider à employer l’étincelle d’induction comme moyen d’enregistrement, en employant purement et simplement le chronographe de M. Schultz, je dus chercher une méthode permettant de mesurer le temps pendant lequel le courant inducteur doit traverser le circuit pour que sa rupture détermine l’étincelle, et ensuite le retard de cette étincelle, c’est-à-dire le temps qui s’écoule entré le moment où le courant inducteur est rompu et celui où l’étincelle éclate. La somme de ces deux intervalles de temps donne la mesure du nombre d’étincelles que l’on peut obtenir dans l’unité de temps.
- Voici le dispositif auquel je m’arrêtai:
- Sur le fond du cylindre du chronographe, je fis placer une plaque d’ébonite, contre laquelle appuyaient deux frotteurs métalliques. Dans cette plaque d’ébonite était incrusté un secteur métallique occupant un huitième de tour. L’un des frotteurs servait à l’entrée du courant inducteur, l’autre à la sortie, et le courant ne pouvait passer qu’à la condition que les deux frotteurs appuyassent simultanément sur le secteur métallique; or, comme l’un d’eux était mobile dans une coulisse circulaire concentrique au cylindre, on voit que l’on pouvait régler sa situation de manière à donner à la fermeture du courant une durée aussi faible que l’on voulait. Pour déterminer la durée minima du courant induc^ teur nécessaire pour la production de l’étincelle, on mettait le cylindre en mouvement à une vitesse connue qui était très sensiblement la même dans chaque expérience, et qui était d’ailleurs mesurée exactement à l’aide du diapason ; puis on déplaçait le frotteur mobile jusqu’à ce que l’étincelle qui éclatait à chaque tour cessât d’apparaître. Il était alors facile de déterminer le temps cherché en divisant l’espace parcouru par le cylindre pendant la fermeture du courant par la vitesse dont il était animé. Je trouvai ainsi que cette durée dépend de l’intensité du courant, de la longueur de l’étincelle, et de la grandeur de la bobine d’induction. Elle est de beaucoup diminuée quand on enlève le faisceau de fer doux, mais, en revanche, l’étincelle devient elle-même incomparablement plus petite. En employant comme source d’électricité un élément Bunsen et une bobine de moyenne taille, on peut admettre que le temps de fermeture du courant doit être supérieur à i/5oo de seconde pour obtenir une étincelle convenable.
- Si la durée de fermeture nécessaire pour produire une étincelle déterminée est influencée par
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- tous les éléments que je viens d’énumérer, il n’en est pas de même du retard, ou du moins, il est tellement petit, que ces variations sont masquées par des perturbations accessoires qui en rendent la mesure précise-très difficile. Voici comment on procède à cette mesure.
- On fait tourner très doucement à la main le cylindre enregistreur; à chaque tour, une étincelle éclate, et comme la pointe d’où elle s’élance est animée d’un mouvement de translation proportionnel à l’angle décrit par le cylindre, on voit que toutes les traces de ces étincelles successives seront situées sur une même génératrice du cylindre. Or, et c’est là qu’apparaît un des plus grands défauts de ce mode d’enregistrement, on constate que, au lieu d’être alignées rigoureusement, les traces forment une ligne sinueuse dont les ondulations peuvent s’écarter parfois de plus d’un demi-millimètre de la ligne droite sur laquelle elles devraient être situées. Nous allons voir bientôt combien une pareille déviation, qui n’est régie par aucune loi et qu’on ne peut éviter parce qu’elle dépend d’éléments qui nous échappent, affecte la précision des mesures.
- Lorsque cette ligne a été obtenue, on recommence l’expérience en donnant au cylindre une vitesse connue aussi grande que possible, et qui peut être considérée comme constante, pendant le temps nécessaire pour obtenir une nouvelle série d’étincelles en nombre égal à celui de l’expérience précédente. Si le retard de l’étincelle était rigoureusement nul, ces deux lignes devraient se confondre, mais, comme il n’en est pas ainsi, il est facile d’en conclure que l’étincelle n’éclate pas rigoureusement à l’instant où le courant inducteur est rompu. Toutefois, en raison des déviations capricieuses de l’étincelle, l’écart de ces deux lignes ne permet pas de mesurer le retard avec une précision suffisante, à moins que le cylindre ne soit animé d’une vitesse linéaire très considérable (20 mètres par seconde au moins). Je n’ai pas eu l’occasion, jusqu’à présent, d’expérimenter à des vitesses dépassant 10 mètres et, dans ces conditions, j’ai trouvé que le retard de l’étincelle est en général inférieur à 1/10000 de seconde. On peut donc dire que, de tous les procédés d’enregistrement, c’est incontestablement celui dont le retard est le plus petit. Mais les déviations accidentelles affectent les lectures d’une incertitude qui fait perdre tout le bénéfice de cette quasi-instantanéité. Si nous admettons en effet que la vitesse linéaire du cylindre atteigne le chiffre considérable de 20 mètres par seconde, et que la déviation possible soit comprise entre o et 1 demi-millimètre, il est facile de voir que la mesure du temps sera affectée d’une erreur possible de 1/40000 de seconde. Ce chiffre n’est pas négligeable dans certaines expériences de balistique intérieure, où l’on déduit une force de l’accélération qu’elle procluit, au moyen des
- différences secondes de la courbe des espaces et temps. C’est donc par erreur que l’on a affirmé que le chronographe du capitaine Noble permettait de mesurer la durée d’un phénomène avec une approximation de 1 millionnième de seconde, parce que la vitesse des disques enregistreurs était de 25 mètres par seconde, et que la lecture au point central de l’étincelle se faisait avec une approximation de 1/40 de millimètre. La précision sur laquelle on peut compter avec cet appareil ne dépasse guère en réalité i/5oooo de seconde.
- De plus, la production d’une étincelle unique (au lieu d’un flux continu comme celui des bobines munies d’interrupteurs) exige certaines conditions dans la manière dont est faite la rupture du courant inducteur et, si ces conditions ne sont pas remplies, l’étincelle n’éclate pas, ce qui entraîne de nouvelles causes d’incertitude. Je dois dire enfin, en terminant, que l’emploi de papier ordinaire, recouvert de noir de fumée, doit être absolument proscrit parce que, dans ce cas, les déviations peuvent atteindre un millimètre et au delà. 11 faut employer du papier métallisé.
- C’est après avoir constaté à satiété tous ces inconvénients que je renonçai définitivement à l’emploi de l’étincelle pour enregistrer les mouvements des 10 pistons de la balance manométrique, et que j’essayai l’enregistrement électro - chimique fondé, comme on le sait, sur la propriété que possède le courant électrique de décomposer instantanément certains sels et de donner lieu à un précipité coloré Le sel qui paraît doué de la plus grande sensibilité à cet égard, est l’iodure de potassium. En imbibant une feuille de papier d’une dissolution de ce sel, on obtient, par le passage du courant dans une pointé qui appuie constamment sur le papier, des traces brunes qui se prolongent pendant toute la durée de fermeture du courant. C’est le phénomène qui a été utilisé dans beaucoup de télégraphes électro-chimiques, dans le chronographe électrique de M. du Moncel, ainsi que dans son enregistreur des improvisations musicales.
- (A suivre.) marcel deprez.
- NOUVELLE
- MACHINE DYNAMO - ÉLECTRIQUE
- DE M. E. W. FEIN
- M. Fein a breveté, le 25 mai de l’année dernière, une modification de la machine Gramme, que nous trouvons décrite pour la première fois dans le dernier numéro de 1 'Élektrotechnische Zeitschrift. Nous reproduisons dans les lignes qui suivent la description même qu’en donne l’auteur.
- « Dans les machines dynamo-électriques construites d’après le principe Pacinotti-Gramme, les pôles des
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- électro - aimants n’exercent leur action inductrice que sur la partie extérieure des fils de l’anneau, tandis que les autres parties de ces fils sont à peine influencées et ne servent qu’à augmenter la résistance du circuit, ce qui donne lieu, en outre, à un échauffement inutile.
- « On a voulu Obvier à cet inconvénient en construisant les machines dites à anneau plat, en remplaçant la forme cylindrique de l’anneau par une forme aplatie, de sorte que les spires pussent être soumises à l’induction de deux côtés. Avec cette disposition, les fils, au lieu d’ètre parallèles les uns aux autres, sont enroulés radialement; il en résulte que, pour avoir sur un anneau plat des groupes de spires de la même longueur totale et du même nombre de spires qu’avec un anneau cylindrique donné, il faut
- matière isolante et percés dans ces branches, et viennent aboutir au commutateur C. Ce dernier, pour la commodité du maniement de la machine, est placé en dehors du bâti.
- « Le courant est recueilli, comme d’ordinaire, par deux balais B et B'. Pour éviter la formation des courants de Foucault et réchauffement qui en résulte, l’anneau est formé d’une série de lames de fer très minces, isolées les unes des autres.
- « Les noyaux des inducteurs E, E sont reliés aux armatures M, M' qui enveloppent l’extérieur de l’anneau, et à ces armatures sont vissées les pièces polaires A, A' qui ont chacune la forme d’un demi-entonnoir et qui enveloppent l’intérieur et un des , côtés de l’anneau comme le montre la figure i.
- « De cette façon, la presque totalité du fil est sou-
- donner à l’anneau un bien plus grand diamètre. Mais cette accroissement du diamètre produit, surtout par suite de l’action des inducteurs, une augmentation de la résistance au mouvement, et pour • faire tourner l’anneau plat, il faut dépenser plus de travail que pour la rotation de l’anneau cylindrique. Ces considérations m’ont engagé à construire une machine dans laquelle j’ai conservé ia forme cylindrique de l’anneau, mais en fixant ce dernier sur l’axe d’une façon toute particulière, permettant de soumettre les fils à l’action des inducteurs presque dans toute leur étendue. L’appareil est représenté en coupe dans la figure i et en perspective dans la figure 2.
- v « L’anneau RR est fixé au moyen de vis et d’écrous à une pièce de laiton de forme étoilée SS, clavetée sur l’axe a a, et mise en mouvement en même temp que cet axe par la poulie I. Les extrémités des fils .de chaque groupe passent soit entre les branches de chaque pièce étoilée- soit par des trous garnis de
- mise à l’action des inducteurs, et il n’y a que le côté fixé contre la pièce étoilée qui ne concoure pas à la production de la force électromotice.
- « Il est très facile de s’assurer que cette disposition augmente l’effet utile de la machine; après l’avoir fait fonctionner dans son état normal, on n’a qu’à enlever les pièces polaires intérieures et à la faire fonctionner alors comme une machine Gramme ordinaire ; l’intensité du courant est alors à peine la moitié de ce qu’elle était primitivement.
- « Les avantages de mon mode de construction peuvent être résumés ainsi;
- « i° Les fils de l’anneau sont soumis à l’action inductrice dans presque toute leur longueur, de sorte que la résistance des parties de ce fil, qui ne produisent pas de force élcctromotrice, est très faible.
- « 2° La disposition de l’anneau est telle que la formation des courants de Foucault est éliminée autant que possible ; par suite, la perte de travail par
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- production de chaleur est très faible et l’anneau ne peut pas s’échauffer outre mesure.
- « 3° En raison du diamètre relativement faible de l’anneau, sa rotation est aussi peu ralentie que possible, et cette machine, proportionnellement aux effets qu’elle produit, ne dépense qu’une faible quantité de travail. »
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Inexactitudes qui se produisent dans la transmission des dépêches.
- M. Gould, dans un article intéressant, publié dansle Journal télégraphique de Berne du 25 juin, indique les erreurs qui se produisent dans les dépêches internationales par suite de substitutions de certaines lettres que les administrations ont jusqu’ici tolérées parce qu’elles économisent du temps, mais qui sont évidemment d’un très mauvais effet. Ces inexactitudes se produisent surtout avec l’appareil Hughes, et les lettres substituées sont / et j à i; q ko; z à s; v à u. Voici les raisons de ces substitutions :
- « On sait, dit M. Gould, que les dispositions de l’appareil Hughes permettent de transmettre plusieurs lettres pendant une seule révolution du chariot, pourvu qu’elles soient séparées par quatre lettres au moins, comme le sont, par exemple, A, F, K, P, etc. C’est ce qu’on appelle des combinaisons. Mais la capacité naturelle de l’appareil ne suffit pas, paraît-il, à satisfaire les employés, et ils essaient de l’étendre artificiellement. Des lettres consécutives, telles que e et i, l et o ne pouvant se transmettre en combinaison, on se sert des lettres e et j, l et q, et ainsi de suite. Dans cet ordre d’idées, il se produit des mots assez curieux, dont voici quelques échantillons :
- clqture EN FRANÇAIS au lieu de clôture
- italycn — italien
- extéryeur — extérieur
- fevryer — février
- russe — russe
- Mylan — Milan
- qvatre — quatre
- aussitôt — aussitôt
- passe — passe
- possible — possible
- consej lions — conseillons
- wcjssc EN ALLEMAND au lieu de weiszc
- drcj — drci
- zwej — zwei
- glejch — glcich
- EN ANGLAIS *
- Lqndres — Londres
- sqvare — square
- recejved — received
- pryce — price
- passenger — passenger
- ruszian — russian
- Jrejghl — freight
- lesz — less
- kouze — house
- horze — horse
- « Remarquons que l’on emploie sz au lieu de s s, la transmission de ces dernières lettres demandant deux révolutions du chariot.
- « Bien que ces substitutions ne constituent pas des erreurs sérieuses, elles tendent néanmoins à dénaturer les dépêches, et une méthode d’épeler aussi arbitraire que celle que font ressortir les exemples précités, doit être pour le public une source d’étonnement, sinon d’appréhension. Lorsque la bande Hughes originale est remise au destinataire, il se peut que les substitutions dont il s’agit n’aient pas de suites graves ; mais il en est tout autrement dans le cas où la dépêche doit être retransmise avec l’appareil Morse, par un employé ignorant peut-être la langue dans laquelle elle est rédigée. En pareil cas, chaque lettre sera transmise telle quelle.; et que l’on se figure l’apparence bizarre qu’offrent des mots comme clqture, conseillons, etc , en lettres manuscrites! il deviennent presque incompréhensibles.
- « Comme l’économie de temps que l’on obtient par ces quasi-combinaisons est insignifiante; comme, en tous cas, ces métamorphoses linguistiques doivent paraître au public puériles et peu convenables aux affaires ; enfin, comme elles sont de nature, dans certains circonstances, à compromettre sérieusement la clarté des dépêches, il conviendrait, dit M. Gould, que les administrations missent fin, en les proscrivant d’une manière absolue, à ces procédés de substitution de lettres. Ce serait faire un pas considérable vers cette exac'titude scrupuleuse dans les dépêches internationales qui est tellement à désirer. »
- Le télégraphe en météorologie.
- La Station météorologique centrale de Munich communique chaque jour à un certain nombre de journaux, politiques un tableau de données météorologiques résultant des observations faites dans les différents observatoires d’Europe et transmises par le télégraphe. Elle envoie également, à quelques journaux, une carte d’Europe sur laquelle sont indiquées les courbes d’égale pression atmosphérique et certains symboles indiquant des détails relatifs aux différentes stations, et ajoute en même temps les probabilités pour le jour suivant. L’Administration des postes et télégraphes de Bavière vient, depuis le rr mai, d’ouvrir des abonnements pour
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- cette communication régulière des probabilités météorologiques. Les communications sont faites en chiffres, et l’on remet à chaque abonné une instruction lui permettant de déchiffrer les télégrammes.
- Le télégramme du temps se compose de i à 3 groupes de chacun 5 lettres. Chaque groupe se rapporte à une région déterminée du pays, et, parmi les lettres, la première donne l’indication relative au vent ; la seconde donne celle qui concerne l’état du ciel; la troisième se rapporte à l’humidité de l’air; le quatrième représente la température, et la cinquième correspond aux diverses autres indications. Les télégrammes sont envoyés sous la forme la plus simple, et l’adresse est remplacée par le nom de la station. La [station météorologique envoie le télégramme du temps à la station télégraphique centrale vers 3 à 5 heures de l’après-midi, de sorte qu’il parvient à 7 heures au plus tard aux abonnés. Ceux-ci ont à l’envoyer chercher au bureau télégraphique de l’endroit qu’ils habitent. Le montant de l’abonnement est provisoirement de 3 marks par mois, 8 marks par trimestre et i5 marks par semestre. (Elektrotechnische Zeitschrift.)
- La flamme considérée comme électrode avec des charges d’électricité statique.
- M. Holtz a publié dernièrement un mémoire sur les changements de forme et de couleur que prend une flamme quand elle est électrisée positivement ou négativement. La flamme est alors disposée par rapport au circuit 'de décharge, de manière à constituer une sorte d’électrode, et elle est mise alternativement en rapport avec le rhéophore positif ou négatif d’une machine à influence de Holtz. Quand elle est positive, elle est plus bleue, plus étroite et plus pointue que dans le cas où elle est négative. En revanche, dans ce dernier cas, la partie pointue est dirigée vers le rhéophore qui lui correspond, réagissant sur les décharges électriques produites et l’orifice des brûleurs, comme si un mouvement rétrograde intermittent se manifestait. La flamme négative prend, du reste, des formes très curieuses quand elle est en contact avec un large disque, ou qu’elle brûle autour d’un cylindre métallique ; elle se replie alors en arrière et se couche sur le métal s’étendant en une surface courbe ou anguleuse, suivant la tension électrique. Dans le dernier cas, les pointes se bifurquent en deux faisceaux d’une forme particulière, animés de mouvements plus ou moins semblables.
- Si un corps conducteur est opposé à la flamme ainsi électrisée, les phénomènes sont plus compliqués ; à une grande distance, la flamme se penche vers le conducteur; mais, à. une petite distance, il se produit un effet de répulsion sur la flamme quand elle est négative, et un effet d’attraction quand elle est positive. Dans ce dernier cas, l’effet attractif ne
- s’étend qu’à la partie supérieure et la plus lumineuse de la flamme, et la partie inférieure obéit encore à une action répulsive. On remarque, en outre, qu’une flamme positive traverse facilement une gaze de fils métalliques, alors que la flamme négative reste abaissée au-dessous du tissu. Enfin, en raison de sa forme en pointe, la flamme positive, projetée sur les ailettes d’un moulinet, peut aisément le mettre en mouvement, tandis que la flamme négative n’y arrive qu’à grand peine. Tous ces effets ont été étudiés sur une flamme de gaz pur ou sur celles résultant de la combustion de la stéarine, de la cire ou du suif. Ils étaient moins marqués avec la flamme d’alcool et moins encore avec celle produite par un brûleur de Bunsen.
- ’ Les phénomènes en question n’étaient pas le propre d'une électrisation directe de la flamme, ils se manifestaient également quand cette électrisation était effectuée par influence au moyen d’un grand disque. Quand la flamme est introduite entre deux petits disques électrisés, elle se penche du côté du disque négatif en s’y étalant, et, avec un courant d’une certaine force, elle se met à vibrer comme un pendule en donnant lieu à des stratifications particulières. C’est quand elle est riche en oxygène qu’elle donne les effets les moins marqués, et l’on pourrait en conclure que le carbone et l’hydrogène sont attirés par l’électrode négative, tandis que l’oxygène l’est par l’électrode positive, peut-être en raison d’une certaine conductibilité unipolaire de ce corps. « Avec cette hypothèse, dit M. Wiedemann, le renversement de la flamme négative peut se trouver expliqué, car, alors, sa pointe perd plus d’électricité par influence qu’elle n’en reçoit par la conduction. Une bande de papier, dont l’une des extrémités est collée sur une grande boule, montre des mouvements semblables aussitôt que ses extrémités sont appointies et, par conséquent, rendues plus conductrices. On pourrait alors attribuer à deux causes le renversement de la flamme au pôle négatif : ou la pointe de la flamme aurait, dans ce cas, une puissance de rayonnement exceptionnelle, ou sa partie inférieure serait un très mauvais conducteur. La première hypothèse concorde avec les expériences de MM. Wiedemann et Rühlmann, et la dernière avec les observations d’Ermann sur la conductibilité unipolaire des flammes. Quelques faits semblent prouver l’existence de cette dernière propriété. Ainsi, la résistance observée par M. Hittorf à l’électrode négative ne peut expliquer les expériences d’Ermann qu’en supposant que l’électricité négative pénètre plus difficilement dans la flamme que l’électricité positive, ou que celle-ci éprouve plus de difficulté à en sortir. L’hypothèse admise par M. Her-wig, et qui attribue la résistance en question à la production d’une électricité négative spécifique, ne concorde pas avec ce fait que la flamme est attirée au pôle négatif, et on peut, en conséquence, con-
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- dure que cette électricité spécifique de la flamme ne pourrait jouer aucun rôle dans les phénomènes exposés précédemment. »
- Photophone de M. S. P. Thompson.
- M. Thompson, en étudiant les meilleures conditions pour répéter les expériences de Bell, a été conduit, par des considérations théoriques, aux résultats suivants :
- La surface sensible doit être aussi grande que possible, et la lumière doit y être distribuée uniformément. Un réflecteur conique remplit mieux cette condition et est plus facile à construire que le miroir parabolique ordinaire. L’angle du cône doit être de 90 degrés, et le diamètre de l’ouverture doit être égal à 2 (/ -f- r), l étant la longueur et r le rayon de la surface sensible ; on peut couper le cône suivant un cercle de rayon, r, fixer la base de la pièce de sélénium dans cette section, et l’autre base se trouvera alors dans le plan de la base du miroir ; si l’oüver-ture est plus petite, la profondeur du miroir doit être plus grande. Avec ces miroirs coniques, les rayons tombent normalement sur la surface sensible, et la perte de lumière est minivia.
- L’auteur a simplifié la construction de l’organe de sélénium et a obtenu de très bons résultats avec des cylindres d’ardoise portant un double pas de vis très serré, et dans lequel sont placés deux fils de cuivre qu’on recouvre de sélénium. La longueur de ces Organes varie de deux à huit pouces.
- Electrolyse thermo-électrique.
- A l’une des dernières séances de la Société de physique de Londres, M. J.-H. Gladstone a présenté une série d’intéressantes expériences sur la cristallisation d’un métal sur lui-même dans un sel fondu. En étudiant le déplacement des métaux les uns par les autres, MM. Gladstone et Alfred Tribe ont observé que des lames d’argent plongées dans du chlorure d’argent fondu se recouvrent rapidement de cristaux d’argent. Cet effet anormal fut d’abord attribué à des impuretés contenues dans l’argent ; mais il n’en est pas ainsi, et l’expérience réussit bien avec de l’iodure d’argent. En outre, MM. Gladstone et Tribe obtinrent également des dépôts métalliques en plongeant des lames de cuivre, de zinc ou de fer dans les chlorures de ces métaux à l’état de fusion. Le phénomène n’était pas du à un état physique spécial du métal laminé; car, en remplaçant ce dernier par des cristaux purs obtenus par électrolyse, le résultat fut le même. Des expériences subséquentes montrèrent que l’effet était dû à un courant thermo-électrique provenant de l’inégal échauffement des différentes parties du métal plongé dans le sel fondu. L’existence de ce courant a été mise en évidence par le galvanomètre, et les deux expériences suivantes ont confirmé l’hypothèse d’une électrolyse thermo-électrique. On fit
- fondre un peu de chlorure d’argent dans un tube de verre peu fusible, et l’on y plaça une tige d’argent. En chauffant la partie inférieure du tube pendant dix minutes, on trouva une grande quantité de cristaux d’argent dans la partie moins chaude. On fit, d’autre part, fondre du chlorure d’argent dans un creuset en chauffant un côté plus que l’autre, et, ayant réuni ensemble deux tiges d’argent, on en plongea une dans la partie la moins chaude, et l’autre dans la partie la plus chaude du chlorure. Au bout de quinze minutes, la première était couverte de cristaux, tandis que l’autre restait sans aucun dépôt. On obtint le même résultat avec du cuivre plongé dans son chlorure. La force électromotrice, déterminée à l’aide d’un électromètre, était d’environ i/5o de volt.
- Un électro-aimant gigantesque.
- MM. Feilitzsch et W. Holtz ont fait fabriquer, pour l’Université de Greifswald, un électro-aimant de dimensions énormes. Le prix d’un noyau de fer massif d’une seule pièce aurait été trop élevé ; d’un autre côté, dans les systèmes formés de plusieurs pièces, des pôles se développent aux contacts. On a construit ce noyau avec 28 lames de fer de 7 millimètres d’épaisseur, recourbées en fer à cheval et de largeur telle, que leur réunion forme un cylindre de ig5 millimètres de diamètre. Ces lames sont vernies; pour éviter les extra-courants, elles sont réunies par des cercles en fer et travaillées de façon à former un cylindre de diamètre régulier. La hauteur totale est 125 centimètres, la distance des pôles 5g6 millimètres, le poids total 628 kilos.
- L’hélice magnétisante est composée de 100 kilos de plaques de cuivre formant i5 couches isolées les unes des autres sur de la gutta-percha ; en outre, 175 kilos de fil de 2 millimètres forment 5 couches doubles de fil, et les extrémités des diverses parties du circuit communiquent avec des boutons portés par des colonnes isolantes qui permettent d’établir à volonté les communications. Les pôles sont surmontés de deux plaques de 33 millimètres d’épaisseur qu’on peut rapprocher à volonté et capables de porter les divers accessoires. Un plateau mobile, placé entre les deux branches, peut 'être placé à une hauteur convenable pour les expériences.
- Avec cet appareil, animé par 5o petits éléments Grove, on fond en 2 minutes 40 grammes de métal de Wood dans l’expérience de Foucault, et, si les pôles sont plus rapprochés, la résistance arrête le mouvement, malgré la tension des cordes de transmission. On constate très facilement la rotation du plan de polarisation du flint après un seul passage de la lumière, etc. En résumé, dans cet appareil, le noyau de fer pèse 628 kilos, le fil 275 kilos, tandis que dans celui de Plücker, le plus grand connu jusqu’à présent, le noyau pèse seulement 84 kilos et le fil 35 kilos.
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- FAITS DIVERS
- Un épouvantable orage s’est déchaîné dans l’après-midi du i5 juin, dit le New-York Herald) sur une partie du comté de Westchester. Au bureau télégraphique de Williamsbridge, point central des divisions orientale et septentrionale de la Western-Union-Company, et où convergent 116 fils, le courant électrique était si violent qu’il fallait s’éloigner des appareils. Les « switch-boards » ne formaient qu’une nappe de feu. Des boules énormes d’électricité jaillissaient des instruments et des extrémités des fils métalliques. Le directeur du télégraphe, M. Thomas Hinds, ayant eu l’imprudence de s’approcher des appareils, a été renversé. Deux garçons qui s’étaient réfugiés dans les environs, sous uiTgrand noyer, ont été tués par la foudre.
- Éclairage électrique.
- Jeudi dernier, les commissaires royaux chargés de l’examen des accidents dans les mines du Royaume-Uni ont assisté à d’intéressantes expériences sur l’application de l'éclairage électrique aux mines de houille. La houillère choisie pour ces expériences, était celle de Pleasley, près de Mansfield. Les puits ont environ mille pieds de profondeur; la lumière n’a été appliquée qu’à trois galeries, et on s’est servi du système Swan et de lampes renfermées dans des lanternes d’une construction ingénieuse due à MM. R. Cromp-ton et C°. Ces lanternes permettaient de transporter, sans crainte d’accident, les globes de verre très fragiles, et empêchaient en même temps que, par suite de la cassure de la lampe à l’intérieur, une explosion pût se produire, attendu que l’air en dedans de la lanterne suffirait pour la combustion instantanée des filaments de charbon avant que la flamme pût se communiquer à l’air extérieur. Quatre-vingt-quatorze lampes ont été allumées ; elles étaient actionnées par le courant d’une machine portative placée près du sommet du puits. Les commissaires, qui étaient MM. Warrington, Smyth, le professeur Tyndall, le professeur Abel et d’autres, ont passé deux jours à examiner les appareils et à étudier leur fonctionnement.
- Des expériences d’éclairage électrique sous l’eau ont eu lieu dernièrement dans le port de Baltimore, en vue des applications de la lumière électrique dans les travaux sous l’eau. Une machine Brush, montée sur un bac avec une machine à vapeur de 8 chevaux, a été emmenée dans le port par un remorqueur, et l’on a essayé d’éclairer, au moyen d’un réflecteur, le fond du port. Les expériences, bien qu’ayant donné quelques résultats, n’ont pas été complètement satisfaisantes.
- Le système Brush a été employé le mois dernier pour l’éclairage de l’Exposition de Matanzas (île de Cuba). Cinquante, globes fonctionnant au moyen d’une machine de la force de cent chevaux avec cinq moteurs ont suffi pour l’éclairage des batiments et du parc. L’effet, disent les journaux de la Havane, était admirable, surtout dans les jardins où les massifs de fleurs exotiques étincelaient, au milieu de l’air embaumé. A l’intérieur de l’édifice, le pavillon et les vitrines de M. Henri Schoechlin de la Havane, contenant pour plus de quarante mille dollars de diamants à facettes brillaient de mille éclats; les objets d'or munis de pierres fines, frappés par des rayons de la lumière électrique, la vitrine d’armes à feu aux canons de fer poli de M. Rcmington, de New-York, et les pyramides d’armes blanches des ateliers de l’artillerie royale de la Havane scintillaient d’un éclat sans pareil.
- Le Conseil municipal d’Edimbourg a reçu, dans sa dernière séance, communication d’une résolution du Comité d’éclairage de la ville, recommandant l’essai de l’éclairage par l’électricité pendant trois mois, de Prince’s Street et du North-Bridge jusqu’à l’église du Trône dans High-Street. On a proposé d’adopter le système Brush.
- Téléphonie èt télégraphie.
- Nous avons déjà mentionné un emploi qui a été fait du téléphone aux États-Unis pour l’appel des causes et des parties devant les tribunaux. Le téléphone vient d’être mis encore au service de la justice pour surprendre des Conversations ou paroles échangées en prison entre détenus. Le microphone permettant de distinguer tous les sons émis dans une pièce, sans qu’il soit nécessaire que la bouche de celui qui parle soit en contact immédiat avec l’appareil, on a eu l’idée, à New-York, de placer un microphone contre le mur d’une cellule de prison, en recouvrant soigneusement l’ouverture avec du papier mince, percé de petits trous à peine visibles. Dans cette cellule, on a fait entrer les complices ou les parents d’un prévenu, puis on les a laissés ensemble sans surveillant. Pendant qu’ils s’entretenaient, un agent ou un gardien de la prison tenait son oreille collée au téléphone relié au transmetteur. La ruse a complètement réussi, paraît-il. Le prévenu, ne soupçonnant pas que dans les cellules les murs pussent avoir des oreilles, profita du moment où on le laissait seul avec ses complices pour causer avec eux du crime dont ü était accusé. La justice a obtenu ainsi d’importantes révélations, qui n’avaient pu être arrachées, soit par des menaces, soit par des interrogatoires contradictoires.
- Une immense tour en fer, point central des comunications téléphoniques, vient d’être élevée, à Alexandrie en Egypte, sur le coin N.-E. de la terrasse de l’okelle Si-Marc, place des Consuls. Cette construction, que le consul de France à Alexandrie s’est plu à surnommer la Tour-de-Babel, à cause des différentes langues qui vont être parlées par son entremise, a été livrée, le 18 juin, à la Compagnie téléphonique, dont M. de Léon, ancien consul général des Etats-Unis, est le directeur. On achève de poser les fils téléphoniques d’un bout à l’autre de la ville ainsi qu’à Minet-el-Bassal et aux bureaux et maisons des abonnés.
- Un concert, une fête musicale peuvent s’organiser entre abonnés au moyen du téléphone. Il y a quelques jours, à Bordeaux, plusieurs personnes réunies au bureau central de la Société des Téléphones, aux Quinconces, ont écouté un virtuose qui les a tenus sous le charme de son violon, dont les sons paraissaient encore très mélodieux, même en passant par le fil téléphonique. Le violon jouait dans une maison des allées de Tourny. Les appareils dus à MM. Blake, Ader et Crossley permettaient de percevoir les sons les plus faibles ; on entendait même le souffle de l’artiste avant et après l’exécution de chaque morceau.
- Le réseau téléphonique de Hambourg prend une extension de plus en plus grande; on y compte actuellement 231 maisons, dont 5o bureaux intermédiaires, reliées au bureau central, et i5o autres vont être prochainement mises en communication. Le service téléphonique s’effectue sans interruption entre les abonnés, de 8 heures du matin à 11 heures du soir.
- Le réseau télégraphique souterrain de l’Allemagne, sur la construction duquel nous avons déjà donné quelques détails, vient d’être terminé. Les deux dernières lignes qui viennent d’être achevées sont celles de Berlin à Stettin et de Cologne à Aix-la-Chapelle. Les lignes télégraphiques souterraines traversent, en différents endroits, tous les grands fleuves et un certain nombre de rivières et cours d’eau plus petits de l’Allemagne. On ne compte pas moins de 221 villes qui sont reliées au réseau souterrain. Les frais d’établissement de l’ensemble de ce réseau se sont élevés à 30.210.975 marcs.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lnhure, 9, rue de Flcurus. — 3619.
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- . r.
- journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. Tu. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 16 JUILLET 1881 N» 31
- SOMMAIRE
- Les bobines d’induction à étincelles ; Th. du Moncel. — Les propriétés électriques des charbons. — Les grands foyers Siemens à Londres; C. C. Soulages. — Préparation des miroirs paraboliques par la force centrifuge ; A. Guerout. — Nouvelle machine cinéto-électrique; M. Leblanc.— Revue des travaux récents en électricité : Allumeur des becs de gaz. — Influence de la température sur les récepteurs radiophoniques à sélénium. — Nouvelle explication de l’action du sélénium. — Singulière prétention de M. Faure. — Galvanisation spontanée d’un piston de machine à vapeur. — Formation de la pile Planté. — Correspondance : Lettre de M. Gravier en réponse à celle deM. Cabanellas. —Faits divers.
- LES BOBINES D’INDUCTION
- A ÉTINCELLES
- La tension considérable des courants induits a été observée dès les premiers temps de la découverte de Faraday, et on a songé à l’appliquer comme moyen de transformation des effets voltaïques en effets statiques, beaucoup plus tôt qu’on ne le croit généralement. Dans la plupart des ouvrages de physique, on attribue les premières tentatives faites dans cette voie à MM. Masson et Bréguet, mais s’il faut en croire une brochure publiée en Amérique par M. Page en 1867, on devrait en rechercher l’origine beaucoup plus loin, et ce serait à lui qu’il faudrait les rapporter. Il aurait publié, en effet, ses recherches à ce sujet dès le 12 mai i836 dans le Sil-liman's journal sous le titre de Méthode et expériences pour obtenir, avec l'appareil du professeur Henry, des commotions physiologiques et des étincelles du Calorimotor. Les recherches de MM. Masson et Breguet ne datent que de 1842.
- L’appareil décrit dans le mémoire de M. Page était muni de graduateurs pour régler à volonté la tension du courant, et d’un interrupteur mécanique automatique disposé de manière à arrêter l’étincelle de l’extra-courant de l’inducteur par la superposition d’une couche d’eau ou d'alcool à la couche de mercure sur laquelle se faisaient les interruptions du courant. Cette disposition, qui a résolu de nos jours le problème des machines d’induction à courants de haute tension, aurait augmenté considé-
- rablement, suivant M. Page, l’intensité du courant induit, et le courant fourni par cet appareil aurait été suffisant pour charger une bouteille de Leyde. Enfin, la communication de M. Page conclut ainsi : « Nous avons donc dans cet instrument une véritable batterie de laquelle des commotions de tous les degrés peuvent être obtenues, et qui, en cas de l’application du galvanisme à la médecine,doit être beaucoup plus commode que les appareils ordinaires. »
- La description de l’appareil de MM. Henry et Page a été publiée à Londres en mai 1837, dans les Annales d'électrité et de magnétisme de Sturgeon, et leur principe était ainsi exposé ».
- « Pour obtenir de la part d’une pile d’un seul couple ou d’un petit nombre de couples un courant de haute tension, on doit employer un circuit additionnel ou secondaire, et ce circuit doit être beaucoup plus long que le circuit inducteur ou primaire qui conduit le courant de la batterie. »
- Dans les expériences de Henry, on ne se servait que d’un circuit primaire, et dans celles de Faraday, les circuits primaires et secondaires étaient presque d’égale longueur ; il en résultait que le courant induit que ce dernier savant obtenait, était moins énergique avec le circuit secondaire qu’avec le circuit primaire, et c’est pour cela qu’il ne parla alors que des effets physiologiques produits par ce dernier courant. Il n’avait d’ailleurs jamais cherché à allonger le circuit secondaire, n’attachant qu’une médiocre confiance à l’application utile de ce genre de courants.
- M. Callan, physicien anglais, de Menoth en Irlande, fut un de ceux qui s’occupèrent les premiers et avec le plus de succès des appareils d’induction électro-magnétique en Europe, mais suivant la brochure dont avons parlé, ses appareils, quoique supérieurs à ceux de ses compétiteurs en Europe, étaient inférieurs à ceux de M. Page. Quoi qu’il en soit, M. Callan démontra, dès l’année 1837, qu’on devait employer du gros fil pour le circuit primaire, et du fil fin pour le circuit secondaire, et il chercha à cette époque à associer ensemble, pour augmenter l’énergie du courant secondaire, une série de bobines à noyaux magnétiques combinées en ten-• sion ; il montra même que pour obtenir de cette
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- manière de bons effets, il fallait que les hélices primaires à gros fil ne fussent pas soudées aux hélices secondaires à fil fin, comme il avait l’habitude de le faire pour les hélices des simples bobines qu’il appliquait principalement aux effets physiologiques. Il avait d’ailleurs essayé à cette même époque plusieurs combinaisons de fils pour les hélices, parmi lesquelles nous citerons la réunion de plusieurs fils en faisceau pour constituer l’hélice primaire. Il attachait surtout une grande importance à la bonne isolation du fil des deux hélices, et, dans une communication datée du mois de mai 1837, il assure que pour obtenir des courants induits de grande intensité il faut que l’enveloppe des fils soit recouverte d’une couche de cire d’Espagne, de vernis ou de quelqu’autre ciment non conducteur. M. Stur-geon, en reproduisant le travail de M. Callan, alla plus loin encore, en disant que les deux hélices devaient être enroulées séparément sur deux bobines disposées de telle manière que la bobine du circuit primaire pût être introduite à l’intérieur de la .bobine du circuit secondaire. « Il est curieux, dit M. Page, que d’après ces considérations, on n’ait pas recherché à cette époque en Europe à développer dans les courants induits une tension plus grande que celle qui était réclamée pour les effets physiologiques. »
- Depuis i838 jusqu’en 1842, époque à laquelle MM. Masson et Breguet firent leurs expériences bien connues, qui prouvèrent aux physiciens d’Europe que l’électricité voltaïque pouvait être transformée en électricité statique par les effets de l’induction, fait qui avait été reconnu longtemps avant en Amérique, comme nous avons pu le voir par ce qui précède, on ne cessa pas de s’occuper de perfectionner la bobine d’induction électro-magnétique, surtout au point de vue des interrupteurs qui furent très variés dans leur construction. Tantôt on voit M. Masson qui emploie à cet effet une roue dentée métallique, sur les dents de laquelle appuie le ressort interrupteur ; tantôt M. Clarke emploie une roue en forme de molette d’éperon plongeant dans du mercure; tantôt M. Nerbitt emploie une roue dentée dont les intervalles de dents sont remplis avec du bois, afin de faire moins de bruit ; tantôt M. Davis fait fonctionner le rhéotome à mercure combine par M. Page par un mouvement d’horlogerie; tantôt enfin on fait intervenir des interrupteurs automatiques mis en mouvement par le courant inducteur lui-mème, sous l’influence de certaines réactions électro-dynamiques ou électromagnétiques dont plusieurs ressemblaient beaucoup à celles des trembleurs employés aujourd’hui. La deuxième machine de M. Page que nous décrirons quelque jour en est un exemple frappant. Tous ces interrupteurs sont décrits et représentés avec beaucoup de soin dans la seconde partie de la brochure de M. Page.
- De 1842 à i85o, on s’occupa peu en Europe des bobines d’induction, mais on en construisit quelques-unes en Amérique, à diverses époques, qui donnaient de longues étincelles et éclairaient des tubes vides d’air d’une longueur considérable. Quelques-unes de ces bobines secondaires, faites avant l’année 1846, avaient des' fils de plusieurs milles de longueur, qui donnaient des étincelles de i/io à 1/2 pouce de longueur dans l’air. Il est surprenant que tous ces résultats aient été ignorés en France, et que quand, en i85i,M. R-uhmkorff montra les effets de sa première machine, on ait été si étonné des étincelles qu’elle produisait. Ces résultats étaient loin pourtant d’approcher de ceux dont nous venons de parler. Quoi qu’il en soit, c’est seulement à partir de cette époque que tous les savants d’Europe commencèrent à s’occuper sérieusement de ces machines, et à étudier avec soin les effets qu’elles produisaient. Ces effets sont si nombreux et si curieux, qu’ils remplissent à eux seuls un volume de 400 pages dans la cinquième édition de l’ouvrage que j’ai publié sur ce sujet.
- Pendant quelques années, jusqu’en i855, on construisit généralement les bobines d’induction électro-magnétiques d’une manière simple, c’est-à-dire avec deux hélices superposées, enroulés par couches successives, dont les spires couraient alternativement de gauche à droite et de droite à gauche à chaque rangée, mais on ne tarda pas à reconnaître bientôt que ce système était insuffisant pour les courants de très grande tension, attendu que la différence de tension du courant aux extrémités des bobines entre les différentes couches successives, pouvait être assez grande pour rendre l’isolement insuffisant et entraîner la perforation de la couche isolante. D’un autre côté, les réactions contraires de l’extra-courant de l’hélice inductrice nuisaient considérablement au développement des courants secondaires. Sans doute, cet inconvénient était un peu diminué avec la disposition du rhéotome à mercure et alcool de M. Page, mais cette disposition était alors inconnue en France, et ce ne fut que quand M. Fizeau imagina de condenser le courant inducteur en établissant une relation métallique entre les-deux parties de l’interrupteur et les deux armatures d’un condensateur de grande surface en taffetas gommé, que l’appareil de Ruhmkorff acquit le pouvoir considérable qui fit sa réputation.
- Pour éviter les dangers que pouvait entraîner une tension trop grande du courant induit pour l’isolement des bobines, on eut recours à plusieurs moyens. En i852, MM. Ed. et Ch. Bright, en Angleterre, imaginèrent de diviser la bobine efl plusieurs fragments ou tronçons par des cloisons, de manière à la composer d’une série de bobines courtes, aux extrémités desquelles les différences de tensions n’étaient pas assez considérables pouf compromettre l’isolement. Cette idée fut de nouveau.
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- mise en avant en 1854 par M. Poggendorff, puis M. Stohrer, l’abbé de La Borde et plusieurs autres; mais elle ne reçut son application en France que quand M. Foucault, voulant associer ensemble plusieurs appareils, se trouva en possession d’un courant assez énergique pour compromettre sérieusement l’isolement de ces appareils. A peu près à cette époque, M. Jean, simple amateur à Paris, résolut d’une manière toute particulière ce problème d’atteler sans danger une pile puissante à un appareil enroulé à la manière ordinaire, en plongeant celle-ci dans de ‘l’essence de térébenthine ; il put obtenir de cette manière des étincelles de près de 3o centimètres de longueur à une époque où l’on ne parlait en France que d’étincelles de 4 à 5 centimètres. Il est réellement surprenant que les expériences de M. Jean, qui ont pourtant été vues par plusieurs savants, que j’ai moi-même publiées dans ma notice sur l’appareil de Ruhmkorff, dès sa troisième édition, n’aient pas eu plus de retentissement. M. Page lui-même, si soigneux à donner dans sa brochure tous les perfectionnements apportés à ces sortes de machines, surtout quand ils sont d’origine américaine, s’est bien gardé d’en dire un mot, ainsi que de tous les appareils construits en France, et dont nous avons déjà parlé plus d’une fois.
- Quoi qu’il en soit, si le système de la division des bobines d’induction en tronçons séparés n’avait pas eu un grand succès en Europe au moment où il avait été proposé, il n’en a pas été de même en Amérique, car nous voyons, dès l’année 1857, M. Ritchie, à Boston, combiner un système d’enroulement du fil des bobines secondaires qui lui permettait d’obtenir des étincelles de 6 pouces et même de 10 pouces et demi, sans compromettre l’isolement de ses appareils. Ce système consistait à enrouler le fil en spirales plates, c’est-à-dire en spires se développant du centre à la circonférence comme une coquille de limaçon et juxtaposées les unes contre les autres ; ces spirales constituaient donc une série de tranches séparées, parfaitement isolées les unes des autres dans le sens perpendiculaire à l’axe de la bobine, et celle-ci se trouvait par le fait divisée en autant de cloisons qu’il y avait d’épaisseurs de spires dans sa longueur. Cette disposition produisit d’excellents effets, car avec les appareils que M. Ritchie envoya en France, en i85g, par l’intermédiaire de Mac-Culoch, des étincelles très fortes pouvaient être échangées à 35 centimètres d’intervalle entre les deux bouts disjoints du circuit secondaire. Ces résultats étonnèrent beaucoup les savants français à cette époque, car la plupart n’avaient pas vu, ou plutôt n’avaient pas voulu voir les expériences de M. Jean, et M. Ruhmkorff lui-même n’attachait pas alors une grande importance à des effets de tension aussi importants ; mais, entraîné par l’enthousiasme public, il chercha à rivaliser avec M. Ritchie et s’appliqua à
- construire de grands appareils, non pas dans le système de M. Ritchie, comme le déclare M. Page, mais dans le système de M. Poggendorff. Il ne tarda pas, de cette manière, à produire avec ses appareils des étincelles bien supérieures en longueur à celles de l’appareil américain et qui allèrent jusqu’à dépasser 60 centimètres.
- Pour terminer cet historique de la question que nous traitons en ce moment, nous dirons qu’il résulterait des recherches de M. Page que ce serait à M. Sturgeon qu’on devrait rapporter la substitution des faisceaux de fils de fer aux noyaux magnétiques des bobines; cette substitution daterait du mois d’octobre 1837, et, dans la communication qu’il publia à cette époque, M. Sturgeon ajoute que des plaques de 1er roulées en spirale ou simplement des paquets de plaques de fer laminé pouvaient produire le même effet; toutefois, ce perfectionnement avait été revendiqué six mois après la date précédente, par M. Bachoffner. Il paraîtrait aussi, d’après M. Page, que l’interrupteur dit à trembleur, qu’on emploie généralement dans les appareils d’induction dont nous parlons, aurait été combiné en principe dès l’année 1837, par le professeur Mac-Gauley, de Dublin, et qu’il aurait reçu sa forme actuelle, non pas de M. Neef, comme on l’admet généralement, mais de M. Wagner, ami de ce dernier.
- TH. DU MONCEL.
- expériences de MM. Siemens, Beetz et autres sur la conductibilité électrique du charbon : un Japonais, M. Hanichi Muraoka vient de reprendre ces essais. Comme ils ont porté sur un plus grand nombre d’espèces de charbons, nous donnons ci-dessous les résultats auxquels il est arrivé :
- I. — Graphite de Sibérie.
- Densité 1,8.
- Teneur *en carbone 98,0.
- Coefficient de dilatation o,ooooo.38.
- Températures 26'-' . I94n 251° 3o2".
- Résist. en unités Siemens (Ri) 0,0785 0,0698 o,o665 0,06 )6 Résistance spécifique = 12,20.
- II. — Charbon de cornues de Paris.
- Densité 1,8
- Coefficient de dilatation 0,0000015.
- Température i7°,5 iooB.
- Résistances 0,246 0,240.
- Résistance spécifique = 52,23.
- III. — Charbon artificiel à lumière à Températures 170 iooa.
- Résistances o,36o 0,348.
- Résistance spécifique == 48,44;
- LES PROPRIÉTÉS ÉLECTRIQUES
- DES CHARBONS
- Nous avons déjà rendu compte de différentes
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- IV. — Autre espèce de charbon artificiel à lumière. Densité 2,37.
- Coefficient de dilatation 0,0000015.
- Températures 26° i65° 213® 335°.
- Résistances 0,228 0,219 0,217 0,211.
- Résistance spécifique = 42,90.
- V. — Charbon artificiel préparé à l’aide de coke pour la lumière par la maison Heilman et O» à Mulhouse. Densité 1,90.
- Teneur en carbone 98,1.
- Coefficient de dilatation 0,00000032.
- Températures 28° i65° 2400 338°.
- Résistances 0,i3g o,i35 0,134 o,i32.
- Résistance spécifique = 39,10.
- VI. — Crayons de Faber.
- Densité 2,36.
- Teneur en carbone 52,0.
- Coefficient de dilatation 0,06000095.
- Tempérât. 120° 139° 159° 182" 210°. 235° 261° 287° Résistances 10,5o 10,38 10,25 10,14 10,01 9,891 9,770 9,649 , Résistance spécifique = 952,0.
- VII. — Charbon artificiel n° 57 de la maison Kaiser et Schmidt de Berlin.
- Densité i,63.
- Teneur en carbone 98,0.
- Coefficient de dilatation o,ooooo2o5.
- Températures 140,3 ioo°.
- Résistances 0,652 o,638.
- Résistance spécifique = 36,86.
- VIII. —Autre charbon artificiel de la maison Kaiser et Schmidt.
- Températures n°, 7 : ,ioo°.
- Résistances 1,224 1,186.
- Résistance spécifique^ 41,17.
- IX. — Charbon artificiel de Gaudoin.
- Densité i,55.
- Teneur en carbone 97,6.
- Coefficient de dilatation o,ooooo3o.
- Températures 3i" 169° 2290 322°.
- Résistances o,o836 0,0797 0,0784 0,0765.
- Résistance spécifiques55,15.
- M. Murakoa a reconnu en outre que ces charbons entre eux peuvent donner lieu à des courants thermo-électriques. Les forces électromotrices ainsi développées, bien que faibles, sont cependant fort appréciables.
- Wiedeman's Annalcn.
- LES GRANDS FOYERS SIEMENS
- A LONDRES.
- Parmi les expériences d’éclairage public qui ont -été tentées un peu partout, dans ces derniers temps, au moyen de l’électricité, le système de MM. Siemens frères a joué un rôle des plus importants.
- Dans notre numéro du 3o avril dernier, à propos des essais de lumière électrique à Londres, nous disions que la maison Siemens avait disposé ses foyers sur la partie de la City allant de King Street
- | à London Bridge, en passant par Queen Street et King William Street; tout ce parcours se trouvait
- (fig. 1.)
- brillamment illuminé par 28 appareils ordinaires (lampes différentielles), placés de distance en dis-
- (fig. 2.)
- tance dans les rues. Ces appareils étaient actionnés par deux machines alternatives Siemens ; ils étaient
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- sans réflecteurs et élevés au-dessus du sol à peu près à la hauteur des candélabres ordinaires du gaz.
- On sait que dans les lampes différentielles, le réglage de l’arc voltaïque est effectué par la variation même de sa résistance électrique, sans l’intervention de poids, ni de ressorts. A cet effet, le courant peut se diviser en deux circuits, l’un comprenant, outre l’arc voltaïque, une bobine à gros fil et à faible résistance, l’autre étant formé d’une seconde bobine de dérivation, à fil fin et à grande résistance, placée au-dessus de la première
- arrivant en L, se divise en 'deux parties : la plus faible traverse la bobine supérieure T à fil fin et sort par b U pour aller à la lampe suivante; la plus grande partie du courant traverse la bobine à gros fil R, le levier d a, l’arc g h et se raccorde en b au fil qui va à la lampe suivante. Les résistances des bobines T et R sont telles qu’un centième du courant total seulement traverse la bobine T. Suivant que l’action de R ou de T, sëra prépondérante, par les variations de résistance deTàrc g h, les tiges de ifér dôiix s et s' seront attirées ' plus ou moins par
- (PlG. 3. — LES GRANDS FOYERS SIEMENS A MANSION IIOUSE.)
- sur un même tube en cuivre dans l’intérieur duquel est mobile un barreau de fer doux. Si, donc, la résistance del’arc est convenablement réglée et le rapport des résistances des deux bobines bien établi, l’équilibre du système est indépendant des variations d’intensité du courant, et ne dépend plus que du rapport des résistances des bobines. Bien que nous ayons déjà plusieurs fois parlé du principe de la lampe différentielle, nous n’avons pas hésité à remettre aujourd’hui sous les.yeux de nos lecteurs la description rapide de ce principe, puisque chaque jour nous le voyons appliquer dans des systèmes prétendus nouveaux.
- La figure 1 est un schéma théorique. Le courant
- les solénoïdes, et le levier cda agira pour raccourcir ou allonger l’arc voltaïque.
- Dans la figure 2, qui représente la lampe sous sa forme pratique, le déplacement du levier cda agit sur une roue dentée et une crémaillère qui permet le rapprochement du charbon ; un balancier de pendule empêche que la descente du charbon ne soit trop rapide, et une petite pompe à air reliée à la tige qui traverse les solénoïdes a pour effet de rendre plus gras les mouvements de ces tiges et par suite d’en empêcher lesvibrations sous l’influence des courants alternatifs. Le réglage se fait en soulevant ou en abaissant la bobine supérieure. Tout le mécanisme est placé à la partie supérieure
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- 7°
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- de la lampe dans un cylindre en cuivre qui le protège et sert à la suspendre. Par cette dispositon, le point lumineux est complètement dégagé.
- L’indépendance de chaque lampe différentielle permet d’en placer un grand nombre, jusqu’à 10, 12 et même davantage, sur un même circuit ; on peut aussi disposer des foyers d’intensités lumineuses différentes, en les plaçant sur des dérivations du courant principal.
- Les grands foyers ont été employés par MM. Siemens pour l’éclairage des alentours de Mansion House à Londres.
- , Six foyers intenses ont été disposés à une grande hauteur dans les espaces largement ouverts et lentourés de monuments élevés,
- ! Les poteaux de soutien, hauts de 24 mètres et ayant jla forme d’une pyramide quadrangulaire très allongée, jsontenfer; grâce à leur légèreté de construction, •même, pendant le jour, ils ont un aspect qui n’est pas |le moins du monde disgracieux. La figure 3 indique jl’effet produit par ces grands foyers autour de Man-Ision.Hquse.
- I Grâce à un large réflecteur placé horizontalement •au-dessus des foyers, toute la lumière est rabattue jvers le sol ou les monuments qui se trouvent dans île périmètre d’action de ce réflecteur ; on a ainsi un (immense espace bien éclairé1 sans solution de continuité, et l’effet est vraiment très remarquable.
- ! « • C. C. SOULAGES.
- i —
- | PRÉPARATION DES MIROIRS
- | PARABOLIQUES
- 1 PAR LA FORCE CENTRIFUGE
- ; PAR M. LATCHINOFF
- M. Latchinoff vient de publier, dans Y Electricité Russe, un procédé pour la préparation des miroirs paraboliques qui repose sur un principe original.
- On sait, que tous les points de la surface libre d’un, liquide . tournant autour d’un axe vertical acquièrent une vitesse angulaire constante, et que cette surface prend la forme paraboloïdale.
- Si l’on verse dans un récipient un liquide capable de se solidifier rapidement, et qu’on l’anime d’un mouvement continu et régulier de rotation autour de son axe vertical, jusqu’à complète solidification, on obtiendra un paraboloïde solide qui pourra être utilisé comme réflecteur.
- On pourrait verser dans le récipient un métal très fusible qui servirait directement de réflecteur; mais cela présenterait quelques inconvénients : en effet, la surface des métaux s’oxyde rapidement (*) au con-
- (*) Pour éviter cet inconvénient, on pourrait faire tourner le liquide dans un courant de gaz non oxydant; mais cela compliquerait beaucoup l’appareil.
- tact de l’air, et de plus, en se refroidissant, ils se cristallisent. C’est pourquoi, il est plus avantageux de prendre des corps comme le plâtre ou le mastic de M. Mendelejeff ('), ou tout autre mastic préparé spécialement dans ce but.
- Le récipient employé peut avoir une forme quelconque; mais, pour éviter l’emploi d’une trop grande quantité de liquide, il vaut mieux prendre un vase hémisphérique (2), fermé par un couvercle en verre qui permet de suivre l’opération. Près des bords du récipient, on met un anneau K, K, dont nous expliquerons l’utilité plus loin.
- Dans lé cas où l’on se sert d’un corps fondu, il est
- (FIG. I.)
- bon d’entourer le récipient de feutre afin de ralentir le refroidissement.
- La forme des récipients n’influe en aucune façon sur la forme du paraboloïde. Si l’axe n’est pas bien centré, cela n’aura d’autre effet que de donner une section conique au paraboloïde (3), ce qui ne présente pas d’inconvénients.
- Le principe de l’opération consiste dans la régularité du mouvement de rotation imprimé au corps jusqu’à sa complète solidification. Les moteurs à vapeur ne seraient donc pas convenables : des moteurs électriques conviendraient mieux ; les meilleurs seraient une petite machine de Gramme ou de Siemens mue par les piles de Thomson ou de Tchi-
- (*) Professeur de l’Université de Saint-Pétersbourg.
- (a) Pour avoir des réflecteurs d’une grande profondeur, il serait utile de prendre des récipients coniques.
- (5) L’anneau IC, K, aura pour effet, dans cette circonstance, de donner aux parois plus .d’épaisseur d’un côté que de l’autre.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- koleff qui donnent un courant assez intense et constant pendant un temps relativement considérable ; trois ou quatre éléments seraient suffisants pour donner le mouvement nécessaire au moyen d’une courroie sans fin (fig. i). La vitesse devra être régularisée par une résistance convenable introduite dans le circuit.
- Si à l’électromoteur on adapte un régulateur de Despretz, ou de Helmholz, on pourra employer n’importe quelle pile.
- Au commencement du mouvement, le liquide présente une forme irrégulière à cause de la différence de vitesse angulaire de ses particules ; mais peu à peu, par suite de l’attraction moléculaire, les particules acquièrent la même vitesse angulaire que le récipient ; c’est alors que le liquide prend la forme d’un paraboloïde immobile relativement au récipient. L’air qui s’y trouve est entraîné dans le même mouvement, de telle sorte que le contenu reste en équilibre comme si le récipient était immobile. L’axe doit être parfaitement fixe; on obtient facilement cette fixité, en raison de la faible vitesse que l’on donne à l’appareil (à peu près un tour par seconde). La figure.i représente un de ces appareils dont l’axe est maintenu par des supports solidement fixés, dans un mur. On assure à l’appareil une position verticale en plaçant un niveau à bulle d’air sur la surface de la poulie Ce, qui est tournée d’une seule pièce avec l’axe.
- Pendant la solidification des corps employés, il y a des variations de volume et, à cause de l’inégalité d’épaisseur des différentes couches, il pourrait y avoir des.altérations dans la surface du réflecteur; pour éviter cet inconvénient, il est bon d’employer une masse qui se solidifie lentement (par exemple en une heure), et qui passe par tous les degrés de consistance. Les petites différences qui se produiraient néanmoins seraient corrigées par la force cehtrifuge, parce que la masse ne perd sa mobilité que peu à peu (').
- Pour donner une épaisseur à peu près constante aux parois du paraboloïde, il est nécessaire d’employer 1’,anneau K, K qui, en empêchant les bords de la masse liquide de s’élever, rend l’épaisseur des parois et celle du fond à peu près égales.
- Il n’est pas impossible de faire un mastic qui ne changerait pas de volume en se solidifiant (2) et qui posséderait les mêmes qualités que ceux dont nous avons parlé ; un tel mastic serait sans doute très commode pour les réflecteurs, mais sa composition n’a pas encore été déterminée.
- (* *) Le mastic du professeur Mendelejefl conserve sa mobilité jusqu’à ce qu’il ait pris la température du milieu ambiant; en outre, il présente après la solidification une surface unie et brillante.
- (*) Il y a des corps qui augmentent et d’autres qui dimi. nuent de volume en se solidifiant; un mélange convenable de ces corps pourrait donner le résultat désiré.
- Les paraboloïdes obtenus de cette manière peuvent être utilisés de différentes façons ;
- i° On peut préparer galvaniquement un négatif en cuivre qui donnerait par la même méthode un positif en fer ou en nickel. Le fer produit galvaniquement s’oxyde très difficilement, et, comme il possède une couleur presque blanche, on pourrait même se dispenser de l’argenter si on le conserve sous un verre, comme le propose M. Tchikoleff; celui de nickel doit être poli argenté (ou platiné) pour devenir un bon réflecteur.
- 2° On prépare un positif en fer dans lequel on verse un métal dur et facilement fusible comme l’alliage typographique, [par exemple, qui formerait un moule sur lequel on pourrait fabriquer des réflecteurs par le procédé du battage.
- 3° On peut argenter directement le paraboloïde comme on argente les verres (un tel réflecteur devra être conservé sous un verre). Les inconvénients de cette dernière méthode consistent dans la fragilité du réflecteur et la perte du moule.
- Ordinairement on construit les réflecteurs très profonds, ce qui oblige à percer les parois pour placer au foyer le corps lumineux ou les charbons électriques.
- En choisissant cette forme, les constructeurs ont l’intention de diriger le plus grand nombre possible de rayons lumineux sur les parois de leurs réflecteurs; mais M. Latchinoff, comme M. Tchikoleff, est convaincu de l’inexactitude de cette manière de voir.
- Des considérations géométriques, qu’il serait trop long de reproduire, l’ont conduit à admettre que, dans les réflecteurs paraboliques pour l’éclairage des objets éloignés, la profondeur doit être égale à la distance focale. Si l’on s’écarte de ces conditions, ce doit être plutôt pour diminuer la profondeur que pour l’augmenter. On évitera ainsi de percer les parois du réflecteur pour y introduire les sources lumineuses.
- Le réflecteur de M. Tchikoleff; fermé par un verre, doit être d’une profondeur moindre que la distance focale; à cause de la difficulté de produire des réflecteurs profonds, il se contente d’un angle de 85 degrés. D’après notre procédé, on peut facilement obtenir des angles de i3o à 140 degrés, ce qui donne une profondeur qui n’existe pas dans les réflecteurs Mangin.
- M. Latchinoff calcule de la manière suivante la vitesse de rotation correspondant à une distance focale donnée ;
- On sait qu’un liquide soumis à différentes forces est en équilibre lorsque la direction de la résultante de toutes les forces appliquées à chaque point de la surface se confond avec la normale à ce point.
- Soit un paraboloïde acb tournant autour de son axe vertical, prenons un point quelconque sur ce paraboloïde et menons la normale N a et l’ordon-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- née y, alors s sera l’abscisse qui, pour les paraboles est une constate égale à 2 F ; sur notre point il y a deux forces qui agissent : la gravité g et la force centrifuge /, leur résultante r doit se confondre avec la normale N, ce qui a lieu seulement
- lorsque £=-.
- g y
- Comme g et s sont des quantités constantes, et que/ est proportionnelle au rayon de révolution y, si cette proportion est exacte pour un point quelconque, elle l’est aussi pour tous les autres points du paraboloïde; ainsi, un liquide animé d’un mouvement de rotation prendra inévitablement la forme d’un paraboloïde.
- Si nous représentons par n le nombre de tours,
- (FIG. 2.)
- l’accélération de la force centrifuge sera donnée parla formule
- /=4ti2m27,
- notre proportion devient alors
- ___g;_________ s_F
- 4 it2 n2 y y '
- d’où nous tirons
- V&Vp’
- îis g = 9rn,81;*/_£=0,352,
- V .8**
- d’où n
- 0,352
- Vf
- Si par exemple nous voulons une distance focale
- de ora,3, nous aurons y F = y/0,3 — 0,548,
- T-,. 0,352 .
- Lt« — Q — 0,042 tours par seconde; on voit
- donc que la vitesse de rotation est très petite, et, pour les cas pratiques, ne dépasse pas un tour par seconde.
- Il ne faut pas essayer de calculer trop exactement la vitesse, parce qu’une petite différence dans la distance focale n’a pas de grands inconvénients.
- Avec/= om,3 le diamètre M N ou paramètre de la parabole (fig. 2) sera égal à imj2; dans la pratique il convient de diminuer le paramètre iusqu’à i mètre.
- Si l’on suit exactement, dans la construction des
- réflecteurs, le proçédé que nous venons de décrire; on arrivera à des résultats beaucoup plus exacts et plus économiques qu’en employant même des instruments spéciaux : dans tous les cas, il y a là une méthode qui mérite d’être soumise à l’expérience. A. GUEROUT.
- NOUVELLE
- MACHINE CINÉTO-ÉLECTRIQUE
- Cette machine, que je crois nouvelle et qui est destinée à donner naissance à des courants continus ou alternatifs, repose sur ce fait qu’il est possible d’éfablir une différence de potentiels entre les extrémités d’un conducteur non fermé en déplaçant, suivant une loi quelconque, un corps électrisé une fois pour toutes, situé dans son voisinage.
- Considérons un conducteur composé de deux sphères métalliques identiques réunies par un fil métallique.
- Installons en face de A (fig. 1) une sphère électrisée B, elle décomposera par influence l’électricité de AA', et celle-ci prendra une certaine distribution.
- Supposons maintenant que nous transportions B en B' de telle manière que B' soit à A' ce que B était à A.
- L’électricité de A A' se distribuera d’une manière symétrique à la première. Mais le passage d’un mode de distribution à l’autre déterminera un courant électrique qui parcourra AA'.
- Chaque fois que nous amènerons la sphère électrisée de B en B' ou réciproquement, nous déterminerons dans AA' un courant qui parcourra ce conducteur (fig. 1.) (jans un sens ou dans l’autre,
- Il est facile de voir que l’énergie représentée par ces courants n’est qu’une transformation du travail effectué pour déplacer le corps électrisé B.
- En effet, nous savons, en vertu du principe de la conservation de l’énergie, que la force qui réunit deux masses élémentaires d’électricité, en mouvement ou non, est une force centrale dirigée suivant la droite qui les joint et indépendante de leur vitesse de translation. (Je parle d’une masse élémentaire d’électricité et non d’un élément de courant.)
- Le travail élémentaire que nous dépensons à chaque instant en déplaçant B est
- „ m m' ,
- S —r— dr. r2
- Supposons que nous procédions en donnant à B une série de déplacements élémentaires et que nous nous arrêtions après chacun d’eux, il y aura : i° Une série de petits courants particulaires qui
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- proviendront du passage d’un mode de distribution de l'électricité à un mode infiniment peu différent, et qui représenteront une quantité d’énergie d E qui aura été employée à surmonter les résistances offertes par le corps ;
- 2° Une .variation infiniment petite de l’énergie
- potentielle du système, que nous représenterons
- par d H. Ainsi, on aura chaque fois
- „ m m' , , „ , , „
- £ —s- d r — d E -4- d H. r- 1
- Mais il est évident, par raison de symétrie, que l’énergie du système est la même lorsque le corps électrisé est en B ou en B'. Lorsque nous arriverons à une de ces positions, f d H sera nul, et il restera
- Chacun des éléments d E dépend nbn seulement de la résistance intérieure du conducteur, mais aussi du mode de déplacement donné au corps électrisé, et cela, a fortiori, si nous le déplaçons d’une manière continue.
- Ce mode de déplacement étant bien déterminé, on pourrait se proposer de déterminer a priori
- en partant des hypothèses fondamentales
- de l’électro-dynamique. Mais on rencontrerait des difficultés de calcul inextricables, hormis peut-être dans des cas très simples, ce qui ne nous serait d’aucune utilité pour l’application que nous avons en vue.
- Il est bien clair que, pratiquement, il serait très difficile de réaliser la disposition que nous ayons indiquée tout à l’heure; mais il est*possible d’employer un artifice qui permette d’y arriver très simplement.
- Nous Voulons parler de l’emploi d’un écran électrique : on sait, en effet, que l’action électrique ne se propage pas au travers d’un corps conducteur en relation avec le sol. Ce phénomène n’est absolu que lorsque l’écran enveloppe complètement le corps électrisé ; mais tout conducteur en relation " avec le sol mis en présence d’un corps électrisé détermine derrière lui une sorte d’ombre électrique où le potentiel demeure sensiblement nul.
- Il résulte de là qu’introduire un écran entre un corps électrisé et un corps soumis à son influence, produit le même résultat que si le corps électrisé était éloigné à l’infini.
- Dès lors, au lieu de déplacer un corps électrisé B en présence d’un conducteur AA', il vaut mieux installer à poste fixe deux sphères identiques B et B' en face de A et A' : ces sphères demeurent fixes, et il suffira, pour déterminer les courants dont nous avons parlé dans AA', d’interposer entre A et B, A' et B' deux écrans a*, a'a', et d’abaisser l’un pendant qu’on relèvera l’autre.
- Le travail nécessaire pour manœuvrer ces écrans fournira l’énergie descou rants"qu’on va développer.
- L’énergie de ces courants dépendra évidemment de la capacité électrique des corps A et A', et il y a intérêt à faire celle-ci aussi grande que possible. Ceci revient à remplacer les sphères A et A' par des plaques métalliques, munies de condensateurs. De même, on augmentera la puissance inductive des corps B et B' en augmentant leur capacité. Nous les remplacerons aussi par des condensateurs.
- Pratiquement, là disposition précédente conduirait à avoir deux machines destinées à mettre en mouvement les écrans «a et aV.
- Il suffit de mettre côte à côte A et A' en les protégeant contre toute influence réciproque par un autre écran 8 (s, et il suffira d’avoir un seul corps électrisé,B et un seul écran aot, qui, tour- l™-2-) nant autour d’un axe, protégera contre l’influence de B tantôt A, tantôt A' (fig. 3).
- L’intensité de chaque courant élémentaire sera aussi fonction de la vitesse de rotation de l’écran, il y aura intérêt à la rendre la plus grande possible. En même temps, on augmentera proportionnelle--&' ment le nombre des courants élémentaires qui prendront naissance pendant l’unité de temps.
- Nous sommes ainsi conduits à la disposition suivante : au lieu de deux corps A et A', nous en . mettrons un nombre quelconque, y -J ». . tÿais-pair,^^ disposés en secteurs sur un cercle.
- (HG‘ 3’ Ces secteurs seront munis cha-
- cun d’un condensateur formé de feuilles de papier et d’étain. On aura ainsi une série de solides analogues à celui représenté ci-dessous (fig. 4).
- Pour les abriter contre toute influence réciproque, nous les recouvrirons, sauf sur la plaque abc, d’une mince couche de caoutchouc ou de tout autre isolant, puis nous cob lerons sur cet isolant une feuille de papier d’étain-Tous ces secteurs seront réunis et formeront une portion de cylindre : ils seront protégés contre toute influence réciproque par la lame conductrice qui se trouve entre chacun d’eux, et que nous aurons soin de mettre en relation avec le sol.
- Ceci posé, numérotons nos secteurs 1, 2, 3.....
- Nous disposerons deux anneaux de cuivre, l’un de petit diamètre, situé dans la Cavité centrale de la
- (fig.4.)
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- 7 4
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- portion de cylindre obtenue, l’autre extérieur à ce cylindre, et nous mettrons en communication tous les secteurs pairs avec l’anneau extérieur et tous les secteurs impairs avec l’anneau intérieur. Ces deux anneaux seront réunis par le conducteur qu’on veut faire parcourir par le courant.
- En face de cette première portion de cylindre, nous en placerons une autre composée d’un disque de cuivre muni lui-même d’un condensateur à feuilles de papier et d’étain. Ce disque doit être maintenu à un potentiel constant par une machine électrique quelconque.
- Enfin, entre les deux, nous installerons un écran; celui-ci devant protéger successivement les secteurs de plus haut devra être découpé lui-même en n secteurs. Nousl’ob-tiendrons de la manière suivante : sur un premier plateau d’ébonite, nous collerons un morceau de papier d'étain, découpé comme il est représenté sur la figure 7, et collerons par-dessus un deuxième plateau d’ébonite. Ce disque sera monté sur un axe métallique qui servira à mettre le conducteur en relation avec le sol. Cet axe passera au travers de deux cavités pratiquées au centre des condensateurs, et sera mis en mouvement par un moteur quelconque.
- Les principes précédents permettent d’arriver immédiatement à la conception d’une machine très simple, capable de transformer le travail en électricité. La force électromotrice sera très grande, la résistance intérieure Sensiblement nulle, mais le circuit n’étant pas fermé, l’intensité des courants sera fonction de la capacité des plateaux qui terminent le conducteur. Il est à remarquer qu’on peut installer les condensateurs n’im-
- porte où, pourvu qu’ils soient reliés par un conducteur avec les plateaux.
- Pour avoir des courants continus, il suffit de redresser des courants qui vont d’un de nos cercles collecteurs à l’autre au moyen du commutateur représenté figure 8, et qu’on voit monté sur le
- (FIG. 9.)
- ci et arbre moteur recevant le mouvement d’une machine motrice quelconque.
- AA cylindre composé des secteurs qui ont été décrits.
- B B corps inducteur muni de pointes «1r servant d’égaliseurs de potentiels.
- n plateau métallique en relation avec une machine électrostatique.
- a a écran maintenu entre deux plaques d’ébonite et solidaire de la rotation de a a, mm, nn, anneaux collecteurs.
- PP commutateur destiné à redresser les courants produits. PP paliers.
- croquis d’ensemble (fig. 9) que nous donnons de notre machine. Je compte pouvoir indiquer prochainement les résultats pratiques qu’elle est susceptible de fournir.
- MAURICE LEBLANC.
- P.-S. — Quelques personnes à qui j’ai eu l’occasion de communiquer l’idée que j’avais eue, m’ont objecté que la quantité d’électricité qui se trouvait à l’état libre sur chaque condensateur et qui aurait à se transporter constamment de l’un vêrs l’autre, pourrait bien donner lieu â un courant de très haute tension, mais néanmoins de faible énergie, à cause de la trop petite quantité d’électricité véhiculée.
- Je n’ai pas encore été à même d’effectuer une expérience capable de lever le doute à ce sujet, mais voici une remarque qui vient à l’appui de mon opinion.
- Dans la bobine Ruhmkorff, au moment de la rupture du courant inducteur, il se produit un extracourant de sens direct qui est fort nuisible. On est arrivé à l’annuler sensiblement en reliant le circuit inducteur à un condensateur. La quantité d’électricité véhiculée dans ce circuit par la force électromotrice qui prend naissance au moment de la rupture, est faible par rapport à celle qui peut résider
- (fig. 8.)
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- à l’état libre sur le condensateur, puisque le potentiel de celui-ci varie à peine.
- On est donc en droit de penser que les courants qui seront dus au mouvement de va-et-vient, dans un conducteur, de l’électricité qui peut être à l’état libre sur un condensateur, seront au moins comparables, comme énergie disponible, à ceux qui prennent naissance dans une bobine induite par un courant alternativement interrompu et rétabli.
- Je pourrais encore invoquer le transport d’énergie à distance qui s’opère dans le condensateur parlant de M. Herz, lorsque le parleur est aussi un condensateur.
- . M. L.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Allumeur des becs de gaz.
- M. Gaiffe a présenté à la Société d’encouragement, dans sa séance du 8 juillet, un système d’allumeur des becs de gaz destiné à éviter les inflammations que peuvent produire, à travers des corps facilement inflammables, le transport des lances d’allumage que l’on emploie habituellement. On doit se rappeler que l’incendie du Printemps a eu pour cause un accident de ce genre, et quand on pense que, dans les magasins de nouveautés, on promène tous les soirs, au milieu des tissus de dentelle et de gaze, des bâtons terminés par une mèche enflammée, on se demande comment il ne se produit pas plus d’incendies. Les directeurs des magasins du Louvre, plus prévoyants que leurs confrères, ont eu l’idée de demander à M. Gaiffe de leur organiser un système d’allumeur électrique, et comme rien n’était plus facile que la solution de ce problème, l’installation a pu être faite de suite, et on en est fort satisfait.
- La nouvelle lance se compose d’un bâton terminé par deux lames métalliques isolées l’une de l’autre et disposées de manière à former une sorte de bec incliné, à l’extrémité duquel se trouve une fine spirale de platine comme dans les allumoirs de MM. Voisin et Dronier ; un petit chapeau recouvre supérieurement la spirale pour éviter son contact avec les objets extérieurs, et deux fils, incrustés dans le bâton, sont mis en communication avec une pile de deux petits éléments à peroxyde de manganèse de M. Gaiffe, qui sont placés dans une sorte de giberne en cuir que porte l’homme de service ; deux interrupteurs à ressort, placés au milieu et vers le bout inférieur du bâton, permettent de ne faire rougir le fil de platine qu’au moment même où il est placé au-dessus du bec de gaz, et, par excès de précaution, la pile a été disposée de manière âne pas assez rougir le fil pour qu’il put provoquer par lui-même une inflammation de corps solides. Cette atténuation de l’action calo-
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- rifique n’a aucun inconvénient pour cette sorte d’application, car on sait que, sous l’influence du gaz hydrogène, il se produit sur le fil de platine chauffé, une action catalytique qui a pour effet d’augmenter dans une grande proportion sa température et de la porter instantanément au rouge blanc. On a donc, dans ce système, toute la sécurité possible pour l’allumage des becs de gaz dans les magasins contenant des matières inflammables.
- Depuislongtemps, on avait proposé des systèmes analogues, mais on n’y a fait aucune attention, et il a fallu qu’un malheur arrivât pour faire sortir le public de sa torpeur habituelle.
- Influence de la température sur les récepteurs radiophoniques à sélénium.
- Nous avons rapporté dans le numéro du 3o avril de ce journal, page 319, certaines expériences de M. Shelford-Bidwell qui démontraient que l’accroissement de la température augmentait la résistance du sélénium jusqu’à un certain degré, variable suivant les échantillons, après quoi, il y avait diminution. M. Mercadier a présenté dernièrement à l’Académie, dans sa séance du i3 juin, une note sur le même sujet, en employant les récepteurs radiophoniques qu’il avait combinés et que nous avons également décrits dans notre numéro du 9 avril, page 268. En exposant ces récepteurs à l’action naturelle de la température ambiante pendant plusieurs jours consécutifs, à partir de celui de leur construction, dans des boîtes fermées pour les soustraire à l’action de la lumière, les choses se passent comme si la résistance de l’appareil variait. En mesurant cette résistance à l’aide de pont de Wheatstone, on trouve qu’elle varie constamment avec la température, mais qu’elle augmente graduellement de jour en jour; entre 10 et 20 degrés, elle a varié très sensiblement, proportionnellement à la température. L’augmentation journalière de résistance tend plus ou moins rapidement vers une limite, de sorte que les récepteurs tendent vers un état stable vis à vis de la température. « En exposant, dit-il, les récepteurs à des températures artificielles obtenues dans une étuve fermée, de 3 degrés à 3y degrés, on obtient les mêmes résultats. Je crois pouvoir résumer de la manière suivante les résultats des études faites sur ce sujet, depuis le mois de mars dernier, avec du sélénium ordinaire du commerce : i° Les récepteurs radiophoniques à sélénium, construits comme je l’ai indiqué, tendent plus ou moins vite, avec le temps, vers un état stable, relativement aux effets de la température; 20 aux températures ordinaires et même jusqu’à 100 degrés, la résistance de ces récepteurs varie en sens inverse de la température. Entre 5 ou 6 degrés et 35 degrés, ces variations peuvent être approximativement considérées comme proportionnelles l’une à l’autre. »
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- Ces déductions ne sont pas conformes à celles de M. Shelford-Bidwell, puisque celui-ci a constaté des résultats inverses pour des températures variant de 8 degrés à 24 degrés, et qu’il a trouvé une diminution de la résistance au delà de 24 degrés. Ces conclusions différentes tiennent vraisemblablement à l’instabilité physique du sélénium qui présente des variations allotropiques, suivant sa température, et, probablement, suivant sa nature chimique. Il est certain que ce corps est difficile à étudier d’une manière précise, et les courbes que M. Mercadier donne dans sa note (voir les Comptes rendus du i3 juin 1881, pages 1407 et 1408), montrent que les effets se compliquent de réactions secondaires, car elles indiquent un maximum et un minimum partiels aux environs des températures de i63 degrés et 125 degrés.
- Nouvelle explication de l’action du sélénium.
- Le docteur James Moser a lu à la réunion de la Société de physique de Londres, du 25 juin dernier, une note sur l’action microphonique des éléments de sélénium, dans laquelle il prétend que l’action de l’élément de sélénium, dans le photophone, est celle d’un contact microphonique ou d’une mauvaise communication entre le sélénium et les électrodes métalliques qui le relient au circuit. Les rayons calorifiques du rayon photophonique produiraient une contraction et une dilatation aux joints de ces deux corps, et de là les variations produites dans le courant traversant le téléphone receveur. Le docteur Moser a montré aussi un morceau de sélénium dont la résistance, au lieu d’être diminuée par l’action de la lumière, était au contraire augmentée.
- Nous avons beaucoup de peine à admettre ces théories basées sur des effets de dilatation et de contraction calorifiques, et nous croyons que si des vibrations peuvent résulter de ce genre d’action, on ne peut supposer que ces dilatations et contractions s’effectuent dans les conditions ordinaires. Ce sont plutôt, suivant nous, des mouvements moléculaires déterminés sous l’influence calorifique dans des conditions analogues à celles des molécules magnétiques dans les expériences de M. Hughes.
- Singulière prétention de M. Faure.
- Ce n’est pas sans surprise que nous lisons dans le compte rendu des séances de la Société d’encouragement du 24 juin (p. i5o) la réclamation suivante :
- « M. Faure (C.-A.) réclame contre l’assimilation qu’on a faite dans les diverses parties des comptes rendus des séances de la Société, entre son accumulateur d’électricité qui a été présenté, en son nom, par M. Reynier dans la séance du 22 avril, et la pile secondaire de M. Planté (Gaston), dont son invention, qui est originale, ne serait regardée que
- comme une sorte de corollaire. Il invoque pour cela l’esprit d’équité et la haute bienveillance bien connue de la Société. (Arts économiques.) »
- Nous voudrions savoir où est l’originalité de l’invention de M. Faure. Emploie-t-il d’autres électrodes dans sa pile secondaire que M. Planté ? L’effet produit par l’électrolysation de sa pile est-il différent de celui produit dans la pile Planté? N’est-ce pas toujours une couche de peroxyde de plomb qui se forme à l’électrode positive? Comme principe, comme matières employées, comme effets produits et même comme forme, il n’y a absolument rien de nouveau dans la pile Faure, et ce n’est qu’en ce que cette pile est plus vite formée par l’intermédiaire du minium qui se trouve transformé en peroxyde de plomb, que l’on pourrait trouver, au point de vue commercial, quelques avantages; encore, ceux qui ont étudié la question ne sont pas d’accord à ce point de vue.
- Qu’il nous soit permis, en terminant, de nous étonner de l’admiration tardive de certains savants étrangers pour les piles secondaires à électrodes de plomb. Il faut bien certainement qu’ils n’aient jamais eu entre les mains une bonne pile Planté, pour s’apercevoir seulement aujourd’hui des avantages qu’elle peut présenter.
- Galvanisation spontanée d’un piston de machine à vapeur.
- M. P. Paul, ingénieur, signale, dans le Génie civil, un curieux accident arrivé pendant le courant de 1880, dans les ateliers de chaudronnerie de M. Fleury, à Cette (Hérault). L’eau d’alimentation du générateur de l’usine donnant de fortes incrustations, on conseilla à M. Fleury de mettre dans la chaudière des fragments de \inc, dont la propriété désincrus-tante est connue. Au bout de quelques jours, et en dépit du graissage, le moteur, actionné à l’aide de la vapeur provenant de la chaudière, éprouva des difficultés de fonctionnement. Le piston en fonte grippait- fortement : quelques jours passés encore, et la marche de la machine devint presque impossible ; on dut démonter le corps de pompe, et le piston fut trouvé recouvert d’une épaisse couche de cuivre adhérente ; on le mit sur le tour, et, en certains points ovalisés ou grippés par l’usage, la couche métallique était si forte que le tournage avait lieu en plein cuivre.
- L’explication que donne de ce fait M. Fleury, est facile. La chaudière était reliée à la machine par des tuyaux en cuivre. Les parcelles de zinc entraînées par la vapeur constituaient donc avec le métal des tuyaux une infinité de petits couples galvaniques ; de là le transport du cuivre par la tuyauterie jusque sur le piston qui l’attirait principalement, tant à cause de son mouvement continuel exerçant une attraction de masse sur les molécules, qu’à cause de réchauffement produit qui facilitait leur fixation.
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- Il semble résulter de cette sorte d’expérience que la température de 144 degrés à i5o degrés correspondant à la pression, au régime de 4 à 5 atmosphères, était particulièrement favorable à la production du phénomène. Les propriétés éminemment électriques de la vapeur qui se détend devaient aussi, d’ailleurs, aider à son développement.
- Formation de la pile Planté.
- Plusieurs de nos abonnés nous ayant demandé ce ce qu’il fallait entendre par ces mots : une pile Planté bien formée, nous croyons devoir indiquer le procédé de \a. formation des piles secondaires tel que l’a combiné M. Planté lui-même. C’est, du reste, lui qui a adopté ce mot qui représente bien l’effet produit.
- La formation d’un couple secondaire est l’opération par laquelle on rend les surfaces de plomb, constituant les électrodes du couple, capables de fournir sur une certaine épaisseur, une couche de plomb très divisé et susceptible de se transformer facilement en peroxyde au pôle positif, sous l’influence du courant polarisateur. C’est cette opération qui permet aux couples secondaires d’avoir leur action prolongée.
- Quand la formation n’est effectuée que sous l’influence seule d’actions électrolytiques, elle est longue et délicate, car on ne peut employer, pour obtenir des dépôts très adhérents, des courants pola-risateurs énergiques, et il faut encore souvent en renverser le sens tout en laissant des intervalles de repos; mais quand cette opération est bien conduite, on obtient d’excellentes piles qui gagnent toujours en vieillissant. Voici, d’après M. Planté, la meilleure marche à suivre pour cette formation :
- « Le couple secondaire ayant été rempli à l’avance d’eau acidulée au dixième par de l’acide sulfurique (sans trace d’acide nitrique), onle fait traverser, le premier jour que l’on s’en sert, six ou huit fois alternativement dans les deux sens par le cou rant de deux éléments de Bunsen. On décharge le couple secondaire entre chaque changement de sens, et on constate sans peine, soit par l’incandescence d’un fil de platine, soit par tout autre effet, que la durée de la décharge va sans cesse en croissant.
- « On augmente peu à peu le temps pendant lequel le couple reste soumis dans le même sens à l’action du courant primaire. On porte successivement cette durée, dès le premier jour, d’un quart d’heure à une demi-heure et une heure. On le laisse finalement chargé dans un sens déterminé jusqu’au lendemain. Le lendemain, on le recharge deux heures en sens inverse, puis dans le premier sens et ainsi de suite. On constate encore un gain dans la durée de la décharge ; mais il arrive bientôt une limite au delà de laquelle cette durée n’augmente plus sensiblement, surtout lorsque la pile primaire, n’étant pas renou-
- velée, s’est affaiblie peu à peu par ces actions successives et n’a plus une intensité suffisante pour que l’électrolyse pénètre plus profondément à l’intérieur des lames.
- « On laisse alors le couple secondaire au repos pendant huit jours, et onle recharge en sens inverse pendant plusieurs heures sans faire, le même jour, de nouveaux changements de sens. Puis on porte peu à peu l’intervalle de repos à quinze jours, un mois, etc., et la durée delà décharge va sans cesse en augmentant. Elle n’a d’autre limite que l’épaisseur même des lames de plomb. La lame positive, si elle est mince, finit par être transformée presque entièrement avec le temps, en peroxyde de plomb à texture cristalline. La lame négative se trouve peu à peu formée, jusqu’à une certaine profondeur au-dessous de sa surface, de plomb réduit grenu et cristallin.
- « Il n’est pas toutefois nécessaire de pousser la préparation électro-chimique des couples secondaires jusqu’à cette transformation complète de la nature physique et chimique des lames, car les couples finissent alors par acquérir une plus grande résistance, et exigent plus de temps pour être chargés.
- « Lorsque les couples secondaires donnent un courant d’une durée suffisamment prolongée pour l’application qu’on veut en faire, il n’y a pas plus lieu de changer le sens du courant primaire chaque fois qu’on s’en sert. La provision de peroxyde de plomb accumulé sur la lame positive serait trop longue à réduire, et l’on n’obtiendrait aucun effet du couple avant plusieurs heures. On adopte donc un sens définitif dans lequel on charge toujours les couples secondaires, une fois qu’ils sont suffisamment formés. »
- Nous insisterons quelque jour sur la théorie de ces sortes de piles ; en attendant, nous devrons dire que, quand le courant secondaire passe, l’effet primitivement produit se trouve renversé, c’est-à-dire que l’hydrogène de l’électrode négative tend à réduire le peroxyde de plomb de l’électrode positive pour le ramener à l’état de plomb pulvérisé, et c’est ce qui fait que ces sortes de piles sont inusables.
- CORRESPONDANCE
- Varsovie, le 25 juin 1881.
- Monsieur le Directeur,
- J’ai l’honneur de répondre à la lettre de M. Gustave Ca-banellas, datée de Paris, 5 juin, publiée dans le numéro du 18 juin de votre excellente publication.
- M. Cabancllas dit :
- .< i° Il n’est pas possible d’admettre que, dans les trois observations citées, l’allure de la machine soit restée de 1.400 tours et l’intensité de 25 webers, avec les trois indications de 75, 80, 85 volts du galvanomètre à fil fin aux
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- bornes de la machine. Si nous admettons la réalité des chiffres 75, 80, 85, il faut nécessairement admettre, au moins, que le nombre de tours a changé dans les trois expériences ou bien que l'intensité n'est pas restée constante. »
- Je réponds :
- Si l’on avait eu, dans les trois expériences citées, des conditions identiques dans l'utilisation du courant ou dans « l'exposition des résistances », nécessairement la vitesse de la machine aurait dû varier; mais cette vitesse étant restée constante, ainsi que le nombre de webers, il faut une explication à M. Cabanellas. La voici :
- Dans les trois observations citées, il y a eu variation de l’écart des charbons, variation de la résistance de l'air, et..., chose capitale, variation de la force électromotrice inverse.
- Je n'ajoute rien, tout est expliqué. M. Cabanellas n'a pas vu cela.
- « 2° M. Gravier a fait une étrange méprise théorique en concluant du travail total d’après les chiffres 75, 8o, 85. Sans parler, bien entendu, des résistances passives, je fais remarquer que M. Gravier a omis ainsi la totalité du travail intérieur de la machine électrique, lequel travail est fort loin d'être négligeable, puisqu'il n'est que trop souvent égal au travail effectué sur le circuit extérieur. Il résulte que les rendements calculés sont trop forts dans une proportion du même ordre que celle du rapport de 2 à i. Je suis étonné que M. Gravier n’ait pas été prévenu de la distraction qu’il commettait, par la simple réflexion que sa manière de calculer le rendement l'aurait conduit à trouver toujours un rendement de 100 pour 100, pourvu que sa lampe fût directement attachée aux bornes de sa machine. »
- Quant à ma manière de calculer le rendement, je vais la justifier complètement pour montrer que la méprise théorique et la distraction ne sont pas de moi, et que cetté manière de considérer les machines et de calculer leur rendement, reposant sur des bases incontestables et incontestées de la science, est la seule juste.
- On me permettra de recourir à une analogie et d'entrer dans quelques détails :
- Soit A une machine hydraulique qui, au moyen d’un travail mécanique, élève de l’eau de la hauteur p à la hauteur P en quantité variable comme le débit.
- Soit B une seconde machine semblable, réversible, destinée à fournir du travail mécanique disponible sur la poulie, au moyen de l’eau qu’elle peut recevoir de A, par le conducteur hydraulique A B.
- On sait ce qu’il va à faire lorsqu'on veut savoir le travail dépensé et le travail disponible en A, le travail restitué et le travail disponible en B.
- Je rappellerai :
- i° Que Ton constate, par les moyens dynamométriques connus, le travail consommé sur la poulie de la machine A, on trouve, par exemple ; 120 kil, m. s.
- 20 On mesure la force hydromotricô P p que je désignerai, si on le Veut bien, par la lettre Ë. On trouve 10 mètres de hauteur de chute.
- 3° On s'assure de l'intensité de la circulation hydraulique en mesurant directement l’eau qui sort, par seconde, du récepteur Ë. On trouve cette intensité I = 10 litres d’eau ou to kilogrammes.
- 4° On mesure la force hydromotrice P' pr disponible au fécepteur Ë, on trouve que P'/>' = E' = 8 mètres de hauteur d'eau.
- D'après ces renseignements, on aura ;
- En A; à la sortie de l’appareil, pour le travail dépensé, iio Ml. nu si, lin travail disponible qui a pour expression
- Ë 1 10 mèt. X 10 kil. =: 100 k. m. s.
- En B, sur la poulie de la machine un travail brut rendu qui est
- E' I = 8 mèt. x 10 kil. — 80 k. m. s.
- Pour avoir le travail net rendu, on devra passer par une dernière mesure dynamométrique qui réduira le travail brut, sans doute, dans la proportion de 120 à 100, puisque, par supposition, les deux machines sont identiques, et qu'ici il n’v a pas de force hydromotrice inverse produite.
- Cette manière d'opérer ne sera, je pense, contestée par personne. Elle est logique, simple, exacte, et de plus, à la portée de tout le monde. Elle est conforme aux lois qui régissent cette matière.
- Je sais, bien qu'on aurait pu opérer autrement, en partant de la connaissance des résistances passives des machines, des coefficients de frottement, d'écoulement; des conducteurs, de leur longueur, leur diamètre; de la perte de charge suivant la vitesse d’écoulement, suivant l’état des surfaces, par les'coudes, les étranglements, par les fuites, etc., etc.... Mais à quoi bon une pareille complication, lorque, avec deux mesures dynamométriques, deux mesures manométriques, un jaugeage et quelques opérations d'arithmétique fort simples, on arrive à des résultats sûrs?
- Maintenant j'appelle toute l’attention des lecteurs sur les remarques que je vais faire :
- Dans ce circuit hydraulique on voit clairement deux choses :
- i° Une machine génératrice de.... de quoi? Elle ne produit pas de Veau. L'eau est là, toute créée, mais dans un état d'équilibre incapable d'aucun travail. Elle détruit cet équilibre en consommant du travail, et crée une différence de niveau... constante si Von veut, qui, en revenant à son état d’équilibre primitif, est capable de restituer le travail dépensé pour Vélever.
- Nous disons : i° Une machine génératrice de force hydromotrice qui DÉPENSE DU TRAVAIL.
- 20 Une machine réceptrice qui produit du travail en utilisant la force hydromotrice produite par A et transmise à B par le conducteur A B.
- Ces deux choses, quoique inséparables pour l'obtention ou pour la transmission d’un travail, doivent être considérées séparément : l’une, A, comme machine qui dépense; l’autre,
- B, comme machine qui produit, dont le rapport ^peinE —
- Rendement réel, effectif et non fictif
- Dans les calculs faits plus haut, nous avons trouvé ;
- i° Travail dépensésur la poulie de la machine A..................................... 120 k. m. s.
- 20 Travail disponible à la sortie de A.... 100 k. m. s.
- 3° Travail brut par la machine B.......... 80 k. nu s.
- 4° Travail net disponible sur la poulie —1 66 k. m. s.
- Lé rapport des deux valeurs extrêmes sera le rendement et sera exprime par 0
- Il est inutile d'ajouter, je crois, que si le récepteur B, qui appartient au circuit extérieur, avait pu être exposé de façon que toute la différence P — p lo m. soit utilisée, on aurait pour rendement, en comparant le travail net disponible en B avec le travail disponible en A, 0,83.
- On peut donc affirmer sans crainte d'être ridicule, ou distrait, ou tout autre chose :
- i° Que le travail disponible à Id sortie finie mdchiüe hydromotrice a pour expression simple Ë ï kil. m. s.
- E étant la force hydraulique P p aux extrémités de la machine ;
- I étant l'intensité de la circulation hydraulique.
- 20 Que le travail disponible atidiit Ventrée d’üné mdchinà réceptrice a pour expression E' I kil. m. s.
- E' étant la différence de potentiel P p constatée aux extrémités du récepteur;
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- I étant, comme dessus, l’intensité de la circulation hydraulique.
- Rien ne s'oppose à remplacer les machines hydromotrices qui nous ont servi pour la démonstration, par des machines électromotrices (lisez dynamo-électriques), notre conducteur hydraulique par un conducteur électrique ; le récepteur hydraulique par un récepteur électrique ; rien, dis-je, ne s’oppose à cela.
- La machine dynamo-électrique ne fait pas plus d’électricité que la machine hydraulique ne fait de l’eau.
- L’une comme l’autre détruit un état d’équilibre pour créer une différence de potentiel, hydraulique dans le ior cas, électrique dans l’autre cas. L’une comme l’autre dépense du travail pour atteindre ce but.
- Le récepteur électrique, comme le récepteur hydraulique, rend du travail en utilisant une différence de potentiel.
- La force hydromotrice se mesure avec un manomètre, instrument qui prend le nom de potentiomètre lorsqu’il s’agit d’électricité.
- Les conducteurs hydrauliques et les conducteurs électriques ne sont que des conducteurs appropriés pour leur [emploi. Suivant leurs conditions, leur état physique, ils absorbent plus ou moins de travail.
- Les forces hydromotrices et èleclro motrices les intensités de circulation hydrauliques ou électriques sontdes grandeurs mesurables et comparables, et leur produit E I représente dans un cas comme dans l’autre un certain nombre de kilo-grammètres-secondes.
- Je me crois en droit de dire, d'affirmer, sans forcer les lois scientifiques, bien au contraire, que, dans un circuit électrique;
- i° Le travail disponible à la sortie du générateur (je souligne
- sortie parce que l’entrée et la sortie d’une machine dynamoélectrique ne se trouvent pas aux bornes de ladite machine, mais bien aux balais) a pour expression simple en kil. m. s.
- E I 9.80
- E étant la différence de potentiel P —p prise aux balais de la machine;
- I étant l’intensité de la circulation.
- (Ce qui se passe dans l’intérieur de la machine ne me préoccupe pas. C’est la dépense dans laquelle E I n’a rien à voir, E I représentant le travail disponible à la sortie. C’est ce qui se passe aussi dans la machine hydraulique.
- 2° Le travail disponible dans la machine réceptrice a auss
- pour expression simple : En kil. m. s.
- -ïii ru , E'I x 9.80 ... . , , E'
- 3“ Leur rapport peut etre exprime par g-
- Cette dernière expression entraîne la conséquence Indiquée par M. Cabanellas, c’est que si E' pouvait être égal à E, on aurait un rendement de 100 pour 100.
- Le rendement de 100 pour 100 ne peut être dans aucun cas; la formule ci-dessus signifie exactement qüe le travail disponible au récepteur B peut s'approcher aussi près qu’on le voudra du travail disponible à la sortie du générateur A.
- Au point de vue de la recherche du travail consommé, dans la lampe par exemple, son galvanomètre à fil fin, aux bornes de la lampe, fait double emploi avec un galvanomètre à fil fin
- aux bornes de la machine. Pour une circulation donnée, la chute observée de l’un à l’autre est fonction directe de la résistance du fil de liaison de la machine à la lampe, et cette chute est facilement prévue et déduite de cette résistance, lorsque ledit fil de liaison est défini et surtout peut être électriquement jaugé, ce qui est le cas des expériences de M. Gravier.
- Qu’il me soit permis de faire remarquer que le récepteur-lampe, dans le cas qui nous occupe, ne consomme pas, mais restitue du travail, une partie du travail consommé par la machine électromotrice. Si je me sers, par double emploi, d’un galvanomètre prés la lampe, c’est parce que je trouve en lui, un moyen simple et commode de mesure, qui me permet, en outre, de voir à chaque instant ce qui se passe dans l’arc par suite des variations de l’écart des charbons, des variations de la résistance de l’arc, et surtout par suite des variations irrégulières de la force électromotrice inverse. Ce galvanomètre me sert encore à régler sans tâtonnement la lampe et à la mettre dans la situation la plus convenable pour la meilleure utilisation d’un courant donné.
- Ces diverses considérations justifient pleinement le « double' emploi » du galvanomètre.
- 4" Les nombres de volts cités par M. Gravier comme indications respectives de ses deux galvanomètres à fil fin dans les trois observations : 75 et 36, 8,80 et 55, 85 et 74, sont incompatibles avec la constance de l’intensité à la valeur de 25 webers. Car, en admettant ces chiffres, il faudrait conclure que le fil de liaison de la lampe ait eu successivement comme résistance : i,53,1, 0,44 ohms, c’est-à-dire que, dans les mêmes conditions de circulation, cette résistance du même fil de liaison eut varié plus que du triple au simple.
- En.prenant 0,8 ohm pour valeur de la résistance des 90 mètres du fil de liaison de i5/io, et en admettant que, dans les trois observations, on ait eu réellement affaire à un courant de 25 webers, on aurait dû, nécessairement, trouver dans les trois observations une différence invariable de 20 volts entre les indications des deux galvanomètres à fil fin, et cela quelles qu’aient pu être les variations intervenues, soit dans le régime de la machine, soit dans le travail et les conditions quelconques de la lampe à arc voltaïque.
- Les explications que je pourrais donner sont du même ordre que celle du paragraphe i°. Il y a dans l’arc trois variables : l’écart, la résistance et la force électromotrice inverse. Je confie ces trois données aux méditations de M. Cabanellas; leur étude, faite avec la méthode et les soins de M. Cabanellas, doit apporter de grandes lumières dont tout le monde pourra profiter.
- Aux lecteurs qui ne seront pas complètement édifiés par mes explications, je donne rendez-vous à. l’Exposition où je pourrai leur faire toucher du doigt le fait.
- Je vous prie de remarquer, monsieur le directeur, que dans la discussion actuelle, il n’y a aucun intérêt personnel en jeu, non plus une question d’amour-propre, mais seulement un intérêt purement d’ordre scientifique. J’espère, qu’à ce titre, vous voudrez bien insérer ma réponse, quoique fort longue, dans un des plus prochains numéros de votre excellente publication.
- J’ai l’honneur d’être, avec le plus parfait respect, monsieur le directeur, votre très humble serviteur,
- A. GRAVIER.
- t
- P. S. — J’insiste sur ce fait que, dans un circuit électrique complet, il y a toujours, et il est important de distinguer, une machine qui dépense du travail pour produire une différence de potentiel, une machine qui restitue du travail en utilisant la différence du potentiel produite, et que le travail dépensé utilement par l’une est exactement l’équivalent du travail brut extérieur rendu par l’autre.
- Je remercie M. Cabanellas de m’avoir fourni l’occasion de faire une excellente étude, qui a mis une très grande netteté dans mes idées.
- A. G.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- FAITS DIVERS
- Le Gouvernement anglais vient de nommer, comme commissaires, pour PExposition internationale d’électricité, MM. lord Crawford (anciennement lord Lindsay), le colonel
- C. -E. Webber, sir Charles-Th. 'Bright et le professeur
- D. -E. Hughes E. R. S. Lord Crawford sera le président de cette commission. Nous félicitons l’Angleterre de ces choix : lord Lindsay est un savant bien connu de nos lecteurs; M. D. Hughes est notre collaborateur; le colonel Webber ét^it le délégué anglais à la classe 65 lors de l’Exposition de 1878, et M. Ch. Bright est un des électriciens qui ont contribué à la création des unités électriques.
- Un nouveau chemin de fer électrique va être construit en Allemagne. II s’agit de remplacer, par des locomotives électriques, les chevaux dont on s’est servi jusqu’à ce jour pour la traction des wagons de charbon sur le chemin de fer à voie étroite, qui va de la fosse Concordia à Schmidtschacht, dans la Haute-Silésie. La Compagnie par actions Donners-marck, se charge de l’entreprise qu’exécutera la maison Siemens et Halske.
- Mais, tandis que, dans les lignes électriques établies jusqu’ici par la maison Siemens, la transmission du courant a lieu au moyen des rails, dans la nouvelle ligne, le courant sera amené à la machine à l’aide de câbles en fil d’acier, qui seront assujettis à des poteaux, à la manière des lignes télégraphiques ordinaires. Sur ces câbles, courront de petits frotteurs de contact qui seront reliés par des fils à la locomotive. Comme vitesse maxima, on compte sur 12 kilomètres à l’heure. Cet essai offrira, en tout cas, un grand intérêt, et sera d’autant plus important, que, s’il réussit, le temps ne saurait être éloigné où les wagons à charbon seront mis en mouvement dans les houillères à l’aide de locomotives électriques, et où les chevaux employés jusqu’ici ne seront plus d’aucun usage. Les autorités d’Oppeln ont accordé leur autorisation pour la construction de ce chemin de fer électriquej
- A la suite de la catastrophe survenue au théâtre de Nice, le conseil municipal de Bruxelles avait nommé une commission chargée d’étudier les mesures préservatrices contre le feu, applicables aux théâtres de Bruxelles. Cette commission vient de publier son rapport.
- Voici d’abord la nomenclature des .mesures générales que la commission croit utiles pour la préservation des incendies dans les théâtres : i° il faut des compteurs à gaz spéciaux pour la salle, pour la scène et pour les couloirs; 20 la canalisation des couloirs devra être branchée sur la conduite se trouvant à l’extérieur dù théâtre, les becs des couloirs devraient être placés en face des portes de la salle; 3° toutes les portes devraient s’ouvrir en dehors ou être pivotantes; 4° les théâtres devraient être reliés à la caserne des pompiers par une communication télégraphique; 5° les câbles des lustres devraient être essayés périodiquement; 6° toutes les portes devraient pouvoir s’ouvrir au moyen d’une même clef, dont les doubles seraient en possession de deux ou trois personnes du service.
- En même temps que l’on étudie la question de l’éclairage électrique du tunnel du Saint-Gothard, on se dispose à appliquer l’électricité à la marche des trains dans ce tunnel, les torrents des montagnes — la Reuss et le Tessin — offrant les ressources d’un approvisionnement presque illimité de force motrice.
- On travaille activement à l’établissement de la voie du chemin de fer électrique qui conduira de la place de la Concorde à la porte latérale du palais de l’Industrie.
- La tête de ligne est située près des chevaux de Marly, et la voie, contournant le concert de l’Horloge, aboutira au pavillon sud-ouest où sera la gare d’arrivée.
- La commission des Etats-Unis aura un pavillon spécial à l’Exposition internationale d’EIectricité. La Smithsonian Institution annonce l’envoi de documents du plus grand intérêt se rattachant à l’électricité et aux inventions électriques. M. le professeur Gray, de Chicago, exposera son télégraphe harmonique.
- L’Exposition internationale des modèles et patentes, qui a lieu en ce moment à Francfort-sur-le-Mein, renferme un certain nombre de machines et appareils destinés aux usages électriques. Dans la station électrique de Siemens et Halske, la machine dynamo-électrique est mue par une machine à vapeur rotative, construite par le prince Dolgorouki, et dont l’axe est accouplé avec celui de la machine dynamo-électrique et accomplit environ 840 révolutions à la minute; le courant électrique produit serait à même d’engendrer, dans une lampe électrique, un arc lumineux de 100 à 120 millimètres 'de longueur. Cette machine à vapeur se distingue de toutes les autres machines connues par sa faible consommation de vapeur. Sa longueur n’est que de 60 centimètres, sa largeur de 3o centimètres, sa hauteur de 40 centimètres, et elle peut, pour 1.3.00 tours, fournir une force d’environ huit chevaux.
- Une autre machine de l’Exposition de Francfort qui présente un certain intérêt, est la machine à vapeur com-pound-évoluante de Tegnander, ingénieur suédois. Quatre cylindres à vapeur, à double effet, sont disposés concentriquement dans une capsule qui est mobile autour d’une tige centrale. Cette machine accomplit de 5oo à 600 révolutions par minute.
- Comme machines tenant peu de place, on remarque encore les machines d’un cheval de force de Pittler, EIze et Ce, de Leipzig.
- Éclairage électrique.
- A Berlin, on vient de renoncer, pour cette année, à l’éclairage électrique de la place de l’Opéra, par suite, entre autres difficultés que l’on a rencontrées, du manque d’un emplacement convenable pour l’installation des machines. En attendant, l’administration de l’éclairage se propose de faire choix d’un endroit approprié à l’essai d’un éclairage public par l’électricité.
- A New-York, la Compagnie Brush fait élever, à Union-Square et Madison-Square, des candélabres de i5o pieds de hauteur, portant à leur sommet 6 becs de la force de 6.000 bougies par bec. Trois autres candélabres pareils seront posés au Central Park.On veut essayer, de cette manière, un système d’éclairage de la ville, venant d’une certaine élévation.
- Une Compagnie d’éclairage électrique vient de se constituer à Dublin, au capital de 3.750.000 fr. Parmi les administrateurs de cette compagnie, on remarque'; le lord-maire de Dublin et un membre du Parlement anglais. Le système adopté est celui de Brush.
- Le « Château Léovillc » paquebot à vapeur, que vient de construire pour le compte d’une compagnie française la Sundcrland, va être pourvu pour l’éclairage intérieur de lampes incandescentes Swan. Ce vapeur est destiné au service des voyageurs entre New-York et Bordeaux.
- La Compagnie du Great Northern Railway vient d’adopter la lumière électrique Crompton pour l’éclairage de la gare de King’s Cross, à Londres.
- Il est question d’éclairer, par rélcctricitè, la ville de Montrosc, située dans le comté de Forfar, en Ecosse.
- Le Gérant : A. Glénàrd.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. —(495)
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- La Lumière Electrique
- Journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3° ANNÉE MERCREDI 20 JUILLET 1881 N» 32
- SOMMAIRE
- Télégraphe harmonique de M. E. Gray; Th. du Moncel. — Le chemin de fer électrique de Lichterfelde ; A. Guerout.
- — Extrait du rapport du directeur de l’Observatoire de Paris, relatif à la distribution de l’heure à la ville de Paris et aux villes de province. — Nouvelle organisation d’un bureau téléphonique central de moyenne importance; C. C. Haskins. — Revue des travaux récents en électricité : Encore quelques renseignements sur les piles secondaires.
- — La force électromotrice et l’énergie chimique de la pile. — Faits divers.
- TÉLÉGRAPHE HARMONIQUE
- DE M, E. GRAY
- Dans une série d’articles publiés dans ce journal sous le titre de Systèmes télégraphiques à transmissions multiples (voir le tome II, p. 21, 41,61, 81) nous avons exposé les différents systèmes qui avaient été combinés pour transmettre simultanément plusieurs dépêches à travers le même fil, mais nous ne nous sommes arrêtés que sur ceux de ces systèmes fondés sur l’utilisation des intervalles de temps pendant lesquels la ligne est inactive. Ces systèmes, dont le télégraphe Baudot représentait le type le plus curieux, étaient alors à l’ordre du jour, et nous comptions revenir plus tard sur la question, au sujet des télégraphes harmoniques, quand les essais faits en Amérique auraient été tout à fait décisifs. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de donner suite à notre étude, et nous nous empressons d’autant plus de le faire, que certains télégraphistes avaient douté un instant de la possibilité de la solution pratique du problème. On doit, en effet, se rappeler que cette incrédulité avait donné lieu à certaines notes rectificatives, qui ont été insérées dans le numéro du ier novembre 1880, p. 446, de ce journal, et nous avons vu plus tard, d’après des renseignements venus d’Amérique, que le système de E. Gray, installé sur une ligne spéciale entre New-York et Boston, avait fourni d’excellents résultats. (Voir le numéro du 22 janvier 1881, p. 78.)
- C’est donc une bonne fortune pour nous que
- MM. Gray et Haskins, en nous envoyant tous les renseignements nécessaires, nous aient permis de faire connaître les premiers l’intéressant système qui est aujourd’hui mis en exploitation, et qui diffère du reste d’une manière assez notable de celui que nous avons décrit dans notre ouvrage sur le téléphone. C’était ce dernier qui figurait en 1878 à l’Exposition américaine.
- Dans notre premier article, nous avions montré que les divers systèmes de transmissions télégraphiques multiples pouvaient être classés en quatre grandes catégories.
- i° Les systèmes dans lesquels les correspondances peuvent être échangées simultanément en sens contraire, des deux bouts de la ligne, par l’effet de combinaisons particulières de circuits.
- 20 Les systèmes dans lesquels les transmissions multiples peuvent s’effectuer dans le même sens à chaque station.
- 3° Les systèmes dans lesquels on utilise tous les instants où plusieurs appareils transmetteurs, introduits dans le même circuit à une station, sont inactifs.
- 40 Les systèmes où les dépêches étant transmises simultanément par des appareils électro-harmoniques, permettent le triage des dépêches par le synchronisme des vibrations des appareils en correspondance.
- C’est à cette dernière catégorie d’appareils qu’appartient le système de télégraphe harmonique de M. E. Gray, que nous allons décrire aujourd’hui; mais nous devrons faire observer dès maintenant que, en outre de ce système, M. Gray, conjointement avec M. C. H. Haskins, en a combiné un autre, constituant une sorte de duplex qu’il ne faut pas confondre avec celui dont nous parlons actuellement, et dont nous rendrons compte plus tard.
- Pour qu’on puisse se faire une-idée exacte du système de M. Gray, nous allons commencér par en exposer brièvement le principe. Qu’on imagine aux deux stations en correspondance un nombre plus ou moins grand de vibrateurs électro-magnétiques accordés deux par deux sur une même note de la gamme et d’après un même diapason; admettons qu’à la station de transmission, tous ces vibrateurs soient mis
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- en mouvemènt de vibration continu et qu’ils puissent, en vibrant, réagir sur le circuit de ligne, de manière à transmettre aux vibrateurs de la station de réception des séries de courants interrompus correspondant à leurs vibrations propres. On comprendra aisément que si un interrupteur analogue à une clef Morse est interposé sur le fil de liaison de ces vibrateurs avec la ligne, et que chaque vibra-teur ait une pile séparée au poste de transmission, l’abaissement de ces clefs aura pour effet la mise en action des vibrateurs de l’autre poste, puisqu’ils fonctionnent électro-magnétiquement, et cette vibration ne durera que pendant le temps seulement que ces clefs seront abaissées. On pourra, donc par une manœuvre analogue à celle des télégraphes Morse, obtenir des sons longs et brefs, et, par suite, les éléments du langage Morse. Supposons maintenant qu’à chaque clef du poste de transmission et à chaque vibrateur du poste de réception, soit préposé un employé spécial, ayant pour fonction, l’un de transmettre, l’autre d’écouter la dépêche : il est bien certain qu’avec des fils de ligne en nombre égal à celui des vibrateurs, les dépêches seraient reçues au son sans difficulté; mais dans les conditions actuelles, avec un seul fil pour toutes les transmissions, on pourrait croire au premier abord qu’elles devraient se confondre et se mêler à travers le fil. Il n’en est rien cependant, et voici pourquoi. Bien que les vibrateurs puissent être mis en action électro-magnétiquement, ils ne peuvent fournir toute l’amplitude de la vibration dont ils sont susceptibles que quand les impulsions électro-magnétiques ou les interruptions du courant qui les anime, correspondent en nombre à leurs vibrations propres, c’est-à-dire à celles du son fondamental qu’ils émettent quand on les choque. Or, si nous supposons les vibrateurs, aux deux stations, accordés deux par deux, suivant chacune des différentes notes de la gamme, on comprendra que le vibrateur du do de la station de réception ne pourra être mis en branle que par les courants transmis par le vibrateur du do de la station de transmission, et il en serait de même du vibrateur du mi, du sol, etc. Il arrivera donc que, à l’arrivée, tous ces courants transmis simultanément avec des interruptions inégales, se trouveront triés, et les communications s’effectueront comme si les appareils en correspondance étaient réunis par des fils séparés. On peut même renforcer les effets produits en plaçant les vibrateurs sur des caisses résonnantes ou sur des réson-nateurs d’Helmoltz, et, en adaptant à ces résonnâtes1'8 des membranes munies, comme les relais, d interrupteurs de courants locaux, on pourrait encore imprimer sur des appareils Morse les séries de sons longs et courts constituant les dépêches, lesquelles séries seraient alors représentées par des combinaisons de traits courts et longs comme dans les transmissions télégraphiques ordinaires.
- Ce système de transmissiohs multiples des dépêches est venu simultanément à l’esprit de plusieurs savants distingués, entre autres, de MM. Bell, Paul Lacour, Varley, et il a même été l’origine du téléphone, comme l’a assuré M. G. Bell ; mais c’est M. Elisha Gray qui l’a le plus étudié et perfectionné, et c’est, en définitive, son système qui a pu seul être appliqué d’une manière satisfaisante. Nous avons, du reste, décrit les autres systèmes dans notre ouvrage sur le téléphone; nous n’y reviendrons donc pas en ce moment, et nous allons maintenant étudier la manière dont le système Gray a été définitivement établi sur la ligne de New-York à Boston.
- Ce système, comme nous l’avons déjà dit, est différent de celui qui avait figuré à l’Exposition de 1878 et que nous avons décrit plusieurs fois. La pratique a dû faire chercher d’autres combinaisons, et s’il est resté le même quant au principe, certains détails ont dû être modifiés.
- Comme on a pu facilement le comprendre, d’après ce qui précède, on pourrait obtenir, avec ce
- système, autant de transmissions multiples qu’il y a de nuances de sons dans un octave; mais moins est grande la différence des sons, plus le triage des transmissions devient difficile, et c’est pourquoi M. Gray a limité provisoirement à quatre tons seulement son système ; mais en y adaptant les procédés du duplex, on a pu obtenir de cette manière huit transmissions simultanées, et ce nombre a été jugé suffisant dans la pratique.
- Le vibrateur de transmission que nous représentons figure 1 ci-dessous, est resté à peu près celui que nous avons décrit. Il a pour organe électro-magnétique deux électro-aimants A, B ayant une résistance différente et qui sont actionnés par une pile locale traversant le circuit h, h, h. En suivant ce circuit, on voit que, au sortir de l’électro-aimant de grande résistance B, se trouve un fil de dérivation /qui, dans des conditions données, ouvre au courant, à travers e , un chemin plus direct. Le vibrateur est constitué par un barreau d’acier C, servant d’armature aux deux électro-aimants précé-
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- ses extrémités. Ce barreau doit être disposé de manière à émettre, comme un diapason, un son fondamental parfaitement net et sonore, et à pouvoir rencontrer dans ses vibrations deux ressorts de contact d et £ en rapport avec le circuit de ligne et le circuit local. Dans l’origine, la note musicale de cette lame pouvait être réglée au moyen d’un curseur pesant, que l’on fixait plus ou moins loin du support rigide, mais on ne semble pas s’être attaché à ce détail dans le nouveau système.
- Les communications du vibrateur avec la ligne et la pile de ligne qui lui correspond, sont assez compliquées, et, pour les comprendre, il faut considérer la figure 4; mais en n’étudiant pour le moment que l’action du courant local, on s’explique facilement que ce courant parcourant les deux électro-aimants, quand la lame C ne touche aucun des contacts s et dj cette lame se trouve attirée vers B, qui a un plus grand nombre de spires. Or, de cette attraction résulte un contact en e qui, en fermant le circuit de la dérivation f, dérive le courant en dehors de B et donne alors à l’électro-aimant A une action prépondérante, laquelle a pour effet une attraction en sens inverse de la lame C. Le contact se trouve alors supprimé en e et établi en d, d’où il résulte, comme on le verra à l’instant, une fermeture du courant de ligne, puis une nouvelle attraction en sens inverse et, par le fait, un mouveinent vibratoire de la lame C, qui se trouvera sans cesse entretenu et donnera lieu à un nombre de fermetures et d’interruptions du courant de ligne en rapport avec celui des vibrations de la lame.
- Les récepteurs, au poste d’arrivée, ont une forme un peu différente de celle que nous avons décrite dans notre ouvrage sur le téléphone ; ils consistent dans un électro-aimant horizontal A (fîg. 2), dont l’armature est constituée par un barreau d’acier un peu dégagé près de son support rigide et qui porte une petite tringle sur laquelle glisse un curseur pesant B. C’est au moyen de ce curseur qu’on ' accorde exactement le son fondamental de l’armature avec celui de la lame vibrante du transmetteur correspondant, et cet accord doit être vérifié quelquefois en raison des variations résultant de la température et d’autres causes accidentelles. Des vis de-calage c, c permettent, d’ailleurs, de régler convenablement la distance entre l’armature et les pôles de l’électro-aimant pour fournir les meilleurs effets, et un contact a correspond au circuit local du relais de l’enregistreur sur lequel les signaux doivent être inscrits. Ce récepteur est appelé receveur au son, et il y en a autant que de vibrateurs au poste de transmission, c’est-à-dire quatre; ils sont accordés sur des tons différents, représentés par c, e, g, bb.
- La figure 3 montre un dispositif rhéotomique adapté aux clefs de transmission pour l’envoi des signaux et qui fonctionne électro-magnétiquement. A la rigueur, on aurait pu effectuer directement et
- «3
- dents et fixé en g d’une martière rigide par F une de mécaniquement ces effets, mais M. Gray croit cette disposition meilleure. C’est, du reste, celle qu’il avait adoptée pour son duplex harmonique. En somme, c’est un relais à la fois disjoncteur et conjoncteur, à trois contacts, actionné par un circuit local et une pile de trois éléments, et qui, pour les transmissions simultanées et en sens opposé, se trouve relié, à la ligne, aux vibrateurs voisins et aux piles de ligne, comme on le voit en T, T, T (fîg. 4).
- Dans les conditions de fermeture du circuit, la
- rv n^r
- \ôc n
- H
- (fig. 1.)
- est communication avec le vibrateur correspondant coupée en c et c.2 (fig. 3), mais elle est établie en c, . Comme a-a est isolé du levier de l’armature en b, et qu’il est en communication métallique avec clt qui est un ressort léger, une liaison constante est maintenue avec le circuit, soit en cx, soit en c2, et par conséquent, une voie est toujours ouverte au courant, soit à travers a, c, et a%, quand la clef du transmetteur est ouverte, soit à travers aî: cv et a., quand elle fermée, et nous savons que ce courant est rendu intermittent par l’action du vibrateur sur
- ses contacts, ainsi qu’on l’a vu précédemment dans l’étude que nous avons faite de la figure 1.
- On peut se rendre compte de la disposition générale du système dans la figure'4, qui représente les liaisons des appareils récepteurs et transmetteurs aux deux extrémités de la ligne.. Afin d’éviter les confusions, on n’a figuré qu’un seul des dispositifs qui relie les receveurs de sons aux enregistreurs locaux, représentés par leur relais S. A indique la station de transmission ; B, la station de réception et T, T représentent les relais transmetteurs actionnés par les clefs 1, 2, 3, 4, qui sont chacune en concordance avec des vibrateurs particuliers V, lesquels gouvernent le fonctionnement des receveurs
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- de son T R par l’intermédiaire d’une double pile, de (54+ 80) éléments. Un relais différentiel placé enDR„ avec un condensateur et une bobine de résistance R, munie d’un autre condensateur placé en dérivation, sert à équilibrer la ligne et à compenser les extra-courants et autres courants statiques des instruments et de la ligne. La résistance de la ligne entre New-York et Boston est représentée par 2.000 ohms (200 kilomètres de fil télégraphique).
- Les résistances des électro-aimants des récep-
- 1, 2, 3, 4, au poste de transmission A, sont, comme dans les systèmes américains, maintenues sur contact, et, par conséquent, les dépêches sont transmises par ouverture de circuit. Par suite, les enrer gistreurs, représentés par leur relais S, ne fonc: tionnent que quand les vibrations des receveurs au son sont interrompues.
- Par l’intermédiaire de ces clefs, une petite partie du courant de chaque pile passe d’une manière continue à travers chaque récepteur et le maintient sur la
- teurs dont les sons fondamentaux correspondent aux tons c, e, g et b b sont chacune de 600 ohms, et on voit également dans leur voisinage un relais différentiel D R2 combiné avec des résistances et des condensateurs qui complètent cette partie du circuit dans laquelle des clefs relais B T semblables 'à celle de la figure 3 et en rapport électrique avec les clefs 1, 2, 3, 4, 5, permettent l’échange des signaux du poste récepteur au poste transmetteur. Les clefs 5 sont destinées à agir pour les transmissions dans un sens opposé.
- Dans les conditions normales, les clefs de ligne
- fermeture de courant. Ce n’est que quand l’une ou l’autre de ces clefs est soulevée, que le vibrateur correspondant envoie à travers la ligne le courant intermittent de la pile totale qui fait alors vibrer les récepteurs. La force relative de ces deux courants varie suivant le numéro des transmetteurs, et on peut voir sur la figure 4 les nombres d’éléments de pile qui les produisent sur chacun d’eux. On pourrait se demander pouiquoi ces deux intensités sont si différentes pour un même transmetteur, puisque, en définitive, l’action doit être la même sur le récepteur correspondant : mais on a reconnu prati-
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- quement qu’un courant interrompu nécessitait, pour produire un même effet, une plus grande énergie qu’un courant continu, et que, dans les conditions de l’expérience, le courant continu d’une pile de 54 éléments, tel que celui du transmetteur n° 1, était équivalent à celui de la pile entière de (54+80) éléments, interrompu par le vibrateur V. Ici nous sommes obligés d’arrêter notre description et de rapporter textuellement les renseignements que nous envoie M C. C. Haskins, car, malgré tout notre bon vouloir, nous n’avons pu nous rendre bien compte de ce qui va suivre :
- « Sur la figure 4, une partie des clefs est représentée fermée, ce sont les clefs 2 et 4, et les autres sont ouvertes ; ce sont les clefs 1, 3 et 5. Le courant vibratoire, en agitant les communications en S', empêche la petite batterie d’agir avec une force suffisante pour faire fonctionner l’armature de S, ce qui équivaut par le fait à une ouverture du circuit local. Quand l’une ou l’autre des clefs marquées x, 2, 3, 4, au poste de réception sont abaissées, l’aimant Morse M de 200 ohms est introduit dans le circuit, l’équilibrement de la ligne est détruit, et DR, à l’autre bout de la ligne, répond. Quand la clef 5, en A, est abaissée, la communication à la terre est supprimée, et 80 éléments sont ajoutés à la batterie de ligne qui actionne D R2, accomplissant ainsi le travail en duplex ordinaire, mais par l’emploi de deux méthodes différentes consistant à supprimer une résistance dans une des résistances et à ajouter une batterie dans l’autre ; chacun des postes peut d’ailleurs fonctionner avec l’une ou l’autre de ces combinaisons.
- « Les figures que nous donnons et qui indiquent les résistances et le nombre des éléments employés, se rapportent à la ligne dont il a été question et qui avait été combinée pour ne fonctionner que dans une seule direction, ce qui répondait aux besoins de cette ligne spéciale; mais on peut la disposer de manière à employer l’une ou l’autre des combinaisons, ou la diviser de telle manière que l’on puisse transmettre la moitié ou les trois quarts seulement des dépêches dans une même direction, ou bien encore, quand cela est nécessaire, la combiner de manière que, pendant que deux bureaux principaux accomplissent des transmissions indépendantes au moyen du système harmonique, on puisse effectuer des transmissions avec le système Morse ordinaire. »
- Ces renseignements, comme on le voit, sont assez difficiles à comprendre, mais nous espérons que notre collaborateur, M. Haskins, les complétera, et qu’il nous mettra à même de nous faire une idée plus nette d’un système aussi important (*).
- (l) Comme préambule de l’article qu’il nous a envoyé, M. Haskins donne quelques indications sur la manière dont les transmissions sont faites en Amérique, et ces indications pourront peut-être éclaircir un peu les points obscurs de sa description.
- En attendant, nous parferons, dans un prochain article, du système harmonique duplex de MM. Gray et Haskins, qui est aussi, comme on l’a vu, employé en Amérique.
- TII. DU MONCEL.
- LE CHEMIN DE FER ÉLECTRIQUE
- DE LICIITERFELDE
- Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises du chemin de fer électrique inauguré le 12 mai dernier à Berlin et qui fait le service de Lichterfelde à l’Institut central des Cadets. Les principaux articles publiés ont fait voir quels sont les avantages de ce mode de transport et quels services il peut rendre.
- ...........1,00..............
- Oie. 1.)
- Nous compléterons aujourd’hui ces articles, en donnant les détails de l’installation de Lichterfelde. Ainsi qu’on l’a vu dans la communication de M. Alexandre Siemens, le premier projet de
- « Le système des transmissions électriques, aussi bien que les combinaisons des circuits, sont très différents en Europe et en Amérique. En Europe, on fonctionne surtout avec des circuits ouverts, tandis qu’ici, les circuits, dans leurs conditions normales, sont fermés, et la batterie principale, qui est toujours divisée entre les deux extrémités de la ligne, est toujours en activité dans le circuit, Nos clefs sont toujours à deux contacts et sont fermées par un commutateur. Nous employons aussi un circuit secondaire pour nos récepteurs, qui se trouvent réunis à travers un relais. La disposition particulière du système américain nous permet d’écono-, miser des lignes en réunissant ensemble plusieurs petites stations qui constituent ce que nous appelons techniquement un way circuit ou way line. C’est une ligne sur une portion de laquelle on peut faire des transmissions en sens opposé de celles qui s’effectuent sur la ligne entière, et qui joue à la fois le rôle de petite et de grande ligne. De cette manière, on peut augmenter beaucoup le nombre des dépêches en diminuant le nombre des répétitions et en rendant plus rapides les transmissions. -
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- MM. Siemens et Halske était d’établir à Berlin un I du chemin de ferd’Anhalt à Berlin, qu’ils ont trouvé chemin de fer électrique aérien, tel qu’il a été décrit | un emplacement favorable. Le chemin de fer de
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- J,2a -.2,1,0-. - *.
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- (FIG. 2)
- l’année dernière dans La Lumière Electrique (n°du i5 juin.1880, p. 281).
- Ce mode d’installation est en effet le plus rationnel; comme il permet un facile isolement des rails, il se prête admirablement à la transmission du courant par ces rails mêmes, et laisse d’ailleurs les rues complètement libres pour la circulation des voitures de toute espèce, puisqu’il se trouve à la hauteur d’un premier étage. Mais c’est précisément cette dernière circonstance qui a empêché son établissement. Les habitants de Berlin se sont émus de ce passage continuel de voyageurs devant leurs fenêtres, ils ont craint de voir percer le mur de leur vie privée et ils ont fait opposition. D’autre part, comme le chemin de fer projeté devait traverser l’allée des Tilleuls, l’empereur Guillaume a craint qu’il ne fit mauvais effet dans sa promenade favorite, et l’autorisation a été refusée. MM. Siemens et Halske ont donc dû se contenter d’établir leur chemin de fer au niveau du sol, et c’est seulement entre l’Institut central des Cadets et Lichterfelde, station
- Berlin est donc un chemin de fer au niveau du sol.
- Il faut dire cependant que MM. Siemens et Halske, dont le but était l’étude d’un chemin de fer aérien, l’ont installé plutôt dans ce dernier sens. C’est ainsi, pour ne citer qu’un détail, qu’ils ont conservé la transmission par les rails, bien plus avantageuse pour une voie aérienne qu’au niveau même du sol. On peut donc considérer l’installation de Lichterfelde comme une voie aérienne qui aurait été descendue jusqu’au niveau du sol.
- La longueur totale de la voie est de 2.450 mètres. Les rails devant être isolés l’un de l’autre sont disposés de façon à ne toucher que les traverses de bois et à n’être pas directement en contact avec le sol sur lequel elles reposent et, dans les conditions actuelles, cet isolement suffit. On pourrait d’ailleurs le rendre plus parfait, soit en revêtant les traverses de matières bitumeuses isolantes, soit en plaçant entre les rails et les traverses des isolateurs en verre ou en porcelaine. La figure 1 présente une coupe de la voie, et, au-des-
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- sous, on voit au bas de la figure le profil longitudinal; enfin, en coupe transversale, la disposition adoptée pour les passages à niveau aux endroits où la voie est coupée par une rue.
- L’appareil destiné à fournir le courant est installé dans des bâtiments (fig. 3) dépendant de la station de Lichterfelde ; il est constitué par une machine à vapeur horizontale, mettant en jeu deux machines
- (fig. 'j.)
- La figure 2 présente des coupes de la voie aux différentes stations. Dans la première où il y a un passage à niveau, les rails sont à ras du sol.
- (fig. 5.)
- Dans les deux autres, ils sont sur une sorte de talus peu élevé. Dans ces coupes, 011 voit indiquées également les parties réservées à la circulation des voitures et des piétons.
- Siemens. Gette installation n’est cependant que provisoire, et ces deux machines doivent être bientôt remplacées par une seule, actionnée directement par une machine à vapeur rotative, système Dolgorouki. L’ensemble de ces deux machines est représenté dans la figure 4, et la coupe de la machine Dolgorouki est donnée dans la figure 5.
- Cette dernière machine est basée sur le même principe que la plupart des autres machines rotatives, mais sa construction sous forme de machine double a permis de compenser certaines pressions unilatérales qui provoquaient généralement une usure trop rapide des pièces. En outre, les organes de cette machine ont reçu des formes particulières en raison desquelles elle n’exige plus les condensations ordinaires.
- Des câbles partant de la machine génératrice, et passant sous le sol, amènent le courant aux rails. Ceux-ci le communiquent à la machine réceptrice par contact direct avec les roues du véhicule.
- Les premiers chemins de fer électriques établis, comportaient une machine motrice qui traînait plusieurs voitures de voyageurs. A Lichterfelde, cet ensemble de voitures a été remplacé par une seule. C’est une voiture de tramway, du modèle en usage sur les tramways-nord de Paris, et qui peut contenir en
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- tout 26 personnes. Elle est représentée par les figures 6 et 7 et présente, avec les voitures ordinaires de la même construction, cette différence que les roues sont isolées du reste du véhicule et de leur axe même. Entre les deux paires de roues, se trouve une machine Siemens destinée à les mettre en mouvement. La figure 8 fait voir comment a lieu cette transmission de mouvement. Des courroies passant sur des gorges ménagées à la circonférence de deux roues du même côté, sont actionnées en même temps par une poulie placée sur l’axe même de la machine dynamo-électrique,
- Dans le réglage de la vitesse interviennent aussi les phénomènes signalés par M. Frœhlich etM. Siemens dans l’accouplement de deux machines fonctionnant, l’une comme génératrice, l’autre comme réceptrice du courant. Quand la locomobile électrique est abandonnée à elle-même sur un terrain plat, où la résistance à la traction est faible, sa vitesse s’accélère jusqu’au moment où il y a une différence constante entre le courant de la machine génératrice et le contre-courant de la machine réceptrice ; la vitesse de la voiture est alors uniforme. Lorsqu’il y a une pente à monter et que l’effort à faire est plus grand, la
- (fig. 6.)
- de sorte que le mouvement est transmis aux deux axes à la fois.
- La circonférence métallique des roues reçoit le courant des rails et, par l’intermédiaire de bandes métalliques, le transmet à une boîte cylindrique sur laquelle appuient des frotteurs en relation avec la machine. La partie droite de la figure 8 représente cette disposition et laisse voir une de ces boîtes cylindriques avec son frotteur.
- La machine Siemens est munie d’un commutateur qui peut être manœuvré par le conducteur, soit d’une extrémité, soit de l’autre'de la voiture, de sorte que celle-ci peut aller et venir d’un bout à l’autre de la ligne sans être jamais retournée. Elle contient, en outre, une disposition particulière qui permet de régler, jusqu’à un certain point, la vitesse.
- vitesse diminue jusqu’à ce que le contre-courant se soit affaibli dans une certaine mesure, et qu’il sè soit établi une certaine différence entre lui et le courant de la machine génératrice.
- A ce moment, la vitesse devient encore uniforme. Si enfin la voiture descend une pente et qu’il se produise ainsi une nouvelle force de propulsion dans le même sens que celle due au courant, le contre-courant augmente d’intensité, et, à partir d’une certaine limite, fait frein en quelque sorte, parce que la machine locomobile agit plutôt comme productrice de courant et réagit sur la génératrice fixe.
- Dans la transmission de force à distance à l’aide de deux machines dynamo-électriques, la résistance des conducteurs interposés intervient notablement, et l’on n’a un bon rendement que si cette résistance
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- ne dépasse pas celle des machines. Dans le chemin de fer électrique fonctionnant sur des rails uniformes, cette résistance augmente continuellement à mesure que la locomobile s’éloigne de la génératrice ; il y a donc eu lieu de chercher les moyens d’empêcher cette résistance de dépasser une certaine limite. Avec des voies de longueur modérée comme celle de Lich-terfelde, la section des rails èst assez grande pour que leur résistance n’atteigne jamais une trop grande valeur. S’il s’agissait, cependant, de franchir une plus grande distance, on pourrait augmenter la con-
- ductibilité très-facilement, soit en leur ajoutant latéralement des bandes conductrices, soit en les montant, comme cela était projeté pour les chemins de fer aériens, sur des charpentes longitudinales en fer et faisant servir également ces charpentes de conducteurs.
- Mais la question pourra êtré" plutôt résolue autrement, sans se préoccuper de diminuer la résistance des conducteurs, en augmentant, au contraire, celle du fil des machines. On n’aura alors qu’à approprier les machines à la distance que devra parcourir la voiture.
- Les départs de la locomobile électrique sont arrangés de manière à coïncider avec les trains du chemin de fer de Berlin à Anhalt. D’après les traités passés, elle ne doit marcher qu’à 20 kilomètres par heure, mais elle pourrait faire de 35 à 40 kilomètres
- sur un terrain horizontal avec son maximum de 26 personnes (soit un poids total de 4.800 kilogrammes), lorsque la génératrice fonctionne avec toute sa vitesse. Dans ces conditions la machine de la locomobile, du poids de 5oo kilogrammes, développe un travail de 5 chevaux et demi.
- Le chemin de fer électrique de Lichterfelde a été livré au public le 16 mai, et, depuis, il a fonctionné sans aucun accident important, aussi s’est-il déjà formé une société pour le prolonger jusqu’au milieu du village de Lichterfelde et jusqu’à la gare de Steglitz, sur la ligne de Postdam. D’un autre côté, la maison Siemens et Halske est sur le point de transformer en chemin de fer électrique le tramway à chevaux qui va de Charlottenburg à Spandau.
- Dans cette dernière installation, pour éviter les inconvénients que nous avons signalés et qui se
- (fig. 8.)
- produisent sur les passages à niveau, lorsque les deux rails sont touchés en même temps par un cheval, le courant n’arrivera pas par les rails; on aura recours à des conducteurs aériens sur lesquels courra un chariot de communication. On pourra, suivant les cas, se servir de deux conducteurs distincts ou utiliser un des rails comme conducteur de retour.
- Cette disposition est aussi celle qui sera adoptée pour le petit chemin de fer électrique delà prochaine Exposition. Nous la décrirons plus longuement quand nous l’aurons vue fonctionner et que nous aurons pu nous rendre compte des détails de construction du chariot mobile.
- Bien qu’il doive être de peu d’étendue, le chemin de fer de l’Exposition permettra de voirjusqu’à quel point le système est pratique, et cette expérience viendra, nous n’en doutons pas, confirmer les bons résultats de l’essai tenté plus en grand à Lichterfelde.
- Il serait à désirer que ce succès sur lequel on est fondé à compter, devint le point de départ de l’installation de lignes aériennes de tramways électriques ; car, ainsi que le faisait remarquer ici même, il y a quelque temps, M. Delahaye, les rues de Paris sont de plus en plus encombrées, et le besoin de créer de nouveaux moyens de communication en dehors des voies actuelles, se fait de plus en plus sentir. a. guerout.
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- EXTRAIT DU RAPPORT
- DU DIRECTEUR DE L’OBSERVATOIRE DE PARIS RELATIF A LA
- DISTRIBUTION DE L’HEURE
- A LA VILLE DE PARIS ET AUX VILLES DE PROVINCE
- Dans une série d’articles que nous avons publiés sur l’unification de l’heure dans les villes (voir les numéros d’avril et de juillet 1880), nous avonsexposé avec détails le système appliqué à Paris et qui a pour point de départ l’Observatoire de Paris. Nous avons même figuré le double réseau des centres horaires, distribués en différents points de la capitale, aujourd’hui nous nous empressons de reproduire le rapport que vient de publier, relativement à l’organisation de ce service, M. Mouchez, directeur de l’Observatoire, et ce rapport complète d’une manière fort intéressante l’exposé que nous avons fait de la question.
- « Le Service de distribution de l’heure à la ville de Paris a été complètement organisé avec l’assistance de M. Huet, ingénieur en chef de la Ville, et de M. Williot, chargé plus spécialement de ce Service. Les trois pendules installées dans la demi-rotonde de l’Est, dans une salle spéciale dont l’astronome de service, chargé de régler la marche de la pendule régulatrice, a la clef, assurent complètement ce Service et permettent de parer à tous les accidents qui pourraient survenir à l’une ou l’autre de ces pendules.
- « L’Observatoire n’intervient dans ce Service que pour maintenir chaque jour à l’heure exacte la pendule directrice Berthoud.
- « Il a été procédé, d’après les dispositions suivantes, arrêtées d’un commun accord entre la ville de Paris et l’Observatoire, à l’installation définitive de ce système de distribution de la seconde du temps moyen.
- « Le poste distributeur, qui avait été reporté l’année dernière dans un secteur réservé de la demi-rotonde de l’Est, a été réorganisé sur place, ainsi que l’indique le croquis ci-joint (voir fig. ci-contre).
- « La pendule Berthoud de l’Observatoire (A) conserve ses fonctions de pendule directrice. Chaque jour elle est contrôlée par un astronome et remise à l’heure à l’aide de petits poids amovibles placés dans une coupelle attachée au balancier.
- « L’heure est déduite des observations astronomiques ou, pendant la période de temps couverts, des indications de la pendule des caves, dont la haute précision et la grande régularité de marche ne se sont jamais démenties. Toutefois, cette pendule unique ne donnant pas au Service une sécurité suffisante, la ville de Paris a mis à la disposition de l’Observatoire, pour contrôler ou suppléer au
- besoin la pendule des caves, une pendule de haute précision, construite par M. Fénon.
- « La pendule directrice A conduit ou synchronise au même battement de seconde, à l’aide d’un circuit local (trait noir plein), non seulement les horloges B et C, têtes de ligne de deux circuits urbains, mais encore l’horloge D, installée à la fenêtre du pavillon du concierge, sur l’avenue de l’Observatoire, en vue de donner la seconde aux horlogers.
- « Cette horloge D était placée, jusqu’ici, sur l’un des circuits urbains, que leur long parcours dans les égouts expose à des accidents. La disposition nouvelle la met à l’abri des dérangements de cette nature.
- * « La ville de Paris a d’ailleurs installé, au lieu et place de l’ancienne horloge, utilisée dans le Service des observations, une de ses horloges de centre horaire que l’on peut remplacer immédiatement, en cas d’accident, par l’horloge de réserve du service horaire municipal, et qui est disposée de manière à commander une remise à l’heure électrique de la pendule du grand escalier, et à suppléer, au besoin, la pendule directrice A par une simple commutation du circuit local reporté des électro-aimants synchronisateurs aux contacts de seconde dont est munie l’horloge.
- « Ces dispositions assurent, dans les meilleures conditions possibles, le service local, incombant à l’Observatoire, de la distribution de l’heure à l’horloge extérieure et aux deux horloges têtes de ligne des circuits urbains.
- « Ces circuits, sur lesquels on ne compte pas moins de seize horloges à seconde, se développent à l’est et à l’ouest dans la capitale (voir le croquis ci-joint). En service normal, ils n’ont entre eux aucun point de contact et sont desservis chacun par une pile spéciale, avec pile de réserve et commutateurs de pile.
- « Aussi le grand commutateur X, où viennent passer toutes les communicalions, c’est-à-dire, pour chaque circuit, les deux fils de la ligne, deux fils aboutissant aux contacts de seconde de l’horloge tête de ligne et les deux pôles de la pile, n’a-t-il d’autre mission que de permettre, par un simple mouvement à droite ou à gauche de la manette centrale, de totaliser les deux circuits en y intercalant non seulement les deux piles totalisées, mais encore et à volonté, les contacts de seconde de l’une ou de l’autre des pendules têtes de ligne B, C, de sorte que l’une d’elles conduise toutes les horloges des deux circuits urbains et qu’on puisse disposer de l’autre pour la nettoyer ou la réparer.
- « Il y aurait une grande utilité à étendre à toute la province l’envoi de l’heure de notre premier méridien, comme cela a lieu régulièrement maintenant en Angleterre
- « Les ports de mer pour le règlement des chronomètres de la marine ; les gares de chemin de fer, les
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- grandes administrations, les villes où l’on s’occupe d’horlogerie auraient un . intérêt de premier ordre a avoir, chaque jour, l’heure exacte de l’Observatoire de Paris, et, pour les villes qui n’y trouveraient pas une utilité immédiate, il y aurait toujours, dans
- de la pendule régulatrice à l’aide de laquelle les marins règlent leurs chronomètres avant de prendre la mer.
- « Le Ministre de l’Instruction publique a fait adresser une circulaire aux chambres de commerce des
- CROpiMS
- des Circuits Urbains.
- LEGENDE
- Pendule directrice à marche libre rectifiée chaque jour.
- Circuit local, dans l’Observatoire, desservant les pendules B, C, B, conduites par la pendule directrice A.
- Variantes du circuit local. A l’aide du commutateur x et du bouchon y, la pendule D supplée la pendule directrice A.
- ------Circuit urbain de YŒst. conduit par la pendule C.
- Circuit urbain de YOuest, conduit par la pendule D.
- X. Commutateur à manette à trois positions : fl, b, c.
- (a) Les deux circuits urbains totalement indépendants.
- (b) — totalisés conduits par la pendule B, avec les piles totalisées.
- (C) - - . C, -
- îf. ('•.'.«•cîiowjf;*.. ... I --------------------—
- DISTRIBUTION DANS PARIS
- Circuit Ouest
- 1. Mairie du VI*.
- 2-3. Préfecture de la Seine.
- 4. Mairie du IIe.
- 5. Rue de la Trinité.
- 6. Ecole Saint-Philippe du Roule.
- 7. Télégraphes, io3, rue de Grenelle.
- 8. Ecole rue Eblé.
- 9. Place Denfert-Rochercau.
- l’établissement de ce Service, l’avantage de faire prendre des habitudes d’ordre et d’exactitude.
- « Jusqu’ici, la ville de Rouen seule a demandé l’envoi de l’heure. Tous les dimanches, à g heures du matin, depuis le ior novembre, on lui fait une série de signaux qui lui permettent de déterminer, à une fraction de seconde près, l’état et la marche
- Circuit Est
- 1. Asile rue Victor-Cousin.
- 2. Rue de la Coutellerie, 3.
- 3. Arts-et-Métiers.
- 4. Mairie du X0.'
- 5. Mairie du XI°.
- 6. Ecole boulevard Diderot, 40.
- 7. Marché aux chevaux.
- ports pour leur offrir l’établissement de ce Service. Si l’on parvenait à vaincre l’indifférence regrettable de nombreux intéressés dans cette question, le Ministre des Postes et Télégraphes, si dévoué pour tous les progrès de son Service, consentirait certainement à établir en France le même Service qu’en Angleterre, où chaque jour, à la même heure,
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- les transmissions télégraphiques sont subitement supendues dans tous les pays pendant les quelques minutes nécessaires pour que la pendule de l’Observatoire de Greenwich règle automatiquement les pendules de toutes les grandes villes et des ports de l’Angleterre. »
- Nous ajoutons à ce rapport que c’est M. Breguet qui a organisé tous les dispositifs électriques du double réseau des centres horaires, tant à l’Observatoire qu’aux différents points où se trouvent les horloges dont la marche est synchronisée sous l’influence de celle de l’Observatoire.
- NOUVELLE ORGANISATION
- d’un
- BUREAU TÉLÉPHONIQUE CENTRAL
- DE MOYENNE IMPORTANCE
- Les bureaux téléphoniques peuvent être divisés en plusieurs classes, suivant le nombre des abonnés figurant aux Switchs-Boards (commutateur), et chacune de ces classes peut présenter trois conditions différentes. Un fait curieux a été signalé à cet égard dans un rapport de statistique lu au congrès téléphonique, lors de sa réunion à Chicago, en avril dernier. On y montrait que, alors que les grands bureaux et les petits effectuaient facilement et avec promptitude leurs communications, les bureaux d’importance intermédiaire avaient de la peine à satisfaire leurs abonnés. Ma première idée, pour expliquer ce fait, fut que, dans les petits bureaux, il est toujours facile d’effectuer toutes les communications nécessaires en raison de leur nombre relativement restreint, et que, dans les grands bureaux, on avait dû combiner des dispositifs perfectionnés pour faciliter le travail, sous peine d’être forcé d’abandonner l’entreprise. Or un bureau intermédiaire, par ses conditions mêmes, se trouve pour ainsi dire dans le cas d’un jeune homme pour lequel des vêtements d’enfant seraient trop petits et des vêtements d’homme trop grands.
- Pour ces sortes de bureaux, je ne connais pas de système meilleur que celui que je vais décrire et qui a été combiné par M. Harry C. Haskins, employé du bureau de Milwaukee (Visconsin). C’est du reste lui qui, après un essai sérieux de plusieurs mois, a été jugé le plus pratique. Dans ce système, que nous indiquons en principe dans la figure ci-contre, les lignes téléphoniques a, a, a, etc., aboutissent à ydes bandes métalliques verticales, par lesquelles elles sont mises en communication avec les différents commutateurs, comme on le voit en A. A la partie inférieure de ces bandes, se trouvent des chevilles mobiles b, b, b, au moyen desquelles on établit les communications avec l'annonciator
- c, c, c (tableau indicateur), par l’intermédiaire d’un second commutateur B. Les fils passent ensuite de cet annonciator c, c, c à une seconde série de chevilles b', b’, b’, qui servent à établir les communications à la terre, ce qui complète ainsi le circuit d’appel de chaque abonné.
- Des bandes métalliques croisées au-dessous de celles dont nous avons précédemment parlé, et qui appartiennent au commutateur A, permettent, comme dans le système de commutateur suisse, de relier les bureaux de deux en deux, comme on le voit, sur la figure, en d', d", c', c”. Le premier de ces fils communique au contact supérieur d’un interrupteur automatique /, dont nous indiquerons à d’instant les fonctions, et de là à un commutateur à manette et à 2 contacts, mis en rapport avec un générateur magnéto-électrique en mouvement placé dans une pièce voisine. Le second fil d" aboutit au contact de droite du précédent commutateur, et peut, par conséquent, être relié directement au premier fil par le déplacement circulaire de la manette. Il en serait de même des fils e', e".
- h', h', h' sont des petites plaques d’épreuve incrustées sur un tableau C et destinées aux vérifications, elles sont la continuation des fils d", e" et constituent ce que nous appelons, en terme de métier, la troisième jambe d’un circuit, soit le commencement d’une dérivation qui peut être complétée pendant le fonctionnement des appareils.
- Sur ce même tableau C, appelé tableau des conjonctions, est disposé un indicateur J J auquel correspond chacun des premiers fils des circuits dont il a été question, tels que d',e',. L’opérateur chargé^de ce système, a de plus, entre les mains, un système téléphonique complet dont le circuit est particulier, et à l’aide duquel on peut faire les épreuves, au moyen d’un explorateur k, et d’un système de disjoncteur représenté en n, sur lequel peut agir une pédale p manœuvrée par le pied.
- Si, pendant que le contact n est fermé, on applique l’explorateur contre l’une des plaques h', alors que la ligne qui lui correspond est complétée, on peut, en écoutant dans le téléphone m, entendre les abonnés, mais on peut également obtenir le même résultat pendant que l’on établit la communication et même lorsqu’on coupe le circuit, car, dans ce dernier cas, le courant passe à travers le contact n pour regagner le transmetteur o qui se trouve alors en dehors du circuit ; et, pour placer celui-ci dans le circuit, il suffit d’appuyer le pied sur le disjoncteur p qui coupe la communication en n ; alors, l’employé chargé d’écouter peut alors parler aux divers abonnés réunis ensemble.
- Le dessin qui accompagne cet article est sans doute très imparfait, car il ne peut indiquer tous les fils qui sont employés, mais on peut considérer qu’ils sont tous placés dans des rainures pratiquées dans le parquet d’un bout à l’autre du bureau, et que
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- les tableaux à commutateurs A, B, C, ayant chacun environ 18 pieds et placés aux trois coins de la pièce, peuvent être disposés pour la réunion de 600 fils, sans qu’aucun d’eux soit apparent. Maintenant examinons comment ce système fonctionne.
- Supposons qu’un abonné fasse un appel : le courant, avant de s’écouler en terre, effectue le trajet suivant: Il entre d’abord en a pour aller en b, puis en c, et regagne la terre par b’. Sous son influence, la plaque de l’indicateur c tombe, et l’employé chargé
- méro 32 qui appelle et qu’on 16 suppose près de son appareil, il n’a pas besoin d’être sonné, et on le met en communication avec le fil d" ; mais le numéro 520, qui n’est pas prévenu, est mis en ligne en d'. Or, si on suit dans ces conditions le tracé du circuit, on voit que le numéro 520, par suite de cet arrangement, se trouve appelé sous l'influence du générateur magnéto-électrique, que l’employé du tableau C en est immédiatement averti par le numéro du tableau indicateur qui apparaît instantanément, et
- des réponses, qui a 5o abonnés dans son service, enlève la cheville en b' pour couper la communication avec la terre ; puis il place la cheville de liaison sur le commutateur B pour relier son téléphone placé en R et demander à l’abonné ce qu’il désire. Le numéro 32 qui a fait l’appel, par exemple, demande le numéro 5 20 (les noms des abonnés sont alors représentés par des numéros) : l’employé retire la cheville réunissant son téléphone à la ligne, se dirige vers le commutateur A, retire les deux chevilles b, b correspondantes aux numéros 32 et 520, et réunit leur ligne sur les deux bandes transver-salles du commutateur d', d". Comme c’est le nu-
- qu’en tournant la manette du commutateur correspondant, il établit la communication entre g et h sans savoir ce qui se passe.
- D’un autre coté, les employés chargés des réponses et placés au tableau B, n’ont qu’à établir la communication entre les couples de fils,après s’être enquis de ce que l’on demande, et, aussitôt que cette opération est faite, ils replacent les chevilles en b', car les communications entre les fils alors en service, sont rompues en b sur le commutateur A.
- Quand les numéros 32 et 520 ont fini leur conversation, ils font un signal ou ils appellent. Dans le
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- premier cas, le tableau J l’indique, et l’employé du tableau C ferme l’interrupteur du circuit local et fait apparaître au Switch-Board une indication. Chacun des tableaux C contient tous les dispositifs nécessaires à e5 communications, et, à chaque extrémité du commutateur A, existe un indicateur pour la rupture des communications, qui se voit en VV, et dont la plaque indicatrice w, en tombant, interrompt le circuit du générateur en le coupant sur le disjoncteur/-. Or, quand la plaque correspondant au fil d! tombe, l’employé du Switch-Board C en est averti, et il remet alors les chevilles de communication en h h et replace le tableau indicateur dans ses conditions normales. Cette manière deprocéder doit être suivie exactement, car, si la fermeture en / n’était pas supprimée quand, au tableau C, le commutateur est replacé en g, l’abonné 520 serait appelé inutilement une seconde fois.
- Comme on le voit, par ce système, toute conversation entre les employés du bureau devient inutile, et, par conséquent, tout peut se passer sans bruit sensible. Pour augmenter encore le silence, on exige même que les employés ne portent que des chaussons. Aucun ticket n’est d’ailleurs nécessaire, puisque c’est l’employé qui reçoit l’appel qui est chargé d’établir les communications.
- La rapidité avec laquelle ce système peut fonctionner est quelque chose de merveilleux. J’ai vu établir toutes les communications 17 secondes après la chute des plaques indicatrices de Yannonciator, et cela pour quatre bureaux à la fois.
- Ces quatre bureaux ont chacun 600 abonnés qui tous communiquent avec le bureau central. C’est certainement le système le plus silencieux et le plus rapide que j’aie vu, et je pense qu’il pourrait fonctionner avec 1.000 abonnés.
- C. C. 1IASKINS.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Encore quelques renseignements sur les piles secondaires.
- On nous a assuré que les piles Planté étaient si peu connues en Angleterre, que quelques personnes ont demandé si elles existaient bien réellement... Nous sommes, en vérité, étonnés que les Anglais, si bien au courant de ce qui concerne l’électricité, ne soient pas mieux informés de ce qui se fait en France, et surtout d’un appareil qui est v devenu classique, dont on parle dans tous les traités de physique, et qui, depuis vingt ans, a donné lieu à des expériences du plus haut intérêt. Quoiqu’il paraisse bien oiseux de revenir encore sur cette question, nous croyons important, pour redresser quelques erreurs que certains électriciens
- d’hier, aujourd’hui inventeurs, commettent continuellement, d’entrer dans quelques détails sur les effets produits dans ce genre de générateurs électriques.
- On s’étonne, par exemple, de ce qu’une pile secondaire puisse fournir une nouvelle décharge après que son courant a été une première fois annulé. Si on considère ce qui se passe au moment de la première décharge, on voit que rien n’est plus facile à expliquer. En effet, dans ce cas, le courant qui émane de la pile la traverse en sens contraire de celui qui l’avait polarisée, et l’électrode négative où s’était déposé l’hydrogène tend à se peroxyder en créant une force électromotrice contraire à celle du ,couple ; bientôt, quand l’hydrogène est tout à fait absorbé, une couche de peroxyde se forme, et alors les forces électromotrices opposées l’une à l’autre s’annulent. Comme cette dernière couche est très mince, elle peut facilement être réduite par l’hydrogène et même par l’eau acidulée pendant que la pile est inactive, mais la couche de l’autre électrode étant plus épaisse persiste, et le couple se trouve dès lors dans les conditions de la première action; il peut en conséquence fournir une nouvelle décharge qui pourra se renouveler plusieurs autres fois, jusqu’à ce que la couche de peroxyde soit entièrement réduite par l’hydrogène qui se dégage alors sur elle sous l’influence du courant secondaire. On comprend d’après cela que, pour qu’une pile secondaire dure longtemps, il faut non seulement que la couche de peroxyde soit la plus épaisse possible, mais encore que l’électrode négative puisse absorber beaucoup d’hydrogène, afin que sa présence puisse empêcher le plus longtemps possible la formation du peroxyde de plomb, et c’est pourquoi un dépôt épais de plomb spongieux à cette électrode est avantageux.
- Dans ce que nous venons de dire, nous supposons, bien entendu, que la résistance du circuit reste constante. Cette restriction est nécessaire, car il est facile de comprendre qu’une pile secondaire se déchargera d’autant plus vite que la résistance du circuit sera moindre, puisque la réduction de la couche de peroxyde s’effectuera proportionnellement à l’intensité du courant, et que la force électromotrice inverse augmentera dans le même rapport. On peut donc faire durer la charge d’une batterie aussi longtemps qu’on le désirera, suivant la résistance que l’on donnera au circuit extérieur; mais comme le but qu’on se propose généralement dans les piles secondaires est de fournir une décharge considérable à un moment donné, il faut donner à la pile une grande surface, et surtout rendre la couche de peroxyde la plus épaisse possible.
- Naturellement, le temps de charge d’une pile secondaire est, comme celui de la décharge, en rapport avec sa résistance, et il ne faudrait pas juger de sa durée d’action par le temps qu’elle mettra à se
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- décharger. Une pile résistante, comme celle où l’on emploie un diaphragme, soit feutre, soit toile, flanelle ou papier parcheminé, pourra conserver longtemps sa charge, et si on ne s’informe pas des moyens employés pour la charger, on pourrait croire, au premier abord, qu’elle présenterait un avantage sur les autres ; mais il n’en est rien, car on lui aura appliqué, pour la- charger, un courant primaire de très longue durée ou môme un courant d’une très grande énergie, et, dans ces conditions, on n’a pas à craindre que la couche de peroxyde se détache. En définitive, dans toutes les piles secondaires à électrodes de plomb, les efFets sont exactement les mêmes, et sont fonction de la résistance du circuit, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de la pile, et de l’épaisseur de la couche de plomb divisé, à la surface des électrodes.' La force électromotrice ne peut d’ailleurs être différente, puisque c’est la même action chimique qui est enjeu.
- La force électromotrice et l’énergie chimique de la pile.
- Jusqu’à ces derniers temps, il avait été difficile de vérifier expérimentalement si toute l’énergie chimique de la pile est'convertie en électricité, parce qu’on n’avait pas encore les mesures calorimétriques nécessaires, et l’on n’avait guère sur ce sujet quequel-ques comparaisons entre les forces électromotrices et les chaleurs dégagées, faites d’après un certain nombre de déterminations de Fabre et de Riess.
- M. Julius Thomsen ayant déterminé, dans la longue série de recherches entreprises par lui, les chaleurs de formation des différents composés qui interviennent dans la pile, a pu aborder cette question par l’expérience.
- Pour cela, il a d’abord mesuré la quantité de chaleur dégagée par un courant donné, pendant l’unité de temps, dans une résistance donnée : il a opéré en plaçant dans un calorimètre quatre spirales de platine et, faisant passer dans ces spirales, pendant un temps donné, un courant dont l’intensité était mesurée à l’aide d’une boussole des sinus ; il en a déduit la quantité de chaleur C produite, dans une minute, par l’unité d’intensité, dans l'unité de résistance. Ayant déterminé, d’autre part, la résistance R d’une pile Daniell qui, fermée en court circuit, serait parcourue par un courant d’intensité i, il a pu calculer quelle quantité de chaleur RC correspondrait au passage de ce courant dans la pile pendant une minute. D’autre part, il avait calculé la quantité de gaz oxhydrique dégagé pendant l’unité de temps par l’unité d’intensité; il en a déduit le temps qu’exigerait la décomposition d’une molécule d’eau. Ce temps.T, en raison de la loi des équivalents chimiques, est le même que celui qu’exige la décomposition d'une molécule de sulfate de cuivre. De cette façon,la quantité de chaleur produite pendant une minute parle courant électrique d’inten-
- sité dans la pile fermée sur elle-même pendant le temps que dure la décomposition d’une molécule de sulfate de cuivre, est représenté par R C T. M. J. Thomsen a trouvé RCT = 50292 gr. calories. D’un autre côté, il avait trouvé dans ses recherches antérieures, que la formation du sulfate de zinc (ZnO, SOr,Aq) dégage 106090 gr. calories, et que celle du sulfate de cuivre (Cu O, SOr,Aq) dégage 55960 gr. calories ; la différence entre ces deux nombres représente la chaleur due aux actions chimiques de la pile, elle est de 5oi3o gr. calories. Les deux nombres 50292 et 5oi3o s’accordant suffisamment, on peut donc admettre que dans la pile Daniell toute l’énergie chimique se trouve convertie en énergie électrique.
- Pour déterminer s’il en est de même dans les autres éléments de pile, M. Thomsen a calculé les énergies chimiques de ces divers éléments, et les ayant rapportées à celle de la pile Daniell, les a comparées avec les forces électromotrices des mêmes couples en prenant également pour unité de force électromotrice la pile Daniell.
- Le tableau suivant donne les résultats obtenus :
- NOMS DES COUPLES ÈNP.RG IE Absolue CIlïMtQUE Relative FORCE électro- motrice
- I Zn — H- S O4 + 100 H‘-0 Cu — Cu S O4 Aq conc. 1 cal. 5oi3o I I
- i 2 Zn — II2 S O4 Aq { ,, Ccl — Cd S O4 Aq j 16090 0,33 0,33
- 3 Zn — H Cl Aq ) . „ Ag-AgCl 1,08 i,o65
- 4 Zn — H2 S O4 + 100 H2 0 / . „ C — 11 Az O3 ( 9(3080 1,92 1,86
- 5 Zn — II2 S O4 -f- 100 H2 O ) _ 0 C — H Az Os -f 7 H2 O \ 1,65 1,69
- 6 Zn — II2 S O4 -f 100 ll20 ) C — CrOs, S03Aq ( 99790 C99 1,85
- 7 Zn — H2 S O4 + 100 II20 ) , . C — H Az O3 p'5950 0,92 0,88
- 8 Cu — H2 S O4 + 100 H2 O ) C - H Az O7’ + 7 Tl2 O \ 32680 0,65 o,?3
- 9 Fc — Fe Cl2 Aq C — Fc2 C1B Aq 44430_ 0,89 0,90
- On voit que la concordance entre les forces électromotrices et les nombres représentant l’énergie chimique est très satisfaisante. Ce-qui s’applique au couple Daniell, peut donc être généralisé pour les autres éléments étudiés.
- Wiedemann’s Ânnalen
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- FAITS DIVERS
- Le surintendant général de la Western Union Telegraph Company, à San-Francisco, M. Gamble, croit que le télégraphe pourrait être employé avec avantage dans les explorations arctiques. Il proposerait de se servir dans ce but de légers fils en acier, du n° 20 par exemple, pesant environ 20 livres au mille. Lé fil enroulé sur des bobines pourrait être placé sur des traîneaux, tirés soit par des hommes, soit par des chiens, sur la neige ou la glace, et déroulé à mesure que les explorateurs avanceraient. De cette manière, ces derniers seraient maintenus en communication constante avec leur base d’approvisionnement. Ils n’auraient aucun sujet d’inquiétude, ni de crainte de se perdre sans qu’il soit possible de leur porter secours, puisqu’ils pourraient à tout instant appeler à leur aide. Encouragés par la certitude d’être secourus en cas d’accident, ils n’hésiteraient pas à pousser leur voyage jusqu’à une distance bien supérieure à celle qui pourrait paraître sans danger, en l’absence de moyens de communications télégraphiques, avec le corps expéditionnaire principal. Si un accident arrivait au détachement avancé, ou s’il avait besoin d’une plus grande quantité de provisions, la ligne de fil servirait à guider ceux qui se rendraient à leur aide directement à l’endroit où les explorateurs seraient campés. Elle leur servirait aussi de guide pour le retour, en diminuant matériellement les chances de danger, quant à la vie, et de pertes. Ayant établi une base d’approvisionnements en un point central, rien n’empêcherait d’envoyer plusieurs détachements d'explorateurs en même temps dans différentes directions; ils adresseraient chaque soir à la station centrale le résultat de leurs recherches, et des observations faites pendant le jour. Dirigée de cette manière la praticabilité d’une route sur l’autre pourrait être déterminée, d’après les rapports télégraphiques adressés, et l’on épargnerait beaucoup de temps qui serait perdu autrement en vaines tentatives pour avancer à travers les barrières de glace. Comme le sol durci par la gelée, la neige sèche ou la glace sont de parfaits isolateurs, on n’aurait pas besoin de poteaux pour tendre le fil. Il n’y aurait pas besoin de transporter un matériel de batterie, il suffirait d’une batterie principale à la station centrale. Pour une distance de cent à cent cinquante milles, on pourrait se servir de téléphones.
- De toutes les nations européennes, c’est la Belgique qui présente, sur son territoire, le réseau télégraphique le plus serré. La première ligne établie en Belgique, date du mois d’août 1846; elle reliait les villes d’Anvers et de Bruxelles. En i85o, l’administration des télégraphes était créée en Belgique, et en i85i, 1.000 kilomètres de fils étaient déjà en activité. Ce nombre était porté dix ans plus tard à 4.111 kilomètres; en 1870, la longueur des lignes télégraphiques était de 4.342 kilomètres desservis par 14.152 kilomètres de fils. Aujourd’hui, le réseau télégraphique belge mesure près de 6.000 kilomètres de lignes, et ne compte pas moins de 24 millions de mètres de fils conducteurs.
- Le nombre des bureaux accessibles au public était de 10 en i85i, de 445 en 1870, et d’environ 800 en 1881. Celui des télégrammes expédiés, qui était de 14.025 en i85i, s’élève actuellement à plus 3 millions, et celui des agents ù 4.541.
- Dans la Colombie anglaise (Amérique du nord), de nouvelles lignes télégraphique viennent d’être établies et reliées au réseau du Canada. Un câble de 20 milles a été posé entre xl’île de Valdes et Point-Gray sur la terre ferme, deux d’un demi-mille chacun ont été posés à travers Saanich-Arm, un de 1 mille entre l’île de Gabriola et Vancouver. On a, en même temps, réparé les câbles qui existent entre l’île de Sydney et celle de San-Juan, entre San-Juan et l’île Lopez, entre Lopez et l’île de Fidalgo, ainsi que toutes les lignes télégraphiques du pays.
- La Compagnie des tramways de Berlin à Charlottenbourg va employer l'électricité comme force motrice sur sa ligne de Charlottenbourg (ouest) à Spandau-Bock, dont la longueur est de 2, 3 kilomètres. Actuellement cette ligne qui sur un parcours de six cents mètres présente une pente des plus fortes (environ 1 : 3o) nécessite des chevaux de renfort à l’endroit où la rampe est la plus escarpée. L’arrangement électrique que propose la maison Siemens et Halske ne diffère pas essentiellement de celui qui a été adopté pour les voitures du chemin de fer électriquë de Lichterfelde. Mais la conduction du courant engendré par la machine dynamo-électrique ne s’effectue pas, comme dans le chemin de fer de Lichterfelde, au moyen des rails, mais à l’aide de câbles en acier qui sont isolés et tendus à côté de la voie à une hauteur de quatre à cinq mètres, comme des fils télégraphiques sur des poteaux isolés. Pour relier les câbles métalliques avec la machine sur la voiture, on se sert d’un petit chariot de contact à quatre roues, qui court sur les deux câbles métalliques tendus à la même hauteur et qui est relié à la voiture du tramway par un court câble conducteur contenant également deux câbles métalliques. Le courant va ainsi de la machine génératrice du courant, disposée dans le voisinage de la voie, dans l’un des câbles conducteurs tendus en haut, de là à travers les roues du chariot de contact dans le câble de communication, et ensuite dans la machine placée sous la voiture des voyageurs. Le deuxième câble métallique disposé sert à la reconduite du courant.
- Sur la rive droite de l’Adige, près de Méran, dans le Tyrol, on vient d’établir un chemin de fer électrique. C’est un chemin d’essai construit par la maison Siemens de Berlin, et qui doit servir à la solution du problème de la traction des trains par l’électricité dans le tunnel du Saint-Gothard. L’emploi de l’électricité pour l’éclairage de la marche des trains à travers ce tunnel dont la longueur sera d’environ quinze kilomètres, aura pour principal avantage de supprimer la fumée qui ne serait pas sans danger sur un si long parcours souterrain.
- Au mois d’avril dernier a eu lieu à Chicago l’assemblée générale des Sociéiés téléphoniqués américaines. Les documents communiqués à cette assemblée, montrent avec quelle rapidité les téléphones se sont développés dans ce pays. Lors de la dernière réunion, qui a eu lieu du 7 au 10 septembre 1880, le capital total fourni par les actionnaires s’élevait à la somme de io millions de dollars. A l’assemblée d’avril, c’est-à-dire 7 mois après, ce capital était de 17.950.000 dollars.
- Le nombre des stations téléphoniques s’est élevé en un an de i38 à 408, et celui des téléphones employés de 60.873 à ï32.6o2. Aujourd’hui on trouverait à peine en Amérique une ville de 16.000 âmes qui n’ait son bureau téléphonique.
- Le téléphone a été récemment introduit au Japon, notamment dans les villes de Tokio, Yeddo et Yokohama. Les journaux japonais annoncent que la préfecture du Fu d’Osaka vient d’autoriser l’installation d’un réseau téléphonique dans la ville d’Osaka. Dans l’arrêté d’autorisation on lit le passage suivant : Des fils de téléphone pourront être établis entre les stations de police et les maisons des particuliers qui en feront la demande, afin de se préserver contre les tentatives des voleurs à main armée. » Le téléphone sera surtout apprécié à Osaka, dont la population dépasse un demi-million d’habitants, et qui est la principale place de commerce du Japon.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de FleuruB, —(495)
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- La Lumière Electrique
- Journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 23 JUILLET 1881 N» 33
- SOMMAIRE
- Application de l’électricité à l’analyse chimique; A. Guerout.
- — Représentation graphique des phénomènes qui s’accomplissent dans les machines dynamoélectriques; M. Deprez.
- — Sur l’influence de la durée plus ou moins grande des ferm tures du circuit sur la force des électro-aimants ; Th. du M. — Les bougies Jamin ; O. de Pezzer. — Exposition internationale d’électricité; P. Géraldy — Revue des travaux récents en électricité : Les foyers électriques à la fête du 14 juillet. — Mesure absolue des courants par l’électrolyse. — Induction électrique résultant de l’étirement.
- — Sur l’osmose électrique. — Appareil enregistreur des signaux du galvanomètre à miroir. — Les ombres électriques. — Les piles rotatives. — Faits divers.
- APPLICATION DE L’ÉLECTRICITÉ
- A L’ANALYSE CHIMIQUE
- La facilité avec laquelle on obtient le dépôt galvanique de certains métaux comme le cuivre, l’argent, etc., a fait songer depuis assez longtemps à appliquer l’électrolyse au dosage quantitatif de ces corps. Il y a une quinzaine d’années que l’on a tenté les premiers essais dans cette voie. Les premières expériences, faites par Gibbs et Luckow, ont porté principalement sur le cuivre; puis on a essayé d’appliquer la même méthode à d’autres métaux, et aujourd’hui, on est en mesure de doser électrolyti-quement le cuivre, l’argent, le plomb, le zinc, le cobalt, le nickel, le manganèse et le mercure; on peut même, dans certains cas, se servir de l’action du courant pour séparer ces métaux les uns des autres.
- Les procédés applicables aux différents métaux ont été publiés presque tous en Allemagne dans le Journal de Fréscnius, et en France, dans plusieurs revues de chimie. Sans nous arrêter aux détails, pour lesquels nous renvoyons aux mémoires originaux (*), nous allons donner une idée générale de cette méthode, que l’on peut qualifier de nouvelle.
- (') Journal de Frésénius, III, p. 3.3;. — VIII et XIX, p. 16. — XI. p. 16 et 10. — XIV, p. 35o. — XA;, p. 3oo et 335. — XVI,’ p. 34 4. — XVII, p. 215. — XVIII, p. 523.
- Moniteur scientifique, 187.3, p. O24; 1875, p. 33 et 41 ; 1880, p. 1048, 1225 et 1231.
- Bulletin de la Société chimique, 1878, p. 377.
- Annales de Chimie et de Physique, 1878. (Riche).
- Le principe en est le suivant : le métal se trouvant dissous dans un liquide favorable à sa précipitation électrôlytique, on place cette solution dans un vase où sont disposées deux électrodes de platine, et l’on fait passer un courant électrique qui dépose le métal sur l’électrode négative. Celle-ci, ayant été pesée au préalable, peut l’être de nouveau après lavage et dessication, et l’on obtient ainsi par la différence des deux poids celui du métal cherché.
- Ainsi que nous l’avons dit, le premier métal que l’on ait dosé électrolytiquement est le cuivre. Aux mines de Mansfeld, à Eisleben, où ont eu lieu les premières applications de la méthode, on se sert pour la production du courant d’éléments Meidinger, dont la construction est représentée par la figure 1. Sur le fond du vase en verre C, de 28 centimètres de haut sur 18 centimètres de diamètre, repose une •spirale de cuivre D, communiquant avec l’extérieur par un fil isolé E. Une plaque annulaire de zinc F est suspendue au couvercle de bois B par deux fils
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- de cuivre GG, dont l’un sert de prise de courant. Enfin, le vase contient, comme d’ordinaire, à sa partie inférieure, une solution de sulfate de cuivre, et à sa partie supérieure, de l’eau ; un ballon contenant une solution de sulfate de cuivre avec excès de cristaux, maintient constante la concentration du liquide inférieur.
- Ces éléments sont en général réunis par batterie de six (fig. 2), et le laboratoire d’Eisleben possède douze de ces grandes batteries qui servent pour l’analyse des liquides riches en cuivre. Il possède,
- pour but d’assurer l’égale répartition de l’acide dans le liquide. En outre, la forme conique prévient les pertes dues aux projections de gouttes d’acide au pôle positif sur la spirale.
- La figure 2 montre l’appareil complet monté pour une expérience. Voici maintenant comment on procède pour l’analyse.
- Le cuivre étant amené, par les procédés ordinaires de la chimie, à l’état de solution neutre, On étend cette solution à 200 centimètres cubes et on ajoute 20 centimètres cubes d’acide azotique. On a
- (FIG. 2.)
- en outre, autant d’éléments de plus petites dimensions, servant pour les solutions plus pauvres.
- MM. Frésénius et Bergmann se sont servis également de piles Clamond de cent vingt éléments, et ont obtenu avec elles de bons résultats. Cet exemple a d’ai leurs été suivi avec succès, et la pile Clamond est aujourd’hui employée pour l’analyse électrolytique dans un certain nombre d'établissements et entre autres, à Paris, chez MM. Œschger et Mesdach, et chez MM. Christophle.
- Les électrodes de platine sont représentées dans la figure 3. L’électrode positive est formée par un fil contourné en une sorte de spirale à pied; l’électrode négative a la forme d’un tronc de cône percé de fentes longitudinales. Le but de ces fentes est le suivant : l’électrolyse transportant l’acide au pôle positif, il se formerait à l'intérieur du cône une accumulation d’acide, tandis que d’autre part, à l’extérieur, le liquide serait moins acidulé et il pourrait s’y produire, sur le cône, des dépôts de matières étrangères, du fer par exemple. Les fentes ont
- de cette façon un liquide acidulé par 1/10 d’acide azotique. C’est ce liquide que l’on verse dans le vase où doit se faire l’électrolyse, et on règle la position du cône de telle sorte que, surtout quand le cuivre est mélangé de beaucoup de fer, l’écartement entre le cône et le pied de la spirale soit à peine de 5 millimètres. Au bout de dix-huit heures, tout le cuivre est déposé ; on lave alors en faisant arriver de l’eau au fond du vase et en enlevant à la partie supérieure le liquide acide. Le courant doit continuer à agir tout le temps que dure ce lavage. O11 dessèche alors le cône et on pèse.
- Un résultat fort intéressant, auquel on est ensuite arrivé, a été la détermination du nickel et du cobalt, qu'on est parvenu à séparer des dissolutions métalliques, et à doser ensemble.
- Cette séparation a été rendue possible par ce fait que le cobalt et le nickel ne se déposent pas comme le cuivre dans une solution acide, mais se déposent au contraire facilement dans une liqueur alcaline. Si l’on veut donc doser le nickel et le cobalt dans
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- un corps contenant en outre du cuivre, on prépare une solution nitrique au 1/10 de ces trois métaux, et l’on sépare le cuivre par le procédé que nous venons de décrire. On recueille les eaux de lavage, on y ajoute quelques centimètres cubes d’acide chlorhydrique, on évapore jusqu’à expulsion de tout l’acide nitrique, puis on étend d’eau chaude, avec addition d’un peu d’ammoniaque; on filtre pour séparer les oxydes étrangers précipités par cet alcali, et l’on ajoute à la liqueur filtrée i5 centimètres cubes d’ammoniaque. On obtient ainsi un liquide alcalin qui, soumis à l’électrolyse dans un appareil semblable, laisse déposer tout le nickel et le cobalt sur le cône de platine.
- MM. Christophle, qui. depuis longtemps déjà, s’étaient servis de l’électrolyse pour l’essai de leurs
- bains de sulfate de cuivre, ont appliqué avec avantage ce procédé au dosage du nickel dans le mail-lechort. L’appareil qu’ils emploient diffère de celui d’Eisleben. Il est représenté dans la figure 4. Il se compose d’une capsule de platine A, posée sur un trépied métallique B et réunie au pôle négatif. L’électrode positive est formée par une spirale de platine C; enfin, on peut recouvrir le tout d’un entonnoir D, afin d’éviter les projections résultant du dégagement des gaz. Cette modification est nécessitée par ce fait que, lorsqu’on emploie pour le dosage du nickel l’appareil d’Eisleben, des parcelles de ce métal peuvent se détacher du cône et tomber au fond du vase, ce qui n’a pas lieu avec la nouvelle disposition. MM. Christophle sont arrivés, par ce dispositif, avec un mode d’opérer semblable à celui que nous venons de décrire, à exécuter des analyses d’une grande exactitude. Ils emploient généralement, comme source de courant, deux petits éléments de 1 o centimètres de hauteur montés en tension. Us ont essayé également une petite machine Gramme à bobine de 12 centimètres
- de diamètre. En la faisant tourner à la vitesse de trois cents tours, ils ont obtenu un très beau dépôt de cuivre, et, à la vitesse de cinq cents tours, le nickel se déposait facilement en couche brillante. Us ont employé également la pile Clamond, et c’est son emploi qui donne, selon eux, la meilleure marche de l’analyse et la plus grande facilité pour conduire plusieurs opérations à la fois.
- L’emploi de l’électrolyse au dosage de l’argent
- (fig. 4.)
- a été signalé par M. Luckow, puis par M. Riche et par MM. Frésénius et Bergmann. Ces derniers ont fixé les conditions suivantes comme les plus favorables à l’expérience exécutée avec l’appareil d’Eis-lebcn : 200 centimètres cubes de la liqueur à élec-trolyser doivent renfermer de ogr,o3 à ogiqoq d’argent métallique et de 3 à 6 grammes d’acide nitrique libre ; l’écartement des électrodes doit être de 1 centimètre, et le courant doit avoir une intensité capable de développer de 100 à i5o centimètres cubes de gaz détonant par heure.
- Le plomb jouit de cette propriété particulière que, dans les liqueurs que nous venons d’indiquer, il se dépose sous forme d’oxyde au pôle positif, où on peut aisément le peser. U peut donc être
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- dosé électrolytiqucment, en même temps que le cuivre ou l’argent.
- Le manganèse a été également obtenu par M. Riche, au pôle positif, sous forme d’oxyde.
- Le zinc est assez difficile à doser, sa précipitation électrolytique ne réussit bien que si l’on opère dans une liqueur sulfurique, en présence d’un excès de sulfate d'ammoniaque.
- Enfin le mercure a été aussi dosé électriquement par M. Hannay, dans un appareil à capsule de platine semblable à celui de MM. Christophle. Une fois le dépôt opéré, on lave à l’eau, puis à l’alcool et à l’éther, on sèche dans le vide et on pèse. Cette méthode n’est applicable qu’au sulfate et au nitrate de mercure, et aussi au cyanure ou au chlorure additionné de cyanure de potassium. Ajoutons que la capsule de platine n’est pas sensiblement altérée par l’amalgamation ; en dissolvant le mercure par l’acide nitrique, la capsule reprend son aspect normal.
- Voici donc déjà un certain nombre de métaux dont le dosage et même la séparation peuvent être faits électriquement. Tous ceux qui ont fait, par les procédés analytiques ordinaires, des dosages de métaux, savent combien ces opérations exigent de temps et de soins. Avec la méthode électrolytique, au contraire,' une fois la solution préparée, le dosage se fait tout seul et n’exige aucune surveillance ; il n’y a plus de filtrations tédieuses, plus de lavages longs et minutieux des précipités, plus de calcinations de ces derniers. Le même opérateur pourra mener de front un grand nombre de déterminations, et si cela est de peu d'importance dans les laboratoires de chimie pure, c’est au contraire . d’un grand avantage dans les laboratoires de l’industrie, où l’on a besoin d’arriver rapidement, et pour ainsi dire sans opérations de grande précision, à des résultats d’une certaine exactitude. Aussi la méthode est-elle déjà appliquée dans plusieurs établissements et constitue-t-elle déjà, parmi les applications de l’électricité, une branche utile quoique modeste, que ne doivent pas faire oublier des applications plus brillantes, et qui est appelée, croyons-nous, à recevoir chaque jour de nouveaux développements.
- A. GUEROUT.
- REPRÉSENTATION GRAPHIQUE
- UES PHÉNOMÈNES QUI S’ACCOMPLISSENT DANS LES MACHINES DYNAMOÉLECTRIQUES
- X
- J’ai présenté, il y a quelque temps, à l’Académie des sciences (séance du 16 mai 1881), une note sur un mode de représentation graphique des phénomènes qui s’accomplissent dans les machines dynamoélectriques. J’y avais été conduit plusieurs mois
- auparavant, par des recherches sur la division du travail au moyen de l’électricité, et je m’étais abstenu de publier in extenso les résultats auxquels j’étais arrivé? en raison de considérations qu’il est inutile de faire connaître ici. La traduction du Mémoire de M. Frœlich, qui vient de ^paraître dans le numéro du 6 juillet de La Lumière Electrique, me détermine à publier ma méthode et les conséquences qui en résultent.
- On verra, dès l’origine, qu’elle présente une certaine analogie avec celle qui a été suivie expérimentalement par M. Frœlich, et dont je n’ai eu d’ailleurs connaissance que par la traduction précitée. Mais on verra aussi que je lui ai donné une extension, et que j’en ai tiré des conséquences qui me paraissent absolument nouvelles.
- Étant donnée une machine dynamo électrique quelconque, supprimons toute espèce de communication entre l’anneau et les électros excitateurs; lançons dans ces derniers un courant connu emprunté à une source étrangère, puis imprimons à l’anneau une vitesse de rotation arbitraire, mais qui doit rester la même dans toutes les expériences. Mesurons ensuite la différence de potentiel qui existe entre les deux extrémités du circuit induit, qui e§t d’ailleurs rompu. Si nous faisons varier l’intensité du courant auxiliaire lancé autour des électros excitateurs, la différence du potentiel des extrémités du circuit induit éprouvera des variations correspondantes et, en prenant les intensités du courant auxiliaire comme abscisses d’une courbe, et les différences de potentiel des extrémités de l’induit comme ordonnées, nous obtiendrons le lieu auquel j’ai donné le nom de caractéristique de la machine.
- Avant de montrer l’usage de cette courbe, je rappellerai deux lois fondamentales communes à toutes les machines dynamo-électriques à courant continu, savoir :
- i° L’intensité du champ magnétique est constante, lorsque le produit du nombre de tours du fil des bobines excitatrices par l’intensité du courant ,qui les traverse est constant, à la condition, toutefois, que le cylindre creux formé par les couches agglomérées du fil, conserve des dimensions invariables. Cette loi se démontre par des considérations très simples et qui sent d’ordre géoriiétrique.
- 2° Pour une intensité déterminée du champ magnétique, la différence de potentiel des extrémités de l’induit est proportionnelle à la vitesse de l’anneau ainsi qu’au nombre de tours du fil dont il est composé, sous la réserve que le volume du tore formé par le fil reste invariable.
- Cela posé, si l’on rétablit la liaison qui avait été rompue entre les électros excitateurs, et si l’on ferme le circuit par un fil de résistance quelconque, en ayant soin , bien entendu, de supprimer le courant auxiliaire, la caractéristique va nous, permettre de déterminer immédiatement l’intensité du courant
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- IOI
- engendré, si l’on connaît la vitesse de rotation et la résistance totale du circuit.
- Désignons par ^ la vitesse à laquelle on a opéré pour construire la caractéristique ;
- oj la vitesse actuelle ;
- R la résistance totale du circuit, anneau et inducteurs compris;
- Ei la force électromotrice qui prend naissance dans l’anneau lorsque la vitesse est égale à
- E la force électromotrice correspondante à la vitesse o> ;
- I l’intensité du courant.
- La loi d’Ohm donne
- mais en vertu de la seconde ci-dessus, on a
- d’où
- et par suite
- Si nous posons il vient
- P ___ M E|
- Cd,
- T___to Ei
- 1 “13711 ’
- E|____<oi R
- I in
- b> = 1; b),,
- Ei___R
- T ~ k *
- des lois rappelées
- E
- Mais n’est autre chose que le coefficient
- d’inclinaison d’une droite passant par l’origine des coordonnées et par le point de la caractéristique qui a pour abscisse I et pour ordonnée E,. On déduit de là la construction suivante :
- Soit OMN la caractéristique, OI l’axe des intensités, O E l’axe des forces électromotrices. Divisons OE en parties proportionnelles aux résistances du circuit total et O K en parties proportionnelles à k, c’est-à-dire au rapport de la vitesse actuelle à la vitesse type pour laquelle la courbe a été construite. Soit O B la longueur qui représente la résistance, R et O A celle qui représente k, joignons A B et menons par le point O une parallèle à A B, je dis que le point M où cette
- parallèle coupe la caractéristique a pour abscisse I et pour ordonnée Ej. En effet, les deux triangles M P O, BOA sont semblables, et l’on a
- MP
- OP
- B O E( R TJ • | n /.
- ou -t- = -7- • Pour avoir la force elec-
- OA 1 k
- tromotrice cherchée, il suffira, en vertu de la relation E = , de multiplier la valeur représentée
- par M P par le rapport k.
- On voit que cette courbe permet de résoudre immédiatement tous les problèmes que l’on peut se poser sur les machines dynamo-électriques, mais elle a surtout l’avantage de jeter une vive lumière sur les phénomènes qu’elles présentent, et parmi lesquels je citerai celui du désamorcement. On sait qu’une machine qui fonctionne parfaitement à une vitesse donnée avec un circuit d’une certaine résistance, constituée par exemple par des lampes électriques, se désamorce complètement et refuse de donner aucun courant si l’on met une lampe de plus. Voici l’explication de ce fait.
- Supposons que la vitesse de la machine soit représentée par OA et la résistance totale du circuit par O B, lorsque le fonctionnement est satisfaisant; nous venons de voir que l’intensité du courant, ainsi que la force électromotrice, seront données par l’intersection de la droite O M parallèle à A B avec la caractéristique. Si, la vitesse restant la même, on augmente la résistance, et qu’on lui donne par exemple une valeur représentée par O E, il peut arriver que l’inclinaison de la droite A E soit inférieure, égale ou supérieure à l’inclinaison de la tangente menée en O à la caractéristique. Dans le premier cas, la parallèle à A E, passant par l’origine, coupera encore la courbe, et les coordonnées de l’intersection feront connaître la force électromotrice et . l’intensité cherchées. Mais, dans les autres cas, la parallèle (représentée par O M') ne coupera plus la courbe, ce qui signifie qu il n’y aura plus de courant.
- Pour que la machine produise encore le courant dont on a besoin, il faut que la droite A E redevienne parallèle à A B, et pour cela, il faut donner à la vitesse une nouvelle valeur représentée par O K.
- Cette caractéristique ne peut pas être une droite,
- car s’il en était ainsi, pour toutes les valeurs de
- R
- k
- supérieures à l’inclinaison de cette droite, il n’y aurait aucun courant; pour une valeur de ^ égale au coef-
- ficient d’inclinaison de la caractéristique, les deux droites se confondant, le courant serait indéter-
- miné ou infini et, enfin, pour toute valeur de —
- plus petite que l’inclinaison de la caractéristique, le courant serait infini. Or, ces deux derniers cas sont évidemment absurdes, car l’expérience apprend que le courant est toujours fini et déterminé.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- C’est là, soit dit en passant, la conséquence de l’hypothèse à laquelle s’est livré M. Latchinoff (voir La Luviièrc Électrique du 21 mai 1881) à propos des machines sans fer, et il est facile de voir que sa note contient des conclusions erronées. En réalité, la caractéristique se rapproche beaucoup d’une droite aux environs de l’origine, parce que l’aimantation des électros excitateurs peutêtre considérée comme proportionnelle à l’intensité du courant qui les anime, tant qu’on est loin du point de saturation; mais, à mesure que l’intensité du courant augmente, l’aimantation augmente de moins en moins rapidement; la caractéristique prend la forme d’une courbe dont la concavité est tournée vers l’axe OI, et elle finit par se confondre avec une droite parallèle à O I, lorsque la saturation magnétique est atteinte.
- Je vais montrer maintenant que ce mode de représentation graphique conduit à des conséquences extrêmement importantes au point de vue des applications, et prouve que les machines dynamo-électriques sont douées de propriétés qui étaient jusqu’à présent restées inaperçues.
- {A suivre.) marcel deprez.
- SUR L’INFLUENCE
- DE LA
- DURÉE PLUS OU MOINS GRANDE DES FERMETURES DU CIRCUIT SUR LA
- FORCE DES ÉLECTRO-AIMANTS
- Les expériences et les déductions qui vont suivre pourront montrer jusqu’à quel point la force d’un électro-aimant peut se trouver modifiée par la durée plus ou moins longue des fermetures du circuit. On s’assurera par là que les électro-aimants télégraphiques, même dans les conditions les meilleures des transmissions, fonctionnent sous l’influence de forces électro-magnétiques qui sont loin de correspondre à la force maxima qu’ils sont susceptibles de produire.
- Les expériences dont il est question ont été faites avec un télégraphe à cadran de M. Bréguet, fournissant i3 fermetures de circuit et i3 ouvertures pour correspondre aux 26 lettres de l’alphabet; et, les contacts s’opérant par l’intermédiaire d'une lame dexressort flexible oscillant entre deux vis, on pouvait, en rapprochant ou en éloignant celle de ces deux vis qui communique à la pile, rendre le temps des fermetures du circuit plus ou moins long ; or ce temps pouvait être mesuré par celui employé par la lame de contact à opérer son oscillation et par la
- grandeur de l’intervalle vide entre les deux vis (*) En faisant les expériences avec une pile de Daniell de 28 éléments, que je pouvais facilement réduire à 20 éléments, et sur des résistances de circuit variant de o à 370 kilomètres de fil télégraphique, je suis arrivé aux résultats suivants ;
- i° Les durées minima des fermetures de circuit, pour qu’un appareil Bréguet puisse fonctionner avec une pile de 28 éléments de Daniell, sont :
- i° Avec circuit sans autre résistance que l’électro-
- aimant télégraphique............... o",00344
- 2° Avec un circuit extérieur de ioo kit.... o",00690
- > 3° Avec un circuit de 200 kil.......... o'',oii34
- 4” Avec un circuit de 3oo kil......... o",01628
- 5° Avec un circuit de 370 kil. . .. o",02616
- Pour une pile plus faible que 28 éléments Daniell, par exemple pour une pile de 20 éléments, ces durées minima deviennent :
- i° Avec le circuit sans résistance...o",00924
- 2° Avec le circuit de 100 kil........ o",01382
- 3° Avec le circuit de 200 kil... . .. o",02320
- 4° Avec le circuit de 370 kil........ o'',05820
- 2° Avec les mêmes appareils, les forces correspondant à une durée de fermeture de circuit de o",06614, qui est la plus grande qu’on puisse obtenir avec une vitesse de manipulation d’un tour de cadran par seconde, les forces produites ont été :
- 1» Avec le circuit sans résistance......... 10,5
- 2“ Avec le circuit de 100 kil.............. 4,5
- 3J Avec le circuit de 200 kil.............. 2,25
- 4” Avec le circuit de 370 kil........... o
- Mais ces forces sont loin de correspondre aux maxima ; car, en ralentissant la vitesse de la manipulation, ralentissement difficile à mesurer exactement, les maxima ont pu être représentés :
- i° Sur le circuit sans résistance............... par i5
- 2° Sur le circuit de 100 kil.................... par 6
- 3° Sur le circuit de 100 kil.................... par 3
- Toutefois, pour qu’on puisse apprécier la valeur de ces forces par rapport aux durées de fermeture du circuit, il suffira de savoir que, pour une force antagoniste de i,5, opposée à l’action de l’électro-aimant dans les expériences correspondantes aux minima, les durées de fermeture du courant ont dû être portées :
- 1» Avec le circuit sans résistance.... à o",01406
- 2“ Avec le circuit de 100 kil......... à o",02516
- 3“ Avec le circuit de 200 kil......... à o",06614
- (•) Voir mon mémoire sur cette question dans le journal l'Institut, année 1864, p. 412, et Annales télégraphiques, t. VIII, p. 3og.
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- Ce qui correspond à un accroissement :
- i» De o",01062 pour le circuit sans résistance.
- 2° De o",01826 pour le circuit de 100 kil.
- 3“ De 0",05480 pour le circuit de 200 kil.
- Si l’on compare les uns avec les autres les différents chiffres qui précèdent, et qu’on fasse, bien entendu, la part des erreurs d’observation, inséparables d’expériences aussi délicates et aussi capricieuses, on ne tarde pas à reconnaître :
- i° Que l’accroissement des durées de fermeture du courant, à mesure que la ligne s’allonge, suit une progression beaucoup plus rapide que l’accroissement de longueur de la ligne elle-même; ainsi, tandis que les rapports de l’accroissement de résistance de la ligne, dans ces diverses expériences, sont entre eux comme les nombres 1,67, 2,34, 3,o3 (*), les rapports des durées de fermeture du circuit correspondantes sont comme 2,006, 3,296, 4,732, etc.
- 2° Que cet accroissement plus rapide des durées de fermeture du courant devient encore plus rapide quand l’intensité du courant de la pile diminue ; et on le comprend du reste facilement, si l’on considère qu’à l’accroissement de durée occasionné par la diminution d’énergie de la pile, s’ajoute celui qui provient de l’affaiblissement de cette même intensité par l’accroissement de résistance de la ligne. Ainsi, tandis que l’intensité du courant, pour les différentes longueurs de ligne, a diminué par rapport à ce qu’il était primitivement, dans les rapports 1,324, i»355, i,368, les durées de fermeture ont augmenté comme 2,686, 2,oo3, 2,046, c’est-à-dire d’environ deux tiers en sus.
- 3° Que si une même force antagoniste est opposée à l’action de l’électro-aimant dans les différentes conditions de résistance de la ligne, ces durées de fermeture devront croître dans un rapport à peu près constant, comme si elles étaient multipliées par un même coefficient ne variant qu’avec la force antagoniste et proportionnellement à elle. Pour une force représentée par i,5, ce coefficient doit être à peu près 4.
- 40 Que quand les durées de fermeture des circuits restent constantes, les forces maxima auxquelles elles donnent lieu, sont entre elles dans un rapport à peu près inverse à celui qui aurait existé entre ces durées, si elles avaient été susceptibles de varier, et que la force antagoniste fût restée constante.
- 5° Que les durées de fermeture correspondantes aux forces maxima doivent être, d’après les déduc-
- tions précédentes et en partant*des accroissements de durée correspondant à une augmentation de 1,5 dans la force :
- i° Pour le circuit sans résistance...... o'',10964
- 20 Pour le circuit de 100 kil........... 0",iSq8R
- 3° Pour le circuit de 200 kil...... .... o".36282
- Dans ce cas, le calcul se réduit à rechercher com bien les forces maxima contiennent de fois la force i,5 ; à multiplier par ce nombre la durée correspondante à cet excédent de force suivant la résistance de la ligne; à y ajouter la durée minima et à multiplier le total par le rapport correspondant des accroissements des durées suivant la longueur de la ligne.
- Dans les expériences que nous venons de rapporter, les prolongations des fermetures de courant que nous avons signalées tiennent à deux causes : d’abord à l’inertie magnétique des électro-aimants, mais aussi à la vitesse de la propagation électrique qiii, dans le cas où nous avons expérimenté, ne laisse pas que d’être assez considérable ; car, si l’on en croit M. Marié-Davy, cette vitesse, avec des conducteurs enroulés en spirale sur eux-mêmes et fournissant seulement 714 spires, pourrait être 17 fo.is moins grande que sur ces mêmes conducteurs déroulés en ligne droite. Ce ralentissement pourrait être même encore augmenté par suite de l’intervention d’un noyau de fer au sein de l’hélice.
- Si le circuit, au lieu d’être isolé, est soumis à des dérivations, les effets sont, assez complexes, et conduisent à des conséquences diamétralement opposées, suivant le chiffre de la résistance du circuit.
- Avec un circuit peu résistant, les dérivations placées près de l’électro-aimant, et par conséquent dans les conditions les plus désavantageuses, au lieu de tendre à faire augmenter les durées de fermeture du circuit, tendent, au contraire, à les faire diminuer ; mais si le circuit est très résistant, l’inverse a lieu, et la limite de résistance à laquelle s’effectue ce renversement d’effet est d’autant plus éloignée que la dérivation est plus résistante. Cela tient sans-doute à ce que, dans le premier cas, une grande partie du courant passe par la dérivation, et, comme la période variable de la transmission est moins longue quand le circuit est soumis à des dérivations que quand il est isolé, l’effet dont il est capable est obtenu plus vite. Dans le. second cas, la partie du courant qui traverse l’électro-aimant étant moins affectée par la dérivation, la période variable de la propagation du courant est plus longue, et, comme l’intensité de celui-ci est moindre que sur le circuit isolé, les durées de fermeture du courant doivent être plus longues.
- (*) La résistance totale du circuit, en y comprenant la résistance de l’électro-aimant était, au moment de la première expérience, 148 kilomètres.
- TII. DU M.
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- LES BOUGIES JAMIN
- On doit se rappeler qu’il y a environ un an, l’attention publique a été attirée momentanément sur certaines expériences faites à l’avenue du Maine, dans le vaste atelier établi par la Société Jamin. On était parvenu . à illuminer simultanément quarante bougies de ce système avec des machines Gramme,
- mises en mouvement par un moteur à vapeur d’une force nominale de 20 chevaux et par un moteur à gaz de 8 chevaux. Le journal La Lumière Electrique a décrit à plusieurs reprises le dispositif combiné par le savant académicien, et, dans plusieurs articles insérés dans le numéro du ier juillet 1880 (p. 234-236) et, dans son supplément, on a discuté les avantages, au point de vue pratique, que pouvait présenter ce système. Nous n'y reviendrons donc pas en ce l moment, d’autant plus qu’il ne paraît pas que des
- (FIG, 1. — ATELIERS DE LA. COMPAGNIE JAMIN.
- changements importants lui aient été apportés depuis cette époque. Cependant, comme il a été installé en plusieurs endroits en exhibition publique, et que nous nous sommes fait un devoir de parler de tout ce qui pouvait se rapporter à la science et aux applications électriques, nous croyons devoir dire quelques mots de ces installations dont nous représentons, dans les figures 1, 2 et 3, trois des plus importantes, savoir : celle des ateliers de la compagnie Jamin, celle du café-concert de la place du Château-d Eau, et celle de la cour des Messageries. Nous aurions voulu donner également celle
- qui en a été faite pour l’éclairage des concerts du jardin du Palais-Royal, mais le temps nous a manqué.
- Dans le système Jamin, les bougies étant entourées par un cadre circulaire oblong, à travers lequel passe le courant, les globes de verre qui les enveloppent doivent être forcément oblongs, et, de là vient la forme ovoïde qu’ils affectent sur nos dessins. Ces globes, du reste, par un emmanchement à baïonnette ingénieux, peuvent aisément, dans les modèles à suspension, se détacher de la couronne qui les surmonte et rester suspendus au-dessous du sys-'
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- tème, ce qui permet de renouveler facilement les charbons des bougies. Cette opération, toutefois, n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire, car, pour maintenir les charbons dans les conditions voulues pour l’allumage et avec une séparation convenable et régulière une fois l'arc formé, il faut certains tâtonnements et certains réglages qui
- prennent beaucoup de temps et entraînent souvent des pertes de charbons. D’un autre côté, on a remarqué que ces sortes de brûleurs, comme du reste plusieurs lampes de ce genre, émettent des bruits assez marqués qui peuvent avoir quelques inconvénients, surtout quand ils sont appliqués à éclairer des salles de concert.
- (FIG, 2. — ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DU GAFÉ-CONCKItT DE LA PLACE DU CilATEAU-p’eAU.
- Il s’est aussi présenté, dans la bougie Jamin, une particularité qui n’avait pas été observée lors des premiers essais qu’on a fait de cette bougie, et qui a été remarquée lors des expériences faites cet hiver au Conservatoire; c’est un déplacement de l’arc d’une bougie à l’autre. Est-ce à la grande tension du courant qui actionne ces sortes de brûleurs, et à des différences de résistance dans la conductibilité des charbons des différentes paires de bougies, différences qui pourraient rendre insuffisant l’intervalle qui les sépare, qu’il faut attribuer cet effet? Il serait difficile de le dire. Peut-être aussi^leg différences de
- résistance de l’arc entre les bougies neuves et les bougies usées, pourraient intervenir. Dans tous les cas, cet effet peut être évité et nous pensons que maintenant il doit être corrigé. Quant au système en lui-même et à la dépense qu'il entraîne, nous ne nous en occuperons pas en ce moment, ses conditions n’ayant pas changé depuis les articles qui ont été publiés à son égard; nous nous bornerons à signaler, parmi les installations faites à Londres de ce système par M. Berly, le représentant de la Compagnie, celle du Panorama de Leicester Square.
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- Plusieurs personnes ont, du reste, depuis M. Wilde qui les a le premier employées, essayé de perfectionner les bougies électriques sans isolateur solide entre les charbons, et parmi elles nous cite-
- rons M. Debrun, préparateur de physique à la Faculté des sciences de Bordeaux. On a prétendu que ses appareils, qui ont du reste été décrits dans ce journal, avaient relativement bien fonctionné. Mais
- (FIG. 3. — ECLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE LA COUR DES MESSAGERIES.
- on leur a reproché toujours les défauts que nous avons signalés plus haut ; de sorte que nous nous demandons si réellement les bougies électriques seront la meilleure solution du problème de l’éclairage électrique.
- o. DE PEZZER.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
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- J’ai signalé dans un précédent article (7 mai 1881) les dispositions légales qui ont été prises à l’occasion de l'Exposition d’électricité, je reviens aujourd'hui sur l’une d’elles qui a une importance particulière.
- Voici le texte de cette loi spéciale :
- LOI
- PORTANT DÉROGATION AUX DISPOSITIONS DE L’ARTICLE 32,
- PARAGRAPHE 3, DE LA LOI DU 5 JUILLET 1844, SUR LES
- BREVETS D’INVENTION
- A l’occasion de l’Exposition internationale d’électricité, tenue à Paris en 1881.
- ARTICLE PREMIER
- Toutes personnes brevetées en France, ou leurs ayants droit, pourront, sans encourir de déchéance, y introduire les objets fabriqués à l’étranger, et semblables à ceux garantis par leurs brevets, qu’ils auront été admis à faire figurer à l’Exposition internationale d’électricité, ouverte à Paris, du ic,i août au i5 novembre 1881.
- art. 2
- La déchéance sera' encourue, si ces objets ne sont pas réexportés dans le délai de trois mois, à partir du jour de la clôture officielle de l’Exposition.
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- ART. 3.
- Les Français ou les étrangers qui prendront part à cette Exposition, jouiront pour la garantie des inventions susceptibles d’être brevetées, des modèles et dessins industriels, ainsi que des.marques de fabrique et de commerce, du bénéfice de la loi du 23 mai 1868.
- art. 4. .
- Tout breveté, français ou étranger, qui aura exposé à l’Exposition internationale d’électricité un objet semblable à celui qui est garanti par son brevet, sera considéré connue ayant exploité sa découverte ou son invention en France depuis l’ouverture officielle de cette Exposition.
- La déchéance prévue par l’article 32,*paragraphe 2, de la loi du 5 juillet 1844, et non encore encourue, sera interrompue : le. délai de la déchéance courra à nouveau h partir de la clôture officielle de l’Exposition.
- art. 5.
- Les objets admis à l’Exposition internationale d’clcctricité, qui seront argués de contrefaçon, ne pourront être saisis que par description dans l’intérieur de l’Exposition.
- Les objets exposés par des étrangers ne pourront être saisis, ni à l’intérieur, ni à l'extérieur de l’Exposition, si le saisissant n’est pas protégé dans le pays auquel appartient le saisi.
- Toutefois, ces objets ne pourront être vendus en France et ils devront être réexpédiés dans le délai fixé par l’article 2.
- Comme on le voit, le but de cette disposition est d’exempter les étrangers de l’obligation de faire fabriquer en France les appareils brevetés qu’ils auront à introduire. On remarquera que les exposants n’ont même pas une demande à faire, disposition heureuse et bien nouvelle dans notre pays de paperasserie.
- J’appelle également l’attention sur les dispositions de procédure renfermées dans l’article 5 ; elles ont, au point de vue contentieux, une sérieuse importance; surtout par le temps d’inventions multiples où nous sommes.
- J’ai, pour ma part, une raison personnelle d’approuver cette loi, ayant, dans le temps, proposé la suppression de cette restriction qui me semble absolument nuisible (voir numéro du 12 février 188.); la loi que je cite, bien qu’absolument transitoire et prise en vue de circonstances exceptionnelles, n’en est pas moins un fait montrant combien est gênante cette prohibition, et fait voir que, dès qu’on veut faire une chose grande et d’utilité générale, on est forcé d’en suspendre l’action. C’est un pas dans la voie que j’avais indiquée, bien petit il est vrai, et sur lequel on reviendra bientôt; mais le sage sait se contenter de peu.
- J’ai appris avec plaisir que l’intelligente initiative de M. Armengaud jeune avait beaucoup contribué à l’utile mesure qui a été prise; M. Armengaud jeune est expert en ces matières, je voudrais pouvoir un jour compter sur son appui pour faire rendre définitive la décision qu’il a fait prendre à titre provisoire.
- , ' FRANK GÉRALDY.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Les foyers électriques à la Fête du 14 juillet.
- Beaucoup moins d’électricité que l’année dernière. On semble se réserver pour l’Exposition; cependant il y avait quelques éclairages intéressants. Le long des boulevards, on remarquait, entre le Vaudeville et le passage de l’Opéra, sept lampes du système nouveau de M. Million, animées par une machine de M. de Méritens. Au carrefour de la rue de Richelieu, huit foyers de la lampe-soleil étaient réunis sous un seul réflecteur et placés sur un meme circuit. A l’Opéra, M. Duboscq éclairait la loggia à l’intérieur, comme l’anncc dernière ; l’effet était original et gai. M. Scrrin, de sa maison, faisait des projections lumineuses sur la place de la République. Sur le boulevard de Strasbourg, sept foyers munis de bougies Jablochkoll éclairaient le bal des Classes laborieuses ; elles étaient allumées par une machine Siemens et marchaient fort bien.
- Au n° 17 de la rue des Martyrs, où se trouve son usine, la lumière Werdermann montrait un groupe de quatre foyers au-dessus de la porte.
- Enfin, dans le lointain, on voyait les tours du Trocadéro couronnées chacune de douze foyers Jablochkoff, animés par des machines Siemens; l’effet, surtout de loin, était très frappant.
- C’est tout ce qu’on peut citer ; il n’y avait rien à Notre-Dame; on a regretté la belle et originale décoration de l’an dernier. Rien non plus au Luxembourg; rien au bois de Boulogne; en somme, on le voit, beaucoup moins d’électricité que l’année dernière.
- Mesure absolue des courants par l’électrolyse.
- M. Mascart a présenté à l’Académie, dans sa séance du u juillet, la note suivante sur la mesure absolue des courants par l’électrolyse.
- « Après avoir introduit dans la Science un système de mesures absolues pour l’évaluation des grandeurs électriques, Weber a déterminé l’équivalent électrochimique de l’eau, c’est-à-dire le poids d’eau décomposée en une seconde par un courant dont l’intensité électromagnétique est égale à l’unité. En prenant comme unités le millimètre et la masse du milligramme, il a trouvé ainsi : o mgr, 009876.
- « Cette expérience a été répétée par divers phy siciens, entre autres par MM. Joule, Bunsen, Cas-selman, Cazin et Kohlraush; mais les résultats obtenus présentent des discordances qui dépassent 1 pour 100 de part et d’autre du nombre de Weber, et il peut rester quelques doutes sur la valeur exacte que l’on doit adopter aujourd’hui. J'ai été amené à reprendre cette détermination importante
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- au point de vue des mesures absolues, et j’ai pris plusieurs dispositions nouvelles pour éliminer le plus possible les causes d’erreur qu’elle comporte.
- « L’expérience comprend deux parties distinctes : la mesure chimique et la mesure électrique du courant. Pour la première, j’ai cherché d’abord dans quelles conditions il convenait de se placer pour obtenir exactement le poids de l’eau décomposée par électrolyse. Après avoir essayé différentes méthodes sur lesquelles il serait trop long d’insister, je crois que la plus précise consiste à placer dans le vide un voltamètre dont le liquide est rendu conducteur par l’acide phosphorique, avec des électrodes formées de fils fins en platine; on récolte les gaz par une pompe à mercure et on en mesure le volume à l’état sec. Dans ces conditions, il ne se forme pas de traces sensibles d'ozone, comme l’a reconnu M. Berthelot, et il n’y a aucune perte de gaz, soit par condensation sur les électrodes, soit par dissolution et diffusion dans le liquide ; les nombres ainsi obtenus sont parfaitement d’accord avec ceux que donnent les pesées directes de métaux.
- « Toutefois, il est plus commode d’avoir recours à des pesées : le dépôt de cuivre dans une dissolution de sulfate de cuivre et celui de l’argent dans l’azotate d'argent, donnent des résultats très exacts. L’argent est préférable, parce que, si l’expérience est bien conduite, avec des courants relativement faibles, on peut déterminer aussi la perte de poids de l’électrode soluble, et les deux nombres sont égaux à i/iooo près, ce qui fournit un contrôle très précieux.
- « Dans les expériences antérieures, la mesure électrique du courant a été faite le plus souvent au moyen d’une boussole des tangentes, ou au moins par des méthodes qui exigeaient la connaissance de la composante horizontale de la force magnétique terrestre. L’intervention du magnétisme est ici un intermédiaire qui complique inutilement les expériences.
- « J'ai employé une sorte d’électro-dynamomètre qui comprend deux larges bobines plates disposées horizontalement et une longue bobine cylindrique suspendue à un plateau de balance. La base inférieure de la bobine mobile se tient dans le plan de symétrie des deux premières, où l’action réciproque passe par une valeur maximum, ce qui donne une grande stabilité à l’équilibre. L’entrée et la sortie du courant, pour la bobine mobile, avaient lieu par des fils fins de platine contournés en hélice qui ne nuisaient pas à la sensibilité de la balance. Le fil des bobines est formé de cuivre très pur, les montures sont en bois et en carton.
- « Comme le courant éprouve une variation continue, qui était d'environ 1/400 par minute, on notait les époques successives auxquelles l’équilibre avait
- lieu pour des charges variant de îomgr, et il était facile d'en déduire la valeurmovenne par une courbe graphique. Enfin, on déterminait l’équilibre de la balance sans courant, avant le début, au milieu et à la fin de chaque expérience, afin d’éliminer l’effet très faible dû à réchauffement des bobines.
- « Le poids d’argent a varié de 7oomgr à goomgr dans des expériences qui duraient de vingt-cinq à quarante-cinq minutes, et l’action sur la balance était comprise entre i5oomgf et 4ooomgr. Cette action P est proportionnelle au carré du poids p d’argent déposé .par unité de temps. J’ai trouvé,
- ./p
- par exemple, pour le rapport avec de l’argent
- •> P
- très pur que je dois à l’obligeance de M. Debray, les nombres suivants :
- 132,90
- 132,82
- 132.79
- 132.80
- 132,94
- Moyenne... 132,85
- « Si l’on suppose les spires des bobines plates de même rayon et dans le même plan, la section du cylindre mobile très petite et sa longueur très grande, l’intensité du courant s’exprime simplement en fonction des longueurs des fils, des nombres de tours, de la longueur du cylindre et de l’action exercée sur la balance. Le calcul est un peu long quand on veut tenir compte de la section du paquet de fils dans les bobines plates, du rayon de la bobine cylindrique et de l’action exercée sur la face supérieure, mais il ne présente pas de difficultés. La correction qu’il fallait apporter à l’évaluation approchée dans mon appareil n’atteint pas 1/100, ce qui permet de faire le calcul très exactement par les premiers termes des développements en série. Avec le nombre 107,g3, donné par M. Stas pour l’équivalent de l’argent, et en adoptant les unités de Weber, j’ai trouvé que l’équivalent électrochimique de l’eau a pour valeur omgr,oog373. Ce résultat me paraît exact à moins de 1/1000, et l’on voit qu’il est presque identique à celui que Weber a donné pour la première fois.
- « Si l’on adopte, au contraire, les unités pratiques de l’Association britannique, il en résulte qu’un courant, dont 1 intensité électromagnétique est représentée par 1 weber, décompose en une seconde un poids d’eau égal à o'ngr,09373 ou, plus généraient nt, une fraction égale à 0,010415 de l’équivalent d’un corps exprimé en milligrammes. L’intensité du courant capable de produire en une seconde l’élec-trolyse de iéq d'un corps exprimé en milligrammes serait donc égale à g6"',oi ou sensiblement g6 webers. »
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- iog
- Induction électrique résultant de l’étirement.
- M. S.-W. Robinson (de l’Ohio) vient de publier une note sur l’induction électrique résultant de l’étirement d’une barre magnétique, note que différents journaux scientifiques ont reproduite sans s’apercevoir que ces expériences avaient déjà été entreprises par plusieurs savants. Il commence d’abord par un exposé des travaux de MM. Joule et Dolbear sur les effets d’élongation produits par la magnétisation du fer, et il est étonné d’avoir trouvé des résultats contradictoires. S’il eut été plus au courant de la. question, il aurait pu avoir des données plus complètes en se reportant aux travaux de MM. Righi et Hughes et aux expériences de MM. Ader, Desportes, Trêve, Gaiffe, etc., que nous avons publiées dans La Lumière Électrique, tome II, p. 270, 309; tome III, p. 265, 278, 289, 296, 334, 401, 425. M. Hughes, surtout, a traité la question d’une manière beaucoup plus complète, et nous sommes toujours étonnés de la naïveté de certains journalistes scientifiques qui insèrent, sans réclamation aucune, tout ce qu’on leur envoie. Parmi les expériences citées par M. Robinson, il en est une qui montre une fois de plus combien on est en général peu au courant des actions magnétiques. Il s'étonne, comme étant contraire à la théorie, qu’une hélice placée à l’extrémité d’un barreau de fer très faiblement aimanté, donne moins de son qu’étant placée au milieu, ce qui, suivant lui, exclue l’hypoLhèse que les sons sont dus à des déplacements longitudinaux des molécules magnétiques, puisque,, à ce point milieu, les mouvements devraient être nuis. Il croit, en conséquence, que ces effets sont dus plutôt à l’effort vibratoire qu’aux déplacements moléculaires, et, pour le prouver, il a disposé l’expérience de la manière suivante :
- Il prenait par le milieu une barre de fer de 3 pieds de long, et d'un quart ou d’un demi-pouce de diamètre, et il faisait voyager sur une des moitiés une bobine d'induction de 3 pouces de longueur reliée à un téléphone. On mettait la barre en vibration longitudinale en appliquant à une de ses extrémités des coups de maillet; dans ces conditions, les sons les plus forts étaient obtenus au milieu de la bobine, et on pouvait distinguer des sons dus aux vibrations transversales et aux vibrations longitudinales. On soumit ensuite la barre à l’action d’un étirement mécanique, et on put reconnaître que, pendant tout le temps de l’étirement, il se développait dans la bobine un courant capable de produire une déviation galvanométrique permanente ; de plus, après l’action produite, il fut aisé de reconnaître que le barreau s’était magnétisé lui-mème. Ce résultat avait été signalé depuis longtemps par M. Hughes. Des effets de compression produits sur la barre donnèrent des résultats analogues, mais moins énergiques. Des barreaux d’acier, non
- magnétisés, donnèrent des effets semblables; mais, avec d’autres métaux, ces effets ne purent être obtenus.
- M. Robinson croit pouvoir déduire de ces expériences les conclusions suivantes: i°que les déductions de Joule sur la détorsion des barreaux de fer, sous l’influeuce de la magnétisation par le courant électrique, doit s’interpréter en sens inverse, c’est-à-dire qu’il s’opère une détorsion du barreau sous l’influence de la force mécanique du courant induit déterminé dans la bobine qui entoure le barreau; 2" que la plupart des métaux autres que les métaux magnétiques 11e peuvent déterminer aucun de ces effets, ou du moins dans une proportion très petite.
- Ceux qui ont connaissance des travaux de MM. Ader et Hughes, peuvent reconnaître que ce travail ne conduit logiquement à aucune conclusion, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur à nos articles insérés dans les numéros des i5 juillet 1880, desç, 16, 23 avril, 7 mai, net 18 juin t88t de La Lumière Electrique; nous ferons seulement observer à M. Robinson : 1° que c’est au milieu d'un barreau aimanté, c’est-à-dire suivant la ligne neutre, que les effets d’induction sont les plus énergiques ; 20 que des courants induits peuvent résulter du choc même des corps magnétiques; 3° que le déplacement seul d’une tige de fer à l'intérieur d’une hélice ne sulfit pas pour produire des courants induits, comme l’a démontré M. Ader.
- Sur l’osmose électrique.
- M, Gore vient d’étudier le passage d’un certain nombre de liquides au travers d’une cloison poreuse cous l’influence d’un courant électrique. On se rappelle que ce phénomène avait déjà été réalisé sur quelques liquides, notamment par M. Porret, dont les expériences, répétées avec une solution de sulfate de cuivre, sont devenues classiques dans les cours. Dans ce cas, il y a transport du liquide vers l’électrode négative. Dans presque tous les cas, M. Gore a trouvé que le courant imprime au liquide un mouvement dans cette môme direc ion. Il l’a constaté avec l’acide chromique, le chromate jaune de potasse, le carbonate de potasse. Une solution alcoolique saturée de bromure de barium est le seul liquide qui ait présenté un mouvement en sens inverse.
- Quand le diaphragme poreux sépare des solutions de concentrations différentes, ces solutions se comportent comme si elles étaient seules. Le mouvement est le plus marqué quand le courant va de la solution la plus étendue vers la plus concentrée. Cela est dû, sans doute, à ce que, dans ce cas, les phénomènes ordinaires d’endosmose s'ajoutent à l’action électrique.
- [Proc. Roy-Soc.)
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- Courants électriques au contact des liquides.
- M. Gore a expérimenté avec une série de verres remplis alternativement d’une solution faible ou concentrée de nitre ou de sulfate acide de cuivre et réunis par des siphons remplis aussi alternativement de la même solution faible ou concentrée. Les vases extrêmes étaient remplis de liquide concentré et contenaient des électrodes de platine en relation avec un galvanomètre. M. Gore a constaté l’existence d’un courant dirigé du liquide le plus concentré du siphon vers le liquide moins concentré du vase. Il attribue ce courant à la diffusion.
- Si on remplit tous les vases de solutions concentrées, tous les siphons de liquides étendus, et que ces derniers aient une de leurs extrémités libre et l’autre fermée par un papier parchemin, on trouve que le courant marche au travers du diaphragme de la solution concentrée vers la solution faible. Tout en relatant ces expériences, que nous trouvons décrites dans lesProceedings ofthe Royal Society of London nous ferons remarquer, que depuis longtemps, M. Becquerel père avait constaté la production des courants dans l’action l’une sur l’autre de deux solutions d’inégale concentration. La dernière expérience seule présente une certaine différence avec son mode d’opérer, mais ni les expériences de M. Gore, ni celles de M. Becquerel ne démontrent que le courant soit dû à la diffusion, plutôt qu’à des phénomènes d’hydratation.
- Appareil enregistreur des signaux du galvanomètre à miroir.
- Nous avons, dans la description que nous avons donnée du Siphon recorder de M. Thomson (voir numéro du ier janvier i88r, p. 14), indiqué les raisons pour lesquelles cet appareil avait été imaginé, et, dans le tome III de notre Exposé des applications de l’électricité, page 392, nous avons décrit un système photographique d’enregistration des déviations galvanométriques imaginé dans le même but. M. Paul Samuel, élève du génie civil de Gand, a présenté à l’Académie de Bruxelles, dans sa séance du 10 mai 1881, un appareil combiné pour résoudre le même problème, et sur lequel M. Houzeau a fait un rapport approbateur. Nous croyons, en conséquence, devoir en donner connaissance à îlos lecteurs.
- Dans ce système, les effets lumineux sont enregistrés par l’intermédiaire de deux éléments de sélénium, fixés sur les points de l’écran où se peignent les images lumineuses projetées parle galvanomètre àmiiroir. Chaque fois que l’image lumineuse est projetée sur l’un ou l’autre de ces éléments, le circuit auquel il correspond diminue de résistance, et peut, en réagissant comme le circuit d'un relais, provoquer une réaction électro-magnétique ayant pour résultat l’enregistration d’un signal, lequel signal
- suivant la manière dont il est placé sur la bande de l’enregistreur, c'est-à-dire suivant le relais qui a fonctionné, peut désigner le trait long ou le trait court de la dépêche.
- M. Paul Samuel, n’ayant qu’une médiocre confiance dans la force attractive des électro-aimants dans ces conditions, s’est arrêté à l’inscription électro-chimique ; de sorte que ce sont des fils de platine fixés aux extrémités des armatures des éleetro-aimants actionnés parles éléments de sélénium qui, en s’abaissant sur une bande de papier imbibée d’iodure de potassium et entraînée par l’appareil enregistreur à la suite d’un contact avec un cylindre de cuivre, enregistrent les passages de l’image lumineuse projetée par le galvanomètre sur l’un ou l’autre des éléments de sélénium. Si cette image a été projetée trois fois de suite, je suppose, sur l’élément de droite, le relais correspondant à l’élément de sélénium de droite sera mis en fonctions trois fois de suite et indiquera trois traitsMorse. Si, au contraire, il y a alternance de position dans ces images, les traits seront alternés dans deux positions différentes sur la bande.
- Pour faciliter la lecture, M. Paul Samuel dispose l’un des fils de platine de manière à former un trait, et l’autre de manière à ne former qu’un point ; de sorte que la seule différence que cette écriture présente avec l’écriture ordinaire Morse, c’est que les traits et les points, au lieu d’être à la suite les uns des autres, dans le sens de la longueur de la bande, sont placés les uns à côté des autres transversalement. Afin que les effets soient mieux assurés, l’auteur substitue aux rayons lumineux de la lampe ordinaire des galvanomètres à miroir, les rayons solaires ou les rayons d’une lampe Drumond.
- Les ombres électriques.
- Nous avons déjà signalé les ombres électriques obtenues par M. Holtz avec sa machine à influence. Continuant ses recherches sur ce sujet, M. Holtz a démontré que la croix lumineuse produite dans le tube de Crookes par la réaction qui suit la production d’une croix obscure, n’est pas un phénomène spécial aux espaces raréfiés.
- O11 peut, en effet, produire dans l’air le même phénomène pourvu que la pointe soit négative, tandis que le plateau opposé recouvert de soie est positif.
- Il a, en outre, étudié l’influence qu'exerce sur la formation des ombres la conductibilité du plateau. Pour cela, il a placé sous la soie, soit une plaque métallique, recouverte en partie de papier, soit une plaque de bois partiellement garnie d’étain en feuille. Il a reconnu qu’aux endroits où la conductibilité est meilleure, l’ombre, aussi bien que la portion éclairée, devient plus petite.
- Il a également opposé à la pointe, au lieu d’une
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- grande surface, des surfaces sphériques concaves ou convexes, puis des surfaces cylindriques etenfin des surfaces complexes. Les ombres furent alors modifiées dans leurs formes et les surfaces convexes et concaves présentèrent des effets opposés.
- Enlin, la pointe a été remplacée par des boules de différentes grosseurs et l’on a obtenu des ombres doubles.
- (Gœttinger Nachrichten.)
- Les piles rotatives.
- Nous trouvons dans les numéros du i5 mars et du 3i mai 1881 de la Rivista Scientifi co-industriale, un long mémoire de M. Giovanni Mocenigo sur des piles dans lesquelles la dépolarisation est produite par un mouvement rotatoire des électrodes. Il est singulier que l’on présente encore comme une nouveauté une pile de ce système. Le principe en a été, en effet, indiqué il y a plus de trente ans, par M. Ed. Becquerel; M. Erkmann, en 1859, et M. Maistre (* *), en 1864, l’ont appliqué à la construction de leurs piles. Une pile rotative a été étudiée, en 1879, par M. Reynier (2), et nous en avons vu dernièrement- une qu’avait construit M. de Combettes, sans penser un instant à la donner comme quelque chose de nouveau.
- Comme cette dernière et comme celle qu’a étudiée M. Reynier, la pile de M. Mocenigo se compose de disques alternativement zinc et cuivre, montés sur un axe horizontal et plongeant dans une auge cloisonnée placée en dessous. Ces disques ne baignent donc que partiellement dans le liquide ; ils sont mis en mouvement par un moteur électrique des plus primitifs et des moins avantageux. Dans une autre disposition, la cuve, qui n’est plus cloisonnée, contient un cylindre de bois garni d’anneaux de drap qui, pendant le mouvement de rotation, s’imprègnent constamment de liquide. Un autre cylindre, placé au-dessus du premier, est garni d'anneaux métalliques, alternativement cuivre et zinc, réunis intérieurement deux à deux. Ces couples annulaires, entraînés dans le mouvement de rotation du premier cylindre, touchent continuellement par un de leurs points les anneaux de drap mouillés d’eau acidulée. Il en résulte une pile d assez grande résistance, mais que le mouvement dépolaiise sans cesse.
- Nous ne croyons pas qu’il y ait dans cette complication un avantage quelconque sur la disposition ordinaire de la pile rotative. Quant à cette dernière, si elle peut rendre des services, ce n’est pas, selon nous, tant qu’on sera obligé d’employer une partie de son énergie à faire tourner les électrodes, mais seulement dans les cas où ce mouvement pourra être produit par une force perdue quelconque.
- (*) Exposé des applications de l’électricité, t. II, p. 354-
- (*) Lumière Electrique 1879, p. 114.
- FAITS DIVERS
- Éclairage électrique.
- Des expériences d’éclairage électrique ont été faites la semaine dernière à Versailles. M. Ferdinand Fanta, de Sèvres, qui a déjà fait installer la lumière électrique à la grande brasserie des Caves du Roi, à Sèvres, où les bougies Jamin et Jablochkoff sont employées concurremment, voulant se rendre compte des difficultés pratiques d’une installation rapide d’éclairage électrique et étudier en même temps le rendement possible des machines usuelles pour des travaux de nuit en plein air, a prié MM. Suisse et Henri Liep-mann d’installer deux machines Gramme sur l’avenue de Saint-Cloud et une machine Méritens dans les ateliers de M. Cerf, rue Duplessis, à Versailles. Les machines Gramme étaient mues par une locomobile destiné au concours agricole de Versailles, la machine Méritens était mise en mouvement par le plus petit des deux moteurs à vapeur journellement employés chez M. Cerf à faire mouvoir les presses typographiques. On aainsi éclairé à deux reprises l’avenue de Saint-Cloud, la rue Duplessis et la rue de la Pompe au moyen de régulateurs des systèmesSerrinet Suisse. Au moyen de réflecteurs, le jet lumineux pouvait être envoyé dans toutes les directions.
- La plus brillante expérience a consisté en ceci : la lampe électrique étant placée sur un mât en face de la rue Duplessis et le réflecteur étant convenablement incliné, un véritable soleil éblouissant, est venu en quelque sorte s’abattre sur toute la longueur de la rue. Cette lumière qu’on peut évaluer à cent cinquante becs Carcel, était telle que l’on pouvait, étant placé à côté du kiosque des tramways, près de Clagny (1.100 mètres de distance du foyer) lire un journal sans aucune fatigue. Pendant ce temps, une lampe, dont la lumière était tamisée par un globe dépoli, éclairait parfaitement tous les environs du carrefour de l’avenue de Saint-Cloud. Pour une soirée de quatre heures, on a calculé qu’il avait été consommé à peu près cent vingt-cinq kilos de charbon, soit six francs de combustible.
- Les deux lampes installées dans la rue Duplessis, en face de l’imprimerie Cerf, ont donné des résultats moins brillants, le temps ayant fait défaut pour régler convenablement les appareils de M. Suisse.
- Holy r ood, l’antique château qui fut le séjour des rois d'Ecosse et de Marie Stuart et qui se trouve à l’une des extrémités d’Edimbourg, va être éclairé à la lumière'électrique à l’occasion de la visite de la reine d’Angleterre qui doit y passer un mois. Toute la façade donnant sur la place où l’on voit une élégante fontaine élevée par les soins du prince Albert, sur le modèle de celle de Linlithgow, sera éclairée par l’électricité. Des hauteurs d’Arthur’s Seat, d’où l’on découvre un admirable panorama sur Edimbourg, les vallées, les collines et le golfe de Forth, le coup d’œ.l sera chaque soir véritablement féerique..
- Samedi dernier pour la première fois, l’Alexandra Palace et une partie des promenades de Muswell Hill, près de Londres, ont été éclairés au moyen de seize lumières électriques Brush.
- On s’occupe de nouveau, à New-York, de la question de l’éclairage des parcs. M. Hayes, au nom de la Compagnie d’éclairage électrique Brush a proposé aux comm ssaires des parcs métropolitains d’éclairer le Centra!-Parc au moyen de six mâts en fer d’une hauteur de 2S0 pieds; chacun de ces mâts aurait six lumières électriques, d’un pouvoir éclairant
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- de six mille bougies, soit 36.ooo bougies par mât, et 2 j6.000 J pour les six mûts.
- Par ce procédé, on aurait un éclairage parfait non seulement des parcs, mais de beaucoup de rues du voisinage.
- UElectrician de Londres apprend que la Canadian Elec-trician Lighting Company a passé un contrat pour l’éclairage des nouveaux offices du gouvernement à Québec.
- A l'inauguration du Congrès d’Economie domestique qui vient de s'ouvrir à Londres, à Albert Hall, les jardins de la Société d'horticulture, sont éclairés par la lumière électrique.
- Le comité du club le Royal Thames Yacht, à Londres, vient de prendre des dispositions pour des essais d'éclairage de ce cercle au moyen de l'électricité.
- Téléphonie.
- A l'Exposition internationale des patentes, à Francfort-sur-le-Mein, on a remarqué une installation téléphonique due à rM. Brandt, ingénieur représentant de la Compagnie du téléphone Bell qui, comme dans les expériences de MM. Pato-chi, Crossley, Ader, permet d'entendre à distance des chants et des concerts. M. Brandt a, en effet, fait disposer dans un petit pavillon de concert, un téléphone dont les fils aboutissent à Sun exposition collective dans le batiment principal où l'on peut, grâce à cette installation, parfaitement entendre la belle musique de l’orchestre Bilse. L'effet a été très satisfaisant, surtout dans les passages de solo dont pas une note n’est perdue. Les applaudissements qui suivent* chaque morceau retentissent avec une force telle, que l’on croit être au milieu des personnes qui applaudissent.
- Un journal allemand vient de signaler un nouvel emploi du téléphone. Dans les récents projets qui ont été étudies en Allemagne, on a reconnu que rétablissement de lignes télégraphiques était indispensable pour avertir réciproquement les éclusiers ou garde-écluses. Mais, la simplicité beaucoup plus grande du téléphone, dont l’emploi ne nécessite pas d’appareils compliqués, devait lui assurer l’avantage sur le télégraphe. Aussi ne peut-on accueillir qu'avec satisfaction la nouvelle suivante que le Schiff reçoit de Spandau ; Le téléphone va maintenant être utilisé en Allemagne pour le service des bassins, canaux et de la navigation intérieure. Pour commencer, on va établir une communication téléphonique depuis l'écluse de'Hohcnnsaaten, où le canal Finow aboutit a l’Oder, jusqu'à l'écluse de Spandau. Cette ligne téléphonique, d’une longueur d'environ 100 kilomètres, reliera entre elles 18 écluses du canal Finow et de l'IIavel, depuis Liebcnwald jusqu’à Spandau, ainsi que les habitations des éclusiers qui se trouvent le long du parcours.
- La Société générale italienne des Téléphones installe des réseaux ‘téléphoniques dans les grandes villes d’Italie : Rome, Milan, Turin, Naples, Gènes. Le service téléphonique de Rome vient de commencer à fonctionner. La Société générale italienne des Téléphones accorde, puur un mois, l'usage gratuit d'un appareil, à la simple condition de donner, après un mois d’essai, avis à la Société dans le cas où l’on 11e voudrait pas s’abonner. Pour ce mois d'essai, la Société se charge de tous les frais d’installation des appareils et des dégâts de communications.
- A Bordeaux, les installations téléphoniques continuent à prendre de l’extension. Outre les abonnements que nous avons déjà signalés, la Chambre de commerce vient de souscrire. Plusieurs locaux dépendant de cette dernière administration sont reliés au bureau central. En outre, la Chambre de commerce a fait disposer à la Bourse un bureau spécial où chacun, sur la présentation de sa carte d'abonné, peut être mis en communication avec les autres abonnés.
- À Christiania, capitale de la Norvège, le téléphone fonctionne depuis plus d’un an. La station centrale a été établie par M. Hugo Ullitz à la suite d'arrangements avec la Compagnie du docteur Bell. L'appareil dont 011 se sert est le microphone Blake. Le service est fait, à la station centrale, par des femmes
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- A Christchurch (Nouvelle-Zélande), un réseau téléphonique vient d’être établi à la suite d'une entente entre les principales maisons de commerce de la ville, qui se sont engagées à payer chacune 17 livres sterling et 10 shillings.
- Le téléphone est empiO)ré actuellement, d’une manière très étendue, dans les districts houillcrs situés entre Reading et Pottsville aux Etats-Unis, et l’on achève une nouvelle ligne qui aboutira à Philadelphie.
- Le téléphone vient de pénétrer dans les ÜesFidgi, au sud de l’Australie. Une ligne téléphonique y a été installée dernièrement, sur des plantations de sucre, où elle rend de grands services.
- ^WVWVWWW^)
- Une école de téléphonie {Téléphoné Training Schooi) vient d’être fondée à Londres.
- Nouvelles électriques.
- Le nouveau câble transatlantique construit par MM. Siemens frères, vient d’être posé. Ce câble relie Sennen Covc Land’s End (Angleterre) avec Dover Bay (Nouvelle-Ecosse). Sa longueur est de 2.5oo milles marins.
- M. le docteur F.-L. Freeman, examinateur en chef de la division de la lumière électrique du Patent-Office, à Washington, est l’un des commissaires élus pour représenter les Etats-Unis à l'Exposition internationale d’électricité de Paris.
- D’après le Scienlijtc American, on a accordé jusqu'ici, aux Etats-Unis, i75brevcts relatifs à la lumière électrique‘et il y a encore en ce moment 3oo demandes de brevets relatives au même sujet. Si on considère, dit ce journal, le grand nombre de brevets actuellement existant, et qui se rapportent aux appareils'télégraphiques, téléphones, sonneries, piles, commutateurs, etc., on voit que le bureaudes brevets de Washington devient de plus en plus un grand magasin de nouveautés électriques, et que cette brandie des applications scientifiques a déjà pris une très grande extension. ,
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris — Typographie À. Lahurc, 9, rue de Fleuras. — 3619.
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- La Lumière Electrique
- journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. Tu. DU MONCEL
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3» ANNÉE MERCREDI 27 JUILLET 1881 N° 34
- SOMMAIRE
- Le duplex harmonique de M. E. Gray; Th. du Monccl. — Recherches sur les piles (3* article); Dr A. d’Arsonval. — L’électricité à la guerre; F. Géraldy. — La pile Planté dans son application aux freins électriques; A. Achard. — Nouvel appareil télégraphique; E. George. — Revue des travaux récents en électricité : Lampe différentielle de M. Schuckert. — Action des solénoïdcs dans leur emploi pour les lampes électriques. — Action chimique dans un champ magnétique. — Correspondance : Lettre de M. Tchi-koleff. — Lettre de M. A. Gravier. — Faits divers.
- LE DUPLEX HARMONIQUE
- DE M. E. GRAY (Voir le n° du 20 juillet.)
- Le second système de télégraphe harmonique de M. Elisha Gray, que nous avons mentionné dans notre précédent article, a pour objet d’utiliser un fil conducteur ordinaire interrompu, desservant un certain nombre de bureaux intermédiaires, de manière à en faire un fil continu susceptible de transmettre les correspondances échangées entre les stations extrêmes par deux systèmes télégraphiques différents, fonctionnant simultanément. C’est en quelque sorte un duplex d’une nouvelle disposition qui a l’avantage de pouvoir être appliqué sur toutes les lignes déjà en service, et sans changer leur organisation.
- Le problème était assez difficile à résoudre sur les longues lignes, et ce n’est qu’après de nombreux essais qu’il put être résolu d’une manière tout à fait satisfaisante. Sans entrer dans les détails de tous les essais que M. Elisha Gray donne dans son mémoire, lu à la Société des Ingénieurs télégraphiques de Londres dans sa séance du 12 décembre 1877, nous allons indiquer le système tel qu’il a été expérimenté en Amérique, entre Chicago et Dubuque, tel qu’il a figuré à l’Exposition de 1878 et tel qu’il est exploité actuellement en Amérique.
- Le fil allant de Chicago à Dubuque s’étendait sur une longueur de 189 milles et desservait dix-sept bureaux intermédiaires fonctionnant avec des appa-
- reils Morse. Or, ces bureaux ont pu correspondre entre eux comme à l’ordinaire, sans troubler en quoi que ce soit le travail effectué entre Chicago et Dubuque, au moyen du double système.
- La disposition du système est indiquée dans la figure ci-dessous qui représente la combinaison des appareils pour un seul des postes extrêmes. L’autre poste est disposé exactement de la même manière, et rien n’est changé à la disposition des postes intermédiaires, sauf qu’on y a ajouté un rhéostat et un condensateur. L’ensemble des appareils de ces postes est exactement représenté dans la partie de la figure que l’on distingue à droite.
- Chacune des stations extrêmes comporte donc deux séries d’appareils que nous avons disposés en deux groupes, de manière à ce qu’on puisse aisément distinguer ceux qui appartiennnent aux transmissions harmoniques de ceux qui appartiennent aux transmissions Morse. Ces derniers sont à droite, les premiers à gauche. Les appareils pour les transmissions harmoniques sont les suivants : i° une clef Morse du système Gray C, servant, d’organe manipulateur ; 20 un relais transmetteur M, agissant sur deux circuits issus de la pile de ligne P, l’un passant par le récepteur harmonique A et un rhéostat R, l’autre traversant le vibrateur V; ces deux circuits sont équilibrés et correspondent tous deux à la ligne L'; 3° un récepteur harmonique A, dit analyseur, qui réagit sur un parleur ou sur un relais local r, et par suite sur un Morse m\ 40 un vibrateur Y analogue à celui que nous avons décrit dans notre précédent article, et qui doit être réglé pour vibrer synchroniquement avec l’analyseur; 5° un rhéostat R pour équilibrer la résistance des deux circuits dérivés en A et en V.
- Les appareils pour les transmissions Morse se composent i° d’une clef Morse C' avecconjoncteur ; 2° d’un relais Morse ordinaire B formant parleur ou agissant sur un Morse D ; 3° d’un rhéostat R' sur lequel on développe une forte résistance de six mille ohms environ ; 40 d’un condensateur K dont l’action parait être d’empêcher les vibrations des courants interrompus d’affecter les relais Morse, mais qui est, à ce qu’il paraît, indispensable au bon fonctionnement des appareils.
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- ' Une grande pile de ligne P réunie .au fil du circuit d’une manière inverse aux deux stations, complète avec cinq piles locales p, p', p",p'", p""> le système. Toutefois, deux de ces piles peuvent être évitées quand on reçoit avec des parleurs seulement, comme cela a généralement lieu en Amérique. Nous ajouterons encore qu’en temps ordinaire, le courant circule d’une manière continue à travers le circuit, et l’échange des dépêches s’effectue, par conséquent, sur ouvertures du circuit, comme cela a lieu dans les transmissions à circuit fermé, et c’est pour cette raison que les déux piles aux postes extrêmes sont réunies au circuit par leurs pôles opposés.
- Le récepteur harmonique employé dans ce système, a dû nécessairement être disposé d’une manière particulière et différente de celle que nous avons décrite dans le précédent article. Il se com-
- Quand l’employé préposé à la station Morse doit correspondre, il retire d’abord la communication directe établie sur sa clef C', et manœuvre cette clef comme à l’ordinaire, Les effets produits s’effectuent alors comme dans les transmissions Morse à circuit fermé, car la dérivation établie à travers le rhéostat R' est si résistante qu’elle équivaut à une ouverture de courant; les appareils sont d’ailleurs réglés en conséquence. Le chemin parcouru par le courant à travers les appareils du système harmonique est alors le suivant : pile de ligne P, analyseur A, rhéostat R, armature de l’électro-aimant transmetteur M, contact c, relais B, clef C' ou rhéostat R', ligne L. Arrivé aux stations intermédiaires, il en traverse les appareils comme à la station expéditrice, et, parvenu à la station extrême, il suit exactement le même chemin qu’à la première station pour arri-
- pose d’un électro-aimant dont l’armature est fixée sur un de ses pôles et disposée de manière à constituer une lame vibrante de diapason. Cette lame est réglée de manière à effectuer trois cents vibrations par seconde (pour un circuit de i .000 ohms), et au-dessus d’elle se trouve adapté un petit levier a qui constitue rhéotome, en atteignant par un de de ses bouts un contact placé au-dessous de lui. Au repos, le bout libre de ce levier appuie sur l’extrémité de l’armature vibrante; mais quand celle-ci vibre, ce levier se trouve constamment repoussé en haut et établit un contact de pile locale p" qui fait fonctionner un parleur ou un relais r dont l’action est en rapport avec la durée des courants interrompus fransmis. Ce relais peut alors faire réagir, sous l’influence d’une autre pile locale p"', un télégraphe Morse m. Cette disposition a été donnée aux receveurs de sons du télégraphe harmonique que nous avons décrits précédemment.
- Voici maintenant comment fonctionnent ces appareils :
- ver au pôle négatif de la pile de ligne qui le conduit en terre. Le circuit se trouve donc complet, et les transmissions en court et en long circuit effectuées avec la clef C' affectent tous les appareils Morse de toutes les stations sans faire réagir les appareils harmoniques, car il n’y a que les courants fournissant trois cents interruptions par seconde qui peuvent les affecter. Un premier signal, du reste, prévient à quelle station la dépêche transmise est destinée, et d’où vient cette dépêche. Voyons maintenant comment l’employé du télégraphe harmonique va correspondre, en supposant d’abord les Morse inactifs.
- Il manœuvrera alors la clef C, et sous l’influence de la pile locale p\ il fera répéter à l’électro-aimant M tous les mouvements de cette clef, d’où il résultera que l’armature de cet électro-aimant M, mettra la ligne L en rapport avec le circuit de l’analyseur A ou le circuit du vibrateur V (par les conjoucteurs c et b), suivant que la clef C sera sur contact ou en dehors du contact. Quand l’électro-aimant Mue sera
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- pas actif, un courant continu traversera la ligne en suivant le chemin que nous avons déjà étudié; mais quand il se trouvera animé par le courant de la pile p', le courant de la pile P interrompu en e par le vibrateur V, traversera le circuit X, la ligne L et les relais Morse qu’il animera comme s’il n’était pas interrompu, puisque les deux circuits dérivés de la pile et qui aboutissent en L sont réglés en conséquence et que la clef O est supposée alors abaissée. Enfin, il arrivera aux appareils du poste extrême, réagissant cette fois sur l’analyseur A, qui produira alors les signaux sur le relais r, ainsi que nous l’avons indiqué précédemment.
- Rien donc de plus facile à comprendre que le fonctionnement du système quand les appareils réagissent séparément; mais quand ils fonctionnent simultanément, les elfets sont plus compliqués, et il importe de considérer alors comment le courant peut agir sur les deux systèmes à la fois.
- Dans ces conditions, la clef C est abaissée et la clef C' est soulevée ; par conséquent le courant de ligne passant par le vibrateur et la dérivation X, se trouve affaibli à chaque station Morse par une dérivation très résistante, constituée par le rhéostat R' qu’il est obligé de traverser et qui devrait le rendre incapable de faire réagir l’analyseur A de la'station opposée. Pourtant il n’en est pas ainsi, et, suivant M. Elisha Gray, ce serait les condensateurs K qui compenseraient les effets dus à l’intervention des dérivations en R'. Quel est l’effet physique qui est enjeu dans cette action?... C’est une question encore obscure ; mais le résultat est indiscutable, et- c’est grâce à ces condensateurs que la solution du problème a pu être obtenue (‘j. Toujours est-il que, dans le cas en question, les deux analyseurs sont mis en action comme s’ils fonctionnaient séparément, et. que les relais Morse, agissant sous l’influence des affaiblissements de l’intensité électrique déterminés par le soulèvement des clefs C', mettent en action au même moment les appareils Morse qui leur correspondent. Le problème de la double transmission se trouve donc alors résolu comme avec les duplex ordinaires.
- Un autre avantage résulte encore de l’emploi du condensateur K, c’est qu’il empêche les courants interrompus transmis par le vibrateur d’impressionner les relais Morse, et cela se conçoit aisément si l’on considère que le relais se trouvant interposé dans le circuit du condensateur, celui-ci détermine des courants de décharge au moment des interruptions du courant de la pile, et ces courants continuent l’action de ce dernier.
- (‘) Suivant M. Elisha Gray, cet effet de renforcement du condensateur proviendrait de ce que le courant s’écoulant plus difficilement à travers la dérivation IV qu’à travers la clef, chargerait et déchargerait plus complètement les condensateurs qui alors pourraient exercer une action effective sans accroissement de la force électrique du générateur.
- M. Elisha Gray prétend que les avantages de ce système de duplex sur les autres sont nombreux : « i° Le duplex ordinaire, dit-il, ne peut-être appliqué qu’à certaines lignes et ne donne aucune facilité pour le travail, tandis que le précédent est applicable à toutes les lignes existantes ; e° dans le système de duplex ordinaire, les dépêches ne peuvent être, expédiées simultanément que dans des directions, opposées. Or, avec celui que nous venons de décrire, on peut les transmettre dans la même direction ou en sens opposé, suivant les besoins; 3° dans le duplex ordinaire, quand l’employé qui reçoit désire interrompre la dépêche qui lui est expédiée, il est nécessaire qu’on interrompe l’expédition de cette dernière, et quatre personnes se trouvent de cette manière réduites à l’inaction. Or, dans le système précédent, chaque employé qui reçoit peut interrompre son correspondant sans que les autres, employés soient arrêtés et s’aperçoivent même de l’arrêt. Il y a donc moins de temps perdu et plus de dépêches expédiées. »
- En réalité, les appareils que nous avons indiqués sur notre figure ont une forme un peu différente ; ainsi, dans le relais transmetteur M, c’est une traverse adaptée au levier de l’armature qui établit la fermeture en b par un double contact, et le contact en c est disposé comme sur la clef C. La disposition de tous les relais est nouvelle et très différente des nôtres ; mais comme la représentation exacte de tous ces appareils aurait compliqué notre figure et l’aurait fendue inintelligible, nous avons préféré en faire plutôt une figure théorique.
- TII. DU MONCEL.
- RECHERCHES SUR LES PILES
- 3e article (voiries n"* des 3 et 23'avril).
- Les générateurs électro-mécaniques (j’emploie ce terme pour embrasser sous une même dénomination les machines magnéto et dynamo-électriques), la machine Gramme en tête, permettent de transformer très aisément et très économiquement la force mécanique en électricité. Jusqu’ici cette électricité n’a été employée que pour l’éclairage et la galvanoplastie. Ces deux applications sont bien peu de chose auprès.de celles que nous réserve l’avenir. Le problème inverse, qui consiste à transformer l’électricité en travail, est de beaucoup le plus important. Heureusement que tous ces générateurs sont réversibles, ce qui simplifie le problème. A part les expériences de Scrmaize et le chemin de fer de Berlin, il y a eu peu de chose de fait encore dans cette voie; on s’est borné jusqu’à présent à emprunter la force à une machine à vapeur et à transporter cette force à distance, soit à l’aide de la machine Gramme, soit avec la machine Siemens.
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- Ainsi obtenu, le travail par l’électricité devient beaucoup plus coûteux que par la machine à vapeur employée directement. Cette double transformation entraîne une perte de plus de 5o pour ioo.
- Dans ces conditions^l’électricité joue simplement le rôle d'une courroie de transmission, d’un câble télédynamique, et encore d’un mauvais câble qui ne va pas plus loin que le câble de Hirn et qui absorbe les 213 du travail moteur.
- En outre, dans les conditions mauvaises où on s’est placé, il faut, pour transmettre l’électricité, de véritables barres de cuivre pour atteindre une distance de moins d’un kilomètre (expériences de Ser-maize).
- La transmission du travail de la machine à vapeur en masse et à distance par l’électricité serait loin de constituer une économie. Il n’en est pas de même si on veut employer en même temps l’électricité à diviser le travail de la machine à vapeur.
- L’électricité, malgré la perte qu’elle entraîne, est alors le seul moyen économique et simple d’arriver à ce résultat, car la machine à vapeur ne devient économique que pour la production des grandes forces. Si on veut l’appliquer comme moteur domestique développant une force seulement de quelques kilogrammètres, son rendement devient insignifiant.
- 1 Transporter à courte distance la force d’une machine à vapeur ou d’un moteur à gaz, et subdiviser cette force par kilogrammètres suivant les besoins, tel est le problème dont M. Marcel Deprez a donné une solution aussi simple qu’élégante. Ajoutez à cela que tous ces petits moteurs sont indépendants, qu’ils ne s’influencent en rien ni en marche ni au repos, et cela sans régulateur d’aucune espèce, avec une machine Gramme légèrement modifiée. Voilà donc un premier problème complètement résolu et dont les beaux résultats pourront se voir à l’Exposition.
- Quant au transport en masse de la force, sans nécessité de subdivision, la solution de ce problème est appelée à révolutionner complètement toute l’industrie. C’est tout simplement l’utilisation des forces naturelles (vent, chutes d'eau, marée, etc...); la force donnée à profusion et gratuitement, la suppression, en un mot, de la machine à vapeur et de l’énergie due à la combustion du charbon.
- Aussitôt après l’apparition de la machine Gramme, cette idée s’imposait d'elle-même, j’y ai appelé ailleurs l’attention du public (*). Je suis étonné qu’on n’ait pas réalisé cette application à l’Exposition d’électricité. Qu’est-ce qui empêchait d’établir à l’éçluse de la Monnaie, par exemple, qui représente au moins 2,000 chevaux de force, une turbine ou une roue dont on aurait transporté la force au palais de l'Industrie par un fil télégraphique?
- Pourquoi cette âpplication capitale n’a-t-elle été encore tentée nulle part, sur aucun fleuve, auprès d’aucune chute d’eau? J’avoue que je ne le comprends pas. Est-ce la peur de ne pouvoir franchir que de courtes distances? ou la nécessité d’employer des conducteurs très peu résistants?... Croit-on enfin ne pouvoir transporter que de faibles forces?
- Mais M. Deprez m’a montré depuis longtemps déjà que toutes ces craintes étaient illusoires; qu’un simple fil télégraphique de 4 millimètres transporterait quand on le voudrait une force de i5 chevaux à 5o kilomètres. On en recueillerait 10 à l’arrivée; mais on peut faire beaucoup plus d’après lui, et la force qu’on peut développer ainsi n’a pas de limites. Il ne m’appartient pas de faire connaître les moyens employés pour arriver à ce résultat; je me contente de dire que leur précision n’a d’égale que leur simplicité. J’espère que l’auteur ne tardera pas d’ailleurs à publier ici des résultats qu’il n’a montrés qu’à un tout petit nombre d’amis et dont les conséquences futures ont une valeur incalculable.
- A côté de ce grand problème de l’utilisation immédiate des forces naturelles, et de leur transport à distance, s’en pose un autre qui est secondaire, comme les moyens qu’il emploie : c’est l’emmagasinage de l’électricité. Ce second problème a essayé, sans y réussir, d’accaparer à son profit tout l’intérêt de la question; il est important, je ne le nie pas, mais, je le répète, il est secondaire.
- Vouloir emmaganiser l’énergie du Niagara sous forme d’électricité en bouteilles, et véhicuier ces bouteilles comme de simples siphons d’eau de Seltz, c’est une de ces aimables facéties que n’eût pas rêvé même Jules Verne.
- Pauvre bouteille ! elle n’aurait pas même la force de se traîner du Niagara à Paris, et je vous laisse à penser la somme d’énergie qu’y trouverait le destinataire à l’arrivée !
- De grâce, sur le terrain de la science, restons sérieux, et quand l’électricité est assez aimable pour vouloir se transporter d’elle-même et avec une vitesse incomparable le long d’un simple fil, n’allons pas l’obliger de voyager en voiture. Mais c’est justement cette facilité, cette vitesse de propagation, et la faible perte en route qui constituent les plus grands avantages de l’agent électrique ! Et on voudrait les lui enlever !
- Que l’électricité provienne de machines, de piles, ou de générateurs quelconques, il ne faut pas penser à la distribuer autrement que par canalisation. Mais c’est une vérité de sens commun qui crève les yeux, et il est inutile d’être fort en x pour s’en apercevoir. Que les piles secondaires emmagasinent une force intermittente, qu’elles servent de réservoir ou de régulateur, comme dans les concessions d’eaü, à la bonne heure ; mais vouloir les faire voyager, allons donc !
- Toutefois, avant qu’on ait canalisé l’électricité ou
- (') République Française du 3 juillet.
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- qu’on la porte à domicile, il est souvent nécessaire d’avoir à sa disposition un petit moteur, peu encombrant, très obéissant et toujours prêt à fonctionner.
- Le moteur électrique a toutes les qualités énumérées ci-dessus. Depuis près de trois ans, je l’emploie comme moteur de laboratoire, à l’entière satisfaction des personnes qui ont' eu,, comme moi, occasion de s’en servir.
- J’ai été amené de la sorte à m’occuper de la pile qui est l’âme du moteur.
- Dois-je établir une distinction entre les piles proprement dites et les piles dites secondaires ?
- Je ne le crois pas; je montrerai dans le cours de cette étude que beaucoup de piles primaires peuvent devenir des piles secondaires, et que le problème de l’emmagasinage de l’électricité comporte une foule de solutions différentes, dont quelques-unes plus avantageuses que celle qu’on prône actuellement.
- Mais avant d’aborder cette étude, un premier problème se posait, et il m’a fallu le résoudre :
- Quel est le rendement mécanique du moteur électrique par gramme de zinc brûlé dans la pile?
- Et d’abord, comme pile constante à grande intensité, je ne pouvais songer qu’à la pile Bunsen, malgré ses graves inconvénients, quitte plus tard à les atténuer ou même à les supprimer, comme je l’ai fait.
- Comme moteur, j’ai pris d’abord la machine de Gramme à aimant, type de laboratoire construit par M. Bréguet, et que M. Mascart a mise obligeamment à ma disposition chaque fois que j’en ai eu besoin.
- Pour éliminer de mes recherches toute hypothèse, et pour ne rien devoir qu’à l’expérience, voici comment j’ai opéré. Le travail utile était mesuré directement par un frein automatique de Carpentier, placé sur l’axe même de la machine à la place de la manivelle.
- Le travail par tour de ce frein étant exactement connu et constamment le même; le nombre de tours était enregistré par un compteur pour un temps donné.
- Le travail utile de la machine était ainsi connu très exactement et sans que la moindre appréciation subjective, toujours trompeuse, y entrât pour quoi que ce fût.
- Quant au zinc brûlé dans la pile pendant le temps correspondant au travail mesuré, je l’ai toujours pesé directement à la balance, après avoir chaque fois retiré les zincs de la pile.
- J’avais ainsi la dépense totale en zinc, qu’elle fut utile ou non utile. Je n’avais, dans ce cas, aucun compte à tenir des lois de Faraday, je voulais avoir simplement le droit de dire : avec la machine de Gramme actionnée par la pile Bunsen, le kilogram-mètre coûte tant de zinc, abstraction faite de toute hypothèse, quelque scientifique qu’elle pût paraître.
- Dans ces conditions, en employant un anneau à gros fil et 6 éléments Bunsen ronds de 20 centi-
- mètres de hauteur, j’ai obtenu jusqu’à 240 kilogram-mètres par gramme de zinc brûlé; le rendement n’est jamais tombé au-dessous de 210.
- Le frein accusait un travg.il utile d’un peu plus de 3 kilogrammètres par seconde.
- L’acide azotique employé marquait 36 degrés Baumé, et mes zincs étaient soigneusement amalgamés, cela va sans dire.
- Quant au travail total donné par la machine ou le rapport de la quantité d’énergie électrique transformée en énergie mécanique, il a atteint jusqu’à 65 pour 100.
- Je ferai connaître ultérieurement en détail les expériences que j’ai faites à ce sujet, avec les chiffres et les procédés opératoires.
- Mes notes de laboratoire en contiennent près de deux cents avec les pesées de zinc, le travail au frein, l’intensité du courant, la chute de potentiel aux bornes de la machine, soit au repos, soit en mouvement à différentes vitesses, etc. Toutes ces conditions expérimentales sont exactement notées, en variant le nombre et la nature des éléments de pile. Mais cela m’entraînerait trop loin de mon sujet principal, qui est l’étude de la pile seule pour le moment.
- J.e me borne actuellement à résumer cette première partie de mes recherches sous forme de conclusion. La machine Gramme permet d’obtenir jusqu’à 240.000 kilogrammètres par kilogramme de zinc brûlé, soit bien près d’un cheval, en ne tenant compte que du travail utile du zinc et de la machine.
- Bien entendu, cette conclusion n’est valable que pour les conditions expérimentales où je me suis placé.
- (A suivre.) Dr a. d’arsonval.
- L’ÉLECTRICITÉ A LA GUERRE
- Il faut bien, de temps en temps, revenir aux applications militaires, elles s’imposent à notre attention; nous devons suivre l’électricité partout où nous la trouvons et en signaler de notre mieux toutes les manifestations.
- Il est vrai que, dans les faits militaires qui viennent de se produire sur les frontières tunisiennes, nous ne trouverons pas fréquemment l’emploi d’appareils électriques ; l’état de demi-barbarie des peuplades engagées, la nature abrupte des pays parcourus ne le permettait point. La guerre n’a pas présenté, dans cette circonstance, le caractère scientifique qu’elle revêt lorsqu’elle a lieu entre des peuples de culture élevée, et dans des pays qu’une longue application du travail humain a transformés et pourvus de qualités spéciales. Je connais des personnes qui pensent que cela vaut mieux: ainsi, et que la guerre étant chose sauvage est d’autant plus près de sa nature qu’elle est plus brutalement pra-
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- tiquée ; c’est évidemment une erreur ; il est certain que la guerre raisonnée, étudiée d’avauce et exécutée méthodiquement, prend je ne sais quoi de froidement implacable qui semble ajouter à son horreur; mais, à voir les choses de plus près, on reconnaît qu’après tout la guerre ainsi faite met en action non seulement les qualités de courage, d’habileté immédiate qui peuvent appartenir même aux peuplades inférieures, mais aussi des qualités de prévoyance lointaine, d’épargne continue, d’étude
- sans perte sérieuse un résultat complet, c’est justement parce qu’il a su dès l’abord amener sur le théâtre de la lutte un ensemble de moyens, tant en hommes qu’en engins de guerre, assez puissant pour déconcerter la résistance et l’empêcher de se manifester d’une façon sérieuse.
- L’un des plus utiles a été la télégraphié; dans les rapides mouvements des colonnes à la poursuite d’un ennemi qui disparaissait devant elles dans un pays excessivement accidenté et sans aucune route
- (FJG. 1. — LA FRÉGATE « LA SURVEILLANTE » ÉCLAIRANT L’iLE DE TABAKKA.)
- persévérante, de constante solidarité qui n’appar tiennent qu’aux peuples vraiment civilisés ; en sorte que, sous cette forme, le succès appartiendra toujours en fin de compte non à la nation la plus militaire en apparence, mais à celle qui aura le mieux su posséder les vertus viriles qui font les nations aussi grandes dans la paix que dans la guerre.
- On ne peut, je le répète, trouver dans les combats de la Tunisie de bien sérieux exemples de ces qualités, l’état inférieur de l’un des combattants a forcément ramené les procédés employés à un niveau plus bas ; néanmoins, si nous avons pu nous féliciter de voir notre pays obtenir rapidement et
- frayée, aucune cohésion n’eut été possible sans les communications immédiates fournies par le télégraphe, aussi a-t-il fonctionné sous toutes ses formes ; le télégraphie électrique a suivi le quartier général et relie encore les divers points centraux occupés. Il y a peu de choses à dire sur ce point ; les procédés employés sont d’abord ceux de la télégraphie ordinaire, puis ceux de la télégraphie militaire qui, comme nous l’avons déjà dit dans ce journal (ier octobre 1880),ne diffère pas essentiellement de l’autre et n’en est qu’une forme plus robuste et plus mobile. On a fait un très grand usage de la télégraphie optique, qui a fourni les plus heureux
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- résultats, mais nous n’avons pas à en parler, car on n’a point mis en action l’électricité. Cela eût été bien difficile d’ailleurs, et un matériel électrique eût été bien incommode à transporter là où les canons avaient tant de peine à parvenir. Il est résulté de cette expérience la nécessité de pourvoir de générateurs électriques et de télégraphes adaptés tous les forts et les places où doivent séjourner des troupes afin de pouvoir faire des signaux à longue portée; la décision est prise officiellement, et on s’occupe, si je ne me trompe, de l’exécuter.
- Quoique j’aie eu récemmertt, comme on vient de le voir, occasion de parler de ces appareils, j’ai cependant quelques perfectionnements à signaler. Nous donnons ci-dessous la forme nouvelle donnée au générateur électrique, et si l’on veut se reporter au dessin que nous avions inséré dans le numéro précité, on verra que la machine motrice, qui est toujours du système Brotherhood, a été revêtue d’une enveloppe qui solidarise et protège les trois cylindres à vapeur, de façon à lui donner l’aspect extérieur d’un disque ; elle est ainsi plus solide et
- (FIG. 2. — MACHINE GRAMME (TYPE I)) ANIMÉE PAR UNG^ MACHINE BROTHERHOOD.)
- Du côté de la marine, on n’a pas, que je sache, appliqué les divers organes électriques que j’ai eu à décrire précédemment (i5 septembre 1880), tels que canons à inflammation électrique, gouvernails électriques, etc., mais on a fait un fréquent et très utile usage de la lumière électrique. Chacun de nos navires est muni des appareils nécessaires pour la produire avec puissance, et tous ont eu occasion de s’en servir, soit pour éclairer un but de tir, surveiller une position ennemie, soit pour préparer et faciliter un débarquement ou une attaque nocturne. Nous représentons (fig. 1) la frégate la Surveillante éclairant des points suspects de l’île de Tabarka.
- plus compacte. Sur l’arbre de rotation de la machine électrique on a calé un volant, précaution nécessaire pour supprimer les variations de vitesse de la machine qui se traduisent; comme on sait, par de fâcheuses variations d’intensité dans l’air.
- La machine électrique est toujours une machine Gramme du modèle D. On n’y a fait aucun changement ; il n’y avait du reste aucun motif d’en chercher ; on sait que dans les essais faits en Angleterre durant ces deux dernières années, à Chatam, et qui ont porté justement sur l’application de la lumière électrique à la guerre, cette machine s’est montrée jusqu’ici la plus avantageuse, tant comme quantité totale de lumière produite (27.500, candies, soit
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- 2.900 becs carcel,pour i5 chevaux-vapeur dépenses) que comme bonne utilisation du travail. (Voir le numéro du 16 avril 1881).
- Quant à l’appareil à lumière, on s’en est tenu au projecteur Mangin avec charbons inclinés conduits à la main. Ce système a été également adopté comme le meilleur à Chatam. Nous en donnons le dessin (fig. 3). Je rappelle en quelques mots son principe. Les systèmes lenticulaires sont coûteux et absorbent passablement de lumière, les réflecteurs paraboliques sont sans doute préférables, mais la forme
- que les divers rayons doivent traverser, suivant l’angle qu’ils font avec l'axe, en modifient la direction de façon à les ramener au parallèlisme rigoureux, si les rayons des deux surfaces sphériques sont en proportion convenable.
- Il n’y a pas de régulateur; le courant étant continu, les charbons brûlent inégalement ; ils sont placés sur des porte-charbons munis de vis à pas différent, engrenant avec un même rouage ; on les conduit à la main. Il peut sembler d’abord assez singulier qu’on ait renoncé au régulateur
- (fig. 3. — PROJECTEUR MANGIN.)
- parabolique est fort difficile à obtenir avec précision et à conserver intacte : ,1a forme sphérique est plus simple à réaliser, et le foyer lumineux, placé au milieu du rayon de la sphère, donne un faisceau assez serré ; mais l’aberration de sphéricité est néanmoins assez grande pour que la forme soit inacceptable dans les cas de projection lointaine. M. Mangin a ingénieusement corrigé ce défaut; son miroir est en verre, et la surface réfléchissante sphérique est à l’intérieur, le rayon doit donc traverser deux fois l’épaisseur du miroir avant de prendre sa direction. Or les deux surfaces ne sont point parallèles, la surface intérieure étant une sphère qui n’a pas le même rayon que l’autre. Les différentes épaisseurs
- qui dispenserait de cette manoeuvre continuelle : mais on doit faire remarquer qu’aucun régulateur ne dispense de toute surveillance; malgré toute la précision possible dans le système, le point lumineux se déplace toujours un peu et on est obligé de toucher de temps en temps à l’appareil pour le remettre bien exactement en place ; nous aurons occasion de revenir sur cette remarque à propos des phares. Or, étant admis qu’une fréquente surveillance est nécessaire, on a pensé qu’il valait mieux la rendre continue et supprimer tout mécanisme délicat, et on a renoncé au régulateur automatique.
- Quant à la position inclinée donnée à la ligne
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- des charbons, elle tient à ce que, quand on emploie t le courant continu, le rayon lumineux maximum I n’est pas, comme on sait, dans le plan perpendiculaire à cette ligne, mais à environ 3o degrés au-dessous ; MM. Sautter et Lemonnier qui construisent, pour l’administration, les appareils que nous décrivons, ont fait sur ce point particulier des études très complètes, appuyées de courbes d’intensités lumineuses fort intéressantes que nous publierons un jour.
- En somme, comme on le voit, on s’est attaché à réduire l’appareil à la forme la plus simple et au plus petit nombre de parties ; on y est arrivé tout en améliorant son fonctionnement. Il se construit sous plusieurs dimensions, suivant qu’il doit être mis en action; sur un grand navire, une canonnière ou même une chaloupe à vapeur, car tous nos navires militaires, même les plus petits, doivent en être munis; la guerre navale actuelle et l’usage toujours croissant des torpilles le rendent absolument indispensable. Les nations étrangères prennent les mêmes dispositions que nous à cet égard.
- Telles sont les plus récentes applications de l’électricité à l’art de la guerre ; espérons que nous n’aurons pas de longtemps à en signaler de nouvelles.
- FRANK GÉRALDY.
- LA PILE PLANTÉ
- DANS SON APPLICATION
- AUX FREINS ÉLECTRIQUES
- Les dessins ci-joints représentent dans tous leurs détails pratiques les dispositions qui maintiennent constamment en charge la pile secondaire de M. Planté, appliquée à la manœuvre des freins électriques des chemins de fer. Chaque caisse (fîg. i et 2) renferme un élément Planté et 3 éléments à sulfate de cuivre en tension; ces derniers fournissent un courant qui traverse sans interruption l’eau acidulée de l’élément Planté.
- Il est essentiel de remarquer que l’on a interverti, dans cette application la place occupée par le zinc et la lame de cuivre des éléments à sulfate de cuivre.
- Le cylindre de cuivre (fig. 3) est dans le vase poreux. La lame de cuivre est remplacée par un grand cylindre concentrique maintenu à la distance de 2 centimètres de la surface intérieure du vase extérieur. On a ainsi un espace annulaire de 2 centimètres d’épaisseur et de toute la hauteur de l’élément, dans lequel on peut loger ikil.,5oo de cristaux de sulfate de cuivre.
- Il résulte de cette disposition la production d’un courant de quantité beaucoup plus considérable, et, ce qui est pratiquement utile à considérer, la sup-
- pression complète de l’incrustation des vases poreux ; six caisses ainsi montées peuvent maintenir constamment en charge 6 éléments de M. Planté pendant plus de quinze jours, tout en accomplissant tous les jours les manœuvres des freins d’un train
- CtccwMu&xXewv tXCotUe
- (FIG. 1 cl
- de douze voitures à frein électrique pendant vingt-quatre heures.
- A chaque station, le train est arrêté par la manœuvre des freins, dont la durée varie de 10 à 18 secondes, chaque serrage se fait en pleine vitesse, au moment même où le mécanicien ferme le régulateur. On peut opérer jusqu’à dix manœuvres successives, serrages et desserrages, sans épuiser complètement la pile Planté.
- Cette dernière se recharge constamment d’une station à l’autre et dans les intervalles des arrêts, et se trouve ainsi toujours prête à agir avec une extrême rapidité, au point d’immobiliser complètement, en une seconde six dixièmes, toutes les roues d’un train de dix à douze voitures, ainsi que l’a constaté M. Marcel Deprez.
- On peut également produire des effets de longue' durée en opposant à l’écoulement de l’électricité le modérateur à fils de résistance, et mainte nirles freins modérément serrés, pendant de longues pentes et pendant plusieurs heures consécutives, sans épuiser complètement la pile de M. Planté.
- OGU
- (FIG. 3. )
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Il y a quatre ans que nous construisons nous-mêmes, pour le service des chemins de fer, la pile secondaire de M. Planté, sur les indications toutes désintéressées qu’il a bien voulu nous fournir. Nous n’y avons apporté que des modifications de détails sans importance au point de vue scientifique, mais nécessaires pour la manœuvre des freins électriques, pour obtenir un fonctionnement régulier et absolument certain, malgré les trépidations inévitables des fourgons à bagages.
- Quant à la formation , c’est-à-dire la préparation préalable des lames de plomb, à l’effet de créer à la surface de l’une d’elles une couche de peroxyde de plomb adhérente, nous nous sommes adressés à M. Bréguet, qui a bien voulu se charger d’exécuter cette délicate opération au moyen de la machine magnéto-électrique Gramme, dont le courant se rapproche le plus de la nature des courants continus des piles à liquides excitateurs.
- L’opération durait de six semaines à deux mois; néanmoins, elles n’étaient pas suffisamment formées pour être mises en service. Nous les soumettions de nouveau à l’action de 3 éléments à sulfate de cuivre, pendant dix à douze jours, pour régulariser le dépôt de peroxyde de plomb qui apparaissait sous forme de plaques et de pellicules dispersées sur toute la surface.
- Pour éviter toute perte de temps , nous avons supprimé l’action de la machine Gramme, et essayé de produire la formation, c’est-à-dire le dépôt d’une couche adhérente suffisamment épaisse et régulière, au moyen de 6 éléments à sulfate de cuivre. En douze ou quinze jours au plus, nous avons obtenu des piles pouvant rougir dix ou douze fois de suite un fil de platine d‘un millimètre et demi sur 8 centimètres de longueur. C’est plus que suffisant pour le service des freins électriques de chemins de fer.
- Ces faits tendraient à prouver que les machines à induction ne sont pas dès à présent efficaces pour charger les piles secondaires. Un essai fait dans notre atelier sur 12 éléments Planté parfaitement formés, soumis à la machine magnéto-électrique à pédale, nous a d’abord fourni un courant plus intense; mais, au bout de quinze ou vingt charges et décharges, les 12 éléments étaient tout à fait hors de service.
- Les mêmes effets se sont produits, je crois, chez M. Hospitalier, sur un seul élément Planté qu’on chargeait au moyen de la machine magnéto-électrique Gramme.
- Pour emmagasiner de grandes quantités d’électricité, il faut avoir un moyen économique de produire ces grandes quantités.
- En l’état, les machines à induction seules pourraient fournir des quantités considérables.
- Il y a donc un grand intérêt à savoir si on peut employer les machines à induction pour charger
- pratiquement les accumulateurs prônés par la presse complaisante.
- Les faits ci-dessus permettent d’en douter.
- En outre,, est-il bien certain qu’il y ait économie à faire passer (non sans quelque perte) dans un réservoir ces grandes quantités d’électricité produites par les machines à induction, dont on peut disposer directement dans la plupart des cas ?...
- J’ai vu M. Faure dès son arrivée de Londres; il est de mon pays et de plus électricienne me suis donc très volontiers mis à sa disposition pour élucider les mérites et avantages de l’accumulateur dont il m’a entretenu.
- N otre première visite a eu lieu chez un marchand de produits chimiques. M. Faure a montré à une personne qui devait fournir les fonds aux premiers essais et à moi une pile secondaire composée de deux cy'.indres concentriques. Les surfaces en regard étaient recouvertes de peroxyde de plomb maintenu par des plaques de feutre. Le tout était plongé dans un vase ordinaire, rempli d’eau acidulée au 1/10 comme pour l’élément Planté.. Deux éléments Bunsen, de dimension moyenne, actionnaient cet appareil. Un fil de 3/io de millimètre était maintenu au rouge sur une longueur de 4 ou 5 centimètres.
- Ce n’était pas là un moyen de démonstration suffisant pour établir qu’on pouvait accumuler une grande quantité d’électricité; mais M. Faure nous fit observer qu’il pouvait charger des appareils plus grands avec la machine Gramme, et, par contre, accumuler une grande quantité d’électricité.
- Un nouveau rendez-vous fut pris chez un mécanicien où se trouvaient deux machines Gramme, dont l’une devait surexciter l’autre pour avoir un courant plus régulier.
- Nous avons bien vu un nouvel appareil formé de deux lames de plomb, boulonnées ensemble de manière à former un vase à renflement; les deux lames, étant électriquement isolées l’une de l’autre, formaient les deux pôles du nouvel appareil.
- M. Faure nous a déclaré que cet appareil n’était pas en état de fonctionner, et s’est contenté de produire devant nous un courant électrique avec les machines Gramme.
- Pour donner de nouvelles facilités à M. Faure, j’ai mis mon atelier à sa disposition. Il y avait une dizaine d’éléments Planté, accouplés chacun avec 3 éléments à sulfate de cuivre, dans des caisses, et constamment maintenus en charge, comme en service au chemin de fer.
- Une dizaine d’électro-aimants tubulaires, destinés aux chemins de fer de l’Etat, étaient soumis à l’essai comme force tangentielle. Un appareil, disposé exprès, permettait de mesurer cette force tangen-tielle et de reconnaître le poids enlevé, à 1 kilo près sur 3 ou 400 kilos, par chacun de ces électro-aimants actionné par un certain nombre d’éléments Planté.
- En substituant son accumulateur à la pile Planté,
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- M. Faure aurait parfaitement pu en reconnaître la force comparative exprimée en éléments Planté.
- Mais je dois dire qu’à ce moment, M. Faure n’était pas prêt. Il n’avait pas apporté l’appareil aux deux lames de plomb qu’il nous avait montré sans le faire fonctionner.
- En dernier lieu, il fut décidé qu’on comparerait avec un élément Planté, l’appareil primitif des deux cylindres concentriques avec plaques de peroxyde de plomb, les mêmes que nous avions vues tout d’abord chez le fabricant de produits chimiques.
- Je priai M. Morin, électricien bien connu, de vouloir bien assister à cette expérience.
- Les deux appareils furent chargés chacun par six éléments à sulfate de cuivre. On les mit en opposition et il fut constaté que la force électromotrice était absolument la même. On devait s’y attendre, le principe étant le même. L’élément Planté, mis en comparaison, rougissait jusqu’à soixante-deux fois un fil de platine de 12/10 de millimètre. L’appareil de M. Faure ne pouvait rougir ce même fil de 12/10 de millimètre, et il ne lui communiquait qu’une chaleur à peine sensible à la main. On plaça ensuite entre les pôles de chacun des deux appareils un fil de platine de moindre diamètre, de 3/10 de millimètres sur 5 ou 6 centimètres de longueur. Les deux fils furent rougis par l’appareil Faure pendant quatre-vingt-dix minutes et par l’élément Planté pendant trente minutes seulement.
- L’appareil a donc maintenu au rouge un fil de platine de 3/io de millimètres pendant une durée trois fois plus considérable que l’élément de M. Planté.
- Mais, d’autre part, l’élément Planté rougit soixante-deux fois un fil de platine de 12/10 de millimètre.
- Et l’appareil Faure ne peut rougir une seule fois ce même fil de 12/10 de millimètre.
- Le premier fait s’explique par la très faible résistance de la pile de M. Planté, qui a permis à l’élément de se décharger trois fois plus rapidement que l’appareil Faure.
- Le second fait montre que l’appareil Faure ne fournit pas une quantité d’électricité suffisante pour rougir un fil de platine de 12/10 de millimètre. Cela peut tenir en partie à la trop grande résistance de la pile.
- Quoi qu’il en soit, ces deux essais ne pouvaient être concluants et nullement indiquer une supériorité à la disposition nouvelle de M. Faure sur l’élément secondaire de M. Planté.
- Après ces essais, M. Faure était très pressé, il se retira presque subitement emportant son appareil.
- Depuis cette époque (avant qu’il soit question de la Société la Force et la Lumière par l’électricité), je n’ai pas eu occasion de rencontrer M. Faure, mais je suis toujours à sa disposition pour un essai comparatif sérieux au moyen de nos gros électroaimants qui vont figurer à l’Exposition d’électricité.
- A. ACIIARD.
- NOUVEL
- APPAREIL TÉLÉGRAPHIQUE
- Les télégraphes à cadran 11e laissent aucune trace de la dépêche transmise et ont l’inconvénient qu’une faute qui se produit quand l’aiguille reste en arrière, se continue quelque temps sans qu’on puisse s’en apercevoir. C’est surtout pour cela que les télégraphes à cadran ont été très souvent remplacés par l’appareil Morse, quoique l’étude du maniement de cet appareil offre bien plus de difficultés. Nous avons pensé que si on parvenait à rendre un télégraphe à cadran imprimeur sans accroissement de complications mécaniques, le problème de la télégraphie pour les petits postes serait beaucoup mieux résolu.
- Déjà plusieurs personnes se sont occupées de ce problème et ont présenté divers systèmes; mais ils étaient sans doute trop délicats, puisqu’ils n’ont pas été adoptés. Nous en avons également combiné un que nous croyons exempt des défauts qui ont été reprochés aux autres, et nous allons en donner une description rapide.
- Ce système, représenté dans la figure ci-dessous est, en principe, un télégraphe à cadran où le récepteur est placé au centre du manipulateur, d’après le système de M. Bréguet. Sa nouveauté consiste surtout dans un très simple arrangement pour l’impression des caractères, et pour le contrôle des fonctions de l’appareil de la station correspondante.
- Pour envoyer une dépêche, on abaisse sur les différentes lettres du cadran la manivelle a, dont l’axe porte une roue des types et une roue à rochet qui commande l’interrupteur du courant. En abaissant la manivelle, une grande roue horizontale à dents de côté bb est déplacée de côté sur un petit arc de cercle à l’aide d’un doigt fixé au-dessous de la manivelle. Par ce mouvement, l’entraînement de la bande de papier c et l’impression du caractère se produisent mécaniquement.
- L’aiguille d de l’appareil tout à fait semblable de la station d’arrivée suit de la manière ordinaire le mouvement tournant de la manivelle de la station de départ. A la station d’arrivée, on n’a qu’à suivre l’aiguille avec la manivelle et à abaisser là où l’aiguille s’arrête. C’est par ce jeu de la manivelle que la lettre transmise se trouve imprimée mécaniquement à la station d’arrivée comme à la station de départ.
- L’employé de la station d’arrivée qui suit l’aiguille de son appareil avec la manivelle produit en même temps une autre action qui a pour effet de faire tourner l’aiguille de la station de départ. Par conséquent l’employé de cette station peut contrôler facilement le travail de l’employé de la station d’arrivée.
- Il suffit d’un seul fil à la ligne en disposant les appareils pour la transmission en duplex. Nous
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- avons imaginé, du reste, plusieurs nouveaux systèmes de transmission en duplex, qui. permettent d’intercaler des stations intermédiaires sur la ligne et qui donnent le moy^n d’obtenir ce genre de transmission, sans autres conditions que celles que nécessite la transmission simple ordinaire.
- En travaillant avec ensemble, comme nous l’avons décrit, et en disposant les appareils pour la transmission en duplex, on empêche les diverses stations de la ligne de déchiffrer un seul mot de la dépêche. On peut, au contraire, faire marcher les appareils de manière que toutes les stations soient en état déliré la correspondance en même temps.
- Le travail des deux stations, qui se fait ainsi avec un parfait ensemble, présente d’ailleurs l’avantage que le plus habile des deux employés ne peut dépasser l’autre.
- Chacun des deux télégraphistes reconnaît ainsi l’habileté ou la négligence de l’autre, et peut prendre ses mesures en conséquence.
- Avec un peu d’exercice on arrive à faire marcher assez rapide-ment l’appareil, parce qu’on peut tourner la manivelle de la station d’arrivée sans attendre que l’aiguille soit arrêtée.
- Il pourrait arriver que l’aiguille de la station d’arrivée ne correspondît pas avec la manivelle de la station de départ; en ce cas l’aiguille de cette dernière station s’arrête à plusieurs cases en avant de la manivelle, ce qui indique la différence dès la première fausse lettre. En ramenant alors la manivelle et l’aiguille des deux appareils sur la case blanche, on répare facilement cette différence. Pour inviter l’employé de la station correspondante à exécuter la manipulation en question, on tourne plusieurs fois la manivelle.
- On imprime des chiffres en appuyant d’abord la manivelle sur la case blanche « chiffres », et pour ifnprimer de nouveau des lettres, on appuie sur la case blanche « lettres ». Le mécanisme qui produit cette permutation est semblable à celui de l’appareil Hughes. Pour obtenir des espacements, soit entre des lettres, soit entre des chiffres, on appuie la manivelle sur l’une ou l’autre des deux cases blanches.
- Il faut avoir soin que la manivelle et l’aiguille au repos se trouvent toujours sur la case blanche « lettres » ; on obtient la remise de l’aiguille à cette case blanche en appuyant et en relâchant successivement l’armature e de l’électro-aimant, faisant ainsi jouer le ressort antagoniste. La tension de ce ressort est réglée par la vis/.
- Une roue du mécanisme d’horlogerie est munie de plusieurs chevilles, lesquelles ont pour but de provoquer la percussion d’un marteau sur un timbre avertisseur g. Pendant la transmission d’une dépêche, ce marteau peut être tiré de la roue en question à l’aide d’un poussoir h.
- Le mécanisme du récepteur se remonte par le jeu même de la manivelle ; il en résulte l’avantage que l’appareil est toujours en état de fonctionner et, par conséquent , indépendant des distractions des employés.
- On peut enlever le manipulateur après avoir retiré l’aiguille, les goupilles qui sont placées dans les colonnes et les fils de communication.
- Pour introduire du nouveau papier (du blanc et du teinté), il faut procéder de la manière suivante : on dévisse d’abord les couvercles il et ill, puis on remet d’autres rouleaux de papier dont on colle les extrémités sur le papier encore restant, et on tire enfin à l’endroit c jusqu'à ce que la nouvelle bande de papier apparaisse.
- Pour pouvoir toujours engager une nouvelle bande de papier sans que le manipulateur ait besoin d’être enlevé, on peut mettre dans l’appareil une bande sans fin, sur laquelle on fixe les bandes de papier qu’on veut introduire.
- En définitive, les avantages de cet appareil peuvent être résumés de la manière suivante :
- 1. Le maniement de l’appareil ne demande aucune étude.
- 2. Les dépêches sont fixées en caractères typographiques à la station d’arrivée et à la station de départ.
- 3. Le travail de l’employé de la station d’arrivée est exactement contrôlé par l’expéditeur, de sorte
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- que chaque lettre se trouve immédiatement collationnée. Dans tous les cas, il serait possible de constater par lequel des deux employés une faute aurait été commise.
- 4. Siir une ligne desservant plusieurs stations, chaque buréau expéditeur peut ne correspondre qu’avec l’une de ces stations; les autres sont mises dans l’impossibilité de déchiffrer la correspondance. On peut, au contraire, faire marcher les appareils de manière que toutes les stations soient en état de, lire la correspondance en même temps.
- 5. L’employé de la station de départ ne peut pas dépasser l’employé de la station correspondante, ainsi que cela peut arriver avec les télégraphes à cadran ordinaires.
- 6. Une faute qui se produit quand l’aiguille de la station correspondante reste en arrière ne peut pas se continuer sans qu’on s’en aperçoive, ce qui a pour avantage une grande économie de temps.
- 7. Le mouvement de l’axe de la roue d’échappement est très exact, parce que cet axe ne porte qu’une petite aiguille. Par conséquent la rotation peut être plus rapide que dans les télégraphes imprimeurs ordinaires.
- 8. Le mécanisme imprimeur fonctionne avec une force considérable et permet d’imprimer les caractères à l’aide d’une bande de papier teinté. Les manipulations nécessitées par l’adaptation d’un rouleau en flanelle ainsi que les inconvénients qui résultent de l’emploi d’encre oléique sont par suite évités.
- g. Le mécanisme de permutation, relatif à ï’im-pression des lettres et des chiffres, n’a pas d’influence sur le fonctionnement régulier de l’appareil, d’abord parce que, dans le système en question, la plus grande inertie de la roue des types, provenant du redoublement des cases, n’offre aucun inconvénient, et ensuite parce que ce système produit une force suffisante pour l’exacte permutation de la roue des types.
- 10. Le mécanisme du récepteur se remonte par le jeu même de la manivelle, évitant ainsi la peine du remontage.
- 11. Par le fait des avantages cités aux §§ 8 et 10, l’appareil est toujours en bon état de fonctionnement, même si on ne s’en est pas servi depuis longtemps.
- 12. L’appareil ne tient pas beaucoup de place parce qu’il réunit récepteur, manipulateur et sonnerie.
- 13. Contrairement à la plupart des télégraphes imprimeurs, l’appareil n’exige aucune pile locale.
- 14. L’appareil se distingue par sa simplicité et sa solidité, il ne peut presque jamais se déranger.
- 15. Le prix de l’appareil est très modéré relativement aux prix des autres systèmes.
- E. GEORGE.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Lampe différentielle de M. Schuckert.
- Si quelque chose pouvait encore nous étonner au milieu des prétentions de tout genre auxquelles nous ont habitués depuis longtemps les inventeurs, c’est bien certainement ce qui vient de se passer au sujet de la lampe différentielle de M. Schuckert, qui est à très peu près celle de M. Tchikoleff, que nous avons décrite dans le numéro du ier mars 1880 (p. i65) de La Lumière Electrique, et dont la description nous avait, du reste, été envoyée près d’un mois avant sa publication. Cette lampe avait même été l’objet d’une discussion entre MM. Lontin et Tchikoleff, rapportée dans le numéro du ier juillet 1880 (p. 274), du même journal, et il en a été question depuis à plusieurs reprises dans différents articles et même dans plusieurs recueils étrangers. Or, voilà qu’en Allemagne, non seulement on ne tient nul compte de cette lampe, puisqu’on accorde un brevet à M. Schuckert, longtemps après la publication dont nous avons parlé, mais, chose bien plus curieuse, on refuse d’accorder un brevet au véritable inventeur de la lampe, sous prétexte de son identité avec celle de M. Schuckert!... Nous reproduisons plus loin, à la correspondance, la lettre que M. Tchikoleff nous a écrite à ce sujet; mais, pour que le lecteur puisse apprécier avec connaissance de cause la question, nous allons résumer la description qu’en donnent, avec dessins, YElectrotech nische Zeitschrift et le Télégraphie journal, qui la regardent comme une nouveauté!...
- « Cette lampe, disent ces journaux, n’est, en principe, quant à son mécanisme, qu’un moteur dynamo-électrique du genre de la machine de Gramme, à travers lequel passent, dans les deux paires d’électro-aimants opposés, deux courants de sens contraire qui circulent constamment et peuvent déterminer la rotation de l’anneau, soit dans un sens, soit dans l’autre, sui\ant la prédominance de l’un ou de l’autre. L’un de ces courants, qui est le courant principal, traverse les charbons, et c’est lui qui engendre l’arc; l’autre n’est qu’une dérivation de celui-ci, prise en dehors des deux porte-charbons. Le premier, après s’être rendu du générateur au collecteur de cette petite machine, traverse l’hélice de l’anneau et l’une des paires d'électro-aimants fixes dits inducteurs, et revient au générateur après avoir traversé les charbons. L’autre, constituant la dérivation , part des porte-charbons de la lampe, en rapport avec le générateur, et aboutit à l’un des frotteurs des collecteurs, après avoir traversé la seconde paire d'électro-aimants fixes. Les bobines et les résistances des deux paires d'électro-aimants sont combinées de manière que, pour une force
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- donnée et une résistance correspondantes à celle de l’arc lumineux, les deux courants se trouvent équilibrés à travers les inducteurs. Dans ces conditions, l’appareil reste immobile et la lampe brûle, mais si la résistance de l’arc est modifiée, celle du circuit principal se trouve modifiée dans le même rapport, et, suivant qu’il y a augmentation ou diminution, l’action du second courant devient prépondérante ou annulée, et l’anneau tourne dans un sens ou dans l’autre. En réagissant par l’intermédiaire d’une vis sur le porte-charbon supérieur de la lampe, cet anneau peut l’élever ou l’abaisser jusqu’à ce que l’intensité électrique ait atteint le degré voulu à travers l’arc, et l’ait ainsi régularisé, effet qui est produit indépendamment de la force totale du courant, et qui permet d’introduire plusieurs lampes dans un même circuit. »
- Ceux qui auront lu la description que nous avons avons donnée (page 166 de notre tome II) de la dernière lampe de M. Tchikoleff, pourront se convaincre que non seulement les deux lampes sont les mêmes, mais encore que les avantages qu’elles présentent ont été appréciés de la même manière. Nous avons, du reste, indiqué dans notre numéro du 2 juillet, p. i5, les pièces que M. Tchikoleff a déposées à notre bureau et 411! constatent sa priorité.
- Action des solénoïdes dans leur emploi pour les lampes électriques.
- M. Fr. Krizik a récemment publié, dans VElectri-cian. un mémoire sur les effets que l’on peut obtenir des solénoïdes dans leur application aux lampes électriques. Après avoir exposé les lois de l’attraction d’une barre de fer à l’intérieur d’un solénoïde, lois qui ont été beaucoup plus complètement étudiées par M. Saint-Loup et qui ont été résumées dans l’Exposé des applications de l'électricité, tome II, p. i33, il examine les effets produits suivant la forme de la barre introduite dans le solénoïde, et montre qu’il est possible de donner à cette barre une forme telle, que les effets attractifs s’effectuent d’une manière constante et uniforme. Déjà M. Gaiffe avait eu une idée analogue en disposant le solénoïde de sa lampe de manière à présenter dans différentes parties de sa longueur des épaisseurs différentes de couches de spires, mais c’était principalement pour contrebalancer d’une manière plus constante la force antagoniste dubarrillet qui allait en s’amoindrissant à mesure que le ressort se détendait. Pour résoudre le problème qu’il s’était posé, M. Krizik examine les différentes actions renforçantes et affaiblissantes qui peuvent résulter de diverses formes àe la barre, et il indique comme pouvant résoudre le problème: i° la forme en fusée allongée5; 20 celle d’une barre composée de deux demi-fusées allongées en contact par leur angle obtus, et ne présentant que des parties cylindriques à l’extérieur ; 3° l’assem-
- blage longitudinal d’une série de cylindres de fer d’un diamètre régulièrement décroissant dans les deux sens à partir du milieu du système; 40 la combinaison de cylindres de fer pleins et creux de diverses épaisseurs, de manière à réaliser, pour un cylindre, la disposition de la seconde forme ; 5“ l’assemblage de disques de fer de différentes épaisseurs et inégalement espacés. Toutes ces formes reviennent plus ou moins aux deux premières, et, en les appliquant aux lampes électriques comme dans le régulateur d’Archercau, il devient facile d’obtenir, avec une force antagoniste constante, un effet régulier, surtout lorsque la tige est guidée par des galets qui en permettent le glissement facile et servent en même temps de conducteurs au courant passant à travers les charbons de la lampe. Il est facile de comprendre que cette disposition s’applique tout aussi bien aux lampes dans lesquelles le solénoïde est intercalé dans une dérivation du circuit des charbons qu’à celles dans lesquelles l’action électromagnétique est différentielle, car il suffit pour cela de diviser le solénoïde en deux, de placer l’une des moitiés au-dessus du milieu de la barre, l’autre au-dessous, d’établir la dérivation précédente à travers ce dernier et de faire passer le courant des charbons à travers le premier solénoïde. Dans ce cas, il faut que la distance des centres des deux solénoïdes soit égale à la moitié de la longueur de la barre.
- Au lieu de deux solénoïdes on pourrait en prendre trois, et le troisième aurait pour objet (pendant que la force du courant dérivé se trouve augmentée) d’affaiblir .le développement de la force du courant principal.
- Naturellement l’action électro-magnétique doit être équilibrée par des contrepoids, mais le mode d’application de ceux-ci dépend de la manière dont la lampe est suspendue. On peut, en effet, opérer cette suspension soit par la bobine même du solénoïde ou ses annexes, et alors c’est le barreau qui doit être équilibré, ou cette suspension est faite par le barreau lui-même, et c’est alors le solénoïde qui doit être équilibré, puisqu’il devient la partie mobile.
- M. Krizik indique encore la disposition d’un commutateur automatique pour dériver le courant, quand celui-ci devient trop énergique à travers l’arc ou quand il est interrompu. Toutes ces dispositions ne présentent rien de bien nouveau, et, par le fait, il n’y a de particulier dans ce mémoire que les dispositions données aux noyaux magnétiques des solénoïdes.
- Action chimique dans un champ magnétique.
- M. Ira Remsen de la John Hopkins University vient de faire quelques intéressantes expériences dans le but de savoir si les actions chimiques sont influencées par les aimants. Voici en quoi elles consistent ;
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- Dans une nacelle de fer mince, on place une solution de sulfate de cuivre. Dans les conditions ordinaires, le cuivre se dépose sur cette nacelle d’une façon uniforme ; mais si, au contraire, on place cette nacelle dans le champ magnétique d’un fort aimant permanent (capable de porter 2S kilogrammes). le cuivre se dépose uniformément partout, excepté sur les lignes formant les limites des pôles. Ces lignes sont marquées nettement sous forme de dépressions dans le dépôt. Si, au lieu d’un aimant permanent on se sert d’un électro-aimant, l’action est encore plus marquée. On observe un espace étroit marquant la limite des pôles et dans lequel il n’y a aucun dépôt. A l’intérieur de cette limite, sur les pôles mêmes, le dépôt est assez uniforme. En dehors de la ligne nue marquant chaque pôle, le cuivre se dépose en arêtes irrégulières perpendiculaires aux lignes de force et coïncidant apparemment avec les lignes qui indiquent les surfaces équipo-tentielles. En augmentant le pouvoir de l’aimant, l’action devient plus intense et s’étend plus loin. Les plus grands cercles obtenus dans les expériences deM. Remsen ont 10 centimètres de diamètre. La cause de ces phénomènes n’a pas été expliquée. Le Scientific American, auquel nous empruntons ce qui précède, annonce la publication prochaine d’un mémoire détaillé qui permettra sans doute de se rendre mieux compte des effets obtenus.
- CORRESPONDANCE
- —1 -
- Monsieur le Directeur,
- On sait que M. Schuckert, après avoir apporté quelques changements insignifiants à la forme de la bobine de la machine Gramme, l’a fait passer pour être de son invention, je vais vous donner connaissance d’un autre fait de ce même inventeur, que vos lecteurs peuvent apprécier à sa juste valeur.
- Dans le numéro du iermai 1880 de votre estimable journal, vous avez publié la description de ma lampe différentielle. Or, le 19 du même mois, quelques jours après avoir reçu ce numéro, M. Schuckert a fait la demande d’un brevet sur une lampe de son invention qui 11’est autre que la mienne, sauf quelques petits changements, et cette similitude ne peut être mise en doute, car elle peut être constatée par le refus de brevet que le gouvernement allemand vient de 111e faire sous prétexte que ma lampe est identique avec celle de M. Schuckert.
- Sans doute, il m’est très facile de taire tomber le brevet de M. Schuckert, mais cela demande du temps et de l’argent, et je crois de mon devoir, en attendant, de vous signaler ce fait pour prémunir les électriciens contre pareille aventure.
- Agréez, etc.
- TCIIIKOLEFI'’.
- Varsovie, le 10/6 1881.
- Monsieur le directeur,
- Dans le numéro du 25 juin 1881 de votre excellent journal, vous donnez la description d’un nouveau dynamomètre opliquè imaginé par M. Latchinoif, de Saint-Pétersbourg.
- Ne pouvant pas comprendre du tout comment il est possible de voir une graduation placée à l’intérieur d’une poulie
- par une ouverture pratiquée sur la surface cylindrique d’une autre poulie, mobile comme la première, et lorsqu’elles sont animées d’une vitesse de 1.000 à i.5oo tours par minute, j’ai été amené à l’idée de l’emploi de l’électricité pour connaître, à chaque instant, la valeur de l’angle qui exprime l’effort de la courroie motrice sur lesdites poulies dynamométriques. Voici ce dispositif : peut-être quelqu’un de vos abonnés voudra-t-il bien le construire pour l’usage spécial auquel il semble devoir être très utile ; c’est-à-diré pour la mesure du travail consommé par les machines dynamo-électriques.
- Dynamomètre de rotation à indications électriques. — Les deux figures ci-après, avec la légende explicative qui les accompagne, le feront bien comprendre :
- P. — Poulie motrice sur l’arbre de la machine ;
- P1. — Poulie libre sur l’arbre reliée à la poulie P par 3 ressorts à boudin.
- D. — Disque en ébonite fixé sur l’arbre; il porte une pièce en cuivre A et de petits contacts en cuivre 1, 2, 3, 4, etc.
- i1, 21, 3!, 41.— Petits disques en cuivre montés sur l’arbre et fixes; ils sont isolés de l’arbre et isolés entre eux.
- La pièce A du disque D est reliée électriquement avec l’arbre et par celui-ci à la pile P.
- Les contacts 1.2, 3, 4 sont respectivement en communication avec les disques en cuivre iA, 21, 31, 41.
- Le deuxième pôle de la pile est réuni, à une sonnerie ou tout autre indicateur.
- Et enfin, la sonnerie porte à l’extrémité d’un fil souple une sonde.
- La poulie libre porte un contact frotteur qui appuie à la fois sur la pièce A et sur l’un quelconque des contacts 1, 2, 3,4.
- Au repos, avec la sonde que l’on promène à la main, on doit trouver le courant sur le disque i1, et dès que la machine est mise en marche, suivant l’effort tangentiel exercé par la courroie, un point de la poulie P1 fera un angle plus ou moins grand avec le point correspondant de la poulie P. Si l’on a préalablement déterminé expérimentalement la valeur de chaque angle en kilogrammes, la sonde donnera toujours et à chaque instant cette valeur.
- L’effort étant connu ainsi que la vitesse à la circonférence de la poulie P ou P1, on sait ce qu’il reste à faire pour avoir le travail consommé par la machine.
- Cet appareil me semble être dans les meilleures conditions pour donner une mesure exacte du travail absorbé par la machine considérée. En effet, la mesure est directe, il n’v a pas de transmission, pas de frottement intermediaire, qui puissent fournir les indications.
- Agréez, etc.
- A» GRAVIER.
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- FAITS DIVERS
- On nous annonce qu’une voiture mue par l’électricité a circulé sur les lignes de la Compagnie des Tramways de Roubaix à Tourcoing. La voiture emporte avec elle, emmagasinée sous les bancs, une provision d’électricité capable de fournir une course de 4 à 6 heures, selon le profil de la voie.
- C’est encore une réclame de la Compagnie Faure; mais ceux qui auront lu La Lumière Électrique âni juillet sauront à quoi s’en tenir sur les avantages de cette application.
- D’après la Neue Freie Presse, le chemin de fer du Sud-Autriche (Siidbahn) étudierait un projet d’établissement d’un chemin de fer électriqùe allant de la station de Mœdling, à Brühl. ___________
- M. A. II. Doane, de Cincinnati, annonce qu’il a inventé un moteur électrique qu’il peut attacher à un car au prix de 5o dollars, et qu’il peut faire circuler le car pour 10 cents (5o centimes) par jour.
- A l’Exposition nationale de Stuttgard, l’électricité est représentée dans diverses de ses applications. Entre autres appareils, on voit la machine d’induction pour la lumière et la galvanoplastie de M. Fein, de Stuttgard, que nous avons décrite. Cette machine produit un courant d’une grande puissance. M. Fein expose encore scs télégraphes d’alarme pour incendie, qui permettent de faire sonner les cloches au sommet d’une tour. Ces appareils électriques d’alarme ont été adoptés en Allemagne et dans différents pays. On remarque aussi des horloges électriques pour contrôle, en usage dans les stations de police, des appareils d’induction pour médecins, des,télégraphes système Morse.
- Le savant météorologiste allemand, le docteur Holz de Lubeck, vient d’établir, à la suite des plus patientes recherches statistiques, que si le nombre des orages n’augmente pas sensiblement en Europe, en revanche les cas où la foudre tombe sur des habitations sont, depuis 1854, dcvc nus trois fois plus fréquents qu’auparavant. Cela tient en majeure partie au déboisement ; en effet, les forêts ont la propriété d’attirer l’électricité de la foudre.
- Les résultats du Derby ont été transmis à New-York ces jours-ci, par le télégraphe, avec une rapidité remarquable. Voici, en effet, quelles ont été les heures de réception et d’expédition du messager annonçant la victoire d'Iroquois, le cheval appartenant à M. Lorillard, de New-York : à 10 h. 21 min. 5 (heure de New-York), il a été télégraphié : les chevaux sont partis au signal ; à 10 h. 23 min. 55 (heure de New-York)? Iroquois est arrivé premier au poteau. Le résultat est parvenu à New-York à 10 h. 24.
- La durée de la transmission n’a été ainsi que de cinq secondes.
- Au Japon, le département de la géographie, dépendant du ministère de l’intérieur, vient de décider l’établissement de deux nouvelles stations météorologiques, l’une à Niigata, l’autre à Sendaï; toutes deux enverront quotidiennement des dépêches télégraphiques à l’usage des navigateurs.
- xLa lumière électrique vient d’être employée aux Etats-Unis pour photographier des scènes de théâtre. C'est ainsi que l’autre jour, dans une salle de spectacle, à Cowbridge, elle a servi à reproduire photographiquement des scènes de « 1’Œdipus Tyrannus ». On avait disposé pour cela une lampe électrique d’une puissance de six milles candies. A Londres,plusieurs photographes ont actuellement recours â
- l’électricité dans leurs ateliers, et la « Stéreoscopic Society » en fait un grand usage et en retire d’excellents effets pour l’expression des traits.
- L’éclairage électrique.
- Au dernier meeting du St-Saviour’s Board of Works, à Londres, Southwark, des propositions pour l’éclairage public ont été faites par l’Electric Light and Power Gencrator Company et par la Compagnie Brush. La première de ces compagnies offre d’éclairer les rues principales du quartier au prix de deux pences l’heure, avec une dépense de 907 livres sterling pour l’installation. La Compagnie Brush demande le temps nécessaire pour établir une grande station d’éclairage. Ces propositions ont été renvoyées au Comité de pavage.
- Les Mormons semblent vouloir marcher à la tête du progrès dans la question de l’éclairage, écrit-on de Salt-Lake-City au Deutschen correspondenten. La plupart des magasins, hôtels, restaurants, brasseries de la capitale des Saints du dernier jour, sont actuellement éclairés au moyen de l’électricité. Il n’y a souvent qu’une seule lumière au-dessus de l'entrée; elle éclaire à la fois le magasin et le trottoir ; ce qui fait que, dans le quartier commerçant, les reverbères des rues sont devenus superflus.
- Dans les fonderies de Rhymney (Pays de Galles), les travaux ont lieu la nuit à la lumière électrique Brush. Le circuit comprend actuellement 1.540 yards de câble, seize lampes et une machine dynamo, qu’actionne une paire de machines Tangye, développant une puissance de seize chevaux.
- Le grand bélier à torpille, le Polyphème, navire de guerre d’une construction toute nouvelle, que l’on a lancé récemment à Chatham, va être éclairé, annonce VÉlectrician, au moyen du système Brush. Les frais d’installation et des appareils sont évalués à environ 5o.ooo fr.
- Téléphonie.
- La United Téléphoné Company de Londres vient d’installer des bureaux d’appel (call rooms) pour son usage et celui de ses-abonnés dans les endroits suivants : 36, Coleman Street, dans les bureaux de la Compagnie ; 419% Strand, aux bureaux des Commissionnaires ; 27, Chancerylaue, aux Lons-dale Chambres; et à la gare du Metropolitan District Rail-way, Westminster bridge. Des commissionnaires sont en faction à chacun de ces bureaux, et l’on peut obtenir leurs services immédiatement en téléphonant aux adresses ci-dessus.
- Des téléphones de divers systèmes sont exposés à l’Exposition Internationale des Patentes de Francfort-sur-le-Mein. On remarque les installations téléphoniques de M. Holthof, qui ont des fils conducteurs en bronze de phosphore, et dans le groupe de Schâfer et Montanus les téléphones perfectionnés de Bœttchei*, dans lesquels les aimants suspendus librement oscillent et où se produit un fort courant, par conséquent un renforcement du son.
- D’après une statistique récente, le nombre des messagesen-voyés par le téléphone, s’élève chaque jour, à New-York, entre cinq et six mille.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 0, rue de Fleurus, —(495)
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- journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivicnne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 30 JUILLET 1881 N» 35
- SOMMAIRE
- Les électro-aimants à rondelles de fer; Th. du Moncel.
- — L’éclairage électrique du port du Havre; A. Gucrout. — Recherches sur les piles (4e article) Dr A. d’Arsonval.— Le télékal du colonel W. Jacobi; W. Jacobi. — Revue des travaux récents en électricité : Sur un corps artificiel doué de répulsion et d’attraction polaire. — La balance électro-dynamique de M. Helmholtz. — Le voltamètre d’Hopkins.
- — L’électricité atmosphérique et les fils téléphoniques. — Une nouvelle forme d’électromètre absolu. — Le bolo-mètre. — Correspondance : Lettre de M. Cabanellas. — Faits divers.
- LES ÉLECTRO-AIMANTS
- A RONDELLES DE FER
- Dès l’origine de mes recherches sur l’électricité, en i85i, j’avais employé des électro-aimants à rondelles de fer doux, afin d’augmenter l’étendue de leur sphère d’attraction sur des armatures appelées à se déplacer latéralement par rapport au plan de leur ligne axiale ; mais, n’ayant pas reconnu à cette disposition des avantages sérieux, je ne m’en suis pas préoccupé plus longtemps. Il y a peu de temps, cependant, deux inventeurs ont étudié de nouveau la question, et ont obtenu, à ce qu’il paraît, des résultats plus favorables, car je vois dans les Annales télégraphiques (t. III, p. 175) un article de M. Fridblatt qui les prône, et d’un autre côté je vois queM. Jablochkoff en a essayé l’emploi, sous une forme il est vrai particulière, dans .une machine dynamo-électrique. Comme cette question présente un certain intérêt au point de vue des applications électriques, j’ai cru devoir entreprendre une nouvelle série d’expériences à l’égard de ces sortes d’électro-aimants.
- Dans mes premières expériences sur les électroaimants à.rondelles de fer, j’avais constaté : i° que la surface de chaque rondelle présentait en ses différents points la même polarité, et que ces rondelles n’étaient en quelque sorte que l’épanouissement des pôles magnétiques du noyau de fer enveloppé par l’hélice ; 20 que la résultante de tous les effets attractifs exercés normalement par ces rondelles correspondait à leur centre ; 3° que l’effet attractif normal
- exercé sur une armature placée au-dessus de chaque rondelle était plutôt diminué qu’augmenté, par suite de la plus grande surface que donnait au pôle magnétique correspondant cette rondelle (*).
- Ces expériences avaient été faites avec des électro-aimants droits, et cette distinction doit être prise en considération, car les effets attractifs exercés par les pôles épanouis sont bien différents suivant qu’on les considère par rapport à un électroaimant droit, ou par rapport à un électro-aimant à deux branches, fait que j’ai démontré dans une Note présentée à l’Académie le 5 juillet 1875.
- Les résultats obtenus par M. Jablochkoff avec son système électro-magnétique pouvant faire supposer que l’hélice magnétisante exerce sur ces rondelles une action latérale qui augmente celle déterminée sur le noyau central, j’ai dû d’abord examiner dans quel rapport intervient cette action, afin d’être définivement fixé sur la supériorité que pouvaient présenter les électro-aimants à rondelles de fer doux, et de rechercher pourquoi les résultats que j’avais obtenus étaient si peu satisfaisants, au point de vue de la force attractive développée normalement.
- Pouf qu’on puisse comprendre quelle peut être cette action latérale, il me suffira de .rapporter ici le raisonnement qui a conduit M. Jablochkoff à l’élec-tro-aimant qu’il a imaginé.
- Si un fort courant rectiligne croise à angle droit
- (*) Dans une série d’expériences faites en 1862, j’ai démontré que, si l’on adapte à l’extrémité polaire d’un noyau magnétique une bague en fer s’y ajustant exactement, la force attractive se trouve plutôt diminuée qu’augmentée. Voici, en effet, quelques-uns des résultats obtenus
- Sans bague. Avec bague.
- Force attractive d’un électro-aimant droit à noyau creux, et à 1 millimètre de distance attractive................................. 11“'' io*r
- Id., muni d’un bouchon de fer. . . 17 14
- Id., muni d’une culasse de fer (au
- pôle inactif)............... 38 33 —
- Id., sans bouchon de fer.......... 27 25
- Ces différences s’atténuent à mesure que la distance entre l’armature et l’électro-aimant augmente; mais, avec les dispositions magnétiques les plus énergiques, on les retrouve encore jusqu’à 2 millimètres.
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- La lumière électrique
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- une tige de fer, il. l’aimante en déterminant à sa droite et à sa gauche deux polarités inverses. Supposons que ce courant rectiligne se recourbe à upe distance assez éloignée de la tige de fer pour ne pas l’influencer, et revienne ensuite croiser celle-ci à quelque distance au-dessus du point où il l’avait croisée en premier lieu : il se déterminera de nouveau une action magnétique qui aura pour résultat, comme dans le premier cas, de créer à droite et à gauche de ce courant deux polarités contraires; comme ce courant marche en sens contraire dans les deux cas, par rapport à la tige de fer, les polarités déterminées se trouveront placées d’une manière inverse, eu égard à la ligne équatoriale de cette tige devenue un aimant. Or, il en résultera que des polarités de même nature occuperont la partie de la tige comprise entre les deux points où cette tige se trouve coupée par le courant, et qu’une polarité inverse se développera aux deux extrémités de la tige. Supposons maintenant que la tige soit représentée par un grand nombre d’aiguilles croisées en un même point et développant une surface circulaire dont elles constituent les rayons ; si le courant rectiligne devient circulaire, il coupera chacune de ces aiguilles en deux points opposés, normalement à leur axe, et, les effets analysés précédemment se répétant, il se développera aux extrémités de toutes ces aiguilles, c’est-à-dire sur la circonférence engendrée par elles, une polarité uniforme qui sera nord par exemple, tandis qu’une autre polarité, également uniforme, mais qui sera sud, occupera la partie correspondant au point de croisement de toutes ces aiguilles, c’est-à-dire le centre du cercle constitué par elles. Naturellement, cet effet se trouvera considérablement augmenté si, au lieu d’un seul courant circulaire, il y en a un grand nombre, et si la surface constituée par toutes ces aiguilles croisées est représentée par un disque de fer. Conséquemment, si deux disques de fer, placés parallèlement, l’un au-dessus de l’autre, sont séparés par une spirale magnétisante plate, faite avec un ruban métallique isolé, large et mince, enroulé sur lui-même, les deux dis-' ques auront à leur circonférence et à leur centre deux polarités différentes, qui seront inverses d’un disque à l’autre; de plus, si ces disques sont réunis par un noyau joignant leur centre, le système se trouvera non seulement dans le cas de deux électro-aimants droits réunis magnétiquement par un de leurs pôles, ce qui en fera un électro-aimant circulaire à deux pôles distincts, mais aura son magnétisme considérablement augmenté par suite de l’action polaire développée par l’hélice sur le noyau lui-même Suivant M. Jablochkoff, l’expérience aurait complètement justifié cette manière de voir, car il aurait obtenu de cette manière des électro-aimants relativement énergiques avec de, simples rondelles réunies par une tige de cuivre, et ces rondelles présentaient les deux polarités dont il a été question précédem-
- ment. Toutefois les expériences que j’ai entreprises à cet égard avec des électro-aimants ordinaires dont je pouvais démonter les diverses parties, ne m’ont pas conduit aux mêmes conclusions, et j’ai pu m’assurer que, dans les conditions ordinaires et avec une force peu énergique, la réaction latérale des hélices magnétisantes sur des rondelles de fer est à peu près nulle, car je n’ai pas même pu constater avec ces rondelles, isolées magnétiquement l’une de l’autre, les deux polarités contraires signalées par M. Jablochkoff et propres à chacune d’elles. J’ai bien, il est vrai, reconnu qu’une aiguille aimantée suspendue verticalement par l’une de ses extrémités, semblait être attirée vers la circonférence de l’une des rondelles et repoussée de cette même rondelle au trou central ; mais cette action provenait uniquement, comme je m'en suis assuré en retirant les rondelles, de l’action de la spirale magnétisante qui tendait à attirer l'aiguille vers son centre, en raison de l’attrac-tion qu’exercent l’un sur l’autre deux courants parallèles. D’un autre côté, aucune action magnétique sensible n’était produite par le fer doux sur ces rondelles, même [quand elles agissaient ensemble sur une même armature. Il est possible, et j’en suis même aujourd’hui convaincu, qu’avec une force électrique considérable et la disposition de M. Jablochkoff les effets qu’il signale puissent se manifester (*), mais on peut certainement les considérer comme très inférieurs à ceux résultant de l’aimantation des noyaux magnétiques, et même comme nuis avec des électro-aimants disposés dans les conditions ordinaires et animés par une faible pile. Ce n'est donc pas en raison de l’action exercée latéralement par les hélices magnétisantes sur leurs rondelles, que les électro-aimants de M. Fridblatt ont pu lui fournir des effets avantageux comme force attractive normale, mais simplement parce que ces rondelles, eu égard à Varmature, jouaient le rôle des appendices polaires dont sont généralement munis les électro-aimants Hughes, et qui, ainsi que je l’ai démontré dans mes recherches sur les électro-aimants tubulaires à noyaux multiples (voir ma Note des Comptes rendus du 5 juillet 1875), augmentent le pouvoir attractif des électro-aimants à deux branches dans un rapport considérable, qui peut atteindre environ 35 pour 100, dans de bonnes conditions.
- Du reste, si l’intervention des deux polarités contraires au sein de chaque rondelle était bien manifeste pour de faibles factions électriques, il devrait s’ensuivre que la polarité magnétique des électroaimants à rondelles de fer devrait être annulée au centre de ces rondelles et ne subsister que sur leurs
- (l) Avec le courant d’une machine Gramme équivalant .à celui de io5 éléments Bunsen et la spirale de M. Jablochkoff, la polarisation de ces rondelles devient manifeste, et elles peuvent alors fournir une attraction assez marquée.
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- bords (‘) ; car cette polarité centrale se trouverait être alors de sens contraire à celle développée par la polarité de la partie du noyau magnétique en contact avec ces rondelles, et, en admettant même que cette dernière action serait prépondérante, il devrait toujours résulter de cette concentration de deux effets contraires en un même point, un affaiblissement du pouvoir magnétique en ce point. Or l’expérience démontre que c'est le contraire qui a lieu, car l’aiguille aimantée, ou même un petit morceau de fer doux suspendu, est toujours plus vigoureusement attirée vers- le centre de la rondelle qu’à sa circonférence. Il ne faut donc pas trop se faire d’illusions sur les avantages de ces systèmes, et j’étais, je crois, dans le vrai, en ne considérant l’addition de rondelles de fer aux électro-aimants que comme un moyen d’augmenter les champs d’attraction magnétique dans le sens latéral, Or, à ce point de vue, les électro-aimants à noyaux tubulaires multiples, soit du système Camacho, soit du système de M. Cance, me paraissent préférables.
- Les expériences que j’ai eu occasion défaire il y a déjà quelque temps dans les ateliers de M. Bréguet, avec la spirale plate de M. Jablochkoff et une force électrique considérable, m’ont prouvé que je ne m’étais pas trompé dans mes interprétations, et m’ont fait constater, plusieurs faits que je crois devoir rapporter. J’ai reconnu d’abord que l’action exercée sur l’aiguille aimantée suspendue, comme il a été dit plus haut, est plus énergique sous l’influence seule de la spirale que sous celle des disques de fer qui la recouvrent; en second lieu, j’ai reconnu que l’aimantation de ces plaques provenait bien plutôt de l’action exercée vers le centre de la spirale que de son action latérale. En effet, en substituant au disque de fer un anneau du même métal, ne recouvrant la spirale que près de ses bords extérieurs, l’aimantation produite sur cet anneau était presque nulle. Ainsi, un morceau de fer qu’on en approchait n’y restait pas adhérent, lorsqu’il était placé de manière à ne le toucher que suivant la corde d’un segment ; mais, quand ce morceau de fer réunissait deux points opposés d’un même diamètre, l’attraction devenait relativement considérable, parce que ce fer acquérait alors une polarité énergique sous l’influence de l’action exercée vers la partie centrale de la spirale, et que l’anneau ne jouait plus que le rôle d’une simple armature. Il suffît d’ailleurs de placer au-dessus de cette partie centrale de la spirale un petit disque de fer, pour être assuré de la puissance magnétique qu’il acquiert, et qui est telle, qu’il tend à se dresser sur champ pour entrer à l’intérieur de la spirale. En comparant la force attractive déterminée dans le cas précédent à celle produite par des disques pleins de grande surface, on acquiert la conviction que la
- (‘) L’expérience démontre que la polarité des bords extérieurs des rondelles est la même que celle de la partie du noyau magnétique à laquelle elles sont Axées.
- cause qui empêche les rondelles de se polariser énergiquement quand elles sont seules exposées à l’action de la spirale, tient à ce qu’un disque de fer sonmis à des inductions rayonnantes ne présente pas d’axe magnétique bien défini, et à ce que les polarités ne peuvent être nettement constituées.
- Si l'on cherche à produire le fantôme magnétique de la spirale précédente, on reconnaît que le vérita*-ble centre polaire est au centre même de la spirale,, car toutes les agglomérations de limaille y convergent comme des rayons. Ces rayons, dans mes expériences, étaient à la vérité coupés par de petites, zones circulaires et concentriques où la limaille faisait défaut, mais ces zones devaient provenir des irrégularités de hauteur des spires de l’hélice. Il en existait pourtant une correspondant au milieu de l’épaisseur de la spirale qui, étant beaucoup plus large et plus caractérisée que les autres, pouvait faire supposer qu’elle représentait une région neutre séparant deux polarités différentes; mais, comme elle pouvait également provenir de l’action de la spirale, je n’y aurais pas attaché une grande importance si d’autres expériences n’étaient venues confirmer cette manière d’interpréter ce phénomène. Il faut, en effet, considérer que les polarités différentes qui peuvent exister sur des rondelles exposées à l’action d’une simple spirale sont tellement minimes, comparativement à l’action générale exercée par cette spirale, qu’il est impossible de les distinguer directement avec l’aiguille aimantée, et il n’y a qu’avec les fantômes magnétiques déterminés par elle qu’on peut les reconnaître. Or les expériences que j’ai entreprises, avec de simples disques de tôle, semblent démontrer cette double polarité ; car ces disques, étant enlevés de la spirale et présentés par différents points de leur surface à une aiguille aimantée, ont accusé une polarité centrale inverse de celle des bords extérieurs.
- En résumé, l’action latérale des hélices magnétisantes sur les rondelles se borne à une simple réaction dynamique entre courants parallèles qui peut, avec des courants énergiques très forts, être assez énergique pour faire coller fortement contre les joues de la spirale des plaques de fer, mais qui ne développe pas extérieurement sur ces plaques des polarités magnétiques bien caractérisées, et ce n’est que quand ces plaques sont assez petites pour que les spires agissent sur elles, en les enveloppant, c’est-à-dire comme elles le font sur un noyau de fer enfoncé à leur intérieur, que ces polarités se développent énergiquement. Il est même probable que c’est grâce à la réaction effectuée sur leur partie centrale que les plaques dont il vient d’être question doivent la force attractive qu’elles possèdent, laquelle est nécessairement moindre que celle d’une petite rondelle, puisque les parties voisines des bord9 jouent le rôle d’armatures par rapport à cette partie centrale. th. du moncel.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- L'ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DU
- PORT DU HAVRE
- Le port du Havre est, comme on sait, un port de marée, et les grands bâtiments n’y peuvent entrer qu’à l’heure de la pleine mer. Aux époques où les deux marées ont lieu de jour, le navire qui manque la première pe.ut entrer à la seconde, et n’a, par suite, que onze heures au plus à attendre en rade,
- été longs, et c’est seulement depuis environ deux mois que l’éclairage fonctionne.
- Chaque fois qu’il y a marée de nuit, les jetées, l’avant-port et les principales écluses sont éclairés une heure avant et deux heures après le moment du plein, et l’entrée des grands navires peut se faire comme en plein jour.
- Le système d’éclairage adopté est le système Jablochkoff, et le contrat passé avec la compagnie , est d’une durée de dix ans. L’installation comprend actuellement trente-quatre foyers, dont trente-deux sont indiqués dans le plan de la figure i ; deux
- (fig. 1.)
- mais aux époques où les marées sont l’une de jour et l’autre de nuit, le navire qui manquait celle de jour ne pouvait, jusqu’à présent, entrer dans le port que le jour suivant; il lui fallait faire en rade une station durant quelquefois jusqu’à vingt-trois heures. La rade du Havre est excellente pour mouiller en temps calme ; mais vienne un coup de vent, on est obligé de lever l’ancre. Les transatlantiques français en savent quelque chose, et l’on nous a cité .plusieurs steamers qui ont dû, cet hiver, aller à Cherbourg déposer leurs passagers.
- De là le vif désir qu’avaient les marins de pouvoir entrer au Havre de nuit comme de jour, et c’est sur leurs instances que l’administration a décidé d’éclairer le port à la lumière électrique. Cette décision a été prise au printemps de 1880, mais les travaux ont
- autres ont été ajoutés après l’établissement de ce plan, et les machines existantes pourront en alimenter jusqu’à quarante.
- Ajoutons qu’en dehors de l’éclairage même du port, douze foyers fonctionnent depuis près de trois ans sur le quai des transatlantiques, et il est question d installer de semblables éclairages sur d’autres points des quais.
- Les trente-deux foyers dont nous venons de parler sont répartis en six circuits.
- Le premier circuit, de quatre foyers (1 à 4), éclaire la jetée nord; il est de 3.900 mètres, aller et retour.
- Le second circuit, de cinq foyers (5 à 9), dessert le grand quai, il mesure 2.900 mètres ; on vient d’y ajouter un sixième foyer, placé dans une lanterne
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- rouge et destiné à servir de guide dans les manœu vres.
- Le troisième circuit, de six foyers (io à i5), comprend l’écluse Notre-Dame et l’écluse de la Barre; il est de 1.900 mètres.
- Le quatrième circuit, de six foyers (16 à 21), éclaire le bas ; il comprend un feu rouge et mesure i.25o mètres.
- Le cinquième circuit, de six foyers (22 à 27), dessert l’écluse des transatlantiques et celle de la Floride; il est de 1.400 mètres.
- Le sixième circuit, de cinq foyers (28 à 32), éclaire
- Elle est représentée par le diagramme ci-joint (fig. 2), dans lequel les proportions des organes n’ont pas été conservées, mais qui est destiné surtout à indiquer leurs positions respectives.
- M est la machine auto-excitatrice de Gramme, donnant les deux circuits C et C',.dont nous ne considérerons que le premier.
- Le courant de cette machine est tout d’abord susceptible d’un certain réglage au moyen du tableau de résistances R relié aux bornes B et B'. Cet appareil se trouve placé entre l’excitatrice et les inducteurs de la machine proprement dite, de sorte
- la jetée Sud; il mesure 2.900 mètres et comprend un feu rouge.
- Enfin, on est en train d’installer encore un foyer près des transatlantiques.
- Les machines sont installées non loin de l’écluse des transatlantiques. Deux machines à vapeur de trente-cinq chevaux chacune mettent en mouvement quatre machines auto-excitatrices de Gramme du type 2. Une de ces quatre machines Gramme fonctionne à circuit ouvert; elle est destinée seulement à être employée dans le cas où il arriverait un accident à une des trois autres. Chacune de ces dernières alimente deux circuits. Comme la disposition de tous les circuits est la même, nous considérerons seulement la marche de l’un d’eux.
- qu’en faisant varier sa résistance, on peut faire varier l’intensité du champ magnétique et, par suite, régler le courant produit.
- Les conducteurs formant le circuit considéré C se rendent d’abord à deux poignées P et P' terminées par des pièces métalliques qui s’enfoncent dans d’autres pièces métalliques G et G' fixées sur la planche E. Le but de cette disposition est le suivant : S’il arrivait un accident quelconque à la machine, on enlèverait les poignées P P' et on les remplacerait par deux autres semblables qui terminent les conducteurs de la machine de réserve, de sorte que le courant ne serait interrompu que pendant un temps très court.
- Sur le trajet du conducteur L, partant de G, est
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- intercalé un cadre de résistance destiné à rendre le circuit C égal en intensité à l’autre circuit C' de la machine. L’inégale intensité des deux circuits est due à deux causes, d’abord à l’inégalité de leur longueur et, par suite, de leur résistance, ensuite à ce fait, constaté par l’expérience, que dans la machine autoexcitatrice, le circuit C le plus rapproché de l’excitatrice a une force électromotrice .plus grande que l’autre. Le cadre S7 permet de rendre les deux intensités égales.
- Le conducteur L arrive ensuite en H à un commutateur à deux directions. Les deux. conducteurs L" et L'" qui partent de H sortent de l’atelier et amènent le courant aux lampes F, F, F ; il en revient par le fil de retour L'.
- Avant de revenir en G', ce fil de retour traverse un électro-aimant A, qui, pendant le passage du courant, tient constamment attirée une armature D. Une extinction vient-elle à se produire dans les lampes, le courant cesse de passer ; l’armature, en s’écartant, ferme le contact K et fait sonner une trembleuse T ; on est aussitôt averti, et l’on peut, comme nous le verrons plus loin, procéder à un rallumage immédiat.
- Ainsi qu’on l’a vu plus haut, presque tous les circuits comprennent six lampes; dans notre diagramme, pour plus de simplicité, nous n’en avons représenté que trois. Toutes ces lampes contiennent quatre bougies Jablochkoff à charbons de 6 millimètres ; mais les premières renferment chacune deux chandeliers de deux bougies chacun, comportant par conséquent deux fils de retour ; la dernière, au contraire, contient un chandelier de quatre bougies, de la forme ordinaire, avec un seul fil de retour. Enfin, dans le pied de chaque candélabre est placé un commutateur O O' à 6 plaques par lequel passent les fils avant d’arriver à la lampe.
- Cette disposition, en apparence compliquée, permet d’arriver à deux résultats : d’abord, en marche normale, de faire, au moment voulu, sans sortir de l’atelier, passer le courant des bougies i aux bougies 2, et cela à l’aide du commutateur H; ensuite, en cas d’extinction, après avoir remplacé les bougies 1 par les bougies 2, de préparer, par une simple manipulation du commutateur O O', les bougies 3 pour un nouveau passage du courant.
- Pour comprendre comment on y arrive, supposons d’abord le commutateur H placé de telle sorte que le courant suive le conducteur L", il arrive d'abord à la pièce supérieure de gauche du commutateur O O7 du premier candélabre, puis, de là, à la bougie 1; passant ensuite par le fil de retour du 'chandelier i-3, il vient à la pièce médiane du même côté, et repart de là pour arriver au commutateur du deuxième candélabre. Dans celui-ci, comme dans les suivants, le courant suit la même marche, et il en est de même dans le dernier, mais avec cette différence qu’il n’y a qu’un fil de retour ; enfin le
- courant revient à la machine par le fil L' en traversant l’électro-aimant A.
- On voit que, dans ce trajet, le courant suit les lignes pleines du diagramme. Si, maintenant, quand les bougies 1 sont brûlées, on vient à changer le commutateur H et à faire arriver le courant par L", il suivra une marche absolument symétrique à la première, indiquée par les lignes pointées, et viendra alimenter les bougies 2. Le retour se fera comme précédemment par le fil L'. A présent, supposons que, le courant arrivant par L" (lignes pleines) et brûlant les bougies 1, une extinction subite se produise, on en sera averti dans la salle des machines par la sonnerie T ; le premier soin que l’on prendra sera de mettre le commutateur H sur L'", ce qui allumera toutes les bougies 2, de sorte que l’éclairage n’aura été interrompu que pendant un temps très court. On ira ensuite, à chaque candélabre, boucher avec une cheville à vis le trou qui sépare les deux pièces supérieures de son commutateur; la pièce de droite communiquant, comme on le voit sur le dessin, avec la bougie 3, il en résulte qu’après ce nouvel arrangement des commutateurs O O', si, au moment où les bougies 2 sont brûlées, on pousse de nouveau le verrou de H sur le conducteur L", le courant passera dans toutes les bougies 3.
- Si alors on réunit également les deux pièces inférieures des commutateurs en O', comme celle de gauche est en relation avec la bougie 4, un nouveau changement du commutateur H allumera toutes les bougies 4.
- On a donc la possibilité, dans une seule soirée, d’allumer les quatre bougies d’une même lampe. Mais, au Havre, cela n’est nullement nécessaire; l’élairage ne dure que trois heures, deux bougies suffisent donc amplement, et, en marche normale, c’est de l’atelier que l’on fait passer le courant de l’une à l’autre. La disposition que nous venons de décrire est donc surtout précieuse en cas d’accident.
- Dans chacun des commutateurs des candélabres, la pièce supérieure de gauche et la pièce inférieure de droite peuvent être réunies par une cheville à vis chacune à la pièce médiane correspondante. Ces deux communications ont pour but d’éliminer la lampe du circuit, soit lorsque le courant passe par L", soit lorsqu’il traverse L'".
- L’arrangement des six circuits est le même que celui que nous venons de décrire, tous les fils arrivent d’abord à la planche E qui supporte toutes les poignées; les électro-aimants A et les commutateurs H, tous munis de numéros d’ordre, sont également disposés à côté les uns des autres dans l’atelier, de sorte que la manoeuvre est rendue par cela même très facile.
- Tous les conducteurs sortent ensemble et divergent ensuite vers les différents points qu’ils doivent
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- (FJG. 3. —[.VUE DU PORT DU HAVRE ÉCLAIRÉ A LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE.)
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- desservir. Comme, en différents points, ces conducteurs ont dû être placés à l’intérieur même des bassins ou sous les écluses, ils ont dû être protégés d’une façon spéciale contre les chocs. Ils sont, pour cette raison, formés de conducteurs ordinaires à lumière, recouverts d’abord de chanvre, puis d’une torsade de fer galvanisé, puis de nouveau de chanvre et enfin de la composition Clarke.
- Aux endroits où les câbles doivent être réunis l’un à l’autre sous le sol, on a voulu éviter les épissures et l’on a adopté une disposition particulière représentée en coupe dans la figure 4 :
- AA est une sorte de cylindre en poterie, de
- (fig. 4.J
- 5o centimètres de hauteur environ; on le place dans le sol et l’on y fait pénétrer par sa partie inférieure, en les relevant, les deux bouts du câble que l’on veut réunir. On coule alors du plâtre jusqu’au tiers environ de la hauteur du cylindre ; au-dessus de la couche du plâtre, on dénude le cable et l’on réunit les deux conducteurs par un serre-fil; on noie le tout dans une couche de paraffine; on remplit enfin le cylindre avec du brai ou de la glu. Chacune de ces poteries de regard ou puits de vérification contient plusieurs jonctions; le nombre de ces dernières varie, suivant les cas, de trois à douze. Un couvercle en tôle percé d’un trou au milieu, et arrivant au niveau du sol, ferme ce regard. Lorsqu’on veut vérifier les jonctions, on enlève cette plaque, on brise l’enduit supérieur et l’on arrive ainsi jusqu’à la paraffine.
- Une heureuse innovation a été faite dans les lampes adoptées. Le globe d’un seul morceau qui figure à l’avenue de l’Opéra est remplacé par une lanterne sphérique, divisée en quatre parties par des membrures en fer. Un de ces secteurs sphériques forme porte et permet de renouveler très aisément les bougies. Les verres sont en général dépolis, à l’exception de ceux qui, colorés en rouge et en vert, servent de guides pour les manœuvres. x Tout ce que nous venons de dire montre avec quel soin cette installation a été faite. Si l’on a tout d’abord rencontré quelques difficultés particulières, on est parvenu complètement à les vaincre, et les appareils fonctionnent aujourd’hui à la satisfaction
- de tous. L’effet produit, dont la gravure ci-jointe (fig. 3) permettra de se faire une idée, est réellement splendide ; l’entrée des navires est rendue presque aussi facile de nuit que de jour, et l’on ne saurait adresser que des éloges d’une part à l’administration des ponts et chaussées qui a pris l’initiative de ces travaux, et d’autre part à M. Descamps, l’ingénieur chargé des installations, qui a mené l’entreprise à si bonne fin.
- A. GUEROUT.
- RECHERCHES SUR LES PILES
- 4° article (voir les nos des 3 et 23 avril et 27 juillet).
- 1° LA PILE A ACIDE NITRIQUE
- Toute disposition qui permet de transformer l’énergie chimique en énergie électrique constitue une pile. Il suit de là que le nombre des piles peut être presque aussi grand que celui des réactions chimiques. Cette définition générale entraîne également une autre conséquence : c’est que l’énergie électrique que peut développer une pile donnée a pour mesure la somme algébrique des énergies produites par les différentes combinaisons ou changement d’états dont elle est le siège. — Comme corollaire enfin, il faudrait déduire que la combinaison chimique capable de dégager le plus de chaleur sera celle qui donnera également naissance à la ’pile la plus puissante.
- Cette dernière conclusion n’est pas légitime; elle conduirait infailliblement à de graves mécomptes les personnes qui la prendraient comme point de départ de leurs recherches.
- Cela se conçoit aisément, si l’on réfléchit qu’à l’image de tous les autres transformateurs de force, la pile ne peut pas transformer intégralement l’énergie chimique en énergie électrique.
- Il est des réactions chimiques qui se prêtent très mal à cette transformation, et qui manifestent presque exclusivement à l’état de chaleur ou de lumière l’énergie qu’elles renferment. De pareilles réactions doivent être rejetées lorsqu’on veut construire un électromoteur.
- Tout ce que l’on peut dire, c’est que la mesure de l’énergie chimique d’une réaction fait connaître le maximum du rendement électrique que peut atteindre cette réaction, en supposant que toute l’énergie chimique soit transformée en énergie électrique, et n’apparaisse pas sous d’autres formes connues ou inconnues : chaleur, lumière, etc.
- Les données que nous fournit la thermo-chimie n’en sont pas moins précieuses et indispensables à connaître pour quiconque s’occupe de recherches sur les piles. Cette science, toute nouvelle, permet, en effet, d’orienter les recherches. De plus, connaissant ce que j’appellerai les constantes thermo-
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- chimiques d’un couple, et mesurant, d’autre part, directement l’énergie électrique qu’il peut développer, le rapprochement des nombres ainsi obtenus permet de déduire les réactions finales du couple, sans qu’on ait besoin de recourir à l’analyse chimique directe, toujours difficile et souvent fallacieuse.
- Avec ces réserves, je considère comme indispensable l’étude calorimétrique des piles, faite simultanément avec les autres mesures physico-chimiques.
- La méthode calorimétrique nous sera de la plus grande utilité lorsque nous étudierons les lois de Faraday et celles de Joule; on le comprend sans que j’insiste. Comme la pile n’est, en somme, qu’un voltamètre à deux liquides donnant des forces électromotrices positives ou négatives, il est facile de comprendre que ces deux séries d’études doivent se faire par les mêmes méthodes.
- Pour répondre à ces besoins, j’ai dû modifier les procédés calorimétriques ordinaires et en créer de nouveaux que je ferai connaître dans le cours de cette étude.
- Beaucoup de piles primaires, ai-je dit, peuvent fonctionner comme piles secondaires; le but seul les différentie et non la construction. Je m’occuperai d’abord des piles primaires, réservant pour un chapitre à part l’étude des piles secondaires.
- De toutes les piles primaires inventées jusqu’à ce jour, celle qui possède à la fois la constance et l’énergie les plus grandes est sans contredit la pile à acide nitrique.
- La pile à acide chromique, qui peut quelquefois la remplacer, doit toujours lui céder le pas lorsqu’on veut à la fois constance, durée, quantité.
- Ajoutons que cette pile est encore celle qui donne l’électricité au plus bas prix, malgré ses imperfections et le mauvais usage qu’elle fait de ses matériaux.
- Nous n’apprendrons rien à personne en disant que Grove est l’inventeur de la pile à acide nitrique. Le même physicien substitua le charbon de cornue au platine qu’il avait primitivement employé. Sous cette dernière forme, la pile de Grove s’appelle pile de Bunsen. C’est pourquoi personne aujourd’hui n’a le droit d’ignorer que la pile Bunsen est due à Grove, comme la pile Daniel! à Becquerel père, comme la pile...., mais ne faisons pas d’actualité. Mon article risquerait fort, sur cette pente, de se transformer en une énumération à rendre Homère jaloux; surtout depuis que l’agio a jeté son dévolu sur l’électricité.
- Heureusement qu’en ces matières, la recherche de la paternité n’est pas interdite, et, que la critique scientifique a le droit de juger sévèrement les personnalités qui abusent de l’impersonnalité de la science.
- Supposons donc une pile à acide nitrique chargée à la manière ordinaire; le zinc amalgamé trempe
- dans une solution d’acide sulfurique au vingtième en volume. Dans le vase poreux, au contact du charbon, se place de l’acide nitrique du commerce à 36 degrés ou à 40 degrés Baumé.
- A circuit ouvert, la pile dépense peu, dit-on, et, le zinc qui disparaît alors est dissous par l’acide nitrique qui filtre à travers le vase poreux.
- La quantité de zinc qui se dissout de cette façon est pourtant loin d’être négligeable comme on le dit, nous en verrons plus tard la cause.
- Fermons à présent le circuit et voyons ce que va donner la pile, et les réactions dont elle va être le siège.
- Pour déterminer les constantes de la pile et l’in- . tensité du courant qu’elle fournit, je me suis servi de l’excellent galvanomètre de M. Deprez gradué en volts et en webers.
- J’ai pris un élément rond dont le vase poreux a 6 centimètres de diamètre sur 20 de hauteur et dont le cylindre de zinc est à un centimètre des parois du vase poreux. La pile mise en rapport avec le galvanomètre en volts accuse i’,8 comme force électromotrice.
- Je la mets ensuite en rapport avec le galvanomètre en webers à l’aide de deux fortes lames de cuivre sans résistance appréciable. Comme le galvanomètre est lui-même formé d’une seule lame de cuivre, la résistance du circuit extérieur est négligeable, par rapport à celle de la pile. Le galvanomètre accuse un courant d’une intensité égale à 25 webers.
- E
- Si on applique la formule de Ohm I = ^, on a
- l8 l8
- 25 = d’où II — = 0,072 ohm pour la
- résistance intérieure delà pile.
- Cette résistance peut se mesurer ainsi pour un élément qui ne se polarise pas en court circuit, comme c’est ici le cas. Dans le cas contraire, comme E diminue rapidement, la valeur de R ainsi obtenue serait trop faible. On remarque même que dans ces conditions, E diminue un peu, car d’autres mesures m’ont donné pour R des valeurs comprises entre oohm}o8 et oohm,ii pour le même élément. Au reste, cette résistance intérieure varie très vite en montant la pile à la manière ordinaire, ce qui tient, comme je le montrerai, à la présence du sulfate de zinc qui diminue la perméabilité du vase poreux.
- On voit donc que, pour un temps assez court, qui ne dépasse guère une demi-heure, l’élément à acide nitrique peut donner un courant d’une grande intensité; comme la résistance, dans ces conditions, est presque entièrement réduite à celle de la pile, les liquides de cette dernière s’échauffent fortement, comme on peut le supposer.
- Aussitôt que l’acide nitrique a perdu "quelques degrés par l’hydratation et qu’il tombe vers 3o Baumé, la pile s’affaiblit rapidement. Ces faits,
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- d’ailleurs, sont bien connus, et j’ai voulu simplement en donner la mesure.
- Quelles sont, à présent, les réactions qui se passent? Du côté du zinc, aucune difficulté; lorsque le circuit est fermé, le courant décompose l’eau acidulée, l’oxygène se porte sur le zinc, qui constitue l’électrode positive de ce voltamètre et forme de l’oxyde de zinc, qui se combine avec l’eau acidulée pour donner du sulfate de zinc. Quant à l’hydrogène, il se dégage sur l’électrode négative en charbon au milieu de l’acide azotique.
- Mais ce gaz ne peut rester isolé dans un tel milieu, et il se combine avec l’oxygène de l’acide azotique pour donner de l’eau et un oxyde inférieur de l’azote. Quel est cet oxyde ? Est-ce du bioxyde d’azote? Est-ce au contraire le tétraoxyde ou acide hypo-azotique? Y a-t-il également du protoxyde d’azote et même de l’azote ? La question est controversée par les chimistes, qui ne sont pas d’accord sur la nature des produits de la décomposition de l’acide azotique par l’hydrogène naissant, et qui trouvent tantôt tous ces corps, tantôt quelques-uns seulement (4).
- Cette question est pourtant importante à résoudre, tant au point de vue théorique qu’au point de vue pratique. La consommation d’acide azotique peut, en effet, varier du simple au quintuple, suivant que l’hydrogène lui enlève i ou 5 équivalents d’oxygène. De plus, la somme d’énergie électrique que peut donner la pile varie beaucoup, suivant l’état final de la décomposition de l’acide azotique, décomposition qui, suivant son degré, peut être endother-thermique ou exothermique, c’est-à-dire céder de l’énergie ou au contraire en absorber. J’ai donc expérimenté dans les conditions où se place la pile Bunsen, et j’ai trouvé que l’acide nitrique cède seulement un équivalent d’oxygène et qu'il se transforme toujours en acide hypo-azotique et non en bioxyde d’azote, qui ne deviendrait rutilant qu’au contact de l’oxygène de l’air. Je décrirai cette expérience et j’en donnerai l’explication chimique dans le prochain article.
- (A suivre.) Dr a. d’arsonval.
- LE TÉLÉKAL
- DU COLONEL W. JACOBI
- Le Têlékal ou transmetteur téléphonique sert à transmettre à des distances considérables des phonogrammes ou télégrammes phonétiques, v Le télékal (fig. i) est relié au téléphone, servant de récepteur, au moyen d’un seul conducteur télégraphique ; l'autre conducteur étant remplacé par la terre. Les phonogrammes sont transmis au moyen
- (*) Voir P. Schützemberger, Chimie générale, Acide azotique.
- du télékal en signes phonétiques correspondant aux signes du vocabulaire Morse (.) (—). Les pho-nogrammes reçus au moyen du téléphone sont inscrits de suite à la station de réception mot par mot. La transmission s’opère de deux manières.
- i° En coups simples frappés par le manipulateur K (fig. i), (.) coup de courte durée, (—) coup de durée prolongée.
- 2° En coups de sonnerie produits par le même manipulateur et de la môme manière.
- Pour la transmission des signaux conventionnels,
- (fig. 1 .)
- on doit employer exclusivement les coups de sonnerie, par exemple pour désigner le commencement et la fin de la transmission. Pour les signaux de commencement, on pourrait employer le système des sifflets usité, par M. Siemens. Les essais ont
- (fig. 2.)
- montré qu’avec une résistance de 20.000 unités Siemens introduite dans le circuit, l’appareil fonctionne avec une sonorité et une netteté parfaite.
- Chaque poste télékalique doit être muni d’un télékal comme transmetteur et d’un téléphone comme récepteur, comme on le voit figure 2, dans laquelle A, A' représentent les télékals, B, B' les téléphones (').
- (*) A donne le signal à A' (par la sonnerie) et répond par le même signal; puis A transmet le phonogramme à A'; enfin A donne lé signal à A' (par sonnerie), et A' répond de la même manière. '
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- Les conducteurs doivent être fixés aux bornes A, B des télékals (fig. i). On fait tourner la vis micro-métrique Q adaptée à la partie antérieure de l’appareil du côté de la plaque à transmission de coups, jusqu’à ce que les coups frappés par le manipulateur ne fassent plus réagir la sonnerie. Dans cette position le manipulateur K transmet les phonogrammes en coups frappés (.) coups de courte durée, (—) coups de durée prolongée.
- En faisant tourner la vis du côté de la plaque, on obtient la transmission par sonnerie, et on transmet, au moyen du manipulateur K, des coups de sonnerie identiques aux coups simples. L’ordre de transmission se voit dans la figure 2.
- Afin que la vis micrométrique ne puisse pas se déplacer pendant ces, transmissions, on assure sa position au moyen d’une vis dejpression, et, pour faire de nouveau fonctionner la vis micrométrique D, il faut dévisser cette dernière vis C.
- Pour des distances considérables, la transmission à sonnerie est préj'érable, et les phonogrammes se lisent plus facilement.
- Le télékal peut être employé comme télégraphe militaire portatif; son poids insignifiant 5-7 kilogrammes et ses dimensions (largeur 212,5 millimètres, hauteur 112,5 millimètres, longueur 33g,75 millimètres), présentent l’avantage que l’appareil peut être facilement placé dans un havre-sac et porté aisément par un homme.
- Des détachements de cavalerie munis de cet appareil, permettent de simplifier l’installation des télégraphes portatifs militaires en formant des postes de télégraphie volante.
- Le télékal peut, du reste, être facilement appliqué, soit comme appareil contrôleur pour vérifier l’état de conductibilité des lignes télégraphiques, tant aériennes que souterraines et sous-marines, soit pour déterminer la continuité des conducteurs et la distance approximative des endroits où il se serait produit une rupture ; en un mot, l’appareil peut remplacer le gàlvanoscope, pour constater le bon état des conducteurs. De plus, l’appareil peut faciliter la transmission des phonogrammes chiffrés, c’est-à-dire des dépêches secrètes.
- Dans le cas où il ne se trouverait pas d’hommes sachant lire les phonogrammes, ce qui peut arriver quand on emploie cet appareil en campagne, les signaux à coups simples et à coups de sonnerie peuvent être combinés de manière à représenter les mots et les phrases les plus usités, lesquels peuvent alors être co7iipris par tout le monde, même par celui qui n’est pas au courant de l’alphabet Morse.
- Il est impossible d’énumérer tous les cas où cet appareil peut être appliqué.
- Le télékal trouve son application partout où le téléphone peut être employé comme moyen de transmission.
- Les avantages Ju-télékal 'sont les suivants : i° Il fonctionne sans pile ;
- 20 II peut fonctionner à des distances considérables, 1.800 kilomètres (20.000 unités Siemens);
- 3° Introduit dans le circuit, il peut fonctionner comme station de contrôle en transmettant simultanément les phonogrammes aux stations voisines du poste central, comme on le voit figure 3. Le courant passe alors à travers l’appareil d’une manière continue (l).
- La disposition de la figure 3 montre que le télékal fournit le moyen d’organiser dans quelque endroit de la ligne que ce soit, un poste temporaire, sans interruption de la correspondance télégraphique.
- 40 Le télékal fait fonctionner le téléphone à des distances bien supérieures à celles auxquelles peuvent parvenir les transmissions téléphoniques vocales; l’expérience a montré, en effet, qu’en faisant fonctionner deux téléphones, reliés par un conducteur de ligne ordinaire, la correspondance vocale téléphonique devient presque impossible à cause du bruissement produit par les effets d’induction des conducteurs voisins disposés sur les mêmes poteaux.
- 5° L’appareil ne cesse pas de fonctionner, quelle que soit la position qu’on lui donne.
- 6° Il n’y a pas de parties saillantes qui puissent se déranger à la suite de secousses ; toutes les parties du mécanisme sont si solides que, même entre les mains de gens inexpérimentés, il ne peut pas arriver de rupture dans la transmission. Si l’appareil ne fonctionne pas librement, il suffit de verser quelques gouttes d’huile d’horloger dans l’intervalle ménagé entre la tige et le tuyau du manipulateur.
- Pour ce qui concerne le contrôle des phonogrammes, il est facile de l’organiser; la seule condition qu’il y ait à observer, c’est que les phonogrammes ne soient remis aux postes télékaliques autrement que par écrit , de même que les phonogrammes reçus doivent s'inscrire de suite. La pratique montrera quelles règles devront être à observer.
- Comme le téléphone représente un appareil excessivement sensible, il faut vérifier rigoureuse-
- (*) A est en correspondance directe avec B par le conjonc-teur d.
- A et C correspondent par l’intermédiaire des conjoncteurs ab, a’b'.
- C et B correspondent psr les conjoncteurs cb, c’b'.
- Enfin A, C, B sont en relation, B correspondant avec A par C et les conjoncteurs ab. a'b',
- a
- ai.
- TK Tp
- (fig. 3.)
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- ment si les conducteurs sont bien vissés aux bornes d’attache, et si les téléphones sont bien réglés, afin que les signaux phonétiques se transmettent d’une manière sonore et nette.
- Les téléphones à employer doivent être de grande portée, c’est-à-dire disposés avec aimants en fer à cheval, tels que ceux qui sont construits par la maison Siemens.
- Les expériences ont montré :
- i° Qu’introduit dans le circuit d’une ligne reliant deux appareils télégraphiques, le télékal n’empêche pas la transmission des télégrammes.
- 2° Qu’en fonctionnant par l’intermédiaire d’un conducteur télégraphique ordinaire, les coups transmis au moyen du télékal sont d’une sonorité et d’une netteté assez puissantes, pour surpasser considérablement les bruissements résultant du voisinage de plusieurs conducteurs placés sur les mêmes poteaux de la ligne.
- Sur une ligne chargée de 20 fils, l’expérience a montré que la transmission d’un phonogramme de 33 mots pouvait être effectuée en 4 minutes à une distance de 20 kilomètres.
- Des expériences récentes ont montré., d’un autre côté, qu’avec de petits téléphones on pouvait également obtenir des résultats parfaitement suffisants.
- Colonel w. jacobi.
- 5/17 juillet 1881, Saint-Pétersbourg, Znamenskoga, 24.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Sur un corps artificiel doué de répulsion et d’attraction polaire.
- On a nié dernièrement la soi-disant unipolarité de certains corps. M. Holtz a pensé que ce phénomène pouvait exister et être dû à un arrangement asymétrique des molécules. Sous l’influence d’une action électrique à distance, l’électricité d’une ligne pourrait éprouver, selon lui, une plus grande résistance que l’autre, et le corps présenterait ainsi une apparence de polarité. Pour contrôler cette idée, il constitua un corps asymétrique de la manière suivante :
- Sur une tige de verre servant de support, il mastiqua perpendiculairement à l’axe une lame de verre, et sur cette lame un tube court très étroit placé dans le même axe que la tige et de manière qu’il n’y eut pas de mastic entre le tube et la lame. Dans le petit tube, il plaça une aiguille à coudre le dépassant et, sur cette dernière, il fixa un disque de carton mince de 22 millimètres de diamètre, libre de se mouvoir autour de son axe. Sur la moitié de la circonférence de ce disque, il colla ensuite une bande de carton de 10 millimètres de large dépassant éga-
- lement des deux côtés ; enfin, en face "de cette bande, sur l’autre bord du disque, il colla une petite pointe d’étain en feuille. L’appareil fut alors placé entre les tiges de l’excitateur d’une machine de Holtz, ces tiges étant écartées autant que possible et terminées par des plateaux creux. L’axe du disque était vertical. En tournant la machine et renversant de temps en temps les pôles, M. Holtz vit toujours la pointe d’étain se tourner vers le pôle positif.
- Il suspendit alors un léger tube de verre d’environ 3oo millimètres de long; dans une petite chape de carton, à deux fils de cocon parallèle. Les fils de cocon étaient écartés de 40 millimètres l’un de l’autre, de manière que le système prît naturellement une position déterminée. A l’un des bouts de ce tube horizontal, il mastiqua l’appareil précédent, de sorte que le disque pouvait non seulement tourner autour de son axe, mais encore se déplacer horizontalement, quoique avec plus de difficulté. L’appareil fut placé de façon que le disque tournant se trouvât encore au milieu de l’espace compris entre les deux plateaux de l’excitateur. Le disque fut attiré cette fois vers l’électrode négative, et cela, quelle que fût la position de la pointe d’étain.
- M. Holtz laisse ces faits saris explication précise. Il rappelle seulement que l’on connaît depuis longtemps des corps de forme particulière qui sont attirés plus volontiers par une électrode que par l’autre. De ce nombre est le poisson de clinquant ; mais l’effet est encore plus frappant sur une rondelle de liège unie d’un côté et qu’on a, de l’autre côté, munie d’une pointe d’aiguille. Elle adhère fortement à une surface électrisée contre laquelle on la presse, parce qu’elle perd par la pointe plus d’électricité qu’elle n’en reçoit par conductibilité.
- Le corps décrit plus haut adhère aussi à l’électrode vers laquelle il est attiré, et il est probable que plusieurs substances, qui ont une polarité distincte, se comporteraient de même.
- M. Holtz, en terminant, dit que des corps de cette nature pourraient avoir un intérêt pratique en servant d’indicateurs du sens du courant, au moins pour les machines statiques.
- Wiedemann’s Annalen.
- La balance électro-dynamique de M. Helmholtz.
- On se rappelle la balance de E. Becquerel, avec laquelle on peut mesurer l’intensité du courant à l’aide de poids. M. Helmholtz vient d’imaginer un appareil analogue, mais qui fonctionne comme électro-dynamomètre, les aimants étant remplacés par des solénoïdes, traversés par le courant aussi bien que les bobines fixes. L’appareil est construit de la manière suivante :
- A la colonne d’une balance de précision ordinaire' sont fixées deux tiges de laiton supportant chacune
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- une bobine plate annulaire, sur laquelle est enroulé un fil métallique isolé. Deux bobines semblables, mais assez petites pour passer à l’intérieur des premières, sont suspendues aux extrémités du fléau, à la place des plateaux. A l’état de repos, les bobines fixes sont un peu plus haut que les bobines mobiles. Quand on fait arriver un courant dans ces quatre bobines, en le faisant arriver dans les bobines mobiles par des lames souples de clinquant, l’une de ces dernières bobines s’élève, tandis que l’autre s’abaisse, et l’on peut, en rétablissant l’équilibre par des poids, avoir une mesure du courant.
- Pour une certaine position des bobines mobiles au-dessous des bobines fixes, la balance conserve toute sa stabilité et toute sa sensibilité. La pesée peut se faire à un milligramme près. Comme l’action exercée par le courant est proportionnelle au carré de l’intensité, quand cette action sera équilibrée par 1 gramme, l’intensité sera déterminée avec une exactitude de 1/2000,
- Il y a un certain nombre d’années, M. Lallemand avait construit également une balance électro-dynamique, dans laquelle deux spirales plates fixées aux extrémités d’un levier horizontal, mobile autour d’un axe vertical, étaient repoussées plus ou moins, suivant l’intensité du courant, par deux bobines fixes ; l’action était mesurée par la torsion d’un fil, comme dans la balance de Coulomb ; mais l’élasticité de torsion d’un fil qui, dans ce cas, est employée pour équilibrer la force électro-dynamique, peut facilement varier pour un même fil, et l’emploi de poids pour équilibrer cette force présente certainement, au point de vue de l’identité des mesures, un avantage marqué.
- Rappelons en terminant que, tout dernièrement, M. Mascart, dans ses recherches sur l’équivalent électro-chimique du courant, s’est servi d’un instrument analogue à celui de M. Helmholtz.
- Le voltamètre d’Hopkins.
- Sous le nom de voltamètre de dilatation, M. Hopkins vient de publier la description d’un appareil dans lequel le courant est mesuré par la dilatation que produit son passage dans un fil métallique. Cet appareil se compose essentiellement de deux fils de platine disposés horizontalement entre des supports isolants et tendus par des ressorts à spirale qui les terminent. L’un de ces fils peut faire mouvoir par suite de sa dilatation un arc gradué; le second fil fait mouvoir de la même façon l’index mobile devant cet arc. C’est dans ce dernier fil que l’on fait passer le courant à mesurer. L’appareil ayant été gradué par des essais préalables, la déviation de l’index indique l’intensité du courant. M. Hopkins fait remarquer que le premier fil faisant mouvoir l’arc gradué dans le même sens que l’index, la lecture se trouve corrigée de l’influence de tout échauffement extérieur. Cela est vrai, sans doute,
- mais quand même cette correction ne serait pas faite, ce ne serait pas là le plus grand défaut de l’appareil. On sait, en effet, qu’un fil tendu subit toujours naturellement un certain allongement, qui sera certes encore plus marqué lorsque ce fil aura été parcouru et échauffé plusieurs fois par des passages de courant. Le fil qui met en mouvement l’index et qui est le plus fréquemment traversé par le courant s’allongera donc plus, avec le temps, que. le fil de l’arc gradué employé comme témoin. Il y aura donc là une action extérieure portant inégalement sur les deux fils; l’appareil sera constamment déréglé et, pour être exact, il aurait besoin d’être gradué de nouveau avant chaque expérience. Nous ne voyons donc pas quel avantage son auteur peut lui trouver sur les galvanomètres existants.
- L’électricité atmosphérique et les fils téléphoniques.
- D’après M. X. Kirchoff, les conducteurs téléphoniques, lorsqu’ils sont influencés par les nuages électrisés ou atteints par la foudre, présentent plus de dangers que les fils télégraphiques. La raison en est la différence dans la pose des fils et l’établissement de leurs supports. Les fils téléphoniques sont placés au-dessus des maisons et sont de i5 ou 20 mètres plus rapprochés des nuages que les conducteurs électriques. L’influence des nuages est donc plus forte et plus rapide à se produire sur les conducteurs téléphoniques. Ces derniers sont aussi, frappés de préférence par la foudre. Quand un fil téléphonique est frappé, il y a toute chance pour que le flux électrique se propage le long de ce conducteur, passe sur le poteau qui sert de support au fil, et de là, atteigne la maison sur laquelle se trouve ce poteau. Il se produira évidemment des dégâts, d’après ce que l’on a observé sur les lignes télégraphiques. Les poteaux et les appareils sont toujours le siège de graves détériorations. A ces dégâts viendront s’ajouter, pour les conducteurs téléphoniques, le danger que courront les maisons et leurs habitants. Il serait donc nécessaire de faire bien communiquer avec le sol, les supports en fer de ces conducteurs téléphoniques.
- Deutsche Bau\eilung
- Une nouvelle forme d’électromètre absolu.
- L’électromètre absolu de sir William Thomson, dans lequel une différence de potentiel peut être mesurée en unités absolues, par l’action d’un plateau fixe électrisé sur un disque mobile également électrisé, est un instrument très précis, mais d’un maniement délicat. En outre, il n’est applicable qu’à des tensions assez grandes.
- Le professeur Minchin vient de construire un électromètre absolu qui est à la fois très sensible et facile à manier. Il peut servir à mesurer la force élec-
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- tro-motrice d’un seul élément de pile. Il consiste principalement en deux lames parallèles suspendues à un cadre, et que l’on peut amener à faire ensemble un certain angle. Une de ces lames est percée d’une fenêtre à son milieu, et cette fenêtre est presque entièrement fermée par un volet mobile suspendu à deux fils de platine très fins, fixés au bord supérieur de la plaque, Le volet repose sur des arrêts formés par des pointes très fines et, à l’état de repos, se trouve au même niveau que le reste de la surface. Lorsqu’on veut mesurer la force électromotrice d’une pile, on met ses pôles en relation avec les deux lames, et on écarte celles-ci angulairement, jusqu’à ce que l’attraction de la lame entière sur le volet mobile soit exactement équilibrée par le poids de ce dernier. A ce moment, la force électromotrice est proportionnelle au sinus de l’angle de déplacement. Cet angle, la surface des volets et la distance des deux lames permettent de calculer en unités absolues, la force électromotrice cherchée.
- Engineering
- «AAAAAAAAAAAAA^W
- Le Bolomètre.
- M. P. S. Langley, professeur à l’observatoire d’Alleghany, vient d’imaginer un instrument auquel il donne le nom de bolomètre (du mot grec BoXv], rayon) et qui est destiné à remplir le même but que la pile thermo-électrique. Il se compose d’un pont de Wheatstone, dont deux bras sont constitués d’une façon toute spéciale. Ils sont formés de lames excessivement minces de métal, acier, platine, palladium ou autres. Ces lames ont une épaisseur deonim,oo2, une largeur de omm, 5, Ces deux systèmes de lames sont enfermés dans un cylindre en bois, de telle sorte que l’un d’eux seul soit affecté par les rayons calorifiques tombant sur le cylindre. L’autre est protégé contre tout rayonnement. Aussitôt que des rayons de chaleur tombent sur le système, la série des lames non protégées s’échauffe, leur résistance augmente inégalement et l’aiguille du galvanomètre qui primitivement était au zéro se trouve déviée. Cette déviation permet de mesurer réchauffement. L’instrument est, paraît-il, excessivement sensible et, suivant l’auteur, un changement de température d’un cent-millième de degré centigrade peut être apprécié très rapidement.
- Voilà une sensibilité qui dépasse certainement celle de la pile de Melloni, et si l’instrument du professeur Langley présente un fonctionnement aussi régulier que cette dernière, il pourra certainement être fort utile ; mais nous craignons que le chiffre donné plus haut ne soit quelque peu exagéré.
- En définitive, ce système revient un peu, comme disposition; aux sondes thermo-électriques, et nous avons vu, par les expériences si remarquables de MM. Becquerel et Claude Bernard, combien des systèmes thermométriques de ce genre sont sensibles, puisque, par leur intermédiaire, on a pu arri-
- ver à distinguer la différence de température du sang veineux et du sang artériel à la surface du corps et à son intérieur, différence qui se manifeste en sens inverse, dans les deux cas, comme l’a démontré d’une manière si ingénieuse M. Claude Bernard.
- Il est certain que des appareils de ce genre sont précieux pour une foule d’expériences, et nous voyons avec plaisir toutes les recherches faites dans cette direction.
- CORRESPONDANCE
- Nous recevons de M. Cabanellas la lettre suivante qui contient l’exposition très claire de plusieurs questions assez souvent mal comprises :
- Paris, le 20 juillet 1881.
- Cher monsieur et maître,
- Je lis dans votre numéro 3i, page 77, une lettre de M. Gravier en réponse aux observations que j’ai faites numéro 25, page 4.39, à propos de données numériques expérimentales émanant de lui et que vous avez publiées dans votre numéro 23, page 399. J’avais, dans l’intérêt de ceux de vos lecteurs peu familiarisés avec l’étude des machines, signalé un certain nombre d’erreurs incontestables que j’avais cru devoir attribuer à une distraction de M. Gravier. M. Gravier ne veut pas de cette explication et cherche à prouver qu’il ne s’est pas trompé; il termine sa longue lettre en me remerciant « de lui avoir fourni l’occasion défaire une excellente étude qui a mis une très grande netteté dans ses idées ».
- En bonne conscience, pour mériter la reconnaissance de M. Gravier, il me faut reprendre la plume, car j’espère lui montrer que la grande netteté de ses idées n’est pas encore suffisante sur ces questions.
- Reprenons la première donnée : trois expériences à l’alliire de 1.400 tours delà machine génératrice et à l’intensité de 25 webers, mais avec des différences de potentiel différentes aux bornes de la machine (75, 80 et 85 volts). J’ai dit que ces chiffres sont faux, je le répète et je vais le prouver puisqu’il y a contestation :
- La force électromotrice d’une machine ne dépend que de deux éléments qui sont : l’intensité de la circulation effective et l’allure de ladite machine. Ces deux éléments déterminent absolument la force électromotrice de la machine, quelles que puissent être les circonstances quelconques du circuit extérieur (résistances ou forces électromotrices extérieures). Il en résulte que la force électromotrice du générateur ne pouvait être que mathématiquement la même dans ces trois cas. Cela posé, appelons : r la résistance intérieure du générateur (résistance constante dans les trois cas), i l’intensité constante de la circulation, E la force électromotrice constante du générateur, e la différence de tension disponible aux bornes (* *) du générateur, on a E = i r -f- e (‘-); mais puis-
- (l) M. Gravier qui, dans sa première lettre, avait parlé des bornes de la machine, parle dans sa seconde lettre des balais de la machine et parait y attacher de l’importance ; il n’y en a aucune, pas plus qu'il n’y a d’importance à mettre le galvanomètre à fil fin avant ou après le fil reliant générateur et récepteur. L’observation tiendra ou ne tiendra pas compte, tout naturellement, de la consommation de tension déjà faite ou pas encore faite dans le fil des électros inducteurs, et voilà tout.
- (*) Compte rendu de l’Académie des sciences du i3 juin, Lumière Electrique du 2.5 juin (méthodes et formules avec le dispositif à 2 galvanomètres). J’avais pensé être utile à M. Gravier en publiant ces formules.
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- que E, i et r sont constants, s l’est aussi. M. Gravier trouvera, je suppose, cette démonstration rigoureuse, et il remarquera qu’elle est indépendante de ce qui se passe au delà des bornes de l’appareil; qu’il y ait des arcs longs ou courts ou autre chose, cela importe peu, ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’il faut que la même différence de tension e volts soit extérieurement disponible dans les trois cas pour faire circuler le môme i avec le môme E générateur, et accomplir le môme travail extérieur total de i e. joulads par seconde, quel que soit d’ailleurs le détail de répartition de ce travail extérieur. Ainsi, l’on voit que M. Gravier avait bien tort de se contenter et de penser que je pourrais me contenter de l’explication qu’il me donne, à savoir que dans les trois cas, les variations de e, 75, 80 et 85 viennent de ce qu’il y a eu variation de la force électromotrice inverse de l’arc. M. Gravier verra, dans les publications citées en note, que je me suis précisément occupé de donner des méthodes et des formules propres à déterminer et à suivre pas à pas les variations de résistance et de force contre-électromotrice des arcs voltaïques.
- Il n’est pas douteux que M. Gravier s’est aussi tout à fait trompé en concluant le travail total d’après les chiffres 76,80 et 85, c’est-à-dire d’après ce que je désigne par e ; c’est ce que j’ai appelé E qu’il lui aurait fallu, c’est-à-dire la force électromotrice à Ventrée du générateur : il a positivement oublié tout le travail intérieur de la machine génératrice, lequel, je l’ai dit, est souvent aussi gros que le travail extérieur. Cet oubli rend les rendements de sa première, lettre faux et trop gros, environ dans la proportion de 2 à 1. Du reste, dans sa seconde lettre, M. Gravier se charge lui-même, cette fois, de faire constater son erreur, car, aussitôt après avoir annoncé qu’il va justifier sa manière de calculer le rendement par un exemple pris dans l’hydraulique (*), il se hâte de tenir précisément compte, dans cet exemple, de ce qu’il avait eu le tort d’oublier d’abord, et il y introduit la correction nécessaire que je signalais. En effet, si M. Gravier avait appliqué la manière erronée que j’ai signalée, il aurait dû dire que le rendement de son ensemble hydraulique était P' t>' 8
- ou — ou 80 pour 100 (rapport des différences de
- niveau ou potentiels de gravité au récepteur et à la sortie du générateur), tandis qu’il arrive à 55 pour 100 après avoir tenu compte, en particulier, de la différence qui existe entre la force disponible à la sortie du générateur et la force absorbée à l’entrée de ce môme générateur. M. Gravier a bien fait d’agir ainsi, il a écouté mon conseil, et certes je ne le lui reprocherai pas, mais je pense qu’alors il reconnaîtra franchement qu’il s’est trompé en croyant et en écrivant le contraire.
- Pour revenir à l’ensemble électrique, si l’on veut se rendre compte de la répartition de E et de celle de e, la formule E = r i + e (s) donne E = r i -f- R * + p i 4- e (p et e étant les éléments électriques récepteurs et R la résistance du fil reliant le récepteur au générateur).
- Cette formule permet de suivre pas à pas l’utilisation de la
- (*) En principe, je pense qu’il ne faut pas abuser des comparaisons prises dans des manifestations naturelles qui, à côté d’analogies, comportent nécessairement des différences essentielles; j’ai bien voulu suivre M. Gravier sur ce terrain, mais je trouve que, dans l’espèce, il était peu indiqué de s’adresser à l’hydraulique, alors que les lois des courants électriques sont beaucoup plus nettes et mieux fixées que celles des courants liquides. D’ailleurs, la portée philosophique de sa propre comparaison a échappé à M. Gravier, il dit : « ici, il n’y a pas de force hydromotrice inverse produite ». Il se trompe, il y en a une, c’est le poids de la colonne liquide Ppar rapport au poids de la colonne P/>; leurs efforts sont inverses sur le courant liquide.
- (a) Galvanomètre à fil fin entre le générateur et le fil de liaison au récepteur.
- force élec'tromotrice E développée à l’entrée du gé nérateur. De cette force E, une partie r i reste dans le générateur, c’est, si l’on veut, la perte de charge attribuable au frottement dans la résistance intérieure r du générateur; une autre partie R i reste dans le fil de liaison et la partie p i dans le récepteur, ces trois parties sous forme thermique, et enfin la partie e, dite force contre-électromotrice ou de polarisation de l’arc, accomplit l’action mécanique d’arrachement et de projection des particules matérielles des électrodes, produisant ainsi la presque totalité de la lumière voltaïque (*).
- Quand M. Gravier place deux galvanomètres à fil fin, l’un aux bornes de sa machine, l’autre aux bornes de sa lampe, la différence des nombres de volts qu’il observe lui donne la perte de charge R i, ni plus ni moins, et tant que fil de liaison et intensité ne changçnt pas, R i ne peut changer, quand bien même e et E changeraient. Mettre des galvanomètres à fil fin avant et après R, dans le cas qui nous occupe, c’est donc commettre un pléonasme vicieux, répéter deux fois la môme chose, se condamner à ne rien apprendre de plus que par un seul, de ce qui peut se passer dans la lampe ou dans le générateur.
- M. Gravier dit dans sa seconde lettre : « Qu’il me soit permis de faire remarquer que le récepteur-lampe 11e consomme pas, mais restitue du travail, une partie du travail consommé par le générateur. »
- Or, dans la formule de répartition mise sous la forme E i — r i* R ** + p i3 + e i, E i est le travail électrique total, absorbé par le générateur; ce travail se décompte en : r i3, travail consommé par le fil du générateur, R i3 travail consommé par le fil de liaison, ces deux travaux sous forme thermique, enfin p 2- -f e i, total du travail consommé du fait de l’arc, laquelle comsommation se décompose elle-même en p i3, travail thermique consommé par la résistance de l’arc et e i, travail consommé sous forme mécanique (arrachements). Les 4 termes du second membre de la formule sont tous positifs aussi bien les uns que les autres, c’est en les ajoutant les uns aux autres qu’on retrouve le total dépensé sur le générateur. La phrase citée est donc au moins mauvaise, si M. Gravier veut simplement dire que le travail de l’arc est un travail utile; chacun sait, en effet, que c’est pour réaliser ce travail utile qu’on consent à consommer le travail total E 2, sur le générateur. Mais pour être utile, ce travail de l’arc n’en est pas moins une consommation prise comme les autres sur la consommation totale E i.
- M. Gravier voit qu’il s’était trop hâté de me remercier « de lui avoir fourni l’occasion de faire une excellente étude mettant une très grande clarté dans ses idées ». Je pense qu’après le petit cours bien clair auquel il m’a obligé, je peux accepter une gratitude d’abord anticipée. J’ai tâché de déployer la méthode et le soin que M. Gravier veut bien m’accorder et j’espère qu’il mettra à profit les lumières définitives qu’il y rencontrera.
- En résumé, je trouve tout naturel qu’au lieu de se fortifier suffisamment par une étude solitaire, avant d’entrer en lice, M. Gravier ait préféré se mettre tout d’abord en avant, à charge de se tromper quelquefois; ce moyen n’est pas le plus mauvais pour apprendre vite. Mais alors M. Gravier permettra à mon ancienneté relative de lui dire qu’il faut bien veiller à la forme de ses essais de polémique scientifique, afin de ne pas risquer d’être laissé dans l’erreur et de tromper les néophytes, sans le vouloir. Cela arriverait pourtant si personne n’avait la bonne volonté de remplir le rôle qui vient d’être le mien, c’est-à-dire de faire œuvre de moniteur dans cet enseignement mutuel, qui s’appelle la publicité scientifique.
- GUSTAVE CABANELLAS.
- (*) Si le récepteur était une machine électrique réversible;
- p i serait le travail de caléfaction du fil de cette machine et e sa force électromotrice disponible pour un travail sous forme mécanique proprement dite.
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- FAITS DIVERS
- L’Exposition de Francfort-sur-le-Mein offre quelques exemples de la transmission de la force par l'électricité; ainsi MM. Siemens et Halske ont exposé un chemin de fer électrique et un ascenseur électrique qui paraissent être les mômes que ceux qu’ils avaient envoyé déjà à plusieurs expositions, notamment à Berlin et à Manheim. La locomotive du chemin de fer électrique met en mouvement trois wagons de 18 à 24 personnes, avec une vitesse de 10 à 15 kilomètres à l’heure. La voie ferrée serpente à travers le magnifique jardin de la colline et franchit trois tunnels, de sorte qu’elle a complètement le caractère d’une voie ferrée de montagne.
- L’ascenseur électrique qui n'est autre que celui que nous avons décrit tome II, p. 5o7, est disposé de manière à enlever au sommet d'une tour de 40 mètres, et en une minute et demie, quatre à cinq personnes. L’appareil est pourvu de sièges, et la machine dynamo-électrique, qui doit donner l'impulsion à celle de l’ascenseur, se trouve à une distance d’environ 200 mètres.
- A Newport (Etats-Unis), on vieift de faire un second essai oificiel d’un nouveau bateau torpille sous-marin. Plusieurs officiers de l’armée de terre et de l’armée de mer assistaient à l’expérience. Le bateau a été dirigé du rivage au moyen d’un courant électrique, et le commutateur ajustable à bord, a parfaitement fonctionné. Le bateau a parcouru un demi-mille en deux minutes cinquante-trois secondes, s'est arrêté et est reparti à volonté; la vitesse ayant été d’un peu plus de dix nœuds à l’heure.
- Il existe des insectes électriques qui, comme les poissons torpilles et les anguilles électriques, produisent au toucher des chocs plus ou moins violents. Deux nouveaux exemples d’insectes capables d’occasionner des secousses électriques viennent d’être signalés à la Société entomologiques de Londres, rapporte YElectrician. Lady de Grey écrit de son château de Groby qu’elle a constaté un choc causé par un scarabée de l’espèce des Elaleridæ; l’effet a été tel qu’elle l’a ressenti jusque dans le coude. L’autre cas est celui d’une grande chenille lépidoptère velue de l’Amérique du Sud. Le capitaine Blakeney, en touchant cette chenille, reçut un choc si violent qu’il perdit l’usage d’un bras pendant un temps assez long, et que sa vie fut même en danger.
- M. Ch. Bourseul, qui le premier, en 1854, a indiqué la manière dont on pouvait reproduire télégraphiquement la parole, vient d’être promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur; nous sommes heureux de cette distinction qui pourra le dédomager de tous les déboires que son idée hardie lui a causés dans le temps où il l’a émise, et qui devait être, vingt-deux ans après, consacrée par l’une des plus grandes découvertes du siècle. ___________
- A la suite d’un contrat conclu entre la Compagnie des Télégraphes allemands de Berlin et la Compagnie de l’Union des Télégraphes d’Allemagne, un câble sous-marin va être posé entre Enden, sur la côte du Hanovre, et Valentia en Irlande, afin de relier directement l’Allemagne aux Etats-Unis. Ce nouveau câble qui passera à travers la mer du Nord, la Manche et autour des côtes occidentales de l’Irlande sera rattaché au câble anglo-américain, de manière à former ainsi un second lien électrique entièrement sous-marin entre l’Amérique et le continent européen. Les dépenses de construction du nouveau câble Enden-Valentia sont évaluées à environ 4,125,000 francs.
- Les Colonies and India citent un exemple de rapide transmission télégraphique. En moins de vingt-quatre heures, une dépêche officielle a été expédiée de la Nouvelle-Zélande à Londres et on a reçu la réponse de cette dernière ville.
- Éclairage électrique.
- A Paris, et dans plusieurs villes de France, la lumière , électrique a été employée pendant les fêtes du 14 juillet. A 1 Lille, l’éclairage électrique a été particulièrement brillant. , Sur la place d’Armes, étaient installés vingt foyers, système ' Jablochkoff. Les poteaux enguirlandés de feuillage étaient , ornés d’écussons aux armes de la vieille cité des Flandres et supportaient des trophées de drapeaux. Quatre circuits ali-! mentaient chacun cinq lampes. Seize foyers disposés en carré f sur.la place étaient garnis de globes d’un blanc laiteux, avec étoiles transparentes bleues et rouges. Quatre autres, placés sur les côtés de la place, avaient des globes clairs, avec étoiles peintes. Ces étoiles, invisibles sur les globes éclairés, étaient projetées, avec leur couleur respective et dans de très grandes dimensions, sur les bâtiments voisins. Dans l’axe de la rue Nationale, se trouvaient deux lampes-soleil. Dans le quartier Vauban, l’éclairage était fort curieux. Une cascade aVait été construite près de l’écluse; la nappe d’eau présentant une surface de 7 mètres de large sur 5 de haut. Cette cascade a été éclairée à la lumière électrique, avec projections rouges et vertes à travers la chute d’eau, qui était surmontée d’une pagode illuminée à l’intérieur et ornée de lanternes vénitiennes.
- Depuis plusieurs mois, la gare de Naples est éclairée à la lumière électrique. Cinq lampes, donnant chacune une lumière égale à cent cinquante becs de gaz, sont actionnées par des machines Gramme. Les essais, ayant paru satisfaisants à la Compagnie des chemins de fer, doivent être continués.
- On trouve encore, à l’Exposition de Francfort, une exhibition de systèmes d’éclairage par l’électricité assez intéressants; on y remarque surtout trois, systèmes d’éclairage électrique dont deux ont été installés par la maison Siemens et Halske de Berlin, et le troisième par l’américain Weston. C’est le représentant de la maison G. Mœhring de Francfort, M. Reinhold Œstrom qui a installé ce dernier système, qui fonctionne sous l’influence d’un courant continu fourni par une machine dynamo-électrique. Ce système à courants alternatifs se compose de douze électro-aimants d’une forme particulière, distribués autour d’une armature que fait tourner au moyen d’une courroie, à la vitesse de 700 à 800 tours à la minute, une machine à vapeur munie d’un ventilateur, et qui produit les courants positifs et négatits appelés à faire fonctionner les lampes. Ce sont des fils de 4 millimètres de diamètre qui conduisent ces courants aux diverses lampes intercalées dans le circuit. La lumière des lampes Mœhring paraît très puissante et d’autant plus forte que ces lampes ne sont pas enveloppées dans des globes opalins. On trouve généralement que la lumière électrique Weston est plus intense et plus blanche que celle des deux autres systèmes en présence.
- Téléphonie.
- A Munich, la direction générale des voies de communication bavaroises s’occupe de la question d’installation et de l’administration des entreprises téléphoniques, sur le modèle des réseaux déjà établis en différents pays. Elle s’est mise en rapport avec la chambre de commerce de Munich qui a demandé à ses membres s’ils étaient disposés à souscrire à des installations téléphoniques, et qui croit qu’une somme de 200 marks peut être fixée comme maximum des frais pour une ligne ne dépassant pas deux kilomètres, pour des distances moindres ne dépassant pas un kilomètre, on n’exigerait que 100 marks.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typdgraphie A. Lahure, 9, rue île Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Electrique
- journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3» ANNÉE MERCREDI 3 AOUT 1881 N° 36
- SOMMAIRE
- Que va faire le Congrès ? F. Géraldy. — La mesure du charbon consommé dans les lampes électriques ; P. Jablochkoff. — Eclairage électrique (système Lontin et C!e); C.-C. Soulages. — Considérations sur la forme des miroirs paraboliques dans leur application comme réflecteurs de lumière électrique; D. Latchinoff. — Les lampes électriques (système Million) ; O. Kern. — Le thermomètre électrique en médecine; A. Guerout. — Quelques considérations au sujet des meilleures conditions de groupement d’une pile dans les applications téléphoniques; Dejonghe. —. Revue des travaux récents en électrité : Les pilcs-étalonS. — Le topophone. — Le massage électrique. — Une nouvelle forme de téléphone. — Correspondance : Lettres de MM. Ayrton et Perry. — Faits divers.
- QUE VA FAIRE LE CONGRÈS ?
- Sans doute, c’est au Congrès lui-même à répondre à cette question; il n’a besoin de personne pour décider dans quelle direction il doit porter ses études et sur quels points l’intervention de sa haute autorité est nécessaire. Mais il saura gré certainement à ceux qui cultivent l’électricité, d’avoir à l’avance désigné les parties de la science qui leur paraissent embarrassées, indiqué les sujets restés pour eux obscurs, de façon à lui présenter une sorte de tableau de l’état des esprits, lui permettant de mieux voir quelle portée il doit donner à ses travaux. Il me semblerait utile que chacun de ceux qui se sont occupés d’électricité fit un exposé de ses réflexions sur ce point; en tous cas je le fais aujourd’hui pomma part.
- La mission du Congrès est double. Il a d’un côté, au point de vue théorique, d’importantes études à faire et des décisions indispensables à prendre. De l’autre, au point de vue pratique, tant comme jury que comme assemblée autorisée,, il peut fournir des éléments d’examen et de comparaison impossibles à recueillir sans son aide et très difficiles à retrouver après l’occasion que nous offre l’Exposition.
- Je m’occuperai principalement du côté théorique.
- Entête vient la question des unités; elle a été plus d’une fois traitée dans ce journal, mais c’est une de celles qu’on n’épuise pas, un de ces points
- sur lesquels on a le devoir de revenir, tant qu’on n’a pas atteint la solution nécessaire. Il faut, cela est indispensable, qu’on adopte un système unique d’unités et que ce système soit accepté et mis franchement en usage par tous et dans tous les pays. La confusion et la multiplicité des mesures actuellement usitées ne sont pas dignes de la science; je sais bien que la pratique seule, avec les mœurs scientifiques actuelles, ferait, au bout de quelque temps, prédominer un système qui finirait par s’imposer à tous ; mais il y aurait des tiraillements, du temps perdu, peut-être des erreurs graves; le Congrès peut et doit éviter tout cela; lui seul possède la clairvoyance pour décider, l’autorité pour vaincre les résistances. Au fond, il ne saurait, à nion avis, y avoir de réelle difficulté ; le système des unités de l’Association britannique règne déjà dans la science, et il n’y a plus qu’à le revêtir d’une sorte de consécration générale et définitive. Il est bien uni dans ses diverses parties, les unités diverses qu’il comporte semblent autant que possible de grandeur convenable, enfin il présente le très grand avantage d’être intimement lié au système des unités absolues, permettant ainsi, à l’aide d’opérations toujours extrêmement simples, de passer d’un ordre de phénomènes à un autre, et donnant dans le calcul, comme cela doit être, l’expression de l’unité des forces et de la conservation de l’énergie.
- Les résistances à l’adoption universelle de ce système tiennent, d’une part, à d’anciennes habitudes, qui céderont sans difficulté devant l’autorité du congrès ; de l’autre, à ce fait que les unités de l’Association britannique, conçues d’après des idées théoriques, sont difficiles à réaliser, pratiquement. Cette question a déjà été discutée dans ce journal, et nous ne pouvons la reprendre à fond aujourd’hui : d’ailleurs, ce sera justement l’affaire du Congrès et je veux surtout poser les questions. Cependant, on voit bien, sans qu’il soit nécessaire de le développer, que des unités doivent avant tout être théoriques, puisque de leur nature dépend la facilité du calcul,, considération qui prime toutes les autres et doit rester absolument déterminante dans leur choix; quant à leur réalisation pratique, c’est-à-dire la construction d’étalons, elle peut toujours être obtenue,
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- et si l’on y trouvait quelque difficulté, je dirai tout à l’heure comment il me paraît qu’on peut la vaincre ; en ce point encore, le concours du Congrès serait nécessaire.
- Mais là ne s’arrête pas évidemment sa mission, et après avoir établi, comme l’a dit ingénieusement M. Hospitalier, l’unité dans les unités, il serait fort utile qu’il voulut bien nous aider un peu à nous eri servir en jetant un coup d’œil sur les méthodes de mesure.
- Le sujet est plus délicat, et, sur ce point, on ne saurait évidemment demander de prescription absolue, chacun étant libre d’opérer de la façon qu’il juge bonne ; néanmoins on pourrait recommander certains procédés et surtout encourager la fabrication d’instruments permettant de faire usage de méthodes considérées comme plus précises. J’expliquerai mieux ma pensée en prenant un exemple :
- Supposons qu’il s’agisse de déterminer la force électromotrice d’une pile.
- Chacun sait que, pour cela, quelle que que soit la méthode, on va prendre l’électricité aux deux pôles de la pile, c’est-à-dire qu’en réalité on mesure, non la force électromotrice, mais la différence des potentiels aux deux pôles ; or ces deux quantités ne sont absolument égales que s’il n’y a pas de courant, puisque, aussitôt que les pôles sont électriquement réunis, il y a rapprochement des potentiels entre eux. Toutes les méthodes où l’on fait usage d’un galvanomètre de quelque nature qu’il soit, ne peuvent donc être qu’approximatives, extrêmement approximatives, je le veux bien, très-exactes même quand elles sont bien employées, mais enfin, elles comportent une cause théorique d’erreur. Il y a des méthodes qui ne la comportent pas, parce qu’elles ne laissent pas passer le courant : l’électromètre d’abord, le condensateur avec un galvanomètre convenable, et enfin les méthodes par opposition ; ces procédés sont cependant les moins employés, je crois; sans aucun doute c’est à cause du haut prix des appareils dont ils exigent l’emploi; je pense que ces difficultés pourraient être beaucoup diminuées^
- J’écarte l’électromètre qui me semble devoir rester un appareil de haute précision toujours dispendieux et d’un maniement difficile • mais il ne serait sans doute pas impossible de constituer dans des conditions abordables le matériel nécessaire à la méthode des condensateurs. Toute personne qui se livre aux mesures de ce genre est forcée d’avoir un galvanomètre de grande résistance, spécialement disposé pour ces opérations, autant le prendre du genre des galvanomètres Thomson ou analogue. Les condensateurs et la clef de décharge se vendraient bientôt moins cher, si, la méthode se généralisant, ils entraient dans la fabrication courante; c’est, contrairement aux lois ordinaires de l’économie politique, la rareté de la demande qui fait le haut prix ; quant à la méthode, elle est, on le sait, une des plus
- faciles et des plus sûres, qui se puissent employer. Je reviendrai plus loin sur les méthodes par opposition où la difficulté, quoique analogue, est pourtant différente. On voit, par cet exemple, l’utilité qu’il pourrait y avoir à ce que le Congrès recommandât une méthode, non pas, je le répète, qu’il en doive écarter aucune. La boussole des tangentes bien employée, est excellente ; un bon galvanomètre de grande résistance est fort exact, mais enfin, il est certain que la précision des résultats est liée au rapport qui existe entre la résistance de l’appareil et celle de la pile à mesurer. Or, cet élément peut être inconnu ; il peut être beaucoup plus grand qu’on ne le pense; sa détermination subséquente ' résulte d’ailleurs, comme on sait, de la détermination préalable de la force électromotrice, en sorte que tout l’ensemble des- résultats dépend de la bonne adaptation de l’appareil aux éléments inconnus qu’il s’agit de déterminer. Je n’entre point dans le détail des méthodes en usage pour mesurer la résistance des piles, dans lesquelles la polarisation et la variation de la force électromotrice introduisent de si puissantes causes d’erreurs, il me suffit d’avoir montré comment l’influence du Congrès peut être utile dans cette direction, en facilitant l’application de méthodes de mesures ou de procédés d’é--tudes qu’il désignerait comme plus sûrs dans l’application, et propres à fournir des résultats plus comparables.
- Il est vrai que ce genre de recherches est de jour en jour facilité par l’invention et la construction de nouveaux appareils de mesure ; les galvanomètres gradués en volts se multiplient, nos lecteurs connaissent bien l’excellent instrument de notre collaborateur, M. Marcel Deprez; mais ici se présente une difficulté d’un autre ordre, et où l’intervention du Congrès est encore nécessaire.
- Il ne suffit pas, en effet, de déterminer les unités qui seront choisies, d’indiquer les méthodes les meilleures pour les employer; il faut encore nous donner les moyens d’en faire usage en nous fournissant ces unités sous forme matérielle, c’est-à-dire en construisant ou donnant le moyen de construire des étalons. Il en existe un, celui de la résistance ; l’Association britannique fournit de bonnes copies de l’Ohm, mais c’est la seule unité pratiquement réalisée; il n’y a pas, et c’est une grande gêne, de véritable étalon de force électromotrice. Je connais la pile à mercure de M. Latimer Clark, je dois avouer que je n’en trouve pas la constitution et l’usage commodes, ni bien rassurants; je préférerais encore les piles dites étalon à sulfate de zinc qui se fabriquent en Angleterre, mais elles ne doivent également être employées qu’avec certains scrupules, leur force électromotrice ne paraissant pas absolument constante lorsque leur action a quelque durée. C’est en raison de ce manque d’étalons que tous les constructeurs d’appareils à mesurer les forces élec-
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- tromotrices trouvent une grande difficulté pour l’établissement de leurs graduations ; chacun s’ingénie et fait de son mieux, mais il reste toujours sur le résultat un certain doute, et cela est excessivement fâcheux. C’est également en raison de ce manque d’étalons que les méthodes de mesure par opposition sont d’un usage rare ; il* faut, pour les employer dans toute leur étendue, pouvoir disposer d’un nombre suffisant de sources bien pareilles, à force électromotrice bien déterminée, c’est-à-dire, en somme, d’étalons, et c’est ce qui manque. Dans les grands laboratoires, celui de M. Becquerel par exemple, on arrivait par des combinaisons ingénieuses à atteindre à peu près.ce résultat; dans les petits, on est bien obligé d’y renoncer.
- Les étalons de quantité statique sont rares et très chers ; les condensateurs gradués qui les représentent ne sont pas d’ailleurs à l’abri de tout reproche, comme on l’a vu dernièrement dans ce journal. En somme, les unités électriques, sauf la résistance, sont dans la pratique très peu et très mal représentées : il est cependant de la dernière importance qu’elles le soient, et même qu’elles le soient de deux façons. Il faut, en effet, posséder d’une part, des exemplaires absolument théoriques, d’une précision absolue, toujours mathématiquement semblables à eux-mêmes, qui soient le point de départ et la vérification des mesures; ensuite, il faut qu’on puisse ou trouver dans le commerce ou construire facilement soi-même des grandeurs suffisamment constantes qui soient ou égales aux unités qu dans un rapport simple et constant avec elles, ces grandeurs servant d’étalons pour exécuter les mesures dans la pratique.
- Les unités de l’Association britannique sont d’une réalisation difficile ', je l’admets, mais en choisit-on d’autres plus commodes par ce côté, il serait toujours impossible de laisser à chacun le soin de construire lui-même le type des unités de précision ; il n’y a, à mon avis, qu’un seul moyen : il faut faire •là ce qu’on a fait pour le mètre, constituer une Commission chargée de la construction, de l’entretien des types et de la fourniture des copies vérifiées servant d’étalons. Il faut installer, généraliser et internationaliser, s’il m’est permis de forger le mot, ce que la Société britannique a commencé ; il appartient au Congrès de proposer aux divers états un établissement de cette nature ; issu lui-même d’un accord des gouvernements, il est naturel qu’il laisse, comme une suite utile de sa constitution, une Commission destinée à continuer et à développer son œuvre, à lui donner la matérialité pour ainsi dire. Ce sera d’ailleurs en même temps le travail de la Commission internationale de construire les copies ou d’indiquer des procédés, pour la force électromotrice par exemple, permettant à chacun d’obtenir avec une précision suffisante des grandeurs en rapport déterminé avec les unités théo-
- riques, et servant à faciliter le mesurage dans la pratique.
- Je crois qu’il n’y a que ce moyen de donner des instruments de mesure constants en même temps que de fournir au public un contrôle nécessaire, et j’estime que l’une des principales préoccupations du Congrès doit être d’arriver à constituer cette institution indispensable.
- On pourra remarquer que je n’ai parlé que des grandeurs strictement électriques ; il sera du devoir du Congrès de s’occuper de celles qui avoisinent l’électricité et sont, dans l’application, liées à elle, soit comme producteur, soit comme produit; je pense à la force et à la lumière. Pour la force, il y a des moyens de mesure, on peut faire mieux peut-être, cependant tels quels ils suffisent ; mais la lumière! Il n’y aurait pas assez d’exclamations pour exprimer la situation où nous sommes de ce côté. Tout est à faire; les nombres que nous possédons sont généralement des évaluations de fantaisie trouvées avec des instruments quelconques et exprimées à l’aide d’unités ridicules. Espère-t-on nous faire prendre pour des unités les bougies, becs Carcel et autres chandelles en usage?... Comme constance chacun d’eux varie bravement du simple au double ; comme grandeur, en face des quantités de lumière que nous avons à mesurer et qui vont tous lesjours grandissant, ils représentent assez bien le reis portugais dont il faut, je crois, environ un million pour faire cent sous; enfin, comme réalisation, aussitôt qu’on veut essayer d’en tirer quelque chose de vraisemblable, on arrive à des appareils comme la lampe Carcel à balance ou le bec type de Giroud qui, pour n’être guère précis, n’en sont pas moins d’une installation très suffisamment compliquée. Pour les instruments de mesure, nous en possédons, je crois, un très bon, depuis que M. Cornu s’est décidé à publier le photomètre qu’il avait inventé il y a déjà quelques années. Je reviendrai sur cet appareil très simple : ce n’est pas le photomètr'e idéal à mon avis, puisqu’il laisse encore à l’appréciation directe le soin de vérifier l’égalité de deux lumières, ce qui devrait être constaté par quelque phénomène matériel susceptible de plus de précision, mais au moins il place cette opération dans des conditions qui réduisent l’erreurau minimum, et même, on peut le dire, l’annulent à peu près complètement ; c’est, je crois, un appareil exact, d’un usage commode, et susceptible de fournir d’excellents résultats. Mais il lui faut toujours une unité et un étalon qui la représente. La question est si peu avancée que je n’oserais demander au Congrès de la résoudre ; au moins pourrait-il la poser, fixer le point où l’on est, et indiquer dans quel sens il faut chercher.
- D’ailleurs, si l’on en vient, comme je le propose et le crois nécessaire, à la création d’une Commission internationale des mesures électriques, on pourrait sans inconvénient adopter un étalon lumineux,
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- même d’une réalisation difficile, pourvu qu’il fut conforme à la théorie; la Commission serait là pour le conserver ou le reproduire suivant les nécessités.
- Tel sont les principaux points de la théorie où l’intervention du Congrès me paraît devoir être d’une utilité directe. Je ne prétends pas, bien entendu, limiter là sa tache et nous serons tous trop heureux de recevoir les lumières qui sortiront de ses travaux dans quelque sens qu’il les dirige ; j’ai voulu seulement signaler les questions sur lesquelles une décision immédiate me paraît urgente, et qui resteraient longtemps en souffrance si l’autorité du Congrès n’intervenait pour les résoudre.
- Je parlerai un autre jour, s’il y a lieu, de la partie pratique de ses travaux.
- FRANK GÉRALDY.
- LA MESURE DU CHARBON
- CONSOMMÉ DANS LES LAMPES ÉLECTRIQUES
- Pour exprimer la consommation en charbon d’une lampe, on donne fréquemment la longueur du crayon de charbon usée par heure, soit en énonçant en même temps son diamètre, soit même sans fournir cette indication nécessaire. Cette façon de procéder me semble non seulement incomplète, mais même propre à fausser les idées et à fournir une mesure inexacte de la consommation dont il s’agit.
- Sans qu’il soit nécessaire même d’entrer dans des considérations techniques, on est frappé, dès l’abord, de l’anomalie que présente ce mode d’évaluation : tous les combustibles, en effet, se mesurent au poids, charbon, huiles minérales, huiles ordinaires, quelle que soit d’ailleurs la nature ou la disposition de l’appareil brûleur ; pour qu’il fut nécessaire d’agir autrement dans les brûleurs électriques, il faudrait quelque raison spéciale.
- On en fait valoir une, en effet, qui est la suivante : dans les charbons électriques, la matière première est à peu près sans valeur; elle ne compte pas dans le prix, celui-ci résulte seulement de la main-d’œuvre dépensée pour donner aux crayons la forme appropriée. Or, cette main-d’œuvre n’est nullement proportionnelle au poids ; elle est, au contraire, assez bien mesurée par la longueur ; c’est donc celle-ci qu’il faut considérer pour évaluer la dépense en charbon d’un appareil électrique.
- L’objection avait une valeur au temps où l’on employait des charbons de cornue sciés ; dans ces conditions, en effet, le diamètre importe peu, la longueur seule compte, parce qu’elle mesure le travail; mais aujourd’hui on ne fait plus usage de ce charbon qui, d’ailleurs, serait absolument insuffisant pour la consommation, et l’on emploie exclusivement des charbons moulés et recuits.
- Pour ceux-ci, les conditions sont absolument
- I différentes ; d’abord, vu l’importance des quantités brûlées, la matière première devient un élément nécessaire de la dépense ; ensuite, la main-d’œuvre ne dépend plus, comme précédemment, de la longueur, mais devient, comme je vais le faire voir, très sensiblement proportionnelle au poids.
- Pour mettre cette idée dans tout son relief, considérons successivement les diverses opérations nécessaires à la fabrication du charbon électrique.
- On commence par broyer le coke qui sert de matière première, opération qui réclame un travail évidemment proportionnel au poids.
- Il en est de même du mélange et du pétrissage , de la pâte.
- Dans la troisième opération, qui est le moulage à la filière, la main-d’œuvre à payer comprend deux éléments : d’une part, le temps employé ; de l’autre, la force dépensée pour obtenir une longueur donnée. Le premier élément, à poids égal, donne l’avantage aux gros charbons, la vitesse de sortie étant toujours à peu près la même; pour le second, la proportionnalité subsiste sensiblement.
- La quatrième opération est la cuisson ; c’est la plus dispendieuse, et par le temps et par le combustible employés ; or, celle-ci donne l’avantage aux charbons fins ; ils offrent une surface beaucoup plus grande à poids égal, aussi sont-ils plus facilement pénétrés par la chaleur, se prêtent-ils mieux aux diverses manipulations qu’ils doivent recevoir, et, par là, se trouvent compenser l’avantage que l’opération précédente donnait aux charbons de gros diamètre.
- Les usages commerciaux confirment cette appréciation; la section d’un charbon de 4 millimètres de diamètre est g fois moindre que celle d’un charbon de 12 millimètres. Il faut donc 9 mètres de charbon de 4 millimètres pour représenter le poids de 1 mètre d’un charbon de 12 millimètres : aussi coûtent-ils ensemble à peu près le même prix que ce dernier, et même un peu moins cher. C’est que les fabricants de charbon, sous la pressiqn de leur intérêt, ont été forcément amenés à tenir compte de Dévaluation vraie; au temps des crayons de charbon de cornue scié, ils vendaient sans s’inquiéter du diamètre; aujourd’hui, comme on le voit, ils augmentent leur prix avec lui et vendent au poids.
- Du reste, comme on pouvait le penser, dans les grandes entreprises électriques, quand la consommation se chiffre par tonnes de charbon, on ne mesure pas au mètre; on fait comme partout, on pèse.
- Il est alors singulier que, même dans des études techniques sérieusement faites, on retrouve des évaluations de ce genre : « tel foyer consomme par heure tant de centimètres de charbon » ; quelle difficulté y aurait-il à dire « tel foyer consomme par heure tant de grammes de charbon » ?
- On pourrait se demander quelle importance il y a
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- à cela et pourquoi je cherche à modifier une habitude déjà ancienne, si cette habitude n’est pas en somme nuisible.
- D’abord, on ne voit pas pourquoi on conserverait dans une application particulière un procédé anormal, en désaccord avec ce qui se fait dans tout le reste de la science, et môme avec les usages du commerce spécial à cette application ; mais il y a plus, cet usage non seulement est gauche, mais, comme je l’ai dit, il est gravement nuisible en ce qu’il fournit des données inexactes et peut fausser les mesures.
- En effet, il amène d’abord la confusion dans l’esprit du public entre les différentes sources lumineuses; cette confusion ne peut certainement être utile à personne ; si ce n’est peut-être à certains chercheurs de réclame qui, à défaut d’autre qualité, sont bien aise de pouvoir assurer que leur appareil consomme moins de longueur de charbon qu’un autre; au contraire, les électriciens sérieux et qui savent qu’ils n’ont qu’à gagner à une exacte connaissance des faits, ont un intérêt évident à voir fournir au public des données courantes lui permettant une juste comparaison.
- D’ailleurs, cette évaluation n’est même pas exacte à diamètre de charbon égal; il y a, en effet, des charbons légers qui brûlent vite et des charbons denses qui brûlent lentement; dans ce cas encore, le poids seul donne une mesure exacte de la dépense.
- Enfin, et c’est là une considération très importante, les longueurs consommées ne donnent aucune idée ni de la force lumineuse des foyers, ni de la quantité d’énergie qu’ils absorbent, tandis que le poids consommé, s’il n’est pas mathématiquement proportionnel à la lumière produite, l’est cependant à peu de chose près, au moins dans les systèmes analogues.
- Si donc le public s’habituait à compter la consommation de charbon au poids, il y trouverait, en même temps qu’une bonne mesure de la dépense, une estimation de la production lumineuse qui serait un très précieux élément pour apprécier la valeur de l’appareil brûleur et conduirait à faire des choix plus éclairés.
- On trouverait d’ailleurs là certaines considérations qui sont tout en faveur de l’éclairage électrique ; ainsi, il est curieux de constater qu’une bougie électrique, pour une lumière de cinquante becs de gaz, ne brûle qu’environ 20 grammes de charbon par heure; on voit combien est minime la quantité d’acide carbonique formé.
- L’importance considérable qu’il y a, pour l’avenir de l’éclairage électrique, à voir s’introduire des moyens d’évaluation précis permettant de faire rapidement des comparaisons exactes entre les diverses sources lumineuses, me conduit à insister sur le mode de comptage que j’indique aujourd’hui; le point sur lequel il porte peut, au premier
- abord, sembler secondaire.; mais, vu l’extension que prend tous les jours l’éclairage électrique, il n’y a plus de point secondaire; et, d’ailleurs, les considérations que j’ai présentées montrent, je pense, qu’il ne faudrait qu’un bien faible effort pour le faire adopter au public, tandis que celui-ci et la science électrique en retireraient de sérieux avantages. P. JABLOCHKOFF.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- SYSTÈME LONTIN ET O
- L’ensemble des appareils composant le système Lontin a été décrit dans le numéro du icr juin 1880 et dans le supplément paru à la même date. La première installation vraiment pratique remonte déjà à plus de trois années, car c’est au mois de mai 1879 que la halle des messageries a été éclairée à la gare du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée; on sait aussi que, sur la demande de la Compagnie du chemin de fer de l’Ouest, des expériences comparatives furent faites avec succès pendant les mois de décembre 1879 et janvier 1880 dans la salle des Pas-Perdus de la gare Saint-Lazare. Depuis le mois de novembre 1880, la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, très satisfaite du fonctionnement des appareils à Pàris, a fait établir un éclairage semblable dans sa gare de Marseille.
- L’installation de Paris, gare de Lyon, étant la plus ancienne, nous rappellerons brièvement de quoi elle se compose : une machine à vapeur demi-fixe de i5 chevaux nominaux, de Weyher et Riche-mond, était placée dans un petit bâtiment à 10 mètres environ du quai des marchandises (grande vitesse) qui est seul éclairé jusqu’ici; cette machine faisait tourner, à une vitesse de 400 à 5oo tours par minute, le système générateur d’électricité comprenant une excitatrice et une machine à lumière réunies.
- La machine à lumière envoie ses courants dans six circuits comprenant chacun trois régulateurs; on a ainsi 18 foyers , presque tous constitués par des régulateurs à division du système Lontin et Cic, dont on trouve la description complète, soit dans l’ouvrage sur l’éclairage électrique de M. du Mon-cel, soit dans les Applications de Vélectricité, du même auteur.
- Nous donnons ci-après une .vue d’ensemble de la halle des messageries à la gare de Lyon, éclairée par le système Lontin. Ce vaste hangar a une longueur de 200 mètres sur une largeur de 20 mètres environ, et les 16 foyers qu’il contient produisent une clarté qui permettrait de lire ou d’écrire facilement dans une partie quelconque ; seulement, un travail de bureau continu deviendrait assez vite fatigant, à- cause de la scintillation de la lumière.
- Dans quelque temps, toute la gare de Paris, au chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée, va être
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- éclairée par le système Lontin. 36 nouveaux foyers, dont 3 pour la salle des Pas-Perdus, seront distribués très prochainement; à cet effet, la petite machine de i5 chevaux-vapeur a déjà été remplacée par une nouvelle de 5o chevaux nominaux, qui sort aussi de l’usine de MM. Weyher et Richemond ; les bâtis, pour les deux générateurs électriques qui vont être ajoutés, sont construits, et il ne reste plus qu’à compléter le réseau des fils conducteurs.
- Nous avons dit que presque tous les régulateurs employés à la gare de Lyon étaient du système
- réflecteur spécial qui nous semble une heureuse application du système Balestrieri, et renvoie bien toute la clarté vers le sol ; il semble aussi que le bruit quelque peu gênant que l’on constate dans les appareils, soit presque atténué dans celui-ci.
- Du reste, la lampe Mersanne, qui a encore l’avantage de brûler g heures sans nécessiter aucun changement de charbon, va être adoptée dans toutes les nouvelles installations qui seront faites avec le système Lontin.
- Ces nouvelles installations ont une grande impor-
- (lIALLE DES MESSAGERIES DE LA GARE DE LYON, ÉCLAIRÉE PAR LE SYSTÈME LONTIN.)
- Lontin, application ancienne de la dérivation du courant, qui a été développée de toutes les façons dans ces derniers temps, et a donné le jour à une foule de lampes plus.ou moins originales.
- Un seul appareil lumineux diffère des autres et se trouve placé en dehors de la porte de communication qui conduit de la salle des bagages sur le quai intérieur, c’est une lampe à charbons horizontaux du système de Mersanne. L’effet produit par cette disposition est certainement supérieur à celui que donnent les anciens régulateurs employés pour tout le reste de l’éclairage ; la lumière est plus fixe et plus intense à cause de la superposition d’un
- tance et démontrent de la façon la plus péremptoire la valeur du système, puisque le nombre des foyers va être doublé et triplé dans des endroits où il fonctionne depuis deux ou trois années consécutives.
- A Marseille, l’ensemble de la gare du chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée est éclairé depuis le mois de novembre 1880, et l’on est en train d’installer un service deux fois plus considérable, ce qui portera à 36 le nombre des foyers.
- A Paris, les appareils de la Société Lontin et O ont été employés, la première fois, en août et septembre 1877 à la gare de Lyon, il y avait alors 28 régulateurs qui ont brûlé pendant 45 jours,
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- c’est après cette expérience, que la Compagnie a demandé l’éclairage continu de la halle des marchandises (grande vitesse). Les 18 foyers qui ont été définitivement placés depuis plus de trois ans vont être triplés aujourd’hui, et les 54 lumières, fournies par -3 machines génératrices d’électricité, vont être distribuées dans toutes les parties de la gare des voyageurs.
- Depuis assez longtemps, des pourparlers avaient été engagés pour obtenir l’autorisation de faire un éclairage public dans la capitale, et nous savons que la concession demandée vient d’être définitivement accordée ces jours derniers.
- La cour du Louvre, la place du Carrousel et l’hôtel provisoire des Postes vont être brillamment illuminés par 18 foyers électriques disposés de la façon suivante : 4 foyers dans la cour du Louvre, sur le. pourtour de la place du Carrousel, 12 foyers disposés à environ 8 mètres au-dessus du sol ; enfin, au niveau d’un abri qui va être construit du côté de la préfecture de la Seine, on va élever, pour supporter la lumière, une colonne de 18 mètres de hauteur.
- C. C. SOULAGES.
- CONSIDÉRATIONS SUR LA FORME DES
- MIROIRS PARABOLIQUES
- DANS LEUR APPLICATION
- COMME RÉFLECTEURS DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Nous avons, dans l’article publié dans notre numéro du 16 juillet, sur la préparation des miroirs paraboliques de M. Latchinoff, indiqué que des considérations géométriques avaient conduit ce savant à admettre que, dans les réflecteurs paraboliques pour l’éclairage des objets éloignés, la profondeur devait être égale à la distance focale. M. Latchinoff nous envoie aujourd’hui la démonstration de ce principe, qui n’est pas généralement connu, et nous nous empressons de reproduire sa communication :
- « Aujourd’hui, dit M. Latchinoff, les constructeurs ont l’habitude de donner aux réflecteurs une profondeur considérable, de sorte que le foyer se trouve près du fond. On est donc obligé de percer des trous dans le réflecteur pour y introduire le foyer lumineux.
- « Il est évident que l’idée de recevoir la plus grande quantité de lumière émise par le point lumineux, sur la surface du réflecteur, a guidé les constructeurs dans le choix de cette forme. Mais nous allons démontrer que cette idée est complètement erronée.
- « Etant donné un paraboloïde MDN (fig. 1) limité
- par un plan MN perpendiculaire à l’axe et passant par le foyer g, l’angle d,'embrassement (‘) de ce réflecteur est évidemment égal à 180 degrés, c’est-à-dire qu’il comprend juste la moitié de tous les rayons émis par le point lumineux g. Nous appellerons désormais normale cette forme de réflecteur.
- « Prolongeons maintenant le paraboloïde jusqu’aux points M', N', comme cela est indiqué sur la figure par les lignes ponctuées ; alors la surface, le poids et le prix de revient du réflecteur augmente-
- ront environ du double ; en même temps, son angle d'embrassement augmentera aussi, mais seulement d’une quantité assez petite M ^M', et il est facile de comprendre que l’augmentation relative sera d’autant moindre que la profondeur du réflecteur sera plus grande (*).
- « Supposons maintenant que nous conservions la' forme initiale du réflecteur avec l’angle d’embrassement de 180 degrés, mais que nous voulions en augmenter la distance focale. Alors il est facile de prouver que nous gagnerons davantage dans l’éclairage des objets éloignés.
- « Pour le démontrer, notons tout d’abord qu’aucune source de lumière ne présente un point mathé-mathique, et c’est la lumière électrique qui a les plus petites dimensions, mais il faut toujours en tenir compte. Ainsi, dans les grands appareils de guerre, la partie brillante du charbon positif atteint jusqu’à un centimètre carré de surface,
- « Pour simplifier la démonstration, supposons que la surface éclairante présente un petit cercle dont le plan soit perpendiculaire à l’axe de ce dernier. Examinons un rayon de lumière a D, tombant du bord
- (*) Nous nous permettops d’appeler ainsi l’angle formé par les lignes allant du foyer aux bords opposés du réflecteur, et dans lequel se trouvent enveloppés tous les rayons tombant du point lumineux sur le réflecteur.
- (*) Pour doubler l’angle primitif (1800), il faudrait prendre un réflecteur infini.
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- de la surface éclairante sur le sommet D du para-boloïde. Désignons le rayon du cercle brillant par r et la distance focale par F. Laissons tomber les rayons concentrés par le réflecteur sur un mur vertical, se trouvant à une distance considérable S, et tâchons de déterminer la longueur du rayon x du cercle éclairé sur ce mur.
- « Eu égard à la similitude de deux triangles, nous pouvons écrire :
- r : F = x : S.
- Admettons que r soit égal à 5 millimètres et F à un décimètre, ce qui donne r — ^ F ; alors le rayon du cercle éclairé, à la distance de deux kilomètres, sera évidemment x = * S = ioo mètres. Il s’ensuit donc que la lumière envoyée par notre réflecteur se distribuera sur une surface énorme de 200 mètres de diamètre, et que l’éclairage sera par conséquent assez faible. Mais si la distance focale était de 5 décimètres au lieu d’un, nous aurions r — &s F, et x= r£5 S, c’est-à-dire x — 20 mètres. Dans ce cas, le diamètre de la surface éclairée serait 5 fois et la surface elle-même 2S fois moindre qu’auparavant, et, par conséquent, l’éclairage serait aussi 25 fois plus fort.
- « D’après ce que nous venons de dire, nous pouvons poser le principe suivant : l'éclairage des objets éloignés est directement proportionnel au carré de la distance focale du réflecteur, du m oins quand l’angle d’embrassement ne varie pas.
- « Mais, lorsque nous augmentons la distance focale n fois, la surface du réflecteur augmente rc2 fois, d’où l’on conclut que : l’éclairage des objets éloignés est porportionnel à la surface du réflecteur ayant la forme normale.
- « Or, il a été démontré plus haut que l’avantage obtenu par le prolongement de la surface du réflecteur, ou, ce qui revient au même, l’augmentation de sa profondeur, est loin d’être proportionnel à cette surface. Il est donc beaucoup plus profitable de confectionner un réflecteur peu profond à grande distance focale, qu’un réflecteur très profond et à court foyer.
- « Si nous avions supposé que la source lumineuse eût des dimensions longitudinales, c’est-à-dire que tous ses points ne se trouvassent pas dans un plan perpendiculaire à l’axe, l’examen des rayons lumineux pareils h b Mb' nous aurait amené aux mêmes conclusions que celles que nous venons de tirer relativement aux rayons a D a'.
- « Nous présumons qu’il faudra désormais s’en tenir à la forme normale du réflecteur et n’en admettre que de légers écarts. Cependant, il serait commode d’en diminuer encore un peu la profondeur, ce qui dispenserait de percer les parois pour y introduire les charbons.
- « Toutes ces conclusions ne sont vraies que lorsqu’il s’agit de l’éclairage d’objets éloignés; mais si nous voulions nous servir du réflecteur pour concentrer les rayons du soleil, afin d’obtenir la plus haute température possible, il faudrait, au contraire, raccourcir le foyer et augmenter le plus possible la profondeur du réflecteur. »
- D. LATCIIINOFF.
- LES LAMPES ÉLECTRIQUES
- SYSTÈME MILLION
- Une nouvelle disposition des lampes à arc vol-’taïque semble prendre faveur en ce moment ; ce sont des appareils à charbons horizontaux. Il est certain que les charbons verticaux ont, à cause de cette situation, des inconvénients qu’on est parvenu ' à atténuer sans les faire complètement disparaître. Le point lumineux n’y est jamais complètement fixé;-dans les appareils à courant continu, tenant compte de la rapidité differente de combustion des deux charbons, on les fait avancer l’un vers l’autre, le positif marchant deux fois plus vite que le négatif ; mais cette proportion théorique n’est jamais réalisée dans la pratique, et l’on est obligé dé toucher de temps en temps à l’appareil. Dans les systèmes récents, on s’est peu préoccupé de cette condition qui est secondaire pour l’éclairage ; il semble d’ailleurs que, pour la remplir, l’emploi de courants alternatifs suffit; les charbons étant alors alternativement dans le même état électrique, ils n’auraient qu’à marcher l'un vers l’autre d’un mouvement égal. Il n’en est rien cependant, paraît-il, le charbon inférieur aurait tendance à brûler toujours plus vite ; des raisons de courant d’air expliquent ce fait qui, naturellement, ne se produit pas dans les lampes à charbons horizontaux.
- Les lampes verticales ont aussi quelque difficulté à recevoir, des charbons longs et susceptibles de fournir un éclairage de grande durée ; au moins' paraît-on avoir peu cherché à Ieùr donner cette qualité; on a préféré, comme dans la lampe Brush, par exemple, tourner la difficulté en armant la lampe de deux couples de charbons, qui brûlent successivement. Les lampes à charbons horizontaux se prêtent bien, au contraire, à cette disposition en vue de laquelle, d’ailleurs, elles ont en partie été combinées.
- Jusqu’ici, le seul appareil de ce genre un peu répandu était celui de M. de Mersanne. Nous en avons parlé dans ce journal, et aurons peut-être occasion d’y revenir ; il paraît que son inventeur l’a récemment modifié et perfectionné. Nous en possédons maintenant un nouveau qui a fait son apparition publique à la fête du 14 juillet, c’est la lampe de M. Million; les quatre appareils (et non sept comme on l’a mis par erreur dans un de nos der-
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- niers numéros) qui brûlaient sur le boulevard des Italiens, ont été installés par M.de Méritenset étaient allumés par une machine de cet ingénieur.
- Nous ne donnerons pas aujourd’hui la description complète de ce système sur lequel des détails précis nous ont été promis. On voit à son aspect que la lumière se produit entre les pointes de deux \ longues baguettes de charbon disposées horizonta- J lement dans le prolongement l’une de l’autre, et I
- tirées l’une vers l’autre par deux fils tendus à leurs extrémités. Ces deux fils sont en prise avec un barillet que retient un rochet dont le cliquet forme l’armature d’un électro-aimant; le fil de celui-ci forme dérivation par rapport au circuit des charbons. On voit de suite que, lorsque ceux-ci s’écartent par la combustion, le circuit lumineux devient plus résistant, le circuit dérivé reçoit plus d’électricité, son électro-aimant attire le cliquet du rochet
- (ÉCLAIRAGE F.LECTIUQUE DU BOULEVARD DES JTAIIENS FAR LES LAMPES MILLION.)
- qui devient libre, le barillet tend les fils et rapproche les charbons. La lampe comprend un système ingénieux de modérateur du mouvement, ainsi qu’un système produisant l’écart des charbons pour l’allumage de l’arc. Je répète que nous aurons occasion d’y revenir. L’expérience du 14 juillet n’a pas été assez longue pour qu’on puisse avoir encore une opinion sur le mérite de ces appareils. Leur fonctionnement a paru satisfaisant; le mécanisme, d’après ce que nous pouvons savoir, semble simple ; il y aura donc lieu d’examiner avec soin ce système nouveau à l’Exposition où nous allons le retrouver.
- o. KERN.
- LE THERMOMÈTRE ÉLECTRIQUE
- EN MÉDECINE
- Depuis plusieurs années déjà, les médecins ont reconnu l’utilité, dans la plupart des maladies, de connaître la température de certaines parties du corps. Ils ont trouvé dans le thermomètre un puissant auxiliaire pour le diagnostic, et aujourd’hui, cet instrument est, pour eux, d’un usage journalier, surtout dans la pratique des hôpitaux.
- Lorsqu’il s’agit de prendre la température d’une cavité naturelle telle que la bouche, le rectum, etc.,
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- ou de prendre, comme on le fait très souvent, la température de l’aisselle, la détermination n’offre, pour ainsi dire, pas de difficulté. Un bon thermomètre gradué sur tige, donnant au dixième les températures de 3o à 45 degrés, permet d’opérer avec une exactitude suffisante. Mais il n’en est plus de même lorsqu’il s’agit de déterminer, en différents points du corps, la température de l’enveloppe cutanée, et de faire ce que les médecins appellent la détermination des températures locales. Si l’on essaie, pour cette opération, de se servir d’un thermomètre ordinaire, la masse de mercure qui le constitue met un temps assez long à s’échauffer (10 à i5 minutes), et, d’autre part, le réservoir du thermomètre n’est en contact que par une portion de sa surface avec la partie à explorer. Si l’on recouvre, comme on l’a recommandé, le réservoir du thermomètre avec du coton ou toute autre substance isolante, on crée, autour de la partie explorée, une masse d’air confiné qui, en s’échauffant, réagit sur la température cutanée. Enfin les appareils, bandes ou autres, employés pour maintenir le thermomètre contre la peau, créent forcément une certaine pression qui, presque toujours, fait fléchir le. réservoir du thermomètre et, faisant, par suite, monter le mercure dans la tige, provoque une erreur de lecture.
- On a bien cherché à remédier à ces inconvénients en construisant des thermomètres spéciaux, soit à réservoir très petit, soit à réservoir de forme particulière en spirale ou autrement, mais ces appareils, tous très fragiles et d’une application difficile, ne sont pas complètement exempts des inconvénients que nous venons de signaler.
- C’est pourquoi on a songé à avoir recours au thermomètre électrique. On se rappelle que ce mode de détermination des températures et son application à la physiologie sont dues à M. Becquerel père, et ses aiguilles thermo-électriques sont trop connues pour que nous revenions sur leur description. Après lui, Claude Bernard en a préconisé l’emploi, et, aidé de M. A. d’Arsonval, les a perfectionnées et appliquées, sous différentes formes, à ses belles recherches physiologiques, principalement pour la détermination de la température des parties intérieures du corps des animaux. Il semble donc que les médecins n’eussent eu qu’à prendre telle quelle la méthode de MM. Becquerel et Claude Bernard, en se contentant seulement de modifier la forme des aiguilles et de l’approprier à la détermination des températures locales. Mais, dans cette méthode, la différence entre les températures des deux soudures thermo-électriques, constituées par les aiguilles, est indiquée par la déviation plus ou moins grande d’un galvanomètre. L’exactitude des observations exige un galvanomètre très précis établi dans une position fixe, et la lecture doit se faire à l’aide d’un miroir et d’une lunette. En outre, en raison des
- variations que peut subir le magnétisme des aiguilles, le tableau de correspondance entre les déviations et les différences de température a besoin d’être vérifié très souvent. Si donc la méthode est excellente pour un laboratoire de recherches, elle n’est plus pratique au lit du malade. Aussi a-t-on cherché à la modifier. Un certain nombre de médecins, et parmi eux surtout des médecins étrangers, ont construit des appareils de formes diverses. Un de ces appareils, qui mérite principalement d’être signalé, est dû à M. Lombard de Londres. Il compare les températures de deux points du corps, à l’aide de deux piles Melloni de construction spéciale et qui agissent sur un galvanomètre à miroir de Thomson, muni d’une échelle de réflexion. Tout un système de résistances ' et de commutateurs intercalé entre les piles et le galvanomètre, permet d’abord de rendre égaux les courants produits par les deux piles lorsqu’elles sont à la même température, ensuite de régler, suivant les besoins, la sensibilité de l’appareil. Mais ce système, est encore bien compliqué et le problème a été résolu d’une manière qui nous paraît plus- pratique dans l’appareil imaginé par le docteur Redard, et que nous allons décrire.
- Cet appareil n’est pas autre chose qu’une modification du thermomètre électrique employé par M. Becquerel pour, la détermination des températures sous le sol et dont le principe est le suivant : Etant donné un circuit de deux métaux, cuivre et fer par exemple, si les deux points de jonction du cuivre et du fer sont à la même température, le circuit ne sera parcouru par aucun courant, et un galvanomètre intercalé dans le fil cuivre restera au zéro. Si donc, une des jonctions ou soudures étant placée dans un endroit quelconque, dont on veut connaître la température, l’autre jonction est placée dans un milieu dont la température est donnée par un thermomètre exact, on pourra, en échauffant ou refroidissant ce dernier milieu, l’amener à une température telle que l’aiguille du galvanomètre soit au zéro. A ce moment la température sera la même àux deux jonctions, et la lecture du thermomètre, dans le milieu à température variable, fera connaître la • température de l’endroit exploré.
- La façon dont M. Redard a appliqué ce principe est représentée dans la figure ci-contre.
- G est le galvanomètre, il diffère des galvanomètres ordinaires, à suspension en fil de cocon, par sa forme et son petit volume. Il est constitué par une sorte de tambour en cuivre de g centimètres de diamètre, recouvert par une glace plane qui permet de voir l’aiguille et les divisions de la graduation. En M se trouve un miroir destiné à faciliter la lecture du zéro en permettant d’éviter les effets de parallaxe.
- Ce galvanomètre est à fil gros et court ; le système astatique est suspendu par un fil de cocon, contenu dans une gaîne de cuivre, à une vis qui
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- permet d’élever ou d’abaisser l’aiguille. Sa sensibilité est très grande; pour un degré de différence de température entre les deux soudures, on obtient une déviation de 20 à 22 degrés et comme il est facile de lire les demi-degrés, on peut apprécier une différence de température de 1/40 de degré.
- Du galvanomètre partent deux fils de maillechort qui viennent former deux soudures avec les extrémités d’un fil de fer. On voit donc que le circuit, au lieu d’être cuivre et fer, comme celui employé par Becquerel, est fer et maillechort. La forme particulière qui a été donnée à ces soudures est représentée en bas de la figure à droite : A est une plaque
- de fer se continuant par une douille de même matière B. Un fil de maillechort partant de cette plaque arrive à la borne E, à laquelle s’attache un des fils de maillechort venant du galvanomètre. Un fil de fer, partant également de la plaque A, vient à la borne D et se relie à l’un des bouts du fil de fer. Le tout est maintenu par un petit manche isolant en ébonite C.
- Le circuit étant constitué, une de ces soudures est appliquée, comme le montre la figure, sur la partie à explorer et maintenue par des lanières, d’après la disposition représentée en K. L’autre plaque est placée dans l’appareil à température
- variable que supporte au bord de la table la pince H. Ce dernier, on le voit, n’est qu’une réduction de celui de Becquerel : un tube contenant du mercure, dans lequel plongent un thermomètre et la plaque thermo-électrique, est lui-même renfermé dans un tube plus large. Dans ce dernier se trouve de l’esprit de bois. S’agit-il d’élever la température de cet appareil, on amène au-dessous de lui un petit poêlon profond, contenant de l’eau à 5o degrés, dans laquelle on fait plonger quelques instants le tube ; veut-on au contraire le refroidir, on insuffle de l’air par le tube C, à l’aide de la poire en caoutchouc P, et l’évaporation de l’esprit de bois produit le froid nécessaire. Au moment où, soit par suite d’un échauffement, soit par l’effet d’un refroidissement, l’aiguille du galvanomètre, déviée tout d’abord, est revenue au zéro, ôn lit le thermomètre
- T, et l’on a,, par suite, la température de la partie explorée.
- S’il ne s’agit que de constater une différence entre deux régions quelconques, après avoir mis le galvanomètre au zéro, on place les deux soudures sur ces deux régions, et le sens de la déviation indique de quel côté la température est la plus élevée.
- Cet appareil, que construit M. Carpentier, peut se renfermer dans une boîte de fort petit volume et est, par suite, très portatif. Peut-être serait-il susceptible encore de quelques perfectionnements, mais c’est déjà, selon nous, un progrès que d’avoir réalisé, pour les applications médicales, un appareil susceptible d’être installé rapidement n’importe où, et donnant les températures en valeurs absolues.
- A. GUEROUT.
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- QUELQUES CONSIDÉRATIONS
- AU SUJET DES MEILLEURES
- CONDITIONS DE GROUPEMENT
- DES ÉLÉMENTS D’UNE PILE DANS LES APPLICATIONS TÉLÉPHONIQUES
- Les déductions théoriques que M. Boudet de Pâris a formulées dans ses articles des 18 et 25 juin, relativement à la disposition la meilleure à donner à une pile dans son application au téléphone, m’ont paru s’appliquer spécialement à son transmetteur à boules, et n sepréentent pas le caractère de généralité qu’on voudrait y trouver. En étudiant la question à un point de vue plus général, j’ai pu me convaincre que les conditions auxquelles on doit satisfaire pour obtenir les meilleurs résultats avec tous les microphones, sont différentes de celles qui ont été indiquées, car le nombre des séries à réunir en batterie dépend du nombre d’éléments qu'on emploie, de la résistance extérieure (parleur, bobine et ligne, s’il y en a), de la résistance des éléments de la pile et de la variation produite dans la résistance du parleur. On peut, du reste, facilement calculer la formule qui donne la disposition la plus avantageuse pour tous les microphones.
- Sans doute, quand on dispose d’un certain nombre d’éléments de pile, on peut obtenir le courant le plus énergique possible en disposant les éléments de manière cfue la résistance de la pile soit égale à la résistance extérieure du circuit, mais, dans les parleurs téléphoniques, si l’on a soin de ne pas dépasser le maximum d’intensité du courant que peut supporter le parleur, cette intensité importe peu. Ce qu’il faut considérer, c’est la grandeur de la variation dans l’intensité du courant. De là résulte une loi différente de celle mentionnée par M. Boudet de Pâris, et qu’il a formulée en disant « que la disposition en deux séries réunies en batterie doit être préférée à toutes les autres, lorsqu’on veut un courant énergique, car c’est elle qui fournit le maximum d’énergie totale et aussi le maximum de variation d’intensité. » (Voir le numéro du 25 juin, p. 452.)
- La formule qui donne la loi dont je parle est, il est vrai, assez compliquée, mais si l’on se contente d’une approximation très voisine de Ja formule rigoureusement exacte, on peut dire que l'on doit disposer les éléments de manière que la résistance de la pile soit égale au tiers de la résistance extérieure.
- Cette loi peut être considérée comme exacte pour tous les parleurs tels qu’ils existent aujourd’hui, c’est-à-dire pour des appareils ayant une résistance relativement grande, eu égard à la petite variation de cette résistance que leur imprime la voix.
- Supposons un nombre n d’éléments, que nous disposons en b séries parallèles, chaque série con-
- tenant a éléments réunis en tension ; ou bien supposons que nous réunissons en tension a groupes contenant chacun b éléments réunis en qùantité. Soit r la résistance d’un élément, R la résistance du circuit extérieur. D'abord n = ab, et nous aurons pour l’intensité I du courant :
- . n E
- ar+Mt
- C’est la formule donnée par M. du Moncel. Si nous appelons x la diminution moyenne de résistance provoquée par la voix dans le parleur, on a :
- v______1lE-__.,
- 1 ~ar+bR—bx
- la valeur de la variation moyenne V est donc :
- v — r—1 =
- «E
- «E
- ar + t’R — bx ar -j- Mt*
- OU
- V=
- _ «E bx______
- — (a/--f l’R—bx) (ar + bRŸ
- ________nEbx________
- ’lr+bR-bxJ {^r + bR'j
- Pour avoir le maximum de V, nous devons égaler à zéro la dérivée de cette expression par rapport à b, et il vient :
- bK (R2 — R#) -j- & (rnx — mr R) — 3 r-n- — o.
- Ce qui donne pour valeur de b :
- / , . _ . /«r(2R—*+ V16R2—i6R*+*s)
- AD V a(R2—Rx)
- Si nous nous- contentons d’une approximation très grande, cette formule peut se simplifier, et en modifiant le second radical, on peut écrire :
- V
- «r(2R—_r-f- \/16 R-— 40R.V -f 25 a--
- 2 (R- — Ra)
- ce qui revient, sous le second radical, à retrancher 24Rat, et à ajouter 24^, modification qui ne change pas d’une manière sensible la valeur de b, mais qui permet d’avoir :
- ou
- nr (2R — x + 4R — 5x) 2 (R‘- — R.r)
- y/
- (mr (R — x) 2R(R —.r)’
- V
- 3 nr
- TT'
- Donc, le nombre de séries parallèles à réunir en quantité est donné par le nombre entier le plus voisin de celui qu’on obtient en extrayant la racine carrée du triple produit de la résistance d’un élément par le nombre des éléments, ce triple produit étant divisé par la résistance du circuit extérieur. La même déduction s’appliquerait au cas où la réunion
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- des éléments en quantité devrait être effectuée dans chaque groupe.
- fl
- D’un autre côté, comme ab = n, on a : a —et en remplaçant b par sa valeur, il vient :
- Donc le nombre d’éléments à réunir en tension dans chaque série parallèle, est donné parle nombre entier' le plus voisin de celui qu’on obtient en extrayant la racine carrée du produit du nombre d’éléments par la résistance du circuit extérieur, ce produit étant divisé par trois fois la résistance d’un élément. Cette déduction s’applique également au nombre des groupes composés d’éléments en quan-titité que l’on doit réunir en tension.
- Nous avons supposé que la voix produit une diminution de résistance dans le microphone. Il reste à examiner le cas ou, au contraire, c’est une augmentation de résistance qui est produite ; dans ce cas :
- V-—
- n E b x
- {a r-j- b R + b x) (a r-\-b R;
- et
- (2) £ — » /r M (2 R + ,v + v/ 16 R“ + 16 R .r-t-x-a) ;
- V 2 (R- + U x)
- ce qui peut encore s’écrire approximation :
- et alors
- 3 11 r
- fl= \J
- 11 R 3 r"
- avec
- une grande
- En résumé les formules. (1) et (2) sont les formules exactes, mais pour tous les parleurs tels qu’ils sont construits jusqu’à ce jour, on peut employer les formules plus simples
- et
- a=s/W
- Ces calculs, bien entendu, sont établis pour le cas de la disposition la plus simple du parleur, c’est-à-dire quand celui-ci n’est pas placé en dérivation.
- Voici quelques exemples de l’importance que peut, dans certains cas, présenter un groupement rationnel des éléments de la pile. Je prends comme exemple les données de M. Boudet dans le n° 26 de ce journal.
- 12 éléments groupés en 1 série donnent V = o,oo.|2 weber. 12 — en 2 séries — V = 0,0116 —
- 12 — en 3 séries — V = o,oi36 —
- Pour 12 éléments, la formule donne :
- 11 = 'JW = \/—-wf5 = ^=s-
- 9 éléments groupés en 3 séries réunies en batterie donnent
- V = 0,0116 c’est-à-dire la môme variation que 12 éléments groupés en 2 séries,
- Supposons que nous disposions de 20 éléments; la formule b — i / fait voir qu’il faut employer
- 4 séries, car b — .2£25 ^ — y/75.
- M. Boudet donne comme variation :
- En groupant en une série, V = o,oo32.
- — en deux séries, V = 0,0116.
- En groupant en quatre séries, la variation devient
- V 2= 0,0176.
- La nécessité d’un groupement rationnel devient de plus en plus nécessaire à mesure que le nombre d'éléments augmente.
- Ainsi, pour 35 éléments, nous aurions. (en employant toujours le transmetteur de M. Boudet et ses autres données) :
- Groupement en Groupement en Groupement en
- une série. deux séries. cinq séries.
- V = 0,0021 V = 0,0099 Y =: 0,02,32.3
- A. DEJONG1I.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Les piles étalons.
- L'Engineering décrit quelques modèles de piles à sulfate de cuivre que leurs auteurs veulent employer comme étalons de force électromotrice. L’appareil de M. le docteur J. Moser est une sorte de pile Callaud, dans laquelle une lame de cuivre ‘plonge, à la partie inférieure, dans le sulfate de cuivre, et une lame de zinc, à la partie supérieure, dans le sulfate de zinc. Les deux solutions ne sont tenues séparées que par leur différence de densité; mais, pour empêcher que le cuivre ne vienne se déposer sur la plaque de zinc, un fragment de ce métal est suspendu à une certaine hauteur dans le sulfate de zinc, et c’est sur ce morceau de zinc isolé que vient se faire le dépôt de cuivre, de sorte que le zinc même de la pile reste intact.
- Le professeur Mac-Leod, dont la pile est aussi une pile du genre Callaud, empêche le dépôt de cuivre sur le zinc, en enfermant ce dernier dans une cage de fils de cuivre en relation avec l’électrode cuivre de la pile. Le cuivre qui tendrait à se déposer sur le zinc se trouve arrêté et se dépose sur cette cage.
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- Le docteur Lodge a fait remarquer que cette disposition ne constituerait pas un bon étalon de force électromotrice, parce que l’électrode de cuivre n’est pas complètement immergée dans sa solution. Il a lui-même construit une pile étalon qui doit donner de bons résultats. Dans un vase contenant une solution de sulfate de zinc plongent deux tubes : l’un, largement ouvert aux deux bouts, contient une Lame de zinc, l’autre, effilé à sa partie inférieure, contient la solution de sulfate de cuivre et la lame de cuivre. Dans cette disposition, la solution cuivrique ne peut arriver au zinc qu’après s’être diffusée hors de son tube et être remontée dans le second tube, et l’on peut d’ailleurs l’arrêter en plaçant au fond du vase un fragment de zinc. Cet étalon sera donc constant ’ pendant un temps assez long. Il aura d’ailleurs une grande résistance.
- Il ne nous paraît cependant pas offrir autant d’avantages que le modèle de Daniell, étalon à vase poreux, généralement en usage en Angleterre, qui se démonte après chaque expérience, et peut être ensuite, sans aucune difficulté, rétabli dans les mêmes conditions que précédemment.
- Le topophone.
- Le topophone imaginé par M. A.-M. Mayer est un instrument destiné à indiquer la direction des sons, et il peut être employé en mer pour indiquer la direction des signaux en temps de brouillard. Voici la description qu’en donne le professeur Morton (du Litght House Board) dans un rapport qu’il vient de publier :
- « Représentons dans la figure ci-dessous la source
- du son par S, et imaginons cette source placée au centre d’un cercle représentant la surface correspondante à une des ondes sonores déterminées par cette source. En tous les points de cette surface, toutes les molécules de l’air auront, à un même moment, la même direction relative et la même vitesse de vibration. Si nous pouvons exactement déterminer deux points R et R' sur cette surface d’onde, et que l’on suppose celle-ci de forme sphérique, sans être susceptible de déformation, une perpendiculaire S C, élevée au milieu de la corde réunissant ces deux points, passera forcément par
- la source de son S, et indiquera la direction du son. Or, voici la méthode adoptée pour déterminer la position de ces deux points R et R'.
- « Admettons que deux résonnateurs R, R' soient accordés à l’unisson de la note émise par le corps vibrant placé en S, et supposons que ces deux résonnateurs soient placés au même moment en deux points de la surface de l’onde sonore : dans ces conditions, ils reçoivent au même moment les mêmes phases de vibration sur les parties planes de leur embouchure, et si deux tubes d’égale longueur, venant de ces résonnateurs, se rejoignent pour aboutir à un seul tube mis en rapport avec l’oreille E, les mouvements impulsifs de l’air étant de même nature, agiront conjointement, et fourniront un son double de ce qu’il aurait été avec un seul résonnateur. Admettons maintenant qu’un de ces tubes ait une longueur différente de celle de l’autre, et que la différence corresponde à une demi-longueur d’onde, les mouvements impulsifs des colonnes d’air dans les deux résonnateurs ne se correspondront plus, et se trouvant même en sens opposé, se neutraliseront réciproquement en donnant lieu à une interférence de son; on ne percevra donc plus aucun son. Or, c’est sur ce principe qu’est fondé l’instrument dont nous parlons.
- « Les deux résonnateurs sont réunis au moyen d’une tige rigide, et un pointeur est fixé perpendiculairement au milieu de cette tige. Quand les deux résonnateurs sont sur la surface d’onde, le pointeur sera dirigé vers la source du son, et l’on en sera averti quand les sons fournis par l’appareil seront éteints. »
- Le massage électrique.
- Un docteur américain vient d’imaginer un appareil destiné à opérer en même temps le massage et l’électrisation d’un membre. L’idée est assez ingénieuse pour que l’appareil mérite une courte description. Il se compose tout d’abord d’un rouleau à poignée, assez semblable à ces rouleaux garnis de papier buvard dont on s’est servi dans ces dernières années. Ce rouleau est en cuivre, garni de cuir ou de toute matière convenable. D’autre part, la poignée est formée par un aimant en fer à cheval, devant les pôles duquel peuvent tourner deux bobines qui, avec l’aimant, constituent une petite machine de Clarke, C’est la rotation du rouleau qui, par l’entremise d’un engrenage, met en mouvement les bobines, de sorte que c’est le mouvement même du massage qui produit les courants électriques. Une des électrodes de cette machine est formée par le rouleau lui-même, l’autre par une plaque attachée à l’extrémité d’un fil conducteur souple, partant d’une borne. Cette plaqué est appliquée sur un point convenable du corps, et les courants passent entre ce point et celui où se fait le massage. A
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- chaque tour du rouleau correspondent 20 tours des bobines, ce qui suffit bien pour la production du courant.
- Suivant l’auteur l’emploi du massage, simultanément avec l’électrisation, donne de bien meilleurs résultats que lorsqu’on emploie séparément cesdeux traitements.
- Une nouvelle forme de téléphone.
- M. Bœttcher vient de breveter en Allemagne un téléphone- d’une construction toute particulière. Jusqu’à présent, dans les téléphones, on avait encastré et fixé l’aimant dans une enveloppe de bois, d’ébonite ou de toute autre matière solide. M. Bœttcher, au contraire, suspend l’aimant à des fils doués d’une certaine élasticité, de manière qu’il puisse vibrer librement, et il rend ces vibrations perceptibles à l’aide d’une table de résonnance. 11 se sert d’un aimant de la forme adoptée par M. Siemens. Les deux extrémités polaires sont munies de bras en laiton, et la culasse porte un crochet. De ces bras et du crochet partent des fils. Les premiers traversent la boîte de résonnance et une plaque de bois qui porte la membrane et le tube acoustique; l’autre vient s’attacher à la partie inférieure en passant par une fente de la boite. Tous ces fils peuvent être tendus à l’aide de vis, et l’on peut ainsi, non seulement placer l’aimant à n’importe quelle distance de la membrane, mais encore donner aux fils qui le supportent une tension plus ou moins grande.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- En réponse à la lettre de M. Deprez, publiée dans le numéro du 3 juillet de La Lumière Électrique, permettez-moi de vous faire remarquer que le principe d’une aiguille légère, mise en mouvement dans un champ magnétique d’une grande intensité, ne peut être regardé comme une particularité du galvanomètre de M. Deprez ou du nôtre, car, comme nous l’avons mentionné dans une note de notre mémoire, ce principe avait été appliqué depuis des années, et cela avec succès, par sir William Thomson, dans son Beat Beat Speaking tialvanomoter. Sir W. Thomson fait allusion à ce principe dans son rapport sur les électromètres, etc., lu à la réunion de la British Association de 1867, et, en 1877, nous avons nous-même communiqué à la Société Asiatique du Japon un mémoire contenant des recherches mathématiques sur la question générale des instruments destinés à l’enregistration des effets variant rapidement. Dans ce mémoire, nous arrivons théoriquement au résultat suivant : C’est que la période naturelle des vibrations de la partie mobile doit être très petite par rapport à la durée du phénomène que l’instrument est appelé à enregistrer, et nous disions que ce résultat pouvait être obtenu en réduisant la masse de la partie mobile et en faisant que la force directrice fût très grande. Dans la réimpression de ce mémoire, qui a paru dans le Phi-losophical Magazine de juillet et d’août 187g, nous avons
- attiré l’attention sur ce fait, que le principe des vibrations naturelles et rapides avait été très bien utilisé dans le disque de fer employé par le docteur Bell dans son téléphone, et par M. Edison dans son phonographe.
- Le principe de l’emploi d’une aiguille de petite masse dirigée par une grande force, que M. Deprez a appliqué, est donc, depuis de longues années, la propriété de tous.
- M. Deprez rappelle à ce sujet la méthode que son esprit inventif (si bien connu et si bien apprécié) lui a suggérée pour permettre aux constructeurs eux-mêmes de graduer les galvanomètres; mais nous pensons que les valeurs enwebens, appliquées aux diverses divisions de ce genre de galvanomètres, ne peuvent rester constantes qu’autant que la puissance du champ magnétique directeur reste absolument constante, résultat qui est impossible à atteindre. Or, il est très important que tous ceux qui emploient le galvanomètre puissent avoir à leur disposition, toujours et à n’importe quel instant, un moyen facile de contrôler les indications observées, sans être obligés d’avoir recours à l’emploi de bobines de résistance, etc. Or, un tel contrôle peut être de suite effectué avec une bobine à fil multiple et le commutateur employé par nous, disposition qui constitue une grande différence entre notre appareil et tous les autres deat beat galvanomoters que nous connaissons.
- En réponse à la lettre de M. Morin, qui a aussi été insérée dans le numéro du 2 juillet de La Lumière Électrique, nous désirons faire remarquer que nous n’avions pas eu connaissance de la modification apportée à son dynamomètre, et dont la description a été faite dans le numéro du i5 août 1879 de votre journal. Si nous l’avions connue/nous l’aurions bien certainement mentionnée. Toutefois, autant qu’il nous a été possible de comprendre la construction de ce dynamomètre, la tension tangentielle qui s’y trouve effectuée est convertie en une tension radiale par un moyen tout à fait différent de celui que nous avons employé dans la partie de notre appareil que nous avons ajoutée au dynamomètre à ressort de M. Morin. Nous ne voyons pas que d’autres essais aient été tentés dans l’ordre d’idées qui nous a guidé pour l’observation directe du mouvement radial. Au lieu de cela, le mouvement est transmis par l’intermédiaire d’une paire de roues d’angle et à travers le centre du bâti, sur celui des côtés de l’appareil où on observe et où on enregistre. Il est donc tout à fait évident pour nous que la méthode que nous avons employée pour observer le moment de rotation est tout à fait différente de celle qui a été décrite dans La Lumière Électrique il y a deux ans, et qu’elle est beaucoup plus simple. Toutefois, notre méthode a le désavantage de ne pas fournir une enregistration mécanique comme celle deM. Morin. Quoi qu’il en soit, nous prions M. Morin de nous excuser de n’avoir pas eu connaissance de son appareil.
- Nous devons faire remarquer que notre système d’observer la tension tangentielle par son mouvement radial et par la rotation rapide d’un rayon, nous a permis de construire très simplement uue jonction dynamométrique qui peut être montée directement sur n’importe quel arbre de transmission dans tous les ateliers, et qui indique à tous les instants, en chevaux, le travail transmis par l’appareil. Nous remplaçons par cette jonction dynamométrique la jonction ordinaire reliant directement une machine à vapeur à trois cylindres à une machine dynamométrique, et nous espérons que les résultats obtenus par ce moyen, écliireront la question, obscure jusqu’ici, du rendement en chevaux des machines dynamo-électriques actionnées directement par des machines à rotation très rapide.
- Nous sommes vos très obéissants serviteurs,
- W.-E. AYRTON.
- JOHN PERRY.
- Londres, ce 21 juillet 1881.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- FAITS DIVERS
- L’ouverture de l’Exposition internationale d’électricité a été ajournée au jeudi n août.
- Un orage d'une violence extraordinaire a éclate mardi sur divers points du département du Nord, et y a produit des accidents dans des circonstances particulières.’Aux environs d’Estaires, la femme Biache, habitant une chaumière én pleine campagne, au hameau du Petit-Bois, était occupée, pendant l’orage, à préparer le souper de ses enfants dans un vase de zinc. Au-dessus du vase pendaient les chaînes de la pendule, et la pendule elle-même était suspendue à un gros clou dont la pointe dépassait au-dehors, du côté de la campagne. Le fluide électrique tombe sur la chaumière, suit le clou qui retient la pendule, pulvérise le balancier et Hine partie des chaînes, descend dans le vase de zinc, en y faisant deux trous semblables à deux balles de fusil, suit la main, le bras, le côté droit et la jambe droite de la femme Biache, enlève le talon de son soulier aussi facilement qu’avec un tranchet, et rentre dans le sol en soulevant sept ou huit carreaux du pavement.
- La femme Biache a tout le côté droit brûlé. Son état est presque désespéré.
- A Faches-Tumesnil, six cultivateurs, dont deux femmes, qui travaillaient dans un champ, s’étant réfugiés sous une meule de seigle, ont été frappés par le fluide; deux des hommes ont été tués sur le coup; les deux femmes ont été retrouvées évanouies et grièvement blessées. Les victimes tenaient à la main des outils en fer emmanchés de bois, bêches, faulx, râteaux. On sait que lorsque la décharge électrique s’opère entre le nuage et la terre, le fluide cherche sa route sur les corps bons conducteurs qu’il traverse sans les endommager, mais il passe de l'un à l’autre en brisant et en anéantissant les corps mauvais conducteurs qui les séparent.
- On peut, à peu près sans danger, tenir â la main une barre à mine, une bisaiguë ou tout autre outil entièrement en fer, si l’une des extrémités de l’outil est en contact avec le sol ; rien de plus dangereux au contraire si le métal ne touche pas la terre, le corps humain qui s’interpose sur le chemin de la foudre est nécessairement broyé.
- Un louchet, un râteau dont le manche en bois repose sur l’épaule, une simple faucille tenue à la main, peuvent suffire à provoquer de terribles accidents, auxquels les habitants des campagnes sont bien plus exposés que ceux des villes où les armatures métalliques des maisons, les descentes d’eau, les conduites de gaz sont autant de courants naturels qui préservent le passant isolé.
- Une réduction de prix pour les messages télégraphiques d’Angleterre aux Etats-Unis vient d’être consentie par les compagnies l’Anglo-American et la Direct United States Cable Company. A partir du ipr août, les dépêches entre l'Angleterre et New-York ou le Canada ne coûteront sur ces deux câbles que i shilling par mot. L’Anglo-American Company donne aussi avis qu’à partir de la même date, un taux spécial de 6 pences par mot sera établi pour les dépêches de la presse, contenant des nouvelles politiques et générales seulement, et transmises de 6 heures du matin à midi, heure de Greenwich.
- Nous avons déjà signalé l’emploi du télégraphe à Munich pour transmettre aux particuliers des indications météorologiques. II est question en ce moment d’établir, en Alsace-Lorraine, un semblable service dont Strasbourg serait le centre.
- A Vienne (Autriche), l’établissement du réseau téléphonique se poursuit. A la demande de la Compagnie Viennoise
- des Télégraphes privés, la Commission locale a accordé l’autorisation de construire des lignes téléphoniques souterraines dans le premier district.
- Une Société offre d’établir à ses frais, dans tous , les bureaux de tramways et d’omnibus, des téléphones destinés à appeler du secours en cas d’incendie, à la condition qu’il lui sera permis de faire profiter le public de ce mode exceptionnel de correspondance. Au moyen d’une rétribution, chacun aurait le droit d’adresser, d’un bout de la ville à l’antre, toutes ses communications par les employés spéciaux de la Société, en permanence à chaque poste téléphonique. Les bénéfices de cette entreprise seraient partagés entre l’Etat, la Ville et la Société concessionnaire.
- Dans une de ses dernières séances, le Conseil municipal a renvoyé cette proposition à une Commission d’études.
- La « Téléphoné Company of Egypt (limited) *> vient de louer au Caire la maison Romoli, située près de la place de l'Opéra et au sud-est de l’immeuble appartenant aux domaines actuellement occupés par l’Anglo-Egyptian Banking et la caisse de l’Etat, pour y établir le bureau central de la capitale.
- La même Compagnie à déjà inauguré un bureau central à Alexandrie et poursuit activement la pose de son réseau téléphonique dans les deux villes.
- Éclairage électrique.
- Une nouvelle compagnie d’éclairage par l’électricité « l’Eastern Electric Light and Power Company » vient de se fonder à Londres, au capital de 6 millions 25o.ooo francs. Cette compagnie s’est constituée pour introduire la lumière électrique dans l’Inde et d’autres contrées de l’Orient : élle se chargera de fournir les machines, lampes, générateurs et appareils pour la production de la lumière, la transmission de la force, l’extraction des métaux, du minerai et d’autres opérations semblables. Elle a acheté les brevets, pour l’Inde, du système Brush, et aussi du système par incandescence Fox. Les administrateurs sont MM. Ernest Noël, membre du Parlement britannique; le général Abbott, le général sir A.-T. Cunynghame; A. Mac Arthur, membre du Parlement; James Pender, Latimer Clark, Muirhead; le secrétaire est M. Marshall Collet, et l’électricien consultant M. Cromwell Varley.
- A Dublin, les rues de Nassau et Dawson, ainsi que le Saint-Stephen’s Green, sorte de jardin avec pelouses et bosquets qui forme la plus grande place de la capitale de l’Irlande, ont été ces jours derniers éclairés exclusivement avec des lampes électriques Brush. L’effet, disent les journaux de Dublin, était très remarquable; la lumière électrique était projetée sur la statue équestre de George II qui s’élève au centre de la place, sur les beaux hôtels et maisons de Saint-Stephen’s Green, les clubs, le palais, de l’archevêché et le muséum industriel irlandais. Il est question d’éclairer également par l’électricité une partie du Phccnix Parle, situé à l’extrémité ouest de la ville, et qui est le Ilyde Park de Dublin.
- D’après les journaux de New-York, le secrétaire delà United States Electric Light Company (qui possède les brevets Maxim), au meeting annuel des actionnaires, tenu le 7 juillet, a admis l’exactitude de la déclaration faite récemment par M. Léo Daft, de la New-York Electric Light Association, à savoir que les frais de production de la lumière électrique par le système incandescent .sont plus grands que par l’éclairage au gaz, dans la proportion de i.5oo à 992.
- Le Gérant : A. Gléxard.
- Paris. — Typographie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus. — (493)
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- Journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivicnnc, Paris
- Directeur Scientifique: M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 6 AOUT 1881 N« 37
- SOMMAIRE
- La machine rhéostatique de M. G. Planté; Th. dtçMoncel.
- — L’électricité dans la rectification des alcools; A. Gue-rout. — Durée des courants induits (9e article); R. Coulon.
- — Revue des travaux récents en électricité : Nouvelles dispositions téléphoniques. — Sources constantes d’électricité par les cristaux hémièdres à faces inclinées. — Des effets d’induction aux différents points d’un noyau magnétique. — Le gaz et l’électricité. — Correspondance : Lettre de M. Jablochkoff. — Faits divers.
- LA MACHINE RHÉOSTATIQUE
- DE M. G. PLANTÉ
- La machine d’induction électrique de Ruhmkorff a prouvé de la manière la plus évidente qu’on pouvait transformer par l’intermédiaire des actions d’induction, l’électricité voltaïque en électricité de haute tension, et M. Bichat a également démontré qu’on pouvait transformer, par l’intermédiaire de la même machine, les courants de haute tension en courants de quantité, tout à fait analogues aux courants vof-taïques. M. Planté, avec ses piles secondaires a rendu cette démonstration encore plus saisissante, et comme dans ses expériences, il pouvait désirer une tension plus forte encore que celle qu’il produisait avec ses batteries, il chercha à combiner un appareil qui lui permit d’obtenir de véritables décharges d’électricité statique, pouvant présenter à volonté des étincelles longues et déliées ou des étincelles courtes et fournies, et c’est ainsi qu’il s'est trouvé conduit à la machine dont nous allons parler, à laquelle il a donné le nom de machine rhéostatique.
- Bien que cette machine, que nous représentons figure 1 ci-après, ait été présentée à l’Académie des sciences et ait été montrée à la plupart des physiciens qui ont assisté aux belles expériences de M. Planté, elle est encore peu connue, et nous ne comprenons pas pourquoi, car c’est un des appareils les plus intéressants que l’on peut.em-
- ployer dans les recherches d’électricité statique. Certainement, si cette machine eut porté quelque nom étranger, on en aurait fait beaucoup plus de bruit. Mais nous sommes tellement faits en France, que tout ce qui vient d’hommes modestes, de savants qui n’ont pas de position officielle ou qui n’appartiennent pas à quelque coterie scientifique issue de quelque école en renom, est regardé comme d’intérêt secondaire. « C’est un travail d’amateur * dit-on, et on ne s’en occupe pas davantage. En Angleterre, il n’en est pas ainsi, et les amateurs comme les Grove, les Gassiot, les Warren Delarue, les Spottiswoode, les lords Ross, Lindsay, Raileigh, Elphinstone, etc., etc., ont leurs travaux appréciés comme ils le méritent, et on ne va pas rechercher s’ils sont patentés savants de par le gouvernement. Donc M. Planté, étant dans la position des savants dont nous parlons, devait rencontrer une certaine indifférence qui a été forcément vaincue par les beaux travaux qu’il a faits avec ses acculumateurs, mais qui n’a pu être surmontée pour sa machine rhéostatique, et c’est pour avoir raison de cette indifférence que nous allons nous étendre un peu sur les effets importants qu’elle a fournis.
- La machine rhéostatique de M. Planté consiste dans une série de condensateurs à lames de mica, rangés parallèlement les uns à côté des autres, et pouvant être chargés et déchargés d’une manière analogue à ses batteries secondaires, sans avoir d’autre source électrique, pour les alimenter, que ces dernières batteries.
- . Toutes les .pièces de l’appareil ont dû être naturellement isolées avec soin. Le commutateur est formé d’un long cylindre en caoutchouc durci, muni de bandes métalliques longitudinales destinées à réunir les condensateurs en surface, et traversé en même temps par des fils de cuivre coudés à leurs extrémités, ayant pour objet d’associer les condensateurs en tension. A cet effet, des fils métalliques façonnés en ressorts, appuient sur le cylindre, et sont mis en relation par des fils fins de cuivre recouverts de gutta-percha, avec» les deux armatures-de chaque condensateur; ils sont fixés sur une plaque, d’ébonite de chaque côté du cylindre, et celui-ci; peut être animé d’un mouvement rapide-de rotatiorr
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- continu au moyen d’un engrenage. Les ressorts I qui les précèdent, afin d’éviter que les étincelles extrêmes sont à une assez grande distance de ceux I électriques éclatent entre les pôles de tension de la
- (,.u. i.J
- machine rhéostatique et ceux de la batterie secon- i o«>,i8 de longueur sur om,i4de largeur, et les arma-daire. Les lames de mica des condensateurs ont | tures sont constituées par des feuilles d’étain. Les
- (KIG. 2.)
- bords des condensateurs eux-mêmes sont rendus I plaques en ébônite, pour leur donner plus de rigi-adherents contre des cadres ou même de simples I dité et les maintenir plus facilement dans une posi-
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- tion verticale les uns près des autres sans contact.
- Lorsque le cylindre est tourné de manière à présenter au contact des ressorts ses bandes métal-
- liques longitudinales, les armatures de rang pair de tous les condensateurs se trouvent réunies d’un, côté, toutes les armatures de rang impair sont
- (rie. 3.)
- réunies de l’autre côté, de manière à ne former qu’un condensateur unique de grande surface, et se chargent en faisant communiquer les bornes de droite que l’on distingue à droite de la figure, aux pôles de la batterie.
- Quand le cylindre, au contraire, se trouve tourné de manière à présenter aux ressorts ses fiches transversales, tous les condensateurs, chargés se trouvent associés en série ou en tension ; l’armature du condensateur extrême placé à gauche communique avec le dernier ressort placé de l’autre côté du cylindre et aboutit à la branche T de l’excitateur ; l’armature du dernier condensateur de
- droite communique avec l’avant-dernier ressort, et ce ressort se trouve en contact avec la dernière fiche métallique traversant le cylindre de part en part;
- le dernier ressort placé de l’autre côté du cylindre communique avec l’autre branche T' de l’excitateur. Pendant que les condensateurs sont ainsi réunis, la pile ou batterie chargeant l’appareiL se trouve tout à fait en dehors du circuit.
- M. Planté a construit des machines rhéostatiques de différentes grandeurs; celle que nous représentons est munie de 80 condensateurs. Le cylindre commutateur a i mètre de longueur sur om,i5 de diamètre.
- FIG. 4.)
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- Lorsqu’on met ce commutateur en mouvement, et qu’on fait communiquer avec la machine la batterie de 800 couples secondaires, on aperçoit d’abord, au moment de la charge sur le commutateur, des lignes d’étincelles aux points où les contacts métalliques s’effectuent; on dirait qu’il est devenu un tube étincelant, et cet effet se produit également au moment de la décharge en tension ; mais 011 obtient en même temps une longue étincelle à l’excitateur T T'.
- Les étincelles produites par la machine dont nous venons de parler atteignent, à l’air libre, une
- longueur de 11:- Centimètres sous l’influence de là batterie secondaire de 800 couples ; mais avec des machines moins puissantes, cette longueur se trouve: réduite, et, suivant M. Planté, elle serait proportionnelle au nombre des condensateurs. Quand l’étin-’ celle de 12 centimètres éclate à travers des limailles métalliques, elle peut atteindre 70 centimètres.
- Il y a lieu de remarquer que les décharges ainsi produites ne sont pas de sens alternativement positif et négatif, mais toujours dans le même sens, et que la perte de force résultant de la transformation, doit être alors moindre que dans les appareils
- (fig. 5.)
- mine^ de plomb, et qui permet d’en conserver l’exacte autographie. Toutefois, cette trace tend à s’effacer par le frottement. En la suivant fidèlement etjja creusant à l’aide d’une pointe, on la rend ineffaçable, et on peut ensuite la décalquer facilement, ce qui permet de l’étudier dans ses véritables conditions. C’est ainsi qu’ont été reproduites les étincelles que nous représentons figure 2.
- Quand on étudie ces étincelles, on reconnaît, suivant M. Planté, qu’elles présentent souvent, quand elles n’ont pas la longueur maximum qu’elles peuvent atteindre, des embranchements ' fermés semblables à des anastomoses, et qui peuvent échapper quand on n’observe que le trait lumineux ; leurs sinuosités sont toujours arrondies, et on n’observe jamais cette forme en zigzags à angles vifs.
- ; car le circuit voltaïque n étant pas un seul instant fermé sur lui-même, il n’y. a pas conversion d’une partie du courant en effet calorifique. On peut, du reste, maintenir longtemps l’appareil en rotation, et produire un nombre considérable de décharges, sans que la batterie secondaire paraisse sensiblement affaiblie.
- Les effets les plus intéressants que M. Planté a étudiés avec les étincelles de cette machine, ont été obtenus en leur faisant traverser de la fleur de soufre ou un mélange de soufre et de minium. Si la surface isolante sur laquelle est répandue ces poussières est un mélange de résine et de paraffine ( 1/10), les étincelles à travers la fleur de souffre laissent au milieu du sillon qu’elles suivent une ligne bleuâtre très nette, directement visible, tracée comme à la
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- sous laquelle sont souvent représentées les étincelles'électriques. Il est vrai que ce sont les effets de-perspective qui souvent indiquent cette forme quand les éclairs sont à l’horizon. En somme, la forme en sinusoïde domine, et quelquefois même l’étincelle se réduit à deux demi-ondulations composant une sorte de S, que l’on retrouve assez fréquemment dans les éclairs qui atteignent le sol. On y retrouve particulièrement certaine forme en crochet très caractéristique1, sur laquelle M. Planté a depuis longtemps attiré l’attention, et qui se produit au pôle négatif dans un plan qui varie con-
- stamment. M. Planté croit que la formation de ce crochet doit être rapportée à la rencontre de deux mouvements en sens opposé de la matière pondérable arrachée aux pointes de l’excitateur, rencontre qui s’effectue toujours sous un angle plus ou moins prononcé, et avec un mouvement qui est plusfrapide du côté du pôle positif que du pôle négatif, -sans doute en raison de la plus grande tension électrique à ce pôle. Nos lecteurs doivent, en effet, se rappeler que j’ai démontré de plusieurs-manières cette plus grande tension avec les courants induits de la bobine de Ruhmkorff (voir le tome. II de ce.
- (l'iq. 0.)
- journal, p. 439, et mon mémoire sur Ici non honio-généité de Vétincelle d'induction, p. 89)-: Quand on enlève l’excès de soufre répandu sur la lame de l’excitateur par quelques légers chocs donnés à cette lame, les étincelles donnent lieu à des espèces d’aigrettes lumineuses qui se présentent sous l’aspect de branchages et qui sont d’un effet magnifique. La figure 3 représente, de grandeur naturelle, une de ces étincelles dont le sillon lumineux avait :i5 centimètres de longueur. M. Planté les désigne sous le nom à'étincelles arborescentes, et il pense qu’elles peiîve'nt expliquer les empreintes d’apparence végétale que l’on a observées qùelque-fois sur le corps de personnes foudroyées et qui ne sont que le résultat dès ramifications du trait de feu de la foudre elle-même. Il attribue ces effets aux.par-
- ticules pulvérulentes qui se trouvent sur le passage de la décharge et qui, après avoir été projetées en l’air, rougies ou enflammées, dans différentes directions, retombent sur le corps foudroyé en produisant soit une sorte de cautérisation,.quand ces particules ne sont que simplement rougies, soit des images lumineuses, quand, comme le soufre, elles se maintiennent enflammées. Ces expériences sont réellement très intéressantes, car elles montrent que ces prétendues reproductions d’images d’objets voisins dôé personnes foudroyées, sont tout à fait imaginaires.
- Quand on n’a pas donné à la lame sur laquelle est répandue la fleur de soufre les chocs dont nous avons parlé, l’intincelle se présente simplement sous la forme de la figure 4. On y remarque que la largeur du sillon est plus grande du côté du pôle
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- positif, et qu’elle va en s’amincissant vers le pôle négatif. Autour du pôle positif, on aperçoit quelques traits correspondant aux branches ou rayons suivant lesquels la fleur du soufre a été soulevée et projetée en plus grande quantité, et du côté du pôle négatif, on rencontre des traces circulaires d’une.tbuté! autre nature qui semblent représenter les flaques lumineuses généralement bleuâtres qui se montrent au pôle négatif avec l’étincelle de la bobine de Ruhmkorff.
- Si on dispose la plaque de l’excitateur de l’appareil de M. Planté de manière à produire les figures de Lichtenberg, c’est-à-dire en la composant avec de la résine pure saupoudrée dé poussière de soufre et de minium, on obtient de magnifiques étincelles arborescentes d’un autre genre, dont nous représentons (fig. 5 et 6) les types les plus curieux, et dont on peut fixer les traces en appliquant sur la lame une feuille de papier noir recouvert de vernis.
- La différence entre l’effet produit par les aigrettes et celui des étincelles est alors particulièrement marquée. Quand la distance entre les pointes de l’excitateur est trop grande pour que l’étincelle puisse éclater et qu’une aigrette seulement apparaît, le mouvement électrique de matière pondérable partant du pôle négatif et manifesté par la poudre de minium qui adhère à la résine, ne s’étend pas jusqu’au pôle positif. Ce dernier pôle ne présente pas traces de poussières rouges au milieu de la couronne de soufre à rayons divergents qui l’entoure, ainsi qu’on le voit figure 5 ; mais si l’étincelle a éclaté, cette couronne est ouverte, et l’intérieur se trouve rempli de poussières rouges, montrant que le mouvement électrique, partant du pôle négatif, s’est étendu jusqu’au point même d’où part l’électricité positive, comme on le voit figure 6.
- « Dans le cas de l’étincelle, dit M. Planté, la distribution de l’électricité négative présente une curieuse apparence crabiforme (fig. 6); dans le cas de l’aigrette, le mouvement électrique autour de ce ' même pôle "négatif offre l’aspect non moins bizarre d’une poulpe dont les tentacules se dirigent vers le pôle positif sans l’atteindre (fig. 5). b
- M. Planté conclut de ces effets et d’autres expériences qu’il cite, qu’il peut y avoir mélange des deux électricités à chaque pôle, ce qui expliquerait qu’avec des courants électriques d’une assez grande tension pour se rapprocher d’une série continue de décharges d’électricité statique, on peut avoir une décomposition complète de l’eau à chaque pôle, et, Npar conséquent, un mélange d’hydrogène et d’oxygène.
- En poussant plus loin l’étude de ces étincelles, on reconnaît que le mouvement partant du pôle ppsitif, enveloppe extérieurement, comme d’une gerbe de fusées à trajectoire courbe, le mouvement électrique négatif. De plus, où aperçoit souvent, en
- même temps, un flux intérieur d’électricité positive autour de la ligne de l’étincelle, entre le courant positif enveloppant extérieur, et entre les deux, lç courant; d'électricité négative qui semble comme aspirée par le pôle positif, ce qui a fait supposer à M. Planté que l’électricité négative ou la matière pondérable qu’elle entraîne, se meut dans un espace annulaire fourni par la matière électrisée partant du pôle positif; il en résulterait, selon lui, que les effets d’aspiration ou d’ascension de l’eau obtenus avec des courants électriques de haute tension, pourraient ainsi trouver une explication à laquelle se rattacherait l’ascension de l’eau dans le corps nuageux des trombes. ' ....... ... — .... .......
- Dans un prochain article, nous étudierons d’autres phénomènes non moins curieux qué les machines rhéostatiques de M. Planté ont révélés, entre autres les étincelles colorées, et surtout les vibrations déterminées dans un fil de platine traversé par un courant de quantité interrompu, phénomène qui peut rendre compte des effets produits dans les téléphones constitués par un simple fil traversé par un courant.
- {A suivre.) rit. nu moncel.
- L’ÉLECTRICITÉ
- DANS LA
- RECTIFICATION DES ALCOOLS
- En décrivant, il y a quelque temps (*), le couple zinc-cuivre de MM. Gladstone et Tribe, nous avons signalé l’heureuse application industrielle qu’en a faite M. Naudin à la purification des alcools. Nous terminions en disant que l’emploi. de l’électrolyse directe, produite par le courant d’une machine Gramme, venait d’être substitué au couple zinc-cuivre. Depuis lors, le procédé s’est perfectionné ; établi sur une plus grande échelle que précédemment, dans l’usine de M. Boulet, à Bapaume-lès-Rouen, il a reçu d’une façon complète la sanction de la pratique. Depuis le 15 mars jusqu’à ces derniers temps, on a soumis à ce mode de traitement 200.000 litres d’alcool, et nous pouvons, dès maintenant, donner les détails de l’installation.
- Pour certains alcools, la désinfection est opérée complètement par le couple zinc - cuivre ; pour d’autres, elle nécessite à la fois l’intervention de ce couple et celle de l’électrolyse. M. Naudin s’est donc trouvé amené à combiner les deux modes d’action, et son procédé comprend, par suite, lés phases suivantes :
- Traitement des flegmes (premier résultat de la distillation des jus fermentés) par le coüple zinc-
- (') Voir La Lumière Électrique du 5 mars i88i, p. i83.
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- cuivre, c’est-à-dire hydrogénation en liquide neutre.
- Électrolyse des flegmes, additionnés d’acide, dans une série de voltamètres.
- Neutralisation des flegmes électrolysés.
- Rectification dans les colonnes comme par l’ancien procédé. •
- L’hydrogénation des flegmes, par le couple zinc-cuivre , se fait dans l’appareil représenté par la figure x. Il se compose d’une cuve en bois, en cuivre ou en fer, fermée à sa partie supérieure. Dans cette cuve sont disposés des double-fonds en bois percés de trous, sur lesquels le zinc en rognures
- est disposé en lits a a' a," de i5 à 20 centimètres d’épaisseur. Autour de ces lits est disposé un serpentin e e' e" e* permettant une circulation d’eau chaude réglée par le robinet L. Les flegmes arrivent ainsi que l’indique la flèche, par le tube de droite; ils s’élèvent dans la cuve et, lorsque cette dernière est remplie, on ferme le robinet du tube d’arrivée, et la pompe P, faisant circuler sans cesse le liquide par le tube D, lui imprime un mouvement continu qui assure une complète hydrogénation des flegmes mis en œuvre. Pendant ce temps, l’hydrogène dégagé par f électrolyse et chargé de vapeurs d’al-
- (fig. 1.)
- cool vient barbotter par le tube N dans le récipient R contenant des flegmes. L’opération terminée, on fait écouler le liquide par le tuyau de décharge H. Le trou d’homme T permet le démontage et le nettoyage de la pile, lorsqu’il y a lieu. Le tube N marque le niveau du liquide dans la cuve.
- Pour former le couple, avant l’introduction des flegmes, on fait arriver dans la cuve, par le jeu même de la pompe une solution de sulfate de cuivre à 5 pour 100. Lorsque la décoloration de la solution cuivrique est complète, ce qui a lieu au bout de deux heures environ, la précipitation du cuivre sur le zinc est opérée et le couple est prêt à fonctionner. On fait alors la vidange de. la solution de sulfate de zinc et on la remplace par des flegmes.
- Le temps de séjour des flegmes sur le couple n’est pas toujours le même. Il dépend nécessairement du degré d’infection du produit, de la température à laquelle a lieu l’hydrogénation et de l’état du couple, dont on doit renouveler les surfaces par de nouvelles précipitations de cuivre, lorsque son activité baisse. La température influe considérablement sur la rapidité de la réaction, puisque, d’après des expériences que rapporte M. Schutzenberger sur le couple zinc-cuivre, ce couple a donné en une heure ic. c.fi d’hydrogène à 2°,2 centigrades et 528 centimètres cubes à g8 degrés.
- L’hydrogénation terminée, les flegmes, s’ils sont suffïsament désinfectés, peuvent, être envoyés au rectificateur à colonnes, mais, comme nous l’avons
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- et la quantité de flegmes'à désinfecter. Dans la-pra-
- tique, pour une; usine mettant en mouvement. 3oo litres de flegrnes par 24 heures, il-faut accoupler en quantité, douze voltamètres ; on règle alors l’action élec-trolytique, non pas en faisant varier l’intensité du courant, mais en re-tirant ou ajoutant au circuit un nombre donné dè voltamètres au moyen du commutateur dont est muni chacun d’eux (voir fig. 3). Les flegmes passent toujours dans la batterie de douze voltamètres, mais sont électrolysés à volonté soit dans les douze vases, soit dans un nombre restreint. Cet électrolyseur est actionné par une machine dynamo-électrique (Gramme, Siemens ou Lontin).
- A leur sortie des voltamètres, les flegmes sont envoyés dans des bacs contenant du zinc ou du fer et destinés à [ opérer la saturation de l’acide; de là ils passent au rectificateur à colonnes qui termine l’opération.
- La figure 4 donne l’agencement d’une usine combinée pour traiter par le procédé Nau-din, en 24 heures; 200 hectolitres de flegmes et produire par suite, dans le même temps, 100 hectolitres d’alcool. Dans ce croquis, les piles zinc-cuivre sont représentées sous forme, de cuves en bois, et le couple y est formé de lames de zinc placées verticalement et sépa-(F.10.3.).. .. .. . rées les unes des autres
- dit, dans la plupart des cas la désinfection doit être complétée par l’élec-trolyse. Pour cela, les flegmes sont acidulés par un millième d’acide sulfurique et envoyés dans des voltamètres représentés dans la figure 2. Chacun d’eux se compose d’un cylindre de verre A, muni à sa partie inférieure de deux tubulures 11'.
- La partie supérieure est fermée hermétiquement par une plaque de verre rodée maintenue solidement par une griffe F. Le tube B qui amène les flegmes, percé de trous dans toute sa longueur, est fermé à la partie supérieure et maintenu à une courte distance de deux lames de platine formant les électrodes. Le courant arrive par des fils qui traversent la plaque de verre rodée. Les petits trous par lesquels passent ces fils sont bouchés par du liège, faisant ainsi fonction de soupape de sûreté, au cas où un des tubes viendrait à se boucher accidentellement pendant l’électrolyse.
- Le courant des flegmes peut être réglé à l’entrée par le robinet R et à la sortie par le robinet R'1 Le tube de retour C recourbé en forme de siphon, permet" aux gaz produits de s’échapper avec le courant liquide et de barbotter d’un voltamètre dans l’autre, x La figure 3 représente plusieurs de. ces voltamètres disposés sur un même support.
- Le. nombre des voltamètres accouplés varie
- nécessairement avec l’intensité de l’action à produiré | par des montants dé bois.. A partir du. réservoir
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- représenté à gauche, il est facile de suivre la marche des flegmes dans les différents appareils. A la suite des bacs à dôsaciduler, devrait se trouver le rectifi-cateur à;. colonises qui n’est pas représenté dans la figure.; .
- Quant aux résultats obtenus, par ce procédé, ils sont des'plus satisfaisants. Avec les flegmes de grain et. de mélasse, la plus-value en rendement d’alcool bon: goût de premier jet est de 25 à 3o pour
- 100. Mais le résultat le plus saillant a été obtenu avec les flegmes de betteraves. Ces flegmes, en effet, n’avaient jusqu’ici produit qu’une eau-de-vie de très mauvaise qualité et que l’on n’arrivait pas à rectifier complètement. Le traitement par le couple zinc-cuivre, combiné avec l’électrolyse, réussit, au contraire, complètement avec ces flegmes, et tandis quel a rectification par la méthode ordinaire ne fournit rien qui puisse être comparé comme qualité à
- (fig. 4.) '
- l’alcool de grain, la rectification électrolytique donne 80 pour 100 d’alcool de premier jet, de qualité égale à celle de l’alcool de grain.
- Ce résultat a conduit M. Naudin à d’intéressantes considérations d’intérêt général qu’il a développées dernièrement devant , la Société chimique de Paris.
- On a reconnu depuis longtemps que la quantité d’alcool obtenue, à surface cultivée égale, est plus considérable pour un terrain cultivé en betteraves que pour un terrain cultivé en pommes de terre ou en grains. La fabrication de l’alcool de betterave est
- aussi plus facile que celle de l’alcool de grain ou de pomme de terre, de sorte que, sans la mauvaise qualité des alcools de betterave obtenus jusqu’ici, on aurait eu avantage à remplacer, pour la fabrication -de l’alcool, les" grains et la pomme de terre par la betterave.
- D’antre part, pendant la conservation de la betterave, une partie de son sucre cristallisable se change en sucre incristallisable qui, dans les sucreries devient une perte, tandis que, dans la fermentation, il peut, comme le sucre cristallisable, être
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- converti en alcool. Si donc l’alcool de betterave était de bonne qualité, en premier lieu, il y aurait tout avantage à se servir de la betterave pour la fabrication de l’alcool, ensuite elle serait mieux utilisée pour la production de l’alcool que pour celle du sucre. Ces deux circonstances réunies amèneraient certainement une grande extension de la culture de la betterave.
- Le procédé de M. Naudin fournissant un alcool de betterave de parfaite qualité permettra, selon lui, de profiter de tous ces avantages, et les grandes exploitaticns agricoles qui ne pouvaient elles-mêmes, par la fabrication du sucre, tirer parti de leurs betteraves, pourront, en installant des distilleries basées sur la nouvelle méthode, se créer une source de profits d’autant plus grande qu’elles auront sur place les pulpes pour la nourriture des bestiaux. Ce serait, en un mot, une nouvelle cause de prospérité pour l’agriculture.
- Nous ne saurions dire jusqu’à quel point sont exactes ces idées de M. Naudin; mais si elles se trouvaient confirmées par les faits, ne serait-il pas intéressant de voir l’électricité amener un progrès d’un intérêt aussi général.
- A. GUEROUT.
- DURÉE DES COURANTS INDUITS
- 9e article (Voiries n°s des i“r juillet, i5 août, i01' et 18 octobre 1880, iS et.22 janvier, 5 et 12 mars 1881.)
- Dans un précédent article, j’ai montré comment la force mécanique accumulée dans les électroaimants transforme le cercle en ellipse avec production de chaleur.
- Je vais étudier maintenanf la transformation de l’énergie calorique en énergie électrique, et pour cela, nous allons supposer la machine réduite à sa plus simple expression, c’est-à-dire formée par deux cercles concentriques, l’un jouant le rôle d’inducteur, l’autre le rôle d’induit.
- Imaginons (fig. 1) l’anneau de fer doux induit tournant sur son axe et entouré par l’anneau inducteur formé par la réunion de deux demi-anneaux aimantés opposés par les pôles de même nom. Le cercle ainsi formé aura deux points conséquents polaires N N et S S et une ligne neutre x y.
- Il développera par induction, suivant les lois connues, dans l’anneau de fer doux, des pôles de noms contraires qui se placeront de telle sorte que S’, S’ soient le plus près possible de N, N et N’, N’ le plus près possible de S, S.
- Il est évident que cette attraction déterminera une tendance au rapprochement des pôles de noms contraires, et que, d’après ce que j’ai expliqué plus haut (voir le n° 4, p. 73), les deux cercles seront transformés en deux ellipses dont on pourrait calculer
- les axes si on connaissait la cohésion du métal des cercles et l’intensité des àttractions polaires.
- La figure 1 représente avec une grande exagération la déformation produite; on voit que le petit axe de l’induit et le grand axe de l’inducteur sont sur une même ligne.
- J’insiste particulièrement sur ces phénomènes de polarisation, parce qu’ils me paraissent généraux et capables de s’appliquer indistinctement à l’électricité, à la chaleur et à la lumière.
- Il me semble même qu’il est grand temps d’abandonner la méthode ancienne qui consiste à parquer, comme dans des espèces de champs clos, les différentes branches de la physique. Est-ce donc que la nature a créé des lignes de démarcation entre les
- 1
- N j N
- (FIG. 1.)
- phénomènes produits par la lutte incessante des éléments de la matière ?
- Lors de la découverte du téléphone, j’ai écrit qu’il était impossible de faire une étude utile de cet instrument si on ne confondait dans un même ensemble l’acoustique et l’électricité, et j’ai proclamé hautement, l’un des premiers, avec MM. de la Rive, du Moncel, l’existence des mouvements moléculaires.
- Aujourd’hui, les beaux travaux de M. Hughes nous ont pleinement donné gain de cause. Il est prouvé, et surabondamment prouvé, que les sons téléphoniques sont dûs à des mouvements moléculaires.
- Le moment me semble venu d’étendre encore ce système de généralisation et de comparaison. Dans la machine électrique, nous trouvons à chaque instant la chaleur, la lumière, l’électricité et la force mécanique enchevêtrées les unes dans les autres. Ne serait-ce pas commettre un véritable contresens que de vouloir en séparer complètement l’étude ?
- C’est principalement par la comparaison des phénomènes naturels entre eux que nous pourrons généraliser leurs conséquences et arriver à la découverte des lois primordiales de la matière..
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- ,C’est sous L’empire de. cette idée, de généralisation et de comparaison que j’ai voulu voir si les phénomènes de polarisation, qui sont évidents pour l’électricité, ont leurs analogues en chaleur et en lumière, et de tâcher ainsi de les prouver et, si faire se peut',, de les expliquer les uns par les autres.
- Or, j’ai vu qu’il existe une polarisation calorique, et peut-être bien aussi une polarisation lumineuse (autre que la lumière polarisée ordinaire).
- Pour expérimenter, je me suis servi d’un radio-mètr,e de Crookes excessivement sensible. Je m’étais dit ; Si nous polarisons l’enveloppe de verre de l’instrument sous l’influence de la chaleur ou de la lumière, nous devrons empêcher tout mouvement du moulinet tant que l’influence polarisante persistera; car, pour déplacer les palettes du moulinet, il faudrait une force mécanique analogue ou équivalente à celle qui est nécessaire pour déplacer l’anneau polarisé des engins électriques. Or, dans le radiomètre, toute force intérieure nous fait défaut.
- J’ai tenté l’expérience, et elle a pleinement réussi avec la chaleur : le résultat est douteux avec la la lumière, et je n’ose encore rien annoncer.
- Le radiomètre polarisé par l’énergie calorique devient réfractaire à tout mouvement relatif de l’enveloppe et des palettes.
- Le moulinet est orienté par rapport à l’enveloppe comme Vanneau induit est orienté par rapport à l'aimant inducteur. Gela peut paraître extraordinaire, mais l’expérience suivante le prouve.
- D’abord, je tiens à bien définir le sens que je donne aux mots polariser, polarisation.
- J’appelle polarisé, tout corps dont l’état moléculaire n’est pas homogène physiquement.
- Soit un corps quelconque A, B, C, D (fig. 2) que l’analyse chimique nous indique comme étant identique à lui-même dans toutes ses parties. Si chacun des points quelconques A, B, C, D, pris comme exemples, n’est pas au même degré d’énergie lumineuse, calorifique ou électrique ; si, en outre, ils ne supportent pas le même effort mécanique; en un mot, si tous ces points ne sont pas dans le même état physique, au même moment, l’état moléculaire de chacun d’eux ne sera pas identique ; pour moi le corps sera polarisé.
- S’il y a symétrie entre les différents états moléculaires, il y aura formation d’axes, et le corps sera polarisé régulièrement. Dans le, cas contraire, il y aura formation de points conséquents, ce sera une polarisation confuse.
- •> Ceci posé, voici comment je polarise mon radiomètre : Soit A, B, C, D (fig. 3) l’enveloppe de Verre du radiomètre supposée coupée à la hauteur du moulinet. L’instrument étant à la, température
- ordinaire, j’applique en D et B, deux petits tampons de sable chauffé modérément ; par des applications successives, je porte la température à plus ,de 100 degrés.
- Par cette application, j’ai évidemment déterminé une rupture d’équilibre entre l’état moléculaire de A, C et celui de D, B (l’intensité plus ou moins grande des hachures de la figure 3, rend sensible ce fait). j
- D, B constitue l’axe de plus grande dilatation. . A, C est un axe de neutralité, puisque son état n’a pas changé. „
- Là encore, par suite de la dilatation, le cercle inducteur primitif s’est transformé en une ellipse.
- Ai-je besoin de dire que les irrégularités de construction ne peuvent entrer en ligne de compte, et
- (fig. 3.)
- que le constructeur eut-il fait le. cercle visiblement ovale avec son grand axe en A, C, l’ovale ou l’ovoïde sera neutre et sans action si tous ses points sont homogènes, et, qu’au contraire, il sera polarisé symétriquement avec son grand axe en D, B, si nous lui faisons subir l’opération décrite plus haut. Il ne faut donc pas confondre la forme apparente mesurable avec la forme invisible ou état moléculaire.
- Lorsque l’enveloppe est ainsi polarisée les palettes du moulinet ont pris une position fixe par rapport aux axes D, B et A, C ; quels que soient les mouvements imprimés à l’enveloppe, elles feront toujours un angle de 45 degrés avec D, B.
- Pour les éloigner de cette position, il faut l’intervention d’une force extérieure.
- Si nous exposons le radiomètre en pleine lumière, il ne tourne pas.
- On rend l’expérience curieuse en se servant de deux instruments ; l’un est polarisé, l’autre ne l’est pas.
- A l’œil rien ne les distingue (on a soin d’enlever les tampons chauffeurs avant de les présenter à l’auditoire). Si on fait tomber un même rayon
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- lumineux sur chacun d’eux, le radiomètre ordinaire tourne avec vélocité, l’autre est immobile.
- - Cependant, quand l’expérience est trop longtemps prolongée, la chaleur accumulée en D, B, se diffuse, et, la polarité cessant, l’instrument se met en route et tourne comme l’autre.
- Quand le rayon lumineux tombe sur le radiomètre polarisé, les angles ot et 6 qui sont égaux dans l’obscurité, cessent de l’être, « augmente et conséquemment 6 diminue.
- La différence entre la valeur des deux angles a et 6 augmente à mesure que la température de D, B, se rapproche de celle de A, C, de telle sorte qu’il y a une relation entre la valeur calorique de D, B, l’intensité du rayon lumineux I qui frappe l’instrument et l’angle «.
- J’ai tiré parti de cette relation pour faire un photomètre sur lequel les rayons thermiques n’ont pas. d’action. J’en donnerai prochainement la description.
- La même relation s’observe en électricité entre le
- (fig. 4.)
- degré d’aimantation des pôles, l’intensité de la force mécanique et l’angle que font les axes polarisés de l’inducteur et de l’induit, après l’application de cette force.
- Un rayon lumineux intense traversant l’instrument de D en B, le rend insensible à l’action d’une lumière libre beaucoup plus faible, l’entourant de toutes parts, mais je dois dire que ce résultat n’est pas aussi tranché que pour la chaleur.
- La figure 4 a pour but de montrer comparativement les positions d’équilibre stable de systèmes polarisés par la chaleur et par l’électricité.
- De ces faits, il me semble résulter une loi à laquelle j’attache une grande importance et que je crois pouvoir formuler de la manière suivante :
- Quand deux corps, libres de tout lien matériel, rigides, sont capables de réagir à distance l'un sur Vautre, il existe entre eux et indépendamment du mouvement d'ensemble qu'ils peuvent avoir dans l'espace, une position d'équilibre stable dont ils ne peuvent être écartés sans qu'il y ait production et consommation de chaleur, de lumière, d'électricité ou de travail mécanique; la différence entre les valeurs des énergies consommées et absorbées est ' égale à zéro. Il y. a substitution sans gain ni perte.
- (A suivre.) raimond çoulon
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Nouvelles dispositions téléphoniques.
- M. L. Maiche nous a donné dernièrement connaissance de ses nouvelles expériences téléphoniques, et nous croyons intéressant, pour nos lecteurs, de les résumer, afin qu’ils puissent être au courant de ce qu’ils verront à l’Exposition qui va s’ouvrir.
- Nous avons déjà indiqué, dans notre numéro du 16 avril, p. 286, que l’on était parvenu à reproduire la parole, en prenant comme transmetteur un condensateur. M. Maiche, en appliquant au milieu de ce condensateur une embouchure téléphonique, en plaçant en arrière de cette embouchure une lame de mica pour empêcher l’effet humide de l’haleine, et en composant ce condensateur d’une trentaine de lames d’étain séparées par des feuilles de papier à lettre et pas trop serrées, est parvenu, avec une pile Leclanché d’une quinzaine d’éjéments, à transmettre la parole dans un téléphone, aussi énergiquement qu’avec un transmetteur téléphonique ordinaire. Il a pu même la transmettre avec un condensateur chantant employé comme récepteur, mais les sons étaient très faibles quand celui-ci n’était pas polarisé préventivement par une seconde pile. D’une autre côté, M. Maiche a pu obtenir également la reproduction de la parole par un condensateur chantant au moyen d’un simple téléphone de Bell, mais toujours à la condition de polariser préventivement ses lames par une seconde pile, comme dans le système Dunand. La présence d’une bobine induite dans le circuit n’est donc plus nécessaire, comme on l’avait cru dans l’origine.
- M. Maiche a remarqué que, pour obtenir de bons résultats avec le condensateur. employé comme transmetteur, il fallait que les lames isolantes ne fussent pas par trop isolantes; des larres de mica donnent de mauvais effets, et c’est le papier qui fournit les meilleurs résultats. Il faut aussi que les lames ne soient pas trop serrées. Ceci s’explique, du reste, facilement, si l’on considère que dans les conditions d’un condensateur transmetteur, les variations électriques peuvent être effectuées d’une manière double; elles résultent d’abord des différences de potentiel des charges électriques sur les armatures, différences qui sont la conséquence des variations d’épaisseur de la couche isolante qui les sépare; en second lieu, quand les lames sont médiocrement isolantes, elles peuvent résulter, comme dans les microphones, des différences de résistance qu’entraîne le tassement plus ou moins grand des lames de papier contre les feuilles d’étain. Comme ces actions s’effectuent dans le même sens, puisque les pressions ..produisent d’un côté un accroissement de la différence de potentiel,.; et, d’un autre
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- côté, diminution de là résistance, il doit s’ensuivre des différences d’actions électriques plus grandes sur le récepteur et, partant, des sons plus élevés.
- A ce sujet, nous ne pouvons nous empêcher de nous étonner de la prétention de M. Dolbear, qui, dans un article inséré dans le Scienli/ic American et reproduit par YElectrician du 3o juillet, vient nous donner, comme une nouveauté, le condensateur chantant, qui remonte à plus de Six ans, et qui a pu même reproduire la parole avec les combinaisons appliquées depuis près de deux ans, par MM. Herz et Dunand. Ce qui est curieux, c’est que ces mêmes journaux ont, depuis longtemps, publié dans leurs colonnes, non seulement les condensateurs chantants, mais encore les condensateurs parlants, ainsi que toutes les expériences qui s’y rapportent. Il faut, en vérité, que la mémoire manque complètement aux rédacteurs des journaux scientifiques pour qu’ils agissent ainsi. Quant à M. Dolbear, on sait depuis longtemps qu’il n’est guère au courant de Y historique des questions électriques, aussi bien sous le rapport pratique que sous le rapport théorique. Nous renverrons, du reste, les lecteurs que cette question intéresse aux articles que nous avons publiés dans ce journal, t. I, p. 145, t. II, p. 14, 294, et t. III, p. 90, 97, 159, 382, 3g6.
- Pour en revenir aux travaux de M. Maiche, nous devons ajouter qu’il a complètement modifié son transmetteur microphonique que nous avons décrit dans le numéro du i5 avril 11880, de la Lumière Électrique (tome II, p. i53). Aujourd’hui, il se compose d’un système de diaphragmes multiples, au nombre de 4 ou 6, groupés circulairement, et munis chacun d’une petite embouchure. Ces petites embouchures sont enveloppées ensuite dans une grande qui concentre les ondes sonores et les distribue sur les petites. Les diaphragmes sont de petit diamètre, celui d’une pièce de 40 sous, et sont constitués par des lames de carton très mince, comme les cartes à jouer, et enduits d’un vernis susceptible de les préserver de l’humidité. Au centre de chacun de ces diaphragmes et sur la face postérieure, est fixée une pastille de charbon, sur laquelle appuie le contact de charbon appelé à fournir les effets microphoniques. Ce contact est constitué par une petite boule de charbon suspendue, comme la boule d’un pendule, par une tige de cuivre, à une pièce articulée; de sorte, que c’est la pesanteur qui agit, comme dans les appareils de MM. Ader, Herz, Crossley, etc., pour fournir la pression nécessaire et l’on a vu que ce système était le meilleur pour la netteté des sons. Tous ces contacts, au nombre de 4 .ou 6, ,se trouvent disposés de manière à être réunis en tension ; de sorte que le courant transmis les traverse tous, les uns après les autres, avant d’arriver à l’hélice primaire de la bobine d’induction. ....
- Cette bobine a, dans les nouveaux appareils de
- M. Maiche, une disposition.tout à fait particulière, tellement particulière que c’est elle qui constitue les récepteurs téléphoniques, et voici comment :
- Au lieu d’un faisceau de fils de fer placés à l’intérieur dè l’hélice primaire, on emploie un barreau aimanté; le fil de l’hélice primaire est mis en communication avec le transmetteur microphonique, et le fil secondaire est relié à la ligne ; mais les deux extrémités polaires du noyau magnétique, munies de diaphragmes de fer disposés en armatures, sont reliées à deux tubes acoustiques qui constituent alors les récepteurs téléphoniques; de sorte que c’est la bobine elle-même qui reproduit les sons quand le transmetteur ne fonctionne pas, et c’est elle qui fait agir les téléphones de la station opposée quand le transmetteur est en activité. De celte manière, le circuit est débarrassé de la résistance des bobines téléphoniques, et les actions sont, à ce qu’il paraît, plus énergiques. Nous reviendrons plus tard sur ce système qui, comme on le voit, présente une certaine originalité.
- Sources constantes d’électricité par les cristaux hémièdres à faces inclinées.
- Nous avons déjà parlé dans les numéros du icr septembre 1880 et du 12 février 1881 de ce journal, des travaux de MM. Curie sur l’électricité dégagée par les cristaux hémièdres à faces inclinées, sous l’influence de la chaleur et de la pression. Ces ingénieux physiciens les ont complétés récemment par un travail très important qu’ils ont présenté à l’Académie dans sa séance du 25 juillet, et qui montre qu’un condensateur dont la lame isolante est constituée par un cristal hémièdre peut se charger lui-même sous l’influence de la pression et qu’il peut servir comme étalon d’électricité statique pour la mesure des charges et celle des capacités.
- Pour comprendre l’importance de cette application, nous rappellerons que d’après les recherches antérieures de MM. Curie : 1° les deux faces d’une tourmaline ou d’un quartz se chargent par la pression de quantités d’électricité rigoureusement égales et de signes contraires ; 20 lorsqu’une des faces est en communication avec la terre, l’autre fournit une quantité d’électricité déterminée pour une pression donnée ; 3° il y a proportionnalité entre la quantité d’électricité dégagée et la pression exercée.
- Or il résulte de ces déductions que, tandis qu’une pile permet de porter un conducteur à un potentiel déterminé, un condensateur de la nature de celui dont nous parlons permet de fournir à un conducteur une quantité déterminée d’électricité, et voici les résultats numériques qui ont été obtenus.
- i° La quantité d’électricité dégagée par un poids d’un kilogramme placé sur une tourmaline est susceptible de porter une sphère de 14cm,2 au potentiel d’un élément Daniell, c’est-à-dire à un potentiel
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- représenté par o,o53 unité C. G. S. électrostatiquè.
- 2° La quantité d’électricité dégagée par i kilogramme sur une lame de quartz perpendiculaire à un axe horizontal, est capable de porter une sphère de i6cm,6 au potentiel d’un Daniell, c’est-à-dire à 0,062 unité'C. G. S. électrostatique.
- 3° Comme on peut déterminer à l’aide de trois pesées les quantités d’électricité nécessaires pour porter deux condensateurs au même potentiel, on peut en tirer le rapport de leurs capacités.
- 40 Au contraire, si on charge deux secteurs d’un électromètre Thomson avec deux éléments différents et qu’on cherche les poids nécessaires pour amener une même capacité aux potentiels de chacun d’eux, on a le rapport des forces électromotrices des deux éléments.
- 5° Si le corps chargé est mis en communication avèc le condensateur-source et avec un électromètre quelconque, ce dernier accuse la présence de l’électricité, et si on ramène au zéro en mettant des poids sur le condensateur, on peut mesurer les charges avec une grande précision.
- 6° Comme le condensateur-source produit de l’électricité tant que le poids réagit, cet appareil peut servir comme réparateur de charge pour maintenir à un même potentiel un corps qui perd constamment de l’électricité et qui doit rester isolé.
- Les constantes d’un condensateur-source sont : 1° la quantité d’électricité dégagée par un poids d’un kilogramme agissant à l’extrémité d’un levier convenablement disposé ; 20 sa capacité ; et comme pour charger des corps de très petite capacité, on a avantage à avoir un condensateur-source de très faible capacité, une tourmaline ou un quartz de om,oi de hauteur et de quelques millimètres carrés de surface peut ne pas atteindre la capacité d’une sphère de o^oi de rayon, et fournir des quantités d’électricité capables de charger au potentiel d’un Daniell une sphère de 3 mètres de rayon. « Pour charger des corps d’une capacité un peu plus forte, disent MM. Curie, il n’y a pas grand inconvénient à augmenter la capacité du condensateur-source, et l’on peut obtenir, en le faisant, des quantités d'élëc-’ tricité beaucoup plus considérables; nous avons fait construire une pile de 9 lames de quartz taillées parallèlement entre elles et perpendiculairement à un axe horizontal, dans un même canon de quartz bien homogène. Chaque lame a environ 20 centimètres carrés de surface ; elles sont placées les unes sur les autres en pile, séparées toutefois par des feuilles d’étain, toutes les lames de rang pair ayant été retournées. Il résulte de cette disposition que, lors d’une variation de pression exercée sur la pile,
- ' toutes les feuilles d’étain de rang pair se chargent d’une électricité, toutes celles de rang impair se chargent de l’autre. En réunissant tous les éléments en surface, on a un condensateur-source dont la capacité est celle d’une sphère de 3“,5 de rayon qui
- | fournit de quoi, charger 1/10 de microfarad au potentiel d’un Daniell; mais la difficulté qu’il y a à exercer des pressions fortes empêche seule de dépasser beaucoup cette valeur. D’après des expériences faites avec des lames de dimensions plus petites, la pile dé quartz pourrait supporter sans inconvénient, vu sa grande surface, une pression de 600 kilogrammes et donnerait alors une quantité d’électricité capable de charger 10 microfarads au1 potentiel d’un Daniell. »
- Des effets d’induction aux différents points d’un barreau magnétique.
- On doit se rappeler que MM. Scarpa et Baldo ont montré que, quand on accumule aux deux extrémités d’une bobine de Ruhmkorff les spires de l’hélice secondaire, on augmente, pour une même longueur de fil, la longueur des étincelles. Nous avons constaté également qu’en accumulant aux extrémités d’un noyau de fer les spires de l’hélice magnétisante, on augmente dans une très grande proportion la puissance attractive des pôles correspondants. Mais, d’un autre côté, nous avons indiqué que c’était au milieu d’un barreau aimanté que correspondait la résultante des spires de l’hélice magnétique et que, d’après les recherches de MM. PoggendorfF, Fabre et Kunemann et autres physiciens, c’était à ce point milieu que se produisait le plus grand effet inducteur, ce qui avait donné dans un temps l’idée de.con-struire les bobines d’induction en forme de fuseau.
- Au premier abord, on pourrait croire toutes ces déductions contradictoires, mais il n’en est pas ainsi, et, pour se faire une idée nette delà question, il faut en quelque sorte disséquer le phénomène et examiner comment les expériencee ont été faites. On verra ensuite la conclusion générale qu’il faudra établir.
- Pour démontrer que c’est suivant sa ligne neutre qu’un barreau aimanté exerce le plus grand effet d’induction, on montre qu’en faisant glisser une hélice de fil isolé du milieu d’un aimant vers ses pôles, le courant d’induction qui résulte de ce mouvement est directe, t, par conséquent, de même sens que le courant qu’on obtiendrait en éloignant une hélice d’un aimant, d’où il suit que les extrémités polaires sont, par rapporta la partie moyenne, dans le cas d’un aimant magnétisé plus faiblement. Si on considère la question au point de vue des lignes de force, d’après le système anglais, on reconnaît que l’effet signalé doit se produire, attendu que dans son mouvement du milieu vers les extrémités du barreau, l’hélice est coupée transversalement par un nombre de lignes de force allant sans cesse en diminuant, et qu'il finit même par devenir nul aux pôles de l’aimant, puisque les lignes de force deviennent alors parallèles aux plans des spires de l’hélice, tandis qu’elle les coupe perpendiculairement, au milieu du barreau.
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- Est-ce à dire pour cela que l’aimantation soit supérieure au milieu du barreau qu’aux extrémités ? évidemment non. Mais si on considère la réaction de toutes les spires de l’hélice magnétique sur celles de l’hélice mobile, on peut aisément reconnaître que c’est dans la position qui correspond à la ligne neutre que ces réactions doivent se produire le plus efficacement, puisque c’est dans cette position qu’elles peuvent s’effectuer à la moindre distance et le plus complètement sur les deux faces de la bobine mobile.
- Dans les expériences de MM. Scarpa et Baldo, les conditions ne sont pas les mêmes : Il existe d’abord une bobine à chaque extrémité polaire, et, dans l’intervalle entre ces bobines, la bobine inductrice est à découvert, ce qui fait que l’induction directe sur le fil secondaire n’existe pas. Or, comme l'induction exercée en dehors de Vhélice primaire ne peut s'effectuer qu'au détriment de l'induction exercée sur le noyau magnétique, puisque, comme la force attractive exercée sur plusieurs armatures, elle se divise d’autant plus qu’elle est plus excitée en dehors, c’est l’aimantation du noyau de fer qui profite de la suppression de l’induction effectuée sur le milieu du barreau, et comme, en définitive, c’est l’effet produit par la magnétisation du barreau qui réagit le plus énergiquement, les bobines induites profitent plus du renforcement magnétique du faisceau magnétique que de la superposition des spires dans l’intervalle interpolaire, et il se produit un effet analogue à celui que nous avons analysé dans les expériences rapportées dans notre numéro du 25 juin, p. 454. D’ailleurs, l’influence fâcheuse des courants inverses de fermeture sur la magnétisation du noyau se trouve, dans les conditions précédentes, notablement diminuée, puisqu’une grande partie du barreau y échappe. Quoi qu’il en soit, il paraît évident que la forme en fuseau prônée par MM. Poggen-dorff, F'abre et Kunemann, est moins favorable que la disposition contraire indiquée par MM. Scarpa et Baldo.
- Le Gaz et l’Électricité.
- L'Électrician publie une lettre de sir William Thomson, adressée à un membre du Conseil municipal de Glasgow, dans laquelle le savant professeur de Glasgow exprime ainsi son opinion sur l’avenir du gaz et de l’électricité :
- « Je suis persuadé qu’au point de vue de l’économie des ressources physiques, de la houille, etc., et des bons résultats à obtenir relativement à l’hygiène et au confort, la lumière électrique devrait, dans le cours de quelques années, avoir remplacé le gaz pour l’éclairage des villes. Les grands intérêts engagés dans les fabriques de gaz doivent, d’autre part, être pris en très sérieuse considération. Vous avez bien raison, il me semble, de saisir cette occasion pour
- réduire le capital du gaz de la ville. Ne pourriez-vous faire mieux, et faire passer les intérêts engagés dans le gaz, peu à peu du côté de la lumière électrique ?
- * Si vous pouviez faire émettre un décret permettant à la Ville d’adopter l’éclairage électrique, comme une extension de l’éclairage au gaz pour lequel vous avez une concession, je crois que le passage de l’éclairagé au gaz à l’éclairage par l’électricité se ferait sans léser les intérêts que la Ville a engagés dans les usines à gaz, et en lui procurant, au contraire, des bénéfices. Si vous pouviez obtenir un décret permettant aux fabricants de gaz de remplir leurs tuyaux de fils de cuivre et de matières isolantes, ils seraient prêts à établir l’éclairage électrique avec beaucoup plus d’économie et de bénéfice que n’importe qui. »
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- Dans votre numéro du 16 juillet, vous publiez un article de M. Maurice Leblanc, où il expose l’idée d’une machine produisant un courant à l’aide de l’électricité statique. J’.ai breveté le 7 février 1879 une machine à peu près semblable à celle que propose M. Leblanc, comme vous pouvez en juger par l’extrait ci-joint de mon brevet.
- « Mon invention consiste en principe à produire un courant électrique alternatif ou redressé au moyen de l’électricité statique ; l’électricité qui charge l’une des séries de plaques du système, les plaques fixes par exemple, agit par influence sur les plaques mobiles et détermine la production d’un véritable courant. Dans ces conditions, les machines statiques peuvent se substituer aux machines magnéto-électriques actuellement employées.
- « La machine se compose de quatre rangées de plaques, se rejoignant à leur pourtour extérieur, et encastrées à leur base sur un bloc isolant monté sur l’arbre où elles sont maintenues serrées au moyen de cales isolantes.
- « Ces quatre rangées de plaques communiquent deux ù deux par des fils, et de chacun des pôles ainsi formés,part un fil pour la transmission du courant électrique qui se produit.
- - Ce système est monté horizontalement sur un bâti entre paliers et il reçoit un mouvement de rotation continu : les plaques mobiles indiquées ci-dessus passent entre quatre rangées de plaques fixes solidaires d’une plaque horizontale qui sert de support; ces rangées de plaques commmuniqucnt deux à deux et constituent deux pôles d’électricité statique.
- « En effet ces plaques sont constamment chargées d’électricité statique qui agit par influence sur les plaques mobiles et détermine la production d’un véritable courant. On charge les plaques extrêmes avec une machine électro-magnétique à grande tension, mais mieux avec une petite pile à grande tention telle qu’une pile à chlorure d’argent, une pileLeclan-ché ou autre. »
- La direction de mes travaux ne m’a point conduit à donner à cette combinaison une suite pratique ; je serais heureux qu’un autre pût la travailler et en faire sortir les applications qu’elle peut renfermer. Néanmoins, j’ai cru devoir réclamer la priorité d’une idée qui peut avoir quelque importance, au moins au point de vue théorique.
- Veuillez agréer, etc.
- JABLOCHKOFF.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- FAITS DIVERS
- L'ouverture officielle de l’Exposition internationale d’Élec-tricité aura lieu mercredi prochain, 10 courant, dans la matinée, et le public sera admis à partir du 11.
- Un singulier quiproquo, causé par la chute d’un simple fil de téléphone, a mis en émoi le 25 juillet la ville de Milan tout entière, rapporte le Pungolo. Vers onze heures du matin on a vu se diriger au pas gymnastique vers les bâtiments de l’Exposition, un bataillon de bersagliers. Tous les pompiers de Mlian ont été sur pied en quelques instants et se sont dirigés également vers l’Exposition, où l’on annonçait que le feu avait pris et menaçait de détruire l’édifice. C’était une fausse alarme. Un fil de téléphone qu’on posait dans une rue était tombé accidentellement sur un fil du télégraphe qui relie l’Exposition au Château; ce dernier fil sert à appeler les soldats en cas d’incendie dans l’enceinte de l’Exposition. Lorsque le bataillon de bersagliers et les pompiers sont arrivés pour combattre l’incendie, si malencontreusement annoncé par le fil téléphonique, l’équivoque a pu être éclaircie.
- En Allemagne, de même que les années précédentes, un détachement d’instruction, tiré du régiment des chemins de de fer, vient de se rendre à l’école de cavalerie de Hanovre pour y procéder à l’instruction des élèves en ce qui concerne la construction et la destruction des voies ferrées et des lignes télégraphiques.
- Ces exercices, qui ont lieu régulièrement chaque année, paraissent avoir déjà donné des résultats importants au point de vue de la pratique, puisque, l’an dernier, un régiment de hussards a réussi, sans le secours d’autres troupes, à établir un petit tronçon de chemin de fer et une ligne télégraphique devant servir aux expériences de destruction.
- Comme la cavalerie allemande, en cas de guerre, doit être immédiatement lancée en avant sur le territoire ennemi, elle doit être capable de mettre rapidement hors de service les voies télégraphiques du pays qu’elle envahit. A cet effet, les sous-officiers sont pourvus de cartouches de dynamite que l’on applique simplement contre les rails et que l’on fait éclater par ^intermédiaire d’un cordeau porte-feu; les rails et les traverses sont disloqués par l’explosion, et la voie se trouve ainsi momentanément hors de service.
- Pour détruire les lignes télégraphiques, on se sert d’appareils à grimper spéciaux qui permettent de s’élever le long des‘poteaux jusqu’à la hauteur nécessaire pour couper les fils; il serait trop long de renverser les potaux à coups de hache, et ce procédé aurait d’ailleurs l’inconvénient de rendre le rétablissement de la ligne plus difficile, dans le cas où l’on aurait ultérieurement intérêt à s’en servir soi-mêmé. La nature même de ces opérations exige beaucoup d’intelligence et de rapidité.
- Télégraphie électrique.
- Un nouveau câble va être posé dans le golfe du Mexique. Le générai Grant, fondé de pouvoir de la Compagnie internationale du Télégraphe océanique, a passé un contrat avec le gouvernement mexicain pour établir une communication télégraphique entre les États-Unis du Nord, Mexico, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud. Ce contrat a été remis aux secrétaires de la Chambre des députés du Mexique pour recevoir l’approbation législative. Le nouveau câble passera par l’ile de Cuba et viendra atterrir à un point quelconque de la côte du Mexique, sauf aux points occupés par la Mexican Cable Company. La nouvelle compagnie est également autorisée à construire des lignes terrestres de la côte au Pacifique, et d’un point quelconque sur ses lignes à la ville de Mexico. Elle s’engage à ne pas exiger plus de 25 cents par mot entre
- Cuba et la côte du Mexique,.et pas plus de 5: cents, parimot sur ses lignes terrestres dans les limites du-territoire de-la République. Les messages du Gouvernement seront transmis avec une réduction de 25 pour 100 sur les tarifs. Le matériel de construction pourra être transporté sans qu’il soit soumis à aucune taxe, à aucun impôt, et le capital de la compagnie sera exempt de tout impôt pendant une période de qua-; rante ans.
- Des arrangements ont été pris pour poser sans retard le câble sous-marin entre Cuba et la côte du Mexique, et les travaux commenceront bientôt sur les lignes terrestres.
- . On annonce d’Ottawa que la Canadian, European, American and Asiatic Company, à laquelle le dernier parlement du Canada a accordé une concession, vient de compléter son organisation par un câble. L’extrémité canadienne de ce câble aboutira à Sable Island, et des communications télégraphiques seront également établies avec les Indes Occidentales.
- Les câbles qui fonctionnent entre-Marseille et Alger sont actuellement au nombre de trois. L’appareil en usage sur ces lignes spéciales est celui de Thomson, dont le principe repose, comme on sait, sur les déviations de l’aiguille aimantée sous l’influence des courants électriques. Les transmissions sont tellement rapides qu’011 peut échanger trente dépêches en mo)'enne par heure et par câble Cet appareil a été récemment perfectionné, et en ce moment, où les évènements d’Afrique nécessitent une correspondance prompte et soutenue entre la colonie et la métropole, ce chiffre est considérablement dépassé.
- Téléphonie.
- A Lyon , le réseau téléphonique s’est établi assez rapidement. On vient d'installer dans cette ville plusieurs postes téléphoniques. C’est ainsi qu’en cas d’accident grave ou d’incendie, les habitants de Lyon peuvent, dès maintenant, prévenir instantanément le bureau central de policé, en s’adressant à l’un des cinq postes téléphoniques suivants : bureau de police du 2° arrondissement, rue Sorbiers; du 3e arrondissement, rue d’Annonay; du 4° arrondissement, rue Soleysel; du 5e arrondissement, rue Bourgneuf, et à l’abattoir des Mottetières.
- A Buda-Pesth, en Hongrie, le téléphone a été bien accueilli par la population. II n’y a guère que trois mois que les premiers fils téléphoniques ont été posés au-dessus des rues et déjà cent cinquante téléphones établissent des communications régulières entre les quartiers les plus éloignés. D’après les relevés statistiques il se fait actuellement de quatre cents à quatre cent cinquante communications par jour au bureau central. Le 16 juillet on en a compté cinq cent trente; mille soixante personnes ayant conversé entre elles ce jour-là au moyen du téléphone.
- Gênes compte déjà deux Compagnies téléphoniques qui travaillent activement à l’installation de leurs réseaux dans ce grand port méditerranéen. L’une de ces Compagnies est la Société générale italienne des Téléphones, qui a également des bureaux à Milan, à Turin, à Rome et à Naples. Son siège à Gênes est Vico Mele, n° 2, près de la Bourse; le nombre de scs abonnés s’élève actuellement à près de trois cents. Elle a posé une ligne qui va du Palais-Municipal au quartier de S. Fruttuoso; scs appareils sont entre autres celui de Nigra. L’autre Compagnie téléphonique de Gênes est la Société Ligurienne du Téléphone Bell, dont le siège sc trouve Yico Casana, n° 9.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Electrique
- Journal universel cï Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE MERCREDI 10 AOUT 1881 N» 38
- SOMMAIRE
- Ouverture de l’Exposition internationale d’électricité; Th. du Moncel, — La transmission électrique du travail à grande distance; M. Deprez. — Les dernières modifications de la machine de Holtz; A. Guerout. — L’cclairage électrique par le système Jablochkoff. — Recherches sur les piles (5e article, ; A. d’Arsonval. — Revue des travaux récents en électricité : Une nouvelle application de la balance d’induction de M. Hughes. — Timbre à enregistreur électrique. — De l’aimantation des barreaux d’acier. — Une curieuse application de la galvanoplastie. — Faits divers.
- OUVERTURE
- DE
- L’EXPOSITION INTERNATIONALE
- D’ÉLECTRICITÉ
- L’espace de temps qui devait séparer l’Exposition de peinture de l’Exposition internationale d’électricité était si court, qu’il était présumable que l’ouverture de cette dernière ne pourrait avoir lieu au jour indiqué. Un mois pour préparer une exposition aussi importante, où se trouvent rassemblées tant de grandes machines et des constructions plus ou moins encombrantes ! ! c’eût été, certes, un tour de force à réaliser pour arriver à temps ; d’ailleurs des accidents imprévus sont survenus dans le transport, et au moment de la pose de plusieurs des machines appelées à fournir le mouvement.
- Aussi, malgré toute la bonne volonté des organisateurs de l’Exposition, a-t-on été obligé d’en reculer l’ouverture de dix jours, et c’est aujourd’hui seulement que cette ouverture va être faite par le Président de la République, avec la solennité qui convient à une entreprise aussi importante au point de vue des progrès de la science et de ses applications.
- Bien qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes la plupart des objets qui doivent être exposés soient encore voilés ou dans leurs caisses d’emballage, nous croyons devoir donner une idée de l’aspect général du palais de l’Exposition, qui est réellement très grandiose.
- Quand on entre par la grande porte du milieu, on voit d’abord, à l’entrée, une série de belles statues
- formant candélabres pour des lampes électriques du système Werdermann ; deux énormes lions gardent le passage qui conduit à la grande nef et au milieu duquel se trouve un grand lustre en fer ouvragé, qui soutient des lampes Siemens. En arrivant dans la nef, on aperçoit devant soi une tour surmontée d’un phare électrique et dont la base baigne dans un bassin où se trouveront sans dotite des barques mues par l’électricité. La partie droite de la nef est consacrée tout entière à la France, la partie gauche aux nations étrangères. Cette dernière se trouve, en conséquence, divisée longitudinalement en trois parties à peu près égales en largeur, qui elles-mêmes sont divisées transversalement en plusieurs parties dont l’importance est en rapport avec le nombre d’exposants des pays qu’elles représentent.
- La première partie, à gauche du côté de l’entrée, est réservée à l’Angleterre: elle est dominée par un grand pavillon en forme de chalet de fort bon goût dans lequel sont exposés tous les appareils mis en usage au Post-Office de Londres, et, autour de ce pavillon, se trouvent de grandes tables sur lesquelles seront exposés les différents appareils électriques et télégraphiques des divers exposants. On voit sortir du milieu de ces tables une grande bouée en fonte surmontée d’un drapeau, qui est un spécimën des bouées indicatrices des points de raccordement des câbles sous-marins. Des appareils importants pour la sécurité des chemins de fer s’aperçoivent sur le côté droit, et nous aurons occasion d’y consacrer plusieurs articles dans notre journal.
- A la suite de l’Angleterre vient l’Autriche, puis la Suède et l’Italie avec un pavillon dont l’architecture rappelle le palais ducal de Venise, et qui renfermera sans doute des curiosités historiques très intéressantes, car on nous assure que les appareils de Volta y figureront. La Suisse occupe l’extrémité de cette travée.
- A côté de ces compartiments, dans les bas côtés du bâtiment de l’Exposition, se trouvent les annexes des expositions qui leur correspondent, et qui ne sont pas encore assez complètes pour que nous puissions en parler. La Russie est au bout, et l’on y verra sans doute les intéressants appareils de MM. Latchinoff et Tchikoleff.
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- La travée du milieu présente en avant, du côté du phare, l’exposition prussienne, au milieu de laquelle s’élèvent deux pavillons dont l’üq, sillonné d’arbres en fer, de poulies et de transmissions de mouvement, sera affecté à la marche par l’électricité d’un grand nombre de métiers et de machines-outils, employés dans les divers ateliers. Nous aurons sans doute occasion de remarquer bien des appareils intéressants, provenant de la maison Siemens, dans les différentes parties de ce compartiment.
- A la suite de l’exposition prussienne se trouve l’exposition hollandaise, au milieu de laquelle on distingue, comme un monument, la grande machine électrique de Yan Marum et son immense batterie de Leyde.
- La troisième travée longitudinale, du côté de la Seine, est occupée, en avant, par l’exposition américaine, qui n’est pas encore installée, mais en tête de laquelle se verront les télégraphes harmoniques de Gray. On y voit ensuite l’exposition allemande, puis l’exposition belge, qui est, en ce moment, la plus complète de toutes, et au milieu de laquelle on distingue : i° un modèle de monument gothique protégé par un système de paratonnerres du système de M. Melsens; 2° des enregistreurs météorologiques du système de M. Yan Rysselberg, dont nous aurons occasion de parler plus tard et qui sont très intéressants; 3° des lampes de M. Jaspar, montées sur de hauts candélabres; 4' l’exposition faite par les ateliers de la Compagnie belge des Téléphones. Enfin la travée est terminée par l’exposition espagnole, qui est très restreinte. '
- Les différents compartiments de ce côté se prolongent sous les galeries couvertes du côté sud où se trouvent les grosses machines et générateurs dynamo-électriques.
- Quant à l’exposition américaine, nous ne doutons pas qu’elle soit de la plus grande importance, d’après les renseignements qui nous sont parvenus.
- Le chemin de fer électrique aboutit précisément à cette partie de l’Exposition; et là se trouvent aussi le compartiment réservé à l’exposition du journal La Lumière Electrique, ainsi que ceux réservés aux systèmes Brush et aux freins Achafid.
- Dans la partie française, on remarque également plusieurs pavillons. L’un, qui est celui de l’administration des lignes télégraphiques, montrera tous les appareils nus en usage dans cette administration et la plupart de ceux qui ont été imaginés en France et dont elle a pris l’initiative. L’autre, relevant de la ville de Paris, exhibera toutes les appli-s cations électriques qu’elle a mises en pratique, entre autres la distribution électrique de l’heure avec les différents systèmes de remise à l’heure qui sont actuellement en essai, et l’organisation de tous les conducteurs souterrains affectés aux services des pompiers, de la police municipale, des hospices,
- de l’administration des eaux, et de l’administration des prisons. La plupart de nos chemins de fer sont également représentés par d’importants systèmes d’électro-sémaphores, d’avertisseurs de manoeuvre et d’appareils indicateurs de la marche des trains, constituant des bloc-system plus ou moins perfectionnés. On y voit aussi des wagons avec dispositifs électriques et une foule d’autres systèmes, dont nous aurons occasion de parler, le tout précédé par la belle exposition d’objets galvanoplastiques de M. Christofle, et celle de la Compagnie générale d’électricité avec tous les appareils deM. Jablochkoff.
- Dans les bas côtés, à droite en entrant, on trouve les expositions du Ministère de la guerre et de la ,marine et un compartiment pour les piles de l’administration des télégraphes, au milieu duquel on voit le commutateur à rosace qui est employé à cette administration pour le service des différentes lignes.
- C’est au fond de cette partie de la nef, que se trouve l’escalier monumental qui réunit cette partie de l’Exposition aux galeries du premier étage. Une rangée de lampes Gramme, disposées tout le long de la nef, éclaireront le soir, conjointement avec un grand nombre de lampes Jablochkoff, Méritens, Lontin, Brush, etc., cette vaste enceinte.
- Les galeries du premier étage seront occupées par les appareils historiques et les appareils se rapportant à la téléphonie, à l’horlogerie électrique, aux jouets électriques, aux applications usuelles de l’électricité ; il y aura même deux salles où on pourra entendre téléphoniquement les pièces qui seront jouées à l’Opéra et au Théâtre Français. On pourra y voir aussi les applications que l’on peut faire de l’électricité au théâtre et dans la vie domestique. Il existe même une salle avec un petit théâtre éclairé par des lampes Werdermann, qui pourra donner une juste idée de ce genre d’application de la lumière électrique; et, à côté de ce théâtre, on pourra voir la manière dont on peut éclairer une galerie de tableaux par la lumière électrique ; celle qui y est appliquée est produite par des lampes-soleil. La Compagnie générale des téléphones a une installation extrêmement intéressante qui peut montrer la manière dont le service de la téléphonie se fait dans la ville de Paris. On remarquera également, dans cette partie de l’Exposition, les systèmes téléphoniques du docteur Herz.
- On peut distinguer, parmi les installations les plus complètes des salles réservées du premier étage, celles de MM. Edison, Maxim, Méritens, Ménier, Ratier, Carpentier Digney, Breguet et d’une foule de constructeurs de toutes nations qui ont rivalisé de zèle pour cette grande solennité scientifique. Les salles affectées aux appareils de M. Edison sont particulièrement intéressantes par le nombre et la variété des inventions qui y figurent. Nous avons remarqué également avec un grand plaisir la collection de tous les appareils de Wheatstone qui nous
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- sont devenus aujourd’hui familiers, mais dont il est curieux de voir l’origine.
- Mais ce qui frappera surtout les techniciens, ce sera la distribution' de la force par le système de M. Marcel Deprez, qui s’effectuera dans toutes les parties de l’Exposition sur un ensemble de circuits comprenant plusieurs kilomètres de fils greffés sur une artère principale.
- Ce premier coup d’œil est forcément très sommaire, en raison même de l’état actuel des travaux, mais nous comptons étudier plus tard, d’une manière tout à fait complète, tout ce qui figure dans cette remarquable Exposition. th. du moncel.
- LA TRANSMISSION ÉLECTRIQUE
- DU TRAVAIL A GRANDE DISTANCE
- La question de la transmission du,travail à grande distance au moyen des machines dynamo-électriques, a été depuis peu de temps l’objet des recherches de plusieurs savants qui ont conclu à la possibilité de transmettre des travaux considérables au moyen de fils de petit diamètre. J’étais arrivé de mon côté au même résultat, et, dans une note insérée aux Comptes rendus de l’Académie des sciences (i5 mars 1880), je faisais remarquer d’une façon toute particulière que l’expression du rendement économique d’un moteur électrique était indépendante de la résistance du circuit, ce qui tout d’abord paraît absolument paradoxal, puisque la quantité d’énergie transformée en chaleur est d’autant plus considérable que le circuit est plus résistant. Cela était tellement en contradiction avec les idées reçues et aussi avec ce qu’on observe quand on emploie les autres procédés de transmission de travail, que je crus devoir chercher dans les faits les mieux établis une justification de cette conséquence des lois de l’électro-dynamique. J’en trouvai dans le voltamètre un exemple complètement analogue. On sait en effet que, à un équivalent d’eau décomposé dans un voltamètre, correspond toujours un équivalent de zinc dissous dans la pile, quelle que soit la résistance du circuit. Aujourd’hui que bien des notions qui étaient complètement inconnues il y a peu de temps de la masse du public (et je parle du public instruit) sont devenues vulgaires, grâce à l’abondance des publications périodique spéciales, aujourd’hui dis-je, ce soin que je prenais d’étayer les conséquences du calcul de faits incontestables peut paraître puéril. ’ Mais, à l’époque peu éloignée dont je parle, cette affirmation de l’indépendance du rendement écomi-que par rapport à la distance parut à beaucoup d’électriciens une hérésie, et, dans ce journal même, ma note à l’Académie fut citée dans des termes qui décelaient chez l’auteur de la citation une médiocre Confiance dans mes arguments.
- Enfin, dans les récits des expériences les plus connues, faites sur ce sujet (Sermaize, Noisiel), on avait toujours donné à entendre que la distance était un élément très nuisible, et que plus elle était considérable, plus les conducteurs devaient être gros. Des savants étrangers amplifiant encore cette influence néfaste, allèrent jusqu’à écrire que pour transmettre au loin le travail des chutes du Niagara, il faudrait une quantité de cuivre dépassant tout ce que recèlent les gisements du Lac supérieur. J’avais donc, on en conviendra, quelque mérite à affirmer une vérité aussi méconnue.
- Mais, depuis peu de temps, cette vérité s’est fait jour et, par une réaction assez commune dans l’histoire des sciences, on n’a pas craint, dans des conférences, dans des articles de journaux scientifiques, d’affirmer, sur l’autorité de savants anglais et américains, que pour répandre dans le monde entier le travail des chutes sus-nommées, il suffirait d’un petit câble de 1/2 pouce anglais (environ i3 millimètres) de diamètre. Quand on réfléchit que la quantité de travail dont il s’agit représente au moins deux millions de chevaux-vapeur et probablement beaucoup plus, il faut reconnaître que les savants en question n’ont pas une idée bien nette de ce que représente ce chiffre, ou qu’ils ont commis des erreurs de calcul que l’absurdité du résultat aurait dû leur faire apercevoir.
- On trouve en effet, comme je le démontrerai plus bas, que même en supposant nulle la résistance intérieure des machines génératrices et réceptrices — ce qui est absolument inadmissible — et en admettant que l’on se contente de transmettre le travail à 75 kilomètres de distance (nous sommes loin du monde entier), il faudrait, pour avoir un rendement de 5o pour 100, que la machine génératrice développât une force électromotrice de 173.000 volts. Si au contraire on tient compte de la résistance intérieure des machines, eu la supposant proportionnellement aussi petite que dans celles construites récemment pour la galvanoplastie parlTmàisOn Siemens et qui est de 7/10000 d’ohm pour une force électromotrice de 3 volts, et si, en outre, on néglige la résistance du conducteur, on trouve que la force électromotrice devrait être de 1 million et demi de volts, nombre effrayant et dont les phénomènes de la foudre peuvent seuls donner une idée (*).
- Il est théoriquement certain qu’un fil d’un diamètre aussi petit qu’on voudra peut transmettre une quantité d’énergie illimitée, à la condition que la
- (*) La force électromotrice d’une machine de Holtz serait, d’après M. Rossetti, égale environ à SS1000 volts, c’est-à-dire 27 fois moindre que le nombre de volts que je viens d’indiquer; ces machines donnent cependant des étincelles de om,20 de longueur! S’il y avait proportionnalité entre les longueurs d’étincelle et les différences de potentiel, une machine dont la force électromotrice serait égale à i.Soo.ooo volts donnerait des étincelles de près de 6 mètres.
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- tension électrique soit d’autant plus élevée qu’il a une section plus faible ; mais il y a à cette tension une limite imposée par les difficultés d’isolement, et les auteurs du projet de transport de l’énergie de la chute du Niagara par un conducteur de i3 millimètres de diamètre, paraissent considérer ces difficultés comme résolues. Mais alors, pourquoi avoir fixé ce chiffre de i3 millimètres et ne pas avoir pris le fil télégraphique, ordinaire de 4 millimètres? Il n’en aurait coûté que d’élever un peu plus la tension de la source, et quand on compte par millions de volts, on a tort d’hésiter pour si peu.
- Si j’insiste sur ces nombres invraisemblables, c’est pour montrer qu’ils ne sont pas le résultat de calculs sérieux, mais qu’ils avaient simplement pour but de.frapper l’opinion et d’amener une réaction contre cette idée que de très gros conducteurs étaient nécessaires. Mais l’exagération même de cette réaction tend à faire croire que les inventeurs du câble de i3 millimètres avaient, à cet égard,un sentiment plutôt qu’une opinion motivée.
- Je me propose, au contraire, de donner sur ce sujet des -nombres précis, et je vais — ce qui n’a pas encore été fait à ma connaissance — résoudre le problème suivant :
- « Etant donnée une machine dynamo-électrique existante et soumise à des expériences dynamométriques dans le but de déterminer le travail qu’elle absorbe lorsqu’on l’emploie pour l’éclairage, trouver les résultats qu’on peut en attendre lorsqu’on l’applique à transmettre du travail à travers un conducteur de résistance connue. »
- Pour montrer combien ce sujet est facile à traiter sans avoir recours à des multitudes de formules et de lettres, je vais à dessein éviter le plus possible les notations algébriques et n’employer que des raisonnements d’ordre arithmétique. Cette méthode terre-à-terre possède au moins l’avantage de jeter une grande clarté sur la filiation des raisonnements et d'inspirer, par suite, une grande confiance dans les résultats obtenus.
- Je vais prendre comme exemple la machine Gramme, type C, et, me servant des résultats obtenus dans les expériences faites à Chatham, et qui sont relatés dans le numéro du 16 mai 1881 de La Lumière Electrique. Mais avant d'entrer dans levif du sujet, je dois rappeler quelques lois fondamentales communes à toutes les machines dynamoélectriques à courant continu.
- Je supposerai dans tout ce qui va suivre que les deux machines génératrice et réceptrice sont identiques; cette hypothèse m’estimposée, parce que si je supposais les machines dissemblables, la solution du problème exigerait que je connusse ce que j’ai appelé leur caractéristique (voir La Lumière Electrique du 23 juillet).
- Voici l’énoncé des lois expérimentales que j’aurai à appliquer.
- i° Le moment du couple développé par les inducteurs sur l’anneau ne dépend que de l’intensité du courant qui traverse la machine, quelle que soit la vitesse de rotation de l'anneau. On démontre expérimentalement cette loi de la manière suivante :
- Sur l’axe de l’anneau d’une machine Gramme est installé un frein de Prony, ou, ce qui est préférable, un frein à réglage automatique tel que celui de M. Carpentier ou le mien, chargé d’un poids constant. Dans cette machine on lance le courant d’une pile Runsen, dont on peut faire varier instantanément le nombre des couples ; l’intensité du courant ainsi engendré est mesurée à l’aide d’un galvanomètre Deprez à court circuit. On commence par mettre le nombre de couples le plus petit possible pour que la machine puisse surmonter l’effort du frein, et, lorsque sa vitesse est devenue constante, on note l’indication du galvanomètre. Puis, sans modifier l'effort du frein, on augmente successivement le nombre des couples de la pile, et l’on attend, pour mesurer l’intensité du courant, que la vitesse soit devenue constante; l’on constate alors que cette intensité ne varie que d’une très petite quantité, même quand le nombre des couples de la pile varie dans le rapport de 1 à 5. On peut d’ailleurs s'assurer que cette petite variation d’intensité est due à ce que les résistances passives delà machine augmentent avec la vitesse, et à ce que le calage des balais doit changer à mesure que la machine tourne plus vite. Cette variation est du reste si petite (à peine 1/10 de sa valeur relative), que l’on a le droit de regarder la loi comme rigoureusement exacte pour la pratique. On trouve, en outre, que, tandis que l’effort développé et le courant restent constants, la vitesse de rotation augmente proportionnellement au nombre de couples, et, par conséquent, à la force électromotrice de la pile.
- {A suivre.) MARCEL DEPREZ.
- LES DERNIÈRES MODIFICATIONS
- DE LA
- MACHINE DE HOLTZ
- Si les machines d’électricité statique ne présentent pas, comme les machines destinées à la production du courant, une grande utilité pratique, elles sont néanmoins , comme sources d’électricité de haute tension, d’un grand secours pour les recherches théoriques. Aussi s’est-on sans cesse appliqué à les perfectionner. Presque partout, depuis un certain nombre d’années, les anciennes machines à frottement ont été remplacées par des machines
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- reposant sur le principe de l’influence, telles que. celles de Tœpler, de Holtz, de Bertsch, de Carré.
- Mais, parmi ces machines, la machine de Holtz est celle qui, en raison des bons résultats obtenus, a été presque universellement adoptée. C’est donc sur elle que s’est concentré plus spécialement l’intérêt' et c’est elle que lion a surtout cherché à modifier pour en augmenter encore les effets.
- Nous n’avons pas à décrire ici, dans sa forme fondamentale, la machine de Holtz, bien connue de tous, ni à revenir sur sa théorie, que l’on trouvera donnée d’une façon parfaitement nette et claire dans le Traité d'Electricité statique de M. Mascaret. Il, p. 278).
- Le premier perfectionnement apporté à cette machine a été l’addition du conducteur diamétral.
- Cette pièce, placée suivant un diamètre du plateau et terminée par deux peignes tournés vers des prolongements des armures en papier, joue le même rôle que le conducteur de la machine, lorsque l’excitateur est fermé. Elle est destinée, après l’ouverture de l’excitateur, à remplacer ce conducteur et à empêcher la machine de se désamorcer. On en trouvera d’ailleurs la théorie complète dans l’ouvrage que nous venons de citer et elle est figurée dans un certain nombre de traités de physique. Nous donnons cependant, dans la figure 1, le dessin d’une machine de Holtz à conducteur diamétral, parce que cette machine, construite récemment par M. Hopkins, est disposée d’une façon spéciale. L’auteur s’est proposé de rendre la construction de la machine assez simple pour pouvoir même être menée à bonne fin par un amateur. Les conducteurs sont portés par deux grosses tiges de verre
- (fig. 1.)
- encastrées dans des pièces de bois :; les pièces supérieures laissent passage aux tiges, qui se terminent d’un côté par les peignes, de l’autre par de grosses boules de bois formant la base de l’excitateur. Le plateau fixe, arrêté à sa partie inférieure sur lê socle, est supporté latéralement par deux galets de bois fixés aux peignes; l’axe du plateau tournant est
- porté en arrière du plateau fixe par une forte colonne de bois et à l’extrémité de cet axe, qui traverse le plateau fixe, se trouve une rondelle d’ébo-nite, sur laquelle le plateau mobile est simplement collé à l’aidé d’un mastic formé de poix, de gutta-percha et de gomme laque à parties égales; enfin le conducteur diamétral est fixé en arrière des plateaux au support de l’axe lui-même. L’inspection de la figure donnera d’ailleurs une idée suffisante de la construction.
- Une autre modification de la machine de Holtz a consisté à doubler la machine en mettant dos à dos deux plateaux fixes et de chaque côté un plateau mobile, et embrassant le tout à l’aide de deux peignes en fer à cheval. Cette disposition, adoptée d’abord par Poggendorff, a été perfectionnée par Ruhmkorff et constitue aujourd’hui le type le plus
- employé de la machine de Holtz. Voulant aller plus loin, M. Tœpler a multiplié encore le nombre des plateaux, et la figure 2 représente une de ses machines à quatre paires de plateaux, dans laquelle, au lieu de percer des fenêtres dans les plateaux, on en a enlevé des secteurs d’environ 3o degrés. Enfin, M. Spot-tiswoode vient de faire construire par M. Ladd une machine à douze paires de plateaux d’ébonite de 60 centimètres de diamètre. Avec ces machines à plateaux multiples le débit est, comme on pouvait
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- s’y attendre, considérablement augmenté, et l’expérience démontre en outre que la tension est accrue aussi dans une certaine proportion.
- La machine de Holtz a été encore modifiée d’une façon assez originale par un colonel du génie russe, M. Teploff. Son appareil a figuré à l’Exposition de 1878, et bieirqu’il ait été donné par lui au cabinet de physique du Collège de France et présenté, à cette époque, à la Société de Physique par M. Mas-, cart, il. n’a encore, à notre connaissance, été décrit nulle part avec détail.
- La figure 3 représente cette machine, dont M. Mas-cart a bien voulu nous permettre de faire prendre le dessin. Le trait principal de la modification est que cet appareil, qui dérive' de la machine à quatre plateaux,n’en comporte que trois : un plateau fixe, percé de deux fenêtres et portant les deux armures de papier, et deux plateaux tournants.
- Les armures,' on le voit, servent à la fois pour les deux disques mobiles. L’axe de ces derniers est porté par deux montants reliés par une traverse, comme dans les machines de Ramsden. Le plateau fixe est supporté à sa partie inférieure par deux fourchettes en ébonite et maintenu dans le haut par deux fourchettes analogues, partant de la traverse. Aux quatre coins du socle de la machine, se trouvent quatre pièces de bois de forme conique; chacune d’elles sert de base à une colonne d’ébonite que termine une boule de bois. Ces quatre boules servent de support, comme le montre la figure, à l’excitateur, aux conducteurs et aux peignes qui s’y rattachent. Les armures de papier qui s’étendent très loin ont à peu près la forme de demi-croissants ; elles sont garnies à leur base, près de la fenêtre, d’une petite bande d’étain en feuille. Les condensateurs sont au nombre de quatre, ils sont placés dans une boîte, dont le socle de l’appareil forme, pour ainsi dire, le couvercle, et communiquent avec la machine par des fils de cuivre recouverts de gutta, qui partent des conducteurs et se rendent dans les jarres en traversant des tubes de verre implantés dans le socle. Les arma-
- tures extérieures de ces jarres reposent sur des feuilles d’étain collées sur le fond de la boîte ; à l’état normal, cés feuilles d’étain ne communiquent pas ensemble et la machine marche sans que les condensateurs entrent en fonction. Si on veut les faire agir, on soulève un petit poids qui est représenté à droite de la figure, suspendu au bout d’un fil de soie. Ce fil, n’étant plus tendu, laisse retomber des fils de cuivre qu’il retenait et qui font communiquer ensemble les feuilles d’étain du fond de la boîte, et, par suite, les armatures extérieures des condensateurs. Ceux-ci agissent alors, et si on veut les éliminer de nouveau, il suffit de tirer le petit poids pour relever les fils de communication. Le conducteur diamétral est rem;
- placé, de chaque côte, par quatre bras en ébonite, portés sur le montant vertical, et terminés par des peignes. Ces peignes peuvent être reliés, comme on le voit sur la figure, de-manière à constituer deux conducteurs accessoires dont l’ensemble joue le même rôle que le conducteur diamétral. L’avantage de ces quatre peignes réside surtout en ce qu’ils permettent de transformer la machine en une on démonte les plateaux et on remplace le plateau fixe par un autre percé de six fenêtres et portant six armures de papier. Les peignes sont alors, de chaque côté, tournés suivant les rayons ; et, à l’aide de fils couverts, les deux supérieurs sont reliés ensemble et à un des conducteurs, les deux inférieurs également reliés ensemble et à l’autre conducteur. Pour ce qui est de la rotation du plateau, elle s’opère à l’aide d’une manivelle placée derrière la boîte, et qui communique son mouvement à une grande roue placée à l’intérieur et, de là, par l’entremise d’une corde, à l’axe lui-même. On tend cette corde au moyen de vis qui éloignent le socle de la machine de la boîte sur laquelle il est placé.
- La machine Teploff présente, en outre, certaines dispositions particulières qui permettent de répéter une foule d’expériences intéressantes. On peut, par exemple, supprimer totalement les condensateurs
- FIG. 2.)
- machine de quantité. Pour cela,
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- contenus dans la boîte et les remplacer par deux jarres placées sur le socle, et dont les armatures extérieures s’appuient sur les deux arcs métalliques représentés à droite et à gauche de la figure. Deux fils de cuivre partant des conducteurs mettent ces derniers en communication avec les deux jarres. D’autre • part, des deux arcs métalliques partent également deux fils qui se terminent par deux masses pesantes. Ces masses viennent poser sur une planchette placée en avant de la machine, et l’on peut disposer entre elles des matières plus ou moins conductrices, les réunir, par exemple, par des bandes de papier de, diffé-rente nature.
- Suivant la nature de la résistance introduite, les étincelles prennent des formes et des colorations diverses, que l’on fait encore varier en remplaçant les deux jarres à armatures d’étain par des bocaux à armatures de papier coloré. On peut, en outre, disposer entre les deux masses des tubes de Geissler et obtenir ainsi les effets lumineux propres à ces tubes.
- Les plateaux de la machine Teploff ne sont pas vernis, et son inventeur recommande de les laver avant les expériences, simplement avec de l’eau. L’amorçage est très facile. La plaque d’ébonite électrisée n’a pas besoin d’être amenée au contact de l’armure depapier. Si on la place contre le disque mobile, en face de la pointe qui s’avance dans la fenêtre, elle agit par influence pour charger négativement l’armure correspondante, et l’amorçage se
- fait très vite. Enfin, toutes les fois que les plateaux sont à une température quelque peu supérieure à celle de l’atmosphère, la machine fonctionne avec la plus grande facilité.
- Mais la modification la plus intéressante qui ait été faite de la machine de M. Holtz, est celle qui vient d’être imaginée par un constructeur allemand,
- M. Voss. Dans les mémoires étrangers que nous avons lus sur cette machine, il n’en est pas donné de théorie; pour nous, nous y voyons une combinaison du principe de la machine de Holtz avec celui du reple-nisher ou rechargeur de Thomson.C’est pourquoi nous rappellerons d’abord en quoi consiste ce dernier.
- Soit A et B (fig. 4), deux armatures cylindriques entre lesquelles peut tourner, dans le sens de la flèche une roue isolante portant à sa circonférence des curseurs métalliques C, C, C. Deux ressorts S et S' communiquent métalliquement l’un avec l’autre par'un conducteur qui passe derrière cette roue, et ils sont disposés de manière à toucher en même temps deux curseurs opposés C, C. Deux autres ressorts R et R' sont fixés aux armatures A et B. Supposons maintenant la roue dans la position représentée par la figure et l’armature A chargée d’électricité, négative, tandis que B est électrisée positivement. Sous l’influence de ces deux armatures, le conducteur mixte CSS'C s’électrisera négativement en SC et positivement en S'C. Si alors le disque tourne dans
- (fig. 3.)
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- je sens de la flèche/'le curseur C supérieur emportera vers A une certaine charge d’électricité négative, et, lorsqu’il viendra toucher le ressort R, communiquera cette charge à l’armature A. De même le cur-
- (fig. 4.)
- seur C inférieur viendra augmenter la charge positive de B. Tous les curseurs C agiront de même, et les charges de A et B augmenteront ainsi jusqu'à une certaine limite, de sorte que, en les réunissant par deux conducteurs, on pourra en tirer des étincelles.
- Considérons maintenant la machine de M.Voss représentée dans la figure 5. On y voit d’abord deux plateaux, l’un fixe, l’autre mobile. Le plateau fixe est muni de deux armures de papier, occupantchacune plus du quart de la circonférence, mais il n’a pas de fenêtres. L’appareil comporte, en outre, des peignes, un conducteur diamétral et des condensateurs disposés à peu près comme à l’ordinaire. Il constitue donc, à première vue, une machine de Holtz sans fenêtres et dans laquelle, par conséquent, n’a pas lieu l’accroissement de charge opéré sans cesse sur chaque armure, par le jeu de la pointe en papier de la fenêtre. Dans la ^machine de M. Voss, cet organe est remplacé par ' une série de pièces qui constituent tout simplement
- un replenisher de Thomson. Sur le plateau mobile sont collés six disques de feuille d’étain, portant chacun en leur milieu une pastille de laiton. Entre les armures et le verre sont fixées également des feuilles d’étain de la forme représentée dans la figure, et ces feuilles communiquent par deux tiges métalliques avec de petits balais qui, pendant la rotation, viennent frotter contre les pastilles. Enfin, le conducteur diamétral porte aussi à chacune de ses extrémités, entre les dents du peigne, un petit balai semblable aux premiers. En se reportant à la figure 4, on voit que les pastilles jouent le rôle des curseurs CC, que les balais du conducteur diamétral remplaçent les ressorts SS', que les balais portés par des tiges séparées, tiennent lieu des ressorts RR' et que les armures de papier ont la même fonction que les armatures A et B. Si le disque mobile tourne en sens inverse des aiguilles d’une montre, ce système fonctionnera donc comme un replenisher, et opérera la recharge continuelle des armures de papier. Comme la moindre différence de potentiel entre A et B suffit à mettre en jeu le replenisher et qu’il, fournit de l’électricité sans avoir besoin d’être amorcé, il en résulte que, dès qu’on tournera la machine de M. Voss, elle s’amorcera sans aucune électrisation préalable. C’est là un résultat fort important et qui fait que cette machine est susceptible de fonctionner par tous les temps, contrairement à ce qui arrive avec les machines de Holtz ordinaires, si sensibles aux changements survenus dans l’état hygrométrique de l’atmosphère.
- La machine de M. Voss, connue depuis quelques mois en Allemagne, a été essayée déjà par un certain nombre de personnes ; plusieurs expérimentateurs ont exprimé leur avis à ce sujet, et on a reconnu qu’elle change facilement de signe. C’est là certainement un défaut, lorsqu’il s’agit de produire des phénomènes dans lesquels les polarités doivent être bien définies ; mais M. Riess a reconnu que, lorsque l’étincelle 11e dépasse pas 2 centimètres et demi, les inversions sont très rares. Cette petite machine, qui, pour un plateau fixe de 3o centimètres de diamètre, peut donner jusqu’à
- (fig. 5.)
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- io centimètres d’étincelle, est donc très précieuse pour les cas où l’on aura besoin de produire l’électricité dans des conditions atmosphériques très défectueuses. On peut la voir actuellement fonctionner chez MM. Alvergniat, où le plus petit modèle, celui auquel nous venons défaire allusion, se vend au prix relativement modéré de ioo francs. Malgré la facilité avec laquelle l’inversion s’y produit, nous la considérons comme une machine fort intéressante et constituant un réel progrès.
- A. GUEROUT.
- L'ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- PAR LE SYSTÈME JABLOCHKOFF
- ' Parmi les systèmes d’éclairage électrique que l’on peut voir actuellement appliqués en différents points de Paris, celui qui fonctionne depuis le plus longtemps est, sans contredit, le système Jabloch-koff. Ses premières installations remontent, en effet, à plus de trois ans. Ce n’est pas à dire pour cela que la bougie Jablochkoff soit un brûleur électrique parfait ; elle a, au contraire, un certain nombre de défauts qui ont été déjà signalés dans ce journal; la non fixité du point lumineuk, un certain nombre d’oscillations, des changements de couleur dans l’arc, en sont les principaux. Malgré cela, la grande simplicité de ce mode d’éclairage, son intensité- suffisante, l’ensemble des qualités sérieuses qu’il possède sont cause qu’il a été adopté en un grand nombre d’endroits. Nous avons déjà donné en leur temps, quelques renseignements sur son emploi dans l’avenue de l’Opéra, à l’Hippodrome, dans les magasins du Louvre et aux Expositions de peinture 1879-1880.
- Les éclairages de l’avenue de l’Opéra, de l’Hippodrome et des magasins du Louvre, existent encore actuellement; quant à celui du Salon, on sait que l’on a dû y renoncer. D’une part, la lumière électrique, considérée indépendamment du système, ne produisait pas sur les tableaux le même effet que la lumière du jour et en altérait les couleurs ; d’autre part, les changements de teinte qui ont lieu de temps en temps dans la lumière des bougies électriques, augmentaient encore cet inconvénient.
- Il est juste de dire cependant que le médiocre succès de la bougie au Salon tient aussi en partie à la façon dont a été organisé l’éclairage. Des lampes munies de réflecteurs, et placées de distance en distance dans les salles, répandaient sur les tableaux une lumière certainement inégale, et cette disposition occasionnait des reflets fort nuisibles à l’examen des peintures. Il eût fallu, croyons-nous, imiter, autant que possible, l’éclairage par la lumière naturelle et placer, par exemple, les foyers au-dessus
- des vélums. On aurait certainement perdu ainsi beaucoup de lumière, le nombre des foyers aurait dû être augmenté, mais on aurait obtenu une sorte de lumière diffuse se rapprochant davantage de celle du jour.
- Depuis, un certain nombre d’installations ont été faites dans l’intérieur même de Paris, entre autres à l’Hôtel Continental et au Grand Hôtel. Une de nos figures (fig. 2) montre l’effet produit par l’éclairage au moyen de la bougie Jablochkoff dans la salle mauresque de l’Hôtel Continental, où cet éclairage fonctionne depuis près de deux ans. Cette vue fait ressortir un des avantages des bougies, quel que soit d’ailleurs leur système. C’est que, tenant une place beaucoup moins grande que la plupart des autres régulateurs, elles peuvent facilement être renfermées dans des globes, et se prêtent aisément aux dispositions ornementales employées généralement avec le gaz : suspensions, lampadaires, etc.
- Ainsi les globes sur colonnes et la suspension qui figurent dans cette salle mauresque ne trahissent nullement une installation électrique, et leur disposition générale est empreinte d’une réelle élégance.
- Nous donnons également (fig. 1) une vue de l’avenue de l’Opéra pendant l’éclairage. Cette installation comprend environ 70 lampes, ayant chacune une intensité lumineuse effective d’environ 20 becs Carcel.
- Les machines qui desservent la place de l’Opéra sont installées dans l’Opéra même. Quant à celles qui éclairent l’avenue, elles se trouvent dans,un local spécial, situé rue d’Argenteuil.
- Primitivement, toutes les lampes installées sur-, la place et l’avenue de l’Opéra, étaient mises en action par trois stations de machines, mais des difficultés locatives ont forcé, de supprimer une de ces stations et elles ont été réduites à deux.
- L’éclairage de l’avenue de l’Opéra ayant été installé en 1878, un peu avant l’Exposition universelle, fonctionne donc, par le fait, depuis" plus de trois ans.
- On sait que les machines Gramme, à courant alternatif, peuvent alimenter, en moyenne, chacune de 16 à 20 bougies, mais la Société Jablochkoff vient d'en faire construire qui sont susceptibles de produire une tension beaucoup plus élevée et d’alimenter, paraît-il, jusqu’à 80 bougies. Avec ces nouvelles machines, une seule station pourrait desservir la place et l’avenue de l’Opéra, et il est probable que l’on en arrivera là, dans un temps peu éloigné.
- A Londres, nous trouvons plusieurs installations dans lesquelles on a adopté la bougie Jablochkoff.
- L’éclairage des quais de la Tamise se fait à l’aide de ce système, et cette application est à rapprocher de celle qui vient d’être faite dans le port du Havre et que nous signalions dans un de nos derniers numéros. Depuis un certain temps déjà, la Société Jablochkoff avait obtenu de la ville de Londres une concession pour cet éclairage; les résultats
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- ayant été trouvés satisfaisants, cette concession vient d’être renouvelée pour une durée de trois ans.
- Il y a d’ailleurs des installations dans presque tous les pays, en Allemagne, en Russie, en Espagne, etc., et dans les conditions les plus diverses, la facilité de fonctionnement de la bougie ayant permis de l’essayer dans beaucoup d’applications différentes.
- Signalons encore quelques installations faites dans l’Inde et quelques autres dans l’Amérique du Sud,
- et nous en aurons dit suffisamment pour faire voir que si le système dont nous parlons aujourd’hui a été le premier sur la brèche, en ce qui concerne les grandes applications pratiques, il a su se maintenir et est arrivé à un grand développement. Sur ce point nous n’avons1 qu’à louer la Société Jabloch-koff, mais, à côté de cela, nous devons dire que nous regrettons de voir que la bougie soit restée à peu près ce qu’elle était à l’origine.
- Le colombin, c’est-à-dire la pâte isolante placée
- (fig. 1. — l’avenue de l’opéra éclairée par les lampes jablociikoff.)
- entre les deux charbons, a bien été légèrement perfectionné, et les changements de coloration de l’arc sont un peu moins fréquents ; les charbons eux-mêmes ont été rendus plus homogènes, et le prix des bougies a été notablement baissé. Ce sont là, certainement des améliorations, mais elles ne suppriment pas encore complètement les défauts que nous signalions plus haut. Il serait à désirer, maintenant que la Société Jablochkoff est bien assise, qu’elle songeât à faire de la bougie un brûleur aussi parfait qu’il est simple. A le considérer au point de vue pratique, il n’est pas besoin, en effet, de faire remarquer ses avantages, mais, à le prendre
- au point de vue théorique, il peut être curieux de remarquer qu’il se trouve dans des conditions particulières et avantageuses. La bougie n’est pas, en effet, une lampe à arc voltaïque pur, dans laquelle la régularité de la lumière est très difficile à obtenir, même au prix de mécanismes délicats; néanmoins, elle s’en rapproche par l’élévation de la température développée dans sa flamme et l’intensité de la lumière produite : elle n’est pas non plus une lampe à incandescence où la beauté de la lumière est compensée par sa faiblesse relative, mais elle.a quelques-unes de ses qualités par la quasi-continuité du conducteur incandescent et la
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- (K1G. 2. — LA SALLE MAURESQUE DE L'HOTEL CONTINENTAL ÉCLAIRÉE PAR LF-S LAMPES JABLOCUKOPP.
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- sécurité qui en résulte. La bougie Jablochkoff est donc une sorte de brûleur mixte, et, jusqu’ici du moins, il semble que ceux-là aient présenté des avantages assez érieux. Il se peut que les appareils à principe tranché soient destinés à prendre le dessus, mais ce ne sera pas sans une période de transition probablement assez longue, dans laquelle les systèmes mixtes seront préférés; ce moment semble venu. Il serait, je pense, de bonne politique à ceux qui possèdent la bougie Jablochkofl, de chercher à tirer rapidement de ses qualités tout le parti possible. La période actuelle lui est propice, cela paraît certain; mais combien durera-t-elle?
- FRANK GÉRALDY.
- RECHERCHES SUR LES PILES
- S'article (voir les nos des 2 et 23 avril, 27 et 3o juillet).
- L’acide azotique à 20 degrés Baumé cède donc 3 équivalents d’oxygène au lieu d’un seul à l’hydrogène naissant pour la raison chimique que j’ai signalée, ce serait donc une utilisation trois fois plus grande de l’acide; malheureusement, comme nous le savons, le coefficient d’absorption- pour l’hydrogène d’un pareil acide est considérablement diminué. Pour que la pile soit dépolarisée dans ces conditions, c’est-à-dire pour qu’il n’y ait pas dégagement d’hydrogène, il faut que le courant qui traverse l’élément soit très faible., et malgré cela, la force électromotrice de la pile se trouve diminuée dans de notables proportions. — Je pensai alors à faire intervenir un métal auxiliaire que l’acide azotique servirait seulement à oxyder en présence d’un autre acide, l’acide sulfurique par exemple, capable de former un sel avec l’oxyde métallique ainsi obtenu. Après avoir étendu de 4 volumes d’eau de l’acide azotique ordinaire, j’ajoutai 1 volume d’acide sulfurique et du sulfate de cuivre à saturation. L’énergie de la pile se trouva considérablement renforcée. Le courant tendait à déposer du cuivre sur le charbon, comme dans l’élément Daniell. Le dégagement d’hydrogène était remplacé par un dégagement de cuivre. Mais le cuivre ne pouvait subsister en présence de l’acide azotique, il se trouvait dissous beaucoup plus rapidement que l’hydrogène. La force électromotrice de la pile restait la même que celle du Bunsen, malgré la présence du cuivre, et cela se conçoit aisément ; car, si le sel de cuivre était décomposé par le courant, il se trouvait instantanément reproduit par l’acide azotique, et tout se bornait en somme à la décomposition de l’acide azotique. Le cuivre étant beaucoup plus rapidement absorbé par l’acide azotique que l’hydrogène, l’intensité du courant que pouvait donner l’élément se trouvait ainsi considérablement augmentée. Si
- pourtant on le fermait sur lui-même sans résistance extérieure, la dissolution du .cuivre étant moins rapide que son dépôt, l’élément fonctionnait en Daniell, mais une fois le circuit ouvert, le cuivre se redissolvait à loisir, et on utilisait toujours 3 équivalents d'oxygène de l'acide azotique.
- Cet élément jouissait d’un autre avantage précieux; c’est que le cuivre, en se dissolvant, donnait un dégagement de bioxyde d’azote. En recueillant et mesurant le volume de ce gaz, la pile servait elle-même de galvanomètre d’intensité. A chaque équivalent de bioxyde d’azote dégagé correspondait la dissolution de 3 équivalents de zinc dans le vase extérieur.
- Les réactions qui avaient lieu dans le vase poreux peuvent se comprendre ainsi : si nous avons, en présence du cuivre, de l’acide azotique étendu et de l’acide sulfurique, on peut écrire l’égalité suivante :
- 3 Cu + Az O3 + 3 (SOÿ HO) = 3 (Cu O, SOs, HO) + Az O2.
- On voit donc que pour 3 équivalents de zinc dissous, soit 99 grammes, on recueillait 3o grammes de bioxyde d’azote, ou environ 22 litres, ce qui fait à peu près 200 centimètres cubes de bioxyde d’azote par gramme de zinc dissous dans la pile.
- Pour recueillir le gaz, le vase poreux était bouché, soit par un bouchon de paraffine ou de cire, obtenu comme je l’ai déjà indiqué, soit par une petite cloche de verre qui le coiffait, et qui, en trempant dans l’eau acidulée du vase extérieur, constituait une fermeture hydraulique absolument étanche. Ecrivant ces lignes loin de Paris, sans mes cahiers d’expériences et avec mes seuls souvenirs, je ne peux malheureusement, pour le moment, donner des nombres certains pour l’énergie développée par la pile ainsi montée. Je réparerai sans tarder cette lacune, qui ne gêne d’ailleurs en rien l’exposé des expériences. Ce dont je me rappelle, c’est que le poids du zinc dissous, pris directement, concordait parfaitement avec celui que l’on déduisait du volume de bioxyde d’azote mesuré directement. Un. petit compteur à gaz jaugé en décilitres me servait pour cette mesure et n’était nullement détérioré, le bioxyde d’azote étant un gaz réducteur tant qu’il ne contient pas de vapeurs hypoazotiques.
- Comme je l’ai dit au début, je désirais avoir une pile toujours montée. La disposition que je viens de décrire, lorsque la pile était au repos, présentait un grave inconvénient, commun d’ailleurs à toutes les piles à dépolarisafeurs solubles; le liquide dépo-larisateur filtrait dans le vase extérieur et venait ronger le zinc en pure perte. L’inconvénient était même ici plus grand que dans la pile Bunsen, car le sel de cuivre venait se déposer sur le zinc, comme dans l’élément Daniell, et constituait ainsi un couple local fonctionnant d’une façon continue.
- Je me demandai alors comment je pourrais, en
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- général, empêcher ces filtrations dans les piles à deux liquides. Je pensai à mettre à profit une curieuse propriété du noir animal, qui consiste à absorber les sels métalliques. Le noir animal retient parfaitement les sels de cuivre, mais, au bout d’un certain temps, il offre une résistance considérable au passage du courant. Il se forme avec les sels métalliques un enchevêtrement de cristaux et de noir animal qui, au bout de peu de temps, constitue un corps solide aussi dur que du ciment. Mais si cet expédient n’est pas applicable aux piles de quantité, il est excellent lorsque la pile ne doit servir que comme étalon de force électromotrice ou pour charger statiquement un conducteur. Mon ami, M. Gaiffe, a, depuis plusieurs années déjà, des piles Callaud ainsi montées lui servant d’étalon, et dont le zinc est indemne de tout dépôt de cuivre.
- Après avoir échoué de ce côté, il me vint à l’idée que le meilleur moyen d’empêcher deux solutions de se mélanger par endosmose au travers du vase poreux, consisterait à prendre deux dissolutions qui puissent se précipiter réciproquement. Le précipité ainsi formé, restant dans les parois du vase poreuxx devait d’ailleurs pouvoir être électrolysé. Je mis donc dans le vase poreux du nitrate d’argent et dans le vase extérieur une solution étendue de chlorure de zinc. Cette pile, zinc-chlorure de zinc, charbon-nitrate d’argent, est absolument inactive au repos. Le précipité de chlorure d’argent qui se forme dans le vase poreux est décomposable par le courant, et jamais le zinc ne se trouve attaqué.
- La force électromotrice d’un pareil élément est d’environ ivoltj5j autant que je me le rappelle. Si l’ont met de l’acide azotique dans le vase poreux, le nitrate d’argent est régénéré, et la force électromotrice est la même que celle de l’élément Bunsen. Mais il est arrivé que l’acide azotique décompose le chlorure de zinc et fait passer de l’acide chlorhydrique dans le vase poreux, qui précipite à la longue le nitrate d’argent. Rien de semblable n’a lieu avec la pile montée au nitrate d’argent pur. Malheureusement, ce sel est très cher et cette considération empêchera toujours de vulgariser cet élément. Une fois le nitrate d’argent épuisé, je le reconstituais en dehors de l’élément, mais cela n’empêche ni la première mise de fonds, iii les pertes subies dans les traitements.
- Entraîné par cette idée des piles à liquides précipitables, je parcourus tous les corps de la chimie qui peuvent donner naissance à des précipités.
- Je pensai à mettre le zinc en contact avec une base alcaline (potasse, soude, etc.) avec laquelle son oxyde formerait des zincates solubles et à placer dans le vase poreux des sels métalliques. Je constituai ainsi l’élément : zinc-soude, cuivre-sulfate de cuivre, qui depuis s’est appelé Pile Reynier. Je lui
- trouvai une grande résistance que je tâchai d’amoindrir en saturant les liquides de sulfate de soude, elle persista tout en s’affaiblissant un peu. M. Reynier, plus tard, la diminua encore en revenant au vase poreux en parchemin de M. Carré. Quant à la force électromotrice, M. Gaiffe et moi de mon côté avions trouvé environ 1 volt ; 5. je ferai remarquer en passant qu’à l'époque où ont eu lieu ces expériences, M. Gaiffe était le seul constructeur en France qui livrait des galvanomètres gradués en volts et en webers, et il me prêta à cette occasion fort obligeamment ses étalons.
- Je constituai un couple analogue en prenant toujours : zinc-soude et charbon-perchlorure de fer. Ce couple nous donna parfois une force électromotrice égale à avolts^; c’est le plus fort que j’aie vu. Je reviendrai sur ces expériences.
- Je fus bientôt obligé de renoncer aux solutions alcalines. La résistance du couple allait en augmentant chaque jour, ce que j’attribue à la carbonatation de la solution de soude par l’acide carbonique de l’air. Ce carbonate, au contact de l’acide du vase poreux, dégage des bulles gazeuses qui, en se logeant dans les pores du vase, en augmentent considérablement la résistance.
- D’un autre côté, le zinc s’effeuillait de lui-même dans la solution de soude. M. Reynier a sans doute surmonté ces difficultés puisqu’il ne les a pas signalées.
- Quoi qu’il en soit, je poursuivis ces expériences au Collège de France, et ce n’est que longtemps après leur début que je les signalai dans une courte note à l’Institut.
- J’essayai également le couple : zinc-soude, char-bon-acide azotique, qui a une fo.rce électromotrice plus grande que le Bunsen. De plus, recouvrant le vase poreux de la petite cloche en verre dont j’ai parlé, je faisais absorber les vapeurs rutilantes par la solution alcaline, ce qui rendait le couple sans odeur. J’ai repris récemment l’étude de ce couple qui pourra rendre des services dans certaines circonstances, et dont je ferai connaître bientôt les constantes et le rendement thermo-chimique. Je m’étends un peu sur les différentes expériences que je poursuis depuis près de quatre ans sur les piles, quels qu’en aient été les résultats. J’avoue que ceux qui étaient pour moi les plus intéressants n’auraient pas paru tels à des financiers, et inversement ; mais ceux de mes lecteurs qui ont le bonheur de goûter les joies et les déceptions de la recherche purement scientifique savent que cet ordre d’idées préoccupe médiocrement l’homme de laboratoire. Certaines de ces expériences sur lesquelles je n’ai plus aujourd’hui le temps de revenir, pourront peut-être, en d’autres mains, donner des résultats pratiques, et c’est pourquoi je les rapporte avec détail.
- {A suivre.) Dr a. d’arsonval.
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- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Une nouvelle application de la Balance d’induction de M. Hughes. — Opération du président
- Garfield.
- Nous avons déjà décrit la balance de M. Hugues dans le numéro du i5 septembre 1879 de ce journal, p. 107, et nous avons vu qu’elle se composait de deux paires de bobines superposées, montées sur deux tubes de même diamètre, et reliées ensemble de manière à constituer deux circuits séparés, l’un, dit inducteur, sur lequel sont interposés une pile et un interrupteur de courant animé d’un mouvement assez prompt pour produire un son continu, l’autre, dit induit, correspondant à un téléphone. Quand les deux paires de bobines sont bien équilibrées, et qu’on place dans les tubes, à hauteur de l’intervalle séparant les bobines de chaque système, deux pièces métalliques exactement semblables, aucun son n’est perçu dans le téléphone, mais il n’en est plus de même si l’une des pièces est retirée, et on peut mesurer, au moyen d’un sonomètre, la valeur de la perturbation d’équilibre qui est alors effectuée. Des effets analogues sont produits quand on approche la pièce de l’un des systèmes, suivant l’axe de son tube, et l’on reconnaît que les sons du téléphone sont en rapport avec l’éloignement de la pièce. En dehors de l’axe du tube, les sons s’affaiblissent également, et d’autant plus qu’ils en sont plus écartés.
- Supposons maintenant qu’une balle soit introduite dans le corps d’un homme, et qu’on ne puisse découvrir l’endroit où elle s’est logée, comme cela a eu lieu pour le Président des Etats-Unis d’Amérique : on peut comprendre que si on pouvait appliquer sur son corps une balance du genre de celle dont il vient d’être question, et qu’on pût y promener en différents points l’un des systèmes de bobinés, il arriverait un moment où ce système, se trouvant dans le voisinage de la balle, donnerait signe de la présence de celle-ci par des sons téléphoniques, et ces sons téléphoniques acquerraient leur plus grande intensité au point de la surface du corps qui serait la ;plus rapprochée de la balle. De plus, on pourrait reconnaître à quelle distance de ce point elle serait logée, en présentant au-dessus du second système de bobines, une balle de même nature, et en l’approchant ou l’éloignant jusqu’à ce que le téléphone ne donnât plus aucun son. Dans ce cas, en effet, les deux balles, exerçant sur les deux systèmes de bobines les mêmes effets, doivent se trouver dans les mêmes conditions, et la distance de la balle d’épreuve à la bobine d’induction la plus voisine, donne celle de la balle enfoncée, depuis le point où elle se trouve
- jusqu’à la surface du corps. Tel est le principe de l’appareil qui a été mis à contribution dans l’opération qui vient d’être faite tout dernièrement sur la personne du Président des Etats-Unis, et qui a parfaitement réussi, comme viennent de nous l’apprendre les journaux américains.
- Ce qui est curieux, c’est que cette application, qui a été conçue par M. G. Bell, a été le résultat d’effets électriques successifs. C’est, en effet, une dépêche télégraphique, transmise par le câble transatlantique à M. Preece par M. Bell, qui a indiqué à M. Hughes l’emploi que l’on voulait faire de sa balance ; c’est également le télégraphe qui a indiqué la disposition que l’on devait donner à cette balance pour ce genre d’application, et c’est l’électricité qui a indiqué au chirurgien le lieu précis où était logée la balle. Certes, le Président des Etats-Unis, s’il en réchappe, devra brûler un fameux cierge en l’honneur de l’électricité et de ses grands-prêtres, MM. Bell, Preece et Hughes. Voici maintenant comment la balance de Hughes doit être disposée pour ce genre d’application.
- Au lieu d’être fixées sur une même tablette, les deux paires de bobines sont séparées, bien que réunies par un petit câble de longueur invariable constitué par les fils des deux circuits. L’une de ces paires de bobines est fixe sur un support rigide; l’autre est mobile, et, avant l’expérience, elles doivent être parfaitement équilibrées au moyen du téléphone. Dans ces conditions, le déplacement du système mobile ne peut entraîner de perturbations électriques que quand il est influencé par un corps conducteur, et ce n’est, par conséquent, que quand ce système, appliqué successivement sur les diverses parties du corps, se trouve dans le voisinage de la balle, que des sons se font entendre ; il suffit alors de le déplacer peu à peu tout autour de ce point, pour circonscrire de plus en plus l’emplacement et le fixer définitivement. On a vu ce qu’il restait ensuite à faire pour mesurer la profondeur à laquelle a pénétré le projectile.
- Timbre à enregistreur électrique.
- Il est souvent utile, soit pour un bureau de poste, soit pour une maison de commerce, de savoir le nombre de lettres, imprimés, brochures, etc., expédiés dans un temps donné. Jusqu’ici on s’est contenté, pour cette vérification, de compter ces objets avant l’expédition ; mais cette manière de procéder est fort longue et ennuyeuse, et, d’autre part, elle n’est pas sûre, car la personne qui compte est exposée à se tromper. C’est pour remédier à ces inconvénients que MM. H. Ferguson et H.-R. Kempe ont imaginé une disposition très simple par laquelle la numérotation se fait automatiquement. Comme les lettres ou imprimés sont toujours marqués, soit du timbre du bureau de poste expéditeur, soit du
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- timbre de la maison de commerce qui les envoie, MM. Ferguson et Kempe ont eu l’idée de compter les objets en comptant le nombre de coups de timbre donnés. Pour cela, les objets à timbrer sont placés sur un petit pupitre à ressort. Chaque coup de timbre abaisse la planchette de ce pupitre et produit un contact électrique. Par suite de ce contact, le courant passe dans un compteur électrique ordinaire, dans lequel quatre cadrans indiquent respectivement les unités, les dizaines, les centaines et les milles. Chaque passage de courant fait avancer d’une division l’aiguille des unités, et, si l’on a eu soin, en commençant, de mettre tous les cadrans au zéro, la lecture directe du compteur donne le nombre des lettres timbrées.
- Quelquefois MM. Ferguson et Kempe placent le contact à ressort, non plus sous la planchette du pupitre, mais dans le support du tampon à encrer. Dans ce cas, le contact se produit chaque fois que l’on encre le timbre. Cette disposition nous semble moins sûre que la première, car souvent le timbre peut imprimer deux fois sans être encré de nouveau, et il en résulte que le nombre des contacts ne correspond pas forcément au nombre des lettres timbrées. Si toutefois l’on ne considère que le premier dispositif, l’appareil est fort ingénieux et pourra certainement rendre des services.
- MM. Ferguson et Kempe ont également imaginé un timbre de forme ordinaire dans le manche duquel se trouve un compteur mécanique ; mais nous ne nous étendrons pas sur cet appareil, qui n’est plus du domaine des applications de l’électricité.
- De l’aimantation des barreaux d’acier.
- L’emploi fréquent qu’il avait à faire d’aimants énergiques dans plusieurs appareils électriques, et notamment pour les téléphones, a conduit M. Trouvé à rechercher une méthode de fabrication permettant d’obtenir des aimants puissants et toujours identiques les uns aux autres. Ses recherches ont porté sur trois points : obtenir un moyen de reconnaître le meilleur acier pour fabrication des barreaux aimantés; déterminer le degré de trempe le plus convenable ; choisir le procédé d’aimantation le plus simple et le plus pratique. Il a d abord essayé un grand nombre d’aciers, non seulement de provenance différente, mais encore, pour chaque provenance, de qualité ou de numéro différents. Après les avoir tous coupés de longueur, il les a aimantés, et il a mesuré leur force portante; puis, ensuite, il les a trempés de la même manière et de nouveau aimantés.
- Leur force portante mesurée après cette nouvelle aimantation lui a permis de reconnaître : i° que les meilleurs aciers au point de vue de la fabrication des barreaux aimantés étaient ceux d’Allevard, ce
- que l’on savait déjà, d’ailleurs; 20 que les forces portantes, déterminées après les deux aimantations, sont liées par une loi simple qui peut s’énoncer en disant qu’elles sont entre elles comme n : ni, c’est-à-dire que si la force portante due à la première aimantation est représentée par 2,3,4, la force portante due au magnétisme à saturation sera 4, 9, 16. Par ce procédé, il a pu facilement classer les aciers.
- En ce qui concerne la trempe, il a fait de nombreux essais et reconnu qu’une trempe .régulière était nécessaire. Comme il ne pouvait s’astreindre à faire lui-même cette opération, il a installé une mouffle chauffée par le moyen du gaz à une température parfaitement constante, et dès lors il lui a été possible d’opérer industriellement et de confier le travail de la trempe à un simple manœuvre.
- Quant au procédé d’aimantation en lui-même, il est simple et rapide. Les barreaux à aimanter sont placés dans deux solénoïdes juxtaposés, le circuit magnétique est fermé au moyen de deux plaques de fer doux et on fait passer le courant d’une pile du genre de celle de Vollaston, de 6 éléments.
- « En opérant ainsi, dit M. Trouvé, j’obtiens des aimants d’une force constante et relativement considérable. Mes aimants droits portent jusqu’à douze et même quatorze fois leur poids, et si l’aimant est recourbéen forme de fer à cheval, la charge peut êpre quadruple, c’est-à-dire quarante-huit à cinquantë-six fois son poids.
- « Des aimants dans ces conditions, munis de bobines ayant 120 mètres de fil n° 36 (10 centièmes de millimètres), dont la résistance est de 240 ohms, constituent, placés dans une enveloppe de bois durci, des téléphones Bell sensibles et puissants. »
- Une curieuse application de la galvanoplastie.
- Le docteur Oré, de Bordeaux, à présenté, il y a quelque temps, à l’Académie de médecine de Paris, un cerveau conservé et recouvert électriquement d’une couche de cuivre. Voici comment a été faite cette préparation. Les circonvolutions ayant été bien dégagées, on a introduit entre elles des mèches de coton destinées à les tenir séparées, puis on a conservé la pièce pendant un mois dans l’alcool à 90°, jusqu’à ce qu’elle acquière la consistance voulue. Le cerveau a été alors plongé dans une solution alcoolique de nitrate d’argent (100 grammes par litre d’alcool) et séché à l’air; puis on l’a t ansporté dans une atmosphère d’hydrogène sulfuré. Le nitrate s’est transformé en sulfure conducteur de l’électricité et toute la surface a pris une teinte foncée. Au bout de 20 minutes, le cerveau a été exposé à l’air pendant un quart d’heure, puis relié au pôle négatif d’un bain de galvanoplastie, où il s’est cuivré de la manière ordinaire.
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- FAITS DIVERS
- Au Puy, on signale un effet bizarre produit par le fluide électrique. La foudre est tombée jeudi dans cette ville sur la maison du sieur Vianninc, jardinier, rue de la Gazelle, faubourg Saint-Jean. Elle a pénétré au deuxième étage, et, de là, elle est descendue au premier en enlevant des plâtras et des fragments de pierre entre le plafond et le mur; puis elle a détaché une certaine quantité de plâtras du mur, à un mètre au-dessous du plafond, a projeté de l’autre côté de la chambre plusieurs bols, tasses, verres, casseroles, et enfin a ouvert sans l’endommager un placard, exactement comme aurait pu le faire une personne munie d’une clef.
- Dans sa dernière séance, le Conseil municipal du Havre s’est occupé de l’importante question des mesures à prendre» contre l’incendie dans les théâtres de cette ville, il a été donné lecture d’un rapport sur les travaux qu’il y aurait lieu d’exécuter au Grand-Théâtre pour prévenir, autant que possible, des catastrophes comme celle de Nice. Il a été conclu à l’adoption, entre autres améliorations, d’une meilleure distribution des appareils d’éclairage, soit par le gaz, soit par l’électricité.
- Nous apprenons, dit 1 ’Eleclriciau de Londres, que le système d’isolation des fils de M. Brooks a donné, à l’essai, des résultats satisfaisants, entre Waterloo et Clapham.
- Éclairage électrique.
- Les chutes du Niagara,éclairées parla lumière électrique, attirent cet été une foule de curieux de tous les points des États-Unis et d’autres pays. De nouvelles machines viennent d’être installées pour augmenter l’effet de cet éclairage véritablement féerique. Le 6 juillet a eu lieu la première exhibition des nouveaux appareils. La lumière produite par l’électricité est maintenant assez forte pour atteindre la Chute du fer à cheval (Horseshoœ fait) et pour pénétrer les épaisses nuées produites par la vapeur d’eau. Les chutes américaines sont atteintes partout, et forment un magnifique coup d'œil. De nouveaux réflecteurs ont été placés de façon à projeter de forts rayons de lumière sur les rapides, juste au-dessus des chutes, qui ressemblent à une immense nappe de mercure ou de vif argent, le tout formant une incomparable illumination.
- Les journaux suédois annoncent que les principales rues et places de Stockholm vont être prochainement éclairées à la lumière électrique. Cette capitale, que sa situation pittoresque au milieu d’eaux magnifiques, vives et courantes qui la traversent de toutes parts, a fait surnommer la Venise du Nord, recevra les installations d’éclairage par l’électricité sur les deux ports du côté de la mer et du lac Mœlar, où a lieu un mouvement continuel de navigation, et sur la presqu’île sud où la ville proprement dite s’élève en amphithéâtre. Il est également question d’éclairer électriquement le théâtre et le beau palais du roi, édifice qui domine tout Stockholm.
- A Ipswich, capitale du comté de Suffolk, en Angleterre, les grands établissements de MM. Packard sont maintenant éclairés par le système Burgin, introduit par la Electric Lighting Supply Company de Londres, sous la surveillance de M. Kellingworth Iledges, ingénieur civil. Deux des lampes sont placées de manière à donner de la lumière aux navires qui déchargent le long des quais, et à permettre aux hommes de faire manœuvrer les grues sans l’aide du gaz ou de l’huile.
- A Anvers , l’éclairage électrique des Bassins secs vient de recevoir une nouvelle extension.
- La place de Metz est pourvue de tous les appareils nécessaires aux services de l’éclairage électrique et de la télégraphie optique. Le lieutenant-colonel von Ifrause vient d’inspecter cette place. Cet officier supérieur, qui est inspecteur de la télégraphie militaire allemande, a fait exécuter ces jours-ci, devant lui, toute une série d’expériences de télégraphie optique et d’éclairage au moyen de la lumière électrique.
- Depuis quelque temps on se sert, en Angleterre, de la lumière électrique dans les fêtes sportives organisées le soir; par exemple, dans les jeux de paume, de polo, de croc-kct. C’est ainsi que samedi dernier le Ranelagh-Club a terminé son dernier match de polo à l’aide d’un éclairage par l’électricité.
- UIndian Daily News contient la description suivante de l’éclairage d’une manufacture de coton, appartenant à MM. Mackinnon, Mackenzie et Cie, à Garden-Beach, Calcutta : * Les lumières furent allumées à la tombée de la nuit, et continuèrent à brûler pendant quelque temps avec une fixité marquée et un grand éclat. La lumière, dans les salles, est propre à toutes les diverses manipulations du soufflage, du filage, de l'enroulement, de l’emballage, etc. La lumière est admirablement réfléchie, dans plusieurs ateliers, par la blancheur du coton, où l’on peut découvrir les moindres taches ou points. Une machine de 20 lumières est actionnée par une machine placée dans un atelier, et une autre machine également de 20 lumières est mue à l’aide de l’arbre moteur de la machine principale; quelques-unes des lumières de chaque machine sont placées dans chaque salle dans toute l’étendue des trois étages de l’usine. De cette façon, s’il arrive un accident à l'une des machines ou moteurs, il y a encore assez de lumière dans les salles pour les besoins ordinaires, et les lumières d’une seule machine serviraient à réparer l’accident survenu à l’une ou à l’autre machine pendant la nuit. Les machines tournent à une vitesse de 1.200 révolutions à la minute, et la force requise pour les 36 lumières n’est que d’environ 28 chevaux de force nomi-, native, chaque lumière représente l’intensité d’environ 40 becs de gaz, ou de 5oo candles-étalons ; les 36 lumières de l’usine représentent donc la puissance d’environ 18.000 candies, et la réflexion des murs blancs et du coton dans les manufactures empêche qu’il ne se perde de la lumière. Des réductions considérables ont été obtenues dans les prix par candie; chaque lumière d’environ 5oo candies de force coûte actuellement, y compris le combustible et le service, moins de deux annas par heure. On emploie des globes opalins, hermétiquement clos.
- Téléphonie.
- La « United Téléphoné Company », de Londres, vient de publier la seconde édition de sa liste d’abonnés, qui va jusqu’au 20 juillet. Cette liste est classée d’après les professions et métiers auxquels appartiennent les abonnés. Dans la préface de l'édition, il est dit que la Compagnie compte actuellement, à Londres, plus de mille abonnés, et que les appels sont, en moyenne, de six mille par jour. Elle s’est arrangée avec le Post-Office pour relier trois de ses bureaux avec le département des postes et télégraphes à Saint-Martin’s-le-Grand, de sorte que des messages peuvent être remis à des personnes non abonnées ayant leur centre d’affaires à une faible distance du Post-Office, en échange d’une somme de 3 pences pour vingt mots. Ils peuvent de même être expédiés à n’importe quel point du Royaume-Uni aux prix ordinaires fixés pour les télégrammes.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. —(495)
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- La Lumière Electrique
- journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivicnnc, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MON GEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI (3 AOUT 1881 N» 39
- SOMMAIRE
- La machine rhéostatique de M. Planté (2• article); M. du Me-nul. — Recherches sur les piles (6e article); A. D’Arsonval. — Durée des courants induits (io" article); R. Coulin. — Les lampes Werdermannj F. Géraldy. — Etudes sur le microphone (q° article) ; DT Boudet de PAris. — Revue des travaux récents en électricité : Robinet électrique; transformation, transfert et emploi de l’énergie. — Accumulateur au peroxyde de manganèse. — Une pile à l’iode. — Correspondance : Lettre de M. Deprez. — Lettre de M. Neyreneuf. — Faits divers.
- LA MACHINE RHÉOSTATIQUE
- De M. G. PLANTÉ.
- 2" article (Voir le numéro du 6 août).
- Les étincelles de la machine rhéostatique peuvent charger des condensateurs tels que des batteries de Leyde, et comme l’électricité, dans ces générateurs, est en plus grande quantité que dans les machines ordinaires, on peut les charger plus promptement. Ainsi une batterie de 4 bocaux se charge en quelques instants ; il faut seulement, pour éviter que la batterie se décharge. partiellement lors de l’association des condensateurs en surface pendant la rotation de l’appareil, qu’on laisse un intervalle de 1 à 2 centimètres entre l’un des pôles de la machine et l’une des armatures, et charger en laissant éclater chaque étincelle de charge, comme on le fait avec les bobines d’induction.
- Les étincelles de cette machine sont quelquefois d’un jaune beaucoup plus vif que les étincelles ordinaires. C’est surtout quand on ferme le circuit de tension de la machine par une petite bouteille de Leyde de très petite surface (formée par un long tube de verre épais) qu’une seule étincelle est plus que suffisante pour charger à saturation, et dont l’armature extérieure est composée de deux anneaux métalliques séparés par un intervalle de 1 centimètre environ. On voit alors se produire des aigrettes entre le premier anneau de cette armature et la tige en rapport avec l’armature intérieure, et c’est dans l’espace compris entre l’armature intérieure et le
- second anneau qu’apparaissent les étincelles jaunes dont il est question. M. Planté croit que ces étincelles sont le résultat d’une décharge imparfaite à travers le verre et de l’action électro-chimique qui en résulte et qui a pour effet une inflammation du sodium entrant dans la composition du verre.
- On obtient encore des étincelles colorées en rouge en les faisant traverser un condensateur à lame isolante d’ébonite très mince. Quand il est percé, les étincelles deviennent rouges et se présentent sous la forme de flammes sortant des deux côtés du trou du condensateur ; elles sont vraisemblablement le résultat d’une combustion.
- La lumière produite par l’étincelle des machines rhéostatiques dans des tubes de Geissler ne présente pas généralement de stratifications ; elle remplit tout le tube et ne présente pas un aspect différent aux deux pôles ; mais si l’étincelle est condensée, la lumière produite au pôle positif est entourée d’une auréole ou d’une frange d’un rouge vif.
- M. Planté a voulu se rendre compte de la quantité d’électricité statique fournie par la pile dans un temps donné et du travail chimique correspondant ; il a eu, pour cela, recours à une méthode très ingénieuse qu’il décrit dans son livre, et qui lui a montré que l’action de la pile primaire sur la batterie secondaire, pendant i5 secondes, correspondait à la pro-ductio 1 de 10.800 étincelles dans le vide ; d’où il résulte que l’action de la pile pendant une seconde était re 'résentée par 720 étincelles ou, en d’autres termes, que la durée de la production d’une étincelle correspondait à une durée d’action de la pile primaire de 1/720 de seconde. D’autre part, M. Planté a reconnu, en introduisant un voltamètre dans le circuit primaire, que la charge prise par la batterie et rendue par la machine rhéostatique sous forme de ces 10.800 étincelles, correspondait à une consommation de 18 milligrammes de zinc dans la pile primaire. Il s’ensuit donc que la dissolution ou le dépôt de 1 milligramme de métal peut être accusé par la production de 600 étincelles environ de la machine rhéostatique ou, ce qui revient au même, que la production d’une étincelle correspond à la consommation de 1/600 environ de milligramme de métal de la pile primaire.
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- M. Planté fait remarquer que, par ce procédé, on aurait un moyen, en prenant pour unités des étincelles électriques, d’évaluer soit de très petites quantités de matière métallique dissoute ou déposée par voie électro-chimique, soit de très courts intervalles de temps. « Il est permis de conclure de mes expériences, dit M. Planté, que les faibles effets statiques de tension, manifestés directement par les pôles d’une pile d'un grand nombre d’éléments, ne doivent pas être considérés, ainsi qu'on l'avait cru tout d'abord, comme indépendants de l’action électro-chimique produite par la pile; qu’ils correspondent au contraire à une dépense électro-chimique réelle, très minime sans doute, mais qui 11 est pas absolument nulle, alors meme que le circuit semble ouvert et- qu'il s'agit d’une seule étincelle donnée avec l’rlectroscope condensateur ou bien d’une •simple attraction ou répulsion. »
- La machine rhéostatique.peut donner aussi des effets statiques de quantité qui diffèrent notablement de ceux de tension, en maintenant tous les condensateurs associés en surface et en y adjoignant un autre petit commutateur spécial, destiné à recueillir les décharges, sans mélange avec les effets de la batterie secondaire. Ce commutateur, qui est longuement décrit dans l’ouvrage de M. Planté, est tellement disposé, que les condensateurs de la machine, après s’être chargés en quantité, se déchargent également en quantité aussitôt après que leur charge, par la batterie secondaire, a été effectuée.
- Les étincelles statiques de quantité, provoquées par une batterie secondaire de 400 à 800 couples, sont très courtes, et varient de 2/10 à 3/io de millimètre, présentant l’apparence d’un point très brillant, entouré d’une auréole de flammes, et projetant, sous forme de rayons, des particules arrachées aux électrodes. Ce genre d’étincelles, tout en offrant une grande analogie avec l’étincelle d’induction, présente quelques caractères particuliers. Ainsi, l’auréole est beaucoup plus développée, surtout à la partie supérieure du point lumineux, et ne nécessite pas l'insufflation pour être visible. Elle forme une couronne de 8 à 10 millimètres de diamètre. Leur longueur est moindre que celle des étincelles d'une pile secondaire de 800 couples, et ne peuvent illuminer un tube de Geissler; mais, en revanche, elles sont très bruyantes, et leurs effets calorifiques très énergiques. Des lils de platine ou d’acier de oni,io à om,20 de longueur et de 1/10 à 1/20 de millimètre de diamètre peuvent être rougis ou fondus, alors que les plus longues étincelles de tension les traversent sans produire un échauffement sensible.
- Quant aux effets mécaniques produits par ces sortes d’étincelles, ils méritent que nous nous y arrêtions un peu, car ils peuvent expliquer quelques effets de vibration qui ont été observés dans certains genres de transmissions téléphoniques, notam
- ment dans le thermophone de M. Preece et le radiophone. Ils sont relativement très énergiques, et on pourra le reconnaître par les expériences suivantes :
- i° Si on fait passer les étincelles que nous venons de décrire à travers un voltamètre rempli d’une solution saline, dont le pôle négatif est une baguette deWollaston, voltamètre que de longues étincelles traverseraient silencieusement, ce passage est accompagné d’un bruit très fort, semblable à une petite explosion. L’effet mécanique produit est si énergique que le vase même du voltamètre se déplace et avance sur son support; le verre entre en vibration, et si l’on fait tourner rapidement le commutateur, il en résulte un roulement de sonnerie très intense. En disposant les communications de manière que la batterie secondaire agisse en même temps sur le voltamètre pàr l’intermédiaire d’un contact imparfait, des interruptions continues se produisent spontanément, et le roulement devient automatique. Un rythme quelconque, donné à ces interruptions, se répète avèc une grande intensité dans le voltamètre, et, suivant M. Planté, il serait peut-être possible de tirer parti de ce fait dans la téléphonie ;
- 2“ Les effets d’ascension successifs de l’eau que M'. Planté avait signalés en employant des décharges continues d’origine semi-dynamique, semi-statique, se reproduisent avec les étincelles statiques de quantité par une succession de saccades ou de chocs brusques, d’autant plus rapprochés que les étincelles se succèdent plus rapidement, et l’appareil devient alors un véritable bélier rhéostatique ;
- 3° Le passage du courant de quantité de la machine rhéostatique dans des fils de platine très fins (de 1/20 de millimètre de diamètre), donne lieu à des effets mécaniques tellement remarquables, qu on peut y voir, non seulement les éléments d’une vibration, mais encore en distinguer les nœuds.
- Nous représentons dans la figure ci-dessous les différents aspects que présente alors le fil. « Dès qu’on tourne la machine, dit M. Planté, on voit d’abord apparaître, sur toute la longueur du fil (om,40 environ) et à des distances semi-régulières, des plis à angles vifs formant comme une série d’accolades. Le fil qui était à demi-tendu se relève, et passe de la forme a b à la forme a' b'. Ces angles semblent presque régulièrement opposés de distance en distance ; cependant, on en ;voit souvent deux ou trois consécutifs tournés dans le même sens.
- « Si l’on continue de faire tourner la machine, après avoir toutefois rapproché les pinces entre lesquelles le fil est fixé, afin qu’il ne se tende pas au point de se rompre; de nouveaux plis apparaissent autour des angles déjà formés, et le fil prend la forme a"b". Si on le raccourcit de manière à le réduire à om,iode longueur, il rougit au blanc en offrant des
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- angles très nombreux-jet des sinuosités tellement accentuées, qu’il présente l’aspect d’une étincelle électrique continue, qopime on le voit en a!"b"‘. Dans ce dernier cas, il se trouve raccourci, après l’expérience, au point d’avoir perdu 5 à 6 millimètres sur une longueur de io centimètres.
- « Il y a lieu de remarquer que si le fil de platine est neuf et écroui par le travail de la filière, et s’il n’a pas été préalablement rougi-directement par un courant ou une source calorifique quelconque,il se prête beaucoup moins facilement àla formation de ces nœuds de vibration. Cela montre: que le courant doit exercer une lutte avec la cohésion moléculaire pour produire le phénomène. » ; •
- D’après les études de M, Planté, les distances de ces nœuds de vibration ne dépendent pas de la vitesse de rotation de la machine, mais seulement de la tension du courant, et l’amplitude de ce genre de vibrations longitudinales augmente à mesure que cette tension diminue.
- Pendant toute la durée du phénomène, on entend autour du fil un bruit ou un craquement analogue à celui d’une étincelle qui se produirait dans le fil lui-mème, bien que ce fil ne présente aucune solution de continuité.
- « Ce bruit produit dans le fil sans l’intervention d’aucune action électro-magnétique, dit M. Planté, est important à considérer. Il ne peut être dû qu'à Vébranlement moléculaire résultant du passage du courant de la machine qui a pour effet de déterminer de très brusques contractions et distensions de la matière des corps qu’il traverse.
- « Ce phénomène montre qu’un effet mécanique correspondant doit se produire dans la matière isolante des condensateurs qui sont ici la source du courant traversant le fil; de même que les effets calorifiques ou chimiques qu’on observe dans le circuit extérieur d’une pile, ne sont que la reproduction de ceux qui se passent à l’intérieur de la pile elle-même. Telle serait donc aussi la cause des bruits ou des sons que fait entendre un condensateur au moment de sa charge et de sa décharge.
- « En même temps que le fil subit ces vibrations, d’apparence longitudinale, dont l’effet est permanent, et reste visible, il en éprouve d’autres transversales, d’une très grande amplitude, qui l’agitent fortement.
- « Les vibrations longitudinales sont un effet mécanique du courant, et ne doivent point être attribuées à sa nature discontinue, car si on fait passer dans le même fil le courant direct delà batterie secondaire, rendu discontinu par le même commutateur fonctionnant alors comme un simple interrupteur, on ne constate aucun changement dans la forme permanente du fil. Les vibrations d’apparence transversale résultent, au contraire, de l’effet calorifique produit par le courant alternativement établi et interrompu, car, si on fait passer dans le fil le courant de la batterie rendu discontinu, comme précédemment, ces vibrations se manifestent, quoique moins fortement, toutefois, qu’avec le courant de la machine rhéostatique. Dans ce dernier cas, l’effet calorifique est produit très brusquement et cesse de même, par les décharges successives des condensateurs. Il en résulte que le
- fil s'abaisse en ^ s’échauffant, et se relève en se refroidissant, et s’agite fortement sous l’influence du passage du courant.
- « Le fil devient très cassant à la suite du passage du courant, et si l’expérience dure plus de deux minutes, il finit
- toujours par se rompre spontanément.
- « Les phénomènes que nous venons de décrire sont de nature à jeter quelque jour sur le’ mode de propagation de l’électricité. Les vibrations moléculaires révélées par les nœuds formés dans un fil métallique, par le bruit perçu et par un changement notable de sa cohésion, sous l'influence du passage du courant dynamo-statique que nous venons d'étudier, doivent se produire à un moindre degré dans les corps conducteurs traversés par les courants électriques de moindre tension. Ces vibrations peuvent être trop faibles pour être perceptibles, mais elles n'en sont pas moins réelles.
- « Nous croyons donc pouvoir en conclure que le mouvement électrique doit se propager dans les corps à la manière du mouvement mécanique proprement dit, par une série de vibrations très rapides de la matière plus ou moins élastique qu’il traverse. Ces faits peuvent également être rapprochés de ceux que nous avons observés lorsqu’un courant de haute tension débouche au-dessus de la surface de l’eau et que celle-ci, entrant en vibration, présente une série de figures lumineuses remarquables, rap*
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- pelant celles des plaques vibrantes dans les expériences d’acoustique.
- « On trouve donc dans ces phénomènes de nouvelles analogies entre le mouvement électrique et le mouvement vibratoire sonore, qui est lui-même un mouvement mécanique de la matière pondérable. »
- Comme on le voit, la théorie des vibrations moléculaires, que nous avons toujours soutenue, fait son chemin tous les jours, et il viendra un temps où l’on sera tout étonné qu’on nous ait regardé comme très hardi de l’avoir soutenue.
- Pour terminer ce que nous avons à dire sur la machine rhéostatique deM. Planté, nous ajouterons qu’elle est réversible, c’est-à-dire que si, au lieu de faire passer dans la machine rhéostatique un courant d’électricité dynamique, pour obtenir des effets d’électricité statique, on la met, au contraire, en relation avec une source directe d’électricité statique, telle qu’une machine électrique, ou avec une autre machine rhéostatique en action, on obtient des indices de la transformation inverse, c’est-à-dire des traces d’électricité dynamique. Dans ce cas, les pôles de tension de la machine rhéostatique sont mis en relation avec la source d’électricité statique, et les pôles de charge qui aboutissent à la pile communiquent avec un galvanomètre. Si le commutateur de la machine est maintenu au repos et dans une position telle que tous les condensateurs se trouvent associés en tension, la machine les charge en tension; mais quand on tourne le commutateur, les décharges s’effectuent en quantité, et le galvanomètre accuse par un mouvement brusque, dans un sens déterminé, le courant dynamique produit par ces décharges. Toutefois, comme l’ensemble des condensateurs à lame isolante très mince représente une grande résistance, le courant de quantité qui est produit ne peut être que très faible, mais.il est manifeste, et on voit dans cette expérience une preuve de plus que la plupart des appareils destinés à la transformation des forces sont susceptibles de réversibilité. tii. du monced.
- RECHERCHES SUR LES PILES
- 6e article. (Voiries n01 des 2 et 23 avril, 27 et 30 juillet, lOaoûl).
- L’on sait qu’au bout d'un temps plus ou moins long de fonctionnement, la pile à acide nitrique dégage en abondance des vapeurs rutilantes. Est-ce de l’acide hypoazotique? ou bien seulement du bioxyde d’azote qui, au contact de l’air, se changerait en acide hyponitrique?
- Pour résoudre la question, voici comment j’ai disposé l’expérience : après avoir placé le prisme de charbon de cornue dans le vase poreux, je remplis ce dernier de sable fin jusqu’à 3 centimètres du bord environ, je plonge à la partie supérieure un
- bout de tube de verre de 5 centimètres de longueur dans le sable, de façon que son extrémité supérieure dépasse le vase poreux de i ou i centimètres.. Ce tube de verre a environ i centimètre de diamètre.
- Cela fait, je finis de remplir le vase poreux avec de la paraffine liquide ou simplement de la cire à bouteille, et je laisse refroidir jusqu’à ce que le liquide soit solidifié.
- Je n’ai plus alors qu’à renverser le vase poreux, le sable sort par le tube de verre, et le vase poreux se trouve hermétiquement clos par un bouchon inattaquable aux vapeurs acides. Le tube de verre permet de remplir le vase poreux d’acide azotique, et sert en même temps de tube abducteur pour recueillir les gaz qui se dégageront dans le vase poreux lorsque le couple sera mis en action.
- On ajuste sur le tube de verre un tube de caoutchouc qui amène les gaz dégagés dans une éprouvette pleine de mercure ou de pétrole, corps inattaquables par les oxydés inférieurs de l’azote.
- Le gaz ainsi recueilli se rend dans l’éprouvette sans avoir été au contact de l’air. On constate, par l’analyse chimique, que ce gaz rouge orangé est formé d’acide hypoazotique pur.
- Les choses se passent ainsi avec de l’acide azotique concentré à 36° Baumé, tel qu’on l’emploie d’ordinaire pour monter la pile. Il en serait tout autrement si l’acide azotique était dilué, comme nous en aurons l’explication tout à l’heure.
- Ainsi donc, dans l'élément Bunsen ordinaire, l'acide azotique ne cède à l'hydrogène- naissant qu'un seul équivalent d'oxygène et se transforme en acide hypoazotique.
- Le courant reste constant tant que la richesse de l’acide azotique n’est pas tombée au-dessous de 3o° Baumé. On peut encore, à la rigueur, l’employer jusqu’à ce qu’il marque 28 degrés. Mais, au-delà, le courant devient absolument irrégulier. et l’élément rond, cité plus haut, qui, jusqu’à 3o degrés donnait, pendant plusieurs heures, de 12 à i5webers ne peut plus en donner que 6 ou 7, et encore très irrégulièrement.
- Ces observations nous permettent de déduire la quantité d’acide azotique qu’on use pour un équivalent de zinc qui se dissout dans l’élément.
- L’acide ordinaire du commerce, vendu pour 36 degrés Baumé, contient en moyenne 45 pour 100 d’acide azotique anhydre AzO3. On l’utilise, avons-nous dit, jusqu’à ce qu’il marque 28 degrés environ, lorsqu’on veut un courant d’une certaine énergie, comme pour la lumière électrique, par exemple.
- L’acide azotique, arrivé à 28 degrés Baumé, contient encore 32 pour 100 de AzO3, qui sont perdus pour la pile, et qu’on jette d’ordinaire, dans les laboratoires.
- On n’utilise donc, en réalité, que i3 grammes d’acide azotique anhydre sur 100 grammes d’acide
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- du commerce, et même moins. En effet, le titre de l’acide azotique baisse pour deux raisons : la première parce que le courant en détruit; la seconde, parce que l’absorption de l’hydrogène produit de l’eau qui. dilue l’acide restant. Cette quantité de i3 pour 100 est donc un maximum.
- Un kilogramme d’acide-du commerce à 36 degrés fournit donc i3o grammes d’acide azotique utile-Or, cet acide utile ne cède, comme nous l’avons vu' plus haut, qu’un seul équivalent d’oxygène, puis1 q u’il se dégage de l’acide hypoazotique AzO\ soi 19 grammes d’oxygène ou à peu près 2 équivalents et demi d’oxygène pour un kilogramme d’acide.
- Ces 2 équivalents et demi d’oxygène absorbent un nombre égal d’équivalents d’hydrogène qui correspondent eux-mêmes à la dissolution de 2 équivalents et demi de zinc, soit 8igr,25 de zinc.
- Forçons les chiffres pour avoir le meilleur emploi possible de l’acide azotique, et mettons 100 grammes pour le zinc, et nous arrivons à cette conclusion que, pour obtenir avec la pile Bunsen un courant énergique et constant, il faut dépenser au moins dix fois plus d’acide azotique à 36 degrés Baumé que de zinc.
- Pourtant, dans tous les calculs qui ont été faits relativement à la pile Bunsen, on ne tient compte surtout que de la dépense du zinc. •
- Quant aux prix, ils sont à peu près les mêmes pour l’acide azotique et pour le zinc, de 70 à 80 centimes le kilogramme. Je ne compte pas l’acide sulfurique, qui est presque sans valeur.
- J’ai calculé la dépense pour le cas où l’on veut un courant énergique; mais, dans les cas les plus favorables, jamais la dépense d’acide azotique ne peut diminuer de façon à7 représenter en poids moins de cinq à six fois celui du zinc.
- On voit que ce qui augmente considérablement la dépense, c'est que l’on jette l’acide azotique alors qu’il a encore presque les deux tiers de sa valeur pour d’autres opérations qui n’exigent pas sa concentration.
- Quelle est maintenant la quantité de zinc qui se dissout dans l’élément par heure et par weber? Pour éliminer toute hypothèse, j’ai fait expérimentalement ces déterminations en pesant le zinc avant, fermant le courant sur le galvanomètre deswebers, et pesant le zinc après une heure de fermeture du courant.
- L’acide azotique était assez concentré à la fin de l’opération (32 degrés Baumé) pour que le courant fût resté constant durant toute l’expérience. Voici quelques expériences prises au hasard parmi celles que j'ai faites :
- Zinc brûlé pendant 1 heure.
- 26 grammes 24
- 18
- 19
- Intensité du courant correspondant.
- 20 webers
- 18
- i5
- 14
- Zinc brûlé par weber et par heure.
- I gr., 3o 1 gr., 3o 1 gr., 20 1 gr., 35
- ce qui donne pour moyenne des quatre expériences
- igr-, 295 de zinc brûlé dans la pile par weber, et par heure.
- La loi de Faraday donne igr.; 2i5, on voit que la concordance est satisfaisante. Les écarts, qui sont presque toujours en -plus, tiennent très probablement à une attaque du zinc par l’eau acidulée, malgré l’amalgamation et en dehors de l’action électrique.
- Quant à l’acide azotique correspondant dépensé, voici ce qu’il a été, pour le cas où on a brûlé 18 grammes de zinc. Le vase poreux contenait au début 35o grammes d’acide azotique à 36° Baumé ; après l’opération, l’acide marquait 31 degrés seulement. Il avait subi une perte d’environ 8 pour 100 d’acide anhydre, soit 38 grammes d’acide anhydre environ pour les 18 grammes de zinc, nombres qui sont à très peu près dans le rapport des équivalents
- , . . 32,5
- du zinc et de 1 acide azotique •
- Pour résumer ces données fournies par l’expérience directe, je dirai :
- i° L’acide azotique ne cède qu’un équivalent d’oxygène servant à la dépolarisation, et il se transforme en acide hypoazotique. •*
- 20 Si on prend de l’acide à 36» Baumé, c’est-à-dire contenant 45 pour 100 deAz Os anhydre, il peut servir pour les courant énergiques jusqu’à ce qu’il marqué 28° Baumé ; il contient encore 32 pour 100 d’acide anhydre que l’on jette. On n’utilise dans ces conditions que i3 pour 100 en poids de l’acide acheté, soit i3o grammes par kilogramme.
- 3° Il en résulte que, dans ces conditions, le poids de l’acide dépensé est au moins .le décuple de celui
- du zinc brûlé.
- 40 Dans les meilleures conditions, c’est-à-dire lors qu’on ne demande à la pile qu’un courant peu énergique, la dépense d’acide azotique est au moins 4 ou 5 fois plus forte que celle de zinc, tant en poids qu’en argent.
- Mais l’acide azotique se délivre encore par endosmose, par le transport qu’effectue le courant et qui est connu sous le nom de phénomène de Porret ; ce qui en augmente d’autant la dépense.
- En résumé, l’on voit que ce qui coûte cher dans la pile Bunsen, ce n’est pas le zinc, mais bien l’acide azotique.
- Maintenant, pourquoi l’hydrogène naissant réduit-il l’acide azotique concentré à l’état d’acide hypoazotique et non de bioxyde d’azote? La raison en est simple, elle tient à l’action du bioxyde d’azote sur l’acide azotique concentré.
- L’hydrogène naissant réduit bien l’acide azotique à l’état de bioxyde Az Oh Mais ce bioxyde d’azote ne peut subsister en présence de l’acide azotique concentré en vertu de la réaction suivante :
- Az O2 + 2 Az Os = 3 Az O4.
- C’est une expérience bien connue, que l’on réalise dans les cours de chimie en faisant passer un cou-
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- rant de bioxyde d’azote dans une série de flacons contenant de l’acide azotique à divers degrés de dilution. L’acide azotique fumant se colore en brun ; l’acide à 40 degrés Baumé se colore en jaune; celui à 36 degrés Baumé se colore en vert bleuâtre ; enfin celui qui marque seulement 20 degrés Baumé reste incolore et n’est plus décomposé par le bioxyde d'azote. Conclusion : si l’acide azotique ne marquait que 20 Baumé, il céderait 3 équivalents d’oxygène au lieu d’un seul, et il se dégagerait du bioxyde d’azote et non de l’acide hypoazotique.
- Mais alors, le courant devient faible et inconstant, comment tourner la difficulté? C’est ce que j’exposerai dans un prochain article.
- Dr A. d’aRSONVAL.
- DURÉE DES COURANTS INDUITS
- 10e article (voir les numéros des Ie1' juillet, i5 août, ior et 16 octobre 1880. — i5 et 22 janvier,
- 5 et 12 mars, 6 août 1881).
- Ce que j’ai expliqué précédemment me semble démontrer avec quelque apparence de certitude que les phénomènes électriques, lumineux ou calorifiques sont dus à (ou produisent eux-mêmes) une modification de la forme primitive de l’atome matériel, modifications qui réagissent à l’infini les unes sur les autres, tour à tour cause ou effet, puissance ou résistance, entretiennent dans l’univers la vie et le mouvement dont elles sont à la fois l’origine et la fin.
- Quelle peut bien être cette forme primitive de l’atome supposé soustrait à toute cause pouvant l’influencer d’une manière mécanique, électrique, calorifique ou lumineuse?.... Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de répondre actuellement à cette question, parce qu’aucune preuve directe ne peut être fournie, mais, cependant, en remarquant que nos ellipses polarisées redeviennent des cercles quand la cause polarisante disparaît, il n’est pas impossible d’admettre que dans l’état de repos dynamique l’atome, ou plus exactement le groupe mes qui se trouve sur la dernière limite de la perception humaine, celui, parexemple, qui sert de point de ' départ à un centre de cristallisation, soit la sphère.
- En effet, il n’y a que cette forme qui possède tous les points de sa surface à égale distance du centre ; tous ses diamètres sont forcément égaux, c’est pour ainsi dire une forme neutre. Les corps qui la possèdent sont toujours en équilibre stable, quel que soit leur point de contact, quand ils sont déposés sur un plan horizontal. Un liquide soustrait à la pesanteur prend la forme sphérique, et il faut 1 intervention de forces étrangères pour la transformer en ellipsoïde (expériences de Plateau) ou en polyèdres quelconques ; mais l’intervention de cette force étrangère, c’est précisément l’entrée en scène, avec un rôle tantôt actif, tantôt passif, de la cha-
- leur, de la lumière, de l’électricité et du travail mécanique.
- Or, ces facteurs ne nous font jamais défaut, et si nous voulons un exemple, la cristallisation nous le donnera. Aussitôt le premier groupe d’atomes solidifié, il doit y avoir induction entre le liquide et le nouveau corps solide, d’où, résulte une polarisation du sphéroïde primitif ayant pour conséquence sa transformation immédiate en un polyèdre quelconque, dont la forme restera constante malgré son accroissement, tant que la forme polarisante restera constante; mais si elle vient à changer, la forme, elle aussi, changera.
- Ceci me paraît expliquer pourquoi un corps peut sç cristalliser en deux ou trois formes cristallines incompatibles; c’est que chacune d’elles exprime un rapport différent entre les tensions calorifiques, lumineuses ou électriques des eaux mères (jouant le rôle d’un inducteur) et celui du cristal déjà formé (jouant le rôle d’induit) se traduisant matériellement par un changement dans la valeur des angles sous lesquels se déposent les molécules cristallisantes. Enfin, une fois les cristaux formés, si par compression ou extension, échauffement ou refroidissement, on tient à modifier les rapports des longueurs des axes, il y a encore dégagement de chaleur, d’électricité et même de lumière.
- Partout les preuves abondent pour démontrer que la chaleur, la lumière et l’électricité d’une part, le travail mécanique de l’autre, ne sauraient se concevoir sans une déformation corrélative de la matière.
- Quittons maintenant ces considérations générales pour ne plus nous occuper que de la transformation du mouvement mécanique en électricité, et revenons à nos cercles induits et inducteurs transformés en ellipses.
- On a comparé avec juste raison l’anneau magnétisé à deux piles montées en opposition ; tant qu’il n’y a pas d’arc conjonctif entre les pôles, l’électricité y est à l’état statique, et la force absorbée est celle strictement nécessaire pour maintenir la tension entre les doubles pôles dont la charge, ne s’épuisant pas, n’a pas besoin d’être renouvelée. Comme dans ces conditions les machines qui nous occupent ne sont pas utilisables, il n’y a pas intérêt à insister.davantage sur ce cas.
- Il est plus intéressant de considérer les pôles de la machine quand ils sont réunis par un conducteur extérieur. L’ensemble se présente alors à nous sous l’aspect général suivant. D’un côté, nous voyons arriver sans cesse de l’énergie mécanique ; de l’autre, il sort également sans cesse de l’énergie électrique. Dans la masse même de la machine, là où s’opère la réaction, nous constatons divers mouvements de la matière et une certaine production de chaleur. Comment s’opère cette transformation des énergies?
- Là encore se' dresse une des nombreuses barrières infranchies par la science ; espérons qu’elles
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- ne sont pas absolument infranchissables, et que l’avenir, demain peut-être, les verra disparaître ; mais en ce moment le phénomène nous échappe, et nous ne pouvons qu’en constater les effets. Cependant, il-en sort un enseignement; c’est qu’on ne peut plus considérer la chaleur, la lumière et l’électricité comme étant des fluides impondérables spéciaux, ou même comme étant des vibrations particulières de ce qu’on appelle l'éther.
- Les fluides et l’éther ne sauraient trouver place dans la théorie de l’équivalence des énergies physique , théorie qui est forcément vraie, parce que l’esprit la conçoit comme étant une des conséquences fatales'de l’ordre universel. Nier cette équivalence, c’est faire reculer la physique de deux siècles, c’est porter atteinte au « Rien ne se perd, rien ne se crée » de l’immortel Lavoisier, et donner au monde matériel le hasard pour grand maître et le chaos pour fin.
- /Les énergies physiques ne peuvent donc se concevoir que comme étant des vibrations de la matière, c’est-à-dire qu’elles sont simplement des mouvements moléculaires de la matière.
- La transformation s’opère évidemment de molécule à molécule, mais les données scientifiques sur la constitution des corps sont encore trop vagues pour pouvoir nous servir de base.
- Lorsqu’on fait l’expérience de Foucault, qui est en quelque sorte le point de départ, le cas le plus simple de la transformation de la force mécanique en chaleur, sans intervention de frottement matériel, on n’est pas maître d’augmenter ou de diminuer la quantité de chaleur qui s’emmagasine dans l’anneau.
- Il n’en est plus de même si on applique sur le disque ou anneau tournant, un dispositif quelconque permettant de conduire hors de cet anneau une fraction quelconque de ce qui s’y accumule. C’est là le rôle des bobines. Elles sont de véritables organes extracteurs réfrigérants qui soutirent continuellement à l’anneau une portion de son calorique et le font circuler dans les fils conducteurs sous forme d’électricité. En faisant varier la quantité extraite, on peut donc régler et diriger, pour ainsi dire, la température de l’induit.
- L’anneau induit est donc le siège des phénomènes suivants, qui résument son rôle électrique :
- i° L’anneau nu tourne devant un électro-aimant actif. Il se déforme. — Il absorbe de la force mécanique. —- Il dégage -de la chaleur qui s’emmagasine dans sa propre massé.
- 20 L’anneau est recouvert de bobines.
- Premier cas. — Les bobines sont réuuies toutes entre elles. Elles absorbent une certaine quantité des vibrations accumulées dans l’anneau, les transforment en vibrations électriques d’après les lois de l’induction. Malgré la rotation, elles acquièrent une polarité dont l’axe est invariable par rapport aux aimants inducteurs. Au bout de très peu de temps,
- les pôles sont saturés statiquement; alors le phéno mène se continue pour l’anneau nu par un accroisse-sement de température qui n’a de limite que celle que lui impose l’équilibre entre la production et la diffusion du calorique par les surfaces.
- Deuxième cas. — Les bobines sont réunies par un conducteur interpolaire d’une résistance variable à volonté.
- Il y a absorption continuelle des énergies calorifiques de l’anneau par les bobines, pour rétablir la tension, qui, sans cela, disparaîtrait par suite de la présence du conducteur interpolaire. •— L’extraction s’opère continuellement, et il s'établit bientôt
- N
- un réglage, un équilibre mobile entre l’énergie mécanique qui finit, l’énergie électrique qui commence et la température du milieu où la transformation s’opère.
- Tout ceci est facile à vérifier avec les machines Gramme ou Siemens, en ayant soin d’agir avec prudence pour ne pas produire des échauffements dangereux.
- Je crois bon de faire remarquer cependant que, quand on fait tourner une machine Gramme à vide, on n’observe pas un accroissement de température, ce qui semble contredire le premier cas du paragraphe 2. Cette contradiction n’est qu’apparente, et elle disparaît si on réfléchit que, dans ces conditions, les électro-aimants sont inactifs. Pour réaliser l’expérience, il faut faire deux circuits, l’un comprenant une source d’électricité animant les électros, l’autre comprenant uniquement les bobines fermées sur elles-mêmes. Dans ces conditions, si on fait tourner l’induit, il s’échauffe.
- L’action réfrigérante des bobines ne s’opère pas instantanément, elle exige un certain temps pendant lequel le point P (fig. ci-dessus) a le temps de se transporter en P' (angle «). Mais toute action suppose une réaction; or, il est facile de voir, par les lois ordinaires de l'induction, que le courant développé dans l’induit tend à diminuer ceux qui circulent dans l’inducteur, et à affaiblir son action générale.
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- Si, par suite de l’augmentation de vitesse, le temps de la transformation des énergies, que j’ai désigné sous la dénomination générale de « Durée des courants induits », était devenu égal à celui employé par. la machine pour faire une demi-révolution, la réaction deviendrait égale et de sens contraire à l’action : il n’y aurait plus de courant.
- Il ne nous reste plus maintenant qu’à comparer les effets produits par la durée des courants induits dans les machines à courants alternatifs et dans les machines à courants continus.
- Si le lecteur veut bien se reporter au numéro du i5 août 1880, fig. 1), il verra que, dans les machines à courants alternatifs, les pôles changent un grand nombre de fois pendant la durée d’une rotation, et que le courant passe, par suite, très rapidement de’ zéro à un maximum positif, pour revenir à zéro, atteindre un maximum négatif, revenir à zéro, etc., etc., tandis que, dans une machine à courant continu, cette même succession n’a lieu qu’une fois par tour complet. En outre, l’inversion du courant ne se transmet pas au conducteur extérieur, parce que les balais collecteurs jouent aussi le rôle de commutateurs, les bobines changeant de balai au moment même où le courant qu’elles produisent change de sens.
- La vitesse angulaire étant la même, on voit que si on applique aux machines à courants continus le raisonnement que j’ai développé pour les machines à courants alternatifs (voir les numéros du i5 août 1880 et suivants), la superposition des courants de sens contraires ne peut avoir lieu que si on donne aux machines une vitesse absolument impossible à réaliser en pratique.
- Si on examine la manière dont naissent et sont recueillis les courants dans les machines à courants continus, on voit que la durée des courants induits se réduit à un déplacement de l’axe des maxima, dont on peut corriger, et dont tous les constructeurs corrigent les effets, en faisant faire aux balais collecteurs un angle avec les lignes neutres ou polaires, suivant que les machines recueillent les courants sur l’une ou sur l'autre.
- CONCLUSIONS
- i° Les machines alternatives et les machines continues ont une vitesse limite, au delà de laquelle les courants produits se neutralisent de plus en plus.
- 20 Cette vitesse limite est celle qui convient pour faire rendre aux machines la plus grande somme d’électricité.
- 3° En pratique cette vitesse limite peut être atteinte et même dépassée dans les machines alternatives. Elle ne l’est jamais dans les machines continues.
- 40 Dans les machines alternatives, la plus grande somme d’électricité est obtenue quand le courant
- précédent cesse de s’écouler au moment précis où le courant suivant prend naissance (voirie diagramme, numéro du i5 août, fig. 2 et 3).
- 5? Dans les machines continues cette plus grande somme d’électricité correspond à une certaine valeur de l’angle a (fig. ci-dessus) variable avec chaque machine.
- CONSÉQUENCES
- Dans les machines à courants alternatifs, il y a intérêt à diminuer la vitesse et à augmenter la masse, surtout si elles sont destinées à donner des courants de tension.
- Les machines à courant continu doivent être légères et à grande vitesse, afin de pouvoir, donner tout à la fois de la quantité et de la tension, parce que, grâce au peu d’influence que la durée des courants induits exerce sur leur rendement, il faut mieux obtenir la tension par un accroissement de vitesse que par une diminution du diamètre et un allongement du fil induit.
- Je crois que l’on obtiendrait un notable perfectionnement dans le rendement de ces machines qui, pour moi, représentent la meilleure solution du problème de la transformation de l’énergie mécanique en énergie électrique, si on diminuait leurs dimensions et si les constructeurs portaient tous leurs soins à les munir de tourillons et de godets graisseurs réunissant à un haut degré la solidité, la douceur au frottement, la résistance à réchauffement, etc.,etc., pour permettre de lancer leurs machines à des vitesses de 3.ooo à 4.000 tours et plus à la I minute sans avoir rien à redouter des résistances passives.
- C’est même peut-être dans la construction de ces petites machines légères et rapides que se trouve la vraie solution du problème de la division de la lumière électrique, principalement dans les ateliers de filature et de tissage, où il est très facile d’en établir une sur chaque métier. Elle serait occupée toute la journée à charger un accumulateur qui rendrait pendant les quelques heures de veillée une lumière puissante, même après l'arrêt du moteur (*) de 1’établissement, et là seulement où on en a besoin. raimond coulon.
- LES LAMPES WERDERMANN
- On ne saurait croire, à moins de l’avoir vu par soi-même, ou mieux encore à moins de l’avoir appris par son expérience propre, ce qu’il en coûte
- (*) Plusieurs industriels, qui sont venus me consulter pour appliquer la lumière électrique dans leurs ateliers, ont attaché une importance capitale à cette condition: « Continuation de la lumière pendant un certain temps après l’arrêt complet des moteurs. » Quelques-uns même en font une ondition sine qua non.
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- (fig. i.) Salle de l'Atheneum, 17, rue des Martyrs, éclairée par la lumière Werdermann
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE •
- de travail, de déceptions et de dépenses, pour amener à l’état pratique une invention déjà théoriquement et même expérimentalement accomplie. Les essais de laboratoire les mieux conduits, les plus prolongés, diffèrent encore de la pratique journalière et usuelle par une foule de difficultés, très petites individuellement, excessivement graves par leur nombre et leur masse; on se heurte aux problèmes les plus ridicules d’apparence, et l’on dépense des sommes étonnantes de temps et d’ingéniosité à les résoudre.
- La lampe Werdermann en est un assez ancien
- exemple; il y a deux ans, nous signalions déjà les essais publics si intéressants de ce système ; nous estimions qu’avant peu on le verrait mis en usage; l’y voici en effet, mais presque deux années ont dû être consacrées à ces soins de perfectionnement pratique.
- La lampe est cependant restée essentiellement la même : un crayon de charbon est poussé contre un bloc de même matière ou contre un butoir métallique ; il passe à peu de distance de son point de butée, entre deux mâchoires métalliques qui lui apportent l’électricité, en sorte que la longueur par-
- (fig. 2.) Installation des'macliines pour l’ürlairago de l’Atheneum.
- courue par le courant est comprise entre le bloc et les mâchoires, disposition qui a pour double effet d’éliminer les résistances inutiles, tout en délimitant nettement la longueur où l’incandescence peut se produire. Toutes les pièces produisant ces effets ont dû être l’objet d’essais prolongés et de modifications nombreuses; il a fallu, en effet, obtenir pour le charbon une marche régulière sans pression exagérée; pour les mâchoires, un serrage suffisant pour le contact sans entraver le défilement du crayon; pour le butoir..., que sais-je? Pour tout dire, il faudrait raconter, je le répète, le travail persévérant de deux années. A ces travaux, la lampe a gagné les qualités de solidité, de simpli'v’,'é oui sont indispen-
- sables à un appareil pratique. Il faut songer,'en effet, que dans l’usage courant un système doit passer dans bien des mains, bien souvent maladroites, quelquefois médiocrement bienveillantes; il faut qu’il marche malgré tout. La lampe Werdermann paraît avoir atteint ce degré, et il ne semble pas qu’elle ait dû le payer par l’amoindrissement de ses mérites théoriques ; elle a les qualités, et aussi les inconvénients, que nous lui connaissions il y a deux ans.
- La lumière est incontestablement une des plus belles, sinon la plus belle de celles que nous avons vues parmi les foyers présentant une intensité notable. Aussi les possesseurs de ce système n’ont-
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- ils pas hésité à le produire en public dans des conditions que presque aucun des systèmes anciens, je le crois, n’ont abordées sans péril. Ils ont constitué l’éclairage d’une salle aménagée en théâtre, dçmt ils ont fait le lieu d’essai et d’exposition de leur lumière. Cette salle qui avait porté le nom d’Atheneum comprend une scène, des loges, une galerie ; on y a placé des tableaux, des tentures. L’aspect de l’éclairage que nous représentons (fîg. i) a été jugé d’un avis unanime extrêmement satisfaisant.
- On y a. montré l'extinction et le rallumage à
- volonté, faciles dans ce système, ce que ne comporte pas la bougie Jablochkoff ; on y a produit des effets de graduation de la lumière dans de grandes proportions à l’aide de résistances convenablement introduites, effets interdits aux bougies ainsi qu’aux régulateurs.
- A côté de ces avantages, la lampe a sps défauts ; bien que très fixe, il arrive à sa lumière de varier légèrement lorsque l’extrême pointe du charbon incandescent vient à se rompre, au lieu de se consumer régulièrement; cela est rare d’ailleurs, et sera sans doute évité en faisant usage de charbons
- (Fig. 3). Ateliers de réparation de la salle de l’atheneum.
- d’une préparation très soignée, que l’on travaille en ce moment, à ce qu’il paraît. L’inconvénient est du reste secondaire; un défaut plus grave tient à ce que la lampe, présentant peu de résistance, demande des courants d’une grande intensité, ce qui entraîne l’emploi de câbles d’une assez forte dimension. En échange, elle peut faire usage de machines à courant continu, comme les lampes à incandescence, dont elle se rapproche par divers côtés ; il est vrai qu'elle se contente également bien des machines à courant alternatif, qu’on lui adjoint maintenant fréquemment, la fabrication fournissant ces appareils dans des conditions plus commodes pour
- l’installation de services considérables. Nous donnons ( fîg. 2) l’aspect de la salle des machines desservant l’éclairage de la salle de l’Atheneum, on verra aisément que, dans l’ensemble, il se trouve à la fois des générateurs à courant continu et à courant alternatif.
- Pour achever de donner l’idée de l’établissement important qui a été créé en cet endroit, nous joignons (fîg. 3) la représentation de l’atelier où se préparent les pièces des lampes; .inutile de faire remarquer que ces divers locaux sont naturellement éclairés par la lumière électrique.
- Une longue pratique n’a pas encore permis de
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- décider si la lampe Werdermann est un appareil à arc voltaïque ou si l’arc n’y existe pas : au fond c’est encore là, comme la bougie Jablochkoff dont j’ai parlé récemment, une solution mixte.
- Il y a contact entre les deux charbons, en sorte que le conducteur incandescent est continu, ce qui rapproche la lampe des appareils à incandescence; mais ce contact est excessivement léger et se fait sur une pointe aiguë, en sorte que le conducteur presque discontinu ne doit probablement pas suffire à l’écoulement de tout le courant, et qu’il doit se former sinon un arc, au moins une sorte d’aigrette lumineuse. De ce côté, la lampe a quelque analogie avec les régulateurs. J’ai dit et je répète que ces solutions intermédiaires ont pour avantage d’esquiver les grosses difficultés qu’entraînent les solutions tranchées, elle n’atteignent pas sans doute à la perfection de la solution théorique, mais elles fournissent des systèmes d’un très bon usage et dont les avantages pratiques seront peut-être longtemps hautement appréciables.
- FRANK GÉRALDY.
- ÉTUDES SUR LE MICROPHONE
- 9° article. — (Voir les n°‘ des 23 et 3o avril, 14 et 21 mai, ' 18 et i5 juin, 6 et 9 juillet.)
- Dans nos deux derniers articles sur la « Dérivation » , nous avons montré que cette méthode augmente considérablement les effets micro-télé-phoniques, sans cependant donner des résultats à beaucoup près aussi satisfaisants que l’emploi des courants induits.
- Or, nous avons cherché et trouvé un moyen qui permet d’agir sur les récepteurs avec ces deux ordres de courants à la fois, ce qui augmente d’autant le rendement du téléphone. Mais, pour que les avantages de ce nouveau système soient plus facilement appréciables, le lecteur nous permettra de résumer en peu de mots, et sous forme de problème à résoudre, quelques-unes des expériences déjà citées.
- Supposons que nous ayons à transmettre la voix sur une ligne de 5oo kilomètres, représentant par conséquent 5.oco ohms de résistance.
- Les appareils dont nous disposons sont :
- i° Un microphone à boules d’une résistance égale à 20 ohms, et qui, sous l’influence de la voix, subit une diminution moyenne de 2 ohms ;
- 2“ 12 éléments Leclanché, nouveau modèle, dont les constantes sont, pour chaque élément :
- E = i,s, R = 2;
- 3° Une bobine d’induction dont le gros fil = 1 ohm et le fil fin = 3oo ohms.
- Quelle méthode et quelle disposition devrons-nous adopter pour obtenir un résultat maximum?
- Si nous voulons utiliser le courant direct, nos éléments étant disposés en une seule série, l’intensité du courant, au poste récepteur est I = o,oo3568 we-ber pendant le repos du transmetteur, et devient T = 0,003570 pendant son fonctionnement. La variation d’intensité qui active le téléphone égale donc seulement 0,000002 weber, et, de plus, elle est positive, c’est-à-dire de même sens que le courant de la pile.
- Or, nous avons déjà vu que, pour f aire parler le téléphone, il fattt, pratiquement, une variation minima de un cent-millième de weber. Dans le cas présent, l’effet téléphonique peut donc être considéré comme à peu près nul, puisque la variation n’atteint que deux millionnièmes de web'er.
- Essayons la dérivation.
- Les extrémités du circuit de ligne sont reliées aux deux pôles de la pile, lesquels communiquent, d’autre part, avec le microphone, selon la disposition indiquée schématiquement dans la figure de la page 25, n° 28. La variation d’intensité, négative, devient V = 0,000093 weber, c’est-à-dire presque un dix-millième de weber. Aussi la voix, sans être encore bien forte, est-elle du moins facilement perceptible, puisqu’elle a près de dix fois la valeur minima exigée.
- Ainsi, avec la même pile et le même circuit, il a suffi de placer notre microphone en dérivation pour augmenter quarante-six fois et demie l’intensité de la variation, et cette augmentation relative serait encore plus considérable si la résistance du circuit était elle-même plus grande, comme nous l’avons déjà démontré.
- Toutefois nous croyons qu’il y a, dans le fait même de la dérivation, encore autre chose que l’augmentation indiquée par le calcul. Dans un article paru dans le numéro 14 de ce journal, nous avons essayé de prouver que, lorsque la dérivation est faite au moyen de, bobines, l’enroulement du fil sur ces bobines détermine, à chaque variation de résistance, un extra-courant dont la tension varie avec la longueur et le diamètre du fil et avec le nombre de ses tours de spires. De nombreux faits d’expérience nous font penser que, dans le cas de la dérivation simple sans bobines ni enroulement de fil, il se produit aussi des extra-courants de faible tension, il est vrai, mais qui sont cependant capables de franchir des résistances considérables. Nous mentionnons simplement cette idée à titre d’hypothèse, pour le moment; nous étudions le fait, et d’ici peu, nous consacrerons un article spécial à ce sujet.
- Revenons à notre problème. Le courant direct ne nous donne aucun résultat pratique ; avec la dérivation, nous commençons à bien entendre; essayons maintenant les courants d'induction.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- Ici, nous avons le droit de modifier la disposition de nos éléments, de façon à diminuer la résistance intérieure de la pile, et nous adoptons le groupement en quatre séries réunies en tension, chacune de ces séries étant composée de trois éléments en quantité. D’après la formule bien connue de M.' le comte du Moncel, l’intensité du courant qui traverse le microphone .et le gros fil de la bobine, doit-être, pendant le repos de l’appareil :
- 12 x i,5
- 4x2 + 3 a (20 -+- 1)
- et
- l/ =
- 12 >< i,5
- 4 X 2 + 3 x (18 + 1)
- =: 0,2535 weber,
- = 0,2760 weber,
- /
- '*Vj-vv
- pendant son fonctionnement. La variation du courant inducteur égale, par conséquent, 0,0234 weber, et le récepteur, actionné par l’induit qu’engendre cette variation d’intensité, parle assez fortement pour être entendu à une certaine distance, malgré les 5.ooo ohms de résistance intercalés dans le circuit.
- Nous établissons ensuite une dérivation semblable à celle représentée dans la figure 4 de notre dernier article (p. 41 du numéro 29), c’est-à-dire en plaçant le fil inducteur et le microphone dans l’intervalle de dérivation. Le circuit dérivé (5o ohms) est relié aux deux pôles
- de la pile.; les deux extrémités du circuit à parcourir aboutissent aux extrémités du fil induit. Dans ces conditions, le courant inducteur a une intensité de 0,2421 weber, et la variation, un peu plus faible que dans le cas précédent, = 0,0225. L’avantage reste donc encore au courant induit sans dérivation sur l’inducteur.
- Mais il est de toute évidence que le récepteur sera encore plus excité si, à l’effet du courant induit, on peut ajouter l’effet de la dérivation. Voici la disposition que nous avons imaginée et qui nous permet d’obtenir cette association des deux ordres de courants. (Voir fig. ci-dessus).
- Le courant de la pile traverse le microphone M et le gros fil de la bobine d’induction B ; au point a, c’est-à-dire à l’entrée du courant dans le transmetteur, on attache le fil de ligne ; le fil de terre ou de retour est en communication avec l’une des extrémités de l’induit p, et enfin, l’autre extrémité de l’induit f est reliée en b au circuit primaire.
- De cette disposition résulte la formation de deux circuits dérivés aux points a et b; l’un véritable intervalle de dérivation, a M B b, formé par le microphone et le gios fil de la bobine; l'autre, circuit de
- dérivation, arTpp' b, formé.par le fil de ligne, le récepteur, le fil de terre ou de retour et le fil induit de la bobine.
- Voici maintenant ce qui se passe simultanément dans ces différents circuits chaque fois qu’une variation de résistance a lieu en M :
- i° La variation d’intensité qui a lieu dans le gros fil de la bobine fait naître dans le fil fin un induit qui, pour une direction donnée du courant primaire, suit le trajet : pT r a P bp’. Il est facile de s’assurer de la voie de retour principale suivie par ce courant en intercalant un téléphone entre P et b ; une certaine partie de ce courant peut cependant revenir par MB bp'. En conservant les données de notre problème, l’intensité du courant inducteur est calculée d’après la formule suivante :
- a E x (r 4- r"')
- I_aR
- a R / vrx(
- {r> + r") + (r + r1")
- )+0"
- + r") x (r + r"')
- dans laquelle a représente le nombre des éléments
- en tension, b celui des
- L_nr
- r
- éléments en quantité, R la résistance de chaque élément, r celle de la ligne, r' celle du microphone, r" celle de gros fil de la bobine et r'" celle du fil induit. La variation d’intensité (obtenue en diminuant de 2 ohms la valeur de r' dans la formule précédente) qui fait naître l’induit = 0,0234 weber ; elle est donc relativement considérable (aussi forte que lorsqu’il n’y a pas de dérivation) et il n’est pas étonnant que le téléphone soit déjà fortement excité par l’induit qui en résulte.
- 2° Une variation a lieu dans le circuit de dérivation a r Tp,p’ b, et, dans le cas actuel, l’intensité'de cette variation atteint 0,000012 weber. L’intensité de ce courant dérivé est donnée par la formule :
- I
- oEx(c' + /-")
- a Jt
- x( (r'-fr") + (r+r"')
- dans laquelle les lettres ont la .même signification que dans la précédente.
- 3° Un extra-courant naît dans le gros fil de la bobine et s’ajoute à l’effet des deux courants précédents en suivant le circuit b p' p T ra M.
- 40 Enfin, le courant dérivé traversant une bobine (fil induit), sa variation agit comme nous l'avons dit, en créant dans cette bobine un extra-courant qui s’ajoute encore à l’induit et à l’extra-courant du gros fil.
- En somme, le récepteur est actionné par trois
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- LA lumière électrique
- âoé
- courants de haute tension, capables tous les trois de franchir de grandes résistances :
- a le courant d’induction proprement dit.
- 6 l’extra-courant produit sur l’inducteur, y l’extra-courant produit par le courant dérivé sur le fil induit.
- Cette méthode de transmission est donc celle 'qui donne la meilleure solution. L’expérimentation confirme pleinement les prévisions théoriques; rien n’est plus facile d’ailleurs que de s’en rendre compte en remplaçant le microphone à boules par un microphone vertical de Hughes sur lequel on place une montre, afin d’avoir une variation toujours comparable; au moyen de commutateurs, on fait varier les différentes combinaisons des conducteurs téléphoniques avec la bobine et avec le courant primaire, et l’on peut ainsi suivre dans le récepteur la progression d’intensité qui résulte de l’addition des divers courants.
- Un autre avantage de ce système, sur lequel nous reviendrons d’ailleurs à propos des récepteurs, c’est qu’il permet d’employer le condensateur à la place du téléphone, sans que l’on soit obligé d’ajouter une pile sur le circuit de ligne. En effet, si l’on suppose un condensateur placé en T (voir fig. ci-dessus), on voit que les armures seront continuellement chargées par le courant dérivé, suivant ParT pour l’une et suivant Vbp'pT pour l’autre. A ce point de Vue, notre système réunit donc à lui seul les conditions des deux méthodes de M. C. Herz etdeM. Dunand, puisque le condensateur est actionné à la fois par la dérivation et par l’induction.
- {A suivre.) Dr m. boudet de paris.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Robinet électrique ; transformation, transport et emploi de l’énergie.
- M. Cornu vient de présenter à l’Académie des sciences, la communication suivante, de M. Caba-nellas qui nous a paru importante. Nous reproduisons sa note d’après les Comptes rendus, m#is nous espérons que l’inventeur jugera à propos d’exposer moins sommairement, pour le journal, son système automatique de distribution de l’énergie- par voie électrique.
- « La théorie et l’expérience s’accordent à établir l’imperfection essentielle et la portée restreinte des distributions d’énergie basées sur des transports réels de matière du lieu de production aux lieux de consommation de l’énergie (liquide ou gaz en pression) .
- « Les propagations électriques s’effectuant par acte moléculaire, en une durée pratiquement nulle,
- sont, en principe, infiniment moins matérielles et plus parfaites; il était donc rationnel de les utiliser dans cette voie.
- « Le nouveau théorème électrodynamique présenté à l’Académie des sciences, le 27 décembre dernier, me permet de donner une solution simple et complète du problème si intéressant des exportations ou importations et des distributions industrielles d’énergie, à toutes distances, automatiquement et par une canalisation unique. La présente communication a pour objet l’explication très sommaire de cette application.
- « Si nous restreignons l’énoncé du théorème au cas où l’un des deux débits électriques est toujours de même sens et proportionnel au temps, il en sera de même de l’autre débit considéré ; cela revient à dire qu’à une intensité définie, traversant une des deux machines, correspond une intensité également définie traversant l’autre machine. La seconde intensité peut, par construction, être inférieure, égale ou supérieure à la première. Nous pouvons donc établir des ensembles de deux machines, que nous numéroterons 1, 2, 3, ..., n, tels qu’à un même débit de D webers, dans la première partie de chacun de ces ensembles, correspondent respectivement des débits de 1, 2, 3, ..., n webers dans les secondes parties. Si nous animons tous ces ensembles par une même circulation mère de D webers, nous recueillerons dans chacun des circuits d’exploitation respectifs des débits qui, respectivement et par construction, seront à volonté de 1, 2, 3, ..., n webers, et cela, quelles que soient les variations exercées extérieurement sur les circuits d’exploitation comme résistances et comme forces électromotrices.
- « Chacun de ces n ensembles constitue donc un véritable robinet électrique à débit d’intensité distincte et constante.
- « Il est entendu que, afin de réaliser les meilleures conditions mécaniques, les deuxparties constitutives d’un robinet sont construites sur un même arbre géné râlement vertical, destiné à fonctionner ; c’est alors une sorte de cylindre fermé,d’aspect extérieur immobile, appareil complet, transportable et fournissant, sans changement de réglage, la régulation automatique du débit de chacune des applications exploitées.
- « Sans entrer dans les détails, il faut cependant remarquer que tout robinet alimenté par l’unique circulation mère.de même sens, peut, par construction, débiter soit des courants de même sens, soit des courants alternatifs à phases quelconques, avec cet avantage que les électro-aimants inducteurs des courants alternatifs peuvent facilement être excités par la circulation mère. Ainsi les nombreuses usines locales et leurs régulations distinctes, jusqu’à présent nécessaires pour l’éclairage électrique, par exemple, peuvent être remplacées par des robinets logés n’importé où, sans préoccupation-d’éclairage, d’aérage ou de points d’attache, dans le volume
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- JOURNAL UNIVERSEL ' D'ÉLECTRICITÉ
- 3Ô?
- strictement nécessaire à l’appareil. D’une façon générale, par un nombre quelconque de robinets branchés sur l’unique canal d’exportation, sous tous les modes dynamiques, quantité, tension, sens électriques, l’énergie, sous forme de lumière, son, chaleur, action chimique, puissance mécanique proprement dite, peut être distribuée localement, directement ou indirectement, avec réglage automatique, malgré les variations constamment facultatives des consommations locales d’énergie. Tous les réglages locaux, quel qu’en soit le nombre, sont ramenés à l’unique réglage de l’intensité mère dont ils sont la conséquence.
- « Au lieu d’exportation, l’énergie disponible est puisée, en quantité qui peut être constamment variable, et est lancée dans le canal sous forme de courant à force électromotrice variable et à intensité maintenue constante.. La source électrique se compose d’éléments dont chacun engendre, sous l’intensité de régime, une force électromotrice élémentaire disponible. Un relais électrique, que commande un variateur par débit, remplit la seule fonction, automatique, d’ouvrir ou fermer le circuit auxiliaire, et donner brusquement carrière, dans un sens ou dans l’autre, aux actions mécaniques correctrices de la force motrice, du nombre d’éléments-source et de l’appoint, jusqu’à ce que l’organe vigilant soit satisfait, c'est-à-dire que la tendance modificatrice de l’intensité mère soit corrigée. En résumé, au lieu d'exportation comme aux points de consommation, toutes les régulations sont automatiques et jouissent de cette importante et distinctive propriété, qu’à chaque instant l’énergie n’est prise et consommée qu’au prorata de l’effet utile à obtenir. Dans le cas où l’énergie à exporter est rendue disponible en un lieu par l’intermédiaire d’un moteur à vapeur, par exemple, actionnant une source dynamique d’électricité, non seulement le moteur et la force électro motrice résultante ne travaillent qu’en raison de l’énergie totale à dépenser utilement, à tout moment, mais, de plus, il n’est employé à tout mom'ent que le nombre d’éléments induits strictement nécessaires pour produire, à l’intensité de régime, la force électromotrice utile, à ce moment, pour assurer ce débit de régime. Il en résulte que les éléments induits de la source travaillent toujours dans leurs conditions de maximum de rendement, ou, en d’autres termes, que la résistance intérieure de la source est toujours minimum pour la force électromotrice utilement lancée dans le circuit canalisé.
- « Appelant i l’intensité de régime, R la résistance du canal, r celle d’un élément-source à force électromotrice disponible e p et E les éléments électriques récepteurs, le rendement relatif en travail disponible aux récepteurs est
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- UR + Sp)
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- Accumulateur au peroxyde de manganèse.
- Nous avions bien raison de le dire, tout le monde va inventer des accumulateurs en employant les piles ordinaires et en les chargeant en sens inverse du courant qu’elles envoient.
- Nous avons déjà décrit les accumulateurs de MM. Houston et Thomson, qui ne sont que des piles Callaud; aujourd’hui ce sont les piles de M. Leclanchéque M. Maiche a transformées en accumulateurs, et il paraît que depuis un an qu’il les emploie il en très satisfait. Il emploie pour cela le grand modèle à plaques de peroxyde de manganèse aggloméré avec du poussier de charbon. Il supprime, par exemple, la solution ammoniacale et lui substitue une solution d’eau acidulée. En chargeant 35 de ces éléments en quantité avec une petite machine Gramme, et la déchargeant en tension, comme le fait M. Planté, il serait parvenu à maintenir allumée une lampe à arc voltaïque pendant un temps assez long.
- Une pile à l’iode.
- A une des dernières séances de la Société Royale d’Edimbourg, dit l’Engineering, le professeur P.-C- Tait a décrit une nouvelle forme de couple constant imaginée par M. A.-P. Laurie. D’après le journal anglais, cette pile réunit la simplicité d’une pile à un seul liquide à la constance de la meilleure pile à deux liquides. Le liquide excitateur est une solution d’iode dans de l’iodure de zinc, et dans ce mélange, l’iode joue le rôle d’agent dépolarisant. Les deux lames sont formées, l’une de charbon, l’autre de zinc non amalgamé. Quand la pile ne fonctionne pas, on doit enlever le zinc pour empêcher les actions locales. Un essai fait à l’aide de l’éiectro-mètre de Thomson a donné pour la force électromotrice de cette pile une valeur de près d’un volt. La pile ayant été fermée sur elle-même, la force électromotrice était à peine diminuée au bout d’une heure. Cette pile a une certaine analogie avec celle de M. Doat.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- Permettez-moi quelques observations au sujet de la réponse de M. Ayrton, insérée dans le numéro du 3 août de La Lumière Électrique. Lorsqu’une application nouvelle de principes connus vient à se produire, il est toujours très facile de trouver dans le passé des inventions antérieures plus ou moins analogues, et à ce compte rien ne serait nouveau. C’est ainsi que M. Ayrton invoque des allusions qui auraient été faites par Sir William Thomson. Il parle ensuite de l’enregistrement des phénomènes variant rapidement, mais il me permettra de lui dire que, dans cette voie, je l’ai précédé depuis longtemps ; mes enregistreurs électriques, mes différents systèmes d’indicateurs de pression étaient tous la ma-festation de ce principe poussé jusqu’aux dernières limites, les uns datent de 1868, les autres de 1872. J’ai écrit dans nombre de publications antérieures aux mémoires cités (1877)
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- par M. Ayrton, qu’il était absolument nécessaire, dans tous les appareils destinés à l’étude des phénomènes très rapides, de solliciter les organes mobiles par des forces aussi grandes que possible par rapport aux masses mises en jeu, et dans mon déclanchement par frottement (analogue, mais bien antérieur à celui qu’a appliqué M. Ader) j’étais arrivé à imprimer à de petites masses des accélérations de deux cent mille mètres par seconde. Dans un indicateur de pression destiné à relever des diagrammes sur des machines très rapides, j’avais réduit la durée de vibration propre de l’attirail mobile à moins de i/iooo de seconde, etc.
- Mais ceci est accessoire, et je poserai à M. Ayrton la question suivante : Existait-il avant mon galvanomètre un instrument permettant de mesurer instantanément les courants intenses? Si oui, qu’il le fasse connaître. En tous cas, ce n’est certainement pas le sien. Et à cet égard, je ne puis m’empêcher de faire remarquer que si je m’étais avisé de publier après M. Ayrton la description de mon galvanomètre, (je parle ici du modèle le plus simple, construit par la maison Breguet, avec autorisation de M. Carpentier), il n’eut certainement pas trouvé le procédé de son goût.
- J’ajouterai encore qu'une des particularités de mon galvanomètre, qui est passée sous silence par M. Ayrton, consiste en ce que l’aiguille est en très bon fer, tandis que dans certains appareils antérieurs où les aimants jouaient un rôle directeur, on s’était évertué à conserver l’antique aiguille aimantée en acier. Il n’est pas nécessaire, je crois, d’expliquer à M. Ayrton pourquoi le fer est préférable.
- Quant à la modification que M. Ayrton a apportée aux circuits de mon galvanomètre, je la trouve ingénieuse, mais je ne saurais lui accorder l’importance qu’y attache son auteur. Je prouverai bientôt ici même que le champ magnétique d’un aimant, loin de varier continuellement et sans cause apparente, ainsi qu’il le suppose, est, au contraire, d’une stabilité et d’une constance au moins égale à celle d’un ressort en bon acier. Il n’est malheureusement pas possible d’en dire autant de la force électromotrice de la pile de Grove, avec laquelle M. Ayrton gradue le galvanomètre. En indiquant moi-même ce procédé (voir le numéro du 3o avril 1881 de La Lumière Électrique), j’ai pris soin d’indiquer le degré de confiance qu’il méritait, et je suis étonné de voir que M. Ayrton, qui se montre si sceptique à l’égard de l’invariabilité des aimants, ait une si grande confiance dans la permanence de la force électromotrice d’une pile comme, celle de Grove. J’ajouterai enfin que j’ai indiqué depuis longtemps le moyen de s’assurer à chaque instant de la constance du champ magnétique des aimants de mes galvanomètres, et cela sans avoir recours à une pile, ce qui — me semble-t-il — serait une question de principe.
- Veuillez agréer, monsieur le Directeur, l’hommage de mes sentiments les plus distingués. marcel deprez.
- A Monsieur le Directeur de La Lumière Électrique.
- Mon cher maître,
- Je lis dans le numéro 3o de La Lumière Électrique, p. 62, un extrait détaillé d’un travail de M. Iloltz, sur la flamme considérée comme électrode avec des charges d'électricité statique. J’aurais bien envie de reprendre M. Holtz sur certains points théoriques, comme aussi- sur l’ignorance la plus complète dans laquelle il paraît être relativement à un mémoire sur le même sujet, que j’ai publié dès 1872 dans les Annales de Chimie et de Physique; mais je m’en rapporte à vous pour sauvegarder les droits de chacun, et vous serez le 'meilleur juge pour décider ce-qu’il y a à faire en cette occasion .
- . Agréez, mon cher maître, l’expression de mon affectueux respect.
- NEYRENEUF.
- Professeur de Physique à la Faculté de Caen.
- FAITS DIVERS
- - — WAA.VUW
- Le chemin que suivent les cyclones dans l’hémisphère méridional est toujours du nord-est au sud-ouest, ou de l’est-nord-est à l’ouest-sud-ouest. En présence de ce fait, le commandant Bridet, ancien commandant du port de Saint-Denis, à la Réunion, a sollicité l’appui du gouvernement français pour relier cette île à Maurice par un câble télégraphique, de sorte que les cyclones puissent être annoncés télégraphiquement dix-huit ou vingt-quatre heures d’avance. Maurice est située à environ cent milles â l’est-nord-est de la Réunion, et, la distance étant si courte, l’incertitude qui s’attache à de tels avis en cas de tempêtes traversant l’Atlantique, en venant de l’Amérique, disparaîtrait. Comme preuve des avantages de son projet, le commandant Bridet rapporte que le 21 janvier, à six heures de l’après-midi, on savait à l’observatoire de Port-Louis, à Maurice, qu’un cyclone, dont le centre passait à £0 ou 60 milles au nord du port, atteindrait la Réunion le jour suivant, vers midi, et que Saint-Denis se trouverait juste sur le chemin de ce centre. A Saint-Denis, on â’enquérait avec inquiétude pour savoir si le cyclone passerait au nord ou au sud, et à quelle distance ; on pensait que le cyclone passerait probablement au nord; les navires restèrent, en conséquence, près du rivage, et là ils essuyèrent l’ouragan dans toute sa fureur. Si Saint-Denis avait reçu un avis télégraphique de Port-Louis, les navires auraient pu s’échapper au nord. Une autre raison, indiquée par le commandant Bridet, c’est que Maurice, la seule colonie anglaise qui ne soit pas reliée à l’Angleterre par un câble électrique, ne tardera probablement pas à cesser d’être une exception sous ce rapport, et, si le câble dont l’établissement est proposé entre ces îles était mis en place, la France aurait un moyen de communication rapide avec sa colonie.
- Le ministre des postes et des télégraphes vient de décider la création d’un certain nombre de bureaux de télégraphes en Tunisie.
- L’appareil télégraphique Hughes vient d’être essayé entre Antibes et la Corse. Il a donné sur cette ligne les meilleurs résultats.
- Dans un conseil tenu à Philadelphie, on a agité la question de la pose des fils télégraphiques et téléphoniques dans les égouts. Un certain nombre d’arguments ont été invoqués contre ce système. Les égouts de Philadelphie sont, a-t-on dit, trop petits pour que des ouvriers puissent y travailler en sûreté. L’humidité d’autre piirt forcera à employer des fils isolés au lieu de fils nus, et la pose nécessitera l’ouverture de nombreusés tranchées dans les voûtes. Enfin, l’on s’oppose encore à la pose des fils dans les égouts en raison de l’encombrement qui résultera au bout d’un certain temps du nombre croissant de ces fils.
- La Société générale des Téléphones (systèmes Édison, Gower et autres) annonce qu’elle opère la translation dé son bureau du q5, avenue de l’Opéra, dans un nouveau local situé même avenue, n° 27.
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- De même qu’à Lyon, des postes téléphoniques viennent d’être établis à Saint-Étienne, chef-lieu du département de la Loire. Ces postes relient entre eux les bureaux de police de la ville dans les cinq arrondissements. D’importantes maisons de Saint-Étienne, des fabriques de rubans, d’armes à feu, de quincaillerie, de verrerie, de coutellerie vont être également mises en communication par des téléphones dont la pose est commencée.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paria — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Electrique
- journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3« ANNÉE
- MERCREDI 17 AOUT 1881
- N" 40
- SOMMAIRE
- Que va faire le Congrès; Frank Géraldy. — L’électrolysc au point de vue des applications chimiques; A. Guerout. — Aspect général de l’exposition internationale de l'électricité; C. C. Soulages.— L’explorateur chirurgical, d’induction de M. Hugues; Th. du Moncel. — Revue : Différence, entre les effets qui se produisent dans les manœuvres des freins continus, suivant qu’ils sont mis en action par le vide, par l’air comprimé, la vapeur et l’électricité. — Lampe à arc voltaïque dans l’air confiné. — Modification de la pile Planté, par M. de Pegger. —Correspondance. — Faits divers.
- QUE VA FAIRE LE CONGRÈS ?
- 2° article (Voir le n° du 3o août).
- Depuis que, dans un premier article, j’ai émis l’idée de proposer la formation d’une commission internationale des mesures électriques, je suis heureux de pouvoir dire que j’ai rencontré, pour ce projet, une approbation très générale ; on se rend immédiatement compte de l’utilité, de la nécessité d’une institution de ce genre, seul moyen de créer et de mettre en usage un système de mesures précis et général. Je n’hésite pas à y revenir et à insister sur ce point, parce que jeleconsidère comme un desactes les plus utiles que le Congrès ait à accomplir, et j’ajoute que son intervention donnera à cette création des facilités extrêmes qu’on ne retrouverait pas. Étant déjà lui-même un corps international, issu de l’entente cordiale des divers gouvernements et des principaux corps scientifiques, le Congrès est naturellement désigné pour proposer la création dont il s’agit et la rendre rapide en donnant, avec l’idée, les grandes lignes et les moyens d’exécution.
- A ce propos, je dois dire un mot d’un point que j’ai négligé dans le premier article, et qui a cependant son importance, je veux parler de la langue et de la terminologie électrique. Il y a certainement là une certaine confusion; par exemple, les Anglais emploient les mots : intensity, quantity dans un autre sens que nous, les mots : intensité, quantité, ce qui
- amène des erreurs ; il faudrait bien aussi s’entendre sur les termes à employer pour désigner, par exemple, les montages d’éléments électriques, où l’on embrouille les mots : série, tension, quantité, surface, dérivation, multiple arc, etc., de façon à ne pouvoir quelquefois s’y reconnaître; on pourrait citer bien d’autres exemples. De plus, on fait usage de désignations certainement mal choisies; ainsi les machines génératrices se distinguent en dynamo et magnéto-électriques, or, il est certain que les magnéto sont presque aussi dynamo que les autres, et que les dynamo ne sont pas exemptes de magnétisme; on a déjà passablement discuté la question et proposé des termes plus précis, on pourrait faire un choix. Cependant ici, je suis d’avis qu’il faut agir avec modération ; le grand-maître du langage est l’usage général, et il vaut mieux un mot médiocrement fait, mais bien compris de tous, qu’un terme nouveau créé selon les règles, mais que le public accepterait avec répugnance. Il est vrai que, jusqu’ici, le public électrique est encore restreint, et qu’un terme bien choisi a toutes chances d’être vite connu et admis ; ce serait une raison pour ne pas tarder à fixer la terminologie électrique, opéra tion qui deviendrait plus tard bien plus difficile. Il faudrait seulement apporter une certaine mesure dans les changements à opérer.
- Venons maintenant aux travaux que pourra faire le Congrès au point de vue pratique, c’est-à-dire, l’étude des applications, des appareils, etc. Il est certain qu’il y a lieu d’attendre beaucoup de la situation actuelle, l’exposition nous présente une quantité de documents pratiques introuvables autrement, et de plus, elle va mettre en présence presque tous les hommes qui ont étudié la science, et, avec eux, fournir une occasion inappréciable, de concentrer les opinions, de discuter les expériences et d’arriver, s’il se peut, à quelques conclusions.
- Dans ce genre de travaux on peut encore distinguer deux ordres d’idées, l’un plus rapproché de la théorie, l’autre plus spécialement pratique. Le premier comporte l’étude des appareils, au point de vue de leur mode de fonctionnement, de l’origine de leurs effets ; on peut tirer à cet égard beaucoup de lumières de la rencontre d’hommes qui ont isolé-
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- la lümtère électrique
- àio
- nient expérimenté et apportent chacun des ob serva-tions personnelles.
- Je n’entends pas seulement les membres du Congrès, ceux-ci sont en nombre médiocre, et il ne pouvait guère en être autrement. Si l’on avait appelé, rien qu’en France, tous ceux qui pouvaient justement prétendre à être choisis, les membres étrangers quine pouvaient êtrefortnombreuxsefussenttrouvés absolument noyés, ce qu’il fallait à tout prix éviter. Le Congrès n’a évidemment pas la prétention de renfermer dans son sein toutes les sources de lumière, mais il est admirablement placé pour les appeler, les réunir, ouvrir sur les points qu’il choisira des sortes d’enquêtes scientifiques auxquelles chacun apportera avec empressement son concours.
- Comme exemple de recherche de ce genre, on pourrait citer le téléphone. Il n’y a, je crois, pas d’appareil qui ait été plus travaillé que celui-là ne l’a été depuis son invention; je dirai en même temps qu’à mon avis, il en est peu de plus mal connus. L’extrême petitesse des actions électriques qui le font agir, la forme insaisissable de son mouvement, l’impossibilité à peu près complète de rien mesurer rendent l’étude du téléphone excessivement difficile; on n’y peut guère procéder que par tâtonnement et les surprises y sont fréquentes ; l’appareil trompe les espérances les mieux assises et se dérobe aux déductions les plus solides. La réunion en un corps de la multitude de petits faits que chacun a pu observer pour sa part, peut seule permettre d’espérer un peu de lumière. Ne pourrait-on, par exemple, démêler sérieusement l’origine des bruits étrangers si incommodes dans la téléphonie; c’est l’induction, dit-on, cela est vite dit; en est-on bien sur? Il y en a, je le crois, mais il y a certainement autre chose. Les communications à la terre, en particulier, jouent un rôle très important que je considère, pour ma part comme de premier ordre ; ceux qui ont écouté quelque temps dans un téléphone savent qu’on y entend des bruits tout spéciaux qui ne peuvent venir de l’induction des fils voisins dont on distingue très bien l’effet. D’ailleurs, les communications à la terre, telles que nous les établissons en général, se font sur les tuyaux de gaz ou d’eau et constituent part, conséquent entre les divers appareils électriques une véritable liaison métallique, se prêtant on ne peut mieux aux dérivations de l’un à l’autre. Je crois l’influence de cet élément de trouble très importante, et aucun téléphone ne s’y est complètement soustrait jusqu’ici puisque, même en faisant usage de circuits à retour métallique, on est obligé de conserver une terre pour simplifier les communications. Quand aux inductions elles-mêmes, comment se produisent-elles et à quel endroit; est-ce tout le long de la ligne ou en certains points principalement? On pourrait sans doute l’éclaircir; je ne dis pas en expérimentant dans l’exposition même, j’ai bien peur que ce milieu saturé d’électricité soit peu
- favorable à l’action du téléphone, mais en réunissant les expériences personnelles on doit arriver à quel que résultat.
- Il y a mille objets d’étude de ce genre, que chacun pourra découvrir et que nous n’avons point à suggérer, sur lesquels le Congrès pourra avec utilité proposer des recherchesetréunir des opinions. Evidemment il n’est pas question d’arriver toujours à des conclusions, chose souvent impossible, mais de fixer les notions acquises, et de se mettre à même d’avancer plus sûrement.
- A coté de cette étude théorique des applications, on attend du Congrès, ou pour mieux dire on attend de l’exposition en général une masse de chiffres, de comparaisons précises, de renseignements contrôlés, dont la pressante utilité est vivement sentie de tous. C’est là un point un peu délicat. Il est certain que les exposants qui ont apporté leurs appareils et les ont placés sous les yeux du public ont, par là même, accepté la critique ; ils seraient évidemment mal venus à se dérober à l’examen, mais enfin il y a une limite et, dans les questions où les intérêts personnels sont si fortement engagés, une grande prudence est évidemment commandée. Le Congrès ne peut agir là qu’à titre d’information; le jury décerne des prix, mais en dehors des récompenses décernées, il n’a point de classement à faire ni de motifs à donner: néanmoins, je le répète, les exposants auraient mauvaise grâce à refuser les renseignements qui leur seront demandés, et il est certain qu’ils se prêteront sans répugnance aux expériences comparatives que l’on pourrait juger utile d’instituer. Dans ces conditions, il faudra s’empresser de saisir l’occasion, car les renseignements vrais, les chiffres nous font à bien des égards entièrement défaut. Que l’on voie combien les études comparatives faites à Chatam sur les machines génératrices, quelque restreinte que soit la matière examinée, ont apporté de lumière et de quelle utilité elles ont été depuis leur publication. Si nous possédions une sérieuse quantité de documents de ce genre, l’application de la science aurait fait un pas immense par cela même. Une chose manquera peut-être, c’est le temps, car toutes ces recherches ne peuvent être faites en un jour; mais enfin ce qui sera acquis le sera bien.
- Il resterait bien une série de questions portant sur l’historique des découvertes, l’origine des inventions, et autres études analogues ; sur ce point, si le Congrès a un devoir, j’estime que c’est d’écarter en principe les recherches de ce genre ; on rencontrerait là les amours-propres excités, les prétentions personnelles, les illusions, les souvenirs indécis, et quantité d’autres obstacles. D’ailleurs le sujet est après tout secondaire et n’importe qu’accessoire-ment à la marche de la science. Enfin je ne pense pas que le Congrès ait autorité pour décider ces sortes d’affaires.
- Tels sont les divers ordres de questions qui me
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- JOUkNAL UtilVEkSEL D'ÊLECTklCÎ TÉ
- 2tt
- paraissent pouvoir utilement donner matière aux travaux du Congrès. Il y en a d’autres sans doute, plus utiles peut-être, je n’ai d’autre prétention que d’apporter pour ma part les vues que je puis avoir sur ce point-,etje reste parfaitement confiant, d’ailleurs, dans le Congrès lui-même pour choisir et organiser ses travaux-.
- FRANK GÉRALDY.
- L’ÉLECTROLY SE
- AU POINT DE VUE DES APPLICATIONS CHIMIQUES
- Depuis qu’il a été fait, en dehors même de la galvanoplastie, quelques heureuses applications de l’é-lectrolyse , l’attention des industriels s’est portée de ce coté et, nous avons entendu plusieurs d’entre eux demander ce que l’on peut attendre de l’électro-lyse comme mode de préparation des composés chimiques.
- Pour répondre autant que faire se peut à cette question, nous ferons remarquer d’abord que l’élec-
- Nombre des bains j Surface de chaqu \ in en décimètres carrés TRAVAIL ABSORBÉ E TOTAL V KILOGR AM.MÈTRE Diminué du travail absorbé par les frottements et Réchauffement des bains
- kil. kil.
- 3 8,26 3,397 I,o5l
- 5 16,5a 3,452 0,994
- 7 33,04 3,520 0,714
- 9 49,56 3,279 »
- 2 I 66,08 3,449
- travail, pourvu qu’il ne se soit pas produit dans le liquide de réaction secondaire. Le voltamètre aura fonctionné comme une simple résistance.
- Si l’on introduit dans le circuit, dans les mêmes conditions, un second voltamètre semblable, il en sera de même que dans le premier et l’on pourra ainsi remplacer tout le circuit métallique par des voltamètres et constituer, en voltamètres, un conducteur de même résistance que le premier.
- La même quantité d’électricité passant dans tous les voltamètres, produira dans tous le même dépôt. Le dépôt de cuivre sera donc proportionnel au nombre des voltamètres.
- Si l’on voulait augmenter le nombre des voltamètres on pourrait le faire, sans diminuer l'intensité du circuit, en augmentant en même temps le surface des électrodes, de façon à ne pas changer la résistance totale.
- La quantité de cuivre déposé serait accrue par ce moyen; et, comme la résistance reste la même, le tra-
- trolyse présente deux cas bien distincts; celui où l’électrode positive, faite du même métal que celui qui se dépose, se dissout pendant l’opération, et celui où cette électrode est insoluble.
- Le premier cas est celui qui se présente ordinairement dans la galvanoplastie, et qui pourra se retrouver, sans doute, dans quelques autres applications de même nature. Dans ce cas, la production d’un dépôt très-notable ne dépense qu’une faible quantité de travail.
- Prenons, en effet, une machine dynamo-électrique tournant à une vitesse constante et ayant pour circuit extérieur un conducteur métallique de résistance tel que l’intensité, pour cette vitesse, soit -maximum.
- Remplaçons maintenant une fraction de ce circuit extérieur par un voltamètre à sulfate de cuivre d’égale résistance à la portion de circuit enlevée; comme ce voltamètre contient deux lames de cuivre dont l’une se dissout pendant que l’autre se couvre de cuivre, le travail de décomposition du sulfate de cuivre opéré d’un coté sera compensé par le travail inverse de dissolution du cuivre sur l’autre lame et le mouvement chimique dans le voltamètre n’aura pas absorbé de
- DEPOT EN GRAMMES
- TOTAL par heure. Par bain. Par kilogr. du travail TOTA L Par kilogr. du reste.
- 15,75 5,25 4,63 i5,oo
- 29,00 5,8o 8,43 29,17
- o7>û8 5,34 10,62 52,35
- 48.00 5,33 14,63 ..
- 61,60 5,6o 17,85 »
- vail dépensé ne serait pas augmenté. Dans le cas, donc, d’une électrolyse avec électrodes solubles, la quantité de métal déposé, pour une même dépense de travail, peut être augmentée presque indéfiniment.
- Ces résultats théoriques ont d’ailleurs été vérifiés pratiquement dans un travail publié en 1877 par M. Gramme, dans la Revue industrielle p. ,845.. et que l’on trouvera également reproduit dans l’ouvrage que vient de publier M. Niaudet sur les machines magnéto et dynamo-électriques. Dans une de ses séries d’expériences M. Gramme s’est placé précisément dans les conditions indiquées plus haut; et, dans un circuit d’intensité donnée, il aaugmentéle nombre des bains d’électrolyse en augmentant en même temps a surface des électrodes, de manière à maintenir l’intensité constante. Les expériences sont relatées dans le tableau ci-dessus.
- Il faut remarquer que, dans ces expériences, la surface des électrodes a du être augmentée un
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- peu plus que ne l’indiquait la théorie, mais ce fait tient évidemment à la production dans les bains de quelque action secondaire et cela n’empêche pas de formuler cette conclusion que, toutes les fois qu’il s’agira d’une électrolyse dans laquelle l’électrode positive sera soluble, on augmentera le dépôt en augmentant le nombre des bains et en diminuant la résistance de chacun d’eux.
- Mais il n’en sera pas de même dans le second cas, le plus fréquent dans la préparation des composés chimiques, celui où l’électrode positive sera en un métal inattaquable, en platine par exemple ; dans ce cas, l’introduction d’un voltamètre dans lé circuit, quand bien même elle ne changerait pas la résistance, affaiblira l’intensité du courant. Le travail chimique du dépôt ne sera plus, en effet, compensé par un travail de dissolution et il se développera dans le voltamètre une force contre-électromotrice, représentant le travail chimique effectué. Autant on introduira de voltamètres dans le circuit, autant on verra de fois se reproduire cette force et pour vaincre la somme des forces contre-électromotrices produites, la machine devra dépenser une plus grande quantité de travail.
- Le nombre des voltamètres introduits aura une limite puisque, si on peut diminuer dans une grande mesure la résistance des bains, on ne peut, d’un autre côté, augmenter au delà d’une certaine limite la force électro-motrice de la machine; d’autre part, la force contre-électromotrice et, par suite, le travail dépensé, pour arriver à la décomposition d’un même nombre d’équivalents, varieront avec la nature de l’électrolyte.
- On est donc là en présence de phénomènes qu’il est difficile de déterminer à l’avance, et c’est aux résultats de l’expérience que l’on doit s’en rapporter dans ce cas. Malheureusement on a fait sur ce point bien peu de recherches expérimentales, et c’est pour le cuivre seul que nous trouvons une donnée pratique dans un travail publié dans rÉlektrotechnische Zeitschrift et que nous avons reproduit dans le numéro du ig mars 1881, page 218. Elle est relative à une machine Siemens de quantité dont la force électromotrice est d’environ 3 volts, et la résistance intérieure, o0lmis,oo7. Le circuit extérieur, composé de 12 bacs à précipiter le cuivre, dépose environ, pour une dépense de 10 chevaux, 3oo kil. de cuivre par 24 heures, soit i25o grammes par cheval et par heure.
- Le nombre est d’ailleurs sensiblement celui que l’on peut calculer d’après l’intensité du courant. D’après le chiffre donné par Weber et vérifié tout dernièrement par M. Mascart, un courant de 96 webers, traversant un voltamètre, décompose par seconde un équivalent de l’électrolyte, exprimé en milligr. Or Y Êlektrotcchnische Zeitschrift donne comme intensité du courant traversant les 12 bacs environ 800 webers ; d’autre part, l’équivalent du cuivre est
- 31,75. Dans chaque bac, le courant déposera donc o gr. o3t75x8oo 96
- de cuivre par seconde. Par heure, ce dépôt sera o,o3175x800x3600 96
- soit 952 gr. et pour les 12 bacs n k. 424. Ce dépôt, correspondant à une dépense de 10 chevaux, deviendra pour un cheval 1142 gr. 4. Ce chiffre est très voisin du chiffre indiqué par la pratique et s’il y a une petite différence entre eux, cela tient évidemment à ce que les résultats donnés par le journal .allemand ne sont qu’approximatifs.
- Si on remplace dans cette dernière expérience les bacs à sel de cuivre par des bains d’un autre métal, le résultat sera analogue, mais le calcul des équivalents seul ne suffira pas à le donner ; si nous prenons, par exemple, un sel d’argent, comme le travail chimique à effectuer pour décomposer ce sel est moindre que pour décomposer un sel de cuivre, la même dépense de travail pourra donner, en équivalents, un dépôt plus abondant qu’avec le cuivre. Dans d’autres cas, au contraire, le travail chimique nécessaire à la décomposition étant plus considérable, on aura des résultats moins favorables ; si l’on remplace, par exemple, les bacs à cuivre par des voltamètres à eau acidulée, en supposant que l’intensité du circuit soit maintenue à 800 webers, on devrait avoir d’après le calcul des équivalents, en prenant pour base le chiffre de r 142 gr. 4 de cuivre, 2o5 litres d’oxygène par heure ; mais, comme la force contre-électromotrice développée dans les bacs aura été plus forte que dans le cas du cuivre, la dépense de travail nécessaire pour vaincre cette force aura été plus grande et le travail dépensé aura été de plus d’un cheval. Ce mode de préparation de l’oxygène serait certainement fort cher et, pour cette raison, tout à fait impratique, étant donnés les moyens beaucoup plus économiques actuellement en usage pour la préparation de ce gaz.
- Pour le cuivre, au contraire, il se trouve produit électrolytiquement à un taux fort raisonnable.
- On voit donc que si la préparation électrolytique peut être avantageuse pour certains corps, il n’en est pas de même pour tous, et c’est surtout pour les corps dont la préparation chimique est difficile et coûteuse que l’on aura chance de réussir par la méthode électrolytique.
- D’autre part, comme on ne peut prévoir à l’avance les résultats, les industriels qui veulent appliquer l’électrolyse à la préparation d’un corps quelconque, feront bien de s’éclairer tout d’abord par quelques données d’expérience, en attendant que l’on puisse donner pour les différents corps les chiffres que nous avons cités pour le cuivre.
- A. GUEROUT.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ ci3
- ASPECT GÉNÉRAL
- DE
- L'EXPOSITION INTERNATIONALE
- D’ÉLECTRÏCITE
- On l’a déjà remarqué, on ne saurait trop le redire; le palais, construit il y a vingt-cinq ans environ pour renfermer les expositions universelles et géné-
- nationales; il est vrai de dire que leur caractère était particulièrement commercial et qu’elles résultaient, en réalité, de la difficulté des communications, laquelle rendant les voyages très coûteux et très pénibles avait naturellement conduit à choisir un centre et une époque de rendez-vous pour simplifier les transports.
- A mesure que ceux-ci devenaient plus commodes, ces grands meetings commerciaux perdaient leur importance et disparaissaient peu à peu. C’est vers
- Palais île l’exposition façade du coté des Champs-Elysées.
- raies, vient de s’ouvrir rempli par l’exposition, non pas même d’une science, mais d’une branche restreinte d’une seule science. C’est là un phénomène bien remarquable et qui montre d’une façon frappante le développement de l’industrie scientifique.
- Les expositions, en général, sont d’ailleurs de très bons signes de ce développement et ont toujours servi à en donner la mesure. II ne faut pas croire, en effet, que la chose soit nouvelle, il est certain que les anciennes grandes foires et les marchés périodiques, tels que le célèbre marché qui subsiste encore à Nidjni-Novgorod étaient, en réalité, des expositions régionales et quelquefois
- le commencement de notre siècle qu’on voit apparaître la première tentative d’exposition proprement dite. On parvint à remplir deux ou trois salles du Louvre, et ce fut un résultat célébré avec beaucoup d’admiration. Le moment n’était pas venu, et cette tentative n’eut pas de suite sérieuse ; l’état des voies de communications n’était plus assez mauvais pour restreindre les transporta à quelques journées désignées, il n’était pas assez bon pour permettre la réunion, en un seul point, d’objets choisis entre tous pour leurs qualités et venant des points les plus divers. Les expositions veulent des communications faciles, elles ne sont réellement nées,
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- et ne se sont développées qu’avec les chemins de fer.
- Mais elles se présentent, maintenant, sous une forme et avec un but bien différent des anciennes réunions commerciales; au lieu d’être seulement une occasion d’échange, elles sont, avant tout, un lieu de comparaison et d’étude, elles donnent les modèles et font naître l’émulation; elles amènent encore un résultat important, l’éducation du public, l’échange international des idées et presque des goûts; on leur doit incontestablement une part sérieuse des progrès accomplis dans l’industrie pendant la période récente.
- Les expositions que nous avions vues jusqu’ici étaient, en effet, très spécialement et presque exclusivement industrielles, la science n’y prenait d’abord qu’une part restreinte; mais cette part a été toujours en grandissant jusqu’à la grande manifestation à laquelle nous assistons aujourd’hui, et qui marque un côté intéressant des tendances de notre époque. Il semble, en effet, que dans les siècles précédents, la science ait été plus particulièment spéculatrice, et qu’elle ait même mis une sorte d’amour-propre à se tenir ainsi dans les régions immatérielles de la philosophie, considérant avec quelque dédain l’application et la réalisation matérielle. Ce sera, au contraire, un des mérites de notre temps d’avoir compris ce qu’il y a de véritablement élevé et de civilisateur dans les applications de la science, dans les facilités qu’elles donnent à l’existence et dans l’augmentation de la vie qu’elles amènent. La vérité de ce principe éclate dans le développement gigantesque qu’a pris cette forme de l’activité humaine; la science appliquée, née presque avec le siècle, remplit maintenant le monde, et nous voyons, aujourd’hui, l’un de ses rameaux constituer, à lui seul, une exhibition plus considérable que ne le fût, il y a 25 années, la première des grandes expositions universelles.
- Il est vrai que cette partie de la science a une source particulièrement puissante et féconde; elle consiste, en effet, non dans un emploi spécial d’une force déjà en usage, mais dans l’ensemble des applications d’une force nouvelle, ou du moins, mal connue. Aussi, a-t-elle pris un développement d’une incroyable rapidité, et continuera-t-elle longtemps encore à étonner le monde par le nombre, comme par la variété de ses manifestations.
- L’Exposition qui s’ouvre va nous permettre, en constatant le présent, de prévoir l’avenir prochain de l’électricité.
- Naturellement, elle sera étudiée dans ce journal avec tout le soin et le développement qu’elle comporte; pour aujourd’hui, nous ne pouvons qu’y jeter un coup d’œil d’ensemble, présenter une sorte de vue générale sans entrer encore dans aucun détail. D’ailleurs, beaucoup d’expositions ne sont pas prêtes ; le temps donné a été si court que, avec les
- difficultés que chacun rencontre toujours, il ne faut pas s’étonner de quelques retards, cela était inévitable.
- Cependant, l’aspect général est très complet et il est dès maintenant, ce qu’il sera quand tout sera terminé. Nous publions aujourd'hui la vue du palais de l’industrie sur ses deux façades principales; le monument est bien connu des personnes qui ont visité Paris, elles le reverront avec plaisir. D’autre part, et pour donner au lecteur une idée plus complète de l’importance de l’exposition, nous avons représenté la grande nef vide ; le dessin montre très bien l’immense nudité de ce vaisseau, tandis que le dessin correspondant, qui est la vue à peu près exacte de l’exposition prise d’un point situé près de la porte de l’Est, en face de l’exposition Belge, donne une idée encore insuffisante de l’entassement de petits édifices, de l’accumulation d’objets qui aujourd’hui le remplissent et en font un spectacle plein d’animation et d’intérêt.
- Pour commencer nos descriptions, il convient de faire aujourd’hui une sorte de promenade rapide en notant simplement les emplacements, l’état d’avancement des expositions. Ce sera comme une sorte de reconnaissance préliminaire d’un pays où nous aurons tant de choses à voir et tant à étudier.
- Nous entrerons, pour avoir le même aspect que le dessin, parla porte de l’Est; cela permet d’ailleurs de suivre la nef dans sa longueur, cè qui fournit un ordre d’énumération plus simple.
- Nous trouverons d’abord le point d’arrivée du tramway Siemens. Des essais ont été faits dans ces dernières journées ; il y aura quelques modifications à faire, comme cela arrive inévitablement. Le moteur à vapeur, qui n’est pas du reste celui qu’on avait choisi, paraît un peu faible ; on va le changer, faire les petites rectifications nécessaires.
- La ligne ferrée part des chevaux de Marly (place de la Concorde), où l’on a construit un petit chalet servant de gare de départ, pour aboutir au Palais de l’Industrie, porte du coté Nord. La force motrice est produite par une puissante machine dynamo-électrique dont le courant est conduit, jusqu’au wagon, par un cable métallique. Une circonstance assez curieuse a montré dans cette expérience conibien le moindre changement dans ce mode d’installation peut amener de différences dans les résultats. Tous les chemins de fer précédemment établis par MM. Siemens frères étaient ou élevés sur viaduc ou placés sur rails saillants, ces rails servant de fil de retour au courant ou de communication avec le sol, par l’intermédiaire des roues qui reposent sur eux.
- La voie établie à l’exposition n’est point un chemin de fer, mais un tramway, et les .rails y sont remplacés par des ornières de fer enfoncées dans le sol. La communication avec ce dernier devant en être plus facile, on comptait se servir de ces bandes métalliques pour le retour du courant, mais il s’est
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- trouvé que la poussière et la boue, qui les recouvrent inévitablement, rendent le contact avec les roues si mauvais que le retour ne se fait pas. On s’occupe d’obvier à cet inconvénient qui sera promptement surmonté.
- Une fois entrés, en laissant à droite l’exposition de notre journal, qui n’est pas prête, nous sommes obligés de l’avouer, on trouve en face de soi l’Espagne, la Suisse et l’Italie. De l’Espagne, il n’y a, jusqu’ici, pas grand’chose à dire : elle est assez;
- la nef nous montre d’abord la Belgique. Elle est prête; son exposition est d’un très joli aspect. Entre deux grands pavillons de cristal et cuivre, formant cadre, s'étendent les vitrines et se disposent les appareils; l’ensemble est élégant et sera très apprécié.
- À côté, les Pays-Bas; on ne saurait encore juger leur exposition, bien qu’elle ne soit pas loin d’être terminée ; mais il y reste quelques vitrines non encore découvertes, l’aspect général en est pittoresque
- Palais de l'exposition du côte do la Seine.
- avancée. L’Italie n’a absolument terminé que so i enceinte, très travaillée, d’ailleurs ; au dedans, rie encore; il est vrai que, d’après l’étendue, il s’agir ! probablement d’appareils de médiocre dimensio qui demanderont peu de temps pour s’installer Vers la droite, dans la nef et dans la petite largeur libre de la travée couverte, la Suède, la Norwège et la Russie. Cette dernière est assez avancée, ses deux voisines le sont moins; cependant, on peut avoir l’idée de l’aspect général de leurs expositions dont les décorations, faites de drapeaux à leurs couleurs nationales, sont très brillantes.
- La seconde ligne transversale de cette travée de
- et l’œil est vivement attiré, ainsi que • nous l’avons déjà dit, par les immenses machines électriques de | Van Marum. Il y aura là un curiéux élément de comparaison avec les machines de Holtz ou les analogues, si réduites de dimension, et dont les effets sont si puissants.
- A droite, l’Autriche, pas tout à fait prête, mais passablement avancée; exposition digne d’attention; les chemins de fer, les administrations ont apporté leur part et constitué un ensemble qui sera très intéressant ; les motifs du milieu sont terminés et font bon effet.
- Ensuite l’Allejnagne, exposition très importante.
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- Les grandes entreprises particulières ont constitué des vitrines ou des installations considérables. A citer, naturellement, Siemens et Halske de Berlin, Felten et Guilleaume ; à citer aussi les expositions officielles très soignées et très complètes; l’aspect général est très monumental, les appareils lumineux paraissent devoir être très puissants. Tout n’est pas prêt; un pavillon où se voit tout un système de poulies de transmissions n’a pas encore ses machines, c’est l’affaire de quelques jours.
- A droite, l’Angleterre, bien en retard. Il y a eu à cela plusieurs motifs; l’un des principaux a été l’hésitation apportée par le gouvernement anglais ; on sait que celui-ci a hésité assez longtemps pour prendre une résolution et qu’il a fini par donner son concours, mais sans prendre part à la dépense; il a donc fallu, après avoir attendu, se constituer, trouver les moyens, toutes choses qui absorbent du temps. L’exposition paraît devoir être belle, il faut lui faire crédit de quelques jours. Elle est dominée par le pavillon du Post-Office d’une forme très heureuse et d’un aspect clair et agréable; il est encore vide. La partie la plus avancée est l’exposition de Siemens frères, de Londres, qui exposent entre autres choses, de grands appareils pour la télégraphie sous-marine.
- A gauche de la nef, vers la même hauteur, les Etats-Unis, assez loin aussi d’être prêts; il est vrai que la distance est pour eux une très valable excuse ; leur exposition sera importante et très digne d’étude. On ne voit pas de grands pavillons ou de point bien saillant ; l’ensemble a plutôt un aspect sévère et utilitaire ; il faudra y revenir en détail.
- Avant de pousser plus avant, jeter un coup d’œil sous la travée couverte où se trouvent divers compléments des expositions, ainsi que des machines motrices étrangères; celles-ci sont en nombre médiocre, les exposants ayant pour la plupart préféré, comme cela était naturel, demander la force au syndicat qui l’offre, plutôt que de prendre l’embarras de la fabriquer eux-mêmes. Cependant, il faut signaler la grande chaudière qui doit mener les machines ' d’Edison. Parmi ces dernières, la grande machine de 125 chevaux où se trouvent directement réunis le moteur à vapeur et l’appareil électrique, n’est pas encore arrivée1; on l’attend prochainement.
- Au milieu de la nef, comme on sait, le grand phare ; il a été terminé avec une étonnante rapidité dans le courant des dernières heures; on n’aurait pas cru, à le voir il y a quelques jours, qu’on pourrait le mettre si promptement en état.
- La seconde moitié delà nef est française. D’abord vdeux pavillons symétriques, l’un à la maison Chris-tofle avec de beaux produits de galvanoplastie, l’autre, à la Société générale d’électricité, avec les appareils JablochkofF et leurs accessoires. Au coin, les machines de Gramme. Derrière, le pavillon de la ville de Paris, un peu sombre à ce qu’il semble, et
- qui sera probablement plus frappant le soir, éclairé par les lampes Siemens qui y sont placées. Il renferme les appareils de distribution d’heure, du service des pompiers et quelques autres appliqués par la ville. Des deux côtés, le chemin de fer du Nord et celui de l’Ouest, et en marchant vers le fond, celui de Paris-Lyon-Méditerranée et celui de l’Est; expositions qui sont toutes intéressantes et pittoresquement disposées, surtout celle du Nord avec ses wagons en réduction, et celle de l’Ouest avec ses petits postes transportables. Encore les Siemens, avec l’exposition de leur usine de Paris, remarquable par la grandeur des appareils qu’ils comptent mettre en mouvement par l’électricité. Enfin, le motif principal de cette portion du palais est le pavillon du Ministère des Postes et des Télégraphes. Il parait un peu écrasé comme dessin général, et son aspect est un peu bas ; mais il est de proportions vastes, et décoré avec un luxe convenable. L’exposition qu’il contient est extrêmement intéressante; tous les appareils en usage dans l’administration des télégraphes s’y trouvent et sont mis en usage, car on est là complètement prêt. C’est à peu près le seul point terminé de l’exposition française, il faut le dire; les autres installations demandent, presque toutes, encore quelques jours; mais c’est l’usage invariable, à l’ouverture des solennités semblables; tout en se hâtant beaucoup, on est toujours surpris au dernier moment. On doit féliciter d’autant plus l’administration des télégraphes qui, tout en préparant une exposition très complète, à su s’y prendre de façon à se trouver en mesure à temps.
- Il ne faut pas oublier de parcourir la galerie couverte où se trouvent les machines motrices. Plusieurs sont déjà en mouvement, toutes y seront bientôt; l’ensemble présente là, un de ces déploiements de force mécanique auxquels les expositions universelles, avec leurs immenses réunions de machines, commencent à nous habituer, mais qui n’en restent pas moins un spectacle des plus imposants et dont l’on né se lasse point. Il y a là des machines à vapeur de Mr Carel qui sont fort belles, une réunion très intéressante de machines à gaz de toutes les forces ; et bien d’autres moteurs sur lesquels il faudra revenir.
- C’est dans la partie Sud du Palais, que se trouve la grande machine à vapeur qui doit actionner le soir toutes les machines dynamo-électriques destinées à alimenter les nombreux foyers de lumière. C’est là aussi que l’on voit l’exposition de la ville de Paris, du Ministère des Postes et des Télégraphes, du Ministère de la guerre, des principales lignes de chemins de fer; on rencontre ensuite successivement les machines Gramme, celles de l’Alliance et de Siemens, es appareils d’éclairage JablochkofF et les applications de la galvanoplastie comme nous l’avons déjà indiqué.
- Il ne faut pas oublier que nous ne faisons aujour-
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- d’hui que parcourir l’exposition avec la rapidité d’une première promenade, notant seulement les points saillants sans chercher à donner au lecteur une idée claire et complète qu’il est impossible d’avoir si promptement dans la situation actuelle. 11 y. aura donc énormément à ajoutera cette description sommaire dans laquelle des objets très importants peuvent avoir été omis,-
- Pour monter dans les salles du ier étage, nous pourrions revenir au pavillon central, prendre
- lumineux qui sont disposés p'our l’éclairage. Celui-ci qui ne pourra commencer sérieusement que dans quelques jours, sera certainement une des choses les plus étonnantes qu’on puisse voir ; les essais partiels qui ont été faits ont déjà donné les résultats les plus brillants.
- Il ne paraît pas possible de donner une idée générale des vingt-sept salles du premier étage, il faudrait les décrire une à une; d’ailleurs beaucoup de vitrines sont encore vides ou ne sont point achevées de
- le principal escalier en passant sous le grand lustre Siemens et au milieu des lampes décoratives du système Werdermann, mais puisque la direction de notre parcours nous a conduit au pavillon des télégraphes, il sera préférable de le traverser pour arriver au grand escalier qui conduit à l’extrémité ouest des galeries... L’éclairage de cet escalier devait être fait par la compagnie Edison, mais sa machine n’étant pas encore arrivée, le syndicat a dû s’en charger.
- En s’arrêtant sur le palier du haut de l’escalier, on a une vue très animée de l’Exposition; c’est de là qu’on se rend le mieux compte de la masse des objets exposés et aussi du nombre considérable des foyers
- l'emplir. Cela s’explique: les exposants ayant à placer une quantité d’appareils presque tous précis, délicats qui redoutent excessivement leu chocs, la poussière et les inconvénients de ce genre, sont forcés pour la sécurité même de leurs produits, d’attendrè la fin des bouleversements de terrains, des grands nettoyages et des grands balayages, c’est-à-dire qu’en somme ces vitrines ne peuvent, par la nature, même de leur contenu, être garnies que tout à fait au dernier moment, c’est ce qui a lieu, et en peu d’heures tout sera prêt. Il y aura sans doute là aussi quelque retard pour l’éclairage, mais il y a lieu de penser que ce sera de peu de durée.
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- Comme parties frappantes, on peut signaler comme nous l’avons déjà dit dans ce journal, les salles de l’extrémité Ouest qui contiennent le théâtre, très joli avec un décor très gracieux et coquet, éclairé par des lampes Werdermann très décoratives, puis les pièces constituant un ensemble d’appartement complet. A l’extrémité opposée vers l’Est, se voient les salles Edison qui paraissent devoir être fort curieuses, et la salle du Congrès, d’une décoration ample et sévère, avec des appareils d’éclairage par incandescence dont l’aspect devra être très nouveau et très brillant.
- C’est là que se tiendront les séances de cette assemblée dont le public attend beaucoup; il compte sur elle pour l’aider à tirer de cette remarquable exposition les conséquences pratiques considérables qu’il espère justement en voir sortir.
- Elles seront en effet de conséquence, cela n’est pas douteux, et le seul aspect général de l’exposition permet d’en être assuré et même jusqu’à un certain point de voir dans quel sens les progrès sont probables.
- Le premier sera une diffusion considérable des notions électriques, un intérêt sérieux du public pour des applications de l’électricité, en même temps qu’une grande facilité de comparaison et de choix entre celles-ci. Il est certain, par exemple, que l’usage des petits moteurs électriques se répandra après l’exposition avec une extrême rapidité et que le prix de ces machines diminuera dans une grande proportion. Des types avantageux prendront rapidement faveur, entreront dans la voie de la fabrication en grand, et de nouvelles industries se fonderont. En un mot, l’Exposition amènera dans le commerce électrique une demande beaucoup plus active ainsi que plus éclairée, et en même temps une offre plus considérable et beaucoup plus accessible.
- En dehors de ces conséquences générales, l’Exposition aura évidemment une influence très directe sur certaines questions électriques. 11 faut citer en tête la production de la lumière.
- II ne faudrait pas s’attendre à ce que ce grand concours mit en relief un système ou un appareil supérieur à tous les autres et devant être adopté d’une façon exclusive ; tout donne lieu de penser que c’est le contraire qui se produira. Il se peut que certains systèmes défectueux soient définitivement écartés. Il est à croire que la plupart resteront debout avec des mérites, sinon égaux, au moins différents en rendant les divers appareils propres à des destinations plus spéciales. Il doit en être de cette question comme de presque toutes les choses pratiques; elle n’a point de solution absolue: C’est une question d’adaptation et de prix. En général on semble jusqu’ici particulariser beaucoup trop. Les personnes qui veulent installer un éclairage électrique demandent généralement quel est le
- meilleur système, et il est fort difficile de leur répondre, le meilleur dépendant de la forme et de l’étendue du local, des conditions de force motrice, de l’intensité lumineuse demandée, du degré de décoration dont on a besoin. Il est à croire que le public sera amené à adopter concurremment plusieurs systèmes, non-seulement suivant les installations, mais même en les faisant concourir à un même éclairage. N’aurait-on pas un effet à la fois rationnel et décoratif en combinant par exemple l’intensité de régulateurs convenables avec la fixité et la multiplicité des points lumineux que donne l’incandescence?
- Il est vrai que ce résultat est, jusqu’à un certain point, lié à celui d’une autre question qui est 'la distribution de l’électricité.
- Pour celui-ci, l’exposition apportera, cela est dès à présent certain, la preuve que la solution est, sinon absolument complète, au moins acquise en principe. Il ne s’agit pas ici du transport de la force tel qu’on l’avait déjà réalisé à Sermaize et tel que vont nous le montrer les expositions Siemens et quelques autres ; c’est là un problème déjà relativement résolu. Il s’agit de solutions plus complètes, permettant le transport de forces sérieuses à des distances considérables en même temps que la répartition de ces forces entre des appareils divers, inégaux en dépense, et fonctionnant automatiquement en réglant eux-mêmes l’énergie produite selon ]es besoins.
- C’est là le problème du transport et de la distribution dans son étendue réelle et nécessaire. L’exposition nous montrera la solution démontrée dans des proportions qui ne peuvent laisser de prise au doute. Ce sera certainement l’un de scs plus importants résultats ; il ne comporte rien moins qu’une transformation complète, sinon dans l'industrie qui veut de grandes masses de force, au moins dans celle bien plus étendue qui utilise les petites, et même dans les usages de l’existence de tous les jours.
- Il resterait une question encore qui est celle de l'avenir, car les expositions ont pour résultat, non seulement d’apporter les solutions, mais aussi d’appeler l’attention sur les difficultés ; c’est la génération de l’électricité dans les meilleures conditions. L’emploi des machines, bien qu’il ait constitué un grand progrès, ne saurait être le dernier mot; outre ses inconvénients pratiques qui sont frappants, il est théoriquement très discutable, user de l’affinité chimique pour produire la force, de la force pour obtenir le mouvement, et enfin tirer du mouvement l’électricité, c’est une chaîne excessivement compliquée et longue de transformations qui peut être ce que pratiquement nous possédons de meilleur, mais qui ne saurait satisfaire l’esprit. Une transformation plus simple des énergies est évidemment la solution de l’avenir; l’exposition en apportera-t-elle
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- le germe? Jusqu’ici 011 ne peut le constater, mais, qui sait?
- Sans vouloir être trop affirmatif, nous pouvons avoir une entière confiance dans les etforts considérables, que tentent les savants du monde entier pour résoudre pratiquement, tous les grands problèmes de l’électricité.
- C. C. SOULAGES.
- de deux tubes T, T' munis de doubles bobines d’induction A B, A' B' correspondant à deux circuits distincts, dans lesquels sont interposés un interrupteur et une pile, d’une part, (par les bobines B, B'), et un téléphone, d’autre part, auquel on peut substituer un sonomètre au moyen d’un commutateur X.. L’un des systèmes est muni d’une bascule L L permettant de régler la distance de la bobine A' à la bobine B', de manière à avoir deux actions d’induction exactement égales.
- Intérieur du Palais de l'industrie pendant l'exposition
- L’EXPLORATEUR CHIRURGICAL
- D’INDÜCTION
- r> E M . Il U GUES
- Nous avons déjà parlé, dans le numéro du 10 août de ce journal, de l’application qui avait été faite de la balance de M. Hughes à la recherche des projectiles enfoncés dans le corps humain. Nous donnons, aujourd’hui, le dessin de cette balance et celui de la modification qui lui a été apportée pour cette application.
- L’appareil, comme on le voit (fig. 1), se compose
- Dans ces conditions, si on dispose les circuits de manière que les courants induits, déterminés dans les bobines A, A', soient de sens contraire, il est bien certain que les interruptions du courant inducteur, produites en H sur l’interrupteur, ne fourniront aucun son dans le téléphone G; mais, si on place en P une pièce métallique, il n’en sera plus de même, et le téléphone accusera la perturbation d’induction que la pièce P apportera aux courants induits qui ne sont plus, dès lors, équilibrés.
- Admettons maintenant qu’au lieu de placer la pièce métallique en P, on la place au-dessus de A, on aura un effet analogue, mais beaucoup moins
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- énergique, et on pourra facilement savoir à quelle distance cette pièce sera placée, si, au-dessus du second système de bobines A' B', on place une pièce semblable, et qu’on l’éloigne ou qu’on la rapproche jusqu’à ce que les sons soient éteints dans le téléphone. Si les deux pièces sont bien dans
- la main, et avec lequel il fait ses explorations ; B est le système fixe placé sur une table auprès de l’interrupteur I et de la pile P ; C’est le câble réunissant les deux circuits entortillés l’un avec l’autre, et T est le téléphone que l’opérateur doit avoir toujours à l’oreille quand il explore.,
- (fig. 1.)
- les axes des deux tubes T, T', leur distance aux bobines A, A' seront égales, et il suffira de mesurer l’une pour connaître l’autre.
- Ceci étant posé, il est facile de comprendre comment l’appareil peut être disposé pour la recherche des projectiles égarés à l’intérieur du corps humain. Il suffit pour cela, de rendre mobile le système AB, de couper le tube au niveau des bobines et d’entortiller les fils de liaison de manière à former une sorte de câble extensible, comme ou le voit (fig. 2), afin de ne pas changer les conditions de l’expérience dans les pérégrinations que l’on est obligé de faire subir au système mobile; mais il faut avoir soin que les bobines de ce système soient dans une position inverse de celle du système fixe A'B', attendu que l’action se fait alors de bas en haut, si le corps sur lequel on opère est placé horizontalement. La figure 2 donne, du reste, une juste idée de la disposition du système : E est le couple de bobines mobiles que l’opérateur tient à
- Tant que les bobines exploratrices ne sont pas dans le voisinage du projectile, aucun son n’est produit dans le téléphone, mais aussitôt quelles s’en approchent, on en est averti, et le son augmente jusqu’à ce que le projectile soit dans l’axe du tube
- du système. C’est donc après un tâtonnement plus ou moins long, qu’on arrive à préciser la direction du point où se trouve le projectile. Pour en déterminer la profondeur, on emploie alors le moyen indiqué précédemment pour les pièces métalliques placées au-dessus des bobines. On place au-dessus du tube du système fixe un projectile de la nature de celui qu’on suppose enfoncé dans le corps du patient, et on l’éloigne ou on le rapproche de la bobine supérieure, jusqu’à ce qu’aucun son rte soit plus perçu dans le téléphone. La distance du projëctile d’essai à la bobine indique la profondeur où est logée la balle.
- S’il faut en croire les journaux américains ce serait M. Hopkins qui aurait eu l’idée de cette application
- Balance d’imluslnc.
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- et l’aurait( même réalisée sur la personne du président des Etats-Unis, mais M. Hughes nous a montré des dépêches échangées entre MM. G. Bell, Preece et lui, qui montrent qu’on avait consulté M. Hughes sur la disposition à donner à sa balance pour cette application, et ce n’est qu’après la réponse faite par M. Hughes, par l’intermédiaire du câble transatlantique, que les résultats de l’opération ont été connus. Donc, jusqu’à preuve contraire, c’est pour nous que M. Hughes a eu le premier l’idée de cette application. Il serait toutefois possible que plusieurs chercheurs mis en campagne par les difficultés qu’on rencontrait pour l’extraction de la balle du Président Garfield, aient eu cette idée en même temps. Cependant MM. les Américains n’acceptent pas facilement les idées venant d’Europe, et je ne saisjusqu’à quel point la balance de Hughes est connue en Amérique. Quoiqu’il en soit, cette application est très importante et elle complète, d’une manière très heureuse, les moyens que fournissent déjà les explorateurs électriques de M. Trouvé et autres, quand il est possible de les introduire jusqu’aux points occupés par les projectiles. Nous aurons du reste occasion de voir à l’exposition anglaise un modèle de ce système exécuté par le constructeur qui a entrepris à Londres la fabrication des balances d’induction de M. Hughes.
- [A suivre.) tii. du m.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Différence entre les effets qui se produisent dans les manœuvres des freins continus suivant qu’ils sont mis en action par le vide, par l’air comprimé, la vapeur ou l’électricité.
- Le Journal le XIX” siècle du 2 août reproduit les détails donnés par le Nord du 3i juillet, sur un accident grave arrivé à l’express de Verviers à Bruxelles.
- « Le train était muni du frein automatique Wes-« tinghouse. Quelques cents mètres avant la station « d’Ans, par suite de rupture des tuyaux d’air com-« primé, le train a été enrayé presque instantané-« ment; l’arrêt a été très brusque, et les voyageurs « ont été rudement secoués ; l’un d’eux a même été « projeté au plafond de la voiture. Les colis placés « dans les filets ont été culbutés; sept voyageurs et « parmi eux des dames, ont reçu des blessures, un « employé du train, le serre-frein, a été aussi contu-« sionné, et il est sorti de l’accident tout ahuri. »
- Le Nord ajoute avec raison :
- « Cet accident montre toute la puissance du frein « Westinghouse à air comprimé. Mais les causes
- « par lesquelles il peut entfer automatiquement en « action doivent être étudiées attentivement. »
- Les expériences faites par M. Marie, ingénieur en chef du matériel et de la traction de la Compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée, mettent en évidence la cause réelle de cet accident1.
- C’est le défaut de simultanéité d’action des freins sur les voitures d’avant et les voitures d’arrière, et ce défaut est inhérent et inévitable à tous les systèmes qui emploient la vapeur, l’air comprimé et le vide.
- « Les freins des premières voitures, dit M. Marie, « sont serrés à fond lorsque les dernières sont « encore libres ; les premières sont donc retardées; « l’arrière du train comprime l’avant, et lorsque les « freins des dernières voitures sont serrés à leur « tour, il résulte de la détente des ressorts, des « chocs, des réactions horizontales, d’autant plus « fortes et plus dangereuses que l’action initiale « des freins sur les premières voitures a été plus « énergique.
- L’action automatique n’a été que la cause déterminante de cet accident.
- Les effets auraient été absolument les mêmes, si dans les mêmes circonstances de vitesse et de charge, le mécanicien se voyant en face d’un péril iriiminent, d’une rencontre, s’était cru obligé d’employer toute la puissance des freins et serrer à fond.
- Il y a là une alternative terrible pour le mécanicien assez intelligent pour bien comprendre l’action du frein Westinghouse. S’il serre brusquement avec toute la puissance du frein pour s’arrêter à courte distance, il sait qu’il va produire des chocs dangereux pour les voyageurs, lesemployés et lematériel.
- S’il serre modérément, il risque de s’arrêter trop tard et de ne pouvoir éviter une catastrophe encore plus redoutable.
- Avec les freins électriques,, cés inconvénients ne peuvent se produire.il n’y a, au moment du serrage, ni chocs, ni secousses par la raison que le courant électriquè, avec son incomparable vitesse, agit avec une simultanéité complète aussi rapidement sur les dernières voitures que sur les premières.
- Tous les véhicules se trouvant enrayés dans le même espace de temps, une seconde six dixièmes, ne peuvent réagir les uns contre les autres, quelle que soit la vitesse du train.
- Le mécanicien peut donc, ' sans crainte, serrer à fond en pleine vitesse tous les freins électriques et gagner un temps précieux à chaque station. De plus, ce qui est de la plus grande importance en face d’une cause de danger imminent, il n’hésitera pas à opérer instantanément le serrage à fond au moyen duquel il obtint journellement tous les arrêts règlementaires à la plus courte distance.
- 'Revue générale des chemins de fer. Mai 1879 (Dunod-Paris).
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- Lampe à arc voltaïque dans l’air confiné.
- Depuis longtemps, on a essayé de produire de la lumière électrique au sein de récipients hermétiquement clos. Pour l’application de la lumière électrique aux travaux sous-marins, cette condition était indispensable, et on pensait, d’ailleurs, que l’intervention du vide ou d’un gaz impropre à la combustion, pourrait affaiblir, dans une grande proportion, l’usure des charbons. C’est dans cet ordre d’idées qu’ont été combinées les lampes de MM. Sawyer, Lodyguine, Boulyguine, King, etc. A cet effet, les uns remplissaient le récipient où la lumière se produisait avec de l’azote, d’autres avec de l’oxyde de carbone, d’autres, et en particulier M. Lodyguine, avec de l’air ordinaire qui, sous l’influence des premiers effets de la combustion des charbons, ne tardait pas à être privé de son oxygène et à se trouver' en conséquence, dans les conditions des gaz précédents. Actuellement, des lampes de ce genre, construites par M. Sawyer, sont employées en Amérique.
- Dans une récente communication faite à l’Académie, M. Jamin a étudié, d’une manière particulière, les actions produites dans ce genre de lampes, surtout avec l’arc yoltaïque, et il a constaté qu’avec l’air ainsi confiné dans un récipient hermétiquement clos, il se produit au début une vapeur rutilante due à la combinaison de l’oxygène et de l’azote, mais que cette vapeur disparaît bientôt en fournissant son oxygène au charbon, et, à partir de ce moment, il ne reste plus dans ce récipient que de l’azote et de l’oxyde de carbone qui sont incolores.
- « Pendant ce temps, dit M. Jamin, l’arc électrique subit des modifications correspondantes. Tant qu’il y a des vapeurs rutilantes, il varie à la fois dans son intensité et dans sa couleur; on le voit monter et descendre le long des pointes. A mesure que le gaz se décolore, la flamme se fixe et change de teinte. Enfin, quand toutes les transformations chimiques' sont accomplies, elle est réduite à un arc très net, bien étalé, d’un bleu verdâtre, sans mélange d’autres couleurs. Mais, ce qu’il faut surtout remarquer, c’est qu’elle prend une fixité absolue, sans aucune défaillance dans son intensité, ni variation dans sa couleur ou sa- position. Jamais dans aucun cas, je n’ai remarqué une aussi complète fixité qui entraîne nécessairement la même invariabilité dans l’éclat des pointes.
- « Ce spectre est sillonné par une incroyable quantité de raies très fines et presque régulières qui constituent un tissu très serré, En outre, il offre en ses diverses parties un éclat très inégal. On y remarque quatre grands maxima qui naissent brusquement du côté le moins réfrangible par une ligne très brillante, laquelle se répète ensuite à des distances égales en s’affaiblissant. Ces maxima sont dans le jaune vert,
- le vert, le bleu et le violet; ils restent seuls visibles quand la lumière diminue; on reconnaît alors le spectre de la flamme bleue de l’alcool ou du gaz, celui des gaz carburés traversés par l’étincelle de Ruhmkorff et enfin celui de la récente comète que M. Thollon venait justement d’étudier avec le même instrument : c’est le spectre électrique de la vapeur de charbon rendue incandescente sans brûler.
- » Les choses se passent autrement dans l’air : le charbon brûle, l’arc est rouge et l'on voit se succéder à intervalles irréguliers le spectre précédent, et un autre qui est dû à la combustion et qui est tout à fait différent ; il présente un splendide assemblage de raies éclatantes dues à la combustion des métaux que contient le charbon. Il est évident que dans un gaz inerte nous avons affaire à un phénomène simple, purement électrique, que l’arc est un courant, que nous pouvons le diriger et le maintenir invariablement aux pointes par des actions électro-magnétiques : c’est pour cela que la lumière prend une si remarquable fixité. Dans l’air libre, au contraire, le phénomène est complexe. Il y a encore le courant que nous pouvons fixer, mais il y a aussi la combustion des charbons sur laquelle nous ne pouvons rien, qui varie d’un moment à l’autre par le défaut d’homogénéité des charbons et qui occasionne les oscillations qu’on reproche avec raison à la lumière électrique.
- » Si l’on opère dans l’air confiné, on commence par observer le spectre de combustion; aussitôt que les transformations chimiques commencent, le spectre électrique apparaît; on ne les voit pas tous deux en même temps : ils se succèdent et se remplacent alternativement; peu à peu les durées du premier diminuent, elles s’allongent pour le second, qui finit par persister.
- » Il est bien remarquable que dans les deux cas l’arc soit caractérisé par des spectres si dissemblables et que les oscillations de la lumière ne soient que l’indice du passage d’un spectre à l’autre.
- x> Ce qui doit nous intéresser encore davantage, c’est que les charbons cessant de brûler cessent aussi de s’user. Quand on opère dans l’air avec un courant moyen, on dépense environ om, 16 de bougie par heure, et, comme il y a cinq bougies de o"1, 3i par lampe, c’est une durée de dix heures, soit une nuit. Dans l’appareil fermé, à mesure que le gaz se transforme, l’usure décroît rapidement et se réduit jusqu’à om, 002 environ par heure. Chaque bougie dure cent soixante heures ; chaque lampe huit cents heures ou quatre-vingts nuits de dix heures. On peut dire que la lampe électrique devient perpétuelle, qu’il suffira de remplacer les charbons quand il faudra la nettoyer, que la dépense des charbons est presque annulée, que leur qualité devient indifférente, que les soins journaliers sont supprimés et que la lumière acquiert une fixité jusqu’à présent inconnue; il faut ajouter que par ses
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- qualités antérieures la lampe s’allume spontanément aussitôt que le courant est fermé.
- « Dans la pratique il faut réduire autant qu’on le peut les dimensions du globe de verre qui contient le brûleur, empêcher avec le plus grand soin l’air extérieur d’entrer pendant les refroidissements, tout en permettant au gaz intérieur de s’échapper pendant la fonction, ce à quoi on parvient au moyen d’une soupape. Quant aux dispositions de ces globes, on peut les varier à l’infini; celles que nous avons adoptées sont très simples. Tout est soutenu par un plateau métallique ; un anneau fixé sur son contour avec des vis maintient un anneau de caoutchouc qui se replie sur la cloche et la soutient par la pression, s’élargit et laisse échapper l’air; pendant le refroidissement, il serre la cloche et la ferme. »
- Modification de la pile Planté par M. de Pezzer
- Lorsqu’on démonte une pile Planté en fonctionnement depuis un temps assez long, on remarque d’abord que la lame négative, qui se trouve constamment réduite pendant la charge, est fort peu pénétrée par l’action chimique. D’autre part, si l’on pratique une section dans la lame positive, on voit que, même dans les éléments très bien formés l’épaisseur de la couche d’oxyde est très faible relativement à celle de la lame. Il y a donc là, dans les éléments actuels, une quantité notable de plomb qui ne sert que comme conducteur et qu’il y aurait tout avantage à diminuer, puisqu’il y a intérêt à obtenir une charge maximum avec un poids minimum de plomb. C’est sur ces considérations que s’appuie M. de Pezzer dans le mode de construction qu’il a adopté pour la pile Planté. Il emploie pour l’électrode négative une lame de plomb très mince de 1/2 millimètre d’épaisseur, et ne donne pas à la lame positive plus de z/3 de millimètre ; il renforce seulement les parties qui doivent sortir à l’extérieur du couple pour l’établissement des communications. Il est certain qu’avec ces précautions de construction, on augmente la quantité d’électricité emmagasinée pour un poids donné de plomb, mais M. de Pezzer a fait encore à la pile une autre modification basée sur quelques expériences faites récemment par lui. Il a constitué deux couples identiques formés chacun de deux lames de plomb d’égale épaisseur, mais dont l’une avait une surface double de celle de l’autre. Il a ensuite chargé de la même façon ces deux couples, mais en s’arrangeant pour que, dans un cas, la lame de surface double fût négative, et, dans l’autre, positive. Il a alors constaté, par des expériences répétées, que l’appareil où la surface négative est double accumule plus que l’appareil inverse. Dans ces expériences, les couples secondaires étaient toujours déchargés à travers la
- même résistance comprenant jun galvanomètre, et l’on pouvait admettre que, dans ces conditions, la durée de la décharge était sensiblement proportionnelle à la charge. Dans quatre expériences consécutives, entre autres, la décharge, pour l’appareil à lame négative double, a duré en moyenne une heure, tandis que, pour l’appareil à lame positive double, elle n’a duré qu’une demi-heure. Enfin, un appareil formé de deux lames égales à la plus grande de chacun des couples précédents, a donné encore un résultat inférieur à celui de l’appareil à lame négative double. Les réactions qui se passent au sein de la pile Planté sont encore trop peu délinies pour que l’on puisse se rendre compte de ces résultats. En attendant, M. de Pezzer s’appuie sur eux pour modifier de la façon suivante la construction du couple secondaire.Tout en conservant les épaisseurs de lames indiquées plus haut, il rend la surface de la lame positive moitié moins grande que celle de la lame négative, en pratiquant dans la première un certain nombre de fenêtres. La disposition des lames est, pour le reste, la même que pour les couples Planté ordinaires, mais, suivant l’auteur, l’appareil est susceptible d’emmagasiner la même quantité d’électricité qu’un appareil beaucoup plus lourd, construit par la méthode ordinaire. M. de Pezzer sera prochainement en mesure de donner sur ce point des chiffres exacts, et nous les ferons alors connaître à nos lecteurs.
- CORRESPONDANCE
- M. Decamps, ingénieur, de la Société Jabloch-koff, nous adresse la rectification suivante :
- Monsieur le Directeur,
- Permettez-moi d’appeler votre attention sur une légère erreur, qui s’est glissée dans l’article publié dernièrement sur l’Éclairage électrique du port du Havre.
- Dans la description des puits de vérification, il est dit ceci : « On noie le tout dans une couche de paraffine, on remplit enfin le cylindre de brai ou de glu... »
- Quoique ces matières offrent une bonne isolation, nous avons dû y renoncer en raison de la grande chaleur qui règne ici à certaines époques. L’élévation de la température est telle que ces substances, comme la paraffine, d’ailleurs, se liquéfieraient. Voici exactement ce qui existe :
- Dans la couche inférieure, le plâtre est remplacé par du ciment; la calotte supérieure, aussi en ciment, fait corps avec le cylindre, en ciment aggloméré,. et protège le lit de paraffine, non seulement contre l’écrasement, mais encore contre les rats, très nombreux sur les quais où se fait une grande manutention de grains.
- Veuillez agréer, etc.
- Descamps.
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- FAITS DIVERS
- Parmi les objets qui figurent à l’Exposition nationale de Milan, on a remarqué la machine électrique à voter de M. Roncelli, député du Parlement italien, et une autre du même genre combinée par M. Michelangelo. La première avait déjà figuré à l’Exposition de Paris de 1878. Ces machines, dont plusieurs types ont été décrits dans YExposè des des applications de l’Électricité, de M. Th. du Moncel, ont pour but de simplifier le système de vote actuellement en usage dans les assemblées et d’économiser du temps. Dans ces systèmes, chaque député a devant lui une plaque mélal-lique qui porte son nom, et cette plaque est munie de trois petits boutons, l’un marqué du mot oui, l’autre du mot non et le troisième du mot abstention. La plaque est en communication avec-un mécanisme central qui imprime, dans trois colonnes distinctes, les oui, non et abstention, suivant qu’ils sont touchés par le doigt du député. Une quatrième colonne marque aussi le nom des absents. Au moment de chaque vote apparaît le numéro correspondant, et, par conséquent, on voit d'un seul coup d’œil le nombre précis des votes. Par ce moyen, les membres de la Chambre donnent leur vote électriquement, sans avoir besoin de changer de place. C’est aussi facile que d’appeler un garçon, un concierge, un huissier.
- A Vienne (Autriche), on vient d’installer dans plusieurs quartiers des avertisseurs d’incendie qui, comme les télégraphes de quartier, dont il est souvent question dans ce journal, sont en communication avec les postes de police et les casernes de pompiers.
- Les essais. des appareils, récemment posés, ont été faits ces jours-ci en présence de représentants de la municipalité et ont donné de bons résultats. On comptera à Vienne soixante-dix de ces avertisseurs d’incendie, lorsqu’ils seront installés dans tous’les districts de la capitale.
- Suivant un avis publié ail mois de lévrier dernier, la Chambre de commerce de Strasbourg a porté à la connaissance du public les ouvertures faites par l’administration supérieure des postes d’Allemagne en vue de l’établissement d’un réseau téléphonique à Strasbourg et aux environs immédiats. Cet avis mentionnait les conditions suivantes, dans lesquelles ce projet pourrait être exécuté : chaque abonné obtiendrait la mise en communication de son habitation avec le bureau central de la poste par un fil téléphonique, à l’aide duquel il pourrait à toute heure de la journée correspondre avec ledit bureau, soit pour l’expédition de dépêches postales ou téléphoniques, soit pour être mis en rapport direct et personnel avec tout autre abonné relié à la poste par le téléphone.' L’administration des postes se chargerait de la pose des fils, de la fourniture des appareils, du paiement des frais de première installation et d’entretien, moyennant un abonnement annuel de 200 marks, si la distance entre la maison de l’abonné et le bureau de la poste ne dépassait pas deux kilomètres; pour des distances plus grandes, la taxe s’accroîtrait de 5o marks par chaque kilomètre supplémentaire ou par fraction de kilomètre. En ce qui concerne les abonnés demeu-meurant hors de l’enceinte de la ville, les frais de premier etablissement devaient être mis à leur charge, et le taux de l’abonnement était fixé à 5oo marks par an.
- Les Strasbourgeois ont trouvé généralement que les prix N ainsi fixés par l’administration des postes d’Allemagne étaient trop élevés, et des plaintes furent adressées à ce sujet à la Chambre de commerce de Strasbourg. Par un nouvel avis communiqué à cette dernière Chambre, l’administration des postes annonce qu’elle se voit, pour l’établissement du réseau téléphonique de Strasbourg, dans l’obligation de maintenir les conditions de prix ci-dessus indiquées, mais que, par con-
- tre, elle est disposée à en étendre le bénéfice aux localités ci-après : Robertsau, Neudorf, Kœnigshofen, Kronenbourg et Schiltigheim; en d’autres termes, les abonnés de ces localités seraient assimilés à ceux de la ville, c’est-à-dire que, déchargés de toute obligation de concourir aux frais de premier établissement, ils auraient à payer un abonnement basé sur la distance entre leur demeure et le bureau central à raison de 200 marks par an pour deux kilomètres, augmenté de 5o marks pour chaque kilomètre ou fraction de kilomètre supplémentaire.
- Dans ces circonstances, la Chambre, par l’organe de son président, M. Jules Sengenwald, vient de faire un nouvel appel au public, en priant les adhérents, tant de la ville que des localités désignées plus haut, de se faire inscrire au secrétariat de la Chambre. Un certain nombre d’adhésions ont été adressées à M. Sengenwald à la suite de cet appel.
- On annonce aux États-Unis la fondation d’une nouvelle 'Compagnie téléphonique. Elle a pris pour titre : « The People's Téléphoné and Telegraph Company. » Son siège est à Albany, New-York. Le capital de fondation est fixé à un million de dollars et pourra être augmenté jusqu’à concurrence de 10 millions de dollars.
- Une nouvelle variété de charbon, bon conducteur de l’électricité, vient d’être découverte près de Schunga, sur la rive occidentale du lac Onéga en Russie. C’est, dit-on, le charbon le plus hautement carbonisé qui ait été décrit jusqu’ici; il contient environ 91 pour 100 de carbone, 7 ou 8 pour 100 d’eau et 1 pour ioode cendre. Il est extrêmement dur et dense, a un éclat de diamant, conduit bien l’électricité, et a une haute chaleur spécifique, o°, 1922. Bien qu’il renferme autant de carbone que les meilleurs graphites de Ceylan, ce n’est pas un véritable graphite, attendu qu’il n’est pas oxydé par le chlorate de potasse et l’acide nitrique, mais il se conduit à l’égard de ces réactifs comme un charbon amorphe.
- Pendant les fêles qui viennent d’avoir lieu à Tours, on s’est servi de la lumière électrique, système Jablochkoff, sur plusieurs points de la ville. Au grand banquet offert à M. Gambetta, et auquel assistaient six cents personnes, l’éclairage a eu lieu à l’aide de l’électricité. La salle du banquet était formée par une immense tente, décorée de drapeaux et située derrière l’Exposition. Plusieurs lampes électriques ont brûlé toute la soirée.
- Pendant la campagne de Tunisie, la lumière électrique a été employée à bord des navires de l’escadre devant les ports qui ont été occupés successivement par nos troupes. Les appareils d’éclairage électrique ont surtout servi devant Sfax, Gabès, Monastir et Sousse. Cet éclairage a produit, paraît-il, une vive impression sur les Arabes, principalement à Monastir et à Sousse, ou les autorités civiles et militaires sont venues visiter le vaisseau de l’amiral Garnault, à bord duquel étaient installés six appareils électriques.
- L’éclairage électique vient d’étre introduit dans les houillères et fonderies de fer de Mostym, situées au nord de l’Angleterre. Sept, lampes Brush, annonce YÈlectrician, ont été installées par les soins de MM. Hammond et Cie, qui sont concessionnaires du système Brush pour une grande partie de l’Angleterre septentrionale.
- Un nouveau câble doit être posé le long des côtes du Canada depuis Cape Ray jusqu’à Big Lorraine. Ce câble servira aux observations météorologiques.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris, — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, —(49â)
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- La Lumière Électrique
- journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3' ANNÉE SAMEDI 20 AOUT 1881 N» 41
- SOMMAIRE
- Exposition internationale d’Électricité : La Lumière électrique, Th. Du Moncel. — Les machines magnéto et dynamoélectriques, A. Guérout. — Les lampes Werdermann, Frank Géraldy. — Recherches sur les piles, D' A. d’Ar-sonval. Revue des travaux récents en électricité : Le condensateur parlant. — Un gouvernail électrique. — Application des moteurs électriques. — Encore la pile Faure. — Un monocorde électrique. — Un nouveau transmetteur Morse. — Une nouvelle expérience magnéto-électrique. — La lumière électrique dans les mines. — Correspondance. — Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Comme on devait s’y attendre, c’est l’éclairage électrique et tous les appareils qui s’y rapportent qui semblent constituer le caractère principal de l’Exposition actuelle. On dirait qu’on s’est donné le mot, dans tous les pays, pour y établir une sorte de concours qui pourra fixer les idées du public sur les préférences à accorder à tel ou tel système, suivant les conditions de l’application. Tous les systèmes imaginés jusqu’ici figurent, en effet, à cette Exposition, et il sera possible d’en apprécier les avantages et les défauts.
- Bien que tous ces systèmes ne puissent être mis en action régulièrement avant quelques jours, on peut, dès maintenant, prévoir ce qu’ils indiqueront d’une manière générale, car des expériences nombreuses ont déjà eu lieu dans les divers pays. On verra par exemple que, pour l’éclairage de grands espaces, c’est aux grands foyers, aux lampes, en un mot, qu’il faudra avoir recours ; mais la question ainsi posée se subdivise elle-même, car l’éclairage peut se faire de deux manières, à,petite distance du sol ou à une certaine hauteur. On avait pendant longtemps combattu cette dernière manière d’appliquer la lumière électrique; mais on semble y revenir, et nous voyons qu’eu Amérique, on prépare j
- f de grandes expériences à ce point de vue, car il ne s’agit rien moins que d’élever des sortes de tours en fer pour soutenir les foyers à des hauteurs de 20 à 3o mètres. Il est bien évident qu’il faut alors de puissants foyers et de grands réflecteurs pour fournir des effets avantageux, et on se demande si ce qu’on gagnera par l’étendue de la sphère éclairée ne sera pas perdu par l’affaiblissement de la lumière. Mais nous sommes habitués maintenant à tant de surprises, que le raisonnement pourrait être en défaut, et c’est l’expérience qui prononcera à cet égard. Dans tous les cas, ces grands foyers peuvent être, aujourd’hui, produits dans de bonnes conditions d’économie, et nous en verrons évidemment de plu-siéurs sortes qui seront présentés par les compagnies Brush, Siemens, Gramme, etc. Ces foyers sont alors produits par des lampes à arc voltaïque de grandes dimensions et avec des charbons de très fort diamètre, comme ceux employés pour les phares; mais, sans avoir recours à des foyers si élevés, on peut obtenir un éclairage du même genre, dans des conditions plus faciles, et, nous avons vu que les essais tentés, dans cette direction, par M. Siemens, ont produit de très bons résultats lors du concours d’éclairage de Londres.^)
- Dans ces conditions, il est certain que les lampes électriques sont indiquées, et il paraît que les lampes à action différentielle sont celles qui donnent les meilleurs résultats. Il en existe maintenant de plusieurs systèmes, et, à l’Exposition, on pourra en voir plusieurs modèles habilement combinés par MM. Siemens, Gramme, Brush, Berjot, etc. Je n’ai pas vu cependant celles de M. Tchikoleff, les premières de toutes, ni celles de M. Schuckert.
- Quand il s’agit d’éclairage à des hauteurs moins élevées, on peut employer avec'avantage les lampes à intensité moyenne, telles que les bougies électrL ques, les lampes Werdermann, etc. Cependant M. Brush emploie, même dans ce genre d’application, ses lampesàdeux charbons, ainsi qu’on l’a vu dans notre numéro du 2 juillet. Le point important pour ce genre d’éclairage, qui s’applique surtout aux rues, est que les appareils ne soient pas trop dispen-
- (l) Voir le n° de la Lumière Électrique du 16 juillet.
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- dieux, qu’ils puissent avoir leurs charbons renouvelés facilement, et ne soient pas susceptibles de s’éteindre ou de se déranger ; c’est pourquoi les appareils simples, comme les bougies électriques de M. Ja-blochkoff, ont été recherchés jusqu’ici. Mais nous ne croyons pas qu’elles soient le dernier mot de la question.
- On comprend facilement que les conditions d’application de ce dernier genre d’éclairage, par des foyers d’intensité moyenne, ne se bornent pas aux
- rues. Toutes les fois qu’il s’agit d’éclairer une vaste enceinte, fermée ou non, c’est à lui qu’on doit avoir recours, mais il faudra que les appareils présentent une grande fixité,et il sera, en conséquence, très intéressant d’étudier, sous çe rapport, les divers systèmes qui figurent à l’Exposition, et dont les principaux types, en dehors de ceux dont nous avons parlé, et de celui de M. Serrin, le plus ancien de de tous, sont ceux de MM. Crompton, Brokie, Jas-par, Berjot, Clerc (lampe-soleil), Gülcher, etc.
- (fig. 1.) Salon éclairé par -les lampes à incandescence avec combustion
- Quand il s’agit d’éclairage de faible intensité, tel que celui qui convient à la vie domestique, à l’éclairage des appartements, en un mot, les lampes par incandescence peuvent évidemment avoir de grands avantages. Jusqu’à présent ce genre d’éclairage a été peu expérimenté à Paris, et très peu d’inventeurs français s’en sont occupés ; il est vrai que s les essais faits à Paris en 1876, avec la lampe Lo-dyguine, n’avaient guère été encourageants ; mais il n’en a pas été de même en Angleterre et en Amérique et, malgré le peu de succès des premiers essais, on n’a cessé de s’en occuper. Aussi, grâce
- à la persévérance opiniâtre des inventeurs de ces deux pays, on est arrivé à des résultats inattendus, réellement très satisfaisants, qui montrent que, dès maintenant, ce système d’éclairage peut être appliqué dans des conditions relativement bonnes, et même, nous assure-t-on, plus avantageuses qu’avec le gaz; c’est ce que nous examinerons quelque jour. En attendant, les lampes de MM. Swan, Edison, Maxim, Lane Fox, etc., qui vont éclairer la salle du Congrès’ les deux salles d’Edison, la grande salle C de téléphonie, etc., sont devenues des lampes pratiques, dont l’organe lumineux, le charbon, bien que d’une
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- ténuité extrême a été rendu solide, et qui présentent, dans le système de M. Edison, des dispositifs pratiques qui ne semblent guère laisser à désirer pour leur application usuelle. Nous consacrerons prochainement un long article à ces lampes et à l’ensemble du système, qui est aujourd’hui aussi complet que le comporte l’état actuel de là science. Il est certain que l’étude de ce système sera tout à fait nouvelle pour nos lecteurs, et nous serons heureux de constater nous même les progrès qui
- ont été faits dans cette voie depuis l’époque où nous étions en droit de douter, d’après les expériences faites jusque là. Aujourd’hui, du reste, M. Edison éclairé sans doute par les polémiques qui ont eu lieu à ce sujet, a reconnu lui-même que son système n’est qu’un perfectionnement de systèmes plus anciens, mais un,perfectionnement tel, qu’il a pu rendre pratique ce qui ne l’était pas, et défier tous les autres au point de vue des bonnes conditions de son application.
- (fig. 2.) Galerie de tableaux éclairée par des lampes à incandescence.
- M. Swan, de son côté, se trouve dans le même cas, et M. Maxim, suivant la même voie, est aussi entré en lice. Qui aura l’avantage? A qui la priorité, à qui le prix?... C’est ce que les expériences qui seront faites à l’Exposition nous diront. En attendant, M. Edison nous a proposé d’étudier nous-même, les mesures en main, son système, et nous assure que nous trouverons qu’il est plus économique, dès maintenant, que l’éclairage au gaz. Nous avons vu pourtant que telle n’était pas la conclusion de la commission nommée pour l’étude des lampes Maxim. Mais la question est si complexe qu’il nous
- paraît à présent impossible de la préjuger. Quoiqu’il en soit, nous montrons, dans la figure 2 l’application qui a été faite de ce système de lampes pour l’éclairage d’une galerie de tableaux.
- Ainsi, les lampes électriques peuvent se répartir en trois grandes catégories, les lampes à arc voltaïque et à régulateur automatique, les bougies électriques ou lampes sans aucun mécanisme, et les lampes à incandescence. Ces categories elles-mêmes peuvent se subdiviser, la première, en lampes à courant unique, en lampes à dérivation, et en lampes différentielles; la seconde catégorie, enbou-
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- giesà isolanFsolide et en bougies à isolant gazeux; la troisième catégorie, en lampes à [incandescence sans combustion et en lampes avec combustion. La figure i représente un salon éclairé par les lampes de ce dernier genre. De nombreux modèles de ces différents systèmes de lampes figurent à l’Exposition et l’on pourra avant peu en apprécier les avantages et les inconvénients. Pour le moment nous allons indiquer comment on a distribué ces différents éclairages dans les diverses parties de l’Exposition.
- D’abord, la grande nef, comme nous l’avons déjà dit, est éclairée du côté du Nord, au premier étage, par 24 lampes Gramme, du système différentiel que nous avons décrit dans notre numéro du 21 mai, et qui ont été fabriquées par plusieurs contructeurs. Du côté du Sud, au même étage, on trouve, en se dirigeant du bout Ouest vers le bout Est : i” deux lampes Gramme; 20 deux lampes du système Berjot (Méritens) ; 3° quatre lampes du système Lontin ; 40 une lampe Gramme et une lampe Chertemps; 5° deux lampes Siemens construites en France; 6° quatre lampes Wesîon ou Maxim; 70 quatre lampes Siemens construites en Allemagne, et quatre autres construites en Angleterre.
- Aux deux extrémités de la nef, on rencontre d'abord, du côté de l’Est, toujours à hauteur du premier étage, 5 lampes Brush, 'plus un foyer très puissant, du même constructeur, qui occupera le milieu de ce côté, au-dessous de l’horloge. Du côté de l’Ouest, c’est-à-dire au-dessus du grand escalier, on trouve deux régulateurs Serrin, de la compagnie l’Alliance, et quatre lampes ou bougies Wilde qui complètent l’éclairage de ce côté.
- Au-dessous de cette rangée de lampes, qui forment un cordon de 60 lampes tout autour de la nef, et en dehors de l’éclairage des galeries latérales, on distingue d’abord, du côté Sud, vers le bout Ouest, une rangée de 60 bougies Jamin placées là comme pièces d’expériences, puis 6 lampes à abat-jour de M. Giilcher qui auraient dû figurer dans l’exposition Autrichienne, mais qu’on a dû ramener dans l’exposition Française pour leur fournir un générateur électrique approprié.
- L’éclairage du dessous des galeries latérales, de ce côté, est effectué par 8 lampes Reynier, alimentées par des accumulateurs Faure, par 6 bougies Debrun, 10 lampes Gramme (Sautter), 6 lampes-soleil (Françaises), 14 lampes Maxim, 6 lampes-soleil (Belges), un grand nombre de lampes Siemens dans la partie anglaise, et un très grand nombre de lampes Brusch qui éclairent, non-seulement la galerie couverte du côté du Sud, mais encore celle qui continue le bout Est de la nef. Le bout Ouest, derrière l’escalier, est éclairé par des bougies Jablochkoff.
- Au milieu de la nef, descendront de la voûte, devant l’exposition Anglaise, six lampes Cromp-ton.
- 1 En dehors de cet éclairage, nous aurons à citer les éclairages particuliers des compartiments des divers pays. Dans la section anglaise, on trouve 4 lampes Brockie, 4 lampes Andrews, quelques lampes Joël et 8 lampes Siemens (Anglaises). Dans la section Allemande et Prussienne, on rencontre 14 lampes Siemens, distribuées en différents points et de différents modèles, et la Belgique exhibe 6 lampes Jaspar, montées sur des supports très élevés.
- Le compartiment Américain découvert sera aussi éclairé par de nombreuses lampes Maxim ou Weston, mais on n’en connaît pas encore le nombre.
- » Dans la section française on remarque d’abord, toutes les lampes, placées autour du.bassin, où baigne la tour du Phare, qui sont du système Jablochkoff, et qu’on retrouve encore dans l’exposition de la Compagnie générale d’électricité, qui est voisine de là, ainsi que dans beaucoup d’autres endroits. Le pavillon de la ville de Paris est éclairé par 6 lampes Siemens, et celui de l’administration des télégraphes, par 5 lampes Berjot (Méritens), lampes qu’on retrouve encore suspendues, au nombre de quatre, sur deux grands candélabres placés dans le voisinage des expositions des chemins de fer de l’Est et du Nord. La Compagnie Debrun, a aussi un pavillon éclairé, intérieurement et extérieurement par trois bougies Debrun, et les trois phares sont éclairés par des régulateurs du système Serrin, animés par des machines de Méritens.
- On remarque encore, supendues à des cordes traversant la nef au-dessus des expositions des chemins de fer, dix lampes à abat-jour, munies d’une cage en verre à échelons qui sont des lampes de M. de Mer-sanne, exposées par la compagnie Lontin
- Enfin, pour terminer avec la nef, nous dirons que l’escalier monumental est éclairé par 8 lampes à piédestaux artistiques des systèmes Wilde et Jablochkoff, qui sont distribuées aux différents points où il se contourne; que le pavillon anglais du post-office est éclairé par 16 bras munis chacun de trois lampes du système Swan, que le compartiment russe aura pour luminaire quatorze lampes différentielles de M.^Gravier de Varsovie.
- Les salles, au premier étage, sont aussi bien éclairées que la nef, et, ce qui est le plus intéressant, elles elles le sont avec des systèmes différents dont l’importance et les qualités peuvent être appréciées facilement par comparaison.
- La salle n° 2, occupée par le théâtre est éclairée par un très beau lustre renfermant 12 lampes Werder-mann et 12 appliques avec lampes du même système. Six autres lampes constituent la rampe destinée à éclairer la scène.
- La salle n°,i, constituant une sorte de galerie de tableaux, a pour système d’éclairage dix lampes-soleil disposées en suspension.
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- La salle n° 3, dont 011 a fait une salle à manger, est éclairée, ainsi que le salon du président, par un certain nombre de lampes Werdermann.
- La salle n° 4, disposée en cuisine et garnie de faïences, est éclairée, ainsi que la salle voisine, formant salle de bain, par des lampes à incandescence du système Swan, alimentées par les accumulateurs Faure; ces lampes ne sont pas, du reste, encore toutes posées.
- La salle n° 5 qui suit, et qui forme salon, sera éclairée par des lampes Jamin.
- La salle n° 6, occupée entièrement par tous les appareils de la lumière Jamin, est éclairée par des bougies Jamin actuellement au nombre de quatre.
- La salle n° 7, consacrée aux jouets électriques et aux appareils Jablochkoff, a pour luminaire des bougies Jablochkoff qui sont au nombre de dix, disposées sur des bras, de i3 groupées autour d’un lustre, et de 25 occupant l’étalage de la Société générale-d’électricité. Cette salle est celle qui termine, du côté de l’Ouest, l’ensemble des salles de la façade Nord du palais de l’Exposition.
- Après la salle 7, en se dirigeant vers l’Est, on rencontre d’abord un couloir éclairé par des bougies Jablochkoff, et dans lequel s’ouvrent les deux salles garnies de tapis, dans lesquelles sont installés les téléphones mis en rapport avec l’Opéra et le Théâtre Français. Ces salles sont éclairées par des lumières à incandescence du système Lane-fox et Swan.
- La salle n° 9 qui suit, sera éclairée par des lampes Berjot (Méritens), la salle n° 10, par des lampes Sautter et Lemonnier, la salle n° 11, par des bougies Jablochkoff, la salle n° 12, par quatre lampes Gramme, la salle n° i3, par six lampes Siemens, la salle n° 14 par trois lustres et huit lampes du système Wilde, la salle C, par un grand nombre de lampes Maxim à incandescence, la salle n° i5, par trois Jaspar avec grands abat-jours, la salle n° 16, par six lampes Solignac sans globe, et des lampes Gérard, la salle n° 17, par quatre lampes Gramme. Les salles n° 18, 19, 20 n’ont pas encore leur système d’éclairage organisé ; d’après le catalogue elles seraient éclairées par des systèmes appartenant à MM. Mignon et Rouart, de la Compagnie Lyonnaise de la lumière électrique et M. James Fyfe; mais la salle 21, occupée par le buffet, est éclairée par trois lustres renfermant cent lampes Swan.
- La salle du Congrès, qui est à côté, et qui termine la façade du côté Est, aura le splendide éclairage dont nous avons parlé, et qui comprendra 38o lampes à incandescence Swan, disposées en guirlande, tout autour de la salle, plus huit lustres renfermant chacun vingt lampes.
- Enfin, viennent les deux salles d’Edison, éclairées chacune par quarante bras, munis d’une lampe à in candescence, huit lustres, portant chacun trois
- lampes et deux grands lustres àfcristaux munis d’une grande quantité de lampes. En outre, deux modèles de lampes de mines et un régulateur d’intensité cle lumière, complètent le système d’éclairage de ces pièces qui comprend en tout 228 lampes.
- Nous avons déjà dit que la grande entrée du milieu de T,exposition était éclairée par des lampes électriques du système Werdermann. Ces lampes sont au nombre de dix disposées sur des candélabres du plus bel effet, et le lustre qui éclaire le passage conduisant à la nef supporte 6 lampes Siemens.
- La plupart de ces systèmes d’éclairage ont été décrits dans ce journal, et nous renvoyons le lecteur aux descriptions que nous en avons données. Pourtant plusieurs sont nouveaux, entr’autres les lampes Berjot (Méritens), les lampes Giilcher, les lampes Andrews, etc. Nous les décrirons successivement et nous donnerons de nouveaux et longs détails sur les lampes à incandescence qui ont pris, dans ces derniers temps, une extension inattendue à la suite des perfectionnements considérables qui leur ont été apportés. Comme on le voit, l’exposition actuelle renferme tous les éléments possibles pour qu’on puisse établir un jugement définitif sur l’éclairage électrique. Jamais on ne s’est trouvé en présence d’un concours aussi varié et aussi complet de systèmes, et il est évident pour nous qu’il en sortira quelque chose de définitif qui sera une des gloires de notre époque.
- TIX. DU MONCEL.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LES MACHINES
- MAGNÉTO ET DYNAMO-ÉLECTRIQUES
- Les machines magnéto et dynamo-électriques, et surtout ces dernières, ont certainement conquis, aujourd’hui, au point de vue de l’éclairage électrique, aussi bien qu’au point de vue de la transmission de la force et des diverses autres applications, une importance considérable. Aussi leur a-t-on fait à 1 Exposition d’électricité une très large place. Elles sont représentées, dans le Palais de l’Industrie, par une cinquantaine de systèmes, dont quinze, au moins, ont déjà fait leurs preuves et dont quelques-uns comportent une très grande variété de types. Si 011 en excepte quelques machines décrites tout récemment dans les journaux scientifiques et qui n’existent peut-être encore que sur le papier, et aussi deux ou trois systèmes étrangers pour lesquels, sans doute, leurs
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- inventeurs ont craint les fatigues du voyage, on peut dire que l’Exposition nous offre presque toute la série des machines magnéto et dynamo-électriques inventées jusqu’à présent, depuis la vieille machine de Pixii jusqu’aux derniers perfectionnements des machines modernes. Il serait certainement intéressant, dans une promenade à l’Exposition, de suivre sur les machines elles-mêmes le développement progressif de cette classe d’appareils, et c’est' dans cet ordre d’idées que nous allons les passer en revue.
- Les premiers types sont représentés par la machine originale de Pixii, qui figure dans le musée rétrospectif et les machines de Clarke, exposées par les constructeurs d’instruments pour les cours, puis par la grande machine de l’Alliance.
- C’est dans la salle 14. que l’exposition de la Compagnie Parisienne d’éclairage par l’électricité présente les divers types de cette machine, depuis la machine à deux aimants, qui rappelle de si près celle de’Clarke, jusqu’à celles, à 8, 16, 20 et 40 aimants.
- La machine primitive de Siemens (’) avec son armature à fer en double T, tournant entre les pôles d’une longue rangée d’aimants permanents, montre ensuite la première modification importante faite aux machines magneto-électriques. Elle se trouve dans la nef même,dans l’exposition de la maison Siemens, de Berlin. A'côté de cette dernière, se trouve également la première machine dynamo-électrique de Siemens; cette machine, avec' celle de Wilde (2), exposée à côté des machines de l’Alliance, et la machine de Wheatstone,placée dans la vitrine anglaise du musée rétrospectif, représente les premières applications du principe de la surexcitation. On sait les importants résultats que ce principe a donnés avec les machines à anneau. Les prepiiers types de celles-ci', construits avec des aimants permanents, sont représentés d’abord, dans la section Italienne, par la machine Pacinotti, puis par la machine Gramme exposée à la fois, sous diverses formes, par la société Gramme dans la nef et par MM. Bréguet sous la galerie Nord.
- Dans ces mêmes expositions, la machine Gramme à surexcitation se présente d’abord sous la forme la plus répandue, le type d’atelier (5). Dans la partie réservée sous la galerie Sud à la société Gramme, à peu près au milieu de cette galerie, un grand nombre de ces machines alimentent des régulateurs Gramme placés sur les côtés de la nef. A côté, d’autres machines du même type, construites par MM. Mignon et Rouart, puis par MM. Dalmau et Hijo de Barcelone, puis, tout près de l’extrémité Nord du Palais, d’autres encore sortant des ateliers, (*)
- (*) Exposé des applications de l’électricité, de M. Th. Du Moncei, t. 2, .p. 202.
- (2) Exposé des applications de l’électricité, de M. Th. Du Moncei, t. 2, p. 227.
- (5) La Lumière électrique, 1879, p. n5.
- Bréguet et de ceux de MM. Sautter et Lemonnier, alimentent des lampes Gramme concourant à l’éclairage général du Palais. De l’autre côté de cette même galerie Sud, derrière les vitrines de l’exposition Belge, plusieurs des mêmes machines, construites par M. Jaspar, de Liège, alimentent chacune une lampe Jaspar. La machine Gramme à courant continu est encore représentée, dans les expositions des différents constructeurs de ces machines, et particulièrement dans celle de la société Gramme et celle de MM. Sautter et Lemonnier, par différents types, comme la machines à colonnes, celle à électro-aimants plats etc. Enfin, toujours sous cette même galeiie Sud, à côté de l’exposition de MM. Bréguet, M. Félix, de Sermaize, expose quatre machines Gramme àbâti octogonal, du type de celles qui ont servi à l’expérience bien connue du labourage électrique.
- En plaçant un anneau genre Gramme entre les pôles de deux ou quatre gros électro-aimants à épanouissements, de manière que cet anneau soit influencé latéralement au lieu de l’être par la circonférence, M. Schuckert et M. Giilcher ont constitué deux machines qui reviennent, somme toute, à celle de Gramme. Elles sont exposées sous la galerie Sud, non loin de l’exposition de la Société Gramme.
- Si on allonge l’anneau Gramme de manière à lui donner la forme d’un cylindre et qu’on enroule le fil seulement à l’extérieur, afin de supprimer les portions de spires intérieures qui n’agiraient que comme résistance inutile, on obtient, en conservant le même collecteur et des électro-aimants inducteurs analogues, la machine imaginée par M. Yon Hefner Alteneck, et plus généralement connue sous le nom de machine Siemens à courant continu (4). C’est là un type que le visiteur 11e sera certes pas embarrassé de trouver. Les expositions des trois maisons Siemens, de Paris, de Londres et de Berlin, qui se trouvent toutes trois dans le centre de la grande nef, présentent toutes divers modèles de cette machine. En outre, sous la galerie Sud, en différents points, un certain nombre de ces machines fonctionnent pour le service de l’éclairage.
- A la machine Siemens se rattache directement la machineWeston,exposée sous la même galerie à côté des machines de Félix que nous venons de citer. L’aspect est celui d’une machine Siemens horizon-tale;l’enroulement du cylindre est d’ailleurs le même, mais il est formé d’anneaux espacés et des vides sont laissés entre les fils. Il s’établit ainsi, pendant la rotation, une sorte de ventilation qui empêche réchauffement. Cette machine doit faire fonctionner quelques lampes différentielles dues également à M. Weston (5).
- O1) La Lumière électrique, 1879, p. 176. (6) — — 1879, p. 172.
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- Mentionnons ici la machine Edison (*), dont l’enroulement se rapproche beaucoup de ceux des machines Siemens et Gramme et qui se distingue spécialement par ses grandes dimensions et certains détails de.construction. Un accident a retardé son arrivée, elle doit prendre place sous la galerie Sud, à coté des vitrines de l’exposition Belge et aUmen-ter naturellement les lampes Edison.
- A côté de l’espace réservé à cette machine Edison, on aperçoit un groupe de cinq machines qui, à première vue, ressemblent à s’y méprendre à celles de Siemens. Cependant, sans parler de la couleur rouge criard de leurs inducteurs, elles se distinguent de ces dernières machines par différents points. Les inducteurs sont bien disposés de même, mais les groupes de fil enroulés sur le cylindre à l’intérieur et à l’extérieur, comme dans l’anneau Gramme, ont leur sortie alternativement à droite et à gauche de sorte que la machine présente un collecteur de chaque côté. De plus -le cylindre est formé d’anneaux dentés, un peu distants les uns des autres, de manière à faciliter la ventilation comme dans la machine Weston. Enfin une des cinq machines,destinée à exciter les inducteurs des autres, porte un appareil régulateur du courant. Ces machines sont celles de M. Hiram Maxim, exposées par la United States Electric Lighting Cotnp. (2). Un autre groupe de ces machines se trouve encore plus en arrière sous la galerie; elles doivent allumer les lampes du même inventeur dans la salle C.
- Dans la machine à courant continu de Lontin (rj), exposée du côté Sud, auprès des machines Weston ; une série d’électro-aimants disposés en rangées héli-çoïdales autour d’un axe et munies d’un collecteur, remplacent l’anneau Gramme et jouent le même rôle que lui. Cette machijne sert à exciter la machine à courants alternatifs, dont nous parlerons plus loin.
- Une autre modification de l’anneau Gramme se présente dans la machine Brush (4), dont quatorze spécimens se trouvent sous les galeries à l’angle Sud-Est. L’anneau, tournant entre les pôles épanouis de deux grands électro-aimants doubles, porte huit groupes de fil, enroulés dans des entailles. Les bobines diamétralement opposées sont accouplées deux à deux et les courants sont recueillis, non plus par un collecteur, mais par des commutateurs. Ces machines alimentent les lampes Brush et Lane Fox; en outre, trois d’entre elles sont réservées au service des lampes Swan.
- Le même mode de collection des courants est appliqué dans une machine exposée par le White House Mills de New-York et appelée, nous ne sa-
- (*) La Lumière Electrique, 1879, P- 1(x>
- (-) — — 1880, p. 412.
- (r,j — — 1880, supplément au n" du
- i01' juin, p. 220.
- (4) — — juillet 1881, p. 6.
- vons pourquoi, machine dynamo-électrique à disque d’Arago. Le disque en question est formé de bobines plates sans fer, mobiles entre les pôles d’aimant épanouis et les courants induits dans ces bobines sont recueillis par des commutateurs, à peu près comme dans la machine Brush.
- Si l’on se reporte à la machine de l’Alliance, on arrive à la machine alternative de Wilde (*), dont trois types sont exposés dans la salle 14. On retrouve dans la partie centrale de cette machine, une roue d’électro-aimants induits rappelant ceux de la machine de l’Alliance, mais qui, au lieu de tourner entre des pôles d’aimants, tournent entre des pôles d’électro-aimants. Ces électro-aimants sont excités par le courant produit par une fraction même de la machine. Les trois modèles exposés dans la salle 14 semblent destinés à alimenter les brûleurs Wilde placés dans la même salle.
- Une autre machine alternative à électro-aimants inducteurs et induits est celle de Lontin (*). Les électro-aimants inducteurs, placés radialement sur la circonférence d’un disque central, tournent à l’intérieur d’un grand anneau qui supporte intérieurement les électro-aimants induits fixes. Dans cette machine, les inducteurs sont excités par une machine spéciale, la machine Lontin à courant continu, déjà citée. L’ensemble formé par ces deux appareils se trouve sous la galerie Sud, à côté des machines Weston.
- Si, dans la machine de Wilde, on remplace les électro-aimants' tournants par des bobines sans fer, par des cadres galvanométriques en un mot; on aura l’induction sur le fil lui-même en évitant diverses réactions dues au noyau de fer. Cette disposition constitue la machine alternative de V. Hefner Alteneck, dite machine Siemens (s). On en trouve des types dans les expositions des trois maisons Siemens et un certain nombre d’entre elles, excitées par des machines Siemens à courant continu, fonctionnent sous la galerie Sud, pour l’éclairage.
- La même suppression des noyaux des bobines induites, dans la machine Lontin, donne celle de Kre-menesky, exposée dans la nef près de l’entrée.
- En rendant dans l’alternative de Siemens les bobines induites fixes et les inducteurs mobiles, on passe ensuite à la machine Lachaussée, dont deux modèles sont exposés sous la galerie Sud, vers l’extrémité Ouest. Ces machines sont destinées à l’éclairage des lampes-soleil, placées en différents points de la section Belge et dans la galerie de tableaux de la salle 1.
- On retrouve encore un induit fixe et un inducteur mobile dans la machine alternative un peu spéciale de Gramme; huit électro-aimants, disposés autour d’un axe, tournent à l’intérieur d’un cylindre enroulé en
- (') La Lumière électrique, 1880, supplément ;tun“~du 1juîl 1 lct; p. 276.
- (-) — — 1880, supplément au n“ du
- i01' juin, p. 220.
- (r’j — — 1879, p. 177.
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- groupes, à peu près comme l’anneau Gramme (’). Les extrémités des fils de ces groupes, au lieu d’aller à un collecteur,vont à des bornes et peuvent être réunis en plusieurs circuits, généralement quatre. Depuis quelques années, on monte, sur l’axe de cette machine, une petite machine Gramme à courant continu, la machine devient auto-excitatrice et, pour ce qui concerne les machines Gramme à courant alternatif, c’est ce dernier type que l’on rencontre surtout à l’Exposition. Sous la galerie Sud, de chaque côté de la machine Lachaussée, sont deux groupes de ces auto-excitatrices Gramme.Trois de ces machines, affectées au services des lampes Werdermann, allument 48 de ces lampes éclairant le théâtre, le salon du Président, la salle à manger, le grand escalier du pavillon Nord; d’autres,desservant les bougies Jablochkoff, servent à l’éclairage de la salle B, delà salle H, des abords du phare, du buffet, du bureau des postes et du bureau des commissaires étrangers; enfin deux de ces machines,modifiées par M. Jamin en vue d’augmenter leur tension, desservent d’abord une rampe de 60 lampes Jamin suspendue à la galerie, puis les appareils Jamin placés dans le salon, dans la salle de billard, dans la salle de l’exposition Jamin et dans l’escalier de pierre Nord-Ouest.
- De la machine de l’Alliance se rapproche encore celle de M. de Meritens (2) dont l’induit, formé de bobines plates disposées sur la circonférence d’un anneau de cuivre, tourne non plus entre les aimants, mais devant les pôles de ceux-ci. Six de ces machines alternatives sont exposées sous la galerie Sud et éclairent lçs lampes Berjot, placées dans la salle 9.
- Signalons enfin dans l’exposition de la Compagnie Générale d’Électricité, située près du bassin, au centre de la nef, la machine alternative deM. Jablochkoff (3), à inducteur héliçoïdal agissant sur des électroaimants longitudinaux, placés tout autour en forme de tambour.
- Si nous ajoutons à ces machines des appareils spéciaux tel que la machine pot et la machine unipolaire exposées par la maison Siemens de Berlin, nous aurons passé en revue les plus importantes des machines exposées; nous ne les avons pas prises absolument dans l’ordre chronologique, mais nous avons surtout cherché à faire voir les points de contact qui existent entre les différents systèmes. Celui qui voudrait, dans une visite à l’Exposition, les examiner dans l’ordre que nous avons suivi se condamnerait certainement à un véritable voyage en zig-zag, mais il pourrait se convaincre des relations de parenté qui rattachent une machine à l’autre et faire, pour ainsi dire, l’étude du transformisme des machines à lumière.
- (’) La Lumière électrique, 1880, p. 88.
- O — — janvier 1881, p. 23.
- C3) — — mai 1881, p. 348.
- ‘ Ajoutons en terminant, que, parmi toutes ces machines, la plupart ont déjà été décrites, ainsi que l’indiquent nos renvois, soit dans des ouvrages classiques, soit dans ce Journal; nous n’y reviendrons donc pas par la suite, et, dans des articles ultérieurs, nous nous contenterons de donner une description détaillée de celles dont nous n’avions pas parlé précédemment.
- A. GUÉROUT
- LES LAMPES WERDERMANN
- J’ai dit combien on avait dû dépenser de soins et de travail, pour amener la lampe Werdermann, de l’état de bon appareil de laboratoire à celui de système pratique, pouvant entrer dans l’usage et passer entre toutes les mains ; ce résultat atteint, on n’était pas au bout de' ses peines, et il fallait encore donner à cette lampe les dispositions nécessaires pour qu’elle puisse se prêter aux besoins différents. De ce côté, il n’y a pas eu beaucoup à faire. En créant des types de dimensions différentes, en utilisant la facilité extrême, avec laquelle la lampe fonctionne dans toutes les positions, on est arrivé à la rendre apte à toutes les destinations auxquelles on pouvait désirer la plier. On sait, en effet, que la marche de cet appareil demande seulement que le charbon mobile soit poussé vers le butoir fixe avec une pression constante ; on arrive à ce résultat, avec un même poids, que la queue de la lampe soit descendante ou ascendante; dans le premier cas, le poids pèse directement sur le charbon, dans le second, il le soulève par l’intermédiaire d’une petite poulie, l’effet est le même. Si la lampe doit être inclinée suivant un angle donné, un tâtonnement facile indique quel poids on doit mettre. 11 n’y aurait guères que la position horizontale qui présentât des difficultés, encore pourrait-on trouver la solution en séparant le poids moteur de la lampe et le faisant agir à l’aide d’une poulie, mais ce cas n’a point d’importance, et la nécessité d’adopter cette situation singulière ne s’est jamais présentée.
- Quant aux intensités, on sait que ce système n’a pas de dimensions fixées, et que, depuis les petites lampes du modèle Reynier, appliquées à des usages spéciaux, jusqu’aux grands foyers de l’A-théneum, on a une très grande échelle d’intensités différentes.
- Ces facultés nécessaires ont été acquises par le travail intelligent de M. Napoli, il restait alors encore un point, qui était de donner à ces lampes un aspect convenable, de les munir de supports, de les grouper suivant les cas, en somme, de leur donner un aspect plus ou moins orné, mais conservant tou-
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- jours un certain caractère d’élégance, sans lequel un appareil ne fait pas fortune en notre pays.
- C’est là, en effet, un trait saillant de nos goûts, et qui est beaucoup moins marqué dans quelques autres nations.
- En Angleterre, par exemple, on semble généralement .se préoccuper assez peu de la forme extérieure, de l’aspect d’un meuble et d’un appareil, pourvu qu’il soit solide, durable et atteigne
- bien le but pour lequel il est établi : cela est assez frappant dans les appareils électriques anglais; s’il faut un soutien, on met une barre droite, si l’on veut renfermer quelque chose, une boîte carrée fait l’affaire, l’un est bien rigide, l’autre bien fermée, les conditions sont remplies, tout est bien. Aussi les produits ont-ils, en général, un aspect soigné, bien compact, satisfaisant pour l’esprit, mais, en même temps, un peu lourd pour l’œil.
- Nous tenons au contraire, de ce côté de la Manche, à ce que les pièces nécessaires se donnent la peine d’être, en même temps, gracieuses; les barres de support seront légèrement infléchies en courbe, la boîte sera ornée de moulures,, pourvue d’un socle, on s’efforcera de donner à l’ensemble, en même temps que les qualités nécessaires, un peu d’agrément. Question de race sans doute. Au reste, il ne faudrait naturellement pas prendre la proposition d’une façon absolue; d’ailleurs, les qualités ne sont pas sans se modifier, et les goûts s’influencent par le contact; les Anglais ont, depuis quelques années, fait de grands efforts dans le sens de la recherche
- artistique ; nous avons été, de notre côté, sensiblement influencés parles mérites sérieux des produits Anglais, c’est un des résultats'les meilleurs et les plus frappants des expositions.
- La lampe Werdermann n’a pas été très facile à varier et à décorer; elle a une grande longue queue nécessaire pour renfermer le charbon mobile et qui est bien raide et bien gênante. De la courber, il 11e peut guère en être question ; il faudrait faire usage de charbons courbes, changer complètement le mode d’entraînement; tout cela peut se faire sans doute, mais non sans quelque embarras ; il valait mieux accepter franchement la
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- queue droite et en tirer parti, c’est ce qu’on a fait.
- Nous donnons, dans les dessins ci-contre, quelques-unes des formes qui ont été combinées ; à cet égard, il faut rendre justice au goût et à l’esprit d’invention qu’a montré M. Pinaud, directeur des ateliers de la rue des Martyrs. Dans le dessin d’ensemble, les dispositions de lampes isolées en montrent de divers genres, depuis le support en applique, très simplement orné, jusqu’au piédestal
- surmonté de statues portant la lanterne. On en verra à l’Exposition beaucoup d’autres certainement mieux réussis encore.
- Ôn a rencontré encore plus de difficultés pour l'es lampes groupées ; cependant, on est arrivé à constituer des lustres tels que ceux que nous représentons séparément, et qui sont incontestablement d’un aspect élégant et riche. Dans ces appareils, les queues des lampes étaient inclinées
- de façon à se dissimuler entre les chaînes de cristaux taillés formant l’ornementation. Cette inclinaison qui se sent dans la partie visible de la lampe n’est pas sans donner un peu de raideur à l’effet ; on est parvenu à la faire disparaître.
- On a dû, en partie, ce progrès à un autre progrès, c’est-à-dire, à l’emploi de charbons d’une combustion un peu plus lente ; on a pu alors amoindrir les dimensions de la queue, comme longueur et comme diamètre; dès lors, elle devenait beaucoup plus facile à orner; elle pouvait prendre franchement sa place dans l’ordonnance générale qui devenait ainsi plus logique et plus satisfaisante; c’est de cette
- façon qu’est constitué le grand lustre représenté dans le dessin d’ensemble, dont l’effet, dans la salle de l’Athéneum, est très satisfaisant; au reste, celui qui est dans la salle du théâtre de l’Exposition est beaucoup mieux encore.
- En général, on a fait à l’Exposition beaucoup d’efforts pour montrer que la lumière électrique peut se prêter à la décoration ; tous ne sont pas également heureux, mais ils donnent, dans leur ensemble, la preuve de la variété de ses aptitudes, et même dans beaucoup de cas, apportent une complète réussite.
- Frank Géraldy.
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- RECHERCHES SUR LES PILES1
- 7° article
- (Voir les n°9 des 2 et 23 avril, 27 et 3o juillet, 10 et 13 août)
- A l’aide, d’un métal auxiliaire, la pile dégage, comme on l’a vu, du bioxyde d’azote pur. De plus, ce gaz se dégage au milieu d’un acide contenant beaucoup d’eau.
- /Cette circonstance m’amena à penser qu’il serait théoriquement possible de dépolariser la pile d’une façon continue, à l’aide d’une quantité limitée d’acide azotique. Ce serait là un grand progrès, puisque, dans l’élément Bunsen, l’acide azotique constitue la plus forte dépense.
- Il suffirait pour cela de régénérer à chaque instant l’acide azotique au moyen de l’oxygène de l’air en prenant comme intermédiaire le bioxyde d’azote qui se dégage.
- Ce n’est point là une idée purement théorique. Cette transformation s’opère tous les jours dans l’industrie sur une vaste échelle.
- Qu’on veuille bien se reporter aux réactions chimiques qui sont utilisées dans l’industrie pour fabriquer en grand l’acide sulfurique.
- L’on sait que c’est en oxydant l’acide sulfureux par l’acide azotique qu’on obtient l’acide sulfurique, or, la quantité d’acide azotique employé pour cette transformation est très limitée; théoriquement le même acide peut servir indéfiniment et, pratiquement, l’on est arrivé à pouvoir transformer 106 kilogrammes de soufre en acide sulfurique à l’aide de 2 kilogrammes seulement d’acide azotique. Nous pouvons énoncer ce résultat sous une autre forme et dire que 2 kilogrammes d’acide azotique fournissent 57 kilogrammes environ d’oxygène à l’acide sulfureux pour le transformer en acide sulfurique.
- Dans ces conditions, 1 kilogramme d’acide azotique donnerait donc au moins 24 kilogrammes d’oxygène pris à l’air, qui pourraient servir à dépolariser la pile pendant le temps qu’on mettrait à dissoudre dans l’élément 99 kilogrammes de zinc.
- En un mot, en parvenant à utiliser l’acide azotique aussi bien que dans la fabrication industrielle de l’acide sulfurique, il rie faudrait dépenser que 1 kilogramme d’acide azotique pour 100 kilogrammes de zinc.
- Je rappellerai en peu de mots les réactions qui sont utilisées pour transformer d’une façon continue le bioxyde d’az'ote en acide azotique.
- On sait que le bioxyde d’azote Az O2 est très avide d’oxygène; mis en présence de l’air, il (*)
- (*) Par suite d’une erreur du metteur en pages de notre imprimerie, les deux précédents articles de M. le Dr A. d’Ar-sonval, Recherches sur les piles, ont été intervertis; le sixième article devra donc être lu avant le cinquième.
- absorbe rapidement ce gaz -et se transforme en acide hypoazotique Az O4, d’après la formule
- Az02 + 02 — AzO4.
- D’un autre côté, l’acide hypoazotique Az O4, en contact avec une quantité d’eau suffisante, se transforme en acide azotique et bioxyde d’azote, d’après la formule
- 3 (Az O4) -j- 2 II O = 2 (Az Os, II O) + Az O2.
- Supposons que l’air arrive d'une façon continue au milieu de l'acide azotique aqueux, au sein duquel se dégage le bioxyde d’azote, nous aurons ainsi une régénération continue de l’acide azotique aux dépens de l’oxygène de l’air.
- Il faut, pour que cette transformation ait lieu, que la réaction s’opère dans un milieu aqueux abondant, toujours saturé d’oxygène. Rien de semblable ne se passerait si l’acide azotique de la pile était concentré.
- Quant à l’oxygène de l’air, il faut qu’il soit constamment mis en contact avec la liqueur dépolarisa-trice par un moyen mécanique.
- L’expérience a répondu aux prévisions de la théorie; j’ai pu abaisser la consommation d’acide azotique à un chiffre insignifiant. Malheureusement, le refoulement de l’air nécessite l’intervention d’une force assez considérable, l’agencement est compliqué. Je n’ai pas pu jusqu’à présent triompher complètement des difficultés pratiques. Il m’a suffi; pour le moment, de voir que la chose était possible. J’ai d’ailleurs repris la question, et j’espère pouvoir bientôt supprimer le refoulement de l’air ainsi que le métal auxiliaire.
- Il me paraît même démontré, par quelques expériences encore grossières,qu’on peut utiliser directement l’oxygène de l’air pour la dépolarisation des piles de quantité, comme on a déjà tenté de le faire dans les piles de sonneries électriques.
- J’ai décrit ces essais, bien que ne donnant pas encore de solutions pratiques,-parce qu’ils se rapportent à la première partie de mes recherches, et qu’ils pourront peut-être un jour ouvrir des voies nouvelles pour la dépolarisation.
- Il me reste à parler de la disposition de pile que j’ai actuellement adoptée pour mettre en jeu, à un moment donné le petit moteur électrique dont je me sers dans mon laboratoire.
- Cette pile n’a rien de nouveau comme principe, je me hâte de le dire; elle dérive de la pile de Grove, la dépolarisation étant faite par l’acide azotique comme dans cette dernière.
- Je n’ai d’autre mérite que d’avoir étudié, d’un peu plus près, les réactions qui s’y passent, et d’avoir supprimé ses deux plus grands inconvénients, savoir : la mauvaise odeur et l’ennui du montage.
- . J’ajoute encore, circonstance qui n’est pas à dédaigner, que, pour donner la même quantité
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- d’électricité que la pile Bunsen, elle dépense, au minimum, six fois moins d’acide azotique que cette dernière.
- Mais avant d’entrer dans sa description, il est Utile de dire quelques mots du fonctionnement de la pile en général, et de rapporter les expériences que j’ai faites sur ce que j’appellerai les coefficients d’absorption des dépolarisateurs, ou plus simplement l'absorption spécifique d’un dépolarisateur. On verra bientôt ce que j’entends par ces mots.
- {A suivre.) Dr A. d’Arsonval.
- ; REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Le Condensateur parlant
- Dans un précédent article, nous avons été conduits à parler, à propos des nouvelles dispositions téléphoniques de M. Maiche, de la nouvelle invention de M. Dolbear, se rapportant aux condensateurs parlants. Aujourd’hui, nous allons décrire en peu de mots la disposition qu’il a adoptée, et le lecteur pourra apprécier la justesse des prétentions de l’auteur.
- Le récepteur de M. Dolbear consiste dans un condensateur constitué par deux disques métalliques d’à peu près 2 pouces de diamètre, séparés par un anneau mince de caoutchouc, et au centre duquel se trouve évidée, sur l’un des disques métalliques, une ouverture circulaire garnie d’une embouchure téléphonique. Du côté opposé à cette embouchure, se trouve un manche pour pouvoir facilement appliquer l’appareil contre l’oreille, et une ,vis de rappel, adaptée à ce manche, permet de régler l’écartement des deux disques pour leur donner la meilleure disposition.
- L’appareil est disposé de telle manière que le disque de devant, qui porte l’embouchure téléphonique, étant fixé seulement par ses bords, peut vibrer librement dans sa partie centrale. Chacun de ces disques est mis en rapport avec l’un des bouts du fil secondaire d’une bobine d’induction dont le fil primaire correspond au circuit du parleur micro -phonique. « Dans ces conditions, dit M. Dolbear, on peut entendre les vibrations d’un diapason ! !.. » Ce n’est certes pas un résultat nouveau, M. Fergus-son, dès i865, décrivait, dans son ouvrage sur l'Electricité, à l’article Téléphone, le condensateur employé par M. Wright pour reproduire les sons du transmetteur de M. Reiss...
- Nous n’exposerons pas la théorie que l’auteur donne de ces effets ; elle est la même que celle de M. Varley, émise il y a plus de six ans, et nous
- avons démontré qu’elle était insuffisante ; les expériences de MM. Duter et Lippmann rendent beaucoup mieux compte du phénomène. Nous ferons remarquer toutefois que, tout en attribuant les vibrations du disque libre aux attractions électriques des deux charges, il attribue à la lame d’air qui les sépare un autre rôle dans le phénomène. « Chaque fois que l’électricité dépense son énergie sur un conducteur imparfait, dit-il, il s’échauffe et produit des vibrations atomiques ou moléculaires qui peu -vent être perçues par l’oreille, et qui peuvent reproduire la parole, si elles sont le résultat de courants ondulatoires transmis par un microphone ordinaire. Mais, parmi les corps médiocrement conducteurs, il pourra y en avoir qui reproduiront mieux ces sortes de vibrations les uns que les autres, et l’expérience montre qu’avec des lames de charbon, des feuilles de papier ou de gélatine, et certaines substances chimiques, telles que le chlorhydrate d’ammoniaque, la parole peut aisément être reproduite. »
- Ceci n’est pas encore nouveau, Car, en définitive, dans les conditions précédentes, son condensateur est devenu un véritable microphone.
- M. Dolbear annonce encore qu’ayant attaché l'un des bouts du fil induit à l’armature extérieure d’une bouteille de Leyde, alors qu’il tenait l’autre bout dans sa main,il avait pu,en appliquant l’oreille contre la boule de la bouteille, entendre très bien la parole transmise par un parleur microphonique. Il a pu encore l’entendre en appliquant contre les oreilles les poignées métalliques d’appareils électro-médicaux, mises en communication avec la bobine d’induction. Mais ceci n’a encore rien de nouveau, puisque la bobine d’induction elle-même, comme l’a démontré M. Coulon, reproduit très bien la parole; nous avons d’ailleurs vu que M. Maiche construit ainsi ses nouveaux récepteurs. En somme, rien donc de nouveau dans le récepteur de M. Dolbear.
- Voyons maintenant son transmetteur: c’est à très peu de chbses près celui de M. Reiss, qu’il a disposé de manière à produire des courants ondulatoires. A ce sujet, il s’étonne qu’on ait considéré généralement ce système de transmetteur, comme ne pouvant pas reproduire la parole, et s’indigne qu’on n’ait voulu voir en lui qu’un simple interrupteur de courant. Il faut en vérité que M. Dolbear ait fait confusion, pour n’avoir pas vu que ce n’est pas la matière employée qui constitue le parleur microphonique, mais bien le principe de la variation de l'intensité électrique avec la pression, principe découvert par M. Th. du Moncel, en i856. Les métaux, tout aussi bien que le charbon, la plombagine, etc., peuvent constituer des parleurs microphoniques, mais il faut, pour cela, qu'il y ait contact entre les deux pièces en rapport avec les deux bouts du circuit. Ôr, comme les variations d’intensité électrique, sous l’influence de la pression, sont d’autant
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- plus grandes, que les pièces de contact sont moins conductrices, on a dû donner la préférence, pour ces pièces, à des corps médiocrement conducteurs. Voilà pourquoi on a employé le charbon. Il est certain que, si on n’avait pas eu besoin d’une intensité électrique un peu forte pour faire chanter le récepteur de Reiss, et si on avait su que la reproduction de la parole ne tenait qu’à l’émission de courants ondulatoires, en rapport avec les vibrations de la voix, on aurait pu obtenir, par la mise en contact des pièces de l’interrupteur de Reiss, un téléphone parlant. Mais comme on n’était pas alors dans cet ordre d’idées, ces deux pièces étaient séparées, et ne constituaient qu'un simple interrupteur. Tout le monde sait d’ailleurs que si le condensateur chantant fournit des sons aussi élevés, c’est précisément parce que les pièces de contact du transmetteur sont disjointes et, quand elles sont en contact, on n’obtient aucun son sur le condensateur; en revanche, la parole peut être alors reproduite dans un récepteur téléphonique. On le voit, M. Dolbear, quoiqu’en disent les réclames américaines, est arrivé trop tard, et,aupoint de vue théorique, ses assertions sont empreintes d’une certaine naïveté qui nous étonne; ainsi, par exemple, il regarde comme quelque chose de particulier, que les bobines d’induction destinées à faire fonctionner le condensateur parlant, doivent avoir plus de spires que pour les récepteurs téléphoniques ordinaires. Mais il devrait considérer que les condensateurs parlants, fonctionnant sous l’influence d'effets statiques, il faut, pour obtenir sous ce rapport les meilleurs effets, que les courants induits qui les développent aient le plus de tension possible, et cette tension est en rapport avec le nombre des tours de spires ; c’est pourquoi nous ne sommes pas étonnés que les meilleurs résultats qui ont été obtenus, aient correspondu à une bobine de 4.000 à 5.ooo ohms de résistance.
- D’un autre côté, M. Dolbear ajoute que si les armatures du condensateur, ou même une seule, sont préventivement chargés d’une manière ou d’une autre, la réaction sera plus forte; en cela, il ne fait que répéter ce que MM. Berliner, Herz et Dunand ont avancé, et ce qui a même servi de point de départ à leurs systèmes.
- _ Un gouvernail électrique.
- On vient, dit Y Engineering, de breveter une invention dont le but est de faire mouvoir électriquement le gouvernail d’un navire. L’appareil inventé par M.W. F. King, d’Edimbourg, vient d’être essayé sur un steamer qui fait le service entre Londres et Glasgow. Son but est de supprimer le timonier et de faire manœuvrer le gouvernail par le compas même. Dans ce but, la rose du compas porte un index métallique que l’on place tout d’abord dans la direction de la route à suivre, De chaque côté de
- cet index, à un degré de distance, se trouve un taquet métallique; chacun de ces taquets est relié à un simple élément Daniell, et quand le navire dévie seulement d’un degré de sa route, soit d’un côté,, soit de l’autre, l’index vient toucher un des deux taquets. Il en résulte la production d’un courant positif ou négatif qui fait agir, dans un sens ou dans l’autre, un appareil hydraulique mettant en mouvement le gouvernail. Cet appareil n’est encore qu’à l’état d’essai, mais s’il pouvait donner de bons résultats en cas de gros temps, il serait certainement accueilli avec faveur.
- Ajoutons à cette réflexion de notre confrère, que, même en temps calme, une surveillance sera néces-cessaire pour éviter des rencontres, et que l’appareil ne pourra jamais être livré complètement à lui-même.
- Rappelons enfin qu’en ,1859, M. Achard (‘) a déjà imaginé un appareil fondé sur un principe analogue à celui de son frein, permettant de manœuvrer électriquement le gouvernail de la chambre du capitaine, sans cependant que la manœuvre fut faite par le compas lui-même.
- Application des moteurs électriques.
- Dans une note présentée à l’Académie le ior août, M. Trouvé a donné sur le rendement de ses moteurs électriques, quelques résultats numériques qui présentent un certain intérêt.
- « Un moteur du poids de 5 kil., actionné par six éléments secondaires de M. Planté, produisant un travail effectif de 7 kilog. par seconde, fut placé le 8 avril dernier sur un tricycle dont le poids y compris le cavalier et les piles s’élevait à 160 kil. et l’entraîna à une vitesse de 12 kil. à l’heure.
- « Le même moteur, placé le 26 mai sur un bateau de 5 5o de longueur sur 1 m, 20 de large, contenant trois personnes, lui a imprimé une vitesse de 2 m, 5o en descendant la Seine an pont Royal et 1m, 5o en remontant le fleuve. Le moteur était actionné par deux piles à bichromate de potasse de 6 éléments chacune, et le propulseur était une hélice à trois branches.
- « Le 26 juin, on renouvela l’expérience sur l’eau tranquille du Bois de Boulogne, avec une hélice à 4 branches de ora, 28 de diamètre et 12 éléments Bunsen plats (genre Ruhmkorff), chargés avec une partie d’acide chlorhydrique, une partie d’acide azotique et deux parties d’eau dans le vase poreux, afin d’atténuer le dégagement des vapeurs hypoazo-tiques.
- # « La vitesse au début, mesurée au moyen du loch ordinaire, a atteint très exactement i5o mètres en 48 secondes ; soit un peu plus de 3 mètres par (*)
- (*) Voir Exposé des applications de VElectricité, par M. Th. du Moncel, t. V, p. 162.
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- seconde ; mais au bout de 3 heures de fonctionnement, elle était descendue à i5o mètres, en 55 secondes ; après 5 heures de marche, la vitesse était encore de 2m, 3o par seconde. »
- Unmoteurdecegenrèaaussiété appliqué dernièrement par M. Tissandier à la propulsion d’un petit ballon d’essai, qui a pu marcher dans un air calme avec une vitesse de 3 mètres par seconde. L’appareil était d’une très petite dimension ; il pesait 220 grammes et étant appliqué à une hélice légère de om,6o, avec ailettes de gaze, il a pu fournir un travail d’unkilogrammètre avec 3 éléments secondaires de Planté.
- D’après certains calculs 'qu’il donne, M. Tissandier croit que, dès maintenant, les moteurs électriques pourraient être appliqués aux ballons, et qu’il resterait encore 1.000 kilog. de poids disponible pour les voyageurs, avec un ballon dont les dimensions seraient calculées pour correspondre à un moteur d’une force de 6 chevaux vapeur.
- Par un temps calme ce ballon, pourrait être animé d’une vitesse propre de 20 à 25 kil. par heure.
- Encore la pile Faure
- Qui nous délivrera des Grecs et des Romains? dit Berchoux, dans sa gastronomie. Nous voudrions en dire autant de la pile Faure, mais nous lisons dans les journaux anglais certains articles qui nous forcent d’y revenir. Ainsi M. Desmond Fitz-Gerald vient de consacrer à la pile Faure, dans le dernier numéro de Y Élcctrician, un article dans lequel il nous prend à partie pour nous dire que les anglais sont parfaitement au courant des découvertes scientifiques et en situation de pouvoir les apprécier. Nous savons parfaitement que l'Angleterre est le pays qui renferme le plus d’électriciens et des électriciens de premier ordre ; nous l’avons dit plus d’une fois, mais relativement à la pile Faure, nous maintenons notre dire et pour qu’on ait publié dans certains journaux anglais ce que nous y avons lu, il faut, ou que les auteurs n’aient pas connu la pile Planté, ou qu’ils en aient eu de très mal formées, attendu que tout ce qu’on peut dire sur la pile Faure, peut s’appliquer à la pile Planté y compris même les calculs et les rendements indiqués par M. Fitz-Gerald. Les deux piles sont en effet identiques à nos yeux, et nous voudrions que M. Fitz-Gerald voulût bien nous indiquer en quoi elles diffèrent au point de vue des réactions produites. Nous avions dit que même la forme primitive de la pile Planté avait été conservée; nous pensons que personne ne peut le nier; et nous pourrions encore en dire autant de la forme carrée qu’on vient de lui donner; car M. Planté a fait aussi des piles de ce genre auxquelles il n’a pas tardé à renoncer. Nous le répétons, la pile Faure n’est qu’une pile Planté, avec
- un intermédiaire qui en rend plus prompte la formation, et, s’il faut en croire certaines expériences faites par des personnes qui ont construit des piles de ce genre, la couche de plomb, résultant de la réduction minium finit au bout de quelque temps de service par fournir entre elle et la lame servant d’électrode une très grande résistance qui diminue l’intensité du courant fourni dans une forte proportion. C’est ce qui a dégoûté M. Tchikoleff, et M. Planté lui-même quand il y a quelques années, ils ont essayé d’employer, pour former plus vite des dépôts de plomb divisé, des produits susceptibles de les fournir de toutes pièces, car il n’y a pas que le minium qui puisse produire cet effet, et la formation si prompte de l’arbre de Saturne nous montre qu’il est possible d’obtenir facilement des lames de plomb dans les conditions requises qui sont, du reste, celles des lames de platine platiné de la pile de Smée.
- Un monocorde électrique
- Engineering signale un monocorde électrique récemment inventé par M. J. Blyth et dans lequel l’archet ordinairement employé pour faire vibrer la corde, est remplacé par un électro-aimant.
- L’appareil consiste en deux tasseaux entre lesquels est tendu un fil métallique traversé parle courant de huit éléments Grove. Ce courant est interrompu 128 fois par seconde au moyen d’un diapason électrique. Au cinquième de la longueur du fil est placé un électro-aimant à pôles pointus et dont la ligne des pôles est perpendiculaire au fil. Les pôles sont près de ce dernier, mais il a néanmoins la liberté de vibrer. Vient-on à faire passer dans l’électro-aimant le courant de huit éléments Grove, le fil entre en vibration, et,en réglant sa tension, on arrive à lui faire rendre une note musicale. Si l’on donne alors à l’aimant différentes positions, on obtient les diverses harmoniques du son fondamental. Dans cet appareil, l’effet produit est dû aux interruptions du courant qui fait vibrer le fil perpendiculairement aux lignes de force de l’aimant. Ces phénomènes se rapprochent, d’ailleurs, de ceux que vient d’étudier M. Hughes.
- Un nouveau transmetteur Morse.
- M. Albee, de West Oakland, California, vient de perfectionner une disposition à l’aide de laquelle toute personne sachant lire peut transmettre correctement des dépêches. Cet appareil consiste en une plaque de métal sur laquelle sont marquées les différentes lettres de l’alphabet et les chiffres. A chaque lettre ou chiffre correspondent plusieurs incrustations alternativement conductrices et isolantes. Les incrustations conductrices correspondant à chaque lettre sont de diverses dimensions, de sorte qu’en
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- JOURNAL UNIVERSÈL D'ÉLECTRICITÉ
- passant dessus un crayon métallique, le signe Morse de cette lettre se trouve transmis sur le récepteur avec une grande précision. On arrive si facilement à apprendre l’alphabet Morse, que cette disposition n’est pas d’une bien grande utilité. Elle pourra, cependant, rèndre des services dans quelques cas particuliers.
- Une nouvelle expérience magnéto-électrique.
- Tout le monde connaît l’expérience du disque tournant d'Arago, qui entraîne dans sa rotation un barreau aimanté. M. le professeur Guthrie vient de varier cette expérience d’une façon assez originale. Il suspend, au fléau d’une balance, un aimant en fer à cheval, il l’équilibre par des poids placés de l’autre côté dans le plateau de la balance et, au-dessous des pôles, il fait tourner un disque de cuivre semblable à celui d’Arago. Quand le disque tourne rapidement, l’aimant est repoussé et s’élève, tandis que le plateau chargé de poids s’abaisse. Le phénomène est assez difficile à expliquer à première vue. M. le professeur Guthrie n’en a pas donné d’explication bien nette, mais il peut devenir le point de départ de recherches intéressantes.
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- La Lumière électrique dans les Mines.
- Un des avantages des lampes à incandescence en vase clos est de pouvoir être facilement rendues portatives; de là leur application dans les mines. C'est ainsi que les lampes Swan viennent d’être installées dans les mines d’Earnock, près Hamilton (Ecosse). Les lampes sont alimentées par une machine Gramme, type A, mise en mouvement par un moteur.qui dessert aussi les machines à scier.
- La machine dynamo-électrique est à 240 mètres environ de l’entrée du puits. Le courant est transmis, à cette distance, par une corde de cuivre de 1 centimètre de diamètre, portée sur des poteaux et isolée par des supports en porcelaine et de la gutta-percha. Le conducteur, qui descend dans le puits, est formé de 19 fils de cuivre, n° 22, B. W. G., isolés par de la gutta , recouverts de coton et goudronnés.-Ce conducteur est enfin renfermé dans un tube de fer galvanisé de 12 millimètres de diamètre. Le même câble est employé dans les galeries en construction, où il court soit sur des supports en bois, soit sous le sol. Le nombre de lampes installées jusqu’à présent est de 16 lampes fixes et 6 mobiles. Les lampes fixes sont suspendues à la partie supérieure des galeries, et renfermées dans de forts globes de verre contenant également des réflecteurs convexes de cuivre argenté. Les lampes mobiles sont attachées à de longs câbles flexibles; elles peuvent être suspendues dans n’importe quelle
- position et sont placéës dans* de solides lanternes de verre protégées, à leur tour, par un revêtement de fils de fer. Les commutateurs et contacts sont faits comme dans les appareils à inflammation. Ces appareils sont complètement fermés, afin de prévenir toute communication d’une étincelle avec l’air extérieur et, par suite, tout danger d’inflammation du grisou.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- Le dernier numéro de. La Lumière Électrique signale comme nouvelle une pile secondaire au peroxyde de manganèse employée par M. Maiche.
- Voulez-vous me permettre de rappeler ce que je disais dans ma note à l’Institut sur les condensateurs voltaïques, le 26 janvier 1880 :
- « Le plomb n’est pas le seul métal qui puisse servir avantageusement à emmagasiner l’oxygène, le manganèse produit le même résultat : c’est même un excellent moyen pour recharger les couples Leclanchè épuisés. Je citerai aussi l’argent, qui, en présence du chlorure de zinc, donne un dépôt de chlorure d’argent. Mais rien, comme force électromotrice, n’approche du peroxyde de plomb, comme on le sait d’après les expériences de A. de Larive et celles de M. G. Planté.
- « On peut également employer comme corps oxydable un métal dont le sel est soluble, le cuivre, par exemple. Dans ces conditions, il se produit du sulfate de cuivre ; mais son accumulation est rendue impossible, car ce sulfate de cuivre se trouve électrolysé au même titre que le sulfate de zinc et de préférence à lui : le cuivre va se déposer sur la lame de zinc, et l’on défait d’un côté ce que l’on fait de l’autre. C’est pourquoi il faut, autant que possible, emma-ganiser l’oxygène sous forme d’un composé insoluble, pour le soustraire à l’électrolyse du courant de charge. Si l’on produit' un sel soluble, il faut l’isoler, au fur et à mesure de sa production, par un mécanisme que je ferai connaître dans une prochaine communication sur les pileh voltaïques. »
- J’ai entrepris des recherches sur les condensateurs voltaïques bien avant que les financiers eussent pensé à les utiliser, et, dans un but purement scientifique.
- Elles ont été insérées, en partie, dans des recueils qui font foi, notamment en novembre 1879, antérieurement aux publications de MM. Houston et Thomson. — L’attention étant actuellement appelée sur ces instruments, dont M. G. Planté a, le premier, signalé l’importance, je me propose de vous envoyer le résumé de mes travaux sur.ee sujet. Vous verrez que le nombre des piles secondaires est très considérable et qu’il est régi par cette loi bien simple : Toute action chimique réversible par èleclrolyse peut donner naissance à un. couple secondaire.
- Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.
- Dr A. d’arsonval.
- Préparateur au Collège de France. —
- Paris, iS août 1881.
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- FAITS DIVERS
- Un télégramme de l’Agence Reuter, daté de New-York, du 7 août, dit que, dans la Caroline du Sud, une bande d’ouvriers ont été frappés par la foudre pendant leur travail. Quatre ont été tués net et douze blessés parmi lesquels cinq sont en danger de mort.
- Au concert vocal et instrumental du Jardin du Palais-Royal, a eu lieu, dimanche dernier, un accident qui a causé un assez vif émoi. Ce concert est éclairé à la lumière électrique; pendant l’exécution d’un morceau, la courroie du moteur qui actionne la machine génératrice d’électricité s’est rompue subitement, tous les becs se sont éteints, et le concert s’est trouvé plongé dans une complète obscurité.
- La réparation a pu heureusement être promptement opérée. On a replacé la courroie sur sa poulie et la machine s’est remise en marche ; les globes électriques se sont rallumés aussitôt. Un immense hourrah et des applaudissements ont accueilli la lumière, et le concert a continué sans nouvel incident.
- Le système d’éclairage électrique Brockie installé depuis quelque temps dans plusieurs salles de la grande Poste aux lettres de Londres, vient d’être étendu au service des lettres de l’intérieur.
- A Cardiff (pays de Galles) a lieu en ce moment une exposition industrielle et des Beaux-Arts; on y voit une exhibition des différents systèmes d’eelairage par l’électricité. Il y a dix-sept lumières Brush, prêtées par MM. Hammond et C'« de Londres, six lampes de la British Electric Light Company et six lampes Siemens. Quelques lampes à incandescence de Siwan sont exposées dans une grotte où des eaux jaillissantes produisent un effet très joli.
- Des expériences d’éclairage électrique par le système d’incandescence de M. Desmond G. Fitz Gerald ont eu lieu la semaine dernière au 80, Gray’s Inn Road, Holborn à Londres, en présence de personnes s’intéressant à la question de l’éclairuge par l’électricité.
- En Irlande, le port de Belfast, qui est un des plus beaux du Royaume-Uni, va être éclairé à la lumière électrique. MM. Crompton, annonce 1 ’Èlectrician, viennent de passer un contrat pour l’éclairage de ce port par l’électricité.
- Au Cap de Bonne-Espérance ont eu lieu dernièrement des essais d’éclairage par l’électricité. On a pris les dispositions nécessaires pour éclairer la gare du chemin de fer du Cap à l’aide d’appareils électriques.
- A Londres, l’Albert-Dock, de la London and Sl-Katerine’s Dock Company, est éclairé par des lampes Siemens sur une longueur de façade de quatre milles. Des lampes, du même système éclairent également le chemin de fer situé derrière, les magasins et ces magasins eux-mêmes ainsi que les navires.
- Suivant le Dundee Adverliser. M. Joshua Ilorton, ingénieur-électricien de MM. Denny et C°, à Dumbarton, vient d'imaginer un système au moyen duquel « il peut approprier le courant exactement il la quantité de foyers dont on a besoin, dans les limites de la machine génératrice. Que le nombre de lampes requises soit grand ou faible, la force développée est toujours d’accord avec ce nombre, et, par
- suite, les bobines et autres appareils de résistance deviennent inutiles. » Un brevet devant être pris, on ne donne sur ce système aucun détail.
- A Vienne (Autriche), une compagnie d’éclairage par l’électricité, vient de proposer à la municipalité d’éclairer; pendant un certain temps, à ses frais et à titre d’essai, une des places du premier district de la capitale.
- M. Crompton vient d’installer, avec succès, son système d’éclairage électrique, à la station de King’s Cross, dépendant du Great Northern Raihvay.
- Le Trade Review de Cleveland (Etats-Unis), dit que M. C. Brush, l’auteur du système d’éclairage de ce nom, vient d’inventer un accumulateur d’électricité destiné à être employé pour l’éclairage. Tout ce que l’on sait jusqu’à présent du système est que l’agent accumulateur est un métal. M. Brush a dit, parait-il, qu’il peut emmagasiner deux fois autant d’électricité que M. Faure, dans un espace donné.
- Une des améliorations qui ont été apportées au théâtre de Covent-Garden, à Londres, est l’emploi de la lumière électrique. Le théâtre est illuminé à la fois par des lampes Brush et par des becs de gaz, et la Floral Hall, qui sert de fumoir, est éclairée seulement à l’électricité. De cette manière, l’atmosphère est maintenue bien plus fraîche qu’avec le gaz.
- La maison Erlanger de Paris vient d’obtenir l’autorisation de poser un nouvenu câble sous-marin entre le port autrichien de Trieste et l’ile de Corfou, ainsi que le droit, de propriété exclusif de la ligne pendant vingt ans. Le nouveau câble doit surtout servir à faciliter la transmission directe de dépêches télégraphiques entre l’Autriche et l’Égypte. Les frais de l’entreprise sont évalués à un million de florins.
- En Tasmanie, rapportent les Colonies and India, on vient d’achever la ligne télégraphique allant de Launceston à Bea-consfield.
- La Société générale italienne des Téléphones, qui a installé des bureaux à Milan, Turin, Gênes, Naples et Rome, vient de publier des listes des abonnés actuellement en communication avec ses bureaux centraux. A Rome' le nombre des abonnés delà Société s’élève à plus de cent. Les téléphones employés sont ceux de Crosley et de Nigra.
- Le Times de Londres emploie depuis quelque temps le téléphone pour la transmission des discours des ['membres de la Chambre des Communes. Ces discours 'sont envoyés verbalement au Printing House Square par fil de la United Téléphoné Company. Ce système épargne beaucoup de temps et de dépenses.
- Un journal anglais, l'Evening Express d’Oldham vient d’adopter le téléphone comme moyen de communication entre Manchester et ses bureaux à Oldham. En tête des nouvelles du jour de l'Evening Express on lit maintenant : « Dépêche téléphonique spèciale. » La ligne téléphonique a douze milles de long; elle a été construite par MM. David Moseley et fils de Manchester, sous la direction de M. Bot-tomby, ingénieur. On se sert d’un transmetteur construit par MM. Moseley, qui est, dit-on, très distinct et exempt de bruits d’induction.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Électrique
- Journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- , Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3“ ANNÉE MERCREDI 24 AOUT 1881 N° 42
- SOMMAIRE
- Exposition Internationale d’Électricité : La télégraphie; Th. du Moncel. — La transmission électrique du travail à grande distance (2• article) ; M. Deprez. — Applications de la lumière électrique ; C. C. Soulages. — Exposition Internationale d’Électricité : L’électricité à la guerre; F. Géraldy.
- — Charbons à lumière; M. Leblanc. — Revue des travaux récents en électricité : Gravure sur verre par l’électricité.
- — Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LA TÉLÉGRAPHIE
- A mesure que la télégraphie. électrique se développe et s’étend à une foule d’applications différentes, la pratique indique la voie dans laquelle doivent être dirigées les recherches, et nous voyons que cette voie n’est pas celle qui conduit à des inventions nouvelles. Ce que l’on recherche surtout aujourd’hui, c’est de transmettre le plus de dépêches possible dans un temps donné, et d’avoir des appareils d’un fonctionnement simple et certain. Aussi ne voyons-nous pas figurer, à l’exposition, denou-veaux types d’appareils télégraphiques. Les télégraphes autographiques, les télégraphes imprimeurs n’y figurent guère que comme appareils historiques, et, si l’on en excepte les beaux appareils à transmissions multiples de MM. Baudot et Meyer que l’on rencontre dans l’exposition Française, et ceux de M. Schaefîler, déjà exposés, en 1878, dans la section Autrichienne et qui n’en sont que des modifications, on trouvera que toutes les recherches se sont concentrées sur le Morse, les dispositions en duplex, et des détails d’installation qui ne constituent pas une étape bien marquée dans l’histoire des progrès de la télégraphie. Les télégraphes harmoniques de Gray, cependant, bien que déjà exposés en 1878, ont été perfectionnés au point de vue pratique, et l’on
- peut voir en tète de l’exposition Américaine, les modèles de ce système aujourd’hui mis en pratique sur une ligne spéciale, entre New York et Boston. Nous avons déjà décrit ces appareils dans un précédent numéro de ce journal (*), et, comme l’inventeur est venu cette fois à Paris, il pourra nous donner les renseignements nécessaires pour compléter nos articles, qui, comme on doit se le rappeler, laissaient quelque chose de vague dans l’esprit, surtout pour l’organisation de la ligne en duplex.
- Quant aux télégraphes à transmissions multiples du système Baudot, s’ils n’ont pas été perfectionnés depuis 1878 par M. Schaeffler, ils ont été littéralement'transformés en France par l’inventeur, et, aujourd’hui, ils ont atteint le degré de simplicité qu’on pouvait leur demander. Certainement on peut dire que c’est une des merveilles mécaniques de l’exposition, et bien que nous leur ayons consacré déjà deux articles dans le tome II de ce journal, p.61,81. nous comptons bien donner une description complète de la nouvelle disposition.
- La solution du problème de la transmission rapide des dépêches peut être obtenue dans des conditions diamétralement opposées, sôit avec des appareils de la plus grande simplicité, et alors la rapidité dépend de l’habileté et de la vivacité des employés, soit avec des appareils très compliqués, et c’est alors les mécanismes qui suppléent à la vivacité dont nous venons de parler. Nous parlons, bien entendu, indépendamment des systèmes de transmission en duplex qui, étant bien appliqués, doublent la vitesse d’expédition des messages. En Amérique, où règne en permanence une fièvre d’agitation qui s’applique à toutes choses, et où l’on peut former en peu de temps des télégraphistes d’une habileté extrême, on a renoncé depuis longtemps aux appareils compliqués, et les récepteurs télégraphiques consistent dans un simple relais dont les bruits, produits par les mouvements de l’armature, permettent aux employés de recevoir au son. L’expérience a démontré que la perception des mots dans ce système s’effectue plus rapidement que leur inscription sur une bande de papier, et que l’on peut dès lors transmettre avec beaucoup plus
- (*) Voir La Lumière Électrique des 20 et juillet.
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- de rapidité qu’avec les systèmes Morse ordinaires ; mais alors on manque d’éléments de contrôle, et, dans nos pays de paperasserie, ce défaut suffit à lui seul pour faire écarter ce mode d’opérer. En Amérique on s’en passe, et nous ne voyons pas que les affaires s’en fassent moins bien ; aussi tous les télégraphes imprimeurs qui avaient pris naissance dans ce pays ont-ils été abandonnés sur les grandes lignes.
- En Europe, comme nous le disions, on exige le contrôle des dépêches, et l’on est forcé d’en revenir aux télégraphes écrivants ou imprimants. Ceci étant posé, il a fallu rendre ces systèmes plus expéditifs, et. ne pouvant augmenter la vitesse de la manipulation qui ne pouvait guère fournir plus de 3o dépêches de 20 mots par heure, on a dû recourir soit aux appareils multiples qui utilisent tous les instants pendant lesquels la ligne est inoccupée, soit aux systèmes Morse automatiques qui permettent un débit beaucoup plus rapide des dépêches, soit aux systèmes imprimeurs qui, n’exigeant qu’une seule émission de courant pour la transmission d’une lettre, rendent le travail électrique environ cinq fois moins considérable.
- Pendant longtemps c’est ce dernier système qui a été en faveur, et if avait, en effet, l’avantage avec la disposition que lui a donnée M. Hyghes, de plus que doubler le nombre des dépêches expédiées dans un temps donné. Mais quand M. Stearns eût rendu pratique les systèmes de transmissions simultanées en duplex, on employa immédiatement ce moyen d’accroissement du débit des dépêches dans différents pays, notamment en Amérique et en Angleterre, et ce système combiné avec d’autres dispositions à transmissions multiples, donna naissance aux quadruplex, aux multiplex, etc. Toutefois la disposition du télégraphe automatique de Wheatstone, combinée peu de temps après, vint changer un peu, en Europe, le courant des idées, surtout quand il fut démontré que ce système pouvait transmettre deaoo à 120 dépêches par heure sur des lignes peu étendues, et de 80 à go sur les longues lignes ; comme on pouvait d’ailleurs facilement adapter à ce système les combinaisons du duplex, il fut em. ployé avec enthousiasme en Angleterre et même en
- France. C’est en effet un appareil admirable dans ses combinaisons et qui nous paraît, dans son état actuel, peu susceptible de perfectionnements. Quoi qu’il en soit, l’administration des télégraphes français n’a pas abandonné pour cela les systèmes qu’elle avait préconisés, et nous croyons qu’elle fonde de grandes espérances sur le système de M. Baudot. D’un autre côté, bien que l’emploi 'des télégraphes Hughes n’ait pas pris depuis quelques années une grande extension, nous les voyons encore fonctionner dans beaucoup de bureaux français et étrangers, et nous retrouvons encore plus sieurs modèles de ce système dans diverses expositions avec différents organes propres à les rendre
- aptes à fonctionner en duplex. Nous trouvons des combinaisons de ce genre dans l’Exposition de l’administration Française des télégraphes, dans l’exposition Belge et d’autres expositionsétran-gères.
- L’inconvénient qu’on peut reprocher à ces systèmes télégraphiques, est d’être très compliqués et de nécessiter la présence de mécaniciens exercés pour parer aux fréquents dérangements qu’ils présentent. On a même dû créer un classe d’employés qui, sou s le t.om d'agents spéciaux, sont chargés de ce soin ; mais, en échange, on a des dépêches collationnées qui ne présentent guère de chances d’er reur.
- Comme on le voit, d’après ce qui précède, la question des systèmes télégraphiques peut être considérée à deux points de vue très différents, et on peut invoquer de bonnes raisons de part et d’autre pour défendre l’opinion qu’on peut avoir ; mais cette dif-érence de manière de voir a fait que, dans l’exposition Américaine, on voit fort peu d’appareils télégraphiques perfectionnés, tandis qu’il abondent dans diverses expositions Européennes, notamment dans l’exposition Française.
- Ces considérations générales vont nous permettre de passer en revue méthodiquement les différents systèmes exposés. Pour le moment, nous nous contenterons d’un simple coup d’œil, quitte à revenir ensuite d’une façon détaillée snr les systèmes les plus importants.
- Télégraphe à cadran majnéto-éieetri<('ue (genre Siemens).
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- Si nous commençons parla France, dont la principale exposition est celle de l’Administration des Télégraphes, qui est admirablement disposée, nous trouvons en entrant, à gauche, dans le pavillon qui lui est réservé, d’abord le télégraphe multiple de M. Baudot établi pour 4 transmissions et qui fonctionne d’une manière tout à fait remarquable. C’est le dernier modèle, et ceux qui auront lu nos articles des mois de février et mars 1880, pourront voir qu’il a été notablement modifié dans sa disposition, sinon dans son principe; il a été habilement construit par M. Carpentier. Devant ces appareils, se voient les Morse automatiques de Wheatstone, construits en France par M. Deschiens ; nous retrouverons cet
- Hocepluur ou télégraphe-à cadran de Siemens.
- appareil dans d’autres expositions. Puis, parmi les nombreux appareils qui s’élèvent au milieu des tables, on remarque les télégraphes autographiques‘d e MM. Caselfi, Meyer, Lenoir, d’Arlincourt qui attirent toujours l’attention du public par la reproduction du dessin et de l’écriture, Ce système, combiné depuis 1851, a, comme nous l’avons déjàdit maintes fois, donné naissance à plusieurs classes d’appareils dont une, qui n’est pas la plus pratique et qui a été inaugurée par M. Bonelli, a une représentation dans 1-exposition de M. André, (à la salle n° 17 du premier étage). Après ces appareils de grande, dimension, on distingue des systèmes de télégraphes Hughes disposés pour les transmissions sous-marines ét pour les transmissions en duplex, avec moteurs à turbine ou à poids ; des multiples à signaux Morse de Méyer ; des imprimeurs dé M. Olsen qu’on retrouve
- encore à l’exposition Norwégiénne; les derniers modèles du télégraphe imprimeur de M. Dujardin, à pédale et à mouvement d’horlogerie ; les imprimeurs à mouvements électro-synchroniques et les translateurs de M. d’Arlincourt; des multiples de Meyer divisés, des télégraphes Hughes, construits dans les ateliers de l’administration, dont le clavier et la boîte à goujons'peuvent facilement se retirer sans nécessiter le démontage de l’appareil, ingénieuse disposition combinée par M. Clérac; des télégraphes [Hughes disposés parM. Rouvier pour fournir un rendement de 75 0/0 plus grand que le type ordinaire, au moyen de deux roues des types et de courants inversés et le manipulateur Morse à clavier de Mailhaud.
- Naturellement, on devait retrouver, dans cette Exposition, les types primitifs des télégraphes français, et y on voit, en effet, les premiers modèles des télégraphes électriques à signaux Chape, combinés par MM. Foy et Breguet qui ont été employés à
- Hcceptcur du télégraphe à cadran magncto-clectriquc, de M* Wheatstone.
- l’origine de la thélégraphie ; puis les télégraphes à cadran de M. Breguet, dont un avec signaux arabes; les télégraphes écrivants de MM. Froment, Dujardin ; les télégraphes Morse à pointe sèche ; le télégraphe Morse à tire-ligne de M. Cacheleux; les télégraphes Morse à molette des systèmes Thomas John et Digney; les télégraphes de M. Pou-get-Maisoneuve; les télégraphes Morse électro-chimiques dont le plus perfectionné est celui de MM. Chauvasseigne et Lambrigot; les télégraphes Morse automatiques avec les deux systèmes de perforateurs de M.Digney, les différentes combinaisons en duplex pour les appareils Morse ; le système Morse de M. Sieur qui permet de transmettre en duplex ou en triplex, c’est-à-dire avec transmissions simultanées, en sens opposé ou dans le même sens, et qui peut, par conséquent, fonctionner en quadruplex ; un système du
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- même auteur, disposé pour fonctionner exclusive ment en quadruplex; puis des relais et translateurs de divers genres, et des systèmes de rappels de stations pendant la nuit, dont un, combiné par M. Coincy, est basé sur des vibrations différentes de lames rigides, c’est-à-dire sur le principe qui a servi de point de départ au télégraphe harmonique
- Transmetteur du télégraphe à cadran magncto-clectrique, de M. Whealstone.
- de M. E. Gray. Cet appareil est construit depuis longtemps déjà.
- On voit encore différents modèles d’installations de postes télégraphiques avec appareils Morse, à cadran, ou à miroir, avec ou sans duplex. Tous les échantillons possibles de câbles et d’isolateurs télégraphiques s’y retrouvent également, ainsi que tous les appareils de mesures électriques employés à l’administration, entr’autres une balance magnétique de M. Charles qui est très habilement combinée.
- Mais ce qui attire le plus l’attention, ce sont les expériences radiophoniques de M. Mercadier que
- les employés de l’administration et entr’autres M. Humblot, montrent avec une grande complaisance; c’est le modèle du système de transmission matériel des dépêches par les tubes pneumatiques avec les dispositifs accessoires de M. Bontemps ; c’est l’appareil de MM. Humblot et Terrai au moyen duquel on démontre par des courants d’air, les effets produits dans le système de duplex, fondé sur l’emploi du pont de Wheatstone ; on y voit une preuve de plus de l’analogie, que nous avons signalée plus d’une fois, des courants électriques avec les courants de matière pondérable. Ces différents appareils font partie du compartiment réservé à l’école supérieure de télégraphie.
- Dans les salles du premier étage, se trouvent les expositions des constructeurs d’appareils télégraphiques de Paris. Malheureusement elles ne sont pas encore bien complètes, et dans le compte rendu que nous allons en faire, nous ne pourrons mentionner celles de MM. Digney, Dumoulin-Froment, etc. Les seuls appareils télégraphiques que nous ayons vus jusqu’ici sont : l’imprimeur de M. Chambrier que l’on rencontre salle n° 14, un Hughes qui figure à l’exposition de MM. Postel et Viney (salle C.), des rapides de Wheatstone, des Morses nickelés et autres appareils télégraphiques qui figurent à l’exposition de M. Deschiens (même salle), un octuplex de Meyer et un autographique du même inventeur, faisant partie de l’exposition de MM. Hayet et Ligne-reux successeurs de M. E. Hardy (même salle), le télégraphe Baudot à l’exposition Carpentier, les télégraphes Hughes adaptés au relais Tommasi et disposés en duplex, etc. qui se trouvent dans la salle 16, enfin, les télégraphes-imprimeurs de M. de Bail-lehache qu’on retrouve dans le couloir de la nef, et les appareils de M. d’Arlincourt qui figurent dans l’exposition de M. Casetius.
- Dans les salles 18 et 20 on trouve quelques appareils historiques, tels que les premiers télégraphes Français à signaux Chape, le télégraphe Morse à molette de M. Thomas John, le télégraphe à cadran à touches, les premiers télégraphes de Wheatstone à cinq aiguilles et à simple aiguille, les télégraphes à cadran magneto-électriques du même auteur, le télégraphe imprimeur de Wheatstone, des Morse automatiques de Digney avec leurs perforateurs, le télégraphe écrivant de Dujardin, etc.
- Parmi les nombreux appareils qui figurent dans l’exposition de M, Edison, on trouve des imprimeurs sans mouvement d’horlogerie pour les Bourses et marchés, des imprimeurs à mouvement d’horlogerie pour les particuliers, un télégraphe autographique, différents systèmes de relais entr’autres un, fondé sur les effets calorifiques qui est extrêmement curieux. On y trouvera sans doute son quadruplex, son relais électro-motographe et beaucoup d’autres dispositifs télégraphiques qui ne sont pas encore déballés.
- Dans les sections étrangères de la nef, nous au-
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- rons beaucoup d’appareils à signaler, surtout dans la section Anglaise et la section Allemande. Nous leur consacrerons, ainsi qu’à ceux exposés en Suisse, en Espagne, en Belgique, en Autriche et en Italie, un article spécial. Nous dirons seulement, pour terminer ce pre-mier article, que, dans la section américaine, on trouve les télégraphes harmoniques de M. E. Gray, que nous avons déjà décrits, des télégraphes imprimeurs pour bourses et marchés, qui n’ont rien de bien particulier, et des télégraphes pour rece-
- Télégraphe imprimeur, de M. Hughes (;ro disposition).
- voir au son, dont nous parlerons en temps et lieu. Nous ajouterons encore qu’en Russie, on trouve les appareils historiques très curieux du baron Schilling, qui ont précédé, dit-on, les premiers télégraphes deWheat-stone. On y voit, en effet, un télégraphe à six aiguilles de cet auteur imaginé en i832,et un télégraphe à cadran de grande dimension du même. Les télégraphes imprimeur et écrivant, combinés dès l’origine par M. Jacobi, y figurent également et présentent un intérê historique important.
- Disposition générale d’un poste télégraphique à cadran, à circuit ouvert, avec appareils do M. Bréguel, galvanomètres, parafoudre, commutateurs, etc
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Nous avons accompagné cet article de quelques figures représentant différents types de télégraphes employés communément en Angleterre, en Allemagne et en France, ainsi que la disposition ordi-daire d’un poste télégraphique à cadran de M. Rre-guet. Ces appareils ayant été décrits dans notre traité de télégraphie électrique, nous ne nous en occuperons pas d’avantage, mais ils pourront servir de point de comparaison, pour ceux que nous aurons à décrire ultérieurement.
- [A suivre.)
- TII. DU MONCEL.
- LA TRANSMISSION ÉLECTRIQUE
- DU TRAVAIL
- A GRANDE DISTANCE Suite. — (Voir le numéro du 10 août.)
- 2° La force électro-motrice d’induction développée par la machine réceptrice est inverse de celle de la source génératrice et si le champ magnétique est constant, elle est proportionnelle à la vitesse de l’anneau récepteur. Cette loi, établie expérimentalement et démontrée théoriquement depuis longtemps, peut être considérée comme une conséquence de la proportionnalité entre la vitesse de rotation et le nombre d’éléments de pile qui animent la machine, le couple résistant et le champ magnétique restant invariable.
- 3° L’intensité du champ magnétique ne change pas quand le produit du nombre de tours du fil des bobines des électros excitateurs par l’intensité du courant est constant, à la condition que le volume total du fil des bobines reste inaltéré. Si par exemple le fil des électros fait 1000 tours et si l’intensité du courant est de 10 webers, le champ magnétique produit pourra être obtenu aussi avec un autre fil de section moindre faisant 10,000 tours parcouru par un courant de 1 weber à la condition que le volume et la forme des bobines n’aient pas été changés. La section du
- fil devrait être dans ce cas T de celle du fil primitif
- en supposant que l’épaisseur de la couche isolante soit proportionnelle au diamètre du fil nu. Cette loi s’applique également au champ magnétique propre à l’anneau ainsique je l’ai déjà dit dans mon premier article surla théorie graphique des machines dynamoélectriques, on la démontre fort simplement par des considérations purement géométriques.
- 40 Lorsque deux machines dynamo-électriques identiques A et B sont placées dans le même circuit la première étant génératrice et la seconde réceptrice, le couple moteur développé par la seconde
- est toujours égal au couple résistant de la première quelles que soient leurs vitesses respectives. En effet d’après une des lois fondamentales de la propagation de l’électricité l’intènsité du courant est la même dans tous les points du circuit, donc l’intensité des champs magnétiques est la même dans les deux machines puisqu’elles sont identiques et enfin les actions mécaniques produites par ces champs magnétiques ont aussi la même valeur puisque, d’après la première loi, elles ne dépendent que de l’intensité actuelle du courant et nullement de l’état de repos ou du mouvement des machines. Il est bien entendu que je fais abstraction des fkotternents et des résistances passives de tout genre développées par la Rotation même des deux machines (résistance de l’air, vibrations dues à des excentricités, : courants parasites dits courants de Foucault etc..)
- 5° L’intensité du courant qui circule dans l’ensemble des deux machines est constante lorsque la différence de leurs vitesses respectives est constante. En effet la force électro-motrice (directe dans la première, inverse dans la seconde) de chacune d’elles peut être représentée par le produit de sa vitesse propre (2me loi) par un coefficient numérique proportionnel à l’intensité du champ magnétique et qui est le même pour les deux machines, puisque leurs champs magnétiques son égaux. Par suite la différence des forces électro-motrices directes et inverses est constante lorsque la différence des vitesse est elle-même constante et comme l’intensité du courant est proportionnelle à la différence des forces électro-motrices on en déduit qu’elle a aussi une valeur constante.
- Ces lois fort simples posées, je passe immédiatement à l’application numérique et je prends comme exemple la machine Gramme type C, expérimentée à Chatham et qui a donné les résultats suivants : (Voir La Lumière Electrique du 16 avril 1881.)
- Nombre de tours par minute............. 1200
- Intensité du courant, webers.................81.22
- Force électro-motrice, volts...........t 69.9
- Travail absorbé en kilogrammètres par seconde .............................. 579.
- ’ Travail par tour en kilogrammètres. . . 29.
- Résistance des inducteurs, ohms........ 0.15
- Résistance de l’anneau........................ 0.06
- Supposons maintenant que nous donnions au fil des inducteurs et de l’anneau une section égale à la cinquantième partie de la section primitive, je dis que leur résistance deviendra 25go fois aussi considérable. En effet le total du fil ne changeant pas, sa longueur deviendra 5o fois aussi considérable, mais comme sa section est d’autre part 5o fois moindre sa résistance deviendra 5o X 5o = 25oo fois aussi grande, Nous avons donc :
- olims
- Résistance des- inducteurs.................. 375
- Résistance de l’anneau...................... i5o
- 525
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- Si nous avons deux machines semblables, l’une génératrice, l’autre réceptrice, placées aux extrémités d’un fil télégraphique ordinaire, en fer galvanisé de 4 millimètres de diamètre et de 5o kilomètres de longueur, la résistance totale se décomposera ainsi
- qu’il suit :
- Machine génératrice, ohms. ....... . 525
- Ligne (5o X 9) ohms,.......................... 450
- Machine réceptrice, ohms...................... 525
- 15oo
- Pour que le champ magnétique ait la même valeur que dans les expériences de Chatam, il faut que le produit du nombre de tours du fil inducteur par l’intensité du courant reste le même (3me loi.) Or, le fil inducteur ayant une section 5o fois moindre et occupant le même volume à une longueur et par suite un nombre de tours 5o fois aussi considérable; par conséquent l’intensité du courant nécessaire à la production du champ magnétique doit être réduite
- à ^ de sa valeur primitive (81.22 webers) soit à
- 1,624 webers. La force électro-motrice nécessaire pour produire cette intensité dans le circuit total est égale à 1.624 -{-1.500=2.437 volts. Or, le fil de l’anneau faisant autour de ce dernier 5o fois autant de tours que dans la machine de Chatham, la force électro-motrice dont il est le siège devient aussi 5o fois aussi grande à vitesse égale ; elle serait donc à la vitesse de 1200 tours par minute égale à 69.9 X 5o= 3495 volts.
- Mais comme nous n’avons besoin que d’une force électro-motrice de 2437 volts (la machine réceptrice étant immobile), la vitesse devra être réduite dans le rapport de 2437 à .8495 : elle sera donc égale à
- 2437 . ,.n_ _
- 1200 x ? tours par minute = 835.5.
- 3495
- Quant à la dépense d’énergie nécessaire pour
- .El
- entretenir ce courant, elle aura pour expression-^-
- soit I(^ .= 4°3 kilogramètres par seconde.
- Le nombre de tours du fil des inducteurs et du fil des induits étant 5o fois aussi grand que dans la machine de Chatham, et le courant étant 5o fois moindre, il est évident, d’après la troisième loi, que les efforts mécaniques développés entre les inducteurs et les induits sont restés les mêmes, c’est-à-dire que si on laissait tourner la seconde machine en maintenant constante l’extrémité du courant (1 wcber 624), elle développerait 29 kilogrammètres par tour. -
- Par conséquent, si nous voulons qu’elle développe un travail de 10 chevaux vapeur, ou 750 kilogrammètres par seconde, elle devrait faire tours par , . 780x60
- seconde, soit -------=• i552 tours par minute.
- 29 r
- Mais, en vertu de la 5e loi, il faut, pour que l’intensité du courant reste constante, que la différence des vitesses des deux machines soit aussi constante. La vitesse de la machine devra donc ,être égale à i552 + 835 = 2387 tours par minute.
- Je rappelle d’ailleurs que, en raison de la ir<! et de la 4,! loi, les efforts mécaniques des deux machines sont égaux et indépendants de leur vitesse, le courant restant constant. La machine génératrice absorbera doncaussi29kilogrammètres partour, ouparsecondc 2Q 2.387
- } '—- = 115q kilogrammètres par seconde ou
- 15.4 chevaux.
- Le rendement économique, c’est-à-dire le rapport du travail restitué par la seconde machine au travail absorbé par la première, aura pour expression
- 29Xl552 1552 rr ,
- —-----5— = „ n — 65 0/0
- 29 X 2307 2378 . .
- Le travail total de 1154 kilogrammètres par seconde, absorbé par la génératrice, se décompose donc ainsi qu'il suit:
- kilograinmclrcs par seconde
- Travail développé par la machine réceptrice.... 750
- Énergie calorifique développée dans la totalité
- du circuit......................................... 403
- Total............................ J153
- Si nous voulions savoir comment est reporté le travail absorbé par réchauffement du circuit, nous pourrions le calculer directement par la formule
- ---- qui nous donnerait :
- Pour la machine génératrice :
- 525 X 1.6242
- 9.81 '
- Pour la machine réceptrice :
- 525 X 1.6422__
- 9.81 '
- Pour le fil extérieur :
- Kilogramme! res par secondes.
- 141
- 141
- 45oXi.623:*
- 9^81 “ ’ ’ - JL21 _
- 403
- O11 voit donc qu'il est possible, avec deux machines identiques du type C, de transmettre un travail utile de dix chexaux à 5o kilomètres de dis. tance au moyen d'un fil télégraphique ordinaire, la force motrice initiale étant d'environ sei^e chevaux.
- Le rendement serait en réalité un peu moindre par suite des pertes de travail dues aux courants d’induction parasites, développés dans les masses métalliques en mouvement des deux machines, et des frottements, vibrations, etc... résultant d’un mouvement de rotation très rapide.
- Il convient de rechercher la valeur de la force
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- électro-motrice de la première machine pour se faire une idée de la perfection que l’on devrait apporter à l’isolement des fils
- Or sa vitesse étant de 2387 tours, la force électromotrice qui en résulte serait sensiblement le double de celle qui correspond à la vitesse de 1200 tours et que nous trouvée être de 3495 volts, soit exactement 6952 volts. C’est une forte électro-motrice égale à celle de 6440 éléments Daniell.
- Il est certain, que cette tension exigerait un isolement très soigne, mais qui ne présente, selon moi, aucune difiiculté insurmontable puisque, dans le but de faire sauter les mines, on est parvenu, depuis longtemps déjà, à transmettre, à plusieurs kilomètres l’étincelle d’une bobine d’induction, dont la tension est bien supérieure à 7000 volts. Je pense avoir exposé, avec suffisamment de détails, la marche à suivre dans des problèmes de ce genre, pour montrer qu’ils ne présentent aucune difficulté, et pour mettre le lecteur à même d’apprécier la rigueur et l’extrême simplicité de la méthode que j’ai suivie.
- Je ne puis m’empêcher de faire remarquer, en terminant, que la théorie des moteurs électriques, est beaucoup plus simple que celles des moteurs thermiques. Les problèmes, relatifs à ces derniers, conduisent, en- effet, 'à des équations presque toujours inextricables, et qu’on ne peut simplifier, qu’en admettant des hypothèses incompatibles avec la réalité. Ainsi on ne peut même pas, dans l’état actuel de la science, exprimer par une équation rigoureuse la loi'de détente adiabatique de la vapeur a’eau.
- MARCEL DEPREZ
- : APPLICATIONS
- DE LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Les applications de [l’éclairage par les procédés électriques, prennent chaque jour une extension plus considérable; presque toutes les grandes villes de l’ancien et du nouveau monde font, en ce moment, des essais sur la voie publique et dans une foule d’établissements particuliers, pour arriver à apprécier, au point de vue pratique, la valeur des nouvelles inventions.
- On travaille partout à perfectionner les systèmes déjà connus, et, à chaque instant, la publication des brevets pris dans les divers pays, montre combien l’activité des hommes spéciaux est surexcitée par ce problème de la lumière de l’avenir.
- Quoique la question ne soit pas encore résolue, nous pouvons constater les résultats qui ont été obtenus et qui commencent à modifier toutes les idées anciennes.
- Dans tous les cas, les tentatives si nombreusés, qui se produisent de tous côtés, ont déjà rendu un immense service à la cause de l’électricité, le public s’habitue à l’éclat de la nouvelle lumière; tout ce qui est éclairé au gaz paraît sombre lorsqu’on vient de parcourir une avenue où l’on voit briller la lumière électrique.
- Du reste, quelles que soient les opinions plus ou moins intéressées d’une foule de gens, à propos du sujet qui nous occupe, il est impossible de nier les avantages si importants de l’éclairage électrique dans les nombreuses applications pour lesquelles il a déjà fait des preuves.
- ^Nous mentionnerons l’installation si importante des phares définitivement demandée aux procédés électriques, au moins en France, puis celle des na vires et des ports. Pour les vaisseaux de guerre, nous donnions ici-mème un intéressant exemple de cette application à propos du débarquement de nos troupes àTabarca. Pour les ports, nous avons, publié une vue du superbe éclairage installé par la Société Générale d’électricité tout le long des bassins du Hâvre. En temps de guerre, sur le continent, la lumière électrique n’est pas moins utile, de puissants foyers établis dans les forts peuvent indiquer les positions de l’ennemi pendant la nuit, de même que des locomobiles routières, munies d’appareils spéciaux, peuvent rendre de grands services à des corps de troupe en marche. Nous avons aussi montré dernièrement la possibilité d’éclairer les voies ferrées au moyen d’un foyer électrique placé sur la locomotive et on s’est encore servi du système nouveau pour les galeries déminés et les travaux de construction continués pendant la nuit. Comme exemple actuel, nous pouvons citer, à Paris, le Crédit Lyonnais, avec ses lampes Lontin, et les chantiers de reconstruction des Magasins du Printemps,, avec les bougies Jablochkoff. Pour, les travaux agricoles, la pêche et certaines opérations sous-marines, pour les exploitations photographiques, projections, reproductions,: etc., on a aussi souvent employé la lumière électrique.
- L’éclairage public tient certainement la première place, et sa possibilité nous paraît démontrée aujourd’hui, au moins pour certaines portions importantes d’une grande ville quelconque. A Paris, tout le monde a pu apprécier, depuis plus de trois ans, les avantages de l’installation Jablochkoff, avenue de l’Opéra; à Londres, les principales rues de la Cité, que nous parcourions dernièrement, sont vraiment transformées ; une vie nouvelle semble être donnée le soir à tous ces quartiers, grâce aux’nombreuses lampes électriques de MM. Siemens, Brush et Weston; à New-York, l’aspect si triste des principales avenues, lorsque la nuit commence, sera complètement changé par l’introduction de la nouvelle lumière. .
- Mais les services déjà rendus par l’éclairage élec-
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- trique sont loin d’être limités aux embellissements de la voie publique après le coucher du soleil.
- En 1880, M. Th. Du Moncel, dans sa deuxième édition d’un ouvrage sur ce sujet, (*) faisait un remarquable tableau des applications réalisées de la lumière électrique.
- Même au point de vue architectural, nous n’hésitons pas à admettre que la lumière électrique est la seule possible, et nous rappellerons, à ce propos, l’effet grandiose obtenu par l’éclairage du Colisée, au moyen de grands régulateurs (fîg. >)• Ce gigan-
- tesque souvenir de la vieille Rome produisait, ainsi éclairé, une impression que les lampes fumeuses, en usage dans les temps anciens, ne pouvaient certainement faire prévoir.
- L’illumination électrique , par les procédés Jablochkoff, de la façade de Notre-Dame, dans la soirée du 14 juillet 1880, fut aussi, on s’en souvient, un grand succès, quoique les conditions d’installation eussent été là tout à fait défavorables.
- Dans cet ordre d’idées, on pourrait objecter que l’éclairage du Salon de peinture n’a donné que de
- (fîg. 1.) Eclairage électrique du Colisce à Home.
- médiocres résultats, pendant les deux années d’essais qui ont été tentés avec le système Jablochkoff, cela est vrai, et le système en question, par suite de la non fixité de son point lumineux, de ses oscillations fréquentes et des changements de couleur dans l’arc, ne pouvait complètement convenir au but proposé, surtout en raison de la façon dont l’éclairage avait été organisé..
- •Au point de vue vraiment artistique, nous croyons donc au succès complet du nouveau mode d’éclairage, on en a déjà obtenu des résultats merveilleux dans les représentations théâtrales, ou dans les illuminations pour des fêtes privées ou publiques.
- 1 L’éclairage électrique, par le comte Du Moncel. (Librairie Hachette 1880.)
- ' ün peut, tous les soirs, se rendre compte de l’et fet ravissant produit par une heureuse application de la lumière électrique, au point de vue ornemental (fig. 2). C’est dans la cour.du Grand Hôtel, à Paris, où l’on a installé, en outre de l’éclairage ordinaire, un foyer Jablochkoff dans des conditions toutes particulières. Au milieu de cette cour, se trouve un petit bassin avec bordure de fleurs et plantes vertes ; du centre de ce bassin et un peu au-dessus du niveau de l’eau, s’élève un socle supportant un large globe opalin surmonté d’un plateau convexe, lequel est dominé par un appareil hydraulique, produisant un jet d’eau tombant en gerbes avec pulvérisation d’une partie du liquide.
- La lumière de la bougie, traversant son enveloppe
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- d’opale et la nappe d’eau ruisselante qui la couvre, en même temps qu’elle communique les plus char mants reflets aux jets d’eau supérieurs et à la buée qui les environne, produit vraiement une impression des plus réussies.
- Aussi, malgré l’opinion attribuée à l’un de nos plus célèbres architectes que le gaz avait le mono-
- pole de la lumière vraiment artistique, nous sommes convaincu que l’électricité est appelée à jouer, au point de vue de l’art, le rôle le plus important.
- L’éclairage nouveau a, dans tous les cas, l’immense avantage de posséder une intensité suffisante pour bien illuminer les plus grands espaces, il permet en outre de voir les couleurs sans en altérer le ton, et,
- (fig. 2.) La cour du Grand-Hôtel éclairée par la bougie JablochkolT.
- condition essentielle, il ne détériore pas les chefs-d’œuvre de l’art décoratif, tandis que le gaz a été souvent accusé, et avec raison, de produire ces effets désastreux, notamment au foyer du Nouvel Opéra, à propos des magnifiques peintures de Baudry.
- D’ailleurs la lumière Jablochkoff, seule bien connue à Paris, malgré ses avantages indubitables et la popularité qu’elle a légitimement acquise, est loin d’être le dernier mot de la question, et nous pensons que l’Exposition Internationale d’électricité qui vient de s’ouvrir au Palais de l’Industrie, et qui ne pourra commencer ses soirées |
- que dans quelques jours, montrera au public que, si l’éclairage électrique est encore une affaire deluxe, pour des installations particulières, il est néanmoins possible, au moyen des lampes à incandescence; qu’il est devenu économique, aujourd’hui, pour les grands espaces couverts ou à ciel ouvert, et qu'il sera, sans doute, éminemment pratique dans un avenir très rapproché, et pour toutes les conditions possibles, grâce à la solution du problème si important de la distribution de l’électricité.
- C. C. SOULAGES.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- L’ÉLECTRICITÉ A LA GUERRE.
- Quatre nations ont apporté au Palais de l’Industrie les appareils dont elles se servent pour la télégraphie militaire et accessoirement pour les autres applications de l’électricité à l'art de la guerre.
- L’examen des divers systèmes montre, comme on pouvait s’y attendre, de grandes analogies; les conditions à remplir étant les mêmes pour tous, les solutions, ne pouvaient être très différentes. Chacun a cherché la simplicité, la solidité, une disposition aussi concentrée que possible, des appareils d’un maniement très sûr, afin que leur fonctionnement ne soit pas arrêté, même dans les circonstances les plus défavorables.
- Tout le monde, à l’exception des Etats-Unis, a choisi les mêmes appareils télégraphiques, le Morse ordinaire; on n’en a modifié que les dispositions extérieures, comme on le verra ; les Etats-Unis ont conservé l’appareil en usage dans presque tous leurs bureaux, qui est le simple parleur ; on sait que, dans ce pays, où la simplicité et la rapidité passent avant tout, les télégraphistes écrivent sous la dictée de l’armature de l’aimant. On a naturellement porté à la guerre ce système, il offre des avantages de légèreté, petit volume et autres très marquants, on ne saurait nier d’autre part, qu’il n’ait, justement pour l’art militaire, des inconvénients sérieux, il réclame le sang-froid du télégraphiste, qui doit écouter et traduire, il peut être gêné par le bruit, enfin, il ne garde pas trace automatique des dépêches transmises, et cela peut être delà dernière importance pour l’établissement des responsabilités, si graves à la guerre. Le parleur n’est pas d’ailleurs plus rapide, comme transmission, que le Morse écrivant; comme poids et comme dimension, celui-ci peut d'ailleurs être rendu aussi léger et très peu plus gros que le parleur. Au reste, en France, pour les reconnaissances, les installations de ligne ou les postes de passage, on fait usage du parleur. Dans presque tous les autres pays, on a adjoint récemment aux autres appareils le téléphone, naturellement, le téléphone magnétique, caron l’emploie comme appareil volant, et l’on évite les installations de pile. Je dois dire, à l’éloge de ce sytème, qu’on paraît avoir d’un commun accord adopté le téléphone de Siemens. Je dois cependant faire une exception pour les Etats-Unis ; on y a fait des essais dont le succès n’a pas semblé suffisant, pour motiver l’emploi de cet appareil à titre régulier.
- Le reste des dispositions, a rapport à l’établissement des lignes, il comprend le transport et le déroulement des fils, l’installation des postes.
- Chaque nation s’est efforcée de réduire le nom-dre.des voitures nécessaires pour véhiculer tout ce
- matériel, en l’agençant le mieux possible, il ne paraît pas qu’aucune soit descendue au-dessous de deux, pour la ligne complète. La Suède et l’Amérique en emploient trois; mais la Belgique, dans le cas d’une ligne à câbles, placée directement sur le sol ou sur des supports quelconques,sans poteaux artificiels, se contente d’une voiture. On arrive, du reste, au même résultat dans le service Français/par un autre moyen.
- Voici donc comment le transport est disposé dans les divers systèmes. Les poteaux avec leurs isoloirs demandent toujours un chariot. Dans les dispositifs Américain, Suédois et Belge, ce chariot est uniquement consacré aux supports et aux outils destinés à les placer. Dans le dispositif Français, les lances, qui sont d’ailleurs très étudiées, pourvues de rallonges sont placées sur les deux côtés d’un chariot, dont le milieu renferme les rouleaux de câble et de fil nu.
- Dans les systèmes Américain et Suédois les cables sont portés sur une voiture spéciale. Les Etats-Unis font usage à peu près uniquement de fil nu, ils n’ont qu’une petite longueur de cable isolé ; leur voiture à fil est d’ailleurs un chariot couvert, elle est munie, à l’arrière, d’un treuil à axe vertical qui est mis en mouvement par les roues et qui débite le fil à mesure de l’avancement de la voiture. La Suède a un chariot spécial, formé d’un bâti en fer, portant le rouleau et fixé à peu près comme les canons à un avant-train formant caisson et renfermant les outils. Le déroulement est également opéré automatiquement à l’aide d’un rouleau qui peut-être installé à frottement contre une roue. J’ai dit que les cables Français étaient placés sur le même chariot que les lances, le déroulement s’opère par l’arrière en laissant simplement dé vider lefil. Dans le système Belge, les conducteurs sont placés sur la voiture qui porte le poste télégraphique laquelle est alors divisée entrois parties. Le compartiment d’arrière renferme les rouleaux que l’on place sur un' dévidoir et qu’on laisse dérouler par leur poids. Les câbles sont assez analogues dans les divers pays, et il ne paraît pas qu’il y ait de particularité intéressante à signaler.
- Dans les systèmes Suédois, Américain et Français, le poste télégraphique remplit une voiture ; la voiture Suédoise n’est pas exposée, le poste est disposé sous une tente : dans les autres systèmes la voiture est partagée en deux, un coupé ouvert ou se tiennent les conducteurs et le compartiment du poste proprement dit : Celui-ci comprend une tablette placée en longueur supportant les appareils et une banquette placée en face. Les piles sont sous les banquettes. Dans le système Belge la voiture-poste est, comme je l’ai dit, partagée en trois parties, un coupé découvert, le poste et le compartiment des cables : La tablette du poste est alors placée en travers de la voiture. Le poste est beaucoup plus petit ; un peu trop petit même à ce qu’il
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- semble ; il convient de dire que cette voiture, qui contient tout, peut même à la rigueur porter sur ses côtés un certain nombre de poteaux et résume le système complet ; cet avantage est racheté par un peu d’exiguïté dans les diverses parties. Le système Suédois montre sous une petite tente un poste d’aspect léger et élégant ; une caisse de très médiocre grandeur forme bureau et peut renfermer l’appareil télégraphique, le tout est de bonne forme et bien compris ; un peu léger peut être et un peu fragile pour le service brutal de la guerre.
- La voiture Française qui porte les cables renferme une sorte de châssis à roues permettant le déroulement d’un cable à bras et sans chariot. En Belgique on fait usage d’une sorte de sac pouvant se porter à dos et renfermant un rouleau d’un cable très léger et très souple. Ces systèmes servent pour les postes volants ; en France ils viennent se rattacher au téléphone ou à un parleur, en Belgique on emploie un petit Morse écrivant, particulièrement compact. Cettejolie disposition tient dans une boite cubique qui a environ o,i5 de coté où se trouvent, avec l’appareil et sa sonnerie le rouleau de fil, l’encrier, tout le nécessaire ; on peut travailler sans ouvrir la boîte, lé manipulateur est alors relevé sur un des côtés tandis que la bande sort par une petite fente de l’autre; je recommande cet agencement ingénieux aux amateurs de bonne construction ; il est dû à la maison Siemens et Halske.
- La même maison expose, pour l’Allemagne, un système analogue, c’est-à-dire une boîte à cable, un Morse et une pile portative, le tout est assez semblable aux appareils Belges mais plus gros, plus lourd et en même temps plus solide. Il est vrai que la disposition Belge rachète son élégance par un peu de fragilité.
- En général les systèmes Français et Belge paraissent les plus complètement étudiés, le système Belge est même plus concentré, mais le dispositif Français est plus ample et plus robuste. On ne saurait d’ailleurs juger absolument, il faudrait les voir à l’œuvre, ou avoir l’opinion des personnes ayant une expérience complète en ces matières et au fait des petits détails.
- A côté du système télégraphique proprement dit, le ministère de la guerre Français expose divers appareils intéressants où l’électricité joue un rôle.
- Il faut signaler d’abord son emploi pour la télégraphie optique. L’appareil est assez simple. Nous avons parlé du projecteur Mangin, dont la partie essentielle est formée d’un miroir sphérique à correction. Le centre du miroir est percé d’un trou rond dans lequel s’engage un tube portant une lentille convexe. Derrière ce miroir est placée une lampe électrique du système Reynier légèrement modifiée (la modification consiste à envelopper le charbon mobile d’un tube de cuivre afin de rendre l’ensemble
- plus solide). L’électricité peut être produite par une petite machine de Gramme à manivelle mise en mouvement par deux hommes. Les rayons émis, concentrés par la lentille, vont faire leur foyer dans le projecteur à quelque distance en avant du miroir; en ce point, est un petit obturateur mobile en relation avec un manipulateur qui fait saillie hors de la boîte; c’est à l’aide de ce manipulateur, qu’en découvrant ou éteignant la lumière au foyer optique, on produit les signaux. Lorsque la lumière passe, le faisceau conique vajusque vers la sortie du projecteur,il y rencontre un miroir concave qui le renvoie vers le grand miroir du projecteur, d'où il s’échappe enfin sous forme de faisceau parallèle pour aller porter le signal. Une lunette adjointe à l’appareil vise le poste correspondant, elle sert à dii'iger le faisceau et à recevoir les réponses. Ces appareils sont construits par Sautter et Lemonnier. Des systèmes analogues existent éclairés avec une lampe à pétrole mais leur portée est énormément moindre.
- On a aussi appliqué l’électricité à la visite de l’âme des canons. On commence par ôter la fermeture de la culasse, On introduit alors par la bouche une lanterne ayant le calibre de la pièce et pourvue d’une petite lampe Reynier semblable à la précédente : un côté de la lanterne est ouvert et permet à la lumière d’éclairer énergiquement la paroi de la bouche à feu ; un miroir incliné à 45° renvoie l’image suivant l’axe et on l’observe à l’aide d’une lentille grossissante. La lanterne est d’ailleurs montée sur une tige graduée permettant de savoir à chaque instant à quelle distance exacte de la bouche on se trouve. On peut ainsi examiner minutieusement tous les points de la paroi et relever la position de chaque défaut.
- Ces appareils viennent des ateliers de Chalais appartenant à l’état.
- On pourrait signaler aussi, pour l’inflammation des mines, une disposition de pile très simple. Quatre tubes de zinc sont pris dans une masse cylindrique de gutta-percha, quatre crayons de charbon sont fixés dans l’axe des tubes ; le tout forme une seule masse pourvue d’un anneau. Lorsqu’on veut mettre la pile en action, il suffit de la plonger dans une petite auge en gutta ayant un diamètre à peu près égal dans laquelle est une solution de bichromate de potasse, le courant met immédiatement le feu à l’amorce. L’appareil est plus sur que les appareils à induction nommés coups de poing de Breguet, et les remplacera sans doute dans l’avenir, bien qu’on n’ait pas renoncé à faire usage de ces derniers.
- La France expose deux modèles de moteur à vapeur locomobile, destinés à produire la lumière électrique, sortant des ateliers Sautter et Lemonnier; l’un deux, très concentré, porte avec la chaudière, le moteur du système Brotherhood, la machine dynamo-électrique de Gramme, le projecteur Mangin et un rouleau de câbles, en un mot le système complet; l’autre 11e porte, avec la chaudière, que le
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- moteur et la machine à lumière qui est plus puissante, le projecteur est séparé.
- La maison Siemens et Halske expose, dans la section Allemande, un système analogue ; la chaudière porte en avant une machine à vapeur à deux pistons; derrière, se trouvent deux machines Siemens, pouvant être accouplées ou employées isolément, la tran smission est faite par courroies, ce qui n’est pas sans inconvénient, pour une machine destinée à servir, sans abri, par tous les temps. Il ne semble pas que cet engin porte, au degré ordinaire, la marque, des soins et de l’habileté bien connue de cette maison.
- Il resterait à parler de l’usage de l’électricité comme moyen de recherche dans les chronographes, vé-locimètres, et autres appareils de ce genre appliqués à l’étude des bouches à feu, mais c’est là un sujet qui veut être traité spécialement.
- P.-S. —Au moment où cet article est remis, l’Autriche installe deux voitures composant un système de télégraphie militaire; il est trop tard pour en rendre compte, je serai donc obligé d’y revenir, c’est un inconvénient inévitable dans la période que nous traversons. frank géraldy.
- CHARBONS A LUMIÈRE
- Ce fut Foucault qui permit à l’éclairage électrique d’entrer dans le domaine industriel, lorsqu’il eut l’idée de substituer des tiges de charbon de cornue, aux baguettes de charbon de bois employées par Davy. Celles-ci, en effet, s’usaient si rapidement qu’elles ne pouvaient servir qu’à des expériences de cabinet. Mais l’usage du charbon de cornue entraînait encore de graves inconvénients.
- Les qualités qu’on doit demander à un charbon à lumière sont multiples et peuvent être ainsi énumérées :
- l° Il doit être parfaitement homogène, sans quoi chaque variation dans la nature du brûleur déterminerait une variation correspondante dans la quantité ou la qualité de la lumière émise ;
- 2° Il doit être aussi dense que possible, car il est évident que plus il y aura de matière sous un volume déterminé, moins grande sera la surface de contact des parties incandescentes avec l’air ambiant, et plus on gagnera en durée. D’un autre côté, on sait avec quelle facilité les corps poreux absorbent les gaz ; l’air dilaté s’échappe des pores du charbon en le désagrégeant. La conductibilité augmente aussi avec la densité ;
- 3° Il doit être composé, autant que possible, de carbone pur. C’est, du moins, une bonne condition au point de vue du rendement lumineux, car il semble à peu près démontré que plus un corps est
- réfractaire, plus la contre-force électro-motrice, développée par l'arc qui passe dans sa vapeur, est grande. Néanmoins, on ne saurait rien dire à ce sujet, et nous aurons occasion d’y revenir;
- 4U II doit être apte à recevoir une forme déterminée suivant les dispositions de l’appareil qui doit l’utiliser. Dans les lampes incandescentes, en particulier, où le charbon doit progresser, d’une manière continue, entre les deux mâchoires d’un étau, il est absolument nécessaire que sa surface soit cylindrique et lisse.
- Il était bien difficile de trouver toutes ces conditions réunies dans les produits déposés sur les parois des cornues à gaz. Les charbons qu’on y taillait renfermaient toujours une partie des impuretés contenues primitivement dans la houille. Il fallait choisir parmi les fragments qu'on avait à sa disposition, et de plus, la taille était une opération délicate, entraînant beaucoup de déchets, si bien qu'il semble qu’on n’aurait guère pu arriver ainsi à Une grande fabrication industrielle, telle qu’on la conçoit aujourd’hui.
- Il était donc naturel qu’on cherchât à se procurer, par d’autres procédés plus pratiques et plus sûrs, des charbons qui, tout en possédant la grande densité. des charbons de cornue, fussent doués des autres propriétés que nous avons énumérées plus haut.
- Trois méthodes se sont présentées à l’esprit des inventeurs. Une comparaison vulgaire nous permettra de voir comment elles ont pu se présenter à l’idée toutes trois, et comment il ne s’en est pas présenté d’autre.
- Supposons, en effet, que nous voulions élever une colonne cylindrique en maçonnerie, je ne vois que trois moyens d’y parvenir :
- i° Nous prendrons un bloc de pierre de dimensions convenables, et nous l’amènerons à avoir la forme voulue, en l’ébauchant d’abord, puis le finissant soit sur le tour, soit à la main avec un polissoir.
- Il est clair que, dans ces conditions, la beauté du fût obtenue dépendra par-dessus tout de la qualité du bloc employé et de sa saine constitution;
- 2° Nous construirons une carcasse intérieure en bois, en fer ou en maçonnerie, et nous remplirons les interstices avec du torchis. Celui-ci sera maintenu par la carcasse, au fur et à mesure qu’il sera appliqué. Dans ce cas, il est difficile d’avoir une surface extérieure bien lisse ; quant à avoir une homogénéité extérieure parfaite; on peut y arriver en donnant une masse insensible à la carcasse interne, ou en l’établissant avec des matériaux identiques à ceux qui doivent servir au remplissage ultérieur.
- 3° Nous prendrons de petits matériaux que nous jetterons pêle-mêle avec du mortier dans une sorte de moule en bois, et nous presserons soigneuse-
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- ment Je mélange. Lorsque nous enlèverons le moule extérieur, il nous restera une masse où le mortier maintiendra les petits matériaux employés ; une fois sec, nous aurons un bloc dont la surface extérieure sera d’autant plus régulière que la surface interne du moule aura été plus lisse, et, si le béton a toujours été semblable à lui-même et pressé bien également, sa constitution sera parfaitement homogène.
- De même pour fabriquer des charbons à lumière.
- i» Certains ont cherché à obtenir directement des blocs de matière convenable et à les tailler dedans. Parmi ceux-ci on doit citer Foucault, puis M. Jac-quelain qui se procura des blocs plus sains que ceux recueillis dans les cornues à gaz, en décomposant sur des parois incondescantes des hydrocarbures qui avaient subi une première distillation, et se trouvaient ainsi débarrassés de toute impureté. Il Il eut ainsi des plaques qui, débitées à la scie, ont fourni des charbons d’excellente qualité. Mais la main-d’œuvre était trop coûteuse et empêcha ce procédé de devenir industriel.
- —20 D’autres, tels que MM. Watson et Slater en i852, Lacassagne et Thiers en 1857, Peyret.... ont suivi la deuxième méthode.
- Ils constituaient une sorte de carcasse charbonneuse dont ils remplissaient les pores avec un hydrocarbure liquide qu’ils décomposaient ensuite par une forte élévation de température.
- La première condition à obtenir était que la carcasse ne contînt pas d’impuretés.
- MM. Watson et Slater prenaient un morceau de charbon de hêtre ou de buis débité à la dimension voulue. Ils le plongeaient dans la chaux vive qui le desséchait, le portaient au rouge blanc, puis le trempaient dans une solution d’alun ou d’un verre soluble et le reportaient au rouge blanc. Ils arrivaient ainsi à détruire toute trace de matière organique.
- Pour remplir les pores, ils plongeaient les tiges encore chaudes dans de la mélasse et les carbonisaient à nouveau.
- MM. Lacassagne et Thiers prenaient des baguettes de charbon de cornue qu’ils plongeaient dans de la soude caustique-fondue. Les silicates, transformés en verres solubles, étaient éliminés par un lavage à l’eau chaude, puis un courant de chlore donnant des chlorures volatils éliminait les dernières impuretés.
- M. Peyret formait sa carcasse avec de la moëlle de sureau et employait comme remplissage une dissolution de sucre qu’il décomposait à l’aide de la chaleur.
- Enfin d’autres tels que M. Staite en 1846, Le Mplt, en 184g, Curmer, Archereau, Carré, Gauduin et Napoli, dont nous décrirons en détail les procédés ont adopté la troisième méthode.
- Tous forment un mélange intime de matières carbonisées solides et d’un mortier liquide agglomérant. Ils lui donnent ensuite la forme voulue en le soumettant à l’action d’une filière puis le dessèchent
- à haute température. Les pores, développés pair le départ des composés volatils, sont remplis par une nouvelle addition de carbure liquide ; le charbon est à nouveau porté au rouge.
- M. Staite prenait pour solide du coke pulvérisé et pour mortier une dissolution de sucre.
- M. Lemolt prenait un mélange de deux parties de charbon de cornue et de deux parties de charbon de bois aggloméré par une partie de goudron liquide.,
- Son mélange pouvant contenir des impuretés, il purifie son charbon par une immersion dans les acides.
- M. Curmer employait, comme solide, du noir de fumée et comme agglomérant de la benzine et dé l’essence de térébenthine. Il nourrissait ensuite ses charbons avec des matières résineuses ou sucrées.
- MM. Archereau, Carré et Gauduin, dont les procédés sont l’objet d’exploitations importantes, ont de plus abordé la question du mélange au carbone de certains corps étrangers, (oxydes ou sels métalliques,) que nous avons signalée au début. On conr çoit en effet qu’il peut y avoir certains avantages :
- i° à introduire certains oxydes fixes dans l’arc tels que la magnésie ; les particules incandescentes emmagasinant une certaine quantité de chaleur à haute température qui peut servir de volant lumineux.
- 2» à introduire des bases qui, se combinant aux impuretés les plus communes telles que Ta silice, donnent des verres fusibles, sous l’influence de la chaleur, et les éliminent avant qu’elles soient atteintes par le foyer lumineux.
- 3° A introduire certains sels qui colorent l’arc directement lorsqu’il en est besoin, au lieu d’employer des verres de couleur qui absorbent beaucoup de lumière.
- 40 A introduire certains sels qui se décomposent sous l’influence électrolytique du courant, et qui, tels que le phosphate de chaux ou de magnésie donnent un métal au pôle négatif, capable de brûler 4 l’air avec une lumière intense.
- Mais tous ces avantages sont encore hypothétiques, et l’expérience semble avoir décidé en faveur des charbons constitués en carbone chimiquement pur. Jusqu’à présent les charbons réputés pour les meilleurs, ont été ceux de MM. Carré et Gauduin. Je renverrai pour les détails de leur fabrication à l’ouvrage de M. H. Fontaine, qui s’est longuement étendu dessus. Dans ces derniers temps, ils semblent avoir été dépassés par ceux de M. Napoli qui s’est livré à une longue étude à ce sujet en même temps qu’il transformait la lampe Werdermann. Ayant eu la bonne fortune de pouvoir suivre les travaux auxquels il a dû se livrer, je me propose d’exposer avec détail les divers procédés auxquels il s’est arrêté après une longue expérience.
- A suivre.) Maurice Leblanc.
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- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Gravure sur verre par l’électricité.
- Parmi dés expériences que M. Planté a faites avec sa batterie secondaire, il en est plusieurs qui l’ont conduit à appliquer le courant électrique qu’elle engendre à la gravure sur verre ou sur cristal. Il avait, en effet, observé que, quand un tube de verre est traversé par un fil de platine servant d’électrode au courant de- sa batterie, le verre du tube se trouve creusé instantanément en forme de cône ou d’entonnoir, lorsqu’il est placé au sein d’un voltamètre contenant une solution saline.
- D’un autre côté, certaines expériences sur les effets lumineux, produits par ces courants de forte tension, contre les parois d’un vase en verre ou en cristal humecté d’une solution de sel marin, lui avaient donné l’occasion d’observer que le verre ou le cristal était fortement attaqué aux points touchés par l’électrode, et que les anneaux lumineux concentriques, formés tout autour, restaient quelquefois gravés à la surface du verre du voltamètre. Enfin, il avait reconnu qu’en employant, comme solution saline, de l’azotate de potasse, il fallait une force électrique beaucoup moindre qu’avec le chlorure de sodium et d’autres ! sels, pour produire les effets lumineux et la dévitri- j fication. G’est en appliquant ces différentes observations que M. Planté a combiné son système de gravure sur verre, qu’il décrit de la manière suivante :
- « On recouvre la surface d’une lame de verre ou d’une plaque de cristal avec une solution concentrée de nitrate de potasse, en versant simplement le liquide sur la plaque posée horizontalement dans une cuvette peu profonde.
- « D’autre part, on fait plonger, dans la couche liquide qui recouvre le verre, et le long des bords de
- la lame, un fil de platine horizontal communiquant avec les pôles d’une batterie secondaire de cinquante à soixante éléments; puis, tenant à la main l’autre électrode, formée d’un fil de platine entouré, sauf à son extrémité, d’un étui isolant, on touche le verre, recouvert de la couche mince de solution saline, aux points où l’on veut graver des caractères ou un dessin comme on le voit dans la figure ci-dessus.
- « Un sillon lumineux se produit partout où touche l’électricité, et, quelle que soit la rapidité avec laquelle on écrive, ou on dessine; les traits que l’on a faits se trouvent nettement gravés sur le verre. Si
- l’on écrit ou si l’on dessine lentement, les traits sont gravés profondément, leur largeur dépend du diamètre du fil de platine servant d’électrode; s’il est taillé en pointe, ces traits peuvent être extrêmement déliés.
- « Le fil métallique, conduisant le courant, se trouve ainsi transformé (fic. i.) en un burin particulier
- pour le verre, et dont le maniement n’exige aucun effort de la part de l’opérateur, malgré la dureté de la substance à entamer; car il suffit de promener légèrement le fil de platine à la surface du verre pour obtenir une gravure ineffaçable.
- « La force corrodante se trouve fournie par l’action, à la fois calorifique et chimique- du courant électrique, en présence de la dissolution saline (4).
- « L’action chimique du courant é~ lectrique, dans ces conditions, est très puissante, quoique s’exer-
- (fig. 2.)
- (') « Les figures produites sur le verre par l’électricité statique, et les empreintes obtenues par M. Grovc avec l’électricité d’induction, sc rattachent a ces altérations du verre par l’électricité dynamique. Mais, comme la quantité d’électricité, fournie par les machines électriques ou les bobines d’induction, est relativement très faible, et qu’il n’y a point, d’ailleurs, d’effet électro-chimique, tel que celui qui se produit ici en présence d’une solution saline, ces ligures et ces empreintes sont très difficilement visibles. Elles exigent, pour être aperçues, un dépôt de rosée ou la buée résultant de l’insufflation, ce qui les a fait désigner sous le nom de figures roriques, depuis les recherches de MM. Riess, Peyré, Wartmann, etc.
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- çant sur une matière isolante et simplement à sa surface ; elle est même plus efficace pour les substances vitreuses que celle de l’acide fluorhy-drique, car nous avons pu graver ainsi des caractères sur une plaque de verre Sidot (*), inattaquable par l’acide fluorhydrique.
- On peut graver avec l’un ou l’autre électrode; il faut, toutefois, un courant moins fort pour graver avec l’électricité négative, et la gravure est plus nette.
- Bien que ces résultats aient été obtenus en faisant usage de batteries secondaires, il est clair qu’on peut employer, de préférence, pour un travail continu, toute autre source d1électricité de quantité et de tension suffisantes, soit une pile de Bunsen d’un assez grand nombre d’éléments, soit une machine de Gramme ou même une machine magnéto-électrique à courants alternativement positifs et négatifs.
- Nous profitons de l’occasion qui nous est donnée, de parler de nouveau de la pile Planté, pour indiquer la disposition de sa machine rhéostatique pour fournir des étincelles de quantité; cette disposition est représentée dans la figure 2 ci-dessus.
- FAITS DIVERS
- Éclairage électrique.
- Pendant les fêtes données à Londres en l’honneur du Congrès médical international, Péclairage a eu lieu au moyen de l’électricité, au musée de South-Kensington, au musée Huntérien , au Palais de Cristal. Mais c’est à Guildball, pendant une superbe réception offerte aux membres du Congrès par le lord Maire et la lady Mayoress, que l’éclairage électrique a été particulièrement brillant. Trois systèmes différents ont fonctionné, toute la soirée du 5 août, dans le vieux palais des Guildes de la cité de Londres. MM. Siemens frères avaient trois de leurs grands foyers dans la grande salle, et quatre sous la tente de réception. Deux rangées de lampes Swan, de vingt-cinq lampes chacune, éclairaient la salle du conseil des Aldermen. Dans les corridors, chaque bec de gaz était remplacé par une lampe Swan. Dans une autre salle, un grand régulateur Siemens était placé dans ,un dôme au centre de la salle, et des rangées, de vingt lampes Swan chacune, se trouvaient aux quatre coins de la salle. La lumière des grands foyers était adoucie au moyen de verre teinté en jaune, afin de l’assimiler û celle des lampes Swan. On comptait en tout 160 lampes ù incandescence du système Swan. La meme machine, qui actionnait ces lampes, alimentait également les grands foyers, dans la tente de réception. Deux machines, de la force de huit chevaux chacune, étaient employées. Une batterie Faure alimentait vingt-quatre lampes à incandescence Maxim, qui étaient placées dans l’escalier et dans la salle du comité. L’éclairage par les lampes Maxim avait été installé par Y Electric Lighl and Tower Generator - Company.
- (*) » Ce verre est un phosphate acide de chaux obtenu dans des conditions particulières, et dont on doit la découverte à.M. Sidot, préparateur de chimie au Lycée Charlemagne. »
- La gare de King's cross du Great Northern Railway, à Londres, est maintenant éclairée au moyen de l’électricité. On a placé douze lampes Crompton dans l’intérieur delà gare, six, au débarcadère, et six au-dessus de la plateforme du départ. Deux autres lampes de plus grandes dimensions sont disposées en dehors de l’édifice. La superficie totale, éclairée à l’intérieur, est de 220.000 pieds carrés. Les lampes sont supendues à une hauteur de trente pieds, au-dessus du niveau de la plateforme, et sont réparties sur quatre circuits, la lumière de chaque lampe, étant estimée à 4.000 candies. On atténue l’intensité des foyers, par l’emploi de verre semi-transparent à la partie inférieure des lanternes. Les deux lumières extérieures, sont évaluées à 6.000 candies chacune, et sont placées à une hauteur de 70 pieds, les les lanternes étant en verre clair. Le courant est fourni, par des machines dynamo-électriques Bürgin, qui sont actionnées par une machine semi-portative, de la force de 12 chevaux, de MM. Marshall fils, de Gâinsborough. Le hangar, où so«t placées les machines et le moteur, est situé à environ 25o mètres du point le plus rapproché de la gare, et il est éclairé par des lampes Swan.
- A Vienne (Autriche), on s’occupe de l’installation des appareils électriques pour l'éclairage des boulevards, des places et des principales rues. La municipalité vient d’accorder son autorisation. Le Graben, la rue la plus fréquentée de la capitale, et la place de la cathédrale de Saint-Etienne vont être éclairés par l’électricité. Au Graben, seront posés seize becs à 2,000 bougies. Une machine locomobile a été placée près du dôme de Saint-Etienne.
- Téléphonie.
- Des communications par téléphone ont été échangées il y a quelques jours entre les villes de Buffalo et de Paterson, aux États-Unis. La distance entre ces deux villes est de 35o milles. La Série des expériences était dirigée par M.-G.-F. Noonan, directeur de la Metropolitan Téléphoné and Telegraph Company, qui prétend avoir découvert une méthode de disposer les piles de manière à produire de bons résultats pour communiquer à de grandes distances. La Werstern Union Telegraph Company, a prêté 1111 fil nu 6, allant d’une ville à l’autre. La connexion a été établie, avec le bureau central, h Buffalo, où la communication télégraphique pouvait être obtenue. Bien que les résultats n’aient pu être entièrement satisfaisants, on a pu entendre des phrases, des chansons; l’induction des fils de la Western Union, passant près du fil téléphonique, a été cause de troubles fréquents dans la transmission
- Depuis le 15 août, est ouverte, à Berlin, au bureau de poste 64, sous les Tilleuls, une salle publique pour les communications téléphoniques. Le premier venu peut ainsi entrer en correspondance verbale avec n’importe quel abonné du réseau téléphonique de Berlin. II est admis à prendre connaissance de la liste des abonnés, au bureau de poste même, contre la remise d’un billet de téléphone, du prix de 5o pfennig, qui se vend au bureau de poste, il a le droit de converser pendant un laps de temps ne dépassant pas cinq minutes. Le billet de téléphone n’est valable que le jour où il a été délivré. L’admission dans la salle de conservation téléphonique, a lieu, à tour de rôle, dans l’ordre des demandes , sous la surveillance de l’employé préposé à ce service.
- Le Gérant : A. Glisnard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 0, rue de FIcurus. —(495)
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- La Lumière Électrique
- Journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 27 AOUT 1881 N° 43
- SOMMAIRE
- Exposition internationale d’électricité. La télégraphie; M. du Moncel. — Les moteurs électriques; A. Guérout. — Recherches sur les piles (8° article) ; A. D’Arsonval. — Les ateliers de la maison Goodwin ; C. C. Soulages. — Application de l’électricité à l’étude des phénomènes très rapides (3° article); M. Deprès. — Des forces et des mouvements envisagés au point de vue de la science physique, comme sous celui, des théories rationnelles, et spécialement de celles de l’électricité; de Gérando. — Revue des travaux récents en électricité. Lampes de sûreté à fermeture magnétique. L’Ascoltatore endogeno de M. J. Mugna. Une nouvelle disposition de la pile au bichromate. — Correspondances : Lettres de MM. Schuckert, Gravier, Ducretet. Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LA TÉLÉGRAPHIE
- 2e article (Voir le n° du 24 août).
- Nous allons continuer notre revue télégraphique en commençant par l’Angleterre, le berceau de cette application importante, qui a réalisé tant'de merveilles, et voyons d’abord l’exposition du Post-office.
- Elle occupe, comme nous l’avons déjà dit, le pavillon en forme de chalet qui s’élève au milieu du compartiment réservé à l’Angleterre. C’est un véritable musée historique où l’on peut suivre, pas à pas, les progrès de la science télégraphique, depuis l’année 1837, époque des premières expériences de Wheatstone, jusqu’àl’époque actuelle, où l’on trouve comme type le plus perfectionné des appareils télégraphiques, le rapide de Wheatstoneavec tous les accessoires qui l’ont rendu le plus expéditif de tous. Nous sommes heureux de faire remarquer ici que, par un enchaînementde circonstances favorables bien rare dans l’histoire des sciences, il a été donné au créateur de la télégraphie électrique d’avoir le dernier mot dans la disposition matérielle des appareils propres à réaliser cette application, appareils pourtant très nombreux et réunissant les combinaisons les plus ingénieuses et les plus diversifiées.
- Si nous commençons notre visite par la partie du Sud-Ouest, nous trouvons d’abord le télégraphe primitif à cinq aiguilles de Wheatstone, avec lequel
- ont été faites les premières expériences entre Londres et Birmingham en 1837. Il a été appliqué entre Paddington et West Drayton. On sait que dans cet appareil, disposé en losange, M. Wheatstone était parvenu à désigner les différentes lettres de l’alphabet, en combinant les courants passant par les cinq circuits, correspondant aux cinq aiguilles, de manière à faire pointer celles-ci, prises deux à deux, vers les différentes lettres de l’alphabet distribuées en différents points du losange, lesquels points étaient convenablement placés par rapport à ces pointages. On retrouve, dans ce système, l’origine du principe sur lequel, dans ces derniers temps, on a fondé les combinateurs des télégraphes à transmissions multiples du système Baudot. Comme ces cinq fils à la ligne constituaient une grande dépense d’installation, on ne tarda pas à simplifier le système, et, conjointement avec M. Cooke, M. Wheatstone réduisit successivement le nombre des aiguilles et, par suite, le nombre des circuits. On voit, en effet, à côté du télégraphe primitif, un modèle à quatre aiguilles qui a été employé sur le chemin de fer de Londres à Blackwall en 1840, puis, plusieurs modèles à deux aiguilles, et enfin plusieurs autres à une seule aiguille, qui ont été combinés de différentes manières par MM. Higton, Henley, Holmes, Clark, Yarley, etc. Les télégraphes à double aiguille Ont été très longtemps employés en Angleterre, èt, parmi les modèles exposés, on en trouve un monumental, entouré d’un encadrement gothique qui était installé dans l’une des chambres du parlement anglais à Westminster. Un autre, qui est souvent reproduit dans les ouvrages de télégraphie et qui'a fonctionné à Slough en 1842, a également la forme d’un monument, et il est de grande dimension, comme tous les appareils de ce genre construits à cette époque. Enfin, les autres, de petites dimensions et faits économiquement d’après un modèle combiné par MM. E. Edwin et Latimer Clark, sont ceux que l’on emploie encore aujourd’hui dans certains chemins de fer. Ils sont, en général, accompagnés d’une petite planchette pouvant servir de pupitre. Cette forme est, du reste, commune aux appareils à double et à simple aiguille, et elle paraît très appréciée, car on retrouve, dans l’une des exposi-
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- tioris Anglaises, une provision de cages d’appareils de ce genre, qui indique qu’on est' parvenu à les construire économiquement par centaines.
- Parmi les télégraphes historiques, on distingue encore plusieurs modèles des dispositifs galvano-métriques destinés à agir sur les aiguilles des télégraphes dont il vient d’être question, et qui ont été combinés par divers savants et constructeurs,de 1846 à 1866. On y voit aussi le télégraphe électrique à deux cadrans de Ronalds, dans lequel la désignation des lettres était effectuée au moyen de répulsions de balles en moelle de sureau, par des décharges d’électricité statique, comme dans le système de Lesage; puis on trouve le télégraphe à feuille d’or d’High-ton; la sonnerie à relais de Bright, qui est, du reste, encore en emploi dans Padministration des télégraphes anglais; l’appareil alphabétique à cadran, de Cooke et Wheatstone, accompagné du modèle moderne ; le récepteur électro-chimique de Bain ; des collections de manipulateurs employés pour le télégraphe Bain, pour décharger les lignes et pour la télégraphie sous-marine, combinés par plusieurs constructeurs et inventeurs, entre autres MM. Varley et Stroh; des collections de relais d’Andrews, de Whitehouse, de Varley, de Stroh, de Preece, etc.; des télégraphes magnéto-électriques à double aiguille et à cadran; des collections de parafoudres de divers modèles, dont on s’est servi sur les lignes Anglaises à diverses époques; des modèles représentant les différents systèmes d’isolateurs employés en Angleterre ; des spécimens de différentes sortes de jointures des fils aériens, des échantillons des premiers câbles et fils souterrains et sous-marins, qui ont été posés, et parmi lesquels on remarque ceux imaginés parM. Wheatstone.
- Dans la partie moderne de l’exposition du Post-Office, on remarque des modèles des différents systèmes télégraphiques, aujourd’hui employés sur lesflignes Anglaises. On y trouve d’abord, le télégraphe à simple aiguille (modèle moderne), dont nous avons déjà parlé ; puis le télégraphe à cadran magnéto-électrique de AVlieatstone, dont nous avons donné les figures dans un précédent numéro ; le Morse ordinaire, qui est d’une construction assez massive et qui peut être disposé en duplex; enfin, le rapide, de Wheatstone, qui a reçu dans ces derniers temps plusieurs modifications importantes , surtout pour le récepteur qui est mis actuellement en mouvement par un mécanisme à poids et dont les ailettes peuvent être déployées de l’extérieur dans telle proportion que l’on veut, par une manette d’un fonctionnement facile, ce qui permet un défilage plus ou moins rapide de la bande, suivant les conditions de la ligne.Dans ce récepteur, le dispositif électro-magnétique a été aussi combiné d’une manière plus simple et moins délicate pour le réglage.
- Cet appareil avec ses accessoires, occupe, à juste titre, la plus grande partie de l’exposition du Post
- Office ; on en retrouve d’abord un modèle simple transmetteur automatique et récepteur, fournissant 170 mots par minute, qui fonctionne sous les yeux du public ; et autour de lui se voient : i° des relais polarisés, disposés pour la translation sur les longues lignes, 2® divers modèles de parafoudres, 3° un commutateur dit Umschalter, 40 une machine à numéroter les feuilles des dépêches, 5° des perforateurs à action directe et à action pneumatique, 5° de nombreux appareils de résistance de diverses formes, avec galvanomètres, manipulateurs, clefs à plusieurs contacts, commutateurs et parleurs.
- Enfin, dans la dernière partie de cette exposition, on trouve deux postes Wheatstone, admirablement construits par M. Stroh, et qui sont montés chacun avec tous les accessoires nécessaires, sur une même planche. L’un de ces postes est celui d’une station intermédiaire, et il renferme à cet effet deux relais polarisés, deux clèfs et tous les dispositifs voulus. L’autre est un poste complet, disposé pour fonctionner en duplex, et renferme en outre des relais polarisés, des clefs, des condensateurs avec les rhéostats nécessaires pour l’équilibrement de la ligne. Dans les systèmes Anglais, ces appareils d’équilibrement sont disposés de manière, que la résistance équilibrant la ligne, soit répartie en deux, l’une intercalée au milieu du condensateur, l’autre, en dehors. Les charges se trouvent alors distribuées plus uniformément, et placent les lignes factices dans les conditions ordinaires des lignes télégraphiques.
- Dans cette même partie de l’exposition Anglaise, on voit encore des modèles des piles employées
- Relais simple.
- au post-office, qui sont des piles de Daniell à augets, ou des piles à bichromate de potasse et à vases poreux, dits dé Fowler, ou des piles à gravité (système Callaud), toujours disposées dans des boites à augets; on y voit aussi l’accumulateur de de M. Varley, dont nous avons déjà parlé à propos des accumulateurs, et qu’on prétend être antérieur à la pile Planté.. Son principe est, d’ailleurs, tout à fait différent.
- Des modèles d’appareils pneumatiques, pour
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- la transmission mécanique des dépêches, figurent encore à l’exposition dont nous parlons, ainsi que plusieurs systèmes à signaux pour les chemins de fer; mais, comme nous étudierons, d’une manière spéciale, tous les systèmes relatifs aux chemins de fer, et que la télégraphie pneumatique est, d’ailleurs, tout à fait étrangère à l’électricité, nous n’insisterons pas d’avantage sur cette partie de l’exposition Anglaise.
- En dehors du pavillon du post-office, on trouve
- encore quelques expositions qui renferment des appareils télégraphiques, mais la plus importante, celle de M. Sabine, le gendre et successeur de M. Wheatstone, n’est pas encore déballée, de sorte que nous ne pourrons en parler; elle devra, du reste, contenir la plupart des appareils figurant dans l’exposition que nous venons d’étudier. Quant aux autres, nous ne voyons guère que des reproductions avec des variantes peu importantes dé quelques-uns des types dont nous avons déjà
- Montage d'un poste télégraphique à circuit fermé (système allemand).
- parlé, tels que télégraphes magnéto-électriques de Wheatstone, plusieurs modèles d’appareils Morse à aiguille et télégraphes sous-marins du système galvanométrique à miroir. On trouve ces derniers aux expositions de MM. Éliott, Latimer Clark et Muirheàd, Siemens et de l’India-Rubber Company; ils sont, du reste, parfaitement exécutés.
- Nous sommes étonné que dans toute l’exposition a;ig aise, on ne trouve pas un modèle du Siphon Recorder deM. Thomson qui est pourtant aujourd’hui employé non seulement sur les câbles de la Médi-
- terrannée, mais encore sur les lignes transatlantiques. En revanche on trouve des collections nombreuses d’échantillons de câbles de toutes espèces qui sont exhibés dans de grands tableaux par plusieurs exposants, entre autres les compagnies du télégraphe sous-marin, la Maintenance Company, l’India-Rub-ber Company etMM. Siemens. Ony voitaussi denom-breux modèles d’appareils d’expérimentation pour la télégraphie sous-marine, et des appareils pour les mesures électriques remarquablement construits, particulièrement des condensateurs étalonnés qui sont munis de résistances et de commutateurs per-
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- mettant de modifier à volonté leur capacité électrostatique. L’exposition de MM. Latimer Clark et Muirhead est particulièrement remarquable sous ce rapport, comme du reste sous celui des appareils de mesure électriques, et on y remarque, en outre, une foule de modèles différents de relais (dont plusieurs sont nikelés), de télégraphes Morse et à aiguille et d’isolateurs.
- A l’Exposition de M. Edouard Bright, on rencontre deux modèles de télégraphes imprimeurs de petite dimension pour bourses et marchés, des parleurs télégraphiques avec tubes de bronze qui sont très sonores, quelques dispositifs de relais et des télégraphes à simple aiguille. Mais, ce sont les avertisseurs d’incendie qui sont l’objet principal de cette exposition, et nous en parlerons quand nous nous occuperons de cette application.
- L’India-Rubber Company, dont les établissements sont à Silvertown, a aussi une exposition très complète,où l’on retrouve tous les appareils télégraphiques en usage en Angleterre.
- L’Exposition Anglaise de MM. Siemens est dans le même cas, mais ce sont surtout les câbles qui en occupent la plus grande partie.
- Après l’Angleterre, c’est l’Allemagne qui présente l’exposition télégraphique la plus intéressante ; on y trouve les télégraphes historiques qui ont marqué les diverses étapes de cette application si importante. Ainsi on y voit le télégraphe électro-chimique de Sœmmering qui a montré le premier, en 1809, la possibilité de la solution pratique du problème; le télégraphe électro-magnétique de Steinheil qui, en 1837, a ouvert la voie aux télégraphes écrivants, appareils devenus les plus pratiques de tous avec la forme qui leur a été donnée par Morse. On doit se rappeler que c’est lors du fonctionnement de cet appareil sur une ligne de dix kilomètres, que M.Stenheil appliqua pour la première fois le mode de transmission électrique à travers la terre, découverte capitale qui, tout en économisant un fil à la ligne, réduit de près de moitié sa résistance. L’appareil, qui est exposé, est réellement très intéressant à étudier ; c’est un monument de la science télégraphique qui montre, quand on le compare au premier appareil de Morse, combien une invention éclairée parla science peut abréger les tâtonnements qui accompagnent presque toujours ses premiers essais. Cet appareil, en effet, est très complet, savamment combiné, et bien plus étonnant dans son jeu, que tous les appareils qui ont donné le change à l’opinion publique pour l’invention des télégraphes écrivants.
- On voit aussi, à l’exposition Allemande, le premier appareil magnéto-électrique de Gauss et de Weber, qui a préludé, en i833, à la découverte du télégraphe précédent ; le premier téléphone de Reiss qui, en 1861, a permis de transmettre à distance les sons musicaux ; plusieurs systèmes de télégraphes
- à cadran, combinés en 1843, par M. Fardely (de Manheim), en 1846, par M. Stohrer (de Leipzig) et ceux de MM. Leonhard, Siemens, Kramer ; le premier appareil imprimeur de Siemens; le Morse à signaux encrés de Thomas John, qui a précédé les télégraphes Morse à mollette fixe, aujourd’hui employés' partout. J’avais fait, en i856, un rapport élogieux
- Transmetteur automatique magnéto-électrique de M. Siemens.
- sur cet instrument à la Société d’encouragement, qui décerna alors,à son auteur, une médaille de platine ; mais un procès perdu au sujet de cette inven tion, et la triste position dans laquelle ce malheureux inventeur s’est trouvé placé à la suite de ce procès, l’exaspéra à tel point, qu’il dut chercher dans
- Relais polarisé de M. Siemens.
- la mort une fin à ses tourments. C’est encore un nom à ajouter au martyrologe des inventeurs.
- Comme appareils historiques de date plus récente exposés par l’administration des télégraphes Allemands, nous citerons les appareils à cadran magnéto-électriques de Siemens dont nous avons donné le dessin dans notre précédent article, et dont l’usage a été à peu près abandonné en Allemagne, quoi qu’on continue à l’employer dans certains pays tels que
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- l’Amérique du Sud ; les appareils Morse à transmission automatique de Siemens, avec types découpés ou composés à l’aide de chevilles mobiles. Ces appareils, qui ont été combinés pour fonctionner avec des courants magnéto-électriques, et dont nous représentons un type dans l’une des figures qui accompagnent cet article, ont été, il y a une vingtaine d’années, très appréciés. Nous aurons encore à citer des appareils Morse de différentes formes à un ou deux
- Télégraphe Morse de M. S'emens.
- Styles traceurs, à pointe sèche ou à signaux encrés; une collection de relais polarisés, de manipulateurs à un ou plusieurs contacts, de translateurs, d’appareils pour les combinaisons en duplex, etc ; enfin le manipulateur à touches, pour signaux Morse, de M. Hefner Alteneck qui est un des appareils les plus intéressants construits par la maison Siemens. Nous
- Manipulateur peur cahles sous-marins do M. Siemens.
- avons décrit cet appareil dans notre exposé des applications de Vélectricité, tome III,et bien qu’il ait été précédé par celui de M. Ailhaud que nous avons également décrit, il présente tant de combinaisons ingénieuses, que c’est toujours avec un nouveau plai-sir que je l’étudie. Il figure, du reste, en plusieurs endroits dans l’exposition de M. Siemens.
- Mais ce qui peut intéresser les télégraphistes dans l’exposition de l’administration allemande, ce sont les quatre modèles de postes télégraphiques qu’on y rencontre,et qui indiquent les différentes manières dont s’effectuent, en Allemagne, les transmissions
- télégraphiques. Nous y reviendrons plus tard, et, en attendant, nous terminerons notre article par un résumé rapide des expositions de MM. Siemens et Gurlt, Felten et Guillaume Carlswerk qui sont à peu près les seules qui renferment des appareils télégraphiques proprements dits.
- L’exposition Allemande de MM. Siemens occupe un large espace, car elle s’étend depuis le pavillon qui termine l’exposition de l’administration des télégraphes Allemands, jusque sous les galeries couvertes du côté sud du Palais de l’Industrie. Elle renferme non seulement tous les appareils télégraphiques construits par cette maison considérable et dont la plupart se trouvent déjà dans l’exposition du gouvernement Allemand, mais encore tous ceux .qui"se rappoitent à la lumière électrique, à la transmission de la force, aux blok-systems, aux cables souterrains et sous-marins, aux mesures électriques, aux piles, aux isolateurs et autres applications de l’électricité, appareils parmilesquels on remarque les pyromètres, thermomètres et télémètres électriques. Nousparleronsdetous cesappareils en temps etlieu; mais, nous n’avons à nous occuper, en ce moment, que des appareils télégraphiques, et, parmi eux, nous citerons, en dehors de ceux qui ontété énumérés dans l’exposition Allemande, i° un [système de manipulateur destiné aux télégraphes sous-marins, qui permet d’envoyer, d’un seul coup, les combinaisons de courants alternativements renversés, propres à décharger la ligne après chaque émission de courant effectif; 20 plusieurs systèmes de télégraphes Morse à signaux encrés, avec encrier mobile,ou tubes capillaires; 3° des montages de poste en duplex. Mais ces derniers appareils sont peu nombreux, car on n’emploie que rarement, en Allemagne, les transmissions en duplex, et, si le cas se présente, on préfère avoir recours au multiple de Meyer. On remarque encore, dans l’exposition de MM. Siemens des imprimeurs de Hughes à translateurs, construits surtout pour la Russie; des télégraphes Morse à déclanchement automatique; des modèles de piles télégraphiques genre Callaud et Meidenger et des piles à papier mâché de MM. Siemens qui sont, du reste, employées depuis longtemps en Allemagne. En somme rien de bien nouveau comme appareils télégraphiques dans ces expositions Allemandes, maison y admire, la perfection de la fabrication qui a rendu célèbre la maison Siemens.
- Pour terminer, nous ajouterons que dans l’exposition de M. Gurlt, on trouve l’appareil écrivant à grande distance et à grande vitesse de M. Jaile dont on a beaucoup parlé il y a deux ou trois ans. Dans un prochain article nous nous occuperons de la télégraphie en Autriche en Suisse en Espagne en Suède et en Belgique. L’espace nous a manqué pour en parler aujourd’hui.
- (.A suivre)
- Th. du Moncel.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LES MOTEURS ÉLECTRIQUES
- Quoique l'installation de l’Exposition soit bien près d’être terminée, il est difficile, à l’heure qu’il est, de donner un aperçu exact de telle ou telle classe d’appareils. C’est ainsi que, depuis la publication de notre dernier article sur les machines magnéto et dynamo-électriques, nous avons retrouvé au Palais de l’Industrie plusieurs de ces machines qui ne figuraient pas lors de nos premières visites et que, par suite, nous n’avions pas signalées. Pour les moteurs électriques, il en est à peu près de même ; parmi ceux que mentionne le catalogue, il en est peu qui ne soient pas, dès maintenant, représentés à l’Exposition ; mais ceux qui doivent fonctionner sont loin d’être tous installés. Ce que nous avons pu voir déjà suffit cependant pour donner une idée de ce qui existera d’ici peu.
- Les nombreux moteurs électriques portés au catalogue, surtout dans la section française, peuvent se réduire à un très petit nombre de types et se diviser en trois classes : les grands moteurs, fournissant un travail notable qui peut s’élever à plusieurs chevaux, les petits moteurs, susceptibles de donner pratiquement un travail de quelques kilogrammètres par seconde et enfin les moteurs qui, sans possibilité d’applications réellement pratiques, ne sont intéressants qu’au point de vue historique et ne trouvent guère aujourd’hui d’emploi que dans les jouets électriques.
- Les grands moteurs sont constitués par les machines magnéto et dynamo-électriques réversibles. Comme les machines à courant continu peuvent, lorsqu’on les fait traverser par un courant, devenir des moteurs électriques, il n’est guère d’exposant de ces machines qui ne soit aussi indiqué au catalogue comme exposants des moteurs-électriques. Jusqu’à présent, pourtant, nous n’avons vu au Palais de l’Industrie que la machine Gramme et la machine Sie: mens employées comme moteurs.
- La deuxième classe de moteurs est constituée par des appareils plus petits, qui rentrent aussi dans la catégorie des machines réversibles, et dont le type est le moteur de M. Marcel Deprez. Il ne sera pas hors de propos, croyons-nous, de rappeler ici l’histoire de ce genre demoteurs.En 1878,M.Deprez eut l’idée de se servir comme moteur de la machine dynamo-électrique de M. Siemens, à armature en double T ; il fut le premier à signaler les grandes qualités que cette machine présente comme moteur, et la munit d’un régulateur de vitesse. L’appareil ainsi modifié fonctionna la même année au Conservatoire des Arts et métiers, à la grande réunion de
- l’Association française. Quelques mois plus tard M. Marcel Deprez fut amené à substituer un aimant permanent, en fer à cheval, à l’électro-aimant de là machine Siemens et à placer l’armature entre les jambes de l’aimant, parallèlement à ces dernières; il constitua ainsi le moteur très compact qui porte son nom. Les excellents résultats obtenus avec ce moteur ont été décrits ici (l), et nous 11’avons pas àj,y revenir. Plusieurs moteurs Deprez ont été exposés, en 187g, au Palais de l’Industrie, à l’Exposition des sciences appliquées, et l’un d’eux, prêté à M. Clovis Baudet, comme accessoire de l’exposition de ses piles, fonctionna avec celles-ci pendant toute la durée de cette exposition. Tel qu’il était alors, ce moteur avait un défaut ; il présentait un point mort, et il fallait, pour le mettre en marche, donner à l’armature une légère impulsion. M. Deprez supprima cet inconvénient en fractionnant l’armature Siemens, dans le sens de la longueur, en deux parties égales, mais faisant entre elles un angle de 90°. Avec cette disposition, le point mort est supprimé et le moteur se met en marche dès qu’on y applique le courant. Vers la fin de 1879. M. Clovis Baudet eut l’idée de modifier le moteur Deprez. Il remplaça l’aimant en fer à cheval par deux barres droites en fonte, susceptibles de prendre à l’avance une certaine aimantation; puis il plaça, entre ces barreaux, deux armatures Siemens tournant sur le même axe ; d’autre part, une partie du coin rant fut envoyée dans deux petites bobines, entourant les parties centrales des barreaux et employée ainsi à renforcer le magnétisme de ces derniers. En outre la bobine plate de l’armature Siemens fut remplacée par plusieurs petites bobines cylindriques, situées entre les épanouissements. Enfin, en juillet 1880, M. Trouvé présenta à l’Académie des Sciences, un moteur dans lequel il revenait carrément à la machine dynamo-électrique de Siemens. Seulement, il l’avait construite d’un façon beaucoup plus légère et il avait introduit dans sa construction, un nouveau mode de supression du point mort. Cette disposition consistait en un déplacement •des épanouissements polaires, produisant une dys-simétrie dans l’armature; elle devait, en outre, d’après M. Trouvé, augmenter le travail produit par le moteur. Malheureusement aucune mesure sérieuse n’est venue appuyer cette assertion, et le moteur Deprez est le seul, parmi ces petits moteurs, sur lequel on puisse donner des chiffres exacts.
- Le moteur Deprez figure à l’Exposition dans la salle i3, dans la vitrine de M. Carpentier ; en outre, un certain nombre de ces moteurs, placés en différents points du Palais de l’Industrie, doivent servir prochainement à illustrer le système de distribution de l’électricité imaginé par M. Deprez, et que présente M. Guichard. Le moteur Trouvé, dont deux modèles sont exposés dans sa vitrine, salle 9, figure
- (') La Lumière Électrique, 187g, p. 5o.
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- encore sur le gouvernail de son bateau électrique, dans le bassin central. Enfin, le moteur Clovis Baudet, exposé dans sa vitrine, doit aussi servir à actionner un bateau électrique.
- La troisième classe de moteurs électriques est représentée d’abord, dans l’exposition rétrospective et. dans celle de M. Dumoulin-Froment, par le moteur Froment, fondé, sur l’attraction d’armatures enfer doux, disposées sur une roue, par des électroaimants alternativement aimantés et désaimantés. Bien que le moteur Froment ne soit pas le premier que l’on ait construit, il a joué un rôle fort important puisque, le premier, il a fonctionné convenablement et donné déjà des résultats remarquables pour l’époque. 11 a été le point de départ d’un certain nombre de moteurs dont quelques-uns figurent à l'Exposition. Le moteur Cance, le moteur Chutaux qui, dans la salle g, actionne une roue de ventilation, n’en sont que des modifications plus ou moins heureuses. C’est sur le même principe que reposent aussi la plupart des moteurs jouets exposés par MM. Radi-guet, Loiseau et plusieurs autres dans les salles du premier étage ; à cette classe nous ajoutons enfin les moteurs fondés sur l’attraction alternative d’un noyau de fer par deux solénoïdes ou d’une armature par deux électro-aimants, et qui sont représentés, par exemple par le moteur Dubos, le moteur Huetz etc. De tous les moteurs de cette catégorie, sans parler du moteurs Chutaux cité plus haut, un seul fonctionne à l’Exposition, comme application à une industrie ; c’est un petit moteur à roue du genre des moteurs Froment; il se trouve sous la galerie Sud, derrière les machines de Méritens, et est employé à faire tourner une molette pour graver sur verre. Cette application n’exige d’ailleurs qu’une très-faible dépense de travail et ce n’est qu’à des industries de ce genre que l’on peut appliquer ce moteur et ses analogues.
- Il n’y a donc, en somme, de vraiment pratiques que les moteurs constitués par les machines magnéto et dynamo-électriques réversibles et représentés, soit par les grandes machines de Gramme, deSiemens, de Weston, de Maxim, d’Édison, etc., soit par les appareils plus petits du genre de ceux de M. Deprez. Les applications dont ces moteurs sont susceptibles sont représentés assez largement à l’Exposition. Nous avons déjà cité l’application du moteur Trouvé à son petit bateau ; ce même moteur doit aussi, par la suite, faire fonctionner d’autres . appareils, tels que machines à coudre, tours, et même un vélocipède. Cette dernière application, comme celle du bateau électrique, est forcément limitée, car, tant que l’on n’aura pas fait avancer la question des accumulateurs électriques, on ne pourra emporter, soit sur le bateau, soit sur le vélocipède, une source électrique capable de faire marcher l’appareil pendant longtemps et d’une fnanière continue. Autre chose est, en effet, de faire
- évoluer un bateau, pendant uné demi-heure dans un bassin de quelques mètres carrés ou même sur la Seine, entre deux points assez éloignés, en s’arrêtant de temps en temps, et de s’en servir d'une façon continue pour un trajet un peu long.
- Dans le système de distribution, dont nous avons dit un mot, les moteurs Deprez seront employés à faire marcher des machines à coudre et divers autres appareils. Enfin, dans cette classe de petits moteurs, nous devons signaler l’application aux machines à coudre d’un petit moteur très intéressant. C’est un petit cylindre de fer doux enroulé de fils sur deux côtés opposés, de manière à constituer, lorsque ces fils sont traversés par un courant, deux pôles, contraires sur deux génératrices opposées du cylindre. A l’intérieur, tourne une armature, genre Siemens. Ce moteur n’est pas plus gros que le poing; il se fixe facilement sur le bâti de n’importe quelle machine à coudre, et est destiné à fonctionner avec une pile plongeante fort bien comprise. Il y a là une disposition qui paraît devoir donner de très bons résultats, et nous reviendrons sur sa description. L’appareil est exposé par The Electro-Dynamic Company de Philadelphie, et se trouve au centre de la nef, entre le bassin et l’exposition Allemande.
- C’est encore ce genre de moteurs que M. Tis-sandier applique à son ballon dirigeable et que l’on voit, dans la salle B, sous une forme tout à fait microscopique, faire marcher les petits bateaux de M. Parent.
- A côté de ces moteurs nous devons mentionner, en-raison de sa petite dimension, un moteur Gramme très compact, à électro-aimant circulaire qui, avec une hauteur de 25 centimètres, est capable de donner un demi-cheval.
- Les applications des grands moteurs sont représentées par différentes installations. C’est ainsi que l’on trouve, sous la galerie Nord, à son extrémité Ouest, les appareils de labourage électrique de Sermaize ; puis, à côté, une haveuse atmosphérique mue par un moteur Gramme type d’atelier; un balancier à estamper mené également par une machine Gramme ; mais, ce qu’il y a de plus intéressant, est l’application de ces moteurs à la conduite d’ateliers. Entre la galerie Nord et le pavillon des télégraphes, par exemple, on rencontre un certain nombre de moteurs Gramme menant chacun toüt une série de machines . Ici la Ménagère présente un atelier de machines à coudre, fort bien installé par M. Breguet, et dans lequel un moteur Gramme mène trois machines. Le système est muni de dispositions permettant de régler la vitesse du moteur suivant le nombre de machines en marche. A côté, M. Bâclé, M. Bari-quand, MM. Hurtu et Hautin exposent également des machines à coudre, mues par le même moteur. Tout près de là, M. Donnay, M. Huré, M. Mon-chère, présentent chacun une série de machines-
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- outils, mises en mouvement par un moteur Gramme. En se rapprochant du centre, on rencontre l’installation de MM. Siemens. Leurs machines, agissant comme moteurs, font fonctionner plusieurs machines-outils et un élévateur d’eau.
- De l’autre côté du bassin central, dans l’Exposition allemande, MM Heilmann Ducommun et Cie exposent tout un atelier de mécanique qui fonctionne à l’aide de deux moteurs Gramme donnant une force de trois chevaux. Enfin dans l’expo-sitionde la Société Force et Lumière, des moteurs Siemens activés par les piles Faure font marcher d’une part des machines à coudre, d’autre part une scie mécanique.
- Dans la plupart de ces cas, le courant qui fait marcher les moteurs est produit par des machines génératrices situées à une certaine distance sous la galerie Sud Les installations en question, outre qu’elles présentent l’emploi des moteurs électriques, se rattachent donc à la question du transport de la force par l’électricité et elles devront être considérées ici de nouveau à propos de cette importante question.
- A., Guerout.
- RECHERCHES SUR LES PILES
- 8“v article (Voir les n°s des 2 et 23 avril, 27 et 3o juillet, 10, i3 et 20 août).
- Il résulte des expériences rapportées précédemment, qu’avec l’acide azotique concentré on n’utilise qu’un équivalent d’oxygène sur les cinq que contient l’acide. Cela tient, comme nous l’avons dit, à l’action de Az O2 sur Az O5, qui se trouve transformé en Az O4; car 2 Az O3 + Az O2 = 3 Az O4. J’insiste sur cette réaction, car elle montre qu’il n’y a plus lieu de discuter sous quelle forme est réduit l’acide azotique concentré dans la pile Bunsen. D’autre part, la concentration de l’acide azotique est recommandée par tous les auteurs. Depuis les travaux de Wigner et les expériences de contrôle de Leroux, on obtient cette concentration de l’acide en le mélangeant d’acide sulfurique concentré.
- Cette méthode est excellente dans certains cas; elle permet, en effet, d’utiliser un équivalent d’oxygène de la totalité.de l’acide azotique employé, et non plus seulement de la moitié ou du tiers, comme cela a lieu, lorsqu’on emploie l’acide azotique seul.
- Malheureusement, et à cause de cette concentration, la pile dégage, dès le début, et immanquable ment des torrents de Azo*. Il y a aussi d’autres inconvénients que je signalerai en parlant de l’élément Callan (de Maynoth) qui me fait rejeter complètement l'usage de Azo3 concentré tant au point de vue de l'hygiène que de l’économie; on verra dans la suite quel liquide j’emploie.
- La combinaison à métal auxiliaire citée plus haut
- donne lieu à une remarque que je présente inci-damment. Comme je l’ai dit, dans une semblable pile, il se dégage sur le charbon du vase poreux des bulles de Azo2 en grand nombre.
- Le dégagement d’hydrogène, en un mot, du couple simple de Volta est remplacé par un autre dégagement gazeux de Azo2.
- Les auteurs prétendent que, dans le couple de volta, une des causes de son affaiblissement rapide tient à la présence des bulles d’hydrogène sur la lame de cuivre, qui font qu’une couche gazeuse s’interpose entre l’électricité et le liquide, ce qui augmente la résistance de l'électricité, dit-on.
- L’expérience précédente montre que cette couche gazeuse n’agit nullement de cette façon, car le Sioxyde d’azote qui adhère au charbon n’amène aucun affaiblissement, ni dans l'intensité du courant, ni dans la force électro-motrice de l’élément.
- Ce n’est donc pas la présence d'un gaz en tant que gaz qui amène la polarisation de la pile de Yolta, mais bien la nature chimique de ce gaz.
- C’est une chose que l’on sait déjà, et qui apparaîtra bien plus clairement encore quand nous étudierons les constantes thermo-chimiques du couple de Bunsen; mais, j’ai cru bon de rapporter cette expérience qui montre le fait nettement,, et sans théorie.
- L’acide azotique dilué absorbe donc trois fois autant d’hydrogène que l’acide concentré; malheureusement, la rapidité d’absorption d’un pareil acide, est considérablement diminuée.
- Ainsi, on le voit, dans la pile de Bunsen,, comme dans toute autre d’ailleurs, ce n’est pas le zinc qui est difficile à brûler, mais bien l’hydrogène, résultant de l’électrolyse de l’Eau.
- Brûler rapidement l'hydrogène : tel est le problème à résoudre pour avoir une pile à grande intensité.
- J’ai dû, par conséquent, étudier expérimentalement la question et rechercher parmi les combinaisons chimiques celles qui répondaient le mieux au but.
- Un liquide, qui absorbe l’hydrogène, le fait avec plus ou moins de rapidité; j’ai cherché d’abord à définir cette rapidité et à en obtenir une mesure exacte pour les différents liquides dépolarisateurs employés dans les piles.
- J’ai, pour cela, employé plusieurs méthodes qui m’ont conduit à des résultats identiques : je me contenterai de rapporter la plus simple et la plus pratique.
- Pour mesurer le coefficient d’absorption d’un liquide dépolarisateur, voici un des moyens qué j’ai employé. On met le liquide à étudier dans un vase poreux ; on plonge dans le vase poreux une baguette de charbon à lumière d’environ 2 centimètres de diamètre. On mesure exactement en centimètres carrés la surface de la partie immergée. Le vase poreux est ensuite placé dans de l’eau
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- acidulée, et environné d’un manchon de zinc amalgamé, On constitue de la sorte un couple voltaïque ayant pour dépolarisateur le liquide à étudier.
- ' Cela fait, on ferme le circuit du couple, ainsi constitué, sur un galvanomètre Deprez gradué en Webers, et sans résistance. On intercale également dans le circuit un rhéostat destiné à faire varier l’intensité du courant fourni par l’élément en expérience.
- Comme rhéostat, j’emploie, pour les faibles courants ne dépassant pas 3 ou 4 webers , un instrument très simple et dont on peut graduer la résistance d’une manière absolument continue, depuis un maximum donné, jusqu’à zéro.
- Cet appareil, que l’on peut construire soi-même, et à peu de frais, est susceptible de rendre bien des services dans les recherches de laboratoire, c’est pourquoi je crois devoir en donner la description.
- Pour l’établir, on prend un tube de caoutchouc un peu épais, de i5 à 20 centimètres de long, et d’un diamètre intérieur d’environ 5 millimètres. On couche une des extrémités en la ficelant sur une tige de fer bien décapée, d’un calibre un peu plus fort.que le calibre du tube, et de quelques centimètres de longueur seulement. On remplit alors le tube de caoutchouc avec du mercure bien sec, ne contenant pas de crasse. On ajuste, à l’autre extrémité du tube plein de mercure, un second bouchon en 1er, sur lequel on ficelle également la seconde extrémité du tuhe de caoutchouc.
- On met une borne à chaque tige de fer,, et le rhéostat est construit.
- Il se compose, comme on voit, d’un cylihdre de mercure renfermé dans un tube de caoutchouc.
- Pour en faire varier la résistance, il suffit de pincer, plus ou moins, fortement ce tube. L’on se sert, à cet effet, d'une de ces pinces à vis employées dans les burettes de Mohr, et désignées, dans le commerce, sous le nom de pince-caoutchouc. Si l’on n’en a pas sous la main, il est facile d’en construire avec deux petites planchettes de bois, que l’on réunit par deux vis à bois, entre lesquelles on fait passer le tube de caoutchouc. On opère alors l’écrasement graduel du caoutchouc, entre les plaques de bois, en serrant les vis à l’aide d’un tourne-vis ordinaire,
- Ce moyen de graduation est d’une continuité remarquable, et cela se comprend aisément, puisqu’on réduit le mercure en une lame aussi mince qu’on peut le désirer.
- Ce moyen n’est bon que pour les courants n’ayant pas une trop grande intensité, qui amènerait un échauffement considérable du mercure et ramollirait le tube de caoutchouc. Par précaution, d’ailleurs, on peut plonger le tube dans l’eau, et, dans ce cas, il y a avantage à le prendre mince.
- On peut également se servir d’un tube en caout-
- chouc ajusté après deux tubes" de verre dressés verticalement.Le tout forme un tube en U. dont le tube de caoutchouc constitue la partie courbe. On remplit de mercure ce tube en U. La pince est placée sur le caoutchouc, et les fils conducteurs viennent plonger de chaque côté dans le mercure.
- Pour des courants plus faibles, je me sers avec avantage d’un simple robinet en verre, placé à la partie inférieure d’un tube en U,dressé verticalement, et dont les branches, pleines de mercure, reçoivent les rhéophores. Mais, avec le robinet, la graduation est plus difficile, car on passe brusquement du maximum à zéro. Quoiqu’il en soit, ce sont d’excellents moyens pour amener rapidement un courant à une intensité donnée, et qui peuvent être utilisés dans bien des cas pour remplacer un rhéostat coûteux, notamment pour les courants employés en médecine.
- {A suivre.) Dr A. d’Arsonval.
- LES ATELIERS
- DE LA MAISON GOODWIN
- Nous avons déjà, plus d’une fois, dans ce journal, donné des détails sur les ateliers de construction électrique, nous aurons à le faire encore souvent. Sans doute, ces établissements ne sont pas, si on veut, des laboratoires purement scientifiques, ils n’en sont pas moins importants pour nous. Ils donnent, en effet, une mesure intéressante de l’étendue et de l’activité de l’industrie scientifique. Celle-ci ne se sépare plus de la science aujourd’hui, chaque découverte se traduit immédiatement par une ou plusieurs applications, la vie usuelle est de plus en plus pénétrée par la science, modelée par elle, et la construction scientifique voit tous les jours grandir et l’importance de l’aide qu’elle apporte à la science pure, et la grandeur de la'part qn’elle crée dans la richesse générale.
- Il arrive fréquemment, en effet, que le constructeur est, pour une invention, non-seulement un interprète indispensable, mais même un collaborateur utile ; combien de fois un inventeur ne vient-il pas demander l’exécution d’une idée encore médiocrement dégrossie, laissant au constructeur le soin de fixer, de combiner tous les détails dont l’importance et la difficulté sont parfois égales à celle de l’idée elle-même.
- Ce n’est pas le cas pour M. Goodwin qui a surtout construit des machines et des lampes du système Brush, appareils qui étaient complètement étudiés et déjà en pratique ; il n’a donc eu à faire aucune recherche personnelle; mais, dans ce cas, la part de collaboration du constructeur, tout en étant théoriquement moins grande, reste néan-
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- LA LUMIÈRE, ÉLECTRIQUE
- moins, dans la pratique, très sérieuse. C’est de lui, en effet, que dépend le soin dans l’exécution,’et dans les machines électriques, aucun détail ne peut être laissé au second plan; un enroulement de fil fait avec négligence, un isolement qui n’a pas été assez surveillé, toute la marche de la machine est compromise. Ce genre de construction demande une attention, une régularité spéciales; plus tard, lorsque les machines électriques seront, comme
- elles commencent à l’être, un objet de fabrication absolument courante, les ouvriers, habitués à ce travail, l’exécuteront presque machinalement. Jusque là, l’œil du maître est continuellement nécessaire, et, du constructeur lui-même, dépend en grande partie le succès. C’est de lui aussi qu’on attend la rapidité dans la fabrication et l’énergie dans l’installation des ateliers ; de là, dépend quelquefois l’avenir d’une affaire, faire bien est le principal, faire vite est
- Fabrique de machines Brush.
- beaucoup. Faire vite et bien, voilà l’idéal. C’est le résultat qui a été atteint par M. Goodevin dans la fabrication des appareils Brush.
- Les ateliers que nous représentons dans la figure qui accompagne cet article,avaient été, jusque là,consacrés à la fabrication de pièces de précision, sans qu’elles fussent plus particulièrement électriques ; les machines à coudre ont été ses premiers produits, et continuent à sortir en grand nombre de sa'maison; puis, des pièces spéciales pour les bouches à feu ; puis, les freins Westinghouse pour les chemins de fer, maison s’agrandissant,comme on le voit, et construisant des appareils d’un ordre de plus en plus
- élevé. Enfin la maison vient de construire pour la: Compagnie Brush, dans un délai très court, avec beaucoup de soin et d’exactitude, environ une centaine de machines Brush et à peu près deux mille1 lampes. Les ateliers sont maintenant entrés dans la voie de l’électricité, ils n’en sortiront plus ; elle a de' quoi ne pas laisser chômer la maison, et sa fécondité suffit à donner du travail à tous ceux qui vou-. drontlui en demander. Pour nous, nous avons constaté dans les travaux de M. Goodwin, l’existence1 d’un bon constructeur électricien, nous devons le signaler.
- C. C. SOULAGES. .
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- APPLICATION DE L'ÉLECTRICITÉ
- a l’étude des phénomènes très rapides.
- 3° article (voir les nos du 5 février et i3 juillet).
- Je ferai remarquer à ce sujet que l’enregistrement électro-chimique est connu depuis plus de trente ans, et qu’il a pérodiquement excité l’enthousiasme des électriciens; (particulièrement des télégraphistes) pour tomber ensuite dans un oubli complet. C’est ainsi qu’on a vu successivement prôner le télégraphe de Bain dont la rapidité était, disait-on, si grande, qu’il pouvait débiter, par minute, deux fois autant de mots qu’en pouvait prononcer l’orateur le plus loquace; puis le télégraphe Pouget-Maisoneuve, celui de Lambrigot, toute la cohorte des télégraphes autographiques Caselli et autres, le système de MM. Yavin et Fribourg, etc. Tout récemment enfin, un télégraphe identique à celui de Bain, mais qui a l’avantage inappréciable de venir d’Amérique, où il a été baptisé du nom de rapide américain, a excité dans la presse de ce pays une admiration aussi sincère que naïve. Malgré toutes les qualités importantes dont ce mode d’inscription électrique semble doué, telles que : l’absence totale de mécanisme, l’exquise sensibilité, (un courant de
- •—-— de weber est plus que suffisant pour produire 10000
- des traces lisibles), l’instantanéité; malgré toutes ces qualités, dis-je, on l’a toujours aussi rapidement délaissé qu’on avait été prompt à le préconiser, et à l’heure actuelle, et dans les circonstances les- plus extrêmes où l’instantanéité et la sensibilité devraient lui faire donner la préférence à l’exclusion de tout autre système, il cède la place aux télégraphes rapides, genre Wheatstone, pour les lignes aériennes et au galvanomètre à miroir ou au syphon recorder, pour les lignes sous-marines.
- Il faut nécessairement conclure de cet abandon que l’inscription électro-chimique ne jouit pas en réalité des avantages qui lui ont été attribués ou qu’ils sont accompagnés d’inconvénients qui les atténuent au point ,de lui faire préférer l’emploi des électro-aimants. Ces considérations me déterminèrent à ne pas poursuivre longtemps mes essais dans cette voie, où les premiers résultats que j’obtins'ne furent pas, d’ailleurs, de nature à m’encourager. Les traces obtenues par ce procédé sont diffuses, d’une intensité variable avec la vitesse du papier et la durée de fermeture du courant, et se prolongent après son interruption, tandis qu’elles sont à peine visibles à l’origine de la fermeture. Le papier doit avoir un degré d’humidité déterminé pour être suffisamment conducteur ; si ce degré n’est pas atteint, les traces sont à peine visibles, s’il est dépassé, le papier se déchire. En outre, il subit en se séchant une contraction inégale qui, rend illusoire la pré-
- cision des lectures. Tous ces inconvénients joints à celui des manipulations chimiques, m’amenèrent rapidement à abandonner ce mode d’inscription pour la chronographie, comme il avait été abandonné pour la télégraphie. Je fus donc contraint de m’adresser au mode d’enregistrement le plus décrié de tous par ceux qüi s’étaient occupés de l’étude des phénomènes rapides, l’enregistrement électromagnétique.
- Il suffit de parcourir l’Exposé des applications de l’Electricité de M. du Moncel pour constater que les électro-aimants, qui ont été dès l’origine appliqués à ce genre de recherches, ont été rapidement abandonnées, par ce qu’on reconnut bientôtqu’ils ne présentaient nullement les qualités requises avant tout : une rapidité suffisante et, à défaut d’instantanéité, un retard invariable. Aussi depuis les recherches de M. Martin de Brettes jusqu’à celle deM. Schultz (1872), voit-on que l’étincelle d’induction paraissait le seul mode d’inscription applicable à l’étude des phénomènes balistiques. Et même après la publication des premiers résultats encourageants que j’avais obtenus au moyen des électro-aimants, et qui démontraient d’une manière irréfutable qu’ils pourraient rendre de grands services dans les recherches les plus délicates, on construisit encore des chronogra-phes à étincelles d’induction dans lesquels on ne craignit pas d’employer 8 bobines d’induction animées par 40 éléments de Grove (5 éléments par bobine) (1), le tout pour obtenir des étincelles qui pouvaient très bien ne pas éclater et dont les déviations possibles ne permettaient pas, en tout cas, de
- compter sur une précision supérieure à ^QqQ0 de se-
- conde quoique la lecture fut fait à T de millimètre
- près, et que la vitesse linéaire du cylindre enregistreur fût aumoins de 25 mètres par seconde.
- (A suivre.) marcel deprez
- DES FORCES & DES MOUVEMENTS
- r.:;visAGÉs
- AU POINT DE VUE DE LA SCIENCE PHYSIQUE, COMME SOUS CELUI DES THÉORIES RATIONNELLES, ET SPÉCIALEMENT DE CELÏ.E DE L’ÉLECTRICITÉ. '
- Les travaux du docteur Meyer, de Heilbronn, et de Joule, qui ont fondé les premières bases de la mécanique thermique et de la- science physique moderne, établissent le principe de la conservation du mouvement et de son indestructibilité, ce qui renverse presque complètement l’ancienne concep- (*)
- (*) Expériences de Wotwich, chronographe du capitaine Noble. ,. . .
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- tion qu’on se faisait des forces, définies autrefois : ce qui crée ou anéantit le mouvement.
- Il en résulte qu’un problème, aussi important au point de tue théorique que pratique, s’impose forcément à l’esprit; doit-on rejeter complètement la notion des forces, et les considérer comme une conception purement idéale, sans -réalité physique, et réduire tout au fait du mouvement, en se guidant d’après les principes de la science moderne; ou bien doit-on envisager essentiellement la force comme une action directrice, ainsi que l’ont fait plusieurs des savants qui ont établi la théorie mécanique de la chaleur, action incapable de créer ou de détruire la force vive absolue, correspondant au travail sensible dû aux vitesses apparentes, et au travail potentiel qui n’est pas appréciable à nos sens ; tel est, je crois, le point de vue rationnel où l’on doit se placer; car le mouvement étant, de sa nature, incapable de modifier par lui-même son intensité, ou sa direction, ne saurait réaliser les phénomènes que présentent les corps qui se meuvent en ligné courbe, sans cette action directrice qui produit, en réalité, l’inflexion et la courbure.
- Mais si le mouvement reste indépendant de la force, coexiste et se développe avec elle, quelle idée peut-on se faire du changement de vitesse ou de l’accélération tàngentielle, de l’équation du travail et des forces vives, envisagée dans le second .nombre : fonction des forces; d’où il semble que l’on déduise nécessairement la création et l’anéantissement du mouvement, puisque l’expression de sa valeur peut s’annuler dans l’équation? Quelle idée peut-on se faire, en un mot, de la destruction complète, apparente, comme de la production du mouvement de translation et, en général, de tous les mouvements d’un corps dans l’espace, de l’action des forces sur ce mouvement, ainsi que sur le travail? De telles questions ne sont nullement celles que l’on doive taxer de théorie abstraite, spéculatrice et peu utiles au point de vue de la science physique moderne,- dont toutes les théories sont aujourd’hui synthétisées dans l’idée du mouvement et du travail. J’ajouterai, même, qu’une conception exacte de ce principe fondamental de la mécanique thermique est, à mon avis, la véritable solution de la théorie du contact et de l’action chimique dans les piles, dont on se préoccupe tant actuellement.
- La solution de cette question de l’action des forces sur le mouvement, qui est, en réalité, la théorie des actions directrices se trouve, à mon avis, dans l’interprétation exacte de la théorie des rotations; on démontre, en effet, qu’un point matériel animé de deux mouvements rotatoires, égaux £t contraires, autour de deux axes parallèles, obéit, en réalité, à un simple mouvement de translation, perpendiculairement à l’action de la force; de sorte que, si les mouvements de rotation sont très petits, et partant invisibles, ce qui concorde très bien avec
- l’hypothèse de vitesses rotatoires considérables, on aura une vitesse de rotation plus ou moins grande ; enfin, les vibrations physiques de la matière s’effectuant, en réalité, suivant des trajectoires de forme elliptique plus ou moins aplatie, le cas général revient à une série de rotations autour de centres instantanés, et rentre dans celui que j’ai considéré ; cette composition des mouvements rotatoires est d’ailleurs produite, je le répète, par une action perpendiculaire au mouvement de translation ; sans création de travail, elle s’exerce entre les deux centres de rotation, les relie physiquement entre eux. Enfin, si on envisage le point matériel comme situé, actuellement, d’un côté ou de l’autre, de la ligne des centres, la translation finale se produira suivant deux directions opposées; et, comme les réciproques de ces théorèmes sont toutes exactes, de sorte qu’une translation sensible peut se changer en deux rotations égales et contraires, très petites et invisibles, on voit qu’une action directrice reliant, à un instant donné, une molécule à deux centres de rotation peut, en apparence, produire ou anéantir le mouvement.
- On voit même que si dans un choc brusque, une molécule assujettie à se mouvoir autour de deux centres de rotation, peut, ou non, tourner d’une demi-circonférence (dont l’étendue sera celle de la vibration moléculaire), avant d’être complètement reliée à l’un des deux axes, elle pourra se trouvër animée de deux translations de. sens contraires, puisqu’elle se trouvera de l’un ou de l’autre côté de la ligne des centres, ce qui donnera, pour chacun des deux cas, la translation incidente et le mouvement réfléchi : la première étant transformée en rotation passagère par l’effet du choc lui-même, et remplacée ensuite par une nouvelle translation de sens contraire à la première.
- En résumé, une action directrice, normale au mouvement, peut à chaque instant produire une translation sensible, par la transformation de rotations infiniment petites, et, si cette action se renouvelle dans le même sens, on aura à chaque instant une accélération de la vitesse sensible et rectiligne,
- A v
- AY, dont le rapport au temps — , sera ce qû’bn
- appelait autrefois la force; mais ce qu’on peut appeler aussi le résultat ou la conséquence d’une action directrice, qui n’a aucunement besoin d’être considérée comme ayant lieu suivant la trajectoire, supposée en ligne droite, mais bien au contraire, suivant la normale, et qui ne crée pas de travail ; elle en fait seulement apparaître sensiblement, en le tirant, en quelque sorte, de la provision de* force vive, ou de travail moléculaire, insensible et préexistant.
- Ces principes s’appliquent, sans restriction aucune, aux mouvements courbes, et l’on voit qu’à chaque
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECfRICITÉ
- instant infiniment petit, l’accélération tangentielle
- dv
- t peut être considérée comme le résultat d’une
- action directrice, normale, incapable de créer ou d’annéantir le mouvement absolu (elle ne le fait qu’en apparence) ; elle transforme seulement, d’une manière successive, et continue, la force vive rotatoire, que j’appellerai latente ou insensible , et encore potentielle, ën mouvement fini; jusqu’à la limite d’épuisement de l’approvisionnement de force vive moléculaire préexistante-, enfin suivant que cette action directrice, statique, sera plus ou moins énergique, la transformation du mouvement rotatoire sera plus ûu moins grande, et la production de force vive sensible plus ou moins considérable.
- Mais, dira-t-on, une action tangentielle sera donc sans action; on peut répondre le contraire, en remarquant que tous les corps physiques sont des agrégats moléculaires, et que les liaisons élastiques intérieures pourront transformer l’effort tangentiel résultant, en une foule d’actions directrices normales aux trajectoires moléculaires.
- Quelle idée peut-on se faire de la résistance d’inertie, d’après cette manière de voir ; on sait que cette résistance suppose essentiellement un changement de vitesse, ce qui comprend également le cas de la production de vitesse sensible, elle-même; or, dans ce cas du changement de vitesse, on peut supposer, je l’ai dit, des.actions directrices qui se transmettent de molécule à molécule, et se composent entre elles, au point que l’on imagine supporter l’effort résistant.
- En se plaçant à ce point de vue, nous donnons aux équations de la mécanique rationnelle une interprétation, nouvelle, au point de vue de la science physique : nous considérons les deux équations fon-
- d v
- damentales de l’accélération tangentielle »r ——/),
- et du travail m v d v — ftds, comme étant de pures conceptions mathématiques, si l’on envisage la possibilité de substituer un terme à l’autre, et la vitesse à fa force, dans les équations ; cette conception idéale de la force tangentielle n’établit, je le répète, aucune substitution physique possible, entre cette force tangentielle et le mouvement ; cette force n’existe point nécessairement, on l’a expliqué; nous ne dirons donc pas, en considérant la force vive et le travail, que si le premier terme \ m (v2 —V®), augmenté ou diminué du travail des forces, donne une somme totale constante, c’est que la vitesse est créée ou détruite par une action tangentielle, et que si m [v- — vl) s’annule, cette force vive se change en une autre chose différente, appelée potentiel, aussi peu rationnelle que cette chaleur définie autrefois latente, ce qui forçait à considérer une chaleur qui n’échauffe plus, ne rayonne plus, ne se transmet plus par conductibilité, ne se perd plus et reste indestructible.
- i 6<j
- La notion du potentiel devient une chose très claire, c’est une force vive cachée, insensible, mais réelle, de même ordre que la chaleur latente; et cette dernière n’est, simplement, qu’une des formes de la force vive moléculaire latente dans tous les corps.
- Enfin, nous sauvegardons, ainsi, le principe de' tous les travaux de mathématique pure, en les mettant en accord parfait avec les principes physiques modernes; car cette idée a’une équation' abstraite, et d’une hypothèse idéale, sans réalité physique, et n’exprimant aucune relation nécessaire de cause à effet, est parfaitement rationnelle, tout aussi bien que les théories du centre de gravité qui n’ont aucune réalité physique, dans le cas d’une sphère creuse, par exemple. Au surplus, si l’on égale deux actions concrètes, l’attraction de deux astres, ou bien encore les valeurs de deux choses différentes, telles que le temps et l’espace, on ne peut nullement identifier ces choses et les substituer les unes aux autres, comme conséquence des équations ; ainsi en est-il, à mes yeux, du mouvement, et de l’accélération tangentielle d'une force, que l’on a admise autrefois, gratuitement d’ailleurs, comme la cause de la vitesse, tandis qu’elle ne la crée point du tout ; la science moderne démontre, bien au contraire, l’indépendance des deux principes.
- (A suivre.)- l. de gerandô.
- REVUE DES TRAVAUX4'’
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ ..
- Lampes de sûreté _à fermeture magnétique.
- 1 ... \
- Les lampes de sûreté, malgré l’enveloppe métallique qui recouvre leur flamme, donnent encore quelquefois lieu à des accidents. Cela tient aux imprudences que commettent parfois les ouvriers en ouvrant les lampes, pour un motif quelconque, dans les galeries mêmes de la miné. On a imaginé bien des dispositions mécaniques poiir parer à cet inconvénient; on a construit par exemple des lampes qui s’éteignaient dès qu'on les ouvrait, mais le seul moyen vraiment pratique, consiste à faire des lampes qu’il soit impossible aux mineurs d’ouvrir. Là encore, cependant, on rencontre des difficultés ; si l’on fait des lampes ne s’ouvrant qu’avec une clef spéciale, les mineurs ont bien vitè fait de s’en procurer ou de s’en fabriquer une ; si l’on a recours à des lampes ne s'ouvrant qu’à l’aide d’un organe énergique, d’un levier puissant, par exemple, les mineurs savent assez bien se servir de leurs mains
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
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- et utiliser leurs lourds outils pour arriver encore à ouvrir la lampe.
- Il était donc difficile d’arriver à une bonne solution ; cependant M. Schondorff vient d’en trouver une qui semble répondre à tous les désidérata ; elle consiste en un système de fermeture qui ne peut être ouvert que sous l’influence d’un puissant électroaimant. M. Bidder avait déjà construit des lampes qu’on ne pouvait ouvrir qu’avec un aimant, mais un aimant faible était suffisant, et la lampe alors pouvait s’ouvrir aussi par suite d’un choc. M. Schon-dorff a imaginé deux dispositions qu’il décrit dans YElektrotechnische Zeitschrift. Dans toutes les deux, l’organe magnétique est compris entre la plaque qui ferme la base de la lampe et celle qui forme le fond du réservoir à l’huile, et est constitué par un petit barreau de fer mobile, autour d’un centre qui coïncide avec l’axe vertical de la lampe. Dans la première disposition, la lampe est fermée par une vis qui, traversant le réservoir à l’huile, pénètre dans la douille annulaire du verre et empêche de la dévisser.
- Cette vis se manœuvre à l'aide d’une clef à carré, et elle porte, près de son carré, une petite roue dentée, dans laquelle le barreau de fer, poussé par un ressort, vient faire cliquet. On conçoit que ce cliquet permet de visser, mais empêche absolument le dévissage. On ne peut donc ouvrir la lampe qu’en écartant, à l’aide d’un fort électro, le cliquet de fer.
- Dans la deuxième disposition, lavis est remplacée par une goupille qui, relevée, s’engage, comme la vis dans la douille du verre. Cette goupille est maintenue relevée par un barreau de fer semblable à celui de l’arrangement précédent, et c’est encore un ressort qui, le pressant contre un arrêt, le maintient dans la position nécessaire pour que la goupille reste relevée et tienne la lampe fermée. Si avec l’électroT aimant on écarte le barreau de fer, la goupille retombe et la lampe peut être ouverte.
- Avec ces deux dispositions, on le voit, le mineur ne peut avoir à sa portée l’agent indispensable à l’ouverture de la lampe, et les électro-aimants restant exclusivement entre les mains des ouvriers chargés du soin des lampes, elles ne peuvent être ouvertes qu’en des endroits où cette opération ne présente aucun danger,
- lj’As:oltatore endogeno de M. J. Mugna
- « Quelle que soit la cause vraie d’un tremblement de terre, dit M. Mugna, les connaissances les plus ordinaires des forces physiques et leur manière de se manifester nous portent à croire qu’un trouble d’une importance si grande dans l’équilibre de la croûte terrestre ne peut avoir lieu instantanément, mais par degrés, et précisément de la même manière que la nature agit en toutes ses manifestations. C’esl à cette lin que j’ai imaginé un appareil
- fondé sur l’application de l’électricité et que j’appelle Ascoltatore endogeno qui, d’après beaucoup d’observations, me semble atteindre assez bien le but de révéler tous les mouvements qui ont lieu sous le sol dans un rayon assez considérable au-dessous de sa surface. Dès le premier janvier 1879, cet instrument, placé dans l’observatoire de Forli, a annoncé les mouvements sismiques qui ont eu lieu dans l’Italie centrale, et depuis trôis années qu’il fonctionne, il n’a jamais cessé de prédire avec précision les tremblements de terre, quelques heures avant qu’ils soient arrivés.
- « Cet appareil consiste en un microphone. à pendule. Un prisme de charbon de cornue, qui porte à sa base supérieure une cavité conique, est fixé verticalement au fond d’un puits, construit fort solidement, et à cinq mètres au-dessous du niveau ordinaire du sol. Un morceau de caoutchouc durci est placé sur un support fixé au milieu d’une voûte, trois mètres au-dessus de l’embouchure du puits; ce caoutchouc est traversé par une vis de laiton, à l’extrémité inférieure de laquelle sort un fil très lin de cuivre, qui soutient un cône de laiton pesant 25o grammes. La pointe du cône s’enfonce environ à deux millimètres dans la cavité conique du char^ bon. La vis sert à régler l’immersion de la pointe conique dans la cavité et à donner à l’appareil plus ou moins de sensibilité. Un rhéophore partant de la tête de la vis, monte aux chambres de l’observatoire, où il vient se fixer au pôle négatif d une pile Leclanché dont le pôle positif est en communication avec l’un des deux boutons d’un téléphone Bell, et de l’autre bouton part un rhéophore qui ferme le circuit électrique en s’unissant à un tuyau de gaz d’éclairage. La résistance électrique sera plus ou moins forte selon que le contact sera plus ou moins parfait. Il va sans dire, que, à chaque mouvement sismique, correspond une déviation du pendule qui touche avec une pression différente le prisme de charbon, et il en résulte une altération de conductibilité dans le circuit électrique. Le bruit . strident que l’on entend, dans le téléphone, peut, par son intensité, faire connaître l’intensité du mouvement sismique. On entend parfois un coup sec, d’autres fois une série de chocs qui, produisant des variations rapides et successives dans le moment magnétique de la barre téléphonique, donnent lieu au bruit dont il vient d’être question.
- « J’ai pu me convaincre par des expériences nombreuses et soignées, que les sons téléphoniques, produits par le mouvement du sol, sont de deux espèces : coups secs et sifflements : les premiers correspondant à des secousses, les seconds à des ondulations, ce qui, du reste, est fort naturel, si l’on pense à la forme de l’instrument et à la disposition de ses parties. J’achève cette note sur Y Ascoltatore endogéiio, en rappelant comment les tremblements de terre qui ont eu lieu du mois de janvier
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- afi
- au mois de mars 1881 en Romagne furent, à l’aide de cet instrument, prédits assez à temps pour en donner avis à l’office central de météorologie quelques heures avant que la seconsse arrivât, comme le prouve la correspondance de ce bureau.
- « Ce fut en raison des bons résultats obtenus par cet appareil, que M. le ministre d’agriculture et du commerce m’a invité à présenter le modèle de mon Ascoltatorc endogeno à l’Exposition internationale d’électricité, à Paris. »
- Jean Dr Mugna.
- Une nouvelle disposition de la pile à vichromate
- Nous trouvons dans le Zeitschrift fur Ange-wandte Electricitats Lehre, quelques remarques intéressantes sur la disposition à donner à la pile à bichromate. Cette pile, telle qu’on l’emploie aujourd’hui, a le grand avantage de la simplicité ; d’autre part le remplacement du zinc, lorsqu’il est usé, est très-facile ; mais elle consomme une grande quantité de ce métal, aussi bien que du liquide excitateur. La raison en est la suivante : Au contact du mélange d’acide sulfurique et chromique, le zinc est attaqué ; il se dégage de l’hydrogène et ce gaz, réduisant l’acide chromique en oxyde de chrome, détermine la formation d’alun de chrome et de potasse. Ce sel a une densité plus grande que la solution chimique et tombe au fond du vase en même temps que le sulfate de zinc.
- Il en résulte que, si le zinc était placé au fond du flacon, il serait, au bout de peu de temps, soustrait au contact direct de l’acide chromique. Des piles construites d’après ce principe, ont, paraît-il, donné de très-bons résultats. Si la surface du charbon est assez, grande, elles sont plus puissantes que les piles Leclanché et moins chères.
- Ajoutons que la solution de bichromate açidulée ne doit pas être trop concentrée, afin que l’alun de chrome et de potasse ne se dépose pas sous forme de cristaux sur le zinc.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- Dans le numéro 34 de votre estimable journal, M. Tehi-koleff a fait insérer une lettre, dans laquelle il parle de moi, d’une manière peu convenable, sans doute parce qu’il était mal informé. Je vous prie en conséquence de vouloir bien rétablir les faits eu insérant la réponse suivante.
- Je n’ai eu connaissance de la lampe de M. Tchikolcff que par le journal VEIedrician du 3 juillet 1880. Or ma demande de brevet avait été présentée, en Allemagne, le 16 mai 1880. Je confesse que ne sachant pas le français, je ne puis lire les journaux de ce pays, et j’-.i, en conséquence, inventé ma lampe différentielle à anneau,sans avoir en aucuue\dic de celle
- de M. Tchikoleff. Si j’avais su qu’une lampe, semblable à celle que j’ai inventée, avait été décrite dans un journal (ce que je n’ai appris, que par un de mes amis, qui m’a envoyé le numéro 34 de votre journal), je me serais gardé de faire breveter la mienne, car on aurait pu, par suite de cette publication, me priver de mon brevet.
- M. Tchikoleff en voulant faire breveter sa lampe en Allemagne, après l’avoir publiée longtemps avant, a fait preuve d’une ignorance complète de la loi allemande.
- Au moment de la présentation de mon brevet, personne n’a fait aucune opposition. Le brevet n’est plus valable maintenant, et M. Tchikoleff peut, par conséquent, tranquillement faire construire sa lampe, sans risquer de l’argent et du temps.
- Je voudrais toutefois donner le conseil à M. Tchikoleff, d être mieux informé avant de publier des lettres si peu courtoises, car c’est une imprudence.
- Quant à ma machine à anneau plat, je ne prétends à d’autre mérite, qu’à celui d’une construction avantageuse.
- Veuillez agréer, monsieur le Directeur, ma haute considération,
- S. SCHUCKERT.
- Monsieur le Directeur,
- Dans le numéro 36, du 3 août 1881, de votre estimée revue, M. Jablochkoff a montré l’importance qu’il y aurait, à indiquer le poids du charbon consommé dans les lampes électriques, au lieu de la longueur.
- A cette occasion, je prends la liberté, de vous rappeler une lettre de moi, sur le même objet, lettre, que vous m’avez fait l’honneur d’insérer, dans le n- 23 du i" décembre 1880.
- Je' disais que, pour une qualité donnée de charbon, la mesure de la lumière émise est proportionnelle au charbon consommé, et sensiblement égale au nombre de millimètres cubes consommés dans une heure, et divisés par 35 mill-mètres.
- Il s’agit de la lumière émise horizontalement, et de lampes à arcs voltaïques, alimentées par un couraut continu.
- Veuillez accepter, monsieur le Directeur, mes respectueuses civilités,
- A. Gravier.
- Monsieur le Directeur.
- Je lis dans le dernier N° du 17 août de la Lumière Électrique une note sur une modification apportée par M. de Pczzer aux piles Planté.
- Je prends la liberté de vous signaler une disposition que j’étudie depuis quelque temps et qui parait donner de bons résultats. Elle consiste à employer comme électrodes, des lames de plomb, ayant leurs surfaces recouvertes de rugosités profondes, formant un quadrillé à sommets aigus. Ces rugosités sont obtenues au grattoir, mais dans la pratique elle le seront au moyen d’un laminoir dont les rouleaux auront leurs surfaces taillées en lime rude. Je compte aussi employer une sorte de toile métallique en plomb, mais, il faut un outillage spécial pour l’obtenir. Les résultats que j’obtiens paraissent être satisfaisants; les piles se forment plus rapidement, elles auront plus d’énergie avec un poids moindre.
- Agréez, etc.
- E. DUCRETET.
- Nous remettons au prochain numéro plusieurs autres correspondances qui nous sont arrivées trop tard pour prendre place dans Celui-ci.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- FAITS DIVERS
- Éclairage électrique.
- Nous disions dernièrement qu’aux fêtes de Tours, la salle où a eu Heu le banquet, offert à M. Gambetta, était éclairée à la lumière électrique. Cet éclairage était produit au moyen de 14 lampes Siemens.
- La maison Siemens a également éclairé, pendant les mois de juin et de juillet, l’Exposition de Tours, à l’aide de 90 de ses lampes, et le jury de l’Exposition lui a décerné un « grand diplôme d’honneur ».
- Pendant le même temps, les lampes Siemens ont servi également à l’éclairage d’un magasin de nouveautés dans la grande rue. __________
- Le Conseil municipal de Cockermouth a accepté une soumission pour l’éclairage des principales rues de la ville, par le système Brush. Les rues latérales, qui sont tortueuses et ne pourraient aisément être éclairées à la lumière électrique, seront munies de lampes, dites Orion, à huile de houille. Le Conseil municipal élimine ainsi complètement le gaz. Le contrat est signé pour une durée de trois ans, et comporte une dépense moindre qu’avec le gaz.
- Des expériences ont été faites dernièrement, à Brighton, par M. Easton, ingénieur-conseil de la ville, dans le but de rechercher comment l’électricité peut être appliquée à l’éclairage des petites rues qui ne demandent pas grande lumière. Il sc proposait aussi d’obtenir un résultat à meilleur marché qu’avec le gaz. Les expériences ont été faites avec des lampes André, de 25 bougies chacune, et éloignées, les unes des autres d’environ 45 mètres. Les résultats ont été, paraît-il, satisfaisants.
- Là grande grotte de Dobschau, dans le comtat de Gomor, en Hongrie, a été éclairée, ces jours-ci par l’éclectricité, à l’occasion d’une fête, qui y a été donnée et à laquelle ont pris part, environ cinq cents personnes. Dans la grande salle de la grotte on a patiné sur le plancher de glace.. Plusieurs fêtes semblables, doivent avoir lieu, à la suite des dispositions prises par le bourgmestre, et les anpareils électriques éclaireront la grotte de Dobchau dans toute son étendue.
- Dernièrement, à Newcastle, à l’occasion du meeting de Y Institution of mechanical Enjineers, a eu lieu, le soir, une réunion dans laquelle M. Swan a fait une conférence sur la lumière électrique. La salle était éclairée par des lampes Swan.
- Téléphonie.
- La Compagnie du Téléphone Bell, qui vient d’installer un réseau téléphonique, h Charleroi (Belgique), a voulu faire le 14 août, une gracieuseté à ses abonnés, sous la forme d’une distribution d’harmonie a domicile. Voici l’annonce-pro-gramme qu’elle leur a adressé : « Concert Téléphone, dimanche 14 août, concert au bureau central du 'Téléphone Bell. Toutes les communications seront établies à onze heures précises du matin. Mettre le cornet à l’oreille, à l’heure juste, sans avertir le bureau central. » Ce concert, par téléphone, a eu lieu à l’heure dite, et a été très applaudi ''par les abonnés spectateurs auriculaires. Il se composait d’une ouverture, d’une valse, d’une polka, et de l’air national des Belges, la Brabançonne.
- La Compagnie des Télégraphes privée de Vienne (Wiener Privai-Telegraphcn-Gesellschaafl) publie l’acte de concession, qu’elle a obtenue du Ministère du commerce d’Au-
- triche, pour l’établissement de lignes télégraphiques dans la‘ ville de Vienne et aux environs. Ces lignes sont de deux sortes :
- iJ Pour le réseau central. Tous les abonnés sont reliés, par une ligne télégraphique, à un bureau central. Le prix d’abonnement annuel est fixé à cent florins, pour une distance ne dépassant pas deux kilomètres, depuis l’habitation jusqu’au bureau central; pour chaque kilomètre en plus, ou ajoute vingt-cinq florins. Le bureau central, est à la disposition de l’abonné, pendant l’été, de 7 heures du matin à 9 heures du soir, et l’hiver de 8 heures du matin à 9 heures du soir.
- 20 Pour des communications directes, une fabrique, un dépôt, une banque et ses succursales, l’habitation, les bu-ueaux d’un seul et même propriétaire, peuvent être mis en communication entre eux, par des téléphones. Le prix d'abonnement annuel est alors de cent soixante florins, pour une distance ne dépassant point deux kilomètres; pour cliaque kilomètre en plus, on paie quarante florins.
- Dans son dernier meeting tenu lundi, la United Téléphoné Company a donné, de nouveaux détails, sur le développement qu’a pris le service téléphonique à Londres, et sur les grands avantages qu’offre, sur le télégraphe, le téléphone, au point de vue de la facilité des transmissions, de la rapidité et de l’économie. En juillet 1880, la Compagnie ne comptait que six cent neuf abonnés; elle en a, aujourd’hui, Uizc cents. L’accroisssement des abonnés de même que celui des appels, prouve que le téléphone est de plus en plus apprécié à Londres. Une nouvelle Compagnie téléphonique, fondée par la United Téléphone Company, va s'établir sous le nom de Northern District Téléphoné Company, pour exploiter les brevets de la compagnie dans divers districts de l’Angleterre.
- Nouvelles électriques.
- Il y a quelques années, il avait été question, de doter l’Observatoire de Marseille, d’une horloge qui aurait été> régulièrement réglée par l’électricité, sur l’heure donnée à l’Observatoire de Paris. Ce cadran, donnant l’heure type, devait être placé sur le fort Saint-Jean. M. le contre-amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire de Paris, vient de reprendre ce projet dans des conditions pratiques, et Marseille va recevoir prochainement, comme Rouen et Besançon, l’heure de l’Observatoire de Paris, envoyée chaque jour, par l’électricité. Ce service, est d’une grande utilité, dans les ports de mer, surtout pour les marins qui peuvent régler leurs chronomètres, avant de prendre la mer. l-c Ministre de de l’instruction publique, dans une circulaire récente, offre de l’établir dans tous les ports de France. Erf Angleterre, il existe, depuis assez longtemps. Chaque jour à la même heure, les transmissions télégraphiques sont subitement suspendues, dans toutes les directions, pendant les quelques minutes nécessaires, pour que la pendule de l’Observatoire de Greenwich règle automatiquement les pendules de toutes les grandes villes et des ports du royaume.
- Une Compagnie télégraphique, au capital de 21,000,000 de dollars, vient de se fonder à New-York sous la présidence de M. James Keene. Cette Compagnie a fait l’acquisition de plusieurs brevets, entre autres des appareils automatiques Seggo, de l’appareil autographique Seggo, du télégraphe multiple harmonique Gray, du système Duplex Way, applicable aux cables.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paria — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Électrique
- journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. Tii. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE MERCREDI 31 AOUT 1881 N» AA
- SOMMAIRE
- Exposition Internationale d'Électricité. — La télégraphie (3* article) ; Th. du Moncel. — Etudes sur la radiophonie (8‘ article) ; E. Mercadier. — Les appareils de mesures électriques ; A. Guerout. — L’atelier Carpentier ; C.-C. Soulages. — Application de l’électricité à l’étude des phénomènes très rapides (4° article); M. Deprez. — Des forces et des mouvements envisagés au point de vue de la science physique, etc. (suite); A. de Gérando. — Congrès international des électriciens; programme des questions qui seront soumises à l’examen du Congrès et organisation du Congrès. — Revue des travaux récents en électricité : le câble Brooks. — Eclairage de nuit de l’Exposition. — Correspondance; lettres de M. Gravier. — Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ
- LA TÉLÉGRAPHIE
- 3e article (Voir les n05 des 24 et 27 août).
- Dans notre dernier article, notre revue télégraphique s’est arrêtée à l’Allemagne : nous allons la continuer aujourd’hui par l’Autriche, qui présente quelques appareils intéressants, figurant dans l’exposition de M. Schaeffler. On doit se rappeler qu’en 1878, cet habile constructeur avait exposé des appareils à transmissions multiples, du genre Meyer et Baudot, qui étaient parfaitement construits et dont, malheureusement, on n’a pu alors rendre compte d’une manière un peu complète, faute de renseignements précis. Depuis, ces appareils ont été décrits dans le Journal télégraphique de Berne, et nous profiterons de l’occasion qui nous est donnée de revenir sur ces appareils pour les faire connaître à nos lecteurs. L’exposition de M. Schaetfler est d’ailleurs importante à d’autres titres, car on y voit des appareils Hughes, avec ou sans translateur, construits dans ses ateliers et parfaitement établis, ainsi que plusieurs systèmes électriques appliqués à la météorologie et à la chro-nographie, dont nous parlerons en temps et lieu. Il est certain que M. Schaeffler est un très habile constructeur.
- Nous avions pensé que nous verrions exposé, comme appareil historique, le fameux télégraphe à transmissions simultanées en sens contraire, combiné pour la première fois, en i855, par M. Gintl, et dont on a voulu faire disparaître l’origine en lui donnant aujourd’hui le nom de duplex; mais nous n’avons rien vu à l’exposition Autrichienne qui pût rappeler cette remarquable découverte. Pourtant, en 1855, elle a bien préoccupé les esprits, et un grand nombre de systèmes furent alors proposés par MM. Wartmann , Siemens et Frichen, Ed-lund, etc. Mais, comme la disposition en était très délicate, que les lignes factices d’équilibrement étaient mal représentées par de simples résistances, que, d’ailleurs, l’importance du trafic télégraphique ne nécessitaitpas des transmissions si promptes, ce . système ne fut pas appliqué, et il a fallu qu’il passât entre les mains des Américains, pour qu’il reçût son brevet de viabilité. Il est vrai que M. Stearns, par l’introduction de condensateurs dans les lignes factices, a pu le rendre tout à fait pratiqué, mais d’autres dispositions sans condensateurs, qu’on a montrées en 1878 à l’exposition Française,'prouvaient que le problème pouvait être résolu d’une autre manière, et, certainement, si le besoin s’en était fait sentir en Europe, on eût imaginé depuis longtemps des dispositifs convenables pour l’employer d’une manière pratique. Aujourd’hui encore, malgré l’abaissement des taxes, et l’accroissement considérable du trafic, il n’est guère employé d’une manière courante qu’en Angleterre. Quoi qu’il en soit, nous devions rendre au savant Autrichien Injustice qui lui était due pour la part qui lui revient dans cette importante découverte.
- En dehors de M. Schaeffler, on ne trouve guère, en télégraphie, dans l’exposition Autrichienne, que les appareils exposés par l’administration des télégraphes du gouvernement, qui occupent les deux grandes vitrines encadrant, le côté Nord, du compartiment Autrichien. Ces appareils, construits pour la plupart, par M. Léopolder, consistent dans des Morse complets, des relais de divers genres, un télégraphe imprimeur à échappement, des clefs Morse de différentes espèces, des appareils de résistance, des piles (genre Meidinger) etc; en un mot, tous les
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- appareils employés dans le service de la télégraphie ordinaire en Autriche. On mentionne, dans le catalogue, un appareil auxiliaire pour la télégraphie multiple (Hughes-Perfecter) combiné par M. Grandfeld, mais je n’ai pu l’apercevoir. Nous le dectirons séparément s’il présente quelque chose de nouveau.
- Il y a encore à l'exposition Autrichienne beaucoup d’autres appareils télégraphiques, mais il se rapportent particulièrement aux services des chemins de fer, aux avertisseurs d’incendie et aux enregistra-tions météorologiques; de sorte que nous n’en parlerons que plus tard.
- A côté de l’exposition Autrichienne, on a conservé une place pour l’exposition Hongroise, mais jusqu’ici, nous n’avons pu rien y voir.
- L’exposition Norwégienne et Suédoise fait suite à l’exposition Autrichienne et renferme beaucoup d’appareils importants, même en télégraphie. C’est ainsi que nous y trouvons le télégraphe imprimeur de M. Olsen, dont nous donnerons prochainement une description complète, et qui est remarquable a tous les points de vue; un télégraphe magnéto-électrique, du genre Siemens, combiné par M. Ericson. pour produire, en même temps, l’impression des de-pêches sur un appareil imprimeur voisin, système qui permet de conserver les traces des dépêches ; un système de transmetteur automatique du genre Wheatstone, combiné par M. Carlander et présentant une disposition particulière des perforations de la bande transmettrice, système qui avait déjà été exposé en 1878 ; un télégraphe imprimeur de N. J. Stork à courants inversés; un récepteur et un relais à levier combiné pour l’écriture Morse, fonctionnant en duplex malgré l’inversion du courant, par M. Wennman; un Morse avec lequel on peut imprimer avec une armature polarisée soumise à deux mouvements différents, appareil qu’on peut appliquer en système quadruplex ; des tables à appareils translateurs en duplex et à grande vitesse ; des tables d’expériences pour éprouver les lignes télégraphiques. Ces tables ont été exposées ainsi que l’appareil de M. Carlander par l’administration-des télégraphes du gouvernement Suédois.
- L’exposition Suisse ne présente pas de systèmes télégraphiques nouveaux. Le peu de longueur des lignes qui sillonnent ce pays ne nécessitant pas d’appareils compliqués où expéditifs, le problème a résoudre pour elle était d’avoir des appareils simples, de bonnes lignes et des employés exercés, car, à cause de la nature montagneuse de ce pays, les lignes télégraphiques sont particulièrement exposées à toutes sortes d’avaries qui heureusement ne se manifestent vqu’à une époque où le service est peu actif. Aussi l’administration des télégraphes Suisses, qui est la seule qui ait exposé des télégraphes, a-t-elle borné son exposition à des appareils Morse à pointe sèche et à molette, dont un est accompagné d’un système de rappel de M. deRothen, savant dont les travaux
- publiés dans le Journal télégraphique de Berne, sont connus de nos lecteurs. On trouve cependant à cette exposition quelques spécimens intéressants des Morse à pointe sèche, fonctionnant sans relais, qui ont précédé les appareils à signaux encrés. Dans ces appareils, dits à rateau, combinés parM. Hipp, l’action mécanique effectuée par la pointe sèche pour le gaufrage de la bande de papier, est produite par un mécanisme d’horlogerie spécial, qui ne laisse à l’électricité qu’une simple action de déclanchement. Nous avons décrit dans notre Exposé des applications de l'électricité tome III, différents appareils de ce genre qui avaient été principalement affectés aux télégraphes militaires. En outre de ces appareils, on trouve : des manipulateurs pour les transmissions en duplex; des relais à deux ressorts antagonistes qui permettent
- Relais à double ressort antagoniste.
- aux mouvements de l’armature d’être plus prompts, et dont nous représentons un modèle dans la figure qui accompagne cet article ; des parafoudres, des rhéostats et des boussoles de différents genre ; des piles à charbons circulaires enveloppant le zinc; des modèles d’appareils pour courant continu et pour courant de travail ; des commutateurs à translation pour stations intermédiaires avec une ligne d’embranchement, des sonneries d’alarme, des parleurs de voyage ; des permutateurs à trois lames etc., etc. Nous aurons occasion de parler plus tard des autres appareils exposés par la Suisse et qui sont très intéressants, particulièrement les enregistreurs de MM. Hipp et Hasler, les analyseurs du grisou, les horloges de Hipp, les machines de Burgin, etc etc.
- L’Espagne n’a qu’une très petite exposition, organisée presqu’entièrement par l’administration des télégraphes du gouvernement Espagnol. On y voit plusieurs postes Morse montés avec tous leurs accessoires, sur des planches qui n’occupent qu’une surface assez minime; ils paraissent bien exécutés. Parmi ces systèmes, il en est qui sont à courants simples et à courants renversés ; mais, l’un d’eux se fait remarquer par une disposition très originale;
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- l’électro-aimant, au lieu d’avoir ses deux branches parallèles, les a dirigées suivant un angle obtus, de manière à produire deux effets différents. D’un côté, il actionne le mécanisme de la molette imprimante, par l’intermédiaire d’un ter à cheval aimanté ; de l’autre, il met en mouvement une tige à marteau oscillant entre deux timbres de différents tons, pour fournir les appels. La clef qui fait fonctionner cet appareil, a une disposition qui rappelle celle des premiers télégraphes à aiguilles ; le manche est vertical, et,se manœuvrant de côté, elle peut fournir des courants positifs pour les mouvements de droite, et des courants négatifs pour les mouvements de gauche.
- Dans les différents postes exposés, il est certaines particularités de construction dans les organes électro-magnétiques, qui ont leur intérêt; ainsi, dans l’un, l’armature est soumise à un réglage particulier à chaînette; dans un autre, l’armature constitue une bascule qui oscille au-dessus de deux électro-aimants droits, etc., etc. On trouve encore à cette exposition : une pile dont les vases poreux sont des espèces d’étuis en bois de sapin; des sonneries de diverses espèces; des télégraphes à simple aiguille, des relais, des commutateurs et des collections d’outils pour la télégraphie, etc., etc.
- En Belgique, nous trouvons de nombreux appareils qui figurent à différentes expositions, mais qui ne présentent pas de nouveautés bien marquées. On y voit, par exemple, un certain nombre d'appareils historiques qui ont évidemment de l’intérêt et, entr’autres, plusieurs des appareils de M. Gloesener, qui a été un des premiers à s’occuper de télégraphie en Europe, et qui a combiné le premier les télégraphes à inversions de courants. Malheureusement, beaucoup de ces appareils font partie d’un des musées scientifiques de Liège qui, n’ayant pas exposé, n’a pas cru devoir s’en dessaisir ; mais on en trouvera la description dans les diverses éditions de mon Exposé des applications de Vélectricité. Les plus importants sont ses télégraphes à aiguille, qui étaient d’une telle sensibilité, qu’ils pouvaient recevoir, par simple dérivation à la terre, les dépêches échangées à travers des fils télégraphiques voisins ; ses appareils écrivants à un et deux styles traçeurs, dont les dispositifs électromagnétiques présentaient des combinaisons ingénieuses et originales ; ses télégraphes à cadran ; ses relais polarisés et ses translateurs, etc., etc. Les appareils exposés par sa fille, Mlle Antonia Gloesener, sont des appareils Morse construits dans ses ateliers et dans lesquels l’armature constituée, par un double système d’aimants en fer à cheval, enveloppant l’extrémité polaire de chaque branche de l’électro-aimant, rend le système d’une extrême sensibilité. On trouve 3 modèles d’appareils de ce genre, et un autre peut être encore plus sensible dans lequel les armatures aimantées s'enfoncent
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- dans les bobines magnétisantes comme dans la balance magnétique de M. Becquerel. Parmi les autres appareils historiques, nous citerons plusieurs modèles de télégraphes Wheatstone à double aiguille et de télégraphes Foy et Breguet, qui ont été longtemps en usage en Belgique ; les appareils de M. Lippens, à manivelle et à clavier; ceux de Wheatstone à clavier ; ceux à cadran de Breguet et les premiers appareils Morse à pointe sèche et à molette.
- Les systèmes télégraphiques exposés par l’administration des télégraphes de l’Etat appartiennent aux types en usage en France et en Allemagne. On remarque, parmi eux, des télégraphes Hughes disposés de manière à fonctionner en duplex et d’autres combinés pour la translation, puis trois modèles d’appareils Morse de divers systèmes, accompagnés d’appareils de rappel des stations pendant la nuit, combinés par M. Daussin. Nous avons décrit, dans notre Exposé des applications de Vélectricité, tome III, ce système de rappel, qui est installé sur plusieurs lignes de Belgique, et qui est très ingénieux. Tous ces systèmes télégraphiques sont accompagnés des appareils accessoires usités dans les bureaux belges, tels que sonneries, relais translateurs Siemens, parleurs, commutateurs, transposi-teur’s, boussoles à sonneries, parafoudres, etc., etc.
- Dans les autres expositions, on trouve des modèles de télégraphes imprimeurs de M. Baudelet, des appareils à transmissions simultanées de MM. Brasseur et de Jaer, divers systèmes d’appareils télégraphiques qui figurent dans l’exposition de la Compagnie internationale des téléphones, et dans celle de Mme de Vos. On remarque, parmi ces derniers, des récepteurs Morse à déclanchement automatique, et d’autres à résistance fixe, avec tendeurs rapides; des relais translateurs avec parleurs ; un poste télégraphique militaire.
- L’exposition Italienne n’étant pas encore prête, nous ne pouvons en parler; nous dirons seulement que, d’après le catalogue, on doit y voir un nouveau télégraphe autographique deM. Caselli; un manipulateur pour transmissions simultanées de M. Castelli; un groupe d’appareils télégraphiques employés par l’administration Italienne; des appareils télégraphiques automatiques imprimeurs de M. Roos ; des manipulateurs de M. Siccardi pour la transmission automatique avec le système Morse, et pour la télégraphie sous-marine à grande distance ; un manipulateur du même genre de M- Sommati di Mombello. Mais ce qui attirera surtout l’attention dans cette exposition, ce seront les appareils historiques qu’on y trouvera en grand nombre, car les cabinets de physique de beaucoup de villes, d’Italie, telles que Florence, Gènes, Milan, Modène, Pise, Turin, Padoue, Pavie, Vérone, Reggio, Côme, ont envoyé ce qu’ils ont de plus curieux à ce point de vue. Il ne faut pas oublier que l’Italie est la patrie
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- des Galvani, dos Volta, des Nobili, des Zambonï, des Spallanzani, des Marianini, des Matteucci, les pères de la science électrique moderne.
- Nous profiterons de ce dernier article sur la télégraphie, considérée d’une manière générale, pour dire quelques mots sur les expositions dont l’installation n’avait pas encore été terminée au moment de nos premiers articles. Nous commencerons par celles de MM. Breguet et Digney, que l’on rencontre dans la salle Ç, des deux côtés de l’exposition de la Compagnie Générale des Téléphones. Pour le premier de ces constructeurs, cette exposition ne renferme qu’une bien petite partie des appareils exposés par lui, car on en retrouve en divers endroits : dans la nef près de la porte d’entrée, à l’exposition de la Ville de Paris, dans les salles n° i3 et 18 et dans la galerie des machines ; mais nous ne parlons ici que des appareils se rapportant à la télégraphie, et nous aurons à signaler :
- i° deux installations de postes télégraphiques, l’un pour les systèmes à cadran, l’autre pour les systèmes Morse.
- 2° différents modèles de sonneries d’appel à 1 et 2 timbres.
- 3° différents modèles de manipulateurs de télégraphes à cadran, de parleurs, de récepteurs Morse dont plusieurs sont nikelés.
- 40 un télégraphe à cadran portatif.
- 5° des boussoles de sinus galvanométriques à lunette et à manivelle, etc., etc.
- L’exposition de M. Digney, est aussi très intéressante. On y trouve des modèles de Morse de différents systèmes avec ou sans relais, à pointe sèche et à molette ; des postes Morse portatifs ; le modèle de Morse automatique de Digney, avec son perforateur ; le télégraphe imprimeur à courants renversés du même constructeur; des récepteurs Morse à encrier, et d’autres d’un modèle particulier combiné pour la Russie ; un télégraphe à cadran à signaux japonais; des relais polarisés du genre Siemens; des translateurs et des parleurs ; des appareils de résistance et des boussoles de Sinus avec galvanomètre sensible; des télégraphes Hughes; des parafoudres de différentes espèces, etc., etc. En outre, de ces appareils, qui sont purement télégraphiques, M. Digney en a exposé d’autres qui se rattachent à la sécurité des chemins de fer et qui sont tout à fait nouveaux; nous en parlerons plus tard, et il nous suffira de dire, quant à présent, que c’est dans cette maison que sont construits les sifflets automoteurs de M. Lartigue aujourd’hui employés sur les lignes du chemin de fer du Nord.
- Nous arrêtons ici notre revue qui n’est en réalité qu’une simple nomenclature ; mais nous reviendrons dans des articles séparés, sur plusieurs des appareils que nous n’avons fait que mentionner, notamment sur les télégraphes Baudot, Schæffleret Olsen, les organisations des postes télégraphiques Alle-
- mands, le télégraphe harmonique de M. E. Gray, lé télégraphe Wheatstone avec ses derniers perfectionnements.
- TH. DU MONCEL.
- ÉTUDES SUR LA RADIOPHONIE
- (8° article)
- (Voir p. 8, 36, 5i, 276, 91, 356, 408 du tome III.)
- Avant de continuer l’exposé de nouvelles recherches sur la radiophonie, il me paraît utile de les «faire précéder de quelques considérations générales destinées à poser, aussi nettement que possible, l’état de cette intéressante question.
- Depuis le mois de décembre 1880 jusqu’au mois de juin 1881, un grand nombre de faits relatifs à la radiophonie ont été découverts et étudiés, notamment par MM. G. Bell, Tainter, Tyndall, Rôngten, Preece et moi-même, et il me semble que l’ensemble de ces faits permet d’essayer, dès à présent, une classification au moins provisoire des phénomènes radiophoniques.
- Si l’on définit par le mot radiophonie, ainsi que je l’ai proposé, et qu’on l’a généralement adopté, la transformation d'énergie radiante, périodiquement intermittente en énergie mécanique, sous forme sonore, on peut d’abord diviser les divers modes de transformation, aujourd’hui connus en deux classes.
- En effet, la transformation peut s’opérer directement sans intermédiaire, d’où, ce qu’on peut appeler radiophonie directe. Mais elle peut s’opérer aussi indirectement en passant par une transformation intermédiaire, d’où la radiophonie indirecte qu’on peut qualifier, par la nature de cette transformation intermédiaire : c’est ainsi, pour fixer les idées, qu’on peut appeler radiophonie indirecte électrique ou, en abrégeant, radiophonie électrique, la production de sons par une radiation intermittente, tombant sur le sélénium parcouru par un courant électrique.
- Chacune des deux grandes classes peut, à son four, être divisée en 3 genres caractérisés par la nature de la radiation dont l’énergie produit le phénomène, En effet, on a l’habitude de distinguer les radiations les unes des autres par 3 propriétés principales connues sous les noms de calorifique ou thermique, lumineuse (on pourrait dire photique) et chimique ou actinique.
- Il est vrai que toutes les radiations d’une source à spectre continu sont douées de ces trois propriétés, mais à des degrés très divers, et l’on sait que les effets maxima, correspondant à ces propriétés dans un spectre continu, appartiennent à des radiations qui, pour la première, sont dans l’infra-rouge, pour
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- la seconde, dans le jaune orangé, pour la troisième, dans l’ultra-violet.
- On peut donc admettre à ce point de vue la division suivante des phénomènes radiophoniques: i° s’ils sont produits au maximum d’intensité parles radiations infra-rouges, on peut dire qu’ils sont du genre termique et les qualifier du nom de thermophoniques.
- 2° S’ils sont produits principalement par les radiations dites lumineuses, on peut les qualifier de photophoniques.
- 3° Enfin si le maximum des effets est produit par les radiations ultra-violettes, on peut les nommer actiniques.
- Il en résulterait trois dénominations correspondantes pour les instruments ou appareils dans lesquels se produisent des effets de cette nature, savoir : thermophones, photophones et actinophones.
- Pour compléter cette classification, que j’ai indiquée depuis longtemps déjà (avril 1881), il esta remarquer que chaque genre de radiophonie indirecte pourrait donner naissance à des espèces qui seraient caractérisées par la nature de l’énergie intermédiaire, qui sert à passer de l’énergie radiante à l’énergie sonore. Il est vrai que, jusqu’ici, on n’en connaît pas d’autre que l’énergie électrique, mais qui sait si l’on n’en trouvera pas? On peut, tout au moins, indiquer cette possibilité en indiquant une lacune sur le tableau synoptique qui représenterait la classification dont nous parlons, et qu’on pourrait dresser de la manière suivante :
- Classes Genres
- MM. Bell et Tainter, qui ont'trouvé (*) que le peroxyde d’azote et la vapeur d’iode produisent des sons dans la partie' lumineuse du spectre solaire avec un maximum d’effet, situé, pour le premier, dans le bleu, et, pour le second, dans le vert.
- Si je n’en cite pas d’autres, c’est qu’il ne me paraît pas possible d’accepter sans réserves les résultats dans lesquels M. Bell fait intervenir de la laine rouge, de la soie verte... etc., sans définir autrement la nature de la substance qui a produit la coloration.
- Quant aux thermophones, ils peuvent être constitués par un grand nombre de gaz et de vapeurs. Les articles que j’ai déjà publiés dans ce journal, ont été consacrés précisément à l’étude de la radiophonie thermique, et aux propriétés des thermo-phones directs (en particulier du thermophone d’air au contact du noir de fumée) relativement à la reproduction des sons, des accords musicaux, du chant et de la parole articulée. Je n’y reviens, avant de commencer l’étude de la radiophonie indirecte, que pour insister sur deux points importants.
- Le premier, c’est qu’il ne me paraît pas possible actuellement de faire entrer les liquides dans le tableau ci-dessus, soit comme thermophones, soit comme photophones. En effet, avec ces substances, MM. Bell et Tainter n’ont jamais pu obtenir même avec le brillant soleil dont on jouit à Washington, que des résultats nuis ou faibles, si bien qu’il est à craindre qu’ils n’aient eu quelque illusion dans leurs expériences à ce sujet. A Paris, ni avec le soleil, ni
- Espèces
- Directe < Thermique. . . . Lumineuse . . . Actinique. . . . Thermique . . . ^ Electrique. . . . . Thermophones : air et autres gaz. . . Photophones : Peroxyde d’azote, vapeur d’iode.
- Indirecte j Lumineuse. . . | Electrique. . . . . Photophones électriques : Sélénium, al-liages de sélénium et de tellure; noir de fumée.
- Actinique. . . . 1 Electrique. . .
- Examinons d’abord la première partie de ce tableau, relative à la radiophonie directe.
- On y voit, tout d’abord, une lacune. Il n’existe pas encore $ actinophones directs. MM. G. Bell et. Tainter, dans la longue et minutieuse étude qu’ils ont faite d’une foule de substances diverses, n’en ont pas encore trouvé d’assez sensible aux radiations actiniques pour produire des sons. J’ai fait quelques tentatives dans cette voie, mais je n’ai encore pu réussir.
- En ce qui concerne les photophones directs, j’en ai indiqué deux, sur le tableau ci-dessus, d’après
- avec une lumière électrique intense, je n’ai jamais entendu aucun son perceptible avec les liquides. M.Tyndall, de son côté, est arrivé au même résultat. La question semble donc.pouvoir être regardée au moins comme douteuse, et il convient de la réserver.
- En second lieu je n’ai pas fait figurer, dans le tableau de corps solides. Je ne crois pas qu’il soit prouvé encore que les corps solides frappés par une radiation intermittente vibrent à la manière ordinaire,
- (l) Voir l’analyse de leur dernier mémoire, pages 356 et 36ç)du présent volume . q
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- et produisent les sons radiophoniques : j’ai donné (page 37 et 38 de ce volume) en faveur de cette manière de voir des arguments qui,' à ma connaissance, n’ont pas été réfutés. Je crois avoir montré que la radiophonie directe ne parait pas être un effet produit parla masse d’un corps vibrant transversalement, dans son ensemble, comme une lame vibrante ordinaire : que la nature des molécules du corps dont la surface reçoit les radiations intermittentes et le mode d’agrégation de ces molécules ne paraissent pas exercer sur la production des sons un rôle prédominant : enfin, que le phénomène radiophonique résulte principalement d’une action exercée à la surface.
- Lord Raleigh a montré, par le calcul, qu’il était possible par des variations rapides d’échauffement et de refroidissement d’un corps matériel de lui imprimer des dilatations et contractions suffisantes pour produire un son. M. W. Preece, avec l’aide de M. Stroh et de M. Hughes, a essayé de voir si des sons de ce genre sont produits par un disque métallique frappé par les radiations intermittentes d’une lampe oxhydrique : il a employé à cet effet un microphone dont le disque formait l’un des éléments et il n’a pu obtenir un résultat satisfaisant ainsi qu’il l’a constaté dans le mémoire qu’il a présenté à la Société royale de Londres au mois de Février 1881,
- Depuis lors MM. G. Bell et Tainter dans leur grand travail auquel j’ai fait allusion tout à l’heure ont annoncé que, conformément aux conclusions théoriques de Lord Raleigh, des disques métalliques du radiophone vibraient sous l’action des radiations intermittentes du soleil et qu’ils avaient constaté ces vibrations avec un microphone de Blacke,
- Dans une conférence sur la radiophonie, faite le 12 mai 1881, devant la Société des Ingénieurs télégraphistes et électriciens de Londres, M. Preece est revenu sur ce sujet : il a rappelé quelques-uns des arguments dont je parlais tout à l’heure, et montré les expériences, sur ce sujet, que j’avais eu le plaisir de lui montrer quelques jours auparavant. Sans nier que l’extrême énergie du soleil de Washington ne pût produire des effets qu’on ne peut reproduire avec des sources radiantes moins intenses, il a rappelé ses expériences microphoniques négatives, et a persisté à penser que, dans la radiophonie directe, les sons produits par un corps solide, le sont en réalité principalement par l’air ou les gaz, en contact avec la surface des corps.
- C’est là l’opinion que j’avais émise dès le mois de décembre 1880, dans des notes présentées à l’Académie des sciences.
- " Dans un mémoire présenté le 6 avril 1881, à la Société Yaudoise des sciences naturelles, M. H. Dufour, professeur à la Faculté des sciences de l’Académie de Lausanne adopte, comme M. Preece, cette maniéré de voir, et l’appuie sur d’ingénieuses expériences.
- Enfin, M. G. Bell a cru devoir, au mois de juin' dernier, revenir encore une fois sur cette question délicate. Il a renouvelé ses expériences microphoniques sur des disques soumis à des radiations intermittentes provenant du soleil, en employant cette fois un microphone particulier qui n’est qu’une modification d’un ancien appareil de Wheastone. C’est un fil de fer dont la pointe seule sort d’un tube relié à une boîte, où se trouve encastrée une plaque de téléphone; le fil est soudé au centre de la plaque ; la boite elle-même communique avec un cornet acoustique, par l’intermédiaire d’un tube en caoutchouc.
- On explore en quelque sorte avec le bout du fil de fer le disque soumis aux raditions solaires intermittentes. On entend alors, dit M. Bell, des sons en touchant les points soumis aux radiations et même à une certaine distance au-delà de la région éclairée.
- Cela est assurément fort singulier, et il serait très intéressant de répéter et de vérifier ces expériences : mais on se trouve véritablement désarmé en face d’expériences qui exigent qu’on ait à sa disposition des radiations solaires intenses comme celles qui existent à Washington ! D’ailleurs, il faut bien remarquer que, s’il est possible, comme les expériences de M. Bell tendent à le prouver, qu’il se produise des vibrations d’une nature particulière dans les disques métalliques radiophoniques, il est absolument certain qu’il s’en produit d’ordinaire dans la couche d’air ou de gaz en contact avec eux, et, sans nier l’existence des premières, je pense qu’elles ne sont pas assez intenses pour produire les sons qu’on entend avec des sources beaucoup moins énergiques que le soleil et jusqu’avec des radiations obscures!
- Je crois que dans ces cas là l’effet des premières, si elles existent, est insensible à l’oreille, et que lés sons obtenus sont dûs aux secondes.
- M. G. Bell pense le contraire. Après avoir paru d’abord affirmer que les sons radiophoniques de s corps solides étaient dûs uniquement aux vibrations directement produites sur le corps, il est aujourd’hui moins affirmatif : il admet la production de sons dans les couches gazeuses en contact avec les surfaces solides, mais il persiste à croire qu’il a mis en évidence les sons produits dans les solides conformément à la théorie de lord Raleigh et que « cela est suffisant (ce sont ses propres expressions) pour l’explication des effets sonores observés ».
- A mon avis, c’est insuffisant; c’est en ce point que mon opinion diffère de celle de M. Bell; j’espère pouvoir décrire prochainement de nouvelles expériences destinées à accentuer ou à détruire le différent.
- En attendant,, on voit pour quel motif je ne crois pas qu’on puisse encore inscrire sur le tableau synoptique ci-déssus les corps solides comme consti-
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- tuant des radiophones directs ; c’est une question que je crois avoir le droit de considérer comme douteuse.
- A plus forte raison n’ai-je pas pensé devoir y inscrire les corps spongieux dont j’ai, le premier (1) signalé les propriétés au point de vue radiophonique, le noir de fumée, le noir de platine, le bitume de Judée... Pour moi, l’énorme renforcement des sons qu’ils produisent lorsqu’on les met en contact avec une masse gazeuse frappée par des radiations intermittentes, tient à l’énergie avec laquelle ils condensent les gaz et absorbent les radiations, et principalement les radiations techniques. Il en est de même des corps de contexture fibreuse, mous, et renfermant une quantité d’air considérable, tels que le papier, le drap, le coton, la soie,... etc. Il ne me paraît pas possible que des corps de ce genre, simplement posés à l’intérieur d’un tube transparent, comme on le fait dans les expériences de radiophonie, puissent vibrer directement, d’après la signification qu’on donne ordinairement à ce mot : leur action doit être condensante, absorbante et superficielle.
- Cela dit, nous étudierons, dans un prochain article, la radiophonie indirecte.
- (A suivre.) e. mercadier.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ •
- LES APPAREILS
- DE MESURES ÉLECTRIQUES
- Les appareils de mesures électriques peuvent être divisés en quatre groupes, suivant qu’ils servent à la mesure des tensions, des intensités, des résistances ou des capacités électro-statiques. On trouve à l’Exposition un grand nombre de types appartenant à chacun de ces groupes, mais nous devons dire que nous n’y avons pas vu beaucoup de dispositions nouvelles.
- Parmi les appareils qui servent à la mesure des tensions; les électromètres sont représentés d’abord dans la section anglaise par l’électromètre absolu et l’électromètre à quadrants de Sir William Thomson, exposés par M. White de Glasgow. Dans la vitrine de MM. Elliott Brothers de Londres, nous remarquons un électromètre à quadrants modèle de démonstration recouvert d’une cage en fil de laiton pour le protéger contre les influences extérieures. L’électromètre à quadrants se retrouve dans la vitrine de M. Carpentier (salle i3) sous la forme
- (') Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 6 et i3 décembre 1880. Voir page 38 du tome III de La Lumière Électrique (1881).
- 279
- élégante que lui a donnée M. Mascart et dans laquelle la bouteille de Lcyde est remplacée par une pile constante ; enfin l’électromètre de M. Mascart se voit encore au pavillon des télégraphes dans l’installation générale d’appareils de mesures exposée par M. Mercadier Dans ce cas. la pile est remplacée parmi petit rechargeur de Humblot combiné avec une jauge de Thomson. Cette intéressante combinaison d’appareils sera, d’ailleurs, décrite ici par M. Mercadier. Citons encore l’électromètre de M. Lippmann exposé par M. Breguet dans la salle i3.
- Pour ce qui est des galvanomètres à fil long, servant à la mesure des tensions, nous n’avons pas à parler de la foule des galvanomètres à aiguilles astatiques, que l’on retrouve dans les expositions de tous les constructeurs d’instruments de précision. Les seuls qui présentent un intérêt pratique sont les galvanomètres gradués en volts, et permettant la détermination immédiate d’une différence de potentiel. Parmi ces appareils, nous citerons les galvanomètres de M. Marcel Deprez, déjà décrits, et exposés dans la vitrine de M. Carpentier; le galvanomètre de tensions de M. Gaiffe, celui de M. Siemens, exposé dans la section Allemande, et une boussole distangente, de petite dimension, très commode pour les mesures exposées par MM. Clark Muirhead et Cû. A la mesure des tensions, se rattachent les piles étalons, mais nous devons dire qu’elles sont peu représentées au Palais de l’Industrie.
- Nous avons remarqué seulement, en fait de piles, des piles destinées à servir de charge permanente à des électromètres, une pileVolta, en.tr’autres, avec bouchons de verre, dans la section Allemande (exposition de M. Stôhrer), et une autre du même genre, dans l’exposition du Ministère de la guerre.
- La mesure des intensités se fait, soit à l’aide des boussoles, des tangentes et des sinus, soit au moyen d’électro-dynamomètres -ou de balances électro-magnétiques, soit avec des galvanomètres gradués d’avance, soit enfin à l’aide de voltamètres. Ces derniers appareils, du moins dans une forme applicable aux mesures exactes, ne figurent pas à l’Exposition. Quant aux boussoles, elles sont représentées d’abord au musée rétrospectif, dans la vitrine du conservatoire des Arts-et-Métiers, par les appareils originaux de'Pouillet, puis, dans la section Allemande,par ceux de Weber, puis, enfin, par les instruments courants, exposés dans les vitrines des constructeurs d’instruments de précision. Les balances électro-magnétiques ne figurent guère que dans l’exposition du Conservatoire des Arts et Métiers, où se trouve l’appareil original de M. E. Becquerel; et dans l’exposition de M. De-brun, où figure une simplification de cette balance, construite déjà, d’ailleurs, par M. Dolbear. Pour les électro-dynamomètres, outre les appareils ori-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- ginaux de Weber et les _ modèles analogues déposés par les divers constructeurs , on remarque quelques types spéciaux, entre autres l’électro-dynamomètre pour courants intenses de MM. Siemens, et un électro-dynamomètre à monture en bois, exposé par M. Jaspar dans la section Belge. Les galvanomètres gradués en webers sont représentés, comme ceux gradués en tension, par les appareils de M. Deprez, de M. Gaiffe et de MM. Siemens.
- Les appareils pour la mesure des résistances sont bien connus de tous. Ceux qui sont les plus intéressants à l’exposition sont peut-être les appareils originaux de Wheatstone, exposés dans les salles du musée rétrospectif. Le premier pont, le premier rhéostat à cylindres de Wheatstone méritent d’arrêter l’attention. Pour le reste, on retrouve dans les expositions de MM. Clark Muirhead, Elliott Brothers, Siemens et Halske, Jaspar, Bréguet, Gaiffe, Deschiens, etc., les rhéostats à chevilles que tout le monde connaît. Nous citerons seulement un petit rhéostat à curseur très compact exposé, sous diverses formes, par MM. Clark Muirhead et Cie ; une boîte de résistance à bobines en très gros fil, avec circulation d’air, présentée par MM. Elliott, et un petit rhéostat circulaire à lame de platine, exposé par M. Dini dans le pavillon des télégraphes. Parmi les diverses dispositions du pont de Wheatstone, il faut citer spécialement la boîte pont avec galvanomètre interposé de MM. Clark Muirhead et Cie, et deux ponts de Wheatstcne avec fil de platine et mètre divisé, exposés l’un par M. LermantofF dans la section Russe, et l’autre par MM. Keiser et Schmidt dans la section Allemande. Le premier est remarquable surtout par des dispositions particulières, le second par sa construction soignée et bien entendue. Nous nous proposons de revenir sur ces deux appareils. Les étalons de résistance sont exposés, sous la forme qu’on leur connaît, principalement par MM. Elliott Brothers, MM. Clark Muirhead et Cie, MM. Siemens. Citons encore au point de vue historique d’anciens appareils exposés dans la section Allemande, comme par exemple, la colonne de résistance d’Eisenlohr.
- Les instruments destinés à la mesure des capacités électrostatiques, ont fait peu do progrès chez nous, et, dans la section française, MM. Bréguet et M. Aylmer sont les seuls qui exposent des condensateurs. Ces appareils sont d’ailleurs du même type que ceux exposés par MM. Elliot et Clark Muirhead et Cie. Cette maison expose, en outre, des condensateurs de grande dimension et des caisses destinées à représenter un câble, et dans lesquelles se trouvent combinés des condensateurs et des résistances.
- Nous devons mentionner ici tous les galvanomètres qui, sans servir directement à déterminer telle ou telle constante, sont les accessoires de la plupart
- des mesures. Ce sont, par exemple, les galvano mètres de Nobili, qu’on retrouve dans les expositions de tous les constructeurs d’instruments de précision, et dont le premier type figure dans le musée rétrospectif (section italienne). Viennent ensuite les galvanomètres à long fil, de Dubois Reymond, puis les appareils de Thomson, exposés spécialement par MM. Clark Muirhead et Cie et MM. Elliott, et par les principaux constructeurs français.
- Dans tout ce que nous venons de signaler, on le voit, nous n’avons considéré que les appareils servant exclusivement aux mesures électriques. A ces appareils, s’en rattachent d’autres, tels que les dynamomètres, les photomètres, ils feront l’objet d’articles ultérieurs.
- A. GUEROUT,
- L’ATELIER CARPENTIER
- Nous faisions remarquer, dans le dernier numéro du journal, l’importance des ateliers de construction électrique et les services qu’ils rendent au progrès de la science électrique et de ses applications. Nous prenions pour exemple les ateliers Goodwin, qui sont devenus, à Paris, le centre de la fabrication des machines Brush, une des plus originales et des meilleures de toutes les machines nées après celle de Gramme. Nous voulons aujourd’hui appeler l’attention sur un autre genre de construction, celle des instruments de précision. Depuis longtemps, Paris compte des maîtres dans ce genre, et des maîtres qui, nous le faisions remarquer dans notre dernier article, ont souvent contribué pour une large part au développement des industries modernes.
- Que d’inventions ont été apportées à l’état d’embryon à Bregnet, à Duboscq, à Ruhmkorf, à Froment et sont sorties complètes de leurs mains. Jusqu’à ces dernières années pourtant, le constructeur d’instruments de précision n’avait que de faibles ressources d’exécution. Ne demandant de secours qu’au simple travail manuel, il n’employait guère la force motrice et si les appareils qui sortaient de ses mains étaient remarquables par leur fini, ils ne pouvaient néanmoins être livrés qu’en nombre restreint.
- Parmi la génération scientifique actuelle, quel est celui qui ne se rappelle pas avoir vu.dans toute leur simplicité, les modestes ateliers des constructeurs que nous venons de citer, d’où sortaient pourtant de si précieux appareils. Aujourd’hui, l’impulsion est donnée; pour les instruments de précision comme pour les grands générateurs d’électricité2 on demande à la mécanique tous ses secours, et l’emploi de la force motrice et des machines outils se généralise de plus en plus dans ce genre de construction. Un des premiers, le successeur de Ruhmkorff, M. Car-
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- pentier, est entré nettement dans cette voie. Son nouvel atelier, établi rue Delambre, et dont nous donnons ici une vue, présente une série d’installations fort bien comprises. La force motrice est fournie par une grande machine à gaz, système Otto, de la force de six chevaux. Les axes de transmission, mus. par cette machine, sont suspendus au-dessous de la galerie qui fait le tour de l’atelier et communiquent le mouvement à toute une série de tours, dont quelques-uns munis des dispositions
- spéciales à divers travaux. Ils font marcher également des machines à fraiser, des perçeuses, une raboteuse, une machine à décolleter, une meule à aiguiser. Au centre, bien éclairés par le vitrage qui forme toit, sont des établis, et d’autres encore sont disposés sur la galerie supérieure. Sur cette galerie, à l’une des extrémités de l’atelier, donnent les bureaux, de sorte que l’atelier peut être sans cesse l'objet d’une surveillance générale.
- Il est facile de comprendre, qu’avec les ressour-
- L’ateiier Carpentier.
- ces que nous venons d'énumérer, on puisse arriver à des résultats très satisfaisants et construire les appareils, ou, pour des instruments compliqués, les pièces d’appareils en certain nombre sans que la bonne qualité de la construction en souffre, et tout en conservant même le fini du travail. Nous n’en voulons pour preuve que l’appareil Baudot, qui, tous les jours, à l’Exposition, est l’objet de l’attention générale. Un de ces appareils sort de l’atelier Carpentier. Il y a été tellement modifié qu’il ne ressemble plus guère à l’appareil Baudot, tel que nous l’avons décrit dans ce journal, et il n’a certes perdu ni en élégance ni en fini. Nous
- pourrions citer encore, comme appareils sortis de cet atelier, les moteurs Deprez, ses galvanomètres, si utiles aujourd’hui, et que construit d’ailleurs également la maison Bréguet, et enfin le mélographe, ce piano électrique perçant lui-même les cartons destinés à reproduire un morceau de musique et que l’on verra prochainement fonctionner à l’Exposition dans la salle i3. Le mécanisme de cet appareil est une petite merveille de délicatesse et se prête peut-être mieux encore que le télégraphe Baudot à montrer ce que l’on ' peut attendre de l’emploi bien entendu des machines-outils.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Ce que nous venons de dire de l’atelier Carpen -tier, pourrait se dire à peu de chose près des principaux ateliers de précision ; ceux de MM. Froment Bréguet, Digney frères, Deschiens, sont aujourd’hui munis d’un outillage analogue, et ces constructeurs arrivent à des résultats peu différents. Nous aurions pu prendre l’un ou l’autre d’entre eux comme exemple à l’appui de ce que nous disions de la construction moderne. Nous avons choisi l’atelier Carpentier, parce que c’est un atelier d’établissement récent construit, de prime abord, d’après les idées modernes, et aussi parce que la différence énorme qui existe entre l’atelier de M. Carpentier et celui de son prédécesseur, le regretté Rhumkorff, se prête admirablement à montrer le contraste qui, dans la construction des instruments de précision, existe entre le présent et le passé.
- C.-C. SOULAGES
- APPLICATION DE L’ÉLECTRICITÉ
- a l’étude des phénomènes très rapides 4“ article (Voir les nos du 5 février, i3 juillet et 25 août).
- Lorsque je résolus de revenir à l’enregistrement électro-magnétique, je fus tout d’abord frappé de l’abandon dans lequel on avait laissé l’étude de ces organes en ce qui concerne les retards d’aimantation et de désaimantation. Autant ils avaient été étudiés à l’état permanent, c’est-à-dire lorsque l'aimantation a acquis toute son intensité, autant on ignorait ce qui se passait pendant la période variable. En outre, d’autres lois du domaine de la mécanique pure étaient universellement méconnues ; on considérait la masse des armatures soumises à l’attraction et des organes auxquels elles étaient reliées comme absolumentnégligeables,etcela, parce que ces différentes pièces sont de petites dimensions par rapport à nous. On oubliait que la rapidité d’un corps soumis à l’action d’une force accélératrice (excès de la force motrice sur la force résistante), ne dépend nullement de sa masse en elle-même, mais du rapport de la force accélératrice à la masse. Or c’est une loi qui souffre très peu d’exceptions, et qui résulte de considérations qu’il serait trop long d’exposer ici, que presque toutes les forces naturelles dont nous disposons, la pesanteur exceptée, sollicitent les corps que nous soumettons à leur action avec une intensité qui diminue avec la masse de ces corps, mais moins "vite que la masse elle-même. C’est ainsi qu’une armature cinq fois moins pesante qu’une autre et soumise l’action d’un aimant, est, à petite distance, sollicitée par une force bien supérieure à la cinquième partie de celle qui est exercée sur la grosse armature. Il y a enfin une troisième action qui tend à prolonger la
- durée de la période variable et, par conséquent, à augmenter le retard : c’est la force électro-motrice inverse développée par ce fait même que l’aimantation du noyau de fer doux part de zéro et atteint un minimum après un espace de temps pendant lequel elle est croissante. J’ai démontré que dans certains cas et avec de gros électro-aimants, cette force électro-motrice inverse peut retarder de huit secondes l’établissement de l'état permanent. Il y a même des physiciens qui pensent que c’est la seule cause du retard de l’aimantation et que cette dernière est instantanée. Ce n’est pas ici le lieu de discuter cette hypothèse.
- Les retards des indications obtenues avec l’aide
- des enregistreurs électro-magnétiques sont donc, en résumé, dûs à trois causes : deux d’ordre purement électrique et une d’ordre mécanique. Pour atténuer, autant que possible, les deux premières, il faut que les électros aient très peu de fil, et soient animés par un courant relativement intense. Quant au retard dû à l’intensité, on le diminue en réduisant, autant qu’on peut le faire, la masse des organes mis en mouvement et l’espace qu’ils ont à parcourir.
- On est donc conduit à faire des enregistreurs aussi petits que possible. Il y a cependant une limite que l’on- ne doit pas dépasser, c’est celle à partir de laquelle ils cessent d’être maniables.
- Je n’entrerai pas dans le détail des. très longues
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- et très nombreuses expériences que j’ai faites sur les causes de retard des enregistreurs, et les moyens de les réduire à leur dernière limite. Je ne donnerai pas non plus, quant à présent, la description des types- très nombreux que j’ai imaginés successivement, et satisfaisant, chacun, à des conditions spéciales-pour lesquelles j’ai dû les créer. Je vais me borner à décrire les deux types qui sont pro -près au plus grand nombre d’usages et qui résument mes recherches. Le premier est représenté dans la figure ci-contre, en vraie grandeur.
- Il se compose de deux électro-aimants droits E, E dont les noyaux sont des laines méplates agissant sur une palette en losange A de manière à former un couple. La course de cette palette est limitée par une vis-butoir IJ. La force antagoniste de rappel est obtenue par une lame élastique B K butant contre une petite goupille fixée sur un levier FG, dont l’inclinaison détermine la tension initiale de la lame. En outre, le centre de ce levier est mobile dans une coulisse verticale, et on le fixe au moyen du bouton H ; ce second mouvement a pour but de faire varier la raideur du ressort et non sa tension initiale. Un petit étau ONP permet de fixer l’enregistreur le long d’une barre d’appui. Enfin la plume en acier est représentée en CD.
- {A suivre.) Marcel deprez
- DES FORCES & DES MOUVEMENTS
- ENVISAGÉS
- AU POINT DE VUE DE LA SCIENCE PHYSIQUE, COMME SOUS CELUI DES THEORIES RATIONELLES, ET SPÉCIALEMENT DE CELLE DE L’ÉLECTRICITÉ.
- Suite. — (Voir le numéro du 27 août.)
- APPLICATIONS AUX THÉORIES PHYSIQUES.
- Si nous appliquons ces principes aux théories physiques modernes, et spécialement à celles de l’électricité, rien de plus simple, à mon avis, que d’envisager, d’une manière rationnelle, les rapports mutuels de la force électromotrice et du travail sensible, de la théorie du contact, et de la théorie chimique, dans les piles, du rôle que joue la constante E dans les théories physiques et chimiques.
- La force de contact, et la force électromotrice, sont les actions directrices qui transforment, d’une manière plus ou moins énergique et rapide, les vitesses moléculaires insensibles, et les travaux potentiels chinikpies, thermiques ou mécaniques, en travail, ou force vive, électrique sensible; l’une des deux actions, la force électromotrice, et l’autre,
- le travail électrique, ne sauraient pas davantage, se supprimer l’une plus que l’autre, et ne sauraient se remplacer mutuellement, pas plus que les autres forces physiques et le mouvement.
- Appliqués aux décompositions chimiques, ces principes nous conduisent à des conséquences intéressantes. La formule des piles donne E i = r i2 comme mesure de la chaleur dégagée ou absorbée dans les différents états du circuit électrique (E est une constante statique, et i une autre, analogue au mouvement, ou chemin parcouru ; E i est donc bien un travail, ou une force vive) ; c’est encore la valeur du travail absorbé, ou dégagé, dans les combinaisons ou décompositions chimiques produites par le courant ; et comme ce travail varie en raison inverse des poids équivalents chimiques, nous aurons, pour deux corps : pEi = p' E' i oup E —p’ E', si tous deux sont soumis à l’action d’un courant unique ; et les constantes E, spéciales à chaque corps, paraissent varier comme les chaleurs spécifiques en raison inverse des poids équivalents chimiques, s’il n’y a point de chaleur dégagée. De plus, on a E = r i; et la constante r est ce qui retarde la vitesse électrique, pour chaque corps particulier; c’est, quant à l’effet produit, comme la masse matérielle dans la mécanique du mouvement.
- Quand on détruit la constitution chimique des corps, comme par une suite de ruptures des liens moléculaires, cet ébranlement ne saurait se produire, comme dans l’action de toute machine, sans vaincre une première résistance passive, et comme un frottement au départ; or, soit E, la force électromotrice nécesssaire pour décomposer l’eau ; e, celle qui suffit pour le zinc; on aE>e; on voit qu’un seul élément de zinc ne suffira pas ; il faudra prendre une pile en tension ; soit p la résistance d’un élément de pile, r celle du circuit, il faudra n (e — i p) — ir=E; qui sera satisfaite, si le nombre n des éléments est suffisamment grand.
- Nous avons dit que r joue un rôle analogue à la niasse dans les formules du mouvement; soit ri une quantité de mouvement électrique donnée, se propageant dans un circuit de résistance ron
- Z
- aura (r 4- r') i' — ri et i' = —;—si 011 considère vi/ r-f-F
- le travail disponible dans le circuit r', j _ r' r~ t1 _ r' E-
- 1 ‘'-(r + ry-cr+n*’
- et si on veut un maximum, on trouve, en dif-férentiant par rapport à r', la condition r = r'; c’est-à-dire que la résistance intérieure doit être égale à la résistance extérieure, et l’on dispose dans
- Eî
- le circuit extérieur de la moitié du travail total —.
- 2
- En résumé, E sera donc une action directrice, manifestant ou produisant, en apparence, la force vive électrique sensible; r une résistance analogue
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- 384
- à celle des masses dans le mouvement; et on a
- E f
- i = — comme V = — •
- r m
- Quand un fil rougit, c’est que la vibration calorifique remplace celle électrique, parce que i tend vers zéro, dans l’expression ri2, où r augmente beaucoup, ce qui s’oppose au mouvement électrique ; la résistance exerce alors une action directrice pour transformer i, ainsi que l’électricité en chaleur; c’est une résistance jouant un rôle inverse à celui de E, d’une manière analogue à celui que jouent la force motrice, et la masse, ou l’inertie.
- Appliqués aux machines d’induction, ces-mêmes principes jettent quelque lumière sur leur fonctionnement; si on considère, en effet, un centre d’action inductrice, celle-ci s’exerçant dans un temps extrêmement court, on voit qu’en laissant de côté l’action perturbatrice des courants intérieurs, tels que ceux dits de Foucault, la valeur de E augmentera avec la rapidité du mouvement de rotation, parce qu’un plus grand nombre de molécules matérielles sont soumises dans un même temps à la force directrice inductrice, mais, ceci, jusqu’à la limite de vitesse où la durée du passage ne dépassera pas celle de l’action magnétique; de gros fils augmenteront encore la valeur de E, si l’induit et l’inducteur sont à une distance appréciable, parce qu’un plus grand nombre de molécules recevront, encore, l’action magnétisante, ces molécules se présentant dans un même fil assez gros, toutes jointives, en quelque sorte, à des distances moins différentes, où les actions sont plus égales et remplissent mieux l’espace, ou sphère d’action, pourvu toutefois que la grosseur du fil soit en rapport avec cette sphère d’action, c’est-à-dire avec l’intensité, ou la puissance magnétique. On peut remarquer, de plus, que les courants produits donneront moins d’échauffe-ment. Mais, dans d’autres cas d’un contact intime, tels que la galvanoplastie, où l’on n’a pas besoin de si grands ébranlements, où il convient de rapprocher les molécules matérielles électromotrices, on réduira le diamètre des fils, le nombre de tours, et la valeur de E.
- Enfin, la grande tension des courants induits s’explique par la distance extrêmement petite, et le peu de résistance des espaces intermoléculaires comparée à une action très énergique, parce qu’elle s’exerce de très près sur des molécules, très faciles à mettre en mouvement, et sur un très grand nombre, soit, si l’on veut, d’une manière analogue à ce qui se produit dans une pile montée en tension.
- " Quant aux propriétés de l’électricité statique, elles se distinguent de celles des courants par le fait que le mouvement de transport du fluide peut être nul, ce qui empêche d’appliquer la formule exprimant l’énergie des courants E i = ri2; puisqu’on aurait i = o; ou bien encore, i peut être considérable,
- mais la masse, ou résistance r, étant extrêmement petite, si on envisage la source électrique, et non le circuit extérieur, l’on aura des effets fort différents de ceux des courants; toutefois ri2 — E i et ri2 aura toujours une certaine valeur, on pourra donc exercer des effets analogues à ceux des courants, et produire certains travaux mécaniques, comme les décompositions chimiques, l’action de percei^ les corps, de les fondre, etc.
- Sous ce rapport, on pourrait peut-être envisager les actions produites par la machine de Helmholtz, comme intermédiaires entre celles, absolument statiques, ou celles des courants d’induction des machines magnéto, ou dynamo-électriques.
- ' En résumé, les forces électromotrices, celles qui peuvent être dues aux contacts physiques, ou chimiques (je veux dire les contacts des particules matérielles infiniment rapprochées), sont des actions directrices capables de développer, de produire même, si l’on veut, la seule force vive sensible, électrique, en transformant l’état potentiel chimique, thermique, mécanique (je veux dire par ce terme, mécanique, l’état matériel de mouvement insensible), et donnant un mouvement électrique sensible; on ne saurait pas plus confondre ces actions directrices, et les mouvements qu’elles déterminent, qu’on ne doit confondre la force et le mouvement, ou supposer que l’un est absolument créé, et anéanti, par l’autre.
- L’état potentiel est celui où la force vive sera, si l’on veut s’exprimer ainsi, latente et insensible, ou bien encore non apparente : et sous l’influence des actions directrices, ce réservoir de force vive, de travail électrique, thermique, chimique, mécanique, préexistant, suffit à la production des phénomènes sensibles (j’appelle, ainsi, ceux appréciables à nos sens, et tangibles à nos mesures), jusqu’à la limite déterminée parla quantité totale d’énergie absolue : (comprenant la force vive sensible, et celle dite latente), que peut posséder un système matériel, supposé incapable d’en recevoir de tout autre, et de renouveler ainsi son énergie épuisée.
- Cette conception des actions directrices (je le répète afin d’insister davantage), sauvegarde, d’ailleurs, toutes les théories de mathématique pure, et les met en accord parfait avec le principe de la mécanique thermique, celui de l’indestructibilité du mouvement, et son indépendance absolue de celui des forces; cette conception est d’ailleurs parfaitement rationnelle, puisque l’action tangentielle, que je suppose, en général, idéale, est substituée par une hypothèse mathématique à l’action normale, pour la commodité des calculs mécaniques (on peut remarquer que la notion de la force tangentielle, était d’ailleurs la conséquence forcée, apparente, des expériences de Galilée sur la pesanteur et le plan incliné) ; cette hypothèse, dis-je, a tout autant de raison d’être que la conception des forces résul-
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- tantes, et des centres de gravité qui, en réalité, n’ont aucune existence physique, dans le cas d’une sphère creuse, ou de plusieurs astres et des espaces interplanétaires, si les centres de gravité tombent dans le vide.
- Enfin, si l’on envisage la synthèse des phénomènes physiques, ces mêmes principes font comprendre clairement comment un seul ébranlement ou mouvement mécanique (celui acoustique par exemple), peut donner lieu à la production de tous les phénomènes physiques, si la matière est capable d’exercer, des actions directrices différentes, provoquées par cet ébranlement, car il détruit l’équilibre de toutes ces actions ; elles reprennent, en quelque sorte, leur liberté, et sont en état de transformer l’énergie moléculaire insensible de l’état potentiel, en force vive,.moléculaire, sensible, électrique, thermique, lumineuse, photographique ou, acoustique : en produisant à chaque instant, sur nos sens, l’impression de mouvements créés ou anéantis, d’où l’on avait déduit les anciennes conceptions mécaniques, en désaccord complet avec le fait de l’in-destructibilité du mouvement. Quant à l’état magnétique, ce serait simplement, conformément aux idées d’Ampère, un état statique, particulier, et permanent, où l’orientation des molécules leur donne la propriété d’exercer des actions directrices, et des forces électromotrices spéciales, capables de transformer la force vive potentielle (sans la créer le moins du monde), et de donner lieu ainsi à la production de courants.
- A. DE GERANDO.
- CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS
- PROGRAMME DES QUESTIONS
- QUI SERONT SOUMISES A L’EXAMEN DU CONGRÈS ET ORGANISATION DU CONGRES.
- Le Congrès sera divisé en trois sections. Ces sections comprendront :
- La première, les physiciens, les chimistes, les physiologistes et, en général, les personnes qui étudient l’électricité au point de vue théorique.
- La 2°, les télégraphistes et les ingénieurs des chemins de fer.
- La 3e, les électriciens et les ingénieurs qui s’occupent des autres applications civiles ou militaires de l’électricité.
- Les membres du Congrès pourront se faire inscrire, chacun, dans plusieurs sections.
- Les séances des sections auront lieu à des heures différentes, afin de permettre à tous les membres d’y prendre part.
- Les séances du Congrès comprendront :
- i“ Des séances plénières, consacrées à la discussion des questions exigeant une entente internationale et comportant, par suite, un vote du Congrès.
- 2° Des séances de sections, consacrées à l’exposé et à la discussion des questions présentant un intérêt spécial qui peuvent donner lieu utilement à un échange de vues et de renseignements.
- 3“ Des Séances publiques, sous forme de conférences, dans lesquelles seront exposées, par les membres du Congrès, qui voudront bien en accepter la mission, quelques unes des questions qui attirent en ce moment l'attention.
- PREMIÈRE PARTIE.
- Séances plénières.
- QUESTIONS CÉNÉRALES SOUMISES AU CONGRÈS.
- 1° Unités électriques.
- Discussion des mesures à prendre pour arriver à l’adoption générale d’un système inlernalional d’unités électriques.
- 1. Nécessité d’une entente pour l’adoption générale d’un système international de mesures électriques.
- 2. Choix du système d’unités à adopter et des dénominations à leur donner.
- 3. Mesures à prendre pour l’établissement, la conservation et la reproduction des étalons internationaux.
- 4. Ne convient-il pas de constituer, à cet effet, une Commission internationale?
- 5. Ne pourrait-on pas rattacher cette Commission, à celle du Bureau international des poids et mesures ?
- 2° Télégraphie internationale
- Mesures à prendre pour faciliter le service des lignes télégraphiques internationales.
- 1. Moyens d’assurer l’emploi des mêmes termes et des mêmes unités pour la désignation des éléments qui influent sur le fonctionnement des lignes internationales.
- 2. Ne serait-il pas possible d’organiser une étude internationale des courants terrestres.
- 3. Conventions destinées à régler les conditions d’établissement des câbles sous-marins, dans les cas de juxtaposition ou croisement.
- 4. Conventions à établir au sujet des signaux distinctifs et des règles de navigation à admettre pour les navires employés à la pose ou au relèvement des câbles sous-ma-marins.
- 3° Applications diverses de l’Électricité.
- Mesures à prendre, pour faciliter les relations internationales en ce qui concerne certaines applications spéciales de l’Éleclricilé (').
- 1. Lumière électrique. — Mesures â prendre pour faciliter la comparaison des intensités lumineuses.
- 2. Electro-physiologie. — Mesures à prendre pour faciliter la comparaison des effets obtenus dans l’emploi des appareils électro-médicaux.
- 3. Paratonnerres. — Mesure à prendre pour assurer la réunion de renseignements statistiques comparatifs, sur l'efficacité des différents systèmes de paratonnerres en usage.
- DEUXIÈME PARTIE
- Séances de Sections
- questions spéciales pouvant donner lieu a UN ECHANGE UTILE D’IDÉES
- Première Section
- Théorie. — Sources d’électricité. — Paratonnerres Êleciro-physiologic.
- 1. Questions concernant la théorie de l’électricité.
- f1) La solution de ces questions spéciales sera préparée par la discussion qui aura eu lieu dans les sections.
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- 2. Questions relatives à la mesure des courants continus ou alternatifs de grande intensité.
- 3. Questions concernant la physique du globe. Électricité atmosphérique et magnétisme terrestre.
- 4. Paratonnerres. — Discussion des meilleures conditions d’établissement des paratonnerres. Serait-il possible de réunir les éléments d’une statistique internationale concernant l’efficacité comparative des différents systèmes de paratonnerres en usage?
- 5. Questions concernant l’électro-phyjiologie.—Nécessité de définir d’une façon scientifique les courants dont on fait usage dans les opérations médicales et d’en rattacher la mesure aux unités électriques.
- Meilleurs moyens â employer pour déterminer la nature des phénomènes électriques qui se produisent chez les animaux.
- 6. Questions réservées à l’initiative des membres du Con grès.
- Deuxième Section
- Transmission des signaux et de la parole par l'électricité. Télégraphie, téléphonie, chemins de fer.
- i° Questions concernant la télégraphie. — Comparaison de l’emploi des piles et des machines en télégraphie.
- Des meilleures conditions d’établissement des lignes télégraphiques aériennes, souterraines et sous-marines, sous le rapport de la conductibilité et de l’isolement.
- Avantages et inconvénients de l’emploi des relais sur les grandes lignes.
- Dispositions à adopter pour les paratonnerres des lignes télégraphiques. Avantages et inconvénients des fils préservateurs.
- 2° Questions concernant la téléphonie. — Difficultés spéciales que présente l’installation des lignes téléphoniques. Causes des perturbations.
- 3° Questions concernant les chemins de fer, — Application de l’électricité au service de sécurité des chemins de fer.
- Comparaison des systèmes de signaux automatiques et mixtes.
- 4° Questions réservées à l’initiative des membres du Congrès.
- Troisième Section
- Applications industrielles de l'électricité.
- 1° Questions concernant l’éclairage électrique. — Mesure de l’intensité lumineuse des sources électriques. Comparaison des divers procédés photométriques. A défaut d’une unité absolue pour la mesure des intensités lumineuses, existe-t-il un type qui puisse être recommandé comme étalon international. Est-il possible d’établir des règles simples pour les mesures photométriques.
- Comparaison des effets des machines à courants continus ou alternatifs.
- Conditions spéciales à l’application de la lumière électrique pour l’éclairage des villes, des ateliers, des mines, des appartements, des phares, des navires, etc.
- 2. Questions concernant la transmission des forces à distance par l’électricité. — Emploi de l'électricité pour la transmission des forces à distance, faits connus et résultats acquis, difficultés à résoudre. —Utilisation des forces naturelles au moyen de l'électricité.
- Applications diverses.
- 3. Distribution industrielle de l’électricité.
- x 4. Horlogerie et chronographie électriques.—Appareils enregistreurs et instruments de précision. — Application à la géodésie.
- 5. Électro-métallurgie et applications de l’électricité à la chimie.
- 6. Questions réservées à l’initiative des membres du Congrès.
- Troisième partie
- Conférences publiques.
- PROGRAMME RÉSERVÉ
- Parmi les sujets qui pourraient être traités, en conférences publiques, la Commission signale, spécialement les suivants
- 1. Sur les mesures électriques.
- 2. Sur l’éclairage électrique.
- 3. Sur la transmission des forces par l’électricité.
- 4. Sur la téléphonie et ses applications.
- 5. Électricité atmosphérique. Paratonnerres.
- 6. Magnétisme terrestre.
- Paris, le 17 août 1881
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Le Câble Brooks
- Nous avons déjà décrit (1) le système de cables de M. David Brooks. Nous trouvons aujourd’hui, dans The Télégraphie Journal, des détails sur les essais auxquels ce système a été soumis en Angleterre. L’année dernière, M. Brooks avait proposé à l’Administration des Postes et Télégraphes d’établir son cable, à titre d’essai, entre Waterloo et Nine Elms, sur le London and South Western Railway. Le cable posé devait être acheté s’il fonctionnait convenablement pendant six mois, M. Brooks avait aussi proposé, en cas de succès, de prolonger le câble de Nine Elmsjusqu’à Clapham pendant l’année 1881, aux mêmes conditions que précédemment, si l’Administrarion le jugeait convenable. Le premier essai ayant réussi, au printemps dernier, M. Crooks est revenu d’Amérique pour opérer le prolongement proposé.’La ligne s’étend maintenant jusqu’à Clapham, et tout fait espérer qu’elle aura autant de succès que la première.
- La première ligne d’essai était formée de 3o fils n° 18, recouverts chacun de jute et formant un cable qui avait été introduit dans un tube de fer de 3i mm. de diamètre, rempli d’huile de pétrole. La longueur totale de cette ligne était de 2 kil. 128. Le prolongement de Nine Elms à Queen’s Road, constitue aussi de 3o fils semblables, avait une longueur de 1 kil. 763. De Queen’s Road à Clapham, (2 kil. 128), le cable était formé de 40 fils du même diamètre, mais la couverture de jute était un peu plus mince, de manière que le tout pût pénétrer dans le même tube de 3i mm.; dans les deux cas, le câble lui-même avait un diamètre total de 2.5 m. La figure ci-jointe présente une coupe du câble et du tube.
- Dans ces derniers temps, on a pu faire des essais d’isolement et de capacité sur les différents fils de
- (’) Voir la Lumière Electrique 1879, p. 223.
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- ce câble. Sur les 40 fils s’étendant de Queen’s Roadà Clapham, 10 ont été d’abord essayés ; tous ont présenté à peu près les mêmes résultats. La résistance d’isolement par mille, a été au minimum de 2,52 megohms, au maximum, de 3,06 megohms.
- Leur capacité électrostatique, au minimum, 0,453 microfarads, au maximum 0,487 microfarads.
- Les trente autres fils appartenant au câble de 40 ont été réunis à ceux du câble de 3o, compris entre Queen’s Road et Nine Elms. On a eu ainsi une longueur totale de 3 kilomètres, 890. Dans ce cas, la résistance d’isolement par mille a été, au minimum, i.5o megohm, au maximum 2,27 megohms. La capacité électro-statique a été, au minimum, 0,427 microfarad, au maximum 0,458 microfarad. En prenant les trente fils sur la longueur totale (6 kilomètres, 019), de Clapham à Waterloo, la résistance d’isolement a été, au minimum, 3.02 megohms, au maximum, 4,72 megohms et la capacité électro-statique, pour neuf fils essayés seulement a été comprise entre 0,299 et 0,317 microfarad.
- L’isolement, obtenu dans ces expériences, a été moins grand que celui que garantit M. Brooks, mais cela tient à ce que, pour cet essai, les tubes avaient été remplis avec du pétrole de très-basse qualité. The Télégraphie Journal fait remarquer, d’autre part qu’un isolement excessif n’est pas toujours l’indice d’une ligne fonctionnant bien et qu’il y a souvent avantage à se servir de lignes d’un isolement faible, quand cela est dû, non pas à des fautes, mais à la nature de l’isolant. La charge statique se dissipe alors plus rapidement, et, dans certaines limites bien entendu, une ligne avec un isolement faible, constituera une bonne ligne pourvu que l’isolant soit durable; c’est précisément le cas du système deM. Brooks.
- L’expérience montre que le système Brooks peut être employé avec avantage pour le téléphone. Uti seul fil du cable entre Waterloo et Nine Elms a été employé pendant quelque temps comme fil de téléphone, et bien que les 29 autres fussent en action, l’induction n’a pas été assez grande pour empêcher le fonctionnement du téléphone. Un autre téléphone placé sur deux fils n’a pas fonctionné ; il faut dire cependant que ces deux fils n’étaient pas tordus, ensemble, mais pris au hasard dans le cable.
- Bien que le cable n’ait pas été muni de paratonnerres, il n’a eu à subir aucune détérioration par les orages qui se sont produits depuis son établissement. Les expériences deM. Brooks semblent prouver que, lorsqu’une faute à la terre se manifeste dans un cable, on la fait disparaître en faisant circuler le pétrole. Cela tient à ce que la décharge électrique
- produit un amas de matière Carbonisée qui met un ou plusieurs fils en contact avec le tube de fer et constitue la faute. La circulation du pétrole enlève cette matière, et cette facilité de parer aux fautes est un des avantages du système.
- Le Télégraphie Journal rappelle les autres avantages du système Brooks que nous avons déjà développés dans l’article cité plus haut et qui sont la durée, l’économie, la diminution des chances d’interruption, l’iiniformité de l’isolement, la facilité avec laquelle on peut diminuer la capacité inductive en augmentant l’enveloppe de jute.
- L’installation entre Nine Elms et Clapham a été faite par l’India-Rubber, Gutta-Percha and Tele-graph Works Company, de Silvertown et cette compagnie a, paraît-il, passé un traité pour faire dans la suite les installations deM. Brooks.
- Éclairage de nuit de l’Exposition.
- L’éclairage de nuit de l’Exposition a été inauguré vendredi dernier en présence des divers membres de la presse et du Congrès. M. le Ministre des postes et des télégrapes en a fait les honneurs à M, le président de la Chambre des députés, et on a pu, cette fois, se faire une idée de l’importance de cette magnifique exhibition, émanée entièrement de la science. L’effet général était superbe, et, malgré certains dérangements qui se sont produits dans les des galeries Nord de la nef, on a pu juger de l’inff-portance considérable du nouveau mode d’éclairage. Les lampes à arc voltaïque de M. Brush, au nombre de 40, ont été d’une fixité parfaite, ainsi que celles de MM. Siemens, Berjot, Jaspar, Clerc (lampes Soleil). Les lampes à incandescence, avec combustion, des systèmes Werdermann et Joël , qui éclairaient le vestibule de la grande entrée, la salle du théâtre et la salle n° 18, donnaient une lumière légèrement colorée, extrêmement agréable et fixe, et l’on a pu juger, parle bel éclairage des salles de M. Edison, de celle du Congrès, de la salle n° C et de la salle du Buffet du premier étage, combien ces systèmes de lumière électrique à incandescence, sont aujourd’hui appropriés à l’éclairage domestique ; c’est surtout la fixité de ces lampes qui a émerveillé le public, et nous Croyons, maintenant, que le problème pourra être résolu. Il serait difficile de décider celui des quatre systèmes en présence qui donnait les plus beaux effets, car il est évident que l’intensité électrique n’était pas la même à travers ces différentes lampes, et c’est, sans doute, la raison pour laquelle la lumière était plus rouge pour les unes que pour les autres; nous croyons que ces systèmes ont à peu près la même valeur, et et nous aurons occasion, plus tard, de discuter cette question.
- En attendant, nous pouvons affirmer que l’effet général a été fort admiré. L’audition des chants de
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- l’Opéra, par l’intermédiaire du téléphone, a tellement transporté le public, qu’on faisait pendant longtemps queue à l’entrée des salles pour assister à ces représentations d’un genre si particulier. En somme, la soirée a été charmaute, et, maintenant que l’Exposition va être ouverte le soir, tout le monde pourra être témoin de ces merveilles.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- Je viens de voir seulement aujourd’hui dans le n° 35, 3o juillet 1881, de votre estimable journal une réponse à ma lettre que vous avez bien voulu publier dans le n° 3i.
- Bien que l’on me conseille de ne pas continuer avec M. Ca-banellas une polémique qui a pris un ton en dehors des limites d’une discussion courtoise, je crois devoir vous adresser ces quelques lignes pour clore définitivement le débat.
- En m’en tenant au côté purement scientifique de la discussion, je dirai à M. Cabanellas que des allégations théoriques ne sont pas des faits, et qu’il ne pourra jamais démontrer que mes observations ne soient pas exactes.
- J’offre, du reste, à M. Cabanellas de répéter, dans l’Exposition, les expériences que j’ai faites à Varsovie et que vous avez bien voulu insérer dans le n° 23, page 3gç, de La Lumière électrique.
- Agréez, etc.
- A. Gravier.
- i(>, rue de Grenelle-Saint-Germain.
- FAITS DIVERS
- La Convention suivante, entre l’Angleterre, l’Espagne et la France, ayant pour but de faciliter les communications télégraphiques entre Gibraltar et la France, a été soumise aux deux Chambres du Parlement anglais.
- Article premier. — Le prix pour les télégrammes expédiés entre Gibraltar et la France, par la voie d’Espagne, est fixé uniformément à 25 centimes par mot, sans surtaxe. La somme perçue d’un côté et de l’autre, sera divisée entre les trois administrations, dans les proportions suivantes : Il sera payé à la Grande-Bretagne (Gibraltar) 5 centimes; à l’Es'-pagne io centimes; et à la France io centimes par mot.
- Art. 2.— Les dispositions précédentes, sont applicables à la correspondance échangée entre Gibraltar et Alger (ou Tunisie) par la voie des câbles directs entre la France et Alger. Il sera prélevé, toutefois, pour cette correspondance, un prix additionnel de io centimes par mot, à payer exclusivement à la France pour le transit sous-marin entre la F'rance et Alger.
- Art. 3. — Les réglements de la Convention télégraphique internationale, actuellement en vigueur, sont applicables aux relations'entre la possession britannique de Gibraltar et la France dans tout ce qui n’est pas déterminé par les articles ci-dessus.
- ' Le présente Convention formera, avec la Convention télégraphique de Saint-Pétersbourg et ses réglements de service révisés à Londres, l’ensemble des arrangements qui devront être observés dans les relations télégraphiques entre Gibraltar et la France (Alger ou Tunis compris) par la voie de l’Espagne.
- Au Ministère des Postes et des Télégraphes, on étudie la question de la pose d’un cable direct, entre Tunis et la France, par Bizerte et la Corse.
- Entre Berlin et Moabit, situé sur la rive droite de la Sprée, vient d’étre achevée, la pose d’une ligne télégraphique reliant le commissariat central de Molkenmarkt au nouveau tribunal à Moabit.
- Une nouvelle ligne télégraphique va être posée dans le comté de Lancastre, en Angleterre. Cette ligne reliera Bol-ton à Manchester.
- Éclairage électrique.
- L’éclairage de la place du Carousel, dont la concession avait été accordée, depuis longtemps, à l’ancienne Société Lontin, va être enfin exécutée par la Société Lyonnaise d’É-clairage, acquéreur des Brevets Lontin. On vient de placer les supports de nouveaux candélabres, destinés à cet éclairage qui se fera par la lumière électrique, ainsi que nous l’avons déjà annoncée.
- L’éclairage du Carrousel embrassera la place, les cours des bâtiments de la Poste aux lettres et même une partie de la rue des Pjramides, l’électricité nécessaire sera produit par des machines magneto-électrique du système Lontin.
- Dans la fabrique de coton, de Slaithwaite près de Hud-dersfield (Angleterre), on vient de faire l’essai de la lampe à incandescence Swan, pour éclairer un nouveau bâtiment vant au tissage. On a installé cinq foyers, alimentés par une machine dynamo Siemens et une machine horizontale de la force de quatre chevaux.
- A Mexico, l’Ayuntamiento vient d’autoriser, des essais d’éclairage par l’électricité. Les appareils, expédiés de New-York, doivent être inaugurés dans la nuit du 16 septembre.
- UÈlectrician de Londres, apprend que les bureaux du journal le Ncxv Zealand Herad, qui se publie à Auckland, vont être éclairés à la lumière électrique, système Brush.
- MM. Siemens frères, viennent de passer un contrat avec avec l’Administration du port de Limcrick, ponr éclairer les docks par leur système.
- Téléphonie.
- Nous trouvons la note Suivante dans le Deutsche Vcrkehrs Zeitung :
- Le directeur de la Compagnie des Téléphones, Bell, à Francfort, M. l’ingénieur Brardt, à installé, dans le petit pavillon de concerts de l’Exposition des Brevets, un poste téléphonique. Les fils de ce téléphone, vont jusqu’à la salle, où se trouve son exposition spéciale, dans le Palais, de sorte qu’on peut, en ce dernier endroit, entendre parfaitement la musique du concert. Les résultats sont surprenants, spécialement dans les solos, dont pas une note n’est perdue. Les applaudissements sont entendus, si hauts, que l’on se croirait au milieu des spectateurs. Ce merveilleux Concert, entendu de loin, se recommande particulièrement, en ce sens, qu’il peut aider à faire cesser l’incrédulité, encore si grande du pnblic, à l’égard du téléphone. »
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. —(495)
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- La Lumière Électrique
- : n.- JournaL universel d’Electricité
- 51, Rue Vivieniie, Paris
- Directeur Scientifique: M. Tu. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3- ANNÉE SAMEDI 3 SEPTEMBRE 1881 N» 4."j
- SOMMAIRE
- Exposition Internationale d’Électricité. — Les avertisseurs d’incendie; F. Géraldy. — Les dynamomètres; A. Guerout. Application de l’électricité à l’étude des phénomènes très rapides (5e article) ; M. Deprez. — Exposition Internationale d’Electricité. — Lampe électrique de M. Berjot; Th. du Moncel. — La radiophonie indirecte; E. Mercadier. — Exposition Internationale d’Electricité. — Télégraphe imprimeur de M. Olsen.— Bibliographie. Manuel élémentaire d’électricité de M. Fleeming Jenkin ; W. Ayrton. — Correspondance. Lettres de MM. Holtz et G. Manin.— Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’iîLECTRICITÉ
- LES AVERTISSEURS D’INCENDIE
- A cause de la précision et de la rapidité de ses effets, l’électricité, aussitôt qu’on a su tant soit peu la faire obéir, est devenue l’enregistreur universel et l’avertisseur préféré pour les phénomènes de toute nature, nous aurons, dans le cours de ces études sur l’Exposition, plus d’une occasion de la rencontrer remplissant ces fonctions; elle y est du reste tellement propre que, sans aucun doute, nous la verrons étendre son action dans ce sens dans une proportion que nous ne pouvons mesurer d’avance, notamment en ce qui concerne les usages domestiques.
- Parmi les applications de cet ordre, les avertisseurs électriques d’incendie sont une des plus anciennes et des plus répandues; les appareils destinés à atteindre ce but sont, à l’exposition, presque aussi nombreux que les grains de sable de la nier ; par bonheur ils ne sont pas extrêmement différents, et peuvent être ramenés à un petit nombre de types, ce qui permettra d’éviter une nomenclature fastidieuse.
- Il faut d’abord diviser les systèmes en deux classes ; les premiers servent à avertir du fait même de l’incendie qui se dénonce par sa seule présence, ils sont automatiques; les autres, le commencement d'incendie étant connu de quelqu’un, permettent à cette personne d’appeler immédiatement du secours, ce sont les non automatiques.
- Le9 premiers reposent tous sur le même principe : placer dans le lieu où la surveillance parait utile, un corps tel que, touché par la flamme ou soumis à une température suffisamment élevée, il éprouve un changement de forme produisant un contact métallique, et, par conséquent, mettant en action un courant qui ira donner le signal ; celui-ci est, dans tous les systèmes, fourni par une sonnerie. Ce changement de forme peut être demandé à la dilatation, et c’est ce qui a lieu dans la grande majorité des systèmes exposés. Un thermomètre ordinaire pourrait convenir; un fil de métal serait placé dans le tube au point qui correspond au degré de température dangereux, d'un autre côté, le mercure serait en communication avec un autre fil ; lorsque la colonne mercurielle s’élèverait avec la température, elle viendrait toucher le fil, fermerait le circuit et la sonnerie entrerait en action. Les avertisseurs automatiques à dilatation ne sont que cela, sous d’autres formes; le thermomètre en verre ne pouvant être pratiquement employé à cause de sa fragilité, on lui a substitué le thermomètre métallique, c’est-à-dire une lame composée de deux métaux de dilatation inégale, généralement cuivre et zinc ; lorsque la température s’élève, cette lame se recourbe et dans ce mouvement, son extrémité vient toucher une vis placée auprès d’elle et donner le contact. Je ne sais combien de fabricants exposent ce type sous des formes à peine différentes ; on en pourrait citer en France un assez grand nombre; en Belgique, MM. Minier, Devos, Closset, Lippens, et bien d’autres dans les diverses sections, l’énumération n’en est pas utile, l’appareil n’a rien de remarquable, il est d’ailleurs connu depuis longtemps. M. Lippens, par exemple, expose un type qu’il a établi en 1868.
- D’autres, se sont adressés à la dilatation de l’air, par exemple, MM. Gérard et Germot : leur appareil est un véritable thermomètre à air. Une cavité fermée ne communique avec l’extérieur que par un tube plongeant presque jusqu’au fond ; en ce point est une petite quantité de mercure ; si la température s’élève, si une flamme vient toucher l’appareil, l’air confiné augmente de volume et repousse le mercure qui s’élève dans le tube; là, se trouve le
- contact que l’on peut placer à une hauteur corres-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- pondant à la température que l’on veut éviter de dépasser ; lorsque le mercure l’atteint, le courant passe, et la sonnerie d’alarme parle. MM. Gérard et Gerrnot ont prévu le cas où, d’un poste central, on voudrait surveiller plusieurs points éloignés. La sonnerie est alors installée au poste d’un gardien ; chacun des avertisseurs a son circuit spécial; si la sonnerie entre en action, il reste à trouver le point précis où le feu s’est déclaré, alin de pouvoir s’y porter sans perte de temps; à cet effet, les circuits sont amenés aux diverses cases d’u n cadran numéroté sur lequel tourne une manette ; cette pièce, dans sa position de repos, amène tous les circuits ensemble à la sonnerie ; supposons que celle-ci entre enjeu, le veilleur prend la manette et tourne; lorsqu’elle quitte sa première position, elle coupe tous les circuits et la sonnerie se tait, mais en passant sur les diverses cases, elle les reprend successivement et un par un, en sorte que lorsqu’elle passera sur le numéro qui correspond au circuit dont l’avertisseur est en action, la sonnerie recommencera à parler, indiquant ainsi où se trouve le danger.
- Nous retrouverons dans d’autres systèmes, un appareil analogue ; nous l’appellerons, pour abréger, « un cadran chercheur. »
- Il est utile de rappeler, à propos de ce système, un thermomètre très analogue, construit par M. Eon, qui a été décrit dans ce journal (ier janvier 1880). Il remplissait le même office que-celui de MM. Gérard et Gerrnot, seulement, il était moins solidement établi, n’ayant pas été destiné à la vente ; du reste, le principe de ces sortes d’appareils est déjà ancien.
- Quelques inventeurs, au lieu de se servir de la dilatation, font usage de la fusion; nous avons décrit l’avertisseur de M. Dupré qui interpose un morceau de stéarine entre deux lames formant électrodes, sa fusion les laisse se toucher et le courant passe; M. Brasseur, en Belgique, forme son avertisseur de deux tubes méplats, en zinc mince, accolés : l’un est vide, l’autre plein d’une matière facilement fusible, du suif par exemple ; si la température s’élève, ce suif fond; les deux tubes, également chauffés, se refroidissent alors inégalement, leurs températures sont différentes, leurs dilatations aussi, et l’ensemble se courbe comme un thermomètre métallique; on profite du mouvement pour obtenir le contact ; cet appareil est, paraît-il, plus précis et d’une action plus rapide que la lame bimétallique.
- Tous les appareils du genre que nous venons de décrire, me semblent avoir deux défauts : l’un, c'est que pour dénoncer l’incendie, il faut qu’ils se trouvent précisément au point où il éclate, ou du mpins, à peu de distance ; on conçoit très bien qu’un feu même violent peut consumer un côté d’un appartement sans que, dans certaines conditions de courant d’air, la température s’élève extrêmement sur la paroi d’en face; il faut donc multiplier beaucoup les appareils, afin de munir tous les points dange-
- reux, encore peut-on avoir négligé précisément celui où le feu éclatera un jour; de plus, pour que l’appareil soit utile, il ne faut pas trop élever la température à laquelle il entre en jeu, sans quoi, à moins d’être juste dans la flamme, il restera très longtemps inactif; mais alors, en adoptant une limite assez basse, il arrive que l’appareil ferme le courant et donne l’alarmé à la suite d’élévations de température qui ne proviennent pas d’un incendie et pour le moindre défaut de réglage.
- J’ai une certaine préférence pour une combinaison que présente M. Charpentier, dans laquelle le conducteur électrique, lui-même, constitue l’appareil avertisseur, A cet effet, le conducteur est double, c’est-à-dire composé de deux fils séparés l’un de l’autre par une légère couche d’isolant,.l’ensemble étant enveloppé lui-même d’un enduit de gutta-percha et d’un enroulement de fils de coton formant gaine protectrice; de plus, les deux fils sont enveloppés, dans toute leur longueur, d’une spirale d’un alliage fusible à basse température. L’un des deux fils communique avec la pile, l’autre avec la sonnerie, et celle-ci avec l’autre pôle de la pile. Si un point quelconque du fil est atteint par une flamme, touché par un charbon rouge ou même amené à une température suffisante, les enveloppes fondent, les deux fils donnent un contact d’autant plus parfait que la soudure vient l’assurer, et le signal est mis en jeu. Toute l’étendue du conducteur forme donc avertisseur, et on peut, avec une dépense assez faible, les faire courir à travers toutes les parois des endroits à protéger et lui faire traverser tous les points qui peuvent paraître dangereux. On le revêt de fils de couleur, de façon à pouvoir, soit le dissimuler entièrement, soit, au contraire, en faire un motif d’ornement, en former des figures et des symétries qui contribuent à la décoration, en même temps qu’à la sécurité. Je n’ai pas de renseignements directs sur les résultats de ofe système, mais il me semble, incontestablement, a priori, présenter des avantages très-sérieux.
- M. Barrai en expose du reste un analogue.
- Je parlerai, dans un prochain article, des avertisseurs non automatiques.
- FRANK OÉRALDY.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LES DYNAMOMÈTRES
- Depuis que l’emploi des machines à lumière a pris une grande extension, on a signalé, à plusieurs reprises futilité d’un dynamomètre d’un usage facile permettant de déterminer aisément et couramment le travail dépensé ou produit par tel ou tel appareil électrique. Aussi pouvait-on espérer
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- de trouver à l’Exposition un certain nombre de tentatives dans cette voie. Les dynamomètres exposés ne sont, cependant, qu’au nombre de huit ; deux dynamomètres de Farcot, le dynamomètre de Y. Hefner-Alteneck, celui de Smith, le frein funiculaire de M. Carpentier, une modification de ce dernier qui figure sous, le nom de balance dyna-mométriqûe Raffard, le dynamomètre Mégy, et enfin celui d’Ayrton, porté au catalogue, mais non encore exposé. Il faut y ajouter un dessin du dynamomètre de M. Latchinoff. Ce dernier appareil a été déjà décrit ici, ainsi que le dynamomètre Ayrton et le frein Carpentier. Nous n’aurons donc pas à revenir sur les deux premiers, et nous ne ferons que dire quelques mots du dernier, à propos de la balance Raffard ; quant aux autres énumérés plus haut, nous les décrirons séparément. Nous commencerons aujourd’hui par le dynamomètre Y. Hefner-Alteneck, et nous utiliserons pour cela des renseignements contenus dans YElektrotechnische Zeitschrift, où M. V. Hefner-Alteneck donne la description et l’histoire de son dynamomètre.
- La première forme sous laquelle cet appareil a été construit, en 1872, est représentée par la figure 1.
- (FIG. 1.)
- Il se compose de deux rouleaux Ri et R2, reliés invariablement l’un à l’autre, entre lesquels passent les deux portions de la courroie qui relie les poulies Nt et Ns, dont l’une est fixée sur la machine motrice, l’autre sur la machine mue. Les deux côtés de la courroie se trouvent rapproches l’un de l’autre par les rouleaux R, et Ra. Le.dynamomètre est fixé
- à un support, de telle façon que les deux rouleaux et les portions de courroie qu’ils pressent occupent une position parfaitement symétrique, relativement à la ligne ot o.l joignant le centre des poulies N( et Ns. Le cadre qui supporte les deux rouleaux peut être légèrement déplacé dans la direction perpendiculaire à cette ligne : sa course est limitée par des arrêts et sa position médiane exacte déterminée par une marque.
- A l’état de repos, les deux parties delà courroie étant également tendues, les deux rouleaux prennent leur position médiane ; mais, dès que la courroie sert à une transmission de force, la portion de courroie qui tire est plus tendue et déplace les rouleaux. La force Q, nécessaire pour ramener le système à sa position primitive indiquée par la marque, est alors proportionnelle à la différence de tension entre les deux côtés, c’est-à-dire à la force transmise en cet instant. Cette force est mesurée par un ressort g exactement taré et que l’on tend au moyen de la vis v jusqu’à ce que l’index m soit revenu à sa position primitive. L’allongement du ressort indiqué sur une échelle graduée S mesure la force cherchée. Ce même ressort sert, au commencement de l’expérience, à équilibrer le poids propre des rouleaux.
- La force Q, indiquée par le ressort, divisée par la sorinnedes sinus des deux angles que forment avec la ligne médiane ox o2 les deux portions de courroies situées de part et d’autre d’un même rouleau, donne la différence de tension des deux côtés de la courroie, c’est-à-dire la force transmise P ; ou bien, ce qui revient au même, on a :
- p =_______ELJQ_______ .
- d ((> - a) + c U — e)
- Dans cette formule, a, b, c, d, e, f représentent des longueurs indiquées sur la figure, parmi lesquelles a, b, c, f sont mesurées perpendiculairement à la ligne médiane et c et d sont choisies arbitrairement.
- Bien que ces longueurs soient faciles à mesurer, l’exactitude des déterminations dépend de l’exactitude de leur mesure ; on ne peut donc confier l’appareil à tout le monde. En outre, sa constante est à mesurer de nouveau pour chaque installation. C’est pourquoi M. Y. Hefner-Alteneck a cherché à le simplifier.
- Le nouvel appareil permet une lecture directe de la différence de tension et son mode de montage sur la courroie n’a aucune influence sur l’exactitude des mesures. Le principe en est représenté par la figure 2 ; les deux portions de courroie s’appuient, comme le montre cette figure, sur sept rouleaux. Six de ces derniers, de 1 à 6, sont fixés à demeure sur le bâti en fer de l’appareil ; le septième (7), celui du milieu, est porté sur un cadre rr mobile autour de l’axe du rouleau 5, de sorte qu’il peut dévier légèrement de chaque côté de sa position médiane,
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- On fixe l’appareil sur la courroie de transmission entre deux poulies, de telle sorte que le ressort g soit du côté le plus tendu de la courroie. Les deux petits rouleaux, 5 et 6, ont pour but de rendre toujours égaux les deux angles de la courroie. Quant aux angles extérieurs, ils peuvent être plus ou moins grands, car ils n’entrent pour rien dans le principe de la mesure.
- Le poids du rouleau 7 et du cadre mobile r r est équilibré par le contre-poids p fixé à l’extrémité d’un levier et relié par une tige rigide au cadre r r, et l’équilibre a lieu dans toutes les positions de l’appareil. Le levier sert en même temps d’index, et un trait m indique sa position quand le rouleau 7 est milieu de l’appareil.
- Le dynamomètre se comporte comme l’ancienne disposition, le ressort g sert de même à ramener le rouleau 7 à la position médiane, mais, comme les angles des courroies ne varient pas, la constante de l’appareil peut être déterminée une fois pour toutes et l’échelle du ressort graduée à l’avance. En
- général, dans les appareils qui ont été conitruits jusqu’ici, un millimètre de cette échelle correspond à un kilogramme de différence de tension.
- Ce dynamomètre se fixe d’une manière quelconque sur un support que chacun peut disposer à sa guise, mais qui doit être placé dans le même plan que les deux poulies afin de ne pas occasionner de glissements de courroies.
- Pour éviter des oscillations trop violentes de la partie mobile, le cadre est relié à la tige du piston d’une petite pompe remplie d’eau qui sert d’amortisseur.
- Enfin pour qu’on puisse introduire la courroie sans la découdre, un des côtés du bâti du dynamomètre peut s’enlever et se replacer facilement.
- Une fois que l’on a lu sur l’échelle, à un moment donné, la différence de tension entre les deux courroies, on détermine le travail transmis à ce moment en multipliant le nombre trouvé, par la vitesse de la circonférence de la poulie. Cette dernière est mesurée par une des méthodes ordinaires, soit sur la poulie de l’arbre transmetteur, soit sur la poulie récep-
- trice, selon que l’on veut ou non tenir compte de la perte causée par le frottement de la courroie.
- Pour vérifier l’instrument, on fait d’abord disparaître toutes les petites résistances de frottement en frappant les rouleaux avec un maillet de bois et on s’assure que dans toutes les inclinaisons, l’index du ressort étant au zéro, l’autre index coïncide avec la marque m. S’il n’en était pas ainsi, on corrigerait l’erreur en déplaçant l’index du ressort, et, au besoin, le contre-poids p.
- On place alors l’instrument dans une position à peu près verticale et l’on fait passer à travers les
- (fig. 3.)
- rouleaux, dans la position indiquée par la fig. 1, deux courroies minces fixées en haut à un support élevé et chargées de poids. On charge davantage la courroie placée du côté du ressort. On équilibre alors l’appareil à l’aide du ressort g et l’index de ce dernier doit indiquer une force correspondant exac-
- (l'IG. U.)
- lement à la différence des poids employés. On fait plusieurs vérifications consécutives en variant les poids employés.
- L’appareil tel qu’il figure à l’Exposition, dans la section Allemande, est représenté de face dans la. fig. 3, et de côté dans la fig. 4. Il est au 1/10 de sa grandeur naturelle. Il peut mesurer jusqu’à un travail de 12 chevaux avec une vitesse des courroies d’environ 8 mètres par seconde, mais rien ne s’oppose à ce que l’on construise de ces appareils de plus grande dimension ou avec un ressort plus fort.
- (ri suivre)
- A. GUEKOUT.
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- APPLICATION DE L'ÉLECTRICITÉ
- a l’étude des phénomènes tués rapides.
- 5" article (voir les n,,s du 5 février i3 juillet, 27 et 31 août).
- L’enregistreur dont il a été question dans notre dernier numéro donne d’excellents résultats lorsqu’on emploie comme source d’électricité un élément Bunsen. En mesurant le retard total de ses indications par le procédé déjà indiqué pour l’étincelle d’induction, on trouve qu’il est absolument constant aussi bien, à la fermeture qu’à la rupture (à la condition que la tension du ressort et la course de l’armature restent les mêmes, bien entendu). Si l’on donne au ressort une tension telle que les deux retards soient égaux, et si on limite la course de de l’extrémité de la plume à 2 millimètres, on arrive facilement à obtenir par seconde cinq cents signaux simples très nets et très lisibles, ce qui suffit dans la plupart des cas. En diminuant de plus en plus les dimensions de l’électro et de l’armature, je suis arrivé à abaisser le retard de rupture à 0.00016 de seconde et celui de fermeture à 0.00048, d’où il suit que le temps nécessaire à la production d’un signal
- double était de 0.00064 ou environ —I— de seconde.
- On pourrait donc avec les enregistreurs très petits
- atteindre le chiffre énorme de 3.200 signaux simples par seconde. Mais il faut pour cela limiter la course de la plume à 1/2 millimètre, et les petits appareils deviennent des œuvres d’horlogerie d’unma-niement délicat, tandis que le modèle qui vient d’être décrit présente des dimensions qui n’ont rien d’anormal et jouit en définitive de la propriété qui prime tou-0). tes les autres : un re-
- tard invariable.
- Je passe maintenant à la description d’un autre modèle qui contient un aimant permanent et qui se prête à la solution d’une foule de problèmes pour lesquels l’enregistreur précédent serait insuffisant.
- Il se compose d’un aimant en fer à cheval BDMM'B entre les branches duquel est enfermée une bobine unique plate E. A l’extrémité supérieure
- du noyau de cette bobine se*trouve une petite palette en fer doux A de section triangulaire, mobile autour d’une charnière C qui sert de pôle au noyau, et munie d’un ressort à lame d’acier, dont la tension et la raideur peuvent être réglées, comme dans l’enregistreur précédent, au moyen d’un levier F et d’un bouton de serrage G glissant dans la coulisse rectiligne H. Les deux pôles de l’aimant sont terminés par des armatures plates B D, B D, qu’on peut écarter ou rapprocher de la palette A, et qui se polarisent énergiquement sous l’influence de l’airïiant. La palette A porte, en outre, une plume d’acier I. On fixe l'instrument après un support quelconque au moyen des mâchoires K et L qui sont serrées par la vis J. Quand la bobine n’est traversée par aucun courant, la palette se tient naturellement à égale distance des armatures B, D ; mais si l’on fait passer un courant, le noyau s’aimante et aimante par influence la palette A qui sera alors attirée par une des armatures B, D et repoussée par l’autre. On voit donc que le sens du mouvement de la plume dépend de celui du courant etque, en vertu du théorème que j’ai fait connaître sur les armatures aimantées, cet appareil pourra être animé par des courants beaucoup plus faibles que l’enregistreur précédent. Il peut aussi fonctionner comme un aimant Hughes. Il suffit pour cela, alors que le courant ne passe pas, de forcer la palette A à venir se coller contre une des armatures BD, et de tendre ensuite le ressort au moyen du levier F jusqu’à ce qu’un effort très faible suffise pour la décoller. Si on lance alors dans la bobine E un courant de sens convenable d’une durée inappréciable, cela suffira pour décoller l’armature et tracer un signal, mais on ne pourra en obtenir un second, qu'en réarmant l’appareil à la main. Pour donner une idée de la durée du courant qui est nécessaire pour produire cet effet, Je citerai l’expérience suivante : on prend deux lames de plomb fixées à un cadre en bois et espacées de 5 millimètres, et on les place dans un circuit électrique formé par l’enregistreur et par une pile de un élément Bunsen ; les choses étant disposées de façon que le courant 11e puisse passer que lorsque les lames sont réunies par un corps métallique, on arme la palette A en la collant contre une des armatures B, D, et on tire à bout portant sur les deux lames jouant le rôle de cible, avec un revolver de gros calibre.
- Le courant est ainsi fermé pendant un temps qui dépend de la longueur et de la vitesse initiale du projectile, et qu'il est aisé de calculer quand on connaît les deux éléments. Or, en opérant ainsi, j’ai toujours trouvé qu’il suffisait de fermer le courant pendant .i^ru de seconde au plus pour déterminer l’arrachement de l’armature qui a lieu, cependant, avec un retard de 7^, de seconde.
- MARCEL DEPREZ.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ
- LAMPE ELECTRIQUE DE M. A. BERJOT
- Cet intéressant appareil dont on peut voir plusieurs spécimens à l’Exposition, et qui éclaire, comme nous l’avons vu, le pavillon de l’Administration des Postes et Télégraphes et la salle n° 9, est à proprement parler un régulateur à effets différentiels dans le genre de ceux de MM. Gramme et Lontin; mais il est combiné dans des conditions particulières qui le rendent d’une sensibilité extrême et d’une grande fixité. Nous en représentons l’aspect extérieur, lig. 1,’ et la coupe fig. 2.
- En principe, l’appareil consiste dans une cage A B, A' B' (fig. 2) renfermant un mécanisme d’horlogerie à trois mobiles, soutenue en haut et en bas par quatre lames de ressort R, R, R, R, convenablement réglées, et sur laquelle réagissent, dans des conditions différentes, deux électro-aimants particuliers E, E'. L’un de ces élec-tro - aimants tend à soulever cette cage, l’autre tend à laisser défiler le mécanisme. Le premier E est à gros fil et se trouve interposé dans le circuit des charbons, l’autre E' est à fil fin et est interposé dans une dérivation prise en dehors des charbons. Ils constituent, d’ailleurs, des électroaimants droits dont le noyau est coupé en deux vers le milieu, et dont l’une des moitiés N constitue l’armature. De cette manière, on réunit l’action réciproque des solénoïdes à l’action attractive des noyaux magnétiques, comme dans le système d’élec-tro-moteur de M. Bourbouze,
- La cage contenant le mouvement d’horlogerie supporte le poids du porte-charbon supérieur qui est adapté à une longue crémaillère CC, engrenant avec le premier mobile du mécanisme d’horlogerie, par l’intermédiaire d’un pignon P. Un second contrepoids M réagit même pour tendre à abaisser, con-
- jointement avec le porte-charbon supérieur, la cage dont nous venons de parler, et qui, de cette manière, tendrait toujours à être abaissée, si elle n’était retenue par l’électro-aimant à gros fil E qui l’en-clanche dans une position fixe. Le porte-charbon lui-
- (fig. 2.)
- même tendrait à s’abaisser continuellement, s’il n’était retenu par le mécanisme d’horlogerie dont le dernier mobile, constitué par un disque D, est maintenu arrêté par l’action d’un frein à ressort F, fixé sur la partie immobile de la lampe. Toutefois, comme ce frein peut être soulevé ou maintenu abaissé sur le disque, sous l’influence de l’électro-aimant à fil fin E', la crémaillère du porte charbon supérieur peut défiler avec le mécanisme d’horlogerie, lorsque ce dernier électro-aimant devient actif, et il en résulte un raprochement des deux charbons ; or ceci
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- arrive quand l’intensité du courant à travers l'arc voltaïque est assez affaiblie pour laisser à l’électro-aimant à fil fin une supériorité d’action. Le rapprochement, d’ailleurs, s’effectue conjointement avec celui qui résulte de l’abaissement de la cage du mouvement d’horlogerie ; mais, quand le rapprochement des charbons est assez grand pour que le courant reprenne toute son intensité à travers l’arc, l’électro-aimant à gros fil soulève de nouveau la cage, et l’électro-aimant à fil fin abandonnant le frein F du mécanisme d’horlogerie, empêche celui-ci de défiler jusqu’à un nouvel affaiblissement de l’intensité de l’arc.
- L’appareil est tellement sensible, que la cage semble être dansun état continuel de vibration, et, comme l’arrêt du mécanisme d’horlogerie ne s’effectue pas d’une manière saccadée puisque c'est un frein qui le produit, les plus petites différences d’intensité peuvent être corrigées sans qu’on puisse apercevoir le moindre changement dans l’intensité lumineuse.
- Quand la crémaillère est arrivée à l’extrémité de sa course, c’est-à-dire quand le charbon supérieur est usé, un taquet qu’elle porte vient s’appuyer sur un contact dépendant du circuit, et renvoie automatiquement le courant de la lampe dans le circuit des autres lampes.
- Dans le cas où l’on voudrait avoir des lampes éclairant longtemps de suite, M. Berjot a combiné un dispositif à plusieurs crémaillères qui réagissent l’une après l’autre, à mesure que les charbons s’usent, et l’effet produit est analogue à celui que l’on observe dans les lampes Brush.
- Comme disposition de détails, dans cette lampe, nous devrons faire remarquer la manière ingénieuse et simple dont les charbons sont adaptés aux porte-charbons ; ceux-ci sont des espèces de pinces à ressort maintenues par des brides, comme dans les porte-crayons dont on se servait autrefois, seulement les pièces sont ajustées et disposées de manière à fournir de très bons contacts avec les charbons.
- D’après ce que nous avons vu, ces lampes marchent très régulièrement et sont d’un aspect agréable ; elles éclairent le pavillon des télégraphes français, la salle n° 9 et plusieurs candélabres placés des deux côtés du pavillon télégraphique.
- T1I. DU M.
- LA
- RADIOPHONIE INDIRECTE
- D’après la classification précédemment indiquée, la radiophonie indirecte n’a pu être opérée, jusqu’ici, que par l’intermédiaire de l’électricité : c’est en agissant à l’aide de radiations intermittentes sur une substance sensible, telle que le sélénium, traversée
- par un courant électrique, dans le circuit duquel se trouvait un téléphone, que MM. G. Bell et Tainter ont découvert qu’il en pouvait résulter des vibrations sonores.
- On sait que la sensibilité du sélénium aux radiations, découverte en 1873 par MM. W. Smith et Day, a été attribuée par certains observateurs comme M. Sale aux rayons calorifiques; par d’autres, comme M. Adams et lord Rosse, aux rayons lumineux proprement dits; d’autres part, enfin, comme M. Werner Siemens, aux deux espèces de rayons, suivant les variétés du sélénium.
- Mais ces divers observateurs avaient employé pour l’étude de cette propriété la mesure galvano-métrique ordinaire de la résistance électrique du circuit, dans lequel se trouvaient interposés des morceaux de sélénium de formes différentes.
- MM. Bell et Tainter, en découvrant une méthode différente de celle de leurs devanciers pour mettre en évidence l’action des radiations sur le sélénium, ont affirmé que cette action était dûe aux rayons lumineux et non calorifiques, conformément aux conclusions de M. Adams et lord Rosse en particulier.
- Mais ils ne l’avaient démontré (au moins jusqu’en avril 1881) qu’en faisant voir qu’une cuve d’alun, placée sur le trajet des radiations, n’altérait pas sensiblement l’intensité des sons produits dans le téléphone récepteur, tandis qu’une cuve d’iode dissous dans le sulfure de carbone les éteignait, ou du moins les affaiblissait considérablement, bien que la dissolution laissât passer les rayons calorifiques.
- Ces preuves n’étaient pas complètement satisfaisantes; elles ne paraissaient pas suffisantes pour entraîner une entière conviction sur la cause du phénomène; et, en effet, la question était restée controversée.
- C’est pourquoi j’avais cru devoir en reprendre l’étude, en vue d’applications possibles, en suivant une marche analogue à celle que j’avais suivie dans mes recherches sur le phénomène radiophonique direct.
- Ces études ont porté jusqu’à ce jour sur deux substances : le sélénium et le noir de fumée.
- Radiophonie électrique.—Photophone au sélénium .
- Les premiers résultats des recherches entreprises sur ce sujet ont été résumés dans trois notes insérés aux comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XCII, p. 705 (21 mars 1881), p. 789 (28 mars 1881), avant la publication du mémoire de MM. G. Bell et Tainter (analysé dans ce journal, t. III, p. 353 et 369), et p. 1407 (i3juin 1881) (*).
- I. Le Récepteur. — Je pris d’abord comme Récepteur des radiations l’un de ceux que construisait M. Bréguet, conformément aux indications de
- Comptes rendus de l'Académie des sciences, mars 1881.
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- LA LU MI È RL ÉLECTRIQUE
- M. G. Bell. Il était plat, d’environ 26 centimètres carrés de surface visible, et formait en somme une sorte de condensateur à lames rectangulaires de laiton et mica, sélénié sur la tranche. Il fut d'abord placé dans le circuit d’une pile de 5 ou 6 éléments Leclanché et d’un téléphone ; après divers essais j’adoptai un téléphone ordinaire de Gower d’environ 2.35 ohms de résistance.
- Pour produire les intermittences des radiations, j’employai la roue en verre recouverte de papier noir à 4 séries d’ouvertures susceptibles de donner l’accord parfait majeur, que j’ai décrites notamment dans le journal de Physique, t. X, p. 56 et les Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XCl, p. 92g (1880) et la lumière électrique t. II, p. 9. Elle est représentée en R dans la figure 1 ci-contre, ainsi que le faisceau radiant S concentré à l’aide
- d’une lentille sphérique ou cylindrique suivant qu’on veut obtenir un seul son ou un accord, la pile P, le récepteur C, et le téléphone T. Celui-ci résonne dès que la roue tourne suffisamment vite.
- J’ai eu deux de ces récepteurs qui fonctionnaient bien: l’un a été soumis à des essais qui ont nécessité sa destruction ; le second donne toujours des sons, bien qu’il fasse entendre dans le téléphone cette sorte de bruissement particulier qui se produit dans un instrument de ce genre placé à l’extrémité d’un fil qui reçoit les courants d’induction de fils voisins.
- Mais la construction de ces récepteurs est très compliquée et difficile et il n’était pas possible de les faire servir à des expériences, susceptibles de les détériorer. De plus ils offrent une grande surface et sont par conséquent assez encombrants.
- J’ai donc cherché à construire des instruments qui fussent d’une construction beaucoup plus sini-' pie tout en jouissant des mêmes propriétés, qui pussent être exposés à toutes sortes d’expériences, de façon à pouvoir être rapidement remis en bon état s’ils venaient à se détériorer, et enfin dont la surface fût aussi petite que possible.
- J’y suis parvenu avec le concours d’un de mes
- aides, M. Humblot, en imitant une forme que M. Werner Siemens avait déjà employée, en 1876, dans ses recherches sur la variation de Conductibilité du sélénium avec la température. M. Siemens faisait sur une lame de mica une sorte de rainure en spirale à l’aide de deux fils métalliques parallèles et y coulait du sélénium. Nous prenons deux rubans de laiton très mince (1/10 de millimètre environ) aa’ bb' (fig. 2) dont l’un est représenté sur la figure par un trait plein, l’autre par un trait pointillé : nous les séparons par deux rubans de même largeur et d’environ omm,i5 d’épaisseur en papier parchemin qui sert d’isolant et qui peut être considéré comme représenté sur la figure par l’intervalle blanc qui * existe entre les deux traits. L’ensemble des quatre rubans est enroulé en spirale aussi serrée que pos-
- (fig. 2.)
- sible : le bloc ainsi formé est pris entre deux lames de laiton épaisses de i,nm, c et d, qui communiquent avec les deux extrémités b' et a' des rubans métalliques, et le tout est serré aussi fortement que possible entre deux morceaux de bois dur ou de laiton reliés l’un à l’autre par deux longues vis ou deux tiges à écrous M et N isolées. Deux boutons A et B communiquent avec les lames c et d, et par suite, avec les bouts des rubans ' métalliques qui forment, l’un les spires d’ordre pair et l’autre les spires d’ordre impair. L’appareil est représenté en perspective dans la figure 3, où Y et V' désignent les tiges à écrous et B et B' les bornes.
- Le bloc ainsi serré peut être, sans aucune difficulté, limé sur ses deux faces d’abord grossièrement, puis de plus en plus finement, et enfin poli au papier émeri sans crainte qu’il reste des limailles de cuivre établissant la communication métallique entre les spires. En fait, il y a toujours une communication très faible entre les spires par le papier parchemin qui n’est pas un isolant parfait, mais elle est si faible, qu’elle est sans inconvénient et 'évite l’opération du paraffinage du papier qui compliquerait un peu la construction de ces appareils et qui aurait d’ailleurs, pour l’opération subséquente des inconvénients particuliers.
- Après avoir ainsi poli le bloc et constaté avec un
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- galvanomètre sensible l’absence de communications | métalliques, on recouvre l'une des surfaces ou toutes les deux de sélénium de la manière suivante : on chauffe l’appareil dans un bain de sable ou en le posant à plat sur une plaque épaisse de cuivre chauffée par la flamme d'un bec Bunsen jusqu’au moment précis où un crayon de sélénium, appuyé dessus, commence à fondre; on promène alors le crayon le long de la surface, de façon à la recouvrir d’une couche aussi mince que possible. En ne laissant pas la température s’élever au-dessus de ce point, le sélénium prend la teinte ardoisée qui caractérise l’état où il est le plus sensible à la lumière, et
- (fig. 3.)
- en laissant refroidir lentement l’appareil, il est inutile de le recuire et il est prêt à fonctionner.
- Pour préserver les surfaces séléniées, on peut ensuite, sans inconvénients, les recouvrir soit d’une lame mince de mica, soit même d’une couche de vernis à la gomme laque déposée à chaud.
- On peut faire ainsi des récepteurs excellents ayant leur plus petite largeur variant de 5 à 6 millimètres à 20 millimètres au plus, et on peut leur donner des résistances très variables, par exemple, en ne séléniant qu’une portion de la surface, ou en la recouvrant d’abord tout entière, et enlevant ensuite le sélénium par fragments. On peut avoir, de cette
- manière, des appareils dont la résistance varie de 1,200 à 200,000 ohms qui fonctionnent, plus ou moins bien, suivant les conditions du circuit où ils se trouvent, mais qui produisent tous des sons très nets.
- Il en résulte les conséquences suivantes. D’abord on peut, avec des appareils qui peuvent être aussi résistants, sans diminuer sensiblement l’intensité du courant de la pile et les effets produits, placer dans le même circuit plusieurs téléphones en série ou en quantité et faire entendre les sons produits à un certain nombre de personnes à la fois. Ensuite on peut réunir dans un même appareil, entre deux morceaux de bois, plusieurs récepteurs étroits de façon à pouvoir constituer des sortes de batteries radiophoniques dont l’élément est un récepteur à sélénium et disposer ces éléments en série ou en quantité, ce qui permet de faire varier la résistance de la batterie-récepteur, et de l’adapter le mieux possible à des conditions données de circuit extérieur, de téléphone et de pile. Je me contente de signaler aujourd’hui cette disposition, j’en indiquerai plus tard des applications de diverses espèces. Je ferai seulement remarquer que si un appareil de ce genre vient à être détérioré, il suffit de limer de nouveau la surface et de la sélénier de nouveau.
- On peut d’ailleurs construire des récepteurs avec d’autres métaux que le laiton, pour supporter la couche de sélénium. J’ai essayé à cet égard le cuivre rouge, le platine, le fer, l’argent et l’aluminium.
- Le cuivre rouge donne de bons résultats, le platine est excellent et il permet l’étude des récepteurs portés pendant longtemps à des températures élevées,.à cause de son inoxydabilité. Le fer va également bien, mais il se rouille trop facilement. Sur l’argent, l’action du sélénium paraît relativement trop énergique pour qu’on puisse s’en servir. Quant à l’aluminium, c’est une raison inverse qui semble s’opposer à son emploi; le sélénium (au moins celui dont je me sers, et qui n’est autre que la substance qu’on trouve habituellement dans le commerce) n’adhère pas au métal, de sorte que je n’ai pu, jusqu’à présent, construire de récepteur avec ce métal.
- Je me suis servi presque toujours dans mes études, et je me sers actuellement pour les expériences, de récepteurs en laiton et en platine séléniés.
- IL La source radiante et les radiations agissantes. En étudiant d’abord l’influence de la source sur les sons produits, j’ai constaté, sans aucune difficulté, qu’on obtenait des sons et des accords sonores identiques à ceux qu’on obtient avec les récepteurs à air et à gaz, que j’ai étudiés précédemment, mais d’intensité plus faible toutes choses égales d’ailleurs.
- On obtient ainsi des sons avec les radiations du soleil, de lampes électrique et oxhydrique, d’un bec de gaz, d’une bougie, et même avec la lumière diffuse. Toutefois avec des sources faibles, il faut
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- rapprocher la source autant que possible de la roue interruptrice en limitant le faisceau lumineux à l’aide d’une fente étroite pour éviter les effets d’interférences sur le récepteur. L’emploi de ce dispositif simple augmente notablement l’intensité des sons produits. Même avec une source faible, comme un bec de gaz par exemple, un faisceau de 3 ou 4 millimètres de largeur reçu sur une bande du récepteur d’égale largeur suffit pour qu’on puisse entendre et étudier le phénomène.
- Ceci démontre bien que ces effets sont beaucoup plus intenses qu’on pourrait le croire au premier abord, et cette remarque m’a conduit précisément à une méthode simple et très nette pour rechercher l’origine des sons produits.
- Puisqu’un faisceau d’une source faible, limité encore dans sa largeur, ainsi que le récepteur, comme on vient de l’indiquer, suffisait, pour produire des sons, j’ai pensé qu’on pourrait préciser la cause du phénomène, comme je l’avais déjà fait pour les
- récepteurs à air étudiés précédemment, en produisant le spectre de la source radiante et faisant tomber sur le récepteur en % sélénium successivement les groupes de rayons dispersés.
- J’ai employé la disposition décrite dans les Comptes rendus (t. XCI, p. 982) et dans la Lumière Electrique (t. III, p. 53).
- S est une source de radiations intenses (fîg. 4) telle qu’une lampe électrique à régulateur de M. Duboscq, animée par 40 ou 5o éléments Bunsen. Le système de lentilles L, rend le faisceau radiant parallèle. Ce faisceau est reçu sur une fente F de 3 à 4 millimètres de largeur. Une lentille L'reçoit les radiations de manière à donner une image nette de la fente sur un écran placé à la distance où se trouvera la roue interruptrice.
- En sortant de la lentille, les rayons sont dispersés par un prisme P, disposé de manière à avoir le mini-num de déviation, et l’on obtient un spectre de 35 à 40 millimètres de largeur dans la partie visible sur
- un diaphragme DD percé à son centre d’une ouverture portant un cylindre dans lequel on peut faire glisser une lentille cylindrique C. Le diaphragme est fixé au support de la roue interruptrice R, placée derrière, et ce support est mobile sur deux rouleaux 11, n. Un second diaphragme d percé d’une fente de 2 millimètres de largeur est placé en avant de la lentille cylindrique et limite ainsi la portion du spectre qui peut traverser cette lentille et les ouvertures de la roue.
- En faisant mouvoir le support de cette roue perpendiculairement à la direction des rayons dispersés et dans la direction indiqtiée par la flèche, on voit que la lentille cylindrique C recevra successivement les rayons diversement colorés du spectre sur une largeur de 2 millimètres, et produira dans chaque position, sur le bord de la roue, une bande étroite résultant de la concentration des rayons qu’elle recueille .
- On peut ainsi étudier l’effet des diverses portions du spectre, de 2 en 2 millimètres, sur le récepteur à sélénium l fixé derrière la roue sur le support.
- Il faut se placer dans l’obscurité pour éviter les effets de la lumière diffuse bien qu’ils soient très-faibles.
- J’ai fait plusieurs fois cette étude en employant les lumières oxhydrique, électrique et solaire, et les résultats ont toujours été les mêmes, savoir :
- Dans la partie ultra-violette, violette et indigo du spectre, le récepteur ne manifeste aucun effet sen -sible dans les conditions où fai opéré.
- On commence à entendre vers la limite de Vindigo-bleu des sons dont l'intensité augmente dans le bleu, le vert et le jaune, puis décroît dans l’orangé et le rouge.
- Les sons cessent généralement à la limile du rouge visible.
- I Au delà, dans Vinfra-rouge, le récepteur reste insensible.
- Le maximum d’effet- se produit, en tous cas, dans la partie jaune du spectre.
- Il en résulte nettement que l’effet radiophonique du sélénium est dû à des radiations qui produisent sur l’œil des effets lumineux, et qu’il est maxi-
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- muni dans la partie la plus lumineuse du spectre.
- Cette conclusion se trouve confirmée par ce fait que je n’ai encore pu parvenir à obtenir des sons, en exposant un récepteur à sélénium à des radiations obscures produites par exemple par une plaque de cuivre chauffée au-dessous du rouge sombre.
- J’ai refait en même temps et dans les mêmes circonstances., les mêmes essais avec les récepteurs à tube de verre contenant de l’air au contact d’une paroi enfumée, dont j’ai parlé dans mes études thermophoniques. (Voir Lumière Électrique, t. ni, p. 276),. et j’ai constaté de nouveau, de la façon la plus nette, un résultat très différent. Avec ces récepteurs les rayons agissants s’étendent de l’orangé au delà du rouge, jusqu’à une limite qui peut arriver jusqu’au tiers ou au moins au quart de la longueur du spectre visible : l’effet maximum s’obtient dans Tinfra-rouge. Les autres radiations du spectre depuis le jaune jusqu’à l’ultra-violet ne produisent pas d’effet perceptible. Mes précédentes conclusions subsistent donc toujours ; il y a là principalement un effet thermique.
- Mais relativement aux récepteurs à sélénium au sujet desquels les résultats obtenus (à l’aide du galvanomètre, il est vrai) étaient assez contradictoires, mes expériences tendent à montrer que les effets sonores obtenus par MM. Bell et Tainter seraient dus à une transformation de l’énergie des radiations dites lumineuses en énergie sonore par l’intermédiaire d’un courant électrique, ainsi qu’ils le pensent eux-mêmes. Cette conclusion est aussi conforme à celle à laquelle M. Adams est arrivé, en 1877, par une méthode toute différente.
- Ces récepteurs sont donc bien des photophones bien caractérisés.
- Depuis la publication de ce résultat dans les Comptes-Rendus de l’Académie des sciences (21 Mars 1881), MM. G. Bell et Tainter ont répété cette expérience, et, dans leur mémoire présenté à l’Académie de Washington le 21 Avril 1881, ils ont constaté une très légère différence entre leurs résultats et les miens. D’après eux,'en agissant avec les radiations si intenses du soleil de Washington, le maximum d’effet se produirait dans les radiations rouges et les limites d’action s’étendraient « jusqu’à une faible « distance dans l’ultra-rouge d’une part, et d’autre « part jusqu’au milieu du violet. »
- Il est assez naturel, en effet, que l’action du spectre d’une lumière aussi intense soit un peu plus étendue des deux côtés que celle du spectre de la lumière solaire qu’on peut employer à Paris, et, de plus, MM. Bell et Tainter ont employé un prisme en sulfure de carbone, tandis que je me suis servi simplement d’un prisme en verre, ce qui peut bien changer légèrement les résultats obtenus ; mais on voit néanmoins qu’il n’y a nullement désaccord entre nous ; au contraire, et que la conclusion générale énoncée ci-dessus est incontestable. e. mercadier.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- TÉLÉGRAPHE IMPRIMEUR
- DE M. OLSEN
- Ona cherché, à différentes reprises, à modifier le télégraphe imprimeur de Hughes, pour obtenir des transmissions plus promptes. De ce nombre, sont les systèmes de MM. Rouvier, Phelps, Olsen, Renoir et d’un inventeur Italien qui, en 1870, avait exposé un appareil vraiment important; mais les résultats n’ont pas été, sans doute, assez satisfaisants pour donner lieu à l’abandon du Hughes, car nous ne voyons pas qu’aucun d’eux ait été mis en pratique. Pourtant, celui de M. Olsen était particulièrement intéressant, et, comme il ligure cette année à deux expositions, l’exposition Française et l’exposition Norvégienne, nous croyons devoir entrer dans quelques détails à ce sujet. Il a été d’ailleurs décrit complètement dans les annales télégraphiques de 1879.
- Dans le système de M. Olsen, non seulement l’appareil peut transmettre automatiquement, mais il permet, par le fait même de sa disposition, une expédition plus prompte des dépêches. Les dispositifs mécaniques et électriques en sont d’ailleurs tout-autres que dans le Hughes, de sorte qu’on peut le considérer comme une invention tout à fait originale. Cet appareil a été mis en essai pendant plusieurs mois à l’administration des lignes télégraphiquesfrançaises et on en a été satisfait; son rendement, avec la manipulation ordinaire, pourrait, d’après ce qui m’a été dit, être considéré comme de 25 pour 100 supérieur à celui du Hughes, et de 33 pour ioo avec le système automatique, ce qui tient à ce que, par suite de la disposition du transmetteur et de l’appareil imprimeur, on peut imprimer toutes les lettres avec un intervalle de temps correspondant à trois -espacements de lettres, et d’un autre côté à ce que l’on peut effectuer utilement l’abaissement simultané de doubles lettres pour neuf combinaisons différentes, sans parler des combinaisons de lettres qui peuvent se suivre en nombre plus ou moins grand.
- Pour obtenir ce résultat, M. Olsen fait agir le mécanisme imprimeur indépendamment du mécanisme appelé à faire tourner la roue des types et la roue correctrice, et ces deux mécanismes sont, en conséquence, mis en action par deux mouvements d’horlogerie. Celui qui agit sur la roue des types est à peu près disposé comme celui du Hughes, mais la régularisation des mouvements est obtenue d’une manière différente, et c’est au moyen d’un petit régulateur à force centrifuge et à frotteur tournant, dont on règle la tension, au moyen d’un barillet que l’on serre plus ou moins, que l’uniformité et le synchronisme des mouvements sont effectués. L’autre
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- mécanisme n’a pas de régulateur, mais quand il fonctionne, il se trouve relié au mécanisme précédent qui lui donne la régularité - d’action nécessaire. Il a pour mission, à chaque émission de courant, de faire accomplir un tour sur lui-même à l’axe qui porte les cames d’impression et de correction. Son jeu est déterminé par une détente électro-magnétique qui a dû être combinée d’une façon particulière en raison 'd’une double action qui est exercée sur elle par l’organe électro-magnétique, et dont nous allons maintenant nous occuper.
- Dans ce système, en effet, on a été obligé, pour obtenir les effets que nous avons signalés,de mettre à contribution des courants de direction opposée, et l’organe électro-magnétique appelé à faire fonctionner cette détente a dû être disposé de manière que, tout en réagissant sur deux armatures différentes, il pût opérer, dans tous les cas, et à chacune de ces actions, un déclanchement du mécanisme imprimeur.
- Ce problème a été résolu au moyen de deux armatures indépendantes, polarisées par l’action d’un aimant permanent, et articulées de manière à venir se coller en temps normal sur le pôle épanoui d’un électro-aimant droit. Tant qu’un courant ne passe pas dans cet électro-aimant, les armatures en question restent abaissées, mais quand un courant vient à être transmis, l’une ou l’autre de ces armatures se soulève, suivant le sens de ce courant, et, comme au-dessus de ces armatures se trouvent deux bras à galets adaptés comme une ancre d’échappement à une tige articulée qui réagit sur la détente, celle-ci dégage le mécanisme imprimeur à chacun des mouvements effectués par les armatures.
- Nous allons voir comment ces armatures, ainsi soulevées, réagissent sur la came d’impression pour permettre de rapprocher les impressions.
- On sait, que dans le système Hughes ordinaire, la roue correctrice possède autant de dents que la roue des types présente de lettres sur sa circonférence; de sorte que, pour obtenir deux impressions successives de lettres, il faut attendre que l’axe imprimeur ait accompli au moins une révolution entière. Or, pour effectuer cette révolution, il faut un temps égal à celui que met le frotteur du transmetteur à parcourir quatre contacts. M. Olsen pensant que ce temps était beaucoup trop long, a voulu le réduire de moitié en faisant en sorte que deux impressions pussent être effectuées par l’axe imprimeur au lieu d’une, et, pour cela, il a adapté à cet axe deux cames imprimantes; mais pour que ces cames pussent agir isolément quand la position respective des lettres successivement transmises l’exigeait, il dut disposer le levier d’impression sur lequel elles devaient agir, de manière à pouvoir être déplacé latéralement; il dut encore les écarter l’une de l’autre d’une distance correspondante à un quinzième de tour de la roue des types. D’un autre
- côté, comme dans un intervalle aussi petit la camé correctrice ne pouvait effectuer son action sur une roue correctrice disposée dans le système ordinaire, M. Olsen a réduit de moitié le nombre des dents de celle-ci; de sorte qu’un intervalle de dents, au lieu de correspondre à une lettre, comme dans le système Hughes, correspond à deux lettres, et l’intervalle entre les deux cames, sur l’axe imprimeur, doit répondre précisément à cet intervalle de dents. Pour obtenir la mise en action de l’une ou de l’autre de ces cames, suivant la lettre à imprimer, M. Olsen relie par une petite bielle adaptée à l’axe de la détente du mécanisme imprimeur, la fourchette du leviër imprimeur, qui est alors articulée, et, suivant que cet ’ axe de détente pivote à droite ou à gauche, c’est-à-dire suivant le sens du courant transmis, il présente le bec de cette fourchette à l’une ou à l’autre de ces deux cames qui réagit alors comme dans les Hughes ordinaires. En même temps que s’accomplit cette action, un engrenage à roues d’angle fait tourner un axe vertical qui porte la came correctrice (laquelle a alors une forme en hélice), et qui effectue la correction; c’est cet axe, muni à sa partie supérieure d’un secteur denté très finement, engrenant avec une roue du premier mécanisme d’horlogerie, qui relie les deux mécanismes moteurs pendant le temps de l’impression et de la correction. Afin que la ligne présente des charges positives et négatives égales, un petit commutateur à frottement dur est mis en action par les deux armatures électro-magnétiques, et envoie à travers la ligne, après que l’appareil est mis en .action, des courants de sens contraire à ceux envoyés, et qui ont plus ou moins de durée, suivant que les impressions se succèdent dans le même sens ou en sens contraire. Le transmetteur, au lieu d’être circulaire comme dans le système Hughes, est longitudinal et disposé au-dessous du système, précisément en arrière des touches du clavier. C’est un arbre horizontal muni de cames disposées de manière à former une hélice, et dont les écarts correspondent précisément aux intervalles de lettres de la roue des types ; il est d’ailleurs animé par le mécanisme d’horlogerie qui fait fonctionner cette roue, et le passage de ces cames contre des interrupteurs mis en action sous l’influence de l’abaissement des touches du clavier, fournit, en temps voulu, les fermetures de courant nécessaires aux impressions. Comme les émissions de courant doivent être effectuées dans un sens différent pour chaque lettre qui se suit, les liaisons électriques des interrupteurs avec la ligne sont effectuées d’une manière inverse pour chaque touche du clavier, et afin que ces combinaisons puissent se prêter à la transmission et à la réception, elles ont pour point de départ un commutateur inverseur fixé sur la platine antérieure de l’appareil et qui fonctionne automatiquement.
- Cette disposition du commutateur est réellement
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- très-ingénieuse, car la manœuvre en est faite sans que l’employé y prenne garde, et par l’effet même des manœuvres qu’il est obligé de faire pour mettre son appareil en transmission et en réception. En effet, quand l’appareil doit être en réception, il est obligé d’appuyer sur la pédale de remise au blanc, et de l’abaissement de cette pédale résulte une manoeuvre du commutateur qui le place dans la position convenable pour la réception. Au contraire, quand il transmet, il est obligé d’abaisser la touche du blanc des lettres, et alors le commutateur change, par ce fait seul, de position.
- Toutes les autres fonctions de l’appareil s’effec-tuent d’ailleurs comme dans le Hughes. Ainsi, la permutation des lettres aux chiffres se produit au moyen d’une touche spéciale placée sur le clavier comme dans cet appareil; la pédale de remise au blanc des lettres réagit de la même manière, et le déclanchement de l’appareil moteur s’effectue au moyen d’un frein placé sur le haut de l’appareil. Les poids sont également mouflés comme dans le Hughes et remontés au moyen d’une pédale à roue à rochet, mais ils sont moins lourds. L’appareil comporte encore des contacts particuliers pour être disposé en duplex.
- Quant au mécanisme de la transmission automatique, il est d’une très grande simplicité, et ressemble assez à celui du premier système Morse automatique de Wheatstone. La bande est perforée au moyen d’un appareil perforateur à clavier, analogue à la partie transmettrice du télégraphe, et les perforations consistent dans des trous pratiqués sur deux lignes et dont l’espacement répond à la position réciproque des lettres transmises sur la roue des types. Cette bande est entraînée par un fort laminoir mis en mouvement par le mécanisme même qui fait tourner la roue des types, et la longueur de cette bande qui défile est calculée de manière que la longueur occupée par les différentes lettres de l’alphabet se déroule pendant le temps que met la roue des types à accomplir un tour sur elle-même. Deux petites pointes recourbées appuient sur cette bande, et se trouvant soutenues par un double système de compas à deux articulations, elles peuvent être animées de deux mouvements : i° d’un mouvement qui leur permet de s’enfoncer dans les trous perforés quand elles les rencontrent ; 20 d’un mouvement très petit d’entraînement dans le sens de celui de la bande de papier, et qui peut faire fonctionner un interrupteur de courant. L’une de ces pointes réagit sur les courants positifs, l’autre, sur les courants négatifs ; de sorte que, si le perforateur a pratiqué ces trous de manière que ceux qui sont à gauche de la bande de papier correspondent aux lettres exigeant des courants négatifs, et que ceux qui sont à droite correspondent aux autres lettres, la transmission pourra se faire d’une manière extrêmement simple. La combinaison compli-
- quée sera tout entière dans îe perforateur qui, étant un appareil purement mécanique, pourra la comporter aisément, et sans que l’employé ait à se préoccuper d’autre chose que d’abaisser les touches du clavier. Avec l’appareil de M. Olsen, cette manœuvre s’effectue aussi aisément que la transmission d’une dépêche avec l’appareil Hughes.
- Comme je le disais, on peut, en outre des transmissions de lettres isolées qui peuvent toutes se faire avec un espacement de trois intervalles de lettres au plus, effectuer neuf transmissions simultanées de doubles lettres. Ce sont le blanc des lettres et le C; B et E; F et I; D etG; H et K; L etO; P et S; blanc des chiffres et T; blanc des chiffres ctV-Z et A.
- Malgré ses organes délicats et compliqués, cet appareil a très bien fonctionné et a fait l’admiration de tous ceux qui 1 ont vu travailler automatiquement à l’Exposition.
- UE MAGNEVILLE.
- BIBLIOGRAPHIE
- MANUEL ÉLÉMENTAIRE D’ÉLECTRICITÉ
- Par Je professeur Flecming Jenkin F. R. S. publié par la " Society for the Promoting of Christian Knowledge » London.
- PREMIÈRE PARTIE.
- ÉLECTRICITÉ STATIQUE.
- La comparaison entre les traités élémentaires publiés il y a vingt ans, dans toutes les branches de la Philosophie naturelle et ceux d’aujourd’hui montrent tout d’abord les changements survenus dans la manière de traiter le sujet. Un ouvrage de mécanique expérimentale est maintenant autre chose qu’un album de gravures représentant les engins mécaniques ; on y trouve au moins l’intention de donner des Notions exactes dérivées de l’idée du travail mécanique. De même un traité élémentaire de mathématiques appliquées à la mécanique n’est plus simplement une,reproduction de théorèmes suides matières dont les élèves ne connaissent que les mots, mais il soumet constamment les résultats de la logique au contrôle de l’expérience; il en est de même dans les sciences physiques et tout particulièrement en électricité.
- Avant 1873, les traités d’électricité étaient de deux sortes ; les uns élémentaires contenant des descriptions d’expériences, illustrés de gravures plus ou moins bien exécutées représentant des appareils historiques, défectueux la plupart du temps et contre lesquels l’élève doit être prévenu plutôt qu’encou-
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- ragé à les reproduire d’après les données que l’on rencontre dans les ouvrages de cette classe.
- Il y avait tout un fonds de dessins d’appareils électriques, l’enfant aux cheveux hérissés debout sur un tabouret isolant, les pistolets électriques et les belles apparences de la décharge électrique, et ce que l’on enseignait au lecteur était l’effet du choc électrique sur les animaux et sur l’homme, tandis que l’on omettait complètement d’indiquer que l’électricité est une science exacte et quantitative. L’autre classe de littérature électrique était d’un genre totalement différent, elle consistait en mémoires mathématiques arides, disséminés dans les comptes-rendus de de diverses Sociétés scientifiques, la plupart du temps inaccessibles à la majorité des étudiants et tout-à-fait inabordables aux plus jeunes. Mais à côté de cette littérature, il y avait une science exacte des essais électriques, une science, pour ainsi dire non écrite, mais qui n’en était pas moins bien comprise par les praticiens ; et en effet, comme le professeur Fleeming Jenkin le remarque fort à propos dans la préface de son premier ouvrage sur l’électricité et le magnétisme publié à cette époque, le savoir des praticiens était de beaucoup plus scientifique que celui des Universités.
- Le premier ouvrage du professeur Jenkin avait pour objet de montrer comment la science expérimentale et la science mathématique de l’électricité étaient liées l’une à l’autre et de quelle valeur elles devaient être toutes deux pour l'électricien pratique. Naturellement ce traité devint sur ce sujet un livre classique.
- Mais, quelque bon que soit ce traité, et bien qu’il doive toujours rester en relief comme marquant une ère nouvelle dans les ouvrages anglais sur l’électricité, il est considéré comme trop, difficile pour les commençants qui espèrent trouver, dans le nouveau manuel que le professeur Jenkin vient de publier, quelque chose de plus à leur portée.
- De fait, l’électricité est un sujet difficile; on peut avoir des traités élémentaires de mécanique et même d’optique, mais il semble presque impossible d’avoir un traité d’électricité réellement élémentaire. Cela provient probablement de ce que nous n’avons pas de sens électrique, tandis que nous avons le sens optique, et que tous nos autres sens sont affectés par la chaleur et par les forces mécaniques. Dès notre première enfance, nous avons la connaissance pratique de la chaleur et du froid, du jour et de la nuit, du lourd et du léger; nous connaissons les effets des forces agissant d’une façon constante et ceux d’une simple impulsion et, nous sommes, en effet, tellement influencés par la simple habitude, que les commençants considèrent, toujours à tort, la matière comme possédée d’un pouvoir propre de s’arrêter d’elle-même, tant nous sommes circonvenus par l’existence universelle du frottement.
- Mais, en élèctricité et en magnétisme, nos premières notions se bornent au tonnerre et à l’éclair, si effrayants pour la jeunesse, et puis, à l’observation occasionnelle de l’effet merveilleux de l’aimant soutenant un morceau de fer. L’enfant sait de bonne heure qu’un feu ordinaire chauffe toute une chambre : les murs, le plancher ét le plafond et même la chambre au-dessus; mais que l’aimant possède un champ d’influence tout aussi étendu, qu’il ait une action dans tout l’espace environnant, voilà un fait dont nos sens ne nous donnent aucune notion, et, dès lors, l’effet est tout aussi inconnu à l’homme qu’à l’enfant.
- Quoique la lecture de ce nouveau manuel d'électricité nous ait procuré le plus grand plaisir, et quoique nous ne puissions trop admirer l’habileté avec aquelle l’auteur a essayé de donner des notions exactes de ces phénomènes naturels, nous croyons que beaucoup de commençants seront fortement désappointés à la lecture de cet ouvrage et que, par suite, ils pourront être conduits à abandonner l’étude de l’électricité.
- Il est certain que ceux qui ont déjà une parfaite connaissance du sujet trouveront profit et plaisir dans la lecture du nouvel ouvrage du professeur Fleming Jenkin, Mais aussi la chose ne dépend que du lecteur, car si l’étudiant croit, en ouvrant un traité élémentaire d’électricité, trouver un livre que tout débutant puisse comprendre clairement, et ce-là sans l’aide d’un travail expérimental assidu, nous croyons qu’il cherche une chose impossible.
- Personne, par exemple, ne peut avoir une connaissance exacte de la science moderne de l’électricité, à moins de posséder une notion bien claire de ce que l’on entend par différence de potentiel, mais nous craignons que toute description écrite, qui n’aurait pas comme corrélatif une série d cxpériences faites par l’étudiant lui môme, ne laisse les idées sur la question parfaitement obscures. Il est certain que l’on peut tirer un grand profit des expériences choisies qui sont exécutées dans les salles de conférences, mais, seul,1 l’étudiant qui passe parla série bien ordonnée des cours pratiques du laboratoire peut saisir le sujet de façon à être capable de se représenter des idées qui, autrement, restent de purs symboles mathématiques.
- Nous pensons, en effet, que si, pendant ces vingt dernières années, la science de l’électricité a fait des progrès moins rapides en France .qu’en Angleterre, c’est que l’étudiant, en France, n’est pas familiarisé avec la pratique des essais électriques comme on l’est en Angleterre où il existe un grand nombre d’ateliers pour la fabrication des cables sous-marins, possédant des laboratoires d’essais.
- Mais, en supposant que, le lecteur ne soit pas de ceux qui veulent apprendre à nager dans un livre ou étudier l’électricité simplement dans un traité, alors le manuel du professeur Jenkin lui sera du
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- plus grand secours, même quand il serait quelque peu dérouté par les deux idées opposées qui paraissent avoir constamment tiraillé l’écrivain dans deux directions contraires, d’un côté le désir de rendre l’explication complète, de l’autre celui de l’exprimer simplement. En effet, tout phénomène électrique, pour être exposé complètement, exige que l’on tienne compte de la charge électrique produite par induction sur les murs, le plancher ou le plafond de la chambre où l’expérience est faite; la simplicité, d’autre part, exige que l’on fasse abstraction de cette action, ou ce qui revient au même que l’on admette que le mur est à une distance infinie.
- Les auteurs qui ont écrit les anciens traités d’électricité n’ont guère cherché que la simplicité, probablement pareeque ils n’étaient nullement au courant des circonstances qui influencent les phénomènes électriques.
- Il eut été impossible dans un manuel élémentaire tel que celui-ci, que le professeur Jenkin tint compte de toutes les conditions susceptibles d'influencer les résultats, sans sacrifier la brièveté à l’exactitude ; de fait l’ouvrage eut été alors beaucoup plus long.
- En tirant de la mécanique une analogie, il semble que les auteurs des anciens traités aient considéré tous les corps comme parfaitement rigides et polis tandis que le professeur Jenkin les considère comme légèrement flexibles et rugueux, mais laisse généralement de coté leur flexibilité et leur rugosité, tandis que, en réalité, pour compléter l’analogie, ils devraient toujours être considérés comme ayant une flexibilité et une rugosité très grandes.
- Le résultat de cette tentative très louable de combiner l’exactitude avec la simplicité a, en certaines circonstances, introduit un peu de vague ; par exemple à la page 20 nous trouvons ceci : « Plaçons « deux conducteurs dans une position relative cons-« tante, séparés par un diélectrique constant tel que « l’air, puis, entourons ce système d’une enveloppe « non isolée de telle sorte que aucune charge ne « puisse leur arriver de l’extérieur, la charge des « deux corps sera proportionnelle à la différence des « potentiels. » Eh bien, un commençant conclura de là que c’est une loi générale que la charge de deux corps dans une position relative constante, est proportionnelle à la différence dé potentiel entre les corps en question — et demeure indépendante de la distance de l’enveloppe non isolante ; n’est-il pas à craindre qu’il ne songera pas que cette loi simple est une exception qui ne reste vraie qu’autant que l’enveloppe est très large et assez éloignée pour que. son coefficient d’induction sur chacun des corps demeure très petit comparativement au coefficient d’induction mutuelle des deux corps l’un sur l’autre.
- - L’exposé suivant peut conduire à une erreur semblable — « Nous pouvons également parler de la
- « différence de potentiel entre deux conducteurs « comme cause de la charge qu’ils possèdent ou de « la charge des conducteurs comme de la cause de « la différence de potentiel entre eux. »
- Et maintenant page 3g — « Les enveloppes inté-« rieures et extérieures d’une bouteille de Leyde « chargée, contiennent des quantités d’électricité « égales, de nom contraire et régulièrement distri-« buées sur toute la surface des enveloppes touchant « le verre » condition qui, si elle était vraie, rendrait impossible la décharge delà bouteille de Leyde par contacts alternatifs, c’est-à-dire en isolant alterna-nativement chaque enveloppe et mettant l’autre enveloppe en communication avec le sol. En effet dans tout condensateur dont une des armatures ne couvre pas complètement l’autre, les charges des deux enveloppes sont inégales ; ou plutôt il y a coexistence de deux condensateurs, l’un ayant pour armature extérieure les murs de la chambre, condition qui doit toujours être présente à l’esprit de l’expérimentateur.
- (A suivre). e. w. ayrton.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- Dans le n° 3i de votre estimable journal, je trouve, page 72, l’idée d’une nouvelle machine, que son auteur nomme machine cinéto-électrique. Je prends la liberté de vous faire remarquer, qu’il y a vingt ans que j’ai mis à exécution, sous une forme différente, une idée analogue. Ma toute première
- machine d’influence était une machine de ce genre ; elle a été décrite dans les publications suivantes : Monaths Berichle der Berliner Academie, mars 1865 ; Poggendorff’s Annalen, vol. 126, p. 171 (voir la remarque); je l’ai encore décrite dans les MilUicilungen des nalurwis senschaj’tlic/icu Vereins fur Neu- Vorpommeni und Riigen, pour l’année 1B77, p. i3i, tableau IV, tig. 9 et 12, où j’indiquais spécialement la dé-
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- charge alternative. Je vous envoie un dessin de cette machine. Je n’y ai d’ailleurs jamais attaché une grande importance. Recevez, etc.
- Dr IIOLTZ.
- Monsieur le Directeur,
- Je me permets de vous faire remarquer une erreur qui s’est glissée dans le n° 38 de votre honorable Journal, p. 182. Vous y reproduisez une machine d’influence à quatre plateaux que j'avais décrite et dont j’avais donné le dessin, il y a quelque temps, dans le Zeitschrift filr Ângewandte Elec-Iricitâts Lettre ' d’Uppenborn, à Hanovre. La reproduction est très exacte, mais la machine est donnée comme une invention de Tœpler, tandis que je l’ai non-seulement imaginée, mais même dessinée moi-môme. Les machines de Tœpler, à plusieurs plateaux, sont d’une tout autre construction. Veuillez avoir la bonté de faire cette rectification. Je me permets en môme temps de vous envoyer quelques-uns ’ de mes derniers mémoires sur les machines d’influence.
- Recevez, etc.
- Dr HOLTZ.
- Nous insérons avec plaisir la rectification du Dr Holtz, et nous le remercions de son envoi, mais nous nous permettons de lui faire remarquer que dans le mémoire qu’il cite, après avoir parlé d’une machine imaginée par lui. mais qui n’a pas été construite, il dit que Tœpler a été le premier à construire des machines à plateaux multiples. La figure, placée entre ces deux phrases, sans que son numéro fût répété dans le texte, a paru se rapporter plutôt aux machines construites réellement par Tœpler, qu’au projet du Dr Holtz. De là, l’erreur qui a été faite.
- wvwwwwwwvw
- Monsieur le Directeur,
- Permcttez-moi de vous donner communication d’une expérience que j’ai faite il y a quelques semaines, et qui présente une certaine analogie avec l’expérience si remarquable de M. Gutherie, insérée dans le numéro du 20 août de votre journal. Voici en quoi elle consiste : J’imprime un mouvement rapide de rotation à un tore en fer doux, autour de son axe polaire, de manière qu’il se trouve dans les conditions d’un toton ordinaire. Au moyen d’une disposition facile à imaginer, je puis m’arranger de manière que le centre de gravité du petit appareil se trouve à volonté au-dessous, au-dessus; ou se confonde avec le point d’appui. Dans cçs conditions, si je fais agir un aimant sur le tore en rotation; je constate qu’il y a :
- in Attraction, si le centre de gravité est au-dessous du point d’appui;
- 2U Répulsion, si le centre de gravité est au-dessus du point d’appui.
- 3° Et enfin, si ces deux points se confondent, l’axe polaire de l’instrument tourne dans un plan normal (à peu près) à la résultante des actions magnétiques.
- Je dis à peu près, car le mouvement ne se ferait rigoureusement dans ce plan, que si toutes les causes perturbatrices étaient éliminées, et si la vitesse polaire du tore restait invariable.
- Ces résultats, que je crois nouveaux, et auxquels j’ai été conduit par des considérations purement théoriques, sont vérifiés de tout point par l’expérience. Les courants de rotation d’Arago n’ont pas d’action ici, ou du moins cette action serait d’un ordre complètement négligeable; la cause de ces phénomènes est purement mécanique. Un jet d’air, lancé contre le tore, et produisant en quelque sorte la meme action que
- l’aimant, mais en sens Contraire, produit des phénomènes analogues, au signe près.
- Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de ma profonde estime.
- Venise, te 26 août. G. manin.
- FAITS DIVERS
- — Paris n’aura bientôt plus rien à envier aux principales villes des États-Unis et’de l’Angleterre, au point de vue de l’organisation municipale pour les prompts secours à apporter en cas de besoin.
- De concert avec une commission, le préfet de police vient de commencer une étude à laquelle tous les Parisiens applaudiront : la création dans les différents quartiers de la capitale de postes avertisseurs télégraphiques en cas d’incendies, d’attaques nocturnes, etc. On étudie les emplacements les plus propices.
- Dans un kiosque ou une maison sûre, un gardien de la paix armé sera en permanence. Aussitôt qu’on viendra lui annoncer un sinistre ou un danger, immédiatement les postes les plus voisins seront avertis, et quelques secondes après, le renfort arrivera sur le lieu indiqué.
- Lorsque l’emplacement de ces postes aura été arrêté, le Conseil Municipal sera saisi de cette question.
- On étudie à Wiesbaden, en Allemagne, la question de l’établissement d’un chemin de fer électrique qui servirait de prolongement à la ligne des tramways, depuis les colonnades à travers la Capellenstrassc sur le Neroberg.
- Téléphonie.
- Un câble téphonique vient d’être posé, dans l’Amérique du Nord, à travers le fleuve Hudson, à New-Hamburg.
- Un acte de malveillance vient d’être commis, à Alexandrie d’Égypte, au préjudice de la « Téléphoné Company of Egypt, limited ».
- Le Directeur de cette Compagnie, M. Edwin de Leon, ancien consul général des États-Unis, écrit que pendant la nuit, la semaine dernière, dix fils d’un appareil téléphonique fixé sur une terrasse, dans le quartier central d’Alexandrie, ont été coupés.
- On suppose que l’auteur de cct acte de sauvagerie, est un ouvrier renvoyé du service de la Compagnie. Cette dernière a offert cinq cents francs à la personne qui ferait connaître le nom et la demeure du coupable.
- De même qu’à Lyon, qu’à Saint-Étienne, et que dans d’autres villes, il existe à Rouen, des postes téléphoniques qui, en cas d’incendie ou d’accident grave, permettent aux habitants de prévenir immédiatement le bureau central de police. La semaine dernière, à Rouen, ce système d’avertissement a été du plus grand secours, et a empêché un sinistre.. Un incendie avait éclaté route de Caen. Il a été immédiatement signalé de la station de la barrière de Caen, au poste des pompiers de la rue Boudin. Les pompiers sont aussitôt partis au pas de course, avec leur matériel, et ont pu établir leurs batteries assez à temps pour étouffer les flammes, qui, d’une cave contenant des fûts d’eau-de-vic, menaçaient d’envahir toute l’habitation
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paria — -Typographie A. Lahure» 9, rue de Plcurua. — 3(519.
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- Lumière Electrique
- Journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- ^
- 3» ANNÉE \ MERCREDI 7 SEPTEMBRE 1881 N» 46
- SOMMAIRE
- Effets des semelles de fer appliquées aux extrémités polaires des électro-aimants; Th. du Moncel. — Exposition internationale d’électricité; — Les dynamomètres {suite) ; A. Guerout. — Nouveau galvanomètre astatique de MM. De-prez et d’Arsonval; M. Deprez. — Exposition internationale d’électricité. La machine et la lampe Weston; C. C. Soulages. — Les avertisseurs d’incendie ( 2e article ) ; F. Géraldy. — Sur le rendement des moteurs électriques; A. d’Arsonval.— Bibliographie. Manuel élémentaire d’électricité de M. Fleeming Jenkin ; W. E. Aÿrton. — Revue des travaux récents en électricité. La réfraction de l’clec-tricité. — Une curieuse cause de fautes dans les lignes télégraphiques. — Le tramway électrique de M. Siemens. — Correspondance. Lettre de M. Cabanelias. — Faits divers.
- EFFETS DES SEMELLES DE FER
- APPLIQUÉES AUX EXTRÉMITÉS POLAIRES
- DES ÉLECTRO-AIMANTS
- Dès l'origine de la construction des aimants naturels, on avait pensé à garnir d’une semelle de fer les parties des pierres d’aimant où l’on constatait les polarités magnétiques, et ces semelles, soigneusement reliées par des garnitures en cuivre, étaient appelées armures de l’aimant. Le rôle de ces semelles s’explique facilement quand on considère que le minerai appelè. fer magnétique étant très mauvais conducteur du magnétisme comme de l’électricité, les polarités magnétiques se trouvent, pour ainsi dire, immobilisées, et ne peuvent se prêter aux effets de concentration et d’induction qui sont nécessaires dans les réactions échangées entre elles et les particules de fer. Avec les armatures de fer, la mobilisation et la concentration des effets devient facile, et de là, l’accroissement d’énergie des aimants naturels armés.
- On a encore appliqué le même système aux aimants artificiels composés de plusieurs lames d’acier, et, quand ces lames sont des ressorts d’horloge, comme celles des aimants Jamin, l’action des armatures est extrêmement considérable, tellement considérable que, pour être dans de bonnes conditions, on a dû augmenter, dans une grande proportion, leur épaisseur et leur masse.
- On a également pensé à appliquer ce système aux électro-aimants, mais comme ces organes sont généralement constitués avec une même masse de fer, le rôle des semelles de fer était moins indiqué, et il était, d’ailleurs, nécessaire de reconnaître d’abord si cette addition était utile. Dès l’année i863, M. Hughes a entrepris une série d’expériences qui l’ont conduit à reconnaître l’efficacité de ces semelles pour les électro-aimants qu’il employait dans son télégraphe imprimeur; mais la question n’était pas élucidée d’une manière générale, et j’ai dû faire une série d’-expériences pour être fixé à cet égard. Ce sont ces expériences qui vont faire l’objet de cet article, et les résultats que j’ai obtenus ne laissent pas que d’être importants au point de vue des applications électriques.
- Dès le commencement de mes recherches, j’ai pu constater que les effets pouvaient être diamétralement opposés, suivant que les électro-aimants étaient appelés à réagir par un pôle seulement ou par les deux à la fois ; dans le premier cas, la semelle de fer ne fait que prolonger le noyau en dehors de la bobine et en former comme un épanouissement; or, d’après ce que nous avons dit plus d’une fois, il ne peut en résulter qu’un effet de condensation magnétique à la surface de jonction des deux pièces, et un affaiblissement considérable de la polarité du pôle actif. En revanche, l’autre pôle est renforcé ; le pôle muni de la semelle de fer, aura donc une force attractive beaucoup moindre que sans la semelle, et d’autant moins grande que la masse et la surface de cette semelle seront plus considérables. Cette force attractive pourra être augmentée en garnissant le second pôle d’une semelle semblable et même plus grande, et cet accroissement de force augmentera dans une grande proportion à mesure que la masse de cette seconde semelle augmentera elle-même, mais l’effet serait encore meilleur si la première semelle n’existait pas. 11 se produit alors un effet semblable à celui que nous avions indiqué dans notre article sur l’influence de la position des bobines sur un noyau de fer, article inséré dans le numéro du 25 juin de ce journal, p. 454. Dans le cas en question, les semelles de fer aux pôles actifs sont donc nuisibles.
- Dans le second cas, il n’en est pas de même,
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- comme on va le voir, mais les effets varient suivant que les semelles s’avancent ou non dans l’intervalle interpolaire, suivant la nature du noyau magnétique de l’électro-aimant et suivant même les conditions de la culasse de fer qui réunit les deux noyaux.
- Dans un électro-aimant ordinaire, muni de deux semelles de fer, qu’on peut avancer l’une vers l’autre à la distance que l’on veut, au moyen d’une rainure longitudinale dont elles sont munies, et d’un écrou qui les fixe sur les pôles magnétiques, l’expérience démontre que la force attractive exercée sur une armature de fer par ces deux semelles est plus énergique que celle que déterminent directe-tement les extrémités du noyau magnétique de l’électro-aimant, du moins quand ces semelles empiè-' tent sur l’intervalle interpolaire. Quand ces semelles correspondent aux noyaux magnétiques, la force reste à peu près la même dans les deux cas ; mais, ce qui est curieux à signaler, c’est que la force attractive augmente successivement à mesure que les semelles se rapprochent davantage l’une de l’autre, et cela jusqu’à une certaine limite, qui correspond généralement au quart de la distance séparant les deux noyaux. Ainsi, c’est quand les semelles sont éloignées l’une de l’autre d’une distance égale au quart de la distance interpolaire, que le maximum de la force est obtenu. Quand on n’a égard qu’à la force produite isolément sur chaque pôle, les semelles de fer sont, comme nous 1 avons déjà dit, toujours nuisibles, et cela dans une proportion énorme. On pourra en juger par le tableau suivant, qui donne les résultats d’expériences faites avec un électro-aimant dont les noyaux avaient 4 centimètres de diamètre sur 10 de hauteur, lequel était animé par un élément de Bunsen.
- l,c SÉRIE D’EXPÉRIENCES
- Attraction à 2 millimètres.
- i° Avec électro-aimant agissant par ses deux pôles munis de deux semelles éloignées de
- i5 millimètres l’une de l’autre............. ng5 gr.
- 2° Avec le même électro-aimant sans semelles.. 885 — 3° Avec le même électro-aimant pourvu de ses semelles, mais n’agissant que par un seul pôle. 3g — 4° Avec le même électro-aimant sans semelles,
- agissant comme précédemment................. 88 —
- 2e SÉRIE D’EXPÉRIENCES AVEC UNE PILE PLUS FAIBLE
- i° Avec semelles écartées l'une de l'autre de 2 millimètres, et l’électro-aimant agissant par
- ses deux pôles................................. qoo —
- 2° Avec un écart de 1 centimètre entre les
- semelles,...................................... 1012 —
- 3° Avec un écart de 10 millimètres............... 1025 —
- 4° Avec un écart de 25 millimètres................ g65 —
- 5° Avec un écart de 4 centimètres................. 890 —
- 6° Avec un écart de 6 centimètres................. 55o —
- Dans les électro-aimants tubulaires à noyaux multiples, l’effet des semelles de fer ou des ron-
- delles est complètement différent de celui que nous venons d’étudier, et, conformément à ce qu’avait reconnu M. Camacho, j’ai pu constater que l’intervention des rondelles est toujours nuisible. Ainsi, alors qu’un clectro-aimant de ce genre provoquait à un millimètre de distance attractive une force représentée par 72 grammes, il ne donnait lieu, avec des rondelles de 4 millimètres d’épaisseur, qu’à une attraction de 58 grammes. Cette différence d’action entre les électro-aimants à noyaux tubulaires et les électro-aimants à noyaux massifs, tient vraisemblablement à ce que, dans les premiers, la force déterminée étant surtout le résultat de la réaction des noyaux les uns sur les autres, toute cause extérieure, qui a pour effet de détourner ou de diminuer cette réaction, doit amoindrir la force produite. Or les rondelles, en constituant des espèces d’armatures et en atténuant les polarités individuelles des noyaux qu’elles recouvrent, sont précisément dans ce cas, et elles doivent placer l’électro-aimant tubulaire dans les conditions d’un électro-aimant à noyau massif, c’est-à-dire dans des conditions inférieures.
- Il s’agit maintenant de savoir si on a avantage à augmenter la masse magnétique des semelles, et jusqu’à quel point cette masse peut être augmentée dans de bonnes conditions. La question est assez complexe à étudier au point de vue expérimental, mais si on se reporte aux expériences de M. Dub, relatives aux dimensions à donner aux différentes parties d’un système électro-magnétique, on peut facilement l’élucider. En effet, un électro-aimant muni de son armature constitue un système électromagnétique fermé, et les meilleures conditions d’énergie magnétique d’un système de ce genre correspondent à l’égalité de masse des quatre pièces magnétiques qui le composent. Conséquemment, pour obtenir l’effet maximum dans le cas qui nous occupe, il faudrait que les semelles de fer appliquées sur les pôles de l’électro-aimant présentassent avec l’armature qui doit être attirée par elles, la mênie masse que l’ui; des noyaux de fer. Ramenée à ces conditions, la question peut être résolue d’une manière assez simple, suivant les différents cas qui peuvent se présenter, car suivant que l’armature devra être légère ou massive, les semelles devront être épaisses ou minces, sans toutefois présenter une niasse moindre que moitié de celle d’un des noyaux magnétiques.
- Avec une armature plus longue que celle qui avait servi dans les expériences précédentes, laquelle avait 8 centimètres de longueur, la force attractive a été moindre. Tous ces résultats sont, du reste, conformes à ceux obtenus, en 1864, par M. Hughes.
- Il résulte de ces différentes expériences, que l’action des semelles de fer est différente, suivant qu’un électro-aimant agit par un pôle seulement, ou par les deux à la fois. L’explication de l’affaiblissement
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- dû à la présence des semelles, dans le cas où l’attraction est produite par un pôle seulement est facile, d’après les considérations que nous avons déjà présentées ; mais on peut aussi l’attribuer à ce que ces semelles, en éloignant des extrémités des hélices magnétisantes, c’est-à-dire des points où les polarités sont les plus énergiques, les parties du noyau magnétique appelées à déterminer l’attraction, diminuent forcément son action, et cela d’autant plus que les semelles sont plus développées (*). Mais l’effet contraire qui se produit, quand les deux pôles de l’électro-aimant agissent en même temps, est plus complexe à expliquer, car les polarités développées sur les deux semelles sont bien affaiblies. Est-ce parce que ces polarités ainsi épanouies agissent sur une plus grande surface de l’armature, et par un plus grand nombre de points magnétisés tout en provoquant plus directement la magnétisation? Je serais porté à le croire, puisque c’est quand ces semelles sont rapprochées l’une de l’autre que l’effet est maximum, du moins jusqu’au point où la réaction des deux pôles l’un sur l’autre devient assez énergique pour contrebalancer cette influence. D’ailleurs, l’affaiblissement successif de la force, à mesure que les semelles présentent moins de surface à l’armature, et l’égalité de force que l’on constate entre les attractions produites directement par les noyaux et celles que déterminent ces semelles quand elles coïncident avec ceux-ci, semblent démontrer cette explication. D’un autre côté, si les semelles de fer tendent à faire perdre aux extrémités des noyaux un peu de leur- énergie polaire, elles réagissent l’une sur l’autre par l’intermédiaire des noyaux magnétiques pour la renforcer, comme le feraienf des masses de fer que l’on placerait aux pôles inactifs d’électro-aimants droits. On doit, du reste, se rappeler que c’est à une action du même genre que l’électro-moteur de M. Marcel Deprez, dans lequel les branches de l’aimant agissent sur l’armature sur presque toute leur longueur, doit sa grande énergie.
- Quoi qu’il en soit, on peut comprendre aisément que, quand l’électro-aimant n’agit que par un pôle seulement, la réaction plus directe exercée sur toute la surface de l’armature n’a plus occasion de se produire utilement, et alors la force magnétique, non seulement ne bénéficie pas de l’extension
- (') Pour qu’on puisse se faire une idée de l’inlluence exercée par le plus ou moins grand éloignement des extrémités polaires d’un noyau magnétique en dehors de sa bobine magnétisante, il me suffira de dire que le noyau massif de la bobine qui m’avait servi lors de mes premières expériences, ayant été disposé de manière à affleurer par son extrémité polaire la rondelle de cuivre de la bobine, provoquait à i millimètre une attraction de 3q grammes, alors qu’il n’en fournissait qu’une de 27 grammes, quand cette extrémité polaire ressortait de S millimètres en dehors de la bobine; et cela n’a d’ailleurs rien que de très naturel, puisque, plus est grande la surface sur laquelle s’épanouit un pôle magnétique, moins est énergique l’action qu’il exerce extérieurement.
- donnée aux pôles, mais sê trouve subir toutes les conséquences des causes d’affaiblissement qui en résultent, et dont j’ai parlé précédemment.
- On peut acquérir la preuve de l’importance des semelles de 1er, au point de vue de la surexcitation magnétique donnée à l’électro-aimant, par les courants induits qu’ils peuvent développer avec ou sans ces semelles. La différence est très grande au point de vue de leur intensité, et c’est ce qui avait fait proposer au père Cecchi de Florence, il y a environ 25 ans, de munir les noyaux magnétiques des bobines de Ruhmkorff, de masses de fer fixées à leurs extrémités ; mais la tension électrique ne semble pas profiter de cet accroissement, et on peut s’en rendre compte avec un électro-aimant muni d’une bobine d’induction, quand on provoque les courants induits avec ou sans armature appliquée sur les pôles. Quand l’armature réagit, le courant induit gagne en quantité, mais il ne détermine pas de réactions physiologiques appréciables, tandis que, quand l’armature est retirée, les commotions deviennent considérables, bien que les courants soient très affaiblis en intensité.
- Les semelles de fer appliquées aux pôles des électro-aimants, sont aujourd’hui très employées; on les retrouve dans toutes les machines dynamoélectriques, et ces semelles, appliquées aux pôles inducteurs, prennent alors une forme arquée pour s’emboîter exactement avec l’anneau-armature qui constitue l’induit. Dans ces conditions, on peut, avec avantage, développer leur masse jusqu’à ce qu’elles représentent chacune environ celle d’un double noyau inducteur. Dans plusieurs de ces machines, cette limite n’est pas atteinte ; mais, dans quelques autres,’elle est dépassée. On doit toutefois avoir égard à la contexture des noyaux, car il faut aussi tenir compte de la conductibilité magnétique des fers employés pour les deux organes, et de leurs conditions de saturation plus ou moins prompte. Il y a encore évidemment beaucoup d’études à faire sur cette question, et nous pensons que, quand les machines seront d’une construction courante, on s’occupera de bien préciser séparément toutes les conditions de construction des différents organes de la machine. En attendant, nous avons cru devoir exposer l’état actuel de la question, afin de la livrer à l’étude des chercheurs et des constructeurs.
- TII. DUMONCEL.
- EXPOSITION INTERNATIONALE . D’ÉLECTRICITÉ '
- LES DYNAMOMÈTRES
- Suite (voir le 11° du 3 septembre).
- Le dynamomètre connu sous le nom de frein funiculaire de M. Carpentier a été déjà décrit dans la Lumière Electrique (1880, p. 66). Nous allons simplement le rappeler en quelques lignes. Il est-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- destiné surtout à la mesure du travail produit par un moteur. Sur un prolongement de l’axe môme du moteur à essayer sont placées deux poulies de même diamètre A et B (fig. i) ; l’une B folle, l’autre A calée sur l’axe. D’un crochet que porte la poulie folle part une corde qui s’enroule sur la poulie fixe et se termine par un poids p. Une autre corde partant de la base du même crochet s’enroule sur la poulie B et porte un poids plus fort P. La poulie fixe tournant dans le sens de la flèche, il se produit entre elle et la corde/» un frottement qui tend à entraîner la poulie folle et à soulever le poids P. Si le frottement augmente, le poids P est soulevé davantage, mais, en en même temps, l’arc d’enroulement de p diminue ; si le frottement diminue, le poids P baisse, mais en même temps, l’arc d’enroulement dep augmente. Il s’établit donc sans cesse une compensation telle
- que l’efiort exercé est toujours égal à P — p, et pour avoir le travail T, il suffit de mesurer le nombre de tours que fait l’axe pendant l’unité de temps. La formule du travail par seconde est :
- T _ wdn
- 6 o v
- P)
- kilogrammètres par seconde. Cela se comprend d’ailleurs, M. Carpentier n’ayant guère eu à appliquer son frein qn’à des moteurs de petite force, les moteurs Marcel Deprez.
- La modification nécessaire pour l’adaptation de ce frein à des moteurs plus puissants a été faite par M. Raffard, et est exposée par lui au Palais de l’Industrie, dans l’exposition de la Société Force et Lumière, et aussi sur la galerie Nord, sous le nom de Balance dynamométrique. Disons d’abord que, comme principe, cet appareil ne diffère en rien de celui de M. Carpentier: M. Raffard le reconnaît du reste et, dans un placard exposé sur celui de ses appareils qui est placé dans l’exposition de la Société Force et Lumièie, le désigne comme reposant sur le principe du frein funiculaire et sur celui du frein de Prony, dont le frein funiculaire dérive d’ailleurs lui-même. Malgré cette similitude, le frein dynamométrique Raffard présente quelques avantages qui nous engagent à en donner la description avec quelques détails.
- L’appareil, figure 2, est monté sur un bâti spé-
- (fig. 2.)
- 11 représentant le nombre de tours par minute et d le diamètre des poulies.
- Ce frein est plus spéciablement applicable aux petites forces, à des moteurs donnant, par exemple, un travail de quelques kilogrammètres par seconde : il est facile de concevoir cependant qu’011 puisse le construire pour des moteurs plus puissants. M. Carpentier a indiqué pour cela, sans rien changer d’ailleurs, à la disposition de son frein, de remplacer les cordes par des rubans d’acier. Nous ne croyons pas cependant qu’il ait employé ce système pour un travail s’élevant au-dessus d’une quinzaine de
- cial en bois, l’axe qui porte les poulies pouvant être relié avec l’axe du moteur dont on veut mesurer le travail. Ces poulies sont au nombre de trois, de même diamètre, deux poulies extrêmes mobiles D D' et une poulie centrale fixée sur l’axe. Une barre B, recourbée deux fois à l’angle droit et terminée à ses extrémités par deux fourchettes, vient s’appuyer par ces dernières sur l’axe. Elle est équilibrée par une masse fixée pour l’extrémité de la fourchette. C’est cette barre mobile à laquelle sont attachés, non plus des cordes, mais de forts rubans, R, R', R". Le ruban médian R'
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- passe au-dessus de la poulie fixe et supporte à sa partie inférieure un poids p. Les deux autres rubans passent sous les poulies folles et viennent s’attacher à l’une des extrémités d’un fléau de balance que porte un support vertical, faisant partie du bâti de l’appareil. A l’autre extrémité de ce fléau est une tige de fer chargée d’un poids plus lourd P. Quand la poulie D" tourne dans un sens qui, pour la position de la figure 2, serait inverse de celui des aiguilles d’une montre, l’arc d’enroulement des rubans R et R' varie suivant que le frottement du ruban R" devient plus ou moins grand, et la compensation s’établit comme dans le frein Carpentier. La seule différence consiste donc, à ce point de vue, en ce que l’attache des rubans est sur une pièce mobile au lieu d’être directement liée aux poulies folles.
- On peut donc déterminer le travail d’après la formule citée plus haut. Pour rendre cette détermination plus facile, M. Raffard donne à ses poulies une circonférence d’exactement un mètre; la formule devient alors :
- T=ê<p-«
- Il suffit donc, à l’aide d’un compteur de tours, de déterminer la vitesse par seconde, et de multiplier cette vitesse par la différence des deux poids.
- Le plus grand inconvénient du frein Carpentier, pour les moteurs un peu puissants consiste en ce que les deux poids exercent sur l’axe une traction de haut en bas. Dans le montage ordinaire de l’appareil, à l’extrémité de l’axe, cette traction tend à fausser l’axe, et; en outre, en augmente le frottement sur le palier. Si l’on montait l’appareil sur un bâti séparé, la traction des deux poids aurait encore pour effet d’augmenter considérablement le frottement de l’axe sur les paliers. Dans la modification Raffard, cet inconvénient est évité. Un des poids tend, en effet, à soulever l’axe, tandis que l’autre tend à l’abaisser, et agit dans le même sens que le poids de l’appareil; la différence entre ces deux actions est très faible, et il n’y a plus ni tendance à fausser l’axe, ni excès de frottement. Au-dessous des poulies se trouve une cuve en zinc qui n’est pas représentée dans la figure. Cette cuve contient de l’eau dans laquelle plonge la partie inférieure des poulies et qui est destinée à rendre le frottement constant.
- D’après les renseignements qui nous ont été donnés, on a pu, avec ce frein, mesurer jusqu’à un travail de trois chevaux. Comme les poids sont soumis, pendant l’expérience, à un certain mouvement, nous ne savons s’il sera facile d’appliquer des freins de ce genre à des moteurs plus puissants encore; ce serait cependant à désirer en raison de la grande commodité de maniement inhérente au système imaginé par M. Carpentier.
- Ajoutons en terminant, pour compléter l’histoire du frein funiculaire, que, dans des expériences où il s’est servi du frein Carpentier, M. d’Atsonval a employé, il y a déjà un certain temps, pour éviter la charge dans le même sens parles deux poids, une disposition analogue à celle de M. Raffard. Elle consiste à suspendre au plafond ou à un support élevé, une poulie sur laquelle on fait passer une des deux cordes, et qui remplace le fléau de la balance. C’est là une disposition très simple et qu’il peut être utile de signaler.
- {A suivre.) a. guerout.
- NOUVEAU GALVANOMÈTRE
- ASTATIQUE
- DE MM. DEPREZ ET D’aRSONVAL
- Le galvanomètre à indications rapides que j’ai fait connaître, il y a environ deux ans, convient parfaitement à la mesure des courants que l’on emploie pour les usages industriels, tels que l’éclairage électrique, la force motrice, la galvanoplastie ; mais il n’est pas d’une sensibilité suffisante pour les recherches scientifiques, parce que la rapidité même de ses indications exige que la force antagoniste qui rappelle l’aiguille soit relativement considérable. Lorsqu’on veut une très grande sensibilité, il faut nécessairement se rapprocher beaucoup de l’astaticité, c’est-à-dire rendre la force directrice très faible, tout en conservant à l’aiguille aimantée (dite arête de poisson) l’aimantation la plus énergique possible.
- Pour satisfaire à ces deux conditions qui, au pre-.mier abord, paraissent inconciliables, M. d’Arson-val a eu l’heureuse idée d’apporter à mon galvanomètre une modification qui n’en change pas le nombre des organes, mais qui permet'de rendre la force antagoniste aussi faible qu’on veut, tout en augmentant l’action mécanique du courant sur l’aiguille. M. d’Arsonval a été conduit à cette disposition en remarquant que cette action mécanique est accompagnée d’une réaction égale et contraire de 1 aiguille sur le courant, et que, par conséquent, si l’on fixe l’aiguille et que l’on rende le courant mobile, on n’altère pas le moment de l’effort exercé par le cadre galvanométrique sur l’aiguille, tandis que l’effet antagoniste est annulé. Il est même facile de voir que La force, qui tend à faire mouvoir le cadre, est plus grande que celle qui est exercée par le cadre sur l’aiguille, parce que le cadre est, en outre, sollicité à se mouvoir dans la même direction par l’aimant permanent dans lequel il est enfermé.
- Cette modification range l’instrument dans la classe de ceux qui utilisent l’action d’un champ magnétique puissant, sur un courant dont la direc-
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- tion est perpendiculaire aux lignes de forces du champ, et parmi lesquels je citerai la bobine mobile du siphon recorder de sir'William Thomson et mon mesureur de courants décrit dans ce recueil (année 1880, p. 462). Mais l’arrangement et les proportions relatives des différentes parties qui le composent, l’utilisation complète et la concentration du champ magnétique de l’aimant, en font un appareil dans lequel la petitesse des dimensions est conciliée avec une action magnétique puissante du courant qui le traverse. Avant de passer à sa description, je dois dire que des considérations fort simples m’ont amené à remplacer l’arête de poisson', que M. d’Arsonval voulait conserver, par un tube de fer.
- L’instrument représenté ci-contre se compose donc de trois parties :
- iu Un aimant permanent A A, pesant environ 700 grammes dont les branches sont écartées de 3o millimètres ;
- 20 Un tube de fer doux B occupant presque toute la longueur de l’aimant et ayant un diamètre de 25 millimètres ;
- 3° Un cadre C D E C, mobile en E et J, autour de deux couteaux dont les arêtes coïncident avec l’axe du tube et sont supportées par le pilier G. Ce cadre reçoit le courant par deux fils 11 dont les extrémités coïncident aussi avec l’axe du tube (de façon à rester immobiles quand le cadran tourne) et trempent dans des godets H contenant du mercure ;
- 40 Une aiguille E F, en paille, se mouvant devant un cadran gradué.
- La faible force antagoniste, nécessaire pour que
- l’appareil ne soit pas complètement astatique, est obtenue en abaissant un peu le centre de gravité de tout l’attirail mobile au-dessous de l’arête des couteaux, de manière que les oscillations qu’il exécute, sous l’action de la pesanteur, aient une durée propre d’environ une seconde.
- Le système mobile pèse environ 2 grammes 1/2.
- Quand l’appareil est bien réglé, que le mercure des godets est bien pur, sa sensibilité est comparable à celle des meilleurs galvanomètres ordinaires à aiguille astatique et à fil de cocon, tandis qu’il est infiniment plus maniable et plus transportable. Les indications ne sont d’ailleurs nullement influencées Tar les masses magnétiques qui se trouvent dans son voisinage.
- Le cadre C D E C peut être constitué, soit par une lame métallique unique, soit par un fil très fin, très-long et faisant un grand nombre de tours.
- Dans le premier cas (celui qui est représenté sur la figure) l’instrument convient à la mesure des courants produits par une très faible force électro-motrice dans un circuit très peu résistant, tels que les courants thermo-électriques.
- Dans le second cas, il est utilisé pour déceler le passage de courants très faibles, parcourant un circuit extrêmement résistant.
- Je donnerai une idée de son extrême sensibilité par les deux exemples suivants :
- i° On relie les deux bornes de l’instrument, par un fil de cuivre, de 1 1/2 à 2 millimètres de diamètre, et de 100 millimètres de long, que l’on recourbe légèrement de façon à former une anse dans laquelle on introduit un petit aimant droit ou une simple aiguille à tricoter aimantée. L’aiguille du galvanomètre dévie aussitôt de plusieurs degrés, et revient immédiatement au zéro. On met ainsi en évidence le courant induit dans un fil de 10 centimètres de long, par un aimant rectiligne de la taille d’une aiguille à tricoter.
- 2° On remplace le cadre sans résistance par un cadre composé d’un fil de 1/10 de millimètre, faisant environ i5o tours, et on le place dans un circuit électrique, dans lequel on intercale plusieurs personnes se donnant la main. Si on lance dans ce circuit, dont la résistance est de quarante à cinquante mille ohms, le courant d’un élément Danieîl, l’aiguille dévie immédiatement de i5 à 20 degrés.
- Enfin, lorsque le cadre oscille (après la rupture du courant), il suffit de réunir les deux bornes de l’ap-pareilparun fil, pour que l’aiguille revienne au zéro lentement et sans pouvoir le dépasser. Ce phénomène est dû à ce que le cadre, en se mouvant dans un champ magnétique intense, développe lui-même des courants induits, dont l’action mécanique tend à le ramener au repos. Cette propriété le rend précieux pour la mesure des résistances.
- MARCEL DEPREZ
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ
- LA
- MACHINE ET LA LAMPE WESTON
- La Weston Electric Liglit C° a exposé au Palais de l’Industrie un système complet de lumière électrique, comprenant une machine et une lampe déjà mentionnées dans de précédents articles. Une ancienne forme de la machine Weston a été décrite dans La Lumière Electrique (187g, p. 172). La machine à lumière actuelle est représentée par la
- figure 1. Par la disposition de ses aimants inducteurs, elle a une certaine ressemblance avec une des formes de la machine Gramme. Ces inducteurs sont constitués par six électro-aimants cylindriques horizontaux dont les pôles se réunissent en deux pièces polaires placées l’ime au-dessus, l’autre au-des • sous de l’armature. Les bobines de ces électroaimants sont accouplées en série et traversés par tout le courant produit par la machine. L’armature fait environ 900 tours par minute. Les pièces polaires qui entourent cette dernière, au lieu d’être continues, sont divisées par des fentes formant une série de languettes T, T, T, T', T', T', comme on
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- (FIG I.)
- le voit dans la figure 3, où les pièces polaires sont représentées telles qu’on les verrait d’un des bouts de la machine, si les plaques extrêmes et les bobines étaient enlevées. On voit aussi que l’espace entre les deux pièces polaires est plus grand au milieu que vers les extrémités de l’armature, la longueur des languettes diminuant vers le centre. D’après M. Weston, cet arrangement donne plus de régularité au courant, l’induction des électros sur les bobines de l’armature se faisant du centre vers les extrémités, et vice versa, au lieu d’avoir lieu simultanément dans toute la longueur d’un des éléments de l’armature. Les fentes pratiquées dans les pièces polaires ont pour but d’abord d’empêcher la production, dans la masse de fer, des courants de Foucault, ensuite de faciliter le refroidissement par
- ventilation des pièces polaires et de l’armature.
- Cette dernière est d’une construction toute particulière. Le cylindre sur lequel s’enroule le fil, au lieu d’être d’un seul morceau est [formé d’une série de roues en tôle ayant la forme représentée par la figure 2. Ces roues, ont chacune 16 dents, laissant entre elles 16 ouvertures, elles sont enfilées sur l’axe et séparées par des rondelles, et sont au nombre de trente-six ; aux deux extrémités, ces disques sont retenus par deux pièces solides ayant un diamètre égal à celui du disque pris à la naissance des dents. L’armature a alors la forme d’un cylindre à extrémités hémisphériques, présentant 16 rainures longitudinales. C’est dans ces rainures que l’on enroule le fil, de la même manière que dans l’armature Siemens mais avec cette différence que ^chaque groupe de
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- fils est logé dans une rainure. On voit que, de cette manière, la ventilation est parfaitement assurée, puisque l’armature est non-seulement creuse, mais présente encore, 16 X 36, soit S’jb ouvertures. Comme les extrémités hémisphériques sont aussi munies de fenêtres, il s’établit une circulation continue d’air dans l’appareil.
- Le collecteur que montre très bien la figure i, est
- semblable en principe au collecteur Gramme, seulement les lames ont une forme légèrement hé-liçoïdale et ne sont séparées que par l’air au lieu d’être séparées par un isolant solide. La disposition hélicoïdale a pour objet de faire que les balais soient toujours en contact avec deux lames et de donner ainsi plus de régularité au courant.
- Les balais sont formés d’une douzaine de feuilles de cuivre divisées par des fentes et maintenues contre le collecteur, de manière que le bord de toutes les feuilles de cuivre appuie contre les lames héliçoïdales. En outre, les balais sont montés sur un support mobile afin qu’on puisse leur donner le calage le plus convenable.
- La lampe Weston fonctionne à l’Exposition sous la galerie Sud, à côté des machines que nous venons de décrire. Elle est représentée en perspective, dans la figure 4, et la figure 5 montre le détail du mécanisme contenu dans la boîte supérieure. Il faut remarquer que ce mécanisme oecupe un espace relativement très restreint, si l’on fait abstraction du long tube qui surmonte l’appareil et qui, d’ailleurs pour l’œil, ne fait pas volume. Ce tube est destiné à contenir la tige RR qui porte le charbon supérieur. Quand la lampe n’est pas traversée par un courant, cette tige tend à tomber par son propre poids, et les deux pointes de charbon se trouvent au contact. La tige R, quand l’appareil fonctionne, peut être arrêtée par un levier courbe ' cc que soulève une armature AA attirée par i’électro-aimant MM; cette armature ne peut se mouvoir que de haut en bas et de bas en haut, parce qu’elle est fixée aux deux ressorts horizontaux O et N. L’électro-aimant MM est de construction toute spéciale ;
- une de ses bobines est représentée en coupe dans la figure 6. On voit qu’elle est enroulée alternativement avec du fil gros et du fil fin, mais ces deux fils sont enroulés en sens inverse l’un de l’autre, de sorte que l’action de l’électro-aimant dépend de l’action différentielle des deux courants qui traversent ces fils. En S, est un ressort dont la tension peut être réglée par une vis agissant sur un levier coudé L.
- Le mouvement de l’armature dépend donc de la différence entre la tension de ce ressort et l’action attractive de l’électroaimant.
- Voici maintenant comment fonctionne la lampe : les deux charbons étant d’abord au contact, le courant arrive par la borne de gauche (fig. 5), traverse le gros fil de l’électro-aimant, les charbons, et remonte par le côté droit du bâti de la lampe jusqu’à la borne de droite.
- L’électro-aimant se trouvant alors aimanté, son armature est soulevée, elle entraîne le levier C C et la tige R R, et l’arc s’établit. Le fil fin de l’électro-aimant est relié également aux bornes de la lampe, il constitue donc une dérivation sur le courant principal. Cette dérivation sera parcourue par un courant d’autant plus intense que la distance entre les deux charbons, et, par suite, la résistance de l’arc sera plus grande. Dès que cette résistance augmente les bobines de fil fin se trouvant parcourues par un courant plus fort que précédemment, affaiblissent l’intensité de l’aimant, l’armature s’abaisse, les charbons se rapprochent, et le courant dérivé redevient moins intense. Si, pour une cause quelconque, l’arc cesse de passer, l’armature tombe totalement, les deux charbons viennent se toucher de nouveau, et le courant se rétablit.
- Pour éviter des mouvements trop brusques de l’armature, elle est reliée à la tige d’un piston C, se mouvant dans un cylindre rempli de glycérine. Ce piston est formé- de deux rondelles P, portant chacune trois ouvertures triangulaires sur leur circonférence : l’une est fixée sur la lige du piston, l'autre
- (fig. i.)
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- est mobile autour de cette tige. En la faisant tourner, on peut régler la grandeur des ouvertures et donner au piston une plus ou moins grande facilité à se
- (FIG. 5.)
- mouvoir dans le cylindre. La machine et la lampe Weston constituent donc, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, un système complet d’éclairage.
- Au Palais de l’Industrie, on a installé io lampes Weston sous la galerie sud et 4 sur la même galerie. 4 de ces lampes viennent, en outre, d’être installées dans la salle C pour remplacer momentanément les lampes Maxim, qu’une insuffisante force motrice empêchait de fonctionner. Ces 18 lampes sont alimentées par 2 machines Weston, avec une dépense de 18 chevaux. Quant à l’effet produit par ce système d’éclairage, il est certainement assez satisfaisant, et la lampe Weston occupe une bonne place parmi les appareils d’éclairage figurant à l’Exposition. c. c. soulages.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ
- LES AVERTISSEURS D’INCENDIE
- 2° article (Voir le n° du 3 septembre).
- Je croyais en avoir fini dans le précédent article avec les avertisseurs automatiques, mais des recherches nouvelles m’ont conduit à en trouver au moins un valant la peine d’être signalé : c’est celui
- de M. Mildé. Il repose sur l’emploi des lames bi-mé-talliques, seulement, au lieu d’une lame que la température eu s’élevant amène en la courbant au contact d’une vis fixe, M. Mildé en emploie deux qui marchent l’une vers l’autre ; l’appareil y gagne en solidité, et comme, à l’aide d’un anneau à tirage, on peut faire passer à volonté entre ces deux lames une goupille qui les met en contact, l’appareil fait office de bouton de sonnerie et décape continuellement les contacts (1); c’est un moyen de contrôler constamment la conductibilité de l’ensemble. Je dois signaler à ce propos que les conducteurs avertisseurs de M. Charpentier font office de conducteurs de sonneries. Enfin je crois utile de nommer comme exposant d’avertisseurs à lame bi-métallique, MM. Mors et Chaudion.
- Je crois avoir maintenant épuisé ce sujet, je n’en réponds pas absolument, les appareils sont nombreux et les recherches assez difficiles ; on nous annonce prochainement une deuxième édition du catalogue, dans laquelle, sous le nom de chacun des exposants, on trouvera l’indication de la salle où il est; cela sera vraiment utile.
- Je passe aux avertisseurs non automatiques.
- On peut les diviser en deux classes : d’abord ceux qui annoncent simplement par un signal qu’il y a incendie et que nous appellerons systèmes à simple signal, puis ceux qui fournissent en même temps des renseignements, tels que lieu de l’accident, l’heure, etc., et que nous désignerons sous le nom de systèmes à signal complexe.
- Parmi les premiers, on peut citer le système Petit, tel que la ville de Paris l’emploie dans les maisons particulières qui en font la demande (2).
- Un circuit muni de sonneries réunit la maison au poste des pompiers; en cas d’accident, on appuie de la maison sur une clef qui met les sonneries en mouvement; elles parlent jusqu’à ce que, du poste, on ait abaissé une clef semblable; le silence des sonneries annonce que le signal est arrivé ; s’il s’agit d’un simple contrôle, on s’arrête là ; s’il y a incendie. On abaisse un levier dit levier d’alarme, ce mouvement arme un petit ressort qui, en se détendant, donne une série de contacts faisant battre à la sonnerie une sorte de rappel qui est le signal d’alarme. Comme on le voit, on n’a pas laissé aux personnes appelantes le soin de . transmettre elles-mêmes le signal; la manœuvre se réduit, pour elles, à l’abaissement d’un bouton ; on s’efforce, en général, de simplifier l'appel le plus possible, attendu que, dans ces moments de danger, le sang-froid peut manquer. Dans le système dont je parle, chaque maison particulière a, dans le poste, sa son-
- (1) Voir la description de cet appareil dans La Lumière Electrique du 19 mars 1881, p. 214.
- (2) Voir la description de ce système dans La Lumière Electrique du Ie1' août 1880, p. 299.
- (fig. 6.;
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- nerie spéciale, et, par conséquent, le signal annonce par lui-même où est le danger.
- L’Expositon Suédoise présente un système, dû à M. Ericson, et destiné à être employé comme service public dans les villes. A cet effet, des poteaux placés dans les rues portent une boîte signal, fermée par un carreau de vitre ; la clef de la boîte est déposée chez une personne voisine, dont l’adresse est indiquée ; en cas d’urgence, on brise la vitre et on donne le signal en poussant un bouton. Le circuit correspond dans le poste d’un gardien, avec un tableau portant quatre numéros correspondant à quatre sections de la circonscription ; le signal met en action une sonnerie, et fait paraître un numéro indiquant dans quelle direction est le feu ; la sonnerie parle jusqu’à ce que le gardien ait ouvert la porte de la boîte où se trouve renfermé le système, afin d’accéder au bouton de sonnerie qui correspond au logis des officiers de pompiers ; il y a même un bouton permettant de mettre en mouvement une grosse cloche sonnant une sorte de tocsin.
- La section Anglaise renferme un système un peu analogue exposé par M. Bright; les poteaux de rue sont également fermés par une porte vitrée et renferment un bouton; on le tire pour donner le signal; ce mouvement, en mettant en action la sonnerie des postes, fait apparaître dans la boîte un disque rouge qui prouve que le signal est bien arrivé. De son côté, le gardien se portant à son appareil, tire à plusieurs reprises un bouton, agite le disque rouge de façon à montrer à la personne qui appelle qu’on est averti. Pour découvrir quel est le poste où se trouve le danger, on fait usage d’un cadran chercheur analogue à celui que j’ai décrit dans l’article précédent; une manette tournante interrompt le courant et arrête la sonnerie en quittant sa position de repos ; elle le rétablit au moment où, dans sa rotation, elle arrive sur le numéro correspondant au circuit mis en action,
- Le système comprend des dispositions électriques de dérivations et de résistances égales, dans l’examen desquelles il me paraît inutile d’entrer, d’autant mieux qu’elles ont été déjà décrites dans ce journal, n° des icr juillet 1880, et 6 juillet 1881.
- Venons aux appareils à signaux complexes :
- Tous reposent sur un même principe, qui est celui que nous avons déjà décrit dans ce journal, pour le télégraphe de quartier. Je rappelle, en peu de mots, en quoi il consiste. Un ressort quelconque, rendu libre quand on donne le signal, fait faire un toùr à une roue ; celle-ci a sa tranche armée de dents qui, dans le défilement de la roue, produisent des contacts électriques ; on les dispose en nombre et en distance, de façon à former sur une bande d’appareil Morse, par exemple, une série de points et d’espaces, indiquant le poste qui expédie, et même, à l’aide d’une aiguille mobile, on peut varier la
- série, d’un certain nombre de façons, correspondant à des indications spéciales; je ne reviendrai pas plus complètement sur cet appareil, qui constitue évidemment un très bon indicateur, d’autant qu’on en peut placer un grand nombre indépendamment sur le même circuit ; on le trouvera dans la section américaine.
- Voici les applications faites de ce principe au point spécial qui nous occupe :
- M. Collin joint le signal à son contrôleur des rondes. Le surveillant, en passant devant l’appareil, trouve un ressort qui doit être toujours armé, il n’a qu’à le lâcher pour faire partir, au poste central, le signal d’alarme qui est donné par une grosse sonnerie allemande, à mouvement mécanique, et pour envoyer en même temps le numéro du poste où il se trouve. Afin d’éviter que par oubli le ressort se trouve détendu, un verrou particulier ne permet à l’homme de ronde de prendre son contrôle que si l’appareil est prêt à parler. D’autre part, l’horloge qui mène le système s’arrête au moment où le signal d’incendie est donné, fixant ainsi l’heure où le danger a été signalé. Ce système est adopté dans le théâtre de l’Opéra (1).
- La section Allemande montre un petit appareil de M. Gurlt; une petite manivelle peut se placer sur quatre points, envoyant avec le n° du poste les indications ; « petit feu, feu moyen, grand incendie, grand danger. » C’est le principe ci-dessus, appliqué très simplement.
- Dans la section Belge, on trouve d’abord le système employé à Gand; il est dû à M. Welsch; les postes sont dans les rues et correspondant aux horloges publiques; un cordon placé dans une boîte, met en mouvement un télégraphe de quartier donnant le n° du poste ; en même temps l’horloge s’arrête enregistrant l’heure du signal.
- Mm0 Devos, expose dans la même section, un système qui ne diffère en rien du télégraphe de quartier ordinaire, et sur lequel je n’insiste, pas.
- Il convient de signaler une disposition due à M. Barthelous et qui paraît ingénieuse. On n’en peut trop juger, l’appareil est fermé, et personnelle peut fournir de renseignements ; néanmoins d’après une description assez vague laissée par l’auteur, on peut considérer cet appareil comme un télégraphe de quartier pouvant être mis en mouvement soit à la main, soit par un déclanchement dépendant d’un système électrique relié à des avertisseurs du système Brasseur que j’ai déjà décrit; l’appareil serait donc à la fois volontaire et automatique. Dans ce dernier cas, les habitants de la maison sont avertis par leur propre sonnerie en même temps que le signal d’alarme est donné au poste central. Le sys-
- (1) Voir la description de ce système dans l’Exposé des applications de l’Electricité de M. Tli. du Monccl,t.V,p. 273.
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- lème peut d’ailleurs s’accommoder de toute espèce d’avertisseur automatique. Cette combinaison, si elle est bien celle de M. Barthelous semble ingénieuse et susceptible d’être généralisée, elle pourrait rendre des services.
- FRANK GERALDY.
- SUR LE RENDEMENT
- DES
- MOTEURS ÉLECTRIQUES
- En 1878, Marcel Deprez, ayant placé un petit barreau de fer doux dans le champ magnétique d’un électro-aimant Faraday, montra que, pour neutraliser complètement la puissante attraction de cet électro, il suffisait qu’un courant électrique circulant autour de ce barreau, le polarisât en sens inverse du gros électro-aimant.
- En montant sur un axe ce petit électro-aimant, dont le fer pesait 5o à 60 grammes et en le munissant d’un commutateur, il obtint un moteur électrique donnant plus d’un kilogrammètre par seconde.
- Cette expérience frappa à l’époque tous les physiciens qui n'avaient l’habitude de voir, en fait de moteurs électriques, que les énormes machines de Froment ayant un poids si considérable pour un rendement si faible.
- Marcel Deprez, par .cette belle expérience, posa les deux principes fondamentaux qui doivent présider à la construction de tout moteur électrique.
- i° Donner une faible masse à l’électro-aimant mobile.
- 2° Aimanter d’une façon permanente les électroaimants inducteurs et les faire très gros par rapport à l’électro-mobile. On faisait précisément l’inverse avant lui (Chûtaux, Camacho), on avait de gros électro-aimants que l’on aimantait successivement, ce qui donnait à la rupture un extra-courant brûlant tous les balais. De plus, l’attraction se faisait à distance, sur des palettes mobiles en fer doux; on était donc dans jes plus mauvaises conditions possibles.
- Il y avait quelque mérite alors à proclamer ces vérités qui sont aujourd’hui devenues banales.
- Poursuivant ses idées, Deprez adopta comme électromobile la bobine de Siemens ; en la plaçant entre les branches d’un puissant électro-aimant, il réalisait les conditions de sa première expérience, et montrait que la machine Ladd ou Siemens peut devenir un excellent moteur.
- Elle doit pourtant subir à cet effet quelques modifications. C’est alors que Deprez supprima l’épanouissement polaire des électros fixes, et montra l’influence considérable du calage des balais, influence non soupçonnée jusque-là.
- On s’était servi de la machine Ladd comme générateur, mais personne n’avait eu l’idée de l’étudier comme moteur. Elle eut d’ailleurs été très mauvaise pour ce but, si elle n’avait pas subi les modifications précédentes. On voit, par conséquent, la suite des considérations théoriques qui ont guidé M. Deprez. J’ai suivi avec le plus vif intérêt toutes les phases de cette évolution, et je tiens à les rappeler par un sentiment de justice distributive qu’on néglige un peu trop, ce me semble, par le temps qui court.
- En eftet, depuis cette époque, les idées de Marcel Deprez ont fait leur chemin. Chaque jour voit éclore un moteur électrique nouveau, ou du moins prétendu tel par son inventeur qui a mis plus ou moins bien à profit les données précédentes.
- Il est regrettable de voir certaines personnes lancer à chaque instant l’immortel Eupr,/« d’Archimède pour avoir changé une vis, ou apporté une modification plus ou moins excentrique aux inventions d’un contemporain. Le fait incontestable, c’est qu’avant les travaux de Marcel Deprez il n’existait aucun petit moteur électrique à bobine de Siemens, et que, depuis, tous ceux qui ont été faits sont à bobine Siemens plus ou moins modifiée
- Ce simple fait tranche pour les hommes de science la question de priorité.
- Les considérations présentes ne s’appliquent pas à la machine Gramme, à laquelle je fais une place tout à fait à part comme moteur, ainsi qu’on le verra dans la suite.
- Comme il arrive de toute notion qui passe du laboratoire dans le domaine public, c’est-à-dire d’un milieu qui proclame la vérité et flétrit la réclame, dans un milieu simplement empirique, nous voyons se produire au sujet de ces moteurs les affirmations les plus étranges.
- On brouille avec une désinvolture comique les notions les plus élémentaires de la mécanique. Les ternies si clairs d’effort statique, de travail, de rendement, sont rendus synonymes sous les plumes habituées plutôt à rédiger des réclames que des notices scientifiques. On veut nous donner le rendement d’un moteur en nous faisant connaître seulement le travail qu’il produit (travail mesuré Dieu sait comme). Quant au travail qu’il absorbe sous forme d’énergie chimique, le travail moteur, comme on le définit en mécanique, ils n’en est pas question. Nous savions jusqu’à présent que le rendement d’un moteur quelconque est égal au rapport du travail absorbé (travail moteur), au travail régénéré (travail utile). Il paraît que tout cela est changé et qu’il suffit de connaître le travail utilisable pour avoir le rendement. Ainsi, peu importe qu’un moteur électrique dépense 10, 20 ou 3o kilogram-mètres par seconde, sous forme d'énergie chimique, pourvu qu’il en rende 7 sous forme d'énergie
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- mécanique-, il paraît que son rendement n'en est pas affecté.
- Je ne m’arrêterai pas à discuter plus longtemps le peu de valeur des nombres donnés dans de semblables conditions. Ils montrent simplement la nécessité d’expériences de contrôle entreprises scientifiquement et poursuivies à l’aide de procédés exacts, dans le détail desquels il ne faut pas craindre d'entrer, pour que les intéressés puissent les répéter au besoin.
- Comme je l’ai dit dans un précédent article sur les piles, j'ai accumulé depuis trois ans un grand nombre d’expériences de cette nature. J’ai mesuré très exactement le rendement (pris dans son sens scientifique) des différents moteurs électriques que j’ai pu avoir entre les mains. Ces mesures ont porté sur la machine Ladd, transformée en moteur par Deprez, sur le moteur Deprez, avec les différentes formes adoptées par l’inventeur, et 'enfin sur la machine de Gramme à aimant, telle qu’elle se présente dans les deux modèles de laboratoire.
- J’ai repris mes anciennes expériences que je viens de répéter avec les procédés les plus perfectionnés, au Collège de France.
- J’ai expérimenté seulement sur les moteurs mentionnés ci-dessus, n’en ayant pas eu d’autres à ma disposition. J’espère que l’Exposition me permettra de combler cette lacune pour les petits moteurs dont la force ne dépasse pas io kilogrammètres, et que les inventeurs qui ne craignent pas la vérité voudront être renseignés sur la valeur respective de leurs moteurs.
- Je diviserai d’abord les moteurs électriques en deux classes :
- i° Les moteurs à aimant permanent;
- 2° Les moteurs à électro-aimant.
- Ce n’est pas là une classification purement arbitraire, faite pour la facilité de l’exposition du sujet, comme on pourrait le croire à priori.
- Cette division est basée sur l’expérience, comme on le verra par la suite ; elle est motivée par ce fait que : le rendement des moteurs à aimants permanents est plus élevé que celui des moteurs à électroaimants. On verra qu’il ne peut en être autrement.
- [A suivre.) Dr a. d’arsonval.
- BIBLIOGRAPHIE
- MANUEL ÉLÉMENTAIRE D’ÉLECTRICITÉ
- Par le professeur Fleeming Jenking
- Suite (Voir le numéro du 3 septembre).
- D’autre part, à la page 41 et plus loin dans l’ouvrage, la nécessité de tenir compte de l’action de chacun des corps situés dans le voisinage, est très nettement indiquée à l’étudiant, il est prévenu que
- la position de son corps, de ses mains même, modifie la forme de l’enveloppe non isolante.
- Nous eussions préféré voir traiter le cas général tout d’abord, puis les cas exceptionnels, de façon à éviter que le débutant ne commence par se mettre dans la tête et généraliser, à son détriment, des règles simples qui ne sont vraies que dans des cas exceptionnels, telles que celle-ci : si on élève le potentiel d’une des armatures d’un condensateur isolé, celui de l'autre armature s’élève dé la même quantité.
- Nous sommes heureux de trouver, à la page 21, non-seulement l’assertion suivante : « L’expression tension a été employée par divers écrivains et en differents sens », mais aussi une définition exacte de la signification du mot tension électrique qui serait « une force, calculée par unité de surface, tendant à rompre la surface du corps chargé », définition qui, si elle était rigoureusement admise, éviterait toute confusion entre la différence du potentiel et la force électrique.
- Au paragraphe concernant les propriétés peu isolantes des supports de verre dans l’air ordinaire, l’auteur a négligé, probablement en vue de la brièveté, de signaler la méthode moderne introduite par sir William Thomson, et qui consiste à placer tout support de verre dans une atmosphère artificiellement desséchée par l’acide sulfurique ou par d’autres matières hygrométriques, au lieu de recommander simplement à l’élève de chauffer les supports de verre ou bien de les recouvrir d’une couche de gomme-laque. Aujourd’hui, il n’y a pas grande difficulté à exécuter la plupart des expériences sur l’électricité statique, sans avoir recours aux vieux procédés, fers chauds, briques, etc., pour dessécher une chambre entière où tout au moins l’espace entourant la table d’expériences, dans le but de conserver les propriétés isolantes de deux ou trois supports. Rien, en effet, ne s’oppose à ce que les feuilles d’or d’un électroscope ne soient suspendues par une tige de verre entièrement renfermée dans la cloche de verre, et maintenue sèche par un vase d’acide sulfurique placé sous cette dernière, tandis que la partie métallique, qui sert à charger les feuilles d’or, ne fait que traverser, sans le toucher, le col de la cloche.
- Dans ces conditions, la cloche peut être entièrement couverte avec des feuilles d’étain pour protéger les feuilles d’or contre l’induction extérieure, en ne laissant que de petits orifices pour voir au travers, alors l’isolation de l’appareil est nécessairement si parfaite, qu’il n’y a aucune perte perceptible de la charge pendant plusieurs heures, même avec un temps très humide.
- Mais autant que nous pouvons le savoir, MM. Pa-terson et Cie de Londres sont les seuls qui fassent des électroscopes à feuilles d’or, très sensibles, par ce moyen, et nous n’avons vu, dans aucun ouvrage,
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- des gravures ou des remarques indiquant qu’un élec-troscope ne doit pas être construit en supportant les feuilles d’or par une tige de verre ou d’ébonite, fixée dans le col de la cloche de verre.
- L’explication que le professeur Jenkin donne du rechargeur de Thomson, à la page 46, est très simple et très convaincante, et nous la recommandons aux élèves qui, au milieu des descriptions compliquées, généralement données dans les livres, sur l’action de la machine de Holtz, échouent généralement à saisir le principe fondamental, sur lequel repose le fonctionnement de toutes les machines à induction électrique.
- Il est si facile d’expliquer les attractions électriques par la théorie des électricités positives et négatives, que le professeur Jenkin s’est servi de cette méthode, comme1 la plupart des écrivains ; mais il nous semble qu’à l’article 12, qui rend bien compte des attractions dues à l’induction, il aurait pu donner aux commençants des notions bien plus exactes si, après sa première explication basée sur l’hypothèse précédente, il avait signalé les diverses théories qui ont été faites pour expliquer les mouvements des corps électrisés. Les phénomènes électriques qualitatifs sont généralement expliqués par l’hypothèse des deux fluides, et les phénomènes quantitatifs, par celle d’un seul fluide; mais la théorie mathématique, telle qu’elle est généralement étudiée, a ce défaut que les attractions apparentes des corps chargés, ne peuvent être expliquées par la simple hypothèse d’un seul fluide électrique ou d’une substance, dont chaque molécule repousse l’autre avec une force inversement proportionnelle au carré de la distance, hypothèse qui appartient à la théorie mathématique ordinaire.
- Nous pensons que dès le début d’un ouvrage, même élémentaire, l’étudiant doit être amené à se représenter toutes les actions électriques comme résultant d’une tension du milieu isolant, de façon qu’il ne puisse être amené à concevoir ce que la plupart des commençants admettent si facilement, c’est-à-dire un corps électrisé existant seul dans l’espace.
- Si l’électrisation se présentait à eux comme un ressort tendu entre deux corps électrisés également et de noms contraires, ce qui doit toujours exister, ils ne pourraient pas plus se figurer un corps chargé d’une électricité unique, existant seule, qu’ils ne pourraient concevoir un ressort tendu par un poids pendu à l’une de ses extrémités, tandis que l’autre extrémité ne serait fixée à rien.
- Il semble qu’il ne soit pas venu à l’esprit de ceux qui emploient la théorie d’un seul fluide, qu’un conducteur non chargé, ce qui, dans cette théorie, veut dire un conducteur normalement chargé d’une électricité uniformément répandue dans ce corps, ne représente pas une condition d’équilibre électrique possible, à moins que nous n’admettions une densité volumétrique uniforme d’électricité dans
- toute la partie du corps qui est généralement considérée comme non chargée; en d’autres termes, si l’absence d’électricité à l’intérieur d’un conducteur chargé veut simplement dire densité normale, tandis que la charge à la surface voudrait dire excès ou, manque de densité. Alors, dans tout l’espace, sans limite, il doit exister une distribution uniforme d’électricité de densité normale, pour maintenir une distribution normale à l’intérieur des conducteurs.
- Le chapitre 28 sur l'électricité atmosphérique n’est pas très clair : l’opinion que, par un beau temps l’air est généralement chargé d’électricité positive et la terre électrisée négativement par induction, est tout-à-fait contraire à tout ce que l’élève a précédemment appris sur l’impossibilité de l’action inductrice d’une enveloppe sur l’espace qu’elle couvre. Il y a eu beaucoup de discussions sur la valeur relative des pointes et des boules à l’extrémité des paratonnerres, et, la plupart du temps, nous pensons qu’il n’en est rien résulté. Quand une grande quantité d’électricité est déchargée subitement, il est indubitable qu’une pointe ou une boule présentent la même efficacité, et nous sommes disposé à penser que, si on faisait agir de plus grandes quantités qu’on ne le fait généralement dans les expériences d’électricité statique, on trouverait quelaboule est plus efficace et qu’elle l’est d’autant plus qu’elle est plus grosse à cause de sa plus grande capacité électrique.
- Mais pour remplir le second but du paratonnerre, c’est-à-dire pour dissiper ou neutraliser l’électricité d’un nuage dans un certain cercle autour de la tige, la pointe sera probablement plus efficace que la boule.
- La question, très discutée, de savoir si la résistance d’un paratonnerre dépend de la section ou de la surface, n’est évidemment pas touchée dans ce manuel élémentaire. La plus grande difficulté qui s’est présentée dans cette discussion provient de la signification du mot résistance appliquée au paratonnerre ; car si le mot résistance ne signifie qu’une opposition à un courant continu, alors, en effet, la surface n’intervient en rien, puisque la résistance d’un métal donné à une température constante ne dépend guère que de sa longueur et de sa section, mais si, par résistance, on entend l’opposition à une décharge instantanée d’électricité, alors il n’y a également aucun doute que la diminution du coefficient d’induction propre, provenant de l’augmentation de surface donnée au conducteur, doit nécessairement diminuer sa résistance.
- En effet, l’équation bien connue de l’établissement d’un courant montre exactement combien la résistance d’un paratonnerre, vis-à-vis d’une décharge subite, est diminuée par l’établissement du coefficient d’induction propre dès que la surface est augmentée.
- La fin du second chapitre est entièrement bonne;
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- les sensations que pouraient nous faire éprouver la grandeur des phénomènes électriques, si nous avions un sens électrique, y sont fort bien et même poétiquement décrites. Nous avons souvent désiré avoir l’œil du chat pour voir dans l’obscurité ; nous voudrions avoir maintenant sa moustache qui, selon l’auteur, doit avoir assez de sensibilité pour percevoir une électrisation ordinaire. Rien, peut-être, ne peut mieux montrer les améliorations qui, dans ces dernières années, ont été réalisées dans les appareils de mesures électriques, que le fait suivant : tandis que, autrefois, c’était seulement après avoir séché avec soin le bâton de verre qu’on pouvait lui faire produire, par frottement, assez d’électricité pour influencer les instruments du genre de ceux qui sont encore décrits dans la plupart de nos livres, la difficulté, aujourd’hui, est de trouver un corps dans lequel un électromètre délicat ne fera pas reconnaître une charge électrique produite par un contact antérieur avec une matière hétérogène.
- « Nous apprenons, dit l’auteur en terminant ce « chapitre, que les phénomènes électriques ne sont « pas isolés, mais forment un groupe dans la grande « série des effets dûs à un milieu impondérable, « dans lequel, et par lequel la matière existe ; la lu-« mière, l’électricité, la chaleur, la pesanteur dépen-« dent de ce milieu, et se relient d’une manière « quelconque l’une à l’autre et avec la matière « inerte. Il reste encore beaucoup à faire pour « rendre cette liaison bien claire ; mais nous com-« prenons déjà la connexité des phénomènes élec-« triques l’un avec l’autre, et, par ces mots, nous en-« tendons que les conditions d’un problème d’électri-<t cité peuvent être posées numériquement, que « tout résultat électrique peut être exprimé en « chiffres, et que l’on peut mutuellement calculer, « ou voir la possibilité de calculer le rapport entre « les données et leurs conséquences. »
- Vf. E. AYRTON.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- La réfraction de l’électricité
- M. Alfred Tribe, qui a publié dans ces dernières années une série d’intéressantes recherches d’électro-chimie, vient de présenter à la Société Royale de Londres, un important travail dans lequel il démontre que l’électricité, comme la lumière, la chaleur etle son, est susceptible de présenter le phénomène de la réfraction.
- Quand un courant traverse un électrolyte entre deux électrodes parallèles et de grandeur égale à la section de l’électrolyte, le mouvement moléculaire
- produit, se fait suivant une direction perpendiculaire à la surface des électrodes. M. A. Tribe a pensé que si l’électrolyte était composé de deux milieux de conductibilité différente, la direction du mouvement électrique serait déviée, comme l’est un rayon lumineux, au passage d’un de ces milieux dans l’autre. Pour vérifier cette idée, il a placé dans une cuve électrolytique, obliquant à ladirection des électrodes, un vase poreux à faces parallèles, contenant un liquide plus étendu et par suite moins conducteur que celui de la cuve. Le courant une fois établi, il a étudié, par une méthode d’analyse spéciale, la direction du mouvement électrique dans les différentes parties de la cuve. Dans le liquide plus conducteur de> la pile, la direction du mouvement s’est trouvée perpendiculaire aux électrodes, mais dans le liquide moins conducteur du vase poreux, cette direction a été changée et s’est rapprochée de la normale à la surface de séparation. Les choses se passent donc comme dans le cas de la lumière, de la chaleur et du son, etM. Tribe a confirmé cette conclusion par un grand nombre d’expériences qu’il serait trop long de résumer ici.
- Nous les réservons donc pour un prochain article où nous donnerons aussi les détails de l’ingénieuse méthode d’analyse à l’aide de laquelle M. Tribe étudie la direction du mouvement électrique.
- Une curieuse cause de faute dans les lignes télégraphiques
- Un des plus grands ennuis des télégraphistes au Japon est causé par les fautes occasionnées dans les lignes par des araignées. Les arbres qui sont situés près des lignes sont remplis de ces animaux, qui établissent leurs toiles entre le sol, les fils, les poteaux, les isolateurs et les arbres. Quand ces toiles d’araignée sont chargées de rosée elles constituent un bon conducteur et les lignes sé trouvent reliées au sol. Le seul moyen d’éviter cet inconvénient est de faire balayer les fils avec des balais de bambou. Mais, comme les araignées sont plus nombreuses et plus actives que les ouvriers employés à ce travail, la difficulté n’en est pas moins sérieuse.
- Le tramway électrique de M. Siemens
- Enfin, nous avons pu monter dans l’omnibus électrique de MM. Siemens allant de la place de la Concorde au Palais de l’Exposition. Il a fort bien marché et a prouvé que malgré beaucoup de circonstances défavorables qui se sont présentées, le problème de la locomotion électrique est enfin résolu.
- Nous devons dire tout d’abord que l’omnibus en question est beaucoup plus grand, beaucoup plus lourd que celui du chemin de fer de Berlin, dont on peut voir du reste un spécimen dans l’exposition Allemande, dans la galerie des machines. C’est un
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- des véhicules de la Compagnie des tramways auquel on a adapté une machine dynamo-électrique de Siemens et qui offre à peu près l’aspect du wagon représenté figure 6 dans l’article que nous avons publié sur le chemin de fer de Lichterfelde (voir le n° du 20 juillet, p. 88). D’un autre côté, la police municipale a exigé que les rails du chemin de fer fussent disposés comme les rails des tramways, c’est-à-dire en rainures, et par suite de cette exi-geance, on n’a pu s’en servir comme de conducteurs du courant. La boue et la rouille ont même empêché de les employer comme commucation à la terre, de sorte qu’il a fallu installer sur des poteaux deux tubes à rainures accompagnant la voie à hauteur de l’omnibus, pour obtenir la liaison entre le générateur et la machine du véhicule. Cette liaison est effectuée par l’intermédiaire de deux frotteurs à roulettes qui glissent à l’intérieur des tubes et d’une double corde (renfermant les conducteurs métalliques) qui suit l’omnibus en passant à travers les rainures des tubes. En raison de la petitesse du rayon de la courbe du chemin vers la place de la Concorde, il a fallu augmenter le nombre des poteaux de soutien de ces tubes, et ce n’est qu’après de nombreux essais qu’on est parvenu à résoudre le problème qui présentait d’ailleurs de très grandes difficultés. Il est évident que ce système ne serait pas convenable pour une installation définitive, mais on n’avait pas le choix, et il a fallu en passer par les exigeances de la police municipale, qui n’a pas même voulu permettre d’adoucir la courbe, en faisant passer la voie d’un côté à l’autre de l’avenue conduisant à l’Exposition. En France, on est toujours porté à critiquer et à dénigrer, et on a cru voir dans ces retards une défaite pour l’application de l’électricité aux chemins de fer; mais en bonne justice on devrait s’en prendre aux autorités municipales et non aux électriciens. Nous supposons maintenant qu’on sera convaincu de la possibilité de la solution du problème, et nous espérons qu’on n’entendra plus les lazzis malséants qui ont accueilli les tentatives infructueuses qui ont eu lieu ces jours derniers.
- CORRESPONDANCE
- Paris, le 3i août 1881.
- Cher Monsieur et Maître,
- ,]e lis dans le n° 44 de ce journal la Correspondance suivante de M. Gravier :
- Monsieur le Directeur,
- « Je viens de voir seulement aujourd’hui dans le n" 35 du " 3o juillet 1881 de votre estimable journal, une réponse à « il ma lettre que vous avez bien voulu publier dans le » n° 3i.
- « Bien que l’on me conseille de ne pas continuer avec “ M. Cabanellas une polémique qui a pris un ton en dehors « des limites d’une discussion courtoise, je crois devoir vous
- « adresser ces quelques lignes pour clore définitivement le « débat. En m’en tenant au côté purement scientifique de « la discussion, je dirai à M. Cabanellas que des allégations « théoriques ne sont pas des faits, et qu’il ne pourra jamais « démontrer que mes observations ne soient pas exactes.
- « l’offre du reste, à M. Cabanellas de répéter, dans l’Ex-« position, les expériences que j’ai faites à Varsovie, et que •< vous avez bien voulu insérer dans le n° 23, page 399 de « La Lumière Electrique.
- Veuillez agréer, etc.
- A. GRAVIER,
- 16, rue de Grenelle-Sainl-Germain.
- Sans m’attarder à défendre le ton de mes démonstrations, ce dont le lecteur a pu juger, je dois dire que je pensais bien que mes rectifications avaient peu de chance d’ètrc agréables à M. Gravier, qui ne s’attendait pas, paraît-il, à ce qu’il fut possible, de loin, de contrôler des expériences, et de prouver que les chiffres avancés sont forcément erronés.
- Mais je croyais le débat terminé, n’ayant vu paraître aucune réponse à ma dernière lettre depuis un mois.
- Je crois qu'on a donné un bon conseil à M. Gravier en l’engageant à cesser une discussion dans laquelle il a eu manifestement le dessous, parce qu’il se trompait. Mais puisque M. Gravier a encore un doute, je lui propose de soumettre la question à un tiers-arbitre, par exemple à M. Marcel Deprez, l’auteur des galvanomètres d'intensité et de force électro-motrice dont il s'est servi dans les expériences dont il s’agit.
- Cette consultation, prise par M. Gravier, je suis avec plaisir à sa disposition pour expérimenter autant qu’il voudra.
- Veuillez agréer, etc.
- C.USTAVE CAIiANELLAS.
- FAITS DIVERS
- Le gouvernement Allemand a délégué les personnes suivantes pour prendre part au Congrès des électriciens, à Paris; le docteur Forster, de Berlin ; le docteur Brix, ingénieur des télégraphes, de Berlin ; le docteur Helmhotz, de Berlin; le docteur Weber, de Gœttingue; le docteur Wiede-mann, de Leipzig; le docteur Tœpler, de Dresde et le docteur Voiler, directeur du cabinet de physique de Hambourg.
- On nous écrit de Copenhague que M. Madsen, l’ingénieur quia posé plusieurs câbles japonais et chinois, et qui est actuellement directeur de la compagnie du Great Northern, a fait savoir que les plans de la pose d’un câble reliant l’Islande à l’Europe étaient prêts et qu’il ne restait plus qu’â se mettre à l’œuvre. Le câble d’Islande passerait par les îles Feroé, archipel danois, au nord de l’Écosse, et partirait du nord de l’Écosse, près de Thurso, dans le comté de Caith-ness. Les frais de ce nouveau câble sous-marin, entre la grande île de l’Océan Glacial Arctique et la pointe nord de l’Ecosse, sont évalués â e5o,ooo livres'sterlings. Le bureau télégraphique central danois serait établi à Reikiavik, capitale de l’Islande, et les lignes mettraient en communication Stap-pen, chef-lieu du Vester-Amt et Madruvel, chef-lieu du Nor-der Amt. Ce serait, avec celle de Norvège, la ligne télégraphique la plus septentrionale de l'Europe. On sait que les îles Shetland sont déjà reliées à l’Écosse par un câble sous-marin.
- L’Académie Irlandaise (Royal Irish Academy) a nommé délégué près du Congrès des électriciens de Paris, MM. WG F. Barrctt et G. Fitzgerald F. T. C. D.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
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- Éclairage électrique.
- La Brilish Electric Light Company vient d’organiser, à Liverpool, pour l’éclairage de cette ville, un atelier de machines électriques le plus grand, dit-on, qui ait encore été construit en Angleterre. Cette compagnie a passé un traité pour éclairer les principales rues, et, après des expériences immenses faites récemment, elle installe maintenant soixante-trois lampes qui éclaireront, sur une longueur d’environ trois milles, les artères les plus centrales. Les lampes sont placées sur des supports en fer à des hauteurs variant de 20 à 5o pieds, suivant les circonstances,, une partie de ces lampes étant reliée par des circuits souterrains, et le reste, par des conducteurs aériens ordinaires. La station des machines génératrices est située aux docks de la princesse, et est maintenant pourvue de moteurs Marshall, d’une force de vingt chevaux et d’une des machines de Ransome et Sims, de même puissance. Il y a trois séries de huit machines génératrices alternatives. Six de ces machines sont des machines Gramme H, capables chacune d'alimenter quinze foyers séparés d’une puissance de deux mille bougies; les deux autres sont de petites machines. Une seule machine de trente chevaux est suffisante pour donner la force motrice nécessaire pour les soixante-trois lampes, mais il y a une seconde machine en cas d’accident; les machines génératrices sont aussi en double...
- La reine d’Angleterre, accompagnée de la princesse Béa-trixe, et de la duchesse d’Édimbourg, vient de passer plusieurs jours au palais d’Holyrood. Comme nous l’avons annoncé, les installations d’appareils électriques avaient été faites à l’occasion de la visite de la reine Victoria dans ce vieux château, qui fut le séjour des rois d’Écosse et de Marie-Stuart. Les lumières électriques placées sur la façade étaient celles de la compagnie Crompton.
- Comme nous l’avons annoncé, la ville de Norwich, chef-lieu du comté de Norfolk, en Angleterre, a commencé des essais d’éclairage par l’électricité. Le 16 août, la place du Marché {Market Place) de cette ville a été éclairée pour la première fois avec des appareils électriques. Deux lampes seulement avaient été allumées, une sur chacun des poteaux élevés qui avaient été dressés pour cet objet. Les expériences ont été répétées le lendemain et ont été tout à fait concluantes. On se propose d’éclairer avec des lampes Swan le Post Office et Saint-Andrew’s Broad-Streets. MM. Crompton et C'°, se sont chargés de cette installation.
- Des expériences d’éclairage par l’électricité, vont avoir lieu dans le port écossais de Dundee, important par ses filatures et ses armements pour la pêche de la baleine et de la morue. A un récent meeting du comité, nommé par les commissaires du gaz de la ville, pour étudier la question de l’éclairage électrique, ce comité a exprimé à l’unanimité l’opinion que l’introduction de la lumière électrique, à Dundee, ne devait pas être laissée à une compagnie privée ou à des spéculateurs, mais devait être prise en main par les commissaires du gaz, et il a chargé son secrétaire de s’entendre avec d’autres villes et compagnies de gaz pour recueillir tous les renseignements pouvant être utiles au comité qui les étudiera dans sa première réunion. En attendant, les expériences d’éclairage par l’électricité, auront lieu sous la surveillance du Directeur, de l’usine à gaz de Dundee.
- VElectrician apprend que le grand port de Belfast, en Irlande, est maintenant en partie éclairé par l’électricité. La semaine dernière, quatre lampes posées par MM. R. E. Crompton et CiB, sur le quai Donegall, ont été allumées pour la première fois, et ont donné une lumière qui a été trouvée satisfaisante.
- Une nouvelle compagnie intitulée : « l’Anglo-coIonial Electric Light Company », vient de se fonder, au capital de 8.000 livres sterling. Cette compagnie se propose d’exploiter pour l’Angleterre, l’Inde et diverses possessions britanniques, les brevets accordés à Léonard-Jules Bouteilloux, M. D. et Y. Laing, tous les deux de Paris, brevets qui ont trait à des perfectionnements dans les appareils ou les procédés destinés il produire la lumière électrique.
- La nouvelle tour du Phare de Planier, située dans les Bouches-du-Rhône, près de Marseille, vient d’être achevée ; l’ingénieur en chef du service maritime annonce qne le bâtiment des machines destinées à produire l’éclairage électrique étant également terminé, l’éclairage de ce phare par l’électricité va commencer. C’est là un événement pour les marins, le long de nos côtes méditerranéennes ; ce sera aussi le premier pas fait dans l’application du système général d’é-claiçage électrique des côtes de France qui, comme on le sait, est définitivement adopté.
- A Melbourne (Australie) on se sert, maintenant, de la lumière électrique pour éclairer le Dock Alfred Graving.
- L’éclairage par l’électricité, commence à être adopté en Hollande. A la Haye, à Utrecht, à Amsterdam, à Rotterdam, des lampes du système Siemens ont été installées et fonctionnent d’une manière satisfaisante.
- Téléphonie.
- Encore une ville d’Angleterre qui adopte le téléphone. A Cantorbery, capitale du comté du Kent, et siège du premier archevêché du royaume, des communications téléphoniques vont être établies entre l’usine à gaz de Castle-Street et les bassins hydrauliques de Wincheap. Le fil aura une longueur de douze cents yards et sera conduit sous le sol dans des tubes en fer.
- M. Bède, qui a été un des premiers à introduire le téléphone en Belgique, vient de faire paraître un livre, intitulé : Histoire des Téléphones.
- Un nouveau genre de vol, le vol au téléphone contre lequel les Compagnies ou Sociétés de téléphone doivent être être mises en garde, est signalé par les journaux de Bruxelles. Dans cette capitale, un faux employé d’une Compagnie de téléphone, âgé d’environ de vingt-cinq ans, s’est présenté ces jours derniers dans diverses maisons, pourvues d’appareils téléphoniques, s’est fait conduire à l’endroit où se trouvait le téléphone, a fait semblant d’inspecter et de retoucher l’instrument, puis a réclamé, en sa qualité d’employé de la Compagnie, une somme variant de trois à cinq francs. Cette somme, disait-il, lui était due pour avoir réglé l’appareil.
- La Société des téléphones vient d’inaugurer au Havre son service de petits fadeurs ou commissionnaires pour courses ou port de petits paquets, dépêches télégraphiques, échantillons, etc. Ce service est mis à la disposition des abonnés aux prix de o lr. 5o la course pour les trajets ordinaires, compris entre certaines limites; la réponse est portée à domicile au taux de o lr. 25. En dehors de ces limites fixées d’avance par la compagnie, les prix ci-dessus sont doublés.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de Flcurus. —(49a).
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- La Lumière Electrique
- journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÈNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 10 SEPTEMBRE 1881 N» 47
- SOMMAIRE
- Exposition internationale d’électricité. — Les enregistreurs électriques ; Th. du Moncel. — Météorographe dé M. Van Rysselberghe ; F. Géraldy. — Charbons à lumière (2e article), charbons Napoli; M. Leblanc. — La réfraction de l’électricité ; A. Guerout. — Revue des travaux récents en électricité. — Moteur de M. Griscom. — La première idée des télégraphes harmoniques. — Du vieux neuf. — Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LES ENREGISTREURS ÉLECTRIQUES
- La faculté que possède l’électricité de fournir des signaux écrits à distance, sous l’influence d’une cause mécatiique ou physique quelconque, réagissant comme organe transmetteur, et qui peut être extrêmement faible ou fugitive, la promptitude d’action de ce fluide et la manière facile, dont on peut provoquer son action, ont pu être utilisés avantageusement pour les observations scientifiques, soit pour remplacer l’observateur lui-même et lui éviter l’ennui d’une attention trop soutenue, soit pour permettre l’appréciation d’intervalles de temps infiniment courts, soit pour suppléer à la vue dans certaines expériences délicates exigeant une grande précision, soit pour conserver les traces d’actions mécaniques fugitives et variables. Ce sont ces applications auxquelles se rapportent les chronographes électriques, les enregistreurs météorologiques, les enregistreurs des niveaux d’eau, les enregistreurs des improvisations musicales, les enregistreurs-contrôleurs et les enregistreurs des phénomènes physiques, chimiques ou physiologiques.
- Aux premiers de ces appareils se rapportent ceux employés dans l’artillerie pour l’étude de la balistique et ceux qui ont été mis à contribution par les astronomes, soit pour la détermination des différences de longitude entre différents points du
- globe ou pour la formation des catalogues d’étoiles, soit pour la détermination de la vitesse de la lumière ; aux seconds appartiennent les anémographes, ther-mométrographes, barométrographes, udométrogra-phes, psychrométrographes, séismographes, les météorographes en un mot; aux troisièmes, les ma-réographes, les hydrotimétrographes, etc., etc. ; aux quatrièmes, les phonographes, mélographes, etc. ; aux cinquièmes se rattachent les enregistreurs des manœuvres et des rondes de nuit aux chemins de fer et aux postes de police ou d’incendie, les enregistreurs des mouvements de flexion des ponts, etc.; aux sixièmes, les enregistreurs des effets physiques ou chimiques continus, dans les observations de longue haleine, enfin les enregistreurs de certains mouvements physiologiques ou de certaines excitations électro-physiologiques, etc., etc.
- La plupart de ces applications sont représentées à l’Exposition d’une manière fort intéressante, et, pour qu’on puisse les suivre avec méthode, nous allons les passer en revue dans l’ordre que nous avons indiqué ; mais nous devrons, dès maintenant, faire ressortir les plus importantes d’entre elles ou, du moins, celles qui présentent les plus remarquables appareils.
- Au point de vue des combinaisons et des effets mécaniques réalisés, les enregistreurs les plus remarquables sont bien certainement le météorographe imprimeur de M. Théorel d’Upsal, admirablement construit par M. Sœrensen de Stockolm, et qui avait déjà fait, à l’Exposition de 1878, l’admiration des physiciens et des mécaniciens ; en second lieu, le météorographe de M. Van Rysselberghe construit par M. Schubart, qui figure à l’exposition Belge et qui est aujourd’hui installé dans plusieurs villes de la Belgique. Nous devrons consacrer à ces appareils quelques colonnes de notre journal, bien que les météorologistes ne semblent pas y attacher une très grande importance, car on y trouve la solution d’une foule de problèmes de mécanique électrique qui peuvent se présenter souvent dans les applications de l’électricité; et d’ailleurs, nous croyons que MM. les météorologistes, à force de vouloir faire de la précision, se noient dans les détails et perdent souvent de vue les effets principaux qui,
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- seuls, peuvent donner une idée nette des phénomènes atmosphériques. Or, ces effets généraux se trouvant enregistrés, d’une manière continue, en beaucoup d’endroits, avec les instruments dont nous parlons, on se trouve en possession d’un œil gigantesque qui peut suivre tous les mouvements de l’atmosphère comme si l’observateur planait au-dessus. On a encore l’avantage, en employant ces systèmes, de pouvoir suivre la marche des phénomènes atmosphériques en des points inaccessibles où il serait impossible d’observer, et qui peuvent être très éloignés du lieu où les enregistrations s’effectuent, au sommet de montagnes très élevées, par exemple, ou sur des ballons captifs.
- Puisque nous en sommes aux enregisteurs météorologiques, nous commencerons notre revue par ces sortes d’appareils qui présentent quelques types importants à l’exposition. C’est ainsi que nous trouvons, à l’Exposition Américaine, des ané-mométrographes (*), des barométrographes et des udométrographes imaginés par M. Gibbons, et qui ont été installés à l’office des signaux de Washington. Ces appareils ont été surtout combinés pour des observations à distance, c’est-à-dire, pour les cas où les transmetteurs sont éloignés des récepteurs-enregistreurs. Nous décrirons ces systèmes qui présentent aussi des dispositions mécaniques intéressantes.
- A l’exposition Autrichienne, nous trouvons un anémométrographe de M. Schaeffler qui enregistre la vitesse du vent en chiffres et en kilomètres parcourus; un ombrométrographe, du même auteur, pouvant enregistrer des hauteurs d’eau de omm,25 ; un anémographe indiquante direction du vent enlettres; un barographe enregistrant les courbes des variations de la pression barométrique ; un chronométrographe indiquant la marche des traces météorologiques ; un thermographe fournissant des courbes et un appareil automatique pour enregistrer les valeurs météorologiques.
- A l’exposition Suisse, on remarque plusieurs beaux enregistreurs météorologiques, construits par MM. Hasler et Hipp. Le premier a exposé un ané-mo-ombrographe, un barographe, un hygrographe et plusieurs thermographes ; le second, deux modèles différents de thermométrographes à pointe sèche, fondés sur l’emploi de thermomètres métal-liques.
- En Italie, où ce sont les tremblements de terre qui préoccupent le plus les météorologistes, on rencontre des séismographes enregistreurs, des protoseismographes et des myoroseismographes, 'dont nous aurons occasion de parler plus tard.
- Dans l’Exposition française, les enregistreurs
- (i) Les anémométrographes, anémographes électriques, etc*, ont été combinés pour la première fois par moi en i852.
- météorologiques brillent par leur absence, bien que plusieurs constructeurs et inventeurs en aient combiné de nombreux modèles. On dirait que l’anathème des météorologistes a arrêté l’élan qui s’était manifesté, il y a quelques années. Nous sommes étonné de ne pas y voir l’électromètre enregistreur de M. Mascart qui, habilement construit par M. Ré-dier, est un appareil très intéressant. Nous n’y voyons même pas les nombreux anémographes qui figuraient, en 1878, dans l’Exposition de M. Hardy, et dont plusieurs sont en usage en différentes stations météorologiques. On en trouve cependant des modèles aux expositions de MM. Collin, Bre-guet, Jacquemie'r, Saint-Loup, etc., mais ils sont peu importants comme dispositifs électriques. Les appareils de ce genre qu’on rencontre le plus, sont des thermométrographes qui se voient à différentes expositions, notamment à celle de M. Dhamelincourt, et des barométrographes qui figurent aux expositions de MM. Guichard, Hayet et Lignereux, Lathoud, etc. En somme, peu de choses auprès de ce qu’on avait vu aux autres expositions.
- Les chronographes ont été plus étudiés, et surtout plus appliqués, car on les retrouve dans les diverses expositions, avec des fonctions très différentes; mais c’est surtout à l’Exposition du Ministère de la Marine Française qu’ils se font remarquer avec les dispositions les plus ingénieuses. On y retrouve, en effet, tous les beaux appareils que MM. Sebert etDeprez ont construit pour l’étude de la balistique et des effets produits dans le tir des canons et autres armes à feu. C’est ainsi que l’on voit le chronographe enregistreur auquel M. Deprez a appliqué les organes traceurs dont il a parlé dans ses derniers articles ; les appareils appelés véloci-mètres chronographes, disposés pour la. mesure des pressions développées par les gaz de la poudre; les appareils pour la mesure des retards d’inflammation de la poudre ; les accélérographes avec enregistreurs commandés par un diapason électrique, pour la mesure des pressions développées dans une éprouvette de poudrière; les chronographes de chute, avec enregistrement électro-magnétique ; les balances manométriques ; les vélocimètres pour la mesure de la loi du recul dans un canon de fusil ; les projectiles enregisteurs, etc., etc. Plusieurs de ces appareils se retrouveront encore dans l’exposition de M. Carpentier.
- Parmi, les autres chronographes exposés, nous distinguerons celui que M. Cornu a combiné pour la détermination de la vitesse de la lumière, que l’on voit à la salle 20, (à l’exposition de M. Breguet); ceux que M. Lœwy a disposés pour la détermination des différences de longitude (même salle); celui de M. Wolff pour la détermination des erreurs personnelles ; celui de M. Bontemps établi pour la recherche des dérangements dans les tubes pneumatiques (pavillon des télégraphes); celui de M. Liais
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- pour les observations astronomiques, que l’on voit | à l’exposition, de M. Deschiens, salle C; ceux de MM. Mercadier, Deleuil, Duboscq, qui sont assez sensibles pour enregistrer des millièmes de seconde; ceux de M. .Marey qui permettent d’inscrire les flux successifs de la torpille et d’en déterminer le retard.
- Dans les expositions étrangères, on trouve encore, du moins dans la section Belge, les chronographes de M. Gloesener. et celui de M. Boulengé pour l’étude de la balistique, que l’on retrouve dans plusieurs expositions françaises, notamment dans celles de MM. Dumoulin-Froment et Deleuil; dans la section Suisse, ceux de Hipp et de Hasler ; dans la section Italienne celui de M. Cavignato etc. etc., sans parler des chronographes historiques qu’on retrouve dans les expositions de M. Wheatstone et d’autres.
- Après les chronographes, nous aurons à signaler les enregistreurs des niveaux d’eau, que j’ai combinés pour la première fois en i855. Il en existe plusieurs systèmes aux sections Allemande, Française, Anglaise et Autrichienne ; mais le plus souvent ces sortes d’appareils ne sont que des indicateurs à aiguille, employés pour faire connaître à tout moment, à distance, la hauteur de l’eau dans les réservoirs d’alimentation des villes ou des chemins de fer, ou pour indiquer les variations du niveau de l’eau dans les rivières sujettes à des inondations. Nous avons publié déjà plusieurs articles à ce sujet, dans nos numéros des i5 mai, i juin 1880, 8 janvier, 2 et 9 avril 1881 ; nous n’y reviendrons donc pas en ce moment, et nous nous contenterons de signaler les systèmes exposés, quitte à revenir plus tard en détails sur celui de M. Grivolas dont la disposition présente quelqu’intérêt et qui est appliqué à Avignon.
- Parmi les systèmes exposés, nous citerons ceux de M. Siemens, dont l’un est fondé sur le même principe que le mien, mais dont la disposition mécanique est très différente et bien entendue, nous en parlerons quelque jour; celui de M. Shaeffler, celui de M. Rizet auquel on a donné le nom de Telhy-dromètre électrique; celui de M. Sainte; celui de M. Grivolas; un appareil placé dans le pavillon Anglais du poste office; un appareil exposé par MM. Mocquery et Collin; un autre de M. Collin, un autre de M. Boulay qui se trouve dans l’exposition de M. Dumoulin; enfin un autre de M. Crepin exposé par M. Lepaute, qui est installé au port de Gravelines.
- Les autres enregistreurs ont des fonctions diverses. Sans parler du mélographe ou piano enregistreur de M. Carpentier que nous décrirons avec détails, nous signalerons ceux de M. Napoli qui permettent, l’un d’enregistrer les courbes des forces magnétiqes aux divers points d’un champ magnétique, l’autre de contrôler les rondes de nuit au chemin de fer de l’est; ceux de M.Mildé qui enregistrent les chemins
- parcourus par une voiture; ceux de M. Mirand qui çontrôlent le passage des trains de chemin de fer; ceux de MM. Bisson, Merle, Vérité, Breguet qui peuvent être appliqués à différents usages, et qui présentent quelques dispositions particulières. Ainsi l’un des appareils de M. Breguet est muni d’un régulateur de vitesse de M. Vilarceau très perfectionné ; un autre, celui de M. Bisson, fonctionne dans deux sens différents avec un seul fil. On rencontre, du reste, dans les expositions des chemins de fer quelques enregistreurs appliqués aux services de de la voie qui sont plus ou moins intéressants, particulièrement celui que l’on aperçoit à l’exposition du chemin de fer du Nord, près de la galerie des machines.
- Beaucoup de ces appareils sont déjà connus et ont été décrits dans notre Exposé des applications de Vé-lectricitc. notamment les enregistreurs de MM. Van Rysselberghe, Schubart, Théorcl, Hardy, etc., que l’on pourra étudier dans le tome IV, page 353, 402, 412; les chronographes de MM. Cornu, Lœwy, Deprez, "Wolf, Marey, Breguet, Liais, Gloesener, et Boulengé, décrits dans le même volume, p. 245, 287, 228, 294, 23c, 234, 218, 258. Quant aux enregistreurs des niveaux d’eau, aucun de ceux qui ont été décrits dans mon ouvrage et dans ce journal ne figurent à l’exposition, pas même celui de M. Fein de Stuttgard, dont on a beaucoup parlé, et qu’on aurait du retrouver dans l’exposition de ce constructeur, au milieu des serrures électriques et indicateurs d’incendie qu’il a exposés.
- Il serait sans doute intéressant de décrire dans ce journal, ces différents appareils; mais cela nous entraînerait un peu loin, et nous nous contenterons de faire connaître les plus importants. Nous commencerons par celui de M. Van Rysselberghe, auquel notre collaborateur M. Géraldy a consacré la notice qui suit.
- TII. DU MONCEL.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- MÉTÉOROGRAPHE
- DE M. VAN RYSSELBERGHE.
- La météorologie est une science relativement récente; elle ne s’est constituée et n’a présenté un ensemble d’observations suffisant pour la théorie que dans ces dernières années. Il n’y a pas longtemps, on en souriait encore, et c’était un sujet de plaisanterie facile dans les Sociétés savantes de province, où l’on portait, disait-on des petits baromètres en décoration et où l’on se réunissait en grande pompe pour voir ensemble le temps qu’il faisait. La simplicité même des observations qui constituent le fond de cette science donnaient matière aux gaietés de ce genre; il n’est pas nécessaire,
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- en effet, d’être fort grand savant pour noter la hauteur d’un baromètre, les degrés du thermomètre, ce qui est la partie la plus essentielle de la météorologie et même pour le faire avec succès. La difficulté de la science n’est pas là ; les observations sont, en effet, individuellement faciles, mais elles sont inutiles si elles ne sont pas très multipliées et poursuivies avec régularité pendant une longue période de temps. La persévérance et l’exactitude sont deux qualités rares; sans elles, pourtant, il est impossible pour les phénomènes de cet ordre, d’arriver à aucune conclusion; il conviendrait même d’ajouter que, pour obtenir des résultats sérieux, il faut des observations non seulement régulières et prolongées, mais encore générales, c’est-à-dire portant sur de suffisantes étendues de pays, ce qui suppose un grand nombre d’observateurs poursuivant simultanément la même série d’expériences et centralisant les résultats obtenus pour permettre d’observer les coïncidences et de déduire des lois.
- La difficulté de constituer un pareil corps a été dès longtemps sentie; ce n’est pas sans peine, on le sait, qu’on est parvenu à faire fonctionner le service international dont l’histoire a été racontée dans ce journal avec une très complète compétence. On devait naturellement être amené à tâcher de substituer le mécanisme avec sa régularité inflexible à l’observation variable et faillible de l’homme; aussi les baromètres, thermomètres, anémomètres enregistreurs existent-ils déjà depuis assez longtemps, peut-être même devrait-on attribuer à leur emploi une grosse part des progrès réalisés dans la météorologie. Dès l’année i853, il me souvient d’avoir vu, chez M. du Moncel, un anémographe enregistreur qu’il avait construit et dans lequel l’électricité jouait un rôle. (On en trouvera la description dans le Traité des applications de Vélectricité, t. IY, p. 3o5.) A certains égards, les instruments de ce genre n’ont pas eu grands progrès à faire depuis cette époque. Par d’autres côtés, ils ont, au contraire, beaucoup avancé, surtout comme constitution d’ensemble.
- M. du Moncel, dans l’article précédent, a indiqué d’une manière sommaire, les enregistreurs météorologiques qui se trouvent à l’exposition, et a annoncé une description complète des plus importants d’entre eux. Nous commençons par celui de M. Yan Ryssel-berghe qui paraît la pièce capitale de l’exposition Belge.
- Ce système présente, en effet, un ensemble de résultats tellement complets, des combinaisons si bien étudiées, qu’on doit, à mon avis, le considérer comme un modèle du genre; je le décrirai donc avec tout le soin qu’il comporte.
- Six observations distinctes doivent généralement être faites pour constituer une donnée météorologique. Il faut relever : i° la hauteur barométrique ; 2° la température sur un thermomètre ordinaire; 3° la
- température sur un thermomètre dont la boule est maintenue mouillée, ce qui permet de connaître le degré d’humidité de l’air ; 40 la direction du vent ; 5° la vitesse du vent; 6°la quantité de pluie tombée.
- Un observateur chargé du soin de faire ces relevés passerait successivement d’un instrument à l’autre son carnet à la main, notant à chacun d’eux le chiffre qu’il indique ; sa petite tournée achevée, il attendrait un certain temps, dix minutes, par exemple, puis recommencerait, et ainsi de suite. Les opérations ne devant jamais être suspendues, plusieurs opérateurs devraient se succéder. Le météo-rographe les remplace et agit exactement comme eux; toutes les dix minutes, il entre en action, passe en revue les six instruments et note successivement leurs indications sur une même feuille ; cet enregistrement dure une minute et demie pour recommencer à chaque période de dix minutes pour s’arrêter. Voici comment ce résultat est obtenu.
- Les trois premiers instruments à examiner sont le baromètre et les deux thermomètres ; comme on sait, les indications de ces trois appareils sont fournies par la position du niveau supérieur d’une colonne mercurielle. Dès lors, on comprend comment on pourra s’y prendre et quel rôle va jouer l’électricité; le mercure du baromètre, par exemple, est en communication avec un conducteur de courant; l’autre bout du conducteur est fixé sur un curseur qui, partant d’un point fixe descend dans la petite branche du baromètre. Tant qu’il ne rencontre point . le mercure, le courant ne passe pas, aussitôt qu’il le touche, le circuit est fermé, le courant passe et, traversant un électro-aimant, signale sa présence. On sait de cette façon, avec précision, quelle distance le curseur a dû parcourir pour atteindre le mercure, et, par conséquent, quelle est la hauteur de celui-ci. Afin de la noter exactement, on opère de la façon suivante, un cylindre est recouvert d’une feuille de zinc vernie, sur laquelle repose la pointe d’un style traceur; lorsque l’opération commence, ce cylindre se met à tourner, et le style commence à tracer une ligne ; elle se prolonge tant que le curseur descend à la rencontre du mercure ; aussitôt qu’il le touche, le courant passant dans un électro-aimant retire le style, le trait s’arrête, sa longueur donne donc la longueur de la course parcourue par le curseur avant d’atteindre la colonne mercurielle, et par conséquent, la hauteur de celle-ci.
- Trois curseurs de ce genre, plongent dans le baromètre et dans les deux thermomètres ; au moment indiqué par une horloge, ils entrent en fonction non ensemble, mais successivement ; le baromètre est examiné d’abord et sa hauteur inscrite, puis l’un des thermomètres, puis l’autre; les indications sont inscrites par le même style, mû par le même électro-aimant, et prennent chacune leur place sur le cylindre qui continue de tourner.
- Il reste à lire les indications relatives au vent et à
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- la pluie ; celles-ci ne sont plus fournies par des niveaux de mercure ; on les a cependant ramenées à se manifester d’une façon analogue ; la direction du vent est indiquée par une girouette liée à un index, qui court sur un cercle divisé en huit parties; chacune d’elles correspond par un fil spécial à un petit contact, et la série des huit contacts est disposée verticalement. Au moment de l’observation, un curseur vient frotter sur cette série de contacts, le courant se ferme au moment où il atteint le contact correspondant au secteur qu’indique la girouette,et l’élec-tro-aimant inscripteur l’indique. La vitesse du vent est mesurée par un moulinet qui, dans son mouvement fait tourner un petit cylindre portant une hélice de cuivre saillante; le curseur viendra monter le long du cylindre, et fermer le courant lorsqu’il rencontrera l’hélice, la position du cylindre déterminera donc la longueur parcourue par le curseur, avant que le contact ait eu lieu, et que l’électro-aimant ait agi pour soulever le style. Là quantité de pluie est mesurée par un petit udomètre basculant qui, à chacune de ses oscillations, fait tourner une roue et, à l’aide d’une vis, monter une règle portant un un contact; le curseur mettra d’autant plus de temps à atteindre ce contact qu’il sera tombé plus de pluie.
- On voit par quels moyens ingénieux on a ramené toutes les opérations à un même mode d’examen, c’est-à-dire à la mesure du chemin parcouru par un curseur, laquelle est exactement représentée par la longueur de l’ordonnée que trace un style sur un cylindre tournant. Il resterait à faire connaître mille difficultés de détails qui ont été résolues avec un soin extrême; par exemple, il faut éviter que, un curseur ayant touché le mercure, il en ressorte pendantque le courant est fermé; il jaillirait, en effet, entre le conducteur et le mercure, une étincelle qui brûlerait ce dernier et nuirait à la bonne marche de l’appareil. Par un jeu de commutateur, le courant est toujours interrompu avant que le curseur puisse sortir du mercure. Autre dispositif du même genre : il est indifférent que la tige plongeante qui va sonder le baromètre, s’y enfonce plus ou moins, l’instrument est large et l’introduction de ce corps ne le trouble pas; pour le thermomètre, c’est différent, son tube est trop fin pour supporter qu’un fil, si petit qu’il soit, plonge notablement dans son mercure, aussi par le jeu d’un rochet spécial, les curseurs thermométriques, aussitôt qu’ils touchent le mercure, tout en donnant avis de ce fait à l’enregistreur, arrêtent eux-mêmes leur course en laissant agir le reste de l’appareil.
- L’enregistreur de son côté présente des particularités intéressantes. D’abord, il est aisé de comprendre qu’entre chaque observation, le style traçant avance un peu de façon que chaque ordonnée soit inscrite au-dessous de la précédente, l’ensemble formant une courbe très nette. De plus, on a pris soin de graduer en ordonnées pour en faciliter la lecture.
- L’électro-aimant, outre le circuit qu’il reçoit des appareils d’observation, en porte un autre. Celui-ci passe par une roue métallique sur laquelle frotte un contact; tant que celui-ci touche, le courant venant de la pile y retourne directement par le contact sans passer dans l’électro-aimant, mais si le contact vient à se trouver éloigné de la roue, le courant se dérive dans l’électro et soulève le style. La roue porte à cet effet des rainures isolantes à des distances régulières, et l’ordonnée se trouve divisée en parties égales par des points non tracés. Cela est fort bien dira-t-on pendant que le style trace, mais pendant qu’il est soulevé par le courant venant d’un appareil, comment reconnaître le chemin parcouru?... cela aussi a été prévu ; les deux circuits placés sur l’électro-aimant enregistreur sont enroulés en sens contraire et agissent conséquemment en opposition ; si un seul d’entre eux reçoit le courant, il soulève le style, si tous les deux le reçoivent, ils s’annulent et le rayon retombe, c’est ce qui arrive pour la graduation quand le style est soulevé ; le point de division au lieu d’être marqué par un petit vide, l’est au contraire par un petit coup de style. Comme la feuille sur laquelle sont les tracés n’est pas un papier mais bien une feuille de zinc bien lisse, noircie, et que le style est un petit burin d’acier, il arrive que les tracés forment une gravure toute faite; on approfondit les traits en plongeant un instant la feuille dans une solution de perchlorure de fer, et celle-ci peut fournir un nombre indéfini de reproductions, soit par elle-même soit à l’aide de la galvanoplastie.
- Ces reproductions peuvent servir à communiquer à d’autres postes les observations faites dans celui-ci : mais ceci nous amène à une propriété importante de l’appareil qui est de transmettre lui-même ses indications.
- Il suffit, en effet, l’appareil étant placé en un lieu, de placer sur un fil télégraphique, à des postes divers, des électro-aimants munis de burins et de cylindres semblables; il reproduiront tous les mouvements de la première armature, à la condition que celle-ci, en s’approchant ou s’éloignant de son élec-tro, établisse ou rompe le circuit à la façon d’une petite clef Morse ; c’est un procédé de translation télégraphique connu ; de cette façon un même appareil d’observation tient constamment renseignés autant de postes récepteurs qu’on le désire. Réciproquement, chaque poste récepteur peut être en communication à la fois avec plusieurs postes d’observation et, en donnant un électro-aimant à chacun, enregistrer en même temps sur un même cylindre les indications de chacun d’eux.
- Je n’insiste pas sur des détails de régulation du temps qui sont pourtant bien curieux et montrent bien du soin et du talent, j e ferai remarquer seulement que l’appareil n’a pas besoin d’un synchronisme absolu, les courbes pourraient être un peu déformées sans cesser d’être comparables ; mais la régu-
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- lation des horloges est si précise, qu’on obtient le synchronisme sans avoir d’organe électrique spécial pour cela.
- Tout cet ensemble, qui n’est pas du tout encombrant et dont l’aspect est très élégant, a été construit par M. Schubert.
- Les résultats d’un pareil système doivent évidemment être remarquables; ils réalisent l’idéal, que je décrivais en commençant, des observateurs exacts, infatigables, en aussi grand nombre qu’on le veut, et dont les informations sont recueillies sans aucun retard. Le système de M. Van Rysselberghe fonctionne entre Bruxelles et quatre stations de la côte ; l’inventeur a prévu et proposé un vaste réseau avec des postes dans tous les points intéressants de l’Europe, et les appareils récepteurs seraient placés dans les diverses capitales qui se trouveraient ainsi en même temps en possession de l’universalité des renseignements obtenus. C’est une idée vaste mais qui n’a rien que de très pratique et de fort réalisable avec l’appareil ; sa mise à exécution donnerait certainement à la météorologie une impulsion dont l’importance ne peut être exagérée.
- FRANK GÉRALDY.
- CHARBONS A LUMIÈRE
- Deuxième article. (Voir le numéro du 24 août.)
- CHARBONS NAPOLI
- Nous avons dit que c’était en étudiant les lampes à incandescence que M. Napoli avait été conduit à rechercher de nouveaux procédés pour la fabrication des charbons à lumière.
- Les charbons qu’il employait dans le principe venaient de chez M. Carré. La régularité complète de leur surface extérieure en recommandait l’emploi, car sans elle les moyens de réglage eussent été insuffisants. La lumière produite était parfaitement blanche et très-fixe, comme tout le monde a pu s’en convaincre pendant les essais qui ont eu lieu rue des Martyrs. Néanmoins il y avait encore de loin en loin quelques soubresauts, des ruptures de pointes qui entraînaient une extinction momentanée de la lampe... accidents peu graves à la vérité, à cause de leur petit nombre, mais qu’on ne devait pas moins chercher à faire disparaître. De plus les globes se couvraient d’un résidu noirâtre et la combustion du charbon était très rapide.
- Lorsqu’on examine à travers un verre noirci une lampe Werdermann, on remarque que la partie incandescente affecte la forme représentée par la figure ci-contre (1) la pointe semble s’écraser contre le bloc sur lequel elle vient buter. Il en résulte que, loin que son extrémité se maintienne à une certaine distance de ce bloc, sous l’action répulsive du courant, et qu’il y ait production d’un arc infiniment
- petit, comme l’avaient annoncé Werderman et Rey-gnier, l’ensemble de la partie incandescente se compose de deux troncs de cônes superposés et ayant une base commune de 2 mm., de diamètre environ. La formation de ce cône tient probablement à ce que certains hydrocarbures, contenus primitivement dans les matières employées pour la fabrication, ont pu résister à la température des fours, mais se ramollissent sous l’action de la très haute température développée dans la lampe.
- La présence de ce cône a pour inconvénient de diminuer beaucoup la résistance du brûleur, mais, d’un autre côté, elle facilite l’action du poids régulateur et concourt à donner à la lumière sa grande fixité. L’écrasement de la tige a lieu, en effet, d’une manière continue, tandis qu’il y aurait forcément des saccades si les choses se passaient comme on l’avait présumé tout d’abord.
- En regardant avec attention, on voit la partie incandescente, d’abord très brillante, sé recouvrir petit à petit d’une sorte de taie noire et spongieuse; en même temps l’éclat lumineux diminue jusqu’à ce que cette petite couche vienne à se briser par suite du mouvement de progression du charbon.
- Elle tombe, et c’est elle qui donne naissance aux dépôts noirâtres que l’on trouve dans les globes. L’éclat lumineux reprend alors toute son intensité pour décroître à nouveau. C’est là la principale cause des fluctuations que l’on observe encore dans la lumière ; c’est de plus une cause de médiocre rendement lumineux, et enfin, comme nous le verrons tout à l’heure, d’usure rapide des charbons.
- On pourrait croire, au premier abord, que cette taie noire est due aux impuretés que contient le charbon ; il n’en est rien. L’analyse a démontré, au contraire, que les dépôts qu’elle détermine sont constitués par du carbone pur. Comme ils présentaient une texture graphitoïde, M. Napoli pensa que leur production était due à un défaut d’homogénéité du charbon, tenant à ce que l’aggloméré et l’agglomérant , employés par M. Carré, n’étaient pas primitivement de même nature, et que le traitement ultérieur ne tendait pas à les identifier. On conçoit, dès lors, que si l’agglomérant est sensiblement plus combustible que l’aggloméré, ce soit le pre-
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- mier qui brûle d’abord, et que les produits de la combustion forment comme une sorte d’atmosphère inerte qui protège l’aggloméré. Celui-ci reste donc sensiblement intact et forme la taie obscure dont nous avons parlé plus haut
- Il s’en suit :
- i° Que le charbon se comporte comme s’il avait un diamètre ou une densité moindre, puisque la surface de contact de la partie incandescente avec l’air ne varie sensiblement pas, (la protection de la taie est en effet négligeable à cause de sa porosité), et que la masse utilisée est plus faible. Par conséquent, le charbon s’use plus rapidement.
- 20 Que le rendement de la lampe est diminué, car la taie absorbe beaucoup de lumière.
- 3° Qu’il se produit encore des intermittences périodiques dans l’éclat lumineux.
- On voit immédiatement où l’on devait chercher le
- remède. Il fallait que l’aggloméré et l’agglomérant fussent tels qu’après la cuisson, la composition du charbon fût, en tout point, identique à elle-même. M. Na-poli fût ainsi conduit à choisir, comme substance à agglomérer, une matière qui provint de la calcination, à la température à laquelle il devait porter ses fours, de la substance agglomérante elle-même. Il est évident, en effet, qu’en opérant ainsi, après la cuisson du charbon, l’agglomérant devait devenir identique à l’aggloméré.
- Pour le premier, il a pris du goudron de gaz, et pour l’autre, le coke qui reste comme résidu de sa distillation au rouge sombre.
- Enfin, pour être encore plus certain du résultat qu’il se proposait d’obtenir, il rendit très faible la proportion de l’agglomérant.
- Voici, du reste, une monographie détaillée de ses procédés de fabrication.
- Le coke de goudron est d’abord réduit en une poudre impalpable au moyen d’un broyeur Carr, puis soigneusement tamisé. Une disposition très simple, représentée sur la figure 2, permet et facilite beaucoup celte opération : deux tamis, renfermés dans une auge de bois couverte, peuvent glisser sur des tringles horizontales, et reçoivent un mouvement
- rapide de va-et-vient au moyen de deux vilbrequins actionnés par la transmission générale de l’ateliér. Tl était important de faire faire ce travail automatiquement, car il est très pénible pour les ouvriers.
- Le pulvérin que l’on obtient ainsi est porté dans une cuve où se meut une paire de meules analogues à celles employées dans les poudreries. On apercevra cet appareil sur la vue d’ensemble que nous donnons de l’atelier de la rue des Martyrs, à côté de la locomobile. On y ajoute une certaine quantité de goudron, et l’on soumet le mélange à une longue
- (fig, 3.)
- trituration. Les proportions qui ont paru les meilleures sont les suivantes :
- Coke de goudron.......... 75 0/0;
- Goudron.................. 25 0/0.
- La durée du malaxage dépend de la quantité de matière que l’on traite. En général, on mettait dans la cuve 3o kilos de matière, et il fallait 4 heures pour avoir un mélange absolument intime.
- Celui-ci doit être alors passé à la filière. M. Napoli s’est trouvé là en présence de grosses difficultés qui tenaient au peu de fluidité de son mélange. Néanmoins, il attachait une telle importance à l’emploi d’une faible proportion d’agglomérant, qu'il s’attacha à en venir à bout. Les résultats ultérieurs ont
- (fig. 2).
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- montré qu’il avait eu raison de s’obstiner dans cette voie.
- La figure 3 représente l’ensemble de la filière et du piston compresseur.
- Un cylindre creux, en fonte, terminé à sa partie inférieure par une partie recourbée, aboutit à la filière, proprement dite. L’utilité de cette courbure pourrait sembler contestable à priori, mais les pressions sont loin de se transmettre intégralement dans tous les points d’un semi-fluide; et l’expé-
- (fig. 4.)
- rience a fait voir que le passage à la filière était beaucoup facilité par cette disposition.
- Il y a trois filières semblables ; elles sont portées par une plaque reliée par des goujons au reste de l’appareil.
- On remplit le cylindre avec le mélange que l’on tire du malaxeur, puis on le soumet à l’action d’une presse hydraulique. Voici la disposition adoptée pour cela (fig. 4).
- Le cylindre est posé sur le plateau de la presse, et un piston plongeur, qui s’appuie contre le plateau du haut, vient pénétrer dans l’intérieur du cylindre.
- Sous l’action de la presse, le mélange comprimé
- s’écoule par les filières, on le reçoit sur une planche dont la surface est couverte de cannelures rectilignes.
- Les premières expériences, faites avec un cylindre de forme plus simple, ne donnèrent pas de bons résultats ; la pression à développer était tellement considérable, que la pompe ne pouvait fonctionner qu’avec une extrême lenteur. Les charbons obtenus n’étaient pas droits et présentaient une surface toute striée.
- Avec le cylindre de la figure 3, on arriva à mieux, mais ce n’était pas encore satisfaisant; c’est alors que M. Napoli eût l’idée de maintenir le mélange à une température assez élevée pendant l'opération du tréfilage. Pour cela, il fit munir son appareiL d’une double enveloppe et passer un courant de vapeur dans la , partie annulaire (fig. 3). De plus, on chauffait au rouge des morceaux de fer ét on les déposait sur la petite table qui termine supérieurement la plaque qui porte les filières. '
- Dès lors, le tréfilage se fit avec la plus grande facilité, et les produits obtenus furent des plus remarquables au point de vue de la ténacité et de la beauté de leur surface. On pouvait, en effet, les manier sans avoir aucune crainte de les rompre, et ils étaient parfaitement lisses et unis. L’action
- des blocs de fer chauf- n.-— wW>v^ fés au rouge pouvait '
- se comparer à un véri- (fig. 5.)
- table repassage.
- Il restait encore à vaincre deux inconvénients.
- Lorsque le piston était à fond de course, il était extrêmement difficile de faire redescendre le plateau de la presse. La matière avait filtré pendant l’opération entre ies parois du cylindre et du piston, et formait un mastic très adhérent. Cela nécessitait des manœuvres pénibles et une grande perte de temps. On en vint à bout, en donnant au piston un diamètre inférieur à celui du cylindre, et en faisant l’obturation au moyen d’une rondelle de bronze de 2 centimètres d’épaisseur.
- Le plateau redescendait de lui-même; quant à la rondelle, elle était percée dans son centre d’un trou
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- ovale, où on pouvait introduire une clef, et on l’enlevait ainsi très facilement.
- L’autre inconvénient était que les charbons ne sortaient pas droits, et qu’en essayant de les redresser, on les cassait .le plus souvent. Ceci tenait à la filière proprement dite. On arriva au résultat désiré après quelques tâtonnements, ayant pour but de trouver la meilleure force à donner aux congés; enfin, on fut conduit à terminer l’ajutage par une partie cylindrique, longue de 3 ou 4 centimètres.
- On parvint ainsi à avoir de longs cylindres parfaitement homogènes, lisses et droits. Ils étaient, de plus, très cohérents.
- 11 s’agissait de les cuire. Souvenons-nous que le coke employé est obtenu en distillant le goudron au rouge sombre. Il convenait donc de faire une première cuisson à cette température. On doit commencer par chauffer doucement, et 11’élever la température que peu à peu, afin que les gaz puissent s’échapper à travers les pores du charbon, sans le
- (pic. (i. — PAimiQUH niï ciiamion napou.)
- désagréger. Une fois la température rouge cerise atteinte, on la maintient pendant plusieurs heures, puis on laisse refroidir lentement.
- Pendant cette première cuisson, le charbon subit un retrait d’autant plus considérable que la proportion de l'agglomérant a été plus forte; ce retrait est dangereux, car il peut entraîner la rupture du charbon. La nature du mélange employé parM. Napoli, ! a facilité beaucoup cette opération de la première cuisson.
- Les charbons sont devenus rigides, on leur fait subir une seconde cuisson à la température du rouge
- blanc. Les divers hydrocarbures s’éliminent succes-cessivement, le charbon durcit encore, subit un nouveau retrait et augmente de densité. Après cette deuxième cuisson, il présente une cassure gris d’acier, et son grain est très homogène et très serré.
- A cet état, et sans avoir été nourri, il est suscep-! tible d’être employé avantageusement. Les lampes ne dépensent plus que 7 cent. 1/2 à l’heure, tandis qu’elles dépensaient a5 centimètres, avec le charbon Carré. La lumière est en même temps plus blanche, et absolument fixe. Toutes ces qualités tiennent à
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- son homogénéité parfaite et à sa grande densité. D’ailleurs nous n’avons plus à revenir dessus.
- Pour opérer la première cuisson, on place les charbons tels qu’ils sont sortis de la filière, sur des plaques en fonte cannelées. Ces plaques étant superposées, les cannelures forment autant de tubes qui maintiennent le charbon, et l’empêchent de se déformer. Ces plaques sont disposées dans une vaste moufle. On yjoint de la poussière de charbon léger, pour absorber l’oxygène, et on lute soigneusement.
- Pour la deuxième cuisson, on se contente de les mettre en paquets, puis on les dépose dans des creusets en terre réfractaire, toujours avec du poussier de charbon. Ces creusets sont lutés et portés dans une seconde moufle de dimensions moindres que la première, et que l’on porte au rouge blanc.
- Ces deux moufles sont réunies dans un four à réverbère, que l’on voit sur le croquis d’ensemble de l’atelier. Chacune est chauffée par un foyer spécial.
- Il y avait tout intérêt à augmenter encore la densité du charbon; on sait, en effet, combien est gênante la queue de la lampe Werdermann, et il fallait la raccourcir autant que possible, tout en lui permettant d’éclairer pendant un temps assez long. Il n’y avait qu’à nourrir le charbon, comme cela a été fait jusqu’ici.
- Mais ce charbon était déjà trop dense pour que le liquide nourricier pût s’introduire de lui-même dans ses pores. Il était nécessaire d’avoir recours à des procédés spéciaux.
- M. Napoli a combiné un appareil très ingénieux, qui est représenté en coupe sur la figure 5, et que je crois original dans sa disposition, sinon dans son principe.
- Il se compose d’un cylindre creux, à double enveloppe, mobile autour de deux tourillons. Le couvercle supérieur peut être facilement enlevé en desserrant quelques boulons.
- On peut faire passer un courant de vapeur dans la double enveloppe, afin d’élever sa température. La vapeur est amenée par un tuyau qui débouche latéralement; un robinet sert de purgeur.
- Le cylindre peut être mis en relation par un autre tuyau, soit avec un éjecteur qui y fera le vide, soit avec une chaudière qui y enverra sa pression.
- Enfin, il peut être mis en relation avec l’extérieur, par un robinet situé en bas.
- Voici comment nous nous servirons de cet appareil. Ayant démonté les raccords des tuyaux, nous le ferons basculer, enlèverons le couvercle et y introduirons un panier métallique contenant les charbons que l’on veut nourrir. Ceci fait, nous remettrons en place le couvercle, redresserons le tout et remonterons les raccords.
- Envoyant un courant de vapeur dans la chemise annulaire, nous échaufferons ces charbons, puis
- nous ferons le vide dans l’intérieur du cylindre et amènerons ainsi le dégagement de l’air condensé dans les pores du charbon.
- Maintenant nous remplirons le cylindre du liquide nourricier en faisant plonger le robinet inférieur dans un bac qui en sera rempli, et en l’ouvrant.
- Nous le fermerons ensuite, et, en envoyant sur la surface du liquide la pression de la chaudière, nous forcerons le liquide à pénétrer dans les pores du charbon déjà vides d’air. Après quoi, on laissera écouler l’excédant par le même robinet.
- Mais les charbons demeurent imprégnés de ce liquide, et si on les portait immédiatement au four, non seulement ils pourraient s’agglutiner, mais leur surface serait altérée. Il faudrait pour bien faire les essuyer tous au préalable. Une telle opération serait fastidieuse; voici comment M. Napoli est venu à bout de cette nouvelle difficulté.
- Il se contente d’ouvrir le robinet d’en haut et fait affluer la vapeur dans le cylindre. Celle-ci s’écoule avec une grande vitesse à travers les charbons, et les lave complètement, entraînant avec elle les gouttelettes de liquide qui peuvent leur être restées attachées.
- En même temps, grâce à la température élevée de la vapeur, il s’opère une première distillation qui élimine les hydrocarbures les plus volatils. Il suffit dès lors de reporter le paquet au four sans même avoir besoin de le défaire.
- Après deux nourritures, les charbons atteignent une densité de 1.75. Les foyers Werdermann n’en consomment plus que 5 c. m. à l’heure.
- Je crois que c’est le meilleur résultat auquel on soit parvenu jusqu’à présent. Du reste tout le monde pourra en juger à l’Exposition où les brûleurs Werdermann sont des plus répandus.
- Pour terminer, je ferai remarquer que tous les appareils qui ont servi jusqu’ici à M. Napoli sont des appareils d’étude, que l’installation de la rue des Martyrs était provisoire, et enfin qu’une pareille fabrication nécessite de nombreux tours de main que les ouvriers ne pourront acquérir que par une longue pratique. Aussi, peut-on croire que les résultats obtenus seront dépassés prochainement. -
- MAURICE LEBLANC.
- LA
- RÉFRACTION DE L'ÉLECTRICITÉ
- Nous avons déjà indiqué en quelques lignes, dans le dernier numéro de La Lumière Électrique, comment M. Alfred Tribe est arrivé à constater le phénomène de la réfraction électrique, nous allons aujourd’hui résumer plus complètement son travail et décrire en même temps la méthode analytique
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- dont il se sert pour déterminer dans un électrolyte la direction du mouvement électro-chimique.
- Cette méthode repose sur le principe suivant : quand, dans une cuve électrolytique en activité, on place longitudinalement entre les électrodes une plaque métallique qui ne touche pas ces électrodes, et ne soit pas d’ailleurs en communication avec la pile, cette plaque devient le siège d’actions semblables à celles produites par les électrodes. L’ion électropositif se distribue sur la portion de la plaque voisine du pôle -j-, et l’ion électro-négatif se porte sur le côté de la plaque tourné vers le pôle —. Les parties sur lesquelles se portent les ions sont parfaitement limitées et le centre de la plaque est parfaitement exempt de tout dépôt.
- Si on électrolyse, par exemple, une solution de sulfate de cuivre à l’aide d’électrodes d’argent, le cuivre se dépose naturellement sur l’électrode négatif et l’électrode positif se recouvre plus ou moins de peroxyde d’argent de couleur grise ou noire. Un
- courant de ^ weber suffit pour que, en une minute,
- ces dépôts soient nettement visibles sur des électrodes de 34mm X 7ram.
- Si donc, dans ces conditions, on place entre les électrodes une plaque d’argent, elle sc recouvrira d’un côté de cuivre et de l’autre de peroxyde d’argent, et il suffira d’un temps très court pour que le phénomène soit sensible. Ce temps minimum dépendra d’ailleurs de l’intensité du courant, des dimensions de la plaque et de la concentration du liquide. Mais il faut remarquer que, quelque soit le temps pendant lequel la plaque reste immergée dans l’électrolyte, la distribution des dépôts est toujours la même pour une même position de la plaque.
- L’étendue des dépôts varie, au contraire, a,vec toutes les conditions qui peuvent altérer l’état physique ou chimique de l’électrolyte, avec la température, la dilution, l’intensité du courant. La distribution des ions varie, en outre, toutes choses égales d’ailleurs, avec la position de la plaque intermédiaire. Disons d’abord que cette plaque a été nommée par M. Tribe, analyseur.
- Quand on prend un champ électrolytique homogène, c’est-à-dire dans lequel la grandeur des électrodes soit égale à la section de l’électrolyte, et qu’on place dans ce champ l’analyseur perpendiculairement aux électrodes, on observe toujours, quelles que soient d’ailleurs les autres conditions de l’expérience que les dépôts sont identiques sur ses deux faces. Cela a lieu aussi bien quand ces faces sont horizontales que lorsqu’elles sont verticales. Dans ces deux cas, les bords des dépôts sont parallèles, comme ori le voit dans la figure i en A (faces verticales) et en D (faces horizontales). L’auteur donne à cette forme de distribution des dépôts, le nom de distribution parallèle.
- Si les faces de l’analyseur sont placées horizon-
- talement, tandis que ses côtés font un certain angle avec la perpendiculaire aux deux électrodes, c’est-à-dire quand l’analyseur a ses côtés obliques et ses faces parallèles au mouvement électrique ; les dépôts ont leurs lignes de démarcation obliques aux côtés de l’analyseur, et l’obliquité de ces lignes augmente avec l’angle que l’analyseur, fait avec la perpendiculaire aux électrodes. Dans tous les cas cependant, les lignes de démarcation sont parallèles entre elles et, par conséquent, perpendiculaires à la direction du mouvement électrolytique (fig. i, E, F et G).
- Dans le cas, au contraire, où les faces de l’analyseur sont obliques à cette direction, les dépôts se comportent différemment. A l’extrémité de l’analy-
- seur tournée vers l’électrode positif, et du côté de cet électrode, l’ion positif se dépose avec une ligne de démarcation nettement convexe ; sur l’autre face, l’ion positif se dépose en moins grande quantité et sa ligne de démarcation est concave. D’autre part, à l’autre extrémité, la ligne de démarcation de l’ion négatif est convexe sur la première face que nous avons considérée et concave sur l’autre face. Cette disposition est représentée dans la figure i en B et C, où B est la première face considérée et C la seconde. Dans toute la figure i, le côté marqué -j- indique le côté où se déposent les ions positifs, et le côté marqué — celui des ions négatifs. On remarquera que les ions négatifs occupent tou-
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- jours sur l’analyseur une plus grande étendue que les positifs.
- La disposition des ions avec lignes de démarcation convexes ou concaves a été nommée par M. Tribe, distribution non parallèle.
- De ce qui précède, on voit que l’emploi de l’analyseur constitue un moyen de déterminer, dans un milieu électrolytique quelconque, la direction du mouvement électrique. Si on place l’analyseur de différentes façons dans ce milieu, mais toujours avec ses faces verticales, et qu’on observe la distribution des ions, la direction du mouvement électrique sera parallèle à la position de l’analyseur, pour laquelle on obtiendra une distribution parallèle. On pourra aussi déterminer d’avance les courbes des lignes de démarcation pour différentes inclinaisons de l’analyseur sur la direction du courant, et déduire ensuite, dans chaque expérience, cette direction de la courbe obtenue.
- Passons maintenant aux expériences qui ont été faites par M. Tribe pour constater, à l’aide de cette méthode, l’existence d’une réfraction électrique. En principe son procédé expérimental a été le suivant. Dans un milieu électrolytique homogène, placer, à des angles variables avec la direction du mouvement électrique, un nouveau milieu de conductibilité différente et étudier ensuite à l’aide de l’analyseur, la direction du mouvement électrique dans les deux milieux. L’appareil dont il s’est servi est représenté en plan dans la fig. 2. Il se compose d’une cuve
- (FIG. 2.)
- électrolytique de 38omm de longueur, i28mm de largeur et 128mm de profondeur. Dans cette cuve étaient fixées, à égale distance des électrodes, deux cloisons poreuses parallèles l’une à l’autre et distantes de 76mm. Ces cloisons poreuses étaient d’abord un papier parchemin. Une solution concentrée de sulfate de cuivre fut placée dans les compartiments extrêmes de la cuve, et une solution à 1 pour cent du même sel dans la partie médiane. En plaçant successivement des analyseurs, longitudinalement dans la ligne centrale joignant les électrodes, on obtint toujours une distribution parallèle excepté dans la partie comprise entre les cloisons poreuses ; dans cette partie la distribution était non parallèle et indiquait que le mouvement électrique faisait un certain angle avec sa direction dans les autres parties de la cuve. La courbe des lignes de démarcation indiquait pour cet angle une valeur d’environ 20 degrés.
- La difficulté de maintenir les lames de parchemin tendues les fit bientôt remplacer par des plaques de porcelaine poreuse. Dans les mêmes conditions que ci-dessus, on eut les résultats suivants :
- Les analyseurs a, b, c, d, placés à 2 millimètres des électrodes, indiquèrent une distribution parallèle;
- Les analyseurs e, f, g, h, placés à 2 millimètres des cloisons/présentèrent une disposition parallèle, mais avec une légère tendance à s’incurver. Ce léger défaut de parallélisme n’a pas lieu avec les diaphragmes en papier parchemin et est dû, sans doute, à ce que la diffusion est plus grande avec la terre poreuse, et qu’il n’y a pas alors une séparation bien nette des deux milieux ;
- L’analyseur iprésentaune distribution non parallèle très prononcée. La courbure des lignes de démarcation indiquait que la direction du mouvement électrique s’était déviée de 3o°, et la position des ions démontrait que cette direction s’était rapprochée de la normale à la surface de séparation. Enfin, la symétrie de la courbe montrait que le plan de réfraction était le même que le plan d’incidence ;
- Les analyseurs j et k donnèrent presque le même résultat que i;
- Les analyseurs l et m indiquèrent une déviation beaucoup moins grande.
- L’expérience fut ensuite renversée, et le liquide le moins concentré fut placé entre les diaphragmes poreux. Les résultats furent analogues, avec cette différence qu’après la réfraction, la direction du mouvement électrique s’écarta de la normale à la surface de séparation.
- En augmentant la densité du liquide placé entre les diaphragmes et maintenant constamment dans le reste de la cuve une solution de sulfate de cuivre à 5 0/0, la déviation augmenta en même temps que la densité. Le résultat fut inverse avec une solution concentrée entre les diaphragmes et des solutions de plus en plus denses des deux côtés.
- Enfin, en faisant varier l’inclinaison des deux diaphragmes et par suite l’angle d’incidence du mouvement électrolytique, l’angle de réfraction diminua en même temps que l’angle d’incidence.
- Dans ces expériences, les analyseurs étaient placés avec leurs faces verticales et parallèles à la direction du mouvement électrique et l’angle de déviation était déduit approximativement de la courbure des lignes de démarcation. La méthode qui consiste à chercher pour qu’elle position de l’analyseur ces lignes sont parallèles a été rejetée comme trop longue, mais M. Tribe en a employé également une troisième, bien plus précise.
- Elle repose sur les effets observés quand les faces de l’analyseur sont horizontales (fig, 1, D, E, F, G ), Dans ce cas, les lignes de démarcation peuvent être obliques sur les côtés de la plaque, mais sont toujours perpendiculaires à la direction du
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- mouvement. Si donc, un analyseur rectangulaire est placé entre les diaphragmes avec ses faces horizontales et ses côtés parallèles à la perpendiculaire aux deux électrodes, pour un mouvement électrique dirigé parallèlement aux côtés de l’analyseur, les lignes de démarcation doivent être perpendiculaires à cette direction. C’est ce. qui a lieu plus nettement avec la ligne de démarcation des ions négatifs, et cette ligne a été prise, par suite, pour ligne de zéro. Quand la direction du mouvement change, cette ligne de démarcation se dévie de même, et son angle de déviation est égal à l’angle de déviation totale de la direction du mouvement électrique.
- Par cette méthode, M. Tribe a déterminé les déviations du mouvement électrique pour des concentrations différentes des milieux électrolytiques, et déterminé d’après cela les angles d’incidence et de réfraction, puis les rapports de leurs sinus, c’est-à-dire les indices de réfraction électrique. Les résultats obtenus, bien que peu nombreux, semblent autoriser à admettre que le rapport entre l’angle d’incidence et l’angle de rél'raction est k .même que celui des sinus de celTjïngles. En terminant, l’auteur formule ainsi les conclusions de ses expériences :
- « i°Le courant électrique passe sans changement de direction d’un milieu électrolytique à un autre de conductibilité différente, quand la direction du mouvement électrique est perpendiculaire à la surface de séparation des deux milieux.
- « 2° Le courant électrique, en passant obliquement d’un milieu dans l’autre, éprouve une réfraction, dans le plan d’incidence; la direction du mouvement électrique se rapproche de la normale à la surface de séparation quand on passe d’un milieu plus conducteur à un milieu moins conducteur, elle s’en écarte dans le cas contraire.
- « 3° La réfraction augmente ou diminue suivant que les conductibilités des milieux s’éloignent où se rapprochent l’une de l’autre.
- 4° La réfraction augmente à mesure que l’angle d’incidence augmente.
- Les choses se passent, on le voit, tout à fait comme pour le cas de la lumière, de la chaleur et du son; c’est encore une nouvelle preuve de la corrélation qui existe entre les forces physiques. Un point certainement fort intéressant dans ce sens, serait la comparaison entre les indices de réfraction électrique et les indices de réfraction lumineuse pour les mêmes milieux; on trouverait là sans doute une relation simple, et qui établirait nettement un rapport entre le mouvement vibratoire de l’éther et le mouvement électrique, lorsque ces mouvements s’effectuent dans des milieux susceptibles de leur opposer plus ou moins de résistance.
- A. GUEROUT.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ Moteur de M. Griscom.
- M. Griscom a fait figurer à l’exposition Américaine un électromoteur qui, malgré ses dimensions extrêmement petites, fait fonctionner avec une grande vitesse des machines à coudre et des ventilateurs. Ce petit appareil, qui ressemble beaucoup à un de ceux qu’a combinés M. M, Deprez, est une sorte de machine dynamo-électrique dans laquelle les électro-aimants sont constitués par des noyaux hèmicirculaires, entourés sur presque toute leur longueur, excepté aux extrémités polaires, par l’hélice magnétisante. Ces noyaux sont d’ailleurs, comme les inducteurs des machines d’induction, disposés l’un contre l’autre avec un pôle de même nom commun ; l’électro-aimant mobile n’est qu’une bobine de Siemens dont les pôles épanouis sont légèrement excentrés vers le milieu et présentent par conséquent un bombement plus grand; le commutateur n’est autre que celui de la machine de Ladd, avec des balais. Les dimensions de cet appareil sont : a pouces de longueur, sur 2 pouces de diamètre, sans y comprendre le commutateur qui allonge l’appareil d’un demi-pouce. Suivant l’auteur, le ventilateur mû par cet électro-moteur, pourrait renouveler 700 pieds cubes d’air par minute, sous l’influence d’une pile à bichromate de potasse de 6 éléments.
- Dans cette machine, il se produit une action intéressante que l’auteur démontre de la manière suivante. Il prend pour cela, afin de ne pas embrouiller les effets, un appareil dans lequel l’électro-aimant fixe est dédoublé, et il fait passer le courant à travers l’électro-aimant mobile ; l’électro-aimant fixe joue alors simplement le rôle d’une pièce de fer qui se magnétise sous l’influence de l’électro-aimant tournant et qui détermine sa rotation. Quand le fil de l’électro-aimant a ses extrémités séparées, les choses se passent effectivement ainsi; mais, quand ces extrémités sont réunies, l’effet produit est augmenté dans une très grande proportion. Quelle est l’action produite dans ce cas? c’est ce que nous allons tâcher d’expliquer. Il faut, pour qu’on puisse la comprendre,que l’on sache que, si on promène un aimant devant un noyau de fer entouré d’une hélice, il se produit trois effets d’induction : i° celui qui résulte de l’aimantation du fer qui est inverse;2°celuiquiré-sulte des interversions successives des polarités du noyau central que M. du Moncel a appelés courants d’interversion polaire ; 3° celui qui résulte du passage de l’aimant devant les spires, qui est dynamique, c’est celui développé dans la machine de Siemens. Ces deux derniers courants sont directs et se prolongent pendant toute la durée dumouvement, le premier est instantané. La machine de M. de Méritens est fondée
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- sur ce principe. Or, examinons ce qui résulte de ces effets dans le moteur en question. Au premier moment de l’action de l’électro-aimant mobile, le courant induit inverse est nuisible, mais comme il ne dure pas, la démagnétisation qui en résulte ne suffit pas pour changer l’impulsion produite par l’attraction déterminée entre les deux pièces magnétiques ; mais, pendant toute la durée du passage de chaque pôle de l’électro-aimant mobile devant les spires de l’électro-aimant fixe, les courants directs produits actionnent le fer de l’électro-aimant fixe et en font un véritable aimant qui exerce dès lors une action plus puissante, et, pour que la première action qui est nuisible soit au minimum, on a dû excentrer les pôles mobiles. Il y a alors affaiblissement, puisque la distance entre ces pôles et le noyau de fer sur lequel ils agissent, est alors plus grande au moment des rapprochements. De là l’avantage que présente la forme extra-bombée des surfaces polaires de l’électro-aimant mobile.
- Naturellement, en faisant circuler à travers les électro-aimants fixés le courant excitateur, l’effet est encore plus grand, mais il est certain que les effets analysés précédemment s’y retrouvent.
- Dans l’application de ces petits électro-moteurs aux machines à coudre, M. Griscom a employé un petit dispositif qui permet d’en régler la vitesse à volonté. Ce petit dispositif consiste à établir une pédale sur la pièce destinée à immerger les charbons et les zincs de la pile à bichromate. Cette pièce n’est autre chose, comme dans les premières piles de Wollaston, qu’une traverse mobile dans une glissière qui, par l’intermédiaire de poulies et de cordes, correspond à la pédale, et il suffit d’appuyer plus ou moins sur cette pédale pour rendre l’immersion des zincs et des charbons plus ou moins grande et, par suite, pour faire varier l’intensité du courant fourni. Comme la pile est plaeée dans le siège même de l’ouvrière, cette pédale peut être facilement disposée à portée de son pied.
- M. Griscom prétend qu’une pile de ce genre peut durer longtemps sans être rechargée, trois mois quand deux machines à coudre sont en activité, six mois quand il n’y en a qu’une seule. Bien que les vases où est renfermée la solution bichromatée soient relativement grands, nous croyons cette allégation un peu exagérée, d’autant plus que la résistance de ces machines est relativement petite, un ohm seulement. L’expérience seule pourra prononcer à cet égard.
- La première idée des télégraphes harmoniques.
- Nous avons parlé plus d’une fois du télégraphe harmonique de Gray, et des importants résultats qu'il a fournis. Dans l’ouvrage de M. Th. du Moncel sur le téléphone, l’historique de cette découverte est indiqué, et on y voit que presque simultanément l’idée en était venue à l’esprit de plusieurs inven-
- teurs, entr’autres de MM. E. Gray, G. Bell, Paul Lacour et Yarley. En consultant cependant les dates des brevets, on reconnaît que c’est le système de M. Yarley qui est le plus ancien, car il date de 1870, tandis que les autres qui peuvent, par le fait, se résumer dans celui de M. E. Gray, que nous avons décrit récemment, ne remontent au plutôt qu’à l’année 1874. Le système de M. E. Gray, en effet, date (du moins d’après le Caveat) du 6 août 1874; celui de M. Paul Lacour du mois de septembre de cette même année et celui de M. Bell du 14 février 1876. On pourra d’ailleurs voir la description de tous ces systèmes, dans l’ouvrage précité; mais ce qui est curieux, c’est que d’après un document qui nous a été fourni dernièrement, on reconnaît que c’est en France qu’est née la première idée de ce système, et nous sommes en vérité très étonnés qu’au moment où l’on a fait tant de bruit autour de cette invention, le premier inventeur n’ait pas fait valoir ses droits de priorité. Il est vrai que l’inventeur en question est un vénérable abbé qui s’occupe depuis longues années d’électricité, qui a fait beaucoup de trouvailles intéressantes, et qui a toujours lancé modestement et sans bruit, ses idées dans des recueils peu retentissants. Cependant le document en question aurait dû sauter aux yeux des historiens de la science, car il figure dans les comptes rendus de l’Académie des Sciences du 2 avril 1860 et a été reproduit dans les annales télégraphiques de l’année 1860 p. 427. Par le fait, il a échappé aux recherches, et nous croyons intéressant de le reproduire ici, bien qu’entre cette première idée et la réalisation définitive du problème, il y ait tout un monde. Voici ce que nous lisons dans les annales télégraphiques :
- « Vibrations produites à distance par l’électricité. — M. l’abbé de Laborde a signalé à l’Académie des Sciences, dans sa séance du 2 avril dernier, une expérience curieuse qui consiste à faire reproduire à distance, au moyen de l’électricité, des sons déterminés.
- « Une lame métallique, assez longue pour faire 40 ou 5o vibrations par seconde est fixée solidement par un bout, dans une position horizontale. On a soudé d’avance, vers l’extrémité libre, un petit fil de cuivre qui descend verticalement au-dessus d’un godet de métal dans lequel on verse du mercure ; ce godet est uni par un conducteur au pôle d’une pile dont l’autre pôle se rattache au fil d’un électro-aimant ; le second bout de ce fil revient vers la lame métallique avec laquelle on le met en communication.
- « Tout étant ainsi disposé, on voit que, pour compléter le circuit, il suffit d’abaisser la lame métallique, de manière à faire plonger dans le mercure le petit fil de cuivre qui doit en être très rapproché, et si l’on fait vibrer cette lame, le courant sera établi ou interrompu avec autant de régularité qu’on peut l’attendre du plus régulier des mouvements.
- « On fixe énsuite sur une pièce solidement assu-
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- jettie une tige élastique de fer doux, dont l’extrémité libre vient se présenter devant le pôle de l’élec-tro-aimant, et, quand on est parvenu, après quelques tâtonnements, à accorder cette tige avec la lame, de-manière qu’elles accomplissent le même nombre de vibrations' dans un temps donné, on fait vibrer la lame, et aussitôt la tige de fer doux vibre elle-même, en venant frapper régulièrement l’électro-aimant. Mais si elle n’est pas d’accord avec la lame interruptrice, elle demeure à peu près immobile, malgré les attractions répétées qui la sollicitent, parce que ces attractions agissent sur elle trop tôt ou trop tard, et contrarient ses mouvements.
- « Après m’être bien assuré de ce fait, qui contient tout l’intérêt et la nouveauté de l’expérience, j’ai fixé sur un même support dix lames interrup-trices donnant des notes : ut, ré, mi, fa, sol, la-, et j’ai accordé sur elle six tiges de fer doux, fixées également sur un même support et partagées en deux séries, de manière à les présenter aisément aux deux pôles d’un électro-aimant courbé en fer à cheval. Si alors on fait vibrer successivement les tiges de fer doux, chacune d’elles répondant exactement à la lame avec laquelle elle s’accorde, on peut passer de la première note à la dernière, de celle-ci à la troisième, etc., et les entremêler de mille manières comme dans un morceau de musique, sans que les tiges de fer doux correspondantes fassent jamais défaut.
- «. On pourrait évidemment fonder sur cette expérience un nouveau système de télégraphie, puisque chaque lame du transmetteur choisit au récepteur sa lame correspondante, et la fait vibrer de préférence à toutes les autres.
- « Je vais indiquer maintenant les moyens que j’ai dû prendre pour mieux assurer le succès. Au lieu de la gamme ut, ré, mi, fa, sol, la, j’ai adopté les notes de l’accord parfait ut, mi, sol, ut, mi, sol ; on verra pourquoi, et comme il n’est pas facile d’entendre le son fondamental des lames élastiques, quand leurs vibrations ne sont pas rapides, je me suis servi de leurs sons harmoniques pour les accorder. La plus longue lame faisait 40 vibrations par seconde. J’ai remplacé les tiges de fer doux par de petites lames élastiques surmontées d’un cylindre de fer doux; leurs mouvements sont déterminés plus promptement, et elies viennent battre de suite contre l’électro-aimant. Ces petites lames sont plus difficiles à accorder; et comme il est nécessaire que chacune d’elles fasse exactement le même nombre de vibrations que sa lame correspondante, j’ai employé, pour obtenir cette exactitude, les moyens graphiques ; c’est-à-dire, que j’ai comparé les ondulations tracées par les deux lames sur une plaque de verre revêtue de noir de fumée, et glissant séparément devant chacune d’elles avec la même vitesse. Ce moyen est un peu compliqué ; aussi, ai-je été heureux d’en trouver
- un autre dans le fait suivant bien ordinaire en acoustique, mais qui revêt ici un caractère particulier. Lorsque la tige de fer doux ne s’accorde plus avec la lame interruptrice, son immobilité n’est qu’apparente, et l’on y peut remarquer des alternatives de repos et de mouvement régulières et d’autant plus rapprochées, que la différence de ton est plus grande ; mais à mesure qu’on diminue cette différence, les mouvements et les repos disparaissent, et le fer doux vient frapper régulièrement contre l’électro-aimant.
- « On reconnaît à ces traits le phénomène des battements; mais au lieu de s’accomplir comme à l’ordinaire entre deux corps sonores, il se produit ici entre un corps sonore et un électro-aimant dont les pulsations silencieuses concordent, plus ou moins longtemps, avec les vibrations de la tige élastique et y déterminent des phases de mouvement et de repos plus ou moins prolongées. En essayant ainsi chaque tige élastique, on reconnaît facilement quand on a obtenu l’unisson.
- « Si les tiges de fer doux sont trop rapprochées de l’électro-aimant, elles peuvent battre contre lui, lors même qu’elles ne sont pas d’accord, parce que l’amplitude des petites vibrations, dans les phases du mouvement, augmente à mesure que les tons se rapprochent, et, une fois qu’elles ônt touché l'électro-aimant, celui-ci les force à se mettre à l’unisson avec lui. Voilà pourquoi j’ai remplacé la gamme diatonique par les notes de l’accord parfait, ut, mi, sol, ut, mi, sol, et, malgré cette plus grande différence dans les tons consécutifs, il est encore important de placer les tiges de fer doux à une distance que l’expérience apprend à connaître. »
- Du vieux neuf.
- D’après des renseignements qui nous ont été donnés par M. Govi, le télégraphe à 6 aiguilles du baron Schilling, de Saint-Pétersbourg, et celui à 5 aiguilles de Wheatstone qui, par la réduction des circuits électriques à six et à cinq ont montré la praticabilité de la télégraphie électrique, auraient été devancés par un télégraphe à trois aiguilles, de M. Magrini, construit en i832. Cet appareil se voit, en effet, dans l’exposition rétrospective Italienne, et on peut y remarquer la forme curieuse des galvanomètres dont le fil forme des spires croisées en X. Les lettres de l’alphabet sont gravées tout autour, et l’on voit que, par certaines combinaisons du sens du courant, on pouvait les désigner toutes avec trois circuits seulement. D’un autre côté, M. Cache-leux nous assure qu’il avait imaginé le système Morse à signaux encrés par l’intermédiaire d’une molette tournant dans l’encre, deux ans avant M. Thomas John. Ce fait est ignoré de tous ceux qui se sont occupés de l’histoire de la télégraphie électrique, et nous sommes étonnés que la réclamation n’ait pas été faite plutôt.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- FAITS DIVERS
- Télégraphie électrique.
- — L’administration du télégraphe est obligée de reconnaître, dans son rapport au Conseil général des Bouches-du-Rhône, que les événements de Tunisie ont imposé au personnel de Marseille une tâche des plus lourdes et des plus pénibles. Grâce aux mesures prises pour renforcer le personnel au moyen d'agents détachés d'autres bureaux, grâce aussi au remplacement par des militaires un peu au courant du service, des employés et facteurs, au nombre de 37, faisant partie des sections télégraphiques qui ont été mobilisées, le service, quoique pénible, a été très convenablement assuré. Les événements occasionnent en ce moment même une recrudescence énorme de travail. On pensait que la rentrée des agents mobilisés permettrait d’y faire face; mais comme.les complications renaissent en Tunisie, il ne sera peut-être pas facile de renvoyer dans leurs bureaux les employés qui ont été détachés à Marseille.
- Les erreurs dans la transmission des dépêches télégraphiques sont fort rares en Angleterre. On en signale cependant une assez grave qui a été commise ces jours-ci à Àcrington. Une dépêche reçue dans cette ville au Mechanics' Institute, annonçait que le comte d’Ëdimbourg était mort. Comme ce titre était inconnu, un des employés changea le mot comte en celui de duc, et la nouvelle se répandit partout que S. M. la Reine Victoria avait perdu son second fils. L’erreur portait sur le nom de Gainsborough qui avait été mal orthographié et confondu avec celui d’Édimbourg. La dépêche annonçait simplement le décès du comte de Gainsborough, un des pairs d’Angleterre.
- Dans la République Argentine se construisent de nouvelles lignes télégraphiques. On achève, en ce moment, une des lignes les plus importantes du Télégraphe national, celle de Bahia Blanca à Patagones. L’inspecteur général des Télégraphes de la Plata, Don Olegario Ugarte vient d’inspecter toutes les lignes existant actuellement dans le sud de la province de Buenos-Ayres, et sur les bords du Rio-Negro, du du Colorado et du Neuquen.
- Le télégraphe met maintenant Buenos-Ayres en communication avec Monteros et San Luis (ligne transandine).
- Le Gouvernement italien vient de faire paraître une statistique sur la télégraphie, en Italie, pour les six premiers mois de 1881. D’après cette statistique, le travail des télégraphes dans tous les départements du royaume, est représenté pendant ce premier semestre par 13,0,19,040 télégrammes. Ce chiffre offre une augmentation de 918,875 télégrammes sur la période correspondante de l’année précédente. Les recettes se sont élevées pour tous les bureaux à 4,589,630 francs, et les taxes des télégrammes de l’état à paiement immédiat, se sont montées à 445,744 francs.
- La « United States Underground Telegraph Company ** vient déposer à New-York à titre d’essai une série de soixante-douze fils s’étendant du quartier général des pompiers dans Mercer-Strect, au quartier général de la Police dans vMulbery-Street. Les fils sont posés dans de longues boites en bois, recouvertes avec une préparation de silice et d’autres substances destinées à exclure l’humidité et à assurer un isolement parfait. On dit que si l’essai actuel donne de bons résultats, le système sera étendu, de manière à embrasser les stations de police, les postes de machines et les boîtes d’alarme en cas d’incendie. La même compagnie pose aussi des fils souterrains à Philadelphie.
- Le système souterrain est, définitivement adopté en Allemagne, pour les lignes télégraphiques. On vient de poser une nouvelle ligne souterraine, entre Berlin et Charlottem-bourg; elle traverse la Kurftirstenstrasse, le Kurfürstendamm et passe derrière le jardin Zoologique.
- Téléphonie.
- Il est intéressant au point de vue de l’état de la téléphonie en Belgique, de lire l’extrait suivant du rapport présenté â l’assemblée générale extraordinaire de la Compagnie Belge dn téléphone Bell, le 22 août dernier :
- « Il nous eût été très agréable, Messieurs, avant d’aborder la suite de l’ordre du jour, de pouvoir vous donner des nouvelles favorables sur la question de la concession. Malheureusement, notre position 11e s’est pas encore modifiée sous ce rapport. Nous le regrettons d’autant plus, que ce provisoire nous cause des difficultés sans nombre et un mmense surcroît de dépenses, surtout à Bruxelles, où nous avons à effectuer le travail si difficile du raccordement de trois réseaux fusionnés. Malgré le zèle de notre personnel, nos efforts et nos sacrifices pécuniaires, le travail n’avance pas comme il avancerait si notre situation était établie, et les nombreuses irrégularités des communications téléphoniques dans l’agglomération bruxelloise ne -peuvent se corriger que fort lentement. C’est un grand préjudice pour nous et pour le public qui se sert du téléphone.
- « Nous avons le ferme espoir que le gouvernement apportera au cahier des charges type que vous connaissez, certaines modifications indispensables pour rendre les exploitations téléphoniques viables.
- « Nous avons la ferme confiance que le jour n’est plus éloigné ou nous obtiendrons enfin ce que des sociétés, de fondation bien plus récente que la nôtre ont obtenu dans presque tous les États de l’Europe, et nous comptons que le gouvernement, souvent à la tête du progrès, finira par accorder à l’utile institution du téléphone la protection à laquelle elle a droit. »
- Le rapport a été adopte à l’unanimité et l'assemblée générale a émis le vœu de voir le gouvernement accueillir très favorablement les conclusions dudit rapport.
- La Compagnie du chemin de fer London, Chatham and Dover, vient d’adopter le téléphone dans quelques-unes de ses gares. C’est ainsi que les bureaux du surintendant, â la, gare de Victoria, à Londres, sont maintenant en communications téléphoniques directes avec le viaduc d’Holborn, avec la gare terminale de la cité, avec la jonction de Lough-borough, et avec Wandsworth-road, où sont les remises de locomotives et autres bâtiments de service. Les bureaux dû directeur des marchandises, à Victoria, sont aussi reliés par téléphone au dépôt des marchandises de Biackfriars.
- Éclairage électrique.
- Au Mexique, la question de l’éclairage des rues et des édifices publics, par l’électricité, est depuis quelque temps sérieusement à l’étude. Un Mexicain, M. José Maria Arzac, vient de demander au Ministère des Travaux Publics, à Mexico, un brevet d’invention pour un nouveau système d’éclairage électrique.
- Au fort Saint-Michel, près de Toul (Meurthe-et-Moselle) ont eu lieu ces nuits dernières des expériences d’éclairage à l’aide de la lumière électrique. Ces expériences ont donné de bons résultats. La lumière électrique a été projetée tout autour de la place et des forts.
- Le Gérant : A. Glénard. Paris — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Electrique
- Journal universel d’Électricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. Th. DU MONCEL
- Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3» ANNÉE MERCREDIS SEPTEMBRE 1881 N- 48
- SOMMAIRE
- Exposition Internationale d’électricité. — L'horlogerie électrique; Th. du Moncel. — Sur un nouveau galvanomètre et sur les instruments destinés aux mesures électriques; M. Deprez. — Exposition internationale d’électricité. — Les dynamomètres (3e article) ; A. Guerout. — Photomètre athermane de M. Raimond Couîon; R. Coulon. — Etude sur la radiophonie (ioc article); E. Mcrcadier. — Sur le rendement des moteurs électriques (20 article); A. d’Ar-sonval. — Revue des travaux récents en électricité. — Quelques applications de l’électricité à l’industrie des textiles. La machine dynamo-électrique comme source de courant pour les télégraphes. —Correspondance. — Lettre d’un abonné. — Lettre de M. Tchikoleff. — Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ
- L’HORLOGERIE ÉLECTRIQUE
- L’Horlogerie électrique ne figure que très timidement à l’Exposition actuelle, et on. peut reconnaître, par ce fait même, qu’elle n’a pas produit les résultats avantageux qu’on en attendait dans l’origine. Dans les premières Expositions universelles qui ont eu lieu, notamment à celle de i855, on trouvait aux différents étalages des horlogers, des pendules électriques de toutes sortes, compteurs électro-chronométriques, régulateurs électro-solaires, calendriers électriques perpétuels, pendules électriques, remises à l’heure, régulateurs d’horloges, sonneries électro-chronométriques, horloges de clochers électriques, etc. On doit même se rappeler encore*' d’une certaine horloge de clocher dont les mécanismes étaient tous en fils de fer, et que beaucoup de personnes prenaient pour le mouvement perpétuel. A ces appareils, étaient attachés des noms célèbres dans la science électrique et dans l’horlogerie, tels que ceux de MM. Whcastone, Foucault, Bain,Glœsener, Froment,Paul Garnier,Collin, Liais, Robert Houdin, Nollet, Breguet, Vérité, Detouche, Hipp, Joue de Glascow, Weare,Régnard, Grasset, Lasseau, Gérard, Mouilleron et Anthoine, Callaud. Quelque temps après, MM. Mildé, Le-clanché et Napoli, Volke et Kaiser, Everts, Fournier, Gondolo, de Laguérenne, de Combettes, Lan-grenay, Royer, etc. ont encore cherché à en tirer
- parti; mais les nombreux déboires qui ont accompagné l’installation de tous ces systèmes d’horlogerie, ont profondément découragé, et aujourd'hui, nous ne voyons guère, comme spécimens importants de cette application électrique, que plusieurs systèmes de remise à l’heure, qui figurent, pour la plupart, dans l’exposition de la Ville de Paris, et qui sont évidemment l’expression la plus rationnelle et la plus vraie de l’horlogerie électrique.
- Nous avons consacré, dans ce journal, de nombreux articles à l’étude de cette question, et nous avons indiqué,à plusieurs reprises,le système d’unification électrique de l’heure adopté pour la Ville de Paris, tout en décrivant les principaux systèmes de remise à l’heure, proposés pour étendre le principe de la régularisation de l’heure aux principales horloges publiques de cette ville. Sans répéter ce que nous avons déjà dit à ce sujet, et qu’on trouvera dans le tome II de ce journal, p. 121, 141, 161, 208, 221,262, 46.3, 498; dans le tome III, p. 190, 287; t. IV, p. 90, nous rappellerons que le système d’unification de l’heure de la Ville de Paris comporte deux réseaux de centres horaires, au nombre de 16, dont les horloges battent la seconde synchroniquement avec l’horloge de temps moyen de l’observatoire, et que chacun de ces centres horaires commande un certain nombre de systèmes de remise à l’heure, appliqués aux principales horloges publiques les plus voisines.
- Afin de laisser le champ libre aux investigations des horlogers, la Ville de Paris a confié ces réseaux secondaires à plusieurs horlogers pour y appliquer les différents systèmes de remise à l’heure qu’ils ont imaginés, et d’après les résultats qui seront fournis, on pourra juger du système que l’on devra préférer définitivement. Or, ce sont ces différents systèmes de remise à l’heure qu’on rencontre dans les vitrines du pavillon de la Ville de Paris avec tous les accessoires qu’ils comportent et que nous allons rappeler en quelques mots.
- Nous devons dire, tout d’abord, que tous ces appareils fonctionnent, et fonctionnent très bien, comme on peut en juger par la similitude de l’heure qu’ils fournissent. Le centre horaire qui les met en action est placé au milieu du côté Nord du pavillon, et se
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- àà8 LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- trouve relié électriquement au réseau des centres horaires de la ville de Paris. On a donc dans ce pavillon l’heure exacte, celle de l’observatoire. Les systèmes de remise à l’heure qui en dépendent sont ceux de MM. Collin, Borrel, Fenon, Rédier, Tresca et Lepaute, plus un système anglais disposé d’après le principe primitif de M. Bain, le plus ancien de tous. M. Collin et MM. Rédier, Tresca et Lepaute ont même exposé là plusieurs systèmes différents.
- Pour obtenir la marche simultanée de tous ces systèmes de remise à l’heure, sans troubler le fonctionnement du centre horaire, et en même temps pour rendre les circuits de remise à l’heure indépendants les uns des autres et du circuit des centres horaires, on a du employer des systèmes de relais, et ce sont eux que l’on aperçoit au dessus du centre horaire du pavillon avec les désignations des remises à l’heure auxquelles ils correspondent. De plus, pour que chaque horloger soit complètement maître du circuit qui correspond à son système, chaque dispositif de relais est fermé à clef, et celle-ci est remise à l’intéressé, de sorte que, de cette manière, les différents horlogers ne peuvent s’en prendre à personne d’un défaut de marche dans leurs appareils. Le centre horaire, toutes les heures, envoie un courant à travers les électro-aimants de tous ces relais, et ceux-ci effectuent les fermetures des circuits locaux correspondant aux remises à l’heure et avec la pile convenant aux intéressés. Pour prouver que les contacts sont effectués exactement par le centre horaire, une petite horloge de contrôle fonctionnant sous l’influence seule des contacts effectués par le centre horaire, est placée à droite de celui-ci, et, par la concordance des heures et des minutes, on peut voir si le centre horaire a été en défaut. La petite pendule qui se trouve à gauche, montre une application du système de la correction de l’heure des centres horaires à une pendule battant la demi-seconde.
- Dans les articles que nous avons publiés sur ces sortes d’appareils, nous avons dit que par motif d’économie et pour appliquer le système de l’unification de l’heure à un plus grand nombre d’horloges, on avait cherché à utiliser les fils du réseau télégraphique municipal; mais, pour obtenir ce résultat d’une manière sûre, on a pensé qu’il fallait que, toutes les heures, au moment de la correction, les circuits télégraphiques fussent coupés pour être mis en connexion avec les circuits des remises à l’heure qui en dépendaient. On a donc été obligé de disposer des commutateurs particuliers, et ce sont eux que l’on aperçoit à la partie supérieure des tables des bureaux télégraphiques que l’on rencontre dans le pavillon de la ville de Paris. Ces bureaux figurent là, précisément pour montrer comment ils sont organisés quand ils ont cette fonction mixte à remplir. Quant aux commutateurs eux-mèmes, ils consistent comme on l’a vu, dans nos numéros des i01' mai et ier juin 1880, p. 162 et 208, dans des relais à double
- contact qui ferment, au repos, le circuit, de ligne à travers le poste télégraphique, mais qui mettent la ligne en rapport avec le circuit des horloges quand ils deviennent actifs, effet qui se produit sous l’influence du centre horaire régulateur, deux minutes avant chaque heure. Un galvanomètre qui surmonte chacun de ces relais, indique si le circuit est bien complet à travers les horloges au moment où la correction doit être faite. C’est un moyen de contrôle.
- Nous ne parlerons pas des autres accessoires qui se trouvent sur ces tables télégraphiques, carils sont bien connus. Ce sont d’abord des télégraphes à cadran avec tous leurs accessoires, puis des appareils indicateurs des postes qui appellent, et qui sont signalés par l’abaissement d’une languette; ces indicateurs sont, comme on le sait, connus sous le nom de Lapins
- Afin que les visiteurs soient à même de comprendre et déjuger le système d’unification de l’heure adopté par la ville de Paris, un plan sur une grande échelle du double réseau horaire avec tous les dispositifs électriques installés à l’Observatoire de Paris, a été exposé dans le pavillon. C’est, du reste, la reproduction en grand et avec détails, des dessins que nous avons donnés dans nos numéros du i5 juin 1880 (p. 223) et du 20 juillet 1881 (p. 91).
- En dehors de l’exposition de la ville de Paris, on trouve encore quelques nouveaux systèmes de remise à l’heure, et ceux dont nous venons de parler, se rencontrent aussi dans les expositions particulières de leur inventeur.
- Parmi les nouveaux systèmes, nous citerons ceux de l’école d’horlogerie de Paris, de MM. Blondeau, Gabriel, Gontard, Noël, Richter, etc.; nous n’avons pas assez étudié ces systèmes pour en parler dès maintenant, mais nous y reviendrons s’ils présentent quelque chose d’intéressant.
- Quant aux pendules et horloges électriques, beaucoup sont signalées dans le catalogue, mais je n’en ai vu que fort peu, et je n’ai pu encore me procurer beaucoup de renseignements à, leur égard. En attendant que je puisse en faire une plus ample description, je vais toujours les mentionner. Sans parler des horloges à remontoir, bien connues de MM. Napoli et Leclanché et de M. Barbey, qui figurent dans l’exposition du chemin de fer de l’Est, et que j’ai décrites dans mon Exposé des applications de Vélectricité, tome IV, p. 37, ni de celles de MM. Leclanché et Schweiger, construites par M. Lenczewiki, nous pourrons citer les horloges et pendules de MM. Asselin, Bizot, Caron, Denis-Fouillet, Deshays, Gabriel, Gary, Patry, Lemoine, Liais (exposée par Deschiens) (1), Loiseau, de Com-bettes, Mathieu, Mildé, de la Roche, Siemens, Egger, Schaeffler, Bouckaert, Thomas (déjà décrite
- (1) Voir l’Exposé des applications de Vèlectricilè, tome IV, p. 117. '
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- dans ce journal), Gérard, Gloesener, Devos, Ganelli, Gerosa, Golfarelli, Suter, Croon, Schweizer, Hipp. Ce dernier surtout en a exhibé un certain nombre que l’on rencontre, non-seulement à l’exposition Suisse, mais encore dans l’escalier de la salle du Congrès. Nous avons décrit ces pendules dans le tome IV de notre Exposé des applicatiotis de l'électricité, p. 147 ; mais nous devrons y revenir, car, il y en a plusieurs modèles qui sont intéressants. La plupart de ces horloges ou pendules sont des appareils dans lesquels la force électrique est substituée à la force des ressorts des horloges ordinaires ; mais, il en est aussi quelques-unes qui ne sont que des compteurs électro-chronométriques, c’est-à-dire, des horloges qui répètent, à distance, l'heure qui leur est envoyée. De ce nombre sont : les compteurs électro-chronométriques, envoyés par la ville de Gand, et qui ne sont que des spécimens des horloges électriques, installées depuis longtemps dans cette ville, les compteurs, exposés par M. Paul Garnier, dans son compartiment et celui du chemin de fer de Lyon-Méditerranée : ce sont, comme on le sait, les premiers installés en France. Enfin, ceux de M. Gloesener figurant à l’exposition Belge.
- Dans d’autres expositions, entr’autres dans celles de MM. Blondeau, Gallet, Girard, etc., on trouve des réveils-matin électriques ; dans d’autres encore, ce sont des sonneries horaires telles que celles qu’on rencontre aux expositions de MM. Laneuville, Mildé, etc. Enfin, dans quelques-unes, on trouve des horloges de contrôle électrique pour les rondes, qui se rapprochent plus des chronographes que des horloges proprement dites, et, en conséquence, nous ne nous y arrêterons pas d’avantage.
- La plupart des horloges électriques dont il vient d’être question, sauf celle de M. Denis Fouillet (de Villefranche), sont loin d’être des appareils de précision; au lieu d’avoir leur mouvement entretenu d’une manière uniforme, leur pendule est abandonné à lui-même par périodes de temps, et ce n’est que quand sa marche se ralentit au-delà d’une certaine limite, qu’une pièce traînante qui s’y trouve fixée, vient buter sur un ressort de contact et provoque de la part d’un électro-aimant, placé à portée, une impulsion qui rétablit sa vitesse perdue, comme dans l’un des systèmes de M. Hipp. Certaines horloges de M. Lemoine et de M. de la Roche sont dans ce cas. D’autrefois, cette impulsion est fournie toutes les 10 ou 12 secondes par la fermeture d’un courant effectuée par une étoile à trois branches, fixée sur l’axe de la roue d’échappement, laquelle roue est mise en mouvement par le balancier. D’autrefois, l’élec-tro-aimant ne réagit sur le pendule que par l’intermédiaire d’un ressort, en spirale qui se trouve, de cette manière, sans cesse tendu, et qui fait tourner la quadrature, comme dans les systèmes de MM. Mouilleron, Langrenay, etc. Les pendules de M. Bizot sont curieuses par leur rusticité et leur bon
- fonctionnement ; tous leurs rouages sont en bois, et les organes qui agissent sur elles sont de simples fils de fer tordus et disposés de manière à constituer des cliquets d’impulsion et de retenue, etc. L’électroaimant seul, avec son armature, présente quelques pièces ajustées.
- Mais ce qui est le plus intéressant dans ces divers systèmes d’horloges, ce sont les nouveaux modèles de remise à l’heure de M. Collin qui est arrivé, par un mécanisme ingénieux et avec un seul électroaimant, à corriger, toutes les heures, les retards et les avances qui peuvent se produire. Nous donnerons plus tard une description détaillée de ce système. Pour le moment, nous dirons qu’il ne complique pas trop l’horloge et fonctionne avec peu de force électrique. Il complète d’une manière très heureuse la collection de systèmes que l’auteur a imaginés et qui peuvent s’appliquer, les uns de préférence aux autres, suivant les différents cas.
- En outre de ces systèmes, M. Collin a imaginé une nouvelle combinaison de compteurs électrochronométriques, qui permet de les employer maintenant aussi sûrement que les horloges ordinaires. Le reproche qu’on leur faisait était, comme on le sait, d’accumuler les erreurs résultant de manques de contacts ou de contacts multiples, défauts qu’on n’a jamais pu éviter. Pour en triompher, M. Collin a eu l’idée de leur appliquer des organes de remise à l’heure; de sorte que, toutes les heures, au moment où le courant a effectué sa dernière action sur le compteur, un autre courant ou plutôt le même courant inversé, envoyé par l’horloge régulatrice, réagit sur une seconde armature de l’électro-aimant du compteur qui est polarisée, et lui fait accomplir l’effet mécanique nécessaire pour mettre en action celui de ses systèmes de remise à l’heure qu’il a appliqué aux horloges des kiosques de voitures. L’aiguille des heures est alors ramenée mécaniquement à l’heure, et les erreurs, s’il s’en trouve, sont immédiatement corrigées. Tous les systèmes de M. Collin, exposés dans la salle 19, sont, du reste, très intéressants à étudier.
- Dans la même salle, on remarque encore les systèmes de remise à l’heure de M. Fenon, que nous avons décrits longuement, tome II de ce journal, p. 262, les compteurs électro-chronométriques dont il a été déjà question, et une petite pendule électrique très ingénieuse, que j’ai décrite dans mon Exposé des applications de l'électricité, tome IV, p. 143.
- En somme, comme on le voit, rien de bien nouveau en horlogerie électrique proprement dite : un certain nombre de systèmes de remise à l’heure plus ou moins ingénieux, qui ont été là conséquence de la voie dans laquelle s’est engagée la commission des horloges de la Ville de Paris pour l’unification de l’heure, tel est en résumé l’appoint que les inventions nouvelles ont apporté, dans ces derniers temps, à l’horlogerie électrique. th. du moncel.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- SUR UN
- NOUVEAU GALVANOMÈTRE
- ET SUR LES
- INSTRUMENTS DESTINES AUX MESURES ÉLECTRIQUES
- Les aimants en fer à cheval prennent une aimantation plus énergique et la conservent mieux que les aimants droits à cause de la proximité des deux pôles de noms contraires ; les actions mécaniques exercées sur eux par des courants sont, par suite, beaucoup plus énergiques. Ces considérations m’ont déterminé à les employer dans les galvanomètres, mais leur forme même m’a obligé à modifier complètement les situations réciproques du cadre galvanométrique et de l’aimant. La figure 1 ci-contre représente la disposition que j’ai adoptée.
- (fig. 1.)
- Dans l’intérieur d’un cadre galvanométrique E E se trouve un système dé deux petits aimants en fer à cheval AB,BC identiques entre eux et opposés par leurs pôles de même nom qui se trouvent en B. Chacun d’eux peut être considéré comme constitué par la réunion d’une infinité de petits aimants droits parallèles à la ligne qui joint ses pôles et qui tendent à se placer dans une direction perpendiculaire à celle du fil du cadre lorsqu’il est traversé par un courant. Le moment du couple développé par le cadre sur l’ensemble des deux aimants est égal à la somme de toutes ces actions élémentaires, et le système se met en mouvement autour des couteaux dont l’arète coïncide avec l’axe de symétrie (parallèle au côté CE) du cadre jusqu’à ce que la force antagoniste, produite par une petite masse excentrée, fasse équilibre à l’action du courant.
- Les avantages qui résultent de ce mode de construction sont :
- (a) Une action plus énergique que celle qui serait développée sur un aimant droit de même poids et de même longueur que l’ensemble des deux aimants, et qui, suivant la mode ordinaire, serait mobile autour d’un axe perpendiculaire au côté C E.
- (1b) Un moment d’inertie très réduit et, par suite, une rapidité relativement grande dans les indications.
- (c) Avec un. cadre de faible épaisseur, le système magnétique peut prendre des inclinaisons considérables sans sortir du cadre, tandis que, avec un aimant droit, mobile autour d’un axe perpendiculaire à C E, il faudrait un cadre de dimensions bien plus considérables dans le sens vertical, pour que l’inclinaison de l’aiguille ne fût pas limitée à quelques degrés. Le fil est donc beaucoup mieux utilisé.
- Ce système, placé verticalement et suspendu avec un fil de cocon, constituerait pour ces motifs un appareil supérieur comme sensibilité et comme rapidité aux galvanomètres ordinaires. Il serait, d'ailleurs, facile de le rendre astatique et de le construire avec des aimants formés par des aiguilles à coudre.
- La description de cet instrument m’amène à dire quelques mots d’autres dispositifs que j’ai imaginés pour mesurer l’intensité des courants, et dans lesquels j’ai toujours cherché à obtenir des effets mécaniques aussi énergiques que possible, sous un volume restreint, ce qui est, en définitve, la première condition à laquelle doit satisfaire un appareil de ce genre.
- On peut partager les rhéomètres en deux grandes classes : les galvanomètres dans lesquels on utilise l’action d’un courant sur un aimant et les électrodynamomètres dans lesquels le courant agit sur lui-même, ou sur un autre courant. Cette dernière classe d’instruments est la seule qui permette de mesurer les courants alternatifs.
- Toutes les actions mécaniques exercées par un courant sur un aimant, peuvent être utilisées pour la construction d’un galvanomètre. Mais, parmi toutes ces actions, qui peuvent se manifester sous des formes très variées, celle qu’on a utilisée de la manière la plus générale, est la déviation d’une aiguille aimantée, placée au milieu d’un solénoïde parcouru par le courant. Or, cette aiguille peut être aimantée par trois procédés différents : i° çar elle-même, lorsqu’elle constitue un aimant permanent; c’est le cas du galvanomètre classique; 2" par un aimant permanent puissant, dans le champ magnétique duquel elle est située. C’est ce qui* a lieu dans mon galvanomètre à indications rapides. Quand on adopte cette solution, l’aiguille est non seulement polarisée, mais aussi fortement dirigée par l’aimant permanent, ce qui semble exclure la possibilité d’appliquer cette disposition aux instruments très sensibles. Je montrerai cependant que cette difficulté
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- 3.41
- peut être tournée; 3° L’aiguille peut eniin être aimantée par un courant puissant emprunté à une source étrangère, et il se présente alors deux dispositions possibles : le courant qui aimante l’aiguille peut être mobile avec'elle, ce qui oblige à employer des dispositions spéciales pour concilier le passage du courant aveé cette mobilité; ou bien, l’aiguille seule est mobile, mais elle est, dans ce cas, dirigée en même temps qu’aimantée par le courant auxiliaire, et il faut avoir recours à des artifices que j’indiquerai pour rendre cette force directrice aussi faible qu’on veut, sans atténuer la force aimantante.
- Dans la classe des instruments où l’on utilise l’action directrice d’un courant sur un aimant, nous pouvons ranger ceux qui se composent d’un solénoïde mobile autour d’un axe perpendiculaire à la ligne qui joint ses pôles (on sait ce qu’il faut entendre par les pôles d’un solénoïde) situé dans un champ magnétique puissant, dont les lignes de force sont perdendiculaires à la fois, et à la ligne des pôles et à l’axe de rotation du solénoïde. Pour rendre ceci plus clair, on peut supposer trois axes OX, OY,OZ rectangulaires entre eux; l’axe des X représente la direction des lignes de force du champ magnétique, l’axe OY celle de l’axe de rotation du solénoïde, et l’axe OZ celle de la ligne des pôles du solénoïde.
- C’est à cette catégorie d’appareils qu’appartiennent, mon mesureur de courant décrit dans le n° du i5 novembre 1880 de La Lumière Électrique, le galvanomètre astatique décrit tout récemment (Voir le n° du 7 septembre 1881) dans le même recueil et le cadre galvanométrique employé par William Thomson dans le Syphon Recorder.
- Il est encore une autre manifestation de l’action d’un courant sur un aimant qui a été mise à profit pour la première fois par M. Becquerel, dans sa balance électro-magnétique, et qui consiste, comme on le sait, dans une force attractive ou répulsive exercée par solénoïde sur un aimant introduit dans son intérieur. Là encore, comme dans les galvanomètres, l’aimant soumis à l’action du courant, qu’il s’agit de mesurer peut être : soit un aimant permanent, soit un aimant temporaire en fer doux aimanté par un champ magnétique, soit un électro-aimant aimanté par un courant auxiliaire.
- Enfin.dans tous ces appareils, on peut, en vertu du principe de la réaction égale et contraire à l’action, rendre mobile, soit l’aimant, soit le courant et le sens commun, d’accord avec la mécanique, indique que, à moins de raisons toutes spéciales, on doit rendre mobile celle des deux pièces qui est la plus légère.
- Je donnerai prochainement la description de plusieurs dispositions d’instruments rhéométriques que j'ai imaginés et qui appartiennent aux différentes variétés énoncées ci-dessus.
- (A suivre.) marcel deprez
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LES DYNAMOMÈTRES
- 3° article (Voir les nos des 3 et 7 septembre).
- Les dynamomètres exposés par M. Farcot, sous la galerie Sud, derrière les machines de Meritens, sont au nombre de deux. Le premier n’est qu’un montage spécial du frein de Prony, et il suffira de l’indiquer en quelques mots. Dans cet appentis, la pièce de bois qui porte les poids est toujours serrée contre la poulie par une sorte de ceinture formée d’une lame de fer flexible,portant une série de pièces de bois courbes, qui épousent la forme de la poulie sur laquelle on les place. Mais le levier, porteur des po.ds, placé au-dessous de la poulie, est incliné de façon que le rayon à l’extrémité duquel sont appliqués les poids, soit toujours sensiblement horizontal, au lieu d’être oblique comme dans la disposition ordinaire. De cette manière, on évite une correction, et on n’a qu’à mesurer la distance du centre de l’arbre au point d’application des poids.
- Le second appareil est un dynamomètre qui permet de mesurer, à chaque instant, le travail transmis à toute machine mue par une courroie, et qui fait connaître, par suite, le travail absorbé par cette machine. Il rentre, comme le dynamomètre V. Hefner Alteneck, décrit plus haut, dans la classe des appareils auxquels on donne le nom de dynamomètres de transmission.
- Son principe repose sur la mesure de la tension du brin conducteur d’une courroie allant de l’arbre moteur à l’arbre mû, en passant sur deux galets tendeurs. La disposition adoptée est représentée par le diagramme de la figure i. Sur l’arbre d, sont fixées deux poulies D' et E; la première D' est mise en mouvement, dans le sens des aiguilles d’une montre, par la courroie C' venant de la machine motrice; sur la seconde E, passe la courroie de transmission C, qui embrasse ensuite la poulie e', et les galets tendeurs e" et e'". Sur l’arbre d, qui porte la poulie e', est fixée également une poulie D, mettant en mouvement, par l’intermédiaire d’une troisième courroie, la machine à essayer.
- Les galets tendeurs sont fous sur leurs axes, et ces derniers sont fixés au milieu de cadres oscillant autour des points e et /. A l’état de repos, ces cadres sont chargés, à leurs extrémités, de deux poids égaux p et p' produisant la tension de la courroie.
- Si, sans relier l’appareil à la machine à essayer, on met en mouvement la poulie D', le brin C de la courroie prendra une certaine tension et, soulevant par suite le galet tendeur b, détruira l’équilibre.
- Pour le rétablir, on devra ajouter sur le plateau suspendu à l’appareil en P, un certain poids q qui constitue la tare de l’appareil.
- Si maintenant, par l’intermédiaire de la courroie
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- qui passe sur la poulie D, on fait mouvoir la machine à essayer, la résistance opposée par cette machine déterminera une nouvelle tension du brin C, qui soulèvera de nouveau le galet tendeur b et rompra encore l’équilibre. Pour le rétablir, il faudra encore charger de poids le plateau P. Au moment où cet état d’équilibre sera atteint, la tension du brin e' e" sera égale à l’effort exercé sur la circonférence de la poulie pour mettre en mouvement la machine à essayer.On aura donc le travail absorbé en multipliant cette tension par la vitesse d’un point de cette circonférence, c’est-à-dire par 2 K R n, en appelant n le nombre de tours par seconde et R le rayon de la poulie e'.
- Or, le galet tendeur b étant au milieu de son cadre, la réaction verticale, appliquée à son centre, qui fait équilibre au poids P, est égale à 2 P.
- Comme cette force se répartit entre les 2 brins C et e'e", si on considère ces deux brins comme verticaux, ce qui est sensiblement vrai, la tension sur chacun d’eux est égale à P. Si de cette dernière on retranche la tension q correspondant à l’effort nécessaire pour mettre les poulies seules en mouvement, le travail absorbé sera égal à
- (P — q) X 2 7t R n.
- x Dans cette formule, P et q sont,donnés par l’observation directe, R est mesuré une fois pour toutes, et n se détermine à l’aide d’un compteur de tours ordinaires.
- Nous venons de supposer que les deux brins C et e' e" sont verticaux et parallèles ; dans les appa-
- reils, tels qu’ils sont construits actuellement, cela n’est pas tout à fait exact, et le brin fait, avec la verticale, un certain angle a, de sorte que si l’on veut faire une mesure parfaitement exacte, il est nécessaire de faire une correction.
- Si l’on appelle 2 T'la force verticale, appliquée en b, qui fait équilibre au poids P, on a 2 P = 2 T'; d’autre part, en appelant T la tension du brin e' e",
- on a T — T'cos a,
- d’où T' ^
- COS a comme P — T', il T
- vient P =
- cos a7
- OU T = P COS ot.
- On voit que plus l’angle a sera petit, plus T sera près de P, et, dans bien des cas, la correction pourra être négligée ; elle sera, d’ailleurs, toujours facile à faire, etl’on pourra toujours arriver à un résultat exact.
- La tare, dont nous avons parlé plus haut, varie avec la vitesse, et il est bon, pour les déterminations courantes, d’avoir les valeurs de cette tare à différentes vitesses.
- Avec le modèle actuel du dynamomètre , les tares sont les suivantes :
- kilog.
- Tare à 100 tours 1,000
- 1.200 1,400 i,5oo i,55o 1,600 1,700 1,800 1,900 2,000
- 2.200
- 120
- — 140 —
- — 160 —
- — 180 —
- — 200 —
- — 220 —
- — 240 —
- — 260 —
- — 280 —
- — 3oo —
- Dans la détermination de cette tare, les expériences ont été vérifiées à l’aide d’un frein très simple représenté dans la fig. 1 et aussi dans la fig. 2. Il se compose d’une corde passant sur la gorge d’une poulie F fixée sur l’axe d, cette corde s’attache à un peson à ressort g et passe de l’autre côté sur une une petite poulie h, elle est ensuite tendue par un poids p".
- La figure 2 donne l’aspect général de l’appareil
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- dans cette figure, on a conservé les mêmes lettres que dans le diagramme; il faut remarquer cependant que la courroie de la poulie D, qui était figurée à gauche dans ce dernier, a été reportée à droite dans la fig. 2. Cette figure indique quelques dispositions que ne pouvait laisser voir le diagramme ; elle montre,
- par exemple, les barres d’arrêt qui limitent la course des cadres des tendeurs, et on y voit figurée une poulie / destinée à transmettre le mouvement au compteur de tours.
- Les dimensions des principales poulies sont les suivantes : c' à om,6o, E om,7o, D im,io de dia-
- (b-it;. 2.)
- mètre; les tendeurs ont chacun om,4o de diamètre, La hauteur totale de l’appareil est de 2m,5o.
- L’arbre d peut recevoir une poulie sur laquelle est disposé un frein de Prony, et l’on peut ainsi vérifier aisément l’exactitude de l’instrument. Pour cela, on essaie d’abord la machine en expérience avec le dynamomètre que nous venons de décrire,
- puis, quand on a déterminé le poids P, on laisse ce poids dans le plateau, et on supprime la communication avec la machine à essayer; on serre alors le frein de Prony et on le charge jusqu’à ce que l’équilibre du dynamomètre soit de nouveau rétabli. Le travail indiqué par le frein doit être égal à celui qu’avait indiqué précédemment le dynamomètre.
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- Dans une expérience comparative faite de cette manière par M. Farcot, l’appareil tournant à 146 tours, le travail trouvé au dynamomètre a été de 123 kilo-grammètres,3o, et le frein de Prony a donné 126 ki-logrammètres,o6.
- L’appareil de M. Farcot a pour principal avantage d’être facilement maniable et de n’exiger qu’un calcul très simple, mais il est de grandes dimensions et n’est pas facilement transportable. Des deux modèles exposés, l’un est construit pour mesurer un travail de 6 à 8 chevaux, l’autre pour un travail de i2 à 16 chevaux; il peut cependant être construit dans de plus petites dimensions pour un travail de 1 à 3 chevaux. En raison de ses grandes dimensions, il pourra être surtout utile dans les ateliers de construction, où l’on a à faire l’essai sur place de différentes machines.
- A. GUEROUT.
- PHOTOMÈTRE ATHERMANE
- DE M. RAIMOND COULON
- Les progrès incessants de la lumière électrique industrielle rendent aujourd’hui absolument indispensable la création d’un bon photomètre n’exigeant pas de manipulations délicates et facilement transportable. En un mot, il est urgent d’avoir pour la lumière ce que l’on possède depuis longtemps pour la chaleur.
- Malheureusement tous les instruments présentés jusqu’à ce jour et fondés sur l’observation du déplacement d’un index ont le grave défaut d’être influencés à la fois par la chaleur et par la lumière. Celui que je viens d’imaginer possède la précieuse propriété de n’être actionné que par les rayons lumineux. Toute source calorifique obscure le laisse indifférent.
- C’est à la suite de l’étude que j’ai entreprise sur la durée des courants induits que j’ai découvert cet instrument. Comme cette étude a été publiée dans ce journal, je prie le lecteur de bien vouloir s'y reporter pour l’intelligence de certains passages.
- L’appareil repose sur les deux principes suivants :
- i° Dans un radiomètre de Crookes, si on produit une différence de température, soit en plus, soit en moins, en un point quelconque de la surface de l’enveloppe de verre, le moulinet cesse de tourner sous l’influence de h lumière tant que cette différence persiste. Il y a un rapport entre la valeur de l’angle a que fait une des palettes avec le point chauffé ou refroidi, l’intensité i du rayon lumineux frappant la palette et la différence calorifique 0 — t existant entre le point chauffé et le reste de l’enveloppe.
- 20 Les conditions lumineuses restant constantes, tout radiomètre dont la température s’élève tourne
- de telle sorte, que le côté brillant de la palette de mica semble attiré par l’enveloppe. Tout radiomètre dont la température s’abaisse tourne en sens inverse ; tout radiomètre dont la température est constante reste immobile.
- 3° Tout radiomètre dont la température est constante tourne sous la seule injlue7ice de la lumière.
- De ces trois principes, j’ai vu qu’il résultait la possibilité de faire un photomètre insensible à la chaleur en polarisant l’instrument (voir le n° du 6 août, p. 171) ; car, alors, l’angle a peut servir de mesure à l’intensité lumineuse. Mais, dans ces conditions, l’instrument n’est pas pratique ; il exige des
- * G
- Coupe en élévation suivant Taxe F G (les lampes CD ont été figurées en coupe, mais en réalité elles se trouvent en arrière du plan).
- calculs reposant sur des données fort difficiles à déterminer exactement. Je l’ai alors modifié en mettant en usage les deux derniers principes.
- Dans le n° du 6 août, le lecteur trouvera une expérience démontrant l’exactitude du premier principe. Je démontre les deux derniers de la manière suivante :
- Un radiomètre très sensible est placé au cen.re d’une cloche renversée dans laquelle on peut introduire de l’eau à une température connue.
- Voici ce que l’on observe, la lumière du laboratoire étant supposée constante et assez faible :
- i° La cloche est vide d’eau. — Le radiomètre tourne comme à l’ordinaire ;
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- 2° On met dans la cloche de l’eau à 5o°. — Le radiomètre accélère sa marche, puis il se ralentit. Au bout d’un certain temps, il tourne moins vite que dans le numéro i ;
- 3° On porte la température de l’eau à 75°. — Nouvelle accélération, puis retour à la vitesse du n° 2 ;
- 40 On met de l’eau bouillante que l’on renouvelle incessamment pour maintenir la température constante. — Nouvelle accélération, puis retour à la vitesse du n° 2 ;
- 5° La température étant constante, on augmente ou on diminue la lumière du laboratoire. — Chaque changement d’intensité lumineuse se traduit par un
- Source 1
- ©
- I
- Ai B
- Source 2
- (fig. 2.)
- Coupe horizontale au niveau des axes III et F G.
- changement dans la vitesse angulaire du radio-mètre.
- 6° On se met dans l’obscurité complète (*), la
- (4) Pour pouvoir observer dans l’obscurité, je me sers de l’artifice suivant, que j’ai déjà utilisé pour rendre visibles les graduation’, d’instruments pendant la nuit. Quand il s’agit de graduations, je les enduis si elles sont gravées, ou je les écris, si elles sont faites à la main, avec du sulfure de calcium, substance excessivement phosphorescente. Dans les observations radiométriques, j’emploi ; un carreau d’environ om,5o de côté, enduit de cette substance. Je le place à plusieurs mètres de distance de l’instrument, et je m’oriente de façon à ce que le radiomètre semble se projeter sur ce fond d’un blanc bleuté très pâle. Je puis alors distinguer parfaitement les palettes, tout en étant dans l’obscurité complète, car je ne pense pas que cette lueur d’origine mal connue puisse être considérée comme de la lumière ordinaire.
- température étant toujours maintenue à ioo°. —Le radiomètre s’arrête.
- 7° Le laboratoire étant maintenu dans son éclairage ordinaire, on remplace l’eau ordinaire à ioo° par de l’eau à 0,75°. — Le radiomètre tourne en sens inverse (détourne) du mouvement précédent, puis il s’arrête. Quelques instants après, il retourne.
- 8’ On remplace l’eau à jS* par de l’eau à 5o\
- — Le radiomètre détourne, s’arrête, puis retourne.
- g’ On remplace l’eau à 5o° par de l’eau à 2.5°.
- — Les mêmes phénomènes se reproduisent, etc.
- Ce qui démontre les principes 2 et 3 énoncés plus
- haut.
- On pourrait, en comptant le nombre des tours faits dans l’unité de temps, arriver à déterminer l’intensité d’une source lumineuse, mais cela ne vaudrait guère mieux que la mesure de l’angle ».
- Aussi j’ai pensé que, là encore, il valait mieux faire usage de la méthode des oppositions de forces, et faire de l’instrument, une véritable balance.
- Les figures 1, 2 et 3 représentent en plan, coupe et élévation, l’ensemble des moyens employés pour faire agir convenablement la lumière sur le fléau de ma balance photométrique maintenu dans un milieu à température rigoureusement constante.
- J’ai vite reconnu qu’il fallait avoir soin de maintenir l’instrument à une température supérieure à celle produite par la chaleur rayonnante des sources lumineuses à mesurer. En pratique, 100° suffisent.
- La partie photométrique de l’instrument se compose essentiellement d’un disque A B (les mêmes lettres désignent les mêmes organes dans toutes les figures). Il est mobile suivant son diamètre vertical qui lui sert de pivot. Le demi-disque À est blanc sur ses deux faces, l’autre demi-disque B est noirci des deux côtés. Il est renfermé dans une boule de verre, vidée d’air, emmanchée dans une douille placée au centre d’une boîte métallique contenant de l’eau ou tout autre liquide que l’on peut porter et maintenir à l’ébullition à l’aide'des lampes DC placées aux quatre coins. Des lames E placées du côté de la sphère la protègent contre l’action trop brusque de la chaleur et régularisent le mouvement du liquide.
- Cette boîte porte quatre tubulures fermées par des glaces. Les tubulures FG (fig. 1 et 2) servent à observer les mouvements du disque. Les tubulures HI livrent passage aux rayons lumineux à mesurer : elles peuvent; être garnies d’objectifs ou condensateurs au lieu de simples verres. Une douille K permet de fixer l’instrument sur un trépied de campagne.
- Le fonctionnement de l’appareil se conçoit de lui-même. Soit la source 1 et la source 2-à comparer. On commence par les placer exactement dans le prolongement de l’axe HI. Si cela n’est pas possible, on fait usage de miroirs et on en tient compte dans les calculs, car il est essentiel, pour
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- que ce photomètre fonctionne, qu’il soit parfaitement horizontal et que les rayons lumineux soient perpendiculaires à l’axe de rotation du disque. Un écran en verre très dépoli et faiblement éclairé, peut être placé devant la tubulure G pour faire un fond, mais il faut mieux se contenter de la boucher ; le disque étant toujours assez éclairé parles rayons des sources 1 et 2.
- Voici alors ce qui se passe : Supposons la source 1 agissant seule, son rayon lumineux tombe sur le disque; il attire le côté A et repousse le côté B, par conséquent, le disque tout entier tourne jusqu’à ce qu’il se trouve dans le plan H I. L’observateur, placé en F, aperçoit alors le disque en plein, et il a le côté A (blanc) à sa gauche et le côté B (noir) à sa droite. Si la source 2 agit seule, elle tend également à mettre le disque en croix avec l’axe F G, parce qu’elle attire le côté A (blanc) et repousse le côté B (noir). L’observateur, placé en F, verra encore le disque en plein, mais il aura le côté blanc à sa droite et le côté noir à sa gauche. Enfin, si les deux sources agissent ensemble et avec la même intensité, leurs effets se détruisent, car le disque devient le point d’application de deux couples égaux et de directions opposées. Il ne peut être en équilibre stable, quelle que soit l’intensité des couples, que s’il est perpendiculaire à la direction des quatre forces qui le sollicitent, et dont la résultante est alors égale à zéro. Dans ce cas, l’observateur, placé en F, l’aperçoit par sa tranche. Ces trois aspects caractéristiques du disque sont représentés dans la figure 4.
- En éloignant une. des deux sources, on peut toujours arriver à produire cette égalité des couples, et amener le disque dans la position indiquée, figures 1, 2 et 3.
- J’avais songé à incruster dans la boule de verre des contacts électriques, actionnant soit des sonneries, soit des tableaux placés au loin, mais j’y ai renoncé en ce qui regarde la photométrie propre-
- ment dite. C’est une complication qui n’est utile que pour surveiller et enregistrer au besoin les variations d’une installation spéciale, mais elle acquiert alors une grande utilité, surtout s’il s’agit d’enregistrer le fonctionnement d’une lampe électrique, pendant de nombreuses heures. Je donnerai prochainement la description de mon « enregistreur photoscopique. »
- Lorsque l’égalité des couples est obtenue, il suffit de mesurer les distances des sources au disque, pour avoir le rapport de leurs intensités par le calcul ordinaire.
- Au lieu d’éloigner les lumières, on pourrait graduer à l’avance un certain nombre de diaphragmes obturateurs, et obtenir ainsi de véritables poids représentant 10. 100. 1000 etc. unités lumineuses. On
- éviterait ainsi le déplacement, parfois difficile, des sources lumineuses, tout en restant dans des limites d’approximation suffisantes dans la pratique industrielle.
- Il est bon aussi, afin de diminuer les causes d'erreur dues non à l’homogénéité des surfaces du disque photométrique, d’appliquer à l’instrument la méthode des doubles pesées en mettant la source 1 à la source 2 et vice-versa. Quand cette substitution n’est pas possible, un petit tour de main permet d’imprimer au disque un mouvement qui lui fait faire un peu plus qu’une demi-révolution. L’action des sources 1 et 2 continue le mouvement et le bras noir, primitivement dirigé vers G, se maintient vers F. Cette inversion des faces du disque équivaut au déplacement des lumières.
- La forme (figurée ci-dessus) donnée aux différentes parties de l’instrument n’est peut-être pas celle qui correspond au maximum de sensibilité.
- J’aimême déjà substituéau disque un fléau terminé par deux palettes; les tubulures HI étant jumelées et G supprimé comme inutile; quoiqu’il en soit, c’est la pratique qui, seule, nous enseignera les améliorations à apporter à cet instrument qui me
- K
- (fig. 3. — Coupe en élévation suivant l’axe HI.)
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- semble destiné à rendre quelques services dans la photométrie industrielle, tant à cause de la simpli-
- Source l moins intense que source 2.
- Source 1 aussi intense que source 2,
- Source l plus intense que source 2 .
- (fïg. 4.)
- Ce que l’on observe en regardant par l’oculaire F du photomètre athermane.
- cité de sa manipulation, que de son prix peu élevé, et de ses petites dimensions qui permettent de l’installer partout (‘).
- RAIMOND COULON.
- ÉTUDES SUR LA RADIOPHONIE
- (10e article)
- (Voir p. 8, 36, 51, 276, 291, 408 du tome III; p. 276et2g5 du tome IV.)
- PHOTOPHONE AU NOIR DE FUMÉE
- I. — Le Récepteur. — Non seulement le noir de fumée est jusqu’à présent l’agent thermophonique par excellence, mais encore il est susceptible, comme le sélénium, de jouer le rôle de photophone électrique.
- Dans leur mémoire (analysé dans ce journal, t. III, p. 353 et 369) MM. G. Bell et Tainter donnent la description du photophone à noir de fumée dont nous reproduisons ici le dessin (fîg. 1).
- Nous devons rappeler que cette figure représente une lame de verre argentée, sur l’argenture de laquelle on a fait avec un burin des raies en zig-zag mettant le verre à nu le long de la ligne noire de la figure. Puis on enfume toute la plaque : les deux
- (‘) L’instrument n’est pas breveté et peut être construit à peu de frais par tous ceux qui voudraient s’en servir.
- parties de la lame argentée sont alors séparées par une raie sinueuse de noir de fumée, et le courant électrique qui arrive par l’un des boutons représentés sur la figure sort par l’autre, après avoir traversé le noir de fumée.
- J’ai fait construire par M. Dubosq un petit appareil de ce genre où l’argenture a été enlevée à la machine à diviser et qui présente 12 sinuosités. Après l’avoir enfumé, j’ai recouvert la partie enfumée avec une lame mince de mica mastiquée sur la saillie du cadre en bois de la lame argentée, pour protéger autant que possible l’argenture enfumée.
- Un appareil de ce genre, animé par une pile de quelques éléments Leclanché, fonctionne, en effet, convenablement comme photophone.
- Mais sa construction est délicate; il est fragile, et s’il lui arrive un accident, il faut argenter de nouveau la plaque et recommencer le travail de la machine à diviser pour reproduire les sinuosités.
- Il n’en est pas de même des récepteurs à double spirale décrits dans ce journal (t. IV, p. 296, 297)et dont nous reproduisons ici le dessin (fig. 2).
- Au lieu de sélé-nier l’une des faces S, on peut l’enfumer, soit en l'exposant à la fumée d’une lampe à huile, soit à la fumée provenant de la combustion du camphre, en prenant, d’ailleurs, les précautions nécessaires pour ne pas carboniser le papier parchemin qui isole l’une de l’autre les spirales métalliques.
- Il suffit pour cela, par exemple, d’enfumer par l’intermédiaire d’une toile métallique.
- Il est à remarquer que ceS récepteurs ayant deux faces, on peut sélénier l’une, puis enfumer l’autre, et se servir, avec le même courant, soit de l’une, soit de l’autre à volonté.
- Les récepteurs de tous genres, dont j’ai déjà parlé, à spirales de cuivre, de laiton, de fer, de platine, ainsi enfumés, fonctionnent bien ; les récepteurs en aluminium, qui ne peuvent être sélé— niés, s’enfument au contraire très bien.
- II. — La source radiante et les radiations agissantes, — On entend très bien, avec de pareils
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
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- récepteurs, les sons et les accords produits à travers la roue interruptrice, précédemment décrite, par les radiations du soleil, de la lumière électrique ou oxydrique et même d’un bec de gaz, en prenant les précautions indiquées pour les récepteurs à sélénium.
- Mais, d’une manière générale et toutes choses égales d’ailleurs, l’intensité des sons produits est plus faible qu’avec les récepteurs à sélénium et avec les récepteurs thermophoniques à noir de fumée. Cela était probable, car une portion de l’énergie radiante a dû être employée à eflectuer le travail, quel qu’il
- soit, qui produit les variations de l’énergie électrique B' origine des sons dans le téléphone récepteur.
- On effectue aisément cette comparaison avec un récepteur sélénié d’un côté et enfumé de l’autre, traversé par le même courant et soumis à faction d’une source qu'on fait agir successivement sur les deux faces.
- Et il ne faudrait pas croire que cette différence d’effets est due, dans ce cas, à la différence des conductibilités du (fig. 2.) noir de fumée
- et du sélénium,
- car celui-ci est beaucoup plus résistant que celui-là : pour ne citer qu’un exemple, un récepteur en laiton, sélénié sur une face, avait une résistance de 6.030 ohms environ; enfumé sur l'autre face, il n’offrait plus qu’une résistance de 141 ohms. Si donc le courant électrique qui traverse un tel récepteur passe par les deux faces, la plus grande partie passe par le noir de fumée, ce qui tend à augmenter l’intensité des sons qu’il peut produire.
- On constate d’ailleurs très nettement cette diffé rence dans les essais où l’on cherche à déterminer la nature des radiations agissantes dans la production radiophonique des sons.
- En essayant de faire agir successivement les diverses radiations du spectre de la lumière électrique, sur un récepteur enfumé, je n’ai pu encore obtenir de résultats assez sensibles pour être indiqués, et je n’ai pu, depuis le mois de juin où ces expériences ont été faites, faire l’essai avec une lumière solaire assez intense. Je ne l’ai faite qu’avec un soleil fort brumeux qui m’a donné les mêmes résultats négatifs. Ainsi, là où un récepteur sélénié donne des sons aisément perceptibles, le récepteur enfumé ne m’en a pas donné jusqu’à présent. Et, en comparant dans la partie rouge et infrarouge d’un spectre de lumière électrique, un récepteur à noir de fumée et un tube thermophonique également à noir de fumée, le premier n’apas produit de sons perceptibles, tandis que le le second donnait, comme d’ordinaire, des sons intenses avec le maximum d’effet habituel dans l’infrarouge.
- Ces essais, concluants quant à l’intensité relative des sons produits, ne le sont pas quant à la nature des radiations agissantes. Mais on peut décider la question autrement. Il suffît d’exposer un récepteur enfumé aux radiations d’une plaque dé cuivre, graduellement chauffée avec un chalumeau oxhydrique, en se plaçant dans l’obscurité. Tant que la plaque chauffée est obscure, on ne perçoit aucun son dans le téléphone interposé dans le circuit électrique du récepteur enfumé ; mais dès que la plaque est portée au rouge sombre, les sons se produisent et augmentent graduellement d’intensité.
- Cette expérience suffit pour montrer que l’origine des sons n’est pas thermique, dans le sens que nous adoptons pour ce mot. On a donc là un phénomène photophonique ou actinophonique. Je n’ai pu, pour ma part, arriver encore à décider nettement avec certitude lequel des deux, mais il me parait bien probable qu’il y a lieu de ranger les récepteurs enfumés, traversés par un courant électrique parmi les photophones-, c’est pourquoi je les ai classés, au moins provisoirement sous cette dénomination dans le tableau de la page 277 du présent volume.
- En faisant ces expériences, on peut faire à l’égard de ces photophones, la même observation qu’avec les photophones à sélénium et les thermophones, à savoir : qu’il suffit d’éclairer une très petite surface de l’appareil, pour produire les effets sonores, et qu’on ne gagne sensiblement rien en répartissant la même quantité de radiations sur une grande surface. Nous aurons l’occasion de revenir plus tard sur cette observation.
- En voici une autre, sur laquelle nous reviendrons aussi dans la suite et qui tendrait à accentuer la démarcation entre les radiophones directs et les radiophones électriques. Tandis que le noir de fumée et (d’après une indication de M. Bell) l’éponge de platine peuvent constituer à la fois des radiophones directs du genre thermique et des radiophones indi-
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- rects du genre lumineux ou photique et de l’espèce électrique, il n’en est pas de même de certains corps qui appartiennent à la première catégorie et qui ne paraissent pas appartenir à la seconde.
- Tel est par exemple le bitume de Judée, qui constitue un bon thermophone direct comme le noir de fumée, mais qui ne produit pas de sons perceptibles quand on veut l’essayer comme photophone électrique. Cela tient sans doute à la résistance considérable qu’il oppose au courant électrique et qui est de beaucoup supérieure à celle du sélénium puisque le bitume est considéré comme un corps isolant, tandis que, d’autre part, il constitue un bon absorbant des radiations thermiques.
- Il sera nécessaire de tenir compte des faits de ce genre lorsqu’il s’agira d’expliquer le mécanisme delà photophonie directe et électrique.
- E. MERCADIER.
- SUR LE RENDEMENT
- DES
- MOTEURS ÉLECTRIQUES
- 2e article (Voir le n° du 7 septemure).
- Dans la première partie de cette étude, je n’ai en vue que les petits moteurs électriques à commutateur, dans lesquels le courant est 1 enversé à chaque demi-révolution. Je traiterai à part des moteurs à courant continu, munis du collecteur Gramme, et dont la machine Gramme est le type.
- La première condition pour obtenir le rendement d’un moteur quelconque est de pouvoir mesurer exactement son travail. — L’on se sert à cet effet habituellement du frein de Prony; cet instrument présente un grave défaut, il n’est pas automatique; à chaque instant il faut modifier le serrage et la mesure du travail, reste par conséquent toujours défectueuse. M. Deprez, le premier a rendu le serrage du frein automatique, son système peut s’appliquer à des forces quelconques. Le problème ayant été posé par M. Deprez à M. Carpentier, ce dernier en a fourni une seconde solution différente de la première. La disposition de M. Carpentier s’appliquant très simplement aux petits moteurs électriques c’est celle que j’ai adoptée pour les déterminations que je vais rapporter.
- Le frein de M. Carpentier a été décrit déjà dans ce journal. On sait qu’il est basé sur le frottement des cordes, frottement qui augmente suivant l’arc d’enroulement. C’est en un mot, un frein funiculaire dont l’arc d’enroulement change automatiquement grâce à une poulie folle qui porte les deux brins du frein.
- Avec cet appareil, le travail par tour est mathématiquement connu et toujours le même pour une
- même charge du frein et un même diamètre de poulie. — On n’a pas avec cet appareil à se préoccuper du frein, il n’y a, pour obtenir le travail du moteur, qu’à compter le nombre de tours par seconde. Ce procédé est donc à la fois très exact et très simple.
- Pour un travail qui dépasserait 5 à 6 kilogram-mètres par seconde, ce frein présente un inconvénient. Les poids, dont il faut le charger, sont un peu lourds et augmentent les frottements sur Taxe du moteur. Pour éviter cet inconvénient avec la machine Gramme, j’avais adopté la disposition suivante ; le brin qui porte le poids tenseur, au lieu de pendre librement, est relevé en l’air, et en se réfléchissant sur une poulie, tire sur Taxe verticalement de bas en haut; tandis que le brin frotteur tire sur ce même axe de haut en bas. On arrive ainsi à équilibrer à peu près les tractions et à soulager Taxe. Malgré cela, le rendement est peu modifié.
- J’ai vu dans l’Exposition de Force et Lumière, au Palais de l’Industrie, une modification tout à fait analogue du frein Carpentier qui porte le nom de balance dynamométrique Raffard. Ce constructeur a remplacé ma poulie par un fléau de balance. L’une et l'autre disposition ne sont que des modifications de forme du frein funiculaire de Carpentier. Cuique suum.
- Ayant ainsi une mesure exacte du travail effectué par le moteur j’ai mesuré d’autre part sa dépense. Pour cela j’ai d’abord pesé très exactement le zinc brûlé dans la pile. Cette détermination a l’avantage d’éliminer toutes les considérations théoriques et de donner directement le résultat intéressant : Le prix en argent du kilogrammètre.
- J’ai ensuite simplifié fa méthode en intercalant dans le circuit un galvanomètre Deprez gradué en Webers. J’ai observé combien ma pile brûlait de zinc pour une déviation donnée et j’ai ainsi obtenu pour mon instrument une graduation en zinc-degré. '
- Cette graduation n’est valable que pour une même pile. Elle change suivant la nature de l’élément comme je le montrerai dans mes études sur la pile.
- Cette disposition m’évite à présent l’ennui de peser le zinc ; mais il était nécessaire de faire préalablement cette détermination pour éliminer toutes les réactions étrangères de la pile..
- J’ai en même temps pris la mesure du travail théorique qui traverse le moteur sous forme d’énergie électrique.
- Pour cela pendant que le moteur chargé de son frein était en mouvement je mesurais.
- i° L’intensité en Webers du courant traversant le moteur.
- 2° La chute de potentiel aux bornes de l’appareil.
- On sait que le travail en kilogrammètres par seconde représenté par un courant quelconque est
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- donné par la formule Kg ==
- El
- g
- exprimé en Webers
- et en Volts.
- Cette mesure du travail est tout à fait semblable à celle qu’on emploie pour les moteurs à eau. Le travail que peut donner l’eau est en effet égal au volume écoulé multiplié par la chute de pression de ce volume. L’électricité se comportant comme un fluide incompressible, I ou l’intensité du courant, représente le volume d’électricité écoulé par seconde et E la chute de pression ou de potentiel de ce même volume. Le travail est donc égal à El que l’on doit diviser par g à cause des unités adoptées.
- Le travail est donc sensiblement égal à —
- Le mesureur d’énergie de Marcel Deprez donne directement le produit EI. Son galvanomètre à deux circuits gradués en Webers et en Volts donne également et à la fois ces deux mesures.
- El
- En ayant à la fois — et le travail au frein, on a
- le rendement absolu du. moteur, c’est-à-dire le rapport de l’énergie qu’il consomme sous forme de courant, à l’énergie qu’il restitue sous forme de travail. Les constantes de mon galvanomètre sont les suivantes :
- i degré = o"'eber,63 id. = o™1*, 3
- i degré weber = 7°r,5 de zinc à l’heure..
- Mes recherches ont porté en premier lieu sur un petit moteur Deprez à aimant.
- Sa bobine Siemens a 35 millimètres de long sir 3o de diamètre ; elle est couverte avec du fil de i millimètres et pèse 200 grammes environ.
- L’aimant pèse 1700 grammes, soit moins de 2 kilos en tout.
- Cela dit, je transcris sans commentaires mes notes de laboratoire :
- irc EXPÉRIENCE
- 4 éléments Bunsen.
- Moteur au repos, I = i3°.
- Moteur en mouvement, sans charge, I = 4°,5.
- Je charge le frein à 1/4 de kilogrammètre par tour. 140 tours par minute = 35 kilogrammètres.
- I = 6°,5 x o,63 = 4"'ebors,o95.
- E = i3°,5 X o,3 = 4v0lls,o5.
- — = i,65 — 79 kg par minute.
- Zinc brûlé par heure = 19,5.
- 1 gramme de zinc donne 107 kilogrammètres.
- 2° EXPÉRIENCE
- 5 éléments Bunsen.
- Repos, I = i5°. Rotation sans charge, I = 40.
- 204 tours par minute = 5i kilogrammètres.
- E = 17 x o,o3 — 5ÏOlls, 1.
- I = 7 X o,63 = 4w*6w«,4i.
- El -
- — = 2,25 = i35 kgr. par minute.
- 1 gr. de zinc = 134 kilogrammètres.
- 3e EXPÉRIENCE 6 éléments Bunsen.
- Repos, I — i6°,5. Rotation, I = 40.
- Travail = 60 kgr par minute.
- I = 8x o,63 = 5'vel,e‘s,o4.
- E — 20 X o,3 = 6 volts.
- El
- ’ — = 3 = 180 kilogrammètres.
- 1 gr. de zinc — 100 kilogrammètres.
- Ce petit moteur peut donc rendre 134 kilogràm-mètres par gramme de zinc brûlé. Or, dans ces conditions, 1 gr. de zinc dégage 1 calorie 2 dixièmes ; ce qui fait que le moteur transforme en travail environ 26 pour cent de l’énergie calorifique qui peut être dégagée par la réaction chimique. Je reviendrai sur son travail absolu.
- (A suivre.) Dr A. d’Arsonval.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Quelques applications de l’électricité à l’industrie des textiles
- On rencontre à l’Exposition quelques métiers de broderie mécanique et de dévidage des fils, dans lesquels l’électricité a été appliquée d’une manière utile, soit pour arrêter automatiquement le métier quand un fil se casse, soit pour compter le nombre des points faits par l’ouvrier, soit pour arrêter l’ap pareil de dévidage quand la quantité de fil déroulé atteint un poids donné. Parmi ces appareils nous citerons i° les métiers à broder (à fil continu) au pantographe, de M. Ferry-Milèt, qui est muni d’un casse fil électrique avertisseur et d’un compteur de points, 2° le métier à broder sur tulle du même constructeur, qui est pourvu d’un casse fil électrique et d’un débrayeur électrique ; ce métier à points de chaînette et à quatre étages, brode quatre pièces de tissu à la fois, 3° l’appareil de dévidage de M. Mou-chère (d’Angoulême), auquel a été appliqué le système de pesage électrique dont il a été question.
- Les. casse-fils électriques des deux premiers métiers n’ont rien de bien nouveau comme principe, on y retrouve à peu près les dispositifs des casse-fils de MM. Achard, Radiguet et Richard ; mais ils sont plus simplement disposés et parfaitement adaptés aux appareils. Ils consistent dans des
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- espèces de petits crochets, à contrepoids, que l’on suspend sur les fils aux points où s’effectuent le plus souvent les ruptures, c’est-à-dire, près des aiguilles mobiles, et au-dessous d’eux, se trouvent des petits augets en bois, dont le fond est garni de deux lames en cuivre, placées l’une à côté de l’autre sans se toucher ; ces lames sont reliées au circuit de l’em-brayeur, et quand le crochet tombe, la partie métallique qui sert de contrepoids, ferme le circuit au fond de l’auget correspondant; alors le mécanisme débrayeur est déclanché, et le métier se trouve immédiatement arrêté jusqu’à ce qu’on ait raccordé le fil. Dans l’un des métiers, le débrayeur est remplacé par une sonnerie électrique ; alors le casse-fil n’est plus qu'avertisseur.
- Quant au compteur électrique des points du métier -à broder au pautographe, il est mis en action par l’effet même du mouvement de l’appareil qui exécute le point et qui ferme le courant à travers ce compteur. Comme les ouvriers sont payés en raison du nombre des -points qu’ils effectuent, on sait de suite, par l’inspection du compteur, ce qui leur est dû.
- Tous ces dispositifs électriques ont été combinés par M. Dieudonné, qui les a très bien appliqués. De . plus, les métiers sont mis en mouvement par une machine Gramme.
- Le dispositif du métier de dévidage est également ingénieux et bien entendu. Les fils dévidés passent à travers une sorte de laminoir, dont un des cylindres est supporté par un levier commandé par une armature d’électro-aimant, et qui forme, par conséquent, embrayeur quand lélectro- aimant devient actif. Au sortir de ce laminoir, ils tombent dans des vases cylindriques en fer blanc, qui sont supportés chacun par une sorte de balance à Romaine, qu’on règle pour faire trébucher le système, quand le vase cylindrique atteint le poids voulu. Alors, il se produit une fermeture de courant qui arrête le défilement de celui des fils qui corres-respond au vase abaissé, et il ne s’agit plus que de le couper pour avoir la quantité voulue de fil dévidé. Une pile de Daniell de cinq éléments, suffit pour mettre en action un métier de cinq dévidoirs; et c’est une machine Gramme qui les met en action. C’est ordinairement aux fils de laine que ces métiers sont appliqués, et une seule ouvrière suffit parfaitement pour la conduite des dévidoires.
- La machine dynamo-électrique comme source de courant pour les télégraphes.
- Nous avons plusieurs fois mentionné des essais faits dans le but de remplacer dans la télégraphie les piles par les machines dynamo-électriques. M. Joseph Kræmer, directeur des télégraphes du Franz-Josefs bahn de Vienne, fait remarquer à ce propos, dit l’Élektrotechniche Zeitschrift qu’en 1876, il a eu occasion de faire des essais dans ce sens, à la
- direction de la Police de Vienne. Les essais ont été faits avec une machine dynamo-électrique de Gramme et ont été complètements satisfaisants. Cette machine a été attelée sur deux lignes de 13 kilomètres de long, et les appareils ont parfaitement fonctionné malgré des conditions atmosphériques très défavorables. Le 2 octobre 1877 M. Kræmer a lu, à la réunion des employés des chemins de fer Autrichiens, un mémoire sur l’électricité d’induction et son emploi dans les télégraphes; dans ce mémoire il a montré que la machine Gramme (et par suite aussi les autres machines à courant continu) donnent pour le Morse et le Hughes, de meilleurs résultats que les piles voltaïques. Pour une ligne de 1000 kilomètres, comprenant 100 stations, avec six petits éléments Callaud, dans chaque station comme pile de ligne, et autant comme pile locale, M. Kræmer a calculé que les frais d’exploitation, amortissement et entretien compris, s’élèvent à 2664 florins. Avec 10 machines Gramme et des appareils écrivants insérés directement dans la ligne, ces frais ne seraient que de io52 florins, en supposant que la force motrice, est obtenue dans de bonnes conditions à raison de 3 kreuzer par heure.
- CORRESPONDANCE
- Montpellier, le 29 août 1881.
- Monsieur le Directeur,
- Dans le numéro du 20 août, la Lumière Électrique indique comme nouvelle une expérience du professeur Guthrie, dans laquelle on met en évidence la répulsion d’un aimant par un disque tournant au-dessous. Permettez-moi de vous faire remarquer qne cette expérience n’est pas nouvelle, puisqu’elle est d’Arago, et qu’on la trouve décrite, par exemple, dans la première édition (1837) du Cours de physique de Lamé (t. II, 2e partie, p. 21 S). Quant à l’explication du phénomène, elle résulte des expériences de M. Malteucci. Soit, en effet,
- A B l’aimant, C D le disque tournant, les courants induits ont la forme indiquée sur la figure ci-contre. L’axe de symétrie se trouve rejeté en E F, en raison du retard des courants induits, ce qui fait que chaque pôle magnétique se trouve en regard de régions du disque où les courants sont dirigés en sens inverse des courants d’Ampère.
- Veuillez agréer, monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
- UN DE VOS ABONNÉS.
- Paris, 3 septembre 1881.
- Monsieur le Directeur,
- Permettez-moi d’appeler votre attention sur une des questions que le Congrès sera appelé à résoudre.
- En Allemagne, d’après les idées de Bunsen, et aussi en Russie, on admet, parmi les qualifications de l’électricité,
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- une définition de la densité du courant électrique, qui n’est pas généralement admise en France, ainsi que parmi les électriciens de l’Europe,. Aujourd’hui pourtant, en électrochimie et plus encore dans l’étude comparative des machines dynamo-électriques, la densité du courant joue un rôle important. En électro-chimie, par exemple, l’intensité d’un courant est définie par la quantité de cuivre précipitée dans l’unité de temps. La densité est définie parla quantité de cuivre déposé sur une surface d’un centimètre carré dans l’unité de temps.
- Pour les machines dynamo-électriques, la densité du courant est la quantité d’électricité passant dans l’unité de temps par l’unité de section d’un conducteur. Cela a une grande importance pour l’étude comparative des machines de différents systèmes et de différentes constructions.
- Les constructeurs donnent ordinairement les nombres de tours de leur machine dynamo-électrique,
- Si les résultats des expériences étaient basés sur les nombres de tours des machines dynamo-électriques, on arriverait à une confusion générale, parce que les machines des constructeurs médiocres .ne donnent pas toute la force qu’elles doivent fournir.
- Aussi les travaux comparatifs de l’Ecole des ingénieurs de Chatam n’ont, selon moi, aucune signification, parce que les machines essayées fonctionnent avec des densités de courant différentes.
- La limite d’augmentation du nombre de tours des machines dynamo-électriques est la densité et non l’intensité du courant. Par conséquent, l’adoption et le sanctionnement des notions sur la densité d’un courant électrique par le Congrès international est d’une nécessité absolue.
- Si, en même temps, le Congrès trouvait le temps et la possibilité d’aborder la question de l’essai qualificatif des machines dynamo-électriques, afin de donner la possibilité d’avoir des résultats exacts sur leur force génératrice, il rendrait service, non-seulement à la science, mais encore à la pratique.
- Veuillez agréer, etc.
- TCIIIKOLEFF.
- FAITS DIVERS
- Éclairage électrique.
- Ce n’est pas seulement la place du Carrousel qui va être éclairée à la lumière électrique. On installe, dans la cour carrée du Louvre, quatre énormes candélabres, qui supporteront des globes du système Lontin.
- Les candélabres auront six mètres de hauteur.
- Ces foyers seront desservis par 5 machines dynamo-électriques installées dans la cour du pavillon de l’Horloge.
- L’éclairage par l’électricité vient encore d’être adopté sur un paquebot à vapeur. Le vapeur Arabie, annonce VElec-cian, de Londres, est maintenant éclairé à l’aide de lampes à incandescence Swan. Ce steamer fait partie de la Hotte de la White Star Une.
- A l’aquarium de Westminster, à Londres, M. Camille Faure' vient d’essayer l’éclairage des bassins au moyen de l’électricité. Des lampes Maxim sont immergées dans l’eau. Pendant le jour, l’électricité est accumulée directement, par la machine dynamo-électrique génératrice dans des boîtes ou batteries, où elle est emmagasinée et redistribuée au fur et à mesure des besoins. Avec cet accumulateur, on obtient, disent les journaux anglais, une lumière fixe d’une couleur jaune doré, douce et non aveuglante. Reste à savoir à combien revient un pareil éclairage.
- A Eastbourrie, l’éclairage du Devonshire Parle au moyen de lampes électriques Siemens a été si satisfaisant, dit YEîectrician, que l’on songerait à l’étendre à la promenade appelée « Parade ».
- La « British Electric Light Company » vient de passer un contrat pour éclairer, avec des lampes à incandescence, les bâtiments de laNorth Shore Flour and Rice Mills Company, à Liverpoôl.
- Téléphonie.
- M. Edwin de Léon, directeur de la « Téléphoné Company of Egypt limited », adresse au* journaux d’Alexandrie une longue lettre au sujet de l’établissement du réseau téléphonique à Alexandrie. Nous en détachons le passage suivant :
- « Il y a un point digne d’ètre remarqué dans cette entreprise, c’est que, depuis son début, jusqu’à ce jour, où le Bureau Central a été ouvert, la Compagnie n’a demandé ni reçu aucun argent de qui que ce soit; c’est elle qui a fourni tout le numéraire nécessaire, dont la somme est considérable, de sorte qu’au lieu de se servir de l’argent de l’Egypte, la Compagnie en a apporté. Je ne connais aucune entreprise en Egypte qui puisse en dire autant. Tous les risques ont été courus par elle, et le public n’en a couru aucun.
- « Les conditions auxquelles les abonnements ont été faits, étaient que les appareils et le Bureau central marcheraient tous deux en bon ordre et au gré des abonnés. Cette condition a été remplie par le Bureau central ; il ne reste à présent qu’à messieurs les abonnés à accomplir la leur.
- « The Téléphoné Company of Egypt Limited a l’intention de donner les avantages du téléphone au public aux prix les plus modérés, en se réservant le droit de le faire aussitôt que les frais d’installation seront couverts. Enfin, à mesure que le nombre des abonnés augmentera, la Compagnie, de son côté, abaissera ses prix, autant que ce lui Sera possible.
- « Dans le commencement de toutes sortes d’entreprises les prix sont naturellement toujours plus élevés.
- « Un public libéral et éclairé, comme l’est celui d’Alexandrie, ne peut s’attendre à davantage. Il ne saurait demander, ou exiger que la Compagnie ajoute à ses risques, celui de faire fonctionner le téléphone avec perte.
- « C’est pour cette simple raison que le prix est moins élevé en Europe! »
- Le bureau central du téléphone, à Sheffield, compte actuellement cent cinquante abonnés. La semaine dernière, le nombre des appels s’est élevé à sept mille.
- La compagnie internationale des téléphones annonce qu'elle vient d’acquérir le droit exclusif d’exploiter, en Autriche et en Italie, les téléphones Ader.
- ERRATA
- Dans le n° 44, à l’article sur le cable Brooks, p. 287, à la 10e ligne, à partir du bas de la uc colonne, une ligne ayant sauté à la mise en pages, au lieu de « ri a pas fonctionné » il faut lire : « ri a pas fonctionné moins bien et sans aucuns bruits dinduction.
- Dans le même numéro, la signature A. de Gérando doit être remplacée par L. de Gérando.
- Le Gérant: A. Glénard.
- Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. —(495)
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- La Lumière Électrique
- journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. Tii. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3* ANNÉE SAMEDI 17 SEPTEMBRE 1881 N» AO
- SOMMAIRE
- Exposition internationale d’électricitc. — Les transmissions télégraphiques en duplex; Th. du Moncel. — Les dynamomètres (<jc article) ; A. Guerout. — Télégraphe multiple de M. Schæffler; M. Rothen. — Réunion jubilaire de l’Association britannique à York; P. Géraldy. — Revue des travaux récents en électricité. — Machine dynamo-électrique de M. Jünger, de Copenhague. — Appareil pour mesurer les rations d’avoine à donner aux chevaux. — Sur |a résistance des liquides à électrodes polarisées. — Photomètre électrique du docteur Fried. G. Nachs. — Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D'ÉLECTRICITÉ
- LES
- TRANSMISSIONS TÉLÉGRAPHIQUES EN DUPLEX
- Nous avons exposé dans notre numéro duaojuil-let, p. 81, les différents moyens par lesquels on peut obtenir des transmissions électriques simultanées, et nous avons étudié celui qui se rapporte aux systèmes harmoniques. Nous allons parler aujourd’hui des systèmes dits en duplex, au moyen desquels on peut correspondre simultanément des deux stations en sens opposé. C’est le système le plus généralement employé et qui a l’avantage de pouvoir être appliqué à tous les systèmes télégraphiques.
- On sait que le Duplex est fondé généralement sur l’emploi de lignes factices disposées de manière à équilibrer les lignes télégraphiques, afin d’obtenir les signaux, soit sous l’influence des courants transmis par les lignes elles-mêmes, soit sous l’influence de courants émanant de piles locales et traversant les lignes factices. Pour obtenir que ces courants ne réagissent pas sur les appareils auxquels ils ne sont pas destinés, on combine ceux-ci de manière à recevoir simultanément, mais en sens inverse, l’action de ces courants, et à ne produire les signaux qui en sont la conséquence, que quand l’un d’eux se trouve annulé, soit par l’effet d’une interruption survenue dans le circuit correspondant, soit par leur rencontre sur la ligne dans un sens opposé. De là vient la nécessité d’équili-
- brer la résistance de la ligne par une résistance factice, qui permette aux deux courants circulant en sens opposé à travers les appareils, de réagir à peu près dans les mêmes conditions. Or ce résultat ne peut être obtenu sur les lignes un peu longues, qui se trouvent toujours plus ou moins chargées, qu’à la condition d’interposar sur les lignes factices des appareils susceptibles de représenter les charges des autres lignes ; ces appareils sont des condensateurs d’une capacité électro-statique en rapport avec la longueur des lignes. Mais comme ces charges des lignes et la résistance électrique qu’elles présentent, varient avec leur degré d’isolation, et par suite avec l’humidité du temps, il est très difficile d’obtenir un équi-librement complet des deux lignes, et il était à désirer qu’on pût trouver un système qui permît de s’en passer. Déjà plusieurs systèmes avaient été proposés dans ce but, notamment un qui avait été combiné par M. Ailhaud et qui figurait à l’Exposition universelle de 1878, mais ils étaient un peu compliqués, et c’est avec plaisir que nous voyons cette année, à l’Exposition, deux systèmes qui semblent résoudre assez simplement le problème. L’un a été combiné par M. Orduna, Commissaire de l’Exposition espagnole, l’autre par M. Tommasi. Mais pour qu’on puisse les comprendre nous devrons indiquer en quelques mots comment sont disposés les systèmes ordinaires.
- En général, les systèmes de Duplex pratiques, se rapportent à deux types principaux : l'un, dans lequel les appareils ont leur action annulée par des effets électriques contradictoires, et leurs électro-aimants ont alors deux hélices enroulées dans un sens différent ou des bobines fonctionnant isolément, en sens inverse l’une de l’autre : c’est ce qu’on a appelé le système différentiel. L’autre type est fondé sur le principe du pont de Wheatstone, et les appareils sont disposés de manière à ne recevoir l’action du courant que quand l’équilibre de résistance est rompu dans celles des branches du pont qui correspondent à la ligne télégraphique et à la ligne factice.
- Les systèmes dont nous parlons appartiennent au premier type, mais avec des combinaisons qui permettent de se dispenser de l’équilibrement. Nous
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- représentons dans là figure i ci-dessous le shema théorique du dispositif de M. Orduna.
- L’électro-aimant des récepteurs ME, M'E' est constitué par deux électro-aimants droits ayant une armature commune, mais dont l’un, E, E', est polarisé d’une manière permanente par un aimant N S, N' S'. Le manipulateur A, A' est une clef Morse disposée de manière à former rhéotôme conjonc-teur et disjoncteur, en réagissant sur 4 ressorts r, s, /, g disposés au-dessous d’elle, à gauche et à droite de l’axe d’oscillation. Enfin, une pile de ligne p, p' et une pile locale P, P', disposées comme l’indique la figure, complètent le système.
- On voit déjà, par l’inspection de la figure, que les bobines M, M' des électro-aimants des deux appareils ne sont impressionnables qu’aux courants des piles locales P, P', et l’on devra savoir que les bobines E, E', à travers lesquelles passent les courants de ligne, sont enroulées de telle manière que, quand
- le courant entre à droite des bobines, il détruit la polarité du noyau, et qu’il la double, au contraire, quand il entre par la gauche. Or, examinons d’abord ce qui a lieu quand les deux postes sont au repos.
- Le courant de la pii & p, par suite de la jonction des ressorts f et g, tendrait à traverser le circuit de ligne L en désaimantant le noyau E et en suraimantant le noyau E', s’il ne rencontrait pas le courant de la piiep' qui lui est opposé et égal en force. Aucun effet n’est donc produit de ce côté, et il en est de même pour les noyaux M et M', car les circuits locaux sont interrompus par la disjonction des ressorts r, s, r', s'.
- -> Si la station de gauche transmet et que la station de droite soit inactive, chaque abaissement de la clef A aura pour effet la disjonction des ressorts de contact / et g et la conjonction des ressorts r et s. Le courant de la pile p ne pourra donc pas passer
- P'
- (FIG. 1.)
- à travers le circuit de ligne L, mais le courant de la pile p', en revanche, pourra devenir actif, car les ressorts /', g' sont réunis, et ne rencontrant pas le courant opposé de la pile p, il peut s’écouler en terre par la clef A, alors en contact avec le ressort/. L’effet qu’il produira sur le noyau E' sera donc un renforcement d’action, c’est-à-dire la mise en action de l’électro-aimant récepteur, et un affaiblissement d’action sur le noyau E, puisqu’il y arrivera du côté droit. Toutefois, comme le courant local passe alors à travers le noyau M, cet affaiblissement d’action se trouve compensé, et l’électro-aimant ne fonctionne pas. Il n’y a donc que l’électro-aimant de l’autre station qui devienne actif, et par conséquent les choses se passent comme dans la télégraphie ordinaire.
- Il en serait de même, mais en sens inverse, si c’eût été la station de droite qui eût transmis et la station de gauche qui fût restée au repos, puisque les dispositions sont symétriques de part et d’au-
- tre. Voyons maintenant ce qui arrive quand les deux stations transmettent en même temps.
- Cette fois, aucun courant de ligne ne peut passer, puisque les ressorts/, g-,/', g' sont séparés, mais, en revanche, les courants locaux sont fermés aux deux stations par la conjonction des ressorts r, s, r', s', et les électro-aimants fonctionnent sous l’influence des noyaux M, M' alors actifs, et dont l’action n’est pas contrariée.
- La solution du problème se trouve donc ainsi obtenue d’une manière assez simple et sans aucun équilibrement de la résistance de la ligne. Ce système est appliqué depuis un an et demi sur l’une des longues lignes télégraphiques d’Espagne, celle de 1 Madrid à Valladolid, dont le parcours est de 000 kilomètres, et l’on en est très satisfait.
- Le système de M. Tommasi a été également essayé en ligne; entre Mantes et Paris, sur l’une des lignes du chemin de fer de l’Ouest. Nous en représentons le dispositif théorique dans la figure 2.
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- Dans ce système, on emploie, à chaque poste, deux piles, dont l’une a une intensité double de celle de l’autre, et on interpose dans le circuit une résistance additionnelle qui est double de celle de l’électro-aimant du récepteur correspondant. La clef elle-même a une disposition particulière qui permet de la faire réagir comme conjoncteur et disjoncteur du courant. Son extrémité est, à cet effet, munie d’un manchon isolé c, d avec vis de contact qui oscille entre deux ressorts r, s, r', s', et elle forme elle-même interrupteur de courant en a, a'.
- Comme ' on le voit sur la figure, les électro aimants des récepteurs sont réunis entre eux par le fil de ligne, et sont reliés au manchon isolé c, d des deux clefs. Les clefs elles-mêmes sont mises en rapport avec la ligne par une dérivation dans laquelle est interposée la résistance R, R' qui est double de celle des électro-aimants correspondants. Enfin les piles P, p etp’ et P', étant reliées aux appareils, comme on le voit sur la figure, c’est-à-dire
- en sens inverse d’une station à l’autre, voici ce qui a lieu quand on correspond.
- À l’état de repos des deux postes, la ligne et les électro-aimants E, E' sont en rapport avec le sol par les manchons c, d et les ressorts s,' s' qui communiquent à la terre. Aucune pile n’est donc dans le circuit.
- Si c’est la station de gauche qui transmet, la pile P est mise eu communication avec la ligne par la dérivation R; mais à sa rencontre avec le fil de ligne L, le courant trouve deux voies pour se diriger, l’une à droite à travers la ligne, l’autre à gauche à travers l’électro-aimant E. Mais de ce côté, il ne trouve pas d’issue, car d’un côté, le ressort s n’est plus en contact avec le manchon c, et le chemin qui pourrait lui être ouvert par le ressort r, alors en contact avec le manchon c, est intercepté par la pile p dont le courant est de sens contraire. Toutefois, comme ce dernier courant est moitié moins intense que celui de la grande pile, on pourrait
- croire qu’une partie pourrait s’écouler de ce côté ; mais comme le courant de la grande pile est affaibli par la résistance R, et que ce n’est que le courant dérivé à travers E qui pourrait passer par cette voie, il ne passe par le fait aucun courant de ce côté, et le courant de la pile P va à peu près en entier animer l’électro-aimant de la station de droite en s’écoulant en terre par le ressort s\ Tout se passe donc alors comme dans une transmission ordinaire. Il en serait de même naturellement si c’eût été la station de droite qui eût transmis.
- Si maintenant les deux stations transmettent en même temps, les courants des deux piles de ligne s’ajoutent en tension aux deux stations et produiraient une action double sur les récepteurs, s’ils ne rencontraient les dérivations par R, R' et les deux piles p, p' qui agissent pour rétablir l’équilibre. En effet le courant de la pile P arrivant à la station de droite, passe partie par l’électro-aimant E', partie parla dérivation R'. Sur cette dernière voie, il se trouve renforcé en a' par la pile P', mais il se trouve
- également renforcé en E' par la p\\&p' avec laquelle il se trouve relié par l’intermédiaire du contact r' et du manchon d\ comme la résistance dans la dérivation, en R', est double de celle de l’électro-aimant E', et que d’un autre côté la pile p est moitié moins forte que la pile P, il y a compensation dans les effets produits, et les choses se passent, sur le récepteur, comme si la pile seule du poste transmetteur eût réagi. Naturellement les mêmes effets se produisent à l’autre poste, puisque les dispositions du circuit sont exactement symétriques.
- On peut voir ce système fonctionner à l’exposition de M.Tommasi, salle n° 16; mais les expériences de cabinet sont, comme on le sait, loin d’être concluantes, et il faudrait voir les appareils en ligne pour être assuré que les compensations dans les intensités des courants s’effectuent d’une manière régulière aux deux postes. Dans tous les cas, les courants accidentels et les dérivations qui se produisent sur les lignes doivent influer beaucoup sur le réglage des Organes qui sont en jeu dans ce système. Quoi-
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- qu’il en soit cette nouvelle solution des transmissions en Duplex est ingénieuse et intéressante, et elle a l’avantage de ne pas exiger une construction particulière d’appareils : un simple manchon à ajouter aux clefs ordinaires de Morse, voilà avec deux ressorts de contact supplémentaires, toute la modification qu’on a à leur apporter.
- TH. DU MONCEL.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LES DYNAMOMÈTRES
- 4° article. (Voir les nos des 3,7 et 14 septembre 1881).
- Dans la section anglaise, M. Smith, de Taunton, expose un modèle de dynamomètre dont le principe se rattache à celui du dynamomètre de Morin. Ce sont encore deux poulies qui, en transmettant le
- mouvement, agissent sur un ressort et le tendent plus ou moins suivant l’effort exercé.
- L’appareil est représenté dans la figure 1. Les deux poulies P et P', portées sur un même axe, sont folles sur cet axe, mais chacune d’elles est invariablement liée à une roue à angle. Entre les deux poulies, au milieu de l’axe et folle également sur cet axe, se trouve une masse M, en forme de secteur de cercle et dont l’intérieur est évidé. Dans cet évidement se trouve une troisième roue à angle à axe vertical qui engrène sur les deux autres et, en raison de la mobilité de M autour de l’axe, peut jouer le rôle de roue planétaire. A la partie inférieure du t secteur M s’attache un ruban tendu sans cesse par un ressort que contient la boîte A. Enfin la masse M se prolonge au-dessus de l’axe par une tige portant un secteur de bois E; un contre-poids placé derrière le secteur sert à équilibrer ce dernier avec M.
- On conçoit que si la poulie P est mise en mouvement en sens inverse des aiguilles d’une montre, au moyen d’une courroie, le système des trois roues dentées va transmettre à la poulie P' un mouvement
- (fig. 1.)
- de rotation en sens contraire, et cette poulie P' pourra, par l’intermédiaire de la courroie L', mettre en mouvement la machine à essayer. Mais si cette machine offre une certaine résistance au mouvement de la poulie P', la roue dentée intermédiaire, outre qu’elle transmettra le mouvement, sera déplacée vers la droite en tirant sur le ressort de la boîte A, et ce déplacement sera d’autant plus grand que
- l’effort exercé sera lui-même plus considérable. Il suffira donc, comme dans tous les appareils de ce genre, pour connaître le travail, de mesurer la tension du ressort et le nombre de tours de l’axe.
- Ce dernier chiffre est donné par un compteur de tours ordinaire, représenté en avant de la figure. Deux roues dentées d’égal diamètre, comprises
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- entre la poulie P et le support antérieur de l’axe, transmettent le mouvement à ce compteur.
- Quant à la tension du ressort, elle est enregistrée de la manière suivante : Sur la circonférence du secteur E' est posée une règle de bois horizontale N'H, qui, en H, passe librement dans l’ouverture d’un support vertical. Deux fils N N' et O O', attachés d une part au secteur, de l’autre à la règle, guident cette dernière de façon qu’elle suive tous les mouvements du secteur E et, par suite, de la masse M. La règle porte un stylet mobile T', formé simplement d’un tube de verre effilé contenant une encre colorée; au-dessous est un cylindre enregistreur en bois, garni d’une feuille de papier. Une petite poulie placée sur l’axe du compteur, transmet le mouvement à une vis sans fin placée dans la boîte B, et cette vis, agissant sur une roue dentée, fait tourner une seconde poulie toujours renfermée en B. Une corde passant sur cette dernière, met enfin en mouvement le cylindre. Par suite de cette transmission, le cylindre tourne à une vitesse qui est dans un rapport connu avec celle des poulies.
- Quand le ressort de la boîte A se trouve tendu et éprouve un certain allongement, la masse M se trouvant entraînée vers la droite, la règle est, au contraire, entraînée à gauche, et le stylet T se déplace sur le cylindre d’une quantité proportionnelle à l’allongement du ressort. Pendant un expérience de n secondes, il trace sur le cylindre une courbe qui représente, comptés à partir d’une ligne initiale, la suite des efforts exercés, et la surface du diagramme obtenu pendant ce temps peut servir à calculer la somme de ces efforts. L’auteur mesure les surfaces de ses diagrammes en les découpant et les pesant ensuite ; du poids que pèse une surface donnée du même papier et du poids obtenu, il déduit la surface du diagramme.
- Un autre stylet, qui n’est pas marqué sur la figure et que commande un électro en relation avec un pendule à secondes, trace sur le cylindre une ligne en zigzags qui indique le nombre de secondes pendant lequel a été faite l’expérience.
- Cet appareil, tel. qu’il est exposé, ne peut servir que pour des forces peu considérables ; mais il peut être construit dans de plus grandes dimensions et servir pour mesurer un travail de 5 à 10 chevaux. Dans ce cas, le système des poulies est seul agrandi et l’appareil enregistreur reste le même.
- Nous ne croyons pas que l’enregistrage automatique au moyen d’un cylindre ait aucun avantage pratique sur les dispositifs employés par MM. Morin, Ayrton et Perry, Latchinoff. L’appareil n’en est que plus compliqué, et cela inutilement. Le dynamomètre de M. Smith contient cependant un point ingénieux dont il eût pu peut-être mieux tirer parti : c’est l’emploi du système de roues dentées qui lui permet de placer le ressort en dehors des parties tournantes de l’appareil. En munissant ce ressort
- d’un index sortant en dehors de la boîte A et établissant une graduation sur cette boîte, l’auteur eût fait certainement un appareil bien plus simple et plus pratique.
- (A suivre) a. gtterout.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- TÉLÉGRAPHE MULTIPLE
- DE M. SCHÆFFLER
- Nous avons annoncé que nous donnerions la description du télégraphe multiple imprimeur de M. Schæffler, qui figure, cette année, à l’Exposition d’électricité, et qui avait déjà attiré l’attention à l’Exposition universelle de 1878. Cet appareil, ayant été décrit d’une manière intéressante à cette époque, par M. Rothen, dans le Journal télégraphique de Berne, et cette description n’ayant pas été publiée dans les journaux français, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de la reproduire ici, avec tous les dessins qui l’accompagnent. Voici donc cette description :
- 1 L’appareil imprimeur de M. Schæffler, qui figure dans la section autrichienne, est disposé pour quatre transmissions. Comme apparence, son aspect rappelle celui d’un appareil quadruple de Meyer, et les tablettes sur lesquelles sont montés les organes des quatre transmissions en ont à peu près les mêmes dimensions. Au milieu, se trouve également une grande boîte renfermant deux mouvements d’horlogerie, actionnés par deux poids considérables. L’un de ces mouvements dessert le disque distributeur, l’autre, l’axe principal des quatre appareils imprimeurs. La boîte est surmontée du ressort régulateur tout à fait semblable à celui de l’appareil Meyer. Quatre récepteurs avec leurs claviers de transmission, sont disposés le long des deux côtés de la table qu’un axe horizontal traverse dans son milieu, d’une extrémité à l’autre. Ici s’arrêtent les ressemblances. Chaque clavier,au lieu de n’avoir que les huit touches du transmetteur Meyer, en possède autant que l’appareil Hughes. Quantaux parties mécaniques, elles sont toutes différentes de celles du multiple de Meyer.
- « Le disque distributeur est horizontal et divisé en quatre secteurs de 90°. Les ressorts sont en argent et les divisions des secteurs sur lesquels ils glissent sont en acier durci. Les contacts de chaque secteur répondent à chacun des quatre récepteurs et transmetteurs. Dans ces conditions, si l’on voulait placer dans chaque secteur autant de contacts qu’il y a de lettres, le disque entier devrait avoir 4X28 ou 112 contacts. Mais les émissions de courant seraient alors très courtes, et il serait difficile de ré-
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- gler le synchronisme avec une précision suffisante pour que les leviers de contact de deux stations fussent toujours sur la même division. En raison de cette difficulté, M. Schæffler a recouru à un système tout différent, celui des permutations. Au lieu de 28 divisions dans un secteur, il n’y en a que cinq, voir figure 1. Avec ces 5 contacts on peut produire 3i permutations différentes en actionnant soit un seul des 5 leviers 4 à 4> s°it 2> 3,
- 4 ou 5 leviers simultanément (1).
- En utilisant 28 de ces 31 permutations pour les lettres, il en reste encore 3 de disponibles qu’on peut employer à d’autres usages, tels qu’à la correction du synchronisme. Pour la lettre F, par exemple, il faut actionner les cinq leviers à la fois ; l’on aura alors
- 5 courants consécutifs quand la tige Z passera sur les divisions a, b, c, d et e. La lettre A, au contraire, demande la mise enjeu des leviers 4 et 4 et ainsi de suite.
- Chaque lettre est ainsi' représentée par des courants qui, quant à leur nombre et quant à leur espacement, lui sont propres, et ne s’appliquent qu’à elle seule. Pour mettre ces leviers en jeu, l’on aurait pu munir chaque clavier de cinq touches. Le jeu de ces cinq touches aurait été alors une série de combinaisons différentes pour chaque lettre, comme dans les appareils Baudot et Meyer. M. Schæffler a préféré n’affecter à chaque lettre qu’une seule touche. Dans ces conditions, cinq
- (1) Cette idée n’appartient pas à M. Schæffler, elle avait été émise dès 1848, par M. Ilighton, puis par M. Mimault en 1872, et enfin par M. Baudot en 1874. (Note de la rédaction.)
- m
- (FIG.2.)
- de ces touches doivent fermer un seul courant, dix deux courants et ainsi de suite. A cet effet, l'extrémité des touches qui actionne les leviers porte, comme le montre la figure 2, des évidements ayant pour but de laisser inactifs les leviers qui correspondent à leur emplacement ; la touche F établit, par exemple, tous les cinq contacts, la touche A, au contraire, laisse inactifs les contacts 4» 4 et 4 et n’établit que les contacts 4 et 4- La figure 3 fait mieux saisir encore le jeu de ce clavier. A l’axe commun des touches sont fixées cinq tringles R qui reposent sur-les parties évidées des touches. Si l’on abaisse la touche F, on soulève toutes les tringles ; si l’on abaisse la touche A, on ne soulève que la première et la dernière des tringles, et ainsi de suite, a, b, c, d, e représentant les leviers 4 à 4 de la figure i.Les leviers ^aboutissent chacun à une autre tringle, et chaque tringle en s’élevant établit l’un des cinq contacts.
- «Voyons maintenant de quelle manière on peut déterminer, par ces permutations, l’impression des différentes lettres.
- Soient, (figure 4), a, b, c, d, e, les cinq contacts du premier secteur du disque distributeur. Le levier central est muni d’une petite tige d’argent, isolée de lui, qui appuie, d’un côté, sur un anneau métallique et, d’un autre côté, glisse sur cinq autres contacts, 1, 2, 3, 4 et 5. Il y a donc deux circuits, un qui passe par l’une des lettres a, b, c, d, e, le grand levier et l’électro-aimant E, et un second qui peut passer par l’armature de l’électro-aimant E, l’anneau central, l’une ou l’autre des divisions 1 à 5 et l’un ou
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- l’autre des relais Rx à Rs. Si, par exemple, l’on abaisse la touche A, l’armature du relais Rx et quelques instants après celle du relais R8 seront attirées. Si l’on abaisse la tige F, toutes les armatures des' cinq relais seront attirées successivement l’une après l’autre.
- 1 Les'armatures de ces cinq relais, comme le fait voir la figure 5, sont combinées avec un second circuit local, dans lequel est intercalé l’électro-aimant polarisé B de l’appareil imprimeur, électro-aimant a-nalogue à l’élec-tro - aimant de l’appareil Hughes. Le circuit local ne sera fermé que quand toutes les armatures seront attirées, et c’est seulement dans ce cas qu’il y aura impression d’une lettre. La touche F seule pourrait donc produire l’impression d’une lettre, et même pour cette touche, les armatures devraient rester dans leur position d’attraction pendant quelque temps, parce que l’attraction ne s’établit que consécutivement. Pour toutes les autres lettres, la fermeture du circuit local doit s’opérer d’une autre manière. A défaut des relais qui n’entrent plus en action, M. Schæffler effectue cette fermeture mécaniquement, comme nous le verrons tout à l’heure.
- « La figure 6 représente un des cinq relais Rx à Rs vu de côté. Ces relais sont polarisés et n’ont chacun qu’une seule bobine. M est l’aimant, I le noyau de la bobine. Lorsqu’il ne passe aucun courant par la bobine, son noyau çst attiré par les
- pôles de l’aimant, en tant que le permet la vis m. Quand un courant passe par la bobine, les pôles de l’aimant repoussent les pôles de même nom du noyau I, et ce noyau tourne sur son axe, vers la droite par le haut, vers la gauche par le bas. Quand le courant cesse, l’aimant n’a pas assez de force pour ramener le noyau dans sa position primitive,
- comme avec l’appareil Hughes. Le noyau I influence le levier P, et celui-ci le levier à trois bras W. Devant le relais se trouve le disque K (en partie ébréché pour ne pas gêner le dessin). L’axe de ce disque est l’axe principal de l’appareil. Il tourne continuellement avec une vitesse invariable et syn-chroniquement avec l’axe semblable de la station correspondante. Le disque K qui est fixé sur cet axe porte un prisme pt qui s’engage dans le prisme p du levier P et un bras s qui, au moyen du bras n, repousse mécaniquement le noyau 1 sur les pôles de l’aimant. Pour mieux comprendre le jeu des trois leviers I, P et W, on peut se reporter à la figure 7 qui les re-présente dans leurs trois principales positions, a est la partie du disque qui porte le bras s et le prisme pv. La partie gauche de la figure montre la position de repos. Dans la partie centrale, le noyau I repoussé par un courant, fait incliner le levier P .à droite ; le prisme pt peut alors passer à gauche du prisme p et augmenter encore l’inclinaison du levier P vers la droite ; celui-ci peut ainsi entraîner le levier W dans ce mouvement et
- -"O f|J O A‘
- (fia. 4.)
- rÆ
- FIG. G.)
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- faire descendre la fourchette K, de sorte que le levier h s’engage dans l’entaille supérieure. Un instant après (partie droite du dessin), le bras s repousse le levier I, et la révolution suivante du disque ramène la fourchette h à l’entaille inférieure, ce qui replace les trois leviers dans leur position primiti/e.
- « En revenant à la figure 6, il faut encore considérer le levier à équerre H, qui entre en contact
- avec la fourchette g, soit qu’il glisse sur une dent du disque, la fourchette étant arrêtée, soit qu’il glisse sur une entaille, la fourchette étant soulevée.
- « Tel est le jeu d’un seul des cinq relais qui dépendent d’un même clavier. Les autres relais sont construits d’une manière analogue ; rien n’est changé que la forme du disque,comme on peut le voir dans la figure 8, qui indique en même temps la position des cinq disques, au moment de l’impression de la
- lettre A. Cette figure montre, en outre, que, sauf pour la lettre F, tous les contacts se font en partie électriquement et en partie mécaniquement. Le levier à équerre établit les contacts électriques sur les clents des disques, les contacts mécaniques dans les entailles ; mais pendant toute une rotation des cinq disques, il n’y a qu’une seule position où la fourchette des disques I et Y soit abaissée, les leviers à équerre respectifs se trouvant sur des dents et les trois autres dans des entailles.Ace moment,lalettre A
- de la roue des types de l’appareil respectif' se trouve en regard de la bande de papier; pour les trois autres roues des types, ce sont les lettres H, P, V, respectivement, qui se trouvent au même instant en regard des bandes. Si l’on abaissait, par conséquent, sur le premier clavier la lettre A, sur le second la lettre H, sur le troisième la lettre P et sur le quatrième la lettre V, ces quatre lettres s’imprimeraient simultanément; Si, au contraire, on abaissait sur les quatre claviers la lettre A, son impression ne s’ef-
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- fectuerait que successivement sur chaque récepteur après un quart de tour de l’axe des disques d’un appareil à l’autre. Les cinq relais dont la figure 6 montre un spécimen, remplissent à la fois les fonctions de deux claviers opposés. Chaque relais est en relation avec deux disques semblables, et les leviers sont également en nombre double ; l’un1 des disques avec ses leviers sert à l’un des deux claviers, l’autre disque à l’autre clavier. Il n’y a de différence entre les disques que dans leur position, ceux-ci étant tournés, l’un
- par rapport à l’autre, de i8o°. Si donc le prisme de l’un est verticalement au-dessous de l’axe, celui de l’autre se trouvera verticalement au-dessus. La partie droite de la figure io ci-dessous montre l’arrangement de l’axe des disques des deux claviers, c’est-à-dire d’une moitié de la table. On voit encore cet axe en P, dans la figure g, qui représente le mouvement imprimeur double de deux claviers. Les deux électro-aimants polarisés D et D3 et la roue des types y d’un des deux appareils sont indiqués sur le dessin,
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- (ne. 10.)
- l’autre roue des types se trouve de l’autre côté. S4 est le frein de l’autre appareil imprimeur, tandis que celui qui appartient à la roue des types y étant de l’autre côté, est presque invisible. Ces freins sont électriques ; un courant passant par les bobines B2 et B,.2 ralentit le mouvement. Les cames de l’axe imprimeur sont doubles, cet axe ne fait donc pour chaque impression d’une lettre qu’une demi-rota- ! tion.
- « La figure io montre, vu de côté, le mouvement d’horlogerie central avec le ressort régulateur du mouvement synchronique. Une partie du mouvement
- est ébréchée. Ce qui ressort principalement dans le dessin, c’est la disposition pour la correction de la vitesse. En r sont deux roues à rochet à petites dents (une seule des roues est visible sur le dessin). Les dents de ces deux roues sont taillées en sens opposé. La came x soulève à chaque tour du levier la fourchette g sur le disque distributeur. Suivant que ce mouvement coïncide ou non avec l’attraction de l’électro-aimant Ea, l’une ou l’autre des roues r est mise en mouvement, et la rotation de la tige R se trouve accélérée ou ralentie. Le ralentissement s’opère mécaniquement et l’accélération n’a lieu que
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- quand le levier du disque distributeur retarde sur celui de l’autre station.
- « Enfin la figure 11 reproduit les communications électriques établies sur la table à quatre transmissions. Le disque distributeur des courants occupe le centre. Les divisions du cercle le plus éloigné du centre sont au nombre de 42, dont 21 pour la décharge. Les 2 divisions complémentaires servent à la transmission du courant correcteur de la vitesse.
- Les bobines des appareils imprimeurs et des freins électriques sont indiquées en lignes pointillées.
- « Tout en regrettant que l’espace ne nous ait pas permis de décrire avec plus de détails cet intéressant et nouvel appareil, nous espérons que cet aperçu sommaire suffira à donner une idée générale de son fonctionnement.
- « Chaque. appareil permet latrans-mission d’une seule lettre pem dant une rotation entière. Si l’on admet pour l’appareil Hughes ordinaire 1,25 lettre par rotation du . chariot, le rendement du multiplex de l’appareil de M. Schæffler serait 3,2 fois celui d’un appareil Hughes ordinaire. »
- Nous ne reproduisons pas les conclusions de M. Rothen sur l’originalité de l’invention de l’ap-
- pareil précédent, car elles annoncent de sa part une idée• quelque peu préconçue (*) ; nous dirons seulement que cet appareil n’est qu’une
- simple dérivation de celui de M. Baudot, et que celui-ci nous paraît bien supérieur.
- (*) Nous croyons, toutefois, pour que le lecteur soit bien éclairé sur la question, devoir reproduire ici la note de M. Rothen qui accompagne ses conclusions.
- « Au sujet de l’analogie que présentent les deux appareils Baudot et Schæffler, dit-il, nous avons reçu de M. Teufelhart, contrôleur télégraphique à Vienne, la lettre suivante que, conformément à son désir, nous reproduisons ici en traduction :
- « Ma brochure sur l’appareil Schæffler n’indique pas comment l’inventeur est arrivé à la forme actuelle de ses disques de permutation. C’est ce qui a donné occasion à un de mes collègues de me demander, pendant mon séjour à Paris, d’où venait la grande ressemblance qu’ils présentaient avecles disques de permutation que M. Baudot produisait comme l’idée première de son appareil.
- « Admettons cette ressemblance. Ce qu’il y a de certain, c’est que dans toutes les descriptions de l’appareil Baudot qui sont venues à ma connaissance, il n’a jamais été question de cette idée.
- « Comme j’ai pu en juger par la question qui m’était adressée, mon interlocuteur n’attendait pas seulement de moi un simple renseignement, mais il désirait aussi savoir si l’un des deux inventeurs et, dans l’affirmative, lequel, aurait fait à l’autre quelque emprunt. Pour prévenir immédiatement de semblables soupçons, je donnerai d’abord quelques détails
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- RÉUNION JUBILAIRE
- DE
- L’ASSOCIATION BRITANNIQUE A YORK
- Le docteur Siemens a fait à cette réunion une très intéressante communication sur quelques applications de l’énergie électrique aux travaux agricoles et horticoles ; c’était une suite de la communication faite à la Société Royale le icr mars 1880, dans laquelle on avait montré que la chlorophylle, ainsi que les fleurs et les fruits riches en couleur peuvent être obtenus à l’aide de la lumière électrique, et aussi que les plantes n’ont pas besoin, comme on l’affirmait, d’une période de repos pendant les 24 heures du jour, mais qu’elles prennent au con-
- traire une vigueur et un progrès croissants si elles sont soumises (surtout pendant l’hiver) à la lumière du soleil pendant le jour et à la lumière électrique pendant la nuit.
- Ces expériences ont été continuées pendant l’hiver dernier sur une plus grande proportion en les combinant avec d’autres applications de l’énergie électrique aux opérations de la culture (telles que élévation de l’eau, sciage du bois, hachage des pailles et des racines) à des distances diverses ne dépassant pas un demi mille de la source de puissance. On fit usage de deux lampes électriques, chacune d’un pouvoir de 4.000 bougies, l’une placée dans une serre de 2.318 pieds cubiques de capacité, l’autre suspendue à une hauteur de 12 à 14 pieds au-dessus de quelques bâches découvertes. Dans les expériences qui furent poursuivies du
- sur l’enfantement de l’appareil actuel de M. Schæffler, sans m’occuper pour le moment de la question de la source première qui a inspiré les idées appliquées dans les deux appareils.
- « Je ne me suis pas étendu sur ce point, dans ma brochure, d’une part, pour ne pas devenir trop long ; de l’autre, parce que la chose me semblait de trop peu d’importance. La figure a nous représente, p I, p II, p III, p IV et p V, les cinq disques de permutation de M. Schæffler, déroulés en une ligne. Les dents des disques, que figurent dans le dessin les parties noires, sont les éléments des combinaisons qui, avec les parties blanches, forment les permutations. Nous trouvons, dans les divisions 1 à 5, les combinaisons de ire, dans les divisions 6 à iS les combinaisons de 2e, et dans la division 31 celle de 5° classe, suivant les règles des permutations.
- « Si nous regardons le disque p I, nous trouvons dans les divisions 2 à S, 10 à ifî, 22 à 25 et 3o, en tout quatre entailles, dans le disque p II 7, dans le disque p III 9, dans le disque p IV 10 et dans le disque p V 8, soit au total 38 entailles.
- « En entaillant les disques suivant le dessin de la figure a, on aurait obtenu 38 soubresauts pour les leviers des disques, pendant une seule rotation de ces derniers. Le fonctionnement régulier de l’appareil n’aurait peut-être pas été entravé par ces 38 soubresauts, mais, dans tous les cas, ils n’auraient pas été favorables à son fonctionnement, puisque les leviers des disques sont destinés à établir les contats du courant local du relais imprimeur.
- « M. Schæffler a donc été amené à chercher une solution plus avantageuse dans le déplacement des entailles, de manière à obtenir une série de divisions plus convenable.
- « Il a résolu ce problème par la voie empirique.
- « La figure b a été formée au moyen de 3i petits morceaux de bois, qu’on pouvait déplacer à volonté. Le bois n» 1 a été mis de côté, M. Schæffler n’employant que 3o permutations.
- « Il a déplacé les bois jusqu’à ce qu’il arrivât à la figure b. C’est ainsi que nous trouvons le bois 8 à côté du bois 21 et ainsi de suite. Cet arrangement était le plus favorable et les entailles des disques se suivaient de telle façon, que le levier du disque p I tombait une fois, de pII 1 fois, de /III 2 fois, de />IV 4 fois et de p V 7 fois, en tout, tous les 5 leviers i5 fois, dans une entaille, au lieu de 38 fois comme dans la première disposition.
- « Cet arrangement n’a donc pour objet que d’affranchir l’appareil de M. Schæffler de quelques inconvénients.
- •< Si maintenant le modèle de M. Baudot ressemble aux disques de permutation de M. Schæffler, on peut simplement
- conclure que M. Baudot a profité des mêmes avantages que M. Schæffler.
- « Pourtant les deux systèmes ne peuvent pas être absolument é-gaux, parce que M. Baudot fait usage de 3i permutations, tandis que M. Schæffler se contente de 3o.
- « En général, les deux appareils ne se ressemblent que dans l’idée d’appliquer le système multiplex aux appareils imprimeurs. L’emploi des permutations pour produire un signal donné date d’Edouard Davy, qui l’a appliqué, dès i838, à son appareil à aiguille. Sous tous les autres rapports, les deux appareils sont différents. Chacun arrive à son but par d’autres moyens.
- « Les deux appareils sont, chacun dans son genre, ingénieusement conçus. Tout technicien qui a eu l’occasion de les voir en tombera d’accord. »
- Cette note, comme les conclusions de M. Rothen, nous montre que les électriciens allemands perdent de vue le principe de l’invention pour se noyer dans des détails insignifiants qui leur paraissent devoir prédominer. Pour nous, encore une fois, nous regardons le systèfne de M. Schæffler comme ayant été inspiré par la description du système Baudot, publié par M. Th. du Monccl dans le Journal Télégraphique de Berne du mois de mars 1877.
- (Note de la rédaction.)
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- (fig. b.)
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- 23 octobre 1880 au ier mai 1881, le plan général d’opérations consistait à allumer les foyers électriques d’abord à 6 heures, puis pendant les jours les plus courts à 5 heures, et à les laisser brûler jusqu’à l’aube. Le foyer extérieur était protégé par une lanterne de verre blanc, tandis que le foyer intérieur fut laissé nu dans les premières expériences pour s’assurer des effets dans ces deux conditions. Dans la serre étaient placés des végétaux et des plantes à fleurs d’une nature comparativement robuste, la température était maintenue à environ 160 (par le moyen de tuyaux recevant leur eau chaude d’un calorifère dans lequel était amenée la vapeur perdue du moteur conduisant les machines dynamo-électriques).
- Les effets observés dans les deux conditions furent très différents ; car, tandis que sous l’influence des lumières suspendues à l’air libre au-dessus des châssis découverts, les bons effets reconnus pendant l’hiver précédent se répétèrent, les plantes, dans la serre avec le foyer nu, manifestèrent une tendance à se flétrir, et la question se posa de savoir si cet effet tenait aux combinaisons chimiques, composés azotés et acide carbonique produits dans la lumière électrique ou au grillage direct des rayons. Pour éviter cette dernière action, de petits jets de vapeur furent introduits dans la serre et lancés dans l’air par de petits tubes, de façon à produire de légers nuages entre la lumière et les plantes. On constata une amélioration; mais, tandis qu’on avait cru que les produits azotés et carbonés seraient avantageux à la croissance des plantes, il fut, au contraire, reconnu qu’il était nécessaire de les éviter; conséquemment, une lanterne de verre blanc fut placée autour de la lumière : l’effet, même avec le verre blanc, fut très frappant. Par exemple, une feuille de verre fut mise en usage; sa largeur lui permettait de couper les rayons directs de lumière électrique seulement sur une portion d’une plante. La ligne de démarcation, produite même en une seule nuit, était très visiblement marquée sur les feuilles ; même deux portions d’une feuille, dont l’une était restée exposée à la lumière directe, tandis que l’autre était protégée par la feuille de verre, se montraient fort différentes, la première ayant un aspect ridé, pendant que la seconde était tout à fait en santé.
- Le verre blanc ne paraît intercepter aucun des rayons lumineux; mais le professeur G.-G. Stokes a montré, en i853, que la lumière électrique est particulièrement riche en rayons de haute réfrangibilité , et que ceux-ci sont en grande proportion absorbés par leur passage à travers le verre blanc. Le Dr Siemens en conclut que c’était l’action de ces rayons de haute réfrangibilité, qui détruisait les cellules végétales, et cette conclusion fut expérimentalement confirmée. Une surface fut plantée d’herbes croissant régulièrement, et un châssis, divisé en secteurs radiants, fut disposé au-dessus.
- Dans la première section du châssis, aucun verre n’était placé; la seconde portait un verre blanc, la troisième un jaune, la quatrième un rouge et la cinquième un bleu ; la lumière était, d’ailleurs, régulièrement répartie sur l’ensemble. Le progrès relatif des plantes fut noté tous les jours, et il fut reconnu que sous le verre blanc, la croissance la plus rapide et la plus vigoureuse avait été obtenue ; le verre jaune venait ensuite, mais les plantes, presque égales en grandeur, étaient inférieures par la couleur et l’épaisseur des tiges à celles du verre blanc, le verre rouge donna une croissance languissante et des feuilles jaunies ; le bleu produisit une croissance ^encore plus pénible et des feuilles maladives; le compartiment découvert montra un développement chétif avec des feuilles sombres et partiellement ridées ; la moutarde, les plantes à feuilles tendres, comme le cresson et la salade, étaient complètement détruites. Ces résultats confirment les observations faites par le Dr Draper, en 1843 ; celui-ci admettait que les rayons jaunes et non les violets étaient particulièrement propres à déterminer la décomposition de l’acide carbonique dans les cellules végétales.
- Des doutes ayant été émis par quelques botanistes, sur le point de savoir si les plantes, grandies et parvenues à mâturité, sous l’influence d’une continuelle lumière, pourraient donner des fruits capables de reproduction. Quelques graines recueillies sur des plantes qui avaient poussé dans ces conditions, furent semées, et l’on reconnut qu’au bout de peu de jours, ils végétaient, avec tous les signes, d’un développement parfaitement sain.
- Il semble donc que le temps n’est pas très éloigné où la lumière éléctrique rendra l’horticulteur indépendant du climat et de la saison. En ce qui concerne la dépense, qui est un point très important sous tous les rapports, il semble qu’elle peut être réduite à six pences par heure seulement pour 5.000 bougies (y compris la consommation des crayons de charbon, l’entretien et l’amortissement des machines, l’intérêt du capital), si la puissance hydraulique peut être employée. Le Dr Siemens, en l’absence d’une chute d’eau, faisait usage d’un moteur à vapeur, la vapeur perdue servant à chauffer les serres ; il conclut' que sept pences par heure peuvent couvrir toutes les dépenses de lumière électrique, y compris entretien et intérêt, pendant le temps où la lumière fonctionne effectivement; mais, comme pendant la journée où la lumière électrique n’a rien à faire, les chaudières devaient, cependant, être mises en feu pour le chauffage des serres, il employait la machine dynamo-électrique pour transmettre la force en divers points de la ferme, afin d’éviter la perte de puissance qui aurait lieu autrement. Un fil de cuivre nu, porté sans isolateur sur des poteaux ou sur des arbres, formait une portion du circuit, la grille du parc et les fils de clôture formaient le conducteur de retour; on avait eu soin, au passage des portes, de
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- réunir les deux côtés par un fil soudé, enfoui sous le seuil.
- A l’aide de ces dispositions, un rendement de 60 o/o a été obtenu, et l’emploi du transport électrique de la force est très commode pour les usages agricoles; un électro-moteur pèse seulement 240 livres par cheval-vapeur pfodu.it, tandis que le poids d’une locomobile, avec sa chaudière pleine d’eau, peut être porté à environ 1.700 livres par cheval-vapeur.
- Lord Raleigh a aussi donné lecture d’une communication sur la théorie de l’éclairage, qui, quoique courte, est d’une grande valeur pour l’ingénieur électricien, à cause des importantes vues nouvelles qu’elle contient. On sait que la principale économie obtenue par l’emploi des foyers à grande intensité vient de la haute température de leurs charbons, et par conséquent du rapport élevé de la quantité de rayons lumineux à celle des rayons de chaleur ; mais on sait aussi que, même dans les très grands foyers, la quantité de rayons chauds de basse réfrangibilité qui représente la perte d'énergie, n’est en aucune façon négligeable. Il s’y trouve d’ailleurs également un certain nombre de rayons d’une réfrangibilité plus haute que celle des rayons lumineux, et qui sont ordinairement perdus. Lord Raleigh propose de faire passer la lumière partant d’une lampe électrique à travers un prisme de sel gemme ; celui-ci naturellement sépare les rayons lumineux de ceux qui présentent une réfrangibilité plus haute ou plus basse que celle des rayons utiles, sans éteindre sensiblement ces derniers. Les rayons lumineux vont se répandre sur la surface à éclairer au moyen d’un réflecteur métallique ou de tout autre appareil convenable, et les rayons chauds de basse réfrangibilité, ainsi que les rayons actiniques de trop haute réfrangibilité, sont renvoyés sur les charbons dont ils augmentent la température. De cette façon, les rayons directement utiles pour l’éclairage peuvent seuls partir de la lampe, et le nombre des rayons utilisés pour la même quantité de charbon brûlé dans le moteur conduisant les machines, est augmenté par ce fait qu’on ne perd point les rayons de trop haute ou trop basse réfrangibilité comme cela avait lieu.
- Lord Raleigh s’en est tenu au point de vue théorique, et il reste à trouver la solution pratique. Entourer la lumière d’un globe de verre ne serait pas une solution, contrairement à la supposition faite par un éminent électricien; ce globe arrêterait en effet une partie des rayons de chaleur, mais il ne les refléterait pas sur les charbons; il s’échaufferait et rayonnerait sa chaleur dans l’espace avoisinant. Nous proposerions la disposition suivante comme premier essai pour réaliser pratiquement le principe théorique de lord Raleigh.
- . Lord Raleigh, en exposant ce principe, proposait de placer le foyer électrique dans un vase avec
- une fente étroite, avec une shrface intérieure parfaitement réfléchissante, si bien qu’aucune énergie ne puisse s’échapper, si ce n’est par la fente.
- Cette fente doit être très-étroite pour éviter le débordement des rayons de différente réfrangibilité après la réfraction sur ce prisme, car ce débordement empêcherait les miroirs réflecteurs de renvoyer, de faire revenir dans la même direction la lumière tombée sur une partie quelconque de leur surface.
- Pour les applications pratiques, nous proposerions de remplacer l’enveloppe réfléchissante de lord Raleigh par une enveloppe cylindrique faite d’une matière réfractaire fermée en haut et en bas portant de nombreuses fentes coupées dans ses parois et avec toute sa surface extérieure, excepté la surface occupée par les fentes, couverte de métal poli. D’un pareil cylindre, il ne s’échapperait naturellement que peu de chaleur, excepté à travers les fentes. Tout autour de cette enveloppe et couvrant les fentes, nous voudrions placer des prismes faits du plus transparent sel gemme, et un peu plus loin du centre de l’enveloppe, un certain nombre de petits réflecteurs argentés, dont chacun est une portion d’une surface cylindrique dont l’axe est celui du cylindre central. La distance entre les arêtes des deux miroirs adjacents étant justement assez grande pour laisser passer les rayons lumineux.
- Tout l’appareil pourrait alors être placé dans un globe de verre, ou bien une série de réflecteurs pourrait être disposée de façon à renvoyer tous les rayons lumineux dans une direction donnée.
- Lord Raleigh a établi en fait que, dans les lampes à incandescence, les deux dixièmes seulement de la totalité des rayons émis sont lumineux, ou, en d’autres termes, environ 80 0/0 de l’énergie est perdue pour l’éclairage, et le capitaine Abray a dit que sa propre expérience prouvait que, plus le point de fusion d’une substance est élevé, plus est grande la proportion des rayons lumineux qu’elle émet quand on la porte à l’incandescence. De là on peut conclure que, indépendamment des autres raisons qui donnent la supériorité au charbon, au platine ou au platine iridié, cette connexion entre la proportion des rayons lumineux et le haut point de fusion, désigne le charbon comme étant la substance la plus convenable pour cet emploi.
- W. E. AYRTON ET JOHN PERRY.
- compartiment réserve a la Hongrie, a une forme particulière qui semble la distinguer des autres,
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Machine dynamo-électrique de M. Jünger, de Copenhague.
- Cette machine, exposée dernièrement dans le
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- mais qui, en somme, revient au type Gramme, ou plutôt au type Brush. Dans cet appareil, l’inducteur est constitué par un simple électro-aimant à deux branches courbes, disposées de manière à présenter, comme dans l’électro-aimant de Faraday, ses deux pôles l’un devant l’autre, et l’anneau induit tourne entre ces deux pôles, munis de semelles de fer circulaires, comme dans les autres machines de ce genre. L’action magnétique est concentrée vers les extrémités polaires de cet électro-aimant, par un enroulement particulier de l’hélice magnétisante, dont les spires vont en s'accumulant de plus en plus depuis la culasse jusqu'aux semelles de fer; elles sont, d’ailleurs, disposées en spirales plates, comme dans les bobines cloisonnées, et chaque spirale est séparée par un intervalle vide d’environ un demi-centimètre, ce qui permet à l’air de refroidir l’hélice et à celle-ci de diffuser plus facilement sa chaleur.
- L’anneau lui-même porte, comme celui des machines Brush et Méritens, des appendices de fer qui séparent les différentes hélices, et par un dispositif ingénieux de son axe de rotation qui est creux, il peut tourner autour d’un centre électro-magnétique fixe qui renforce l’action de l’inducteur et qui occupe la partie centrale de l’anneau. Ce système électro-magnétique est composé de deux arcs en fer fixés solidement devant chacun des pôles de l’inducteur et soutenus par des noyaux de fer munis d’hélices magnétisantes, ce qui en fait de véritables électro-aimants. Le collecteur est le même que celui de M. Gramme, mais la disposition des fils de liaison semblerait indiquer que l’inducteur serait actionné par dérivation, comme dans l’un des systèmes de M. Siemens. Il est, d’ailleurs, difficile de se procurer des renseignements sur cette machine, dont la surveillance, jusqu’à présent, ne semble confiée à personne. Nous aurons peut-être quelques détails au moment des opérations du jury, et nous ne faisons que signaler ici cet appareil comme type original de machine dynamo-électrique.
- Appareil pour mesurer les rations d’avoine à donner aux chevaux.
- Les appareils de pesage électrique se multiplient décidément, car, outre celui que nous avons décrit dans notre numéro du 14 septembre, et qui se rapportait au dévidage des fils, nous trouvons à l’Exposition une grande machine combinée par MM. Vaillant, Lecler et Gourdon, qui a pour but, de mesurer automatiquement les rations d'avoine à donner aux chevaux dans les grandes écuries. Le grain est versé dans un certain nombre de trémies, dont l’orifice inférieur est obstrué par une vanne placée à l’extrémité d’un long levier, pivotant dans le voisinage de son centre. Un fort contrepoids, agissant sur une tige reliée aux leviers de toutes ces
- vannes, tend à boucher l’orifice de ces trémies; mais cette action est commandée par un enclanche-ment électro-magnétique, et celui-ci ne fonctionne que quand l’avoine, après être tombée dans une espèce de caisse soutenue sur une balance à romaine, a fait trébucher la balance et a provoqué la fermeture d’un courant électrique à travers le système. Sous l’influence du mouvement produit par la vanne, une seconde fermeture de courant est produite par un rhéotome particulier, placé devant le levier articulé, et la vanne, un moment refermée, est ouverte de nouveau. Pendant le temps de la fermeture, la caisse, dans laquelle est tombée l’avoine, a basculé et a versé son contenu mesuré dans un récipient placé au-dessous, et que l’on retire pour la distribution. Un agitateur mécanique, mis en mouvement par une machine, force, d’ailleurs, le grain à s’écouler dans les trémies.
- Sur la résistance des liquides à électrodes polarisées.
- D’après les recherches de Kohlrausch, des courants rapidement alternés ne polarisent pas les électrodes plongeant dans un liquide, pourvu que ces électrodes aient une surface assez grande; le liquide se comporte alors comme un véritable conducteur métallique.
- En partant de ce principe, Kohlrausch et d’autres ont déterminé la résistance d’un grand nombre de liquides avec beaucoup plus de facilité et d’exactitude qu’il n’eût été possible de le faire par les anciennes méthodes.
- M: Emile Cohn vient d’appliquer la même méthode à la mesure de la résistance d’un liquide à électrodes polarisées par un courant constant, en d’autres termes à la séparation des deux constantes, polarisation et résistance.
- Dans trois des bras d’un pont de Wheatstone, il place des résistances connues de a unités; dans le quatrième, la cuve polarisée à essayer, et une résistance variable x. Dans chacune des diagonales, il intercale une des bobines d’un électro-dynamomètre, et, dans la diagonale qui contient ordinairement la pile, il place en outre une machine d’induction rotative à courants alternatifs. En équilibrant la résistance x jusqu’à ce que l’aiguille du dynamomètre reste immobile pour toutes les vitesses de l’appareil d’induction, la résistance du liquide est exprimée par a—x>
- Si l’on intercale à la suite de la cuve dans le quatrième bras du pont quelques éléments Callaud, la bobine du dynamomètre dévie d’une certaine quantité. Quand par suite du réglage de x, cette déviation n’est plus changée par les courants d’induction alternatifs, la somme de la résistance de la cuve et des éléments est encore égale à a — x-. On peut alors déterminer séparément, par la même méthode, la résistance des éléments seuls, et déterminer
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- ainsi celle de la cuve polarisée. Si dans la diagonale, qui ne contenait d’abord qu’une des bobines du dynamomètre, on place également un galvanomètre, après l’égalisation des bras du pont, on a une mesure directe de la force électro-motrice existant dans le quatrième bras. Si l’on mesure la déviation quand ce .bras contient une force élcctromotrice connue (de n Daniells), puis qu’on la mesure après intercalation de la cuve on a la polarisation produite sous l’influence de cette force électromotrice; avec des dérivations, on peut avoir des fractions en Da-niell.
- En mesurant, de cette façon, la polarisation et la résistance d’une cuve d’eau faiblement acidulée, contenant des électrodes de platine de i5 centimètres carrés de surface, sous l’influence de forces électromotrices variant de oà 2 Daniells,l’auteur est arrivé à cette conclusion que la résistance n’est pas altérée par la polarisation.
- Mais on pouvait objecter à ce résultat que les effets produits à chaque électrode se contrebalançaient. C’est pourquoi M. Kohn, à l’aide d’un nouvel arrangement, qui ne pourrait être expliqué sans une figure, a étudié l’effet produit à chaque électrode.
- Il à reconnu que la polarisation par l’hydrogène augmente la résistance, tandis que la polarisation par l’oxygène la diminue.
- Cela est dû sans doute à ce que, dans la polarisation par l’hydrogène, il se forme contre l’électrode une couche d’eau pure moins conductrice que le reste du liquide, tandis que la polarisation par l’oxygène détermine en même temps la formation d’une couche plus riche en acide et plus conductrice.
- L’effet, d’ailleurs, est assez faible : ainsi dans un cas où le liquide, avant la polarisation avait une résistance de 8,33 unités Siemens cette résistance s’est abaissée à 7,76 par la polarisation de l’oxygène, et s’est élevée à 8,73 par la polarisation de l’oxygène. M. E. Colin pense donc que dans la pratique, on peut négliger cette différence et admettre comme résistance d’un liquide, après polarisation, la résistance déterminée avant la polarisation.
- Photomètre électrique du Dr Fried. G, Nachs.
- 11 y a déjà quelques années que M. Siemens a construit un photomètre à sélénium, dont le principe était le suivant : faire agir successivement les deux lumières à comparer sur un même appareil à sélénium et régler leurs distances à l’instrument, de manière que la déviation du galvanomètre soit la même dans les deux cas.
- M. Nachs reprend ce principe d’une façon un peu différente; son appareil se compose d’une pile sèche, d’un rhéostat de Jacobi, d’un galvanomètre sensible et d’un appareil à sélénium : tous les quatre intercalés dans le même circuit. L’appareil étant dans l’obscurité, il règle le rhéostat de manière que
- la déviation soit très petite, puis il éclaire le sélénium à la distance 1 avec la source de lumière prise pour unité. Il obtient une déviation ay qui correspond à l’unité; en faisant varier les distances, il obtient ensuite les déviations a3, ah... pour les distances 2, 3, 4...; les déviations successives correspondent donc aux intensités 1, Il est facile
- ensuite, en plaçant la source à étudier à une certaine distance, de déduire de la déviation obtenue et de cette distance l’intensité de la source.
- Comme unité de lumière, M. Nachs propose une unité théorique qu’il définit ainsi : « l’intensité lumineuse qui, agissant sur l’appareil à sélénium, fait augmenter d’une unité électro-magnétique, l’intensité d’un courant dont la force électromotrice est égale à 10, et dont la résistance est égale à une unité Siemens. En appelant l cette quantité, si y est l’intensité du courant quand le sélénium est dans l’obscurité, et y' son intensité quand le sélénium est éclairé,
- y' — r
- 1
- représentera l’intensité lumineuse de la source.
- « En supposant unique la pile, dont la résistance totale serait égale à R, et appelant E sa force électro-motricc, on aura
- E
- -r“~ R
- qui exprime l’intensité du courant dans l’appareil, quand le sélénium est dans l’obscurité.
- « En représentant maintenant par r la diminution de résistance de la superficie sensible s quand elle est est éclairée, et en supposant s égal à un, il vient
- «Si l’on suppose maintenant que l’expérience a été faite à l’unité de distance d de la source lumineuse, nous aurons en appelant I l’intensité de la lumière :
- T _ y' — y _ e r
- l l R (R — r)
- « Puisque E et R sont connus, il ii’y a plus qu’à déterminer r, et dans ce but, 011 se sert du rhéostat de Jacobi. On y arrive en réduisant l’intensité du courant quand le sélénium est éclairé à celle qui existait quand le sélénium se trouvait dans l’obscurité. La longueur de fil introduite que l’on convertit en unités Siemens nous donne la valeur de r. Il est facile de voir quels résultats on obtiendrait si s et d ne sont pas égaux à un. »
- Cet appareil supposerait une constance parfaite dans les propriétés du sélénium ou des essais préliminaires à chaque expérience; Ce n’est donc pas encore un appareil pratique, et nous 11e le mention lions qu’à un point de vue historique et aussi en raison de la tentative faite pour établir une unité.
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- FAITS DIVERS
- Avant l'ouverture de l'Exposition actuelle d’électricité, nous avions indiqué l’application d'une mesure qui devait rendre de grands services au personnel de l'administration télégraphique en province.
- Il s’agissait de procurer aux télégraphistes éloignés de Paris, les moyens de venir étudier à l’Exposition tous les progrès accomplis, tant en France qu’à l’étranger, dans cette branche de la science électrique qui tient une place si importante aujourd’hui.
- Rien n'a encore été fait, croyons-nous, pour un ensemble de personnel plus directement intéressé que tout autre, et nous sommes certains d'interpréter ici un désir'général en réclamant pour les employés des télégraphes des mesures analogues à celles que vient de prendre si heureusement , M. l’amiral Cloué, ministre de la marine.
- Nous apprenons, en effet, que tous les officiers de marine, les ingénieurs, les mécaniciens principaux, maîtres entretenus, vétérans et autres dont le service dans les ports se rattache à l’électricité (défense fixe et mobile, réglage des torpilles, etc.), seront, à tour de rôle, envoyés en mission à Paris, pour visiter en détail l'Exposition d’électricité.
- La durée de cette mission pourra être de quinze jours.
- Des permissions seront, en outre, accordées, dans la limite du possible, aux officiers torpilleurs et autres qui en feront la demande.
- Téléphonie.
- Samedi après-midi ont eu lieu, à Dunkerque, en présence de l’administration municipale, des expériences téléphoniques.
- Les expériences, conduites par M. Mauborgne, électricien-télégraphistc, et M. Carpentier-Nivelle, ingénieur municipal, ont eu lieu entre le poste de police de la mairie, la Grosse Tour, l’Hôtel des Sapeurs-Pompiers et le poste final installé chez M. de Quillacq, capitaine commandant la compagnie des pompiers.
- M. Mauborgne a ouvert la communication, il a ensuite mis l’appareil à la disposition du sous-préfet, du maire et des diverses personnes présentes. Chacun a pu adresser par l’appareil des demandes auxquelles M. Carpentier-Nivelle a répondu de la tour.
- Pour compléter l'expérience, des musiciens ont mis leurs instruments et leurs voix à la disposition de la commission, et chacun a pu. du poste central de police, entendre ces artistes placés sur la plate-forme de la Grosse-Tour.
- La suite des expériences a démontré que le système était parfait. Les communications avec l’hôtel des pompiers et leur capitaine ont eu lieu avec une correction absolue.
- Les personnes présentes ont pu se convaincre de la réelle, utilité de la nouvelle organisation; enfin, elles ont été frappées, en dernier lieu, de la facilité avec laquelle un agent de police du poste central s'est servi de l’appareil, ce qui n'avait pas lieu avec les appareils à cadran, dont on se servait primitivement.
- L’appareil, très simple, se compose d’une tablette de chêne, sur laquelle sont placés : un microphone vibrant à la voix, un téléphone muni de ses cornets auditifs, à droite un paratonnerre de sécurité et à gauche un indicateur qui fait marcher une sonnerie jusqu’au moment où on a répondu.
- L’excessive sensibilité de l’appareil exige la construction d’une chambre ou réduit capitonné pour l’opérateur, afin que ce dernier soit isolé de tout bruit. Ces expériences ont duré deux heures, et tout le monde s’est retiré convaincu que le service téléphonique était appelé à rendre de grands services à Dunkerque.
- La plus grande prison qui existe en Europe, la maison de détention préventive du quartier de Moabit, à Berlin, qui
- vient d’être achevée, a été pourvue de tout un système téléphonique, à l’aide duquel la prison est mise en communication directe et rapide avec le Palais de Justice. Le logement du surveillant en chef de la prison est relié téléphoniquement au parquet du Palais de Justice. L’appareil téléphonique permet ainsi d’avertir lorsqu’un prévenu est appelé à comparaître devant la Cour et d’envoyer immédiatement ce prévenu devant ses juges, sans qu’il soit besoin d’avoir recours aux gens de service du Palais.
- Le système de communications téléphoniques contiuue à se développer de plus en plus en Amérique. A New-York, le nombre des bureaux centraux est de i3; 5.ooo abonnés sont reliés entre eux et l’on compte plus dé i5oo lignes téléphoniques privées.
- Éclairage électrique.
- L’éclairage du Pincio, à Rome, par la lumière électrique, a été essayé ces jours derniers avec les appareils Siemens et Halskc. La promenade, avec sa suite de rampes, de terrasses ornées de parterres, décorées de statues et de colonnes qui montent jusqu’au niveau du Monte-Pincio, et sa terrasse supérieure, disposée en hémicycle, d’où la vue embrasse la place du Peuple, la ville de Rome, Saint-Pierre, le mont Mario, la villa Borghèse et une partie de la campagne romaine, offre aux rayons des foyers électriques un coup d’œil véritablement féerique, disent les journaux italiens. Les machines à vapeur sont établies sous un hangar à une petite distance de la place.
- A York, vient de se tenir la cinquantième session de l'Association britannique pour l’avancement des sciences. Les séances ont eu lieu dans l'Exhibition buidling, et l’on s’est servi pour l’éclairage des salles d’appareils électriques, système Brush. Plusieurs rues et places de la ville d’York ont été également éclairées pour la première fois, à l’occasion du meeting de l’Association britannique, par des foyers Brush.
- A propos des réparations que doit subir le Pont de Londres (London Bridge) et qui nécessiteront une certaine modification de la circulation des voitures, VEngineering fait remarquer l’utilité qu’il y aurait pour des travaux de ce genre à employer la lumière électrique. On pourrait alors travailler la nuit et diminuer ainsi de moitié le temps pendant lequel la circulation se trouve forcément interrompue. Dans le cas du London Bridge, ce travail de nuit se trouverait d'autant plus facilité, que des foyers Siemens éclairent déjà le pont tous les soirs, et qu’il n'y aurait qu’à prolonger l’éclairage pendant toute la nuit.
- Il serait à désirer que l'on adoptât, à Paris, l’idée émise par VEngineering. On voit souvent nos rues obstruées pendant assez longtemps par des réparations ; pourquoi ne pas organiser un matériel mobile d’éclairage électrique qui permettrait de travailler de nuit et de rendre rapidement à la circulation des voies souvent trop étroites par elles-mêmes.
- A l’ile de la Réunion, possession française dans l’océan indien, la lumière électrique vient d'être employée pendant les travaux effectués pour la construction d’un nouveau port et de docks.
- La question de la lumière électrique pour l’éclairage des trains de chemins de fer est étudiée en Angleterre. La Compagnie du Great Northern Railway vient de charger MM. Crompton et Cie d’entreprendre des essais d’éclairage électrique dans des wagons de cette ligne.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paria — Typographie A. Lahure, 9, rue cie Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Electrique
- Journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. GLÉNARD
- 3« ANNÉE MERCREDI 21 SEPTEMBRE 1881 N- 50
- SOMMAIRE
- Exposition internationale d’électricité. — Météorographe de M. Théorell d’Upsal; Th. du Moncel. — Les Dynamomètres (5° article); A. Guerout. — Auditions théâtrales téléphoniques; Th. du M. — Transport de la force par l’électricité ; de Magneville. — Étude sur le système de transmission multiple et le télégraphe imprimeur de M. Baudot ; J. P. — Sur le rendement des moteurs électriques (3" article); A. d’Arsonval. — Exposition internationale d’électricité. — Ouverture du Congrès des électriciens. — Revue des travaux récents en électricité : Sur les métaux magnétiques; par M. A. Gaiffe. — Un nouvel appel des stations télégraphiques. — Faits divers.
- Ce système de météorographe qui fonctionne aujourd’hui aux observatoires météorologiques de Vienne et d’Upsal, a été combiné dès l’année 1871, et il avait même figuré à l’exposition de Londres qui a eu lieu à cette époque. Il a été habilement construit par M. Sorensen, mécanicien de l’académie des sciences de Suède. Comme disposition générale, il se rapporte au système de M. Wheatstone, car il imprime les indications en caractères typographiques, et ces caractères sont distribués sur des roues à types mises en rapport avec chacun des instruments mesureurs ; mais cet appareil est plus complet et fournit à la fois les indications du thermomètre, du psychromètre, du baromètre, de l’anémomètre et de la girouette. Comme ces instruments sont disposés de manière à agir isolément, on peut les placer aux endroits les plus convenables, sans avoir à considérer leur distance de l’appareil enregistreur, et sous ce rapport, ce système présente de réels avantages sur la plupart de ceux qui ont été construits avant lui.
- Comme l’appareil de M. Théorell est assez compliqué et que, d’ailleurs, M. Sorensen, dans le modèle qui figure à l’exposition Suédoise, a groupé les mécanismes de manière à occuper le moins de place possible, tout en leur ajoutant de nombreux dispo-
- sitifs qui en rendent les fonctions plus sûres, nous avons pensé qu’il serait plus clair pour nos lecteurs de leur décrire le dispositif primitif avec ses éléments simples, que d’entreprendre la description minutieuse de celui que nous avons sous les yeux, et dont la figure 1 ci-dessous nous donne une vue perspective. Les figures 2 et 3, qui se rapportent au premier appareil, montrent, du reste, que les principales pièces de l’instrument sont disposées de la même manière.
- Les instruments mesureurs adoptés par M. Théorell sont, en ce qui concerne le vent, l’anémomètre de Robinson et le système giratoire à ailettes de M. Piazzi-Smith, c’est, sauf la disposition du commutateur, qui est placé dans une boîte à part, celle de M. Salleron, bien connue des météorologistes. Les thermomètres sont' de grande dimension, à tube ouvert et enchâssés, par leur partie supérieure, dans une boîte en zinc à fermeture hermétique, dans laquelle est déposé du chlorure de calcium ou de la potasse caustique pour empêcher l’action de l’air humide. Les mécanismes destinés à réagir sur ces appareils sont enfermés dans cette boîte. Le baromètre est un baromètre à siphon, construit comme à l’ordinaire et muni, comme les thermomètres, d’un fil de platine soudé dans le verre pour la transmission du couïant.
- Comme dans ce système les mécanismes appelés à fournir les indications sont solidaires de celui qui fournit les impressions et fonctionnent sous la même influence, il est nécessaire, avant que nous en donnions la description, que nous exposions le principe sur lequel est basé le système imprimeur.
- Supposons que dans un circuit correspondant à un électro-aimant placé à portée d’un des instruments indicateurs, du thermomètre par exemple, soit interposé l’électro-aimant d’un moteur électromagnétique, disposé près du mécanisme enregistreur; les interruptions et fermetures de courant qui détermineront le mouvement de rotation de cet électro-moteur, auront pour effet de faire vibrer l’armature de l’électro-aimant du thermomètre, et si l’électro-moteur est à simple effet avec bielle, c’est-à-dire avec une seule armature et une seule fermeture de courant pour chaque demi-révolution du
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- MÉTÉOROGRAPHE
- DE M. THÉORELL D’UPSAL
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- volant, les deux armatures électro-magnétiques vibreront synchroniquement. De plus, ces armatures pourront, dans leur mouvement d’oscillation, réagir chacune sur une traverse articulée munie de deux longs crochets d’encliquetage, et déterminer, par l’intermédiaire de ceux-ci, la mise en mouvement d’une roue à rochet. Si les deux roues à rochet sur lesquelles réagissent ces armatures ont un même nombre de dents, elles accompliront leur révolution entière en même temps, du moins si les crochets d’encliquetage sont convenablement disposés, et on pourra, en faisant réagir l’une de ces roues sur un mécanisme conduisant un fil interrupteur dans le tube du thermomètre, et l’autre roue sur une roue à types placée à portée du mécanisme imprimeur, obtenir que cette dernière amène devant ce mécanisme un type, dont la posi-
- (fig. I.)
- don par rapport au zéro représentera la distance parcourue par le fil interrupteur, jusqu’à sa rencontre avec le mercure. Il suffira pour cela i° que cette rencontre ait pour effet de fermer un second courant à travers un système de rhéotome électro-magnétique, disposé de manière à renvoyer le çourant de l’électro-moteur dans le circuit d’un autre instrument indicateur; 2° que le mouvement des traverses articulées portant les crochets d’encliquetage, au lieu de faire avancer les deux roues à rochet, ne produise aucun effet sur ces roues. Ce double effet est obtenu au moyen d’un dispositif mécanique extrêmement simple, aiu’uclM. Théorcll
- a donné le nom de Gouverneur. Ce dispositif consiste dans un axe commutateur muni d’un disque dont la circonférence est aplatie sur un arc de 72°, et qui, dans chaque système électro-magnétique, est introduit entre les deux crochets d’encliquetage dont nous avons parlé. Cet axe peut accomplir sur lui-même un petit mouvement de rotation, quand un électro-aimant spécial qui le commande est rendu actif, et le courant qui agit sur lui est précisément celui qui est fermé par le mercure de l’appareil indicateur. Or, il résulte de cette disposition trois effets différents : i° quand la partie méplate du disque se trouve en face du crochet supérieur, celui-ci appuie sur la roue à rochet qui est à sa portée et la fait tourner ainsi qu’on l’a vu précédemment, car le second crochet ne peut fonctionner, puisqu’il est maintenu en dehors de cette roue; 20 quaud la partie méplate est de côté, les deux crochets ne peuvent faire fonctionner la roue à rochet, puisqu’ils en sont alors éloignés l’un et l’autre ; 3e quand la partie méplate se trouve en face du crochet inférieur, celui-ci devient seul actif, et la roue à rochet peut tourner, mais en sens inverse de son premier mouvement. Quand les indications sont sur le point de s’enregistrer, la partie méplate du disque se trouve en face du crochet supérieur, et les effets produits sur la roue des types et sur le fil interrupteur, s’accomplissent comme il a été dit précédemment; mais aussitôt que le mercure a fermé le courant à travers le fil interrupteur, le mécanisme gouverneur des deux systèmes est mis en action; la partie méplate des disques s’incline, et les crochets d’encliquetage sont sans action sur les roues à rochet. La roue des types reste donc dans la dernière position qu’elle a occupée, et le fil interrupteur l'este plongé dans le mercure jusqu’à ce que les mécanismes gouverneurs aient reporté la partie méplate des disques en face des crochets inférieurs, auquel cas les rochets tournant en sens inverse, font rétrograder au point de départ la roue des types et le fil interrupteur. Mais comme on va le voir, cette action ne s’effectue que quand tous les appareils indicateurs ont fourni leur indication. En même temps que le gouverneur arrête en temps convenable le mouvement de la roue des types et du fil interrupteur, il opère, par le commutateur que porte l’axe des disques, la commutation des circuits ; de sorte qu’après l’action exercée sur le thermomètre, le moteur électro-magnétique réagit sur le psychromètre, sur le baromètre, et enfin sur les deux parties de l’anémomètre.
- Quand tous ces effets sont produits et que chacune des roues des types correspondant aux divers instruments indicateurs présente devant le mécanisme imprimeur les types en rapport avec leurs indications, celui-ci entre en fonction, et son action est déterminée par une roue mise en mouvement par l’électro-moteur, lequel réagit sur elle de la
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- même manière que sur les roues des types. Cette roue a pour fonction de faire basculer un châssis assez complexe sur lequel est disposé tout le système entraîneur de la bande de papier appelée à recevoir les indications météorologiques, et de presser cette bande contre les cinq roues des types, qui laissent alors l’empreinte des types placés en ce moment là devant elle. Cette fonction s’effectue pendant l’une des demi-révolutions de la roue, et l’encrage des types se produit pendant la seconde demi-révolution.
- Ce n’est qu’après cette impression multiple que les gouverneurs réagissent, pour rappeler au point de départ tous les fils interrupteurs des instruments indicateurs, ainsi que les roues des types qui leur correspondent, et ce résultat s’obtient par les mêmes moyens que leur déplacement. L’électromoteur en continuant sa marche, a bientôt ramené la partie méplate des disques en face des crochets inférieurs, et les roues à rochet des fils interrupteurs, ainsi que celles des roues des types, rétrogradent successivement, jusqu’à ce qu’un conjoncteur de circuit, placé au point de départ des fils interrupteurs, ait fait réagir successivement les différents systèmes électro - magnétiques correspondant aux instruments indicateurs, et les ait mis en position de fournir de nouvelles indications.
- Alors l’électro - moteur s’arrête, jusqu’à ce qu’une fermeture du courant qui l’anime et qui est déterminée par une horloge, 1 ait remis de nouveau en marche, pour fournir une nouvelle série d’observations. Ordinairement ces séries d'observations sont distantes d’ùne heure les unes des autres, mais dans l’appareil qui est exposé, elles se font tous les quarts d’heure.
- Il nous reste maintenant à donner quelques détails sur les mécanismes qui ont été employés.
- La fig. 2 ci-dessus représente le système moteur des roues des types, qui sont en R et mobiles à frottement doux sur un même axe T ; elles sont doubles pour chaque instrument, afin de fournir non-seulement les unités de mesure adoptées pour chaque instrument indicateur, mais les vingtièmes de ces unités. Naturellement ce,s doubles roues sont réunies l’une à l’autre, à la manière des roues d’un compteur, et ce sont les roues des vingtièmes qui reçoivent l’action directe des crochets d’encliquetage. Au lieu de roues à rochet, M. Théorell a préféré employer des chevilles, mais l’effet est le même et ce sont ces chevilles que l’on voit autour du centre T. Les crochets d’encliquetage sont en c, c
- et articulés au bras B mobile autour du pointp. C’est à l’extrémité supérieure de ce bras qu’est articulée la bielle du moteur électro-magnétique qui le met en mouvement continu d’oscillation. Ce bras ou plutôt la pièce C qui en fait partie, porte un crochet qui peut faire participer à son mouvement, quand une bascule e e est en prise avec lui, les leviers articulés ///qui correspondent à une bascule d’encliquetage o o' montée sur l’axe a du gouverneur. C’est ce système qui détermine le mouvement des disques d quand le courant animant l’électro-aimant du gouverneur, est fermé par les appareils indicateurs. Cet électro-aimant est en MM, et son armature A, en déclanchant la bascule e e, opère la liaison des tiges / ff avec B. Des galets fixés sur les crochets d’encliquetage facilitent leur glissement sur la circonférence des disques, et une roue à rochet fixée sur l'axe a, et sur laquelle réagit un cliquet i porté par la bascule o o°, est l’organe intermédiaire pour transformer le mouvement de va-et-vient fff en mouvement circulaire.
- Le mécanisme électro-magnétique adapté à chacun des instruments indicateurs est un diminutif du
- précédent. Avec les instruments à mercure, la roue sur laquelle réagissent les crochets d’encliquetage est fixée horizontalement à l’extrémité d’une longue vis verticale sur laquelle se meut un écrou muni d’une longuepotence, et cette potence en réagissant à l’extrémité d’une bascule, gouverne la marche de l’aiguille d’acier qui doit s’enfoncer dans les tubes des instruments et déterminer les contacts. Les crochets d’encliquetage, toutefois, au lieu d’être mis en mouvement par l’action d’un électro-moteur, fonctionnent sous l’influence seule de l’armature de l’électro-aimant qui commande la marche du fil interrupteur, électro-aimant qui, comme nous l’avons vu est interposé dans le circuit de l’électro-moteur lui-même. Enfin le mouvement accompli par le disque pour en faire échapper la partie méplate, est déterminé par un électro-aimant particulier, interposé dans le circuit de l’électro-aimant homologue de l’appareil moteur. Seulement comme la position de ce disque n’a pas besoin d’être maintenue après la commutation du courant d’un circuit dans l’autre, le désengrènement du rochet a pour effet le retour du fil interrupteur à sou point de départ, retour qui s’effectue sous l’influence du poids de la bascule portant le fil et qui fait tourner la vis directrice en sens contraire du mouvement que lui avait donné le rochet. Dans ces conditions, l’un des cro-
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- chets d’encliquetage sert de cliquet de retient.
- La disposition précédente se répète pour le thermomètre, le psychromètre et le baromètre, mais pour les deux parties de l’anémomètre, elle est un peu différente. Pour la direction du vent, l’axe qui supporte la partie mobile du moulinet de Piazzi-Smith est muni d’un frotteur qui appuie successivement, suivant la direction du vent, sur 32 petits secteurs isolés, qui correspondent à 32 petites tiges également isolées, placées au-dessous dans une boîte, et sur lesquelles réagit un ressort frotteur conduit par le mécanisme électro-magnétique décrit précédemment. On comprend aisément que la roue
- le "'‘O
- (fig, 3.)
- à rochet de ce mécanisme peut aussi bien conduire un ressort se mouvant circulairement, qu’une aiguille mobile dans le sens vertical. Si le frotteur de l’anémomètre et celui du mécanisme électro-magnétique sont en rapport avec les deux parties du dreuit déclancheur correspondant aux gouverneurs, ibarrivera que ce circuit ne sera fermé que quand les deux ressorts toucheront simultanément le même secteur, et la roue des types qui correspondra à cette partie de l’appareil, pourra dès lors s’arrêter sur le numéro correspondant à celui de ce secteur, et désigner le vent régnant à ce moment.
- La roue des types correspondant à la vitesse du
- vent est numérotée de oà7i, chaque unité représentant un kilomètre par heure. Un mécanisme analogue au précédent, fait tourner un ressort autour de la dernière roue de compte du compteur du moulinet de Robinson, et suivant la position d’une cheville de contact portée par cette roue, le courant déclancheur se trouve fermé plus ou moins tôt. Par suite, la roue de compte correspondante indique un nombre plus ou moins grand de kilomètres parcourus, en moyenne par le vent, pendant l’intervalle des observations.
- Il ne nous reste plus à décrire que l’appareil imprimeur qui est combiné d’une manière réellement ingénieuse. Nous le représentons fig. 3 ci-dessus. Les roues des types sont en R, les disques du gouverneur en d, les crochets d’encliquetage en cc'. L’extrémité de ces derniers ne se voit pas sur la figure, parce qu’ils ne se rapportent pas directement àu mécanisme imprimeur et sont placés derrière le système représenté. L’électro-moteur, n’y est pas figuré ; il est placé à droite ainsi que le système déclancheur du gouverneur et la bascule oscillante agissant sur les cliquets c, c'.
- La partie essentielle de ce mécanisme est une bascule CAD qui est reliée par une bielle b à une roue à rochet E qui sé meut sous l’influence du moteur à l’aide du crochet v; ce crochet est appliqué ainsi que tous les crochets c, c', etc., sur le bras oscillant du moteur. Comme pour les roues des types, son mouvement ne se produit que quand le disque d du gouverneur qui lui correspond présente au crochet v une partie méplate, et cette partie ne lui est présentée que quand toutes les roues des types ont fonctionné Le châssis CAD porte à son extrémité C trois cylindres C, F, H sur lesquels s’enroule la bande de papier destinée aux impressions et qui se replie, comme on le voit en i i' i", à partir d’un rouleau W, où elle est en provision. Le rouleau C est le rouleau imprimeur, c’est-à-dire celui qui, en s’abaissant sur les roues des types, vient appuyer la bande de papier contre les types, et il est, en conséquence, garni d’un coussin élastique. De ce même côté, le châssis CAD est relié par une bielle s à un bras G T muni d’un tampon encreur G, et de l’autre côté, il réagit, par l’intermédiaire d’une tige g, sur un laminoir X, X' destiné à faire avancer, toutes les heures, la bande de papier d’un intervalle suffisant, pour que les impressions ne se superposent pas. Afin de distinguer facilement les moments des impressions, une seconde tige h sépare toutes les douze heures les observations, par un intervalle beaucoup plus grand. C’est, à cet effet, qu’ont été disposés les ressorts antagonistes que l’on remarque au haut de la figure, ainsi que les leviers coudés y z t et les crochets qui se montrent en D. Nous n’insisterons pas, toutefois, sur ces détails qui sont très accessoires et que l’on, peut deviner facilement.
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- Avec cette disposition, on comprend aisément que quand, toutes les heures, la roue E est mise en action par le moteur, la bielle qui la relie au châssis basculant CÆD, fait pendant la moitié de la révolution de la roue E relever le cylindre C, et fait en même temps rouler sur les roues des types le tampon encréur G. Ces roues qui présentent en ce moment les types en rapport avec les indications des instruments mesureurs, se trouvent donc disposées pour fournir des impressions, et, quand après la seconde demi-révolution de la roue E, le châssis CÆD s’est trouvé abaissé, toujours sous l’influence de la bielle b, l’impression est produite sur la bande de papier, et il suffit que la roue fasse encore quelques pas en avant pour dégager les roues des types; c’est pourquoi l’action du mécanisme ne commence et ne finit que quand la bielle a dépassé la verticale. Pendant que se produit l’éloignement du cylindre C, la tige g réagit sur le cliquet/ k et fait avancer d’un cran la roue X du laminoir qui entraîne la bande de papier de la distance convenable. Ce n'est qu’après que toutes ces fonctions se sont accomplies, qu’un interrupteur est mis en action, et arrête le mouvement moteur jusqu’à ce que l’horloge ait provoqué une nouvelle série d’observations.
- Tel est le premier appareil de M. Théorell, appareil très perfectionné par M. Sorensen, mais que l’on comprendra sous sa dernière forme quand on aura bien compris ce que nous avons énoncé précédemment.
- TH. DU MONCEL.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LES DYNAMOMÈTRES
- 5‘‘ article (Voir les nos des 3, 7, 14 et 17 septembre).
- (iSuite et fin).
- 11 ne nous reste plus à décrire que le dynamomètre ou compteur dynamométrique Mégy, exposé par MM. Sautter et Lemonnier à l’angle Sud-Ouest du Palais de l’Industrie.
- Le but que s'est proposé l’auteur de cet appareil a été de construire un dynamomètre donnant, par la seule lecture du nombre enregistré sur le compteur et par la multiplication de ce nombre par un coefficient, le nombre de kilogrammètres transmis par le moteur à la machine à essayer.
- Nous retrouvons d’abord dans ce dynamomètre les deux poulies, l’une folle, l’autre calée sur l’axe, qui figurent dans l'appareil de Morin et ses analogues. Elles sont montées sur un arbre BB porté sur un bâti spécial. L’une A est calée sur cet arbre, 1 autre C est folle ; cette dernière porte quatre taquets DD sur lesquels viennent s’appuyer quatre
- lames de ressort fixées à un manchon F calé sur l’arbre.
- Quand la poulie A tourne sous l’effort de la courroie motrice, elle entraîne l’arbre BB; celui-ci entraîne le manchon F, et les ressorts EE qu’il porte, venant appuyer sur les taquets DD, entraînent la poulie C en se déformant proportionnellement à l’effort exercé. C’est cette déformation qu’il s’agit de faire enregistrer automatiquement par l’appareil.
- Pour cela, sur le manchon F est calée une douille en bronze G, filetée extérieurement à pas rapide. Sur cette douille se visse un manchon en bronze, taraudé intérieurement au même pas. Ce manchon porte deux oreilles II que traversent des tiges K, fixées au moyeu de la poulie folle C. La douille G étant fixée à la pièce même qui porte la base des ressorts, et le manchon H à la poulie folle, on voit que toute déformation des ressorts fera tourner H sur G et, à cause du filetage, provoquera un déplacement de H dans le sens de l’axe ; ce déplacement sera proportionnel à la déformation des ressorts et par suite à l’effort transmis.
- Pour transmettre ce mouvement à l’appareil enregistreur, un levier à fourche L, guidé par un prolongement de H, oscille autour du point M. Ce point de support fait partie du bâti de l’enregistreur suspendu librement autour de l’axe en B B. L’extrémité du levier L agit sur une tige NN, sur le milieu de laquelle est fixé un disque en acier qui, à l’état de repos, appuie à frottement doux sur le plateau R, et est tangent à son centre. Un pignon denté Y, calé sur l’axe, transmet au plateau R, par l’intermédiaire du pignon X et des roues dentées T et S un mouvement de rotation, dont la vitesse est dans un rapport donné avec celle de l’axe. Enfin la vitesse de rotation du disque est enregistrée par un compteur b mis en relation ave celle par la roue dentée a et la roue dentée z, au travers de laquelle l’axe NN peut glisser sans cesser de l’entraîner dans son mouvement de rotation.
- Lors donc qu’il se produit un déplacement du manchon H, le levier L oscille autour de l’axe M d’un angle proportionnel à l’effort; l’aiguille c indique sur le cadran d l’amplitude de l’oscillation et par suite l’effort ; en même temps le levier L, pat-son action sur la tige NN et sur le disque Q que porte cette tige, a déplacé le disque de sa position moyenne d’une longueur proportionnelle à l’effort. Comme, dans sa position moyenne, ce disque Q est en contact doux avec le plateau R en son centre, le déplacement du levier L a donc pour résultat d’amener le disque a être en contact avec le plateau R en un point distant du centre de ce plateau, d!une longueur proportionnelle à l’effort. Si donc, le plateau R était en mouvement, il entraînerait par adhérence le disque Q et par suite la tige NN, avec une vitesse qui serait proportionnelle à l’effort. Mais d’autre part, par l’intermédiaire
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- du pignon Y calé sur l’arbre BB et des roues S, T, X, ce plateau est animé d’un mouvement de rotation dont la vitesse est proportionnelle à celle de l’arbre BB; il en résulte que le nombre de tours de la tige NN est à la fois proportionnel à l’effort transmis et à l’espace parcouru, c’est-à-dire au travail. C’est ce nombre de tours qu’enregistre le compteur b par l’intermédiaire des pignons z et a. Pour avoir en
- kilogrammètres le travail transmis, il reste à multiplier ce nombre de tours par un coefficient que l’on détermine dans une expérience préalable. Dans l’appareil, ce coefficient est inscrit sur la lame du ressort. Sur cette même lame, est inscrit également un coefficient qui multiplié par le nombre qu’indique sur son cadran la flèche c, donne l’effort en kilogrammes.
- Fia. 1.)
- 'Avec cette dernière donnée, si l’on veut vérifier l’instrument, on peut le faire aisément en montant sur l’arbre BB un compteur de tours ordinaire.
- Le dynamomètre Mégy peut être employé pour des machines tournant à i5oo et 1600 tours et il a déjà été pratiquement appliqué à la mesure du travail absorbé par les machines dynamo-électriques.
- En résumé, lorsqu’on considère les différents dynamomètres que nous venons de décrire et ceux qui avaient déjà été précédemment décrits dans ce journal, on voit que, pour ce qui est de la mesure du travail produit par un moteur, le frein de Prony et particulièrement le frein funiculaire permettent une détermination pratique et facile, pouvant se faire sans grande installation spéciale. Mais il n’en est pas tout à fait de même pour les dynamomètres destinés à mesurer le travail absorbé par une machine.
- Parmi les appareils de cette classe, plusieurs sont fort bien combinés et d’un bon usage pratique, mais ce sont des appareils lourds et volumineux nécessitant une installation particulière. Ce qui manque aujourd’hui, c’est un dynamomètre portatif que l’on puisse établir facilement dans un atelier quelconque pour l’étude de n’impor.te quelle machine et en changeant le moins possible à l’installation de cette dernière. Le dynamomètre Y. Hefner-Alteneck, remplit jusqu'à un certain point ces conditions, mais il exige pourtant, non seulement l’établissement d’un support, mais encore un certain changement dans la tension de la courroie. La question reste donc ouverte et il y a encore de ce côté des perfectionnements à faire, mais on peut espérer, au point où en sont les choses, que ces perfectionnements ne sc feront pas attendre.
- A. GUEROUT.
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- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- AUDITIONS THÉÂTRALES
- TÉLÉPHONIQUES
- L’un des plus grands succès de l’Exposition d’électricité est bien certainement l’installation des auditions théâtrales téléphoniques que la Société générale des téléphones y a organisées. Par suite d’une liaison électrique établie entre l’Opéra, le Théâtre Français et le palais de l’Exposition, on est parvenu à entendre de la manière la plus complète les pièces jouées sur nos deux principales scènes dramatiques. Les chants de l’Opéra sont surtout d’un effet féerique, et tous ceux qui ont été assez favorisés pour pouvoir pénétrer dans les sanctuaires réservés à ces auditions, se retirent émerveillés, enchantés, croyant sortir d’un songe des Mille et une nuits. L’effet est en réalité saisissant, car on entend positivement mieux de cette manière les chants de l’Opéra, que dans la salle de l’Opéra elle-même ; les paroles sont plus distinctes, les finesses des sons mieux rendues, et cela tient sans doute à ce que les transmetteurs étant interposés entre les acteurs et l’orchestre, celui-ci se trouve un peu sacrifié aux chanteurs. On pourrait même dire qu’on entend trop bien, car les paroles du souffleur se distinguent d’une manière désolante. Bref, la réussite est complète, et la Société des téléphones, ainsi que M. Ader qui a présidé de la manière la plus intelligente et la plus heureuse à toute cette installation, ont bien mérité la reconnaissance publique.
- Les auditions dont nous parlons sont, non-seulement effectuées dans les quatre salles dont il a été déjà question, mais encore dans un petit boudoir attenant au salon dit de l’Impératrice, qui se trouve dans le corps avancé du Palais. Là on n’est pas distrait par les bruits extérieurs, et on peut réellement saisir, à son aise, les charmantes mélodies de notre scène lyrique. Les quatre salles du téléphone de l’exposition sont revêtues de tous côtés de tapis pour'amortir les bruits extérieurs, et les téléphones sont accrochés par paires à des planchettes de bois, au nombre de 20 par salle. Des lustres portant des lampes Swan, Maxim, Lane-Fox, éclairent chacune de ces salles, dont l’entrée est obstruée par des labyrinthes où le public attend. On aperçoit au milieu de la pièce une table formant poste téléphonique pour le service de la salle, et les auditeurs n’ont qu’à porter à leurs deux oreilles les deux téléphones pour assister à la représentation théâtrale. Ce sont les deux salles du côté de la nef qui sont en rapport avec l’Opéra.
- Les fils conducteurs passent à travers la partie nord des galeries de l’Exposition pour regagner, par les égouts, les salles de l’Opéra et du Théâtre
- Français, et ils aboutissent sur la scène de chacun de ces théâtres à des transmetteurs, qui ne sont autre chose que des microphones à contacts multiples. Ceux qui sont employés sont du système Ader, les mêmes que ceux dont on se sert sur le réseau téléphonique de Paris, mais avec une légère modification combinée pour la circonstance. On sait que dans ces transmetteurs, l’organe sensible est constitué par une sorte de gril composé de deux barres de charbon, réunies par six baguettes de la même matière, qui y pivotent librement. Ce système est placé horizontalement au-dessous d’une planchette de bois de sapin qui constitue la lame vibrante, et, en raison de la multiplicité et de la variété des sons qu’ils sont susceptibles de transmettre, on a dû l’assujettir sur un socle en plomb supporté par quatre pieds en caoutchouc, ce qui empêche les effets des trépidations du plancher de la scène. On comprend aisément l’importance de cette disposition dans un théâtre où les danses mettent à chaque instant le plancher en branle.
- Il y a à l’Opéra 10 transmetteurs de cette nature, qui sont disposés des deux côtés de la niche du souffleur le long delà rampe, mais cette installation varie suivant la disposition et la grandeur des scènes théâtrales, et M. Ader nous a assuré qu'il allait encore doubler, pour l’Opéra, le nombre des transmetteurs, afin de rendre les sons plus inteiises encore.
- Les récepteurs placés dans les salles téléphoniques du Palais de l’Exposition, sont les téléphones à surexcitation de M. Ader que nous avons décrits plus d’une fois dans ce journal, et l’installation des piles appelées à faire fonctionner ces systèmes multiples, n’a rien de bien particulier. On les place où l’on peut, généralement au-dessous de la scène; mais comme elles se polariseraient d’une manière fâcheuse si on laissait leur circuit fermé pendant toute une représentation, on a été obligé de les renouveler tous les quarts d’heure, et, pour cela, on a dû installer un commutateur qui permet d’effectuer d’un seul coup tous ces renouvellements. Ce commutateur consiste dans une planchette munie d’autant de lames de ressort qu’on emploie de transmetteurs, et qui sert d’intermédiaire entre ceux-ci et les piles différentes qui sont affectées à chacund’eux.
- La plus grande difficulté qu’on a rencontrée a été de rendre le transmetteur plus sensible à la voix des chanteurs, qu’aux sons bruyants émis par les instruments de l’orchestre et qui pourraient dominer; M. Ader a dû faire à cet égard de nombreuses études d’acoustique et de nombreux essais. Après bien des tâtonnements, il est arrivé à reconnaître la meilleure disposition à donner à ses transmetteurs pour obtenir ce résultat, et nous avons vu qu’il y était parvenu d’une manière très heureuse. Nous n’insisterons pas sur les détails de cette disposition, qui, pour être compris, nécessiteraient une
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- étude des effets de l’acoustique, mais nous devons indiquer les moyens qui ont été employés par M. Ader pour qu’on puisse, en quelque sorte, suivre les mouvements des acteurs sur la scène.
- Tout le monde connaît le stéréoscope, qui permet par les impressions visuelles superposées des deux yeux, de voir les images stéréoscopiques avec leur relief naturel. C’est un effet du même genre qui a été mis à contribution par M. Ader pour la perception des sons émis sur la scène d’un théâtre.
- Supposons que deux transmetteurs microphoniques soient placés sur la scène en T et T7 (fig. i), que ces transmetteurs soient- reliés isolément par deux fils distincts à deux téléphones récepteurs R et R', que l’on devra appliquer contre les deux
- (ING. 1.)
- oreilles, et que l’on écoute dans cette position, c’est-à-dire avec les deux oreilles, un acteur que nous supposerons placé en A par exemple. Il est. facile, de comprendre que la distance de cet acteur au transmetteur T étant moindre que celle qui le sépare du transmetteur. T', son chant sera plus énergiquement .reproduit par le transmetteur T que par le transmetteur T', et ce sera l’oreille de gauche qui sera le plus fortement impressionnée. Si, au contraire, l’acteur quitte la position A pour prendre la position A', le contraire aura lieu, et ce sera alors l’oreille de droite qui recevra les sons les plus forts. Il arrivera donc que la sensation définitive que l’on obtiendra sera une transformation de l’intensité sonore d’une oreille à l’autre, qui équivaudra à un éloignement du son pour l’une et à un rapprochement pour l’autre, c’est-à-dire à un déplacement de la source du son ou de l’acteur de gauche à droite, et il en sera de même pour plusieurs acteurs
- se croisant sur la scène. Voici maintenant comment ce principe a été appliqué pour les auditions de l’Opéra.
- Nous avons vu qu’on avait installé de chaque côté de la niche du souffleur et le long de la rampe, cinq transmetteurs. Chacun de ces transmetteurs a son circuit particulier et par conséquent son câble souterrain. A l’arrivée dans la salle de l’audition, les câbles aboutissent chacun à 8 récepteurs, mais toujours de manière que, pour chaque auditeur, les effets soient bien'distincts à chacune de ses oreilles. On peut voir dans la figure 2, ci-dessous, le parcours des circuits pour deux transmetteurs, et il en serait dè même des autres. Pour peu qu’on étudie cette figure, on reconnaîtra que, sur chaque planchette des salles téléphoniques, il existe toujours un télé-
- SCENE DE L’OFjÉjRA
- Souffleur
- SALLE DES TELEPHONES
- phone, celui de gauche, qui correspond aux transmetteurs de gauche de la scène, et un téléphone de droite qui correspond aux transmetteurs de droite. Les téléphones de chaque série sont d’ailleurs disposés les uns à la suite des autres sur le même circuit.
- Cette disposition, comme on le voit, est très ingénieuse, et bien qu’on eût pu la simplifier, eu égard au nombre des circuits employés, on n’a pas reculé devant le surcroît de dépenses qu’elle occasionnait; car, on a reconnu, par l’expérience, qu’elle était nécessaire pour obtenir un fonctionnement satisfaisant, de la part de 42 paires de téléphones, et ce nombre n’est pas encore suffisant pour satisfaire la curiosité publique.
- Ces brillantes expériences montrent que l’on 11’a-vait rien exagéré, quand, dès l’origine de la découverte du téléphone, on publiait, dans les journaux, qu’on avait pu entendre parfaitement, à grande distance, des concerts et des sermons ; on ne pourra pas nous accuser d’avoir été trop crédule, quand nous annoncions, en 1878, que^l’Opéra de Don-
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- JOURNAL UNIVERSEL £>’ÉLECTRICITÉ
- *77
- Pasquale avait été très bien entendu dans le téléphone, à Bellinzona, et qu’on n’avait perdu aucune des délicatesses de cette charmante musique. Nous croyons, toutefois, que les résultats, alors obtenus, étaient loin d’atteindre ceux que nous pouvons apprécier aujourd’hui. Du reste, on nous annonce des résultats bien plus merveilleux encore en téléphonie, et d’ici à peu dejours, nous aurons occasion d’en parler. N’est-ce pas le cas de dire : de plus fort en plus fort, comme chez Nicolet.
- T1I. DU M.
- TRANSPORT DE LA FORCE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Nous avons déjà consacré plusieurs articles, dans ce journal au transport de la force par l’électricité, et nous avons signalé différentes applications, fondées sur ce principe, qu’on retrouve à l’Exposition. C’est parce système que fonctionnent les différentes machines à coudre, que l’on voit dans diverses expositions, les machines à broder et à dévider, plusieurs pompes à force centrifuge, et un
- Intérieur du pavillon de MM. Heilmann Ducommun et Steinlen à l’Exposition.
- grand nombre de machines et métiers qu'on n'a réussi à introduire à l’exposition que par leur mise en mouvement par une machine Giamme. Parmi tous ces spécimens du transport de la force par l’électricité, nous devrons signaler l’installation de M. Marcel Deprez et celle de MM. Heilmann Ducommun et Steinlen, de Mulhouse, qui sont remarquables à plus d’un titre. Toutefois nous ne parlerons pas en ce moment de la première, car elle se rattache à une
- grande conception qui sera exposée et discutée plus tard dans ce journal, par l’auteur lui-même, et qui est certainement l’une des plus importantes découvertes qui figurent à l’exposition actuelle. Nous nous bornerons à l’installation de MM. Heilmann Ducommun et Steinlen, que nous représentons dans la figure ci-jointe, et où l’on peut voir l’importance qu’a acquise dans ces derniers temps une application qu’on croyait naguère encore irré-
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- alisable. Dans cette exposition on voit, au premier plan à gauche, deux machines Gramme mises en mouvement par deux autres appareils semblables, placés dans la galerie des machines, et qui mettent en action une dizaine de métiers et de machines outils employés dans les ateliers d’ajustage. Ce sont des machines à planer, à mortaiser, à fraiser, à percer, à affûter les mèches américaines, des tours de toutes espèces, des meules à aiguiser, etc. etc. Toutes ces machines admirablement construites fonctionnent toutes à la fois, et le joli pavillon qui les contient, est éclairé en même temps par des lampes Edison qui sont allumées sous l’influence du même moteur à vapeur, qui produit le transport de la force; de sorte que l’on obtient ainsi force et lumière,.
- On sait que MM. Heilmann Ducommun et Steinlen ont été les premiers à appliquer la lumière électrique à l’éclairage de leurs ateliers de construction à Mulhouse. De plus, ils ont fait une série d’expériences du plus haut intérêt sur le prix de revient de ce système d’éclairage, et les chiffres qu’ils ont fournis sont certainement ceux qui sont les plus exacts. M. Th. du Moncel les a donnés dans son ouvrage sur l’éclairage électrique. Nous sommes réellement heureux de voir les, grandes industries entrer ainsi résolument dans la voie des applications électriques. C’est le moyen le plus sûr de les perfectionner et de les mener à bonne fin.
- DE MAGNEVILLE.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- ÉTUDE SUR LE
- SYSTÈME DE TRANSMISSION MULTIPLE
- ET LE
- TÉLÉGRAPHE IMPRIMEUR
- DE M. BAUDOT
- Depuis un petit nombre d’années, l’administration des télégraphes fait usage, sur quelques unes des lignes les plus importantes d’un nouveau système de transmission télégraphique dû à M. Baudot.
- Les résultats très remarquables obtenus avec ce système, qui dépasse en rapidité les meilleurs appareils en usage jusqu’ici font prévoir son adoption, dans un avenir prochain, sur toutes les grandes lignes.
- Diverses publications scientifiques, telles que les Annales télégraphiques, le Journal télégraphique de Berne, la Lumière Électrique ont déjà fait connaître les ingénieux appareils que M. Baudot avait imaginés avant l’Exposition de 1878 et qui lui ont valu, à cette occasion, la grande médaille d’or et la décoration de la Légion d’Hônneur.
- Les principes qui guident M. Baudot dans l’éta-
- blissement de son nouveau système de transmission sont très-féconds ; ils ont fourni à cet inventeur bien des formes diverses pour leur réalisation.
- L’expérience de près de quatre années, faite sur les lignes de Bordeaux (600 kilom.) et de Lyon (520 kilom.) dans les conditions ordinaires d’un service très-chargé, a fait rejeter quelques dispositifs d’un entretien trop délicat, a fait apporter des modifications de détail et a permis de se prononcer avec certitude sur le choix du type à adopter.
- Cette étude a pour but de faire connaître d’une façon générale et précise les principes des divers appareils auxquels M. Baudot a donné le nom de télégraphes multiples imprimeurs, en nous attachant plus spécialement, dans la description, aux types les plus récents.
- Le télégraphe multiple imprimeur est un système de transmission rapide, propre à accroître dans une très large mesure le rendement des fils de ligne ; il en résulte, évidemment, que son emploi doit principalement s’étendre aux lignes chargées reliant les centres importants, lignes généralement assez longues et dépassant souvent 5oo kilomètres.
- Les difficultés à vaincre sont alors de deux sortes : les unes tiennent à la complexité du problème de la transmission rapide et des instruments appelés à la résoudre; les autres sont dues à la production de phénomènes électriques particuliers à la transmi ssion sur les lignes un peu longues. L’influence de ces phénomènes de charge et de décharge, provenant des condensations, sur les résultats de la transmission est combattue par divers procédés, variables évidemment avec les- conditions de la ligne et qui n’ont pas un lien immédiat avec le système de transmission multiple.
- Nous avons pensé qu’une première exposition gagnerait à une séparation complète de ce qui concerne le système de transmission proprement dit des procédés destinés à combattre les phénomènes perturbateurs et que nous pourrions diviser cette étude de la façon suivante :
- 1» Principe de la transmission multiple.
- 20 Description générale de l’ensemble des appareils et du rôle de chaque organe.
- 3° Description particulière des divers organes considérés isolément (type 1880).
- 40 Phénomènes perturbateurs subis sur les longues lignes et procédés destinés à les combattre.
- 5° Disposition générale du type 1880 construit par la maison Carpentier, sous la direction de M. Baudot et figurant à l’Éxposition d’Electricité.
- 6° Formes nouvelles données à quelques organes.
- 70 Divers modes d’application des appareils Baudot à l’exploitation des lignes importantes; résultats pratiques obtenus.
- Ch. I. — Principe de la transmission multiple. — Les principaux systèmes de transmission télégra-
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
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- phique, en service sur les lignes importantes et consacrés par l’usage, se réduisent à un petit nombre et peuvent être classés comme il suit :
- i° Appareils mettant à contribution des émissions de courant- de durées ou de polarités diverses {Morse, Siemens, Wheatstone, Meyer, etc.) ;
- 20 Appareils ne mettant à contribution qu’une émission de courant par lettre, mais à des intervalles de temps variables {Hughes, Phelps, Olsen, etc.). A chacun de ces systèmes, on peut appliquer, avec plus ou moins de succès, l’une quelconque des méthodes de transmission simultanée en sens contraire, connues sous le nom de Duplex.
- Les systèmes de la première catégorie, à l’exception du Meyer, n’exigent que des mouvements de rotation sensiblement uniformes aux deux extrémités de la ligne, sans que le synchronisme soit une condition indispensable. La réception est obtenue, soit à l’aide de signaux fugitifs (optiques ou sonores), soit à l’aide de signaux permanents sous forme de traits.
- Les systèmes de la seconde catégorie nécessitent forcément le synchronisme entre les mouvements des appareils placés aux deux extrémités, et fournissent, à la réception, des caractères imprimés.
- La rapidité de la transmission {') est représentée par le nombre de caractères transmis dans un temps donné et dépend essentiellement de deux quantités :
- i° De l’intervalle de temps minimum auquel peuvent se succéder deux signaux consécutifs ; c’est la somme de la durée minimum qu’il faut donner à chaque émission de courant et de celle qui sépare deux émissions successives. Sa valeur dépend des conditions physiques de la ligne et du degré de sensibilité des organes récepteurs ;
- 20 Du nombre de caractères que chaque employé peut transmettre en un temps donné avec l’instrument dont il dispose.
- On peut prendre comme exactes, relativement les unes aux autres, les données suivantes, moyennes obtenues dans des conditions comparables.
- Un employé peut transmettre par seconde, d’une
- façon suivie :
- Avec le Morse ordinaire...........i,5 caractère;
- » certains Morses perfectionnés 2,0 »
- » le Hughes....................3,o »
- (L’application des méthodes en duplex permet d’obtenir sensiblement le double des chiffres indiqués ci-dessus.)
- Ces résultats sont bien inférieurs à ceux que
- (') Nous ne parlerons jamais du nombre de dépêches à l’heure, qui n’a rien d’absolu et n’i:;dique rien de précis, mais bien du nombre de lettres ou caractères transmis par seconde. Les blancs ou intervalles, entre deux mots et les signes de ponctuation, comptent chacun pour un caractère. La transmission d’un caractère exige l’envoi d’une ou de plusieurs émissions de courant appelées signaux.
- pourraient procurer les fils dans les mêmes circonstances; aussi, pour tirer d’une ligne le plus grand parti possible, on a recours, suivant le cas, à la transmission automatique avec composition préalable ou à la transmission multiple et successive.
- Dans le premier cas, les employés ont tout le temps nécessaire, pour préparer les dépêches suides bandes spéciales, avec une vitesse ne dépendant que de leur habileté professionnelle ; la transmission réelle sur la ligne se fait automatiquement; la vitesse n’étant limitée que par l’imperfection des appareils et les conditions physiques de la ligne. Il va sans dire que le nombre des personnes, employées à la composition préalable, est proportionnel à la rapidité de la transmission, et en raison inverse de l’habileté de chacune, afin d’alimenter, sans interruption, le transmetteur automatique. Les beaux appareils dus à sir Ch. Wheatstone résolvent la question pour les systèmes dérivés du Morse, et ceux de M. Olsen pour le système imprimeur de M. Hughes.
- Dans un autre ordre d’idées, plusieurs inventeurs ont réussi, en divisant le temps entre plusieurs employés, à utiliser constamment le fil de ligne, tout en laissant, à chacun d’eux, le temps nécessaire à la manipulation.
- Cette idée, mise en avant par M. l’inspecteur Rouvier, a été réalisée, dès 1871, par M. Meyer, qui a créé un télégraphe multiple à signaux de Morse. C’est à ce genre d’appareils que se rattache le Multiple Imprimeur de M. Baudot que nous nous proposons de décrire.
- Mode de transmission des signaux dans le système deM. Baudot. — L’expérience et la théorie concourent à prouver que le meilleur mode de transmission consiste dans l’emploi d’émissions de courant égales en durée et à des intervalles de temps réguliers. Le nombre d’émissions possibles dans un temps donné dépend, comme nous l’avons déjà dit, des conditions physiques de la ligne. On'se rend compte aisément que le rendement maximum ne sera atteint qu’avec des intervalles égaux entre les émissions ; car, si les intervalles sont inégaux, la valeur minimum étant imposée, le fil ne sera pas suffisamment mis à contribution pendant les intervalles plus grands.
- Ce qui précède, permet d’établir théoriquement, indépendamment de toute autre considération, l’infériorité relative des systèmes dans lesquels les signaux sont caractérisés par des émissions de durées variables ou à des intervalles irréguliers.
- En adoptant le système des émissions régulières, on ne possède plus, pour caractériser les signaux, que la ressource de faire varier le sens des courants, c’est-à-dire de faire usage d’émissions égales, de polarités ou de signes différents que nous désignerons par émissions positives ou émissions négatives, pour faciliter le langage. (Lorsque la pile ayant le pôle négatif .à la terre, on met le pôle positif en
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- 38o
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- contact avec la ligne, le courant transmis sur la ligne est dit positif; dans l’autre cas il est dit négatif.)
- M. Baudot a fait choix de la réunion de cinq émissions successives ou signaux élémentaires,pour la formation de chaque caractère. L’inversion des polarités de cinq signaux susceptibles chacun, par conséquent de deux valeurs distinctes, permet de représenter 25 = 32 combinaisons également distinctes qui se rapportent aux lettres de l’alphabet et à quelques caractères particuliers.
- Un artifice de construction, imité d’une disposition du télégraphe Hughes, permet d’attribuer à chaque combinaison la valeur de deux caractères différents et, en augmentant ainsi le'nombre des caractères transmissibles, de comprendre parmi eux les signes de ponctuation, les chiffres et signes de numération.
- L’une des combinaisons se fait d’elle-même, comme nous le verrons, sans l’intervention de l’employé, lorsque l’organe transmetteur est abandonné à lui-même : elle ne correspond à aucun caractère et ne produit aucun effet sur l’organe récepteur; c’est la première dans le tableau ci-dessous, qui indique la nature des émissions pour l’expédition de chacun des 62 caractères transmissibles.
- jre combinaison — —
- 2e — A 1 + —
- 3» — B 8 — — 4- -F -
- 4" — C 9 F — _l—j
- 5e — D 0 + 4- + + -
- 6e — E 2 + — — —
- T — É & + + —
- B* — F F — + _|——
- 9e — G 7 — + j
- io° — H 11 + + 1
- 11° — I O — 4- -F
- 12° — J (> + -- _ _l_ —
- i3’ — K ( + — - + +
- 14e -- L -F + -- + -F
- i5a — M ) — + - + -p
- 160 — blanc-chiff. — —- - + -
- 17° — erreur — — - + +
- 18e — N N° — i ~F ~F -F
- ige — O 5 + + _j
- 20e — P 01° + -p -|—1—P
- 21e — Q / — + + -F
- 22e — R — — — + -F -+-
- 23e — S 9 — — 4- - +
- 24e — T ( + — + - +
- 25e — U 4 ~h — -F
- N 26e — V ’ + + +
- 2^c — W r* — ~r H F
- 28e — X 9 — + F
- 29e — Y n O +' + — F
- 3o* — Z + + -F
- 3ie — T ' . + — 1-
- 32° — blanc-lett. — — F
- Les extrémités du fil de ligne aboutissent aux deux stations, entre lesquelles les transmissions doivent s’effectuer. Ces stations comprennent chacune un certain nombre de postes susceptibles de transmettre ou de recevoir et occupés par autant . d’employés.
- Les postes, en nombre égal dans chaque station, se correspondent deux à deux, c’est-à-dire que la correspondance télégraphique dans un sens ou dans l’autre, ne peut et ne doit avoir lieu qu’entre les employés des postes correspondants. Nous les désignerons, dans la suite, par les mêmes lettres en donnant le nom de groupe à l’ensemble de deux postes correspondants tels que A, A'; B et B' etc.
- Des organes à mouvement régulier et marchant synchroniquement, auxquels on donne le nom de distributeurs, sont placés aux deux stations, et ont pour mission de mettre en communication, à chaque instant, les extrémités du fil de ligne aux deux postes correspondants, en passant successivement de chaque groupe au suivant.
- Il en résulte que les divers groupes sont successivement, à leur tour, en relation par l’intermédiaire du fil de ligne, pendant un intervalle de temps suffi-ant pour leur permettre d’échanger un caractère, pour effectuer ce que nous conviendrons d’appeler une expédition.
- L'expédition de chaque caractère s’obtient par l’envoi de 5 émissions successives et régulières, positives ou négatives suivant la combinaison adoptée pour représenter ce caractère. De la sorte, la ligne est traversée continuellement par des courants de sens variables, mais égaux en durée et également espacés; 5 émissions consécutives destinées à la transmission du caractère expédié par le poste A à son correspondant A' ou vice versa, les 5 émissions suivantes répondant au groupe BB' et ainsi de suite.
- Il est évident que, par ce mode de transmission multiple et successive, on peut utiliser la ligne sans interruption, ni perte de temps, et le nombre des groupes ne dépend plus que de l’habileté professionnelle des employés et des exigences de construction des organes récepteurs.
- L’ensemble de chaque station se compose essentiellement d’un distributeur recevant l’extrémité de la ligne et destiné à la mettre en relation successivement avec les divers groupes. Chaque groupe est pourvu d’un appareil de transmission et d’un appareil de réception reliés en temps opportun à la ligne par le jeu du Distributeur. L’employé relie lui-même au distributeur l’un ou l’autre de ces organes, suivant qu’il veut transmettre à son correspondant ou recevoir de lui.
- Des moteurs et des piles complètent le matériel de la station.
- {A suivre.)
- J. p.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- 381
- SUR LE RENDEMENT
- DES
- MOTEURS ÉLECTRIQUES
- 3e article (Voir les nos du 7 et du 14 septembre).
- 0*77
- El
- — = 1,08 g
- 1,55
- i»9
- Je continue à transcrire mes expériences sur les moteurs Deprez.
- 2e moteur. — Le fer de la bobine a six centimètres de long sur trois de large. La bobine, munie de son régulateur, pèse 450 grammes. L’aimant est formé de trois lames d’acier, pesant i5oo grammes. Ces trois lames, séparées par des cales en laiton, sont à 1 centimètre de distance l’une de l’autre.
- ire EXPÉRIENCE
- 2 éléments Bunsen.
- E = 2 v, a5 EJ
- I == 3^,45 g
- 38 tours par minute à 1/4 = gkg,5 par minute.
- 1 gramme zinc = 60 kg.
- 2e EXPÉRIENCE
- 3 éléments Bunsen.
- E = 3^,375 I = 3W,25
- 72 tours à 1/4 — i8kg par minute.
- 1 gramme zinc = 90 kg.
- 3e EXPÉRIENCE
- 4 éléments Bunsen.
- E = 4V, 5 EJ
- I = 3w, 45 g
- 104 tours à 1/4 = 26 kg par minute.
- 1 gramme zinc = 94 k&.
- 4e EXPÉRIENCE
- 5 éléments Bunsen.
- E — 5V,85 EJ
- I = 3",45 g
- i3o tours à 1/4 ~ 3i kg par minute.
- 1 gramme zinc = 90kg.
- 5e EXPÉRIENCE
- 6 éléments Bunsen.
- E =*7V EJ „ 66
- I = 3», 8 g
- 164 tours à 1/4 = 41 kg par minute.
- 1 gramme zinc = 91kg.
- 6° EXPÉRIENCE
- 6 éléments Bunsen.
- Je substitue à l’aimant à trois lames un aimant compact à cinq lames pesant 2k,5oo.
- - 2,85
- E = 7v,5 EJ
- I = 3", 8 g
- 143 tours à 1/4 = 33 k« par minute.
- Cette substitution d’aimant a diminué le rendement. Il vaut donc mieux séparer les lames des aimants, disposition qui a le double avantage de diminuer l’influence fâcheuse des lames les unes sur les autres, et d’empècher les courants de Foucault. — Je ferai remarquer que ce second moteur a un rendement plus faible que le plus petit que j’ai étudié précédemment.-Je croyais d’abord que cette différence tenait- au calage des balais qui étaient fixes. J’ai rendu le calage variable, mais le rendement n’a pas été changé. Il existe donc pour chaque champ magnétique une dimension de bobine donnant l’effet maximum.
- Enfin, voici un 3e moteur Deprez composé de deux bobines conjuguées à angle droit placées dans le même aimant.
- EXPÉRIENCE
- 6 éléments Bunsen.
- E = 5V El __ , _
- 1=7"' g ~ ’5
- 192 tours à 1/8 = 24kg par minute.
- 1 gramme zinc = 33 ks.
- Ces bobines ont un commutateur commun à quatre lames. Le point mort est supprimé, mais on voit à quel prix. Le rendement du moteur tombe à un chiffre absolument insignifiant. — Cette disposition doit donc être complètement rejetée au point de vue économique.
- Dans d’autres moteurs, les bobines toujours conjuguées à angle droit ont chacune un aimant excitateur séparé. Le rendement est meilleur dans ce cas.
- — Il y a des circonstances où il est nécessaire de n’avoir pas de points morts, même 'avec une bobine unique. Différentes dispositions onc été proposées pour arriver à ce résultat. Elles reposent presque toutes sur des excentrations que l’on fait subir aux pôles de la bobine mobile, qu’elle soit droite ou cylindrique, de façon à donner aux parties attirées une courbure de forme spiroïde. C’est une disposition de ce genre qui a été employée en 1872 par M. Gounelle, inspecteurs des lignes télégraphiques, et depuis par M. Guérin fabricant de jouets électriques. — Je citerai enfin, comme se rapportant plus particulièrement au sujet qui m’occupe, la disposition adoptée en 1876, et présentée à l’Institut à cette époque par M. Gaiffe, l’habile électricien bien connu. Cette machine, genre Siemens, destinée à déposer le. nickel dans ses ateliers, était munie de bobines elliptiques tournant dans un champ également de forme elliptique. Cette disposition avait pour effet de rendre le courant plus continu. Cette
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- 382
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- machine figurait à l’exposition de 1878, et figure également, je crois cette année au Palais de l’Industrie.
- J’ai vu essayer un grand nombre d’autres dispositions par Deprez, mais sans grand avantage. La plus simple consiste à donner quelques coups de lime à une bobine Siemens ordinaire, de façon à diminuer, d’un seul côté, la largeur de l’épanouissement polaire.
- Même avec ces dispositions, la bobine tourne également bien dans les deux sens. On arrive au même résultat, sans toucher en quoi que ce soit à la bobine, uniquement en modifiant le calage des balais ou du commutateur, comme je l’ai fait souvent,
- D’ailleurs, cette suppression des points morts dans une bobine à renversement de courants, par la modification des joues, m’a toujours paru une illusion. Il y a forcément, en effet, un instant où l’aimantation change de sens, et pendant cet instant, si court qu’on le suppose, la bobine se comporte comme un corps non magnétique.
- Il n’y a de moteurs véritablement sans points morts que ceux qui ont deux bobines à angle droit. Tout moteur à renversement de courant est un mécanisme alternatif comme une machine à vapeur.
- Il n’y a de moteurs absolument sans points morts que parmi les machines munies du collecteur de Gramme, et qui soient, d’autre part, capables de déterminer, pendant leur rotation, une force contre-électromotrice continue.
- De ces différentes expériences ressortent les conclusions suivantes qui sont intéressantes pour la pratique :
- i° Les petites bobines ayant peu de fer donnent le rendement le plus élevé ;
- 20 Les moteurs composés d'une bobine unique sont préférables aux moteurs à bobines conjuguées;
- 3° Le moteur Deprez, à aimant permanent, peut donner jusqu’à i3q kilogrammètres par gramme de zinc brûlé. Ce dernier renseignement est surtout précieux, car il permet de savoir d’avance combien coûtera, en argent, un travail exécuté par l’instrument, et quel nombre de webers devra donner la pile employée pour l’actionner.
- (A suivre). ur a. d’arsonval.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- OUVERTURE
- DU
- CONGRÈS DES ÉLECTRICIENS
- Le Congrès a inauguré ses travaux le i5 septembre, à 3 heures, sous la présidence de M. Cochery, ministre des postes et des télégraphes. M. le Ministre rappelle d’abord avec quelle bonne volonté
- les diverses nations ont accepté de prendre part au Congrès, et leur transmet les remercîmehts de notre pays ; il résume, en quelques mots, l’histoire de l’électricité, en indique les principales applications et montre comment les importantes questions que son rapide développement soulève, demandaient une assemblée en état de tirer les conclusions et d’unifier les résultats; le Congrès sera cette assemblée, et M. le Ministre déclare ses travaux ouverts.
- Lecture faite du décret instituant le Congrès, l’assemblée procède à la désignation des trois vice-présidents étrangers ; après une courte suspension, permettant aux membres étrangers de s’entendre sur les choix à faire, Lord Crawford and Balcarres, commissaire de la Grande-Bretagne à l’Exposition, propose MM. Govi, Helmholtz et S. W. Thomson; ces trois noms, mis aux voix, sont acceptés unanimement; MM. Govi, Helmholtz et Thomson prennent place au bureau. Le vice-président français qui, avec MM. les Ministres, doit le compléter, sera ultérieurement désigné.
- On étudie alors la question de savoir si les séances seront ou non ouvertes; l’assemblée est évidemment prise entre le désir d’être aussi utile que possible en ouvrant largement sesportes, etlanéces-sité de limiter son public à la fois pour l’ordre des séances et en raison des dimensions du local qui est plus d’à moitié rempli par les membres du congrès ; après discussion, il est décidé d’abord que dans les séances plénières, on admettra d’une part des hommes de science, de l’autre des membres de la presse scientifique, chacune de ces personnes ayant au préalable à se pourvoir de l’autorisation du bureau.
- La question se pose alors de savoir comment le congrès entend conduire ses travaux. Lecture est donnée d’un projet de programme dressé à l’avance par une commission française dont M. Jamin était le président. Ce projet est adopté comme base delà discussion ; les divers articles en sont successivement discutés et le congrès décide qu’il se divisera en trois sections se partageant les questions. La première étudiera les questions théoriques, la physique électrique et la physiologie, la deuxième aura la télégraphie, la téléphonie et les chemins de fer ; à la troisième sont réservées les questions d’éclairage, de transmission et de distribution de la force.
- Il reste entendu, sur la juste observation de M. W. Siemens (de Londres), que l’on n’entend pas catégoriser les aptitudes des membres du Congrès, mais seulement répartir les travaux pour plus de rapidité.
- Pour les séances de section, le Congrès décide que, avec l’autorisation des bureaux particuliers, les sections pourront admettre des hommes de science ; ces derniers auront voix consultative dans les délibérations.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- 383
- Les heures de séance des sections sont immédiatement fixées : la première section se réunira, le matin, à 9 heures 1/2; la seconde, à 2 heures de l’après-midi ; la troisième, à 4 heures ; toutes dans la- salle des séances du Congrès.
- M. Bède, membre de la section belgé, propose de fixer sans plus de délai la date de la première séance plénière ; la date du lendemain vendredi 16 lui paraît convenable, et la discussion pourrait porter sur la question des unités. MM. Mas-cart et J.-B. Dumas font observer que cette question très grave demande une étude préalable; dans les sections; leur opinion prévaut, et la première séance plénière est fixée à mardi 20 septembre.
- On fait l’appel des membres présents, afin que chacun d’eux désigne la ou les sections où il désire se faire inscrire (chacun des membres du Congrès restant libre de prendre part aux discussions de plusieurs sections, s’il le juge utile).
- Les premières réunions des sections sont fixées au vendredi 16, aux heures et dans le local désignés ci-dessus; la séance est levée.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Sur les métaux magnétiques
- M. Gaiffe a présenté lundi dernier à l’Académie, sur cette question, la note suivante que nous nous empressons de reproduire.
- « Dans le but de rechercher les meilleures conditions d’exécution des aimants de nickel et de cobalt, dont j’ai l’honneur de soumettre quelques spécimens à l’Académie, j’ai expérimenté ces métaux sous divers états.
- « Les échantillons qui ont servi aux essais, ont été obtenus à l’aide des procédés électro-chimiques communiqués à l’Académie par M. Adams et par moi, le 17 janvier 1870 et le i5 juillet 1878, en employant des courants d’intensité convenable pour rendre ces métaux très durs.
- « Après avoir divisé ces échantillons en barreaux de dimensions à peu près égales, j’ai laissé quelques barreaux de chaque métal à l’état dur ; d’autres ont été recuits ; d’autres, enfin, ont été recuits et forgés. Tous ont, ensuite, été aimantés de la même manière et mesurés immédiatement au magnétomètre. Après 36 et 72 heures de repos, ils ont été mesurés de nouveau.
- « Quoique prises très approximativement, ces mesures, consignées dans le tableau ci-joint, suffiront cependant, je l’espère, à montrer quelle force coercitive relativement grande ces métaux, surtout le cobalt, peuvent acquérir à l’état de pureté, quand on saura que le fer pur obtenu par les mêmes moyens,
- ne donnait, dans les mêmes circonstances, que des déviations inappréciables.
- « Comme renseignement complémentaire, j’ajouterai que quelques échantillons de cobalt qui s’aimantaient faiblement il y a deux ans, lorsque je fis ces expériences, se magnétisent fortement aujourd’hui, sans avoir été recuits et sans avoir rien perdu de leur dureté primitive.
- « Il semblerait, a priori, que la faible force coercitive de ces métaux sortant des bains de galvano plastie, est due à la présence de l’hydrogène en combinaison avec eux, et qu’aussitôt que ce corps a disparu, soit par l’action de la chaleur, soit par dégagement spontané, le nickel et le cobalt reprennent leur force coercitive réelle. L’hydrogène aurait, dans ce cas, une action analogue à celle des métaux alliés au nickel pour constituer le maillechort, il paralyserait leur pouvoir magnétique. »
- Tableau comparatif des forces coercitives du nickel et du cobalt sous divers états.
- CONDITIONS DES EXPERIENCES DÉVIATIONS AU magnétomètre
- Immédiatement après l’aimantation : Nickel Cobalt
- Lame non recuite 2015 ' 5”3o'
- Lame recuite 5 20 II »
- Lame recuite et forgée... 7 » 14 45
- 36 heures après l’aimantation :
- Lame non recuite 1 45 5 »
- Lame recuite 3 3o 9 3o
- Lame recuite et forgée .. 6 ». 14 »
- 72 heures après l’aimantation :
- Lame non recuite • 1 3o 4 45
- Lame recuite 3 0 S 9 »
- Lame recuite et forgée 5 3o i3 3o
- Lame recuite, aimantée et recuite de nou-
- veau *... . * * T T K
- Lame recuite, aimantée et recuite ensuite O 25 l 1 «J 6 »
- Ün nouvel appel de Stations télégraphiqüeg.
- Des différents systèmes d’appels des stations qui ont été proposés et qui sont fort nombreux, c'est celui à courants inversés et à armatures polarisées qui a été le plus souvent employé. Indépendamment de celui de M. Bréguet qui a été construit, il y a une trentaine d’années, il en existe une foule d’autres fondés sur le même principe, et qui ont été combinés par MM. de Lalollyc, Bardonnaut,
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
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- Cecchi, etc. (1), et nous avons encore décrit l’année dernière, dans ce journal, un système dû à M. Judet qui a été appliqué avec succès sur une de nos lignes.
- En général on recherche des dispositions où la désaimantation des armatures électro-magnétiques ne puisse se faire, et on voudrait que le système fit partie intégrante de la sonnerie. C’est ce problème qu’ont résolu d’une manière intéressante MM. Grassi et Beux employés de l’administration des lignes télégraphiques.
- Dans ce système, composé de deux organes électro-magnétiques dont l’un réagit sous l’influence d’une pile locale, l’électro-aimant de ligne a une forme particulière; les deux branches sont placées verticalement à angle droit, l’une par rapport à l’autre, l’une agissant sur une tige de fer mobile à l’intérieur d’une bobine interposée dans le courant local, l’autre sur une armature formant relais. La tige de fer formant armature et qui se trouve polarisée par la pile locale, est pourvue d’un contact de trembleur ordinaire de sonnerie, et se termine par un marteau qui réagit sur un timbre ; c’est en somme le dispositif d’une sonnerie à trembleur, mais cette sonnerie ne peut fonctionner que quand la polarité de son noyau magnétique se prête aux attractions de l’électro-aimant qui agit sur lui, c’est-à-dire quand le courant de ligne est dans un certain sens.
- Si un appareil de ce genre est placé à trois stations desservies par un même fil, et que l’une envoie un courant positif, il n’y aura que la station dont l’armature sera convenablement polarisée pour correspondre à ce courant, qui recevra l’appel, l’autre station restera alors dans le silence, et pour obtenir que celle-ci soit avertie, il suffira de renverser le sens du courant. Un inverseur ajouté, à chaque station, à un interrupteur, suffira donc pour provoquer l’appel de l’une ou de l’autre.
- La seconde armature de l’électro-aimant de la ligne n’intervient que pour fermer le courant de la pile locale au moment des appels, et c’est pour réduire l’appareil à sa plus simple expression et sous' le plus petit volume, qu’on a donné à cet électro-aimant la forme particulière qui a été signalée.
- FAITS DIVERS
- wvWWW»-" -
- Une utile installation, semblable à celle qui a été faite récemment à Rouen et dans quelques autres grands ports, vient d’être inaugurée à Anvers, dans la maison hanséatique rachetée par l’Etat. La tour centrale de la Maison Hanséatique, qui a été surélevée, afin d’être visible des bassins etdu port d’Anvers, a été mise en communication directe par un iîl
- (1) Voir la description de ces systèmes dans le tome III de VExposé des applications de l’électricité, de M. du Moncel, p. i5o."
- télégraphique avec l’observatoire de Bruxelles. Le but de cette installation est de donner aux navires le midi astronomique. Avant de partir pour un voyage sur l’Océan, il est indispensable, pour le calcul de la longitude, que les capitaines des navires puissent régler automatiquement leurs chronomètres. Au moment précis où le soleil passe au méridien de Bruxelles, le courant électrique fait tomber automatiquement une boule ( Time Bail) qui se trouve au sommet d’un mât placé sur la tour. Cinq minutes auparavant, un coup de canon annonce aux capitaines qu’ils doivent se tenir prêts à régler leurs chronomètres sur le signal électrique.
- L’audition de la Fanfare-Ader (appareil téléphonique reproduisant des fanfares de chasse) n’a pu avoir lieu jusqu’ici par suite d’un retard dans les expériences.
- A partir d’aujourd’hui, elle aura lieu régulièrement les mardis, jeudis, samedis et dimanches, de 8 h. 1/2 à 10 h. 1/2 du soir, dans la salle du théâtre à l’Exposition internationale d’électricité.
- On travaille à l’installation de nouveaux fils télégraphiques entre Paris et Marseille, et à la création de deux lignes devant relier Marseille à Bordeaux et à Clermont-Ferrand. Le but est de desservir plus rapidement ces deux points et de soulager en même temps le trafic sur Lyon et Toulouse, qui aujourd’hui reçoivent en dépôt les télégrammes pour Clermont et Bordeaux. Le ministre a décidé, en outre, qu’un appareil Baudot, à grand rendement, serait substitué à ceux aujourd’hui en usage pour les communications Marseille-Lyon. Des appareils à rendement rapide, système Wheats-tone, vont être également installés pour desservir les communications Marseille-Toulouse et Marseille-Nice.
- Dans une circulaire aux préfets, M. le ministre des postes et télégraphes dit que les stipulations insérées aux cahiers des charges ne représentent que le minimum des obligations auxquelles sont astreintes les Compagnies des chemins de fer d’intérêt local et de tramways. Les Compagnies jouissent d’un monopole. Aussi convient-il, selon M. Cochery, que l’Administration soit consultée sur la fixation de l’heure et de la marche des trains pour assurer la plus rapide expédition des correspondances. Le ministre insiste sur la nécessité de faciliter l’ouverture des gares à la télégraphie privée, tant que les communes n’auront pas fait la dépense d’un bureau municipal.
- A Saint-Pétersbourg, vient d’être organisé un intéressant musée qui attire une grande foule de visiteurs. C’est un musée historique des divers appareils et accessoires télégraphiques. On y voit figurer les appareils employés à l’origine des installations télégraphiques en Russie, en Pologne et dans les diverses contrées. Ce musée a été installé par les soins du département des télégraphes.
- Un habitant de Saint-Louis, aux Etats-Unis, proposé de poser, avec l’appui du gouvernement, un câble télégraphique dans le lit même duMississipi.Ce câble irait de Saint-Paul à la Nouvelle-Orléans, et aurait une longueur d’environ deux mille milles.
- Plusieurs villes d’Angleterre ont otStenu du Parlement, pendant cette dernière session, des autorisations d’emprunt pour des installations d’éclairage électrique. Parmi ces villes, Burton-upon-Trent est autorisée à emprunter 5,000 liv. st. ; Lancastre, S,000 liv. st.; Preston, 10,000 liv. st. ; Wigan, 20,000 liv. st. ; Huddersfield, 20,000 liv. st. Ces emprunts devront être remboursés dans l’espace de dix ans.
- Le Gérant : A. üLii.NAiiû. l'aris. — Typographie A. Lahure, 0, rue de Fleurus. —(',93)
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- Journal, universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. Th. DU MONCEL Administrateur - Gérant : A. G LÉ N A RD
- 3* ANNÉE SAMEDI 24 SEPTEMBRE 1881 N» 51
- SOMMAIRE
- Sur les résistances relatives que l’on doit donner dans les machines dynamo-électriques aux bobines actives, aux électro-aimants inducteurs et au circuit extérieur ; W. Thomson. —Exposition internationale d’électricité.— La machine Lachaussée-Lambotte ; A. Guerout. — Sur le rendement des moteurs électriques (40 article); A. d’Ar-sonval. — Les salles téléphoniques ; Th. du M. — Séances des sections du Congrès le 16 septembre. — Revue des travaux récents en électricité. — Pianista. — Un nouveau système de manipulateur Morse. — Application de l’électricité au service des incendies. — Multiplex de M. Williat. — Correspondance. — Lettre de M. l’abbé Laborde. — Lettre de M. Carpentier. — Faits divers.
- SUR
- LES RESISTANCES RELATIVES
- QUE L’ON DOIT DONNER, DANS LES MACHINES DYNAMOÉLECTRIQUES, AUX BOBINES ACTIVES, AUX ELECTROAIMANTS INDUCTEURS ET AU CIRCUIT EXTÉRIEUR.
- Nous avons exposé dans plusieurs articles insérés dans les numéros des 3o avril, 7 mai, a5 juin 1881 de ce journal, les conditions de maximum de force des électro-aimants ordinaires, dans des conditions données. A la suite de ce travail, M. Gordon a exprimé le desideratum que ce travail fût étendu au cas des électro-aimants entrant dans la construction des machines dynamo-électriques. Nous sommesheu-reux de pouvoir publier aujourd’hui un mémoire très important de sir William Thomson qui répond précisément à ce desideratum. Voici ce mémoire communiqué à l’Académie des sciences dans sa séance du 19 septembre :
- « Dans l’électro-aimant inducteur, appelons L la longueur du fil;
- B le volume total occupé par le fil et l’isolant; n le rapport de ce volume total au volume du cuivre seul (c’est-à-dire, appelons i B le volume du cuivre).
- A la section totale du fil et de l’isolant ;
- R la résistance du fil.
- « Pour la bobine active appelons U, B', n', A', R', les quantités correspondant aux précédentes, et dé-
- signons pars la résistance spécifique du cuivre. Nous aurons :
- B = AL,
- R=
- JL
- A
- JB
- A2
- D’où
- . \/ns B K A= — =——>
- \/r Vr
- et d’autre part
- y/n's' B'
- s/Rf
- \/R'
- (0
- (2),
- formules dans lesquelles K et K' désignent des constantes.
- « Soit maintenant c le courant qui traverse l’électro-aimant inducteur, c' le courant qui traverse la bobine active, v la vitesse d’un point quelconque de cette dernière et p la force électro-motrice moyenne aux deux bouts du fil de la bobine active, nous aurons la formule :
- T C 1
- I — -77 v A A'
- (3)
- dans laquelle I est une quantité dépendant des formes, dimensions et positions relatives de B et B' et aussi de la capacité d’aimantation du fer; elle diminue à mesure que la susceptibilité magnétique diminue, quand l’intensité du courant augmente, ou par suite des changements de R et R' qui accroissent la force d’aimantation.
- « Dans la machine dynamo-électrique à simple circuit (c’est-à-dire dans la machine dynamo-électrique ordinaire), c' est égal à c, mais il n’en est pas de même dans la machine dynamo-électrique à dérivation. Dans chacune d’elles, l’activité électrique totale (c’est-à-dire la somme de travail effectué) est pc' ; ou d’après (3)
- ‘ïf (4>
- ou encore d’après (1) et (2)
- (5)
- I v/ R R' ce' V KIV
- « De ce travail total, une portion se trouve perdue à échauffer les fils des bobines ; l’autre est utilisée
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- dans le circuit extérieur. Leurs valeurs sont respectivement
- R Cs -j- R' c'3 pour le travail perdu (6)
- et
- } ^ C " — (R^2 -J- R'c'2) pour le travail utile (7)
- « En faisant v assez grand, le rapport de (6) à (7) (du travail perdu au travail utile) peut être rendu aussi petit que l’on veut. La question que nous avons à résoudre est de déterminer quelles valeurs relatives il faut donner à R et à R' pour rendre minimum, à une vitesse donnée quelconque, le rapport du travail perdu au travail utile, ou ce qui revient au même, pour réduire à un minimum, la vitesse à laquelle ce rapport prend une valeur donnée. Pour résoudre cette question, appelons r le rapport du travail total au travail perdu. Nous avons, d’après (5) et (6)
- I \JRR' ce' V ,m
- r ~~ Rc2 -R RV2 KK' U
- « Pour la machine dynamo-électrique à simple circuit, nous avons d = c et (8) devient :
- ou
- I v/RR' v = R -f- R KK'
- I v/r (S — R) v
- SKK'
- (9)
- (io)
- formule dans laquelle S = R -f- R' (11)
- « Supposons maintenant que S soit donné et admettons pour un instant que I soit constant. Pour rendre r maximum, v étant donné, ou v minimum, r étant donné, il. faut simplement que R (S — R)
- soit maximum ; cela a lieu quand R = — S, c’est-à-
- dire quand les résistances dans la bobine induite et l’électro-aimant inducteur- sont égales. Mais en réalité la valeur de I n’est pas réellement constante, elle diminue quand la force aimantante s’accroît. Comme en général elle dépend principalement du fer doux de l’inducteur, et relativement peu du fer doux de l’armature mobile ou du fer aimanté par le courant qui parcourt les bobines mobiles, dans la plupart des cas, toutes choses égales d’ailleurs, I diminuera pour un accroissement de R et une diminution de R'. Par suite, d’après la formule (10), le T I
- maximum de - exigera que R'soit plus grand que -S;
- v 2
- quant au rapport de R' à ^ S, nous ne pouvons le
- déduire de la formule sans connaître la loi des variations de I.
- «. D’après l’expérience et la sélection naturelle, on a été conduit, dans la plupart des machines dynamoélectriques, telles qu’on les construit actuellement, à
- donner aux électro-aimants inducteurs une résistance un peu plus faible que celle de la bobine induite, ce qui est d’accord avec la théorie précédente.
- « Que le travail utile de la machine dynamo-électrique se présente sous forme de lumière, de travail mécanique, de chaleur, ou d’actions électrolytiques, nous pouvons, pour simplifier les choses, représenter tous les cas possibles par le cas type d'un courant traversant un conducteur de résistance connue E, intercalé entre les bornes extrêmes de la machine. Suivant l’usage général, je donne à ce conducteur le nom de circuit extérieur, expression qui désigne abréviativement la partie du circuit total comprise en dehors de la machine dynamo-électrique. Dans le cas d’une machine à circuit simple, l’intensité du courant dans le circuit extérieur est égale à l’intensité du courant qui traverse la bobine induite et l’inducteur, et est représentée par c dans notre notation. On a par suite, d’après la loi de Ohm :
- C ‘E + R+R' ou d’après (3), (1) et (2),
- , I v/lRR' v C~C KK'(EH-R-t-R') « Il faut dès lors que l’on ait, c— O
- KK'(E-f R-f R')
- VRR/v
- (12)
- (i3)
- (14)
- (15)
- « Le cas où c = O est celui dans lequel
- « < Kg-iF+gj-RQ (l6) ,
- los/RR'
- en appelant I0 la valeur de I pour c — O. Pour le comprendre, rappelons-nous que nous ne supposons aucun magnétisme rémanent. Pour toutes les vitesses rentrant dans le cas de (16), la machine ne produit aucun courant. Quand cette limite est dépassée, l’équilibre électrique dans le circuit devient instable; un courant infinitésimal prenant naissance dans un sens ou dans l’autre croît rapidement en intensité jusqu’à ce qu’il soit limité par l’équation (i5), en raison de l’affaiblissement de I qu’il produit : Ainsi en le considérant comme une fonction de c, nous avons dans l’équation (i5) l’expression mathématique et l’intensité du courant produit par la machine dynamo-électrique, quand elle a atteint sa période d’action régulière. En transportant l’expression (i5) dans l’équation (10), nous avons :
- E + S S'
- (r7)
- équation que tout le monde connaît comme étant celle donnée, il y a quarante ans, par Joule.
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- 387
- « Dans la machine dynamo-électrique à dérivation, tout le courant c' de la bobine active se divise en deux courants, c dans l’électro-aimant inducteur et (d — c) dans le circuit extérieur; les intensités de ces courants, sont en raison inverse des résistances qu’ils traversent. En appelant toujours E la résistance du circuit extérieur, nous avons donc :
- ce qui donne
- cR = (c' — c) E
- c
- E
- R -f- E
- c'.
- (18)
- Par suite, d’après la loi de Joule, le travail effectué par unité de temps dans les trois parties du circuit est :
- R' c'2 pour la bobine active
- / e y
- MrTëJ C'2 pour l’électro-aimant inducteur
- R
- (19)
- (r"T"ë)
- c'2 pour le circuit extérieur
- « Il suit de là qu’en désignant comme ci-dessus par r le rapport du travail total au travail développé dans le circuit extérieur, nous avons :
- R' + R(RjË),+ E(Rqb)’
- E
- d’où
- (r + e)
- (20)
- R!r = R' (R + E)2 + R (R + E)
- R,R2 1 (R + R')E+R(3R' + R) (21)
- E
- « Supposons maintenant que Ret R' soient donnés, et que E soit à trouver. Pour que r soit minimum, il faut que :
- E
- On a alors r
- V R + R'
- « Posons maintenant R' R
- (22)
- ±* (23)
- (34>
- (22) et (23) deviennent
- E = vÆp <25>
- et r = 1 + 2 \/e (1 -f- é) -f- 2 e (26)
- « En bonne économie, r doit être un peu plus grand que l’unité; par suite e doit être très petit et l’arc par suite approximativement :
- E = /RR?
- et r = 1 -f- 2 \/e
- « Par exemple, supposons que la résistance de l’électro-aimant inducteur soit 400 fois la résistance de la bobine active, c’est-à-dire que l’on ait e — 400 ; nous avons alors approximativement
- E = 20 R' et r = 1 -j——
- 10
- « C’est-à-dire que la résistance dans le circuit extérieur est 20 fois la résistance de la bobine active, et que le travail utile dans le circuit extérieur est
- approximativement les ~ du travail perdu à échauffer les fils de la machine. *
- W. THOMSON.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LA
- MACHINE LACHAUSSÉE-LAMBOTTE
- Les lampes Soleil qui éclairent au Palais de l’Industrie la galerie de tableaux et la partie de l’Exppsition Belge, située sous là galerie Sud, sont alimentées par une machine particulière imaginée par MM. Lachaussée et Lambotte, de Liège.
- Une machine de ce système est exposée sous la galerie Sud, à côté des machines alternatives autoexcitatrices de Gramme, et une autre figure un peu plus loin, sous la même galerie. Elle est représentée en perspective dans la figure 1.
- Elle se compose, comme l’alternative de Siemens, d’un disque de bobines de forme ovale (fig. 2), placé entre deux rangées circulaires d’électroaimants. Mais, dans la machine Lachaussée, ce sont les électro-aimants et non plus les bobines ovales qui sont mobiles, en outre, ces dernières ont pour noyau quelques lames de fer doux, et constituent, par suite elles-mêmes, de véritables électro-aimants de forme spéciale.
- La réunion de ces bobines et des pièces nécessaires pour les supporter constitue un tambour occupant la partie médiane de la machine. Du côté du centre, les bobines ovales sont retenues entre deux disques de bois serrés sur un manchon central; vers la circonférence, elles viennent s’encastrer dans des pièces de bois mobiles P (fig. 2), logées elles-mêmes dans des ouvertures de l’anneau de bois qui forme l’extérieur du tambour*
- De cette façon, les pièces de bois pouvant s’enlever facilement, les bobines peuvent être aisément retirées du tambour et changées ou réparées selon le besoin.
- Les extrémités du fil de chaque bobine viennent se fixer dans deux pièces de cuivre où elles sont serrées par des vis. A. ces mêmes pièces sont fixés
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- également les fils B B' qui courent ensuite sous une garniture en laiton bordant le tambour et viennent aboutir, à là partie supérieure de la machine, aux bornes placées sur un plateau; il en est de même pour toutes les bobines, et chacune d’elles a, sur le plateau supérieur, une paire de bornes qui lui correspond. Six fortes entretoises supportent, de chaque côté, ce tambour, et le maintiennent à égale distance des deux supports extrêmes formant le bâti de la machine.
- Les électro-aimants inducteurs, au nombre de 12 de chaque côté, sont montés sur deux plateaux de re ffixés à l’axe et mobiles avec lui.
- Le courant arrive à ces inducteurs par deux balais, et ces inducteurs sont montés en tension, de telle sorte que deux; électro-aimants consécutifs soient toujours de pôles contraires, et que les pôles de deux aimants, situés en face l’un de l’autre de part et d’autre du tambour, soient également de noms opposés.
- L’appareil est complété par une petite machine Gramme qui alimente les inducteurs. Enfin, des graisseurs, à grand réservoir d’huile, assurent le bon fonctionnement mécanique de la machine.
- Comme les fils extrêmes de chaque bobine correspondent à deux des bornes du plateau supérieur, il est facile de grouper ces bobines de diverses façons, A l’Exposition, on les emploie par groupes, en prenant une bobine pour alimenter une lampe, 2 bobines pour 2 lampes, 3 bobines pour 3 lampes, et ainsi de suite. Dans 'cette disposition, on a toujours soin d’accoupler ensemble des bobines qui, au même moment, soient parcourues par des courants de même sens; et si l’on accouple deux bobines consécutives qui, au même instant, sont parcourues par des courants : de sens inverse, on fait la liaison des bornes, de
- ’ manière que cés courante s’ajoutent. Au palais de l’Industrie, une de ces machines alimente 12 lampes-Soleil, à arc de 20 millimètres. Comme travail ab-> sorbé, on noiis indique, d’après une mesure faite) au diagramme par MM. Weyer et Richmond, uttë dépense de 24 chevaux. .!
- Le principal avantage de la machine Lachaussée-: Lambotte consiste dans le montage spécial des bobines induites, qui permet si aisément de les remplacer, et dans la facilité avec laquelle on peut en varier les groupements. Les inventeurs invoquent , aussi cette circonstance que les, disques tournants
- d’éiectro - aimants ayant une grande masse font volant et empêchent les extinctions de se produire dans certains cas, lorsque par exemple il y a un peu de 'glissement dans les; courroies. !
- D’un autre côté, la rotation de ces disques produit un ronflement très désagréable, mais les inventeurs de la Lampe - Soleil, qui ont une licence pour la construction, à Paris, de la machine et qui y ont déjà apporté quelques heureuses modifications, pensent arriver très prqchaine-ment à supprimer ce bruit en enfermant les inducteurs dans une enveloppe de construction particu-. lière. Il est vrai
- que le mouvement de la machine transmettra toujours telephoniquement, un bruit assez intense à arc lui-même, mais l’étouffoir dont est munie la Lampe Soleil suffira sans doute à rendre ce dernier inconvénient insignifiant.
- Au point de vue du problème qui consiste à obte-mr le maximum d’effet avec le moins de poids pos-si le, il est certain que la machine Lachaussée-Lam-otte est assez loin de la solution, mais il y à des cas ou la stabilité et la facilité de réparation sont es qualités recherchées et à ce point de vue elle aura au contraire des avantages sérieux. ;
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- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- ,389
- SUR LE RENDEMENT
- DES
- MOTEURS ÉLECTRIQUES
- 4» article (voir les n08 des 7, 14 et 21 septembre)
- J’ai donné pour le moteur Deprez, le rendement par gramme de zinc brûlé dans la pile. C’est là le chiffre intéressant pour la pratique ; mais le rendement d’un moteur électrique peut être considéré à un autre point de vue par le physicien : je veux parler de ce que j’ai appelé le rendement absolu. C’est pourquoi, dans toutes mes expériences, j’ai mesuré El
- exactement — qui représente la quantité d’énergie traversant le moteur.
- Pour ne pas interrompre le détail des expériences, je rejetterai cette discussion à la fin, et je continuerai pour d’autres moteurs, l’exposé des données
- Terminons en signalant une expérience que l’on .nous rapporte comme ayant été faite avec cette •machine : on a fait deux essais, dans l’un desquels on a supprimé le noyau de fer doux des bo-
- F
- (fig. 2.)
- bines induites, tandis qu’on le conservait dans l’autre. Dans ce dernier cas le rendement de la machine a été notablement supérieur à ce qu’il était dans le premier. '
- A. GUEROUT
- expérimentales que j’ai obtenues sur leur fonctionnement.
- Machine Ladd-Siemens employée comme moteur.
- J’ai raconté dans un précédent article, comment •M. Deprez avait été amené à transformer en moteur .cette machine employée exclusivement comme générateur avant ses recherches.
- J’ai expérimenté sur la machine qui a servi aux recherches de Deprez, et qui est figurée ci-dessus. C’est le modèle de machine Siemens construit par Ruhmkorff, pour l’explosion des mines. Deprez a supprimé l’épanouissement polaire des inducteurs qui abaissait considérablement le rendement en
- produisant des courants parasites. Déplus, le calage du commutateur a été rendu variable, de façon à se mettre dans les meilleures conditions de rendement.
- Une semblable machine présente deux circuits : celui de la bobine et celui des inducteurs fixes.
- Pour abréger, j’appellerai le premier, circuit mobile, et le deuxième, circuit fixe. Ces deux circuits peuvent être accouplés de deux façons différentes : i° en tension; 20 en dérivation, pour un même courant. _
- Enfin, ces deux circuits peuvent être rendus complètement indépendants, et être animés par deux piles distinctes, comme on le verra tout à l’heure.
- i° Groupement en tension. — Ou est forcé de
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- renoncer bien vite à ce mode de liaison,car les balais sont bientôt mis hors de service par les étincelles formidables qui éclatent au commutateur à chaque inversion polaire. On comprend aisément qu’il doive en être ainsi; car pour passer d’une coquille à l’autre, le courant subit forcément une petite interruption, si courte qu’on la suppose, et c’est à ce moment que les électro-inducteurs fortement aimantés donnent un violent extra-courant à cause de leur masse. On sent d’ailleurs très-nettement ces variations d’aimantation, en tenant une clef au voisinage des électros fixes. La clef vibre dans les doigts à la façon d’une membrane de téléphone montrant ainsi que le champ magnétique inducteur subit des variations périodiques,
- 2° Groupement en dérivation. — Ce moyen vaut mieux que le précédent. Il a au moins l’avantage de supprimer les étincelles au balai et de ménager ainsi le commutateur.
- A côté de ces avantages relatifs, il présente de sérieux inconvénients, comme il est facile de s’en rendre compte.
- L’intensité du champ magnétique inducteur varie constamment avec la vitesse de la bobine.
- En effet, à son arrivée au moteur, le courant se bifurque ; une partie traverse le circuit mobile, l’autre le circuit fixe. Si le tout est au repos, lès intensités des courants qui traversent chaque circuit sont inversement proportionnelles à leurs résistances propres. Mais tout change quand la bobine se met en mouvement. Cette bobine développe alors une force contre électro-motrice qui agit à la façon d’une augmentation de résistance. Le courant trouvant un chemin plus facile par le circuit fixe, passe presque tout entier dans les électro-inducteurs, et développe un champ magnétique d'une intensité hors de proportion avec les effets à obtenir. C’est à peine alors si la bobine peut se mouvoir; il est vrai qu’elle développe à ce moment un effort statique considérable. On remédie à cet inconvénient en rendant le circuit fixe très résistant comme l’a fait Deprez. On est obligé de procéder par tâtonnements, et le moteur ne donne réellement de bons effets que pour une vitesse unique, absolument déterminée. Si cette vitesse change, tout est modifié.
- Je donne ci-dessous le rendement d’une machine dont les circuits étaient dans de bonnes conditions.
- Machine Siemens.
- 6 éléments Bunsen.
- PREMIÈRE EXPÉRIENCE
- E = 4’, 5 I = 7".
- Travail = 46 kilogrammètres par minute.
- 1 gr. de zinc = 55 kilogr.
- On voit combien ce rendement est inférieur à celui des moteurs Deprez étudiés précédemment.
- Cela tient évidemment à ce qu’une grande partie du courant passe dans le circuit fixe, et vient augmenter en pure perte l’intensité du champ magnétique.
- 3° Les 2 circuits sont rendus indépendants.
- J’aimante l’éleçtro-aimant fixe à l’aide de 2 éléments Bunsen à part.
- Voici ce que coûte ce champ magnétique :
- I = iw,4.
- Comme il y a 2 éléments, chacun dépensant 1 gr., 68 de zinc à l’heure, le champ magnétique en question coûte 3 gr. 36 de zinc à l'heure.
- Je reviens ainsi aux conditions du moteur Deprez. Le courant que je vais employer pour mettre la bobine en mouvement doit a priori me donner les mêmes résultats que sur ce moteur. Voyons comment l’expérience répond à cette conclusion.
- J’envoie dans la bobine le courant de 5 éléments Bunsen.
- Champ magnétique indépendant coûtant 3 gr., 36 de zinc à l’heure.
- 5 éléments Bunsen.
- DEUXIÈME EXPÉRIENCE
- I = 4W-
- Travail = 45 kilogr. par minute.
- 1 gr. zinc =112 kilogr.
- On voit que par cette disposition la machine, qui ne donnait en dérivation que 55 kilogrammètres par gramme de zinc, en donne à présent 112, c’est-à-dire le rendement du moteur Deprez.
- Mais nous avons, dans ce cas, à tenir compte de ce que coûte le champ magnétique.
- Dans le moteur Deprez il ne coûte rien, tandis que, avec la machine Ladd, dans les meilleures conditions que je réalise en employant 2 circuits indépendants, ce champ magnétique coûte 3?r,36 de zinc à l’heure,
- On évite cette dépense, en employant la disposition de Deprez. On évite également l’ennui d’avoir 2 circuits et 2 piles indépendantes.
- L’expérience que je viens de rapporter démontre donc de la façon la plus péremptoire, et en éliminant toute hypothèse, que les moteurs à aimants permanents ont un rendement supérieur aux mêmes moteurs à électro-aimants, même en employant 2 courants indépendants comme je l'ai fait.
- Ce sont ces considérations qui ont conduit M. Deprez à conserver dans son moteur l’aimant permanent.
- (A suivre).
- Dr a. d’arsonval.
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- 3g t
- LES
- SALLES TELEPHONIQUES
- DF, L’EXPOSITION
- Nous avons indiqué dans notre précédent numéro, la manière dont les communications téléphoniques étaient organisées entre l’Opéra et . le Palais de l’Industrie, et nous avons vu que les 20 fils
- conducteurs employés pour cette liaison se ré-partissaient entre deux salles tendues de tapis pour amortir les bruits extérieurs. Nous représentons dans la figure ci-dessous l’une de ces salles, celle qui est éclairée par des lampes du système Lane-Fox. Comme on le voit, on a appliqué sur les tentures, tout autour de la salle, de longues planches en bois d’acajou, sur lesquelles sont fixées une vingtaine de petites planchettes munies de crochets auxquels sont suspendus les téléphones. Ceux-ci sont reliés aux conducteurs souterrains par
- L’une des salles téléphoniques de l’exposition.
- des fils extensibles qui ressortent du lambris bois dont nous venons de parler, de sorte que rien n’est plus facile pour les auditeurs que de porter les téléphones à leurs oreilles.
- Comme les téléphones sont reliés, par séries de huit, à un même couple de transmetteurs microphoniques, et que chacun de ces couples transmetteurs occupe une position differente sur la scène, il arrive que les effets ne sont pas les mêmes- en diffé-
- rents points de chaque salle. Ceux des téléphones lui correspondent, par exemple, aux extrémités de la rampe du théâtre sont plus affectés par les sons des gros instruments de l’orchestre que ceux qui occupent le milieu de la rampe; mais en revanche, ceux-ci sont impressionnés par la voix du souffleur.
- Pour égaliser le plus possible les effets, M. Ader à fait en sorte que les deux transmetteurs de chaque série, fussent dans des conditions diamétralement
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- opposées. Ainsi, le transmetteur du bout de la rampe à gauche, a pour correspondant le transmetteur de la série de droite, le plus voisin du milieu de la scène, et il en est de même, mais en sens inverse, pour le transmetteur du bout de la rampe à droite; mais les séries qui fournissent les meilleurs effets, sont, comme on le comprend aisément, celles qui coriespondent aux transmetteurs occupant le milieu des rangées de droite et de gauche. Ces considérations peuvent aisément rendre compte des avis différents exprimés par certains auditeurs relativement aux sons prédominants qu’ils ont entendus, et expliquent pourquoi plusieurs d’entre eux, ayant écouté dans différentes parties d’une même salle, n’ont pas eu les mêmes impressions. Naturellement, on s’en est pris aux téléphones ; mais bien que ceux-ci puissent être plus ou moins bons, c’est surtout à la disposition des transmetteurs sur la scène, qu’on doit attribuer les différences que l’on constate.
- Comme l’Opéra ne donne pas des représentations tous les jours, M. Ader a eu l’idée d’occuper les mardi, jeudi, samedi et dimanche, le public amateur des effets téléphoniques, en lui faisant entendre des fanfares, qui imitent assez bien les effets de cors. C’est dans la salle où est installé le petit théâtre, que l’on a établi ces auditions, et nous devons dire tout d’abord que les cors ne sont pour rien dans les effets produits. Nous décrirons prochainement cette installation qui est réellement curieuse.
- TH. DU M*
- SÉANCES DES SECTIONS DU CONGRÈS
- EE IÔ SEPTEMBRE
- tre, 2e et 3e sections.
- La section procède d’abord à la constitution de son bureau. M. J.-B. Dumas est nommé président, MM. Warren de La Rue (Angleterre) et Kirchkoff (Allemagne), vice-présidents ; M. Mascart (France) et M. E. Gérard (Belgique) sont désignés comme secrétaires. Le choix de M. Dumas est évidemment une politesse que les étrangers ont voulu faire à la France, leur hôte, dans la personne d’un de ses plus illustres enfants. Il est vrai que M. Dumas s’est assez peu occupé d’électricité, et il a cru devoir lui-même s’en excuser ; mais, après tout, pour bien présider, il faut surtout un esprit logique et l’habitude de la discussion, afin de maintenir les orateurs et d’empêcher les discours de s’égarer; M. Dumas possède ces qualités.
- La question à traiter, d’abord, est celle des unités électriques ; c’est la plus grosse de celles que le Congrès a dans son programme, celle qui a été la première cause de sa réunion. A vrai dire, je la croyais résolue, en principe, et un très grand
- nombre de personnes, je pense, partageaient cette opinion. Nous pensions et nous avions dit, dans les diverses publications scientifiques, qu’il n’y avait à régler que des questions de détail et'des points de nomenclature, les unités de l’association britannique dérivées des unités absolues étant d’un consentement général admises comme point de départ. On va voir que nous nous trompions.
- La discussion a quelque peine à s’engager ; en général, il en a été ainsi dans toutes les sections, on hésite à ouvrir le feu et à monter à la tribune. C’est sur l’invitation du président que S.-W. Thomson prend la parole et expose la question. Il parle le français avec un peu d’hésitation, mais avec clarté et correction. Fort gracieusement, il reporte l’origine de l’idée des unités absolues aux travaux des Français Poisson et Coulon, et part de là pour exposer très brièvement le système de ces unités ; il appuie particulièrement sur la nomenclature qui lui paraît incomplète. Il y a, dit-il, une unité qui n’est pas nommée, c’est celle de la quantité statique ; en créant le weber, c’est elle qu’on avait en vue, mais l’usage, la sélection naturelle (S.-W. Thomson semble affectionner cette expression) ont fait du weber une unité dynamique, et la quantité reste à nommer, S.-W. Thomson, propose le nom d’Ampère. , ,
- Jusque-là, nous restions dans notre illusion, mais voici que M. Wiedemann monte à la tribune : visage entièrement rasé, figure maigre à plans très déterminés, physionomie très caractérisée ; il parle également le français d’une façon très claire. Nous serions, je le crois, embarrassés pour envoyer dans un congrès étranger autant de savants capables d’y prendre la parole, comme le font aujourd’hui les électriciens au Congrès.
- Dès l’abord, on voit que M. Wiedemann entend discuter le principe même ; les unités anglaises ne lui paraissent pas pratiques, au moins actuellement. Il existe, dit-il, une mesure réellement pratique et facile à reproduire, c’est l’unité Siemens; est-il possible de reproduire facilement les unités anglaises? Il faut bien que cela ne soit pas, puisque nous n’en possédons aucune. Il faut, conclut l’orateur, expérimenter et chercher, la question n’est pas mûre; tout ce qu’on peut faire, c’est d’employer actuellement l’unité Siemens, et de créer une commission d’études qui proposera mieux, si elle le peut.
- Il est évident que l’on tient encore ferme d’un certain côté pour les unités Siemens ; nous ne l’aurions pas cru; d’autre part, on n’ose pas trop attaquer de front les unités anglaises, la commission d’études est un moyen dilatoire; on ne fera rien aujourd’hui et on ne décidera quelque chose qu’au prochain congrès. Le discours de M. Helm-holtz est très habile dans ce sens. M. Helmholtz a presque l’air français; moustaches grises, figure animée et intéressante. Il s’excuse de ne pas bien
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- parler notre langue; il pourrait s’en dispenser, car il exprime très clairement sa pensée. Le fond de sa thèse est qu’il n!y a pas plus d’absolu dans les unités que dans autre chose, le mètre n’est pas le dix-millioiiième du méridien qui d’ailleurs est variable, on l’a cru d’abord, mais on a reconnu qu’il y avait erreur, et on s’en est tenu néammoins au mètre étalon. De même, le kilogramme n’est pas le poids d’un décimètre cube d’eau, on s’est aperçu que l’étalon diffère du poids réel, de quelques milligrammes; on l’a conservé néammoins comme type. Il n’y a donc pas et il ne peut y avoir, en fait, d’unités absolues; dès lors, le mieux est de chercher de bonnes unités pratiques faciles à réaliser, à conserver et à reproduire. Dans ce sens, il adressé quelques critiques à l!Ohm qu’il considère comme inférieur à une unité dépendant d’un liquide. En somme, il conclut, comme M. Wiedemann, qu’il faut attendre.
- Discours très habile, je le répète, où le fond de la pensée est entouré et appuyé de considérations philosophiques très intéressantes sur le degré de précision et la valeur absolue des unités, mais discours qui au fond est un paradoxe ; cela devient sensible quand on le résume comme je viens de le faire, et les exemples mêmes de M. Helmholtz le démontrent. En effet, de ce que nous ne réalisons pas exactement nos unités théoriques, il ne s’en suit pas.du tout qu’il faille y renoncer; le kilogramme réel n’est pas tout à fait le poids d’un décimètre cube d’eau et ainsi il n’a pas avec les mesures de longueur, ou avec les quantités telles que le travail ou la chaleur, les relations précises que nous lui supposons, ce n’est pas une raison pour abandonner ces relations et prendre au lieu du kilogramme la livre troy ou avoir du poids; je ne pense pas que personne osât le proposer. Il y a dans la réalisation pratique du kilogramme une erreur; soit, elle sera comptée avec les autres erreurs de l’expérience, mais le calcul n’en restera pas moins simple et les rapports clairs, ce qui est le but à atteindre.
- Ces deux discours ont montré le point de la question ; après eux et après quelques mots de M. Broch (Norwège) qui est de l’avis de M. Helmholtz la discussion dévie un instant, mais pour être ramenée nettement par quelques mots très clairs et très concluants de M. Everett. Celui-ci montre très bien qu’il y a deux parts dans la question des unités : la définition des unités, leur reproduction pratique ; quant à la définition il est absolument nécessaire de réduire le nombre des unités fondamentales et de n’adopter des unités secondaires que dans des rapports simples avec les autres, afin d’obtenir des expressions logiques des phénomènes et de simplifier le calcul. C’est là le vrai principe, M. Everett l’a fort à propos rappelé ; quant aux mesures matérielles, que l’on choisisse des étalons faciles à employer et à reproduire, quand même ils auraient avec les unités fondamentales des rapports arbitraires, c’est une
- question de pratique. M. Everett accepte volontiers l’idée de l’étudier à condition que l’idée théorique sera admise.
- Pour nous cette idée fondamentale entraîne évidemment l’adoption du système britannique qui repose sur elle.
- Une commission a été nommée pour continuer cette étude, elle a fonctionné le jour même, sans grand résultat, parait-il ; chacun s’est tenu sur son terrain. Il faudra bien conclure; le congrès s’en chargera, si la commission n’y peut parvenir.
- Nous serons plus brefs en ce qui concerne les autres sections; non pas que les sujets traités soient sans intérêt ou aient été moins sérieusement étudiés, mais parce que la discussion a été moins vive et a surtout pris la forme d’un échange derenseignements,
- A la deuxième section, le bureau est composé comme président de M. le Dr Militzer (Autriche), comme vice-présidents, de MM. Blavier (France), et Elsàsser (Allemagne), comme secrétaires, de MM. Th. Rothen (Suisse) et Orduna y Munas (Espagne). Comme président, le Dr Militzer s’exprime nettement quoique avec un verbe un peu bas, mais il sait bien diriger la discussion et l’empêcher de s’égarer sur des questions étrangères. Ala première séance, la discussion s’engage sur la comparaison de l’emploi des piles et des machines, en télégraphie. Après une discussion à laquelle prennent part MM. Mercadier, Du Moncel, Hughes, Bergon, Lartigue, et où M. Deprez expose en quelques mots son procédé de distribution de l’électricité, la section met aux voix une proposition de M. Mercadier proposant de nommer une commission qui entendra les auteurs des divers procédés et fera un rapport La proposition est adoptée et l’on en nomme membres MM. Hughes, Du Moncel, Deprez, Mercadier, Brix, Baron.
- M. le Président ouvre ensuite la discussion sur la deuxième question : Des meilleures conditions d’établissement des lignes télégraphiques aériennes, souterraines et sous-marines, sous le rapport de la conductibilité et de l’isolement.
- Cette question donne lieu seulement à la nomination d’une commission composée de MM. Baron, Bergon, Richard, Boussac, Graves, Webber, Ch. Bright, Banneux, Rothen, Bede et Nystrôm.
- A la deuxième séance du lundi 19 septembre, après la lecture du procès-verbal, la discussion s’engageant sur les paratonnerres des lignes télégraphiques, M. Du Moncel communique les expériences de M. Guillemin sur les paratonnerres télégraphiques; puis MM. Blavier, Mercadier, Preece, Raynaud prennent la parole, et l’on arrive à consi dérer comme admissible la suppression des fils préservateurs. Vient ensuite la question des paratonnerres posés directement sur les poteaux télégraphiques. M.Webber décrit le système adopté en Angleterre et qui consiste à placer un fil protecteur
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- dans chaque poteau. D’après l’orateur, ces fils servent plutôt à établir des dérivations à la terre qu’à protéger contre les décharges foudroyantes. Après une description par M. Jousselin des paratonnerres employés dans les tunnels, et la description par M. Elsasser de ceux en usage en Allemagne, M. Lartigue donne un peu d’animation à la séance en mettant sur le tapis la question de savoir si les fils aériens tendus au-dessus des maisons les protègent ou sont un danger de foudroiement.
- D’après les principaux orateurs qui prennent la parole, il faudrait croire que les fils aériens protègent les maisons mais qu’en cas d’orage ce sont les appareils téléphoniques qui se trouvent endommagés. En somme, le mot de la question est dit par le spirituel M. Hughes. Londres, dit-il, est une ville qui n’a aucune prétention à la beauté, et au point de vue esthétique, rien ne s’oppose à la voir couverte d’une toile d’araignée de fils télégraphiques et téléphoniques. Mais Paris est une belle ville qu’il regretterait de voir ainsi mettre en cage. D’autre part, il arrive, a-t-il dit, un moment où les fils se rompent et tombent dans les rues avec des mouvements tourbillonnants mettant en danger la vie des passants. Donc, point de fils aériens, suivant l’idée de M. Hughes, du moins'; mais l’heure est avancée et la suite de la discussion est remise à jeudi.
- La troisième section avait désigné comme président M. Hughes; celui-ci, tout en remerciant l’assemblée demande qu’on veuille bien nommer à sa place, M. Spottiswoode président de la Société Royale de Londres; il est vrai qu’à la séance du 19, M. Spottiswoode qui va être obligé de retourner à Londres, prie la section de rendre le fauteuil à M. Hughes, échange de cordialités, entre deux hommes de haut mérite, auquel la section se prête volontiers. MM. Becquerel et Belpaire sont vice-présidents, MM. Sebert et Egoroft secrétaires.
- La section s’occupe d’abord de la photomètrie ; plusieurs méthodes sont exposées, quelques-unes nouvelles et ingénieuses quoique discutables, comme celle de M. Crova, qui à l’aide de la polarisation élimine les nuances extrêmes pour rendre les lumières comparables, quelques autres hasardées comme celle de M. Bergé qui veut procéder par absorption; après quoi on finit par adopter un projet de vœu pour recommander la lampe Carcel comme unité, on ne reprochera pas à la section l’excès de son audace. La discussion relative au transport de la force, qui a rempli les séances suivantes, a mené à des conclusions un peu plus nettes, sans cependant se formuler en projets de vœux; au reste, on ne voit pas qu’il y ait eu réellement discussion. M. Deprez à donné d’intéressants calculs qü’il a publiés dans ce journal (nos 38 et 42) montrant comment peuvent se réaliser pratiquement les granas transports ; en fin de compte, ce qu’on voit de plus clair c’est que tout le monde est disposé à abordei
- les hautes tensions électriques, il est temps en effet de s’engager hardiment dans cette voie qui est celle des utilisations économiques. Au reste, cette discussion n’est pas terminée et il faut attendre les conclusions dernières.
- La séance plénière devait avoir lieu le mardi 2ô, mais la nouvelle de la mort du président des États-Unis venait d’arriver ; le ministre des affaires étrangères est venu l’apporter lui-même au congrès qui venait de se réunir et celui-ci, en signe de deuil, a immédiatement levé la séance qui a été remise au lendemain.
- En général, ce congrès est remarquable par l’ar-dqur de travail qu’on y rencontre. Il arrive bien souvent que ces meetings sont de simples prétextes à réunions, on lit quelques mémoires plus ou moins intéressants, on nomme quelques commissions qui comme cela est un peu l’usage, enterrent les questions, on vote sans beaucoup d’ardeur quelques résolutions, puis on se sépare. La physionomie du congrès d’électricité est tout autre ; il est évident que nous avons là les représentants d’une science jeune dans sa période de croissance, passionnés pour leurs travaux, assurés de résultats prochains et désireux d’en avancer la réalisation. Les diverses commissions travaillent avec beaucoup de soin ; la commission des unités en particulier s’est réunie trois fois et a longuement discuté la grave question qui lui est soumise. Elle est parvenue enfin à se mettre d’accord sur un projet de vœu qui, adopté le mardi 20 au matin, sera présenté le mercredi 21 à la séance plénière. Dans ce projet, le principe de l’unité théorique, de l’ohm, prévaut comme nous y comptions; nous étions trop assurés de la science vraie et philosophique de ceux mêmes qui avaient soulevé quelques difficultés, pour ne pas attendre avec confiance la décision finale. On propose en même temps d’employer, pour réaliser l’ohm, les moyens mis en usage pour les unités pratiques, c’est-à-dire le mercure employé en grandeur définie,
- , ce qui est fort admissible ; il n’est pas douteux que le congrès n’approuve ce projet de vœu.
- Les sections parais? ent également très désireuses de voir créer pour divers objets, la conservation des unités, l’étude de la photomètrie, celle des études météorologiques, des commissions internationales permanentes. Sans doute, il ne faut pas inutilement multiplier ces créations ; mais, c’est néanmoins une voie excellente, d’autant que ces commissions ne seraient point chargées de décider ni d’imposer, elles resteraient des institutions d’étude et d’enregistrement, des points de repaire, qui fixeraient les résultats acquis, sans empêcher la marche en avant ; on doit espérer et souhaiter que le congrès, s’il entre dans la voie où s’engagent les sections, y trouvera l’assentiment et la bonne volonté nécessaires des divers gouvernements. Tout donne lieu d’y compter.
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- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Fianista Electrique
- Le pianista imaginé par M. Fourneaux et considérablement perfectionné par M. Jérome Thibou-ville qui en est le fabricant, est un charmant appareil que l’on place devant un piano quelconque et qui joue le rôle d’un véritable musicien, en exécutant •automatiquement tous les morceaux de musique que l’on veut, pourvu qu’ils soient notés sur une bande de carton, en trous plus ou moins longs et disposés convenablement les uns par rapport aux autres; c’est en un mot un piano mécanique fondé sur le principe des Jacquart, qui a l’avantage de ne rien changer au piano qui est mis en action par lui, que l’on peut retirer ou placer à volonté, et qui permet de nuancer les morceaux de musique, comme le ferait un véritable artiste. Dans ce système, les morceaux de musique notés ne font pas partie intégrante des mécanismes ; ils peuvent se succéder les uns aux autres dans tel ordre qu’il convient, car ils passent à travers. l’appareil, comme la bande de papier d’un Morse, et ils sont disposés de manière qu’ils se replient d’eux-mêmes d’un côté à mesure qu’ils se développent de l’autre côté.
- Sans nous arrêter à décrire cet instrument tout à fait remarquable , nous dirons simplement que pour varier l’intensité des sons émis, et obtenir les effets de sourdine et de forte, nécessaires à la modulation des airs, il a fallu avoir recours à l’air comprimé, comme organe mécanique, et c’est par l’intermédiaire de leviers pneumatiques en nombre égal à celui des touches du piano, que celles-ci sont attaquées et abaissées. L’air comprimé lui-même est fourni par l’action d’un soufflet à double vent, mis en action par la manivelle même qui fait avancer la bande de carton perforée, et c’est par l’intermédiaire d’une pédale appuyant sur le réservoir d’air du soufflet et correspondant extérieurement à un petit levier, qu’on peut, par une pression plus ou moins grande exercée sur ce levier, obtenir une attaque plus ou moins vigoureuse des touches du piano. Comme l’air comprimé peut correspondre par des tuyaux aux différents leviers pneumatiques (espèces de petits soufflets), par des soupapes, et que celles-ci peuvent- être mises en jeu par des leviers combinés, commandés par des aiguilles correspondant à la bande perforée, on peut concevoir qu’on pourra faire fonctionner telle ou telle de ces soupapes, et même plusieurs en même temps, si le laminoir qui entraîne la bande de carton, est disposé de manière que pour le passage des plains de la bande devant les aiguilles, celles-ci se trouvent abaissées (ce qui équivaut à la fermeture des sou-
- papes), et qu’au contraire, elles se relèvent, lorsque des trous se présentent devant elles (ce qui équivaut à l’ouverture des soupapes). Il suffit, pour cela, que le cylindre supérieur du laminoir soit sillonné transversalement de rainures circulaires, correspondant chacune à une aiguille. Quand donc la bande de carton perforée présentera des trous devant les aiguilles, un certain nombre d’entre elles s’élèveront et détermineront le gonflement des leviers pneumatiques correspondants, ce qui provoquera un abaissement des touches du piano qui s’y trouvent reliées, et cet abaissement sera plus ou moins long suivant la longueur des trous, c’est-à-dire suivant la valeur delà note musicale. Ce simple aperçu suffit pour montrer comment il devient possible, de cette manière, d’obtenir la reproduction des airs musicaux sur un piano.
- Si l’on considère que la manivelle qui met l’appareil en action a pour effet de faire fonctionner un soufflet, de dimension assez grande, et un laminoir qui doit maintenir la bande perforée fortement serrée contre les aiguilles placées au-dessous, on conçoit facilement que le mouvement à communiquer à cet instrument ne laisse pas que d’être assez fatigant, et il était à désirer qu’on pût y appliquer un moteur mécanique ; mais là était la question difficile, car il fallait que ce moteur fût peu encombrant, et qu’il fût toujours prêt à réagir. Les moteurs électriques étaient déjà indiqués depuis longtemps pour cette application ; mais ce n’est que dernièrement qu’ils ont pu être construits avec des dimensions assez réduites pour pouvoir être appliqués utilement dans ce cas, et nous avons vu avec plaisir que le problème avait été résolu par M. Journeaux. On voit, en effet, dans son exposition, un pianista électrique qui fonctionne parfaitement à la grande satisfaction des curieux qui, chaque jour, se pressent autour de cette exposition.
- Le problème à résoudre, en dehors de la question de force, ne laissait pas que de présenter quelques difficultés. Il fallait que la transmission du mouvement ne produisît aucun bruit, et on sait que les engrenages sont loin d’être satisfaisants sous ce rapport; on a donc dû les éviter, et dans le système de M. Journeaux, cet engrènement est effectué par la simple friction de deux bourrelets de caoutchouc. Le petit électro-moteur, qui est analogue à celui de M. Trouvé, est fixé sur le côté droit du pianista, à hauteur de la manivelle, et son mouvement est communiqué à l’axe de cette manivelle par l’intermédiaire seul d’une sorte de volant dont la circonférence est pourvue du bourrelet en caoutchouc dont il vient d’être question. Ce petit volant n’a guère que 3o centimètres de diamètre, et les dimensions de la boîte renfermant l’électro-moteur ne dépassent pas 19 centimètres en longueur, 12 en largeur et 9 en épaisseur. Cette boîte, pour se prêter aux inégalités de pression qui se produisent
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- dans des engrenages de ce genre, n’est pas fixée' d’une manière rigide sur le pianista; elle peut osciller légèrement de côté, et aux petits mouvements qu’elle effectue, on peut voir combien cette précaution était importante.
- Quant à Félectro-moteur lui-même, il consiste1 en deux bobines Siemens, légèrement excentrées aux deux pôles magnétiques et tournant entre les pôles d’un électro-aimant trifurqué (à trois branches) qui constitue l’organe excitateur. Ces deux bobines engrènent ensemble, et c’est sur l’axe de l’une d’elles que se trouve le galet muni de caoutchouc contre lequel frotte le volant de la manivelle. Le courant traverse naturellement, par l’intermédiaire du commutateur inverseur et.de ses balais, les deux bobines et l’électro-aimant excitateur, et détermine une vitesse assez grande du moteur pour qu’avec 6 accumulateurs Faure, le pianista fonctionne dans la mesure convenable. On obtiendrait naturellement le même effet avec une pile à bichromate de 8 éléments à grande surface. C’est même le système qui serait le plus applicable, surtout avec la disposition ordinairement affectée atfx piles de Wollaston, et qui permet d’immerger et de retirer les plaques, d’un seul coup, du liquide. Le liquide lui même pourrait être celui de M. Delaurier dont l’action est plus durable. ;
- M. Journeaux a du reste construit des machines ! à coudre fonctionnant, sous l’influence d’un moteur * électrique, qui marchent d’une manière très satisfaisante. Nous en parlerons dans un prochain' article, et nous donnerons en même le dessin du pianista que nous venons de décrire.
- Un nouveau système de manipulateur Morse
- L’une des grandes difficultés de la manipulation de la clef Morse est de fournir des signaux réguliers et des espacements égaux entre les divers éléments de ! signaux. M. J. Nacfer a résolu ce problème de la manière la plus simple, en substituant à la clef Morse un manipulateur analogue à celui des anciens télégraphes français à signaux Chappe. Ce manipulateur, comme on le sait, est constitué par une manette tournante réagissant sur un levier interrupteur, et qui peut prendre sur un cadran divisé, huit positions différentes à45“ l’une de l’autre.Dans ce mouvement de rotation, la manette détermine quatre contacts et quatre interruptions d’égale durée et alternées. Les ! quatre contacts sont disposés selon une croix verticale, et il résulte de cette disposition que, quand I on passe rapidement à travers les branches de la croix, on n’a qu’un point et un trait quand on s’y ’ arrête. !
- Supposons qu’on veuille représenter la lettre e ’ qui ne nécessite qu’un point : on passera rapide- j ment la manette de la position de 45° à gauche d’une '
- des branches de la croix à celle de 45° à droite, et s’il s’agit de la lettre T représentée par un trait,jon effectuera le même mouvement, mais en deux fois, le second mouvement partant de la verticale. Pour la lettre A qui est représentée par un point et une barre, on partira de la position de 45° à gauche de la verticale, pour aller regagner la branche horizontale de la croix à 90°, et on effectuera un second mouvement de 45° pour terminer le signal. Du premier mouvement, il résulte i°la formation du point, 20 l’espacement des éléments de la lettre et 3° le commencement du trait. Le second mouvement produit l’achèvement du trait et l’espacement du signal. Il en serait de même, mais en sens inverse pour la lettre N, et comme les signaux les plus compliqués de l’alphabet Morse n’atteignent jamais huit signaux élémentaires, on a avec ce manipulateur les moyens nécessaires pour toutes les transmissions Morse.
- Suivant l’auteur de cet appareil, on peut obtenir de cette manière 140 lettres bien formées à la minute, soit en moyenne de 55 à 60 dépêches à l’heure.
- Application de l’électricité au service des incendies.
- « Le 17 août dernier, dit M. Tchikoleff, a eu lieu à Pétersbourg, une expérience d’un grand intérêt sur l’application de l’électricité au service des incendies. .
- « Le conducteur du courant électrique servant à l’éclairage du jardin du café-concert Arcadia, a été prolongé jusqu’au débarcadère des bateaux à vapeur, sur la grande Neva. Là le courant a été employé à faire marcher un moteur dynamo-électrique qui à son tour a fait fonctionner deux pompes.
- « Ces pompes étaient de différente construction.
- « La première servait à élever l’eau; elle pouvait être employée pour remplir les tonneaux à incendie, et était susceptible de remplir en 10 secondes un tonneau de 5o hectolitres ou de donner de 800 à 1800 hectolitres d’eau par heure.
- « La seconde était une pompe à pression donnant de 400 à 800 hectolitres d’eau par heure sous forme d’un jet égal à celui des pompes à vapeur.
- « Quoique les machines dynamo-électriques et les pompes n’aient pas été poussées jusqu’à donner leur maximum d’effet, les expériences ont démontré nettement les avantages de l’électricité pour le service des incendies. Un appareil, contenu dans une boîte ne dépassant pas un mètre cube, a pu donner la même quantité d’eau que les plus fortes pompes à vapeur.
- « Avec un simple tour de manivelle d’un commutateur, on fermait le courant qui faisait fonctionner la pompe sans perdre de temps pour mettre unp chaudière en pression.
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- . « On dira peut-être que les pompes électriques ne peuvent être mises en marche que quand il y a de la vapeur en pression dans une locomobile actionnant la machine génératrice du courant électrique, et qu’elles ne. peuvent fonctionner que dans les limites du circuit de cette machine.
- « On peut, cependant, remédier à cet inconvénient en établissant une usine centrale d’électricité, servant à distribuer le courant, pour l’éclairage et pour le fonctionnement des pompes à incendié.
- « Au lieu d’une locomobile pesante et incommode, on n’aurait alors à transporter qu’un petit moteur dynamo-électrique, et quelques instruments peu volumineux ; des commutateurs seraient placés près des bouches d’incendie, et on pourrait, directement et sans perte de temps, faire jouer la pompe.
- « Dans les endroits et les bâtiments éclairés par la lumière électrique, on peut, dès à présent, utiliser cette force en cas d’incendie.
- < On peut aussi produire des jets d’eau d’une hauteur considérable avec une petite quantité d’eau. On peut, par exemple, en plaçant une machine dynamoélectrique au-dessous d’un réservoir de 3,600 litres d’eau, avoir un jet constant de plusieurs milliers d’hectolitres par heure à une grande hauteur, en se servant toujours de la même quantité d’eau. »
- « Les calculs de l’expérimentateur M.Tchikoleff ont démontré que le prix de 12.000 litres d’eau par heure est de 10 à i5 copeks (40 à 60 centimes), tandis que l’eau fournie à la ville par la compagnie est payée 70 cop. (1,75).
- En résumé, les expériences de M. Tchikolëff démontrent la haute importance et l’utilité de la distribution de l’électricité dans une ville.
- Multiplex de M. Williot.
- M. Williot a voulu appliquer le système de transmissions télégraphiques multiples de Meyer aux appareils Morse ordinaires, en disposant ceux-ci d’une manière particulière, et en maintenant leurs mouvements indépendants les uns des autres.
- Pour obtenir ce résultat, il emploie une disposition analogue à celle du rapide deWheatstone, pour l’impression des signaux, mais il fait déclancher automatiquement l’appareil, et emploie pour l’électroaimant de la molette écrivante, un système électromagnétique que M. Digney avait déjà employé pour son télégraphe imprimeur à courants renversés, c’est-à-dire deux électro-aimants droits ayant deux armatures communes, l’une aimantée, qui est impres-sionable aux courants renversés et qui fournit les signaux, l’autre, en fer doux, qui se trouve constamment attirée, quelle que soit la direction du coûtant. Cette dernière agit concurremment avec l’électro-aimant du déclancheur, en maintenant, à l’aide d’un courant local, le déclanchement effectué par
- celui-ci, tout le temps que dure la correspondance. Ce n’est que quand cette correspondance est terminée, que le circuit local étant rompu, le renclanche-ment s’effectue.
- Un dispositif très simple réagissant sur un frein (analogue à celui du télégraphe Hughes) qui uniformise la vitesse du mécanisme de défilement de la bande de papier, permet de faire varier, dans une grande proportion, à l’aide d’une simple vis, la vitesse de déroulement de cette bande, de sorte que l’on peut appliquer l’appareil soit comme récepteur du système multiple, soit comme récepteur ordinaire, ce qui peut être souvent d’une grande utilité.
- Quand l’appareil doit être appliqué au système, multiple, il doit avoir, bien entendu, la plus grande vitesse, mais alors l’appareil distributeur correspondant doit être muni, avant chacune des séries de contacts, d’un frotteur spécial de pile locale, qui réagit alors sur le relais déclancheur du récepteur, et ' celui-ci est immédiatement mis en mouvement pour' fournir les uns à la suite des autres, sur la bande de papier, comme dans les systèmes ordinaires, les signaux correspondant aux combinaisons effectuées-sur. le manipulateur qui agit, et nous avons vu comment ce déclanchement était maintenu après le passage du contact qui l’avait provoqué. Mais : comme, par suite de ces arrêts et de ces mises en ; mouvement, la vitesse de déroulement de la bande ' de papier pourrait ne pas être uniforme, l’appareil est pourvu comme le télégraphe autographique de M. d’Arlincourt, de deux mécanismes d’horlogerie, dont l’un 11’est jamais arrêté, et qui permet à l’entraîneur de la bande de papier de partir, au moment de l’action de l’appareil, avec la même vitesse qu’au milieu de son mouvement. De cette manière, les signaux sont écrits uniformément, malgré les arrêts, et oh peut donner à l’appareil toutes les vitesées possibles.
- Pour transformer l’appareil en un Morse ordinaire, il suffit de couper la communication avec le distributeur, de réduire la vitesse de déroulement delà bande de papier, et de transmettre avec une clef à inversions de courant.
- Comme aspect général, l’appareil ressemble un peu au récepteur Wheatstone, mais il en diffère dans les dispositions essentielles ; et au fait il n’y a de commun que le mécanisme de la molette qui plonge dans un encrier et qui la fait approcher ou éloigner de la bande de papier comme dans le système primitif de Thomas John. Cet effet s’effectue du reste d’une manière beaucoup plus simple.
- Ce dispositif figure à l’exposition de l’administration des télégraphes français, et il est certainement une des innovations les plus intéressantes. Aujourd’hui qu’on cherche à rendre, le plus possible, les appareils indépendants les uns des autres, dans les systèmes de télégraphie multiple , cette solution pourra être appréciée.
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- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Directeur,
- Votre estimable journal publie depuis quelque temps une série d’articles intéressants sur les dynamomètres, et je viens, à ce propos, vous exposer sur le même sujet quelques considérations qui pourront intéresser vos lecteurs.
- Qu’il me soit permis, en commençant, d’exprimer un regret : celui de voir le mot dynamomètre indifféremment employé à désigner les appareils qui servent à la mesure du travail, produit par un moteur, et ceux qui sont construits pour évaluer le travail transmis à un outil. La confusion qui en résulte est fâcheuse et pourrait, il me semble, être évitée en employant deux mots, comme prodynamomètre et métadynamomètre, dans lesquels les préfixes permettraient de distinguer si la mesure du travail se fait avant ou après transmission. Ce serait alors sur les prodynamomètres que j’aurais quelque chose à dire.
- Je ne sais si M. Prony est le premier qui, pour mesurer le travail développé par un moteur, eut l’idée d’absorber tout ce travail en un frottement. Ce qui est certain, c’est que son frein, combiné pour peser le facteur force dans le produit travail de frottement, lui fournit un moyen rigoureux de mesurer ce produit, le second facteur, chemin parcouru, étant d’une évaluation facile. Son appareil, avec des modifications de forme, mais non de principe, était jusqu’à ce jour resté seul propre à l’usage pour lequel il avait été inventé.
- Des analyses un peu superficielles, faites en diverses publications, ont présenté mon frein funiculaire comme un perfectionnement du frein de Prony. Perfectionner l’oeuvre d’un maître n’est certes pas un mince honneur, cependant, pour écarter du lecteur le péril d’une idée fausse, je dirai que je n’ai pas eu cet honneur; j’ai eu la chance d’imaginer un appareil qui n’a qu’une faible parenté avec celui qu’on lui donne pour père.
- Prony mesurait, à l’aide d’une dangereuse balance, la force de frottement développée par le serrage un peu aveugle des mâchoires de son frein. Avec le frein funiculaire on impose, priori, une valeur rigoureuse à ce facteur, et de l’allure que prend alors le moteur, on déduit le travail qu’il développe. Les deux procédés sont fort distincts.
- Quoiqü’à peine né, le frein funiculaire a été déjà l’objet d’additions qui, de bonne foi, se sont crues des perfectionnements. Je ne voudrais décourager personne, mais, encore une fois, dans l’intérêt du lecteur, je suis bien obligé de le rappeler de la fausse route où il pourrait se laisser engager .
- Les perfectionnements ont toujours pour but de remédier à quelques défauts. L’un des inconvénients qu’on a reprochés au frein funiculaire, l’une des graves objections qu’il a soulevées, est la pression qui s’exerce entre l’arbre du moteur et ses coussinets, quand on charge de poids les brins pendants des cordes ou courroies. Cette pression, a-t-on dit, donne naissance à un frottement parasite, et masque les vrais résultats que l’on cherche.
- La critique est dans l’erreur : si elle cherche les résultats que masque mon procédé, c’est qu’elle ne cherche pas les résultats qu’il donne, et qui sont les seuls intéressants. Quand on veut connaître le travail qu’un moteur est susceptible de développer, c’est, je pense, le travail que ce moteur est susceptible de porter, par l’intermédiaire d’une courroie, à un outil récepteur. Or, sefigure-t-on qu’on puisse transmettre ce travail sans que la tension de la courroie vienne créer un frottement de l’arbre sur les coussinets? Je ne le crois pas.
- Considérons donc la poulie d’un moteur M et, pour fixer les idées, une poulie O de diamètre égal pour recevoir la force. Avec le sens indiqué pour la marche, le brin de gauche est le plus tendu. Sans donner les valeurs respectives des
- tensions T et/, qui se déduiraient facilement des formules connues, il est évident que la pression de l’arbre sur ses coussinets résulte de la composition de ses tensions.
- Or, adaptons à l’extrémité de l’arbre un frein funiculaire pour mesurer la force du moteur, c’est-à-dire plaçons près de la poulie motrice une poulie folle dont le rôle sera, pour ainsi dire, de couper en deux la courroie qui, tout à l’heure, transmettait la force : l’un des bouts, celui dont le brin libre tombe à droite restant sur la poulie M, et l’autre se trouvant latéralement reporté sur la poulie folle est soustrait de la sorte à l’action du moteur. Quelles charges donnerons-nous aux deux brins ? Tout au plus celles qu’elles avaient dans le cas précédent, en supposant qu’alors elles n’aient pas été inutilement exagérées. Seulement le nouvel agencement, au lieu de permettre l’entrainement continu, le limitera au moment où l’arc embrassé deviendra insuffisant à l’adhérence, et alors le frottement absorbera, à lui seul, le travail qui tout à l’heure était transmis.
- Quelle est maintenant l’opinion du lecteur ? Croit-il que les portées frottent sur les coussinets plus qu’elles ne frottaient tout à l’heure? Qui respecte mieux les conditions de la pratique? Moi, ou les mécaniciens compatissants qui veulent donner à l’arbre un soulagement qu’il ne devait pas connaître.
- S’il s’agit, comme dans les expériences de M. d’Arsonval, de déterminer le travail mécanique correspondant à une
- (fig. 1.)
- certaine consommation de zinc, je comprends à merveille qu’on réduise le travail intérieur, perdu dans le moteur et échappant à toute mesure. Je comprendrais même qu’on construisît un moteur dont l’axe fût soutenu par un train de galets, comme dans la machine d’Atwood. Mais, dans les mesures pratiques, pourquoi s’écarter des conditions pratiques ? Une complication est un inconvénient et ne se laisse pardonner qu’en procurant un avantage supérieur.
- O11 a beaucoup répété, après que je l’ai dit, que le frein funiculaire né s’applique bien qu’aux petites forces. Mais je n’ai pas dit pourquoi, et personne ne l’a dit. Si l’on veut en savoir la raison, c’est moi qui la donnerai. — Imaginons un moteur de dix chevaux faisant un tour par seconde et dont la poulie de transmission mesure deux mètres de développement : la différence (P—p) devra être de 375 kilos, c’est-à-dire la somme de 400 à 450 kilos environ. Ces poids sont, on le voit, un peu lourds à manier.
- Est-ce à dire qu’il n’y ait pas moyen d’alléger les masses dont on devra faire usage? Non, et pour le prouver, il suffit d’interroger la formule (P />) 2 rc R n — T. Le produit travail, T, restant constant pour réduire P—p et, par suite, P -\-p, il n’y a qu’à augmenter la valeur de R ou celle de n. Ainsi on prendra une poulie de transmission plus grande; ou bien, si l’on veut se payer le luxe d’un meuble séparé, on fera tourner plus vite que le moteur l’arbre sur lequel on mesurera le travail.
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- Mais sans rien changer à la disposition simple dont je me suis contenté dans mes expériences avec mon frein, on pourra, comme M. d’Arsonval, demander le secours d'une poutre de plafond, et par un moufflage du brin le plus chargé, réduiret dans telle proportion qu'il plaira, les masses de fonte -à accrocher ou à décrocher. Il est vrai que, dans ce cas, en soulageant l’arbre, on améliorera les conditions pratiques, ce qui revient à fausser les résultats que l’on doit rechercher. Mais on ne peut tout avoir I
- Je crois avoir dit tout ce qui intéresse le lecteur. Je pourrais maintenant éplucher un peu la balance qui m’a donné l’occasion de l’entretenir. Mais je prendrais un air personnel, et je deviendrais ennuyeux, si je ne l’ai pas encore été.
- M. Raffard doit regretter déjà qu’on ait donné trop de publicité aux conséquences d’une erreur. Si j’allais dévoiler maintenant comment, pour faire une expérience au frein, même funiculaire, quelques morceaux de bois suffisent, et comment il n’est nul besoin de bâtis isolés, de poulies multiples, de courroies spéciales, de fourchettes, de fléau, de joints à la Cardan, je ne ferais, comme on dit vulgairement, que gâter le métier, et je m’exposerais à perdre la redevance que M. Raffard se dispose évidemment à me payer, s’il vient à vendre, sous forme de balance quelque frein funiculaire, dont j’ai eu la faiblesse, toute paternelle, de breveter le système.
- Veuillez agréer, je vous prie, monsieur le rédacteur, l’expression de mon respectueux dévouement.
- J. CARPENTIER.
- Nevers, 18 septembre 1881.
- Monsieur le Directeur,
- Vous me reprochez avec tant de bienveillance de n’avoir pas réclamé la priorité pour la note qui contenait en germe le télégraphe harmonique de M. Gray, que je me hasarde à exhumer une autre note, enfouie également dans les archives de l’Académie depuis la fin de juin i863.
- Il y est question d’une expérience dont le dispositif est à peu près semblable à celui que vous avez décrit, et dans laquelle les vibrations transmises à distance par l’électricité font voir à volonté telle ou telle lettre de l’alphabet.
- « L’électro-aimant est remplacé par une machine de RhumkorfF, dont le fil inducteur fait partie du circuit, chacune des lames interruptrices produit alors, à l’unisson de ses vibrations, une série d’étincelles que j’ai appliquées aux faits suivants : on fait apparaître immobile telle ou telle lettre de l’alphabet, tel ou tel chiffre en les mettant en mouvement dans l’obscurité et en faisant concorder avec l’étincelle leurs apparitions successives; pour réaliser cet effet, on trace sur un grand disque de carton plusieurs cercles concentriques, et en supposant que les lames interruptrices aient été accordées sur les notes de l’accord parfait : ut, mi, sol, ut, mi, etc., on trace huit a sur le contour du plus petit cercle ; dix b sur le second cercle, douze c sur le troisième, seize d sur le quatrième, et ainsi de suite, en continuant à doubler ces mêmes nombres et en conservant ainsi pour les lettres suivantes les nombres qui les mettent en rapport avec les vibrations des lames interruptrices. Les lettres placées sur le contour d’un même cercle doivent y être parfaitement équi-distantes et présenter exactement la même forme. Le disque étant fixé sur un axe qu’un mouvement d’horlogerie fait tourner, on le présente dans l’obscurité devant l’étincelle d’induction, et l’on règle sa vitesse de manière à ce que la première lame interruptrice étant mise en mouvement, le cercle des a paraisse complètement immobile ; on peut être certain, dès lors, qu’un tour du disque sur lui-même correspond à huit interruptions : la lumière instantanée de l’étincelle, éclairant toujours à la même place les lettres qui se succèdent, leur donne cette immobilité apparente. Si l’on fait vibrer la seconde lame qui produit dix in-
- terruptions dans le même temps, le cercle des b paraîtra seul immobile. La troisième lame immobilisera les c, et ainsi de suite, en sorte qu’avec une série de lames interruptrices et un disque conservant toujours le même mouvement, on désignera telle lettre que l’on voudra, toutes les autres paraissant animées d’un mouvement de progression en avant ou en arrière, qui empêche de les confondre avec celle que l’on veut indiquer.
- « Je croyais d’abord qu’une lettre fixée par huit étincelles le serait également par seize, et qu’il en résulterait une confusion qui forcerait à restreindre beaucoup le nombre des lettres. Mais un fait imprévu a fait disparaître cet inconvénient ; et quand le cercle de seize d est immobilisé par seize étincelles, les huit a se doublent et présentent une apparence particulière qui ne permet pas de supposer que la lame interruptrice s’adresse à eux. (Je donne ici une explication de ce fait par des raisons qu’il est inutile de rapporter.)
- « Je ferai remarquer que, au moment où une série de lettres devient immobile, chacune d’elles paraît plus saillante, parce qu’on la voit d’abord elle-même, et de plus, sur elle-même, on voit l’image que la précédente lettre a laissée sur la rétine.
- « Pour donner plus d’éclat à l’étincelle, il faut mettre les deux bouts du fil induit en contact avec les armatures d’un large carreau fulminant.
- « Un tube de Geissler donne un très bon éclairage, et il est curieux alors de voir une lumière qui paraît parfaitement continue produire à volonté, sur un disque tournant, l’immobilité de telle ou telle lettre. »
- (Je pourrais me borner à ce commencement; mais la note intitulée : Etincelle d}induction appliquée à différents phénomènes, contient d’autres faits qui pourront intéresser ceux qui ne les connaissent pas.)
- « Il est important, dans certaines recherches, de connaître le nombre des étincelles produites dans un temps donné ; rien n’est plus facile, avec les moyens que je viens d’exposer, et voici comment j’ai fait cette expérience : on trace sur le disque de carton dix cercles concentriques, et l’on écrit le chiffre 10 dix fois sur le premier cercle; le chiffre 11, onze fois sur le second cercle, et ainsi de suite jusqu’au chiffre 20. On imprime au disque une vitesse connue, et le chiffre qui paraît immobile indique à l’instant même le nombre d’étincelles qui l’éclairent dans un temps donné. J’ai employé ce moyen dans la recherche des causes qui accélèrent ou retardent les mouvements du marteau interrupteur dans une machine d’induction, et j’ai remarqué que, en pressant plus ou moins avec le doigt sur telle ou telle partie du marteau, on pouvait successivement rendre immobiles tous les chiffres précédents, et faire ainsi varier la vitesse' des interruptions du simple au double. »
- (J’ajoute aujourd’hui cette note :
- Dans une lumière produite par des courants alternatifs, les émissions de courant se succèdent trop rapidement pour que cette lumière ne paraisse pas continue. L’incandescence qui en résulte, même sur deux charbons séparés, est bien réellement continue ; mais au milieu de cette incandescence, chaque émission de courant ayant un maximum d’action, doit produire un maximum de lumière qu’un disque tournant pourrait peut-être rendre sensible. Il serait intéressant alors de pouvoir compter sur une lumière électrique le nombre de tours faits, dans un temps donné, par la machine dynamoélectrique qui l’alimente).
- (J’omets ici ce qui concerne l’étincelle d’induction marquant sur une plaque tombante les lois de la pesanteur).
- « Je me suis servi de l’étincelle d’induction pour éclairer le phénakisticope, et comme le succès de ce curieux instrument dépend de la fixité momentanée de chaque image, la lumière instantanée de l’étincelle le fait très bien valoir. Le disque, sur le contour duquel sont dessinées les figures changeantes, est présenté devant les extrémités du fil induit ; on le fait tourner sur son axe et, à l’aide d’un méca-
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- nisme qu’il est inutile de décrire, le courant est interrompu vis-à-vis de chaque figure.
- « Cet instrument, de pure curiosité, deviendrait un moyen de sérieuse instruction, s’il pouvait représenter sur un vaste
- écran, des machines en mouvement..........................
- Pour faire cet essai, j’ai dessiné une suite de figures changeantes sur un disque de verre dont j’ai introduit le contour dans la lanterne magique, là où l’on met les verres peints. Les deux bouts du fil induit ont été fixés vis-à-vis l’un de l’autre à la place de la lampe et devant le réflecteur. Tout le reste ayant été disposé comme dans l’expérience précédente, j’ai fait tourner le disque, et l’image avec ses mouvements divers est venue se peindre sur un écran. Elle était peu visible avec la lumière étalée de ma trop faible machine d’induction.
- L’enseignement donné à l’aide des images projetées sur un écran ayant pris de l’importance, j’ai remplacé plus tard l’étincelle électrique par une lumière ordinaire; et j’ai placé devant l’objectif un second disque en carton; une seule ouverture est percée sur le contour de ce disque, et elle passe assez promptement devant l’objectif pour que l’image qu’elle découvre paraisse à peu près immobile sur l’écran. Le disque en carton fait dix tours, tandis que le disque en verre n’en fait qu’un. J’ai obtenu ainsi des images en mouvement que l’on peut voir dans toutes les parties d’une salle).
- « J’ai observé un fait que je crois digne d’attention, parce que, s’il n’a pas d’autre cause cachée, il peut faire ressortir par une nouvelle démonstration la corrélation des agents physiques et cette grande unité de cause vers laquelle tend la science moderne.
- « On fixe entre les pôles du fil induit la boule d’un thermomètre très sensible et l’on fait passer les étincelles à sa surface : le mercure s’élève peu à peu, et quand il est devenu stationnaire, on met les fils induits en contact avec les armatures d’un carreau fulminant; aussitôt les étincelles deviennent plus viyes et plus bruyantes ; mais au lieu de monter encore, le mercure descend comme si une partie de la chaleur disparaissait transformée en lumière et en force. Il s’élève de nouveau quand on sépare les fils induits des armatures, et redescend aussitôt que, par l’interposition du condensateur, les étincelles deviennent plus lumineuses et plus éclatantes.
- « M. Hearder a annoncé un résultat tout contraire, et il a prouvé que l’interposition d’un condensateur dans le circuit induit favorisait le développement de la chaleur. Mais je ferai remarquer que M. Hearder s’est servi dans ses expériences du thermo-électromëtre qui supprime toute lacune dans le conducteur des courants induits, puisqu'il se compose d’une spirale très fine en platine placée dans le réservoir d’un thermomètre à air et dont réchauffement fait mouvoir l’index de l’instrument. Comme il n’y a pas d’étincelles produites, elles ne peuvent pas subir, sous l’influence du condensateur, cette transformation dont j’ai parlé plus haut. J’ajouterai que cette disparition de chaleur dans les étincelles, là où M. Hearder a observé dans un fil continu un plus grand échauffement, n’en est que plus remarquable. »
- L’abbé laborde.
- FAITS DIVERS
- Éclairage électrique.
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- Des essais d’éclairage par l’électricité viennent d’avoir lieu à Scarborough, ville de bains de mer très fréquentée dans le comté d’York. La lumière électrique a été projetée sur la baie, la digue et les habitations qui s’élèvent sur une colline en forme d’amphithéâtre Les foyers électriques étaient installés sur la promenade publique : c’étaient des lampes du système Brush.
- UElôctricidn, de Londres, annonce que le nouveau paquebot, le City of Worcester, construit pour la ligne Noiv. wich, doit être éclairé au moyen de 270 lampes électriques Edison*
- A Londres, le Falstaff Club, situé dans Covent Garden, va être éclairé, ainsi que le théâtre qui lui est contigu, par l’électricité.
- Les essais d’éclairage électrique, à Norwîch, chef-lieu du comté de Norfolk, en Angleterre, se poursuivent et donnent d’excellents résultats. Le Conseil municipal vient de décider que les lampes de M. Crompton qui servent à ces essais seraient également employées pour l’éclairage du Prince of Wales’s road, qui conduit à la gare.
- îfous tenons de bonne source, dit VElectrician, de Londres, que des agents de M. Edison offrent d’installer dans des magasins du West End à Londres des lampes à incandescence Edison, pour une durée de six mois, sans frais et. sans conditions. Une ou deux maisons, bien connues du West End, ont déjà consenti à tenter l’expérience.
- L’emploi de la lumière électrique tend à se répandre de plus en plus dans les grands établissements industriels. En Normandie, notamment, un certain nombre d’installations ont été faites dans ces derniers temps.
- A Rouen, la fabrique de MM. Laveissière; au Havre, les Forges et chantiers de l’Océan, et la scierie de MM. Humbert et Noël ;-à Dieppe, une autre scierie appartenant aux mêmes propriétaires ; à Fleury-sur-Andelle, l’établissement de filature et tissage de M. Morel sont depuis quelque temps éclairés par la lumière électrique.
- Toutes ces installations ont été faites par la maison Siemens, et comprennent en tout 64 lampes différentielles.
- On sait que, à Rouen, le théâtre Lafayette est éclairé, depuis l'hiver dernier, par le même système. On est en train de remanier cet éclairage pour la prochaine saison théâtrale. Une fois terminé, il comprendra deux grands régulateurs pendules et 14 lampes différentielles.
- A l’exemple de ce qui vient d’être fait en France, le goü-, vernement ottoman fait étudier en ce moment la question de l’éclairage des phares par l’électricité le long des côtes de l’empire turc. Sur le littoral de la mer Rouge, c’est un Français, M. Michel, qui est chargé de l’établissement des nouveaux phares projetés. Une commission internationale, composée des délégués des ambassades de toutes les grandes puissances européennes, va se réunir à Constantinople pour fixer le tarif des phares de la mer Rouge, réclamés depuis si longtemps par la navigation, et surtout par les armateurs des ports méditerranéens éprouvés chaque année par des; sinistres d’autant plus ruineux, que la plupart des populations du littoral de la mer Rouge pratiquent férocement le droit d’épave.
- Le Conseil municipal de Lyon vient d’être saisi d’un projet de percement d’un tunnel qui traverserait la ville de Lyon dans toute sa longueur. Ce tunnel, qui partirait du pont Saint-Clair, passerait sous le plateau de la Croix-Rousse et aboutirait au pont de la gare, serait éclairé à la lumière électrique dans toute sa longeur, qui atteindrait environ 2,200 mètres, sur une hauteur de 5 mètres et une largeur de 8 mètres. L’électricité serait également adoptée pour éclairer le puits creusé du plateau de la Croix-Rousse, jusqu’au tunnel.
- Le Gérant : A. Glénard.
- Paria — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. — 3619.
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- La Lumière Électrique
- journal universel d’Electricité
- 51, Rue Vivienne, Paris
- Directeur Scientifique : M. T11. DU MONCEL
- , Administrateur-Gérant : A. GLÉNARD
- 3« ANNÉE MERCREDI 28 SEPTEMBRE 1881 N« 62
- SOMMAIRE
- Exposition internationale d’électricité; Nouveaux appareils à signaux pour appels téléphoniques ou avertissements d’incendie ; Th. du Moncel. — Chronographe enregistreur à vitesse variable; E. Mercadier. — Exposition internationale d’électricité ; La rectification des alcools par l’électricité; A. Guerout. — Le pavillon anglais des télégraphes à l’Exposition ; de Magneville. — Etudes sur le microphone (10e article); Dr Boudet de Pâris. — Recherches sur les piles (9e article) ; A. d’Arsonval. — Exposition internationale d’électricité; Premiers résultats du Congrès. — Revue des travaux récents en électricité. — Un nouvel accumulateur voltaïque. — Un photophone à sélénium sans pile. — Amortisseur pour les lampes électriques. — Application du nickelage pour les clichés. — Piano électrique de M. Baudet. Faits divers.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- NOUVEAUX APPAREILS A SIGNAUX
- POUR APPELS TÉLÉPHONIQUES OU AVERTISSEMENTS D’INCENDIE V
- On sait que dans les bureaux téléphoniques, les abonnés, pour être mis en rapport entre eux, sont obligés de faire d’abord un appel au bureau central, d’entrer en correspondance avec un employé pour lui indiquer le nom de son correspondant, et il faut que l’employé aille ensuite consulter le registre pour connaître le numéro de ce correspondant. Cette triple opération perd du temps, et on pouvait désirer que l’abonné lui-même pût, avec son appel, indiquer immédiatement le numéro de celui avec lequel il désire entrer en correspondance. M. Mackensie a combiné à cet effet un transmetteur très ingénieux que nous représentons fig. i ci-après et qui est tout à fait pratique.
- Ce système qui est de très petite dimension et qui peut s’accrocher à un mur, est une sorte de transmetteur compositeur qui se manoeuvre comme une machine à calculer. Trois plaques a, a, «portant les désignations des io chiffres de notre numération, peuvent glisser dans des rainures disposées les unes à côté des autres, et leur extrémité b porte gravées enreliefdes combinaisons de contacts différentes pour chaque chiffre, et appropriées au récepteur, qui
- est une sorte de compteur.Un guichet placé devant ces plaques sur l’enveloppe de l’appareil, permet de lire le nombre formé par l’ensemble des chiffres de ces plaques placées sur une même ligne, et on peut en abaissant ou en haussant les plaques faire apparaître tel nombre qu’il convient jusqu’à ggg. Leur position est d’ailleurs assurée au moyen d’un encliquetage représenté, dans une figure séparée, au haut du dessin.
- Dans ces conditions, les plaques présentent au fond d’une rainure bb et suivant une ligne droite, toutes les combinaisons de contacts correspondant au nombre figurant au guichet. Au-dessus de cette rainure est disposé un ressort frotteur h, qui est entraîné par un mouvement d’horlogerie M à deux mobiles avec régulateur pendulaire, sollicité par un fort ressort en spirale et que peut d’ailleurs entraîner d’autre part, en sens contraire, quand on fait l’appel, un cordon de tirage q qui alors bande le mécanisme d’horlogerie.
- En outre de ce ressort frotteur, il en existe un second t fixé sur le même curseur que le premier qui est destiné à établir la communication avec la pile ; mais, comme de l’abaissement du cordon de tirage,.il pourrait résulter des contacts irréguliers et des effets doubles au moment où le cordon serait abandonné à lui-même, M. Mackensie a dû disposer ce dernier ressort de manière à n’effectuer les émissions du courant qu’au moment du retour du système à sa position normale. A cet effet, il a disposé parallèlement à la rainure où se montrent les contacts saillants des plaques, un petit prisme d’ébo-nite V fendu en plan incliné, en F, à sa partie supérieure, et disposé parallèlement à la rainure. La partie extérieure de ce prisme est isolante, mais la partie intérieure du côté de la rainure est garnie d’une lame d’argent ou de platine qui est en rapport direct avec le circuit. Le ressort destiné à établir la com munication électrique dout il vient d’être question, porte une languette disposée de telle manière que, quand il est abaissé par suite du tirage du cordon, il se trouve engagé dans la fente F du prisme, et est obligé de glisser sur la partie isolante de celui-ci; mais quand le tirage a été totalement effectué, il se dégage du prisme en tournant autour de son
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- extrémité inférieure, et vient frotter contre la lame métallique de contact, et alors quand on vient à lâcher le cordon, le circuit, se trouvant fermé, peut être interrompu régulière ment au moment du passage du second ressort h sur les différentes saillies des signaux correspondant aux chiffres à transmettre. Sur la figure i, le ressort t en question est représenté au moment où, effectuant son retour, il est près d’atteindre sa position initiale. Cet appareil fonctionne parfaitement et ne laisse rien à désirer au point de vue pratique.
- Le récepteur qui correspond à l’appareil précédent est de M. H. Pond. Il renferme comme le précédent des combinaisons extrêmement ingénieuses, et peut reproduire toutes les combinaisons des chiffres depuis i jusqu’à 999, avec un seul électro-aimant.Dans l’origine, il était, il est vrai, plus compliqué sous le rapport des élec-tro - aimants ; mais l’auteur en a diminué successivement le nombre, et aujourd’hui il est réduit à sa plus simple expression. Nous en donnons le dessin dans la figure 2; c’est la vue latérale.
- Mais pour qu’on puisse se faire une idée de l’ensemble, il faut supposer que trois mécanismes semblables se trouvent placés côte à côte, de manière à présenter, rangées les unes à côté des autres, trois roues portant chacune en avant, sur leur circonférence, les dix chiffres de notre numération. Ces roues constituent en somme un tambour divisé en trois parties pour fournir les trois séries de chiffres jusqu’à 999, et ce tambour ainsi que tous les mécanismes qui s’y rapportent, est recouvert d’une enveloppe qui ne laisse voir extérieurement que les nombres appelés, lesquels apparaissent dans un guichet comme les signaux d’appel des avertisseurs de sonnerie.
- A l’état normal, ces roues D3 sont toutes disposées de manière à présenter au guichet un zéro; elles sont maintenues dans cette position par un enclanchement électro-magnétique, mais elles sont sollicitées individuellement à tourner sous l’influence d’une tige métallique E' qui porte une crémaillère engrenant avec leur axe, lequel axe tourne à frottement doux sur une broche qui leur est commune. Une dentelure à échappement d- surmonte les tiges E', et l’échappement est commandé par l’électro-aimant A.
- Toutefois, à l’état normal, l’échappement seul de la roue de droite est libre de fonctionner; les deux autres sont embrayés, et ne peuvent être libérés que sous l’influence d’une action mécanique dont nous parlerons plus tard. Nous ferons seulement remarquer ici que dans chaque position que prend l’une ou l’autre de ces roues sous l’influence électromagnétique, non seulement la roue qui vient de fonctionner se trouve embrayée solidement, mais encore qu’il résulte de cette action, un dégagement de l’échappement de la roue située à gauche de celle qui a fonctionné et qui est alors libre de céder à l’action électro-magnétique. Il arrive donc que quand le frotteur du transmetteur est passé successivement sur les différentes combinaisons de contacts dont nous avons parlé, la première combinaison a provoqué la rotation de la première roue à droite, rotation qui a eu pour effet de faire arriver devant le guichet le chiffre des unités, et de provoquer dans cette position son embrayage, tout en soustrayant l’échappement correspondant à l’action ultérieure de l’électro-aimant. La seconde combinaison du transmetteur, en réagissant d’une manière analogue sur la seconde roue, a fait arriver devant le guichet le chiffre des dizaines, et enfin la troisième
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- combinaison a fait arriver de la même manière le chiffre des centaines.
- Pour ramener l’appareil au zéro, on pousse en avant un levier coudé LL' terminé par une large
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- (FIG. 2.)
- palette L', qui repousse en haut toutes les tiges E' des crémaillères, et replace successivement les roues dans leur position normale, c’est-à-dire de manière à ne présenter au guichet que des zéros.
- Pour qu’on puisse comprendre le dispositif au moyen duquel l’électro-aimant ne peut actionner les roues des dizaines et des centaines qü’après que la roue de droite a fonctionné, nous devrons dire que les rayons de ces roues portent des chevilles de butée 31, 3a, 33, 34, etc., disposées en spirale tout autour de la roue, et de telle manière que chaque arc décrit par la roue, à chaque échappement, corresponde à la hauteur dont est tombée la tige à crémaillère E'. Ces chevilles constituent donc des butoirs de sûreté indispensables pour des roues aussi volumineuses; mais elles ont une autre fonction qui résout précisément le problème dont nous avons précédemment parlé, celui de faire permuter l’action de l’électro-aimant d’une roue à l’autre. En effet, le choc produit par la rencontre des chevilles de la roue avec l’échappement de la crémaillère, peut déterminer l’enfoncement d’un goujon dans un mécanisme enclancheur, et dégager en même temps l’échappement embrayé de la roue voisine. Dès lors, le mécanisme de la première roue devient inerte et celui de la seconde peut être mis en action; mais pour que cet effet ne puisse se produire avant l’achèvement du signal, il faut que le goujon en question soit disposé de manière à ne pouvoir exercer une action effective qü’après un temps d’arrêt suffisant de la première roue. De cette manière, il arrive que les fermetures et ouvertures successives du courant qui font tourner la roue de la quantité nécessaire pour faire apparaître le chiffre, sont sans action sur le mécanisme, en raison de leur rapidité, et ce n’est qu’au moment du passage du frotteur du transmetteur entre deux signaux que l’action d’embrayage se produit.
- Le petit dispositif mécanique combiné pour cette fonction complexe, étant très ingénieux, nous croyons devoir le décrire avec plus de détails.
- La tige E' de la crémaillère porte, comme on le voit, dans son prolongement supérieur, une pièce d?b% à laquelle est adaptée la double crémaillère à échappement d% et l’ancre d’échappement lui-même c2 est relié à l’armature de l’électro-aimant A par la bielle 20; la pièce dibi porte en i, une butée qui est placée^ de manière à rencontrer dans sa chute les différentes chevilles 3o, 3i, etc., de la roue, quand celle-ci a accompli les mouvements nécessaires pour faire arriver les chiffres qu’elle porte devant le guichet. Or, ceci a lieu pour chaque fermeture de courant effectuée à travers la ligne. L’échappement est d’ailleurs combiné de manière à ce que la butée i se présente devantles chevilles 3o,31,32,etc.,avant leur arrivée en ce point. Or, il résulte de ces dispositions que, quand ces chevilles viennent buter en i, elles ont une vitesse acquise suffisante pour provoquer un choc’ qui a pour résultat : i° de faire agir un frein G', qui empêche tout soubresaut de la roue ; 20 de déclancher les organes qui ont empêché l’abaissement de l’échappement de la roue voisine, et voici Gomment ;
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- Le goujon /s qui a servi, par l’impulsion qui lui a été communiquée par la tige d*b*, à serrer le frein G', a écarté en même temps le talon 40 du doigt 41 adapté au levier coudé H', et le ressort à boudin qui réagit sur celui-ci, abaisse le galet 43 qui, passant sur un plan incliné adapté au levier du frein G', le maintient solidement appuyé contre la roue D5. Celle-ci ne peut donc plus bouger, et la première partie du problème se trouve ainsi résolue.
- La seconde l’est par l’intermédiaire d’un petit bras n (vu en bout sur la figure), adapté au levier du frein G' et qui,en temps normal,bute contre un doigt adapté à une aiguille P engagée dans une coche s. Cette coche dépend de la crémaillère d’échappement de la roue des dizaines qui suit, et qui l’empêche de tomber sous l’influence de l’action électro-magnétique. Ce petit bras n, quand le frein G' est serré, se trouve alors repoussé de côté et dégage la crémaillère dont il vient d’être question. Dès lors, celle-ci peut subir les effets électro-magnétiques. Naturellement, ce mécanisme de détente n’existe que pour la roue des dizaines et la roue des centaines, et bien qu’il soit représenté sur la figure, comme faisant partie du mécanisme de chaque roue, il n’est mis en action que par le mécanisme voisin.
- Il nous reste encore un détail de mécanisme à donner, c’est celui qui se rapporte à la pièce L" dont nous n’avons pas encore parlé. Cette pièce, mobile dans une glissière, est destinée à réagir sur les freins et à désembrayer les roues avant que le levier L' les ait fait revenir à leur position initiale en les faisant tourner en arrière. On voit en effet sur la figure que cette pièce est taillée à sa partie supérieure en plan incliné, et quand la palette L'la soulève, elle rencontre bientôt un galet adapté au levier coudé H' du frein, lequel étant soulevé, écarte le frein des roues, et permet au ressort qui sollicite l’aiguille P par le bout, de renclancher celle-ci dans la coche s de la crémaillère d2; de sorte que quand la palette L' se présente au-dessous de E', les roues sont complètement dégagées, et peuvent être aisément remises en place.
- Il est facile de comprendre que ce système est aussi bien applicable comme télégraphe dé quartier et de police, que comme indicateur de numéros, car on peut substituer aux numéros, des mots écrits tels que : batterie, assassinat, ambulance, médecin, émeute, vol, renfort, feu, téléphone, ou tous autres signaux faisant partie des codes de police ou de pompiers, et on comprend que si 011 fait usage de quatre roues, trois peuvent être affectées aux chiffres et la quatrième à ces indications.
- En définitive, ce système paraît être dans des conditions tout à fait pratiques, et il est à espérer qu’on le mettra en usage d’ici à peu de temps en Europe. Nous en reparlerons du reste plus tard, en donnant des dessins perspectifs.
- TH. DU MONCED.
- CHRONOGRAPHE ENREGISTREUR
- A VITESSE VARIABLE
- Il existe plusieurs types de chronographes enregistreurs; mais, en général, ces instruments sont construits dans un but bien déterminé; ils présentent, par suite, un certain nombre de dispositions spéciales plus ou moins compliquées, et ne peuvent guère servir qu’à l’usage pour lequel ils ont été imaginés : leur construction est difficile ; ils occupent un assez grand espace, et leur prix est très élevé. On peut citer, par exemple, parmi les plus beaux types de ce genre d’appareils, le chronogra-phe à indications lentes, imaginé par M. A. Cornu, pour ses expériences sur la vitesse de la lumière, et le chronographe à indications rapides de M. M. Deprez, employé dans les expériences de balistique de l’artillerie de marine.
- Mais il arrive, très souvent, dans les laboratoires, que l’on a à enregistrer des phénomènes dont la durée est très variable : tantôt ce sont des phénomènes relativement lents, dont il suffit de comparer la durée à celle de la seconde ou du 10e de seconde; tantôt, ce sont des phénomènes rapides, dont la durée est comparée au ioo° de seconde; tantôt, enfin (et cela se présente actuellement assez souvent, dans l’étude des phénomènes électriques), il est nécessaire de pouvoir enrégistrer le 1000e de seconde et de pouvoir compter sur l’exactitude de cette indication.
- Ayant résolu depuis longtemps le problème d’entretenir électriquement, sans difficulté, les vibrations de diapasons de 1,000 périodes (vibrations dites doubles) ou de 2,000 vibrations simples, et d’enregistrer leurs indications, ayant récemment simplifié les conditions de construction et d’entretien électrique des électro-diapasons, de façon à pouvoir constituer un support unique, un électroaimant et un interrupteur unique pour plusieurs de ces instruments, ayant enfin pu faire construire des appareils de ce genre, à mouvements très lents, susceptibles d’effectuer aisément de 5 à i5 vibrations doubles par seconde seulement, j’ai songé à réaliser un chronographe de laboratoire permettant, à l’aide de ces moyens, d’étudier, à volonté, des phénomènes de durée très variable. J’ai cherché, de plus, à en faire un appareil robuste, de construction simple, d’assez petit volume, et facilement transportable.
- En adoptant la forme générale d’un chronographe que M. A. Duboscq construisait pour l’étude de phénomènes exigeant l’inscription du 5ome ou du ioome de seconde, en y faisant quelques additions et modifications. nécessitées par la complexité du problème pratique qu’il s’agissait de résoudre, nous avons pu arriver, M. A. Duboscq et moi, à une
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- solution qui paraît assez satisfaisante, et dont voici la description :
- L’instrument se compose des pièces suivantes (fig. i) :
- i° Un cylindre dont l’axe fileté peut être mis en
- mouvement, soit à la main, à l’aide de la manivelle M, soit par le poids P d’un rouage très simple dont on peut le rendre solidaire en enfonçant une clavette C qui met en prise l’axe avec le rouage : ce poids est formé de deux parties de 7 et 4 kilo-
- bande ou la feuille sont ensuite enfumées comme d’habitude.
- 2° Des électro-aimants E, et des diapasons D.
- Les premiers, au nombre de deux, sont très petits, leurs armatures sont très légères, et leurs noyaux aussi petits que possible ; leurs bobines ont des résistances calculées d’après l’usage qu’on en veut faire, suivant qu’ils doivent fonctionner en court ou en long circuit.
- Les axes autour desquels tournent les armatures, portent des styles, et les deux appareils peuvent être assez rapprochés l’un de l’autre, pour que ces styles puissent presque se toucher, condition indispensable pour la précision des relevés de leurs indications.
- D’ailleurs les électro-aimants sont montés sur une tringle T, sur laquelle ils peuvent glisser ou tourner, et la tringle elle-même est fixée à deux traverses T', susceptibles de deux mouvements : l’un, de bas en haut, l’autre, de rotation autour de l’axe, formé par la ligne des centres de deux axes de cercle A, A, sur lesquels les traverses peuvent être fixées par des vis de pression V.
- Ces divers mouvements ont pour but de permettre de placer les extrémités des styles des électroaimants, à la hauteur que l’on veut, sur le cylindre,
- grammes formant une masse totale de 11 kilogrammes seulement. Sur le cylindre on peut tendre soit une feuille de papier ayant toute la longueur du cylindre à la manière ordinaire, soit, ce qui est beaucoup plus commode et plus simple, une bande de papier analogue à celles dont on se sert en télé-
- (fjg. 2.)
- graphie pour l’appareil Morse, et dont la largeur est à peu près égale au pas du filet de l’axe du cylindre.
- A cet effet (fig. 2), on colle sur le cylindre le bout de la bande enroulée sur un rouet, on l’engage dans un guide fixe, et, en tournant le cylindre à la main, elle s’enroule sur lui de façon à en couvrir toute la surface : on colle ensuite la seconde extrémité. La
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- façon à ce qu’elles en effleurent seulement la surface, et de plus, de les disposer par rapport aux styles des électro-diapasons dans la position que l’on veut.
- Toutes les personnes qui s’occupent de chrono-graphie savent l’importance que présentent tous ces réglages.
- L’un des électro-aimants peut servir à enregistrer les battements d’une pendule à secondes et l’autre, en ce cas, à l’inscription d’un phénomène qui n’exige pas l’enregistrement d’une fraction de temps plus petite. Dans le cas où il s’agit d’un phénomène plus rapide, l’inscription du temps se fait à l’aide d’électro-diapasons et alors les 2 électro-aimants peuvent servir à enregistrer 2 circonstances de phénomène étudié.
- Les électro-diapasons sont aussi au nombre de deux si l’on dispose d’une pendule à secondes, l’un de 100, l’autre de 1000 périodes : ils ont la même largeur à l’intérieur des branches et ils sont disposés de façon à pouvoir être immédiatement substitués l’un à l’autre sur un support qui porte l’électro aimant e qui entretient leur mouvement et la plaque interruptrice p nécessaire pour cet entretien. (Voir ce mode d’entretien dans la Lumière électrique tome II, p. 188, fig. 4, en supposant enlevés le style S', l’interrupteur I' et les communications qui y aboutissent.)
- Le support S peut glisser le long d’une glissière en bronze G susceptible de tourner autour d’un axe O d’un mouvement rapide donné à la main ou d’un mouvement lent donné à l’aide d’une vis Y'.
- De cette manière, bien que les deux électro-diapasons soient de longueur différente, on peut leur donner le même système d'entretien, et on peut placer les extrémités de leurs styles enregistreurs au même point du cylindre et dans la même position par rapport aux styles des électro-aimants. En recouvrant l’électro-aimant d’entretien de fil de grosseur moyenne (fil n° 16 du commerce par exemple) un élément de pile au bichromate de potasse suffit et, au delà pour activer l’électro-diapason de 100 périodes, et 2 de ces éléments suffisent pour celui de de 1000 périodes, en ayant soin de donner à son style une longueur convenable pour qu’il se produise un nœud un peu en avant du point où il est fixé au diapason, auquel cas on peut arriver à inscrire des sinusoïdes à deux mille sommets par seconde et d’une largeur de 2 ou 3 millimètres.
- Si l’on ne dispose pas d’une pendule à secondes, on peut ajouter aux deux électro-diapasons un troisième placé sur une autre table que celle qui porte le chronographe et qui fait 5 ou 10 vibrations par seconde, et dans le circuit de la pile qui entretient ]e mouvement on place l’un des deux électroaimants e qui inscrit ainsi sur le papier enfumé le cinquième ou le dixième de seconde.
- (Dans un prochain article i'aurai l’occasion de
- décrire complètement l’un de ces instruments.)
- A l’aide des réglages décrits ci-dessus, les styles des deux électro-aimants et de l’électro-diapason peuvent être assez rapprochés pour que leurs indications soient juxtaposées et n’occupent pas une largeur supérieure à 8 millimètres; une bande de papier de 10 millimètres de largeur suffit donc pour leur inscription.
- Enfin dans le cas où l’on a à inscrire des phénomènes très rapides, on peut employer pour les électro-aimants e des appareils à indications extrêmement rapides de l’un des types combinés par M. M. Deprez.
- , 3° Des régulateurs à ailettes de trois dimensions différentes.
- Ces régulateurs R, de forme bien connue, sont destinés à modérer, plus ou moins, l’action du moteur, et à donner, au cylindre, les vitesses variables nécessaires pour pouvoir enregistrer la seconde ou son iorae, le ioomfi et le i.ooome de seconde. Ces régulateurs peuvent être substitués l’un à l’autre sans difficulté. Leur grandeur est déterminée par la condition que, sur le cylindre, l’espace correspondant à la seconde, au ioome ou au 1 .ooome de seconde, soit au moins de om ,m 5 pour le dernier cas, et au plus de 3 ou 4 millimètres pour le premier.
- Les mouvements, réglés par ces régulateurs, ne sont certainement pas uniformes, mais on sait que cela n’est nullement nécessaire lorsqu’on enregistre sur le même cylindre, et côté à côLe, les fractions du temps, à l’aide de diapasons dont la régularité est parfaite, et les phénomènes que l’on étudie.
- En résumé, on peut voir par cette description, si sommaire qu’elle soit, que ce chronographe, nouveau par l’emploi pratique d’électro-diapasons de 6 à 10 périodes et de 1.000 périodes, par le mode simple de variation de vitesse et par l’agencement général de toutes les pièces, satisfait aux conditions qu’on s’était proposées. Nous pensons, M. A. Du-boscq et moi, que comme appareil de laboratoire, comme instrument de travail, comme outil d’un usage courant, il est susceptible de rendre quelques services.
- E. MERCADIER. ..
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- LA RECTIFICATION DES ALCOOLS
- PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Nous avons décrit avec les plus grands détails le procédé et l’appareil de M. Naudin, pour la rectification de l’alcool au moyen du courant électrique, et il serait superflu, à propos de l’Exposition, de revenir sur ce sujet. Nous nous contenterons d’indiquer qu’un modèle de l’appareil est exposé au
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- Palais de l’Industrie, dans la salle 12, et ne diffère que par quelques détails insignifiants de la description que nous en avons donnée.
- Si nous revenons sur cette application de l’électricité, c’est qu’il y a à l’Exposition, tout près de l'atelier de MM. Heilmann, Ducommun et Cie, le modèle d’un appareil destiné à la purification électrique des alcools. Il est vrai que dans l’appareil en question, le courant électrique ne sert pas, comme dans le procédé Naudin, à agir directement sur le liquide à purifier. Ce courant est employé à produire de l’ozone, et c’est cet ozone que l’on fait ensuite réagir sur les phlegmes. Il n’y a donc de réellement électrique dans l’appareil, que le producteur d’ozone, et rien n’empêcherait de l’appliquer à toute autre opération industrielle que la puri-cation des phlegmes.
- Les premiers procédés au moyen desquels on avait cherché à détruire les produits de fermentation qui donnent aux phlegmes leur mauvais goût, consistaient dans l’emploi d’oxydants tels que le chlore, le manganèse ; mais ces produits attaquent l’alcool même, et donnent naissance à de nouveaux corps infectants. C’est pourquoi le remplacement par l’ozone de composés chimiques cédant facilement leur oxygène peut présenter a priori des avantages marqués, puisque l’on fait alors agir l’oxygène seul, sans que d’autres produits, avec lesquels il est combiné, puissent intervenir.
- Nous ne pensons pas cependant que l’ozone soit, au point de vue chimique, un agent d’oxydation suffisant ; il ne peut faire qu’une fraction du travail chimique nécessaire, et, à ce point de vue, il est à penser qu’il y a 'avantage à faire intervenir directement le procédé électrolytique dans lequel l’hydrogène agit en même temps que l’oxygène. Cette considération explique jusqu’à un certain point des faits que nous avons signalés, dans un de nos précédents articles sur le procédé Naudin. Ce procédé était établi en vue de la transformation en alcools des aldéhydes infectants, et pour cette transformation, l’hydrogène seul était suffisant.
- Quand le couple zinc-cuivre, qui donnait seulement naissance à de l’hydrogène, a été remplacé par des voltamètres, on avait craint d’abord que l’oxygène n’exerçât une action en sens inverse et 11e paralysât ou détruisît celle de, l’hydrogène. Contrairement à cette crainte, l’action de l’oxygène a été plutôt utile que nuisible ; c’est que les impuretés des phlegmes ne consistent pas seulement en aldéhydes, mais encore en produits de nature très diverse : éthers, acides organiques, etc., et que ceux de ces corps que ne transforme pas l’hydrogène se trouvent ensuite atteints par l’oxygène. Il faudrait donc, à ce qu’il me semble, donner la préférence au procédé dans lequel les deux gaz agissent simultanément.
- Quoi qu’il en soit, l’appareil basé sur l’action de
- l’ozone, et dont l’idée est duè à M. Eisenmann de Berlin, se compose d’un rectificateur Savalle ordinaire (alambic, colonne, régénérateur, réfrigérant et régulateur), et d’appareils spéciaux destinés à l’ozonisation du liquide. Cette dernière opération se fait à chaud dans un grand réservoir en cuivre, de forme parallélipipédique, fermé de toutes parts. Cet espace est chauffé par des tuyaux de vapeur et le liquide est porté à une température de 70° centigrades. Un autre tube de vapeur, faisant fonction d’injecteur d’air aspire l’air et l’envoie, à travers un tube troué, barboter dans le liquide. Avant d’être ainsi aspiré, l’air-passe par un tube ozo-niseur dont la construction est la suivante.
- Il consiste en un tube de verre séparant deux armatures en contact chacune avec un des pôles d’une bobine d’induction, de sorte qu’il y a production d’une effluve. L’air à ozoniser circule dans l’intérieur de ce tube et l’on voit qu’en principe, il ne diffère pas des appareils ozoniseurs de Houzeau, Siemens, Babo, etc. Une pile de quatre éléments et une bobine Ruhmkorff complètent l’appareil.
- Une fois qu’ils ont subi l’action de l’ozone, les phlegmes sont envoyés au rectificateur.
- En somme, on est là en présence d’une application. indirecte du courant électrique, et dans, cet appareil, la véritable application de l’électricité, est la production de l’ozone. Ce gaz, dont les affinités chimiques sont si puissantes, est certainement susceptible d’autres applications et nous aurons sans doute occasion d’en parler de nouveau, quand MM. Brin frères préciseront d’une manière plus nette, à quoi ils entendent appliquer l’ozone qu’ils fabriquent, électriquement aussi, mais assez mystérieusement, sous la galerie Nord, près des machines de Sermaize.
- A. GUESROUT.
- LE PAVILLON ANGLAIS
- DES TÉLÉGRAPHES A L’EXPOSITION
- Nous avons déjà parlé de cet intéressant pavillon, où l’on peut suivre, en quelque sorte, l’histoire de la télégraphie, depuis le moment où les premières expériences de M. Wheatstone ont montré la praticabilité de cette application, jusqu’à l’époque actuelle, qui y offre comme type le plus perfectionné des appareils télégraphiques, le rapide de Wheatstone. Nous publierons prochainement un article de M. Preece, sur l’histoire de la télégraphie en Angleterre, qui permettra d’être bien fixé sur la première période de l’histoire de la télégraphie électrique. En attendant, nous représentons la partie du pavillon de l’exposition anglaise, consacrée aux appareils historiques.
- On voit d’abord à gauche, au premier plan, le
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- télégraphe anglais à double aiguille de MM.Wheats-tone et Cooke qui a été installé à la chambre des communes, en i838, après les premiers essais faits en Angleterre. L’encadrement de l’appareil est gothique, pour être conforme au style du monument où il était placé. Au fond, du même côté, on distingue le télégraphe à cinq aiguilles de M. Wheats-tonequi a été essayé entre Londres et Birmingham, puis le télégraphe à quatre aiguilles, le télégraphe
- à double aiguille, et enfin, les télégraphes à simple aiguille qui sont encore employés. Divers dispositifs, pour actionner les aiguilles de ces appareils, se voient en avant, ainsi que plusieurs autres appareils dont nous avons fait la nomenclature dans le numéro du 24 août de ce journal. Au premier plan, à droite, on distingue le premier appareil Morse électro-chimique de Bain. Tout ce pavillon est éclairé par des lampes Swan munies de certains
- Intérieur du Pavillon anglais, des Télégraphes.
- capuchons métalliques disposés de manière à former réflecteurs.
- Le pavillon, qui est construit en bois de sapin savec beaucoup de découpures disposées dans le genre de celles des chalets suisses, est recouvert d’un vélum à bandes alternativement rouges et blanches qui est d’un très agréable aspect, et l’on aperçoit, au fond, les expositions Allemande et Américaine, avec des lampes Siemens qui précèdent la première d’entre elles.
- L’escalier que l’on voit à droite descend aux expositions Anglaises qui entourent le pavillon et qui, malgré le zèle des commissaires, ne sont pas encore complètes, du moins du côté droit. Tout l’ensemble de l’exposition Britannique est du reste très satisfaisant, et nous ne saurions trop applaudir aux efforts des organisateurs qui s’en sont chargés.
- Il est à regretter seulement que le public soit assez indiscret pour déranger perpétuellement le réglage des appareils, et que la liberté anglaise ait
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- donné occasion aux personnes peu scrupuleuses de s’approprier plusieurs lampes Swan que l’on peut aisément décrocher. Plusieurs vols de ce genre ont été effectués dernièrement, et il en est résulté une question'délicate que la jurisprudence des brevets devra trancher. Tous les appareils non brevetés exposés dans le Palais étant sauvegardés, quant aux droits de propriété, tant qu’ils ne franchissent pas l’enceinte du Palais de l’exposition , conserveront-ils le même droit lorsqu’ils en sortiront à la suite d’un vol? Il serait opportun que l’on fût fixé sur ce point; car si l’on décidait pour la négative, il s’ensuivrait qu’on serait responsable d’une action, non seulement faite en dehors de vous, mais encore à votre préjudice.
- 1)12 MAGNE VILLE.
- ÉTUDES SUR LE MICROPHONE
- ioc article (voir les n°" des 23 et 3o avril,
- 14 et 21 mai, 18 et i5 juin, 6 et 9 juillet, i3 août).
- LES TRANSMETTEURS A CONTACTS MULTIPLES DISPOSÉS ' EN QUANTITÉ
- Nous en avons fini avec l’étude des transmetteurs à contacts multiples disposés en tension. On a vu par ce qui précède les excellents résultats que l’on peut attendre de ces appareils, lorsqu’ils sont bien construits et que l’on observe toutes les conditions qui doivent amener un rendement maximum.
- Le microphone à boules, que nous avons pris pour type dans le cours de cette étude, fournit facilement une variation d’intensité de i5 à20 milliwe-bers, c’est-à-dire plus que l’intensité nécessaire pour actionner un Morse. On a cependant fait à notre appareil le reproche d’exiger une trop grand délicatesse de construction et par suite de devenir un instrument de précision. Nous avouons ne pas bien saisir la portée de ce reproche. Nous avons évité autant que possible la. complication; quant à Imprécision, elle a été constamment notre objectif. Le procès du téléphone électro-magnétique, comme transmetteur, est jugé pour tous les esprits sérieux, et le moment n’est pas éloigné où cet instrument d’une admirable sensibilité, mais d’un rendement très imparfait comme énergie, ne servira même' plus comme récepteur. Le microphone et le condensateur, voilà, jusqu’à nouvel ordre, l’avenir de la transmission de la parole ; c’est dans ce sens qu’il faut diriger nos travaux, et, à notre avis, pour travailler avec fruit, il faut des instruments précis.
- Un autre reproche, plus mérité celui-là, peut être fait au microphone à boules comme à tous ses congénères; c’est leur trop grande résistance qui affaiblit le courant inducteur; le noyau de la bobine transformatrice n’acquiert pas une magnétisation
- suffisante et les variations d’intensité ne peuvent jamais dépasser une certaine limite, quel que soit le nombre des éléments de pile employés.
- Rappelons ici le principe émis par nous au début de ce travail et sur lequel repose le fonctionnement de tout transmetteur microphonique :
- « Il faut calculer le nombre des contacts de telle « façon que le microphone, tout'en restant très sen-« sible, c’est-à-dire ayant tous ses contacts impres-« sionnés au même degré, soit capable de réagir « sur un courant intense. Et pour cela, il faut que « la résistance propre de l'appareil soit telle que le « courant la traverse sans trop d’affaiblissement, « et que, d'autre part elle soit divisée sur un nombre « de points suffisants pour que l'effet nuisible du « courant énergique sur un seul contact, dispa-« raisse par le fait même de sa division. »
- Or, le seul moyen pratique de diminuer la résistance d’un microphone à contacts multiples, c’est de faire pour ces contacts ce que l’on fait pour les éléments d’une pile, c’est-à-dire les réunir en quantité ou en surface, au lieu de les disposer en tension. La résistance est ainsi divisée sur un grand nombre de points et le courant de quelques éléments à grande surface peut conserver une énergie très considérable.
- Les transmetteurs de Crossley et d’Ader qui attirent tant l’admiration des visiteurs de l’Exposition d’Electricité, ne donnent d’aussi bons résultats que parce qu’ils sont établis d’après les conditions indiquées ci-dessus.
- Pendant que • nous construisions des appareils fondés sur ce principe, notre excellent ami le D1' d’Arsonval cherchait également les meilleures conditions de transmission de la voix, et, par une de ces coïncidences si fréquentes en pareil cas, nous nous sommes rencontrés à la fois sur le principe et sur la disposition de nos appareils qui ne diffèrent que par des détails de constructiçn. Voici, en effet, ce que nous écrivait M. d’Arsonval au mois d’avril dernier :
- « Ce que je vais vous dire est le résumé des prin-« cipes exposés dans le brevet pris par M. P. Bert « et par moi, le ig janvier 1881, pour notre micro-« phone à contacts multiples en surface :
- « i° Les microphones actuels mettent enjeu une « quantité trop faible d’électricité. Une ligne télé-« graphique n’est pas seulement un conducteur « résistant, c’est encore un conducteur ayant une « capacité électrique; il faut donc lui communiquer « en même temps une charge statique. C’est ce « qu’ont méconnu tous les expérimentateurs qui « essayaient leurs microphones sur des résistances « artificielles sans capacité électro-statique. Le seul « moyen d’expérimenter sérieusement est d’opérer « en interposant des condensateurs en dérivation « sur la résistance, comme l’a fait Varley pour étu-« dier le premier câble transatlantique ;
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- « 2° Pour arriver à ce résultat, il faut que l’inten-« sité I du courant qui traverse le microphone soit « aussi grande que possible, en lui laissant néan-« moins toute sa sensibilité.
- « En effet, si la variation de résistance produite « parle microphone est de i/ioo°, la variation d’in-« tensité correspondante du courant sera de i/iooe « de I ; il y a donc tout avantage à faire I le plus « grand possible;
- « 3° Pour pouvoir faire I très grand, il faut rendre, dans le microphone, la conductibilité « indépendante de la sensibilité. C’est ce principe « qui résume toutes mes dernières recherches. Pour « cela, je mets beaucoup de contacts très imparfaits, « c’est-à-dire très sensibles, et je les accouple tous « en surface, de façon que le courant qui est très
- (l'IG. I.)
- « fort se divise en un grand nombre de petits cou-« rants qui traversent une grande quantité de petits « microphones fonctionnant tous à la fois d’une « manière égale....»
- On voit que, bien que l’exposition soit différente, le principe est le même que celui présenté par nous.
- Dans les appareils fort nombreux que M. d’Ar-sonval a fait construire, on donne aux charbons un réglage uniforme au moyen de : i° la poussée d’un liquide, 2° ou des ressorts, 3° ou de la pesanteur, 4“ ou d’une attraction magnétique ou électro-magnétique.
- ' Les deux figures ci-dessus (fig. i et 2) représentent deux modèles des microphones P. Bert et A. d’Arsonval. Dans le premier, des crayons de charbon C reposent dans un bain de mercure qui les appuie contre la membrane M, sur laquelle on parle.
- Dans le second, une série de crayons de charbons C, enfermés dans des tubes nickelés viennent
- reposer circulairement en anneau, sur une membrane isolée M. Les vibrations de la parole sont transmises au centre par un tube muni d’un pavillon. Une charnière permet d’incliner plus ou moins l’instrument et par suite de faire varier la pression des crayons sur la membrane. Ce microphone peut être traversé par des courants ayant une intensité de i5 à 20^ webers et les variations d’intensité peuvent atteindre i/3 à 1/2 weber.
- Dans nos appareils, nous n’avons utilisé que la pesanteur, ce moyen de réglage étant le plus simple de tous; mais, avec ce système, il est important de
- (fig. 2.)
- connaître le poids qu’il convient de donner à chacun . des charbons mobiles.
- En effet, un microphone en quantité, réglé par la pesanteur, peut être schématisé ainsi : il se compose d’une première masse disposée de façon à pouvoir être mise en vibration par la voix, et d’une seconde masse mobile, en contact avec la première par un grand nombre de points, et agissant par son inertie pour produire, sur chacun de ces points, des variations de pression en rapport avec les vibrations de la première masse. — De là, deux indications :
- i° Pour communiquer les vibrations à la première masse, il faut disposer celle-ci soit au centre d’une membrane, soit sur la paroi d’une caisse de résonnance;
- 2» Pour que la deuxième masse puisse agir par inertie, il est nécessaire que, à volume égal, son poids soit supérieur à celui de la première.
- Lorsque la seconde masse est représentée par
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- une série de corps mobiles, tels que des charbons juxtaposés, il faut donc que chacun de ceux-ci ait un certain poids, sous peine de subir un écartement ou même une rupture de contact, lors du passage d’un fort' courant.
- Il doit par conséquent exister, pour les microphones en quantité, un certain rapport fixe entre la masse du charbon qui reçoit les vibrations, et celle des charbons qui jouent par leur inertie. Mais il faut bien avouer que ce rapport de masses est assez fictif, car, en somme, ce qu’il faut surtout considérer, c’est l’effort de pression exercé par la masse mobile; dans le cas où cette masse est constituée par des cylindres de charbon, suspendus par une de leurs extrémités, et disposés verticalement côte à côte, il est évident que tout le poids brut de chaque cylindre, n’agit pas pour faire pression, une partie de ce poids étant appliquée au point de suspension ; c’est alors qu’intervient le réglage par inclinaison, qui fait varier la pression en rapprochant de plus en plus du point de tontact, le point où agit la composante de la pesanteur.
- Ajoutons que le nombre des contacts mobiles étant surtout destiné à diviser et, par conséquent, à diminuer la résistance de l’appareil, il n’est pas nécessaire de multiplier ces contacts outre mesure, surtout lorsque, au moyen de certains artifices, tels que le nickelage, on diminue la résistance propre de
- (FIG- 3.)
- [FIG. /,.)
- chaque charbon. En général, le nombre de vingt ou vingt-quatre est très suffisant pour obtenir un maximum d’effet.
- Mais il est bien évident que tout ce que nous venons de dire ne s’applique qu’au cas de réglage par la pesanteur; du moment où l’on fait intervenir l’action d’un ressort, la pression d’un liquide ou l’attraction magnétique, le poids de la masse mobile n’a plus qu’une importance tout à fait secondaire, et c’est surtout l’énergie de la force surajoutée, qu’il faut calculer, pour obtenir l’effet d’unité voulu.
- Nous donnons ici le dessin des deux appareils qui nous ont servi pour nos expériences et qui transmettent la parole avec une grande puissance.
- Dans le premier (fig. 3), une membrane de caoutchouc durci porte à son centre un axe coudé sur lequel sont fixées transversalement deux tiges cylindriques de charbon.
- Au-dessus de ces deux tiges sont suspendues côte à côte 24 tiges de cuivre (en 2 séries de 12), terminées par un petit cylindre de charbon à l’extrémité duquel est vissée une masse métallique pesante. L’appareil est renfermé dans un anneau cylindrique dont le fond en glace permet de voir la disposition des différentes parties. Enfin le tout est fixé sur un pied support et l’inclinaison est obtenue au moyen d’une charnière; pour plus de précision, le jeu de cette charnière est commandé par une vis à pas très fin. On remarquera en outre que, dans cet appareil, la charge des charbons mobiles étant placée au-dessous de leur point de contact, et très près de lui, il suffit d’une variation très faible de l’inclinaison pour faire varier la pesanteur et pour obtenir des pressions très différentes.
- Notre second appareil (fig. 4) ressemble, comme disposition, aux microphones Crossley et Ader.
- 11 se compose d’une plaque d’ébonite formant la paroi postérieure d’une petite caisse de résonnance; sur cette plaque, sont vissées parallèlement deux barrettes horizontales de charbon, percées de trous coniques,entre lesquelles vingt cylindres de charbon oscillent librement sur leurs pointes. Le pied de cet instrument porte une charnière, permettant de lui donner tous les degrés d’inclinaison. Quoique ces deux appareils fonctionnent également bien, nous préférons le premier pour l’étude expérimentale, en raison de sa plus grande précision ; il est vrai que cette précision est due, en grande partie, à l’habL leté que M.Verdin a apportée dans sa construction.
- La résistance propre de cet appareil est égale à un ohm lorsqu’il est tout à fait vertical ; elle atteint son minimum, o0hm,o5 avec une inclinaison de quelques degrés. Dans la position ordinaire pour nos expériences, cette valeur devient o0hm,i en moyenne..
- La variation de résistance, toujours négative, est loin d’égaler celle du microphone à boules ; en parlant à deux centimètres de l’embouchure, on peut obtenir une augmentation de près d’un ohm, si la voix est très forte; mais, en moyenne, la variation ne dépasse guère oohm,25, en général, ce qui est facile à comprendre, puisque l’impulsion recueillie par la membrane se répartit sur un grand nombre de contacts associés en quantité, tandis que, dans le microphone à boules, la vibration de la membrane est multipliée par le nombre des contacts en tènsion.
- Ce premier fait indique déjà que le transmetteur à contacts en surface ne peut être utilisé avec le courant direct, sur un circuit résistant, à moins d’employer un courant très énergique fourni par un
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- grand nombre d’éléments associés en tension; et encore le résultat serait-il fort imparfait.
- Supposons, en effet, que pour un circuit de 5oo kilomètres (5ooo ohms) nous utilisons le courant de 20 éléments Léclanché (nouveau modèle). La variation d’intensité, négative, atteint à peine trois dix-millionièmes de vveber, intensité trente-quatre fois moindre que la valeur minima exigée pour faire parler le téléphone. Le microphone à boules, dans les mêmes conditions, nous donnerait une variation d’intensité de un cent-millième de weber.
- Pour la même raison, la dérivation simple ne peut être appliquée à ce genre de transmetteur.
- Les conditions changent avec l’emploi des induits et l’on est vraiment surpris des effets que l’on obtient avec un seul élément peu résistant, par exemple avec un grenet à 2 zincs et 3 charbons. La variation d’intensité qui produit l’induit atteint alors 3oo mil-liwebers.
- En outre, l’intensité totale du courant étant très grande, le noyau de la bobine est fortement aimanté ce qui constitue une des conditions de maximum ainsi que nous le verrons prochainement.
- Avec nos appareils, la voix transmise commence à diminuer d’intensité dès que la pile atteint une résistance de deux ohms. Pratiquement donc, la résistance de la pile ne doit jamais dépasser les résistances réunies du microphone et du fil inducteur de la bobine.
- Nous ne croyons pas avoir besoin d’insister plus longtemps pour démontrer les avantages que donne l’emploi des transmetteurs à contacts multiples disposés en quantité. Les quelques expériences que nous avons pu faire en commun avec notre ami le Dr d’Arsonval nous ont prouvé que, pour le moment du moins, il ne reste plus grande modification à faire à ces microphones. Le principe est trouvé ; les nombreux appareils fondés sur ce principe ont subi les améliorations successives indiquées par l’expérimentation. Aujourd’hui nous sommes en possession de transmetteurs agissant régulièrement et énergiquement; ce qu’il nous faut étudier maintenant, ce sont les moyens d’utiliser, c’est-à-dire de transformer, de conduire et de recueillir avéc le minimum de déperdition les variations d’intensité qui résultent du fonctionnement de ces appareils.
- (.A suivre.) nr m. boudet de paris.
- RECHERCHES SUR LES PILES
- (y“ article (voir les nos des 2 et 23 avril, 27 et 3o juillet, 10, i5, 20 et 27 août.)
- Indépendamment des rhéostats décrits dans le dernier article, je me sers également avec avantage d’une simple tige cylindrique de charbon à lumière
- que j’enfonce plus ou moins dans une éprouvette pleine de mercure. Je varie à volonté le diamètre de la tige de charbon, ce qui est facile, en ayant plusieurs échantillons des cylindres fabriqués par M. Carré.
- Je fais quelquefois l’inverse, et mon rhéostat se trouve alors composé d’un tube de charbon, dont la partie inférieure est reliée par un tube de caoutchouc, à un vase plein de mercure qu’on élève plus ou moins. Le métal liquide monte dans le tube, et en diminue graduellement la résistance.
- Le charbon à lumière est excellent pour cet usage parce que d’abord la chaleur ne l’altère pas, et, secondement, parce que, à cause de sa résistance spécifique, de petites variations dans la longueur parcou-rhe parle courant, amènent dans l’intensité des changements considérables.
- L’expérience étant disposée de telle sorte, que le courant de la pile puisse traverser à la fois le galvanomètre et le rhéostat placés dans le même circuit, on ferme le courant. On observe alors le galvanomètre ; si la déviation reste constante, cela prouve que le couple se dépolarise complètement pour l’intensité observée.
- On diminue alors la résistance du rhéostat, l’intensité du courant augmente ; si la nouvelle intensité se maintient encore constante, on diminue de plus en plus la résistance, jusqu’à ce que le circuit extérieur soit rendu assez conducteur pour amener la polarisation de l’élément. Après de légers tâtonnements, on arrive bien vite à trouver la résistance limite dont la plus faible diminution amènerait la polarisation. Le galvanomètre donne alors en webers l’intensité du courant correspondant. On a alors toutes les données pour déduire le coefficient d’absorption du dépolarisateur étudié.
- Il suffit, en effet, de tenir le raisonnement suivant : le courant qui traverse l’élément, juste, sans le polariser, est de N webers. Ce courant dégagerait de l’hydrogène sur la baguette de charbon sans la présence du liquide dépolarisateur. Or, cet hydrogène se dégagerait sur la surface S de l’électrode qui est précisément la surface du liquide nécessaire pour l’absorber intégralement. Donc la surface S est suffisante pour dépolariser N webers. Par conséquent, 1 weber sera dépolarisé par une surface N fois moindre.
- J’appelle, par conséquent, coefficient d’absorp-
- S
- tion d’un liquide, le rapport^» ou si l’on veut:
- la surface qui dépolarise 1 weber, pour abréger le langage.
- Si l’on veut savoir, en poids, la quantité d’hydrogène qu’absorbe 1 centimètre carré du liquide considéré, rien n’est plus simple. Le coefficient spécifique de polarisation K donne pour le liquide considéré la surface S qui dépolarise juste un weber. Or, d’après les récentes déterminations de M. Mas-
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- cart, il faut sensiblement un courant de 96 webers pour dégager un milligramme d’hydrogène par secondé.
- La surface S, donnée par le coefficient, absorbe donc ^ de milligramme d’hydrogène par seconde, ou, exactement, omgr,oio4i5.
- Par conséquent 1 centimètre carré du liquide
- considéré absorbe ?.>Q1°4*5 milligrammes d’hydrogène par seconde.
- La connaissance de ces coefficients spécifiques de dépolarisation sera extrêmement précieuse dans la pratique. J’en donnerai prochainement le tableau pour un assez grand nombre de liquides.
- Des expériences précédentes il résulte cclie conséquence importante, que l’on peut racheter la faiblesse d’absorption d’un liquide par l’augmentation de la surface dépolarisatrice. C’est là une chose que l’empirisme a depuis longtemps démontrée. C’est Wollaston, je crois, qui, le premier, a développé le pôle positif des couples voltaïques dans la pile qui porte son nom. Beaucoup d’autres chercheurs ont appliqué ce principe. Mais c’est M. Leclanché, qui, en se servant de charbon de cornue concassé dans la pile qui porte son nom, a obtenu les sur-laces dépolarisatrices les plus considérables.
- Pourtant, malgré les apparences, les grains de charbon employés par M. Leclanché n’agissent pas du tout comme surface dépolarisatrice dans le sens que nous avons donné plus haut à cette exposition. 11 y a là une action tout à fait particulière à cette pile, de la nature des couples secondaires, et sur laquelle je reviendrai en détail dans cette série d’études sur les piles. Je me borne aujourd’hui à la signaler. Le développement énorme du pôle positif obtenu par ce moyen a été recommandé par M. Niaudet, par M. Gaugain, et appliqué avec succès par M. Camacho et par moi-même. Malgré cela, son mode d’action est assez vaguement connu et son fonctionnement présente, parfois, de graves défauts, comme je le montrerai par la suite.
- Quoi qu’il en soit, on voit qu’une pile se polarise toujours par insuffisance de combustion de l’hydrogène.
- On peut comparer une pile qui se polarise à une machine à vapeur qui aurait un foyer suffisant pour un débit donné de vapeur, mais trop petit pour un débit plus grand.
- Si on ouvre davantage le robinet d’échappement de la vapeur, la combustion devenant insuffisante dans le foyer par manque de surface de la grille, la pression tombe dans la chaudière : la machine à vapeur se polarise, pourrait-on dire. Le manomètre baisse d’autant plus qu’on ouvre davantage le robinet.
- La même chose a lieu pour la pile. Le combustible c’est l’hydrogène, le foyer de combustion le
- vase poreux. Pour une certaine ouverture du robinet, c’est-à-dire pour une certaine résistance, la combustion alimente le débit. Pour une ouverture plus grande, la surface de la grille (surface de dépolarisation) devient insuffisante. La pression (potentiel) tombe aux pôles de la pile. Le manomètre (galva-nomètte, potentiomètre) baisse d’autant plus que l’issue offerte est plus grande etc... La pile, en un mot, se polarise. Cette comparaison que nous avons faite, bien souvent, en causant, Marcel Deprez et moi, est de la plus sciupuleuse exactitude. Dans un cas comme dans l’autre, la source de l’énergie est due à la combustion, la polarisation à un débit trop grand du fluide et à une insuffisance de la surface de combustion.
- La connaissance des coefficients d’absorption pour un dépolarisateur donné permet de savoir a priori quelle surface minima il faudra donner au pôle positif pour que la pile ne se polarise pas en donnant un courant d’intensité connue.
- Je suppose qu’on veuille construire une pile, donnant N webers, sans se polariser avec un liquide déterminé :
- On cherche le coefficient de dépolarisation, c’est-à-dire la surface S qui correspond à la dépolari-sâtion de un weber pour ce liquide. On n’a plus qu’à multiplier le coefficient S par N. Le produit S N donne la surface cherchée. Ainsi plus de tâtonnements pour construire une pile donnant l’effet voulu. On agit avec la même sûreté qu’un ingénieur qui calcule la surface à donner au foyer d’une machine à vapeur pour obtenir un nombre déterminé de chevaux-vapeur.
- (A suivre.) Dr a. d’arsonval.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- PREMIERS RÉSULTATS DU CONGRÈS
- Le Congrès vient de tenir sa seconde séance plénière ; à vrai dire, la première comme travail, celle qui a précédé n’ayant été naturellement qu’une séance d’ouverture et d'organisation. De cette séance sont sortis des résultats importants; les plus sérieux, je pense, que l’on doive attendre du Congrès : la question des unités électriques a été résolue en principe, et l’institution d’une commission internationale, chargée d’achever la détermination et d’assurer la conservation des étalons, a été réclamée par un vœu spécial.
- Les vœux proposés par la première section du congrès et adoptés par lui sont formulés comme il suit :
- i° On adoptera pour les mesures électriques les unités fondamentales : centimètre, gramme masse, seconde (C.G.S.);
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- 20 Les unités pratiques, Y Ohm et le Volt, conserveront leurs définitions actuelles : io9pourrOhm et io8 pour le Volt;
- 3° L’unité de résistance (Ohm) sera représentée par une colonne de mercure d’un millimètre carré de section à la température de zéro degré centigrade ;
- 4“ Une Commission internationale sera chargée de déterminer, par de nouvelles expériences, pour la pratique, la longueur de la colonne de mercure d’un millimètre carré de section à la température de zéro degré centigrade, qui représentera la valeur de l’Ohm;
- 5° On appelle Ampère le courant produit par un Volt dans un Ohm;
- 6° On appelle Coulomb la quantité d’électricité définie par la condition qu’un Ampère donne un Coulomb par seconde;
- 70 On appelle Farad la capacité définie par la condition qu’un Coulomb dans un Farad donne un Volt.
- Ainsi qu’on devait y compter, le système élaboré par l’association britannique et relié au système absolu des unités. C. G. S. a réuni les suffrages. On a fait valoir, et on a bien fait, les raisons qui pouvaient militer contre ce système; la difficulté de réaliser pratiquement ces unités à définition compliquée, les inconvénients que peut présenter dans la pratique, la reproduction des étalons. Ces motifs qui ne sont pas sans valeur, ont été, à juste titre, écartés pour une raison très puissante : c’est que ces unités, par les relations qu’elles possèdent, et entre elles, et avec les unités de mesure d’autres ordres, sont la véritable et théorique représentation des phénomènes dont elles traduisent les liens, et expriment la parenté. Il y a là plus qu’une simple conception philosophique et une satisfaction donnée au principe général de la conservation de l’énergie ; il y a la simplification de tous les calculs, et la conversion immédiate d’une série d’unités à l’autre; intérêts de premier*ordre et qui devaient emporter la décision.
- Toutes les difficultés sont d’ailleurs levées par l’institution d’une- commission internationale, création, il nous sera permis de le rappeler, que nous avons les premiers réclamée dans ce journal. Il n’est pas du tout nécessaire, en effet, que tout le monde puisse fabriquer des étalons ; ce qui est nécessaire, c’est que tout le monde se procure sans aucune difficulté des étalons, ce n’est pas la même chose. Personne ne s’avise d’aller mesurer le méridien terrestre pour avoir un mètre, chacun va chez le beau premiermarchand et en rapporte un mètre d’une exactitude fort convenable. L’ohm n’est pas plus difficile, sans doute, à déterminer que le mètre, et la difficulté était d’ailleurs imposée par la liaison nécessaire des mesures ; quant à le reproduire, la commission et les constructeurs sont là pour en fournir en abondance. Le Congrès a jugé néanmoins qu’il
- était bon de faciliter la production et la vérification de l’ohm en indiquant pour sa construction le métal mercure ; c’est le procédé de M. Siemens ou, s’il fallait remonter plus haut, c’est l’idée proposée, il y a bien longtemps, par M. Pouillet, qui avait adopté un étalon tout semblable à l’unité allemande. Il est certain que ce mode d’étalonnage a des avantages comme précision, comme durée et comme constance ; il paraît donc que le Congrès a eu d’excellentes raisons pour l’adopter. En définitive, néanmoins, il est clair que les ohms du commerce seront faits en fil de métal, tout comme le sont, du reste, les unités Siemens dans la pratique ; une colonne de mercure n’étant pas un objet d’un transport et d’une manipulation commodes.
- Les objections qui ont été faites à l’origine et les réserves formulées à la dernière séance par quelques savants ne portent pas d’ailleurs sur la valeur théorique de ces unités qui n’a pas été réellement discutée ; elles tiennent en réalité à ce fait que M. Helm-holtz a fort bien énoncé, à savoir qu’un grand nombre d’exemplaires de l’unité Siemens étant en usage, il y a difficulté à en changer; et de fait quand on considère avec quelle obstination des peuples intelligents comme les Anglais s’attachent à des systèmes de mesure absurdes, tels que les mesures de longueur, de poids et les monnaies anglaises, quand on voit quel effort réclame le changement d’une habitude devenue générale dans une collection d’hommes, on conçoit la valeur des objections allemandes ; on n’en sent que mieux le besoin qu’il y avait à empêcher la confusion et la diversité de se perpétuer, mais on reconnaît qu’une période de transition est inévitable et l’on voit que le congrès a fait tout le possible en proclamant le principe et préparant }’application.
- Les unités pratiques conservent d’ailleurs les coefficients connus; on a, par un sentiment de bonne confraternité dont nous devons savoir gré aux savants étrangers, donné le nom d’Ampère à l’unité de débit électrique qui n’était pas définie ou plutôt sur laquelle il y avait confusion.
- Les travaux des autres sections ont donné des résultats moins précis et des conclusions moins immédiates ; au reste il ne pouvait en être autrement. La deuxième section qui s’occupe de la télégraphie a nommé deux commissions dont elle attend les rapports. La troisième avait proposé au sujet des unités de lumière et de la photométrie un vœu que le Congrès lui a retourné pour complément d’étude. A vrai dire je n’attends pas grand’chose pour ma part de cette discussion nouvelle; il me paraît résulter des communications faites que la question n’est pas mûre pour une solution. Toutes les unités employées sont mises en suspicion pour de fort bonnes raisons, toutes les méthodes, les anciennes comme celles qui se sont produites au congrès paraissant discutables pour des motifs fort puissants.
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- Dans les étalons anciens et depuis longtemps en usage, il paraît régner des confusions graves : la lampe Carcel, elle-même, est sujette à caution. Brûle-t-elle 40 ou 42 gr. d’huile par heure, on ne s’entend pas sur ce point? Il paraît bien qu’elle doit en brûler 42, mais il paraît aussi qu’elle n’en brûle généralement que 40. En somme, si le Congrès veut absolument conclure sur ce point, je crois qu’il ne pourra conclure qu’à une étude ultérieure, et le mieux, dans ce cas, serait de laisser la question ouverte. Nous aurons à revenir sur ce point à propos des séances suivantes, puisque la question doit s’y représenter.
- FRANK GERALDY.
- REVUE DES TRAVAUX
- RÉCENTS EN ÉLECTRICITÉ
- Un nouvel accumulateur voltaïque
- Afin d’obtenir de la part d’un accumulateur Planté une très grande surface d’oxydation sous le plus petit volume possible, M. de Méritens a eu l’idée de plisser les lames de plomb servant d’électrodes, de manière à former, étant placées verticalement, des espèces d’augets assez profonds, échelonnés en persienne les uns au-dessous des autres, et remplis de feuilles de papier de plomb, disposées comme les feuillets d’un livre. Le tout est légèrement aplati, et les rebords de ces lames multiples sont soudés uniformément, de manière à former autour du système un encadrement continu. Chacune de ces lames est fixée dans une petite cuve carrée, comme dans la disposition actuelle des piles Faure ou la disposition anciennne des piles Planté, et on peut, suivant l'auteur, accumuler une plus grande quantité d’électricité, pour un poids donné de plomb, que dans les autres accumulateurs de ce genre.
- Un photophone à sélénium sans pile
- Ceux qui se sont occupés d’études radiophoniques, comme MM. Bell et Tainter et Mercadier, ont obtenu les sons par deux méthodes : soit en soumettant directement aux radiations intermittentes un corps placé dans une sorte de tube acoustique et les percevant à l’embouchure du tube, soit en faisant tomber les radiations sur un appareil à sélénium en relation avec une pile et un téléphone ordinaire dans lequel le son est perçu. D’après la Natur-forscher, M. Kabischer a produit les sons à l’aide d’un appareil à sélénium et d’un téléphone, mais sans pile, dans le circuit. L’interruption des radiations étaitfaite comme d’ordinaire àl’aided’undisque percé de trous. La hauteur du son s’est accrue avec la vitesse de rotation du disque, En faisant tomber
- directement la lumière solaire sur un appareil à sélénium en relation avec un galvanomètre, on obtient une déviation de l’aiguille. La lumière Drummona n’est pas assez intense pour produire cette action. L’interposition sur le trajet des radiations solaires d’une solution d’acide dans le sulfure de carbone empêche cette action de se produire. Il en est de même des verres colorés, à l’exception des verres jaunes et brun-clair, mais une plaque d’alun n’agit pas dans ce sens.
- Dans ces expériences, il n’y avait que certaines portions de la surface du sélénium qui fussent sen -sibles aux radiations ; cela indiquait des défauts d’homogénéité dans le sélénium employé. Ces défauts d’homogénéité devaient naturellement avoir une influence sur la force électro-motrice développée.
- Rappelons que M. Blyth (1) avait également fait parler un appareil de ce genre, mais dans lequel le sélénium était remplacé par du phosphore et où on faisait agir, non plus les rayons lumineux ou calorifiques, mais les vibrations mêmes de l’air.
- Amortisseur pour les lampes électriques.
- Pour éviter les mouvements brusques des différentes parties du mécanisme des lampes électriques, on emploie des amortisseurs ou freins, comme les pompes à air de Deleuil et Siemens, ou les amor tisseurs à liquides des lampes Brush, Jaspar et autres.
- Par suite des remarques qui ont été faites à M. Tchikoleff à propos de ses lampes à bobine tournante, sur ce que le mouvement de la bobine peut quelquefois devenir trop rapide et exercer par son inertie une mauvaise influence sur la régularité de la combustion des charbons et sur la fixité de la lumière, il a entrepris des expériences en vue d’appliquer, comme amortisseur, l’influence des pôles d’un électro-aimant sur un disque de cuivre tournant, dans leur champ magnétique, comme dans l’appareil de Foucault. Il a trouvé nécessaire d’introduire dans ses lampes un électro-aimant destiné à produire l’arc voltaïque instantanément au moment même de la fermeture du courant. Ce même électro-aimant peut servir d’amortisseur par son influence sur le disque en cuivre tournant; avec la bobine, cet enraiement est d’autant plus fort, que la vitesse de la bobine est plus grande.
- Le même résultat peut être obtenu avec un disque en acier, mais dans ce cas, l’effet produit est fondé sur un autre principe.
- L’amortissement mentionné ci-dessus est indispensable dans plusieurs systèmes de lampes, il est utile également dans celles de M. Tchikoleff, et, d’après lui, l’amortisseur de Foucault est moins
- (1) Lumière électrique, T. 3, p. 237.
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- compliqué, plus commode et beaucoup plus sûr que les amortisseurs pneumatiques qui demandent à être soigneusement préservés de la poussière, ou que les amortisseurs à liquides, dont le maniement est toujours incommode, surtout dans les pays froids. _________
- Application du nickelage pour les clichés.
- Jusqu’à ces dernières années, le seul métal employé pour le clichage des gravures était le cuivre, depuis quelque temps, plusieurs clicheurs remplacent pour certains clichés ce métal par le nickel ; parmi eux nous citerons MM. Boudreaux, Chris-tophle, Lionnet.
- Chez MM. Boudreaux, cette application du nickel se fait depuis 1877. On sait que le nickel est un des derniers métaux que l’on soit parvenu à déposer en couches régulières sur des moules conducteurs. Dans les solutions neutres ou légèrement acides de ces sels, ce métal se déposait sous forme spongieuse, pulvérulente, et se détachait bientôt des moules. C’est M. Becquerel père qui est parvenu le premier à obtenir des dépôts minces adhérents de nickel, en opérant dans des solutions alcalinisées par l’ammoniaque; mais s’il est facile par ce procédé, c’est-à-dire par l’emploi d’une solution de sulfate double de nickel et d’ammoniaque, d’obtenir sur des métaux un dépôt mince de nickel, il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de produire un dépôt épais de ce métal sur des empreintes en cire ou en gutta.
- Le nickel étant trois fois plus résistant que le cuivre, un dépôt de ce métal de quelques dixièmes de millimètre aura une résistance égale à celle d’un dépôt de cuivre de 1 millimètre, et cette qualité sera précieuse pour la reproduction des objets d’art.
- Voilà donc toute une série de qualités précieuses, auxquelles vient s’ajouter le prix peu élevé du nickel; elles conduisent comme on le voit à d’intéressantes et utiles applications, auxquelles MM. Boudreaux, qui ont bien voulu nous communiquer ces renseignements,auront contribué pour une large part.
- Piano électrique de M. Baudet
- M. Baudet bien connu des musiciens pour son charmant piano quatuor, a envoyé à l’exposition un piano électrique très curieux qui est une conception entièrement nouvelle et n’ayant aucun rapport avec les pianos électriques de MM. Spiess, Hipp et Froment déjà décrits dans l'Exposé, des applications de l'électricité de M. Th. du Moncel. v Dans ce système, en effet, on n’a pas eu pour but de faire fonctionner électriquement les marteaux du piano, afin de pouvoir le faire agir à distance, mais simplement d’ajouter au mécanisme des pianos ordinaires, un dispositif électro-magnétique permettant de prolonger les sons et de leur faire produire des effets d’orgue d’une grande suavité. A cet effet, on a
- adapté au haut du piano et au-dessus de chacune des cordes, de petits marteaux supplémentaires conduits par des armatures d’électro-aimants disposées en trembleurs, comme dansles sonneries électriques. On s’est arrangé, d’ailleurs, et c’est là la condition importante, pour que les vibrations de ces sortes de trembleurs fussent à l’unisson de celles des cordes du piano auxquelles ils correspondent. Un simple réglage de l’écart de l’armature suffisait pour cela.
- Si l’on suppose maintenant au-dessous de chacune des touches du piano, un interrupteur de courant constitué, soit avec des ressorts en col-de-cygne, comme dans l’enregistreur des improvisations musicales de M. Th. du Moncel, soit avec des tiges plongeant dans du mercure, comme dans l’orgue de Saint-Augustin, et que les fermetures du courant ainsi produites, puissent animer les électro-aimants des trembleurs, à chaque abaissement des touches, on comprendra aisément qu’au moment où l’on touchera le piano, il se produira pour chaque note, un double effet : i° celui, déterminé par les martaux du piano, 20 celui, résultant des vibrations des trembleurs. Les premiers seront brusques, comme ceux des pianos ordinaires; les seconds, seront prolongés comme ceux de l’orgue, et dureront tout le temps que le courant sera fermé, c’est-à-dire, tout le temps que les touches du piano seront abaissées. Or, il résulte de ces deux caractères d’effets que, suivant le mode d’attaque de la note par le musicien, on peut obtenir des sons très différents. Si l’on touche le piano avec vigueur et prestesse, les sons produits par les marteaux du piano, prédomineront, et on ne distinguera qu’un jeu de piano ordinaire; mais, si on joue avec une certaine lenteur, sans forcer la note, on n’aura guère que les sons résultant des vibrateurs, c’est-à-dire, des sons d’orgue, extrêmement agréables à l’oreille. Enfin, pour un jeu moyen, on aura les deux effets combinés.
- Dans les notes graves, ces effets sont excellents,
- . car le synchronisme des vibrations des trembleurs et des cordes correspondantes peut s’effectuer aisément; mais dans les sons aigus, le problème est plus difficile à résoudre, et dans l’appareil exposé, on n’obtient guère que des effets de trémolo qui disparaissent même par un jeu rapide de l’appareil. Sous ce rapport, l’instrument a besoin d’être perfectionné et d’avoir pour organes électro-magnétiques des électro-aimants d’une masse plus petite, et ayant moins de magnétisme rémanent; mais cette convention n’est.qu’à son début, puisqu’elle n’a été combinée qu’en vue de l’Exposition électrique, et nous ne doutons pas que toutes les imperfections qu’on remarque ne disparaissent promptement à la suite de nouvelles études. En attendant, nous pouvons dire qué le résultat déjà obtenu est très intéressant, et donne lieu de supposer qu’on pourra tirer de ce système un grand parti.
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- Naturellement, le dispositif électrique ne fonctionne qu’à la volonté de l’artiste, et pour le mettre en action, il suffit d’appuyer sur un interrupteur placé sur le côté gauche du piano. On peut donc se servir de cet instrument comme d’un piano ordinaire.
- Une pile à bichromate de potasse de 6 éléments disposée en 3 séries d’éléments doubles du modèle de M. Cloris Baudet, frère de l’inventeur, suffit pour le fonctionnement de ce système.
- Afin de permettre de renforcer les sons dans les grands effets de « forte », M. Baudet a ajouté à son piano, au-dessous du clavier, une genouillière, c’est-à-dire une sorte de planchette à charnière que l’on place entre les jambes, et qui étant inclinée de côté plus ou moins, réagit sur une bascule ayant pour fonction : i° d’introduire dans le circuit une pile de 2 éléments doubles; 20 d’écarter un peu les ressorts des trembleurs au moyen d’une longue traverse qui les soulève tous. De cette manière, l’amplitude des vibrations des marteaux additionnels se trouve augmentée, ainsi que la force qui agit sur eux, et les sons peuvent être renforcés dans une assez grande proportion.
- Ce piano intéressant est placé dans le salon faisant partie des pièces où l’on a voulu montrer les applications domestiques de l’électricité.
- M. Baudet a du reste combiné tout récemment un autre dispositif plus simple et qui donne encore de meilleurs résultats; il supprime les trembleurs et fait réagir directement les électro-aimants sur les cordes du piano, qui sont pourvues en un point correspondant à un nœud de vibration, d’un fil fin de fer qui descend dans de petites capsules remplies de mercure et constituant des interrupteurs. Par ce moyen, on est certain que la vibration est entretenue à l’unisson du son fondamental de la corde, et le mécanisme devient infiniment plus simple. Il faut seulement que les cordes du piano soient horizontales, ce qui exige des pianos spéciaux. Un modèle de ce dispositif figurera, du reste dans quelques jours, dans l’exposition de M. Baudet.
- Nous devrons dire encore quelques mots du second piano exposé par M. Baudet. C’est un piano quatuor électrique qui, comme le pianista, est mis en mouvement par un moteur électro-magnétique.
- On sait que dans ce curieux instrument les sons sont produits par des frictions exercées par de tout petits archets en crin sur un cylindre tournant recouvert d’une sorte de parchemin ; la grosseur et la longueur de ces sortes d’archets donnent la valeur de la note, et pour obtenir la rotation du cylindre, on emploie ordinairement des pédales disposées comme celles des harmoniums. C’est pour éviter ce mouvement des pieds qu’on a adapté au piano un électro-moteur, et cet électro-moteur est placé en arrière à la partie supérieure du piano.
- MINISTÈRE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
- CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS
- Paris. — 1881.
- LISTE DES MEMBRES DU JURY
- Allemagne (Empire d’)
- MM. le Dr de Beetz, professeur à Munich.
- le 1> Brix, ingénieur des Télégraphes à Berlin.
- le Dr Clausius, conseiller intime à Bonn.
- Hegener, directeur à Cologne.
- le D1' Kundt, professeur à Strasbourg.
- le Dr Paalzow, professeur à l’École polytechnique supérieure à Berlin.
- le Dr Voller, directeur de l’Institut physique à Hambourg.
- le Dr YVarburg, professeur à Fribourg en Brisgau.
- le Dr Wiedemann, professeur, conseiller auli-que à Leipzig.
- le Dr Wulner, professeur à Aix-la-Chapelle.
- Autriche (Empire d’)
- MM. le baron Joseph Engerth, ingénieur civil.
- Kareis, ingénieur des Télégraphes.
- de Leder, commissaire d’Autriche à l’Exposition internationale d’électricité.
- le Dr Militzer, conseiller de section au Ministère impérial et royal du commerce, membre correspondant de l’Académie des sciences de Vienne.
- Pontzen (E.), ingénieur civil.
- Relgique (Royaume de)
- MM. Banneux, ingénieur en chef des télégraphes de l’État, membre de la Commission belge de l’Exposition d’électricité.
- Barlet, ingénieur en chef, chef de service de l’éclairage et du chauffage aux chemins de fer de l’État.
- Belpaire, administrateur des chemins de fer de l’État.
- Cody, architecte au département des travaux publics, membre secrétaire de la Commission belge de l’Exposition d’électricité, à Bruxelles.
- Gody, capitaine d’artillerie, professeur de chimie appliquée à l’École de guerre.
- Malevé, capitaine en premier du génie, commandant de la compagnie des télégraphistes de campagne.
- Montigny, membre de l’Académie royale des Sciences.
- Pérard, professeur à l’Université de Liège.
- Rommelaere, chimiste au Musée royal de l’industrie.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- MM. Rousseau, professeur à l’Université de Bruxelles et à l’École militaire,
- Valerius, professeur à l’Université de Gand.
- Danemark (Royaume de).
- M. Lorentzen (V.), ingénieur des télégraphes de l’Etat.
- Espagne (Royaume d’)«
- MM.. Arantave (Enrique de), inspecteur générai des Télégraphes de l’île de Cuba.
- . Monténégro (Adolfo), inspecteur des Télégraphes.
- Urena (Justo), directeur des Télégraphes.
- États-Unis de l’Amérique du Nord*
- MM. Barker (George-F.), MD, MNAS, professeur de physique à l’Université de Pensyl-vanie.
- Freeman (Frank-L.), inspecteur principal de la Section électrique de Y United State; Patent Office.
- Goodwin, constructeur à Paris.
- * Heap (David-P.), capitaine du corps des ingénieurs à V United States Army.
- Mac Lean (T.-C.), lieutenant de vaisseau à l’United States Army.
- Rowland (H--A.), PHD, MNAS, professeur de physique à Johns Hopkins University.
- France.
- MM. Teisserenc de Bort, sénateur, ancien ministre de l’Agriculture et du Commerce, président du Comité technique.
- Berthelot, sénateur, membre de l’Institut, inspecteur général de l’Université, professeur au Collège de France.
- Dupuy de Lôme, sénateur, membre de l’Institut.
- Wurtz, sénateur, membre de l’Institut, président de l’Académie des sciences.
- Paul Bert, député, professeur à la Faculté des sciences de Paris.
- Hervé-Mangon, député, membre de l’Institut.
- Lesguillier, député, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, directeur des chemins de fer de l’État.
- Becquerel (Ed.), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire des arts et métiers, professeur au Muséum d’histoire naturelle.
- Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie
- n des sciences, professeur à l’École polytechnique et au Collège de France.
- Cailletet, membre correspondant de l’Institut.
- Cornu, membre de l’Institut, professeur à l’École polytechnique
- Debray, membre de l’Institut.
- Desains, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des sciences de Paris.
- Dumas (J.-B.), membre de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.
- Fizeau, membre de l’Institut.
- Frémy, membre de l’Institut, professeur à l’École polytechnique, professeur au Muséum d’histoire naturelle.
- Friedel, membre de l’Institut.
- Janssen, membre de l’Institut, membre du Bureau des longitudes, directeur de l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon.
- Lœwy, membre de l’Institut, membre du Bureau des longitudes.
- Marey, membre de l’Institut, professeur au Collège de France.
- le comte du Moncel, membre de l’Institut.
- le contre-amiral Mouchez, membre de l’Institut, membre de l’Observatoire de Paris.
- le lieutenant-colonel Perrier , membre de l’Institut.
- Tresca, membre de l’Institut, professeur au Conservatoire des arts et métiers.
- Allard, inspecteur des Ponts et chaussées, directeur du service central des phares,
- Angot, au bureau central météorologique.
- d’Arsonval , préparateur au Collège de France.
- Banderali, ingénieur de la compagnie des chemins de, fer du Nord.
- Baron, directeur au Ministère des postes et des télégraphes.
- Bergon, administrateur, chargé du service technique au Ministère des postes et des télégraphes.
- Bertin-Mourot , sous-directeur à l’École normale supérieure.
- Bichat, maître de conférences à la Faculté des sciences de Nancy.
- Blavier, directeur-ingénieur des Télégraphes, directeur de l’École supérieure de télégraphie.
- Bontemps, inspecteur-ingénieur, professeur à l’École supérieure de télégraphie.
- Bouty, professeur au Lycée Saint-Louis.
- Clérac, ingénieur des Télégraphes.
- Crova, professeur de physique à la Faculté des sciences de Montpellier.
- Fernet, inspecteur général de l’enseignement secondaire,
- Forquènot, ingénieur de la traction à la compagnie des chemins de fer d’Orléans.
- Gariel, ingénieur des ponts et chaussées, agrégé de physique à la Faculté de médecine de Paris.
- Gaussin, ingenieur-hydrographe en chef.
- Gavarret, professeur de physique à la Fa-
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- Troost, maître de Conférences à l’Ecole normale supérieure.
- Trotin, ingénieur, chef du service de la vérification et de la réception du matériel au Ministère des postes et des télégraphes.
- Violle, professeur à la Faculté des sciences de Lyon.
- Williôt, chef du service technique du sous-directeur des travaux de Paris.
- Wolf, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris.
- culté de médecine de Paris, inspecteur général de l’enseignement supérieur.
- Gernez, professeur au Lycée Louis-le-Grand et à l’Ecole centrale des arts et manufactures.
- le colonel Goulier.
- Guillebot de Nerville, inspecteur général des mines.
- Joubert, secrétaire général de la Société française de physique, professeur au collège Rollin.
- le colonel Laussédat, directeur des études à l’Ecole polytechnique, professeur au Conservatoire des arts et métiers.
- Leblanc (Félix), professeur à l’École centrale des arts et manufactures.
- Lecçeuvre , ingénieur civil, professeur à l’École centrale des arts et manufactures.
- Le Roux, professeur de physique à l’Ecole supérieure de pharmacie, répétiteur à l’Ecole polytechnique.
- Lippmann, maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris.
- Luuyt, ingénieur en chef des Mines.
- de Luynes, professeur au Conservatoire des arts et métiers.
- le colonel Mangin.
- Marié, ingénieur en chef du matériel et de la traction à la compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée.
- Marié-DavY, directeur de l’Observatoire météorologique de Montsouris.
- Mascart, professeur au Collège de France, directeur du Bureau central météorologique.
- Mathieu, capitaine de vaisseau.
- Moutier, professeur de physique au Collège Sainte-Barbe.
- Pellat, professeur au Lycée Louis-le-Grand.
- Pollard, ingénieur des constructions navales.
- Potier, ingénieur en chef des Mines, professeur à l’Ecole Polytechnique et à l’Ecole des Mines.
- Quet, inspecteur général de l’enseignement secondaire.
- Raynaud, inspecteur des télégraphes, professeur à l’Ecole supérieure de télégraphie.
- Rociiard, inspecteur général de la marine, membre de l’Académie de médecine.
- le général baron de Saint-Cyr Nugues, président de la Commission de télégraphie militaire.
- Sartiaux, ingénieur en chef adjoint à la compagnie des chemins de fer du Nordi
- Sèr, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures.
- Terquem, professeur à la Faculté des sciences de Lille.
- Grande-Bretagne et d’Irlande (Royaume Uni de).
- MM. Crampton, FRS, ingénieur civil.
- Grooices (W.), FRS.
- le Dr De la Rue (Warren), LLD, DCL, FRS, à Londres.
- Everett (J.-D.) professeur, FRS, à Belfast (Irlande).
- Moulton (J.-F.), FRS, à Londres.
- Stroii (A.), ancien constructeur-mécanicien.
- Preece (W.-H.), FRS, électricien en chef de l’administration des télégraphes, à Londres.
- Forbes ancien professeur de physique.
- le major Armstrong, RE.
- SlIELFORD BlDWEL.
- Hongrie (Royaume de).
- N....
- Italie (Royaume d’).
- MM. Ferraris (Galileo), professeur de physique au Musée industriel de Turin.
- Maroni, directeur général du service télégraphique des chemins de fer de la Haute-Italie.
- Ferrini (Rinaldo), professeur de physique technologique à l’Institut- technique supérieur de Milan.
- Botto (Antoine), capitaine du génie, représentant de l’Institut topographique militaire.
- Rossetti (François), professeur de physique à l’Université de Padoue.
- Japon (Empire du).
- M. Becquerel (Henri), ingénieur des Ponts et Chaussées.
- Norvège (Royaume de).
- MM. le Dr Brocii (O.-J.), ancien ministre, professeur à l’Université de Christiania.
- Bugge (J.-U.-F.), inspecteur des télégraphes.
- Koren (B.-J.-R.), capitaine de la marine norvégienne.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Pays-Bas (Royaume: des).
- MM. Colette (J.-M.), chef du); service technique des télégraphes, à La Hayev,,Vr
- Van Kerkwijk (J.-J.), membre des Etats généraux, à La Haye.
- Van der Vegte (Z.), inspecteur divisionnaire des lignes télégraphiques.
- Russie (Enpire de). -- ;
- MM. Egoroff, professeur de physique à l’Üniver-sité impériale de Varsovie.
- Oksciiewsky (Thomas), ingénieur technologue de première classe, délégué par l’Expédition pour la fabrication des papiers de l’État, à Saint-Pétersbourg. * .
- Stoletow.
- Tchikoleff (Vladimir), directeur de l’éclairage électrique au département de l’artillerie, à Saint-Pétersbourg.
- Walberg, général-major du génie. ,
- Suède (Royaume de).
- MM. Daiilander (G.-R.), professeur de physique à l’École polytechnique supérieure, à. Stockholm.
- Ekermann (C.-F.), capitaine de la marine suédoise.
- Staaff (F.-N.), colonel, attaché militaire de l’ambassade de Suède et Norvège, à Paris.
- Stork (J.), directeur des télégraphes des chemins de fer de l’État.
- Thalen (T.-R.), professeur de physique à rUniversité d’Upsala.
- Suisse (Confédération).
- MM. Amsler, professeur, à Scliaffouse.
- Hagenbach, professeur, à Bâle.
- Rotiien (Timothée), adjoint à la direction des télégraphes, à Berne.
- Wartmann, professeur, à Genève.
- FAITS DIVERS
- »-A/VWWWW- I
- La Lumière Électrique remercie cordialement ceux de ses confrères qui reproduisent ses articles et ses dessins, comme le fait, par exemple, le ^identifie American dans son numéro du 17 septembre; elle voit dans ces reproductions une preuve que ses gravures sont bonnes et que ses articles sont de la valeur. Elle voudrait seulement que ceux qui lui font cet honneur voulussent bien dire d’où viennent ces articles et ces bois; ce serait de toute justice autant que de bonne confraternité.
- Jeudi dernier 22 septembre, à 8 heures 1/2 du soir, a eu lieu dans la salle du Congrès, au Palais de l’Industrie, une grande réunion de la Société des ingénieurs télégraphistes
- et électriciens) de Londres. On sait l’initiative qu’à T ù pyendfe^cèttefSoèiété, à l’occasion de la présente tion, en|présèkce'tdè l’indifférence du gouvernement anglais La décisioniqü’ëlie a prise de tenir à Paris, pendant le Congrès, plusieurs de ;ses séances et d’y inviter les membres du Congrès et un certain nombre de savants présents à Paris, est une'nouvelle marque de sympathie pour la grande réunion scientifique provoquée par la France.
- A la séance.rde .lundi,, après l’échange de quelques paroles courtoises entre Te,Président de la réunion, M. le Ministre des postes et télégraphes, Président du Congrès, et quelques autres membres, Ta. parole a été donnée à M. Merca-dier pour une conférence'sur ses recherches de radiophonie. Les travaux de M. Mercadier ont été publiés ici-môme, et nous n’avons pas à y revenir; sa conférence, nettement conçue, en présentait un excellent résumé, et il a été vivement applaudi," surtout lorsqü’en termina:, t il a indiqué quelques applications scientifiques des principes de la radiophonie, et i fait prévoir; s pour un avenir peu éloigné de grandes applications pratiques de cette nouvelle branche de la science.
- , r. > ' r
- ’ . > >. i .. . .. :
- Éclairage électrique.
- Nous avons déjà parlé des éclairages que l’on installe en ce moment à Liverpo'ol. Le Times contient à ce sujet, dans son nufiiérô du 9 septembre, les détails suivants : . *
- « Les nouveaux docks, à Liverpool, dont l’inauguration officielle a été faite le 8 courant par le' prince de Galles, seront entièrement éclairés'par Ta-lumière électrique au moyen de puissants arcs lumineux. Le pouvoir éclairant de chacun d’eux équivaudra à 6.000 bougies. Ils seront supportés par des colonnes en treillis d’une hauteur de 80 pieds. Trois de ces supports 6ont déjà posés. Ils différeront de ceux généralement emplojés, en ce que chaque poteau se sou-tienr, par lui-même, sans supports ni câbles qui gêneraient les manœuvres. La dispersion de la lumière s’effectue au moyen d’un abat-jour conique circulaire émaillé intérieurement, qui répand une lumière suffisante dans un rayon de 140 mètres du foyer. L’ingénieur de la Compagnie des Docks a l’intention de ne s’en servir à présent .qu’à.T’heùre delà marée, au moment de l’entrée et de la sortie des navires. Une cértaine étendue de magasins a de même été éclairée par l’électricité d’une manière très ’ satisfaisante, et prochainement le système sera.appliqué aux autres magasins, docks et débarcadères. Quand la lumière i sera nécessitée sur un point donné, pour le chargement ou le déchargement d’un navire pendant la nuit, on aura recours à une installation portative qui pourra fournir de 1 à 3 puissantes lumières. L’appareil est, en apparence, semblable à une grue portative, et occupe à peu près le même espace.'Cette installation a été faite sous la conduite de M. Killingworth Hedges C. E., et l’appareil fabriqué par» The Electric Lighting Supply Company of London ».
- Les lampes et autres appareils employés à cette installation fonctionnent en ce moment, à l’Exposition, à la vitrine de M. Hedges.
- Le panorama de Westminster, inauguré dernièrement à Londres, est éclairé à l’aide de lampes Soleil. 20 de ces lampes sont placées au-dessus du toit de la plate-forme sur laquelle se tiennent les spectateurs, et sans que ceux-ci puissent les apercevoir, projettent leur lumière sur le panorama. Trois autres foyers sont placés à l’extérieur du bâtiment et un autre éclaire la salle des machines.
- Ces 24 foyers forment 4 circuits de 6 lampes et sont ali mentés par deux machines Lachaussée-Lambotte.
- Le Gérant : A. Glénard. Paris. — Typographie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. —(495)
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- TABLE DES MATIÈRES
- A
- APPLICATIONS DE LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Effets nouveaux produits par la lumière électrique au théâtre,
- à New-York.................................................. 16
- Application de l'éclairage électrique Brush dans la ville de
- Lincoln. ................................................... 32
- Application de la lumière électrique de Joël dans les bureaux
- de la « Prudential Assurance Company », à Londres. . 32
- Emploi de la lampe électrique Sedleaczek sur le chemin de
- fer Saint-Michaël, Leoben, Autriche......................... 32
- Éclairage du paquebot City of Richmond par les lampes
- Swan....................................................... 32
- Projet d'éclairage électrique de la cathédrale et du château de
- Durham..................................................... 32
- Installation de la lumière électrique Brush en différents
- points de Boston........................................... 48
- Éclairage électrique de Mansion-House de Dublin . par le
- système Brush............................................... 48
- Éclairage de l’avant-port du Elavre par les procédés fa-
- blochkoff.................................................. 48
- Installation d’éclairage électrique chez MM. Baratti et Milano,
- confiseurs à Turin. , . , . ............................ 48
- Installation de la lumière Brush aux docks de M. Chatam. 48
- Installation de la lumière électrique Swan à bord du grand
- paquebot Sei'via....................................• . 48
- Éclairage électrique du' canal de Suez.......................... 48
- Éclairage électrique de l’Exposition annuelle d’Horticulture
- aux Champs-Elysées........................ ..... 48
- Éclairage électrique du tunnel du Saint-Gothard................. 80
- Ajournement de l’éclairage électrique de la place de l’Opéra
- à Berlin.................................................... 80
- Installation de candélabres de 150 pieds de hauteur au Parc
- Central de New-York, par la Compagnie Brush............. 80
- Formation d’une Compagnie d’éclairage électrique à Dublin. 86 Éclairage du paquebot le Château-Lèoville par des lampes
- Swan.................................................... 80
- Éclairage électrique de la gare de King’s Cross, à Londres. 80 Éclairage électrique de la ville de Monrose, en Écosse. ... 80
- Éclairage des nouveaux offices du Gouvernement, à Québec. T12 Application de la lumière électrique à la photographie des
- scènes de théâtre, aux États-Unis...................... . 128
- Proposition pour l’éclairage électrique de differents quartiers
- de Londres............................................... 128
- Application domestique de la lumière électrique chez les
- Mormons ................................................... 128
- Application de la lumière électrique dans les fonderies de
- Rhymney (pays de Galles).............................. 128
- Éclairage du polyphénie par la lumière Brush............... 128
- Éclairage électrique du port du Havre, par M. A. Guerout. 132
- Éclairage électrique de la gare de Naples....................... 144
- Éclairage électrique système Lontin, par M. C. C. Soulages. 149 Formation nouvelle d’une Compagnie de lumière électrique
- à Londres . . . «........................................ 160
- Éclairage électrique par le système Jablochkoff, par M. F.
- Géraldy...................................................... 185
- Installation de la lumière électrique dans plusieurs établissements à Ipswich............................................... 192
- Installation à Metz de tout un matériel d’éclairage électrique
- de campagne.................................................. 192
- Éclairage électrique d’une manufacture de coton, à Calcutta. 192
- Lettre de M. Descamps au sujet de l’article de M. Guerout
- sur l’éclairage électrique du Havre. ............................. 223
- Eclairage électrique introduit dans les houillères et fonderies
- de Mostym, dans le nord de l’Angleteire................. 224
- Installation de l’éclairage Brockic au Post-Office de Londres. 240 Éclairage électrique du port de Belfast avec la lumière
- Crompton................................................ 240
- Éclairage des docks de Londres sur une longueur de 4 miles . 240
- Installation de l’éclairage électrique Crompton à la station de
- King’s Cross ........................................... 240
- Éclairage électrique dit théâtre de Covent-Garden, à Londres. 240
- Éclairage de la gare de King’s Cross........................ 256
- Éclairage des boulevards et des principales rues de Vienne. 256 Éclairage de la place du Carrousel, par la Société lyonnaise
- d’Ëclairage électrique.................................. 288
- Éclairage d’une fabrique de coton en Angleterre, par la
- lampe Swan.................................................. 288
- Éclairage du bureau du journal U New Z cia ud Herald avec
- des lampes Brush.......................................... 288
- Éclairage du port de Limerick par les Rampes Siemens . . . 288
- Établissement d’un atelier de construction de machines électriques, à Liverpool........................................ 320
- Éclairage du port de Belfast au moyen de lampes Crompton. 320 Achèvement du phare de Planier, éclairé à la lumière électrique ....................................................... 320
- Éclairage du dock Alfred Greving, à Melbourne................... 320
- Application de l’éclairage électrique à La Haye, à Utrecht, à
- Amsterdam et à Rotterdam................................ . 320
- Éclairage de la cour carrée du Louvre par des globes du système Lontin.......................’......................... 352
- Éclairage du vapeur Arabique à l’aide des lampes Swan. . . 552
- Éclairage électrique du parc d’East-Bourne...................... 352
- Éclairage électrique à Liverpool................................ 352
- Éclairage du paquebot le City of Worchester par 270 lampes
- Edison.................................................. . 4°°
- Éclairage électrique du Falstaff-Club de Londres.............. 409
- Installation de l’éclairage électrique de certains magasins du
- West-End à Londres avec le système Edison. . . s- ; 400
- Installation d’éclairage électrique à Rouen, au Havre, à
- Dieppe et à Fleury-sur-Andelle.............................. 400
- Éclairage électrique des nouveaux docks de Liverpool, . . 420
- Éclairage du panorama de Westminster par les lampes Soleil. 420
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-
-
-
- 422
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- APPLICATIONS DE l'ÉLECTUICITÉ AUX CHEMINS DE FEU
- Prolongation du chemin de fer électrique de Berlin jusqu’il
- Felton et Potsd.im.........................................
- Modèle de chemin de fer électrique à l'Exposition de Francfort...........................................................
- Modèle de chemin de fer électrique à l'Exposition industrielle
- de Milan................................................... 16
- Accident survenu sur le chemin de fer électrique de Berlin. 16 Les chemins de fer électriques et la -transmission de la force
- par l’électricité, par M. A. Siemens, — M. A. Gucrout. 42
- Nouveau chemin de fer électrique à Milan....................... 48
- Chemin de fer électrique de Cristal Palace, à Londres. . . 48
- Application des chemins de fer électriques pour l'exploitation
- des mines de charbon dans la haute Silésie ...... 80
- Construction du chemin de fer électrique de l'Exposition, à
- Paris, , ....................................................... 80
- Chemin de fer électrique de Lichterfelde, par M. A. Guerout. 85 Projet d'établissement d’un tramway électrique de Charlo-
- tembourg, à Spandow........................................... 96
- Etablissement d'un chemin de fer électrique près de Mairand,
- dans le Tyrol................................................... 96
- Tramway électrique essayé sur la ligne de Uoubaix à Tourcoing. . . .................................................... 128
- Projet de chemin de fer électrique de Mœdling à Brulil. . . 128
- Chemin de fer et ascenseur électriques de l'Exposition de
- Francfort..................................................... 144
- Projet de chemin de fer électrique à Wiesbadc. ...... 304
- APPLICATIONS DE L' ÉLE CTRICITÉ A l’hOKLOGERIE
- s'accomplissent dans les cylindres des machines à vapeur,
- par M. M. Deprez........................................ . 12-
- Télémètre électrique de M. Le Goarant de Tromelin, ... 52
- Application de l'électricité à l'étude des phénomènes très
- rapides, par M. M. Deprez (2* article)..................... 58
- Id. — Id. — 3* article.................................267
- Id. — Id. — 40 article............................. 282.
- Id. ~ Id. — 5e article................................293
- Allumeur des becs de gaz de Gaiffe............................... 75
- L'électricité à la guerre, par M. F. Géraldy........................117
- Id. — Id. — 2e article............................... 251
- Nouveaux essais de bateaux à torpille, aux Etats-Unis. . 144
- Le thermomètre électrique en médecine, par M, A. Guerout. 153
- Massage électrique ............................................... 158
- Une nouvelle application de la balance d’induction de
- M. Hughes (opération du président Garfield).....................190
- Timbre à enregistreur électrique....................................190
- Explorateur chirurgical d'induction de M. Hughes, par
- M. Th. du Moncel. . 219
- Machine à voter de M. Roncalli .....................................224
- Un çouvernhil électrique............................................237
- Un monocorde électrique.............................................238
- Gravure sur verre par l’électricité. ...............................233
- Lampe de sûreté à fermeture magnétique..............................269
- Quelques applications de l'électricité à l'industrie des textiles...................................................... ... 350
- Appareil pour mesurer les rations d’avoine à donner aux
- chevaux.........................................................366
- Chronographe enregistreur à vitesse variable, par M. E. Mer-
- cadier..........................................................404
- Piano électrique de M. Baudet.......................................416
- Installation de deux horloges électriques à Grenoble. .... 32
- Extrait du rapport du directeur de l'Observatoire de Paris,
- relatif à la distribution de l'heure........................ 90
- Transmission de l'heure à Marseille par l’Observatoire de
- Paris, , ................................................... 272
- L’horlogerie électrique à l'Exposition, par M. Th. du Moncel. 337 Transmission du midi vrai à Anvers...................... 384
- AVIS AUX LECTEURS
- Avis aux lecteurs. . . . .......................... 1
- B
- APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ AUX A N-N ONCES d’incendie
- BIBLIOGRAPHIE
- Le télégraphe de quartier (District Telegraph), parM. F. G'é-
- raldy.....................................................
- Rapport de la Commission de Bruxelles sur les moyens à
- employer dans les théâtres en cas d’incendie..............
- Quiproquo résultant d'un mélange de fils sur le réseau des
- avertisseurs d'incendie de Milan . .......................
- Décision du .Conseil municipal du Havre sur les mesures à prendre pour éviter les incendies dans les théâtres. . , . Système d'alarme pour les feux, installé à Vienne , .... Les avertisseurs d'incendie à l'Exposition, par M. Géraldy.
- îd. — Id. — 2° article................................
- Extension des postes avertisseurs d'incendie, à Paris. . . .
- Postes téléphoniques d'incendie, à Rouen.....................
- Pose de 72 nouveaux fils pour les avertisseurs d'incendie, à
- New-York..................................................
- Application de l'électricité au service des incendies........
- Nouveaux appareils à signaux pour appels téléphoniques pour avertissements d’incendie, de MM. Mackensîe et Pond, par M. Th. du Moncel-, ......................................
- applications diverses de l'électricité De l'application de l'électricité à l'étude des phénomènes qui
- 22
- Manuel élémentaire d'électricité, par MM. Fleming, Jenkin,
- par M. W. E. Ayrton....................................... 301
- Id, — Id. — 2e article................................ 316
- 80
- 176
- 192
- 224
- 289
- 304
- 304
- 336
- 396
- 401
- E
- électrictè atmosphérique
- Un cas de foudre à Genève................................
- Autre cas de foudre à Nîmes..............................
- Étude des orages, par M. Angot. . .......................
- Grand orage à William’s-Bridge (États-Unis). . ..........
- Statistique des orages en Europe................
- L'électricité atmosphérique et les fils téléphoniques....
- Le bolomètre.............................................
- Effets de la foudre à Faches-Tumesnil.............
- Orage violent dans le département du Nord................
- Un effet bizarre de la foudre au Puy...............
- Nécessité de la pose d'un câble sous-marin entre l'île de la Réunion et l'île Maurice, pour éviter les effets désastreux des syclones. .....................................
- 47
- 47
- 49
- 64
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- 142 160 160' 192
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-
-
-
- JOURNAL UNIVERSEL D'ÉLECTRICITÉ
- 423
- Un foudroiement d’une bande d’ouvriers dans la Caroline du
- Sud . . . ....................................... - • 24°
- ÉLECTRO-CHIMIE
- Galvanisation spontanée d’un piston de machine à vapeur. . 76
- Application de l’électricité à l’analyse chimique, par M. A.
- Guerout . . ............................................... 97
- L’électricité dans la rectification des alcools par M. A. Guerout ........................................................... 166
- Une curieuse application de la galvanoplastie. ...... 191
- L’électrolyse au point de vue des applications chimiques par
- M. À. Guerout .............................................. . 211
- La rectification des alcools par l’clectricité, par M. A. Guerout ........................ . ................................ 406
- Application du nickelage pour les clichés . . . .'..............1 416
- ÉLECTRO-MOTEURS
- Tramway électrique sur la ligne de Vincennes.................... 15
- Le transport électrique des lettres et journaux................. 28
- Car mû par un moteur électrique à Cincinnati ...... 128
- La transmission électrique du travail à grande distance par
- M. M. Deprez................................................... 179
- Id. — Id. — 2e article................................... 246
- Différences entre les effets qui se produisent dans les manœuvres des freins continus, suivant qu’ils sont mis en action par le vide, l’air comprimé, la vapeur, ou l’électricité .............................................................. 221
- Application des moteurs électriques............................. 237
- Les moteurs électriques à l’Exposition, par M. A. Guerout. . 262
- Des forces et des mouvements envisagés au point de vue de la science physique comme sous celui des théories rationnelles, et spécialement de celles de l’électricité, par M. de
- Gérando ........................................................ 267
- Id. — Id. — 2e article.................................. 283
- Sur le rendement des moteurs électriques par M. A. d’Ar-
- sonval icr article............................................ 315
- Id. — Id. —• 2e article , .............................. 349
- Id. — Id. — 3e article................................. 381
- Id. — Id. — 40 article................................. 389
- Tramway électrique de M. Siemens.............................. , 318
- Moteur de M. Griscom................................................ 333
- Transport de la force par l’électricité, par M. de Magneville. 377 Application des électro-moteurs à la marche du pianista . . 395
- ÉTUDES DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES Effets électriques se manifestant à bord des navires, par
- M. Ledieu. . -, ...................................... 14
- .Action des courants de haute tension sur les corps pulvéru-
- lants immergés dans les liquides..................... . . 27
- Loi thermique de l’étincelle excitatrice des condensateurs . . 29
- Les tubes de Crooke et la machine de Holtz ....... 29
- Transmission électrique à travers les corps ligneux, par
- M* Th. du Moncel. .................................... 33
- Communications au sol pour les usages télégraphiques ... 45
- Influence de la pression sur la conductibilité des fils «... '45
- Décharges d’un condensateur............................ . 46
- Énergie des courants téléphoniques ....................... 46
- Une curieuse expérience d’électricité statique............ 47
- La flamme considérée comme électrode, avec décharge d’électricité statique, ........................... 62
- Ëlectrolyse thermo-électrique...................... . . . < 63
- Les propriétés électriques des charbons ........................ 67
- Induction électrique résultant de l’étirement. , 109
- Sur l’osmose électrique. . 109
- Courants électriques au contact des liquides............... . 110
- Les ombres électriques........................................ 110
- Action chimique dans un champ magnétique 126
- Sur un corps artificiel doué de répulsions et d’attractions polaires.................................................... j 40
- Durée des courants induits, par M. R. Coulon (9“ article). . 170
- Id. — Id. — io° article................................ 198
- Source constante d’électricité par les cristaux hémièdres à faces
- inclinées ................................................. 173
- Des effets d’induction aux differents points d’un barreau magnétique .................................................. 174
- Réclamation de priorité de M Neyreneux, relativement à un travail de Holtz, sur la flamme considérée comme électrode ................................................... 208
- Une nouvelle expérience magnéto-électrique..................... 239
- Lettre de M. Manin à l’occasion de l’expérience de M. Gu-
- thrie...................................................... 304
- La réfraction de l’éleçtricité................................. 318
- Une curieuse cause de faute dans les lignes télégraphiques, . 318
- La réfraction de l’électricité, par M. A. Guerout.............. 330
- Lettre d’un abonné à propos de l’expérience de M. Guthrie . 351
- Sur la résistance des liquides à électrodes polarisées . . . ♦ 366
- Lettre de l’abbé Laborde au sujet de différentes expériences
- électriques .................... 399
- EXPÉRIENCES DE' LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Essais d’éclairage électrique à la Chambre des communes . . 48
- Essai d’éclairage électrique à bord du vapeur Daphné du
- Lloyd autrichien. . . ................................. 4^
- Expériences d’éclairage électrique aux mines de houille à
- Mansfield, avec les lampes Swan . . ..................... 64
- Expérience d’éclairage électrique sous l’eau, à Baltimore. , . 64
- Éclairage de l’Exposition de Malthansas à l’île de Cuba, avec
- le système Brush......................................... 64
- Projet d’éclairage électrique à Édimbourg.................. 64
- Expéiiences d’éclairage électrique à Versailles............... m
- Illumination de la face du château d’Holyrood, en Écosse. • 111
- Éclairage d’Alexandra Palace près de Londres, par 16 lumières
- Brush............................ ....................... m
- Projet d’éclairage des parcs de New-York, par des fannaux
- Éclairage des jardins de la Société d’Horticulture par la lumière électrique ............................................. 112
- Essai d’éclairage électrique du Yacht-Club de Londres. ... 112
- L’éclairage électrique pendant les fêtes du 14 juillet........ 144.
- La lumière électrique à l’Exposition de Francfort............. 144
- Éclairage de plusieurs rues et jardins de Dublin, avec la lumière Brush.................................................. 160
- Illumination des chutes du Niagara par la lumière électrique. 192 Projet d’éclairage de Stockholm par la lumière électrique . . 192
- Emploi de la lumière électrique dans les fêtes sportives orga-
- nisées le soir........................................... 192
- Illumination électrique faite à Tours pendant les fêtes du
- mois d’août............................»................. 224
- Emploi de la lumière électrique à bord de l’escadre pendant
- la campagne de Tunisie...................................... 224
- Extinction de l’éclairage électrique du concert du Palais-
- Royal .............................................. —24Q
- Exposition des différents éclairages électriques à Cardif (pays
- de Galles)................................................ 240
- Expériences d'éclairage électrique du système de MM. Desmont, Fitz-Gérald, à Londres.......................... • . i . 240
- Essai d’éclairage électrique au cap de Bonne-Espérance . . . 240
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-
-
-
- 4*4
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- •#
- Proposition d’éclairage électrique fuite à la Ville de Vienne
- par une Compagnie. . ....................................
- Applications de la lumière électrique, par M. C. C. Saulages. Éclairage du Musée deSouth-Kensington,du Musée Antcrie'n, du Palais de Cristola et de Guid-Hall, pendant les fêtes du
- Congrès medical international........................
- Détails sur l’éclairage électrique des fêtes de Tours .... Éclairage électrique de Cockermouth avec le système Brusli. Expériences de lumière électrique à Brighton avec des lampes
- André....................................................
- Éclairage électrique de la grande grotte de Dobscliau en Hongrie .........................................................
- Meeting à Newcastle, éclairé par des lampes Swan.............
- Éclairage de nuit de l’Exposition ...........................
- Essais d’éclairage électrique h Mexico.......................
- lluminatioii électrique du palais d’Holyrood pendant le séjour de la reine d’Angleterre. .....................» . . .
- Essai d’éclairage électrique à Norwich.......................
- Expériences d’éclairage électrique à Dundee. .......
- Formation d’une nouvelle Compagnie d’éclairage électrique en'
- Angleterre .........................
- Étude d’un système d’éclairage électrique approprié au Mexique. .........................................\...............
- Expériences de projection de lumière au fort Saint-Michel,
- prèsToul. . .......................................
- Éclairage de l’aquarium de Westminster, par des lampes
- Maxim éxcitées par des accumulateurs.....................
- Éclairage du Monte Pincio, à Rome............................
- Illumination électrique à York, à l’occasion de la 50° session
- de l’Association britannique.............................
- Proposition d’un matériel d’éclairage électrique mobile pour
- les travaux de nuit......................................
- Éclairage électrique des wagons................................
- Emploi de la lumière électrique à l’ile de la Réunion .... Autorisation d’emprunt pour plusieurs villes d’Angleterre,
- pour introduire l’éclairage électrique......................
- Essai d’éclairage électrique à Scarborough...................
- Continuation des essais d’éclairage électrique à Norwich. . . Étude de l’éclairage électrique des phares par le gouvernement ottoman...............................................
- Éclairage électrique d’un nouveau tunnel à Lyon ....
- F
- FAITS DIVERS
- Exposition électro-technique de Saint-Pétersbourg ....
- Liste des membres du Congrès d’électricité......................
- Plaque commémorative à la mémoire de Romas, à Nérac . Accident survenu à Berlin, en touchant les conducteurs de
- • lampes électriques.......................................
- Nomination, par le Gouvernement anglais, des commissaires
- pour l’Exposition internationale d’clectricité............
- Exposition américaine au Palais de l’Industrie................
- Exposition internationale des modèles et patentes, à Francfort-
- sur-le-Mein . ........................................
- Exposition internationale d’électricité — loi votée à l’occasion
- de cette Exposition, par M. F. Géraldy..................
- Nomination de. M. Freeman comme commissionnaire des
- États-Unis, ;ï l’Exposition électrique....................
- Brevets relatifs à la lumière électrique, pris en Amérique.
- Exposition nationale de Stuttgard...........................
- Insecte électrique. ........................................
- Nomination de M. Bourseul au grade de chevalier de la Légion d’honneur . ... . •. . ... . . . . Savants nommés par le Gouvernement allemand pour le Congrès des électriciens. < ........................... . . •
- 240
- 248
- 256
- 272
- 272
- 272
- Membres du Congrès désignés par l’Académie royale d’Irlande ......................................................
- Mesure à prendre pour faire visiter l’Exposition par les employés des télégraphes....................... . . . .
- Musée rétrospectif de télégraphie à Saint-Pétersbourg . . .
- m
- 368
- 384
- 1
- 272
- 272
- 287
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- 320
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- 400
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- 80
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- 344
- 3i9
- INSTRUMENTS ÉLECTRIQUES ET AUTRES SE RAPPORTANT AUX APPLICATIONS DE L ’ É L E C T R ICI T t
- La balance électro-dynamique, de M. Helmholtz. .... 140
- Voltamètre d’Hopkins..................................141
- Une nouvelle forme d’élcctromètre absolu..............141
- Les enregistreurs électriques «à l’Exposition, par M. Th. du
- Moncel.....................................................321
- Météorographc de M. Van-Rysslëlberghe, par M. F. Géraldy 323
- Métebrographe de M. Théorell d’Upsal, par M. Th. du M011-
- ccl...................................................... 369
- L
- LAMPES ÉLECTRIQUES
- Lampes électriques Brusli, par M. F. Géraldy................. 9
- Dépôt par M. TchikolcfF, au bureau du journal, de documents établissant ses droits de priorité pour son système de
- lampe électrique différentielle............................... 15
- La lampe Soleil, par M. C. C. Soulages........................... 37
- Les grands foyers Siemens à Londres, par M. C. C. Soulages ....................................................... 68
- Les bougies Jamin, par M. O. de Pezzer . ...................104
- Les foyers électriques à la fête du 14 juillet...............107
- Lampe différentielle deM. Schuckert............................. 125
- Action dés solénoïdcs dans leur emploi pour les lampes électriques......................................................126
- Réclamation de priorité de M. Tchikoleff pour les lampes
- Schuckert....................................................127
- Les lampes électriques système Million, par M. O. Kern . . 152
- Les lampes Werdermann, par M. F. Géraldy.........................200
- Lampes à arc voltaïque dans l’air confiné........................222
- Les lampes Werdermann, par M. F. Géraldy. ..... 232
- Réponse de M. Schuckert à M. Tchikoleff, au sujet de sa
- lampe . ......................-............... . 271
- Lampe électrique de M. A. Berjot, par M. Th. du Moncel . 294 Amortisseur pour les lampes électriques . . . . . . . 415
- LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Les propriétés hygiéniques de la lumière électrique .... 29
- Les réflecteurs à lumière électrique (appareil Balcstrieri), par
- M. F. Géraldy.................................................... 51
- Préparation dés miroirs paraboliques parla force centrifuge,
- par M. Latchinoff (M. A. Guerout)................................ 7°
- La mesure du charbon consommé dans les lampes électriques,
- par M. P. Jablochkoff ...........................................*4^
- Considérations sur la forme des miroirs paraboliques dans leur application comme réflecteurs électriques, par M. D.
- Latchinoff..................................................151
- Estimation des frais de l’éclairage électrique par incandescence,
- par rapport à ceux de l’éclairage au gaz....................160
- Le gaz et l’électricité, opinion de sir William Thomson . . 175
- p.424 - vue 428/432
-
-
-
- #'• journal universel d’électricité ‘ 42s
- Découverte d’un nouveau charbon propre à la lumière électrique, en Russie 224
- La lumière électrique à l’Exposition, par M. Th. du Moncel. 225
- La lumière électrique dans les mines.........................239
- Distribution du courant à* un grand nombre de foyers, avec dépense proportionnelle au travail produit, système imaginé par M. Joshua Horton................................... 240
- Charbons à lumière, par M. M. Le Blanc.......................' 253
- Id. — Id. — 2* article.............................326
- Lettre de M. Gravier, au sujet de l’article de M. Jablochkofl
- sur les charbons.............................................271
- M
- MACHINES A LUMIÈRE
- Le système Brush, par M. F. Géraldy........................ 6
- Recherches sur la machine dynamo-électrique, faites chez MM. Siemens et Halske, par le Dr O Froehlich (M. A.
- Guerout).................................................... 17
- Ëconomisateur de l’éclairage électrique, par M. D. Latcliinoff. 26 Nouvelle machine dynamo-électrique de M. E. W. Fein . 59
- Réponse de M. Gravier à M. Cabanellas sur le rendement
- des machines à lumière..................................... 77
- Représentation graphique des phénomènes qui s’accomplissent dans les machines dynamo-électriques, par M. M.
- Deprez . 100
- Réponse de M. Cabanellas à M. Gravier sur le rendement
- des machines à lumière.....................................142
- Robinet électrique, transformation, transport et emploi'de
- l’énergie...................................... . . . 206
- Les machines magnéto et dynamo-électriques, par M. A.
- Guerout ................................................... 229
- Réponse de M. Gravier à M. Cabanellas..........................288
- La machine et la lampe Westou, par M. C. C. Soulages. . 311
- Nouvelle réponse de M. Cabanellas à M. Gravier .... 319 Machine dynamo - électrique de MM. Jürgensen et Laurenz. 365 La machine Lachaussée-Lainbottc, par M. A. Guerout. ... . 387
- MAGNÉTISME
- Dynamomètre â rotation, à indications électriques, par M. A.
- Gravier................................................*. *27
- Réponse de MM. W. E. Ayrton et John Porry aux réclamations de MM. Deprez et Morin sur les dynamomètres et galvanomètres d’intensité..................................... . 159
- Nouvelle réponse de M. M. Deprez à MM. E. Ayrton et
- J. Perry . . . 207
- Les appareils de mesure électrique à l’Exposition, par M. A.
- Guerout......................................................279
- Les dynamomètres à l’Exposition, par M. A. Guerout (l#r article) ...................................................... 290
- Id, —• Id. — 2e article................................307
- Id. — Id. — 3e article................................341
- ïi. — Id. — 4e article................................356
- Id. — Id. — 5e article................................373
- Nouveau galvanomètre astatique de MM. Deprez et d’Ar-
- sonval, par M. M. Deprez.....................................309
- Sur un nouveau galvanomètre et sur les instruments destinés aux mesures électriques, par M. M. Deprez. . . - 340
- Photomètre athermane de M. R. Coulon........................344
- Photomètre électrique du Dr Fried G. Nachs...................367
- Lettre de M. J. Carpentier au sujet des dynanomètres . . . 398
- MICROPHONIE
- Étude sur le microphone, par M. le Dr Boudet de Paris (7e article) ....................................................... 2 5
- Id. — Id. — 8e article.............................. 4°
- Id. — Id. — 9e article............................. 204
- Id. — Id. — 10e article..............................4°9
- Sur une modification du microphone de M. Weatstone et son application aux recherches radiophoniques, par M. Graham
- Bell...................................................... 36
- Le microphone appliqué dans les prisons....................... 64
- Conditions de groupement des éléments d’une pile pour les
- transmissions microphoniques, par M. Dejongh. . . . 156
- L’ascoltatore Endogeno de M. G. Mugna........................270
- Fanfare Ader... .............................384
- P
- Lois des propriétés magnétiques, par M. Léo Errera . .
- Un électro-aimant gigantesque...............................
- Sur l’influence de la durée plus ou moins grande des fermetures de circuit, sur la force des électro-aimants, par
- M. Th. du Moncel.........................................
- Les électro-aimants à rondelles de fer, par M. Th. du Moncel.
- De l’aimantation des barreaux d’acier.......................
- Effet des semelles de* fer appliquées aux extrémités polaires
- des électro-aimants, par M. Th. du Moncel................
- Sur les métaux magnétiques..................................
- Sur les résistances relatives que l’on doit donner, dans les machines dynamo-électriques, aux bobines actives, aux électro-aimants inducteurs et au circuit extérieur, par sir William Thomson..............................................
- MESURES ÉLECTRIQUES
- . >
- Réponse de M. J. Morin à MM. W. Ayrton et Perry relativement à son dynamomètre................................
- Réponse de M. Marcel Deprez à MM. Ayrton et Perry
- relativement à leur galvanomètre d’intensité.........
- Les étalons de résistance . . . . -,...................
- Mesure absolue des courants par l’électrolyse...........
- 14
- 63
- 102
- 129
- 191
- 305
- î83
- 38s
- l’ILES ET GÉNÉRATEURS ÉLECTRIQUES
- Les accumulateurs voltaïques d’électriçité, par M. Th. du
- Moncel..................................................
- Observations au sujet de ces accumulateurs, par le président
- de la Société d’Encouragement........................
- Nouvelle pile secondaire de. M. Higgs....................
- La pile zinc-fer du Dr Uelsmann .........................
- Quelques éclaircissements au sujet des formules du montage
- des piles............................................
- Théorie du couple voltaïque..............................
- Les bobines d’induction à étincelles, par M. Th. du Moncel Nouvelle machine cinéto-électrique,’par M. M. Leblanc.
- Singulière prétention de M. Faure........................
- Formation de la pile Planté..............................
- Encore quelques renseignements sur les piles secondaires La force électro-motrice et l’énergie chimique de la pile.
- Les piles rotatives de M. Giovanni Mocetiigo.............
- Recherches sur les piles, par M. A. d’Arsonval (3® article).
- Id. - Id. — 4° article
- 15 Id. — Id. - 5e article
- Id. — Id. — 6e article
- 15 Id. — Id. __ 70 article
- 28 Id. — Id. — 8° article
- 107 Id. — Id. 9e article
- .2
- 6
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- 3«
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- 4$6
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE ' ^
- Hf
- La pile Planté dans son application aux freins électriques,
- par M. A. Achard............................................121
- Quelques considérations au sujet dès meilleures conditions de groupement des éléments d’une pile dans les applications
- téléphoniques, par4M.*A. Dejongh............................*5^
- Pile étalon....................................................IS7
- La machine rhéostâtique de M. G. Planté, par M. Th. du
- Moncel......................................................I^1
- ld. — Id. — 2e article..................................193
- Réclamation de priorité de M. Jablochkofî relativement à la
- machine sinéto-élecuiqiïe de M. M. Leblanc. . . . . 17 >
- Les dernières modifications de la machine de Holtz, par
- M. A, Guerout...............................................*8°
- Accumulateur au peroxyde de manganèse..........................207
- Pile à l’iode................-.............................2°7
- Modification de la pile Planté, par M. de Pezzer. .... 223
- Encore la pilé Faure. .........................................238
- Lettre de ,M. d’Arsônval au sujet de l’accumulateur au
- peroxyde de manganèse.......................................239
- Nouvel^ccumulateur électrique de M. Brush......................240
- Une nouvelle disposition de la pile à bichromate...............271
- Lettre de M. Ducretet au sujet de la pile de M. de Pezzer . 271
- Réclamation de priorité de M. Holtz relativement à la machine sinéto-électrique de M. Le Blanc...................503
- Autre lettre de M. Holtz, relative à la machine Tcepler. . . 304
- La machine dynamo-électrique comme source de courant
- pour les télégraphes....................................... 351
- Un nouvel accumulateur voltaïque*............................. 415
- R
- RADIOPHONIE
- Photophone de M. S. P. Thompson. ...................... 63
- Influence de la température sur les récepteurs radiophoniques à
- sélénium .......................... 75
- Nouvelle explication de l’action du sélénium................ 76
- Étude sur la radiophonie, par M. Mercadicr*(8e article) . . . 276
- Id. — Id. — 9e article . ............................ 295
- Id. — Id. — 10e article.............................. 347
- Un photophone à sélénium, sans pile......................... 415
- T
- TÉLÉGRAPHIE
- Activité 'considérable du service télégraphique â Caliors pendant la visite.du Président de la Chambre des députés. . 47
- Tour de force télégraphique entre Londres et Chicago. . . 47
- Liaison par un fil télégraphique de Hodida et de Djeddah au
- grand réseau sous^marin de Suez..................... 47
- Substitution de fils souterrains aux fils aériens en Angleterre. 47 Inexactitudes qui se produisent dans la transmission des
- dépêches ....................... .......... 61
- Le télégraphe en" météorologie. ........................ 61
- Achèvement du réseau télégraphique souterrain de l’Allemagne .............................................. 64
- Télégraphe harmonique de M. E. Gray, par M. Th. du
- Moncel................................................ 81
- Application de la télégraphie dans les explorations arctiques, 96
- Ensemble du réseau télégraphique de la Belgique........... 96
- Nouvelle ligne télégraphique dans la Colombie anglaise. . 96
- •Appareil enregistreur des1 signaux du galvanomètre à miroir . 110
- Pose d’un nouveau cable transatlantique, par M. M. Siemens. 112 Le duplex harmonique de M: E. Gray, par M, Th. du
- Moncel...................................».............. 1x3
- Nouvel appareil télégraphique, par M. E. Georges . . , , . 123
- Tour de force de télégraphie entre Londres et New-York . . 128
- Établissement de la télégraphie météorologiste au Japon. . . 128
- Un nouveau câble sous-marin entre l’Irlande et l’Allemagne. 144 Transmission rapide entre la Nouvelle-Zélande et Londres. , 144
- Réduction de prix pour les transmissions télégraphiques entre
- l’Angleterre et les États-Unis........................ 160
- Établissement d’un service télégraphique météorologique en
- Alsace-Lorraine . ..................................... . 160
- École d’instruction de télégraphie militaire en Allemagne. . 176
- Pose d’un nouveau câble télégraphique dans le golfe du
- Mexique................................................. J76
- Achèvement du réseau télégraphique canadien................... 176
- Installation du siphou-ricorder de sir William Thomson sur
- les trois câbles qui relient Marseille et Alger . • • , « 176
- Résultats satisfaisants obtenus avec les câbles Brooks à
- Londres. ............................ 192
- Création de bureaux télégraphiques en Tunisie.................. 208
- Essai du télégraphe Hughes entre Antibes et la Corse. . • , 208
- Câble pour les observations météorologiques, immergé le long
- des côtes du Canada ............................... . , 224
- Un nouveau transmetteur Morse. ............................. 238
- Nouveau câble de Trieste à Corfou........................... 240
- Ligne télégraphique allant de Launceston à Beaconsfield . . 240
- La télégraphie à l’Exposition, par M. Th. du Moncel. ... 241
- Id. — Id. — 2e article 25
- Id. — Id. — 3e article............................... 273
- Formation d’une nouvelle Compagnie télégraphique à New-
- York....................................................... 272
- Le câble Brooks .......................................... 28
- Convention télégraphique entre l’Angleterre, l’Espagne et la
- France..................................................... 288
- Câble direct entre Tunis et la France....................... 288
- Nouvelle ligne télégraphique entre Berlin et Moabite, Bol-
- tome et Manchester . ................................... 288
- Télégraphe imprimeur de M. O.lsen, par M. de Magneville. 299
- Câble reliant l’Islande à l’Europe ........................... 319
- La première idée des télégraphes harmoniques............... 3 34
- Surcroît de travail sur les télégraphes de la Méditerranée. • 336
- Erreurs dans la transmission des dépêches télégraphiques. . 336
- Construction de nouvelles lignes télégraphiques dans la
- République Argentine....................................... 336
- Accroissement du nombre des messages télégraphiques en
- Italie. .................................................. 336
- Nouvelle ligne souterraine entre Berlin et Charlottemburg. . ^36
- Une transmission télégraphique en duplex à l’Exposition,
- par M. Th. du Moncel....................................; 353
- Télégraphe multiple de Schaeffler, par M. Roïhen............... 357
- Études sur le système de transmission multiple et le télégraphe
- imprimeur de M. Baudot, par M. J. P. (i*r article). . . 378
- Un nouvel appel de station télégraphique ... 1 % ... • 3^83
- Nouveau fil télégraphique entre Paris et Marseille, et entre"
- Marseille, Bordeaux et Clermont-Ferrand............... . 384
- Projet de pose d’un câble télégraphique dans le lit du Missis-
- sipi...................................................... 384
- Un nouveau système de manipulateur Morse, de M. Nacfer , 396
- Multiplex de M. Willot........................................ 397
- TÉLÉPHONIE
- Redevances à payer par les Compagnies téléphoniques pour
- la pose de leurs fils. ,................................. 16
- Le téléphone appliqué en politique...........«.............. 32
- Application du téléphone aux divers ateliers du laboratoire
- municipal des essais............32
- État actuel des lignes téléphoniques en Belgique 32
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-
- IJOURNAL UNIVERSEL D’ÉLECTRICITE
- 427
- Ordonnance concernant la pose des -fils téléphoniques à Philadelphie ................................................ 48
- Installation des téléphones aux Chambres du Parlement du
- Dominion, au Canada.................................. 48
- Liaisons téléphoniques des stations de police, à Léicester . . 48,
- Tour centrale pour les communications téléphoniques, à
- Alexandrie . , . .................................... 64
- Reproduction de concerts par le téléphone, â Bordeaux. . . 64
- Extension du réseau téléphonique de Hambourg.............. 64
- Nouvelle organisation d’un bureau téléphonique central de
- moyenne importance, par M. C. C. Haskitis. . . . . . 92
- Développement de la téléphonie à Chicago.............• . 96
- Introduction de la téléphonie au Japon.................... 96
- Reproduction de la musique des concerts par le téléphone,
- à l’Exposition de Francfort ............. 112
- Application du téléphone au service des écluses........... ri2
- Installation de réseaux téléphoniques à Rome, Milan, Turin,
- Naples et Gênes. . .................................. 112
- Extension du réseau téléphonique de Bordeaux.............. 112
- Installation de la téléphonie à Christiania............... 112
- Établissement d’un réseau téléphonique en Nouvelle-Zélande. 112 Emploi du téléphone dans les districts houillers des États
- Unis.................................................. 112
- Installation d’une ligne téléphonique dans les iles Fidji, au
- sud de l’Australie...................................... 112
- Installation d’une école de téléphonie à Londres.......... 112
- Nouvelle organisation de la Compagnie téléphonique de
- Londres, . . . • .................................... 128
- Nouveau système de téléphone, figurant à l’Exposition de
- Francfort............................................ 128
- Nombre de messages envoyés quotidiennement à New-York. 128
- Le télékal du colonel W. Jacobi............................. 158
- Installation d’un réseau téléphoniqne, à Munich........... 144 •
- Le topophone.............................................. i>8
- Une nouvelle forme de téléphone........................... 159
- Organisation d’un réseau téléphonique à Vienne (Autriche) . 160
- Établissement de lignes téléphoniques pour les alarmes de feu,
- dans les bureaux de tramways et d'omnibus............ 160
- Établissement du réseau téléphonique d’Égypte............. 160
- Nouvelle disposition téléphonique de M. Maiche............ 172
- Installation à Lyon de postes téléphoniques de police. . . . 176
- Établissement d’uu réseau téléphonique à Buda-Pestli. . . 176 ,
- Installation d’un double réseau téléphonique à Gênes . . . 176
- Développement du réseau téléphonique de Londres.............. 192
- Difficultés que l’on rencontre à Philadelphie pour la pose des
- fils téléphoniques. . ,................................. 208
- Établissement d’un réseau téléphonique à Saint-Étienne , . 208
- Difficultés dans l’établissement d’un réseau téléphonique à
- Strasbourg.............................................. 224
- Fondation d’une nouvelle Société téléphonique en Amérique. 224
- Le condensateur parlant .................................... 236
- Extension des réseaux téléphoniques italiens................. 240
- Liaison téléphonique de la Chambre des Communes avec
- l’imprimerie du Times.................................... 240
- Emploi du téléphone pour le journal anglais the Avening
- Express. .............................................. 240
- Communications téléphoniques échangées entre les villes de Bufallo et de Paterson, en Amérique, éloignées de 350 miles, .................................................. 256
- *
- Ouverture d’une salle publique pour les communications
- téléphoniques, à Berlin .... ....................... . 256
- Concert téléphonique à Charleroi......................... 272
- Etablissement des réseaux téléphoniques à Vienne. .... 272
- Développement du service téléphonique à Londres.......... 272
- Reproduction téléphonique des concerts, à l’Exposition de
- Francfort........................................... 288
- Cable téléphonique à travers le fleuve Hudson, en Amérique. 304 Coupure de fils téléphoniques à Alexandrie, en Égypte. , . 304
- Etablissement du téléphone à Canterbury...................... 320
- Vol au téléphone ............................................ 320
- Installation au bureau téléphonique du Havre du service des
- petits facteurs......................................... 320
- Difficultés en Belgique pour l’extension de la téléphonie. . 336
- Installation du téléphone dans quelques-unes des gares de
- Londres, de Chatam et de Douvres......................... . 336
- Exploitation du téléphone à Alexandrie, en Égypte .... 352
- Progrès du téléphone à Scheffield............................ 352
- Exploitation en Autriche et en Italie, des téléphones Ader, 352
- Expériences téléphoniques à Dunkerque........................ 368
- Liaison de la grande prison de Berlin avec le palais de justice par des lignes télé'phoniques..................... 368
- Extension des réseaux téléphoniques en Amérique.............. 368
- Auditions théâtrales téléphoniques, par M. Th. du Moncel, . .375
- Les salles téléphoniques de l’Exposition, par M. Th. du
- Moncel...........'...................................... 391
- V
- VARIÉTÉS
- Que va faire le Congrès? par M. F. Géraldy.................... 145
- Id. — -d. — 2e article................................ 209
- Ouverture de l’Exposition internationale d’électricité, par
- M. Th. du Moncel ........................................ 177
- Aspect général de l’Exposition internationale de l’électricité,
- par M. C. C. Soulages.................................... 213
- Les ateliers de la maison Goodwin, par M. C C, Soulages. 265
- Atelier Carpentier, par M. C. C. Soulages. ................... 280
- Programme des questions soumises à l’examen du Congrès. . 285
- Du vieux neuf................................................. 335
- Lettre de M. TchickolefF sur des questions à poser au Congrès. 352 Réunion jubilaire de l’Association britannique à York, par
- MM. Ayrion et Perry ................................. 363
- Ouverture du Congrès des électriciens, par M. F. Géraldy . 382
- Séances des sections du Congrès le 16 septembre (ic, 2e et 3e
- sections), par M. F. Géraldy............................. 392
- Le pavillon anglais des télégraphes à l’Exposition, par M. de
- Magneville............................................... . 407
- Premier résultat du Congrès, par M. F. Géraldy. ..... 413
- Liste des membres du Jury de l'Exposition..................... 417
- Réunion de la Société des ingénieurs télégraphistes et électriciens de Londres............................................ 420
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