- Accueil
- > Catalogue général
- > Damant - Maniere universelle de fortifier, sur le modelle du triangle et quarré, contre le...
Maniere universelle de fortifier, sur le modelle du triangle et quarré, contre les façons modernes d'assaillir et forcer une place investie et assiegée. Avec plusieurs autres choses touchant la profession des armes
-
-
- M AN 1ERE
- VNIVERSELLE
- FORTIFIER,
- S V R.
- LE MODELLE
- TRIANGLE
- E T
- Q V ARRE,
- CONTRE LES FAÇONS MODERNES
- d’aflaillir & forcer une place invertie de afsicgée.
- Avec plufieurs autres chofes touchant la profeffion des armes. Parle Sr. Damant , du Confeil de guerre du Roy,és Pays-lac, & Capital-
- ABRVXELLE S,
- Chez Iean Mommart, Imprimeur juré. M. PC. XXX.
- Avec grâce (sf privilège-, du Roy.
- Page de titre n.n. - vue 1/53
-
-
-
- p.n.n. - vue 2/53
-
-
-
- A TRES- HA VTE
- E T
- TRES-PVISSANTE
- PRINCESSE
- ISABELLE
- CLAIRE
- E V G E N I E ,
- Parlagracede Dieu
- INFANTE
- despaigne.
- Erenissime Frincesse,
- ïay autrefois esté d’opinion,que la publia cation des tbofes de fa profefton, procédait bien [ornent, d'un de[tr ambitieux denputa-tion defordonnee. le confefe auft, que cela m’a plufieur-fois arreU'e & empeché ,dneL> rien publier de mon ejîude ; moins enter de ce que l’experiemcU mayoitfaiU remarquer &plainement recognoïjlre_j. lent cveux que le feultefmoignage de V.<tA.S. a laquelle ayant prefentê un Livre, que j'aDoùfaiS eferit a la main, (fur les querelles particulières <Sr défis avenus, entrer l’Empereur Charles V. du nom, (y Fran qois L %oy de France ,k la claire intelligence delà éventé, contre tant de tnenfon-
- * z ?es
- p.n.n. - vue 3/53
-
-
-
- gss, qui s'en publient,) finiefuis contenté, fan s pourfuittefm? cognoiflre a V. A. de combien meszAncefires efiqyent en afftFlion près de leurs ‘Princes,pats que la production des pièces, que pay injtréaudiB Livre, a monftré, que toutes ces cbofes fontpafé par leur main. <t5\iaintenanti quant à moy,puis que ma vacation s’efl arrefiêe fortuitement & ine§f erémeut à la profefioru> des armes, voulant néant moins demeurer au chemin, qutls m’ont frayé au fervice de mon Prince, l’ay bien voulu en ccfleLt c onfbrmite, mettre au pur cejl abrégé de fortification, efjserant, que fous la faneur de V. <iA. ilpourra ejlre bien venu, es P du de fa a quoy fera beaucoup, que /’onfait,que V. A.mefi
- me du vivant defeu le SerenifiimeL> Archi QFC (que Dieu maintienne en gloireU) a toufiours faiclcasdesdemonfiratons de cefl art. Cela a la vérité me doit encouragir à leprefenter h V. A. non comme cbofe digne defagrandeur.mais bien de mon zele & affeUioTL-j. Voulant croire, que ce commencement, ef-chaujferalesperfonnesMartialles,fouitduthorite de V.A.d faire voir au monde, l’efclat de leur eSfirit, à la démonstration de chofemeilleure,<$rplw accomplie'. Ce que/attendray avec pareille affection,queje prie Dieu confer'm'f.A. en fantè & pro-fferité, & a moy ta grâce, & l’occafîon,pour metefmoigner, evu chofeplus remarquablest
- SEREN1SSIMB PRINCESSE,
- De vofire zAlte^e Serenifîmes
- T res humble & tres-obeïflànl ferviteur Sc lubjeét
- p.n.n. - vue 4/53
-
-
-
- AV LECTEV
- N enfeignantmon Fils lefubjed delà Fortification , j’ay trouvé tant de difparité,en-^ tre ceux qui en ont efcrif, ôc mon opinion , que j en ay raid ce prefent livre, non pour reprouver les autres : mais pour monftrer, que la Fortification ne preluppofe pas, les principes par eux eflablis, ny aufsi, qu il faille eflre fort grand Geo mettre. le ne veux pas pourtant dire,qu’il faille luivre ma méthode icy rapporté. Car j ofe bien dire, que ny les autre$> n / moy,n’avons encores atteint a la vraye,pure, ôc effen^-tielle maniéré de foi tifier, mais, que chàfqu un en a efcrit, comme il la entendu, laiilanttoulïours le chemin ouvert , pourmonftrer chofe meilleure. Mes amis mont requis d’en faire quelque devoir , félon mon jugement : Mais, comme ilnyaraifon,queje prive mondit Fils desfrüitsde mon eftude ôc expérience, je ne leur ay fçeu accorder cefte demande. Mefmej avois détermine à ne publier ce prefent traidérmaism’eftantobjede^que je doutoisà laiflervoir mes raifons fur ce fubjed, jen’ay eflé content. Cependant je ne feray mari de voire autruy faire mieux que moy.
- L*AV-
- p.n.n. - vue 5/53
-
-
-
- L’IMPRîMEVR
- A V X
- ESTVDIANTS
- DES
- VNIVERSITEZ.
- ê Livreproprepour laguerreLf Aux êfcoliers ne doit defylaireL). Feu qu'en chafque ‘Vmverjîté Il peut bien eBre débité
- (arpour principe de z5\lathefeL)
- Ilpeutfervir de bonne thefe, êtpar amfi l'Eftudiant Se formera._> Guerrier aillant.
- Iean Mommart.
- AV LECTEVR.
- Vêux tu fç avoir, LeBeur,fi tues apte à la guerre^/.
- Feux tufçavoir comment qu’ilfaut fortifier*.
- Ou bien fi ton ejprttfaitporter tout’ affaireD*.
- Ou bien fi tu es apte a fç avoir commander*
- Lis ce Livre fouvent, tu tepeut affleurer,
- Qu’il dira ^vérité,fans flatte r ny complairai
- Pierre de Caillou, Sr> de Roch-à-mont.
- CEN-
- p.n.n. - vue 6/53
-
-
-
- L* A V T H E V R
- A S ON LIVRE.
- 8 te ‘voulois tenir, eveflu de ma livrée,
- Sans bouger de che^ moyffans que ^voyiez le pur-Mais fuis que mes amis t’ontprins en leur amour, le te lerraj aller en femme mal-parée,
- Defens toy bien pourtant, ér garde ton honneurj Lequel\e t ay commis ,fous mon apprentijfage.
- Car tu f ’ras en butte, enfarlant mon langage Peu ufit'e, combien qu’ilJoit, wray ,pur Grftur.
- Qu’il ne t'en chaut pourtant, ores que ton contraire-»
- Soit l'heureux, ignorant,aveugle en tout’affaires.
- Pren doncques bon courage, parlé clairement,
- ' Etfilon nuertté, ocrer e^ <vofire poiffrine-» ;
- Feu que le curayaproche falaVertu DivineZj.
- Qui fçit plusfnjjc mieux, tu feras bien content.
- <MV LECTEVR.
- N 8 dire jamais rien c’ejl figne d’ignorance
- Et ^vouloir dire tout raientfouvent d’arrogantes-Partant qui <veut parler comm il fautfainement,
- Tient che^foy le meilleurpour monftrer fon talent.
- Car tout ce qu’esl efcrit eïï commun a tout homme-»,
- Et torgueilleux defir de fruit la chofe bonnes•
- Qui rueut donc faire bien en accompli Chrentiers,
- Sfe fachantfaire mieux ne dirapluïlofl rien-».
- Patience d’Amant.
- CEN-
- p.n.n. - vue 7/53
-
-
-
- C E N S V R A.
- ETfi Chriftianorum lit, quantum in ipfis cft, pacem ihabere ad omnes, tamen quia nunc efTe videntur no-vifsima tempora quibus andiuntur prœlia & opiniones prœüoruir^bonumquocpdt utileiis elfe putonoiTe bella traétare; ut dum împugnantur, difsipent conatus illorum qui bella volunt . in quem finem ferviethic Libelius, more exiguus,magna diligentiâ dtirgenio confcriptusàno-bili D. I. D amaniio, quemproptereapublicâ luce di-gnum cenfeo. Hâc 4.. N ovemb. 16 zp.
- Henri cm Calenus S. Theol. Licent. Arcbipr. 'Bruxell. libr.Cenfor.
- EXT%AICT T>V TRIFILEGÊ.
- Philippe par lagrace de Dieu Rojde (jiftide, de Leon, ère.» oslroyé a» Sr. 1rs TE D JM an T, du (onjeil de guerre de fa cïAdaf' <Sr Capitaine Gouverneur du Cha. fléau de Qourtray, de faire imprimer par tel Imprimeur que-» luyfemblera bon le traiftéintitule ^ Maniéré univerfelle de fortifier fur le modelle du Triangle <Sc Quarré, par luy compofê, avec defence a tout Imprimeurs, L ibraires, <Sr autres qu'ilsfoyent, d’imprimer ou contrefaire lediêitraiftinj ailleurs imprimé lepouvoir «vendre ou dtftribuer, fans tadveu ou con-fentement d.udiB Sr. Damant, d peine de conflfcation de tous les exemplaires, outre l’amende de trois florins pour chaf-qu’un d’iceux, <Sr cepou r le terme de fix ans prochains. FaiB À Dmxellesle z^-jour du z5\d oisd’Oftobrt->. 16zp.
- Signé
- P R A T S,
- p.n.n. - vue 8/53
-
-
-
- t
- MANIERE
- VNIVERSELLE
- F O RT Vf I ER
- SVR LE MODE L LE
- TRIANGLE
- E T
- Q V A R R E
- A Philosophie, tant Theoretique, que Pratique, fedivife en quatre parties, lefquelles fe foudivifent derechefen plufieurs autres, toutes comme branches & rameaux de ce bel arbre de fcience univerlèlle,
- La Metaphi siq.ue eneft la première,’ vray marche-pied de la Théologie, lânslaquelle elle ne Içauroit guider ny guindér l’homme au fommet des choies fupernaturelles, celeftes , & divines.
- La PHisiQue toute naturelle, eft la féconde $ Cefte cymonftre les admirables œuvres de la main de Dieu,làgement reduiéte par Ari-ftote,(ousles claflès de lubftance 8c d’accident, forme 8c matière, &c. La Mathemat ictji e eft la troifielme, laquelle parles erreurs
- A de
- p.1 - vue 9/53
-
-
-
- * MANIERE VN1VERSELLE
- de Plato, a retenu feule le nom de fcience ; Cefte-cy regarde la feule quantité, première branche des accidents.
- La Ethique regarde les mœurs des humains : & pourtant a elle pour objed & fubjed, les affedions de Pâme,que le vulgaire nomme paffions, qui partent delà fource, que Ton nomme concupifeible ôc irafcible>jufques à onze en nombre; Cefte-cy eft toute neceftaire pour maintenir lafocieté humaine,foi t parlaMonaftique, Oçconomique, ou par la Poli tique,ayant pour fa fin l’utile par les chemins honne nés.
- Orc’eftune chofe reçeue de tous que les accidents fe divifenten nœuf, que laPhilofophie appelle Cathegories, dont la quantité & la qualité tiennent les premières places ; De ces deux icy eft forti lart de fortifier : partant ceft art recognoit la Phifique comme qualité, ôc la Mathefè comme quantité.
- La Qualité en l’art de fortifier confifte enlacognoiffance des climats des influences celeftes, & des chofes qui font de la nature du terroir. Des climats, procèdent les injures des fàifons,des influences,les accidents de Metheores,inondations des mers , &c* De la nature du terroir partent les fautes , que noftre ignorance commet, lors qu’il faut dreffer une Fortification en creufant, chargeant, ôc talluant autrement,qu'il convient, &non pas félon la portée,force, ôc liaifon du lieu, & de la matière.
- La Quantité objed &fubjed de la Mathématique fe trouve es quatre parties d’icelle, à fçavoir, en l’Aritmetique, Mufique, Géométrie , ôc Aftronomie.
- L’Aritmetique & M u s i qu e traitant félon foy des quanti-tez difcretes, ne font de l’art de fortifier.
- L’A stronomie nyeft non plus cognuë par la quantité mobile.
- Mais la. Geometrie pour fa quantité continue, quelle contera-pie felon foy, comme immobile, faid une partie de ceft art.
- Par cecy eft-il clair à voir, que l’art de fortifier contient en foy la qualité ôc qnantité toutenfemble: Et pourtant,que le Geometrepur, non plus que le Phificien, avec lacognoiffancedefes caufes,n’entend l’art de fortifier; mais bien celuy, qui à l’un Ôc Pautre fe fera admirer en cefte profeffion, fi avant, qu’il a cognoiffance ôc expérience de la guerre.
- D’ailleurs comme l’art de fortifier a, pour fâ fin entretenir, fon at taillant avec peu de force, qu’il ne fâche parvenir à fon deffein. L’on m’advovera, que l’obfervation pundueüe des préceptes réguliers
- (que
- p.2 - vue 10/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. 3
- (que les Ingénieurs nous tracentj ne nous en fçauroyent alTeurer.
- Il eft doncques évident,que laGeometrieenceft art ne concludrien neceffairement j mais bien, quelle y entrevient, non pas comme Ici-encepure& perceptible en les demonftrations : mais fort bien fen-Sble en fes operations, par médiation des qualitez Phifiques.
- Car qu’il foitvray l’aflaillant accort trouvera touliours des inventions nouvelles, pour gauchir à toute forte de Fortifications, lelquel-les luy luccedent heureufement. D’où eft venu, que les perfonnes de celle profeffion n’ont jamais elle appeliez Geometres : mais Ingénieurs, qui eft le melme que Spirituels j& cela fort à propos a raifon que tels hommes doivent par vertu de leur efprit, combatre contre un , ou plufieurs autres efprits; ce que ne peut eftre par les feules quanti-tez immobiles: mais bien mieux par, & avec tout, ce, quel’efpritde l’homme fçaitinventer à propos 8c convenable.
- C’eft doncques bien did, que la Geometrie n’eft pas art de fortifier, ou d’A rchitedure militaire, ny au contraire.
- Cecy fe voit encor par les proprietez naturelles du Canon, làns parler d’infinies autres choies, car perfonne nelçauroitnier que le grand Canon au petit, ne le rapporte en façon quelconcque: ny, que jamais l’on aye defigné la jufte proportion du Canon, de fon calibre, &defacharge;eueigardàla bon té de la poudre, ce, que d’ailleurs, n’eft auffi failâble: La railoneft, que les qualitez, dont procédé l’adi-ondela poudre, font réellement au fubjed, 8c le rapportent bien à la qualité dudid Canon & Calibre $ 8c nullement à la quantité,qui y eft feulement contemplée par imagination.
- Le melme fe trouve auffi eu efgard au Canon, dont deux d’elgale longeur, pois, & Calibre different l’un de l’autre, par la feule qualité, qu’ils ont acquis en la foiite: Et pareillement l’on voit qu’un Canon plus longque 12. pieds, ne porte pas d’avantage pourtant $ la raifon eft, que l’exhalaifon de la poudre, apres lefflids 12. pieds, ne pouffe plus la balle. Voi-là comme la qualité avec la quantité ne fe rapporte nullement.
- Cependant, tous ceux qui ont efcrit de ceft art,nous en ont trafcé des préceptes, tirez du fond de la Geometrie, foubs des figures Poli-gones, réduits en deux claflès, àlçavoir, Regulieres & Irregulieres, lefquels ont làns controverfe gaigné crédit, fibien,qu’il femble, qu’on les doit reçevoir, comme jadis les Difciples de Pythagoras; Pauthori-té duquel furpaffoi t toute raifon, ou qu’au contraire l’art de fortifier,
- A 2 nere-
- p.3 - vue 11/53
-
-
-
- 4 MANIERE VNIVERSELLE
- ne regarde 1 es figures par confideration reguliere,ou irreguliere:mais confifte àfçavoir bien ordonner les angles, qu’ils puiuent refifter contre la batterie du Canon, &enfemble quon les peut deffendre commodément, pour n’eftre fQrcez & emportez. Cela ne peut eftre e n la figure Poligone,en tant que figure :mais bien en toute forte d’autre figure,eu efgard au flancquage mutuel defolits angles,que l’on y appliquera; à fiti qu’ils fo puiffent donner mutuel fecours , comme en-fans dune mefme mere, à la confervation du tout* Et veu que cela fe peut faire tres-parfaiélément for une ligne droiéte, il ne fera befoing de raporterle tout au Poligone, comme figure meilleure, pour la fortifier par divifion: ce qui a produiét tant d’obfourité à ceft art,que les perfonnes de qualitény ontofé toucher, crainte de travailler beaucoup, 8c profiter peu.
- Tout ce que j’ay diéfc julques icy, s’entendra encores mieux, par la diffinition de l’art de fortifier,lequel à mon advis,eft une cognoiuance acquifè par la Théorie 8c pratique de plufieurs fciences 8c affaires; par laquelle, fous les demonftrations des quantitez, pat* vertu des qualitez, l’on ordonne le logement en guerre, fi bien, qu'une petite trouppede gensfache refifter contre une armée affaillante, ou aflàil-lie9&enfemblearrefterfespretenduës conqueftes.
- Toutes ces chofes ne dépendent de la feule Geometrie, moins encor de la régularité, ou irrégularité des figures : Laraifon eft, que les demonftrations Géométriques font certaines & afïeurées, où qu'au contraire, un ennemi affaillant, ou affailli,trouvera milles inuentions pour gauchir & rendre inutiles tous les flancquages àluy oppofez.
- Cependant plufieurs penforont, que par tout ce,que j'ay diét, je prétends bannir la Geometrie de l’art de fortifier ;celà n’eft mon but, bien veux-je dire, qu'un Geometre pur n’eft pas parconfoquent un bon Ingénieur; la raifon en a çfté diète: Non plus auffi, dif je, qu'il ne fo peut trouver un bon Ingénieur, fans une partie decefte belle & admirable foience, àfçavoir } de la parfaiéte cognoifiance des angles, 8c de leur flancquage mutuel, & de tout ce qui en dépend.
- Par ainfi je conclus ,qu’un bon Ingénieur doit eftre univerfel en foience, fpeculatif & fiibtil, pour facilement percevoir & inventer, rompu en toutes fortes d’affaires, cognoifïànt parfaiétement les humeurs & affeétions des nations eftrangeres,parlant toute langue: En fomme plu$ riche defprit, foience, & langue, que d’inftruments Géométriques.
- p.4 - vue 12/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. 5
- En cefte conformité l’on peut comparer le bon Ingénieur au bon Advocat: Car tout ainfi, qu’un Licentié en droiét fensexadre pratique des cours de Iuftice, & des couftumes des Provinces, Villes, ôc communautez,ne Içait proffitablement mettre en œuvre faTheorie : combien qu’il eut la tefte auffi pleine de loix,que la fontaine eft d’eau. Ny au contraire un Praditfien fans Iurifprudence,ne cheminera guerre affeuré en là conduite de tout procès. De melme un Geometre , ores qu’il eut eu provifion tous les enfeignements d’Enclide, lans une parfaite cognoiffance de tout ce, qui concourre en guerre, & de ce qu’en dépend ne ferajamais bon Ingénieur.Non plus au contraire un t res-expert en armes fe trouvera affeuré, làns Mathife de des autres fciences requifes, à cefte noble profeflion.
- Pourfuivantencores quelque peu cefte matière, je dis, par digrefi lion, qu’un louable Ingénieur le doit Içavoir accommoder dextre-ment, à fin que le General trouve en luy dequoy le contenter ; ce qui n’eft faifable qu’en gardant une grande circonlpetion en toutes affaires, & pénétrant toute choie par {peculationtres-fubtile; veuque les Generaux font bien fouvent tous differents de naturel, & d’humeur: Car l’on voit, que l’un ne hazardera jamais rien, fans double , voire triple affeurance; L’autre demande tant feulement,que lachofe fok au poffible, s’affeurant, que tout luccede heureufement, à un courage invincible, & que la vaillance accompagnée d’une prudence ordinaire,menne à bonne fin des tres-hautes entreprinfes.Ores condemner l’un, & a pprover l’autre, feroit témérité. Ilferat donc-ques du devoir d’un avifë Ingénieur, regarder au moyen, pour affeu-rer les hardis,à fin qu’ils ne foyent trouvez téméraires, & que les craintifs neloyent luges couards. Et ainfi fera il de toute autre chofe, qui fe prefentera.
- Mais à fin que cecyfoit encores de plus facile intelligence, il faut Içavoir, qu’un General doit avoir les qualitez.&fuffilance, pour marquer & remarquer, quels exploids qui font neceffaires, pour parvenir à fon deffein, 8c faire reülfir le defir de fon Prince. Et qu’un Ingénieur doit promptementlçavoir inventer, & juger , ce qui faiét pour conduire à chef le deffein de fon General.
- Par ainfi le Prince ordonne la guerre; Le General l’entreprend, Les Soldats l’effe&uent; Et l’Ingenieur la facilite.
- Le General donc vife à la forme; L’Ingenieur à la matière; Les Sol-datsàl’cffed:; de le Prince à la fin.
- A î
- Le
- p.5 - vue 13/53
-
-
-
- 6 MANIERE VNIVERSELLE
- Le bon confeil conduira le Prince à refoudre ; La prudence le General à entreprendre ; Lahardieffe le Soldat à executer ; Et l'intégrité Tlngenieur à inventer.
- Ou bien laluftice portera le Prince ; l’honneur le General > l’avan-cement le Soldat,& le vertueux zelel’Ingenieur.
- D'ailleurs, malheureufe fera Tannée, lors, que le Prince eft pouffé de paillon ; le General davarice ; le Soldat de rapine ; & de perfidie Tlngenieur.
- Ou bien, lorsque le Prince refoud par crainte; le General emprent par valeur; le Soldat execute par prudence ;& Tlngenieur par finette en renard.
- Car prennant ces aétions en premier relort, ou comme piece prédominante, Ton trouvera, que la crainte au Prince, eft niaiferie : la hardieffe au General, témérité; la fageffe au Soldat, coardife : & la h-neffe en Tlngenieur, traïfôn manifefte.
- Partant, le Prince fera plus magnanime, & moins craintif: la raifon eft, que la magnanimité procédé d’un cœur noble &genereux, &fe fonde enjuftice,laquelle eftant affaiffonnée, d’une vertueufe crainte, ofte la fuperbe, tempere les paffions , & empeche la cruauté. Vertu toute neceflaire au Prince, pour heureufement refoudre.
- Le General fera plus prudent,&moins hardi: d’autant, que la prudence provient d'un grand jugement, & engendre la vigilance, & liberale menagerie-, & accompagnée defuffifante hardieffe , diffout la peur,& poltronneriescognoit les neceflitez,&prévoit les evenemens,-rend par confequen t le General redoutable à les ennemis, & en grande réputation près desfiens.
- Le Soldat fera plus hardi, & moins fage: parce , que la hardieffe vient d’une natureMartialle,ou guerriere,& caufe affeurance; 8c méfiée d’un peu de fageffe, s’oppofe à l’infidélité , 8c engendre Tobeïf-fance & patience tres-propre au Soldat, pour ne reculer au combat, & ne muftnurer contre les Ordres: mais bien, pour efperer par valeur avancement.
- Et finalement, Tlngenieur ,fera plus entier, & moins fin : veu que l’intégrité de Tlngenieur, prent fon origine de la volonté pure,& non corrompuë,&fouftenuëde fubtilité, obvie à la fineffe des ennemis, cognoit fes rufes, 8c marque Toccafion, 8c en ménageant leschofes de fon invention, entreprendra fans trembler.
- Partout cecy, il eft clair maintenant,que le Geometren’eft pas un
- bon
- p.6 - vue 14/53
-
-
-
- DE FORTIFIER, 7
- bon Ingénieur: mais bien qu’il fçait eftre un defleigneur de Fortification. Et que l’Ingeniéur doit bien avoir d’autres qualitez & fuffilànce. Cependant il n y a fi chétif melureur de terre, qui ne le perfixade mériter ce tiltre, & le pouvoir faire enroller pour tel. Le monde, d’ail-lieurs, eft fi fot, & fi aveugle, qu’il croit tout, reçoit tout, & s’accommode à tout. Paffons outre à noftre matière.
- C’eft une choie reçeuë de tous, que les Fortifications des places à ce choifies, emportent toufiours la plus laine partie de l’argent deftiné à l’entretien d’une guerre: Toutes-fois,elles ne Içauroyent eftre négligées, lans une évidente ruine d’un Païsjpour autant, que fousl’afleu-rance d’icelles, le Soldat repole en hyver, & le Païfant 8c Marchand tient la champaigne fans danger.
- D’ailleurs, comme l’argent eft famé d’une armée: celcroit Iuy prolonger la vie, qui par des demonftrations Géométriques, & railbns affeurées,lçauroit ordonner les Fortifications de telle maniéré, qu’un Triangle vallut autant qu’un Pentagone, ou Exagone: La railbneft, que telle Fortification ne reviendroit à beaucoup près, à coufter autant, non plus pour fon entretien, ere&ion: que deffence.
- Et combien que cela femble impoflïble, ou du moins tres-difficille; fi eft cetoutes-fois,que j’elpere d’y approcher de fort pres:lèlon quon pourra voir par mes figures demonftratives,avecleurarrailonnement.
- Mais à fin que je ne laide rien , qui peut fervir à l’elclairciffement de celle matière, jeveuxenpréallable monftrer les railbns, qui ont meu les Ingénieurs à faire différence entre les figures, pour les nommer Regulieres 8c Irregulieres.
- Les Regulieres font l’Exagone, 8c les fuivantes,en montant; à rai-lon que l’angle du B oullewart (qu’eft nommé angle flancqué, ou intérieur) peut eftre faiét de 90. degrez, qu’eft l’ouverture d’un angle droiét. L’angle flancquant ou extérieur de 150. degrez.
- Le Pentagone,le Quarré, & le Triangle ontefté dits Irréguliers j àcaulè qu’ils ne Içavent arriver à celte perfection d’angles ,1’untou-tes-fois plus, 8c l’autre moins.
- Le Pentagone pofé l’angle flancquant de 1 yo. degrez, le flancqué nerevient qu’à 78. qu’eft peu de 12.
- Le Quarré pofé l’angle flancquant à 1 yo. degrez ; Le flancqué ne revient qu’à 60. qu’eft peu de 3 o.
- Le Triangle ne fçait avoir l’angle flancquant moins que de i6y. degrez, qu’eft iy,de trop,& lors le flancqué ne revient qu’à 4-y. qu’eft
- Jaihoitie
- p.7 - vue 15/53
-
-
-
- 8 MANIERE VNIVERSELLE
- moitié peu .Et partant a efté cefte figure bannie êc reprouvée, comme incapable d’aucune fortification de force de de profit
- Et à fin que je garde un train pertinent,pour de tant plus facilement entendre cefte matière. Iemettray premièrement la demonftration ancienne,qu eften divifant leT riangle en troisT riangles Ifofeles,par le centre revenant à 120. degrez ,&les angles delà baze, chafqu’un de 3 o. degrezjlefquels divifez comme fè voit icy en cefte figure. L'angle flanequant revient à 16j. degrez, 8c le flanequé à 4J.
- Mais comme cefte demonftration eft plus Géométrique, que de (êrvice, j’ay bien voulu icy mettre la mienne,qui tient plus du Soldat,* auffi eft elle beaucoup meilleure. Ce que je laine au jugement de tout homme, qui s y entend :8c cependant fi facile,qu’un enfant de 1 y. ans lentendroit,8clamettroiten Pra&ique.
- Soit
- p.8 - vue 16/53
-
-
-
- DE FORTIFIER.
- Soitdoncquesfai&un Triangle équilatéral, dont chalque codé fera reparti en quatre parties : (oit apres ouvert un compas de la Ion-geur d’un des codez dudid Triangle; (bit Tune jambe dudiét compas pofé furie poinét, qui faid la première divifion ; 8c l’autre jambe au deflùs de langle, où Ton doit Faire le Boullewart : Soit faid un arc , faifànt le mefme de l’autre collé. Et ainfi par tout : foyent apres tiré les lignes, doislefHids arcsjufquesà l’oppofitedupoindplus voifin de la première divifion, (comme ilfe voit en cédé figure.J Ainfi fai-fant l’on trouvera le Fort trafic à la façon ancienne, ayant 16j. de-grez pour Ion angle flancquant, 8c pour fcn flancqué. Quant à la ligne du flanc, elle le pourra faire félon qu’on voudra avoir ledid flanc plus ou mojns ferré, ou ouvert 8c en cecy ne fé peut rien dire de refoîu, pour au tant,que 1 çs Ingénieurs en ce particulier ne font guérit res
- p.9 - vue 17/53
-
-
-
- io MANIERE VNIVERSELLE
- res d’accord; non plus , qu’en la longeur de la ligne de deffence.
- I’aytracé ces deux demonftrations fur une pareille grandeur; par où il lerafacil à juger, laquelle des deux eft meilleure,& plus commode poureftre deffendué, & y loger aux flancs le train,qui y eft requis: Comme auflipour le regard de l’ouverture de la gorge des Boulle-wards; cequ’eftunbien grand poindt de confideration, & duquel dépend beaucou p.
- le confeffe que cefte demonftration eft faifable fur la melme mo-delle plus conforme ; voiretoute efgale à la precedente, en divifant les collez du Triangle équilatéral : Mais comme ce, qui y deffaut, eft infenfible à la Fortification, j’ay regardé de trouver l’ouverture de la gorge du Boullewart plus grande qu’au Triangle precedent,& quant & quant faire la ligne de deffence plus courte, qu’eft le plus important de cefte forte de Fortification.
- L’on a veu par la figure precedente, comment T ancienne façon de
- p.10 - vue 18/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. u
- fortifier le Triangle eft defedueufe. Maintenant pour entendre ce faid, je conduira le Ledeur par des voyes faciles & intelligibfes3lans l’obliger à trop d’oblcuritez & nombres Géométriques ; doijt plu-fieurs le fontfi fort dégoutté, qu’ils ontlailïe ceft important éftude, à gens de condition balfe ou médiocre; lelquels tant moins s’en font acquité^qu ils ont plus vifé aux raifons d’Euclide^ou à leur gain,qu au iùcces de leurs œuvres.
- Pour m’acquitter doncques dé ce devoir, je mets icy au préallable un Triangle fortifié 3 avec moins de ceremonie, avec lès ouvertures d’angles cigales à la Fortification ancienne, qu’eft le flancquant de 16j.d egrez, & le flancqué de 4y*
- B % Et
- p.11 - vue 19/53
-
-
-
- il MANIERE VNIVERSELLE
- Et combien que le contre- flanc fe trouve au millieu de la courtine, il y a moyen de remédier félon qu’on peut voir parla figure luivante.
- Lescommoditezparainfi le trouveront beaucoup meilleures, la ligne ce deffence plus courte,(on flanc plus long, fâns que les deffen-ces & paflages vers icelles sembroillent, comme il arrive, où que Ton n y a regardé comme il faut.
- L’avangarde mifè en contreflanc,flancque de deux collez,fâns danger, que le Canon y fâche eltre démonté par la batterie des aflaillans.
- A la pourlùitte de noftre traiébé, fer vira icy à propos la figurefui-vante.laquellefepeutnommerunTriangle compolëj dont l’angle flancquantefl régulier, &le flanc que dechafque piece compofée de 60. degrez, qu’efl défia ij. degrez, qu’avons gaigné fur l’ancienne Fortification du Triangle, &fiiommes arrive' àla parfaire ouverture du Quarré ancien.
- Celle fcrt-e de Fortification eft tres-propre,jContrelâ nouvelle in-vention d’afTaillir par trenchées,mines, traverfes, galeries, &c.&re-
- fiftera
- p.12 - vue 20/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. ij
- fifterabienmieux, que ne fçauroit faire un Quarré ancien contre la batterie, laquelle pourtant^ devra faire double, devant que l’affail-lant fe puifïè prévaloir d’aucune brefche 5 pourveu que celle figure fut ceinte d’une fauce braye. le me perfuade, que lors elle refifteroit autant, que feroit un Pentagone fortifié à la reguliere. La raifonefl,que celle Fortification nouvelle empefcheroit facilement d approcher de labrefche, de remplir lefoffé pour y dreffer unegallerie, ou d’y gliflèr des ponts flottants ou branlants, & fèmblàbles inventions,pour attac< quer & fèloger fur ladide brefche.
- Cependant l’on veut bien icy advifèr qu’il y a choix pour faire les fauces brayes, tant pour leur largeur, hauteur, que lieu. Pour autant que la fauce braye appliquera l’endroid commandé feroit caufède mine, & perte de la place. Autrement la fauce braye eil ce, que les Anciens fè font imaginé par la cafàmatte inutile,laquelle nefèrtfinon pour affaiblir le flanc du Boulleward ; comme l’on peut voir en Anvers, Dole, &c. & es autres places de l’obeifTance du Roy.
- Il convient maintenant pour conclure mon dire precedent de mon-flrer par une autre forte de fortifier le Triangle,(qui furpafle en bonté, force, & commodité, tous les Triangles precedents:) qu’il efl pot fible de rendre le Triangle auffi fort, que le Pentagone fortifié à la reguliere, fans qu’il approche à beaucoup près endepence, tant pour ion tout, que parties.
- La figure fuivante le telmoigne clairement : car combien, que Ton y trouve trois angles flancquez linon de 60. degrez, il s’y en trouvent auffi pourtant trois autres de 90. degrez; 8c calculant tout enfèmble, ce Triangle a de jufle compte la valeur decinc angles droits. Car félon la leçon des Geometres, tout Triangle contient en foy l’ouverture de deux angles droits ; ainfi trois fois 60. efl le mefme que deux fois 90. qu’efl la jufle ouverture de l’angle droid : Ainfi efl compofé ce Triangle pour fès angles flancquez, de cinc fois 90. degrez, qu’eft fe mefme que cinc angles droids. C’efl doncques la vérité, qu’il fur-paflfe le Pentagone de cinc fois 12. degrez; attendu que le Pentagone ne fçait avoir plus de 78 degrez, pour chafque angle flancqué.
- L on m’objedera, que pourtant les contreflancs font enla courtine?
- le refpons que fès lignes dedeffence font courtes, 8c nullementfubie-des ou obligées au Canon; l’angle flancquant auffi beaucoup plus ferré, qu’au Pentagone, y refiant encores dequoy pour l’affeurer tout à
- B j faid
- p.13 - vue 21/53
-
-
-
- *4
- MANIERE VNIVERSELLE
- faid par l’adjondion de quelques calimattes ouvertes, qui le peuvent taire à fort petit frais, doù la force viendroit à furpafler l’Exago-ne.
- Par la demonftration precedente, j5ay did, que le Triangle fortifié avec trois Boullewards en forme d’avangardes, liirpalïoit en bonté le Pentagone fortifié à la reguliere, de cinc fois douzedegrez, dont lés railons ontefté deduides au long & au large : Mais comme je di-fois de plus, que celle figure ainfi fortifiée le pouvoit rendre efgale à l’Exagone régulier, qui toutes-fois a les angles flanequez droids ,8c leflanequant de i jo. degrez. Voirejedisencorquily amoyende la faire furpafler par l’application de quelques pièces attachées, félon l’art. le veux maintenant faire veoir celte demonftration; à fin que l’on puifle cognoiftre la vérité de celle m atiere , pour defabuler ceux, qui croyent, qu’il faut neceffairemen t paftèr par le Quarré ? 8c par le
- iPenta-
- p.14 - vue 22/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. lf
- Pentagone, pour parvenir à la perfe&ion de l’Exagone, que l’on a dénommé première figure capable de Fortification reguliere.
- La figure fuivante, queft la melme , que la precedente, par la cala-matte ouverte^ faiéte en tenaille, flancquée & flancquante , eftmon-ftrê clairement, qu’il eftempeché, queraflaillant ne fçait percer la contrefcharpe, & commander au folié; à raifon, que dedans ces cala-mattes Ton peut loger du Canon lùffifant,làns qu’il loit en danger d’e-lire démonté.
- Les flancs & les courtines de la place d’en-haut, peuvent par confe-quenteftre proprement & commodément deffenduës par les Mouk quetaires &Harqueboufiers;felonlelquelsles lignes de defFence feront adjuftées, combien que la place du Triangle! fut extrêmement grande, comme de 1600. ou plus de pieds de longe ur pour chafque coftê; ce qui fer oit impoflible de trouver en un Triangle fortifié à la
- regu-
- p.15 - vue 23/53
-
-
-
- *<s MANIERE VNIVERSELLE
- regulieî«:Car pour faire lès lignes dedeffencedefixoulèptcenspieds, il ne doit avoir, que lèmblable nombre de pieds pour chafoue collé.
- D’ailleurs, celle façon d’applicquer les cafamattes elt cholè tres-bonne & convenable à celle forte de Fortification, & non fi bien pra-ddquable es Fortifications regulieres : Car icy elles foui agent le ram-part, & le Boullewart,qui ne doit porter ny fouffrir la commotion du Canon, qui esbranle extrêmement ce qui elt eflevé audelfous de luy ; lors que Ton y tire beaucoup, dont la terre devient fi legere, que facilement elle s’elcroule.
- L’on dira, que leldi&es calàmattes ne fçavent lèrvir pourempe-cher l’aflaillant d’inveitir la place, & faire les approches qu’il con-vientjmoins qu’il peut par icelles ellre entretenu à perdre temps,pour cependant donner loilir aux affiegez, à le pourvoir des choies defaillantes, mais necelfaires.
- le relponds, que le remede foroit en eflevant au millieu du Boulle-wart, un Cavaillier de hauteur médiocre, pour y loger trois pièces ordinaires à teleffe£t,lefquelles apres devenues là inutiles,pourroyent ellre facilement tournées vers les poinétes naturelles du Triangle, ou applicquées ailleurs lèlon le belbing.
- Toutes-fois,li la necelfité requerroit,qu’il le faudroit fervir de quelque endroiéb du rampart ouBoullewart, pour le Canon , l’on pour-roit à cell effcâ: affeurer certendroiét, pour moins ellre endommagé, lâns qu'il fut befoing d’entrer en celle depence generalement, comme font contraints faire ceux, qui fortifient à la reguliere j lors qu’ils veullent faire quelque choie de durée, n’ayant ailleurs où drel-lèr leur contre-batterie, que dans les flancs des Boullewarts, & lieux de la courtine, qui reçoivent le flanc fichant ,• places pourtant à ellre facilement rendues inutiles par un rulè aflaillant, ne fut que le Bpul-lewart par là grandeur, & le rampait par là largeur, fouffrit, que l’on abbatit le parapet à fleur de terre, pour fervir de trolhiere : & lors lè-roit bien obvié au danger, que l’aflàillant ne fçauroit démonter les pièces de dedans. Cependant l’on y trouveroit en tel cas un autre inconvénient^ ceft, que ce Canon ainfi retiré ne commanderoit plus fur la contrefoarpe : choie toutes -fois tres-necelfaire pour empecher l’affaillant, à la percer & d’y drelfor les ouvrages de lès approches ; où gift le plus important d une place aflïegée & battue. Combien que l’ordinaire eft, de ne foigner à choies eitimées ( par abus) trop elloi-gnées, & auxquelles l’on lè perfuade,qu’il fera pourvcu à temps.
- Cepen-
- p.16 - vue 24/53
-
-
-
- DE FORTIFIER.- \?
- Cependant ce feul poind afaid river tout le monde à la recherche d’un flanc hors de commandement & libre d’encombre, on qui commandât par tous les endroits delà contrefcarpe, çelà aucuns ont creu d’avoir efté trouvé parlacontrefcarpe redoublée, comme à l’Efclulè. Autres par le flanc fichant; comme enfèigne l’Hollandois. Autres par la fauce braye; comme à Damme. Autres par la càlâmatte ; comme les anciens Fortifications nous demonftrent. Autres par le baftion,à double flanc;comme en France. Autres par des mottes de terre retrençhée laiflees au fofféf ou par les pièces détachées. Et ainfi des autres, chat-. qu’un dilant le fien : Mais à mon advis, toutes ces choies ont efgale-ment leur ouy & nenny ; & partant il nie fèmble , que tous vilânt au blanc le font contenté d’avoir touché la butte, fans paffer plus' outre: Ce quetoutes-fois eft trouvable & praétiquable ; mais cela neft requis icy. le pafle à mon lubjed:.
- Combien que touthomme, qui s’entend en l’art de fortifier, jugera
- celle
- C
- p.17 - vue 25/53
-
-
-
- i8 MANIERE VNIVERSELLE
- cefte figure delcrite avecfes calàmattes liirpaffer en bonté & force FExagone régulier, pour autant, qu elle contient en lby,par puiffan-ce, tout ce, que FExagone a en foy de bon par vertu de là régularité'. Si eftce, quelle a cela de meilleur, qu’elle demeure touliours inferieure de beaucoup en frais pourlbnereétion, munition de guerre , garnilon, artillerie, 8c pour les autres choies y appartenantes. Ce qu’eftle principal but, auquel je prétends d’arriver. Cependant Ton ÿ trouvera encor ceft avantage en particulier 8c propriété ; à Içavoir, quelês flanequages font plus affeurez,& commodes,pour relifter contre toutes nouvelles inventions, dont l’alïàillant pretendera le prévaloir, pour travailler les affiegez, 8c furprendre la place.
- Mais pour donner contentement en tout poinét à ceux qui n ont la Ipeculation trop pénétrante, & croyent ce, qu’ils voyent. le met-tray de fuite, toutes les figures par ordre, pour voir cefte vérité.
- p.18 - vue 26/53
-
-
-
- DE FORTIFIER.' t9
- La première figure rapportée cy devant, monflre que l’Exâgoney eftp ar puiffance: mais pointparjufte mefure.
- La féconde, demonftre clairement, que par ramoindrilïèmentdes Botillewarts mis en courtine, par forme ciavangardes,fe dilpofela Fortification Triangulaire,à la réception de 1 Exagonerégulier,combien qu’il ny eft tout à faiét.
- Etpour toufiours donner plus de facilité à l’intelligence démon dif»
- cours; j’ay bien voulu icyjoindre laTortification reguliere de lüxago* ne, dontlademonftration eft en fomme telle : Soit faid un Triangle
- équilatéral, qu’eftla fixieime partie de l’Exâgone; foyent les deux angles de la baze retrenchez ,de i y. degrez,pour les rendre droits par
- C 2 cigale
- p.19 - vue 27/53
-
-
-
- 10 MANIERE VNIVERSELLE
- efgale répartition du Triangle équilatéral, voifin : Soit apres l’angle retranché miparti;pour trouver le poind du flanc, dont la ligne vienne perpendiculaire fur la première retranchée; laquelle eftlaflanc-qtiante. Airifi faifant à l’angle dudid Triangle de ladide baze àl’op-pofitej’on trouvera l’angle flancquant de i jo. degrez, & le flanc-qué droid.
- Suit ericor une autre demonftration de mon invention. Soit faid
- p.20 - vue 28/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. 21
- unExagone partagé en fix Triangles équilatéraux, dont les lignes, qui le partageront, pafîerontles angles dudid Exagcne. Soit apres partagé chafque cofté en cinc,dont les troisportionsdu millieu,lérvi-rontpour la courtine3& les deuxà chafque cofté,un pour la gorge des Boullewarts. Soit tiré apres une ligne du poind de la première divi-fion; laiffant un angle de iy.degrez,jufques contre ia ligne, qui pafle â l’angle de l’Exagone,faifant aînfi par tout.La Fortification le trouvera pareillement en angles droids pour leBoullewart, & de 1yo.de-grez pour l’angle flancquant.La ligne du flanc fera libre pour la faire comme j’ay encor dit ailleurs. Suit encor uneautre de mon invention.
- Soit faid un Exagone : foit chafque cofté miparti en cinc cigales
- p.21 - vue 29/53
-
-
-
- MANIERE VNIVERSELLE
- portions , dont les trois du millieu fervirontpour la courtine , de les deux à chafque bout, un pour la gorge du Boullewart. Soit prins un compas ouvert de lalongeur d?un des coftez dudiét Exagone; & pofé l’une jambe fur le poinCt de la première divifion 5 & de l’autre jambe (oit marqué un arc au deffus de l’angle, où que Ton veut faire le Boullewart, Que l’on faflè ainfi par tout; il trouvera les melînes ouvertures des angles, que deffus : &s’illçait juftement faire la répartition de la courtine, il pourra trouver l’angle fichantde Marlois, avec ce qu’il en a marqué pourfon angle flanequé.
- Celle Fortification peut elire librement attacquée : car l’on y peut facilement percer la contrefcarpe > entrer au foffé , ellever des tra-verfes,drclfer des galeries,&c.contre la batterie des contreflancsjtant plus facilement, s’ils (ont hors la portée du Moulquet.
- Parles demonftrations precedentes , l’on a peu voir & remarquer clairement, que la Fortification du Triangle équilatéral à la façon ancienne, n’eft d’aucune valeur nyfprce, contre un accord & entendu àlfaillant, & ayant conduit le Lecteur à la vraye maniéré de fortifier lediét Triangle, il appertdoncqùes, qu’ileft capable de Fortification meilleure, que n’eft celle du Quarré ancien, auquel pour toute pèrfééfcion l’on n’a jamais donné d’avantage,que 60. degrez d’ouverture, pouribn angle flanequé, qu’eft la mefine, que naturellement a lediCt Ttiang les Et partant n’ayie pas parlé hors de vérité,que le Triangle eftcapable debonneFortification,& qu’il peut eftre rendu meil-leur,que les Anciens ont faiét valoir le Quarré : Non toutes-fois* que le Quarré luy fôit inferieur; pour autant que le Triangle contient en foy deux angles droiéts, le Quarré quatre, de mefine que.le c ercle ; & le T riangle comme le demy cercle.
- Partant n’a efté mon deflèin de comparer les figures entre elles, bien de demonftrer clairement,que le Triangle à tort aefté décrié.
- Voila comme un erreur par ignorance gaigne crédit, te pafle. en authorité.
- Cependant, qui le voudra confiderer avec attention, il trouvera le Triangle reçevable; pour autant que touche lès angles naturels:mai$ que s’ileft reje<5tablè,que ce fera à caufe de loti intérieur,lequelde lôy eft plus eftroiét, qu’eft requis à laTortifiçation : fins que pourtant il faille palfer par delïiis le Quarré aux autres Poligones. De cecyje fe-ray les demonftrations li alfeurées, qu’en railbn ilny efchera doute quelconcque.
- Allons
- p.22 - vue 30/53
-
-
-
- DE FORTIFIER.
- n
- Allons ànoftreQuarré,lequelcombienquilaefté ravâlléaudef* fous de fa naturelle valeur; je ne laiflèray de dire & de monftrer,pourtant qu il eft préférable à tous autres Poligones, comme eftant plus voifin queux du cercle;& àcaufe dececy peut il eftre fortifié avectous les avantages requis contre toute forte d’invention, dont lesaflail-lants fe font lêrvi julques àprelènt.
- Ce n eft pourtant merveille, que les Anciens lè font fi opiniaftre-ment arrefté aux figures Poligones ; veuque du paffé l’on n’avoit pas la cognoiflance, pour conduire une trenchée, faire des traverfes, ef-paulieres, galeries,& telles ftruétures neceflaires â l’afleurance de l’af-lâillant.
- Les Ingénieurs Hollandois ont donnélesenfeignements généralement pour fortifier, qui approche les angles fichans des Italiens: mais comme leur maniéré de fortifier regarde les Poligones,cefte façon ne peut eftre rapportée à celle, dont je veux trai&er en ce livre : Partant en dire quelque chofe, lèroit fortirde ma propofition.
- Et qu ilfoit vray, la meilleure façon de fortifier s ne confifte nullement es figures Poligones ; veu que lexperience nous a faiéfc voir par les nouvelles façons d’alïàillir,qu’il ne fèfaut pas par trop opiriiaftre-mentarrefter à toutes lès forrnalitez regulieres. Dontauflî fe prouvera , que le Qüarré eft capable de tout ce , qui eft elfentiel à une très-parfaidte Fortification; tant pour une Fortreflè Roy aile, que pour faire des Villes de toute forte de grandeur.
- Mais à fin que je donne un commencement tel à cecy qu’eft requis, je demonftreray fon principe, par la maniéré de fortifier le Quatre fimpleàlafaçon Italienne, & Françoilè, ou lèloa que fèpratique quafi par toute l’Europe.
- La demonftration doneques eft telle: II faut divifer 360. degrez pat quatre, &lors l’on trouve l’angle du centre eftre de 90. degrez, elgal à l’angle naturel de la circonférence ; les angles de la baze des quatre Triangles ïfofeles, lè trouvent chalqu’un de 45*. degrez, lelquels doi-venteftre repartis, comme il le voit en la figure fuivante ; 8c lors l’on trouvera l'angle flanequant de 150. degrez, 8c le flanequé de 60.
- Les Hollandois veullent eftre en cecy plus fubtils : mais, à mon advis, le proufit n’eft d’aucune confideration; Le chemin pour y parvenir (eftant long) demande auffi une bien exa&e Geometrie, occa-lion (à mon advisJ pour monftrer fon elprit fur le papier, plus que fur
- la ter*
- p.23 - vue 31/53
-
-
-
- H
- MANIERE VNIVERSELLE
- la terre.
- Mais comme je Fais eftat de la facilité je mettray une antre maniéré, que tout homme fans eftude, ou fort peu, mettra incontinent en pra^ âique; aufli bien fiirla terre, que furîepapierjaquelle auflipeut eftrc accommodée avec Ion flanc fichant à la façon défaits Hollandoîs : ce quifèraenamoindriffant leTriangle équilatéral, dont eft formé le Boullewart.
- Soit faiét un Quarré équilatéral de cquianglc ; foit apres partagé chafqu un cofté eu quatre , (oit prins un compas ouvert du poinéfc de la première divifion, jufques au mefme poind du cofté oppofite ; & foit marqué langle du Triangle équilatéral, en failant deux arcs au defïus de T angle dudid Quarré, Sur lequel l’on veut marquer l’angle
- flauo
- p.24 - vue 32/53
-
-
-
- DE FORTIFIER..
- flancqué du Boullewart- Soit faid ainfipar tout ; & apres fbyent tirez les lignes; tomme Ton Voit en la figure lui van te. A presfoy ent tirez les flancs, félon qu prüesveutavoir ouverts , ou ferrez : AinfiFaift , l’on trouvèra l’angle ftancquantde 1 yo.degrez,& le flancqué detfo.qu eft enfbmmelaperfe&ion, que du tout temps Ton a donné à la figure quarrëë, félon les enféignements de tous ceux, qui fè font méfié de la Fortification.
- Le Quàrré, comme j’ay did,eft, â mon advis,la plus capable figure de Fortificatidn quifoit; & pour parvenir à la demonftrationde la ve-cité , je fûivray le mefine train, que j’ay faid duTriangle équilatéral, le mets doncques pour le premier la figure fuivante,laquelle fé trou-K avoir le s mefmes ouvertures d’angles, que le Quarté precedent:
- D mais
- p.25 - vue 33/53
-
-
-
- MANIERE UNIVERSELLE
- $6
- mais comme je prétends de perfectionner cefte figure 3 félon quon peut voir parla luivante, dont la fauce braye eft garnie d!uneavan~ garde de 70. degrez d’ouverture. Fay donné à l’angle flancqué dela-diéfce première> l’ouverture de fêmblables 7o.degrez, laiflant l’angle flancquantde 160. 8cau regard de ladi&e avangarde, moindre, que 150. Il eft doncques clair,que cefte forte de Fortification avec fes contrçflancs en la fauce braye, eft meilleure, que le Quarré fortifié à la reguliere : Cependant elle ne reviendra à plus grand frais, pour la faire $ & toates-Fois peut eftre rendue plus grande par le creux à me-fiire, que l’on voudra applicquer ladiéle avangarde,& avoir fes lignes, de defferices longues, ou courtes : Ce qui eftfaifàbie auflibienen la place principale, quen ladiâe fauce brayc, (ans que celà efcfcÆiJîu-diéfc ancien, lequel toufiours eft fo mefine, ne pouvantt?ftiîe^gratid^
- p.26 - vue 34/53
-
-
-
- DE FORTIFIER.
- que les flancs ne deviennent fubjeéts au Canon y& fafle changer la place de nature.
- Il convient maintenant parler du Quarré compole, lequel je pre-fenteicy de fuite, lequel ainfi fortifié peut fort bien fêrvir pour une ForterefleRoyalle: Combien que lès lignes de deffence fulïent pro-
- E ordonnées à la portée du Moulquetjdontil le trouveroit par dedans onneftement fpatieux, grand, & bien aflfeurê, contre la nouvelle façon daffaillir, ayant tousfes angles flancquez , ou intérieurs, de 70. degrez,
- D z
- Et
- p.27 - vue 35/53
-
-
-
- MANIERE VNIVERSELLE
- 28
- EtficeQuarréfutceindd’unc fauce braye, ilfcroitdextremere-fiftence, difficile d’approche pour le battre; (pourveu qu* il fut en terre pleine.) Et combien qu’il fut invefti 8c battu, iln’yauroit moyen de le forcer, lans grande perte & meurtre des aflaillants , 8c fans que lesdeffendeurs paffaflentgrand danger: eftant chofe affeurée 8c expérimentée, qu’il n’y amoyen de faire monter une brelche aux Soldats, ou, que le Moufquet couvert les attend: & les faire palïer un folié,qui eft garde à couvert d’un bon parapet; non plus haut, ou de guerre, qu’eftlacontrefcarpe, pour le grand danger quils attendent de la grelledes Harquebouzes. Cequin’eftainn du Canon, logé ordinairement és contreflancs , qui ne tire qu’un coup en un demi quart d heure, lans pertinente vifée, vers une choie , qui fè bouge ; De maniéré que Ton peut dire, que le Canon en femblables occafions faid plus de peur, que de mal,
- Pour-
- p.28 - vue 36/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. 29
- Pourfuivant noftre matière il convient parler du Quarré armé de quatre Boullewarts, en forme d’avangardes ^lelquels eftant faiéts en angles droiéfcs, le trouverale Quarré, de toute part fortifié, avec angles flancquez, elgaux à TO&ogone ; Et ainfi aura la figure quarrée par nature & adjon&ion, ce que l’Oétogone a par naturelle divifiom
- De façon que nous avons trouvé ce que cherchions, quefl: de faire valoir autant le Quarré, que lediéfc O&ogone, demeurant ; toufiour s fa figure intérieure quarrée de telle grandeur, que lonlçanroit donner audid Oétogone, félon le belbing, failàble à beaucoup moindre frais,& tenable avec moindre garnilbn.
- Qui feroit defireux défaire une telle place(lèlonledire ordinaire)
- P 5 impren-
- p.29 - vue 37/53
-
-
-
- 3o MANIERE VNIVERSELLE
- imprennable, la devroit garnir de cafemattes ouvertes, qui s'entre-flancquent en tenaille : Ainfi feroit faire une Fortreffe tres-belle & tres-excellente* Le dedans feroit ouvert &fpatieux, fbn angle flanc-quant ferré,& fes flancquez droiéts,aveç place capable pardedansleC di<5ts angles intérieurs , pour faire des bons retrenchements ; ou propre pour des Cavailliers, commandant toufïours dans le folfç $ & le Canon hors de danger d’eftre par tout démonté.
- Labrefehe ores, que fai<Ste3fe trouvera doublement flancquée,fàn$ que plus de deux flancs, àfçavoir r de chafque cofté un, pourroyent eftre rendus inutils. Impoflible partant de fe loger fur Iadide brelche, fans un incroyable deffai&e des affaillants $ fi bien qu’un de vingt n’y
- fçaura
- p.30 - vue 38/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. 31
- jçaura parvenir & s’y maintenir, non-obftant toutes les inventions au contraire* dont lediâ: aflaillàriife Voudra fervir, pour y fafrefes4p* proches, & fe garantir du Canon de dedans.
- Il n y à rien au monde,qui caufe plus dé plainte légitimé auftudi-cux Le&eur/mon qu’en efcrivant ion paffe trop legerement par det
- ius les matières , qui le traitent, négligeant ce qui peut venir à propos, pour plus claire intelligence de là choie propose ; commeiiellé fut de fby facile, ou^que tous les Leéteurs fullènt elgaux endocrine* ou bien, qu’il ne fut nêceffaire ce faire entendre des moins verlez, le
- privent
- p.31 - vue 39/53
-
-
-
- 1% MANIERE VNIVERSELLE
- J>riventde la lumière 3auil a befoing; enveloppants.artiftement les ubtilitez parmy les ombrages de l’oblcurité, qu’ils y Iaifîent. le veux croire que c’eft, à fin qu’ils loyen.t eftimçz de tant plus Ipirituels, au jugement des foibles & chancelants, & non encores allez affermez, pour cheminer affeurement fous la conduire & flambeau de leur entendement.
- Ic pe veux pourtant enfiiivre çefte méthode, content de me confèjf* fer pluftoft ignorant,& n’avoir fçeu, que de n avoir voulu. Pour celle raton jay fai A fuivre icy deux figures j à fin que ceux, qui font moins
- entent
- p.32 - vue 40/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. j}
- entendus en la Géométrie, ne recontraffent aucune difficulté, qui les arreftaparma nonchalance,- imitant le Soleil , lequel de la part faiét tout ce, qu’il peut,pour atténuerles corps interpolèz,&empelchants que lès rayons n atteignent la terre, laquelle par lècours de l’eau envoyé en contreveue ces corps opaquesiCequi me lèmble eftre le vray Fly roglifique de noftre ftupidité laquelle venant à tenir lieu entre l’agent & patient,laiffe noftre entendement fruftré de lacognoiffance à luy deftinée & naturelle.
- Paffant à noftre matière, je me perluade avoir fatisfaiét de ma part, queperfonne ne me reprochera de n’avoir ailè.z clairement demon-ftrê,que l’angle naturel du Quarré reçoit par retrenchement l’entiere perfection du Boullewart régulier.
- Néant-moins pour lever le Icrupule des Amateurs de la régularité, jay trouvé expédient de mettre icy d’abondant l’ordinaire denionftra-tionde rOétogoiie; par laquelle l’on verra, que ceft tout une choie avec ce que j’en ay did: Par où l’on voit clairement,que l’on peut pâf-feu du Quarré à l’Otftogone, & que l’Odogone n’eft autre choie, que îïôftrè Quarré retrenché en lès angles naturels. De mefme, qu’un Quarré par application de quatre pièces, devient un OCtogone par puiffancej ou potentiellement: Il lèradoncques permis de négliger le Pentagone,l’Exagone, 8c TEptagone ; puis qu’ils furpaffent en nom* fcre de Boülle wàrts, lâns que pourtant ils en deviennent meilleurs. C’eft doneques folie d’acheter à haut pris le moindre,où que l’on peut avoir meilleur àpetit frais; Attendu que le Quarré f comme j’ay diCQ peut recevoir la mefine grandeur, ainlîque faiét l’Odogone, demeurant toufiours à luy elgal, en lès lignes de deffence. Voi-làce , qu eft de cecyj paffons à d’autres cholès.
- p.33 - vue 41/53
-
-
-
- 34
- MANIERE VNIVERSELLE
- Plufieurs pencentchofe tres-affeurée, qu’il n y a moyen de fortifier le$grandesVilles,finonenlesredui{ânten figureronde; àfindelcur donner des Boullewarts, fur le modelle de quelque Poligone conforme à leur grandeur. Et ainfi font quafi fortifiées toutes les Villes de l’Europe.
- Ienedis pas, que telle Fortification ne foit bonne : mais qu icelle fbit meilleure,je ne l’advove pas; en tant qu elle feroit de grand frais. Quant à moy, je louële retranchement, ou l’addition,qu’il faut pour trouver la ligne droiéte, pour approcher du Quarré, tant, que faire fepeut. Carainfifè trouveront les Boullewarts furies coftefc, avec
- des
- p.34 - vue 42/53
-
-
-
- DE FORTIFIER. 3*
- ;dcs flancs fichants;# les angles naturels en puiffânce,comme l’Odo-gone^ ou bien de faid le pourront retrencher avec leurs angles flanc-quez droids,& flancquansde iîJ.degrez$& confèntivementnefau* dra il fi grande quantité dé Boullewarts, & fera la place de plus façille deffence.
- La confcquence en eft infaillible: Car pui s que le Quarré,avec quatre Boullewarts,contient la grandeur de i’Odogone. (comme j’ay demonftré cy deffus.J II eft évident, quun Quarré,avechuid Boullewarts, ndultiplieraà l’ad venant : Ainfi faut il dire des figures quarrées* où qu’ilfaudra d’avantage de Boullewarts.
- l’ay faidféiivreicy pour la fin de mon traidé, quelques figures fur ce fubjeft, fur lefquelles le Ledeur entendu pourra fpeduler àfon aile,tri affpurant, qu'il jugera avecque moy, que par çes demonftrations Ton pourra exeufer plufieurs grandes dépendes : -car le nœud ne gilfc I peas à faire beaucoup d’ouvrages j mais à les bien faire.
- Tout ce que j’aydidjfuffira pour ii*en dire d’avantage, nonplus; de la commodité des places d’armes, loge men ts des Soldats8c Bourgeois, marchez, arcenaux, que de mille autres chofes confiderabïes, en ordonnant^ a Fortification-, ny mefme, je ne touchéray aux Fortifications commandées 8c commandantes , avec leur avantage 8c délavant âge, leur ftrudure 8c batiments, ny au moyen pour evitier les fur-prinlîs, mines, contremines, fappes, efchalades, &ç. Ny aùffi, je ne veuxdifcôürir des autres remedes & moyens, pour s'oppofer à toute fortéde ftratâgeme militaire, pour n eftre de monfubjed.
- Pareillement, je me deporteray de parler des retrcnchements es lîe-ge&çfo là maniéré des approches, 8c de tout ce, qui faid à l’aflèuran-ce&elpefance des affiegants & aflîcgez : nofi plias de la Fortification d’üne armée logée en Ion tout, ou parties • ny des lieux propres à tels logementsi ny des ciiofes remarquables pour leur deffence, ou offen-C£*, comme font rivières, Villes, montaignes, vallées, diçques, duin-ries,8cc."Car ces choies font beaucoup de bien, ou du mai, jelon qu elles font bien ou mal confiderées, placées ,:<& appliquées Car tout: cela parmy infinies autres lâns nombre, qui concernent le faid delà guerre, me conduiroit à une matière làns rive, fond, ny fin, contraire à ce, que j’ay propofé.
- Ce pendant,je ne veux douter ou plufieurs attendront de môy pour le moins la demonftration des pièces détachées, pour entretenir l’af-faillantj à ne lçavoir battre à la première abordé e la place principâlle:
- E 2 M$i$
- p.35 - vue 43/53
-
-
-
- 4 MANIERE VNIVERSELLE
- Lu caane je » ay »t,cpri»s SaSàg* te * P®*
- les barrières proposes, je croy que l’on m’exeufera pareillement.
- p.36 - vue 44/53
-
-
-
- DE FORTIFIER*
- Î7
- De plus 5 à raifon que cefte matière ne fçauroit eftre bonnememt demonftree, fans s élargir par trop, & courir hors des termes eftablis
- pour ce traiété y à caufè de la grande difficulté 3 qu if y à pour s en àc* quitter deuèment : confideré que ces choies ont tant dé refpe&s 5 au
- p.37 - vue 45/53
-
-
-
- 3S MANIERE VNIVERSELLE
- regard des lieux, cùqu on les veut applicquer , qu’ il en faudroitfaire un traité à part. ‘
- lime ftiffit doneques, d’avoir monftré, que jufques icy, lavraye, pure, &effentielle forme & maniéré de fortifier, n’aefléenfeignée de perfonne :mais que chafquun s’eft contenté d’en parler', felon qu’il a entendu, fans toucher aux qualitez requilès , à un vray & affeuré Ingénieur, duquel on pourroit attendre l’heureuxfucces des exploits du General; fans fe contenter des perfonnes, que la faveur avance,let quels pour faire parade de leur fçavoir, ouvrent plus lbuvent,&font monftrede leur calamaire Géométrique, que du magafin de leur cerveau; à guife des Çharlatants,qui en faifant rire le monde, pipent l’argent des Spectateurs.
- Pour ces choies, il me femble que ce fait touche au Souverain 3c au General, à en eftre curieux : pour autant que de telles perfonnes {a caufe de leur induftrie) dépend une principalle piccede leur honneur & réputation;!! eftant neceflaire, que toutesces qualitez fe trouvent en une perfonne: Il luffit, que pluneurspoffedent ce qui eft plus à Ibiihaiter, qu’à efpèrer d’une telle. Autrement il eft impoflible, que ce grand coloffe Babylonien,compofe de tant de chofes differentes en nature (comme à une arméejfe puiffe mouvoir,avec une Syrametrique unité,eftl’effeCt des eiitreprinfesfparmi infiniesdifficultés concurrentes 3c non preveuës) par le feul chef, fans l’intervention des perfonnes fidelles & entendues en la profeffion militaire,& qui (çâvent ingenieu* fement & lùbtillement avancer fes deffeins & commandements.
- De là eft vçnu, que jadis ceux, qui ontefté Généraux^ ou qui ont prefidé fouverainement en laguerre, ont acquis une gloire irhmortel-le, ayant laiffé, à fouhait, perfonnes pour les lucceder, parfaitement dilciplines en leur Academie MartiaÛe. Et ainfi dit-on, que l’Empereur Charles V. grand Monarque & grand Capitaine, laifla à fou Fils P h i l i p p e II. Roy d’Efpaîgne, plus de Chefs de guerre que des Royaumes & Provinces. Dont j’ay eu le bon heur,d avoir fous un de ceux là (a fçavoir le Comte Pierre Eunestde Mansïelt, Gouverneur & Capitaine General des Païs-bas Jufques à la venue de l’Archiduc Ernest) en ma première jeu fhefle, 3c luy enfà dernière vieilleffe, crayonné mes principes militaires.
- Ce brave Prince,& fàge Capitaine eftoit liberal de parler delàguer-re, duquel (parmy plufieurs beaux enfeignements ) me femble ceftuy-cy digne de-ce lieu. Il difoit: Perfonne ne lè trompe $ il fautconfeffer
- * libre*
- p.38 - vue 46/53
-
-
-
- pl.n.n. - vue 47/53
-
-
-
- DE FORTIFIER.
- î?
- îibfcmwtyqu'iuiOeaeral nc fc peut toufiours rapporter au Confèiî. des Chefs de fon armée; ftgnament lors,qu’elleeftecmpofée dediver-fes nations, & lors que la qualité & la grandeur s’oppok à rfeabilité 8c valeur: à caufe que les commandements alors, font bienfouvent con-trequarrez par émulation. & jaloulîe. Auffi n’eft il poffible, qu’ün General faffe les choies féuh Partant faut il près de luy, plusieurs perfon-nés entendues&experimentées, qui luybattent continuellement l’oreille; à fin qu’il fç puiiTe fouvenir des occafions, & des chôfes réquifes à bien faire 9 &que rien ne paffe avec rifque dé larmée, & préjudice du public: Car (difoit ilj la mémoire trempe volontiers le jugement.
- Auffi al’on veufon Fils le Ccmte Charus , Prince à la vérité digne d’un tel Pere, foire des a étés de fopreme fogeflé & valeur, avec réputation d’avoir efté un des plus grands Capitaines de fort temps; dont la Hongrie (ou il mourut General) piainâ: encore-s au jourd’huÿ fit perte, 8c pour avoir veu coucher ce brave Soleil, devant qu’il lçéut arriver au zenit de fon midy.
- Au contraire, ceux qui mefprifont tout, fuivâftt leur fontafie* pouffez de, je ne fçay quel genie* ou jaloufie, par malice ou foibleffé, affe-étantsd’eftre fecrets, fi bien, que l’on oyt^ny voit jamais rien venir de leur boutique3ont eu le privilège d’avoir efté Chefs: mais pointl’hon* neur d’avoir exploité comme Chefs, ou bien,que la fortune y âpltté paru, que leurprudence. Au partir de là, ont achevé leur vie, oü leur temps, fon s laiflér qui apres eux ait levé le trôphééde leur imitation* & efté façonnez en leur efcole*
- Cecy toutes fois n’aurôit lieu abfolutenient, où un Generalcognu d’avoir les qualitez requifos, fut reftrâinét en fa chargé, & côritrainâ: de diffimuler au regard de la faveur, qualité* & mérités des perfcnnes: voyant les chofés aller au contraire du naturel ,8c capacité des employés-Car, en tel cas,les fautes neiêroyetit à impute* au Chef; mais bien à ceux, qui auroyent préféré leur crédit particulier au bien publieront ordinairement les mal-heurs &defolation$ font irrémédiables.
- A ce propos, il me fera permis, de faire la comparaifen d’unéar* mée bien, ou mal conduiétc & ordonnée ; où chafqu un tiéôEt lièü félon fon mérité, ou félon la faveur ; à une Cour d’un Monarque bien, ou mal eftablie, &adminiftrée. L’onnefçauroit nier, que, combien quun Palais, peuplé de toute forte de perionnes de qualité 8c foffifan-
- long
- p.39 - vue 48/53
-
-
-
- 4o MANIER E VNI VER SELLE
- long temps demeurer en pied, fans tomber en defôrdre; combien que l’on eut tout commis fous le premier homme du monde. Nyaulfi; qu’un bon Maiftre d’hoffcel Içauroit pourvoir à toute choie, fans avoir à fon affiftence un rufé Controlleur.
- . De mefme, dis-je, une armée bigarrée en deforviture , contraire au naturel des employez & advancez, ne fera autre choie, qui vaille fous un General très-accompli Et auffi le melme General travaillerafou-vent làns cfife<St,s’il n’employelefocours desperfonnes fubtiles & entendues ; veu que ce que faiét le Controlleur en la conduire delà maifon Royalle. L’Ingénieur lefaidés affaires militaires, fans que leur réputation fe mefle auprès des hommes indifferement; ains cha-qu un retient ce qu’il mérité par Ion adminiftration: d’où vient qu’un Prince eft bien aile, d’avoir en fonfervice un Maillre d hoftel, de fin-guliere eftime*, & celluy-cy un bien rompu & entendu Controlleur.
- Le melme faut il dire d’un Chef en guerre,& d’un Ingénieur,lequel de fon collé fera tel, quejamais l’on ne fâche remarquer en luy, faute d’invention & d’effed, avec les chofes, qu’il a près de luy,& facilles à .recouvrir, làns s’exeufer fur ce qu’il n’a pas : Car pour eftre accompli en celle profeffion, (parlant humainement) il faut Içavoir tout,& rien ignorer. Çç qui fora de tant plus facille à celuy, qui préférant le bien public, au particulier, bende raies intentions à la gloire de Dieu, & defon Eglife; n’eftimant d'avantage le parti des PrinceSjMonarqueSj ou Republiques; qu’il n’ell fondé en raifon & religion, & nullement en fantafie 8c paffion; ou pour en tirer feulement, ouprincipallement quelque recompenceperilàble.
- Cela toutes-fois a gaigné tant de crédit, qu’il fomble déformais fot«> tilè , fe propofer autre fin. Ce font les fruids que les Politiques nous vendent à très-haut pris ; Dieu nous falfe la grâce , que ce ne foit an pris de noftre Rédemption. Mifere de noftre fiecle,auquel les Grands nourrilfent fi volontiers celte maudide race, qui multiplié par tout comme la mefchante vermine ! Ce qui partant plait fi fort aux hommes du jourd’huy, que la plulpart s’addonnent à toute forte de pro-feffion, àdeflein d’en pnxufiter en particulier, c’eft Y Alpha 8c YOmegaA du monde.
- La République cependant s’en refont merveilleufoment,voyant les charges reparties pelle melle comme u n chaos, 8c la difti pline militaire (dont nous parlons) aller peu à peu hors de train, 8c de cognoiffan-ce; fi avant, que les armées des Chreftiens, ne relfamblent plus à des
- troupe
- p.40 - vue 49/53
-
-
-
- DE FORTIFIER.
- trouppes, qui combattent pour laFoy: mais pluftoft pourpretexerle traffique, que Ton en fai& au proufit 3c intereft particulier, De maniéré, que les per(onnes,qui n’ont obligation de fçavoir tout trouvent bien en peine de choifir le meilleur, entre,eftre deffendu,ou eflre vaincu. La ruine du peuple innocent,par toute laChreftienté,tefmoi-gne, & le degaft des armées, que la confufion 3c delordre doit eftre imputé aux Chefs & Commandeurs.
- Qu’ils le (ouviennent, que les Soldats combattent pour leur gloire & réputation, 3c non pour eux mefmes; & qu’ils en lçavent à temps tirer grolfe recompence, demeurant audiéfc S oldat le labeur 8c fuëur, fans elpoird’autre repos, que du pannier & de labefaffe. Si celà fut % l’on fçroit plus circonlpeâ: à leur iùb venir à leur neceffité,& à retrain-dre leur licence & liberté'.
- le me perfuade néant-moins, que tous alpirenti Fadvancement, & à monter en dignité, par un defir d’honneur raifonnable.(du moins l’on en fai# la mine) Quechafqu’undenouspourfuive doncques ce defir honnefte, (ans donner fubjeét de douter ; fi nous (ômmes plus a-mis, qu ennemis à laChreftienté: &fi ne pouvons ou fçavons toucher la Diane au reveil de toutes les armées, qui font avecque nous,levons du moins la tefte , en noftre petit coing du monde, à la lourdinne de noftre confciencej & ne permettons jamais, nydonnons occafion,de nous defcrire es hiftoires- plus brigants ,que vaillants; plus finarts,que foudarts, & finallement, plus Politiques,que Catholiques.
- Et fiparavanture la faveur nous a porté aux charges, devant le mérité, regardons au moyen, pourfaire voir à tous, qu’avons à temps tout aprins, ce qu eft de noftre obligation; à fin que Ton n’eftime perdu ce qu’avons obtenu contre l’opinion de plufieurs: & que nous femmes capables aubien, qui maguerres n’çftionseftimé rien, plus prompts pour parachever cefte honnorable carrière, que ceux, que l’on croyoit nous devancer en expérience, laquelle l’on a veu fouven-tefois s’arrefter, où le Tyron courroit le premier.
- Prennons doncques courage, & monftrons nous braves, & pleins de bonne refolution, diligentons auxaflauts , 3c montons les bre-fches,&que les grenades, bombes, cercles,&tous les feux, quele Diable a inventé révélé au Moine Bertholt le Noir, (malheureux Allemang!) 3c enfemble toute forte de travail 3c mifère, ne nous fafife reculer: ains donnons dedans à tefte baiflfée, poftpofànten tout noftre particulier, au fervice de noftre Religion & Patrie.
- p.41 - vue 50/53
-
-
-
- 4z MANIERE VN1VERS. DE FORTIFIER.
- Qu’il ne nous en chaut, que nos Commandeurs triumphent, étirent ufure de nos labeurs, & fang répandu. Gardons touliours noftre fidelité au Roy, & dirigeons noftre intention à Dieu : Car nous femmes affleurez que nos peines ne feront perdues. Le ciel favorife les vertueux, & aufliles valereux, infailliblement il nous recompencera liberalement^puis que pour l’amour de Dieu,& l’honneur de Ion Egli-fe, nous aurons efté liberaux à prodiguer nos vies, au fecours de noftre Patrie affligée.
- oJ* Le furplus, qui fuit Scduit àcefte matière, eft amplement de-monllré, en mon abrège des principes militaires, dreffé fur la fitua* tion des Païs-bas, 8ç guerres y fai êtes par le Roy, contre lesEftatsdes Provinces unies rebelles *3 auquel fe peut clairement voir, que lçavons & pouvons, fi voulons vaincre noftre ennemi. Dieu nous enfaffela grâce, 8c ofte nos pechez, caufe de nos maux.
- F I N.
- p.42 - vue 51/53
-
-
-
- A B R V XE L L E S,
- 1 Imprimerie de I e a n Mommart. M. DC. XXX.
- p.43 - vue 52/53
-
-
-
- p.44 - vue 53/53
-
-