La science et la vie
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- C'est avec une profonde émotion que nous présentons, cette année, nos voeux à nos Abonnés, Lecteurs, Collaborateurs et Amis.
- Tous presque, sont aux armées, combattant pour la défense de la Patrie, si perfidement attaquée. Qu ils reçoivent ici l'hommage de notre admiration et nos souhaits lesplus ardents.
- Dans la guerre il n’y a pas de certitude scientifique du résultat, mais nos lecteurs doivent partager la confiance inébranlable, la conviction absolue en la victoire qui anime nos soldats.
- Dans celte revue où tout ce qui touche à la “Guerre’ avait été si minutieusement étudié, nous sommes satisfaits d’avoir, en temps utile, contribué à attirer l’attention publique sur le si grave problème de la Défense nationale.
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- Numéro 18. SOMMAIRE
- Tome VI.
- (SEPTEMBRE, OCTOBRE, NOVEMBRE, DÉCEMBRE 1914, JANVIER 1915)
- Les origines de la guerre. ,..............
- Les deux stratégies allemandes (1870-1914)
- Que coûtera la guerre actuelle ?...............
- Ce qu’a coûté la guerre de 1870-71 .............
- Le matériel de campagne des nations belligérantes..........................................
- Les droits et les devoirs des habitants en pays occupé par l’ennemi.............................
- L’agression de l’Allemagne contre la Belgique..
- Sur le sol ensanglanté de la Belgique..........
- Petite étude sur la valeur individuelle des soldats engagés dans la lutte...................
- La lutte sur le sol français ..................
- La guerre dans les airs .......................
- Quelques tableaux de la guerre en France - Les Vandales ont passé par là.......................
- Les blessures de guerre et les effets des balles dum-dum.........................................
- Les Russes aux prises avec l’Allemagne, l’Autriche et la Turquie .. .. .....................
- Les Serbes et les Monténégrins en lutte contre l’Autriche............................... .. ..
- Leurs prisonniers, et les nôtres...............
- La bataille des Flandres par l’image. - Sur le théâtre oriental des hostilités .. .. ..........
- Butin et trophées de guerre .. .. .............
- Les hostilités sur mer et la prise des Colonies allemandes ....................................
- Les Sociétés de secours aux blessés et les initiatives privées...............................
- Suite de la chronologie des faits de guerre.. ..
- Gabriel Hanotaux .............. 291
- Membre de l’Académie française.
- Lieutenant-Colonel Rousset. 297
- Ancien professeur de tactique appliquée à l’Ecole supérieure de guerre.
- Paul Leroy-Beaulieu............ 303
- Membre de l’Institut.
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- Un ancien Colonel d artillerie 305
- ............320
- .............................. 323
- Seize pages d’illustrations sur la lutte en territoire belge....................... 337
- Ardouin-Duniazet.............. 353
- .............................. 359
- Auguste Wimillc............... 389
- Seize pages d’illustrations sur la guerre en territoire français.....................401
- Dr Eugène Rochard..............417
- Chirurgien de l’Hôpital St-Louis.
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- Seize pages d’illustrations sur les faits de guerre dans le Nord delà France, dans la Belgique occidentale, en Prusse orientale et en Russie ............... 449
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- .............................. 469
- Paul Strauss................ 475
- Sénateur de la Seine, Membre de l’Académie de médecine.
- ............................ 479
- Hors texte : Carte du théâtre oriental de la guerre.
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- LA SCIENCE ET LA VJE
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- LE GENERALISSIME JOFFRE
- En témoignage de la reconnaissance nationale, le Président de la République lui a remis,
- le 26 novembre. la médaille militaire.
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- La Science et la Vie
- MAGAZINE DES SCIENCES ET DE LEURS APPLICATIONS A LA VIE MODERNE,
- ]\édigé et illustré pour être compris de tous
- Paraît chaque mois — Abonnements : France 12 fr., Etranger 20 fr.
- Rédaction, Administration et Publicité : 13, rue d’Enghien, PARIS - Téléphone : Bergère 43-16
- Tome vi Septembre, Octobre, Novembre, Décemtre 1914, Janvier 1915 Numéro 18
- LES ORIGINES DE LA GUERRE
- Par M. Gabriel HANOTAUX
- MEMBRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
- Les origines de la guerre actuelle ne se trouvent pas uniquement dans les événements immédiats qui lui ont donné naissance : il l'aut voir les thoscs de beaucoup plus haut et considérer, dans son ensemble, le développement des grandes affaires européennes, depuis près d’un demi-siècle.
- En 1871, le traité de Francfort avait démembré la France, malgré la volonté déclarée des populations des deux provinces annexées à l’empire d’Allemagne, l’Alsace et la Lorraine. Telle est une des origines incontestables de la guerre actuelle.
- L’Allemagne n’a cessé d’accuser la France de pratiquer une politique de revanche : ce n’est pas exact ; la France ne chercha nullement à en venir à une guerre pour obtenir la révision du traite de Francfort ; mais, mm plus, elle ne voulut jamais donner des mains à la violence qui lui avait été faite, et désavouer la protestation formulée par les députés de la Lorraine et de l’Alsace, au nom du droit et de l’indépendance des peuples. Ayant foi dans « la justice immanente », dont avait parlé Gambetta, elle attendait que son heure vint.
- Bismarck a dit lui-même : « Je ne me fais pas d’illusion, il ne serait pas logique de vous avoir pris Metz qui est français, si des nécessités impérieuses ne nous obligeaient à le garder... J’en dirais autant de l’Alsace et de la Lorraine. C’est une faute que nous aurions commise en vous la prenant si la poix drvaii rire durable; car, pour nous, ces provinces seront une grande dilïïcul é... »
- Or. la paix fut durable; quarante-quatre1 ans s’écoulèrent sans lasser la patience de la France; il en résulta ce que Bismarck avait prévu : l'Allemagne sentit, de plus en plus, le poids de la faute qu’elle avait commise. Les provinces annexées furent, pour son gouvernement, une difficulté croissante et l’attitude expectante de la France fut, pour la politique allemande, une cause permanente d’embarras, une entrave étroite qui finit par lui faire commettre les plus lourdes fautes et par l’exposer à une hostilité pour ainsi dire universelle.
- Comme cet enchaînement fatal des événements avait été indiqué par l’homme qui avait commis ou laissé commettre l’erreur initiale, il est impossible de n’en
- M. G. IIANOTAUX
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- p;is faire retomber toute la responsabilité sur l’Allemagne elle-même. C’est elle qui, par un aete de spoliation injusti-iiable, a entretenu, en Europe, un état d’irritation qui devait, un jour ou l’autre, provoquer une crise et qui l’eût provoquée beaucoup plus tôt, si les gouvernements exposés aux vivacités hautaines des gouvernants allemands n’avaient pris d’avance le parti de pousser la patience jusqu’à ses plus extrêmes limites.
- Parmi ees puissances, celle qui eut à supporter la première, après la_Erancc,
- de l’Autriche-Hongrie, prenait en charge les intérêts austro-hongrois dans les Balkans. Or, dans les Balkans, les intérêts austro-hongrois sont en antagonisme complet avec les intérêts russes.
- En 1877, la Russie, donnant suite à sa vieille politique orientale, entreprit la guerre contre la Turquie. Ses troupes, après Plcwna, furent sur le point d’entrer dans Constantinople. Deux puissances, l’Autriche-Hongrie et l’Angleterre, s’alarmèrent. Elles lircnt appel à l’Allemagne et les trois puissances réu-
- I.ES AMBASSA1) EL'llS QUI r AK LURENT, A BERLIN, AU NOM DE LA TRIPLE ENTENTE l)e gauche à droite : M. de Svcrbeef (Russie), M. Jules Cambon (France) et sir Edouard Goschcn
- (représentant de VAngleterre).
- les plus graves atteintes à ses intérêts et à sa dignité, par les exigences du nouvel empire allemand, fut la Russie. En 1870, la Russie avait aidé l’Allemagne à vaincre la Erance en pesant sur l’Au-triche-Hongrie pour empêcher celle-ci de prendre part à la guerre. Or, cinq ans après, l’Allemagne, sommée par la Russie d’avoir à choisir entre l’alliance russe et l’alliance austro-hongroise, se prononçait pour l’alliance austro-hongroise contre l’alliance russe. L’Allemagne s’était rapprochée de l’Autriche-Hongrie par crainte d’une alliance franco-autrichienne. Ce fut une autre origine et, comme on va le voir, une origine immédiate de la guerre actuelle.
- L’Allemagne, en liant son sort à celui
- nies convoquèrent la Russie à la barre de l’Europe; tel fut le caractère indiscutable du congrès de Berlin.
- Des décisions prises contre la Russie au congrès de Berlin, je ne veux retenir qu’une seule : l’Autriche-Hongrie, par opposition au développement de l’influence slave dans les Balkans, fut autorisée, par le congrès, à occuper la Bosnie et VHerzégovine.
- La Bosnie et l’IIerzégovine, habitées, pour la plus grande partie, par une population slave, s’inclinèrent devant l’autorité austro-hongroise, tant que celle-ci se dissimula sous la forme d’un protectorat.
- Cependant, une puissance slave, la Serbie, souffrait dans son honneur et dans son intérêt de cette extension de l’autorité
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- LES OUI ai NES DE
- IA GUERRE
- 2! Kl
- austro-hongroise sur une race sœur et sur des territoires voisins : comme on l’a dit, la décision du congrès de Berlin créait une « Alsace-Lorraine » dans les Balkans. En outre, l’occupation de la Bosnie et
- presque tota-
- tuer une Albanie indépendante, c’est-à-dirc une Albanie exclusivement réservée à l’inlluence autrichienne. Les choses traînèrent en longueur.
- Cependant, les [principautés balkaniques avaient
- de l’IIcrzegovine rompait lement l’équilibre européen au profit de l’Autriche.
- Cependant, personne ne prévoyait qu’un jour viendrait où les nationalités balkaniques seraient assez fortes pour réclamer leur place au soleil et que leurs victoires sur la Turquie seraient en mesure de rétablir l’équilibre.
- Pendant de longues années, l’Europe absorbée par ses rivalités coloniales, put laisser au second plan les difficultés balkaniques. La Russie, cherchant son développement du côté de l’Extrême-Orient, se heurta au Japon : elle fut vaincue à Moukden ; de graves troubles intérieurs parurent menacer la stabilité de l’empire lui-même.
- L’Autriche crut que l’heure était sonnée de faire un pas de plus dans la péninsule balkanique. Le baron d’Ærenthal proclama Vannexion de la Bosnie et de VHerzégovine. C’était, un coup droit porté à l’expansion slave et à l’indépendance de la nation serbe.
- On connaît la suite des événements qui provoquèrent la récente guerre des Balkans; les Turcs vaincus à Ivirk-Ivilissé et Tcha-
- LES DEUX DIPLOMATES QUI, A PARIS, FIRENT ENTENDRE LA VOIX DES DEUX EMPIRES GERMANIQUES
- En haut : il/, de Schœn (Allemagne) ; au-dessous : le coude Czecsen de Temcrin (Autriche).
- pris conscience de leurs forces.‘La Serbie, menacée des deux côtés à la fois, par l’annexion de la Bosnie et de l’Herzégovine et par la constitution d’une Albanie adriatique, sentait les passions nationales s’agiter dans son sein. Une conjuration anti - autrichienne permanente couvait, en quelque sorte, parmi ces populations exaspérées : la visite de l’archiduc héritier François-Ferdinand à Sarajevo — visite destinée à confirmer la mainmise de l’Autriche-Hongrie sur la Bosnie-Herzégovine — fut ensanglantée par le drame affreux de l’assassinat du prince et de sa femme. 1
- L’Autriche-IIongrie exigea de la Serbie des réparations et des garanties qui furent l’origine de la grave difficulté diplomatique d’où naquit la guerre. IL enchaînement des faits depuis le congrès de Berlin jusqu'à la déclaration de guerre de 1914, apparaît ainsi dans la logique absolue.
- Il faudrait envisager maintenant un troisième ordre de faits non moins décisif : la polit ique des armements poursuivie à outrance parles empires allemands dans l’intention évidente
- taldja ne durent leur salut qu’à l’intervention des puissances européennes et notamment des deux empires germaniques. L’Autriche-IIongrie, toujours appuyée sur l’Allemagne, eut la pensée de réserver un champ nouveau à son expansion balkanique et adriatique; elle décida l’Europe à eonsti-
- d’établir l’hégémonie commerciale, coloniale et politique des races germaniques sur le monde : cette politique mégalomane a été désignée par les intéressés eux-mêmes sous le nom de pangermanisme.
- De longs développements seraient nécessaires pour l’exposer. Résmnons-la en
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- quelques lignes : l’Allemagne est habitée par une race prolifique et gloutonne. Il lui faut de la nourriture en abondance et, le bien-être s’étant développé chez elle, elle a besoin d’un énorme apport de vivres et d’un large confortable : c’est un Gargantua assis à une table trop pauvre.
- Pendant une période d’une trentaine d’années, l’excès de la population émigra pour aller chercher au loin sa nourriture ;
- médiocrement nourris et vêtus, malcontents de leur sort : c’et le parti socialiste. Sa force continuellement accrue était une menace permanente pour la stabilité des institutions impériales.
- Par contre, dans l’est de l’empire, les vieux partis aristocratiques avaient une conception absolument opposée de la politique impériale.
- Ces junkers, ces hobereaux sont la
- M. UK 15 K ! Il ,\1 A N N - 1IO I. I. W KG M. GOTTLIEB VON JAGOW
- Chancelier de l’empire d’Allemagne Ministre des Affaires étrangères
- C'est M. de Bethmann-IIollweg qui déclara 'publiquement que le traité garantissant la neutralité de la Belgii/ue, et au bas duquel figurait la signature de la Prusse, avait pour lui la valeur d'un simple chiffon de papier. Quant au secrétaire d'Etat von Jagow, il approuva, au cours d'une intervieiv accordée à un journaliste américain, les paroles impudentes
- criminelles, du chancelier, son chef.
- mais, depuis l’enrichissement relatif de la terre allemande, l’émigration a cessé et la population s’est encore accrue.
- I/Allcmagne est tributaire des autres peuples de l’univers pour sa nourriture : mais cette nourriture, elle ne peut la payer que par son travail. D’où un énorme développement de l’industrie allemande, surtout dans les provinces de l’ouest. Qui dit industrie dit ouvrier. Les ouvriers allemands formèrent un énorme parti de petits salariés, aux familles nombreuses.
- vieille garde de la royauté prussienne et des institutions allemandes. Les chefs de l’empire ne peuvent se passer d’eux. Or, par définition, ils sont des possesseurs de la terre, des agrariens. Tandis que les foules de l’ouest réclament le pain à bon marché et des institutions libérales, le parti des féodaux et des grands propriétaires exige les tarifs douaniers élevés, c’est-à-dire le pain cher et les applications les plus rigoureuses d’un régiras? conservateur dans tous les seps.
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- L IC S OUI GIN E S 1) E L A G U IC H lî IC
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- L’empereur, obligé de gouverner à la fois avec le suffrage universel qui lui fournit des soldats et avec la noblesse qui lui fournit des officiers, est pris entre les deux.
- Les succès croissants du parti socialiste aux élections mettaient l’empire au pied du mur : ou il fallait se résoudre à accepter les conséquences fatales de l’établissement du suffrage universel, ou il fallait suivre, coûte que coûte, la politique des hobereaux. C’est ce parti qui fut adopté apres réflexion et en connaissance de cause.
- La conception du parti hobereau es! la suivante : le territoire de l’empire est trop étroit pour l’accroissement des foules allemandes. Donc, celles-ci doivent trouver leur expansion au dehors. L’émigration gaspillait ces forces surabondantes; l’expansion par la conquête est la seule issue possible. Donc, créons des colonies, portons-y des travailleurs allemands. Mais, comme conséquence nécessaire, développons nos forces navales : soyons les maîtres des océans. « Notre avenir est sur la mer ! »
- • En plus, développons notre armée, car si les colonies allemandes ne suffisent pas, nous prendrons celles des autres puissances européennes, la Hollande, la Belgique, la France, l’Angleterre; et même si celles-ci ne se laissent pas faire, nous prendrons leurs territoires métropolitains.
- Voilà, en deux mots, le pangermanisme. Il a proclamé la fatalité de la guerre universelle comme une nécessité de Vexistence de la race germanique.
- Le parti hobereau a vu, dans la guerre, la seule voie de salut en présence de l’agression du parti socialiste. Une fois de plus la politique intérieure a déterminé la politique extérieure.
- L’empereur Guillaume s’est trouvé jusqu’à un certain point, dans la situation de l’empereur Napoléon III à la veille
- de la guerre de 1870. Pour sauver les institutions impérialistes de la contradiction incluse en elles, il s’est jeté, tête baissée, dans la guerre, en violant sans vergogne les traités, les règles internationales, les lois universellement reconnues de la moralité entre les' peuples.
- Il faut vivre : « On fait ce qu’on peut », comme dit cyniquement le chancelier Bethmann-Hollweg.
- L’Allemagne veut s’enrichir et s’engraisser aux dépens du monde : le monde se défend. Elle veut exercer sur l’univers entier son esprit de domination : l’univers entier se dresse contre elle. Par le mensonge et le bluff elle a cependant réussi à lier la Turquie au sort de scs armes : tant pis pour la Turquie !
- Telle est la conclusion de l’exposé qui vient d’être fait.
- A l’origine : le rapt de l’Alsace-Lorraine.
- Comme cause immédiate : le rapt de la Bosnie et de l’Hcrzégovine.
- Comme objectif final : le rapt de l’univers.
- Il y a longtemps que Tacite l’a dit.: « Les Bata-ves se battent pour la gloire et les Germains pour la proie, Germani ad. prœdam. » Or, le monde ne veut pas servir de proie. Il déteste la politique des hobereaux, c’est-à-dire la politique de toutes les cupidités et de toutes les servitudes. L’entreprise des conseillers de l’empereur est « au-dessus des forces humaines ». Malgré la puissance du mécanisme qu’ils ont monté d’avance, malgré la violence de leur agression, malgré les formidables moyens dont ils disposent et qu’ils savent mettre en œuvre, leur cause, entachée, dans scs origines, d’une marque d’infamie, est perdue d’avance : ils doivent périr, — ils périront !
- Gabriel IIanotaux
- de rAcadémie française,
- LE GÉNÉRAL KE1M Président de la Ligne de défense militaire allemande., l'un des hommes d'outrc-llhin qui a le plus poussé son patjS ci la guerre.
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- Vingt-cinq millions d'hommes environ sont actuellement sous les armes
- Dans le formidable conflit qui jette dix nations sur les champs de bataille, quelles sont les forces en présence? Quelles niasses d’hommes représentent les effectifs engagés? Il nous a paru intéressant de rechercher ces chiffres, de les établir en tenant compte à la fois des documents officiels et de l’apport supplémentaire auquel les circonstances actuelles obligeront sans doute les divers Etats en lutte à recourir,' dans la mesure où de nouvelles levées seront réalisables par l’appel anticipé des classes.
- A l’heure présente, le groupe des nations coalisées contre le bloc germanique comprend : la France, l’Angleterre, la Russie, la Belgique, la Serbie, le Monténégro et le •Japon. Ce dernier a réussi, après un siège vigoureusement conduit, à arracher à l’Allemagne sa colonie de Kiao-Tcheou. Sa flotte a concouru avec les escadres anglaise et française à donner la chasse aux derniers croiseurs allemands qui naviguaient encore dans le Pacifique. Le rôle du Japon sur terre semble terminé. Nous n’examinerons donc pas les forces dont il pourrait disposer dans une lutte continentale. Notre recherche portent uniquement sur les armées actuellement aux prises en Europe, en Afrique et en Asie.
- La France compte sur le pied de guerre, une armée active de 1.009.000 hommes. Sa réserve s’élève à 1.G00.000 hommes, et l’armée territoriale lui fournit 1.2G9.000 hommes. Au total, 0.878.000 soldats.
- L’Angleterre a envoyé en Belgique et en France, 100.000 hommes prélevés sur ses troupes métropolitaines, 100.000 venus de l'armée des Indes, et environ 400.000 volontaires. Au total, plus de G00.000 hommes.
- La Russie, dont l’armée active ne compte pas moins de 2.439.000 hommes sur le pied de guerre, dispose en outre d’une réserve de 2.800.000 hommes et d'une armée territoriale de 2.750.000. Total, 7.989.000.
- Pour la Belgique, les chiffres sont les suivants : armée active, 55.529 hommes ; réserve, 101.1G0; territoriale, 183.311. Total, 340.000.
- Serbie : armée active, 27.319 hommes; réserve, 9G.G81 ; territoriale, 200.000. Total, 324.000. Durée du service, de 18 à 50 ans.
- Monténégro : armée active, 5.000; réserve, 7.000; territoriale, 9.500. Total. 21.500.
- Voyons maintenant le groupe adverse :
- Allemagne : armée active, 1.700 000; réserve, 1.600.000; territoriale, 1.500.000. Total, 4.800.000. Ce chiffre est un minimum.
- Autriche-Hongrie : armée active, 1.360.000 hommes; réserve, 1.560.000; la territoriale atteint 1.400.000. Total, 4.320.000.
- Turquie : armée active, 169.000 hommes. Ses contingents de réserve et de territoriale peuvent s’élever à 330.000 hommes. Au total, environ 500.000 hommes.
- En additionnant ces chiffres, on voit que le premier groupe de puissances atteint 13.152.500 hommes, tandis que le second groupe n’arrive qu’au chiffre de 9.620.000.
- Mais si l’on tient compte du fait que les Etats engagés dans cette effroyable mêlée de peuples luttent tous pour leur propre existence, on admettra que les effectifs indiqués plus haut n’aient que la valeur d’une base théorique, et qu’ils soient encore susceptibles d’accroissements successifs. Les belligérants, surtout l’Allemagne, l’Autriche et la Turquie seront amenés à convoquer sous les drapeaux tous leurs hommes en état de porter les armes. L’armée du kaiser atteindrait alors, sans pouvoir le dépasser, le chiffre de 6 millions de soldats. La France est loin d’avoir épuisé ses ressources en hommes. Le chiffre que nous avons donné, 3.878.000, est inférieur d’à peu près un million à l’effectif total qu’elle pourrait mettre en ligne, si besoin était. D’autre part, l’Angleterre n’est qu’au début de l’énergique effort qu’elle a pris la résolution d’accomplir pour sauvegarder son empire et délivrer l’Europe de l’odieux despotisme teuton. Elle peut aisément mettre en campagne un million d’hommes de plus, contingents coloniaux, troupes de marine, volontaires d’Australie, du Canada, de l’Afrique du Sud.
- On voit donc que cette immense guerre, dont les contre-coups ébranlent toutes les parties du monde, entraîne et .met en mouvement dans les places fortes, sur les points importants des fronts de mer, le long des voies de communication, et sur d’innombrables champs de bataille, une multitude armée de plus de vingt-cinq millions d’hommes. L’histoire, jusqu’ici, n'avait rien relaté de pareil. A. T.
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- LES DEUX STRATÉGIES ALLEMANDES
- (1870-1914)
- Par le lieutenant-colonel ROUSSET
- ANCIEN PROFESSEUR I)lï TACTIQUE APPLIQUÉE A 1,’ÉCOI.E SUPÉRIEURE I)E GUERRE
- Les Allemands ont préparé la guerre de 1914 comme ils avaient préparé celle de 1870, je veux dire avec les mêmes tendances objectives et concrètes. Seulement ils y ont consacré beaucoup plus de temps, et ont pu mettre en œuvre des moyens autrement redoutables, avec un déploiement de forces inconnu jusqu’ici.
- Au point de vue matériel, cette préparation passerait pour la perfection même, si l’on pouvait qualifier de perfection un système qui consiste non seulement à exploiter jusqu’aux limites extrêmes les ressources de toute nature que fournissent le sol, la population et les inventions destructives, mais encore à donner des proportions inouïes à certaines méthodes d’infiltration sournoise à travers les pays convoités, par lesquelles l’espionnage, cette forme répugnante de la paix armée, devient une sorte d’institution nationale et de spécialité.
- Quant au plan d’opérations militaires, il s’en faut que son élaboration .ait présenté les mêmes caractères de volonté, de certitude et de précision qu’il y a quarante-quatre ans.
- La stratégie allemande apparaît, cette fois-ci, comme singulièrement flottante et incertaine. On dirait qu’elle a hésité beaucoup avant de se fixer définitivement, et que, ne trouvant pas un point d’appui assez solide dans l’ingéniosité ou la science de scs directeurs, elle s’est réfugiée dans la violence et la brutalité. C’est que l’homme qui a conduit autrefois les armées germaniques à des victoires dépassant tout ce qu’elles avaient espéré elles-mêmes, n’a pas été
- remplacé. On ne connaît plus guère que sa monnaie, et une monnaie de frappe assez médiocre. 11 a eu pas mal de successeurs, mais pas un seul héritier.
- Moltke n’était cependant rien moins qu’un homme de génie. Mais il possédait un esprit essentiellement positif, un caractère tenace, un tempérament d’acier, et joignait à la patience, qui prépare, la résolution finale, qui agit. Ayant sinon créé, du moins très largement développé un des organes essentiels de la machine de guerre prussienne, je veux dire l’état-major général, il sut s’en servir adroitement et complètement. Après quoi, comprenant fort bien qu’il n’était point fait lui-même pour les conceptions foudroyantes et que les tours de force de la manière napoléonienne ne seraient jamais son affaire, il ne s’obstina pas dans la découverte d’une forme d’art nouvelle, (pu* probablement il n’aurait pas trouvée1, mais il se contenta de rechercher, par un examen attentif et raisonné des guerres antérieures, le secret, qui semblait perdu à son époque, de la conduite des grandes opérations. Et en cela,, on doit en convenir, il fit preuve d’une grande sagesse, dont, il fut, d’ailleurs, amplement récompensé. Fort pou de temps après l’extraordinaire campagne de Bohême qui venait, à la stupéfaction presque générale, de donner à la Prusse l’hégémonie en pays allemand, il se mit donc à préparer, avec cette minutie et cette prévoyance qui étaient le propre de son caractère, une guerre contre la France, jugée par lui inévitable, comme elle l’était en effet,
- I.I U UT.-COI.ON TM. ROUSSET (Cl. Maiiut:!.)
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- LA SCI EN CL ET LA VIE
- Dans l’hiver de 1868 à 1869, il occupa ses loisirs à l’élaboration d’un plan de campagne très complet, dont il avait trouvé, au moins en partie, les éléments dans des travaux antérieurs qui tous s’inspiraient de la doctrine du fameux Clausewitz, mais auquel il imprima un caractère particulier de netteté, de précision et de méthode, reflets de son tempérament personnel. En même temps, il employait les officiers sous ses ordres à l’organisation détaillée des moyens d’exécution nécessaires, sans négliger l’espionnage, encore que celui-ci s’exerçât alors dans des limites qu’on a singulièrement dépassées depuis lors.
- Son plan visait surtout la concentration des forces et leur mise en mouvement, jusqu’à la bataille exclusivement. Après avoir établi, par des calculs inattaquables, la supériorité numérique des armées allemandes en regard de l’armée française, Moltke commençait son mémoire en proscrivant formellement la poursuite d’un objectif géographique. « On doit, disait-il, rechercher d’abord la principale armée ennemie, et l’attaquer là où on la rencontrera. » Voilà un précepte que ne pratiquent guère, ce sem-
- ble, les stratèges germaniques d’aujourd’hui. Nous ne saurions le leur reprocher. *
- * *
- En tant qu’exécution, l’Allemagne fractionnait ses forces en trois groupes, ou trois armées, concentrées sur un front de 120 kilomètres, et ayant, un peu en arrière, une réserve de 60.000 hommes environ. Le tout devait converger ensemble vers le principal rassemblement de l’ennemi, pour l’accabler sous le choc.
- La conception était parfaitement juste et stratégiquement inattaquable. Il- manquait cependant à ce dispositif initial quelque chose d’indispensable et d’irremplaçable, que Napoléon n’avait ja-‘mais manqué de constituer quand il entamait une guerre offensive : je veux dire un organe de protection.
- Moltke, à la vérité, escomptait l’imperfection de notre système de mobilisation de l’époque et la supériorité des procédés allemands. Il risquait néanmoins beaucoup, non point certes par excès d’audace — laquelle n’était point son fort, — mais par simple faute de calcul. Et la punition ne se lit pas attendre. Il suffit que notre offensive à travers
- LES “PALADINS ALLEMANDS DE LA GRANDE ÉPOQUE”
- OTTO UE BISMARCK Comte, puis prince, ministre des Affaires étrangères de Prusse, puis chancelier de Vempire allemand.
- GUILLAUME I01
- liai de Prusse, couronné empereur </'Allemagne le 1S janvier JS7J, au château de Versailles, grand-père, du kaiser actuel.
- COMTE DE MOLTKE Fcld- maréchal, chef d'état-major général des armées allemandes pétulant la campagne de 1X70-1X7 J,
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- LES DEUX STRATÉGIES ALLEMANDES (1870-1914)
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- LE COMTE DE ROON
- Feld-maréchul, ministre de la Guerre, c'est lui qui assura, en 1870, la mobilisation générale de l'armée allemande.
- PRINCE FRÉDÉRIC-GUILLAUME
- Père de Guillaume II, commandait la troisième armée prussienne. Il succéda à Guillaume Dr en 1888 et mourut la même année.
- BARON DE MANTEUFFEL 1 Feld-maréchal, commandait un corps d'armée autour de Metz; il prit ensuite la direction de la première armée ennemie.
- la vallée du Mcin eût été annoncée et parût possible, pour que la ligne de concentration allemande subît un recul de 100 kilomètres, et se trouvât rejetée derrière le Rhin, après avoir été fixée tout d’abord à la frontière extrême du Pala-tinat bavarois.
- Cet exemple suffit à montrer le défaut d’une stratégie qui, tout en procédant de celle de Napoléon, était encore un peu mâtinée de souvenirs frédériciens. Ce n’en était pas moins une stratégie, et, qui plus est, la mise en œuvre méthodique, avisée et raisonnée des moyens d’action mis à la disposition du commandement par le service obligatoire et personnel. Elle avait des faiblesses, des lacunes même, dont un adversaire entreprenant et volontaire aurait certainement pu profiter. Il n’en est pas
- moins vrai qu’elle imprimait aux opérations militaires une direction uniforme, et leur fixait toujours des objectifs animés, comme l’exigeait le principe qui était sa base. On en a vu de plus géniale, mais on n’en connaît pas de plus précautionneuse, ni qui livrât moins les choses au hasard.
- *
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- Celle qui prévaut aujourd’hui dans les conseils du kaiser ne lui ressemble guère. Depuis 1870, le militarisme prussien, gonflé d’orgueil et d’arrogance, s’est imaginé qu’avec la force seule, il pourrait renouveler des exploits qui avaient été dus surtout à l’adresse et à la prudence des combinaisons. Mais, pour réaliser ces deux dernières conditions, il faut de l’application et du travail, tandis que l’autre, c’est-à-dire la force brutale, s’obtient à
- PRINCE FRÉDÉRIC-CHARLES Neveu de Guillaume Dr, était à la tête de la deuxième armée d'invasion.
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- LA SCIENCE E'J
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- moins de frais cérébraux. C’est donc à elle qu’on s’est surtout adressé pour mieux usiner la guerre qui devait faire des Allemands, du moins ils le croyaient, les maîtres du monde entier. Dcutschland uber ailes, comme disent les chauvins d’outrc-llhin.
- Dans la poursuite de cette œuvre bestiale, la collaboration de l’usine Krupp a été infiniment plus utile que la réflexion et le calcul.
- L’Allemagne s’est bardée de fer ; elle 'a formé virtuellement des unités sans nombre, que la mobilisation générale n’avait plus qu’à remplir. Elle a forgé des canons énormes, des appareils de destruction formidables, des engins de toute espèce et de toute dimension. Puis, ainsi cuirassée, et jugeant venu ce que Bismarck appelait le moment psychologique, elle a embrasé l’Europe pour tenter d’établir sur ses cendres encore chaudes les assises d’une universelle domination.
- Cependant, les stratèges germaniques se rendaient compte que la puissance du
- le MARECHAL LKIiŒUF Ministre de la Guerre de Naj>o-léon III; c'est lui qui, dit-on, au cours d'un conseil des ministres, déclara superbement “ qu'il ne manquait pas un bouton de guêtre à. notre armée".
- nombre et l’efficacité des moyens matériels ne réalisaient point à elles seules toutes les conditions de la guerre. On ne commence pas une campagne sans savoir où on veut aller, et par quels chemins on ira. En d’autres termes, il faut établir d’avance un plan d’opération qui indique au moins par grandes lignes les objectifs que l’on vise et les chemins qu’on prendra pour y arriver. Le grand état-major eut donc, comme Moltke en 1870, son projet dûment [médité et rigoureusement établi. Seulement, au lieu de l’étayer sur la manœuvre ou des combinaisons de mouvements plus ou moins ingénieuses, il ne lui donna pour point de départ que l’exploitation, poussée jusqu’aux plus extrêmes limites, de la violence et de L'emportement, dans tout ce qu’ils ont de plus sauvage et de plus odieux.
- Il commença par fouler aux pieds les traités dont son pays lui-même était garant et qui devinrent à ses yeux de sim-
- CEUX QUI, EN 1870-71, SAUVÈRENT L’HONNEUR DE NOS ARMES
- .MAU'1 1)K MAC-MAHON
- Commandait le h'* corps § urinée à F neselneiller.
- UKN K UAL FAI DlIEltBE
- Dirigea l'armée dite du Nord après Bourbaki.
- GÉNÉRAL 15 O U U U A K1
- Commandait l'armée opérant dans l'Est.
- GÉNÉRAI. CIIAN/Y
- Fut mis à la tête de la 2mc armée de la Loire>
- (Clichés P. Petit et Braun.)
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- LES DEUX STRATÉGIES ALLEMANDES (1870-1914)
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- pies «chiffons de papier», suivant; le mot de M. de Bethmann-IIollwcg. Il avait annonce avec cynisme, ou tout au moins laisséyannoncer, qu’il violerait la neutralité de la Belgique, si la Belgique, résistant à ses injonctions arrogantes, lui refusait le libre passage sur son territoire.
- Il a tenu parole, comme on sait, mais s’il commit ainsi un crime inexpiable, il commit encore une faute, à la fois politique et militaire, qui devait peser lourdement sur scs entreprises et les briser complètement dans l’œuf.
- Les paladins de la grande époque — c’est .le piom dont on décore [en Allemagne les compagnons de Guillaume Ier, Vinoubliable <irand-'père — n’eussent jamais laissé faire un pareil pas de clerc.Bismarck était trop expérimenté pour ne pas en deviner les conséquences immédiates, et certainement il aurait aperçu par avance l’Angleterre se dressant d’un bond derrière le noble et malheureux roi Albert. Quant à Moltke, il aurait tout de suite répudié une conception stratégique qui devait fatalement obliger l’Allemagne, attaquée sur deux fronts à la fois, à déployer ses forces de l’Ouest sur une longueur démesurée, et à n’opposer d’abord -à son adversaire de l’Est, que des éléments insuffisants.
- Le front de déploiement compris entre le grand-duché de Luxembourg et Belfort lui semblait bien assez étendu pour un début, et il comprenait, en outre, que; le respect absolu delà, neutralité belge, entraînant réciprocité, donnerait à l’Allemagne des garanties importantes, en tout cas supérieures aux avantages hypothétiques qu’elle pourrait retirer de sa forfaiture. Mais, heureusement pour l’Europe, lui et Bismarck ne sont plus; la tombe s’est refermée sur eux.
- Cependant, ayant commis cet attentat plus imbécile encore que monstrueux, l’état-major allemand voulut en profiter sans délai. Son incommensurable orgueil lui faisait considérer l’armée belge comme essentiellement négligeable, et il comptait bien lui passer aisément sur le corps. Il la trouva debout et frémissante, trop faible hélas ! pour lutter longtemps, mais assez courageuse pour faire payer cher son inévitable défaite. Le temps d’arrêt qu’elle infligea à la marche de l’en-vahisseur fut pour celui-ci une leçon et un avertissement. Il ne tint compte ni de l’un ni de l’autre, et continua à pousser sa pointe, comme s’il était sûr de réparer, à coups d’hommes, ce premier échec imposé à ses trop aventureuses combinaisons.
- Il voulait aller à Paris, après avoir écrasé, comme en se jouant, nous et la « misérable petite armée du général French », mettre la main sur la Banque de France, paralyser la résistance du pays par une occupation rigoureuse et implacable, puis, cela fait, se retourner contre les Busses dont il savait que la mobilisation et la concentration souffriraient d’inévitables lenteurs. La bataille de Charleroi, perdue par nous dans des conditions encore mal connues, avait augmenté son assurance. Celle delalVIarne lui montra que nous avions des retours inattendus et soudains. Il fut battu et dut reculer de plus de 50 kilomètres. Depuis, il semble qu’il n’ait plus attendu ses inspirations que du hasard.
- 11 s’est d’abord terré dans les tranchées de l’Aisne afin, comme on dit vulgairement, de « voir venir ». Après quoi, il a imaginé de déborder notre aile gauche. Mais celle-ci s’étant redressée au fur et à mesure des attaques ennemies, il a dû
- MARECHAL CANROBERT Commandait le 6e corps de l'ar-. méedeMetz.
- C'I. XsuOr.)
- GÉNÉRAL TItOCil U Gouverneur militaire de Paris, puis président du Gouvernement de la défense nationale.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
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- lui-même exécuter un mouvement parallèle, si bien cpie la bataille s’est transportée peu à peu sur l’Oise, sur la Somme, sur la Lys, et jusqu’à la mer du Nord.
- Alors, une nouvelle idée lui est venue : atteindre le littoral de la Manche, puis de là menacer l’Angleterre. Surgie tout à coup dans le cerveau du kaiser, elle est devenue pour lui une sorte d’obsession. Pour la réaliser, il a livré des combats sanglants, et provoqué de telles hécatombes qu’il a fallu faire appel à toutes les ressources en hommes encore disponibles et appeler aux armes le landsturm, où des jeunes gens de dix-sept ans voisinent avec des barbons de quarante-cinq. Et maintenant, sur le théâtre occidental des opérations, la guerre semble avoir pour objectif unique d’atteindre Dunkerque et de subjuguer Calais. « Vorwœrts nach Calais! » a décrété l’empereur.
- U avait décrété également « VorwœUs nach Varsovie! » et on sait ce qu’il lui en a coûté. C’est que la guerre, pour donner des résultats effectifs, doit comporter autre chose que des attaques directes, fussent-elles opérées par des troupes compactes et incessamment renforcées. Il ne suffit pas, pour renverser l’obstacle,
- de foncer droit sur lui, comme fait le taureau dans l’arène. Il faut encore savoir disposer ses forces avec prudence et économie, sans quoi, pour peu qu’on ait affaire à un ennemi actif, on est perdu.
- En somme, de sa stratégie heurtée et cahotante, qui n’est du reste qu’un embryon de stratégie, l’empereur allemand n’a retiré jusqu’ici que des déboires, auxquels, au surplus, il aurait dû s’attendre. L’art de la guerre n’est ni empirique ni conjectural. 11 s’appuie sur des règles très fermes, résultats de l’expérience militaire des siècles, et qui, tout en laissant à chaque chef d’armée l’indépendance de ses conceptions et de sa volonté, — faute de quoi le génie ne serait qu’un vain mot — lui imposent certaines obligations d’ordre général dont l’observance permet précisément de donner à la manœuvre une protection et une élasticité nécessaires. On peut parfois, en donnant à force des coups de bélier, enfoncer un pan de muraille, maison n’empêche jamais ainsi ceux qui la gardent de masser leurs bataillons derrière ce qu’il en reste debout, ni de préparer les revanches du lendemain.
- Lieutenant-colonel Rousset.
- LE GOUVERNEMENT DE LA DÉFENSE NATIONALE
- QUELQUES-UNS DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT DE LA DÉFENSE NATIONALE
- (M. Thiers, qui figure sur cette photographie, n'en faisait pas partie. Par contre, il manque dans le groupe Emmanuel Arago, Crémieux et Henri Rochefort.)
- Au premier plan, de gauche à droite : Ernest Picard, Jules Favre et Gambetta ; au second plan : Jules Ferry, Jules Simon, Gi.ais-Bizoin, Gaunikr-Pàgès, Thiers et Bugène Pfllrtan.
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- QUE COUTERA LA GUERRE ACTUELLE ?
- Par M. Paul LEROY-BEAULIEU
- MEMBRE DE L’iNSTITUT
- On admet, d’ordinaire, que chaque combattant doit coûter, en tenant compte de tout l’attirail guerrier et en prenant une moyenne pour les différentes armes, une douzaine de francs par jour, soit 12.000.000 par jour pour chaque million d’hommes appelé sous les drapeaux.
- En partant de cette estimation, l’Allemagne qui a levé, dit-on, plus de 5.000.000 d’hommes, dépenserait G0.000.000 par jour, soit 1 milliard 800 millions par mois. La Russie, qui a sous les armes un chiffre de soldats au moins égal, arriverait au même total, — bien qu’une réduction doive être faite pour les trois premiers mois de la guerre, l’armé e de deuxième ligne n’ayant été appelée que vers la fin du troisième mois.
- La France, avec 3.000.000 d’hommes, dépense 36 millions quotidiennement, soit environ un milliard par mois.
- L’Autriche-Hongrie, une somme à peu près égale.
- L’Angleterre, pendant les deux premiers mois, a dépensé 600.000.000 par mois, mais elle n’avait alors qu’un effectif réduit ; avec l’accroissement formidable de son armée, elle arrivera certainement à la moyenne mensuelle de un milliard.
- La Turquie, entrée en ligne au début de novembre, et qui peut mettre sur pied 500.000 hommes, devra compter 6.000.000 par jour, soit 180.000.000 par mois.
- La Serbie (300.000 hommes), 3.600.000 francs par jour, 108.000.000 par mois.
- Le Monténégro (50.000 hommes), 600.000 francs par jour, 18.000.000 par mois.
- Le calcul est moins aisé à faire pour la Belgique dont le chiffre de combattants a constamment varié. On peut admettre, néanmoins, 60.000.000 par mois.
- Si la guerre dure sept mois, les dépenses s’élèveront : pour l’Allemagne, à 12 milliards 600.000.000; pour la Russie, à une somme sensiblement égale; pour la France, pour l’Angleterre et pour l’Autriche-Hongrie, chacune à sept milliards; soit, pour les cinq grandes puissances, un total de quarante-six milliards. Avec le Japon et les autres petites puissances belligérantes, il faudrait porter ce chiffre à cinquante milliards.
- Ces chiffres ne concernent que les dépenses directes de la guerre, celles assumées par les Etats au cours même des opérations militaires. Il y a, en outre, toutes les destructions, tous les ravages qui se font sur les théâtres de la lutte, aux dépens des Etats envahis, des provinces ou des municipalités de ces Etats, des diverses sociétés industrielles ou commerciales, et enfin, des particuliers. Ces pertes sont incalculables. Comment les Etats peuvent-ils faire face aux dépenses de'guerre proprement dites ? On préparait autrefois des trésors de guerre. On considère aujourd’hui que les stocks d’or des grandes banques remplissent cette mission : les quatre milliards d'or de la Banque de France, les quatre milliards un quart de la Banque d’Etat de Russie, les 2 milliards 150 millions de francs environ de la Banque impériale d’Allemagne. Ces stocks d’or sont tenus, en cas de guerre, à la disposition des gouvernements.
- L’expérience actuelle prouve, contrairement à l’attente commune, que les gouvernements ne se hâtent pas d’y puiser. Il y a une autre ressource, qui est plus simple et plus productive, c’est l’émission de billets de banque sous le régime du cours forcé.
- En France, au 1er octobre, la circulation
- M. l’AUL I.EUOY-BEAULIKU (Cl. Manuel.)
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- LA SCIENCE ET LA CIE
- des billets de la Banque était de 9 milliards 300 millions, en augmentation de 3 milliards 387 millions. En Russie, en Allemagne, on a fait de même. L’Angleterre a émis 730 millions de francs de billets d’Etat.
- Une deuxième ressource, ce sont les bons du Trésor à très court terme, à trois mois, six mois, un an. L’Angleterre en a émis pour un milliard et demi à un taux variant de 3 1 /2 à 3 3/4 0/0. La France émet des bons de la Défense nationale à 5 1/40/0.
- Ces bons à court terme devront être consolidés par de grands emprunts publics au lendemain de la conclusion de la paix.
- 11 y aura, dans l’hypothèse d’une guerre de sept mois seulement, une quarantaine de milliards au moins à emprunter par l’ensemble des belligérants pour payer les dé-
- penses ajournées, retirer le papier-monnaie, rembourser les banques, consolider les bons du Trésor émis. Cette liquidation sera, selon les pays, inégalement difficile, mais toujours difficile. Il est probable qu’elle s’étendra sur une période de trois à cinq années, plutôt de cinq que de trois.
- Le taux de l’intérêt restera longtemps élevé. Là plus grande partie des épargnes sera consacrée, aux dépens des œuvres productives, à l’apurement des frais de guerre, aux versements sur les emprunts de guerre.
- Le développement du progrès humain se trouvera, de ce chef, non pas, certes, arrêté mais pendant trois à cinq années, sensiblement restreint.
- Paul Leroy-Beaulieu
- Membre de VInstitut.
- Ce qu’a coûté la
- La guerre franco-allemande a coûté la vie à 200.000 hommes, tandis que le nombre des blessés s’élevait à 270.000. C’est la France qui fut surtout atteinte, sous le rapport de la mortalité. Alors que l’Allemagne n'avait que 44.000 morts et 127.000 blessés, notre pays perdit 150.000 de ses enfants, tués sur les champs de bataille, morts des suites de blessures ou de maladie. Dans ce nombre figurent 17.000 soldats prisonniers, décédés en captivité. D'autre part, nous perdions plus de 14.000 kilomètres carrés de territoire, avec 1.000.000 habitants. Enfin, dans la population civile, on constatait une diminution de 800.000 personnes. Il n’est pas inutile de rappeler à ce sujet que l’épidémie de variole noire qui éclata à cette époque décima réellement la France et rappela les plus funestes invasions du choléra.
- Quant aux pertes en argent, leur évaluation a prêté à discussion. On a parlé de 9 milliards, puis de 11, puis de 13. La vérité est encore plus grave. Les calculs deM.Ama-gat font monter le total à plus de 15 milliards. Dans ce chiffre figurent les 5 milliards payés à l’Allemagne, les 3 milliards de déficit des années 1870 et 1871, les 2 milliards du compte de liquidation, près de 400 millions représentant la perte du matériel de guerre, près de 1.700 millions pour évaluation de la perte île nos provinces, autant pour la prime des emprunts, 275 millions pour les frais d’émission de ces emprunts, 400 millions d’indemnités supplémentaires, ne figurant pas au compte de liquidation, pour les départements envahis, 400 millions de pertes non réparées dans ces mêmes départements,
- guerre de 1870
- 250 millions de bâtiments incendiés. 100 millions de dédommagement à la Compagnie de l’Est, près de 200 millions de déficit pour les trois années qui suivirent la guerre, 150 millions de dépenses de guerre acquittées par les budgets postérieurs à 1871, etc.
- Il est naturellement impossible de faire entrer en ligne de compte les pertes subies par la France pendant les quarante-quatre années qui viennent de s’écouler et qui ne figurent dans aucune statistique. Il faudrait pouvoir calculer ce que l’Alsace et la Lorraine apportèrent en plus-value, durant ce temps, à notre vainqueur, et le total auquel on parviendrait serait formidable.
- On devrait aussi établir ce qu’a coûté à notre pays le terrible régime des armements à outrance, des dépenses militaires s’accroissant tous les ans, régime sous lequel les nations se sentaient écrasées, et qu’elles cherchèrent en vain à alléger, se heurtant à l’intransigeance de l’Allemagne.
- Enfin, il serait indispensable de rechercher le nombre de milliards que la concurrence allemande, tolérée sous ses formes les plus audacieuses et les moins honnêtes, dans la crainte d’un conflit toujours possible, est venue nous enlever, soit cliez nous, soit dans les contrées où s’exerçait notre activité.
- La somme globale qu’on devrait alors écrire serait telle que nous ne pouvons la concevoir. Il est admirable que la France soit demeurée debout, forte, vigoureuse et saine, après avoir été ainsi saignée à blanc par son intraitable ennemie.C’est peut-être le plus bel exemple de vitalité donné au monde par une généreuse nation.
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- LE MATÉRIEL DE CAMPAGNE DES ARMÉES BELLIGÉRANTES
- L’artillerie française est la première du monde
- Llî IIÉIIOS DE LA GUERRE DE 1914 Notre canon de campagne de 75 millimètres, à tir rapide.
- On ne s’étonnera pas de ne trouver, au cours de cette étude sur le matériel d’artillerie des armées française et étrangères, que peu ou point de chiffres concernant le nombre des éléments mis en présence par les différentes nations actuellement aux prises. Seule, la discrétion nous fait un impérieux devoir d’agir ainsi.
- Aussi bien le nombre n’est-il pas tout. On peut même se demander s’il const itue le facteur principal de la grande partie qui se joue en ce moment, quand on entend, des hommes revenus du front, le récit émerveillé du “ beau travail” accompli
- par notre 75, qu’on est en droit de considérer comme le véritable héros de la guerre. A tout seigneur tout honneur. Donc, c’est par lui que nous commencerons cette intéressante étude.
- Le canon français de campagne à tir rapide de 75 millimètres, modèle 1897 — qui a été, d’ailleurs, depuis son invention par MM. Sainte-Claire Deville et Déport, voici une vingtaine d’années, plagié plus ou moins servilement par toutes les puissances en tant que type de pièce légère mobile — est un engin qui lance, à la vitesse initiale de 529 mètres, un obus de 7 k 240, chargé d’environ 300 balles, et, à la vitesse de 584 mètres, un obus explosif de 5 k 315, renfermant un peu plus de 800 grammes de mélinite, la différence de poids entre le premier et le second tenant à ce que la mélinite
- OBUS CHARGE DE BALLES, DIT SITRAP-NELL.
- est environ' cinq fois moins dense que l’acier, ce qui se conçoit aisément.
- La pièce repose sur un affût fixé au sol par la bêche de crosse et reste immobile pendant le tir, les roues étant calées par des sabots. Une glissière fixée à l’affût permet simplement au tube de se déplacer par l’elïet du recul ; puis grâce à un ingénieux dispositif, le tube lui-même revient à sa position première dès que le projectile a été lancé et se retrouve ainsi automatiquement pointé.
- Mais, puisque cette merveille de construction a pu être copiée et que le 77 allemand s’inspire d'aussi près (juc possible des principes de notre 75, d’où provient donc l’énorme, l’écrasante supériorité dont a fait preuve celui-ci sur celui-là?
- Tout d’abord à la qualité du débouchoir français. On sait que la hauteur à laquelle doit éclater l’obus explosif est réglée au moyen de la fusée qu’on adapte sur le projectile au moment du tir. Or, nous dirons seulement d’un mot que les fusées des projectiles français sont ainsi préparées, c’est-à-dire débouchées, au moyen d’un appareil perfectionné, strictement automatique, qu’on appelle précisément le débouchoir. Le débouchoir allemand n’existe pour ainsi dire pas. La fusée allemande n’est débouchée imparfaitement que par une pince-débouchoir, qu’un servant peut manier plus ou moins adroitement. D’où inefficacité du projectile, qui ex-
- OBUS CHARGE DE BALLES ET D’UN EXPLOSIF.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- CANON RIMAILHO DE 155 MILLIMÈTRES A TIR RAPIDE
- plose ou trop haut ou trop bas, sa destination n’ayant point été mathématiquement fixée.
- Deuxième raison : la perfection du frein de tir hydro-pneumatique du 75, destiné à empêcher la pièce de reculer trop loin sur la glissière. Ce frein est une sorte de ressort liquide interposé entre le tube et l’affût. Il n’a jamais, à l’expérience, aucun raté, et ramène le tube en position de tir, sans dépointage, avec une précision quasi absolue. Il s’ensuit que notre canon de campagne peut envoyer jusqu’à 20 et 25 projectiles par minute. Théoriquement, le canon allemand tire le même nombre de coups ; mais, en fait, il a besoin sans cesse d’être repointé.
- Faut-il aussi invoquer la supériorité de l’artilleur français sur l’artilleur allemand, moins compréhensif, moins alerte? C’est un élément moral : il entre en compte pourtant.
- Veut-on savoir le prix de revient d’une batterie complète, composée de 4 pièces, 12 caissons et 3 voitures de service, approvi-
- sionnée à 312 coups par pièce? Environ 185.000 francs, un assez joli denier.
- Mais le glorieux 75 n’est pas seul à l’ouvrage sur les champs de bataille actuels.
- Le canon de 155 Court, modèle 1904 T. R., appelé Rimailho, du nom du colonel qui l’a établi, se tire comme le 75, sans dépointage. Il possède un frein assez long pour qu’il n’ait pas besoin d’être employé sur plate-forme. Il fait non plus du tir de plein fouet, mais du tir courbe. Il possède la même mobilité que le précédent, cependant plus léger, grâce à ce fait que le tube est transporté sur une voiture spéciale nommée porte-canon, l’affût et le frein formant une seconde charge. La caractéristique de cette pièce mobile est qu’elle est à même de détruire les retranchements importants établis par l’ennemi au cours de la campagne. Son obus à la mélinite pèse 43 kilos.
- Le 120 long, qui est le seul de nos canons légers à être muni de ceintures de roues (on
- PIÈCE DF, 120 MILLIMÈTRES MONTÉE AVEC CEINTURES DE ROUES
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- LE MATÉRIEL DE CAMPAGNE DES ARMÉES
- :l')T
- verra plus loin quel est le rôle de ces dernières), est un canon de siège transformé en canon de campagne, tiré par tracteurs automobiles, et par conséquent facile à déplacer.
- Doté d’un frein à glycérine et de l’ancienne culasse deBan-ge, il tire à longue portée. On 1 ’ utilisait au -trefois sur plate-forme, avec un frein attaché à celle-ci : l’assemblage des madriers nécessaires à la plate-forme réclamait trop de
- type de pièee dont la construction est aujourd’hui abandonnée.
- Par contre, il est essentiel de mentionner 1 e canon français de 105. Muni de tous les derniers perfectionnements, il ressemble, en somme, à un gros 75. Le 105 est le plus récent de nos modèles. Il envoie à longue portée (13.000 m) un obus de 17 kilos.
- Signalons aussi la qualité de notre artillerie de montagne. La pièce de 65, modèle
- CANON COURT DE 155 MILLIMÈTRES, MODÈLE 1881
- ARTILLERIE DE MONTAGNE : NOTRE 65 TRANSPORTÉ A DOS DE MULETS
- temps. Le recul de la pièce est encore limité — en dehors de l’action du frein — par les coins de retour en batterie, qu’ôn aperçoit à l’arrière de la pièce, et par les madriers placés tout à fait au bas
- Quant au 120 court — dont nous savons qu’il a fait récemment merveille sur la Meuse, dans des tirs par rafales à courte distance (1.600 mètres environ) — il possède également la culasse de Bange.
- Il est à frein hydraulique.
- Du canon de 155 court, moins intéressant, il y a peu à dire. On le tire en lui enlevant ses roues.
- Notre gravure le montre en batterie, sur un léger lit de madriers. C’est un
- 1906, montée sur affût à frein, se tire également comme le 75. Mais, pour la facilité du transport, elle est divisée en quatre charges dilîérentes, de 120 kilos chacune, portées à dos de mulets : le tube, le frein et l’affût en deux parties. Le 65 fait du Lir rapide courbe; il est à double frein hydraulique et à ressorts métalliques.
- Nos mitrailleuses,enfin, sont de trois modèles différents : Saint - Etienne, Puteaux, Ilotchkiss. On en a construit un nombre très élevé depuis le début de cette campagne, afin]de répondre à l’armement considérable des armées allemandes en petits engins de e.ette nature.
- MITRAILLEUSE TYPE “ RATNT-ETIENNK
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- Comme nous l’avons dit au début de cette brève étude, nous ne pouvons donner de détails très précis sur tout notre matériel de campagne ; signalons toutefois nos trains
- blindés, qui ont fait merveille en Belgique, et nos autos-canons, manœuvrées par des marins, dont les Allemands, à Ypres et à Dix-mude, ont pu apprécier les effets désagréables.
- Les Allemands ont de bons canons, mais, pour la plupart, ils manquent de justesse
- Le règlement de manœuvre de l’artillerie allemande (canon de campagne et obu-sier léger) a paru en 1907. Depuis cette date, près de deux cents papillons rectificatifs (de c h blâtter) sont venus en modifier les diverses dispositions . Est - il possible de mieux faire comprend re les efforts immenses qu’ont accomplis nos ennemis pour se perfectionner dans fart où l’expérien-ce vient de démontrer que nous sommes passés maîtres.
- Ces modifications ne sont pas toutes essentielles, à la vérité : beaucoup d’entre elles sont la conséquence naturelle du progrès des appareils de pointage et de l’adoption, par l’artillerie allemande, de la voiture-observatoire, extrêmement pratique.
- Dès 1910, les Allemands ont commencé à s’initier aux méthodes françaises de prépa-
- ration au tir. Ils ne les ont adoptées résolument qu’à la fin de 1913. Ce rapprochement de dates suffit- à expliquer qu’ils en soient restés, vis-à-vis de nos procédés, à une
- période de tâtonne ments que nous avons depuis longtemps franchie.
- En dépit de quelques avantages de matériel, il est encore d’autres causes à l’infériorité de nos adversaires en cette matière. Nous les allons discerner à mesure que nous étudierons les caractéristiques de leur artilleriè.
- Le canon à tir rapide modèle 90. de 7 c 7 — car il faut noter, en passant, que les Allemands ne comptent pas par millimètres le calibre de leurs pièces mais par centimètres — lance, comme le 75, un obus à balles et un obus explosif; mais tous deux ont le même poids (6 k 850), la même vitesse initiale (405 m) et par
- I.E CANON DU CAMPAGNE ALI.EMAN1) A Tilt HAI*JDE
- PIÈCE DE CAMPAGNE ET SON AUTO-CAMION, POUH Ï.A CITASSE AUX AÉROPLANES
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- conséquent la même trajectoire. L’obus explosif du 7 c 7, à parois plus épaisses que le nôtre, ne contient que 165 gr. d’acide picrique.
- Alors que la plupart des canons courants des diverses nations possèdent la fermeture de cidasse à vis, le 7 c 7, est muni d’une fermeture à coin. Il en résulte une extrême simplicité, une grande robustesse ; mais, par contre, le coin forme un métal mort qui alourdit un peu le tube à l’arrière.
- Le frein du 7 c 7 est hydraulique et à ressorts. Conséquence : une certaine fragilité dans cette partie, les ressorts métalliques cassant assez fréquemment.
- Le pointage en direction de la pièce se fait en déplaçant simplement, autour d’un pivot à axe vertical, un petit affût posté sur le grand affût. Ce dernier reste fixe. Est-ce un avantage? Non, c’est un inconvénient très grand : il y a absence de symétrie dans l’effort à supporter et,
- conséquemment, de continuels dépointages.
- Le gros vice du système allemand est là : le canon ne reste pas indéfiniment pointé.
- Il faut le remettre en position, ce qui occasionne une çerte de temps très appréciable. L e 7 c 7 ne peut guère tirer que 10 à 12 coups efficaces à la minute.
- Quant à l’appareil de pointage, il est constitué, sur le canon allemand, par une lunette panoramique perfectionnée faisant le tour d’horizon, ce qui permet au pointeur de prendre des points de repérage en arrière. Mais nous sommes en mesure de dire que cet avantage n’est (pie momentané. Il est équitable de noter aussi que le 7 c 7 est de quelque deux cents kilogrammes plus léger que le canon de campagne français ; sa mobilité peut donc être légèrement supérieure à celle de notre 75.
- Nous avons parlé, au début de ce paragraphe, de la voiture-observatoire allemande.
- MITRAILLEUSE VICKEERS MUNIE IL UNE LUNETTE TÉLESCOPIQUE POUR ASSURER DE FAÇON CONTINUE LA VISIBILITÉ DU BUT
- OBUSIER DE SIÈGE DE 21 CENTIMETRES ET SON AVANT-TRAIN Le fameux obusier de 420, s'il existe vraiment, représenterait une masse double de celle-ci.
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- C’est en 1910 que, à l’instar de leur artillerie lourde d’armée, nos ennemis dotèrent leur artillerie de campagne d’une voiture-observatoire. Traînée par quatre chevaux, celle-ci suivit difficilement, aux manœuvres de la même année, les autres voitures de la batterie. Elle est maintenant attelée de six'chevaux. Sur la voiture est fixée une échelle - o bser-vatoire, sorte de trépied formé de
- pour but d’atteindre, au moyen du tir courbe, l’infanterie abritée dans des tranchées ou l’artillerie couverte par des boucliers.
- Pour la chasse aux aéroplanes et aux dirigeables, les Allemands ont établi une pièce analogue au canon de campagne, mais pouvant se placer sur une plate-forme inclinée, de façon à permettre le tir au-dessu ; de l’horizon. Le second canon contre aéro planes, que notre gravure représente placé sur une automobile, diffère du premier en ce sens qu’il est monté sur un pivot à genouillère, l’autre restant sur son affût.
- Comme nous l’avons dit, nous possédons, de notre côté, des autos-canons, de modèle réduit, et des autos blindées armées de canons de petit calibre, d’une mobilité parfaite, avec lesquels nos fusiliers marins trouvent chaque jour l’occasion de se signaler.
- On ne peut nier que les mitrailleuses des Allemands n’aient opéré, largement au début des hostilités. Il est probable qu’aujour-d’hui nous en possédons un aussi grand
- OBUSIER LÉGER ALLEMAND DE 10 CENTIMÈTRES 5
- tubes télescopiques, enhaut duquel on dispose un siège et un marchepied, un bouclier articulé et un support pour la jumelle à ciseaux. Le montage complet de l’échelle ne demande pas plus de cinq minutes.
- Comme nous, l’Allemagne aligne aujourd’hui dans la lutte des pièces de 105. Son obusier léger de campagne de 10 c 5 tire quatre coups à la minute; il a une portée maxima de 6.000 m. Il envoie, à une vitesse initiale de 130 à 200 m, un shrapnell de 12 k 500, et un obus brisant de 15 k 700, portant 1 k 840 d’explosif. Ce matériel a
- nombre qu’eux-mêmes. Peut-être seulement ont-ils eu, pendant quelque temps, à cet égard, une certaine supériorité de personnel, leurs mitrailleuses étant servies par des sous-officiers pointeurs parfaitement entraînés, tandis qu’elles le sont, chez nous, par de simples soldats dressés à cet usage.
- La mitrailleuse allemande est presque l’analogue de la mitrailleuse anglaise, système Vickeers. Une circulation d’eau sert à refroidir les tubes échauffés par la rapidité du tir. La vitesse de tir d’une mitrailleuse peut atteindre environ 4 à 500 coups
- TRAIN BLINDÉ MARCHANT SUR ROUTE POUR LE TRANSPORT DU PETIT MATÉRIEL U’ ABTILLRRIE
- DE CAMPAGNE ET DES MUNITIONS
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- AUTO BLINDÉE ARMÉE D’uN CANON POUR LE~TIR SUR LES AÉROPLANES
- par minute, ce qui a fait donner par nos troupiers, à ces engins, le surnom de moulins à café. Il est bon de noter, toutefois, que cette vitesse n’est jamais conservée, dans la pratique, pendant un temps très long, les ceintures des differents modèles de mitrailleuses ne contenant guère plus de 250 à 300 cartouches.
- Un fait assez inattendu s’est produit au cours de la guerre actuelle : c’estl’emploi simultané qu’ont fait nos ennemis de la grosse artillerie et de l’artillerie de campagne proprement dite. Le matériel allemand d’artillerie lourde comprend des canons longs de 10 c 4 et de 13 c, et des obusiers de 15, 21 et 28 centimètres.
- Les gros obusiers Krupp de 21 et 28 c sont divisibles en deux parties, traînées séparément, soit par des chevaux, soit plutôt par de puissants tracteurs automobiles. Us sont, bien entendu, munis de ceintures de roues. Dans l’un et l’autre, les cylindres de frein et le récupérateur sont situés au-dessus de la bouche à feu. Le premier tire un obus à parois minces de 119 k, avec douille séparée contenant les charges élémentaires ; le deuxième envoie un shrapnell
- du poids formidable de 344 k. Le 28 a une portée maxima, à 42°, de 10.000 mètres. Le seul poids de la bouche à feu est, pour le 21 de 5.450 k, et, pour le 28, de 6.130 k.
- On se demande, en présence de ces quelques données, ce que peut être le fameux mortier de 42, dont il a tant été parlé. Il est
- plus d’un technicien qui doute de son existence même. Un tel engin devrait représenter une masse double de celle de l’obusier de 21 c dont nous avons donné la photographie à l’une des pages précédentes.
- Peut-être a-t-il été construit, aux usines d’Essen, un exemplaire-type de la formidable machine de guerre de 42 centimètres, mais il est fort probable que les Allemands en sont restés à ce spécimen unique. D’après les journaux italiens, l’usine Krupp en
- aurait établi un second, qui aurait fait
- explosion aux essais. Bref, nous ne sommes pas fixés à cet égard. Tout ce que l’on sait de façon pertinente, c’est que nos ennemis, pour bombarder et réduire certaines places fortes de Belgique, utilisèrent l’obusier de siège autrichien de 30 c 5.
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- Comme conclusion : l’artillerie allemande est nombreuse et ses qualités sont sérieuses, mais elle n’a point la précision de l’artillerie française, et ceux qui la manient, au lieu de
- corriger ses défauts par l’habileté que finit par donner la pratique, ne font que les aggraver par leur ignorance. Il faudrait aux Allemands nos enragés « diables noirs ».
- Les Anglais possèdent une artillerie puissante
- On pourrait s'imaginer que les Anglais, chez lesquels la préoccupation de la défense du territoire national n’est pas au premier plan, ont pu se laisser distan-
- fut, pendant plusieurs années, l’un des meilleurs canons de l’Europe.
- Elle possède, en ce moment, une pièce légère de 3 pouces 3 qui, théoriquement,
- h*/ •
- PIECE LÉGÈRE ANGLAISE DE CAMPAGNE DE 3 POUCES 3
- cer dans le domaine de l’artillerie de campagne. Pourtant il n'en est rien, et personne n'ignore, dans Les milieux compétents, que le <d2-pounder high velocity lield gun » (canon de campagne à tir rapide lançant un projectile de 12 livres) qu'elle mit en service en 1885,
- serait la plus rapide du monde, puisqu’elle pourrait tirer jusqu’à 29 coups dans une minute. L’obus qu’elle lance, le « 18-pounder shell », couvre, à une distance maxinia effective de 6.300 yards, un espace de terrain long de 300 yards et large de 35,
- MITRAILLEUSE ANGLAISE REMORQUEE PAR DES CYCLISTES
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- TYPE D’ARTIIXERIE LOURDE DE CAMPAGNE DES ARMÉES BRITANNIQUES
- Canon de position de 5 pouces lançant à 13 kilomètres des projectiles de 60 livres.
- projetant 365 balles. Le 3 pouces 3 emploie aussi un obus chargé d’explosif.
- Le canon de campagne anglais a un aspect assez, caractéristique : sa flèche est const ituée par un véritable tube en tôle d’acier, la bêche de crosse restant à peu près semblable à la nôtre; il est à frein et à récupérateur à ressorts, situés au-dessus de la pièce, tandis que, dans notre 75, ees deux organes sont intimement dépendants, n’en formant pour ainsi dire qu’un seul, placé à la partie inférieure.
- Comme dans toutes les pièces à long recul, le tube du 3 c 3 est couché dans une sorte de berceau muni de glissières, sur lesquelles pourra jouer la pièce pendant le tir.
- C’est l’artillerie à pied qui est armée du modèle que nous venons de décrire ; l’artillerie à cheval possède une pièce de calibre légèrement inférieur (7 c 62). Les canons de campagne anglais auraient le léger inconvénient d’être un peu plus pesants que les nôtres.
- On conçoit, d’ailleurs, que l’Angleterre exige, en généra], de son matériel plus de force que de mobilité. Elle a ainsi en service un canon de 5 pouces remarquablement puissant, dont le projectile pèse soixante livres et est envoyé, à une vitesse initiale de 630 m, jusqu’à plus de 13.000 ni. Mais la voiture-pièce a un poids de 5.503 k et la bouche à feu en batterie, un poids de 4.665 k.
- Le « 4 pouces » anglais est analogue à notre 105 long. Le projectile en pèse également de 16 à 17 k et il porte à une douzaine de kilomètres. Le frein reste à la partie supérieure, A noter l’absence des boucliers,
- jugés inutiles par suite de la longue portée du tir, la pièce étant hors d’atteinte.
- Nos amis et alliés ont encore notamment des mortiers de 4 pouces. On y remarque, comme dans nombre de pièces étrangères, une frelte de bouche, sorte d’anneau destiné à renforcer le tube à l’ouverture. La ligne de mire naturelle se trouve, comme dans l’ancien 90 de campagne français, sur le côté du tube, ce qui offre quelques inconvénients.
- Oublierons-nous de mentionner les formidables engins dont sont armés les bateaux de la marine anglaise, les 343, et peut-être même déjà les 381 ? Ce sont eux, vraisemblablement, les premiers nommés du moins, qui ont accompli de si efficace besogne le long des côtes de là mer du Nord, à l’aile gauche française. Les 343, dits canons de 13,5 B. L. (brcech-loading), peuvent lancer, à une vitesse initiale de 875 m, un projectile de 567 k et sont capables de tirer deux coups à la minute quand les nécessités l’exigent.
- Dans aucune partie, d’ailleurs, de cet art de la guerre, l’Angleterre n’a voulu rester en arrière. Tous les essais l'ont tentée. Elle a recherché, comme les autres nations, quel était le meilleur mode de transport des mitrailleuses. Elle fait remorquer un certain nombre de celles-ci par des cyclistes ingénieusement attelés. Elle a à sa disposition, pour le tir en aéroplanes, une bombe remarquable, la bombe Marten Haie.
- La bombe Marten Haie pèse 10 k environ; elle a 52 c 5 de longueur et 12 c 5 de largeur à son plus grand diamètre, car elle affecte, à l’avant, la forme ovoïde. . La bombe une
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- fois lâchée, la pression de l’air fait tourner des ailettes qui entraînent elles-mêmes une vis agissant sur le mécanisme intérieur.
- Cet ingénieux engin ne peut pas éclater avant d’avoir parcouru au moins 100 mètres ; mais, cette distance étant franchie, le dispositif est si sensible que l’explosion se produit au simple contact de l'eau.
- Est-ce une indiscrétion de dire que, depuis le début des hostilités, nos alliés anglais ont travaillé jour et nuit, dans leurs formidables arsenaux militaires, à augmenter leur matériel d’artillerie. Comme nous-mêmes, ils ont surtout fabriqué des canons lourds de campagne, dont ils étaient quelque peu démunis, et ces pièces magnifiques, jointes aux nôtres, ont servi à armer puissamment nos positions fortifiées de la Belgique occidentale.
- Ils ont même inauguré un canon dont la. construction avait été tenue secrète, engin
- de guerre terrible qui fauche les arbres d’un bois comme les blés dans un champ et sème l’épouvante et la mort dans les masses ennemies sur lesquelles il tire.
- Les Anglais ont également débarqué sur le continent du matériel de chemin de fer qui a servi à former des trains blindés redoutables. Ils possèdent, en outre, de nombreuses batteries d’autos armées de mitrailleuses et de pièces légères montées sur pivot ; les raids qu’ils accomplissent chaque jour sur les flancs de l’ennemi avec ces véhicules, pilotés avec une extrême audace, font l’admiration de tous ceux qui les voient â l’œuvre.
- On a vanté le courage des Indiens s’élançant à l’assaut avec un mépris du danger qui fait frémir, mais ce qu’on a oublié de dire, c’est que ces héroïques fils de l’Asie sont aussi d’excellents artilleurs et, notamment, des pointeurs de premier ordre.
- Les Belges ont aussi d’excellents canons
- Nous avons parlé plus haut de la question du transport des mitrailleuses : c’est un de ces problèmes d’apparence facile, mais délicat au fond, que soulève à chaque instant l’art moderne de la guerre.
- qu’elle aboutit à constituer des détachements par trop vulnérables, la rapidité du transport se trouve, dans le second cas, considérablement diminuée, car le rendement du cheval est, au total, assez faible.;
- PIÈCE DE CAMPAGNE 1ÎELGE ALLANT PRENDRE POSITION
- A cet égard, rien de parfait, de définitif n’a encore été trouvé dans aucun pays.
- Les Russes et les Japonais ont traîné leurs mitrailleuses, au cours de la campagne de Mandchourie, sur des affûts à roues. Les deux anciens adversaires ont, depuis, adopté le transport par chevaux de bât. Mais, si la première méthode est défectueuse en ce
- Invisibilité relative et grande mobilité sont donc les deux termes du problème à résoudre. Les Belges, chez lesquels le chien de trait est fort en honneur et fait l’objet d’un élevage spécial, ont eu recours à la traction canine pour leurs mitrailleuses.
- Avec le chien, les deux conditions exigées paraissent atteintes. Un animal moyen peut
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- tirer 300 k. sur une route, à la vitesse de 8 km à l’heure, pendant un temps fort long, et peut même suivre l’infanterie à travers bois. D’autre part, la taille du chien l’expose moins à être découvert que le cheval. Enfin, la pièce faisant corps avec la petite voiturette à laquelle l’animal est attelé, il en résulte une grande rapidité de mise en action en présence de l’ennemi.
- La conséquence de ce système est aussi une économie appréciable, le chien coûtant généralement fort peu à nourrir.
- Malheureusement, l’expérience de la guerre vient de montrer que les chiens sont sujets à la peur. Us n’arrivent pas à acquérir, avec l’habitude, cette passivité des chevaux devant le bruit et le danger. Les pauvres bêtes sont complètement affolées lorsqu’un obus éclate au-dessus ou près d’elles. Les chiens avaient été expérimentés en Belgique, au cours des manœuvres, en 1911-1913.
- Il n’est pas prouvé, au surplus, qu’avec un dressage un peu plus parfait, on n’arrivera pas à obtenir d’eux les qualités qui leur manquent.
- La mitrailleuse belge est du modèle Herstal, analogue à la française . Ses ceintures contiennent 120 cartouches.
- lies Belges possèdent, comme pièce de campagne légère, un 75, qui ressemble au matériel Ivrupp légèrement modifié. Il est
- doté, de même que ce dernier, de la fermeture de culasse à coin, au lieu de la fermeture à vis en usage chez nous. Le 75 belge, qui était fabriqué à Herstal (près de Liège), a donc un peu les qualités et lfcs inconvénients du 7 c 7 allemand ; il est aussi un peu moins puissant que le canon français. Il reste cependant un engin excellent dans son ensemble.
- Ajoutons que nos amis Belges, ayant épuisé, au bon combat, toutes leurs munitions, utilisent maintenant nos obus de 75, dont les effets sont si terrifiants ; ils emploient seulement des douilles spéciales, la chambre à poudre de leur pièce étant différente de la nôtre. .
- Une mention spéciale doit être accordée au 210 belge, dont le travail est fort utile et les effets très puissants. Comme leurs alliés Français et Anglais, les Belges ont aménagé, pour le service de guerre, de nombreuses automobiles armées d’artillerie légère, principalement de mitrailleuses. Us ont aussi créé des trains blindés munis de pièces à tir rapide; pendant, le siège d’Anvers, ces trains, lancés dans la direction des masses ennemies, ont occasionné à l’armée assiégeante du général von Beseler des pertes extrêmement sensibles. Pour nous résumer, nos amis Belges possèdent une excellente artillerie qu’ils utilisent admirablement.
- MITRAILLEUSE BELGE MUNIE D'UN SUPPORT A CRÉMAILLÈRE POUR LA HISSER A LA CRÈTE D’UN TALUS
- MITRAILLEUSE TRAINEE PAR DES CHIENS
- L’artillerie russe est de première qualité
- L’éloge de la nouvelle artillerie russe n’est, certes, plus à faire. Elle vient de montrer, contre les troupes autrichiennes et allemandes, de quoi elle était capable sur les champs de bataille. Voici, en résumé, comment elle est composée :
- Les batteries de campagne sont toutes pourvues du canon à tir rapide, modèle 1902,
- de 7 c 62; les batteries de montagne ont encore l’ancien modèle 1883, de 9 c 3, qu’on remplace progressivement par une pièce à tir rapide de 7 centimètres.
- Les batteries dites de mortiers, armées d’abord de l’obusier de 6 pouces (15 c 3), modèle 1883, sont actuellement ou vont être pourvues de modernes 120; enfin les
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- batteries lourdes ont des canons de 10 c 5, de 10 c 7, des obusiers de 15 c ou des mortiers de 20, engins particulièrement puissants.
- C’est depuis la réorganisation de 1910 que chaque corps d'armée russe comprend
- défilée derrière une crête, l’officier-obser-vateur peut être amené à se placer très loin de ses batteries. Il est donc obligé, pour régler commodément son tir, d’utiliser des signaux quelconques, des carrés de toile
- dkaii-battkrik russk de pikces de campagne
- plusieurs batteries d’obusiers5! légers de campagne. Elles sont armées avec (les pièces à recul sur l’affût de 12 c environ, appartenant à quatre types, (pie nous indiquerons sommairement ci-dessous :
- Krupp, modèle 1904, 12 e: portée maxima 0.400 m, vitesse initiale 300 m, poids du projectile avec sa charge 20 k 500.
- Oboukhov-Poutilov, modèle 1904, également, 12 c 2 : portée maxima, vitesse initiale et poids de projectile, respectivement de 0.400 m, 293 m, et 23 kilogrammes 290.
- Dans les deux modèles postérieurs, la portée est plus grande:
- Krupp, modèle 1909, 12 c 2 : la portée atteint
- projectile qui -pèse 22k900 est tiré à une vitesse de 335 m.
- Ce sont à peu de chose près les mêmes chiffres (pii s’appliquent au dernier type,
- Schneider 1909, I2c2:
- 7.500 m pour la portée, à la même vitesse initiale de 335 m. Le projectile est de 100 grammes plus léger :
- 22 kilogr. 800.
- Les modèlesdel909 ont tous deux un champ de tir vertical de — 5° à -j-45°; leur voiture-pièce pèse 2.200 k, la pièce en batterie, 1.300 k environ.
- Pour le repérage du tir, les artilleurs russes utilisent des postes de signnleurs fort ingénieusement organisés.
- On sait que l'artillerie, tirant toujours
- ou de papier coloriés qu’on meut ou dispose diversement selon l’indication à transmettre ; ou bien encore les signaux à bras, analogues aux signaux du télégraphe Chappe de marine; ou encore le porte-voix ou le téléphone.
- Il a déjà été noté, au cours de cette campagne, que les Allemands font un usage constant du téléphone pour le tir d’artillerie. Leurs appareils sont, à ce point de vue, tout à fait remarquables. N’ont-ils pas eu la prétention, nous racontait un officier revenu récemment du front, d’installer des postes téléphoniques jusqu’à six kilomètres de certaines batteries, pour être à même d’en régler le tir avec plus de précision? Mais il est aisé de concevoir toutes les difficultés inhérentes à de tels essais. A vouloir trop perfectionner les méthodes, on risque de manquer le but à atteindre. D’honnêtes installations, simples, rapides, pratiques, comme celle (pie montre notre cliché, ci-contre, voire même de simples et primitifs signaux humains, restent dans certains cas le comble de l’art, car il est des instants, à la guerre, où l’action ne souffre pas le moindre retard.
- Nous devons dire ici que, nous autres Français, en ce qui concerne l’utilisation du téléphone de campagne pour régler le tir de nos bouches à feu, nous n’avons rien à
- POSTK 1)K SIGNAI,KUI!S POUR I,K RKPKRAGK DU TIR 1)K L'ART11 .LERIK
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- envier aux Allemands. Chacune de nos batteries possède un « guetteur », un homme courageux cjui, souvent, s’est porte à plusieurs kilomètres en avant des pièces, déroulant dans sa marche périlleuse son fil
- téléphonique, et qui signale les buts à atteindre, donne des indications pour les rectifications du tir et annonce les résultats obtenus. On voit souvent de ces « guetteui's » installés à 500 mètres des batteries ennemies.
- Les Autrichiens avaient une belle artillerie, mais les Russes en ont conquis une grande partie
- Et les Russes pourraient encore faire entrer en ligne de compte une partie du formidable butin qu’ils ont conquis si glorieusement sur les Autrichiens !
- Butin de valeur, car il n’est pas douteux que les progrès des Austro-Hongrois, aiguillonnés par leurs alliés teutons, n’aient été rapides et considérables en ces dernières années, au point de vue de l'artillerie. Ils auraient même, au dire de quelques-uns et en admettant que l’existence du mortier de 42 ne soit qu’une légende, dépassé, en artillerie lourde, leurs émules. Car le 305 autrichien existe bien, et cet engin formidable a servi à réduire les forts de Naniur, Anvers et Maubeuge, Ce ne serait même, prétend-on, que pour fournir à leur orgueil mortifié une illusoire compensation que les Allemands auraient imaginé les prouesses fabuleuses d’un 420 !
- Quoi qu’il en soit, l’artillerie lourde autrichienne, — dont il nous faut bien dire un mot ici, puisque, de même que l’artillerie lourde allemande, elle est employée en campagne, — est ou était (comme on voudra) d’une incomparable puissance.
- Outre ce 305 d’armée, que nous venons de mentionner, chaque corps autrichien comprend 144 canons, 54 obusiers légers et 12 obusiers lourds. Ces derniers sont, pour la plupart, de calibre de 15 c, tirant un obus de 39 k qui renferme G k d’explosif, ou un shrapnell de 37 kilogrammes.
- L’artillerie autrichienne dispose aussi de gros mortiers de 24 c sortant des usines de Skoda : leurs projectiles atteignent le poids de 130 k, avec une charge d’explosif de 20 k, et sont lancés jusqu’à 7.000 m.
- On avait expérimenté avec succès, en Au-
- triche, en 1913, au même moment que le mortier de 305, une nouvelle pièce de 10 c 5, à tir rapide, à recul sur P affût, avec tube en acier, cpii avait donné de très bons résultats. Et, peu d’années auparavant, en 1908, on y avait adopté des obusiers de campagne de 104 à tir rapide, modifiés, d’ailleurs, en 1910, dont les caractéristiques sont : frein hydraulique et récupérateur à ressorts, hausse indépendante, shrapnell de 12 k 75,
- obus explosif de 14 k 77, portée maxima de 5.500 m Pièce remarquable surtout parce qu'elle emploie un affût spécial pour tirer aux angles de 43 à 70 degrés.
- Nous ne faisons cette énumération un peu sèche que pour montrer que les efforts et les essais de l’Autriche en artillerie ont été nombreux.
- La réorganisation de cette arme, commencée en 1904, n’était même pas encore terminée au jour où l’Allemagne entraîna son alliée dans la lutte européenne. L’artillerie de montagne autrichienne a le canon modèle 1899 de 72 c 5; l’artillerie de campagne possède une pièce de 70 c G, modèle 1905, à tir rapide, en bronze forgé. Cette dernière est l’analogue du 75 français et du 7 c 7 allemand : elle pourrait tirer 25 coups à la minute.
- Quant à la mitrailleuse autrichienne, elle a été l’objet de perfectionnements successifs, notamment en 1907-12. Celle cpii est en service est la Sclnoarzlen, à canon fixe, fonctionnant par utilisation du recul. Le refroidissement du canon est obtenu par un manchon à eau et les cartouches sont disposées par bandes de 250, comme dans la mitrailleuse allemande Maxim. Si les bandes contenaient plus de 250 cartouches, la mitrailleuse des Autrichiens pourrait, assure-
- 1M KCE AUTRICHIENNE DE7 G CENTIMÈTRES G (Artillerie de campagne.)
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- t-on, envoyer efficacement jusqu’à 500 projectiles en GO secondes.
- Comme on peut s’en rendre compte d’après nos reproductions photographiques, l’obusier autrichien de 30 c 5 est peut-être le plus formidable engin qui ait été fabriqué, en ces dernières années, pour la guerre terrestre. C’est un léviathan de fer et d’acier.
- Il se compose de trois parties distinctes : 1° la pièce proprement dite, flanquée de sièges en tôle d’acier pour les servants et montée sur quatre roues en fer forgé, munie chacune d’un bandage d’acier; 2° le frein hydraulique — ou à glycérine — fixé sur un chariot spécial, et qui, au moment du tir, est juxtaposé à l’arrière de la pièce, après démontage préalable des roues arrière de l’affût de cette dernière et des roues avant
- du chariot porte-frein; 3° d’une sorte de fourgon un peu semblable à celui qui est en usage chez les pompiers parisiens et qui sert au transport des hommes — une quarantaine environ — chargés de la manœuvre de la monstrueuse machine, de son pointage et de son approvisionnement en munitions.
- Terminons en disant que les grosses pièces de l’artillerie autrichienne, de même que celles des autres principales puissances, sont ou peuvent être, depuis quelques années, munies des ceintures de roues que nous avons déjà nommées. Ce dispositif a pour but de permettre le transport, en tout terrains, des plus lourds engins de guerre et possède, en outre, l’avantage de rendre inutile l’emploi d'une plate-forme pendant le tir. Ces ceintures de roues sont constituées par une
- I,F. MÊME, ACCOMPAGNE DF, SON FREIN F,T DF. SES INSTRUMENTS DE POINTAGE
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- série de plaques d’acier basculant légèrement sur des tourillons; elles présentent l’aspect d’une sorte de chaîne sans fin et s’adaptent au bandage de la roue, dont elles sont indépendantes en ce sens qu’on peut les placer ou les enlever à volonté. Aux pages 306 et 309, nos gravures de la pièce
- française de 120 millimètres et de l’obusier allemand de 21 centimètres nous montrent les roues des affûts de ces deux engins munies de la ceinture que nous venons de décrire. Ce dispositif, 'comme nous l’avons dit plus haut, permet de s’avancer dans de mauvais terrains et sur des routes défoncées.
- L’artillerie serbe, turque et monténégrine
- Les artilleries des pays balkaniques ne peuvent naturellement pas rivaliser avec celles des nations que nous venons de passer en revue. Les types de leur matériel sont, en général, inspirés des modèles français ou allemands. Elles se contentent même, le plus souvent, d’adopter purement et simplement — avec plus ou 'moins de retard — ceux qui paraissent avoir fait leurs preuves, ou encore utilisent-elles, sans fausse honte, le matériel plus ou moins démodé qu’elles ont acquis de leurs sœurs plus puissantes. C’est ainsi que le canon monténégrin, qu’on voit en position sur notre gravure, est une ancienne pièce de siège française de 120. Elle n’en fait pas moins debesogne.
- lourds pouvant servir d’artillerie de position. Il possède aussi quelques canons français.
- Il serait pourtant inexact de ne pas dire que l’artillerie serbe est actuellement très bien dotée. Elle possède un nouveau canon de
- campagne de 75, système Schneider-Ca net, à tir rapide, qui participe largement de la perfection de notre 75 national, et un nouveau canon de montagne de 70, également à tir rapide, de solide qualité. Tous deux sont avec récupérateur et hausse indépendante.
- Cette vaillante petite nation a aussi des obusiers et des mortiers de 15 c, d’un modèle récent. L’Autriche sait, depuis longtemps déjà, que les artilleurs serbes ne sont pas des adversaires à dédaigner. Dans
- l.A NOUVELLE PIÈCE DE CAMPAGNE TUltQUE
- La Turquie, dont l’éducation militaire a été entreprise par l’Allemagne, utilise naturellement le matériel Ivrupp.
- Le Monténégro est armé de canons allemands, également, de 8 c et de 7 c 5, et d’une quarantaine d’obusiers et do canons
- CANON MONTÉNÉGRIN EN POSITION
- les furieux combats qui se sont livrés, vers le 10 décembre, aux abords des villes de Valjevo et d’Uzitzé, les Austro-Hongrois ont éprouvé la puissance et l’efïicacité de leur tir.
- Un ancien Colonel d'artillerie.
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- LES DROITS ET LES DEVOIRS DES HABITANTS EN PAYS OCCUPÉ PAR L’ENNEMI
- (Décisions de la Conférence de la Haye)
- Les maires et les habitants des territoires que l’ennemi peut envahiront intérêt à connaître les principaux articles du droit international, ou droit des gens, qui règlent leurs rapports avec les occupants provisoires Tri question a une ampleur considérable et il est impossible de la traiter complètement ici. Nous ne parlerons que de deux éventualités qui intéressent plus particulièrement les habitants des territoires occupés par l’ennemi :1a réquisition et la contribution.
- Le droit international écrit est basé sur la convention de Genève, revisée en 1906, et sur les conventions de la Haye, signées en 1899 et 1907 par les nations adhérentes.
- La première concerne particulièrement les blessés et les malades; les autres ont envisagé la plupart des questions générales et réglé les rapports des belligérants entre eux et des belligérants avec l’habitant. Leur observation par l’armée française est subordonnée à la réciprocité de la paît de l’ennemi.
- A l’heure où l’Allemagne a déjà violé deux clauses importantes de la convention de la Haye, il est utile de rappeler qu’elle a publié en 1902 un manuel intitulé Lois de la guerre continentale, ou, chose surprenante, les règles que cet ouvrage contient sont présentées comme de simples recommandations, alors que les délégués allemands avaient signé en 1899 le traité qui les établit formellement. C’est une duplicité de plus.
- Cette publication produisit une grande émotion et les délégués s’apprêtaient à protester, en 1907, au cours de la deuxième conférence de la Haye. Mais l’Allemagne prit les devants et proposa d’introduire dans les conventions l’article suivant, qui fut adopté par les représentants des puissances:
- La partie belligérante qui violerait le règlement serait responsable des actes de sa force armée et tenue à indemnité. (Article 3.)
- Donc, l’Allemagne a signé les conventions, mais elle se réserve de les violer, quitte à payer le dommage... ou à promettre de le faire, quand bon lui semblera.
- Toutefois, dans les armées qui se trouvent en présence, le principe du respect de la propriété privée est beaucoup plus solidement établi qu’il y a quarante ans.
- Ce respect comporte quelques exceptions importantes, sur lesquels nous allons donner des éclaircissements :
- Les principales, comme nous le disons
- plus haut, sont la réquisition et la contribution imposées par l’ennemi.
- La réquisition ne doit s’appliquer qu’aux objets nécessaires à l’armée et doit être adressée non pas aux individus, mais aux municipalités. Si ces dernières n’existent plus, elles doivent être reconstituées par une réunion de notables.
- En territoire national toute réquisition donne droit à une indemnité; mais quand c’est l’ennemi qui réquisitionne, il est bon de savoir que l’obligation internationale de payer n’existe pas, quoiqu’il soit recommandé à tous les chefs de troupes de payer quand cela leur sera possible.
- L’article 52 dés conventions de la Haye (1907) ordonne, toutefois, de donner reçu des objets réquisitionnés. Le paiement des sommes dues doit être effectué le plus tôt possible, dit-il également. Mais comment l’habitant se fera-t-il payer? Il n’en est question nulle part. C’est une lacune importante.
- Qui a le droit d’exercer les réquisitions?
- Les généraux commandants de corps d’armée, les généraux de division et les chefs de troupes spéciales en ont seuls le droit; mais ce droit est souvent délégué aux fonctionnaires de l’intendance, sous forme d’un carnet à souches contenant un certain nombre d’ordres de réquisition en blanc.
- Les chefs de détachements qui n’ont pas de carnets peuvent exceptionnellement requérir pour les besoins de leurs troupes, dans une mesure limitée à la journée.
- En cas de résistance des populations, les réquisitions ont lieu de force; mais les hommes qui en sont chargés doivent toujours être conduits par un officier.
- La réquisition des objets de luxe — cigares, liqueurs, primeurs, vins fins, etc. — est formellement interdite.
- Les contributions sont les demandes d’argent. Elles sont exigées à la suite d’un ordre. De même que les réquisitions, elles impliquent la contrainte et peuvent amener l’emploi de la force.
- La contribution en argent est souvent substituée à la réquisition en nature. Elle est adressée à la commune, suivant certaines règles bien définies.
- Voici, du reste, les principaux articles de la convention de la Haye, qui règlent les devoirs de l’ùutorité militaire sur le territoire d’un Etat ennemi :
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- LA SCIENCE ET LA VIE
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- Art. 44. — Il est interdit formellement à un belligérant de forcer la population d’un territoire occupé à donner des renseignements sur l’armée de l’autre belligérant ou sur des moyens de défense.
- Art. 45. — L’honneur et les droits de la famille, la vie des individus et la propriété privée, ainsi que les convictions religieuses et l’exercice des cultes doivent être respectés.
- Art. 4G. — La propriété privée ne peut, en aucun cas, être confisquée.
- Art. 47. — Le pillage est formellement interdit. Il doit être sévèrement réprimé.
- Art. 48. — Si l’occupant prélève dans le territoire occupé les impôts, droits et péages établis au profit de l’Etat, il le fera autant que possible d’après les règles de l’assiette et de la répartition en vigueur, et il en résultera pour lui l’obligation de pourvoir aux frais de l’administration du territoire occupé dans la mesure où le gouvernement légal y était tenu avant les hostilités.
- Art. 49. — Si, en dehors des impôts visés à l’article précédent, l’occupant prélève d’autres contributions en argent, dans le territoire occupé, ce ne pourra être que pour les besoins de l’armée ou de l’administration de ce territoire.
- Art. 50. — Aucune peine collective, pécuniaire ou autre ne pourra être édictée contre les populations à raison de faits individuels dont elles ne pourraient être considérées comme solidairement responsables.
- Art. 51. — Aucune contribution ne sera perçue qu’en vertu d’un ordre écrit et sous l.i responsabilité d’un général en chef.
- Il ne sera procédé autant que possible à cette perception que d’après les règles de l’assiette et de la répartition des impôts en vigueur et contre reçu régulier.
- Art. 52. — Des réquisitions en nature et des services ne pourront être réclamés des communes ou des habitants que pour les besoins de l’armée d’occupation. Ils seront en rapport avec les ressources du pays et de telle nature qu’ils n’impliquent pas pour les populations l’obligation de prendre part
- aux opérations de guerre contre leur patrie.
- Ces réquisitions et ces services ne seront réclamés qu’avec l’autorisation du commandant dans la localité occupée.
- Les prestations en nature seront autant que possible payées au comptant, sinon elles seront constatées par des reçus en bonne et due forme, et le paiement des sommes dues sera effectué le plus tôt possible.
- Art. 53. — L’armée qui occupe un territoire ne pourra saisir que le numéraire, les fonds et les valeurs exigibles appartenant en propre à l’Etat; les dépôts d’armes, moyens de transport, magasins et approvisionnements et, en général, toute propriété mobilière de l’Etat de nature à servir aux opérations de la guerre.
- Tous les moyens affectés sur terre, sur mer et dans les airs à la transmission des nouvelles, au transport des personnes ou des choses, en dehors des cas régis par le droit maritime, les dépôts d’armes et, en général, toute espèce de munitions de guerre, peuvent être saisis, même s’ils appartiennent à des personnes privées, mais ils devront être restitués et les indemnités seront réglées après la conclusion de la paix.
- Art. 5G. — Les biens des communes, ceux des établissements consacrés au culte, à la charité et à l’instruction, aux arts et aux sciences, même appartenant à l’Etat, seront traités comme la propriété privée...
- Il est important de rappeler que les sujets des pays neutres, établis dans les pays occupés par l’ennemi, ne peuvent refuser ni réquisition ni contribution et qu'ils ne doivent s’attendre à aucun remboursement. Le cas s’est présenté en 1870, pour des Anglais et des Américains. Ils ont payé, maïs protesté. Aucune suite n'a pu être donnée à leurs réclamations contre l’Allemagne ni contre la France.
- Le congrès de la Haye a refusé d’admettre que ces charges de guerre fussent plus lourdes pour les nationaux, en raison de la présence des étrangers sur le territoire occupé temporairement par l’ennemi.
- SOî.DATS ALIjEMANDS TRANSPORTANT DES OBJETS RÉQUISITIONNÉS SUIl UNE PETITE VOITURE ATTEï.ÉE DE CHIENS ET DÉROBÉE AUX BET.C.ES
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- LE ROI DES BELGES
- A la tête de sa vaillante armée depuis le début des hostilités, Albert Ier n'a pas cessé de donner Vexemple des plus hautes vertus militaires, jointes à une inébranlable, volonté. Le. gouvernement fronçait lui a conféré la médaille militaire.
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- L’AGRESSION DE L’ALLEMAGNE CONTRE LA BELGIQUE
- EN DÉPIT D’UN TRAITÉ FORMEL
- LES TROUPES DU KAISER ENVAHISSENT LES ÉTATS DU ROI ALBERT
- Dans ses combinaisons belliqueuses, l’Allemagne n’avait fait entrer en compte ni la neutralité" de l’Italie, ni l’intervention de l’Angleterre. Cette dernière, malgré ses sympathies marquées pour la France et la Russie, serait peut-être restée en dehors du conflit sans la brutale violation du territoire belge, accomplie par l’Allemagne à la suite de l’envoi d’un ultimatum auquel la Belgique opposa un énergique refus. La neu-
- tralité de ce pays était garantie par un accord international, datant de 1831, renouvelé en 1839, et au bas duquel figurait la signature de la Prusse. Vainement l’Angleterre, par la voix de son ambassadeur à Berlin, rappela-t-elle cet engagement d’honneur au chancelier de l’empire, Bethmann-Hollweg. Ce dernier répondit qu’on ne pouvait accorder aucune valeur à un « chiffon de papier », lorsqu’il s’agissait du sort de l’Allemagne.
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- La Belgique orientale et le Luxembourg, dont les frontières ont été violées, dès le premier jour, par les innombrables hordes teutonnes, sous le, commandement du général von Emmich.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- L’ambassadeur britannique prévint alors le chancelier que l’Angleterre ne permettrait pas cette violation du droit, et s’y opposerait au besoin par les armes. En dépit de cet avertissement solennel, le gouvernement alle-
- mand persista dans ses intentions déloyales et, le lendemain, les troupes germaniques pénétraient violemment sur le territoire belge. A cet acte odieux, l’Angleterre riposta aussitôt par une déclaration de guerre.
- La lutte au jour le jour sur le territoire belge
- AOUT 1914
- Le 3. — VAllemagne adresse un ultimatum à la Belgique, exigeant le droit de passage pour ses armées. Le gouvernement belge répond par un rejus; le roi Albert déclare qu’il défendra, même par les armes, la neutralité de son territoire, et il prend aussitôt le commandement des troupes belges.
- Le 4. — La Belgique demande à l’Angleterre, à la France et à la Russie de garantir son indépendance. L’Angleterre somme VAllemagne de respecter la neutralité belge, en lui accordant un délai de douze heures pour répondre.
- Le 5. — Les Allemands pénètrent en Belgique, à V isê, où les troupes belges leur opposent une vigoureuse résistance. Ils incendient Visé et massacrent une partie de la population civile.
- Le 6. — Attaque de Liège, par 120.000 Allemands. Les Belges, au nombre de 40.000, prennent 27 canons eux envahisseurs et obligent tout un cary,' d’armée à battre en retraite.
- Le 7. — Liège résiste énergiquement à tous les assuuts des Allemands, qui ont 4.000 morts et 25.000 blessés. La ville de Liège est décorée de la Légion d’honneur. Le roi Albert remercie M. Poincaré du secours armé de la France.
- Le 8. — Les troupes françaises et belges réussissent à opérer leur jonction dans la vallée de la Meuse.
- Le 9. — Les Allemands envahissent le Lim bourg belge. Leur cavalerie est mise en échec par celle du roi Albert.
- Le 11. — Tentative allemande, par Tir-lemoni, l'on grès et Saint-Trond vers Bruxelles. Cette marche est arrêtée par les trempes belges. — On signale des atrocités commises par les Allemands dans plusieurs localités envahies.
- Le 12. — Succès des Belges à Ilaelen. — Ils reprennent Lunden. — Les forts de Liège tiennent toujours solidement.
- Le 13. — La cavalerie belge livre à Diest un brillant combat, infligeant de grosses pertes aux troupes allemandes.
- Le 14. — Engagements victorieux des Belges à Ilarvelt. — Réunion des états-majors belge et français. — Combats aériens favorables aux aviateurs français.
- Le 15. — Assaut infructueux des Allemands contre les forts de Liège.
- Le 16. — A Binant, deux brigades allemandes, dont une de la garde, sont contraintes de battre en retmite sous le feu des troupes françaises, après des pertes élevées. — On apprend que les Allemands commettent partout de nouvelles atrocités.
- Le 18. — A Houx, sur la Meuse, Vartillerie française empêche les Allemands de franchir la rivière, tandis que les Belges leur infligent un échec entre Binant et J odoigne.
- Le 19. — Passage de la Meuse par des masses allemandes entre Liège et Namur, et brillant succès de la cavalerie française à Florenville.
- Le 20. — Bombardement de Biest et de Tirlemont par les Belges. — Les Allemands marchent sur Neuf château et la Byle. — L’armée du roi Albert se replie sur Louvain et Anvers.
- Le 21. — Le gouvernement belge se retire à Anvers, pendant que les Allemands entrent ci Bruxelles, qu’ils frappent d’une contribution de 200 millions. — Leur cavalerie fait une démonstration vers G and, et l’ensemble de leur armée s’avance dans la direction de la frontière française. — La ville de Namur est investie et attaquée par l’artillerie lourde. Beux forts sont détruits.
- Le 22. — L’armée belge se retire sous Anvers, et les Allemands poursuivent leur marche. — La France et l’Angleterre décident, d’un commun accord, d’avancer 500 millions à la Belgique.
- Le 23. — Le major Namèche fait sauter le fort de Chaudfontaine, ci Liège, pour ne pas se rendre, après avoir détruit le tunnel sous lequel passe la ligne Cologne-Paris. — L’attaque des forts de Namur est poursuivie avec violence. Pêbut de la bataille de Charleroi. — La
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- i: A G R E S S10 N C O N T RE LA BELGIQUE
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- cavalerie anglaise chasse devant elle la cavalerie allemande à Waterloo.
- Le 24. — Retraite en excellent ordre des armées alliées à Charleroi.
- Le 25. — Namur et Liège tiennent toujours. — A Anvers, un Zeppelin cherche vainement à jeter des bombes sur le palais de la famille royale; il tue une quinzaine, de personnes. — Dans une sortie subite, Vannée belge repousse les Allemands au delà de Mali nés, bombardée violemment par Vennemi.
- Le 26. — Le roi Albert établit son quartier général à Matines.
- Le 27. — Incendie de Louvain et nouveau bombardement de Matines. — L'Autriche déclare à son tour la guerre à la Belgique.
- ' SEPTEMBRE
- Le 2. — Un Zeppelin jette des bombes sur les ambulances de la Croix-Rouge, à Anvers. Il y a plusieurs blessés.
- Le 6. — Les A llemands sont battus près de Termonde, et perdent presque toute leur artillerie sur le terrain inondé par les Belges. Ils ont mille morts.
- Le 7. — Un fort d'Anvers décime les assaillants. —
- D'autres forces allemandes sont repoussées à Saint-Am a nd.
- Le 12. — Les Belges reprennent Termonde. - <>
- Le 13. — Fin d'une bataille au sud d'Anvers où, pendant quatre jours, deux corps allemands, en mar-’ che vers la France, ont été arrêtés par l'armée belge, qui s'est montrée héroïque.
- Le 14. — Les Allemands, au nombre de 20.000, abandonnent Alost où ils viennent d'éprouver de grosses pertes.
- Le 17. — Le tsar décore le roi des Belges.
- Le 20. — Les Allemands sont battus près d'Y près et doivent enfin reculer.
- Le 21. — Succès des Belges, à Sempst, entre Matines et Bruxelles. — Ils repoussent aussi l'ennemi près de Brœchen.
- Le 22. — Le roi Albert félicite le tsar de ses succès. — Le tsar célèbre l'héroïsme de la Belgique et de son vaillant roi.
- Le 26. — Un Taube lance des bombes sur Anvers. — Un fort détachement allemand
- est battu et dispersé près d'Alost.
- Le 27. — Battus à Lebbeeke, les Allemands bombardent Matines. — On constate qu'ils établissent des fortifications autour de Bruxelles. — Un Zeppelin lance des bombes sur Garni. Aucun mal.
- Le 28. — M. Max,, bourgmestre de Bruxelles, est arrêté par les Allemands.
- Le 29. — Bombardement des forts de Wavre et de Waelhem et attaque repoussée des ouvrages avancés d'Anvers. Grosses pertes allemandes.
- Le 30. — Nouvelles attaques allemandes entre l'Escaut et la Senne, et autres pertes importantes des assaillants. — Bombardement de la ville de Lierre.
- OCTOBRE
- Le 1er. — Sortie des Belges, à Anvers, et prise de plusieurs canons allemands. ‘ Le 3. — L'artillerie belge détruit le pont que l'ennemi vient de jeter près de Waelhem. — Publication d'un « Livre Gris » relatif aux faits de la guerre. Le 5. — Les canons du fort de Waelhem anéantissent un régiment allemand.
- 6. — L'armée belge, abandonnant la défense de la Nèthe, se replie en bon ordre sous les forts intérieurs d'Anvers.
- Le 7. — A la faveur du brouillard. et sous le couvert d'un bombardement intense, les Allemands traversent l'Escaut. — Six Zeppelins jettent des bombes sur Anvers. — Le gouvernement belge transfère son siège à, Ostende.
- Le 8.. — Le roi Albert quitte Anvers.
- Le 9. — Après un violent bombardement, qui détruit une partie de la ville et le Palais de Justice, une colonne allemande entre dans Anvers, dont la garnison s'est retirée en ordre parfait, après avoir détruit les approvisionnements qu'elle ne pouvait emporter. Toute l'artillerie a été évacuée. — La population civile s'est volontairement exilée.
- Le 10. — Malgré les efforts de l'ennemi, les troupes d'Anvers parviennent à rejoindre le gros de leur armée, qui a fait elle-même sa jonction avec les forcer alliées, auprès de Nieuport.
- I,E GÉNÉRAI. JUNGBI.TJTII Aide de camp du roi Albert.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Le 12. — Entrée des Allemands à Gand. — Ils ont dû livrer, le 10 et le 11, de violents combats à Melle et Quatrecht. — Sur les deux rives de V Escaut, les forts d'Anvers tiennent toujours. — Une bataille importante s'engage entre Dix-mude, Y près, Fumes et Dunkerque.
- Le 13. — Le gouvernement belge vient s'installer aullavre.
- Le 14. — Les Allemands pénètrent dans Bruges, et leur droite s'avance sur Ostende,
- Thourout et lioulers. Il y a un très vif combat à Ussel.
- Le 15. — L'ennemi s'empare d'Ostende.
- Le 18. — L'armée belge repousse vigoureusement toutes les tentatives des Allemands pour franchir la rivière Yser.
- Le 19. — L'artillerie lourde allemande bombarde le front Nieuport- Wla-desloo, sans obtenir aucun résultat. — Les alliés s'avancent jusqu'à lioulers.
- Le 20. — Nouveaux efforts infructueux de l'ennemi pour passer l'Yser en fortes masses.
- Le 21. — Les Belges et les alliés repoussent les furieuses attaques allemandes sur Dixmude, où pleuvent les obus.
- Le 23. — Tout le pays est inondé par la rupture des digues, et les Allemands, repoussés sur tout le front, subissent des pertes de plus en plus considérables.
- Le 25. — Les Allemands parviennent à franchir l'Yser, mais leurs pertes sont énormes. Successivement, les détachements qui ont pu passer la rivière sont anéantis, et les cadavres, par
- milliers, remplissent le cours d'eau.
- Le 26. — Nouveaux efforts infructueux de l'ennemi sur l'Yser, et résistance heureuse des alliés sur tout le front Nieu-port-Dixmude, où ils avancent.
- Le 27. — Violent combat entre Nieuport et Ostende; les Allemands reculent vers Middelkerke. Le 28. — Avance des troupes alliées dans la région d,'Y près. Le 30. - Les inondation s provoquées par les Belges dans la région de V Yser déterminent la retraite des Allemands, qui perdent une partie de leur artillerie dans les terrains envahis par les eaux. Le 31. — Les Allemands sont chassés de Ramskapelle. — Les Franco-Anglais progressent, à l'est d'Y près.
- NOVEMBRE
- Le 1er. — Nouveaux progrès dans la région d'Y près.—Les alliés reprennent Messines et llollebecke. Le 2. — Les
- alliés, renforcés, avancent encore au sud de Dixmude.
- Le 3. — Les Allemands abandonnent les rives de l'Yser, après de fortes pertes.
- Le 5. — Dans la région de Dixmude les attaques allemandes s'affaiblissent.
- Le 6. — Continuation de l'offensive heureuse des alliés à l'est et au sud d'Y près.
- Le 8. — Les Allemands dirigent des attaques plus violentes contre Dixmude. Elles sont repoussées brillamment. L'ennemi perd un monde énorme.
- Le 10. — Dans la région d'Ypres, les attaques allemandes reprennent avec fureur, mais elles sont arrêtées avec énergie.
- MARIE-ADÉLAÏDE
- Grande-duchesse de Luxembourg Le petit pays sur lequel règne, depuis 1912, cette jeune fille de vingt ans fut envahi, dès le début de la guerre, par l'armée allemande ayant pour objectif Montmédy, Longïüty et Ilriey. Pour ne point s’être opposée à la marche des troupes du kaiser — comment aurait-elle pu le faire, d'ailleurs ? — la grande-duchesse s'est vu conférer par lui la médaille de la Croix-Rouge de première classe.
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- L'AGRESSION CONTRE LA BELGIQUE
- Le il. — Les Allemands attaquent tout le front avec violence, mais sont repoussés sur presque tous les points. Ils occupent Dixmude, au prix de pertes considérables.
- Le 12. — U ennemi parvient à faire passer quelques troupes sur la rive gauche de VYser, à la faveur de Vobscurité.
- Le 13. — Vainement les Allemands cher-
- chent à déboucher de Dixmude. Ils sont repoussés, malgré leur violente attaque, et le terrain est couvert de leurs morts.
- Le 14. — Les attaques allemandes contre Y près deviennent moins pressantes.
- Le 15. — L'ennemi est contraint de repasser VYser. Dans les derniers jours, ses pertes totales ont été de 80 0 '0 environ.
- (Voir à la fin du volume la suite de la chronologie des faits de guerre sur le territoire belge.)
- De Liège à Bruxelles à travers les ruines
- POUR PARVENIR JUSQU’A LA CAPITALE BELGE, LES ALLEMANDS ONT DÉPLOYÉ UNE VÉRITABLE SAUVAGERIE, METTANT TOUT A FEU SUR LEUR PASSAGE ET MASSACRANT LES POPULATIONS INOFFENSIVES.
- Le plan allemand comportant la rapide invasion de la France, en vue d’un prompt retour offensif vers la Russie, l’Allemagne adressa le 3 août un ultimatum à la Belgique, l’invitant à lui livrer passage. Le gouvernement belge ayant opposé un énergique refus à cette demande, les troupes allemandes, violant la neutralité de la Belgique, garantie par des traités, pénétrèrent chez elle par Visé, où il leur fallut soutenir un violent combat, accompagné de pertes énormes. Elles marquèrent leur fureur en brûlant Visé et en massacrant une partie de la population. Poursuivant leur marche, avec une rapidité semblant toujours s’accentuer, sous le commandement du général von Emmicli, elles se heurtèrent aux fortifications de Liège, qu’elles essayèrent d’emporter . par une attaque brusquée. Mais, soit devant les forts, soit en rase campagne, elles subirent un échec complet, laissèrent sur le terrain des milliers de morts et de blessés, et un de leurs corps d’armée fut contraint de battre en retraite momentanément. Le lendemain et les jours suivants, elles revinrent à la charge, s’épuisant en assauts désespérés, repoussées par la garnison des forts et les hommes de la défense mobile avec un admirable courage. Les Allemands parvinrent cependant à pénétrer dans Liège, en petit nombre, et tentèrent d’assassiner le gouverneur de la place, le vaillant général Léman. Cette entreprise manquée redoubla l’énergie des
- Belges, dont la superbe conduite valut à la ville de Liège d’être décorée de la Légion d’honneur. Néanmoins, devant l’acliarne-ment des assaillants, qui reçurent l’artillerie lourde qui leur manquait au début, il devint évident que la prise de possession de la ville serait bientôt un fait accompli. Les troupes de la défense mobile se retirèrent donc en bon ordre, tandis que les forts continuaient la résistance. Us tenaient toujours le 23 août, date à laquelle le major Namèche fit sauter celui de Chaudfontaine, qu’il commandait, pour ne pas le rendre. Entre temps, les Allemands avaient pu s’introduire dans Liège, tandis que la masse de leurs troupes, après de vifs engagements à Dînant, où la cavalerie française mit en fuite deux de leurs divisions, parvenait à passer la Meuse et entreprenait 1 ’ investisse -ment de Namur. Dans ces heures tragiques, le général Léman fit preuve d’un héroïsme merveilleux, et refusa obstinément de capituler. Lorsqu’il fut acculé à la reddition, il fit sauter le fort qu’il occupait. Les Allemands retrouvèrent son corps sous les décombres, et purent ramener à la vie l’énergique soldat. Leurs pertes, dans les divers combats de Liège, furent évaluées à 40.000 hommes, dont 10.000 morts. Ce fut pour eux une désastreuse entrée en campagne, dont ils se vengèrent par l’incendie de Louvain et la destruction de Termonde. Les forts de Liège résistaient encore quand leurs troupes parurent devant Bruxelles.
- LIÈGE ET SES DÉFENSES
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Il n’est pas exagéré de dire que la défense de Liège, première difficulté rencontrée par l’Allemagne sur une route où elle s’imaginait
- que tous les obstacles s’évanouiraient devant elle, eut une influence énorme sur la suite des événemcnt s. Non seulement elle permit aux Français et aux Anglais de gagner du temps, mais encore elle exalta et poussa au suprême degré le courage du vaillant peuple belge. Après avoir tracé, sous la mitraille et dans le sang, une si belle page de son histoire, il ne pouvait pas se montrer inférieur à lui-même. Il ne tarda pas à le prouver, soit pendant la longue série de combats qui précédèrent l’attaque et la prise d’Anvers,
- GENE 11AT. VON EMMICII Commandant l'armée d'invasion allemande.
- soit pendant les immortelles journées de l’effrayante bataille de l’Yser, dont nous parlons plus loin. On peut affirmer que c’est à Liège que le colosse allemand a trébuché ; c’est là qu’il a reculé pour la première fois ; c’est là que la force brutale s’est heurtée à une nation combattant pourson honneur et sa liberté, exemple admirable, qui devait soulever le monde. Le jour où le Président de la République a décoré la ville de Liège, il a exprimé en quelque sorte le sentiment de
- tout l’univers, générai, t.eman
- sentiment qui r . ,,, , 7
- 1 Le glorieux défenseur de la survivra aux an- ° ,
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- nees et ne s al- ' °
- faiblira jamais. La Belgique a inscrit son
- nom sur l'une des pages les plus glorieuses
- de l’histoire du genre humain!...
- LA PRISE DE NAMUR
- Le temps se faisait Allemands. Ils regagner 1e s heures perdues devant Liège, s’ils ne voulaient pas voir avorter le plan d’invasion brusquée de la France, qui activait alors sa mobilisation et acheminait des corps considérables vers la Belgique. Ils se hâtèrent donc de continuer leur marche à l’Ouest, pendant que se poursuivait l’attaque des forts de Liège. Ceux de Namur paraissaient devoir les arrêter à leur tour, semblait-il, plus longtemps encore, leur construction étant plus récente et leur armement très important. L’événement montra qu’on était dans
- l’erreur, et, dans tous les cas, l’ennemi ne songeait pas à s’immobiliser devant Namur.
- Il avait le désir de rencontrer et de culbuter l’armée française. Quant aux forces anglaises, il ignorait encore leur présence. On sait d’ailleurs que l’état-major prussien affectait de les mépriser. Les Allemands franchirent donc la Meuse, entre Iluy et Namur, en masses profondes. Auparavant, leurs tentatives pour traverser ce cours d’eau à Dinant avaient été pour eux l’occasion d’insuccès sérieux. Au cours'[ de rces combats de Dinant, la cavalerie française donna les marques de la plus belle intrépidité, et
- pressant pour les devaient à tout prix
- Bovesse
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- LA PLACE DE NAMUR ET SES FORTS
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- L'AGRESSION CONTRE LA BELGIQUE
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- chargea si vigoureusement l’ennemi qu’elle l’obligea à fuir sur une longue distance, lui tuant et lui blessant beaucoup de monde. A Dinant, comme ailleurs, la barbarie tu-desque se manifesta odieusement et anéantit une partie de cette curieuse cité. Peu après, l’armée allemande commença l’investissement de Namur, et engagea aussitôt contre les forts de ce camp retranché un feu terrible, rendu immédiatement efficace par la présence de la grosse artillerie qui avait fait défaut durant les premières journées de l’attaque de Liège. Malgré l’énergie de leurs
- défenseurs, les forts de Namur ne pouvaient tenir, écrasés qu’ils étaient par les énormes projectiles des pièces lourdes allemandes. Plusieurs d’entre eux furent détruits, et il devint impossible de s’entêter dans une résistance désormais sans efficacité. Du reste, les armées alliées n’avaient point fait de Namur la base de leurs prochaines opérations ; elles accomplissaient leur concentration en arrière de Charleroi, où devait se livrer, quelques jours plus tard, exactement le 23 août, la première grande bataille de la guerre européenne.
- LES ALLEMANDS A BRUXELLES
- En même temps qu’ils investissaient Namur et marchaient vers Charleroi, les Allemands s’acheminaient sur Bruxelles, occupation nulle au point de vue purement stratégique, mais qui devait provoquer un effet moral considérable, pensaient-ils, chez les alliés, d’une part, et en Allemagne, d’autre part, où l’on avait pris soin de dissimuler aux populations les difficultés rencontrées à Liège.
- Le gouvernement belge ne pouvait s’arrêter un instant à la pensée de défendre la capitale par des fortifications improvisées, s’il ne voulait pas vouer cette ville à une destruction certaine.
- Tl se transporta donc à Anvers, où le roi l’accompagna, y conduisant l’armée entière.
- La route étant libre, les Allemands se présentèrent aux portes de Bruxelles dans la journée du 21 août. Par un prudent manifeste, le courageux bourgmestre, M. Max, avait recommandé le calme à ses concitoyens. Ceux-ci accueillirent l’ennemi avec froideur, en se gardant de toute manifestation, malgré l’attitude insolente qu’affectèrent les officiers teutons pendant le défilé de leurs troupes à travers la ville.
- Dans le but évident de déterminer des protestations, certains d’entre eux avaient pris soin d’attacher à leurs chevaux des officiers belges prisonniers, qu’ils promenèrent ainsi sous les yeux de la foule indignée. Le général von Arnim, nommé gouverneur militaire, informa M, Max que l’imposition de guerre de Bruxelles serait de 200 millions, et sur la déclaration du bourgmestre que cette somme ne serait pas payée, des otages furent aussitôt désignés. La population, d’ailleurs, ne
- fut pas molestée, mais dès les premiers jours de l’occupation le prix des denrées s’accrut dans des proportions fort élevées et, à la longue, les vivres se firent si rares qu’au début du mois d’octobre il fallut songer à assurer la vie des habitants; mais on ne s’y décida que sur les représentations vigoureuses du représentant des Etats-Unis. Pendant plus de six semaines, M. Max continua à exercer ses fonctions de bourgmestre, défendant courageusement les Bruxellois contre les exigences du gouverneur allemand, et cela jusqu’au jour où ce dernier, ne parvenant pas à obtenir de ce magistrat héroïque une complaisance servile, le fit arrêter et transporter dans une forteresse. Il convient de dire que si l’occupation de Bruxelles a été marquée par le caractère d’insolence et de grossièreté dont les Germains ne se départissent jamais, les citoyens et les monuments ont été généralement respectés. Au lendemain des atrocités de Louvain, les envahisseurs de la Belgique n’osèrent pas recommencer leurs crimes, gênés qu’ils étaient, malgré leur audace, par la révolte de l’opinion universelle. Us se contentèrent, peu après leur arrivée, de pratiquer autour de la ville des travaux de défense qui donnèrent à penser qu’ils envisageaient déjà la possibilité d’une future retraite.
- Sans doute avaient-ils cru que le monde, rendu craintif par leur course foudroyante à travers la Belgique et la France, en vue de gagner Paris, qu’ils s’imaginaient enlever dans la seconde quinzaine de la guerre, n’oserait pas protester contre des procédés qui ramènent la pensée vers les horreurs et
- M. MAX
- Bourgmestre de Bruxelles.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- les atrocités demeurées fameuses des invasions barbares. Déçus dans leurs espérances, ils furent impressionnés par l’unanime réprobation des peuples civilisés. Les meurtres, les incendies, les lâches fusillades de citoyens paisibles, les vols systématiques, le pillage organisé, retiraient à la marche des armées germaniques ce qu’elle aurait pu avoir de grandiose et donnait à cette ruée d’une foule furieuse un caractère de colossal banditisme. On sait, du reste, par les déclarations des écrivains militaires les plus autorisés de la Germanie que dans l’esprit des préparateurs et des auteurs responsables de la guerre européenne, la terreur est un des moyens qu’il convient d’employer pour vaincre la résistance des pays envahis. Malheureusement pour l’honneur allemand, on n’ignore pas que ces abominables leçons furent écoutées et mises *en pratique dès les premiers jours de la campagne. Mais, encore une fois, les envahisseurs, parvenus dans la capitale de la Belgique, n’osèrent pas s’y livrer à leurs exploits habituels, honte de l’humanité.
- Il est juste de dire que les sages exhortations de M. Max contribuèrent pour beaucoup à réduire les Allemands à l’impuissance de mal faire, car la population, contenant ses légitimes ressentiments en face des violateurs de la liberté belge et de cette neutralité qu’ils devaient respecter puisqu’ils s’y étaient engagés par traité, ne se laissa aller à aucune action pouvant prêter occasion aux troupes allemandes de commettre dans Bruxelles des actes de violence. Néanmoins, les musées de la ville reçurent la visite intéressée des amateurs d’outre-Rhin et l’on croit que des emprunts importants y furent réalisés. Il paraît même
- que ces emprunts furent méthodiques et pratiquésTd’après des indications émanant de la direction générale des musées impériaux.
- Quoi qu’il en soit, les biens des particuliers furent à peu près respectés, mais le bourgmestre, comme nous l’avons dit, eut à défendre la propriété’publique^contre les âpres etjincessantes demandes du général von Arnim. M. Max donna, dans ces circonstances tragiques, où sa vie était perpétuellement en danger, le plus noble exemple du courage civique. Il faut reconnaître, au surplus, que la nation belge, dans son ensemble, s’est montrée magnifique, admirable de volonté, d’énergie et d’honneur.
- Elle s’est imposée pour toujours à l’admiration des autres peuples et des générations à venir. Au courage, le bourgmestre joignait un esprit gouailleur qui mit plus d’une fois hors de lui-même le gouverneur allemand. Lorsque celui-ci, en particulier, ^ voulut le contraindre à verser un chiffre énorme de millions, à titre d’indemnité de guerre, M. Max répondit que cela lui était impossible, pour la raison que tout l’argent de Bruxelles avait été emporté à Anvers par le gouvernement belge. « Vous pouvez l’y envoyer chercher ! » ajouta-t-il avec un léger sourire. Von Arnim, ce jour-là, faillit étouffer de colère.
- Quant aux soldats, campés aux abords de la ville ou enfermés dans des casernes, ils évitaient les conflits avec les civils. Leurs officiers ne tardèrent pas à les employer à des travaux de défense permettant de supposer qu’ils envisageaient, dès le commencement du mois de septembre, au lendemain des batailles livrées en France sur la Marne, la possibilité d’une future retraite, c’est-à-dire la crainte d’un grave échec.
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- GÉNÉRAL VON ARNIM
- Commandant de l'armée allemande d'occupation de Bruxelles.
- L’INVESTISSEMENT ET LA PRISE D’ANVERS
- Au lendemain de la chute des premiers forts'de Liège, et tandis que les Allemands prononçaient leur marche vers l’Ouest, le gouvernement belge, afin de garder toute sa liberté d’action, s’était, comme nous l’avons dit, retiré à Anvers, réduit de la défense nationale, et le roi Albert y avait transporté son quartier général, en même temps qu’il y réunissait l’armée. La défense de la place, assurée par une double ceinture de forts, des retranchements, des cours d’eau importants, dont l’Escaut, et
- aussi par un système d’écluses permettant d’inonder une large étendue de terrain, faisait croire à une longue résistance, rendue plus aisée encore par les facilités de ravitaillement. Anvers passait pour imprenable, et l’opinion générale était que sa garnison pourrait y défier pendant une année au moins les efforts de l’assaillant. La lenteur qu’apportèrent les Allemands à attaquer ce formidable camp retranché semble établir qu'ils partageaient cet avis au début des hostilités, car leurs opérations primitives
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- L'A GRESS10N CONTRE LA BELGIQUE
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- ressemblaient à des démonstrations plus notamment, le 6 septembre, les Belges
- menaçantes que sérieuses. Néanmoins, ils assaillirent l’ennemi avec une vigueur admi-
- s’avancèrent à diverses reprises vers Ma- rable, le firent plier, et assurèrent leur succès
- Unes, qu’ils soumirent à un bombardement en ouvrant les écluses du Rupel et de la Dyle.
- continu, avec la claire intention de dé- Les Allemands, surpris par les eaux, batti-
- truire les richesses artistiques de cette ville. rent en retraite, perdant un millier de morts
- Une sortie soudaine de la garnison d’An- et ayant de nombreux blessés. Une partie
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- ANVERS, REDUIT DE LA BELGIQUE, ET SA DOUBLE CEINTURE DE FORTS
- vers, le 25 Août, les obligea à reculer, et pendant quelques jours le quartier général belge demeura à Malines, qu’un retour offensif de forces allemandes^ appuyées de grosse artillerie, livra définitivement à l’ennemi. Une série de combats dans lesquels les troupes belges furent presque toujours heureuses se plaça entre les 2 et 21 septembre. Ces rencontres furent souvent désastreuses pour les Allemands. A Waelhem,
- de leur artillerie s’enfonça dans les terrains inondés. Ces actions se poursuivirent jusqu’au commencement d’octobre, époque à laquelle, marquant une activité aussi brusque que violente, l’armée allemande entreprit, sous la direction du général von Beseler, l’attaque directe du camp retranché d’Anvers, qu’elle parvint à forcer près de Lierre, contraignant les Belges à abandonner les bords de la Nèthe. Dès lors, la situation de
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- LA SCIENCE ET LA ' VIE
- la place parut compromise, en dépit du concours que prêtait à la défense un corps anglais de 6.000 hommes, ayant amené avec lui de gros canons de marine. Le gouvernement se retira à Ostende, d’où il ne devait pas tarder à partir pour le Havre.
- Le 8 octobre, le roi Albert, dont l’attitude n’avait pas cessé d’être magnifique,- ainsi cjue celle de la reine, quitta la ville à son tour, précédant l’armée, dont le rôle devenait nécessaire dans des opérations d’ensemble avec les troupes alliées. La retraite s’opéra dans un excellent ordre, au cours des journées du 9 et du 10, malgré les tentatives des Allemands pour la troubler. Avant leur départ, les Belges enlevèrent les superbes trésors artistiques des musées et des églises, et détruisirent tous les approvisionnements; on fit sauter les navires de commerce allemands qui se trouvaient dans le port, et tous les canons furent emmenés, (le telle sorte qu’il ne resta rien aux mains de l’ennemi. Celui-ci avait entrepris, le 9 octobre, un bombardement d’une extrême violence, qui incendia une pai'tie d’Anvers et
- détruisit à moitié le Palais de Justice. Auparavant, des Zeppelins et des Taubes étaient venus jeter des bombes sur la ville, essayant d’atteindre la demeure de la famille royale, tuant de nombreuses personnes et causant
- de graves pertes matérielles. E n entrant à Anvers, dans la soirée du 9 octobre, les Allemands constatèrent que presque toute la population civile s’était volontairement exilée. D’ailleurs, ils ne commirent aucun acte de cruauté, confor -mément aux ordres du vice-amiral Sclirôder, désigné comme gouverneur militaire d ’ Anvers, mais ils montrèrent un vif dépit en voyant que leurs prises consistaient seulement en vieux canons hors d’usage .L’occupation d’Anvers, sans valeur stratégique, et destinée probablement à relever le moral de l’Allemagne, coûta une quarantaine de mille hommes à l’armée impériale, dans l’ensemble des opérations. Durant les dernières journées surtout les pertes furent sensibles. On estime à près de cinq mille le nombre des soldats allemands qui furent tués au seul passage de l’Escaut.
- GENERAL VON BESELER
- Commandant, des troupes ennemies qui se sont emparées d'Anvers.
- V1CE-AMÏRAL.SC1IRÔDER
- Gouverneur militaire allemand de la grande cité maritime belge.
- L’OCCUPATION DE LA BELGIQUE
- Au moment où les troupes allemandes prenaient possession de la capitale de la Belgique, et afin de bien montrer qu’il ne s’agissait pas dans son esprit d’une occupation temporaire, mais en réalité d’une conquête, le gouvernement impérial nomma le maréchal Von der Goltz gouverneur militaire du pays. Ce haut personnage, héritier des plus brutales traditions prussiennes, avait pendant longtemps représenté l’Allemagne militaire en Turquie; c’était à lui que l'empire ottoman devait la réorganisation de son armée, et aussi l’ensemble des fortifications d’Andrinople, que la presse germanique déclarait imprenables. On sait quelle fut, devant les peuples balkaniques en armes, la
- valeur de l’œuvre de Von der Goltz. Sous sa main, la Belgique ne pouvait pas connaître un sort passable. L’occupation allemande a été marquée par des exactions et des abus de la force sans nombre. Les villes, comme nous l’écrivons d’autre part, furent frappées de contributions énormes, garanties par des otages; un régime de silence, d’espionnage et de famine fut imposé à Bruxelles; le traitement de Namur et celui de Liège ne furent pas meilleurs. A Anvers, l’entrée de l’ennemi provoqua l’exode de presque toute la population, qui n’ignorait rien des odieuses pratiques du vainqueur temporaire. En effet, à Louvain, à Visé, à Dinant et ailleurs, mais principalement dans
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- U A GRESS10N CONTRE LA BELGIQUE
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- les villages, des centaines de personnes furent arrêtées et emmenées en Allemagne, au mépris du droit des gens, pour y être contraintes à des travaux agricoles ou autres. Ce traitement indigne donne à la guerre germanique son véritable caractère : elle se rattache par là au plus lointain passé, et renouvelle, en notre temps, les invasions barbares, suivies de la mise en esclavage des populations vaincues.D’autres pratiques, dont certaines assez puériles, furent imaginées par les envahisseurs, avec l’assentiment du maréchal-gouverneur. C’est ainsi que les citoyens de Bruxelles se virent forcés d’employer les formulaires allemands pour la rédaction des actes de l’état civil. Dans toutes les villes occupées, il fut interdit à la population de circuler avant telle heure du matin, et, le soir, chacun dut être rentré chez soi avant neuf heures. Les stationnements sur la voie publique étaient défendus. Dans les cafés et les restaurants, les officiers allemands se montraient insolents et grossiers. La lecture des journaux venus du dehors était punie comme un grave délit. En un mot, dans les petites choses comme dans les grandes, les violateurs de la neutralité belge, les meurtriers et incendiaires de Termonde, de
- Visé et de Louvain se rendirent odieux à un peuple excellent, coupable d’avoir été loyal et courageux, et qui puisa dans l’occupation allemande de nouvelles raisons de chérir son indépendance et sa vieille liberté.
- Il n’est pas inutile de rappeler que le gouverneur allemand de la Belgique envahie ava'it précédemment manifesté son opinion, en faveur du régime de la force et de la terreur, dans des ouvrages qui constituèrent en quelque sorte le catéchisme des officiers prussiens. On pouvait supposer que ce haut personnage avait cédé à l’entraînement du paradoxe, mais le traitement abominable dont la malheureuse Belgique fut l’objet a montré que ces théories étaient vraiment pour l’Allemagne militaire des articles de foi. Le passage des Germains sur une terre de travail et de paix a été marqué par une effroyable débauche de vandalisme, et aussi par des scènes d’horreur que les générations futures auront peine à concevoir. Les saturnales d’An-denne, notamment, où l’on vit les soldats du kaiser enivrer de force les femmes et les jeunes filles, et les outrager en présence des cadavres de leurs frères et de leurs maris, demeureront une page unique dans l’histoire des infamies allemandes.
- MARÉCHAL, VON DER GOLTZ
- Prédécesseur du général von Bissing comme gouverneur allemand de la Belgique.
- Les furieux combats sur VYser
- C’EST EN VAIN QUE LES ALLEMANDS CHERCHENT A SE FRAYER UN PASSAGE POUR GAGNER DUNKERQUE ET CALAIS
- Rien ne permettait de prévoir, au début de la campagne, que les combats les plus longs et les plus acharnés auraient lieu au nord-ouest des Flandres, dans la région de Nieuport et de Dixmudc, sur les côtes de la mer du Nord, et sur les rives de cette petite rivière de l’Yser, à peu près inconnue jusqu’ici, et dont le nom s’associera désormais au souvenir d’une bataille aux sanglantes péripéties, poursuivie durant plusieurs semaines, et au cours de laquelle les Allemands firent un effort prodigieux pour le succès duquel ils sacrifièrent inutilement des milliers d’existences humaines.
- Leur défaite de la Marne et leur impuissance sur l’Aisne les contraignirent à poursuivre un nouveau plan, hasardeux d’ailleurs.
- et dont la réussite serait probablement demeurée sans lendemain. Après avoir essayé de déborder notre aile gauche en remontant toujours plus au nord, mouvement que nous suivîmes, d’accord avec nos alliés anglais, ils se proposèrent de briser nos lignes dans le voisinage de la mer, afin de gagner Dunkerque, Calais et Boulogne. C’est sans doute en exécution de ce plan qu’ils poursuivirent avec plus de violence l’attaque d’Anvers.
- On sait dans quelles conditions ils s’emparèrent de cette place, et comment l’armée belge l’évacua en bon ordre, pour venir se joindre aux forces anglo-françaises, qui occupaient un front se développant de Nieuport à la Bassée. Cette armée eut la tâche de défendre Nieuport. Dixmude et la ligne de
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- l’Yser, qui prend sa source en France et va se jeter dans la mer auprès de Nieuport. L’attaque allemande ne se fit pas attendre. Elle se dessina dans la nuit du 16 au 17 octobre, entre Nieuport et Dixmude, avec un acharnement extraordinaire. Se présentant en masses profondes, l’ennemi avait une telle supériorité numérique que les Belges plièrent, en dépit de leur courage. Mais ils ne tardèrent pas à regagner le terrain perdu, et,
- l’escadre anglaise, dont les grosses pièces, fort bien servies, dirigèrent sur l’ennemi un feu soutenu qui lui fit un mal énorme et lui rendit la place intenable. Cinq sous-marins allemands essayèrent, sans y parvenir, de détruire l’escadre, et plusieurs d’entre eux furent coulés. Pendant cinq ou six jours, la situation ne se modifia pas sensiblement sur la ligne de l’Yser, où il y eut des alternatives de recul et d’avance des
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- Ypres
- LE T1IÉATHE DE LA BATAILLE GIGANTESQUE A L’OUEST DE LA BELGIQUE
- trois jours de suite, ne permirent pas aux Allemands d'entamer la ligne de l’Yser et de s’installer soit à Dixmude, soit à Nieuport. Les pertes des assaillants furent considérables. Les trains emmenant les blessés se succédaient sans interruption. On en vit passer dix-sept dans la seule gare de Bruges.
- Ces insuccès ne découragèrent pas les assaillants, qui revinrent à l’assaut plus furieusement que jamais. Ils se portèrent sur le village de Middelkerke, situé à moitié chemin, entre Nieuport et Ostende, et Je combat s’étendit dans toute cette région, où les troupes belges et franco-«nglnises furent puissamment aidées par
- deux côtés. Les Allemands parvinrent à chasser les Belges de Dixmude, mais ces derniers reparurent tout à coup, chargèrent aux cris de : Louvain! Termonde ! et firent un affreux massacre de leurs ennemis. Ces derniers, sans se laisser rebuter par des pertes inouïes, amenaient sans cesse de nouvelles forces sur le terrain et continuaient leurs attaques. Néanmoins, dans la dernière semaine d’octobre, ils parvinrent à traverser l’Yser. Ce fut le succès d’un jour. Le lendemain, les alliés les chargèrent à la baïonnette, avec une extraordinaire furie, après une canonnade terrible, et les repoussèrent sur La rive gauche de la rivière et du canal.
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- L'A G R R S S10 N CO N T R E L A B E L G1Q U E 335
- Malheureusement pour eux, le kaiser tenait à l’occupation de Dunkerque, Calais et Boulogne, d’où il croyait pouvoir intimider l’Angleterre. Dans une attaque nocturne, l’ennemi parvint à entrer dans Ypres. d’où il fut repoussé par une magnifique contre-attaque des troupes britanniques. Il fut plus heureux à Dixmude, dans la soirée du 10 novembre, car il s’y installa malgré l’héroïsme des fusiliers marins, qui rie cédèrent que devant le nombre. Ce succès,
- plus apparent (pie réel, coûtait aux Allemands près de 80 % de leurs effectifs.
- Enfin, pour la deuxième fois, des troupes allemandes traversèrent l’Yser, mais, du 13 au 15 novembre, elles furent écrasées par les alliés, de telle sorte que les deux rives du cours d’eau étaient évacuées à cette dernière date. Jamais tant de combats meurtriers n’avaient été suivis d’un si complet échec. Les Allemands perdirent à l’ouest de la Belgique plus de cent mille hommes.
- Le gouvernement belge à Sainte-Adresse
- AFIN DE POUVOIR CONSERVER LEUR LIBERTÉ D’ACTION, LES MINISTRES DU ROI ALBERT ONT ACCEPTÉ LA CORDIALE HOSPITALITÉ DE LA FRANCE
- Lorsque les Allemands eurent forcé le réduit d’Anvers, où le roi, la reine, la cour et le gouvernement belges avaient trouvé un abri momentané contre la barbarie teutonne, les ministres décidèrent d’installer provisoirement leurs services administratifs en France, à Sainte-Adresse, qui devint ainsi la capitale provisoire de la Belgique.
- Le gouvernement français avait été très honoré d’offrir l’hospitalité à nos vaillants amis qui se sont dévoués pour le salut de la civilisation et qui ont eu à subir les horreurs
- de l’invasion barbare, que nous avons décrite, sur la presque totalité de leur territoire.
- Mais nos hôtes ne pouvaient accepter la cordiale invitation de la France qu’à la condition de conserver leur indépendance absolue et de vivre dans notre pays comme s’ils se trouvaient encore dans le leur. C’est pourquoi, en vertu du principe d’extraterritorialité qui s’attache à la personne des représentants officiels d’une nation résidant à l’étranger, le gouvernement belge jouit en France de cette prérogative particulière qui
- I.' “ HOTELLERIE ”, RÉSIDENCE DES MINISTRES BELGES A SA INTE-ADRESSE Au• dessus : M. de Brnqueville, président du Conseil des ministre*.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- GENDARMES BELGES GARDANT LE RALAIS DU GOUVERNEMENT DU ROI ALBERT
- lui permet d’agir sur notre territoire comme s’il était toujours en Belgique.
- Le drapeau belge seul flotte au-dessus des édifices de la partie de la ville de Sainte-Adresse réservée aux autorités belges et le bureau de postes du Nice-IIavrais a sa façade surmontée de l’écusson national portant la devise : « L’Union fait la Force », et ses boîtes aux lettres sont peintes aux couleurs du drapeau : noir, jaune et rouge.
- Toujours en vertu du principe dont nous venons de parler et du régime spécial qui en découle, les lettres sont affranchies avec des timbres belges et les collectionneurs feront bien de conserver ces figurines à l’effigie d’Albert 1er, oblitérées au timbre humide du Havre ou de Sain te-Adresse.
- C’est à M. Ilennion, ancien préfet de police, que le gouvernement français a confié la mission de procéder à l’installation du gouvernement belge au Nice-IIavrais.
- Cet aimable fonctionnaire, aidé par le lieutenant P. des Gâchons, a accompli cette importante tâche à la satisfaction de tous.
- Les ministres et leur famille ont été installés à 1’ «Hôtellerie », superbe construction dont le hall du rez-de-chaussée a été transformé en grand salon de réception, par l’adjonction d'un mobilier spécial, en velours bouton d’or.
- C’est à l’hôtel des Hégates que les représentants des puissances accréditées auprès du gouvernement belge ont établi leurs légations, puisque les ministres plénipotentiaires qui formaient le corps diplomatique à
- Bruxelles avaient eu pour devoir de suivre le ministère belge dans son exode.
- M. le comte de Broqueville, président du Conseil, ministre de la Guerre, a trouvé à sa disposition la villa Roxane, mitoyenne de son ministère, installé à la villa Louis XVI. Les Affaires étrangères occupent la villa Bellefontaine. Les autres ministères ont trouvé place dans un vaste immeuble, place Frédéric-Sauvage, véritable palais, qui fait face à la mer.
- De s gendarmes belges montent la garde devant les principaux édifices de cette petite ville indépendante qui, par sa situation sur une falaise formant promontoire, est isolée du reste du département (le la Seine-Inférieure. Il n’eût pas été possible de trouver une parcelle de notre territoire mieux appropriée à la destination exceptionnelle qui lui était réservée.
- Depuis que le gouvernement du roi Albert s’est vu dans la nécessité de s’installer à Sainte-Adresse, plusieurs ministres français ont rendu visite à leurs collègues belges et ils ont reçu l’accucil le plus amical, le plus fraternel. Ils ont échangé les vues nécessaires.
- D’autre part, les fonctionnaires de tous ordres du gouvernement exilé entretiennent avec les autorités havraises et celles de Sainte-Adresse des relations empreintes de la plus grande cordialité, et le maire de cette dernière commune, M. de Quéroënt, ne cesse de se multiplier pour assurer à ses hôtes le libre exercice de la souveraineté belge dans le petit coin de Frnnee qu’ils ont choisi.
- M. IIENNION
- Ancien préfet de police. Délégué du gouvernement français auprès du gouvernement belge, à Sainte-Adresse.
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- Sur le sol ensanglanté de la Belgique
- LES AUXILIAIRES A QUATRE PATTES DE L’ARMÉE BELGE
- Attelés à de petites charrettes, les chiens traînent allègrement les bagages personnels des soldats
- et les munitions de guerre.
- PENDANT UNE ACCALMIE, TES MITRAILLEURS BELGES PRENNENT UN PEU DE REPOS
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- FANTASSINS BELGES CREUSANT UNE TRANCHEE EN AVANT IIU VILLAGE UE DIKST
- PORTE TELEPHONIQUE DE CAMPAGNE COMMUNIQUANT AVEC LE FRONT
- LES PREMIÈRES ÉPAVES DES HOSTILITÉS DANS LA BELGIQUE ORIENTALE
- La roule de Trisc à la frontière est semée de cadavres de chevaux de uhlans.
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- SUR LE SOL EN S AN CLAN TÉ DE LA BELGIQUE
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- FANTASSINS AI.I.EMANDS DANS TNF RUE DETRUITE DK VISK
- Visé, à quelques kilomètres de la frontière allemande, est la première localité belge que les hordes du kaiser, sous la conduite du général von Emmieh, mirent à feu et à sang.
- UN GUERRE, UNE CAGE A l’IGKONS EST UN FUFITRE FItATIQUK
- La Belgique est. le pays des pigeons voyageurs ; aussi, nos héroïques alliés ont-ils amplement utilisé ees messagers ailés pour leurs communications militaires.
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- CO
- VOICI DANS QUEL ÉTAT LES ALLEMANDS ONT MIS L’UN DES QUARTIERS CENTRAUX DE LOUVAIN
- Cette malheureuse ville a subi un bombardement véritablement infernal, sous prétexte que quelques-uns de ses habitants avaient, de leurs fenêtres,
- tiré sur Venvahisseur, ce qui a été formellement démenti par les autorités belges.
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- SUR LE SOL EN SAN GLANTÊ DE LA BELGIQUE
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- L’ilOTEL DE VILLE ET LA CATHÉDRALE DE LOUVAIN AVANT LE BOMBARDEMENT
- CE QUI RESTE AUTOUR DE L’HOTEL DE VILLE, HEUREUSEMENT SAUVEGARDÉ
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- UNE COUPOUE CUIRASSÉE DU FORT DE FLÉRON APRES UE BOMBARDEMENT
- On peut juger, d'après cette photographie, des terribles effets des projectiles lances par l'obusier allemand de 420 millimètres, et Von s'explique que les forts de Liège n'aient pu résister à leur puissance destructive. Les Allemands ont donné le nom de “ licrtha " à cette formidable machine de guerre, en l'honneur de Mllc Bertha Krupp, dont le mari dirige les usines d'Essen.
- UE CIIAOS DE UA RUE DE I/UN1VERS1TÉ, A UlEGE
- Un cyclone de fer et de feu a passé sur certains quartiers de celte ville, démolissant par pâtés entiers les maisons les plus solidement construites.
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- SUR LE SOL ENSANGLANTÉ DE LA BELGIQUE
- « Ul
- UNE PHYSIONOMIE 1)E MAL1NES PENDANT INOCCUPATION ALLEMANDE
- Bar suite de la pénurie des vivres, les ménagères sont obligées défaire la queue devant le commissariat de police pour obtenir des bons de viande et de pain.
- l’iiotel de ville de malines le musée des antiquités de la ville
- Un obus a démoli le fronton de la porte. Cet intéressant édifice a été en partie détruit.
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- A TEEMONDE : UNE STATUE RESTÉE DEBOUT AU MILIEU DES RUINES
- Comme Louvain, et pour les mêmes raisons, la pittoresque et coquette ville de Termonde a été presque totalement anéantie par les
- projectiles de l'artillerie allemande et surtout par l'incendie, allumé volontairement.
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- SUR LE SOL EN SAN GLANTÉ DE LA BELGIQUE
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- MAISONS INCENDIÉES DANS 1,’UNE DES PRINCIPALES RUES DE TERMONDE
- LES CLOCHES DE L’ÉGLISE DE TERMONDE GISANT SUR LE TROTTOIR
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- NAMUR ET UNE PORTION DE SA COURONNE DE FORTS
- TOUTE CETTE PARTIE DE LA VILLE ET LE PONT SUR LA MEUSE ONT ÉTÉ DÉTRUITS.
- Namur, forteresse redoutable, mais moins puissante que Liège, cependant, n’a pu, malgré l'héroïsme de ses défenseurs, résister au feu de l'artillerie allemande. Elle a été enlevée de haute lutte, après un bombardement particulièrement meurtrier qui a causé des ruines énormes
- et la perte de nombreuses vies humaines.
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- SUR LE SOL ENSANGLANTÉ DE LA BELGIQUE
- LES MÊMES, APRÈS LA LUTTE SANGLANTE DONT LA VILLE EUT LE THÉÂTRE
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- LA SCIENCE EL LA V1Ë
- UNE AUTO BLINDEE ANGLAISE TRAVERSANT IA CITE ANVERSOISE
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- PRIS DE PANIQUE, LES ANVERSOIS QUITTENT LEURS FOYERS
- Ces pauvres gens emportent précipitamment ce qu'ils ont de plus précieux.
- LE PONTON D’EMBARQUEMENT DES VAPEURS POUR OSTENDE
- Dès qu'ils arrivent à quai, les bateaux se remplissent de fugitifs, tellement sont nombreux ceux qui veulent se soustraire aux horreurs du bombardement.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- MANŒUVIÎK IIA RD II'’. DUS ASSIÉGÉS
- Pour obstruer la voie ferrée, les Belges lancèrent une locomotive et son tender contre un train de munitions allemand, qui fut ci peu près mis en pièces.
- RETOUR DE I.A TRANCHÉE
- Soldats anglais et soldats belges. frères d'armes, ont fourni une tâche glorieuse.
- LES FUSILIERS MARINS ANGLAIS ETAIENT A ANVERS
- On les voit ici se rendant auæ avant-postes, avec un flegme vraiment admirable.
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- ANVERS : I.ES EFFETS DESTRUCTIFS D’UN OBUS DE 420
- Le pan coupé de cette maison a été enlevé d'une seule pièce par un projectile de gros calibre qui est allé ensuite démolir l'immeuble d'en face, après avoir tué une dizaine de
- personnes inoffensives.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- GROUPES DE MAISONS BOMBARDÉES ET INCENDIÉES, A ANVERS Les Allemands ont engagé les infortunés Anvcrsois à rentrer dans leur ville ; on comprend
- qu'ils se. soient empressés de n'en rien faire.
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- PETITE ÉTUDE
- SUR LA
- VALEUR PERSONNELLE DES SOLDATS ENGAGÉS DANS LA LUTTE
- Par ARDOUIN-DUMAZET
- Le troupier français est gai, brave et débrouillard
- Même èn remontant aux guerres de Napoléon, il est impossible de rencontrer dans l’histoire une mêlée comparable, par les masses engagées et les races aux prises, à celle dont nous avons aujourd’hui le spectacle. Les armées en lutte représentent non seulement la plus grande partie des peuples européens et leurs principales familles :
- Latins, Anglo-Saxons,
- Flamands et Slaves d’un côté, Germains de l’autre, mais encore les populations les plus éloignées de la civilisation européenne:
- Indiens de toutes races, Arabes, Berbères, noirs du Soudan. Jamais armée ne fut aussi complexe que celle des alliés luttant contre la barbarie allemande.
- Non seulement chaque armée a ses qualités propres mais, dans son sein même, le tempérament diffère selon les origines du régiment. Il serait malaisé, par exemple, de définir aussi nettement le troupier français de nos jours que celui des armées d’autrefois, de Napoléon à l’aurore de la troisième Républiqué. Jadis le recrutement fondait dans un seul moule les conscrits issus du tirage au sort et épar-
- pillés sur tout le territoire. Avec le recrutement régional qui peuple nos régiments, l’infanterie plus particulièrement, de recrues provenant sinon toujours de la même province, du moins de régions ayant les mêmes caractères ethniques, avec l’afflux des réserves qui, en temps de guerre, peuple les corps d’hommes du même arrondissement ou d’arrondissements contigus, le troupier français n’a plus de caractère si nettement national : il représente sa province.
- Il s’agit évidemment ici du fantassin de ligne. Les armes et les subdivisions d’armes recrutées sur l’ensemble du territoire : chasseurs à pied, zouaves, sapeurs du génie, cavaliers et, moins complètement, artilleurs rappellent un peu la diversité d’origine de l’ancienne armée. On la retrouve également dans les corps de l’Est et des Alpes, où la nécessité d’avoir des effectifs au complet et des régiments nombreux a rendu nécessaire l’appel au recrutement de subdivisions éloignées. Si l’on voulait avoir le type idéal du troupier français, c’est dans ces pays frontières qu’il fallait le chercher.
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- Après une marche exténuante, ce joyeux fantassin répare lui-même, par des moyens de fortune, ses souliers usés sur les cailloux des routes.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Là était le creuset d’où sortait encore le soldat d’autrefois, malgré la faible durée du service militaire actuel comparée aux sept années de présence au corps de jadis.
- Peut-être vivait-il trop par le passé. La guerre lui apparaissait comme la lutte loyale, à armes égales, au grand soleil, poitrine contre poitrine, quand l’heure souhaitée de l’assaut sonnait enfin. On obtenait malaisément de lui les précautions pour la marche en avant, la surveillance, la préparation des abris. Le métier de terrassier lui répugnait : pourquoi remuer de la terre, se tapir au fond d’une tranchée lorsqu’on pouvait aborder l’ennemi à la baïonnette, à la française !
- L’ol'ficier lui-même, malgré une éducation bien supérieure à celle de l’officier allemand, partageait les nobles préjugés de ses hommes.
- La guerre à la façon allemande nous a montré que les qualités brillantes de notre soldat n’étaient pas de mise devant les déloyautés du Germain, devant son astuce, le soin qu’il prenait de se terrer en attendant le moment de la ruée, chez lui forme de l’entrain. Nous avons payé cher, pendant les premières semaines, cette méconnaissance du caractère teuton. Mais l’expérience a rapidement porté ses fruits, les autres qualités du soldat français ont reparu : le débrouillage, l’art de se plier aux circonstances. Aux travaux de terrassement de l’ennemi, il en a opposé d’autres. Nul troupier ne se montre plus prudent que le nôtre jusqu’à l’heure où il lui est permis de montrer qu’il n’a rien perdu de la vigueur, de la vaillance et de l’entrain.de ses aînés.
- Le soldat anglais est calme et méthodique
- L’armée anglaise, si différente des autres armées européennes par sa composition exclusive d’engagés volontaires, ne l’est pas moins par la vie du soldat auquel on assure une nourriture, un logement, un équipement que ne possède aucun autre troupier. Ce soldat jouit d’un confort que bien des petits bourgeois français envieraient: il est assuré d’un traitement auprès duquel le sou de poche de notre fantassin fait bien minable figure.
- Cependant ce sybarite auquel on assure, même en campagne, une nourriture abondante autant que choisie, que suivent des convois assurant tous les besoins d’une existence choyée, est un so] dat dans toute l’acception du terme. La pratique constante des sports nationaux l’entretient en vigueur et santé. Le
- flegme de sa race lui permet de supporter les fatigues, de subir les attaques les plus violentes avec un froid mépris de la mort.
- D’autre façon que le soldat français, il a, lui aussi, au début, dédaigné d’imiter les Allemands dans les ressources empruntées aux mœurs de la taupe. Mais maintenant il s’est plié à la guerre telle que la veut l’ennemi, il est devenu terrassier, et dans cet art nouveau pour lui se montre, dit-on, un maître. Son sang-froid en fait, par le tir, un adversaire dangereux ; dans le corps à corps il est le digne émule de nos zouaves, de nos marsouins, de nos turcos, de nos chasseurs et de ces régiments de ligne qui renouvellent chaque jour les prouesses des aïeux. Oui, il est calme, méthodique et son courage n’a d’égale que sa volonté.
- FANTASSIN ANGLAIS EN EMBUSCADE
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- LES SOLDATS ENGAGÉS DANS LA LUTTE
- Au feu, le soldat russe se montre toujours d une superbe témérité
- Le soldat russe ne rappelle guère le nôtre par la tournure d’esprit, l’instruction, l’initiative. Mais il a le sentiment profond de la grandeur de la patrie. Commandé par des chefs dont la plupart vont près de lui par les mœurs et les sentiments, il leur voue un dévouement sans bornes, presque
- filial. Habitué aux privations et aux fatigues, accoutumé aux rigueurs d’un climat extrême, il est, par sa résistance, un fantassin merveilleux et un cavalier intrépide, d’une superbe témérité.
- Sous l’impulsion d’éducateurs et d’entraîneurs comme Sko-beleff et Dra-gomiroff, il est imbu de l’esprit d’offensive et convaincu que son nombre, autant que FANTASSIN RUSSE son mépris du
- danger doit
- lui assurer la victoire. Aussi, malgré le dédain que lui témoigne.le voisin allemand, il se veut supérieur à celui-ci. Son éducation militaire est d’ailleurs excellente, car il jouit d’avantages que nous pouvons lui envier pour sa préparation à la guerre. Autour des garnisons les espaces sont infinis. Partout les régiments peuvent manœuvrer à l’aise, même avec balles ou obus. Et cette éducation du terrain compense'1 largement le peu de développement de l’instruction primaire. L’officier russe, d’ailleurs, sait se faire comprendre du soldat, il l’intéresse en lui expliquant la raison et le but d’une manœuvre. Dur dans les exigences de la discipline, il est, au fond, l’ami et le père de ses subordonnés.
- Le troupier belge possède toutes les qualités du vrai soldat français
- L’admirabi.e tenue du soldat belge au feu, la science et l’instruction de ses chefs, l’habileté et la précision des manœuvres, la conduite si remarquable des mouvements de retraite qui ont ramené les régiments1 de Licge, de Namur [et d’Anvers hors de l’étreinte d’un ennemi si supérieur en nombre, l’allant des cavaliers, 1 a hardiesse des cyclistes ne peuvent étonner que ceux-là seuls qui n’ont pu voir les troupes belges en garnison et aux manœuvres.
- Leur nombre était faible, car le pays donnait une bien modique partie de sa jeunesse, mais il était compensé par l’instruction très étendue des officiers, leur ardeur dans l’accom-plissement d ’ une tâche particulièrement ingrate puisque le pays, profondément pacifique, était si loin de s’attendre à la guerre. Quand on accompagnait ces troupes aux manœuvres, comme il m’a été donné de le faire, on reconnaissait un excellent outil. Le soldat surprenait] par son allure décidée et son entrain, on se disait qu’il faudrait compter avec lui. Par son attitude au feu, son dévouement à la patrie, il a dépassé les espérances. Le soldat belge a été digne de son roi et a mérité l’estime du monde, dès le début de la campagne.
- Il a toutes les qualités du troupier français : la gaîté, la subtilité, la vaillance. En un mot, c’est un combattant redoutable qu’on ne peut vaincre qu’en le tuant !
- FANTASSIN BEI.GE
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Le soldat allemand est lourd et sans initiative
- Ici, je suis embarrassé et serai bref. En dépit de toutes les réminiscences, bien que j’aie vu souvent sur le terrain des manœuvres ou les Champs de Mars les diverses parties de l’énorme machine destinée à nous broyer, toutes les qualités militaires du peuple allemand disparaissent à mes yeux devant la férocité, l’esprit de trahison, d’espionnage, de violence froide, de pillage et de vol que masquait un semblant de civilisation. Est-ce bien un soldat que nous avons devant nous? C’est plutôt la brute déchaînée ne gardant rien du noble métier militaire que la discipline à tout prix, le désir d’aller à l’assaut, dans l’espoir de broyer l’ennemi plus que le vaincre. Le Hun et le Vandale reparaissent chez cet homme après plus de dix siècles.
- Je le répète : le soldat teuton est l’esclave d’une disci-
- FANTASSIN ALLEMAND
- pline de fer qui l’enserre de toutes parts, comprimant ses moindres gestes et réglant le travail de son cerveau. On ne saurait lui méconnaître une certaine bravoure ; mais cette bravoure n’est point, comme chez le soldat français, un élan spontané, l’envolée d’une âme ardente qui recherche la gloire; — il est brave par ordre et, s’il se fait tuer, c’est que son chef lui a commandé de faire le sacrifice de sa vie. Il marche à la mort comme il va à l’exercice, automatiquement, non par devoir mais par discipline.
- Privé de son chef, le soldat allemand est comme désemparé ; c’est un navire sans boussole. Il ne prendra jamais sur lui d’accomplir un acte qui ne lui aura point été commandé ; il ignore les initiatives personnelles; en un mot, il ne sait qu’obéir. Cela n’est pas toujours . suffisant pour vaincre !
- Le troupier autrichien ne tient pas au feu
- Existf.-t-ii. vraiment un soldat autri- commettre un crime en combattant les Serbes
- chien? Dans l’immense masse d’hom- et les Russes, ou qui répugneraient à marines que ce peuple de 50 cher contre des Français. C’est
- millions d’âmes peut mettre sur pied, il y a tant de races hostiles les unes aux autres, tant de groupes ethniques opprimés soit par les Allemands d’Autriche — une minorité — soit par les Magyars de Hongrie, — autre minorité — que l’on ne saurait rencontrer un sentiment commun à tous ces peuples. Slaves, catholiques, orthodoxes ou musulmans ; Italiens de l’Adriatique, Roumains de Transylvanie et de Buko-vine, Tchèques de Hongrie, Moraves, Polonais et Ruthènes n’ont qu’un désir :. reconstituer leur nationalité propre ou se fondre avec les souches dont ils sont séparés. L’ardeur, le sentiment patriotique font donc défaut à ces légions ; nombreux sont les régiments qui croient
- SOUS-OFFICIER AUTRICHIEN
- ce qui explique les échecs en apparence surprenants infligés à la grande Autriche par la petite Serbie. C’est ce qui ex- • plique aussi la rapidité presque vertigineuse et la grandeur du triomphe russe en Galicie.
- Il n’y a donc pas de soldat autrichien, ou du moins l’Allemand d’Autriche est pour peu de chose dans l’ensemble de l’armée. Celui-ci ressemblerait à son voisin d’Allemagne s’il avait été soumis à une discipline aussi rude. Le Hongrois lui-meme, en qui l’on voyait une race guerrière, ne paraît pas avoir le tempérament de soldat ; on ne signale pas que les régiments de cette origine aient beaucoup plus tenu que ceux des autres races devant l’élan admirable des troupes de Nicolas II.
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- LES SOLDATS ENGAGÉS DANS LA LUTTE
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- Le Monténégrin est tout à la fois fougueux et très subtil au combat
- Ces deux petits peuples, qui, en réalité, en constituent un seul, se sont révélés comme un élément guerrier de premier ordre. Si le soldat n’est qu’un paysan peu instruit, il est inspiré par un amour profond de sa patrie; la foi dans les destinées d’une Serbie plus grande, la haine des oppresseurs, Turcs ou Autrichiens, qui, tant de siècles,, le courbèrent sous un rude esclavage. Sa résistance, sa sobriété, la dureté de sa vie en font un outil militaire remarquable. Ses dirigeants ont su, d’ailleurs, préparer des cadres d’officiers et de sous-officiers d’une indéniable valeur; les états-ma-j ors,pour la plus grande part, ont été élevés dans les écoles françaises, passant par Saint-Cyr, Saumur et même l’Ecole supérieure de guerre. Ils ont su adapter l’enseignement qu’ils avaient reçu aux éléments qu’ils avaient à mettre en
- Le petit fantassin serbe possède de l’endurance et une extrême ténacité
- œuvre, et ont obtenu du soldat serbe l’accomplissement d’efforts souvent surhumains. Le général français Herr, qui visitait, l’an dernier, les territoires turcs conquis par la Serbie, s’étonnait de la formidable énergie dépensée vers Uskub pour traverser des marécages rappelant, dit-il, les chemins de la Woëvre en hiver. Le compliment se retourne à ceux de nos soldats qui luttent en ce moment sur les bords du Rupt de Mad.
- Quant aux Monténégrins, Serbes de la montagne, c’est le type idéal du soldat de naissance; on ne saurait,- certes, lui demander les manœuvres régulières et précises des grandes armées, mais derrière ses rochers ou à l’assaut, il est incomparable. Sa fougue est merveilleuse et il se montre d’une rare subtilité pour découvrir et atteindre son ennemi le mieux dissimulé.
- Ardouin-Dumazet.
- RÉSERVISTES SERBES REJOIGNANT LEURS DÉPÔTS
- Montés qui sur des chevaux, qui sur des ânes, ils sont “ gais et contents ”.
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- LA sa ex ce et la t je
- :ir>s
- LE GENERAL ET LA GENERALE JOFFRE
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- LES SOLDATS ENGAGES DANS LA LUTTE
- :tr>î»
- Les principaux auxiliaires du Généralissime
- (Cl. Harlincue.) (Cl.Harlingue.)
- LE GÉNÉRAL DUBAIL
- LE GÉNÉRAL FOCII
- (Cl. Manuel.)
- (Cl. Waléry.)
- LE GÉNÉRAL SARRAIL LE GÉNÉRAL MAUNOURY
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- ;î(îo
- (Cl. LE GÉNÉRAL PAU
- LE GÉNÉRAL DUBAIL
- est lié le 15 avril 1851, à Belfort (Ilaut-Bhin),
- Grand-oflicicr de la Légion d'honneur, il était, an moment de l'ouverture des hostilités, membre du conseil supérieur de la guerre.
- LE GÉNÉRAL FOCH
- est originaire de Tarbes oii il est né le 2 octobre 1851. La guerre le trouva coin mandant du 20° corps d’armée si Nancy. Sa brillante conduite lui valut de recevoir la croix de grand-officier de la Légion d’honneur sur le champ de bataille.
- LE GÉNÉRAL SARRAIL
- est né à Carcassonne le (> avril 1856. Lut ré à Sainl-Cyr le 20 octobre 1875, il cil sortit sous-lieutenant le 1er octobre 1877. Il était à la tête du 8° corps d'armée à Bourges, au début des hostilités.
- LE GÉNÉRAL MAUNOURY
- naquit le 17 décembre 18-17, à .Maintenon. B était gouverneur de Paris quand l’atteignit la limite d'âge, et lut parmi les premiers rappelés à l'activité, au lendemain de la mobilisation générale. Il s’est particulièrement distingué à la bataille de la Marne.
- LE GÉNÉRAL D’AMADE (Cl. Manuel.)
- LE GÉNÉRAL PAU
- est né à Montélimar le 29 décembre 1848.Fantassin, il sortit de Saint-Cyr sous-lieutenant, le 1er octobre 1809, commença la campagne de 1870 comme lieutenant, fut promu capitaine un mois plustard, ayant payé de son avant-bras gauche, à Frœschwiller, son troisième galon. Il prit sa retraite l’an dernier, et fut rappelé à l’activité le jour même de la mobilisation générale.
- LE GÉNÉRAL D'AMADE
- a vu le jour à Toulouse le 24 décembre 185(5. Il appartient à l’infanterie et commanda en chef au Maroc. Il est commandeur de la Légion d’honneur et commandait, au début de la guerre, le Ge corps d’armée, à durions.
- LE GÉNÉRAL DE CASTELNAU
- est né le 24 décembre 1851, à Saint-Affrique. Commandeur de la Légion d’honneur, membre du conseil supérieur de la guerre, il jouit, dans tous les milieux militaires, d’une grande réputation de stratège et de tacticien. C’est l’un des meilleurs lieutenants du généralissime Jol'fre, sinon le meilleur.
- LE GÉNÉRAL DE CASTELNAU (Cl. lJUirliiigue).
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- I.ES SOLDATS ENGAGÉS DANS LA LUTTE
- 3(>1
- Les principaux auxiliaires du Généralissime
- CCI. Manuel.)
- -- SUITE --
- (Cl. Pirou, rue Royale.)
- LE GÉNÉRAL DUBOIS
- LE GÉNÉRAL FRANCIIET D’ESPEREY
- (Cl. Pirou, rue Royale.)
- (Cl. Pirou. rue Royale.)
- LE GÉNÉRAL DE MAUD’HUY
- LE GÉNÉRAL DE LANGLE DE CARY
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- LA SCIENCE ET
- LA VIE
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- LE GÉNÉRAL DUBOIS
- est né le 21 novembre 1852, à Sedan. Grand-ofïi-cier de la Légion d’honneur, il était chef du 9e corps d’armée à Tours quand la guerre éclata. C’est un cavalier émérite et un entraîneur d’hommes qui n’a pas son pareil dans l’armée française.
- LE GÉNÉRAL FRANCHET D'ESPEREY
- est né en Algérie, à Mostaganem, le 25 mai 1850. Il commandait à Lille le 1er corps d'armée, au début des opérations, et fut aussi l’un des vainqueurs de la bataille de la Marne. Ii est commandeur de la Légion d’honneur. Précédemment il avait commandé en chef au Maroc.
- LE GÉNÉRAL DE LANGLE DE CARY
- a vu le jour à Lorient le 4 juillet 1849. Il se distingua si bien dans les combats sous Paris, qu’il reçut, en janvier 1871, la croix de la Légion d’honneur. Grand-croix dans l’ordre national, membre du conseil supérieur de la guerre, il a donné de magnifiques preuves de sa valeur.
- LE GÉNÉRAL DE MAUD’HUY
- est né à Metz le 17 février 1857. Il commandait, au début de la guerre, la 80e brigade d’infanterie, à Saint-Mihiel. Sa brillante conduite le fit promouvoir, sur le champ de bataille, au grade de commandeur de la Légion d’honneur.
- M. POINCARE SUR LE
- Le 7 octobre dernier, le Président de la République, qu’accompagnait le général Duparge, se rendait au quartier, général de l’armée française, dont le général Jof-fre, en compagnie des généraux Pau, de Maud’huy, Foch et Curières de Castelnau, lui faisait les honneurs. Dans la même journée, le Président allait saluer le leld-maréchal Frcnch, à qui il présentait ses plus chaleureuses félicitations pour l’admirable conduite au feu des troupes britanniques. Puis ayant visité, le lendemain,
- 1 ’ ambulance a nglo-américaine de Neuil-ly, le chef de l’Etat regagna Bordeaux non sans avoir été visiter les tombes des soldats parisiens morts au feu, et fait remettre au général Niox, gouverneur des Invalides, six drapeaux allemands.
- Le 1er novembre,
- M. Poincaré repartit de Bordeaux pour renouveler sa visite à nos armées. A Dunkerque, le lendemain, il présidait un dîner auquel assistaient M. de Broqueville, président du Conseil et ministre de la Guerre de Belgique; lord Ivitchener, rni-
- FRONT DES TROUPES
- nistre de la Guerre d’Angleterre; M. Mille-rand, ministre de la Guerre de France, et le général Joffre. Après ce dîner, lord Ivitchener
- regagnait immédiatement Londres, et M. de Broqueville retournait au Havre.
- Le surlendemain, M. Poincaré alla rendre visite au roi Al-‘îbert, à qui il apportait le salut de la nation française avec 1 ’ expression de sa profonde admiration. A Fûmes, les deux chefs d’Etat passèrent en revue les troupes belges et françaises et M. Poincaré fut reconduit en automobile, à la frontière, par le roi Albert. L’entrevue fut « longue et affectueuse » selon les termes mêmes d’un communiqué publié par les journaux.
- Enfin, après avoir salué les mineurs de Bruay, remis plusieurs décorations militaires à leurs titulaires, assisté, en compagnie de M. Mil-lerand, à une partie du combat d’Ande-chy, le Président de la République rentrait le 5 novembre à Paris, faisait déposer un nouveau drapeau allemand aux Invalides et, le jour même, repartait pour Bordeaux.
- M. Poincaré- se faisant expliquer une manœuvre par le général de Castelnau.
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- LA LUTTE SUR LE SOL FRANÇAIS
- LE 6 SEPTEMBRE, ON SE BATTAIT PRESQUE SOUS LES MURS DE PARIS ; DEUX MOIS APRÈS, JOUR POUR JOUR, LE CENTRE DE LA BATAILLE S’ÉTAIT ÉLOIGNÉ
- DE PRÈS DE 300 KILOMÈTRES
- On peut dire qu’entre ces deux dates, du 6 septembre et du 6 novembre, se placent huit semaines de victoires non interrompues, de succès incessants, mais d’un caractère sans doute inconnu jusqu’à présent dans les guerres européennes. Point de ces triomphes éclatants, comme il y en eut tant dans le passé, aucune de ces ba-
- opérations poursuivies avec une admirable ténacité parles Franco-Anglais, aidés en dernier lieu par ces admirables soldats belges, dont on ne dira jamais assez la vaillance.
- Les deux cartes que nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs — l’une ci-dessous, l’autre à la page suivante — ont une muette éloquence et frappent fortement l’esprit. Elles
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- LA POSITION DES FORCES ALLIÉES ET DES LIGNES ALLEMANDES, LE 6 SEPTEMBRE
- tailles ardentes, engagées à l’aube, parvenues à leur plus haut degré de violence au milieu du jour, gagnées avant la tombée de la nuit, et destinées à laisser dans l’histoire un nom sonnant ainsi qu’une fanfare. A l’exception de la bataille de la Marne, au sujet de laquelle le généralissime français prononça le mot de victoire, tout s’est accompli dans le silence, dans une espèce d’obscurité, et c’est seulement par le résultat qu’on peut juger de la valeur et de la portée des
- valent mieux que tous les discours ; elles l’emportent sur toutes les appréciations. Elles sont claires et brutales. Elles nous apprennent que les alliés, se trouvant aux prises, lors de Charleroi, avec des forces considérablement supérieures, ne voulurent pas risquer une lourde défaite et exécutèrent, jusque dans la région de Paris, une retraite merveilleuse, arrêtée au lieu précis où le commandant en chef des armées se proposait de combattre et de vaincre l’ennemi. Nous ne
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- mentionnerons ici (jue pour mémoire ces belles journées de la Marne et de l’Ourcq, qui s’achevèrent par le recul précipité des troupes allemandes, ramenées violemment en arrière par l’élan des Anglais et des Français On en trouvera plus loin un récit détaillé. Depuis lors, la guerre a changé d’aspect; elle s’est continuée dans les tranchées; puis un lent mouvement s’est produit vers le Nord, l’ennemi espérant toujours déborder les alliés, et échouant dans cette tentative,
- l’avantage des peuples unis pour la défense du droit universel odieusement violé, de telle sorte que la victoire de la Marne s’est accrue sur les bords de l’Oise et sur ceux de l’Aisne, dans le Nord et dans les Flandres. Un lien étroit existe entre les diverses phases de cette bataille de deux mois, où la prudence, la pondération, la stratégie réfléchie, la tactique froidement méditée, ont eu raison des manifestations aveugles de la force mise au service de la plus détestable des causes.
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- Deux mois après. — le f-ront des forces alliées le 6 novembre
- comme dans toutes les furibondes attaques auxquelles il s’est livré à plus de cinquante reprises dans le but d’enfoncer nos lignes.
- Au bout de deux mois, le résultat est que la lutte, commencée à 30 km de Paris s’est imperceptiblement transportée à 150 lieues de la capitale. Nous n’avons jamais reculé, jamais cédé, et chaque assaut furieux des Allemands, marqué pour eux par des pertes énormes en hommes et matériel de campagne, sans compter les prisonniers, a été suivi d’une avance nouvelle pour nous. En un mot, toutes les journées de ces deux mois de guerre acharnée se sont terminées à
- Tout cela, — il faut le répéter parce que c’est la vérité, — ne constitue qu’une seule et vaste victoire silencieuse, invisible dans ses détails, éclatante dans ses résultats, et dont le public, dans ses angoisses patriotiques. a su apprécier la grandeur. Le 6 septembre, poussant à fond son attaque brusquée, l’Allemagne était aux portes de Paris; le 6 novembre, repoussée jusqu’à la mer du Nord, elle s’épuisait en efforts désespérés, ressemblant aux soubresauts d’une terrible et sanglante agonie. Est-il nécessaire de commenter de telles constatations ? Ce n’est pas à nous de le faire, mais à nos ennemis.
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- Les commandants0de l’armée anglaise
- Le maréchal French, aujourd’hui âgé de soixante-deux ans, est l’un des plus brillants officiers généraux de l’armée britannique. Sa famille le destinait à l’église, mais, à l’âge de quatorze ans, il annonça sa résolution d’entrer dans la marine, et fut embarqué sur le Britannia.
- Bientôt, cependant, en 1874, il quittait la marine pour l’armée de terre, et ne tardait pas à prouver sa valeur dans une série de combats. Il commanda le 19e hussards, de 1889 à 1893, gagnant rapidement les hauts grades, et remplit, à partir de 1907, les fonctions d’inspecteur général de
- SIR JOHN FRENCII Généralissime des armees anglaises opérant en France et en Belgique.
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- l’armée. En 1913, il fut promu feld-maré-chal à la satisfaction de tous.
- On n’a pas oublié le rôle décisif qu’il joua durant la guerre du Transvaal. Seul, parmi les généraux anglais, il n’y connut que des succès. On se souvient que la ville de Kim-berley, assiégée par les Boers, fut délivrée par lui, et c’est un curieux épisode qui montre toute la résolution, l’activité, l’énergie de ce magnifique soldat. Enfermé dans Ladysmith avec des troupes anglaises, le général Frencli savait que Kimberley était également bloquée. Or il fallait sauver Kimberley à tout prix; mais comment s’évader de Ladysmith, autour de laquelle les Boers faisaient bonne garde? Le général French eut bientôt trouvé l’expédient libérateur. Les Boers laissaient sortir de la ville
- des trains qui conduisaient hors de la zone "'dangereuse les femmes et les enfants. French parvint à se glisser dans l’un de ces trains, et se cacha sous le siège d’un wagon de 2e classe. Hors des lignes ennemies, il parvint au Cap, prit le commandement d’un corps de 8.000 cavaliers, s’élança à bride abattue dans la direction de Kimberley, battit, en différentes rencontres, tous les détachements qui s’opposaient à sa marche et atteignit enfin la ville, étroitement assiégée. Il était temps. Deux jours encore et Kimberley eût été forcée de se rendre.
- Aujourd’hui, le maréchal French commande en chef les forces anglaises qui luttent contre les Allemands sur les territoires français et belge, et l’on sait l’aide précieuse qu’il prête au généralissime Joffre.
- La guerre au jour le jour sur notre territoire en Haute-Alsace et dans la Lorraine annexée
- JUILLET 1914 quiète et
- Le 22. — La nouvelle de renvoi d'un violent ultimatum de VAutriche à la Serbie Le 27. — cause en France, et particulièrement voyage
- à Paris,
- s'indigne
- de la violente et
- brutale intransigeance autrichienne.
- une
- profonde émotion. On suppose, cependant, qu'un accord se produira entre les deux pays.
- Le 24. —' Démarche de M. de Sel uni auprès de M. Viviani.
- L'ambassadeur d'Aile m a g n e donne à entendre que son gouvernement déclarerait la guerre à la France, si celle-ci n'abandonnait pas la Russie, en conflit avec l'Autriche à l'occasion de' la question serbe.
- Le 26. — On apprend qu'en dépit des satisfactions données à l'Autriche par la Serbie, le gouvernement de Vienne persiste dans son attitude et rompt toute relation avec Belgrade. L'opinion s'in-
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- Le premier avis de la mobilisation générale, placardé le samedi leT août, sur les bureaux de poste parisiens.
- M. Poincaré, interrompant son dans les pays scandit uwes, revient en France. Dans la journée, poursuivant un plan combiné avec l'Allemagne, l'Autriche déclare la guerre à la Serbie.
- Le 29. — La guerre apparaît comme de plus en plus probable. — Paris fait une réception enthousiaste au Président de la République.
- Le 30.— La, France accepte la proposition de médiation formulée par l'Angleterre, et que la Russie et l'Autriche acceptent également. L'Allemagne, qui veut la guerre, repousse cette proposition.
- Le 3l. — J,e gouvernement, devant les mesures prises par VAllemagne, qui se déclare en « état de menace de guerre #,
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- Mu
- procède, par prudence, à des appels individuels. — Nouvelle démarche comminatoire de M. de Schœn auprès de M. Viviani. U ambassadeur insiste pour savoir quelle attitude prendra la France, dans le cas probable de déclaration de guerre de VAllemagne à la Russie.
- AOUT
- Le 1er. — On affiche Vordre de mobilisation générale pour le dimanche 2 août. — La frontière française est violée sur plusieurs points par les Allemands, en Alsace - Lorraine.
- — Assassinat de M. Jaurès.
- Le 2. — M. Poincaré adresse un appel énergique à la nation. —
- Les Allemands violent [la neutralité du Luxembourg. — A Joncherey, une sentinelle française est tuée par un officier allemand,qu’un soldat français tue à son tour.
- Le 3. - M. de Schœn, ambassadeur d’Allemagne, arguant de griefs imaginaires ( prétendues agressions commises par des aviateurs français), vient informer M. Viviani, président du Conseil, que l ’Empire allemand se déclarait « en état de guerre avec la France ». — Paris est mis en état de siège et demeure calme.
- Le 4. — Message du Président de la République au Parlement. — Les Chambres, dans une séance émouvante, votent à l’unanimité les crédits et les lois militaires. — L’abbé Gillet, curé deMoineville, près Briey, est fusillé par les Allemands.
- Le 7. — Les troupes françaises, après un brillant combat, mettent en déroute les Allemands dans la Haute-Alsace cl s’emparent d’Altkirch, où la population leur fait un accueil enthousiaste.
- Le 8. — Entrée des Français à Mulhouse, et fuite de l’ennemi vers N euf-Brisach. — Nos troupes occupent dans les Vosges les cols très importants du Bonhomme et de Sainte-Marie-aux-Mines.
- Le 9. — Devant un violent retour offensif
- des Allemands, les Français se replient vers A Itkirch et se maintiennent sur les hauteurs. Le 10. — M. Viviani demande à\ Vambassadeur d’Autriche des explications sur la présence de forces autrichiennes en Al-l’ambassadeur déclare ne pouvoir rien dire et réclame ses passeports; notre ambassadeur à Vienne est rappelé. — Occupation de Briey par l’ennemi. — Long-ivy est sommé de se rendre; refus ducommandant de place. — En Lorraine, vif combat àJMan-gicnnes, où les Français s’emparent de trois canons, de deux mitrailleuses et de caissons de munitions.
- Le 12 .—-La France et l’Angleterre préviennent l’Autriche qu’elles sont contraintes de la traiter en ennemie. — Toutes les contre-attaques allemandes contre les troupes occupant les cols des Vosges sont repoussées. — Bombardement de Pont-à-Mousson.
- Le 13. — Les Français repoussent l’ennemi sur l’Othain rigoureusement et et lui font de nombreux prisonniers.
- LE « TRAIN POUR PARIS » EST RESTÉ EN PANNE !
- — Surtout, rapporte-moi beaucoup de bijoux, dit Gretchen à son bon ami Michel, au départ de celui-ci pour la France.
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- Le 14. — Nous occupons le massif du Donon, et nous faisons cinq cents prisonniers au cours de l’action.
- Le 15. — En Haute-Alsace, les Français reprennent Thann, et, dans les Vosges, ils occupent Blamont, Cirey et les hauteurs d’Avricourt. — Prise d’un drapeau allemand à Saint-Biaise. — Vif combat à Badonviller, où l’ennemi a commis des atrocités abominables.
- Le 16. — Prise de Sainte-Marie-aux-Mines. — Le lieutenant Cesari et le caporal Prudhommeau, du champ d’aviation de Verdun, vont jeter des bombes sur le hangar des Zeppelins, à Metz.
- Le 17. — Développement du front français en Lorraine et en Alsace, à une vingtaine de kilomètres de la frontière. — Un avion allemand est abattu à coups de fusil, aux environs de Givet.
- Le 18. — Les Français s’avancent victorieusement au sud de Sarrebourg et occupent la région des étangs vers Fene-trange; ils envahissent la vallée de la Seille, et leur cavalerie est à Château-Salins. — Le drapeau du 132e d’infanterie allemande est déposé aux Invalides, et le 10e chasseurs, qui l’a pris, reçoit des félicitations. — TJn monoplan allemand jette trois bombes sur Lunéville.
- Le 19. — Les Français s’emparent de Château-Salins et de Dieuze et atteignent Morhange; leur avant-garde entre à Villé, mais elle doit céder bientôt devant des forces importantes.
- Le 20. — Reprise de Mulhouse; les Français enlèvent à l’ennemi en déroute vingt-quatre cernons et six caissons.
- Le 21. — Attaqués par des troupes considérables, les Français, non entamés, se replient lentement en Lorraine.
- Le 22. — L’offensive allemande est arrêtée devant le Grand-Couronné de Nancy. — Protestation du gouvernement français contre remploi, universellement interdit, des balles dum-dum par l’ennemi.
- Le 23. — Abandon du Donon et du col de Saules, pour des motifs stratégiques. — Les Allemands occupent Lunéville. — Le Zeppelin n° 8 est abattu sur la route de Celles à Badonviller. — Offensive des Français en Belgique; bataille de Char-leroi, sur un front immense.
- Le 24. — Repliement général de l’armée anglo-française. — Apparition de cavalerie allemande dans la région de Cambrai et celle de Roubaix-Tourcoing. — En Lorraine, une contre-attaque française cause de lourdes pertes à l’ennemi.
- Le 25. — Abandon de Mulhouse, à la suite de l’envoi en Lorraine des troupes de la Haute-Alsace. — La cavalerie allemande qui s’était aventurée dans dans le Nord est anéantie entièrement à Bouchain par notre artillerie.
- Le 26. — L’offensive française progresse entre Nancy et les Vosges, bien que notre droite recide un peu dans la région de Saint-Dié. — Le cabinet Viviani se reconstitue, avec MM. Millerand à la Guerre, Briand à la Justice, Delcassé aux Affaires étrangères, Ribot aux Finances, Sembat aux Travaux publics, et J ides Guesde (sans portefeuille). — Le général Galliéni est nommé gouverneur du camp retranché de Paris.
- Le 27. — Le gros des forces allemandes s’avance en France, entre l’Aisne et la Somme. — Reddition de Longwy, après vingt-quatre jours de bombardement et la perte de la moitié de la garnison; le gouverneur, le lieutenant-colonel Dar-che, est promu officier de la Légion d’honneur pour sa conduite héroïque.
- Le 28. — La marche allemande en France paraît se ralentir. — En Lorraine, suite de combats heureux pour nous.
- Le 29. — A Guise, les Français infligent au 10e corps allemand et à la garde des pertes considérables, mais l’ennemi progresse vers la F ère. — En Lorraine, nous nous rendons maîtres de la; ligne de la Mortagne. — Des aviateurs allemands lancent des bombes sur Belfort, sans causer aucun mal sérieux.
- Le 30. — Notre aile gauche est contrainte de céder du terrain devant l’aile marchante ennemie. — Sur la Meuse, un régiment allemand d’infanterie est anéanti. — Un Taube allemand jette des bombes sur Paris, tue une femme et blesse plusieurs personnes. — La classe 1914 est appelée sous les drapeaux, ainsi que les hommes de la réserve de l’armée active et ceux de la territoriale.
- Le 31. — A notre aile gauche, nous reculons encore. Par contre, nous progressons en Lorraine. Un violent combat est engagé au centre. — Un nouvel avion, du modèle Taube, jette deux bombes sur Paris, sans résultat.
- SEPTEMBRE
- Le 1er. — La droite allemande poursuit sa marche sur Paris. — A Compïègne, dans un combat très vif. les Anglais prennent dix canons à Vennemi. — Dans la région de Rethel, les troupes fran-
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- çaises contiennent les corps prussiens. — Un aviateur allemand jette des bombes sur Paris. Plus de peur que de mal.
- Le 2. — Départ du gouvernement français pour Bordeaux. — Continuation de la marche de la droite ennemie vers la capitale. — Les Français progressent en Lorraine. — Trois aviateurs allemands jettent de nouvelles bombes sur Paris. Trois femmes sont blessées.
- Le 3. — Proclamation du général Galliéni disant qu’il défendra Paris jusqu’au bout contre l’envahisseur.
- Le 4. — La droite allemande cesse son mouvement vers Paris. Elle se dirige vers la Ferté-sous-Jouarre, dépasse Reims et descend le long et à l’ouest de l’Argonne. — Bataille ardente en Lorraine et dans les Vosges. —
- Violent bombardement de Maubeuge.
- Le 5. — La France,
- VAngleterre et la Russie s’engagent à ne pas conclure séparément la paix. — Les A llemands renonçant à attaquer le camp retranché de Paris, continuent leur mouvement-vers le Sud-Est de la capitale.
- Le 6. — De Paris à Verdun, une grande bataille est engagée; les Anglo-Français obligent l’aile droite allemande à se replier entre la Marne et l’Ourcq. — L’ennemi se retire derrière Touquin, Vaudon et Sézanne. — Malgré la destruction de trois de ses forts, Maubeuge résiste héroïquement. — Le Journal officiel publie un décret inscrivant pour la médaille militaire les soldats Broussard et Turcot, du 137e d’infanterie, qui ont pris le drapeau du 68e d’infanterie allemand.
- Le 7. — Les Allemands sont repoussés sur tout le front, et subissent en particulier des échecs sensibles à la Fère-Cham-penoise et à Montmirail. Leur recul est sensible à Vitry-le-François. Une de leur divisions est battue dans la forêt de Champenoux, près de Nancy. — Red-
- dition de la forteresse de Maubeuge.
- Le 8. - L’avance française se dessine vers la Marne, entre Meaux et Sézanne; les Anglo-Français, progressant sur l’Ourcq, font de nombreux prisonniers ; les Allemands reculent de quarante kilomètres.
- Le 9. — Continuation des succès des armées alliées, qui traversent la Marne, entre la Ferté-sous-Jouarre et Château-Thierry, obligeant l’aile droite allemande à précipiter sa retraite. — Les Anglais s’emparent de douze canons et font de nombreux prisonniers. — Dans la région de Sézanne, la garde prussienne subit de grandes pertes et est rejetée au nord des marais de Saint-Gond. — Les Français poursuivent leur avance en Lorraine. — Deux drapeaux allemands, pris pendant les combats de l’Ourcq, sont apportés à Paris. — Le réserviste Guilmard, qui a conquis le drapeau, décoré de la croix de fer, du 36e d’infanterie (fusiliers de Magde-bourg), reçoit avec émotion la médaille militaire des mains du général Galliéni.
- Le 10. — L’aile droite allemande accentue sa retraite vers l’Oise et l’Aisne. — Au centre, nous nous maintenons sur l’Ornain et dans l’Argonne. — Un nouveau drapeau pris aux Allemands est apporté à Paris.
- Le 11. — Félicitations du Président de la République au généralissime et aux armées pour la bataille de la Marne. — Les Allemands abandonnent Compiègne et Soissons. — Quatre drapeaux allemands sont apportés à Troyes.
- Le 12. — L’armée allemande de l’Argonne commence à céder. — En Lorraine, nous progressons de nouveau dans la forêt de Champenoux. — L’ennemi évacue Saint-Dié. — Nous réoccupons Lunéville.
- Le 13. — Nous réoccupons Amiens, tandis que les Allemands se retirent sur Pé-ronne et Saint-Quentin. — Les alliés
- LES TROPHÉES DE NOS SOLDATS Le premier de ces braves (celui de gauche) a pris à La Neuville, un casque d'infanterie saxonne; l'autre s'est emparé, à Gueux, près de Reims, d'un casque de soldat de la garde prussienne.
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- traversent V Aisne derrière les Allemands, à la faveur d’un violent combat d’artillerie. — Nous reprenons Pont-à-Mousson, Raon-l’ Etape, Baccarat, Réméréville et Nomény.
- Le 14. — Commencement d’une grande bataille sur un front jalonné par l’Aisne. — L’ennemi se retranche sur les hauteurs de Reims qu’il bombarde. — Le fort de Troyon, canonné avec fureur pari’ennemi, est dégage par l’artillerie française.
- Le 15. — Vigoureuse résistance des Allemands à Noyon, au nord de Soissons, sur le plateau de Laon, au nord-ouest de Reims, et sur toute la ligne jusqu’au nord de Verdun.
- Le 16. — De l’Oise à la Meuse, la bataille se poursuit. Solidement retranché, l’ennemi se défend avec de l’artillerie lourde.
- Le 17. — Les Français progressent encore au nord de l’Aisne, et les Anglais repoussent trois retours offensifs particulièrement violents des Allemands.
- Le 19. — Bombardement de la cathédrale de Reims. — L’armée de von KlucJc est repoussée vers Noyon. — Toutes les tentatives ennemies échouent entre Reims et Craonne. — Nous prenons la position de Souain et le massif de la Pompelle, tandis que les Allemands s’emparent de Brimont.
- Le 20. — Le bombardement de Reims continue. — Le musée, l’hôtel de ville, la sous-préfecture, etc., sont en ruines.
- Le 21. — Les Allemands reculent sur la rive droite de l’Oise. — Nous avançons entre Souain et l’Argonne.
- Le 22. — Combats ardents, avec avance de notre part, dans la région de Lassi-gny. — Offensive furieuse des Allemands au nord-est de Verdun. — Ils évacuent Nomény et Arracourt.
- Le 23. — Progression des Franco-Anglais dans la région de lioye. — Les combats se poursuivent violemment à l’est de l’Argonne et sur les Ilauts-de-Meuse. — Les Français, après une lutte sanglante, occupent Péronne.
- Le 24. — A notre aile gauche, action très vive entre la Somme et l’Oise, où les Allemands ont été renforcés par des corps venant de leur centre, de la Lorraine et des Vosges. — Progrès français à l’est de Reims. — L’ennemi occupe II âton-C hôtel, pousse vers Saint-Mihiel, bombarde activement les forts des Paro-ches et du Camp-des-Romains,
- Le 25. — Nous cédons au sud de Noyon, mais des renforts nous permettent de
- reprendre l’offensive. — L’ennemi recule en Wo'èvre. — Il contimie à s’approcher de Saint-Mihiel.
- Le 26. — Progrès franco-anglais entre l’Oise et Soissons. — Les Allemands franchissent la Meuse, près de Saint-Mihiel, mais nous les rejetons partiellement. — Au sud de la Woëvre, le 14e corps allemand est contraint de se replier.
- Le 27. — Attaques violentes, partout repoussées, de l’ennemi sur tout le front. La garde prussienne est très éprouvée. Nous prenons des canons et nous faisons des prisonniers nombreux.
- Le 28. — La garde prussienne se tait décimer à Roye et abandonne huit cents prisonniers, après une attaque violente. — Toutes les offensives ennemies échouent, et nous progressons sensiblement-sur les Ilauts-de-Meuse.
- Le 29. — Nous nous élevons à gauche, entre Albert et Combles, en repoussant les attaques allemandes.
- Le 30. — L’action se développe de plus en plus au nord de la Somme. — Les Allemands s’avancent vers Douai, mais sont battus à Lewarde et Auberchi-court. — Leur attaque, à Tracy-le-Mont, est accompagnée de grosses pertes.
- OCTOBRE
- Le 1er. — Action violente dans la région de Roye. — Progrès français dans l’Argonne. — Les Allemands cherchent, sans y parvenir, à jeter un pont sur la Meuse, près de Saint-Mihiel. — Attaqués par des forces importantes, nous devons abandonner Douai.
- Le 2. — La bataille continue violemment et s’étend jusqu’au sud d’Arras.
- Le 3. — L’armée du kronprinz, dans l’Argonne, est de nouveau refoulée au nord.
- Le 4. — Bataille autour de Lille que bombardent des batteries allemandes.
- Le 5. — Entre Arras et Douai, la bataille est furieuse; l’ennemi, subissant de grosses pertes, est rejeté au nord-est de Le ns, puis il est repoussé entre Ncrville et Arm entières.
- Le 6. — Violent bombardement d’Arras.
- Le 7. — Les alliés regagnent le terrain perdu à Roye. — L’ennemi faiblit au centre. — Le bombardement d’Arras continue. — Dans la Haute-Alsace, les troupes françaises progressent de-façon continue et infligent un grave échec au général von Eberhardt.
- Le 8. — Mouvement des Allemands vers Lille. — Recul de l’ennemi au nord
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- d’Arras, dans la région de Raye et au nord d’IIâton-Châtel. — Un nouveau bombardement de Reims. — A Sampigny (Meuse), les Allemands bombardent, par dépit, la maison de M. Poincaré.
- Le 9. — Combats d’une extrême violence au nord de Lille, à la Bassée, Arras, Lens, Chaulnes, Raye, Lassigny, etc. Grosses pertes ennemies près d’Arras. Les alliés font de nombreux prisonniers à Roye ; ils prennent quelques canons.
- Le 10. — Echec de la cavalerie allemande sur la Lys; elle se retire dans la région d’Armentières. — Nous progressons au nord de l’Aisne et 'au nord-ouest de Soissons. — A Craonne et Reims des attaques nocturnes ennemies sont très énergiquement repoussées.
- Le 11. —Prise, à Lassigny, du drapeau du 49e po-méranien. —
- Entre Tourcoing et Armentières, les Allemands sont repoussés vers l’est jet le nord.
- Le 13. — Progrès sensibles des alliés entre Arras et Albert. — Offensive française dans la région de Béthune et d’Haze-brouch. — Au centre, nous avançons vers Souain, ainsi qu’entré l’Argonne et la Meuse, et au sud de Verdun.
- Le 14. — Nous continuons à progresser dans la région de Lens et entre Albert et Arras. — Nous avançons vers Craonne.
- Le 15. — Nous gagnons deux kilomètres au nord et. à l ’est de Reims, nous avançons au sud de Saint-Mihiel, et nous prenons Estaires, au nord de la Lys.
- Le 16. — Les alliés progressent au nord de la Bassée, dans la direction de Lille.
- Le 17. — Les Franco-Anglais occupent Fleurbaix et les environs d’Armentières.
- Le 18. — Nous reprenons Armentières. — Les Anglais enlèvent aux Allemands Fromelles, au sud-ouest de Lille.
- Le 19. — En Alsace, nous occupons Thann et la ligne de Sulzern-Piaris, à l’ouest
- de Colmar. — Les nombreuses attaques nocturnes de l’ennemi sont vaillamment repoussées au nord de Saint-Dié.
- Le 20.— Combats sans résultats pratiques, dans la région d’Armentières.
- Le 22. — Progrès en Woëvre et dans l’Argonne. — Partout ailleurs les attaques allemandes sont repoussées.
- Le 23. — Succès partiel dans la région de Verdun. — L’ennemi reprend le bombardement d’Arras et détruit le beffroi.
- Le 25. — Depuis Arras jusqu’à la mer, violents combats. En Argonne, nous emportons le village de Melzocourt.
- Le 27. — Attaques nocturnes des Allemands entre la Somme et la. Bassée,
- toutes repoussées. — L’ennemi est rejeté hors de la frontière à l’est de Nancy.
- Le 28. A-
- vance française en Woë-v r e, vers Apremont ef Saint- M i-hiel. — Nous repoussons, près de Craonne, une violente offensive.
- Le 31. — A Arras, nous infligeons de très grosses pertes aux Allemands.
- NOVEMBRE
- Le 1er. — On signale que nous avons fait, depuis six jours, 8.000 prisonniers.
- Le 2. — Avance dans les Vosges; nous reprenons les hauteurs du col Sainte-Marie.
- Le 3. — L es Français reprennent le terrain perdu à Vailly. — Ils progressent au nord de Pont-à-Mousson.
- Le 6. — Offensive franco-anglaise sur tous les points. — Une colonne de voitures allemandes est détruite par notre artillerie au nord' de la forêt de Laigue.
- Le 7. — Toutes les attaques allemandes sur le centre sont repoussées, et les Français progressent dans l’Argonne, au nord de Verdun et en avant de Nancy, où l’ennemi subit de grosses pertes.
- Le 10. — Les Allemands tentent un nouvel et gigantesque effort dans le Nord.
- SOLDATS ANGLAIS DANS UNE TRANCHÉE COUVERTE
- (Voir à la ün du volume la suite de la chronologie des faits de guerre sur le sol français.)
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- LE GENERAL COMTE DE MOLTKE
- Premier chef d'état-major général des armées allemandes.
- Epuisé par la maladie, il a été remplacé dans ses fonctions, après la bataille de la Manie, par le général de Falkenhayn, ministre de la Guerre du kaiser.
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- LA LUTTE SUR LE SOL FRANÇAIS
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- Les chefs allemands les plus notoires
- Battu en France
- Général von kluck et en Pologne russe. générai von heekjnukn
- de Varmée allemande. prince R. DE BAVIÈRE
- DUC DE WURTEMBERG
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- GRAND-DUC DE BADE
- GÉNÉRAL VON DEIMLING MARÉCHAL VON IIINDENBURG
- GÉNÉRAL VOTGT-RIIETZ (f) GÉNÉRAL VON BULOW GÉNÉRAL VON PLESSEN
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- LA LUTTE SUR LE SOL FRANÇAIS
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- Les premières hostilités en Lorraine et dans la Haute-Alsace
- Quand, cinq jours après l’ouverture des hostilités, on apprit qu’à vingt-quatre heures d’intervalle des forces françaises avaient culbuté les Allemands à Altkircli et occupé Mulhouse, le lendemain soir 8 août, ce fut un débordement de joie. Remportés en terre d’Alsace, ces premiers succès parurent symboliques et la satisfaction s’accrut encore lorsqu’il fut avéré qu’ils avaient été relativement aisés, obtenus sans grands sacrifices
- espèce de difficulté dans • la grande et active cité industrielle de la Haute-Alsace.
- On se doute de la fureur que la nouvelle provoqua à Berlin et des ordres qui s’ensuivirent : tout le corps d’armée badois devait s’employer aussitôt, de concert avec les effectifs battus et réfugiés dans la forêt de la Hart, en face de Mulhouse, à déloger nos troupes et à les écraser en leur coupant la retraite. Les nôtres, attaqués nuitamment,
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- LE THÉÂTRE DES OPÉRATIONS MILITAIRES EN FRANCE-ALSACE AU DÉBUT DE LA CAMPAGNE
- d’hommes. Une brigade partie de Belfort, et cheminant moitié par la trouée de ce nom, moitié sur la vallée de laThur, avait mis l’ennemi en déroute, à Thann d’abord, à Altkirch ensuite et était entrée sans aucune
- opposèrent une belle résistance et peut-être bien eût-elle été aussi efficace qu’elle fut glorieuse si nos réserves, laissées à Àltkirch, étaient intervenues à temps. Nous dûmes finalement céder et nous replier sur Belfort.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
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- Mais ce n’est pas que par ce côté, le plus facile en apparence, que nous tenions à envahir l’Alsace. Toute une admirable campagne de pénétration par les cols des Vosges était en voie d’exécution et de préparation. Successivement, du sud au nord, nous nous emparions du ballon d’Alsace et du col de Bussang, du Hohneck et de la Schlucht, des cols du Bonhomme et de Sainte-Marie, pour terminer par l’occupation du Donon. Mais ce qui frappa le plus l’opinion, en raison du brillant fait d’armes dont elle s’accompagna, c’est la conquête du col de Saales et notre cheminement consécutif le long de la vallée de la Bruche qui, une fois le fort d’arrêt de Mutzig réduit, devait nous faire aboutir dans la plaine à quelques lieues de Strasbourg. Vainement, le 15 août, à Saint-Biaise, la 99e brigade de Saverne et le 13e d’infanterie allemand tentèrent-ils d’arrêter la marche de nos troupes. L’assaut de notre 10e bataillon de chasseurs fut irrésistible, ainsi qu’en témoignèrent les 8 canons, les 4 obu-siers, les 6 mitrailleuses, les 537 hommes et 6 officiers capturés par nous ; enfin le drapeau du 132e bavarois — le premier trophée de guerre tombé en notre pouvoir.
- Les circonstances étaient propices pour reprendre Mulhouse; un corps placé sous les ordres du général Pau reçut mission de s’en emparer. Les opérations furent rondement menées. Thann et Dannemarie enlevées, notre centre marcha droit sur la ville tandis que notre droite se portait sur Altkirch et que notre gauche s’élevait dans la direction de Colmar. La décision intervint à Dornach,
- faubourg de Mulhouse, où nous fîmes une nouvelle prise de vingt-quatre canons. Peu de temps après, l’ennemi, menacé d’être coupé du Rhin, s’enfuyait en désordre de l’autre côté du fleuve, laissant entre nos mains des milliers de prisonniers.
- Mais il était dit que Mulhouse ne nous resterait pas au cours de cette première phase de la guerre. Parallèlement à notre action en Alsace, nous avions pris une offensive tout aussi nette en Lorraine. Tout alla pour le mieux jusqu’au moment où nos avant-gardes atteignirent Morhange, où les Allemands avaient multiplié les moyens de défense apparents, sans préjudice de toutes les chausse-trapes que l’organisateui de cette position fortifiée, le vieux général de Haeseler, avait su combiner. Attaquée le 20 août par des forces supérieures, notre armée dut se replier, et la défaillance d’un corps fit de notre retraite une opération méritoire, aussi belle qu’une victoire.
- Du coup il fallut laisser le Donon, pivot des opérations dans les deux provinces annexées. Enfin, après Charleroi, la situation stratégique devint telle que l’abandon de Mulhouse s’imposait pour la seconde fois. Mais ces mesures de circonstance n’impliquent aucun renoncement. Nous continuons à garder solidement pied dans la Haute-Alsace. Les efforts désespérés des Allemands n’ont pu venir à bout de nous déloger de Thann, de même que nous avons su nous réserver les débouchés d’un certain nombre de cols, tels que celui de Sainte-Marie-aux-Mines, extrêmement précieux pour nous.
- La marche des Allemands sur Paris
- ELLE FUT VERTIGINEUSE, FOUDROYANTE, IRRÉSISTIBLE, MAIS LES ENVAHISSEURS IGNORAIENT LA PENSÉE SECRÈTE DU COMMANDANT EN CHEF DES
- ARMÉES ALLIÉES
- Quand les vaillantes troupes belges se replièrent, le 20 août, sous le camp retranché d’Anvers, elles avaient rempli une partie essentielle de leur mission qui était de retarder dans la mesure du possible la marche des armées allemandes et si leur résistance, doublée par celle de Liège, ne pouvait prétendre à arrêter le flot d’un million d’hommes qui déferla à travers la Belgique, elle eut du moins une profonde répercussion sur tout le reste de la campagne.
- Et cependant il sembla au premier grand choc que, malgré les quinze jours précieux perdus par eux, dans les attaques et combats de Lié gc, Namur, Haelen, Aerschot, les Allemands allaient quand même réussir leur attaque brusquée contre la P’rance. La bataille de Charleroi, qui se déroula les 23, 24 et 25 août, fut en effet défavorable aux alliés. Elle le fut pour des causes multiples qu’il serait prématuré de rechercher et dont notre
- infériorité numérique doit être vraisemblablement considérée comme la principale.
- La ligne de la Sambre et de la moyenne Meuse percée par l’ennemi, c’était l’invasion de notre territoire. Et tout de suite elle affecta une rapidité peut-être sans égale dans l’histoire militaire. Déployant ses armées sur un front immense, et nous surprenant quelque peu par là, le haut commandement allemand avait dès le début tenté de nous déborder sur notre gauche en pesant avec des forces écrasantes sur nos alliés anglais qui, avec quelques formations territoriales, couvraient la frontière entre Lille et Mons. Cette manœuvre d’enveloppement il essaya sans cesse de la renouveler. Si elle réussissait, c’était l’ensemble des armées française et anglaise rejeté vers l’Est, Paris isolé et livré à ses propres moyens de défense. C’était presque la débâcle.
- Elle échoua grâce à la prudence du général
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- Joffre, grâce à l’habileté avec laquelle s’opéra notre retraite. Rompre tout en combattant, et maintenir les liaisons, tel
- semble avoir été le mot d’ordre du généralissime.
- On ne peut qualifier de tentative de résistance sérieuse l’action qui s’engagea sur le front le Cateau - Cam-brai - A vesnes-Chimay. Autrement importante fut celle qui, le 29,eutpourthéâtre une ligne allant de Bapaume vers Mézières et Sedan en passant par Péronne, St-Quentin, Guise et Vervins. Mais tandis qu’à Guise nous infligions à Maire dAmicns. l’armée du géné-
- ral von Hansen et à la garde prussienne une véritable défaite, plus à gauche nous devions céder partout devant celle du général von Bulow et celle de von Kluck dont les colonnes extrêmes occupaient Amiens le 31.
- Cette ville, grâce à l’énergie de son maire septuagénaire, le sénateur Fiquet, s’en tira avec une forte rançon.
- Cependant « l’aile marchante » allemande, s’avançant rapidement, débouchait le 1er septembre dans la forêt de Compiègnc où, au
- cours d’un engagement heureux, les Anglais lui enlevèrent dix canons. La ville de Com-piègne même n’eut pas trop à souffrir du passage des envahisseurs. Il n’en fut pas de même de Senlis, où ils incendièrent la plus grande partie de la ville et fusillèrent le maire, M. Odent, ainsi que plusieurs de ses administrés.
- Le 4 septembre, les avant-gardes ennemies sont signalées à Mitry,-à 33 kilomètres de Paris, et on prétend même avoir vu des patrouilles de / uhlans plus près encore à Gonesse.
- Tout, dans ces m^mareeau
- conditions, fait Evêque de Meaux.
- présumer une attaque du camp retranché de Parfë, d’autant que des aviateurs ennemis viennent le survoler et explorer ses moyens de défense. On s’attend à une ruée contre le secteur nord, quand, à la surprise générale, on apprend que l’armce de von Kluck, paraissant négliger la capitale, s’écoule dans la direction Mcaux-Coulommiers-Provins. Signalons- la noble conduite de l’évêque de Meaux, M;r Mar-beau, qui évita à sa ville le sort de Senlis.
- Ce magistral municipal et ce prélat ont fait des prodiges pour soustraire leur ville respective à la fureur destructive des hordes teutonnes, assurer la sécurité de leurs habitants et la sauvegarde a peu près intégrale de leurs biens.
- La bataille de la Marne
- LES FORCES ALLIÉES FONT BRUSQUEMENT FACE A L’ENNEMI, QUI SE CROYAIT
- VICTORIEUX, PRENNENT UNE OFFENSIVE
- INFLIGEANT DE
- La bataille de la Marne marqua pour nous un retour complet de fortune. Au demeurant, jamais victoire ne fut plus méritée : nous la dûmes aux géniales dispositions de notre haut commandement, à l’excellent moral, à l’élan de nos troupes et aussi — pourquoi ne pas le dire — aux fautes stratégicjues et tactiques accumulées comme à plaisir par un ennemi présomptueux, s’illusionnant sur la faiblesse de l’adversaire.
- Nous avons vu la droite allemande abandonner ses cantonnements de l’Oise pour se diriger obliquement vers le sud-est, dans la
- ÉNERGIQUE ET LE REPOUSSENT EN LUI FORTES PERTES
- direction de Meaux-Coulommiers-Provins. L’armée de von Kluck avait évidemment pour mission de continuer cette manœuvre débordante qui lui avait été indiquée dès le début des hostilités et dont le grand état-major de Berlin se promettait, comme résultat certain, l'enveloppement à peu près total des armées françaises.
- Notre gauche, pliant sous le nombre, avait dû rétrograder depuis Charleroi; mais de ce fait, seules les deux armées de von Kluck et de Bulow avaient été à même de réaliser des progrès rapides; au centre, celle de ITansen
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- MS
- avait presque connu la défaite à Guise. Quant aux deux autres, celles du duc de Wurtemberg et du kronprinz, elles avaient été considérablement retardées par le forcement de la Meuse, d’abord, par une série de combats meurtriers pour elles, dans la région de Rethel notamment; ensuite une partie des effectifs dont disposait le prince héritier restait d’ailleurs immobilisée devant
- et le dévouement du corps d’artillerie aidant, elle suppléait en quelque sorte au manque initial, d’ailleurs progressivement réparé, en canons lourds de campagne.
- De plus, la veille même où s’engageait la grande action, notre armée avait été sensiblement renforcée par l’arrivée de troupes d’élite, retour d’Algérie et du Maroc. De même, le contingent anglais avait été forte-
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- CARTE MONTRANT LE RECUL DES TROUPES ENNEMIES APRÈS LA BATAILLE DE LA MARNE Les lignes françaises sont en noir, les allemandes indiquées par des rectangles hachurés.
- Verdun et les Hauts-de-Meuse, dont la conquête ne faisait pas de doute pour le fils du kaiser, alors que cette infranchissable muraille allait précisément servir de pivot à toutes nos manœuvres ultérieures.
- Quant aux sixième et septième groupes allemands, les armées du prince héritier de Bavière et du général von Heeringen, elles étaient incapables à ce moment d’apporter le moindre secours aux autres, car pressées par l’armée du général de Castelnau, elles avaient déjà commencé à subir une série de revers qui devaient encore s’accentuer et leur faire perdre tout le terrain gagné par elles dans la Lorraine et dans les Vosges françaises, à la suite des surprises de Mo-rhange et de Sarrebourg.
- Depuis Charleroi nous avions fait des progrès énormes. Nos troupes, les hommes encore plus que les officiers, qui au début recherchaient les exploits et les faits d’armes, avaient fini par se plier aux nécessités de la guerre moderne. Notre pièce de campagne, notre admirable 75, gardait son indéniable supériorité sur celle de l’ennemi, et la science
- ment augmenté. Enfin, nous non plus, dan cette guerre dite scientifique, nous ne négligions aucune des ressources capables d’augmenter le succès. A ce point de vue, nous ne signalerons que l’emploi en masse de taxis-autos pour transporter rapidement sur un point du front les effectifs voulus.
- Quand, le 6 septembre, le général Joffre ordonna l’offensive générale, notre dispositif était le suivant : à notre droite, l’armée Sarrail appuyée sur Verdun et les Hauts-de-Meuse ; celle du général de Langle de Cary occupait la région au sud de Vitry-le-Fran-çois. Le général Foch tenait le secteur compris entre le camp de Mailly et Sézanne; le général d’Esperey occupait un front allant de Sézanne au nord de Provins. L’armée britannique était campée au nord de Crécy-en-Brie ; enfin, l’armée du général Maunoury, armée de Paris, opérait à l’extrême gauche.
- Cette dernière, dès le 5 septembre, s’était avancée vers l’Ourcq et avait attaqué avec un franc succès les flancs-gardes chargées de couvrir le mouvement du gros de l’armée de von Kluck, qui commençait à lâcher pied.
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- LA LUTTE SUR LE SOL FRANÇAIS
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- Le second jour de bataille, le 7, la droite allemande accentue son mouvement de retraite et se replie derrière le Petit-Morin; d’autre part, elle s’efforce, au prix de lourdes pertes, de dénouer l’étreinte du côté de l’Ourcq. Pendant ce temps des combats acharnés, de caractère encore indécis, se livrent entre Fère-Champenoise, Vitry-le-François et le sud de l’Argonne. Le troisième jour de bataille, nouveau recul de la droite allemande ; le quatrième, ce n’est plus seulement l’armée von Kluck qui aura rétrogradé de soixante kilomètres, toujours talonnée par les troupes anglo-françaises, qui passent la Marne à sa suite, entre la Ferté-
- sous-Jouarre et Château-Thierry, mais c’est aussi l’armée de Bulow, précédemment battue à Esternay et à Montmirail, qui se replie; c’est enfin la garde prussienne rejetée derrière les marais de Saint-Gond, après avoir en vain essayé de rompre notre centre.
- Le 9, la retraite s’accentue : c’est le centre maintenant qui évacue Vitry-le-François et qui, épuisé, se montre incapable de résister à Sermaize et à Revigny; d’autre part, les troupes qui tenaient dans l’Argonne commencent à battre en retraite, elles aussi.
- Le 10, nous franchissons l’Aisne, à la suite de la droite allemande, ayant gagné cent kilomètres en six jours de lutte opiniâtre.
- La guerre de tranchées sur l’Aisne
- PENDANT DE LONGUES SEMAINES, LES BELLIGÉRANTS VÉCURENT POUR AINSI DIRE SOUS TERRE, ÉTENDANT SANS CESSE LEUR FRONT VERS LE NORD, CHACUN D’EUX CHERCHANT A DÉBORDER L’AUTRE DANS CETTE DIRECTION
- Nous sommes au 14 septembre. Depuis huit jours les armées allemandes, que le kaiser s’était flatté de jeter sur Paris, sont pourchassées, l’épée dans les reins, par les troupes^anglo-françaises. Elles ont quitté
- les promontoires qui dominent Reims, au nord et à l’ouest, pour se souder aux côtes du promontoire boisé de l’Argonne.
- C’est ici que la bête forcée va s’acculer pour reprendre haleine. C’est à ce moment
- MITRAILLEUSE ALLEMANDE ET SES SERVANTS ABRITES DANS UNE TRANCHEE
- les riches plaines de la Brie et de la Champagne; elles repassent précipitamment la Marne; elles remontent vers le Nord.
- Mais, brusquement, leur mouvement de recul s’arrête. La horde germanique fait tête aux forces alliées. Elle a gagné les hauteurs qui jalonnent le cours de l’Aisne et
- que commence ce qu’on appelle la bataille de l’Aisne. Ce sera, quoique en rase campagne, une vévitable guerre de siège. Les Allemands, qui ont tout prévu, même l’échec de leur attaque brusquée sur Paris, ont préparé, dès leur premier passage dans cet le région, les terriers où, maintenant, ils comp-
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- tont s’arrêter pour briser notre offensive.
- Les tranchées où ils abritent leurs tirailleurs et leurs mitrailleuses sont de véritables ouvrages d’art. Pour les emporter il ne suffira pas à nos soldats de foncer à la baïonnette ; il leur faudra, eux aussi creuser des tranchées, s’y terrer dans l’attente. On en arrive à voir les tranchées françaises se rapprocher à deux cents mètres à peine des tranchées allemandes fortement organisées.
- Puis, la tactique se modifie. De part et d’autre on entreprend un mouvement enveloppant. Cette double manœuvre s’esquisse le 20 septembre. Nous cherchons à déborder l’aile droite allemande, dans la région comprise entre l’Oise et la Somme. Von Kluck sent le péril. Il appelle des renforts et. lui aussi, entame un mouvement parallèle au nôtre. C’est à notre tour d’être menacés. Alors,
- progressivement, échelon par échelon, le front de bataille remonte vers le Nord-Ouest. Cependant l’ennemi attaque. A Rove, d’abord, à Lassignv ensuite, nous repoussons le choc, et, en dépit d’une canonnade acharnée, nous ne lâchons pas pied. Furieux, les Allemands tentent alors de nous percer. Les 4 et 5 octobre, ils nous attaquent à Albert, mais sans succès. Il leur faut renoncer à l’éspoir de prendre leur revanche de la bataille de la Marne, à l’espoir de revenir en force sur Paris. 11 leur faut., maintenant, accepter la bataille où le généralissime veut la porter; il leur faut remonter leurs effectifs vers les plaines du Nord.
- La bataille de l’Aisne est virtuellement finie. Elle s’est terminée, comme a dit un critique militaire anglais, « sans que personne ne s’en aperçoive ». Ce fut pour nos armes une victoire sans fracas.
- Reims et sa Cathédrale sous les obus
- Ir.s ont bombardé Reims et sa cathédrale ! De la grande et riche cité champenoise, ils n’ont laissé qu’un amas de ruines; à sa merveilleuse basilique, témoin auguste de notre histoire, joyau de notre art médiéval, ils ont arraché toutes ses parures !
- C’est le 3 septembre qu’ils arrivent à Reims et, dès le lendemain, ils commencent à la canonner.Deux cents obus tombent sur la ville tandis que l’intendant Zimnier dicte ses réquisitions. Ils crient au guet-apens, puis reconnaissent leur odieuse fourberie. Ils s’installent en maîtres. Le quatrième fils du kaiser, Auguste-Wilhelm, un docteur en sciences historiques, daigne admirer la cathédrale. Un autre prince, Henri de Prusse,exige qu’elle serve d’asile à quel-ques-uns des innombrables blessés qu’ils reçoivent des champs de bataille de la Marne. Les Rémois contiennent leur indignation.
- Le 12 septembre, à leur réveil, ils voient les Allemands s’.enfuir précipitamment, et le lendemain, ô joie, les premiers chasseurs à cheval pénétrer dans la ville. Le soir du même jour, aux portes de la ville, les Français infligent à l’ennemi une défaite sanglante. Ecrasés, les Allemands doivent abandonner Reims. Mais ils sont encore les
- maîtres des forts démodés que nous avons abandonnés autour de la place. Ils y installeront leurs monstrueux canons et puisque Reims n’a pu être la proie des armées du kaiser, ils jurent de le détruire jusqu’à la dernière pierre par le feu de leurs pièces.
- Le lendemain 14 septembre, en effet, les premiers obus tombent sur la ville, et il en
- sera ainsi pendant des semaines et des semaines. Le premier bombardement durera trente-quatre jours sans discontinuer. Du fort de Nogent-l’Abbesse, à l’est, du fort de Brimontj au nord, les Allemands s’acharneront à canonner la malheureuse cité, qui n’en peut mais.
- Le 19 septembre, les premières bombes défoncent la toiture de la cathédrale, enflamment la charpente qui la supporte. Puis l’échafaudage qui flanque la tour du Nord prend feu à son tour. Les flammes gagnent les portes, la paille qui a servi de litière aux blessés. En quelques heures, la basilique flambe du haut en bas. La lueur sinistre éclaire toute la campagne environnante. Les barbares qui la voient sont-ils satisfaits? Non. Ils continuent à détruire par le fer ce que le feu n’a pu entamer et, les jours suivants, ils s’obstineront à crever les magnifiques verrières, à pulvériser les fines
- REIMS ET SES PRINCIPALES DÉFENSES
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- LA DIRECTION DU EEU ENNEMI SUR LA CATHEDRALE DE REIMS
- dentelures, à décapiter les merveilleuses statues. Puis, c’est le quartier environnant, l’arclievêclié, le théâtre, le Palais de justice, c’est la place Royale, ce sont les avenues bordées de riches demeures, les faubourgs où se pressent les manu factures qui s’écroulent sous les rafales de mitraille.
- Rien n’est épargné : ni les
- écoles, ni les hôpitaux, où des religieuses sont tuées au chevet des blessés. Dès les premiers jours, ceux qui sont restés, — et ils sont encore 40.000 — se sont serrés autour de leur maire, le respecté docteur Langlet. L’admirable courage civique que ce vieillard de soixante-treize ans déploya parut au gouvernement digne
- '"X,
- LE Dr T.ANUT.ET - DEUX COINS DE L’ANTIQUE BASILIQUE APRÈS LE BOMBARDEMENT’
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- d'être consacré à l’cgal de celui d’un vaillant capitaine. Le docteur Langlet fut d’abord cité à l’ordre du jour, puis, le 8 novembre, M. Viviani lui apportait la croix des braves.
- A l’exemple de leur maire, les K émois opposèrent à la ruine, à la mort menaçante, une inébranlable confiance. La France doit vaincre : Reims peut attendre sa résurrection !
- Soissons, Lunéville et Nancy
- Soissons, ville ouverte, n’ayant qu’une faible garnison, pouvait, semble-t-il, espérer qu’elle serait épargnée. Mais on sait ce que les lois de la guerre pèsent dans
- d’un bombardement intensif et meurtrier.
- Auparavant, il lui faudra déjà connaître les rançonnements et les exactions d’un ennemi cupide. Les torrents d’hommes qui
- LE PONT SAINT-WAAST, A SOISSONS, DÉTRUIT PAR LES ALLEMANDS DANS LEUR RETRAITE
- la conscience des armées du kaiser : le poids d’un « chiffon de papier ». Après Louvain, après Malines, en même temps que Reims, Soissons va subir toutes les horreurs
- s’écoulent vers Paris traversent cette riche et paisible sous-préfecture. Ils se croient déjà vainqueurs et ils le font bien voir.
- Le 11 septembre, enfin, leur rêve insensé
- MAISON ANÉANTIE PAU LES OBUS PRÈS DE LA GARE DE LUNÉVILLE
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- LA LUTTE SUR LE SOL FRANÇAIS
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- s’effondre. Mais ils s’éloignent la rage au cœur et, après avoir dynamité les deux ponts qui, par-dessus l’Aisne relient l’agglomération au faubourg Saint-Waast et à la route de Laon, ils vont se poster de l’autre côté de la rivière. Là, dans les carrières de Pasly, ils sont chez eux. Depuis des années, ils les ont achetées. Ils ont pu y établir des plateformes pour leurs grosses pièces.
- Avant que nous arrivions à les en déloger, ils auront pu détruire la moitié de la ville, découronner St - Jean - des - Vignes, la curieuse abbaye du xme siècle, de l’une de ses üèches, démolir la chapelle des œuvres de la cathédrale,-éven-trer le séminaire, l’hôpital, la caserne, anéantir des rues entières. Pourtant l’âme de Soissons, le courage de ses habitants restèrent intacts.
- Trois semaines après la déclaration de la guerre, le 22 août, Lunéville tombe entre les mains des Allemands. Est-ce pour se donner le change à eux-mêmes qu’ils traitent cette ville ou-verte comme une place forte qui leur aurait longtemps résisté? Est-ce l’enivrement d’un premier succès? Toujours est-il qu’ils s’abandonnent à leurs instincts d’incendiaires et de bandits. Sous le prétexte mensonger que des habitants 'auraient tiré sur des voitures d’ambulance, ils imposent à la ville une rançon de 600.000 francs en or et de 50.000 francs en argent ! En quelques heures, cette sommé énorme est recueillie.
- Ce cauchemar dure vingt et un jours, pendant lesquels trois hommes, le maire, M. Keller, le sous-préfet, M. Minier, et le député, M. Méquillet, résistent pied à pied aux envahisseurs et maintiennent l’ordre et la confiance parmi leurs concitoyens.
- Le 12 septembre, les Allemands quittent Lunéville. Ils ne doivent plus y reparaître. Le kaiser voulait Nancy à tout prix; il n’eut à payer cher que sa déconvenue.
- Dès le 4 août, trois armées allemandes se mettent en marche vers la capitale de la Lorraine. Les deux premières se rejoignent à Lunéville vers le 25 août. La troisième atteint, le 6 septembre, Cercueil, un village à neuf kilomètres de Nancy. Il ne reste plus qu’à emporter le plateau d’A-mance, la seule défense de la ville. Le succès lui paraît si certain que le kaiser vient assister à cette dernière bataille, prêt à faire son entrée triomphale sur la place Stanislas. La jumelle à la main, voici ce qu’il distingue : son infanterie culbutée dans le bois de Cliam-penoux, par une charge à la baïonnette ; son artillerie démolie par nos irrésistibles 75. Fou de rage, il s’enfuit...
- Mais il punira Nancy de lui avoir échappé. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, deux obusiers de 135 s’installent à Cercueil et bombardent la ville. Mais notre artillerie survient enfin et fait taire les pièces ennemies. Depuis, Nancy est restée inviolée.
- A Nancy, un obus a pénétré dans la chapelle protestante, rue Sainte-Anne.
- L’héroïque défense du fort de Troyon
- Le fort de Troyon fait partie de la ligne de défense qui, le long de la Meuse, relie la position de Verdun à celle de Toul. C’est un des blocs de cette puissante « digue du Nord » qui protège les plaines de la Champagne et de l’Ile-de-France contre le flot d’une invasion germanique.
- C’est à Troyon que, le 8 septembre, les Allemands tentent de percer cette muraille. Il leur faut aller dégager l’armée du kron-prinz qui, après la défaite de la Marne, se trouve empêtrée dans les massifs de l’Ar-
- gonne. La garnison, 450 hommes d’artillerie et d’infanterie, les attend de pied ferme.
- Les Allemands ont amené leurs gros obusiers. Un ouragan de fer s'abat sur le forl. Un projectile de 210, « une grosse marmite » tombe sur la casemate centrale. Elle était pleine de mélinite. Elle saute, et avec elle plusieurs pièces de 120 et de 90. N’importe, avec celles qui restent, la garnison peut tenir quelques jours encore. Elle tient.
- L’attaque cesse. Elle reprend dans la nuit du 8 au 9 septembre et dans la nuit suivante.
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- Cette fois, les Allemands tentent de prendre le fort à l’assaut. Leur élan vient se briser devant les défenses que la garnison a accumulées au pied des glacis, défenses consistant principalement en réseaux de fils de fer barbelés et en abatis d’arbres. Alors, ils font appel à des renforts, et, le 11 septembre, des colonnes serrées s’avancent vers Troyon, tambours et fifres en tête, comme à la parade.
- Leurs rangs s’écroulent les uns après les autres, fauchés par le feu de nos canons. Une fois de plus, les assaillants doivent abandonner la partie, laissant sur le terrain des monceaux de cadavres.
- Cependant, ils ne se découragent pas. Le lendemain, ils amènent une batterie d’obusiers sur la crête d’Ambly.
- La situation devient critique lorsqu’une batterie française de 75 arrive, prend les pièces ennemies en écharpe, et les fait taire. Enfin, le 13, les Allemands tentent un dernier effort. Le commandant du fort use alors d’un stratagème. Il fait cesser le feu, et, pour achever l’erreur de l’ennemi, qui croit
- avoir réduit le fort au silence, il ordonne qu’on mette le feu à deux voitures de paille qui sont restées dans une cour. Les Allemands, croyant que tous les bâtiments flambent, poussent des cris de victoire. Us s’approchent, complètement découverts. Nos mitrailleuses et nos canons se démasquent brusquement et les aspergent littéralement de projectiles variés. Surpris par ce déluge de fer, les ennemis s’enfuient en désordre, épouvantés, abandonnant leurs armes et leurs munitions.
- Us laissaient 7.000 cadavres sur le terrain; nous, nous ne comptions que quatre morts et quarante blessés. Le lendemain même, le fort de Troyon était complètement dégagé par l’armée française, et le général Foch adressait ses chaleureuses félicitations au commandant et à sa petite troupe de héros.
- La défense de ce fort peut être considérée comme l’un des plus glorieux faits d’armes de la campagne de 1914 et elle méritait bien d’être racontée en détail.
- Carte montrant la situation du fort de Troyon, entre Saint-Mihiel et la place de Verdun.
- Le théâtre principal de la lutte s’éloigne de plus en plus vers le Nord
- DES CONFINS DU DÉPARTEMENT DE L’OISE, IL GAGNE LA SOMME, LE PAS-DE-CALAIS ET LE DÉPARTEMENT DU NORD, OU LA BATAILLE PREND UN
- CARACTÈRE DE RARE VIOLENCE
- Fin septembre, l’état-major général allemand doit reconnaître l’échec de sa stratégie. U lui faut se laisser manœuvrer et, loin de nous imposer son plan d’opérations, il se trouve dans l’obligation de répondre à nos menaces d’enveloppement de son aile droite par le mouvement parallèle dont nous avons parlé plus haut.
- Une nouvelle phase de la lutte commence. Ce sera, si l’on veut, ce qu’on pourrait appeler les sous-batailles de l’Aisne. Elles se dérouleront suivant une ligne à peu près perpendiculaire à la précédente et qui, partie du confluent de l’Oise et de l’Aisne, gagnera d’abord la Picardie, dans la région de Las-signy-Roye, Chaulnes et Albert, puis l’Artois,
- aux environs d’Arras, et enfin les Flandres, depuis la Bassée jusqu’à Nieuport, en passant par Armentières, Ypres et Dixmude.
- Dans cette partie du champ de bataille, ce ne sera plus, comme elle continuera de l’être sur l’Aisne et en Champagne, la guerre de siège; ce sera la lutte en terrain libre, celle qui convient le mieux à la bravoure de nos soldats. On va se battre avec acharnement, à découvert. On va se disputer les villages et les villes maison par maison. La cavalerie va se déployer dans ces plaines du Nord, bien que coupées de ruisseaux nombreux et plantées de lxoublonnières très gênantes.
- Tout d’abord, l’ennemi s’acharnera à Roye, pour trouer l’angle de l’équerre que
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- présente la ligne de bataille. Ses efforts désespérés se traduiront par des sacrifices énormes sans lui valoir aucun avantage. Alors, il remontera vers Arras, où son offensive échouera encore contre la résistance de nos lignes. Il essaiera en même temps d’empêcher l’armée belge échappée d’Anvers de tendre la main aux alliés. Toutes ces manœuvres désordonnées, tous ces combats où il enverra le meilleur de ses forces à une mort certaine ne pourront faire qu’à la fin d’octobre nous ne soyons revenus en Belgique, d’où deux mois plus tôt il nous avait refoulés.
- Mais, hélas ! de combien de villes détruites, de villages ravagés dûmes-nous payer encore cette longue série de succès.
- En tête de ce nouveau chapitre des crimes de la « kultur » allemande, nous inscrirons Albert; Albert, l’active et industrieuse cité de la Somme, à qui les Allemands ont fait expier, comme à Reims, comme à Soissons, leur rage de n’avoir pu la garder parmi leurs conquêtes.
- Et pourtant, après la bataille de Charleroi,
- Albert a déjà supporté, durant dix-huit jours, les douleurs de l’occupation. La prudence et la fermeté de son maire, M. Leturcq, l’ont préservée de la colère des ennemis.
- Nos troupes reviennent victorieuses ; elle cro.it ses angoisses finies, lorsque le 28 septembre, dans l’après-midi, commence l’épouvantable bombardement. Il dure trois jours, pendant lesquels des centaines d’obus à la mélinite et de bombes incendiaires s’abattent sur les plus lâches quartiers, sur les monuments, sur les manufactures. Une fois de plus, systématiquement, les Barbares détruiront ce qui constituait la beauté et la richesse d’une ville française. La célèbre basilique Notre-Dame-de-Breviè-res restera debout, mais non intacte, et deux usines seulement échapperont à la fureur destructrice des soldats du «pacifique empereur».
- Albert se relèvera de ses ruines, mais jamais l’Allemagne ne fera oublier ce nouveau forfait, et l’Histoire dira tout ce qu’il y eut de lâche et d’odieux dans sa conduite.
- M. LETURCQ Maire d'Albert.
- Arras subit un effroyable bombardement
- . y
- A Arras comme à Reims, les vandales modernes rencontrèrent un monument chargé d’art et de traditions. L’hôtel çle ville de la cité artésienne n’offusqua pas moins leur « culture » que la cathédrale de la ville des sacres. Us n’eurent de répit et de satisfaction qu’après les avoir, l’un et l’au-' tre, cruellement martyrisés...
- C’est au commencement de septembre, après Charleroi, que les Allemands arrivent dans Arras. Us sont confiants dans l’issue de la bataille qui, sans eux, s’engage à ce moment aux portes de Paris. Aussi, selon leur habitude, se bornent-ils à faire peser sur la population de lourdes réquisitions, à piller les maisons abandonnées, à souiller d’ordures le drapeau et le buste de Napoléon qui décorent la salle d’honneur de la citadelle. Cette ville et ses inestimables trésors d’architecture leur appartiennent, leur resteront toujours, pensent-ils ; pourquoi les détérioreraient-ils?
- Mais lorsque la rude poussée de Joffre a fait reculer les autres jusqu’aux bords de
- M. BRIENS
- Préfet du Pas-de-Calais
- l’Aisne, il leur faut, à eux, sortir d’Arras; il leur faut abandonner ces orgies où ils se vautraient pour se terrer dans des trous humides et froids. Arras leur revaudra cela. Us attendront un mois s’il le faut, au pied de leurs canons, mais ils auront leur vengeance.
- C’est le G octobre que le bombardement commence. Leurs howitzers sont placés à trois kilomètres de la ville. Us crachent sur elle une pluie de fer et de feu et, tout aussitôt, leurs pointeurs visent le haut et fier beffroi, l’orgueil d’Arras, qui dresse, à 75 mètres, le lion doré des ducs de Bourgogne. Mais, ce jour-là, la vieille tour nargue ses ennemis. Les obus l’effleurent, aucun ne la touche. Us tombent sur l’hôtel de ville, ils tombent sur la Petite-Place et la Grand’Place qui l’entourent, et c’est le cœur d’Arras même qui est écartelé. Ces deux places et cct hôtel de ville étaient l’un des plus purs spécimens que nous ayons gardé de l’art hispano-allemand. La barbarie tudesque est en train de les détruire. Lorsque le surlendemain les Arrageois sortent des caves
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- où ils se sont réfugiés, ils courent aussitôt à la Petite-Place. Un cri d’horreur s’échappe de leur gorge; des larmes de colère mouillent leurs yeux. Seul, le beffroi reste debout. L’hôtel de ville auquel il s’accote n’est plus qu’une vision d'horreur : son toit immense, à trois étages de lucarnes, s’est écroulé ; les sculptures de ses façades sud-ouest et nord ont été comme rabotées ; la façade est a perdu sa belle loggia, ses délicates fenêtres ogivales, ses rosaces menuisées. Ce n’est plus qu’une lèpre hideuse.Sur la Petite et la Grand’PIace, les maisons à [lignons et à galeries se sont écroulées. La rue Saint-Géry n’est plus qu’un amas de décombres. Tous les édifices ont été touchés. La préfecture, que M. Briens, préfet du Pas-de-Calais, avec un calme courage, persiste à habiter, a eu son toit défoncé ; la cathédrale, ses voûtes crevées en deux endroits. Les hôpitaux mêmes n’ont pas été épargnés. A Saint-Jean, un obus est tombé tandis qu’on descendait les blessés dans les caves. Il a tué un blessé et deux religieuses.
- Puis, peu à peu, la rafale s’apaise. Vers le 1G octobre, les bourreaux d’Arras se reposent. Il leur faut reprendre haleine pour le der-
- nier effort, celui qui couronnera leur forfait. Le beffroi reste toujours debout. Ils l’abattront. Des « Tauben » viennent repérer soigneusement la place, et le 23 octobre, les artilleurs de l’empereur des vandales commencent à le prendre pour cible. Deux heures durant, ils s’acharnèrent contre lui. Enfin, à onze heures moins six exactement, la vieille tour s’écroule tout d’une pièce. Le crime est consommé. Non, pas encore. La Grand’PIace n’a encore que peu souffert. Il faut, elle aussi, qu’elle disparaisse, et encore la rue Aubert, où se pressent les riches magasins, la vieille porte fortifiée. La cathédrale est plus résistante, mais la maison des vieillards leur permettra d’accumuler, avec plus de certitude, les ruines et les morts.
- Cette fois, les Barbares ont parachevé leur œuvre. Arras n’est plus qu’un cimetière, une Pompéi plus farouche. Les habitants fuient cette horreur et cette dévastation. Us vont dans les campagnes environnantes attendre que se dénoue la lutte épique qui depuis plus d’un mois a fait de leur chère cité l’enjeu de la victoire. Et le préfet stoïque restait toujours à son poste...
- Maubeuge succombe glorieusement
- Sur tout le développement de notre frontière du nord, une seule forteresse veille, sentinelle avancée de la France ; c’est Maubeuge. Ses forts modernes lui permettent à elle seule, sinon de résister longuement à la formidable machine de guerre qui s’avance, du moins de retarder sa marche.
- C’est le ‘24 août. La ligne des alliés vient d’être rompue de Mous à Charleroi. Une
- fraction de l’armée du kronprinz s’arrête devant Maubeuge. Dans la ville, la population a obéi aux ordres du gouverneur; toutes les bouches inutiles ont été renvoyées. La garnison, qui est assez forte sans être considérable, a reçu sa consigne : tenir le plus longtemps qu’il sera possible. Elle attend le choc; il est tout de suite formidable.
- Les Allemands ont amené les monstrueux
- LES EFFETS DE L'ARTILLERIE DE SIÈGE ENNEMIE SUR UNE COUPOLE DE L’UN DES FORTS
- DU CAMP RETRANCHÉ DE MAUBEUGE
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- obusiers autrichiens ; des plates-formes bétonnées les attendent, depuis quatre ans, sur les plateaux voisins. La partie n’est pas égale. N’importe, nos artilleurs, nos fantassins resteront quinze jours sous leurs coupoles ébranlées, puis disloquées. L’arsenal saute, on se réfugie dans les casemates encore intactes. Enfin, le 7 septembre, après quinze jours de siège, le dernier canon réduit au
- silence, la dernière redoute démantelée, la garnison de Maubeuge dépose les armes.
- Et tandis que l’héroïque phalange s’éloigne sur la route de l’exil, là-bas, sur les bords de la Marne et de l’Ourcq, ses frères d’armes ont brisé l’élan de l’envahisseur; ils commencent à lui reprendre, lambeaux par lambeaux, le sol sacré de leur patrie, en le repoussant jusque sur les rives de l’Aisne.
- Lille occupée deux fois par l’ennemi
- Lille, la capitale de la Flandre française, le centred e notre activité industrielle dans le nord, le nœud d’importantes voies ferrées, ne pouvait manquer de tenter la cupidité des hordes germaniques.
- Dès la fin août, dès qu’ils sont les maîtres des routes qui conduisent de Belgique en France, ils accourent vers Lille.
- Selon leur habitude, le 31 août, ils font annoncer leur arrivée par un lieutenant de hussards, un certain von Op-pel qui, comme par hasard, avant la guerre, menait à la Garenne, aux portes de Paris, l’existence ouverte d’un placide représentant en lampes électriques, mais cachait son vilain rôle d’espion.Notre homme revint le 2 septembre, cavalcadant à la tête de"quinze cents hommes. En conquérant, il prend possession de la mairie, où ses allures de lansquenet ne parviennent pas à troubler la froide énergie de l’honorable maire, M. Delesalle.
- Puis il se précipite à la préfecture, fait irruption dans l’appartement du préfet M.Trépont, qu’il saisit à la gorge et pousse contre le mur. 11 lui reproche d’avoir continué à opérer la mobilisation. Il va le faire fusiller. Déjà il a appelé quatre hommes ; les fusils se sont couchés. Le préfet, impassible, attend l’ordre. Un témoin de la scène, M. Piquet, professeur d’allemand à l’Université, intervient. Il remontre au farouche von Oppel qu’il va commettre une « gaffe » irréparable, en fusillant un préfet, une
- « excellence ». Ce mot trouble le soudard. Le préfet est sauvé, mais il était temps !
- Le lendemain, un colonel prend la direction des troupes. Pendant les quatre jours qu’elles séjourneront, elles se contenteront de célébrer par des beuveries les victoires
- germaniques. Les Lillois et tous leurs biens seront — on a de la peine à le croire — respectés.
- Un mois se passe. La fortune des armes a tourné. Menacés d’enveloppement, les Aile-mands comprennent qu’il leur faut ressaisir Lille pour conserver leurs communications.
- Une première fois, le 4 octobre, ils tenteront une double surprise. D’un côté, un train blindé amène trois cents uhlans jusqu’aux approches de la gare. Nos territoriaux les accueillent à coups de fusil. Les uhlans rebroussent chemin et, pour se venger, incendient Fives. De l’autre côté, trois mille hommes débouchent du boulevard Roubaix-Tourcoing. Trois cents chasseurs à pied énergiques suffisent à les il mettre en fuite.
- Alors, puisqu’il leur faut Lille, ils recourront à leur suprême, à leur irrésistible ressource. Us la bombarderont. Pendant trois longs jours, presque sans répit, ils feront pleuvoir sur la ville, l’ouragan de fer et de feu qui les a déjà rendus maîtres de Louvain, d’Anvers, de Reims. Les plus riches quartiers, les rues Faidherbe, Nationale, Léon-Gambetta, la Grand’place, le musée des Beaux-Arts, l’église Saint-Maurice seront dévastés
- M. TllÉPONT M. DELESALLE
- Préfet du Nord. Maire de Lille.
- LE LIEUTENANT VON OPPEL
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- par le fer et par le feu. Puis, cette « préparation » terminée, ils lanceront trente mille hommes sur cette ville ouverte que garde une poignée de territoriaux. Lille, la grande,
- l’opulente cité, doit subir l’ignoble violence. Pour la seconde fois elle devient la proie des Barbares. D’après des renseignements dignes de foi, ils s’y conduisent assez humainement.
- Les combats au nord de la France
- La prise de Lille coïncide avec le mouvement dessiné par l’ennemi pour répondre, ainsi que nous le signalons dans un précédent chapitre, à la continuelle extension de notre ligne vers la mer du Nord. Mais, si rapide qu’ait été sa contre-manœuvre, elle ne peut nous empêcher de tendre la main à no salliés anglais et belges et d’ap-
- combat de rues. Les Allemands se retranchent à l’intérieur des maisons. Pour les en déloger, il faut abattre des villages à coups de canon. Cependant, malgré cette résistance, nous réussissons d’abord à maintenir nos positions puis à gagner du terrain entre Armentières et Lille, où nous occupons Fleurbaix, et au nord de la Bassée, où nous
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- LA REGION COMPRISE ENTRE SAINT-OMER ET LILLE
- puyer l’extrémité de notre aile gauche au rivage même de la mer du Nord.
- Alors, se voyant impuissants à nous tourner, les Allemands vont tenter de nous percer. Le premier contact aura lieu le 11 octobre, dans la région de Bailleul. Ce sont les Anglais qui le subissent et le repoussent. L’ennemi leur abandonne la rive gauche de la Lys, et le 18, nos alliés reprennent Armentières. Les jours qui suivent, l’action s’étend vers le sud. Les forces franco-anglaises rencontrent une forte opposition dans la région de la Bassée. C’est un
- enlevons Fromelles, puis au sud, où nous nous" emparons de Givenchy.
- Dans les derniers jours d’octobre, une accalmie se produit sur cette partie de notre aile gauche. Les Allemands ont porté leur effort sur l’Yser, entre Nieuport et Dixmude. Mais lorsqu’à la mi-novembre ils voient toutes leurs tentatives brisées pour gagner par cette voie Dunkerque et Calais, ils se rejettent sur la Lys. Ils nous y retrouvent avec nos vaillants amis anglais, et d’Armentières à la Bassée, leurs attaques furieuses se brisent toujours contre un mur d’airain.
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- LA GUERRE DANS LES AIRS
- L’aéronautique
- puissant auxiliaire des armées combattantes
- Dans les premiers jours de novembre, alors que la bataille faisait rage dans les Flandres, Maurice Farman, le réputé constructeur d’aéroplanes, me disait :
- « Au début de la guerre, personne, dans l’armée, n’y croyait. Un mois après, on s’aperçut qu’il existait. Aujourd’hui, l’état-major déclare qu’il est indispensable. » Et,^en fait, l’avion se sera montré, au
- Oui et non ! Nos pilotes, militaires et civils étaient convaincus, ardents, intrépides et maîtres en leur art ; les appareils étaient bons, mais, je le répète, on ne croyait guère en haut lieu à l'aviation. Et notre cinquième arme, qui avait reçu, voici bientôt trois ans, une bonne impulsion avec le général Roques —- tombé des premiers au champ d’honneur — fut, par suite, un peu trop... administra-
- L’AVIATEUR POPULAIRE VÉDRINES, le HÉROS DE PARIS-MADRID,
- RENDANT COMPTE A SON CAPITAINE DES RÉSULTATS D’UNE RECONNAISSANCE AÉRIENNE
- cours de cette terrible guerre, le plus précieux auxiliaire de nos généraux. C’est bien simple d’ailleurs : il a presque complètement remplacé et supplanté nos vieux éclaireurs. Au moment où j’écris ces lignes, une bonne partie de la cavalerie française lâche le cheval, prend le fusil, et rentre dans la ligne, - toujours la reine des batailles !
- Notre aéronautique militaire était-elle prête lorsque la mobilisation fut ordonnée?
- tivement conduite ! Mais il nous est agréable de revoir à sa tête le général Ifirschauer. Déjà, comme colonel, cet ollicier éminent avait fait preuve de toutes les qualités requises. Le général Ifirschauer croyait en l’aviation. Et c’est là la vertu primordiale nécessaire pour mener une chose à bien. Enfin, l’homme « connaît son métier », il est de la partie, s’il est permis de s’exprimer ainsi et... on ne lui en conte pas!
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- QUELQUES TYPES DE DIRIGEABLES FRANÇAIS
- Notre flotte aérienne, dont il n'a jamais été parlé dans les communiqués officiels, semble avoir
- accompli de bonne besogne.
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- LA GUERRE DANS LES AIRS
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- Ce « chef » ainsi présenté, passons rapide- — ment la revue du matériel. Rapidement et discrètement, on le comprendra. Ce n’est pas le moment, en effet, d'étaler au grand jour le nombre et les qualités de nos effectifs aériens.
- D’ailleurs la censure ne nous le permettrait pas.
- En ce qui touche nos dirigeables, nous ne pensons pas trahir les secrets de la défense nationale en avouant notre infériorité vis-à-vis de l'Allemagne. Aussi bien, d’ailleurs, cet aveu ne peut être pénible. Si, en effet, la campagne de 1914-15 paraît devoir .être le triomphe du « plus lourd que l’air », elle semble bien aussi marquer une déchéance assez sensible du « plus léger ».
- Est-ce à dire que nos grands croiseurs aériens aient été inutiles? Non pas ' Nous savons à leur actif quelques beaux exploits.. . reconnaissances audacieuses et destruction de ponts et voies stratégiques, effectuées à la faveur de nuits, calmes.
- L ’ A djudan 1 - Vincenot, le Montgoljicr, le Fleuras et l’éclaireur Conté rivalisent dans l’Est et dans le Nord. Il nous faut malheureusement porter comme tombée au champ d’honneur, aux environs de Reims, une de nos belles unités : le Dupuy-de-Lôme.
- Encore ce dirigeable fut-il la victime d’un déplorable accident survenu pendant qu’il exécutait une mission, accident dont la responsabilité a en vain été recherchée, mais qu’on finira bien par découvrir un jour.
- Le ballon sphérique, retenu captif, n’est pas sans rendre de grands services à notre armée. Certes, l’avion lui est préférable et préféré, mais le vieux captif fait encore partie du matériel.
- Rien placé, un peu à l’arrière d’une batterie, il est pré-
- cieux pour le réglage du tir. On connaît la manœuvre. Un officier monte à bord de la nacelle armé d’une puissante jumelle et d’un appareil téléphonique relié au chef de batterie. La longue-vue lui permet de suivre l’obus dans sa chute sur le but ennemi ; le téléphone a crié au pointeur « trop long », « trop court », « un peu à droite », « un peu à gauche ». Grâce à l’observateur du captif, un tir est habituellement réglé en trois ou quatre coups, pas davantage.
- Quelques-uns de ces aérostiers - observateurs se sont conduits en véritables héros. On a notamment’rendu hommage à la vaillance et au sang-froid du sergent Tourtay qui, dans la plaine située à l’ouest d’Uesten (Belgique), demeura dans sa nacelle pendant toute une journée, ne cessant pas de signaler les mouvements et les nouvelles positions de l’artillerie ennemie malgré les “tau-ben ” qui ronflaient au-dessus de sa tête, les canonnades et les feux de salve, qui, d’en bas, étaient dirigés vers lui. C’est miracle qu’il n’ait point été tué.
- NOS AÉROPLANES
- Deux types d’avions se disputaient, avant les hostilités, la faveur des armées européennes : le biplan, le monop m. L’un et l’autre avaient leurs partisans. Le monoplan se targuait de sa rapidité et on le voyait très bien comme éclaireur. Le biplan affirmait que ses qualités de vitesse étaient à peu près semblables et qu’en outre, il pouvait enlever une charge bien plus considéra ble ; aussi on en parlait comme d’un sérieux engin de combat...
- A cette époque, il était difficile de départager les deux adversaires
- LE GÉNÉRAL IIIRSCIIAUER
- Directeur des services aeronautiques de l armée française.
- MITRAILLEUSE INSTALLÉE ABORD D’UN AÉROPLANE POUR DONNER LA CHASSE AUX “ TAUBEN ”
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- et nous n’avions comme ligne que les prouesses sportives réalisées.
- A bord d’un monoplan, les Garros, les Brindejonc des Moulinais avaient franchi les mers et volé au-dessus de l’Europe à de fantastiques allures. Mais, sur un biplan, un Fourny avait tourné sur des aérodromes, du lever au coucher du soleil, aux plus longs jours d’été, sans reprendre terre, sans se ravitailler, emportant en essence, en huile, des centaines de kilos de charge — cela à la vitesse d’un train rapide. Enfin, les défenseurs du biplan sortaient cet ultime argument, juste d'ailleurs : le champ de visibilité
- de l’observateur est beaucoup plus grand dans cet appareil qu’à bord d’un monoplan.
- La cause en était là le 2 août et nos armées partirent en campagne avec un nombre à peu près égal d’avions des deux types.
- Depuis, monoplans et biplans, hâtons-nous de le dire, n’ont cessé de se couvrir de gloire..
- Un communiqué olliciel nous a appris qu’ils furent « l’œil aérien de notre artillerie, le plus précieux, le plus eflicace collaborateur de l’incomparable 75 ».
- Mais, dire/,-vous, la supériorité de l’un ou de l’autre type d'appareils a-t-elle été établie? Peut-être est-il un peu tôt encore pour juger sans appel, mais il est permis de constater ceci à l’actif de l’avion lourd : les commandes actuelles, urgentes à livrer pendant
- la guerre, portent surtout sur des biplans.
- Parmi les appareils choisis, les Farmans et les Voisins ont déjà fait leurs preuves.
- Ces appareils emportent aisément un pilote, un observateur, une mitraillèuse légère et deux cents kilos de bombes, de munitions ou de fléchettes.
- L’observateur ou le mitrailleur, placé ici très en avant, en dehors des plans, dispose d’un champ de vue incomparablement plus étendu que son collègue en monoplan, lequel est gêné, à droite et à gauche de l’appareil, par les ailés, à l’avant par la rotation de l’hélice.
- Un monoplan toutefois, le Morane-Saulnicr parasol, a obvié à ces inconvénients. Là, le pilote et l’observateur se placent dans un siège] pendulaire, sous les
- ailes. La liberté d’observation est ainsi! complète. Nos biplans français possèdent-, sur les biplans allemands un gros avantage ::
- ils ont leur hélice à l’arrière.. Cette disposition est très importante pour un avion de-combat . L’hélice à l’avant,, adoptée par les constructeurs, allemands, est une gêne considérable pour le tir de la mitrailleuse . Nos ennemis s’em sont rendu compte un peu tard.. On peut même s’étonner qu’ayant si patiemment et sii soigneusement préparé la guerre, ils n’aient point prévu eet in-
- MONOPLAN BLÉRIOT
- MONOrLAN-TOIU’II.LE ItUBY
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- convénient ])our leurs escadrilles aériennes. Les officiers aviateurs allemands faits prisonniers reconnaissent. ce désavantage. Pourtant ils avaient assez, ces dernières années, copié, mensuré, photographié les appareils exposés au Grand-Palais des Champs-Elysées, lors des salons de l’aéronautique !
- En avons-nous rencontré alors de ces grands garçons blonds, en pardessus jaunes ou kaki, portant souvent lunettes et qui, dès l’ouverture des portes de l’Exposition, déambulaient de stand en stand.
- L’après - midi, il y avait trop d e m onde à leur gré, on ne les apercevait pas. Sans doute ils remplissaient ailleurs leur mission d ’ espionnage, repérant les bons endroits où, plus tard, leurs « tauben », oiseaux sinistres, viendraient jeter des bombes.
- Cela d’ailleurs ne les servit que bien peu.
- En août, en septembre, alors (pie nous nous organisions, quelques-uns de ces maudits appareils vinrent jusqu'au zénith de Paris... Mais ces temps sont révolus. Depuis octobre, la capitale est débarrassée de ce souci. Cela coïncida d’ailleurs avec le retour à la tête de nos services militaires d’aviation du général Ilirschauer. Au début de la guerre, nos escadrilles de chasse se tenaient à Issy-les-Moulineaux; c’était trop loin, trop à l’ouest
- de Paris. Depuis, un camp d’aviation a été organisé entre Compïègne et... la barrière. Le commandant Girod, député du Doubs, le dirige. Et il y a là q uelq ues-uns de nos aiglons qui savent si bien regarder le«pi-geon » allemand en face, que celui-ci s’enfuit à th’e d’ailes, dès qu'il aperçoit, ses serres ouvertes, le rapace français prêt à fondre sur lui.
- RIPLAN CONSTRUIT A CIIALA1S-MEUDON Cet appareil militaire est muni de deux moteurs accoujdés actionnant deux lu lices ; il est blindé et armé d'une mitrailleuse.
- L'escadrille aérienne de l'Angleterre
- L’Angleterre, notre chère alliée, si lière, si orgueilleuse à bon droit de sa flotte, rêvait aussi d’une escadre aérienne imbattable. La guerre est venue la surprendre en pleins préparatifs, en pleine organisation.
- Mais, déjà, son escadrille aérienne n’est pas à dédaigner. A l’exemple des autres nations, l’Angleterre n’a pas encore choisi, à titre définitif, entre le plus léger et le plus lourd que l’air. Elle utilise l’un et l’autre.
- Comme dirigeables, elle possède des types souples de cube moyen, du genre Delta, pouvant rendre quelques services comme éclai-
- reurs. Une forte unité, construite en France, par la maison Astra, est également en la possession de nos voisins. Ce dirigeable a même réalisé une vitesse de 82 km à l’heure.
- Voici, au surplus, l'état des dirigeables anglais en service au début de la guerre, état dressé par le Naval animal.
- N° 4. — Aéronat construit en France, cubant 10.000 me. Moteurs réalisant une force de 360 chevaux. Ce dirigeable a donné aux essais 68 km à l’heure.
- N° 3. — Dirigeable Astra, un peu moins gros que le précédent, mais plus rapide. La
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- force motrice est de 400 chevaux et aux essais la vitesse officiellement enregistrée a atteint 82 km 5 à l’heure.
- N° 2. — Dirigeable de petit cube, 1.000 m. Est actionné par un simple moteur de 40 chevaux. Réalise malgré cela 55 km à l’heure. Ne peut être employé que pour de faibles reconnaissances.
- Eta. — Dirigeable de 3.500 me; 180 che-
- vaux de force. Vitesse d’essais : 73 km à l’iieure. Peut faire beaucoup plus.
- Delta. — Dirigeable de 5.300 me; moteur de 180 chevaux. A donné 71 km à l’heure.
- Gamma. — Cube 3.400 m ; moteur assez faible : 60 chevaux et ne réalisant pas plus de 45 à 47 km à l’heure.
- Bcta. — Petite vedette aérienne de 1.200 mètres cubes, actionnée par un quatre cylindres de 50 chevaux, déjà vieux, et arrivant à 50 km à l’heure.
- En ce qui concerne les avions, l’Angleterre fut surtout tributaire de la France au cours de ces dernières années. Mais elle commence à construire elle-même et fort bien. Au dernier meeting des hydro-aéroplanes de Monaco, l’Angleterre s’adjugea une belle victoire internationale avec le biplace Sopsu iifi, entièrement conçu et construit chez elle... Pour éclairer ses escadres, le gouvernement du Royaume-Uni possède de nombreux biplans Farman à llot-teurs qui se comportent bien.
- Quant à ses pilotes, ils ne le cèdent en rien à leurs camarades français. Audacieux et froid, épris d’aventures, le caractère anglais s’adapte parfaitement à la navigation aérienne, laquelle n’est pas sans analogie avec la navigation maritime. Et ce n’est pas là une simple affirmation platonique. N’est-il pas encore présent à toutes nos mémoires ce raid particulièrement audacieux des trois officiers de la marine royale anglaise au-dessus de l’usine des Zeppelins, au bord du lac de Constance?
- Un beau matin, trois avions pilotés par les
- lieutenants Briggs, Babington et Sippe s’enlevaient de Belfort. Vaillamment, ils suivaient le Rhin, parvenaient, après s’être séparés, au-dessus de Friedrichshafen et criblaient de bombes l’usine et les hangars.
- L’Allemagne dut reconnaître que cette aventure plutôt inattendue lui coûtait un matériel détruit et un super-Zeppelin « ko-lossal » presque complètement anéanti.
- Ce fait d’armes comptera dans l’histoire de la campagne de 1914.
- B n’est d’ailleurs pas unique. Déjà deux des aviateurs précités avaient lancé et détruit, croit-on, un dirigeable, à Dusseldorf.
- La « méprisable petite armée » du général French possède tout au moins d'excellents aviateurs. Les Allemands auraient vraiment mauvaise grâce à le nier.
- Maintenant, comme le disait le lieutenant Briggs à l’officier allemand qui le fit prisonnier à Friedrichshafen : « Tout cela
- n’est que le commencement ! » L’Angleterre est tenace, elle sait ce qu’elle veut, elle a l’habitude de pousser jusqu’à l’extrême limite les aventures dans lesquelles elle se lance de sang-froid.
- Nous ne pouvons donner des précisions sur ses préparatifs, pas plus que sur les nôtres. Mais nous en savons quelques-uns qui ne feront pas rire nos ennemis communs. Dans tout le Royaume-Uni, magnifiquement uni et splendidement courageux, tous ceux qui ne s’enrôlent pas travaillent ! Les jour-
- naux de Londres ne cultivent pas le « bluff » comme ceux de Berlin. Ils n’annoncent pas à tous les échos « qu’une flotte de cinquante Zeppelins est prête... » Disons seulement que si, par hasard, profitant de quelques circonstances atmosphériques exceptionnelles, deux ou trois rigides réussissaient à franchir le bout de mer du Nord qui sépare la côte belge des falaises de Douvres, ils trouveraient à qui parler avant même de se trouver au-dessus de la terre ferme — ce n’est pas pour rien que les hydravions ont été inventés.
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- Avant l’ouverture des hostilités, l’aéroplane de mer était discuté, comme les autres. Depuis, on s’est aperçu qu’il pouvait être utile.
- Un exemple pris entre cent :
- Un beau jour, le Breslau fit son apparition aux environs de Sébastopol. Déjà, il avait tiré sans succès quelques kcoups de canon. Les
- forts répondirent, mais voici que des hydro-aéroplanes russes s’élancèrent, passant au-dessus du croiseur allemand et lâchèrent quelques bombes. Cela suffît. Le Breslau en reçut une sur une cheminée, et il prît la fuite.
- La guerre aérienne, au-dessus de la terre ou au-dessus des flots est aujourd’hui un fait.
- Les Russes combattent aussi du haut des airs
- Nos amis les Russes furent des premiers à suivre l’exemple de l’armée française et à créer un corps militaire aérien de dirigeables et d’aéroplanes.
- Pour les dirigeables, l’état-major de Petrograd — en ce temps-là Saint-Pétersbourg — s’adressa chez nous. La maison Astra, d’Issy-les-Moulineaux, reçut diverses commandes qu’elle livra voici trois ou quatre ans. A ce moment-là aussi, les ateliers Lebaudy, à Moisson, près de Mantes, travaillèrent activement pour la Russie.
- Bien vite nos alliés s’initièrent aux secrets de la construction et depuis longtemps déjà le « rayon spécial » de l’aéronautique est prévu dans leurs arsenaux.
- C’est encore la France qui eut le grand honneur d’être choisie comme initiatrice — et d’ailleurs il n’en pouvait être autrement — lorsque l’aéroplane survint. Toutes nos écoles : Blé-riot, Morane, Far-man, Nieuport, Deperdussin reçurent des élèves russes et les commandes affluèrent. Pendant un temps on ne travailla dans nos usines que pour la Russie. Quant aux pilotes, ils devinrent très rapidement des maîtres. Je ne jurerais même pas — si j’en crois certains renseignements personnels — que l’audacieux exercice de la boucle ne fut pas exécuté par un lieutenant russe, un peu avant notre célèbre Pégoud.
- A Petrograd, diverses usines construisent maintenant des avions. L’une d’elles détient même un record, fort enviable, celui d’avoir établi le premier grand aérobus.
- L’ingénieur Sikorsky avait mis au point, u début de cette année, un avion monstre qu’il dénomma l’Ilia-Mouramctz.
- Cet appareil géant, du genre biplan, comporte 37 mètres d’envergure, 20 mètres de longueur et 182 mètres carrés de surface portante. Quatre moteurs de 100 chevaux, soit au total 400 chevaux, l’actionnent. Chaque moteur commande une hélice et ces
- hélices sont placées par paire de chaque côté du fuselage. Une véritable cabine, laquelle peut être blindée, se trouve placée entre les deux plans. Lors des essais, seize personnes purent y prendre place, £<; avec cette charge l’avion monstre prit facilement son essor. Depuis, ce léviathan des airs a entrepris plusieurs voyages heureux avec de nombreux passagers. L'Ilia-Mourametz doit certainement, à l’heure actuelle, rendre de grands services à nos alliés. Ses dimensions et sa surface portante lui permettent d’emporter un grand nombre de bombes.
- Mais il n’emporte pas que des bombes.
- Car ici il nous faut parler d’une nouvelle arme, i n g é n i e u s e m ent créée en France, au début de la guerre, arme copiée et adoptée depuis par tous les belligérants.
- Il s’agit de la fléchette d’avions. Ces fléchettes, hautes de 7 à 10 centimètres, grosses comme un petit crayon d’écolier, pèsent de 17 à 20 gr.; très acérées, elles se lancent à la poignée. Les effets produits sont merveilleux.
- Un de nos amis, actuellement sur le front, nous donnait, le mois dernier, des renseignements fort intéressants à leur sujet :
- De 2.000 mètres de hauteur — altitude moyenne à laquelle se tiennent les aéroplanes pour éviter les balles —- ces fléchettes arrivent au sol avec une vitesse de 130 à 140 mètres par seconde. Lorsqu’elles atteignent un homme, elles tuent généralement. Malgré le cuir bouilli des casques allemands, elles pénètrent dans le crâne de six à sept centimètres. Dans le corps, elles disparaissent complètement, causant d’horribles blessures presque toujours mortelles.
- On a vu des fantassins allemands littéralement cloués au sol, la fléchette aérienne leur étant tombée sur le pied.
- D’abord employées par nos aviateurs et nos amis les Russes, ces fléchettes sont maintenant copiées par l’armée du kaiser. Même
- DIRIGEABLE, TYPE “ASTRA”,
- EN SERVICE DANS L’ARMÉE DU TSAR
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- d'aKUOI'DANK G KANT DK 1,’lNGÉNIEUlt SIKOltSKY
- On assure que cet appareil, qui peut enlever sept ou huit personnes, sert aujourd'hui à effectuer certaines reconnaissances difficiles ordonnées par le général Soukhomlinoff.
- par une lourde ironie, elles portent cette mention gravée sur leur tige :
- Invention franeaise Fabriealion allemande
- C'est d'un goût un peu douteux, évidemment, mais si cela les amuse !...
- Nous ne connaissons pas exactement le nombre d'avions actuellement en service dans les armées du tsar; il doit être assez élevé si l’on en juge par les nombreux exploits que les pilotes accomplissent journellement en Prusse orientale, en Galieie et sur le théâtre russo-polonais des hostilités.
- L’un des « maîtres de l’air » qui a rendu, jusqu’ici, les plus 'grands services à nos alliés est un de nos compatriotes, l’aviateur Poirée. Il a exécuté des vols particulièrement audacieux au-dessus des lignes austro-allemandes, et l'empereur Nicolas, émerveillé par sa vaillance et son sang-froid, a tenu à le décorer, de sa propre main, de la croix de Saint-Georges, sur le champ de bataille.
- Poirée était mobilisable en France, mais comme il se trouvait en Russie au moment où éclata la guerre, il demanda à s’engager dans l’armée alliée, pensant, de cette façon, servir tout aussi bien son propre pays.
- Les Belges ont également des aéroplanes
- La Belgique, petite de territoire, grande de cœur, ne songeait pas à la guerre... Aussi bien son armée de l'air était-elle peu nombreuse lorsque les envahisseurs se montrèrent à leur frontière de l’est.
- Très sportifs, nos bons amis du Nord, devenus un peu nos sauveurs, n’avaient cependant pas voulu'laisser passer le mouvement aérien sans s’v mêler étroitement.
- Je me souviens d’avoir vu aux expositions bruxelloises d’automobiles des engins aériens quelque peu bizarres, qui ne volèrent jamais ailleurs que dans l'imagination de leurs inventeurs. Seule, l’intention était à retenir.
- Mais pour ne pas être en retard, quelques riches sportsmen bruxellois se commandèrent en France des axions, et on les vit parfois, au zénith du boulevard Anspach. Au siège de Liège, ils tirent quelques reconnaissances extrêmement audacieuses.
- A Anvers, au moment du siège, ils n’étaient malheureusement pas nombreux et encore peu organisés ; ils ne purent s’opposer à la visite meurtrière du Zeppelin.
- Depuis, les quelques aviateurs militaires belges, mobilisés, sont passés en France. Ils servent maintenant dans les Flandres, où ils rendent de signalés services aux alliés.
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- Par contre, s’ils n’ont pas beaucoup d’avions, ils possèdent maintenant quelques excellents chasseurs d’oiseaux noirs...
- Le baron de Ca-ters. par exemple, s’est fait installer sur une automobile blindée, un léger canon spécial permettant le tir presque vertical, et dès qu’un Taube ou un Aviatick est signalé dans le champ de ses opérations, il se met en chasse. Quelques-uns de ses
- amis l’ont imité et ils ne désespèrent pas d’avoir, à la fin des hostilités, un joli « tableau » à inscrire sur leurs tablettes.
- Un dirigeable, la Ville - de-Bruxelles, ne devait pas être en très bon état lorsque la guerre éclata. D’ailleurs, il n’était pas d’un piodèle très récent. La Hotte aérienne belge ne pourra, en somme, être citée que pour mémoire dans le gigantesque conflit européen de 1914.
- La flotte aérienne de VAllemagne est nombreuse et puissante
- Kolossal, le mot favori de Berlin!... Tout chez nos ennemis doit être kolossal ! Leurs atrocités comme le reste ! Il ne faut donc que médiocrement s’étonner d’entendre leurs gazettes proclamer que la flotte aérienne allemande est formidable et que les « Zpelins » sontpe capables de détruire, sinon le monde, tout au moins Londres et Paris... Si nous en jugeons par leurs exploits jusqu’à présent réalisés!...
- Avec leur manie habituelle du bluff grossier, ils laissent également entendre que depuis la guerre la construction des dirigeables est à ce point poussée que plus de cinquante Zeppelins sont prêts à prendre l’air.
- Nous prennent-ils pour de grands enfants naïfs?
- Passons-la en revue, la flotte aérienne allemande.
- Au commencement d’août, elle se composait des unités suivantes, sauf omission :
- Z.-I. — 19.500 me, 411 m de llong, 14 m 80 de diamètre, 450 chevaux de force,
- 4 hélices. Vitesse, 77 km à ’ heure.
- En station à Metz.
- Z.-II. — 17.800 me, 148 m de long, 14 m de diamètre,
- 450 chevaux de force, 4 hélices. Vitesse, 76 km à l’heure.
- En station à Cologne.
- Z.-111. — 17.500 me, 148 m de long, 14 m de diamètre, 450 chevaux de force, 4 hélices. Vitesse, moyenne de 78 km à l’heure. Il se trouve en station près de Metz.
- Z.-IV. — 19.500 me, 141 m de long, 14 m 80 de diamètre, 450 chevaux de force, 4 hélices. Vitesse, 77 km à l’heure.
- En station à Dresde.
- Z.-V. — Mêmes caractéristiques et puissance que le Z.-IV.
- En station à Johannistal.
- Z.-VI. — Mêmes caractéristiques et puissance.
- En station à Leipzig.
- Z.-Vil. — 22.000 me, 156 m de long, 14 m 80 de diamètre, 800 chevaux de force, 4 hélices. Vitesse, 80 km à l’heure.
- En station à Potsdam. Z.-VIII. — Mêmes données, même puissance et même vitesse que le Z.-VII. Station ignorée.
- En outre, deux super-Zep-pelins étaient en construction et destinés à la marine.
- Le L.-III, de 27.000 me, 158 m de long, 16 m 80 de diamètre, faisant 85 km à l’heure, avec quatre moteurs et 800 chevaux de force.
- Le L.-IV, de 32.000 me dont la vitesse prévue était de 90 km à l’heure, avec 100 chevaux de force.
- Au total, on arrive à dix Zeppelins tout au juste.
- Depuis, il est vrai, l’usine travaille nuit et jour à Fried-richshafen. Mais, dans les meilleures conditions, elle ne peut produire qu’un dirigeable en trois semaines. Or, voici, au 10 décembre,|dix-huit semaines écoulées depuis la mobilisation. Si donc six croiseurs aériens ont pu faire
- T .F. COMTE VON ZEPPELIN Il a été appelé par le kaiser à commander l'escadre de dread-noughls qui portent son nom.
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- LES PRINCIPAUX TYPES D’AÉRONEFS MILITAIRES ALLEMANDS
- 1. zeppelin; 2. parseval; 3. vooii; 4. sciiütte-lang; 5. major gross; 6. schwaben.
- Depuis le début des hostilités, quelques-uns d'entre eux ont été détruits. Plusieurs « Zeppelins » notamment, ont été gravement endommages dans leurs hangars par les bombes de nos aviateurs.
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- jeurs essais sur le lac de Constance, c’est... kolossal ! Additionnons : 10 + 6 = 16.
- L’Allemagne possédait donc — théoriquement — seize zeppelins à la mi-décembre. Mais, sur ce nombre, il faut défalquer quelques unités, descendues par nos obus et ceux de nos amis de Belgique. Si donc ilreste là-bas une bonne douzaine de destroyers aériens, c’est à peu près tout.
- A cela, il est vrai, on peut ajouter quatre dirigeables civils : deux « Gross » et quatre « Parseval ». Mais ce sont des « souples » sans grande valeur militaire.
- 1 L’armement des Zeppelins a été très soigné. Tous possèdent des mitrailleuses légères placées dans les nacelles et sur une petite plate-forme spécialement aménagée à la partie supérieure du dirigeable.
- Cet armement est surtout prévu pour la défense contre les avions.
- Mais l’arme principale du Zeppelin, c’est la bombe, explosible ou incendiaire. Grâce à leur force ascensionnelle énorme, les rigides allemands peuvent en emporter une grande provision, deux tonnes au moins.
- Mais une question se pose : est-il facile d’employer au loin un dirigeable du genre Zeppelin? C’est douteux.
- Très judicieusement un de nos confrères anglais écrivait, ces temps derniers, à ce sujet :
- « Les plus grands Zeppelins sont supposés avoir une force ascensionnelle de cinq tonnes, non compris le poids du dirigeable. Mais celui de son équipage, combustible, huile, eau pour les radiateurs et toute l’artillerie et les munitions, entre aussi en ligne de compte.
- Les aéronats de 720 chevaux consomment environ deux cents litres à l'heure, soit, pour un voyage de cinq heures, une tonne bien comptée.
- Ils ne peuvent songer venir en Angleterre et regagner ensuite leur port d’attache en moins de dix heures, soit deux tonnes à prélever sur les cinq tonnes de force ascensionnelle.
- Si, en temps de paix, leur équipage se compose de vingt-cinq à trente hommes, en
- temps de guerre, il doit s’accroître d’une douzaine d’hommes au moins, soit une tonne. L’huile, l’eau, l’artillerie et ses munitions
- ne sauraient peser moins de 1.000 k. Le poids des bombes (20 de 50 k) pourrait dépasser une tonne, ce qui ferait les cinq tonnes de la force solide ascensionnelle.
- Dans un bombarde -ment sérieux, les grosses pièces de siège al-lemandes tirent quelques milliers d’obus. Il est peu probable que l’Allemagne, par ses aéronats, puisse faire de grands dégâts à une ville comme Londres, même si elle venait avec une flotte aérienne de dix dirigeables et pouvait parvenir à ses fins. Or, où trouver, même en six mois, à dix unités, une flotte assez nombreuse pour venir bombarder Londres du haut des cieux? »
- LEURS AVIONS
- Reconnaissons-le, leurs avions sont nombreux. Us sont également très bons, copiés sur les nôtres, et à peu près uniformément actionnés par des moteurs de 100 chevaux Mercédès, . moteurs d’automobiles allégés, à refroidissement par eau, capables d’un excellent service. Par contre, leurs pilotes ne valent pas les nôtres dans leur ensemble. Quelques-uns sont bons, les autres médiocres ! Aussi bien d’ailleurs l’oiseau allemand a presque toujours décliné la lutte, dès qu’il a aperçu en plein ciel l’oiseau de France.
- Avant la guerre, l’autorité militaire allemande partageait ses commandes, comme nous le faisions en France, entre les constructeurs de monoplans « Tauben », Etrich, Rumpler, Harlau, Ago, Jeannin, Gotha, D. F. W., etc., et les marques de biplans Albatros, Aviatick, D. F. W., Ago, Otto, L. V. G. et Wright.
- Suivant notre exemple, elle abandonne maintenant les « Tauben » et ne commande plus que des biplans aux trois usines Albatros, Aviatick et L. V. G. (Luftschift-Verkehr-Gesellschaft), situées à
- AVIATICK
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- Johannistal, près de Berlin, et dont la production est très abondante, surtout depuis le commencement des hostilités.
- Imités de nos Farman, ces appareils sont, je le répète, excellents. Leur, vitesse dépasse largement les 100 kilomètres à l’heure (de I1Ô à 125).Toutefois, ils sont moins maniables que les nôtres, et mont eut assez lentement (25 minutes environ pour 2.000 mètres).
- Les biplans français «grimpent » beaucoup plus rapidement. Et puis nous avons au volant des Garros, des Brindejonc, des Pégoud, des Védrines, des Rénaux, des Gibert, et toute l’admirable pléiade de nos officiers aviateurs.
- Cela est inégalable en Allemagne. La bière et la saucisse font à à nos ennemis la'digestion trop lourde !...
- Nous avons pour devoir, en terminant cet article, de rendre un hommage ému à la mémoire de ceux de nos pilotes de l’air tombés au cours des difficiles missions qui leur avaient été confiées par leurs chefs. Nous ne les connaissons pas tous, mais nous saluons bien bas ceux dont les noms ont été révélés : Marc Pourpe et le sénateur Reymond.
- Dans toutes les armées belligérantes, la « cinquième arme », comme nous disons chez nous, a été terriblement éprouvée. Il ne^se passe guère de journée sans que des
- dépêches nous annoncent que des avions ont été « descendus », aussi bien sur le théâtre occidental que sur le front oriental des hostilités. L’aéroplane est le nouvel ennemi qui s’est révélé, et l’on s’est ingénié à construire, pour l’abattre, les engins les plus variés,
- depuis des fusils à très longue portée, comme en Angleterre, jusqu ’à des canons spéciaux tirant presque verticaleme n t, comme en Allemagne.
- Chez nous, les canons de 75, braqués de certaine façon, suffisent à cette utile besogne, et nous pouvons dire que nous détenons le record des hécatombes d’avions. Quand on fera le dénombrement des «oiseaux» ennemis que nos projectiles sont allés blesser en plein ciel on pourra pleinement apprécier le tir de nos canonniers.
- La crainte de l’aéroplane a fait multiplier contre lui tous les moyens de défense : dans certaines villes, des mitrailleuses ont été installées sur des terrasses élevées, sur des tours, dans les clochers. A Paris, sur lequel les « tauben » avaient pris l’habitude, dans les premiers mois de la guerre, de venir lancer des bombes meurtrières, des vigies ont été placées sur certains édifices et, dès la chute du jour, des projecteurs puissants fouillent les profondeurs du ciel de leurs faisceaux lumineux. Auguste Wimille.
- UUMPLEB A AILERONS (tAUIîe)
- HYDRAVION I)E LA FLOTTE ALLEMANDE DE LA MER DU NORD
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- Quelques tableaux de la Guerre en France
- DE LA BONNE HUMEUR ET DE LA VAILLANCE !
- Ces deux chasseurs alpins, à demi enfouis dans leurs sacs de couchage en peau. de mouton, devisent gaiement, au fond de la tranchée où ils se sont réfugiés après le combat.
- Ces fantassins anglais, en plein centre de combat, ont également le sourire...
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- POSTE TELEPHONIQUE ANGLAIS DANS UN CANTONNEMENT
- ZOUAVES TRAVERSANT UN GUE POUR POURSUIVRE L’ENNEMI
- GROUPE DE GENDARMES ALLEMANDS CANTONNÉS A SAINTE-MENE11OULD (MARNE)
- Comme on le voit, ces messieurs ont posé complaisamment devant Vobjectif du photographe
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- QUELQUES T AB LE AU X DE LA (A ERRE EX FRANCE K KJ
- APRES UN COMBAT DK RUES EXTRÊMEMENT VIOLENT DANS UN VILLAGE DE 1,’aISNE
- Dans celle petite localité, les Allemands perdirent, en quelques heures, près de 200 des leurs.
- I/EKEROYAHLK CARNAGE DE IIEILTZ-LE-M AURUPT (MARNE)
- Les 6 et 7 septembre, la bataille fut particulièrement acharnée près de ce village; des rangs entiers d'Allemands furent fauchés par les balles françaises.
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- RÉQUISITION D’UN TROUPEAU DE CHÈVRES POUR LA NOURRITURE DES INDIENS
- ÉTUDIANTS DE 1,’UNIVERSTTÉ DE CAMBRIDGE SERVANT COMME ÉCLAIREURS
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- ANCIEN EMPLACEMENT D'UNE BATTERIE ALLEMANDE AU SUD DE REIMS
- Dans leur fuite, les ennemis ont abandonné un certain nombre de projectiles renfermés dans des sortes de paniers cylindriques, un peu comme des bouteilles de vin dans des paillons.
- LUGUBRES EPAVES PROVENANT D UN CIIAMP DE BATAI!,T,F,
- Mélancoliquement, des soldats opèrent un tri dans ce monceau d'armes et d'objets d'équipement.
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- UN MORT SOLITAIRE UNE TOMBE ISOLÏSE
- Soldat de la garde prussienne tué dans les bois Sur la sépulture"de cet-Allemand, on a disposé de Varrcddes (Seine-ct-Marne) des obus formant une croix.
- LE GENIE FRANÇAIS LANÇANT UN FONT SUR LA MARNE, EN AVANT DE MEAUX
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- Les vandales ont passé par là...
- LE “ CLOS”, PROPRIÉTÉ DE M. POINCARÉ, A SAMPKINY (lIKUSH)
- Sans aucune nécessite stratégique, les Allemands ont bombardé la demeure estivale du Président de la République et y ont causé des dégâts extrêmement importants. La première fois, leurs obus n'ayant pas produit les effets qu'ils désiraient, ils sont revenus à la charge pour parachever
- leur œuvre odieuse et stupidement inutile.
- LE CHATEAU DE CONDÉ, CANONNÉ ET INCENDIÉ PAR L’ENNEMI
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- LA RUE PRINCIPALE DF. REHAINVILLER (MEURTHE-ET-MOSELLE)
- LUNEVILLE A PART1CULIKHEMENT SOUFFERT DES PROJECTILES ALLEMANDS
- La synagogue incendiée et plusieurs maisons de la rue Castéra, complètement anéanties, x
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- QUELQUES TABLEAUX DE LA GUERRE EN FRANCE 409
- Trois incendiaires allemands dans une rue dévastée d'Etain (Meuse).
- nancy. — La cour de l'immeuble portant le n° 31 de la Les effets d'un obus à la porte d'en-rue Saint-Nicolas (bombardement des 9-10 septembre) . trée d'un casernement, à Soissons.
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- Ce que les projectiles des barbares ont fait de /'archevêché de Reims.
- On dirait que cette rue de la cité rémoise a été secouée par un violent tremblement de terre,
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- QUELQUES TABLEAUX DE LA GUERRE EN FRANCE 411
- Voici dans quel état les Allemands ont laissé le pavillon, de chasse de M. Gaston Mcnicr, sénateur de Seine-et-Marne, à VAllers-Cotterets.
- Les Teutons incendiaires ont également passé à ('hauni/ (Aisne).
- Une usine incendiée à Nogent-les-Vicrges, près de Creil (Oise).
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- ASPECT TERRIFIANT D’UN FAUBOURG DE SENLIS APRÈS LE BOMBARDEMENT ET L’iNCENDIE
- La jolie sous-préfecture de VOise, si vivante et si riante, offre aujourd'hui le plus effroyable spectacle de désolation qu'on puisse imaginer. Des rues entières ont été détruites par les incendiaires teutons et, ce que le feu a épargné, les vandales Vont abattu à coups de canon.
- H 2 LA SCIENCE ET LA VIE
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- QUELQUES TABLEAUX DE LA GUERRE EN FRANCE 413
- GROUPE DE MAISONS A SENLIS, LA CITE MARTYRE LA PLUS PROCHE DE PARIS
- Cette malheureuse ville fut incendiée systématiquement; le maire, M. Odent, et huit notables f urent arrachés à leur foyer et fusillés sous un prétexte futile.
- LE SALON DU CHATEAU D’aCY-EN-MULTIEN (OISE)
- Des officiers allemands étaient couchés dans celte pièce quand l'arrivée soudaine de nos troupes les contraignit de se lever précipitamment et de déguerpir
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Les Allemands ne sont pour rien dans la destruction du pont de Compiègne : c'est le génie français qui la fait sauter par nécessité stratégique.
- La petite ville d'Albert (Somme), autrefois si active et si florissante, n'est plus, aujourd'hui,
- qu'un lamentable monceau de décombres.
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- QUELQUES TABLEAUX DE LA GUERRE EN FRANCE 415
- Les ruines des usines Rocket-Schneider, à Albert (Somme).
- Les effets du bombardement allemand dans un faubourg de Douai.
- D’après l’Jllustrulioiu
- L'escalier d'honneur de l'hotel de ville d'Arras, effondré sous les obus.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- LE BUREAU DU COMMANDANT DARMES DE LA CITADELLE D’ARRAS
- Il a été pillé de fond en comble et le coffre-fort a été fracturé par les soldats du kaiser, qui espéraient y découvrir d'importants documents militaires.
- Dans la salle d'honneur du 3e génie, à la citadelle d'Arras, les Allemands ont lacéré un tableau représentant les différents faits d'armes auxquels le régiment a pris part.
- (Voir à la page 4i(.) nos illustrations sur la bataille des Flandres.)
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- LES BLESSURES DE GUERRE ET LES EFFETS DES BALLES DUM-DUM
- Par le Docteur Eugène ROCHARD
- CniRURGIEN DE L’HOPITAL SAINT-LOUIS
- Les blessures de guerre sont produites par deux grandes variétés de projectiles : les obus, qui sont lancés par les canons, et les balles, qui sont tirées par les fusils et les mitrailleuses. Ces deux sortes d’engins destructeurs ne produisent pas les mêmes lésions, et sans discuter ici la nature de ces différentes plaies, ce qui sortirait de notre sujet, on peut dire, d’une façon générale, que les blessures produites par les éclats d’obus et shrapnells sont beaucoup plus sérieuses que celles occasionnées par les balles, qu’elles proviennent des fusils ou des mitrailleuses.
- Ajoutons encore que le feu du canon est à l’heure actuelle beaucoup plus meurtrier que celui du fusil. On se bat à des distances de plus en plus considérables.
- Les soldats français se plaignent même de ne pas voir assez les Prussiens. On reçoit des obus d’une façon continue et à une distance de six, huit et quelquefois dix kilomètres, distance à laquelle un tireur ne peut atteindre parce qu’il ne voit pas son but; tandis que l’artillerie, dissimulée soigneusement derrière un abri, grâce au tir indirect, renseignée par les avions, envoie des projectiles à des distances énormes.
- Les plaies par éclats d’obus diffèrent de gravité suivant le volume du corps frappant. Quand un membre est atteint par un gros fragment il peut être arraché, nous en avons constaté des cas. Les éclats moyens pénètrent dans les tissus et y font des ravages considérables. Cela se comprend quand on a en mains ces morceaux d’acier irréguliers, barbelés sur leurs bords qui ont tout le pouvoir destructeur des corps coupants et contondants à la fois.
- Le plus fréquemment, l’éclat d’obus reste . dans la plaie et, par conséquent, le chirurgien constate assez rarement, sauf pour les petits fragments, un orifice de sortie.
- Ce qui complique encore ces blessures, ce qui en augmente la gravité, ce sont les débris de vêtements que l’éclat entraîne avec lui et cache au milieu des tissus. De telle sorte qu’on voit sortir par ces plaies non seulement une sanie brunâtre, mais encore des parcelles noires plus ou moins épaisses, qui ne sont autres que des morceaux de drap plus ou moins effiloché.
- Mais occupons-nous des blessures produites par les balles de fusil.
- Celles-ci, quand elles sont occasionnées par des balles arrivant de plein jet, sont régulières et peuvent être peu meurtrières. Grâce à leur énorme vitesse, ces projectiles traversent de part en part un membre en faisant ce qu’on appelle une plaie en séton, c’est-à-dire un petit tunnel avec un orifice d’entrée et un orifice de sortie.
- Ces plaies en séton guérissent rapidement et sont particulièrement bénignes.
- Nous avons même constaté, et c’est un fait reconnu de tous, que les balles peuvent traverser le poumon sans occasionner d’accidents graves, quand un gros vaisseau de cet organe n’a pas été atteint. Aussi, pour les raisons que nous venons d’exposer, a-t-on parfois donné aux balles modernes le nom de balles humanitaires. Il faut cependant faire bien des réserves sur cette appellation, car, lorsque ces projectiles rencontrent une grosse artère, ils la coupent net et c’est la mort immédiate, et lorsqu’ils se heurtent à un os résistant, comme le fémur, le tibia, l’humérus, les os de l’avant-bras, les os du crâne ou du bassin, ils font, vu leur force de pénétration, des dégâts très importants, qui nécessitent des interventions chirurgicales très sérieuses et souvent dangereuses.
- Voilà pour les balles qui frappent de plein fouet. Mais il est une catégorie de blessures
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- LE DOCTEUR ROCHARD
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- par balles de fusil qui affectent des caractères particuliers et alors se rapprochent de celles produites par les petits éclats d’obus : ce sont celles faites par les balles de ricochet.
- Le fait de ricocher, c’est-à-dire de heurter un corps dur avant de frapper le combattant, déforme la balle, la transforme en une petite
- blent donc à celles faites par un éclat d’obus de petite dimension. Dans les plaies par balles arrivant de plein jet, l’orifice d’entrée est tout petit, punctiforme pour ainsi dire; cette balle ayant une extrémité très pointue, traverse facilement les vêtements sans en entraîner des parcelles en les poussant de-
- BLESSÉ SOIGNÉ DANS UN HOPITAL TEMPORAIRE DE LUCHON (Cl. Benoist, Luchon.) Ce jeune soldat a reçu, au défaut de Vépaule gauche, une balle dum-dum qui a effroyablement labouré
- les chairs et réduit la clavicule en miettes.
- masse irrégulière et, lui faisant perdre ses qualités balistiques, lui imprime un mouvement de bascule sur ses différents axes qui fait que sa direction change d’abord et qu’au lieu de frapper normalement le corps humain, elle pénètre dans un sens quelconque. Elle dilacère ainsi la peau et les tissus qu’elle rencontre et se comporte tout autrement qu’une balle de plein fouet.
- Les plaies par balles de rieoehef ressern
- vant elle dans les tissus. Au contraire, dans les plaies par balles de ricochet, l’orifice d’entrée est large, irrégulier, déchiqueté. Au lieu d’un tunnel régulier fait dans les parties molles, cette balle déformée donne naissance à une cavité ou à un trajet plus ou moins anfractueux, toujours infecté par le fait même que le projectile s’est contaminé en prenant contact avec l’objet sur lequel il a el qu'il u repoussé devant lui les
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- LES BLESS U UES ET LES BALLES DUM-DUM
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- fragments de vêtement qu’il a rencontrés.
- La plaie de sortie dans toutes les blessures par balles est plus grande et plus irrégulière que la plaie d’entrée. Cela se comprend, le
- métaux (cuivre, 1er, nickel, etc...), remplie d’une masse de plomb qui épouse intégralement la forme de l’enveloppe.
- Pour faire de cette balle ordinaire une
- Fig. I.--BALLES A POINTES DE MÉTAL DOUX
- L'extrémité de ces projectiles s'écrase en heurtant un corps tant soit peu dur, faisant ensuite d1 effroyables déchirures dans les chairs.
- Fig. II. -- BALLES DUM-DUM ALLEMANDES
- Projectiles limés et entaillés de façon à provoquer, par aplatissement, Vtxtension du métal et à aggraver considérablement les blessures.
- projectile faisant éclater la peau en la forçant et la distendant pour sortir. Dans les blessures par balles de ricochet, cet orifice' de sortie est encore beaucoup p lus large et beaucoup plus irrégulier. Mais, en revanche, les dégâts faits au squelette sont en général de moindre importance. Le fait même d’avoir heurté une surface dure avant de pénétrer dans le corps humain amortit considérablement la force de pénétration du projectile, qui s’arrête volontiers à la moindre résistance.
- Voilà donc une balle qui, par le fait du ricochet, a été déformée et ressemble à une balle dum-dum .
- Qu’est, en effet, une balle dum-dum, dont on parje tant ?
- Pour l’expliquer, il est nécessaire de savoir comment sont faites les balles de fusil ou de mitrailleuse moderne. Qu’elles soient françaises, anglaises, allemandes, belges ou russes, les balles modernes sont toutes des balles cylindro-coniques très effilées à la pointe et composées d’une enveloppe métallique ilme, faite d’un alliage rit- différent h
- balle dum-dum, il suffit d’enlever l’extrémité de l’enveloppe par une incision circulaire (figure I). La pointe n’est alors constituée que par du plomb, métal très malléable, qui, sous l’influence du coup de feu, se déforme, se transforme en une petite masse irrégulière, à bords plus ou moins tranchants, et est susceptible de produire, de ce fait, dans le corps humain, des dégâts plus considérables.
- On peut encore faire des balles dum-dum en incisant en croix l’extrémité pointue de la balle, ce qui permet au plomb de faire hernie, ou en pratiquant une incision latérale (figure II).
- La présence de ces balles dum-dum a été nettement constatée sur des prisonniers qui en avaient dans leurs cartouchières.
- Donc une balle dum-dum est une balle dont l’enveloppe, n’ayant plus son homogénéité et par suite sa résistance normale, se déforme d’elle-même sous l’influence du coup de feu, tandis qu’une balle ayant ricoché e*sl une Italie qui «’ent déformée et»
- BALLE A POINTE DE MÉTAL DOUX RETIRÉE d’une BLESSURE
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- LA SCI HS CR RT LA VIE
- rem-uni rant un obstacle. La cause est différente. il est vrai, mais le résultat est le même et nous prouverons plus loin que, la nature des blessures étant semblable, il est impossible d’affirmer, d’après leur constatation, l’usage ou non de balles dites balles dum-dum dans les tirs de l’ennemi.
- Mais auparavant, il est nécessaire d’établir nettement que les balles de fusils ou
- de mitrailleuses ricochent souvent, car on a été presque jusqu’à nier ce fait.
- Et d’abord personne ne peut mettre en doute, à l’heure actuelle, qu’avec les engins modernes à répétition, la quantité de balles envoyées en quelques minutes, sur un même point, atteint un chiffre considérable. Les Allemands, pour tirer plus vite, ne mettraient même plus le fusil à l’épaule et tireraient au jugé en marchant. Il est certain que, pour eux. le point capital est de faire tomber sur l’ennemi une quantité énorme de fer et de plomb. Dès lors, il est forcé que bien des
- projectiles rencontrent, sur le soldat lui-même, soit son fusil, soit le fourreau de son sabre-baïonnette, soit les boutons de sa capote. En touchant le sol, ils ricochent sur des cailloux. Ils rencontrent des parois de murs et même nous ne serions pas éloigné de croire que, dans l’espace, les projectiles, se croisant, se heurtent entre eux dans une formidable combinaison d’obus, de slirap-nells et de balles de fusils, comme on voit le plomb de chasse se rencontrer dans l’air et donner lieu à des ricochets souvent invraisemblables.
- Les observations ci-jointes vont maintenant prouver surabondamment que les blessures constatées n’ont pu être faites que par des balles de ricochet.
- Voici d’abord (figure III) une blessure de la région iliaque. La radiographie montre que la crête de cet os (1) au-dessus de laquelle se trouve la balle (2) est absolument intacte. Le malade est opéré et, dans la paroi, à une petite profondeur, nous trouvons une balle dont la pointe a été convertie en une surface irrégulière formée par le plomb et les bords crénelés de l’enveloppe. La balle ne s’est pas déformée sur l’os puisque celui-ci est intact et le peu de profondeur à laquelle elle se trouve prouve indubitablement qu’elle a épuisé sa force en rencontrant un obstacle et qu’elle est venue mourir à fleur de peau.
- Voici un deuxième cas, plus net encore. Il s’agit d’une balle tout à fait déformée (1) que la radiographie (figure IV) montre dans le creux de la main, ayant fracturé le deuxième métacarpien (2) sans presque le déplacer et écorné légèrement le premier. La forme du corps étranger est tellement particulière que nous pensions d’abord avoir affaire à un éclat d’obus et que nous fûmes tout à fait étonné quand, l'çxtraction faite, nous reconnûmes une balle à la nature du métal. Elle s’était, en effet, sous l’influence d’un choc violent, non seulement complètement déformée, mais encore vidée comme par enchantement de son contenu de plomb.
- Ici encore de n’est pas le métacarpien qui a pu produire une telle déformation, car la force nécessaire pour la réaliser aurait fait sauter complètement ce petit os, qui aurait, du reste, été incapable d’offrir une assez grande résistance pour vider de son contenu le projectile. Une balle de plein jet aurait du reste certainement traversé la main de
- Fig. III.
- Halle déformée par ricochet (2), n'ayant pas touché Vos iliaque (1 ) et s'étant arretée à une petite profondeur sous la peau. — (3) Côtes.
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- LES BLESSURES
- ET LES BAI. LES DUM-DUM
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- part en part. Cette balle, comme les précédentes, s’est donc brisée en rencontrant un obstacle et a ricoché, puis pénétré dans la paume de la main où elle s’est arrêtée.
- Maintenant que nous avons établi, par des raisonnements et des observations, l’existence certaine et probablement fréquente des balles déformées par ricochet, est-il possible, d’après l’examen des blessures, d’affirmer qu’elles ont été produites par des balles dum-dum ?
- Nous répondons formellement : non.
- Ceci a son importance, car chaque jour on peut lire dans les journaux :
- « Un médecin a constaté, avec toute évidence, des plaies produites par des balles dum-dum. »
- Nous ne contestons pas la possibilité de blessures produites par des balles de cette nature : ce que nous avons voulu faire ressortir, c’est qu’il est impossible, d’après la nature des plaies examinées, d’affirmer qu’elles ont été occasionnées par des balles dum-dum, pour cette raison qu’une balle s’étant déformée en ricochant peut produire des lésions absolument semblables. Le choc a, en effet, pour résultat de faire éclater l’enveloppe métallique et cela principalement au point de frappe. Cette enveloppe .déchirée, le plomb n’a plus rien pour le maintenir et il fait hernie, en formant une espèce de champignon plus ou moins exubérant, mais toujours irrégulier et capable de produire des blessures anfractueuses souvent^ raves.
- Donc pour prouver qu’on se sert de balles dum-dum, il faut constater la présence de projectiles de cette nature n’ayant pas encore été tirés et on en a, paraît-il, trouvé, comme nous l’avons dit plus haut.
- Nous en dirons de même des balles explosibles. .Tout récemment un journal annonçait que d’après des rapports médicaux et la constatation de plaies terriblement graves, on pouvait assurer que les Allemands s’étaient servis de balles explosibles. Ces dernières, certes, ont été employées à la chasse de gros animaux. Mais on y a même renoncé à cause du peu de délabrement it qui est moindre que le dégât occasionné par une balle pleine. Les balles explosibles ne sont, du reste, qu’un petit obus à percussion. Elles sont donc creuses et contiennent dans leur intérieur une substance explosible. De plus, à leur extrémité, elles portent un percuteur. Nous avons bien de la peine à croire qu’on puisse faire tenir tout cet appareil délicat dans une balle qui n’a que huit millimètres de diamètre; mais encore, dans ce cas, et après constatation des blessures, il est impossible d’affirmer leur présence, les éclats d’obus parcellaires et les balles par ricochet étant encore susceptibles, à notre avis, de produire les mêmes effets.
- Dr Rochard.
- Fig. IV.
- La tache noire (1) est une balle déformée par ricochet. Ayant perdu, de ce fait, de sa force de pénétration, elle s'est arrêtée sur le deuxième métacarpien (2).
- Différents aspects de la balle représentée dans la figure précédente et qui, en ricochant, s'est déformée
- au point qu'elle est complètement méconnaissable.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- LE GRAND-DUC NICOLAS DE RUSSIE
- Né le 6 novembre 1856, oncle du tsar, généralissime des armées russes, le grand-duc Nicolas a fait valoir, sur le théâtre oriental de la'guerre, ses éminentes qualités de stratège. Il a reçu les félicitations de Nicolas II et celles du général Joffre.
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- LES RUSSES AUX PRISES AVEC L’ALLEMAGNE ET L’AUTRICHE
- SUR LE THÉÂTRE ORIENTAL DE LA GUERRE, LES ARMÉES DU KAISER N’ONT ÉGALEMENT POINT VU LA VICTOIRE COURONNER LEUR FORMIDABLE EFFORT
- Il faut, une fois encore, rappeler les grandioses projets de l’Allemagne belliqueuse et mégalomane pour bien mesurer l’étendue et la gravité des échecs qu’elle a subis sur le front oriental de la guerre.
- Le plan primitif de son grand état-major était d’abord de n’opposer à la Russie qu’un simple rideau de troupes. L’armée austro-hongroise de première ligne, concentrée en Galicie, devait envahir la Pologne russe et « occuper », pendant le premier mois de la guerre, les troupes de couverture de nos alliés.
- On pensait que la mobilisation et la concentration complète des armées du tsar exigeraient plusieurs mois. Bien avant ce délai, l’armée allemande de première ligne en aurait fini avec la France et se retournerait contre la Russie, qui devrait ainsi affronter seule la plus grande partie des forces germaniques.^
- Les Allemands et les Austro-Hongrois avaient calculé que leur « bloc » représentait onze millions de soldats —- six millions d’Allemands, cinq millions d’Autrichiens.
- En faisant la part de l’exagération que comportent les chiffres de la presse pangerma-niste, la double alliance se croyait assurée de la supériorité numérique sur la Russie livrée à elle-même. Certes, on savait bien que les ressources en hommes de l’empire des tsars étaient immenses, mais on croyait fermement que ces hommes jamais l’intendance n’arriverait à les équiper, à les armer, ensuite que jamais l’état-major ne les amènerait sur le front en temps voulu. L’armée de première ligne une fois détruite, la Russie serait hors d’état de nuire. Peut-être compta-t-on également à Berlin sur quelques « diversions intérieures », telles que les grèves suscitées en juillet à Saint-Pétersbourg, l’agitation révolutionnaire que l’on pensait déchaîner aisément dans divers centres ouvriers, l’insurrection de la Pologne.
- Toutes ces espérances devaient être déçues. L’agression provoqua en Russie, comme en France, l’unanimité nationale. La grande puissance de l’Est étonna le
- Consulter, au début du volume, la grande carte en couleurs du théâtre général des hostilités sur le front oriental.
- LIGNE DE TIRAILLEURS RUSSES EN AVANT D’EYDTKüNNEN
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- monde par la rapidité de sa mobilisation, par la vigueur et la décision des coups que ses innombrables, armées surent porter.
- Les trois corps allemands laissés en Prusse orientale furent, dès la première quinzaine d’août, enfoncés par le général Re.nnenkampf. D'importants renforts — 250 à 300.000 hommes au moins— durent être retires de Belgique et, fondus avec des corps d’armée de réserve, formèrent une armée d’environ 750.000 hommes qui, sous les ordres du général von Hindenburg, remporta des avantages partiels et momentanés à Thannenberg et à Soldau.
- Mais, pendant ce tpmps, les Autrichiens étaient complètement défaits en Galicie. Avec une parfaite entente de la situation et conformément aux principes les plus classiques de la strategie, les Russes avaient porté le gros de leurs torces contre la masse pjineipale ennemie. Après dix-huit jours de batailles, les victoires successives de Lemberg et de Ravva-ltusska amenaient leur aile gauche sous les murs de Prze-, mysl. La barrière austro-hongroise, qui devait arrête] l’adversaire de l’Est, était entièrement rompue.
- A la fin du deuxième mois de guerre, (es Allemands devaient voler au seeours de leurs alliés et, dans ce but, envoyer en Pologne la majeure partie de leurs troupes de deuxième ligne, d’abord destinées à occuper la France. Une offensive générale n’en fut pas moins décidée. Au nord, le général von Hindenburg continuerait sa marche sur Vilna; au centre, le kronprinz, avec une armée d’environ un million d’hommes, s'emparerait de Varsovie, tandis qu’au sud le général autrichien Dankl dégagerait Przemysl et chasserait les Russes de la Galicie. Fortement retranchées dans Varsovie et sur la longue ligne de la Vistule, les forces austro-allemandes y défieraient ensuite les assauts des armées moscovites.
- C’est ce deuxième plan que le troisième mois de la guerre a vu s’effondrer. Du nord au sud, les armées d’invasion ont éprouvé une triple série de défaites. Von Hindenburg, battu par Rennenkampf à Augustewo, puis à Bakalarjewo, laisse de nouveau violer le territoire de la Prusse orientale. Le kronprinz essuie des échecs sanglants à Varsovie et à lvangorod : son aile droite est enfoncée entre Kielee et Sandomir: il bat, en retraite sur la Silésie. Enfin, les Aul rie.fueus, laissés " en l’air » par leurs alliés, évacuent précipitamment la Gali-ûe. Les Russes arrivent devant Craeovie e1 leurs avant-garde?. menacent les ri-elles provinces allemandes du Sud-Est.
- C’est l’invasion, semble-t-il, inéluctable. Pour tenter de la retarder, en dehors des obstacles accumulés par eux dans leur retraite, les Allemands ont élaboré un troisième plan qui consisterait à attirer la masse russe sur la ligne fortifiée Kalisch-Cracovie, et lorsqu’elle serait fixée dans son attaque, à l’envelopper par les deux ailes, au nord par Posen, au sud par les défilés des Carpathes.
- C’est un plan bien ambitieux pour qu’il ait quelque chance de succès contre un ennemi qui en a déjà déjoué de beaucoup plus redoutables.
- La tentative de mouvement tournant exécutée vers la mi-novembre, contre l’aile droite de l’armée russe de Pologne, n’a obtenu que des succès éphémères, imprudemment transformés en victoires par l’état-major allemand.
- L’effort gigantesque pour mener la lutte sur deux fronts à la fois dépasse de beaucoup la puissance et les ressources du kaiser, si considérables soient-elles. Ce n’est pas en maintenant à la frontière française la majeure partie de ses troupes que Guillaume II arrêtera quatre millions de Russes. Il lui faudrait pour cela un fort contingent de nouvelles troupes, mais où le trouver ?
- LE GRAND-DUC NICOLAS ET M. MILLERAND Cette curieuse photographie a été prise aux grandes manœuvres françaises de 1912, h grand-duc dirigeant la mission militaire russe et M. Millerand étant ministre de la Guerre.
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- LA {RUSSIE CONTRE L'ALLEMAGNE ET L'AUTRICHE 425
- Les principaux chefs des armées russes
- LE GÉNÉRAL SOUKIIOMLINOFF, CHEF D’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL
- Gai BENNENKAMPF GÉNÉRAL ROUSSKY GÉNÉRAL YVANOFF GÉNÉRAL DIMITR1EFF
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- 12(i LA SCIENCE ET LA VIE
- LE GÉNÉRAL SOUKHOMLINOFF
- ministre de la Guerre et chef de l’état-major général de l’armée russe, prit une part active à la guerre russo-japonaise, où il commandait un corps d’armée. Il succéda, au ministère, au général Sackharoff, et c’est à son habile et énergique impulsion que l’armée russe, de l’etat-major général aux corps de troupes, dut sa réforme totale et sa complète réorganisation. C’est un cerveau.
- LE GÉNÉRAL RENNENKAIBPF
- qui appartient au génie, dut aux hasards de la guerre de se voir nommer, après la bataille de Liao-Yang, commandant en chef de la cavalerie cosaque, avec laquelle il exécuta, vers Niou-Tcliouang, une série de raids restés fameux dans les fastes militaires russes. C’est un chef de valeur et d’une extraordinaire énergie.
- LE GÉNÉRAL ROUSSKY
- commandant de l’armée russe de Pologne, fut, après la guerre russo-japonaise, l’un des plus fermes lieutenants du général Soukhomlinoff. On lui doit la réorganisation de l’artillerie de cam-
- Îiagne. C’est lui qui prit Lemberg aux Autrichiens. Test un chef résolu, froid, d’esprit très moderne.
- LE GÉNÉRAL PAUL YVANOFF
- est un vétéran des guerres d’Asiet Il fut l’un des principaux collaborateurs des illustres hommes de guerre qui s’appelaient Sko-beleff et Dragomiroff. Il appartient au corps d’état-major et prit une part brillante, sous les ordres de Grippenberg, à la fameuse bataille de Sandepou.
- LE GÉNÉRAL RADKO DIMITRIEFF
- est Bulgare. C’est le vainqueur de Mustapha-Pacha, de Kirk-Kilissé, de Tchorlou, l’homme héroïque et rude qui battit à plates coutures le maréchal Mahmoud Moukhtar pacha, ami et disciple militaire du fameux Von der Goltz. Chef d’armée, il a déjà été blessé à deux reprises. C’est un beau soldat et un valeureux entraîneur d’hommes qui fait des prouesses en Galicie.
- LE GÉNÉRAL BR0USS1L0FF
- est, lui aussi, l’un des vainqueurs de Lemberg. Et sa magnifique conduite lui valut de recevoir, de la main même du tsar Nicolas II, la croix de Saint-Georges de première classe, récompense — rarement accordée — de la valeur militaire. Il est à peine âgé de soixante ans.
- GÉNÉRAL BROUSSILOFF
- La lutte au jour le jour sur le front oriental
- JUILLET 1914
- Le 26. — Rupture des relations diplomatiques entre la Serbie et VAutriche. — La Russie mobilise trois corps d'armée sur la frontière balkanique.
- Le 29. — Mobilisation de quatorze corps d'armée russes sur la frontière autrichienne. Vif émoi dans toute l'Europe.
- Le 30. — Négociations hypocrites de
- l'Allemagne avec la Russie.
- Le 31. — Mobilisation générale russe. — L'état de guerre est proclamé en Allemagne. Les hostilités sont prochaines.
- AOUT
- Le 1er. — Mobilisation générale allemande.
- Le 2. — L'Allemagne déclare la guerre à la Russie et rappelle son ambassadeur.
- Le 5. — L'Autriche adresse à son tour une déclaration de guerre à la Russie.
- Le 7. — La Douma adopte avec enthousiasme tous les crédits de guerre demandés par le gouvernement russe.
- Le 15. — Manifeste du tsar promettant la reconstitution de la Pologne auto-
- nome. — Le grand-duc Nicolas, généralissime des armées russes, adresse un appel aux Polonais de Russie, d'Autriche et d'Allemagne. — Dans une série d'engagements les Russes battent les Allemands. — Près de Wilna, des aviateurs allemands sont abattus par les Russes à coups de canon.
- Le 16. — Succès russes en Galicie, et, en Prusse orientale, magnifique victoire sur les Allemands à Eydikunnen.
- Le 18. — Levée en masse des Allemands de dix-sept à soixante ans.
- Le 20. — En Prusse, les Russes battent les Allemands à Stallupœnen, et leur prennent huit canons et des mitrailleuses. — Sur toutes les frontières autrichiennes l'offensive russe s'affirme.
- Le 22. — Victoire russe sur les Allemands à Gumbinnen; occupation d'Intersburg et mise en déroute de trois corps prussiens, avec pertes très importantes.
- Le 25. — Les Allemands, menacés d'enveloppement, évacuent précipitamment Osterode et se replient vers Kænigsberg. — Une division autrichienne est mise
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- LA H i! SS IL (' O A' T R E UAL LEM AC N E ET L'AUTRICHE 427
- ! perc
- batteries; les Russes font deux cents prisonniers et poursuivent leur avance.
- Le 27. — Sous la poussée russe, les Allemands évacuent la partie de la Prusse nommée la Mazurie.
- Le 29. — Les Russes occupent Allenstein et commencent à investir Kœnigsberg; ils réoccupent Lodz, en Pologne russe, et s'emparent d'un Zeppelin. — L'Allemagne envoie des renforts en Prusse; 160 trains traversent la Belgique, emmenant des troupes prises sur la frontière. Défaite de Samsonof à Thannenberg.
- Le 30. — Les Russes font 3.000 prisonniers Autrichiens près de Lemberg, et 3.000 en Galicie. Ils cernent, près de Toma-chow, la 15e division hongroise, dont plusieurs régiments se rendent.
- SEPTEMBRE
- Le 1er. — Fin d'une grande bataille de sept jours, à Lemberg; les Autrichiens comptent des milliers de morts et de blessés et perdent un énorme matériel.
- — Le tsar décide que Saint-Pétersbourg, la capitale russe, s'appellera désormais Petrograd.
- Le 3. — Les Russes ayant pris Lemberg et Halicz, poursuivent l'armée autrichienne en lui infligeant de très grosses pertes.
- Le 4. — Sortie infructueuse de la garnison de — La ville de Radom, russe, est évacuée par les
- l’aviateur rOIRÉE
- Au service de la Russie depuis le débid des hostilités, notre héroïque compatriote a reçu, sur le champ de bataille, la croix de Saint- Georges.
- Kœnigsberg. en Pologne Allemands.
- Offensive russe extrêmement violente sur la Fistule et le Bug.
- Le 5. — Les Russes se rendent maîtres des puissantes fortifications à coupoles blindées de Nicolaïeff, au sud de Lemberg, et s'emparent d'un matériel immense. — Une grande bataille est engagée à fond près de Rawa-Ruska.
- Le 6. — Continuation de la bataille de Rawa-Ruska. — Les Autrichiens, battus à Lublin, continuent leur retraite vers le Sud. — Les Russes commencent l’investissement de Przemysl et chassent les Autrichiens de la forte position de
- Gorodck. — Panique à Vienne, où l'on entreprend des travaux de défense.
- Le 9. — Les Russes battent une forte armée austro-allemande dans la région de Krasnik. — Grande bataille au sud de Lemberg; les Autrichiens sont repoussés. — Occupation par les Russes des villes autrichiennes de Soutchovo et Gotno, près de la frontière roumaine
- Le 13. — En Galicie, le front de bataille s'étend de Rawa-Ruska jusqu'au Dniester.
- Le 11. — Prise de Tomaszoff (Pologne russe) par les Russes, qui coupent l'aile droite autrichienne.
- Le 12. — Défaite de deux divisions allemandes à Ulawa, en Pologne russe. Le 13. — La grande bataille de Galicie, dite aussi bataille de Rawa-Ruska, prend fin, après dix-sept jours, par V écrasement complet des armées austro-allemandes.
- Le 15. — Les Russes, après avoir cédé en Prusse orientale, devant des forces considérables, reprennent l'offensive. — Ils réussissent à occuper Czernowitz, capitale de la Bukovine. Le 16. — Les Autrichiens sont de nouveau battus, et les Russes, traversant la rivière San, les poursuivent avec vigueur.
- Le 17. — Une division de cavalerie saxonne est décimée en Prusse orientale. Le 18. — Les Russes, au pied des Carpathes, s'emparent des positions fortifiées de Siniava et de Sambar, et marchent victorieusement sur Jaroslaw.
- Le 19. — Abandon de Jaroslaw par les Autrichiens, qui sont battus sous San-domir. — Début du bombardement de la place forte de Przemysl.
- Le 20. — Au cours de la poursuite qu'ils font aux Autrichiens, les Russes s'emparent d'un matériel considérable et prennent plus de 15,000 ennemis.
- Le 21. — Les Russes prennent Jaroslaw.
- Le 23. — Les Allemands cherchent à reprendre l'offensive en Prusse orientale.
- Le 24. — Publication d'un « Livre orange » russe, prouvant la préméditation austro-allemande et la duplicité de ces États.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Le 25. — Les Autrichiens se replient sur Cracovie. — Les Russes semblent vouloir marcher sur Breslau. — Ils investissent graduellement Kœnigsberg.
- Le 26. — Al arche des Russes sur Cracovie. — U investissement de Przemysl, à la suite de combats heureux, est complet. — Les Allemands se fortifient sur les routes conduisant à Breslau.
- Le 27. — Vannée russe, dépassant Prze-mysl, prend Sanok et Chirow, en Galicie, à la suite de batailles désastreuses pour les Autrichiens, qui perdent de nombreux canons et des convois.
- Le 28. — En essayant de traverser le Niémen, les Allemands subissent des pertes énormes et sont forcés de reculer. — Sur le front de Thorn-Kalish ils établissent des fortifications destinées à couvrir Berlin. — Passant les Car-mtlies au col d’Oyok, les Russes b attentes Hongrois et se montrent en masses dans la région de Hunghwas.
- Le 29. — Bombardement infructueux
- d’Ossovictz par la grosse artillerie allemande. — Repoussées dans la Prusse orientale, les armées allemandes opèrent leur retraite dans des conditions infiniment pénibles et dangereuses.
- Le 30. — Le général Auffenberg, commandant l’une des armées autrichiennes, est grièvement blessé. — La Galicie est évacuée par la population autrichienne.
- OCTOBRE
- Le 1er. — Les Allemands battent en retraite devant les Russes et abandonnent l’attaque d’Ossovietz. — Prise d’un fort de Przemysl par les Russes.
- Le 2.\— Grande bataille à Augustowo, où les Allemands semblent faiblir; succès des Russes contre les Prussiens dans la région de Kielce, et défaite sanglante des Autrichiens à Mikouliotz.
- Le 3. — A Augustowo, les Allemands, complètement battus, subissent des pertes considérables en hommes et en matériel.
- Le 4. — Le grand-duc Nicolas informe le général J offre, qui félicite l’armée alliée, de la victoire d’Augustowo, obtenue après dix jours de lutte. — Les Russes s’emparent des hauteurs voisines de Przemysl dont ils poursuivent l’investissement.
- Le 6. — Vains essais de résistance des Allemands en Prusse orientale, où les Russes prennent la position de Kamenka.
- Le 7. — Deux colonnes russes envahissent la Hongrie par le Nord. — L’armée d’investissement de Przemysl prend
- d’assaut un des principaux ouvrages de la place. — Tout un détachement allemand est détruit, en Prusse orientale, dans la forêt de West-Ratchki, et les Russes s’emparent de plusieurs mitrailleuses et de quelques canons.
- Le 8. — Nouvelle défaite des troupes allemandes déjà vaincues à Augustowo.
- Le 9. — Les Russes, poursuivant leurs succès en Prusse orientale, s’emparent de Lyck, Margrabovo et Biala.
- Le 10. — I,es Allemands, devant lesquels, en vertu d’un plan très étudié, l’armée de la Pologne russe s’est retirée, viennent à quelques kilomètres de Varsovie et se heurtent à l’avant-garde russe.
- Le 11. — Commencement delà grande bataille de la Vistule, engagée violemment sur le front Ivangorod-Varsovie.
- Le 13. — En avant de Varsovie, plusieurs corps allemands sont refoulés. — En Prusse orientale, les Russes chassent l’ennemi de Vladislavof et de Wirbalen. — Dans leur marche sur Cracovie, dont la population se sauve vers Vienne, les Russes occupent diverses localités et infligent aux Autrichiens des pertes extrêmement sensibles.
- Le 11. — Dans une sortie, la garnison de Przemysl laisse 3.000 prisonniers et de l’artillerie aux mains des Russes.
- Le 15. — Les Austro-Allemands, renforcés, prennent l’offensive près d’ivan-gorod et sont de nouveau battus.
- Le 17. — L’offensive allemande est complètement arrêtée en Prusse orientale. — Dans la région de Varsovie, les Russes font de nombreux prisonniers et prennent deux drapeaux et cinquante canons.
- Le 18. — Suite' des succès russes en Pologne russe et dans les environs de Przemysl, et recul- général des Allemands dans la région de Sandomir.
- Le 19. — Essais infructueux des Allemands pour franchir la rivière San, et bataille de plus en plus acharnée autour de Przemysl, qui est toujours investie.
- Le 21. — Chassée de ses positions, l’armée allemande qui s’était portée devant Varsovie est contrainte à. une retraite précipitée et tout à fait désastreuse.
- Le 22. — Accentuation de la déroute des Allemands devant Varsovie. — Avance marquée des Russes auprès d’Ivan-gorod. L’armée du tsar avance toujours.
- Le 24. — Sanglante défaite des Austro-Allemands au nord de Razva.
- Le 25. — Près de Sambor, une division allemande est anéantie par les Russes.
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- LA RUSSIE CONTRE L> ALLEMAGNE ET V AUTRICHE 429
- Le 28. — En Pologne, les Allemands reculent en désordre vers liadorn.
- Le 31. — Sans aucune déclaration de guerre préalable, la flotte ottomane, accompagnée du Breslau et du Goebcn, bombarde violemment les ports russes d'Odessa, de Tliéodosia et de Novorossisk.
- NOVEMBRE
- Le 1er. Progression des troupes russes au delà de la Vistule et sur le San. —
- Dans la mer Noire, la flotte russe donne la chasse au Gœbcn et au Breslau.
- Le 2. — Les ambassadeurs de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie quittent Constantinople.
- Le 3. — Le tsar se rend sur le front des armées.
- — Manifeste impérial déclarant que l'attaque turque sera suivie du châtiment qu'elle mérite. — Le ministre de Serbie abandonne Constantinople.
- Le 4. — La guerre est officiellement déclarée à la Turquie par l'Angleterre et la France.
- — Une escadre anglo-française bombarde, à longue portée, les forts des Dardanelles. —
- L'armée russe du Caucase franchit la frontière mahométane et s'empare de plusieurs localités, infligeant aux Turcs des pertes sensibles. — Les troupes turques reçoivent des officiers allemands. — Bombardement de Jaffa par un croiseur anglais. — Les Russes poursuivent leur avance contre les Turcs, qui recident vers Erzeroum.
- Le 6. — La grande bataille de Galicie est terminée. Les Autrichiens, vaincus, battent en retraite. Leurs pertes sont énormes Les Russes font 25.000 prisonniers, dont 5.000 à Jaroslazc. — Les Russes bombardent San guidack et coulent quatre transports turcs dans la mer Noire. — Ils occupent Kœprikeuy, en Asie-Mineure.
- Le 7. — L'offensive russe s'accentue victorieusement dans la Prusse orientale. —
- Sur la Vistule, les Allemands exécutent une retraite qui prend le caractère d'une
- (Voir à la fin du volume la suite de la chronologie des faits de guerre sur le théâtre oriental de la lutte.)
- I.IMAN VON SANDKRS Général allemand, commandant en chef des troupes ottomanes.
- déroute. — Défaite complète d'un corps turc devant Kœprikeuy.
- Le 8. — Les Russes sont à 80 kilomètres de Posen et poursuivent victorieusement leur marche vers Cracovie.
- Le 9. — En Prusse orientale, les Russes occupent Soldau. — Les troupes autrichiennes d'arrière- garde sont battues et dispersés sur la route de Cracovie.
- Le 10. — Les Allemands, cherchant à s'opposer à, l'avance des Russes en Prusse orientale, sont repoussés vers ' les lacs de la Mazurie. — La Galicie est de plus en plus occupée par les armées russes. — Nos alliés ne rencontrent aucune résistance sérieuse sur la route de Cracovie. Le 12. — Deux divisions autrichiennes sont anéanties en Buko-vine. — Le blocus de Przemysl est complètement rétabli. — L'armée russe prend une nouvelle avance en Arménie et défait la cavalerie kurde.
- Le 13. — Dans la région des lacs de la Mazurie, les troupes allemandes cèdent sous la pression, des Russes. — La Turquie se déclare enfin en état de guerre contre la Russie. l'Angleterre et la France. Le 14. — Les Allemands commencent à masser des troupes de renfort, en vue d'une grande bataille, entre la Vistule et la Wartha.
- Le 16. — Nouveaux succès des Russes dans la Prusse orientale, et violente bataille dans la, région de Soldau. Début d'une grosse bataille sur le front de Plock et de la Wartha. — Les Turcs d'Asie-Mineure battent en retraite, marquant leur marche par des cruautés atroces.
- Le 17. — Les combats se développent entre la Vistule et la Wartha. En Prusse orientale, les Russes s'emparent de Goldap.
- Le 18. — La bataille continue acharnée dans la région de Soldau. — L'escadre allemande bombarde le port de Liban.
- Le 20. — Près de Lodz, la contre-offensive russe marque un succès sur les Allemands. Cracovie est investie au nord et à l'est.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Le commandement austro-hongrois
- L’ARCniDUC CHARLES-FRANÇOIS-JOSEPH Généralissime actuel
- des armées de F empereur François-Joseph.
- L’ARCIIIDUC FRÉDÉRIC D’AUTRICHE
- Il a dû céder son commandement en chef après la défaite de Lemberg.
- |.t? OÉNÉRAT. DANKI.
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- LA RUSSIE CONTRE L'ALLEMAGNE ET L'AUTRICHE 431
- L'ARCHIDUC CHARLES-FRANÇOIS-JOSEPH
- rince héritier de la double couronne des Habs-ourg, est né à Persenberg, le 17 août 1887. H a par conséquent vingt-sept ans, et a dû à la mort tragique de l’archiduc François-Ferdinand, tué à Sarajevo, au mois de juin 1914, d’être appelé à recueillir le lourd héritage du vieil empereur François-Joseph. Il a épousé, le 21 oc-, tobre 1911, la princesse Zita de Bourbon de Parme, et ne s’est en rien signalé à l’attention du monde au cours de cette guerre des nations. C’est à peine si son nom a été prononcé.
- L'ARCHIDUC FRÉDÉRIC D’AUTRICHE
- duc de Teschen, est né le 4 juin 1856, à Gross-Seclowitz. Général d’infanterie, inspecteur général d’armée, commandant en chef de la land-wehr autrichienne. Il a épousé la princesse Isabelle de Croy. L’archiduc Frédéric commandait en chef à Lemberg, où il fut superbement battu par l’armée russe. C’est à la suite de cette défaite qu’il se vit retirer son commandement en chef.
- LE GÉNÉRAL DANKL
- est le seul général de valeur de l’armée autrichienne. Il a soixante ans et s’est fort bien comporté pendant toute la guerre. Il commande actuellement, sous les ordres du kronprinz d’Allemagne, une armée autrichienne qui coopère avec l’armée allemande en Prusse orientale.
- LE GÉNÉRAL DE HŒTZEHDORFF
- chef d’état-major général, est l’un des grands responsables des conflits actuels. C’est lui qui poussa son souverain à l’annexion de la Bosnie et de PHerzégovine, lui qui lança l’Autriche à l’attaque de la Serbie. Il était le collaborateur intime, l’âme damnée de l’archiduc François-Ferdinand.
- LE GÉNÉRAL VON AUFFENDERG
- est d’origine allemande, mais possède parfaitement la grande tradition de l’armée autrichienne, c’est-à-dire qu’il s’est fait battre partout où il a commandé. Il est en grande partie responsable des défaites que son pays subit en Galicie.
- Les Russes pénètrent dans la Prusse orientale
- EFFRAYÉS PAR LA VIGOUREUSE OFFENSIVE DES ARMÉES DU TSAR, LES ALLEMANDS PRÉLÈVENT DES RENFORTS SUR LEURS TROUPES DE BELGIQUE POUR LES ENVOYER EN AVANT DE TILSITT
- Le raid accompli au mois d’août, en Prusse orientale, par le général Rennenkampf, restera l’un des plus magnifiques et des plus réussis que relate l’histoire des guerres. Jamais on n’a mieux fait « marcher » un ennemi.
- A travers la région la plus difficile de l’empire allemand — pays de marais et de fondrières — le commandant de l’armée de Vilna a menacé directement la capitale môme de cet empire, dont les Cosaques n ’ étaient plus qu’à 250 kilomètres... Le résultat ne s’est pas fait attendre : deux à trois cent mille hommes d e troupes actives, prêts à se ruer sur la France, durent se diriger vers la frontière de l’Est et la vietoirc de la Marne ]>uf être remportée.
- On a dit de l’opération du général Rennenkampf que ce ne fut qu’un « raid » de cavalerie. C’eM une erreur nMnifestp, car un
- raid de cavalerie n’eût pas poussé aussi loin, et surtout n’eût pas effrayé à ce point l’ennemi. Les Allemands ont prétendu avoir défait à Thannenberg onze corps d’armée :
- eux aussi ont exagéré. En réalité, deux armées russes, pourvues des trois armes, ont marché de concert dans cette région. Pendant que celle de Rennenkampf abordait de front les corps ennemis de la frontière, les enfonçant à Stal-lupœnen et à Gum-binnen, celle de Samsonof les tournait par Soldau. Toute la région des lacs, dite la Mazu-rie, tombait ainsi au pouvoir de nos alliés qui, par Al-lenstein, s’avancèrent jusqu’à la ligne de la Vis-tu le, barrée par les places fortes de Thorn et de Dantzig.
- La province de; Prusse orientale était tout entière aux mains des Russes. L’évé-iu-u»*mU iibimiuii for( nos rmienti* ri !<• coup •
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- leur était en outre particulièrement sensible, car la plupart des nobles Prussiens, des junkers qui fournissent à l’armée ses officiers, sont originaires de cette province et y conservent, avec un soin jaloux, leurs biens familiaux. C’est non loin de là qu’était né Bismarck, c’est dans son domaine de Varzin que le célèbre chancelier allait, chaque printemps, se refaire en « regardant pousser son avoine ». L’empereur lui-même est un des principaux propriétaires fonciers de la région A Trakennen, Guillaume II possédait des écuries renommées; il y avait joint une collection de cerfs et de daims qu’il montrait avec orgueil et qui passait pour la plus belle du monde. A Rominten, il avait d’immenses chasses. On comprend son chagrin et son humiliation, lorsqu’il apprit que le gibier de ses parcs et ses animaux les plus rares avaient servi à varier l’« ordinaire » des Cosacpies ! Avant que la moisson fût faite, les nobles propriétaires campagnards, suivis par les habitants des villes, s’enfuyaient à Berlin. Les domestiques et les fermiers impériaux, les yeux pleins de larmes, allaient se jeter aux pieds de leur maître. C’était la ruine pour les serviteurs les plus fidèles des rois de Prusse et presque pour le roi lui-même..
- Guillaume II ne crut pas pouvoir se dérober à des sollicitations aussi intéressantes. Les débris des trois corps d’armée qui s’étaient retirés sur la Vistule, fondus avec trois ou quatre corps ramenés de Belgique et renforcés de nombreux éléments de « landwehr », furent placés sous le commandement d’un vieux général rappelé à l’activité, von Ilindenburg, à qui l’empereur prescrivit, selon sa formule habituelle, une « offensive vigoureuse ». A la fin d’août, cette armée réussit à surprendre, avec des
- forces écrasantes, près de Thannenberg, le général Samsonof, qui périt dans cette malheureuse journée. Mais le général Ren-nenkampf, à l’est, put se retirer en bon ordre sur le Niémen et y attendre une revanche qui ne tarda pas. Elle fut éclatante.
- Cependant, les bénéfices escomptés par la « diversion » russe avaient été recueillis. L’armée française et ses alliés anglais avaient pu repousser les envahisseurs jusque sur l’Aisne; Paris était préservé. L’armée allemande de première ligne, loin de pouvoir se retourner contre les Russes, devait attendre, décimée, les renforts considérables qui lui permettraient de résister à la contre-offensive hardie du général Joffre.
- L’armée de von Hindenburg ne devait pas aller bien loin. Elle échouait à l’attaque de la position très fortifiée d’Ossowietz et sa masse principale se faisait décimer dans les forêts d’Augustowo. Rennenkampf la poursuivait, la forçait à rentrer en Prusse orientale et lui infligeait, à la fin d’octobre, une nouvelle défaite à Bakalarjewo. Les Cosaques campèrent de nouveau dans les chasses célèbres de Guillaume II.
- Depuis, en même temps que les armées russes du centre et du sud s’avançaient, d’une marche irrésistible, vers la frontière austro-allemande, celle du nord, autrement forte — cela va sans dire — qu’au mois d’août, recommençait méthodiquement la conquête de la Prusse orientale. La même manœuvre semble devoir lui en livrer les clefs. Une pression exercée dans la région de Soldau, accompagnée d'une attaque de front, a forcé les troupes de Ilindenburg à abandonner les défilés de la Mazurie. Pour la deuxième fois, le chemin d’Allenstein et de la Vistule s’ouvre devant les Russes.
- En Galicie, les armées autrichiennes sont littéralement écrasées
- Ii, était naturel que les Autrichiens, dont l'ultimatum à la Serbie a déclenché toute la guerre actuelle, fussent prêts à entrer en campagne avant les Russes. Profitant de cet avantage momentané, ils envahissaient au mois d'août la Pologne, par Miéchow, Kielce et Sandomir, tandis que des détachements allemands les flanquaient sur leur gauche, dans la région de Lodz. Nos alliés n’avaient encore à leur opposer que des troupes de couverture. L’armée austro-hongroise se déployait en éventail : le centre et l'aile droite le long de la frontière de Galicie, en avant de Lemberg, l’aile gauche remontant hardiment la rivière le San et marchant, offensivement vers Lublin.
- A la fin d'août, los avant-gardes russes.
- qui s’étaient jusque-là repliées, entraient en action, précédant cette fois le gros des forces slaves. L’armée de Kievv, commandée par le général Yvanoff, et en sous-ordre par des chefs qui se sont révélés de remarquables stratèges, les généraux ltoussky et Brous-siloff, contre-attaquait scion un plan exactement inverse de celui des Autrichiens.
- Tandis que le général von Auffenberg, généralissime austro-hongrois, massait ses forces principales à son aile gauche, sur le cours inférieur du San, les Russes ne lui opposaient, de ce côté, que des éléments destinés à le retarder et concentraient leur masse à l’autre extrémité de la ligne, en Galicie. Ils envahissaient rapidement cette province, ain<d que la Bukovine, située plus
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- LES RUSSES CONTRE
- L'A L L E M A C N E E T V A LJ T RI (Il E
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- au sud et, après sept jours de combats acharnés, mettaient en déroute complète la droite autrichienne. Lemberg, capitale de la Galieie, bien que solidement fortifiée, était enlevée après un énergique assaut.
- Le centre austro-hongrois devait céder à son tour; l’aile gauche, qui persistait à poursuivre son avantage en Pologne, fut totalement battue, après une lutte de dix-huit jours, sur le front Rawa-Russka. Les détachements qui tentaient encore de tenir au
- retirer provisoirement son commandement. Toutes les troupes austro-allemandes seront placées sous l’autorité du kaiser et la direction effective de l’état-major germanique. Le kronprin/,commandera en personne l’armée du centre, tandis cpie von Ilindenburg, promu maréchal, conservera le commandement de l’armée de gauche et que le général Danld dirigera, à l’aile droite, les forces austro-hongroises en Galieie.
- Une offensive générale est prise. Les
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- LA POLOGNE- RUSSE MERIDIONALE ET LA G ALI CI P'., PROVINCE AUTRICHIENNE
- sud de Lemberg étaient repoussés, les uns dans les Carpathes, les autres dans la direction de Cracovie. L’armée russe victorieuse s’emparait de Iaroslaf et investissait Przcmysl. Presque toute la Pologne autrichienne (Galieie) recevait des administrateurs nommés par le tsar lui-même.
- Ainsi se terminait, à la fin de septembre, la première phase des opérations.
- Avec la deuxième phase apparaît un nouveau plan, élaboré par le grand état-major de Berlin. Une armée allemande de plus d'un million d’hommes vient appuyer l’armée austro-hongroise (pii s’est reformée sous les murs de Cracovie. Le général von AulTenberg, à qui l’on attribue la responsabilité de l’oflensive sur I.ublin, se voit
- Russes, se repliant sur leurs renforts, exécutent, une marche rétrograde. L’armée de Dankl en profite pour marquer quelques succès : elle dégage Przemysl, elle reprend Iaroslaf; au sud, des troupes hongroises réoccupent la Bukovine. Au nord, des forces autrichiennes appuient l'aile droite du kronprin/,. Dans les premiers jours de novembre, entraînées par la défaite du prince héritier allemand, elles étaient battues d’abord entre Kielee et Sandomir, puis sur le San, devaient abandonner Iaroslaf, laisser réinvestir Przemysl et, après avoir perdu des milliers de prisonniers, des centaines de bouches à feu, un matériel innombrable, se retirer précipitamment par les défilés des Carpathes couverts de neige. Une faible
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- partie pouvait se réfugier dans Cracovie. L’Autriche était hors de cause : les débris de ses armées étaient séparés des forces allemandes. L’empire d’Allemagne devait désormais pourvoir seid à la défense de ses frontières, ne comptant plus sur son alliée.
- C’était ainsi que l’annonçait officiellement le grand-duc Nicolas, généralissime russe: « La plus importante victoire qui eût
- été remportée, sur le front oriental, depuis le début de la guerre. »
- Depuis, les Autrichiens ont vainement tenté de disputer le terrain, devant Cracovie, aux troupes victorieuses du rsar. Celles-ci les ont constamment défaits. Elles investissent la place forte au nord, à l’est et au su 1, où elles sont parvenues à moins de vingt kilomètres de la cité galicienne.
- Les Allemands subissent, à deux reprises de gros échecs, à l’ouest de la Pologne russe
- Qvki.quks détachements allemands avaient pu, dès la déchirât ion de guerre, pénétrer dans la Pologne russe, que la Prusse orientale d'une part, la Galicie autrichienne de l'autre, débordent au nord et au sud, et qu’il était par conséquent impossible de défendre, du moins au début des hostilités. Cette configuration « excentrique » de la frontière russe devait du reste, on va le voir, jouer un rôle considérable dans le développement des opérations.
- Pieu que le pays occupé soit riche, à la fois agricole et industriel, les envahisseurs n’en retirèrent pas grand avantage. Us étaient d’ailleurs en petit nombre, et lorsque Rennenkampf, en Prusse orientale, Roussky et RroussilolT en Galicie, eurent dégagé les lianes de la Pologne, les partis allemands qui bivouaquaient au centre durent se retirer. Les tentatives faites pour soulever les populations n'eurent pas le moindre succès. Confiants dans la promesse du tsar, les Polonais se montrèrent extrêmement loyaux, et leurs régiments se battirent avec un courage qui arracha à tous des cris d’admiration.
- La reprise des opérations se lit, sur ce front, vers la (in de septembre. Le kronprinz, battu dans l'Argonne et sous Verdun, vint chercher en Russie des lauriers cpi'il croyait faciles. Les calculs de l'état-major allemand, cette fois encore, se trouvèrent déçus, et le prince impérial ne rencontra qu’une immense défaite. U faut dire, cependant, (pie les apparences pouvaient justifier de grands espoirs. Après soixante jours de mobilisation, la Russie ne devait, d'après les renseignements que l’on possédait à Hcrlin, disposer (pie d’environ deux millions d’hommes. L’armée de Rennenkampf se reformait sur le Niémen. Celle de Galicie ne comptait pas plus d'un million d’hommes. Entre les deux apparaissait- un immense vide dont le centre était Varsovie. C’est là (pie le grand élat-Inajor résolut de frapper et c’est au kronprinz qu’il réserva cette action décisive.
- L’armée a ustro-hongroise, reconstituée sous Cracovie, comptait près d'un million d'hommes. Une masse d'un chiffre au moins égal, composée de troupes allemandes, mais
- dont très peu appartenaient à l’active, presque toutes à la « landwehr », fut groupée avec une rapidité bien faite pour surprendre l’adversaire. La célérité des transports et des déplacements de l’armée germanique est digne de tous les éloges. Divisée en quatre armées, elle franchit la Wartha et se dirigea, par des routes « concentriques », sur Varsovie. Le grand-duc Nicolas ordonna à ses troupes une retraite générale sur la Vistule et sur le San, de manière à ce que toute sa ligne fût à peu prè s à la même hauteur, formant, du Niémen aux Carpathes, une barrière perpendiculaire à la direction de l’assaillant. Cette opération se fit promptement.
- Le généralissime russe avait, pour agir de la sorte, d’autres raisons encore que la configuration de la frontière. Ainsi qu’il l’a parfaitement expliqué lui-même, il laissait l'ennemi avancer dans un pays très pauvre en chemins de fer et en routes, tandis qu’à l’est de Varsovie, un réseau ferré assez riche permettait aux Russes de recevoir rapidement et sans interruption des renforts venus de toutes leurs provinces. Ainsi se concentra, à l’insu des envahisseurs, devant Varsovie et sur la Vistule, une armée formidable. Les colonnes du kronprinz, qui avaient avancé jusque-là sans rencontrer de résistance, lurent, arrêtées, à quatorze kilomètres de Varsovie, par un feu violent dirigé par des troupes nombreuses et résolues. Elles durent se rabattre en désordre sur Skiernewice. Deux armées (pii, plus au sud, cherchaient à traverser la Vistule vers Ivangorod, pour prendre la position russe à revers, en même temps que le prince impérial attaquait de front, éprouvèrent également un sanglant échec. Là se distinguèrent les régiments de Sibérie et aussi ceux du Caucase, ce qui montra aux Allemands (pie la Russie entière, depuis ses extrémités les plus éloignées jusqu’à la frontière d’occident, était maintenant sur le front. Les vaincus, dans leur retraite, lirent sauter les ponts, détruisirent les gares, les voies ferrées, les routes, les lignes télégraphiques. Quatre armées russes n'en franchirent pas moins la Vistule pour s’élancer à leur poursuite. Les troupes du
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- LES RUSSES CONTRE /.’ ALLEMAGNE ET JT AUTRICHE 435
- Caucase traversèrent la rivière à la nage. Les prisonniers et le butin, en artillerie et en matériel, furent considérables.
- L’armée austro-allemande (pii flanquait la marche du « gros » entre Ivielce et San-domir, en liaison avec l’armée autrichienne de Galicie,— armée déjà démoralisée — dut
- reculer à son tour, ce qui amena, sur tout le front, une retraite générale de l’ennemi.
- Les Lusses se trouvaient, après une poursuite d’une di/aine de jours, sur la ligne de la frontière. 11 leur restait à affronter, pour aborder les provinces allemandes de Silésie et. de Posnonie, la défense, (pie l'on dit extrêmement forte, organisée de Kalisch à Cracovie. Pendant qu'ils se portaient dans cette direction, les Allemands exécutaient, le Hi novembre, une contre-attaque partie de Thorn et qui cherchait à déborder la droite russe, entre la Wartha et la Vistule.
- Le général von Ilindenburg — si l’on en croit, du moins, les journalistes tudes-ques qui l’encensent — crut avoir surpris nos alliés. Il lançait le général von Macken-sen, avec une force évaluée à cinq corps d’armée (200,000 hommes), entre l’armée russe (pii s’avançait vers Soklâu et la masse
- plus considérable qui, à travers la Pologne dévastée, s’ébranlait dans la direction de la Silésie. De ce côté, le grand-duc Nicolas ne paraissait disposer, comme liane-garde, (pie d'un ou deux corps d’armée. Cette extrême aile droite de l’immense armée de Pologne, dont l’aile gauche poursuivait les Austro-IIongrois dans les cols des Carpathes, dut momentanément se replier devant des forces de beaucoup supérieures en nombre.
- La presse allemande chanta victoire. Elle enregistra comme d'éclatants succès les batailles de Ivutno et de Plotsk, annonçant
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- CARTE DES TERRITOIRES RUSSO-POLONAIS QUE. LES ALLEMANDS ONT EN PARTIE ENVAHIS
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- même lin chiffre de prisonniers supérieur à l’effectif probable des troupes russes rencontrées sur ces deux points. Mais, bientôt, entre la Vistule et la Wartha, nos alliés reçurent de sérieux renforts... De deu« côtés, sur chaque flanc de l’armée Mackensen, surgissaient de nombreux contingents russes, venus les uns de Varsovie, les autres du sud de la Pologne. Ces derniers repoussaient une deuxième armée allemande partie de Kalisch et qui s’avançait vers Wielun, pour assurer la jonction de la première avec le gros des forces austro-allemandes, resté en avant de la frontière, sur la ligne Czenstochowa-Cracovie. Vers le 25 novembre, les deux armées germaniques du nord de la Pologne semblaient coupées et hors d’état de se rejoindre. L’armée de Mackensen surtout apparaissait dans une situation critique. Le communiqué de Petrograd du 28 novembre annonçait que les Russes, tournant sa gauche, occupaient Gombin. Elle tentait alors d’échapper aux deux pinces de la tenaille qui l’enserrait; une
- partie cherchait à se retirer vers le nord, dans la direction de Thorn. L’autre faisait front, retranchée entre Zgierz (au nord-est de Lodz) et la Wartha. Renouvelant sans doute la manœuvre de la bataille de l’Aisne, elle attendait, sur cette position fortifiée de façon gigantesque, un renfort que l’on disait être de deux corps d’armée, — peut-être la force repoussée et coupée à Wielun.
- A la fin de novembre, la victoire des Russes, que la presse quotidienne s’était un peu trop hâtée d’annoncer, ne faisait néanmoins de doute pour personne. Si l’enveloppement total des deux armées allemandes qui avaient réenvahi le nord-ouest de la Pologne ne comporte pas toutes les conséquences que l’on a pu en espérer — ce qu’il est impossible de savoir à l’heure où nous écrivons — les ennemis ne sortiront pas, dans tous les cas, du territoire envahi sans éprouver des pertes immenses.
- Le résultat de cette deuxième offensive allemande apparaît donc, dès maintenant, comme un désastre pour les Austro-Germains.
- A Vinstigation de VAllemagne la Turquie se dresse contre la Russie
- C’est pour forcer la main au gouvernement turc et l’obliger à entrer en guerre avec la Triple-Entente, que les croiseurs allemands Gœ-ben et Ercslau, portant le pavillon ottoman, mais commandés par des officiers et montés par des équipages germaniques, ont, le 31 octobre, ca-nonné Odessa, Théodosia, et quelques autres ports russes de la mer Noire.
- Ainsi, le sultan, le grand-vizir, la plupart des ministres encore hésitants ou même récalcitrants ont été mis en face de 1’ « irréparable » et lancés dans une guerre dont ils prévoient bien les désastreuses eonséq uenees.
- La diversion a, évidemment, pour but de tenter de distraire de la frontière orientale de l’Allemagne une partie de l’immense armée qui la menace, ou de rendre, tout au moins, indisponibles quelques-unes des réserves russes.
- Il est peu probable qu’elle atteigne son objet. La Turquie, saignée à blanc
- par deux guerres successives avec l’Italie et les puissances balkaniques, ne peut ni inquiéter, ni même gêner la Russie. Les cinquante millions que le gouvernement de Berlin lui a, dit-on, avancés pour entrer en campagne, ne sauraient lui permettre de réorganiser son armée et de maintenir sur le pied de guerre des effectifs très importants.
- Deux des alliés seulement ont des frontières communes avec la Turquie : l’Angleterre en Egypte, la Russie au Caucase. Sur mer, la flotte ottomane, qui se montra impuissante en 1912-1913 à protéger les îles de l’Egée contre les escadres italiennes et même contre la flotte grecque, ne pourrait sortir des Dardanelles sans se heurter aux forces franco - anglaises. L’ ad-jonction du Gœben et du Breslau est loin de lui donner la maîtrise de la mer Noire, que domine toujours la flotte russe. Tout au plus favorise-t-elle quelques raids qui
- 1ÎM VE II CACHA
- Ministre de la Guerre de Turquie.
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- LES RUSSES CONTRE L'ALLEMAGNE ET L'AUTRICHE 437
- ne sont, d’ailleurs, pas sans péril. Dès le début, les alliés ont montré aux Turcs qu’ils n’appréhendaient nullement leur entrée en ligne. Partout, ils ont pris l’offensive. Dans la péninsule du Sinaï, le croiseur anglais Miner-ç/i bombardait le port et les fortins d’Akaba, où se rassemblaient quelques troupes ottomanes. Ainsi, les amis de l’Allemagne apprenaient quelle difficulté présente une attaque sur l’Egypte par l’isthme de Suez lorsque l’assaillant n’est pas maître de la mer. Le 4 novembre. l’Angleterre proclamait l’annexion de Chypre, qu’elle occupait en fait depuis 1878. En Arabie, sur le détroit deBab-eI-Mandeb,elle débarquait des troupes indiennes dans l’ancienne factorerie française de Sheik-Saïd. Enfin, au fond du golfe Persique, elle occupait les bouches du Chatt-el-Arab, le point terminus du fameux chemin de fer de Bagdad, dont la concession avait été, comme on sait, accordée aux Allemands.
- Dès le 4 novembre, le bruit du canon était entendu à Constantinople même : une escadre anglo-française, composée probablement de^ croiseurs britanniques du type Imnncible et Indefatigable, et de croiseurs français du type Edgar-Quinrt, bombardait les forts de l’entrée des Dardanelles. Les ouvrages ottomans ripostaient sans pouvoir atteindre les navires de guerre. Les forts de Kum-Kaleh et de Sedil-Barach ont particulièrement souffert des projectiles.
- En Arménie, dès les premiers jours de novembre, l’armée russe du Caucase se mettait en marche dans une triple direction :
- 1 0 celle d’Erzeroum; 2° celle de Van; 3° celle d’Ourmia, sut la frontière de Perse, menacée par des contingents turcs. Elle ne se heurtait, sur cette vaste étendue de territoire, qu’à des forces relativement peu importantes — deux corps d’armée, trois au maximum— dont les effectifs paraissent incomplets et composés en grande partie d’éléments irréguliers, notamment de Kurdes. Vainement, la Tur-
- quie a cherché à transporter par mer des troupes dans cette région pour menacer les armées du tsar sur leur flanc droit. La flotte russe de la mer Noire a fait bonne garde. Le fl novembre, ses torpilleurs ont coulé six transports; le 17, elle a bombardé Trébi-zonde. Enfin, le 18, en rentrant à Sébastopol, ses cuirassés ont surpris et canonné le Gœbcn, qui paraît avoir été sérieusement avarié et n’a dû son salut qu’à la fuite.
- L’entrée en ligne de la Turquie peut, néanmoins, avoir des répercussions importantes, mais cela ne sera probablement pas dans le sens qu’espérait l’Allemagne. Elle
- peut, en effet, amener la reconstitution de la ligue balkanique, dont l’empire ottoman a éprouvé les terribles effets en 1913 et à laquelle adhérerait, cette fois, la Roumanie. Ce serait la liquidation définitive de la fameuse question d’Orient. Il est à prévoir c] u’ une opération de cette importance ne laisserait pas l’Italie indifférente... Dans tous les cas, l'es préoccupations de la Turquie en Europe, jointes à la faiblesse de ses moyens d’action, ne lui permettront d’entreprendre de grandes opérations ni en Egypte ni en Asie Mineure.
- Au bout d’un mois, malgré la « préparation méthodique » dont ils annonçaient que leur armée et leur flotte avaient été l’objet, sous la haute direction de tout un état-major allemand, les Turcs n’ont marqué aucun succès, ni sur terre, ni sur mer. Une tentative faite par eux pour s’avancer le long de la côte de la mer Noire, vers Ba-toum, a été repoussée. La « formidable » armée qui devait envahir l’Egypte et, en s’emparant du canal de Suez, couper les lignes de communication des alliés avec l’Inde et l'Extrême-Orient, a été tenue en respect par les troupes anglo-égyptiennes. De nouvelles troupes venues de l’Inde, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ont, d’ailleurs, renforcé considérablement le corps d’occupation de l’Egypte.
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- CEUX QUI CONDUISENT AU COMBAT LES ARMÉES SERBES ET MONTÉNÉGRINES
- ÎMÎINCK A l. K X A N'l)lt K DK SKKlilK
- Commandant en chef des troupes serbes.
- Lie chef suprême de l’armée serbe est le prince Alexandre, héritier de la couronne, et qui, à Kouinanovo et Kossovo, dans la "lierre des Balkans, fit des prodiges de valeur.
- Le général lta-doumir Putnik, chef de Tétat-ma-jor de l’armée serbe, est un vigoureux sexagénaire il a exactement soixante-cinq ans — qui a donné, durant les dernières guerres balkaniques, de hautes preuves de sa science militaire et de son courage personnel. On se souvient sans doute qu’au début des événements qui, à la lin du mois de juillet, préparèrent la guerre actuelle, le général Putnik fut pendant quelques jours retenu prisonnier à Agram, où il villégia-
- OKNKKAI, MA KTINOVITC II
- Commandants des for
- Chef d’état-major de l’armée serbe.
- tarait, par les Autrichiens qui, devant les protestations du gouvernement russe, consentirent à lui rendre la liberté. Le fils aîné du roi Pierre, le prince Georges de Serbie, commande à Belgrade, où il a été assez grièvement blessé pour la troisième fois L’arméemonté-négrine est placée sous les ordres du général Martinovitch, ancien ministre de la Guerre du Monténégro, et du général Vou-kovitch. Elle a donné, au cours de la campagne actuelle, les preuves les plus éclatantes de sa valeur, infligeant aux Autrichiens, de beaucoup supérieurs en nombre, une série de défaites écrasantes et presque dé-iinitives, notamment autour de Sarajevo.
- ( i LC N LCRAI. VOUK OVITC11 ecs monténégrines.
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- LES SERBES ET LES MONTÉNÉGRINS EN LUTTE CONTRE L’AUTRICHE
- LES ARMÉES DE FRANÇOIS-JOSEPH, QUI CROYAIENT TRIOMPHER AISÉMENT DE CES DEUX PETITS PEUPLES, N’ONT, JUSQU’A PRÉSENT, ÉPROUVÉ QUE DES ÉCHECS
- La Serbie, dont la destruction méditée par l’Autriche-Hongrie a été le prétexte de la guerre actuelle, s’est admirablement défendue contre ses agresseurs. Pendant près de quatre mois ceux-ci n’ont pu
- plier de sa résistance. Les Monténégrins avaient pris le parti de leurs frères de race, de langue et de religion. Après les deux guerres victorieuses contre les Turcs et les Bulgares, les Jougo-Slaves, que l’on pouvait
- LE THÉÂTRE DES HOSTILITÉS AUSTRO-SERBO-MONTÉNÉGRINES
- marquer aucun avantage sérieux; ils ont même éprouvé de sanglants désastres et ce n’est qu’après avoir réuni des forces écrasantes et un nombreux matériel qu’ils ont pénétré sur quelques points du territoire serbe.
- Assurément, les Austro-Hongrois avaient à lutter au nord contre un advetsai e autrement redoutable. Pour arrêter les Russes, ils avaient cru pouvoir ne laisser contre les Serbes que des forces légèrement supérieures à celles de ce vaillant petit peuple. Mais plus de 300.000 hommes n’ont pas suffi à triom-
- eroire affaiblis, démunis d’hommes, de matériel et de munitions, ont infligé de rudes échecs à un ennemi qui, depuis plus de dix ans, se préparait à la guerre, selon la méthode allemande, avec un soin méticuleux et des ressources considérables.
- L’armée austro-hongroise s’est présentée sur trois fronts pour envahir le territoire serbe : 1° au nord-est, le long de la frontière serbo-roumaine; 2° au nord-ouest, dans la boucle de la Save et de la Drina; 3° au sud-ouest, dans le sandjak de Novi-Bazar.
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- 440 h A SCIENCE ET LA VIE
- Sur ces trois fronts, ses troupes ont été complètement battues et sont inutilement revenues à la charge. Au nord, les Serbes ont même réussi à franchir le Danube, à occuper temporairement Semlin et à esquisser une marche sur Budapest. A la frontière de Bosnie, une de leurs armées, jointe aux forces monténégrines, est venue très courageusement mettre le siège devant Sarajevo.
- Ce n’est que dans la première quinzaine de novembre que, rassemblant une nouvelle armée, dans un but sans doute politique,
- aiin d’effacer dans l’opinion publique l’impression déplorable produite par les défaites en Galicie, la monarchie austro-hongroise a réussi à entamer le territoire serbe, à l’ouest, dans le district de Valjevo. Mais la marche des colonnes russes en Hongrie, les craintes que l’Autriche peut et doit éprouver d’autre part pour ses frontières du Tyrol et de Transylvanie, jointes à la défensive indomptable des envahis, ne lui permettront sans doute pas de pousser bien loin ses succès ou d’en tirer un très grand avantage.
- Chronologie des faits de guerre sur le front sud
- autrichien
- JUILLET 1914
- Le 26. — L'Autriche, trouvant insuffisante la réponse de la Serbie, acceptant presque toutes ses conditions, rappelle son chargé d'affaires à Belgrade.
- Le 27. — Déclaration de guerre de l'Autriche à la petite nation serbe.
- Le 28. — 1j'Autriche mobilise huit corps d'armée. — De son côté, le Monténégro déclare la guerre à l'Autriche.
- Le 29. — Les Autrichiens proclament qu'ils n'occuperont pas Belgrade.
- Le 30. — Bombardement de Belgrade.
- AOUT
- Le 6. — Les Serbes prennent d'assaut la ville de Potcho. — Le bombardement de Belgrade, qui n'a jamais cessé, augmente d'intensité et de violence.
- Le 8. — La flotte austro-hongroise boni-barde Antivari, sur la côte adnatiqus.
- Le 10. — Les Serbes pénètrent en Autriche. — Les Monténégrins s'emparent de plusieurs positions très importantes en Dalmatie et en Herzégovine.
- Le 12. — Les Autrichiens tentent vainement, le passage devant Belgrade et subissent des pertes sensibles. — Les Monténégrins bombardent Cattaro.
- Le 17. — Victoire des Serbes à Chabatz, où ils prennent quatorze canons et détruisent trois régiments. — Avance des Monténégrins en Herzégovine.
- Le 19. — Victoire des Serbes à Plonitza, où les Autrichiens laissent 12.000 morts sur le terrain et beaucoup de matériel.
- Le 22. — Avouant leur défaite sur la Drina, les Autrichiens renoncent à l'offensive.
- Le 25. — Poursuite des Autrichiens par les Serbes, qui détruisent, à Yadar, une forte colonne d'artillerie et d'infanterie.
- Le 27. — Evacuation du sandjak de Novi-Bazar par les armées autrichiennes en retraite, poursuivies par les Serbes.
- SEPTEMBRE
- Le 1er. — Nouveau bombardement de Belgrade. Les dégâts sont importants.
- Le 5. — Petit échec des Serbes à Mi-trowitza; ils passent cependant la Save. — Les armées serbes et monténégrines prennent Fsicha et rejettent l'ennemi sur la rive gauche de la Drina.
- Le 8. — Les Serbes prennent Semlin, après un violent et héroïque combat.
- Le 11. — Un avion autrichien jette des bombes sur Antivari.
- Le 13. — J.es Autrichiens cherchent à passer la Drina et sont repoussés avec des pertes énormes. — Les Serbes prennent Visegrad et avancent en Bosnie. — A Kowlilovo, les troupes autrichiennes sont battues par les Monténégrins.
- Le 15. — Les Monténégrins prennent Goradza, près de Sarajevo.
- Le 17. — Les armées de la Serbie et du Monténégro opèrent leur jonction pour marcher sur Sarajevo. — Le prince héritier de Serbie est décoré par le tsar.
- Le 20. — Les Serbes occupent les hauteurs de Rogatitza, à 15 kilomètres de Sarajevo, et s'apprêtent à marcher sur la ville.
- Le 21. — Victoire des Serbes à Krou-panje, sur la Drina. — La flotte autrichienne bombarde Antivari, mais elle est mise en fuite par l'artillerie monténégrine, qui se comporte admirablement.
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- SERBES ET MONTÉNÉGRINS
- 441
- Le 23. — Occupation des abords de Sarajevo par les Serbo-Mon.énégrins.
- Le 24. — En Bosnie, des contingents serbes occupent Sebrenizà.
- Le 28. — Les Serbes, qui avaient dû évacuer Semlin, y entrent de nouveau.
- Le 30. — Les Serbes, en Bosnie, occupent la ville d’IIanojak.
- OCTOBRE
- Le 1er. — Sanglante défaite des Autrichiens sur les hauteurs de Rou-mania, en Bosnie.
- Le 2. — Les Autrichiens, voulant s’opposer à l’a-vance des Serbes et des Monténégrins vers Sarajevo, sont battus à Grahovo, et subissent de fortes pertes.
- Le 5. — Les Monténégrins s’emparent des positions de Klivatch,
- Ollak et Iiepanitza, après avoir infligé un sanglant échec à l’ennemi sur le front Billek- Gatsko.
- Le 11. — Défaite des Autrichiens par les Serbes et les Monténégrins près de Rogatica.
- Le 13. — Attaque de *Raguse par une héroïque colonne serbo -monténégrine.
- Le 14. — Ljes Autrichiens attaquent leurs adversaires à Koutche-vo, et sont finalement repoussés avec des pertes considérables.
- Le 16. — Nouvelle défaite des Autrichiens, dans les défilés des monts Romania, à quelques kilomètres de Sarajevo.
- Le 18. — Seconde attaque des positions de Koutchevo par les Autrichiens, qui sont encore battus. — Les Serbes occupent l’île Peya, sur la Drina.
- Le 19. — Bombardement de Cattaro par les Monténégrins et les Serbes. — Près de Kalinovik, les Autrichiens sont battus par les Monténégrins.
- Le 23. — Défaite autrichienne en Bosnie.
- Le 24. — Une tentative autrichienne vers Ratcha est suivie d’un grave échec.
- Le 26. — Infructueux essai des Autrichiens pour franchir la Save; ils sont repoussés et perdent beaucoup de monde.
- NOVEMBRE
- Le 3. — Nouvelle attaque des Autrichiens contre les positions de Goutchovo. Ils sont de nouveau repoussés par les Serbes et les Monténégrins. Le 5. — Une colonne de 12.000 Albanais est massacrée dans un défilé par les troupes monténégrines.
- Le 10. — Dans la région de Chabatz, les Serbes infligent de nouveau une sanglante défaite aux Autrichiens, s’emparent de plusieurs canons, d’un matériel important, et font plusieurs milliers de prisonniers.
- Le 11. — Les Autrichiens ayant reçu d’importants renforts marquent .un succès sur la Drina. L’armée serbe doit se retirer dans la direction de Kroupanje.
- Le 14. — Les chantiers de construction fluviale d’Orchava sont détruits par Vartillerie serbe. Le 15. — En présence de la supériorité numérique des Autrichiens, les Serbes battent graduellement en retraite afin de se reporter sur une ligne plus favorable. — Les Monténégrins repoussent une attaque autrichienne à Grahovo.
- Le 16. — Les Serbes évacuent Valjevo. Pendant la retraite, leur artillerie inflige des pertes sérieuses à l’ennemi.
- Le 18. — Les Autrichiens sont repoussés au sud-ouest de Lazarevatz.
- Le 19. — Les troupes autrichiennes commettent des atrocités à Valjevo.
- Le 20. — Le gouvernement serbe annonce que la retraite s’exécute en bon ordre. — Le bombardement de Belgrade continue avec une extrême violence.
- LE PRINCE CEORUES DE SERBIE Combattant sous les ordres de son frère cadet, il a clé assez grièvement blessé à Plonitza et à Belgrade.
- (Voir à la fin du volume la suite de la chronologie des faits de guerre sur le front sud autrichien,)
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Franchissant la Save, les Serbes pénètrent sur le territoire autrichien
- L’Autriche avait mobilisé contre la Serbie huit corps d’armée, c’est-à-dire environ 320.000 hommes. Ellecommença lesopé-rations dès les premiers jours d’août en tentant le passage du Danube devant Belgrade, tandis qu’une deuxième armée se présentait à
- qui se glissaient la nuit sur la rivière et s’ef-forçaient d’atteindre la rive opposée, étaient découverts par les projecteurs et coulés.
- Dans la boucle de la Drina se déroulèrent les opérations les plus importantes. La configuration du terrain permettait aux Autri-
- BEI.GRADE, CAPITALE I)K DA SERBIE, KT SliMI.IN (AUTRICHE), I.ES DEUX VILLES ENNEMIES SÉPARÉES PAR LA SAVE
- l'entrée de la plaine serbe, le point cpii paraissait le plus propice à une invasion. — dans la boucle formée par la Save, après son confluent avec la Drina,— et que des contingents, d'importance moindre, se glissaient au sud, dans le sandjak de Novi-Bazar, pour essayer de ressaisir ee fameux couloir, route de Salonique, et empêcher la jonction des forces serbes et monténégrines.
- Devant Belgrade, les envahisseurs n’épr cuvèrent (pie des échecs. En vain bombardèrent-ils la ville pendant de longs jours. Jamais ils ne réussirent à réduire au silence l’artillerie serbe. Les multiples tentatives qu’ils firent pour passer la Save, à l’ouest de la capitale, n’eurent pas plus de succès. Chaque fois, les transports chargés de troupes
- chiens d’entourer les forces serbes, qu'ils enveloppaient sur trois faces. Néanmoins, dès le 17 août, ils éprouvaient une défaite à Chabatz et devaient battre en retraite.
- Cet échec sur le front occidental entraînait le recul du détachement qui opérait dans le sandjak de Novi-Bazar. Les Serbes, au nord, passaient la Save et s’emparaient de Semlin, tandis qu’au sud-ouest, leurs colonnes, jointes aux troupes monténégrines, occupaient Visegrad et s’avançaient en Bosnie, dans la direction de Sarajevo. Pendant les mois de septembre et d’octobre, Serbes et Monténégrins continuèrent méthodiquement la conquête de la province habitée par leurs frères de race et annexée en 1308, après trente ans d’occupation, par les
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- SERBES ET
- M O N T É N É G RI N S
- Autrichiens. Le caractère montagneux de la Bosnie et de l’Herzégovine, les formidables défenses accumulées devant Sarajevo, rendaient toutefois assez lents leurs progrès.
- A plusieurs reprises, les Austro-IIongrois ont tenté de reprendre l’offensive, le 13 septembre, sur la Drina, le 14 et le 18 octobre, à Koutchevo, le 20 du même mois, sur la Save-. Toujours ils ont été repoussés avec pertes.
- Ce n’est que le 10 novembre, après que la principale armée austro-hongroise, battue par les Russes en Galicie, se fut retirée précipitamment, d’une part sur Cracovie, de l’autr’e sur les Carpathes, qu’une deuxième armée, forte, cette fois, de 450.000 hommes et composée de troupes fraîches, se présenta
- Leurs adversaires compensaient l’infériorité croissante du nombre, — car il leur est très difficile de réparer leurs pertes : dès le début, pour lutter contre leur formidable ennemi, ils ont dû appeler'tout le monde sous les armes — ils compensaient dope ce désavantage par une tactique adroite, que favorisaient la connaissance du pays et l’admirable patriotisme des populations.
- Déjà, tandis qu’ils luttaient en Bosnie, les Austro-IIongrois avaient dû se méfier de la majeure partie des habitants, prêts à se jeter dans les bras des Serbes, et, en attendant cette émouvante jonction, à favoriser et à renseigner par tous les moyens leurs grands frères indépendants; déjà ils avaient
- UES SERBES l’ASSliNT T. A SA VU SUR DES
- de nouveau dans la boucle de la Save, comptant facilement triompher d’hommes épuisés par-trois mois de combats continuels. Une double offensive se prononce, au nord par Chabatz, au sud par Kroupanje. L’aile droite serbe est victorieuse à Chabatz, mais la gauche doit se replier devant des forces numériquement écrasantes. L’ennemi pénètre dans le territoire de Valjevo. Les Serbes battent lentement en retraite, infligeant à leurs adversaires des pertes énormes. Habiles dans la défense de leur pays, ils ne laissent pas les envahisseurs aller très loin, et tout indique, d’ailleurs, que les Austro-IIongrois auront bientôt, sur d’autres fronts, des préoccupations plus graves, qui ne leur permettront pas de maintenir contre les Seibes des effectifs importants.
- Pendant la deuxième moitié de novembre, les Autrichiens n’ont fait dans l’ouest de la Serbie que des progrès très peu sensibles.
- RADEAUX ESCORTES DE BATEAUX
- dû appeler sous les drapeaux, pour les employer sur d’autres frontières, ou bien déplacer, incarcérer, ou même fusiller ces suspects, mais, en Serbie même, combien la difficulté de leur marche s’est accrue ! Alors, et préventivement, semble-t-il, ils ont employé la méthode allemande.
- Lorsque le ; 9 novembre ils pénétrèrent à Valjevo, chef-lieu du district de la Serbie du nord-ouest, les soldats de François-Joseph alléguèrent que des bombes avaient été jetées sur eux du haut des fenêtres; ils en profitèrent pour fusiller les habitants et incendier les maisons. C’est, décidément, le système préféré de nos ennemis pour ne laisser derrière eux aucun témoin gênant. Jamais on ne vit l’humanité aussi délibérément foulée aux pieds que dans cette guerre !
- Mais bien qu’elle fasse le désert devant et derrière elle, bien qu’elle dispose d’effectifs doubles et d’une grosse artillerie puissante,
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- l’armée autrichienne paie cher chacune des attaques auxquelles elle se livre. Ses formations serrées sont décimées par l’artillerie de campagne serbe — qui est, on le sait, de fabrication française — et par les feux de l’infanterie, qui excelle à combattre en ordre dispersé. C’est une guerre de guérillas et d’embuscades qui « mange » beaucoup d’hommes à ceux qui en sont l’objet.
- Les Monténégrins se sont avancés au nord-est afin de permettre à la colonne
- serbe qui opérait avec eux en Bosnie de se retirer pour couvrir son propre territoire.
- Cependant, le 3 décembre, l’empereur François-Joseph a pu inscrire à son tableau une grosse pièce : la prise de Belgrade. Il est douteux que l’événement ait une portée politique considérable; il n’a aucune importance militaire. La ville n’est pas fortifiée; elle a été canonnée dès le début de la guerre et le gouvernement serbe l’a quittée depuis longtemps pour s’installer à Nisch.
- Les Monténégrins opèrent en Dalmatie en Herzégovinè et en Bosnie
- Les Monténégrins ont vigoureusement pris en main la cause de leurs frères les Serbes. Nous avons vu qu’ils ont collaboré à la marche sur Sarajevo. En dehors de cette
- Cattaro, toutefois, se trouve dominé au sud-est par le mont Lovcen, qui est resté au pouvoir des Monténégrins. Dès le début de la guerre, le peuple de la « Zernagora » est
- OFFICIERS MONTÉNÉGRINS AU REPOS DEVANT UNE AUBERGE I)E GORADZA
- colonne, ils en ont lancé d’autres en Herzégovine, et, enfin, ils ont pris part à d’intéressantes opérations sur la côte de Dalmatie.
- Lorsque, au traité de Berlin, l’Autriche-Ilongrie avait reconnu l’indépendance des énergiques habitants de la Montagne-Noire, elle s’était efforcée de les priver de tout débouché sur P Adriatique. Antivari leur avait été laissé à regret, avec défense d’y élever des fortifications. Mais le gouvernement de François-Joseph s’était adjugé Cattaro, port naturel du Monténégro, dont la position et la configuration, en raison des fameuses « bouches », devaient lui permettre de constituer la plus puissante station navale qui ait jamais été créée sur l’Adriatique.
- venu mettre le siège devant la place, que la (lotte franco-anglaise, commandée par l’amiral Boué de Lapeyrère, bloquait du côté de la mer. De puissants canons de marine, maniés par des artilleurs français, ont été hissés sur le mont Lovcen, et le bombardement de la place a commencé, à la fois par terre et par mer, produisant des effets terrifiants.
- Les Monténégrins ont encore paru devant le port dalmate de Itaguse. Les diversions tentées contre eux au début de novembre par des bandes albanaises, évidemment à la solde de l’Autriche, n’ont pas réussi à les détourner de leur objectif.
- Ils ont continué la lutte à la frontière de Bosnie, pour protéger la retraite des Serbes.
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- LEURS PRISONNIERS ET LES NOTRES
- Quel est le nombre des hommes capturés, de part et d’autre depuis le début des hostilités ?
- On ne possède à ce sujet que de vagues indications
- Nous avons fait, au cours de ces trois mois de guerre, environ 280.000 prisonniers aux troupes françaises. » Ainsi s’exprimait, avec impudence, le Lo-kalonzeiger, c’est-à-dire l’un des journaux les plus populaires de l’empire d’Allemagne.
- Plus modeste, le ministre de la Guerre, au cours d’une interview accordée le 17 octobre dernier à un journaliste hollandais, déclarait que le chiffre des prisonniers français en Allemagne s’élevait à 115.000. Un peu plus tard, une statistique officielle allemande abaissait encore ce nombre à 63.000 — et il est fort probable qu’il est encore bien enflé, car les Allemands déclarent avoir fait 40.000 prisonniers à Maubeuge. Or, les soldats de cette garnison qui ont pu s’échapper sont environ au nombre de 3.000. Et lagarnison de Maubeuge ne s’élevait qu’à 15.000 hommes. Us n'ont donc pu faire là que 12,000 prisonniers,
- au lieu des 40.000 annoncés, soit une différence de 28.000 hommes qui, retranchée du nombre de 63.000 avoué par la statistique officielle du bureau du ministère de la Guerre prussien, porte à 35.000 le nombre des prisonniers français internés en Allemagne.
- Presque tous ces prisonniers sont militaires, mais on compte parmi eux, cependant, d’assez nombreux civils : tels les 1.200 jeunes gens et jeunes hommes mobilisables, qu’à Amiens le général von Stockhaugen fit convoquer à la citadelle et envoya à Munich.
- Tels également les otages lorrains, internés au fort Von-der-Thann et à Ingolstadt.
- Les
- UN CONVOI DU PRISONNIERS ALLEMANDS
- camps de prisonniers
- Les prisonniers français sont internés dans des camps. Us conservent, naturellement, leurs uniformes et sont soumis à la discipline la plus sévère. Leurs sous-officiers et
- caporaux les commandent et sont eux-mêmes placés sous les ordres d’in-traitables sous-ofliciers prussiens.
- On connaît déjà les camps de Halle (Prusse), d’Ober-tine-Ingolstadt, de Grade n wohr (Bavière), d’Olirdruf (Saxe), de Senne ( YVestphalie ), de Fricdriehsfeld, de Munster, de Munich, de Minden, de Doberitz.
- Parquelqueslet-tres, pleines de malicieuse bonne humeur, farcies d’expressions patoises ou d’allusions locales, absolument incompréhensibles pour d’épais censeurs allemands, nos soldats prisonniers ont pu conter comment ils sont traités. « Nous sommes bien logés, bien nourris, écrivait l’un d’eux, un Bourguignon, à ses parents, presque aussi bien que les pensionnaires de la mère X... » Or, la bonne femme ainsi désignée élève des porcs, dont elle fait le commerce...
- La nourriture d’un prisonnier comporte une soupe à la farine, le matin ; une tranche de pain et un peu de légumes à midi; une soupe ou du thé le soir. Trois fois par semaine, une ratatouille de viande et de pommes de terre non épluchées. C’est là leur
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- GROUP K DK PIIISONNIKRS FRANÇAIS, BLKSSKS, DANS LES JARDINS DK 1/HOPITAL DI.’ ** NOU VKAU-MONDK \ A BKRLIN
- Ceux qui sont assis sur le banc paraissent avoir été gravement atteints ; une sentinelle allemande exerce sur eux une surveillance attentive, comme
- si nos infortunés compatriotes, dans Vétat où ils sont, pouvaient avoir des velléités d'évasion.
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- LEURS PRISONNIERS ET LES NOTRES
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- maigre menu,qu’ils ne pouvaient, en ees derniers temps, pas améliorer en achetant quelques suppléments : on leur avait refusé des cantines et on leur prenait tout leur argent, voire leurs bijoux.
- Cependant, les rudes geôliers teutons ont tendance depuis peu à s'humaniser. Ils ont autorisé quelques envois d’argent, de vivres, de lettres, de vêtements d’hiver ; à ce d’ailleurs, le bureau de l’Agence des prisonniers de guerre français, 20 b is, vu e Fra n ço i s Ir à Paris, fournit tous les renseignements désirables aux familles qui s’adressent à lui pour
- e o m m u n 1 q u c r avec les captifs.
- L’agence des prisonniers à Genève
- «
- Cette agence a été organisée pour fournir aux famil-es intéressées, françaises, anglaises, belges et allemandes, des nouvelles de ceux de leurs membres qui sont internés.
- Elle fut fondée à la lin du mois d’août, par cinq ou six personnes ; elle compte maintenant 850 collaborateurs. Sa direction incombe au Comité international, (pie dirige M. Gustave Ador. Elle est organisée dans les locaux du musée Rath, gracieusement eoncé dés
- l’interrogatoire d’un prisonnier prussien
- TIRAILLEURS SOUDANAIS ET TURCOS PRISONNIERS EN WESTIMIALIE
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- LA SCIENCE ET LA l JE
- -U,s
- par la ville de Genève. L’Agence suisse a également accepté de servir d’intermédiaire entre les Serbes et les Autrichiens. Elle transmet à Nisch et à Vienne les fiches qui lui sont adressées, l'n bureau de prisonniers de guerre est installé également à Copenhague et renseigne sur les Russes capt urés.
- L’Agence de Genève reçoit un peu plus de 10.000 demandes de renseignements par jour et expédie un millier de lettres: en outre, elle envoie par jour ,‘3.000 lettres aux prisonniers et Î3 ou !•()() colis postaux.
- de sucre et de café. Ils ne travaillent guère. Pourtant on commence, dans certaines régions, à les employer à des travaux de voirie, à la construction de bâtiments provisoires, aux travaux agricoles et de charroi.
- Aussi nos prisonniers ne se trouvent-ils pas malheureux. Ils préfèrent la prison française à la caserne allemande. C’est peut-être ce (pii explique pourquoi les soldats du kaiser mettent si facilement bas les armes.
- On ne peut, pour résumer la situation faite aux prisonniers allemands en France,
- SOLDATS ÉCOSSAIS CACTITIÉS EN BEI GlQt'E ET INTERNES A DOBEIUTZ, (ALLEMAGNE)
- Prisonniers allemands en France
- Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de donner même approximativement le nombre des soldats Allemands prisonniers en France. On les a internés dans les vieilles villes fortifiées du midi de la France, vers les Pyrénées principalement. Mais les villes du centre, du littoral de la Méditerranée et de l'Atlantique, les garnisons tunisiennes, algériennes. marocaines même, en ont reçu de véritables et lamentables bataillons.
- Les prisonniers Allemands en France sont très bien traités. D'aucuns, même, disent qu’on les traite trop bien. Ils reçoivent les mêmes vivres que nos soldats de l’armée active, touchent les mêmes rations de thé,
- que citer cette très authentique anecdote :
- Dans une petite ville du Midi, un officier, pour se rendre compte de la mentalité des prisonniers, fit sonner leur rassemblement et les informa qu’un échange de soldats captifs devant avoir lieu entre la France et l’Allemagne; cinquante d’entre eux seraient désignés pour regagner éventuellement leur pays et leur régiment.
- — Désignez-vous mutuellement, ajouta le capitaine d’un ton très sérieux.
- Ces hommes alors tinrent un conseil, puis l'un d'eux revint vers l'ollicicr :
- - - Cherchez donc ailleurs, mon capitaine. dit-il. nous ue tenons pas du tout à retourner à nos régiments, nous aimons mieux, pour l'instant, rester ici !
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- La bataille des Flandres par l’image
- L1
- PRESIDENT PI-
- LA REPUBLIQUE PANS UN PETIT V1LLAOE DU NORD
- OOUMIERS ALOER1ENS
- ACC< ) M PAG N A N T UNE COLONNE DI-RIVE OAUCHE 1)1' CANAL DE
- PRISONNIERS ALLEMANDS
- l'vsku
- SUR LA
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- UNK BOUCUKH1E MILITAIRE DANS UN VILLAGE DU PAS-DE-CALAIS
- les
- TE RUES VOLONTAIREMENT INONDEES,
- ENTRE NTEUPORT ET DIXMPDl-:
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- LA BATAILLE DES FLANDRES FAR L'IMAGE
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- l)HUX CAVALIE1LS ALLEMANDS TUES L’Ait DES BAI.LKS F BANC.'Al SES
- Ce tableau macabre a été photographié dans la cour d'une ferme, à Ramscappelle (Belgique).
- UNE VICTIME BIEN INNOCENTE DE L/A GUEItItE
- Ce moulin des environs de Nieupori a été littéralement coupé en detnr par un obus.
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- L A S CIE X C E E T L A V / E
- FANTASSINS BKLUKS TIRANT SUR UN
- A K ROPLAN K A \ /I .KM ANI )
- DANS LKS TROUS-ABRIS 1)U FRONT, KNTRK DIXMIJDK KT VPHKS
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- LA BATAILLE DES FLANDRES PAH V IMAGE
- LIS PAUVRE CLOCHER DE L EGLISE DU VILLAGE D'ANS (BELGIQUE)
- Un projectile allemand a complètement abattu sa flèche et endommagé gravement sa tour.
- AU COUVENT DES PETITES SŒURS DES PAUVRES, A NIEUPORT
- Par un trou béant fait dans un mur jmrun obus on aperçoit un grand christ demeuré intact.
- CE QUI RESTE d'une GRANDE SUCRERIE DU NORD, PRÈS DE LILLE
- On sait que les Allemands détruisent systématiquement nos fabriques et nos usines, dins V espoir d'anéantir, du même coup, notre industrie nationale.
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- LA PRINCIPALE RUE DE PERVYSE (BELGIQUE OCCIDENTALE) OFFRE AUX REGARDS UN EFFRAYANT TABLEAU DE DÉVASTATION
- Prise et reprise plusieurs fois par les alliés celte localité a subi toutes les horreurs de la guerre.
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- LA BATAILLE DES FLANDRES PAR J: IMAGE
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- LA NEF PRINCIPALE DE L’ÉGLISE DE NIEUPORT APRES LE HOMliAHDKMEXT
- LE MAITRE-AUTEL DE LA MEMI
- EGLISE A ETE FRAPPE DE PLUSIEURS OBUS
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- GROUPE DE MAISONS VOISINES DE L’ÉGLISE, A 1IUVÉ (BELGIQUE)
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- LA BATAILLE DES FLANDRES PAR LAMAGE
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- LES EFFETS D UN UNIQUE OBUS TOMBE SUR UNE MAISON DE NIEUPOIIT
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- DANS CE IIAMEAU DU NORD,
- PAS UNE CHAUMIERE N EST RESTEE INTACTE
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- II, EST A PEU I’Rl’.S IMPOSSIBLE DK CI UCUI/KR DANS CETTE RUE DK DIXMUDK
- UN PETIT VILLAGE BELGE, NON LOIN DES BORDS DE LA LYS
- Une truie et ses deux gorets mettent seuls un semblant de vie dans cette rue'dévastée
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- Sur le front oriental des hostilités
- LES GRANDES-DUCHESSES RUSSES SE SONT TOUTES ENRÔLÉES DANS LA CROIX-ROUGE
- Les grandes-duchesses Olga (a) cl Tatiana (b), fdles du tsar Nicolas.
- LE TSAR SORTANT DE VISITER UN HÔPITAL DE LA CROIX-ROUGE RUSSE
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- UN ESPION ALLEMAND VIENT D'ETRE ARRETE DANS LES LIGNES RUSSES
- Le dessinateur Kraschenkojf. attaché aux armées du tsar, prend un croquis du personnage,
- f/ont Vaccoulrenient est plutôt bizarre.
- FANTASSINS RUSSKS
- DANS UN OUVRAGE DEFENSIF DE CAMPAGNE
- TRANSPORT D UN R FESSE DANS UN HÔPITAL MILITAIRE DE MOSCOU
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- SUR LE FRONT ORIENTAI.
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- PRISONNIERS RUSSES RUASSES
- SOIGNES PAR DES INFIRMIERS ALLEMANDS
- PRISONNIERS AUTRICHIENS FAITS PAR LES RUSSES ,A LA BATAILLE DE LEMREIU3
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- UN DÉTACHEMENT DE TROUPES ALLEMANDES SUR UNE PLACE DE SOLDAU (PRUSSE ORIENTALE)
- Les Russes s'étaient emparés de cette ville importante au début de la campagne, mais ils avaient dû Vabandonner par la suite.
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- SUR LE FRONT ORIENTAL
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- ÉQUIPEMENTS AUTRICHIENS RAMASSÉS PAR LES RUSSES EN G ALI CIE
- UNE GARE COMPLÈTEMENT DÉTRUITE A LA FRONTIÈRE RUSSO-ALLEMANDE
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- UN VILLAGE A DEMI RUINE DANS LA PRUSSE ORIENTALE
- AUTRE PETITE VILLE ALLEMANDE IIOMHARDEE PAR L ARTILLERIE RUSSE
- Nos allies delruisenl les villes sans loucher aux églises, comme en fait f<>i celte photographie.
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- BUTIN ET TROPHÉES DE GUERRE
- Comme pour les prisonniers, il est difficile d’énumérer le matériel de campagne de toute nature dont les alliés se sont emparés ou
- celui que l’ennemi leur a pris.
- Dans les Vosges, en Alsace, puis sur la Marne et l’Aisne, l’héroïsme de nos troupes a conquis de nombreux trophées. Nous avons toutefois subi, au début de la campagne, des insuccès dont l’exposé détaillé ne pourra être fait que plus tard, et les Allemands ont réussi, de leur côté, à s’emparer de quelques canons et à faire prisonniers un certain nombre de nos soldats. En attendant qu’il soit possible d’établir un relevé exact de nos prises, nous donnons ici
- aux couleurs de la campagne de 1866, est rehaussée de deux épées croisées, en cuivre doré. Ce drapeau est absolument intact.
- 3° Drapeau du 68e régiment de la landwehr, 1er bataillon. Il porte la cravate aux couleurs de la guerre de 1870, avec la médaille de cette campagne et l’agrafe de Mézières. Le fer de lance montre la Croix de fer datée de 1813 et 1870. (Intact.)
- 4° Drapeau du 36e régiment de fusiliers, 1er bataillon. Sous la flamme en soie rouge,
- Les sept derniers drapeaux pris aux Allemands, suspendus dans la chapelle des Invalides, devant la tribune des grandes orgues. Ils sont la preuve incontestable de nos victoires.
- la nomenclature très exacte des drapeaux enlevés à l’ennemi, par les troupes françaises, jusqu’à la date du 15 novembre.
- La chapelle des Invalides doit à la vaillance de nos soldats une parure guerrière composée actuellement de sept drapeaux dont les hampes ont été fixées au rebord de la tribune, et que nous désignerons, de la gauche à la droite, en commençant par :
- 1° Le drapeau du 85e régiment de la landwehr, 1er bataillon, avec cravate aux couleurs de la guerre de 1870. (Déchiré.)
- 2° Drapeau du 72e régiment de la landwehr, 2e bataillon. Il porte deux cravates : l’une rappelant la remise du drapeau par l’empereur Guillaume II, en 1900; l’autre,
- on lit sur une bague argentée : Emeut unter Kœnig Wilhelm II, 1903, ce qui veut dire : Restauré par le roi Guillaume II en 1903. Ce drapeau, provenant de la garnison de Magdebourg, a été pris par le soldat Guil-mard, à la bataille de l’Ourcq. (Déchiré.)
- 5° Drapeau du 94e régiment de la landwehr, 11e bataillon, orné d’un blason saxon, aux armes allemandes. Ces armes sont entourées d’un manteau d’hermine, sommées de la couronne de Prusse, le tout sur fond à quatre parties en vert et blanc. Dans le coin supérieur, près de la hampe, on voit un écusson formé de deux rameaux de laurier et surmonté d’une couronne identique à celle qui figure au centre. (Déchiré.)
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- 6° Drapeau du 69e régiment, seul drapeau de régiment de la série, orné d’un cravate commémorative de la remise de l’emblème en 1900. (Largement déchiré.)
- 7° Drapeau du 49e régiment poméranien. Ce drapeau est blanc. Le fer de lance qui surmonte la hampe porte la Croix de fer. Cravate réglementaire avec passants portant les dates de 1860 et de 1900. Flamme de soie blanche décorée de broderies dorées du modèle courant, l’aigle et la devise prussienne au centre : Pro Gloria, Pro Patria. Bague réglementaire avec l’inscription suivante : J. R. n° 49, F. B. 6. B. R., c’est-à-dire, 49e régiment d’infanterie, fusiliers du 6e régiment poméranien. Ce régiment tient garnison de paix'à Gnesen et fait partie du 11e corps. Une autre bague, en métal argenté , porte une inscription analogue à celle que nous avons reproduite pour le n°4. :
- Emeut untcr Kœ-iiig Wilhelm II,
- 1910, soit : Restauré par le roi Guillaume II en 1910.
- Ce drapeau paraît être celui que la cavalerie française prit au cours d’une charge furieuse, le
- 10 octobre, à l’est de Lassigny.
- A ce lot de trophées, les circonstances n’ont pas encore permis de
- joindre le premier drapeau pris à l’ennemi.
- 11 n’a fait qu’un court séjour aux Invalides, dans la première période de la guerre, et l’on peut espérer qu’il ne tardera pas à y reprendre sa place. C’est le drapeau d’un régiment bavarois, le 132e régiment d’infanterie allemande. La prise de ce drapeau eut lieu le 14 août, à la suite des violents combats qui se livrèrent en Alsace, aux environs de Thann, et qui nous assurèrent la possession de cette ville. Durant toute la journée, la brigade allemande de Saverne, à laquelle appartenait le 132e régiment, avait été engagée contre nos troupes. L’ennemi s’était fortement retranché dans le village de Saint-Biaise et son artillerie, comprenant deux batteries de campagne, une d’obusiers et une de mitrailleuses, en défendait l’approche. Mais nos canons de 75 couvrirent la grosse artillerie allemande d’une grêle d’obus, décimant les servants, détruisant les attelages, abattant les murs où s’accrochait désespérément la défense, si
- Le drapeau lacéré du 69e régiment d'infanterie allemande.
- bien que, la position n’étant plus tenable, les artilleurs allemands durent abandonner leurs pièces. Le 132e bavarois demeura seul aux prises avec l’infanterie française. La nuit approchait. On lança le 10e bataillon de chasseurs à pied contre les tranchées allemandes. Dans une ruée formidable, nos chasseurs enlevèrent les ouvrages de défense. Il y eut là un rapide combat à ia baïonnette, et c’est dans ce mouvement que le drapeau du 132e tomba en notre pouvoir, ainsi que huit canons, quatre obusiers, six mitrailleuses, quatre-vingt-six chevaux et cinq cent trente-sept prisonniers, dont dix officiers. L’honneur d’avoir pris le drapeau
- revient à la 5 e compagnie, mais les détails de ce brillant fait d’armes ne sont pas encore connus d’une manière assez précise pour que l’on puisse désigner, dans cette poignée de héros, celui qui mit la main sur le trophée. Il n’est pas sans intérêt de rappeler à ce sujet qu’une somme de 5.000 francs «destinée à récompenser le soldat français qui, lors de la revanche, prendrait le premier drapeau allemand », avait été laissée à la Ville de Paris par M. de Plunkett qui fut, durant vingt-cinq ans. directeur du théâtre du Palais-Royal. Ce testament date de 1893. A cette époque, la Ville ne crut pas devoir accepter le don qui lui était fait. Fidèle exécutrice des intentions de son mari, Mme de Plunkett a tout récemment versé le montant du legs entre les mains d’un de nos confrères, avec mission de le remettre à celui de nos vaillants défenseurs, soldat ou officier, qui lui sera désigné par le gouverneur militaire de Paris.
- L’un des drapeaux allemands que nous venons d’énumérer (nous ne saurions malheureusement préciser lequel), fut pris par le 24e régiment d’infanterie coloniale, qui a ainsi mérité de voir son propre drapeau décoré de l’ordre de la Légion d’honneur. L’émouvante cérémonie dont s’accompagne la remise de la décoration a eu lieu à Valmy, le 22 octobre dernier. En présence de cinq régiments rassemblés et formés en carré, au pied de la statue de Kellermann, vainqueur de Valmy en 1792, le général de Langle de Cary a suspendu la croix des
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- nu TIN ET TROPHÉES DE GUERRE
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- Canons pris aux Allemands au cours d’un combat 'CfU Haute-Atsuce' ci1'*^5bs'és~,‘ à Report, devant le monument élevé à la mémoire des défenseurs de la ville en 1870-71.
- braves à Ja hampe du glorieux emblème, puis, visiblement ému, il a embrassé le drapeau. Et ce qui rendait cette solennité plus impressionnante encore, c’est qu’elle avait lieu à une distance assez rapprochée de la zone des combats, sur un champ de bataille illustre d’où l’ennemi avait été chassé depuis peu, et parmi les explosions des bombes que,
- pendant le défdé, un aéroplane allemand vint jeter bien inutilement sur le village.
- Tandis que les drapeaux allemands sont envoyés à Paris, les batteries capturées s’acheminent vers nos grandes villes de province. Belfort qui, en 1870, résista avec une invincible fermeté à l’un des plus furieux bombardements qui marquèrent l’année
- 'Train de matériel allemand pris par les Anglais à la bataille de la Marne.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- Batterie d'artillerie ennemie capturée en Alsace et exposée sur la place Bellecour, à Lyon.
- terrible, Belfort est à l’honneur après avoir été à la peine. Les premiers canons pris aux Allemands y furent exposes. Il était juste que cette artillerie conquise en Alsace figurât devant le monument élevé en l’honneur des défenseurs de la ville, en 1870-1871. De même que Belfort, Lyon a reçu des canons ennemis. On les a alignés sur l’immense place Bellecour, où ils ont attiré une foule de curieux. Pendant que nos soldats faisaient dans l’Est une fructueuse « cueil-
- de matériel allemand fut capturé par eux.
- Mais si le butin fait par nos armées est important, nous devons reconnaître que l’ennemi, de son côté, réussit à s’emparer de quelques-uns des canons des alliés, au cours de la retraite qui suivit la bataillé de Charleroi. L’une de ces pièces, un canon anglais, fut envoyée à Munich. Nos lecteurs peuvent se rendre compte, par la photographie que nous donnons ci-dessous, de l’empressement avec lequel la foule examine cet
- Le roi Louis III de Bavière examinant une pièce de campagne anglaise transportée à Munich.
- lette # de pièces allemandes, nos braves alliés anglais infligeaient aux ennemis une série de graves échecs, depuis Guise jusqu’à Compiègne. Aux environs de cette ville, ils s’emparaient de douze canons. Durant la fameuse bataille de la Marne, tout un train
- exemplaire de l’artillerie britannique. Le roi de Bavière lui-même est au premier rang des badauds. Et la curiosité allemande, dans un tel ordre de faits, apparaît d’autant plus vive qu’elle a plus rarement — ce qui est heureux pour nous — l’occasion de se manifester.
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- LES HOSTILITÉS SUR MER
- ET
- LA PRISE DES COLONIES ALLEMANDES
- LE ROLE DES FLOTTES ALLIÉES
- Au commencement de la guerre actuelle, beaucoup de personnes, se méprenant sur le rôle et les devoirs des Hottes alliées, marquèrent une vive surprise de l’inaction de la marine franco-anglaise. On s'attendait à un coup de foudre, à une attaque subite des vaisseaux allemands par les escadres britanniques, et l’on escomptait la défaite des premiers, inlinimentmoins forts que leurs adversaires.
- Il n’en fut rien. La marine de guerre, dont l’Allemagne se montrait si flère, et qui devait avant longtemps lui assurer la suprématie sur tous les océans, cette marine, au lendemain du début des hostilités, se réfugia dans les ports germaniques, pour n’en plus sortir, tandis que la Hotte anglaise prenait faction dans la mer du Nord, empêchant par là le plan allemand de se réaliser.
- AM 1 UAL DE LA FF: Y H K K K Commandant en chef l'armée navale de la Méditerranée.
- Ce plan, on le sait, consistait à détruire les bâtiments français et à bombarder successivement Dunkerque, Calais, lîoulogne, Cherbourg, Brest, le Havre, Saint-Nazaire, etc., etc. Il ne reçut qu'un faible et inoffensif commencement d’exécution, quand deux unités allemandes lancèrent quelques- obus sur deux de nos villes algériennes.
- Sous ce rapport encore, les conceptions de Berlin furent tuées dans l'iruf, et, à l'exception de quelques actions de détail dont il sera parlé plus loin, la marine allemande, à la fin du quatrième mois de la guerre n’était pas sortie de son immobilité. Au contraire, les Hottes alliées jjurent remplir avec succès la tâche qui leur incombait et dont l’influence devait être capitale sur la suite des .opérations.
- Leur inactivité apparente permettait, en effet,
- LOIID FISHER AMIRAL VON TlRl’ITZ AMIRAL JKLLICOE
- Premier lord de VAmirauté Commandant en chef Commandant de Vescadre
- britannique. de l'escadre allemande. anglaise du Nord.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- à l’Angleterre et à la France d’amener sur le théâtre occidental de la guerre toutes les forces dont elles disposaient. Tandis que la marine anglo-française bloquait la marine autrichienne d’un côté, et pendant que les escadres anglaises contraignaient la flotte de guerre allemande à rester à l’abri dans ses ports, nous pouvions, en ce qui nous concerne, le Gœben et le Breslau ayant été contraints de se réfugier dans les Dardanelles, amener sur le continent notre armée d’Afrique et les contingents noirs qui devaient montrer tant de courage sur les champs de bataille français et belges et devenir rapidement la terreur de nos ennemis.
- L’Angleterre, de son côté, devenait libre de transporter en France toutes ses troupes immédiatement disponibles, la « méprisable petite armée » qui se couvrit de gloire
- à Charleroi, sur la Marne et à Ypres, et qui fut bientôt grossie de milliers de volontaires. En même temps, elle n’avait plus à redouter une brusque attaque contre les transports venant des Indes, du Cap, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie, et qui amenaient sans cesse de nouveaux renforts.
- Tel fut le rôle des flottes alliées, au cours des premiers mois de la guerre. Le canon tonna relativement peu sur les flots, mais n’est-on pas en droit de considérer comme équivalente aux plus belles campagnes navales, une conception ayant eu pour résultat de permettre aux deux nations unies de jeter un million de combattants sur la route des armées allemandes? Mieux encore peut-être que si elles avaient eu à combattre, les escadres de l’Angleterre et de la France devaient ainsi contribuer à la victoire finale.
- Sur mer et dans les colonies au jour le jour
- JUILLET 1914
- Le 31. — Concentration de la flotte italienne.
- AOUT
- Le 3. — Mobilisation de la flotte anglaise.
- Le 4. — Les escadres anglaises forment leurs lignes de combat dans la Manche et la mer du Nord. — Le Breslau et le Gœben bombardent Bâne et Philippe-ville. Quelques tués et peu de dégâts.
- Le 5. — Dans la mer du Nord, TAmphion, navire anglais, est coulé par une mine déposée par le Ivœningin-Luise, lequel est coidé à son tour, cinq minutes après.
- Le 9. — Prise de la colonie allemande du Togoland par des forces anglo-françaises opérant de concert.
- Le il. — Le Gœben et le Breslau, pour échapper à la poursuite des flottes franco-anglaises, se réfugient dans le détroit des Dardanelles.
- Le 12. — Un sous-marin allemand est coulé par les Anglais. La Turquie déclare qu’elle vient d’acheter le Gœben et le Breslau, ce qui n’est qu’une manœuvre.
- Le 14. — Les ambassadeurs de la Triple Entente remettent une protestation au gouvernement ottoman, à l’occasion de l’incident du Breslau et du Gœben.
- Le 16. — Le Japon somme l’Allemagne de retirer ses navires de guerre des mers de Chine et d’évacuer le territoire de Kiao-Tcheou. Pas de réponse.
- Le 17. — A Antivari, la flotte anglo-française, commandée par l’amiral Doué de Lapeyrère, coule un croiseur autrichien. — La flotte austro-hongroise juge prudent de se réfugier dans le port de Pola.
- Le 22. ,— La flotte alliée fait sauter un autre croiseur autrichien. — Le Japon déclare la guerre à VAllemagne.
- Le 24. — Les Japonais bombardent Tsing-Tao, possession allemande en Chine.
- Le 27. — Le croiseur anglais High Flyer coule le Kaiser - Wilhelm - der - Grosse, croiseur auxiliaire allemand de grande puissance, au large de Rio-de-Oro.
- Le 28. — Plusieurs croiseurs [cuirassés allemands sont coulés par les Anglais, dans la baie d’IIéligoland. — Les Allemands attaquent le Congo belge.
- Le 29. — La ville d’Apia, dans la Samoa allemande, est occupée brillamment par une force expéditionnaire britannique venue de la Nouvelle-Zélande.
- SEPTEMBRE
- Le 2. — La flotte franco-anglaise bombarde Cattaro, sur l’Adriatique.
- Le 5. — Des aviateurs japonais[ lancent des bombes sur Tsing-Tao.
- Le 10. — Dans la mer du Nord, le paquebot Runo est coulé par une mine.
- Le 12. — Herbertshœhe, capitale de la Nouvelle-Guinée allemande, est prise par les Anglais. — La cavalerie japonaise prend Tsi-Mo, à 16 kilomètres de Kiao-Tcheou.
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- SUR MER ET DANS LES COLONIES
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- Le 13. — Le sous-marin anglais E-9 torpille le Héla, croiseur léger allemand, à six milles environ d'IIéligoland.
- Le 14. — Le croiseur anglais Carmania coide un vapeur allemand armé.
- Le 18. — Les Japonais attaquent les Allemands, qu'ils contraignent à évacuer Wang-IIo-Huang, à l'est de Tsi-Mo. — Deux des forts de Tsing-Tao sont détruits par des aviateurs japonais.
- Le 20. — Le croiseur léger anglais Pe-gasus est surpris et coulé par le croiseur allemand Kœnigsbcrg.
- Le 21. — La station de télégraphie sans fil allemande de l'île Nauru, dans le Pacifique, est détruite par les Anglais. — Dans le Cameroun allemand, la station de Cocoheach est enlevée par la canonnière française Surprise. — En Afrique centrale, le poste allemand de Scliuksmann-hurg se rend à une petite force rhodésienne.
- Le 22. — Les croiseurs anglais Aboukir, Hogue et Cressy, sont coulés dans la mer du Nord par deux sous-marins allemands. —
- Le croiseur cuirassé russe Bayan coule clans la Baltique un croiseur et deux torpilleurs allemands qui posaient des mines. —
- Papeete, à, Tahiti, capitale des établissements français d'Océanie, est boni bardée par plusieurs croiseurs allemands.
- Le 23. — L’Emdcn, croiseur
- allemand, lance quelques obus sur Madras.
- Le 24. — L'escadre allemande tente vainement de débarquer des troupes à Windau, en Courlande. — L’Emdcn est signalé près de Pondichéry.
- Le 25. — Des troupes anglaises débarquent en Chine pour prendre part aux opérations japonaises contre Tsing-Tao.
- Le 27. — Douala, capitale du Cameroun allemand, est obligée de se rendre à une force franco-anglaise, débarquée par le Cumberland et le Bruix.
- Le 28. — Les alliés commencent l'attaque des positions avancées de Tsing-Tao.
- Le 30. — Remontrances italiennes à l'Autriche, au sujet des mines flottantes semées dans la mer Adriatique.
- OCTOBRE
- Le 1er. — Reprise du bombardement de Cattaro par la flotte anglo-française, qui détruit en partie la forteresse de Kabeela et la station de Luscica.
- Le 4. — Le chemin de fer du Chan-Toung tombe aux mains des Japonais.
- Le 5. — Les Allemands sont repoussés avec de grandes pertes dans une contre-attaque de nuit, à Tsing-Tao.
- Le 6. — Les Japonais occupent les îles Marshall (Océanie).
- Le 7. — A la hauteur de l'Ems, un contre-torpilleur allemand est coulé par le sous-marin anglais n° 9. Le 10. — Un sous-marin allemand est coulé par un navire anglais au large des côtes d'Ecosse.
- Le 11. — Le croiseur russe Pallada est coulé par un sous-marin allemand. — Deux sous-marins allemands sont coulés dans la Baltique.
- Le 12. — Tentative de rébellion, fomentée par les Allemands, dans le Sud-Africain britannique.
- Le 14. — L'escadre japonaise détruit deux forts de Tsing-Tao, tandis que des aviateurs jettent des bombes sur la place. — Le transatlantique allemand Markomania est coulé par un navire de guerre anglais, à quelques kilomètres de Sumatra.
- Le 15. — Le croiseur britannique Ilawke est coidé dans la mer du Nord par le sous-marin allemand 49.
- Le 16. — La marine française coule un torpilleur autrichien dans VAdriatique. — Les Russes capturent deux navires allemands chargés de céréales• — Deux navires allemands munis d'appareils de télégraphie sans fd sont pris par les Anglais.
- Le 17. — Dans la mer du Nord, à la hauteur des côtes de Hollande, le croiseur anglais Undaunted corde quatre contre-torpilleurs allemands. — Le croiseur japonais Takacliiho est coulé par une mine dans la baie de Kiao-Tcheou. — Des aviateurs autrichiens lancent des bombes sur les navires français ancrés en rade d'Antivari. sans les atteindre.
- AMIRAL GIIIG O RO AVI TCI I Minisire de la Marine de l'empire rvssc.
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- la science et la vie
- Le 19. — Occupation par les Japonais des îles Mariannes et des Carolines orientales et occidentales, appartenant à VAllemagne. — Ije torpilleur allemand 890 est détruit au sud de Kiao-Tclieou.
- Le 21. — Des sous-marins allemands attaquent vainement des canonnières anglaises occupées à bombarder les positions ennemies sur la côte belge.
- Le 24. — Le contre-torpilleur anglais Badger coule un sous-marin allemand sur la côte hollandaise. —
- Un torpilleur allemand est capturé dans la baie de Kiao-Tclieou. — Les Allemands envahissent la colonie portugaise d'Angola.
- Le 26. — Le vapeur Amiral-Ganteaumc, chargé de réfugiés du Nord, est coulé par une mine, près de lloulo-gne-sur-Mer ; il y a une trentaine de noyés.
- Le 28. — L’Emden entre sous pavillon russe dans un port anglais de Malacca, coule un croiseur russe et un torpilleur français. — Les Allemands sont battus par les Belges, au Congo. — Dans la Nigeria et le Cameroun allemand, les Anglo-Français bombardent et prennent Duala et Bonabcri après de brillants combats.
- Le 29. — Dans la mer Noire, une canonnière russe est coulée par des croiseurs
- turcs, qui tirent sur le vapeur français Portugal et tuent à bord deux passagers.
- Le 31. — Violente attaque des Japonais, sur terre et sur mer, contre Tsing-Tao.
- NOVEMBRE
- Le 1er. — Le croiseur anglais Hermès est coulé par un sous-marin allemand,dans le P as de Calais. Le 6. — Un croiseur allemand, est coulé par une mine à Ventrée de la baie de Jahde. —Combat naval sur les côtes du Chili; des navires allemands coulent plusieurs bâtiments anglais.— A Kiao-Tcheou, Vaction japonaise redouble d.'intensité. L'instant décisif est. proche.
- Le 7. — Capitulation générale de Tsing-Tao. Toutes les troupes allemandes de la colonie de Kiao-Tcheou se rendent aux Japonais.
- Le 9. — Les Français reprennent possession, de la plus grande partie du Congo cédé autrefois à VAllemagne.
- Le 10. — Le croiseur australien Sidney parvient à rejoindre et à détruire Z’Em-den. — Le croiseur anglais Chatam contraint le croiseur allemand Kœ-nigsberg à entrer dans la rivière Rufigi, en face de Vile Mo fia (Afrique orientale); le Kœnigsberg, embouteillé et bombardé, est hors d'état de nuire.
- (Voir à la fin du volume la suite de la chronologie des hostilités sur mer et dans les colonies allemandes.)
- Prises maritimes jet combats navals
- Si, depuis le début de la guerre jusqu’à la fin du mois de novembre, il n’y eut à enregistrer aucune grande bataille navale, en raison de ce lait que la flotte militaire allemande avait pris dès le premier jour le sage parti de fuir le combat et de se tenir à l’abri des fortifications d’Héligoland et du canal de Kiel, les opérations maritimes sur les mers diverses, furent cependant intéressantes à plusieurs points de vue.
- En premier lieu, la chasse énergique que les navires anglais donnèrent aux vaisseaux de commerce allemands eut pour résultat de détruire complètement, en quelques semaines, la richesse commerciale maritime de l’Allemagne. Alors qu’à la fin du mois d’octobre, sur 4.000 bateaux anglais parcourant les mers, 27 seulement avaient
- été coulés par l’ennemi, quelques rares navires de Brême et de Hambourg étaient restés sur la mer, et les prises anglaises atteignaient un chiffre formidable. En fait, le commerce maritime allemand avait cessé d’exister. Son ascension avait été rapide; sa chute fut plus soudaine encore.
- Quant aux opérations de guerre proprement dites, elles se poursuivirent dans des conditions diverses. Elles débutèrent par le bombardement de Bône et de Plii-lippeville par le Gœben et le Brcslau qui, ne pouvant affronter le combat avec l’escadre franco-anglaise lancée à leur poursuite, finirent par entrer dans les Dardanelles. On devait les retrouver plus tard, participant à l’agression de la flotte turque contre plusieurs ports russes. Peu de jours
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- SUR MER ET DANS
- LES COLONIES
- après, devant Antivari, la flotte alliée, sous le commandement en chef de l’amiral Boue de Lapeyrère, coulait le croiseur autrichien Zenta. On n’a eu à signaler, d’ailleurs, aucun succès de la flotte autrichienne.
- Il n’en a pas été de même pour la marine allemande. Si, dans son ensemble, comme nous le rappelons plus haut, elle s’est retirée devant les Anglo-Français, certaines de ses unités se sont distinguées par des efforts audacieux. Les Anglais ont été les premiers à rendre hommage à 11 témérité du fameux croiseur Emden (pii, après avoir bombardé Madras, menacé Pondichéry , coulé, près de Malacea, un croiseur russe et un torpilleur français, détruit plusieurs navires de commerce, fut enfin rejoint et brûlé par le croiseur australien Sydney, le jour même où le croiseur anglais Chalham poursuivait, embouteillait et bombardait le croiseur allemand Kœnigsbcrg, lequel, vers le milieu de septembre, avait surpris et coulé le croiseur léger anglais Pegasus.
- De même, à plusieurs reprises, les sous-marins allemands ont fait preuve d’adresse et de décision. Certains sont venus jusque sur les côtes anglaises, et l’on n’a pas oublié
- que deux d’entre eux, dans la journée du 22 septembre, coulèrent dans la mer du Nord les vieux croiseurs anglais AbouLir, Hague et Cressy. La valeur combative assez médiocre de ces navires ne saurait diminuer en rien le mérite de cette heureuse attaque.
- En revanche, les pertes ‘allemandes ont
- été relativement considérables sur mer. Plusieurs importantes unités furent détruites par une escadre anglaise au large d’IIéligoland : le cuirassé russe Rayon coula dans la Baltique un croiseur cl deux torpilleurs ; nous avons rappelé tout à l’heure le sort de VEmden et du Kœ-?iigs ber g; quelques grands croiseurs, parmi lesquels le Kaiser-J V ilhelm-der- Crasse et 1 e II élu furent détruits également; dans la mer du Nord, le croiseur anglais Undaunled coula à lui seul quatre contre-torpilleurs, etc.
- Enfin, il convient de rappeler l’intervention brillante des escadres alliées lors des violents combats livrés en octobre et novembre sur le littoral des Flandres et de pousser un cri de victoire en l’honneur de l’amiral anglais Sturdee, dont la flotte, les 7 et 8 décembre, coula quatre croiseurs allemands non loin des îles Falkland.
- LE CROISEUR ANGLAIS “ MONMOUT1I '’
- L'un des deux navires de la faite britanni ,ue eaulés par une escadre allemande sur les côtes du Chili.
- Les colonies du kaiser ont vécu
- LES JAPONAIS S’EMPARENT DE TSING-TAO MALGRÉ LA DÉFENSE OPINIATRE DU CORPS D’OCCUPATION ALLEMAND
- A peine les hostilités étaient-elles engagées que les puissances alliées portaient des coups sensibles à l’Allemagne, en attaquant et prenant ses colonies.
- Créer un vaste empire colonial en Afrique, en Asie, dans le Pacifique, et l’augmenter par la suite de possessions arrachées à l’Angleterre et des riches colonies africaines de la France, y compris la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, telle était la grande pensée germanique. On entrevoyait déjà, à Berlin, l’heure où l’on régnerait dans toutes les parties du globe, et où l’Italie, à son tour bloquée dans ses ports, soumise aux volontés absolues de l’Autriche et de l’Allemagne, ne serait plus qu’une humble vassale au lieu de garder le rang d’une alliée.
- L’agression allemande contre l'Europe eut pour premier résultat l’effondrement de la puissance coloniale de l’empire. Dès le 9 août, les Anglo-Français s'emparaient du Togoland, et la semaine suivante le .Japon sommait les Allemands de retirer ses navires des mers de la Chine et d’évacuer le territoire de Kiao-Tcheou, où, par l’établissement considérable de Tsing-Tao, très fortilié, le gouvernement de Berlin comptait régner en maître sur tout le monde asiatique.
- Avant la fin du mois d’août, un contingent venu de la Nouvelle-Zélande s’emparait de la Samoa allemande, et peu après on apprenait que les possessions de l’ennemi dans la Nouvelle-Guinée étaient tombées au pouvoir des Anglais. Bientôt, les Anglais et les Fran-
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- çais, aidés du Cumberland et du lïruix, entreprenaient contre le Cameroun allemand une série d’opérations qui recevaient leur plein effet dans les derniers jours du mois de septembre, après un hardi coup de main de la canonnière française Surprise, sur la station germanique de Cocobeach.
- Presque partout, d’ailleurs les Allemands n’opposèrent à leurs adversaires qu’une résistance passive. Tout au plus essayèrent-ils une attaque contre le Congo belge, mais ils furent repoussés avec des pertes sen-
- celle qui arracha à l’empereur Guillaume des paroles de chagrin et de colère, fut sans contredit, après une belle défense, la chute de Tsing-Tao, entraînant avec elle l’évacuation du territoire chinois de Kiao-Tcheou.
- Les Japonais entreprirent l’attaque de cette colonie allemande le 24 août et la poursuivirent avec une extrême vigueur durant les semaines qui suivirent, avec la coopération d’un corps anglais, débarqué le 25 septembre. Les défenseurs de Tsing-Tao se conduisirent avec courage, mais leur sort
- PLAN DE LA VILLE DE TSING-TAO ET DE SES DEFENSES Dans l'angle supérieur gauche : le palais de l'ancien gouverneur allemand.
- sibles, tandis qu’au début du mois de novembre, la France rentrait en possession de la plus grosse partie du Congo qu’elle avait été contrainte de Céder à l’Allemagne, dans des circonstances sur lesquelles nous ne croyons pas nécessaire de revenir ici.
- Sans entrer autrement dans le détail de la guerre aux colonies, on peut dire qu’en moins de trois mois il ne restait rien aux Allemands de l’énorme domaine qu’ils étaient parvenus à créer. Mais, de toutes ces pertes, celle qui leur fut la plus sensible,
- était fixé dès la première heure, et ils durent capituler le 7 novembre, après la prise du fort central par les Japonais. La garnison était d’environ 6.000 hommes, et l’Allemagne occupait ce territoire depuis dix-sept ans.
- En le perdant, elle voyait s’évanouir toute chance d’extension en Extrême-Orient et ne pouvait espérer aucune compensation pour les millions employés par elle afin de donner à ce poste asiatique une importance de premier ordre. Son prestige, dans ces régions, était à tout jamais détruit !
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- LES SOCIÉTÉS DE SECOURS AUX BLESSÉS ET LES INITIATIVES PRIVÉES
- Par PAUL STRAUSS
- SÉNATEUR DE LA SEINE MEMBRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- C’est l’honneur de la civilisation contemporaine de placer, en tous pays et durant toutes les guerres, les blessés et les malades militaires sous l’égide tutélaire de la Croix-Rouge. Le dossier des atrocités allemandes tel qu’il se constitue au jour le jour, sur la foi de témoins authentiques, laissera malheureusement apparaître des violations flagrantes de cette convention de Genève par laquelle les puissances signataires se sont proposé « d’adoucir autant qu’il dépend d’elles, les maux irréparables de la guerre, de supprimer les rigueurs inutiles et d’améliorer le sort des militaires blessés sur les champs de bataille ».
- L’article 28 de la nouvelle convention de Genève, celle en date du 11 juin 1906, prévoit, en cas de besoin, que les mesures nécessaires seront prises pour réprimer, en temps de guerre, les actes individuels de pillage et de mauvais traitements envers des blessés et malades des armées, ainsi que pour punir, comme usurpation d’insignes militaires, l’usage abusif du drapeau et du brassard de la Croix-Rouge.
- Chaque pays civilisé a son organisation de Croix-Rouge nationale. Les règles sont partout les mêmes ; l’inspiration est identique.
- La Croix-Rouge française se compose de trois sociétés d’assistance aux blessés et malades des armées de terre et de mer, reconnues d’utilité publique : la Société de secours aux blessés, l’Union des Femmes de France, l’Association des Dames françaises. Ces sociétés sont autorisées à prêter leur précieux concours, en temps de guerre, au service de santé des armées de terre et de mer;
- M. PAUL STRAUSS
- elles sont placées, à cet effet, sous l’autorité immédiate du commandement et des directeurs du service de santé.
- L’article 2 du décret du 2 mai 1913 définit avec précision le rôle des sociétés d’assistance, qui consiste à créer des hôpitaux auxiliaires, à prêter éventuellement leur concours au seryice de l’arrière, à faire parvenir aux destinations indiquées les dons qu’elles recueillent pour les malades et blessés. De plus, la Société de secours aux blessés reste tout spécialement chargée du service des infirmeries de gare.
- Ce mandat concis et limitatif ne saurait donner une idée exacte du rôle considérable joué dès le temps de paix par les sociétés d’assistance militaire et un aperçu rapide de leurs efforts en temps de guerre est nécessairement incomplet.
- En effet, le bon sens l’indique, la participation éventuelle des Croix-Rouges à l’œuvre du service de santé militaire les oblige à des préparatifs sans lesquels cette mobilisation sanitaire serait tardive ou stérile.
- La première condition, pour que ces hôpitaux auxiliaires puissent entrer en fonctionnement normal, est de les pourvoir d’avance du personnel médical et hospitalier nécessaire. Le concours des médecins et des chirurgiens de toutes catégories est facilement obtenu, dans les conditions habituelles de désintéressement et de dévouement qui sont l’apanage et font la gloire des praticiens.
- La formation de dames infirmières diplômées, d’infirmiers et brancardiers est la principale des préoccupations permanentes de la Croix-Rouge et rien n’est plus
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- méritoire, même nu point de vue civil, ne fût-ce qu’a titre d’éducation sociale de la bonté, que cet apprentissage féminin du soignage des blessés et des malades.
- Les cours théoriques, méthodiquement organisés, sont complétés par une éducation technique dans les dispensaires-écoles, dans les hôpitaux-écoles, par un stage dans les services de l’Assistance publique.
- Chacune des Associations a des comités, des groupes, en grande partie composés de dames, pour la propagande, le recrutement du personnel, la collecte des ressources, les comités locaux restant chargés de respon-
- d’assistance militaire en temps de paix est de préparer un personnel exercé d’in lumières. Cette préparation, très sérieuse, a lieu, pour chacune des sociétés, dans des dispensaires-écoles, dans des hôpitaux-écoles, dans les hôpitaux civils et militaires. Ce double enseignement, théorique et pratique, atteint pleinement son but; il contribue à pourvoir les hôpitaux auxiliaires du territoire, préparés en temps de paix et renforcés numériquement au lendemain d’une mobilisation, d’auxiliaires expertes, qui, sans sortir de leur rôle d’inlirmières, animent les ambulances de leur dévouement sans bornes
- A.UniLANCK 1NSTAI.L.KK PAU I.A CHOIX-ROUGE FRANÇAISE DANS LA GRANDE SA1.LE DES FÊTES DU CASINO DE I.UCIION (lIAUTE-GARONNE)
- sabilités et d’initiatives grâce auxquelles les formations sanitaires se multiplient dans des proportions plus fortes que si un groupement central en avait seul et exclusivement la charge. L’esprit d’émulation féconde ainsi les efforts locaux, décuplés par l'idée du devoir et la notion toujours vivace du plus pur patriotisme.
- En temps de paix, l’Union des Femmes de France comptait en France 300 comités représentant 52.000 membres.
- La Société française de secours aux blessés militaires avait 400 comités ou sous-comités et l’Association des Dames françaises comprenait également 188 comités ou groupes.
- La préoccupation constante des sociétés
- et savent même les égayer de leurs sourires.
- Nos trois sociétés de la Croix-Rouge se sont de longue date entraînées, par leurs services rendus aux colonies, ou bien lors de certains désastres publics, par leur zèle philanthropique. Chacune a son Livre d’or de victimes modestes et d’héroïnes inoubliables, au Maroc et ailleurs.
- L’apprentissage du temps de paix, pour lequel d’autres Croix-Rouges ont donné l’exemple, notamment dans la lutte antituberculeuse, est fondamental pour la formation d’administratrices, de soignantes, de secouristes, d’infirmières prêtes à être mobilisées à la première alerte.
- Qu’il s’agisse des secours aux victimes
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- LES SOCIÉTÉS DE SECOURS AUX BLESSÉS
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- des désastres publics, tremblements de terre, inondations, des secours à des soldats rapatriés des corps expéditionnaires, des dons aux troupes en campagne ou en séjour aux colonies, des dons aux bibliothèques militaires, des salles de repos du soldat, des maisons de convalescence, des œuvres .du livre du soldat, ou bien de la section antituberculeuse militaire, de la participation aux œuvres d’assistance maternelle et infantile, de tels préparatifs, efficaces en eux-mêmes, ont un profit particulièrement durable et un retentissement prolongé.
- le prendre à leur compte. Il y faut la participation financière et surtout l’élan soutenu, le don de soi-même, la passion du devoir, la flamme du sacrifice. Ce ne sont pas des postes de tout repos qu’occupent ces chirurgiens, ces médecins, ces infirmières et aides-infirmières, ces infirmiers-brancardiers, venus de toutes parts, impatients d’agir et de se rendre utiles, uniquement préoccupés de faire le bien et de servir leur pays.
- En dehors de ses énormes ressources d’hospitalisation, qu’il emprunte pour la plupart à l’Assistance publique, aux liôpi-
- I’ÉNICIIE AMÉNAGÉE EN AMBULANCE PAR LES DAMES DE FRANCE Les blessés sont descendus dans le bateau au moyen d'un brancard manœuvré par un treuil.
- Que de patience et combien d’efforts ont déployés ces fourmis prévoyantes pour amasser l’énorme outillage qui, du jour au lendemain, sur un ordre du service de santé militaire, prend sa place régulière dans l’assistance à nos héroïques soldats ! La nation ne saurait avoir trop de reconnaissance pour ces volontaires du bien public, dont toutes les activités bienfaisantes et secourables tendent, pendant de longues années, à mettre éventuellement une puissante organisation au service de l’armée et de la patrie.
- Car, ce qui caractérise ce prodigieux effort, c’est qu’il ne saurait être improvisé, c’est que les pouvoirs publics ne peuvent
- taux et hospices, ou qu’il crée de toutes pièces dans des hôpitaux militaires et des hôpitaux de complément, le service de santé dispose actuellement, dans les places de l’intérieur non comprises dans la zone de l’armée, de 51.000 lits pour la Société française de secours aux blessés, de 30.000 pour l’Union des Femmes de France, de 18.000 pour l’Association des Dames françaises.
- A elle seule, l’Œuvre d’assistance aux convalescents, fondée par Mme la comtesse Greffulhe, MM. Maurice Bernard et Pierre Dupuy, offre plus de 16.000 lits dont le nombre actuel est en perpétuel accroissement. C’est un résultat des plus satisfaisants.
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- A titre d’exemple, nous pouvons spécifier que, pour réaliser son programme, l’Union des Femmes de France, pour ses 300 hôpitaux auxiliaires du territoire, compte 800 chirurgiens et médecins, 12.000 infirmières et aides-infirmières, et qu’elle peut faire immédiatement appel, grâce à l’affiliation de la société des Secouristes français, à 1.000 in firmiers- brancardiers.
- On ne saurait avoir une idée de l’affluence de concours volontaires, qui, parmi les Secouristes français, à la Fédération nationale de sauvetage et de secours publics, aux Amitiés françaises, dans des groupements divers et des sociétés nombreuses, sont à la disposition de la Croix-Rouge française et du service de santé militaire.
- Les associations nouvelles se multiplient, à côté de ce merveilleux hôpital américain de Neuilly, des ambulances américaines de première ligne (M. et Mme Harjes, Mme Depew, etc.), à côté de la belle Croix-Rouge britannique, de cette vaillante Croix-Rouge belge, bref de toutes ces formations dans lesquelles la science et la bonté s’associent étroitement avec un surcroîtl d’ardeur, à mesure que les nécessités patriotiques et humanitaires nécessitent et provoquent des initiatives supplémentaires.
- L’ambulance et l’assistance coloniales représentent, dans cet ordre d’idées, un apport touchant de bons vouloirs, de dévouements absolument désintéressés et d’argent. C’est un témoignage impressionnant de l’union et de la solidarité françaises à travers le monde et au delà des mers.
- Paris est comme toujours un foyer rayonnant d’action bienfaisante. Chacune des grandes sociétés de Croix-Rouge, en dehors de sa coûteuse part contributive au fonctionnement des hôpitaux auxiliaires du territoire, c’est-à-dire de l’intérieur, a des missionnaires dans des formations d’avant-garde; chacune a préparé, pour les besoins de Farinée et pour une utilisation éventuelle dans la zone de l’arrière, des hôpitaux de campagne, avec un approvisionnement pour 000 lits (automobiles, médecins, brancardiers, infirmiers, matériel de pansement, etc.). Et le moindre appel ferait jaillir d’autres formations mobiles, non moins utiles, non moins précieuses. C’est ainsi que, pour le transport fluvial des blessés et des malades, des péniches sont aménagées, des bateaux-ajnbulances sont prêts ou préparés, afin d’utiliser les canaux et les rivières.
- Chacune des Croix-Rouges s’ingénie, en dehors du mandat officiel conféré à la Société de secours aux blessés pour les infir-
- meries de gare, à concourir à la création de ces cantines, où les blessés trouvent, à leur passage, des boissons chaudes et réconfortantes et parfois des vêtements.
- Sous les auspices de la presse française et sous la présidence de M. Jean Dupuy, l’Œuvre des trains de blessés a pris naissance pour un triple objet : approvisionnement des cantines de gare, adjonction aux trains sanitaires improvisés ou aux trains de ravitaillement de fourgons - cuisines, distribution d’objets indispensables aux combattants et aux blessés.
- La guerre et les nécessités de l’aide aux soldats et aux «blessés ont, en effet, fait jaillir du sol les initiatives les plus variées, les plus généreuses, et cela est tout à l’honneur de notre belle patrie, aux inlassables dévouements qui se manifestent dans toutes les classes de la société. *1
- Sous la présidence de M. Ernest Lavisse, et avec l’incomparable concours de l’Institut, de l’Académie de médecine, du Parlement, des forces vives de l’industrie et de la Banque, le Patronage national des blessés s’est assigné pour rôle de compléter, surtout dans l’ordre sanitaire et chirurgical, les installations insuffisantes, de faciliter la radiographie, la délivrance du sérum, d’améliorer le transport des blessés et les postes de secours sur tout le territoire.
- Un office national d’aide et de prévoyance en faveur des soldats, l’Office départemental d’assistance publique et privée de l’Hôtel de Ville, les œuvres créées par la plupart des journaux, par des revues, par l’Automobile-Club, par des arrondissements de Paris, le Vestiaire des blessés, bref, une infinie variété de dévouements spontanés ou organisés, dont la nomenclature est des plus difficiles, fait le plus grand honneur à l’esprit de solidarité française.
- L’heure viendra des bilans raisonnés et aussi des commentaires critiques, en ce qui touche l’emploi judicieux de toutes ces collaborations magnifiquement empressées. Les services publics auront, après la victoire, à rendre leurs comptes.
- Tant que dure cette guerre pour la civilisation, pour le droit, pour le salut de la France, c’est vers l’action incessante, continue, pour la sauvegarde de nos chers combattants, pour le sauvetage des blessés et des malades, que doivent tendre, d’un élan inlassable, les énergies bienfaisantes et les activités fraternelles passionnément mises au service de l’humanité et de la patrie.
- Paul, Stkauss, Sénateur de la Seine.
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- Suite de la chronologie des faits de guerre
- FRANCE Novembre 1914
- Le 11. — Au nord de Soissons et. près de Vailly nous réalisons quelques progrès.'
- Le 12. — Belle action de notre artillerie à la ferme Heurtebise, près de Craonne, où nous détruisons plusieurs pièces allemandes.
- Le 13. — Avance générale dans la région de l'Aisne où nous prenons Tracy-le-Val.
- Le 14. — Echec de plusieurs offensives allemandes autour de Verdun.
- Le 16. — Une tentative allemande sur le bois d'Apremont aboutit à un échec.
- Le 17. — Les Allemands sont repoussés avec des pertes sérieuses, à Vailly. — Nous nous emparons d'une partie du village de Chau-voncourt, près de Saint-Mihiel.
- Le 18. — Succès français aux alentours de Sainte-Marie-aux-Mines, où les Allemands perdent la moitié de leurs effectifs. — Contraint d'abandonner la partie du village de Chauvon court qu'il possédait encore, l'ennemi la fait sauter.
- Le 19. — Furieuse attaque allemande, repoussée par les Algériens, à Tracy-le-Val.
- Le 20. — Les Allemands reviennent occuper la partie détruite de Chauvoncourt.
- Le 21. — En Woëvre, cinq attaques allemandes, exécutées par masses dans l'espace de deux heures, sont arrêtées par notre artillerie. Nous progressons dans les Vosges.
- Le 23. — Nouveau bombardement de Reims et de Soissons, et très violentes attaques, toutes repoussées, des Allemands dans l'Argonne. — Trois aviateurs anglais bombardent le chantier des Zeppelins, sur les bords du lac de Constance.
- Le 24. — Dans l'Argonne, nous occupons les positions dites du Four-de-Paris.
- Le 25. — Accalmie générale, sauf à la Bassée, où les troupes indiennes reprennent des tranchées perdues la veille.
- Le 26. — Le Président de la République remet la médaille militaire au général J offre.
- Le 27. — Notre artillerie lourde inflige en Champagne des pertes extrêmement sér ieuses à l'artillerie allemande.
- Le 28. — Attaque menée furieusement par trois régiments allemands, et brillamment repoussée dans la région d'Arras. — Dans la région de l'Aisne, entre Vailly et Berry-au-Bac, nous détruisons un groupe de mitrailleuses ennemies. — Trois attaques allemandes sont repoussées dans l'Argonne.
- Décembre
- Le 1er. — Entre Béthune et Lens, nous nous emparons du parc et du château de Ver-mellcs.—En Alsace, nos troupes s'emparent d'Aspach-lc-IIaut et d'Aspach-le-Bas.
- Le 2. — Sur la rive droite de la Moselle, nous occupons Lesménil et le Signal-de-Xon. —
- Dans les Vosges, nous nous emparons de la Tête-de-Faux, position dominant la crête des montagnes, et qui était le poste d'observation de l'ennemi. — En Alsace, nous prenons Burnhaupt — Au cours de cette journée, dans la seule région du Nord, nous avons fait 991 prisonniers.
- Le 3. — En Alsace, jnogrès vers Altlcircli.
- Du 7 au 10.— Combats d'artillerie tournant à notre avantage en Argonne et dans les Vosges.
- BELGIQUE
- Novembre 1914
- Le 16. — Près de Dixmude, un régiment allemand est détruit par l'artillerie des alliés.
- Le 17. — Echec des attaques allemandes autour d'Ypres et de Dixmude.
- Le 21. —- Deux vives attaques de l'infanterie ennemie sont repoussées à Hollebeke.
- Le 22. — Furieux bombardement d'Ypres par les Allemands, qui détruisent les halles historiques et l'hôtel de ville.
- Le 26. — Sur la rive droite de l'Yser, deux attaques allemandes sont repoussées.
- Décembre
- Le 1er. — Au sud d'Ypres, des attaques ennemies sont repoussées et trois batteries allemandes de gros calibre sont endommagées. — Violent bombardement de Lampernisse.
- Le 3. — Plusieurs échecs de l'infanterie allemande aux abords d'Ypres.
- Le 4. — D'importants mouvements de troupes allemandes ont lieu en Belgique ; on prévoit un nouvel effort contre les lignes alliées.
- Le 7. —- Près de Merken, sur le canal de l'Yser, nos troupes s'emparent brillamment de la maison du passeur.
- SUR LE FRONT ORIENTAL Novembre 1914
- Le 21. — Przcmysl offre de capituler à des conditions que les Russes ne jugent pas acceptables. Ils poursuivent le siège.
- Le 22. —^ Bataille acharnée entre la Vistule et la Wartha, où les armées russes paraissent devoir prendre l'avantage.
- Le 24. — Dans la région de Varsovie, la nouvelle offensive allemande est cruellement arrêtée par les Russes, qui infligent de grosses pertes aux corps du maréchal Ilin-denburg. — Six mille Autrichiens sont faits qrrisonniers aux abords de Cracovie.
- Le 25. — La bataille de Lodz prend pour les Allemands la proportion d'un désastre ; plusieurs de leurs corps sont détruits.
- Le 29. — Les Autrichiens abandonnent la Bukovine et les Russes occupent Czernovitz.
- Décembre
- Le 1er. — Les Allemands menacés d'être coupés en Pologne russe, parviennent à se dégager.
- Le 2. — Les furieuses attaques allemandes,
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- LA SCIENCE ET LA VIE
- entre Lodz et Loviez, se brisent contre le front russe. — Les troupes du tsar occupent Vielieza, à six milles au sud-est de Cracovie.
- Le 3. — La bataille de Lodz-Lovicz continue, mais elle semble définitivement perdue pour les Allemands. — La Russie convoque 1.200.000 hommes sous les drapeaux.
- Le 7. — Le grand état-major russe annonce que les efforts désespérés des Allemands ont échoué sur tout le front oriental. Cependant, les Allemands se sont emparés de Lodz.
- SERBIE ET MONTENEGRO Novembre 1914
- Le 21. — Une attaque autrichienne au sud-ouest de Lazarevatch est repoussée. — Une deuxième colonne est défaite sur la route de Valjevo à Kocieritch.
- Le 25. — Les Serbes annoncent des succès sur la rivière Kaloubara.
- Le 27. — Les Serbes ont l'avantage à Ro-gatchiza sur une colonne autrichienne. — Les Monténégrins repoussent huit bataillons autrichiens à Vichegrad.
- Décembre
- Le 2. — Les Monténégrins prennent l'offensive dans la direction de Vichegrad.
- Le 3. — On annonce officiellement que Varmée austro-hongroise est entrée dans Belgrade.
- Le 8. — Les Serbes font aux Autrichiens gravement défaits 27.000 prisonniers.
- SUR MER Novembre 1914
- Le 12. — La canonnière anglaise Niger est torpillée par un sous-marin allemand.
- Le 14. — Un croiseur anglais bombarde Sheikh-Saïd, sur le détroit de Bab-el-Mandeb.
- Le 19. — Le Gœben et le Breslau sont canonnés dans la mer Noire par l'escadre cuirassée russe. Le Gœben est avarié.
- Le 23. — Des torpilleurs turcs qui apparaissent à l'entrée des Dardanelles, sont canonnés par la flotte franco-anglaise.
- Le 25. — Zeebrugge, port de la ville de Bruges, où, les Allemands avaient installé des hangars pour « Zeppelins » et des sous-marins, est bombardé par la flotte anglaise.
- Décembre
- Le 2. — On annonce que la flotte française coopère à la défense de l'Egypte.
- Les 7 et 8. — Quatre croiseurs allemands sont coulés par la flotte anglaise de l'amiral Stur-dee, près des îles Falkland (Atlantique sud).
- LE BILAN DE LA CAMPAGNE AU 1er DECEMBRE 1914
- Dans son numéro du 5 décembre, le Bulletin des Armées a publié le résumé suivant de la situation militaire sur les divers fronts, au 1CT décembre :
- ... Quant au nombre, l’armée française est aujourd’hui égale à ce
- qu’elle était au 2 août, toutes les unités ayant été recomplétées.
- La qualité de la troupe s’est infiniment améliorée. Nos hommes font aujourd’hui la guerre en vieux soldats.
- Le eonnnandement, renouvelé par des sanctions nécessaires, n’a commis^ dans les trois derniers mois, aucune des erreurs constatées et frappées en août.
- Notre approvisionnement en munitions d’artillerie s’est largement augmenté. L’artillerie lourde a été constituée et jugée à l’œuvre.
- L’armée anglaise a reçu en novembre de très nombreux renforts. Elle est plus forte numériquement qu’à son entrée en campagne. Les divisions de l’Inde ont achevé leur apprentissage de la guerre européenne.
- L’armée belge est reconstituée à six divisions, prête et résolue à reconquérir le sol national.
- Le plan allemand a enregistré sept échecs d’une haute portée :
- Echec de l’attaque brusquée projetée sur Nancy;
- Echec de la marche rapide sur Paris;
- Echec de l’enveloppement de notre gauche en août;
- Echec de ce même enveloppement en novembre;
- Echec de la percée de notre centre en septembre;
- Echec de l’attaque par la côte sur Dunkerque et Calais;
- Echec de l’attaque sur Ypres.
- Dans cet effort stérile, l’Allemagne a épuisé ses réserves. Les troupes qu’elle forme aujourd’hui sont mal encadrées et mal instruites.
- Or, de plus en plus, la Russie affirme sa supériorité aussi bien contre PAllemagne que contre l’Autriche.
- L’arrêt des armées allemandes est donc condamné à se changer en retraite.
- . Le gérant : Lucien Josse.
- Paris. — lmp. Verdier, 18, rue d’Enghien.
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- La guerre a surpris “La Science et Vie" ’ en plein travail, en plein succès. Du je au lendemain, nos collaborateurs mobilh nos services désorganisés nous forcèrent interrompre notre oeuvre,
- Nous nous sommes remis au travail a des éléments nouveaux. Ce numéro exçi tionnel est le résultat de quatre mois d'étuc Nous n avons pas à l'apprécier no même, nous le présentons simplement public, heureux, dans notre sphère d'acti de faire oeuvre utile et d'avoir pu, en pie guerre, publier un ouvrage dont la Val historique n'échappera à personne.
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