La science et la vie
-
-
- m
- / d 'HR.
- / ÊM
- ^ S 1 Spl» •/ 7 ' K
- i % Jæ A I H '
- ''/f IJpPj'r ; 1 M 3 -,.* 1 _ j
- 11
- / 1 i w-i 5 i WÊÊÈœk HH
- f ! \ J;| Fl , \
- j Vf ' 'v i I/^C x m^dan fmÆà J If / pz&T / /
- Page de titre n.n. - vue 1/198
-
-
-
- Le présent numéro spécial (23) est le sixième que nous publions depuis Louüerture des hostilités. Il est destiné à former, avec, les numéros 21 et 22, qui Vont précédé, le volume VIII de la collection générale, et le tome II de Védition de guerre de “ La Science et la Vie ”.
- D’autre part, nous avons achevé la réimpression du riJ 18, le premier de nos numéros spéciaux ; il est en Vente actuellement chez tous les libraires et marchands de journaux.
- p.n.n. - vue 2/198
-
-
-
- / -S, I? AUCTB
- RUSSIE OCCIDENTALE
- IAT) N.ujÆoga\
- îfVdh'iu000
- jcmnsseJbourc
- •>B2ùïo
- Jbterhi
- Carte éditée par La Science
- I f -T .T» d£ plus i
- ©Ville
- o VüLe a
- £ ( r £Sa^kJa
- yjouâ^o
- ^(pEJT^R OCR
- Échelle
- yRouri»
- \emqu
- GÔTLAND Fa
- (SUEDE) /nr^JP-
- tx*
- hnîityalotchek
- WîndauQ
- tOsirov
- ,Goldm\
- Doblen
- Folangenb? °Dobr ixmy JVimersaU
- MemfilAl. ..J
- aTeJdii
- JJhavJi
- . , l (>Repina
- ' oSpasOugly C,
- - Xaloufie „ aPodTovcl '
- ^£&JD2ulmchldup*-S
- GloUbokoi
- SmilonijAi^
- iTirff Jh&tdjîi
- ,ffnn(iLap-
- Zuntbonil
- Ôster y
- JCaxelets J
- Ous/jJbjy JtqjùMhùt Il niiinu ' '-Iblyris); -t» ^
- tofJm
- •oslaw0
- ï Jaworaw
- ’ Berdit
- ' °SuLj^xa\
- chÀooka
- °Ibst£her
- 'y „Balta
- lorahol^
- laïev
- QÂlechki
- René Botzé; Cartographe
- Liban $
- p.n.n. - vue 3/198
-
-
-
- p.n.n. - vue 4/198
-
-
-
- Numéro 23. SOMMAIRE
- (OCTOBRE ET NOVEMBRE 1915)
- Tome VIN.
- L’activité industrielle des États-Unis pendant la guerre.........................................
- Les peuples balkaniques et leurs aspirations nationales............... '....................
- Le problème du charbon en Europe pendant les hostilités.....................................
- Les tubes lance-torpilles en service dans les diverses marines...............................
- La fabrication électrique de l’acier révolutionnera la métallurgie............................
- La navigation aérienne nocturne................
- Le coton contrebande de guerre.......... .-. ..
- La guerre de sape et de mines..................
- Sur le front occidental, la victoire couronne l’offensive partielle des alliés...............
- Faisant face aux Austro-Allemands, les Russes reprennent une fructueuse offensive............
- Peu à peu, les Italiens se rapprochent de leur objectif ......................................
- La lutte aux Dardanelles.......................
- Les hostilités navales et les agressions sous-marines .......................................
- Nos aviateurs accomplissent chaque jour de magnifiques prouesses..........................
- La Bulgarie se fait l’auxiliaire de l’Allemagne et de l’Autriche.. .. •...........................
- Avec le radiocompas on peut déterminer l’emplacement dès postes de T. S. F................
- Les chemins de fer allemands en 1870 et en 1915.
- Comment les navires s’immobilisent sur l’eau..
- Les projectiles de tranchées (bombes, grenades, torpilles, etc...)......................
- Le casque « Adrian », nouvelle coiffure de nos soldats........................................
- La rééducation professionnelle des blessés militaires ........................................
- Chronologie des faits de guerre................
- Archibald Smith.................. 387
- Louis Leger...................... 395
- Professeur an Collège de L rance, membre de l’Institut.
- Charles Lordier ................. 409
- ingénieur civil des Mines.
- Alfred Poidlouë ................. 423
- O mitaine un vaisseau en retraite.
- Charles Bernard.................. 435
- Ancien chef de l'abri'-ition aux aciéries de la Marna.,
- Jean-Paul Cavall'é............... 445
- C lef pilote des Ecoles civiles d’aviation.
- L. Houlievigue................... 457
- Professeur <\ la acuité des Sciences <ie Marseille.
- Lieutenant-colonel L. C. . .. 465
- 475
- 485
- 495
- 499
- 503
- 507
- 511
- E. Bellini...................... 517
- Dont, èi sciences, ing. électricien.
- Auguste Matival ................ 527
- Ancien ingénieur du réseau français de l’J5st.
- André Ksrïoven ................. 535
- Ingénieur du génie maritime.
- Alfred Tournemain .............. 547
- Sous-dir. d’ateliers de pyrotechnie.
- Morin de Villiers............... 555
- Dr Georges Vitoux............... 565
- ................................ 571
- Hors texte : Grande carte en couleurs de la Russie occidentale.
- p.385 - vue 5/198
-
-
-
- JLA PRESSE HYDRAULIQUE DK 5.000 TONNES POUR LE FORGEAGK DES GROS CANONS AUX USINES DE BETIILEHEM (ÉTATS-UNIS)
- Ci's établissements métallurgiques, qui comptent parmi les plus importants de f Amérique, ont fourni aux Alliés de grandes quantités de matériel de guerre.
- J8Ü LA SCIENCE ET LA VIE
- p.386 - vue 6/198
-
-
-
- La Science et la Vie
- MAGAZINE DES SCIENCES ET DE LEURS APPLICATIONS A LA VIE MODERNE T{édigé et illustré pour être compris de tous
- Paraît chaque mois — Abonnements : France 12 fr., Étranger 20 fr.
- Rédaction, Administration et Publicité : 13, rue d’Enghien, PARIS - Téléphone : Bergère 43-16
- Tome VII] Octobre - Novembre 1915 Numéro 2 3
- L’ACTIVITÉ INDUSTRIELLE DES ÉTATS-UNIS PENDANT LA GUERRE
- Par Archibald SMITH
- Dans les premiers jours du mois d’août, 1914, au moment même où les besoins de l’Europe allaient devenir immenses en t itres, en objets d’équipement et en armements, la production industrielle du groupe des puissances alliées était réduite presqu’à néant par l’elïet de la mobilisation.
- Ce groupe 11e pouvait même pas continuer à compter sur l’industrie anglaise pour se procurer les fournitures nécessaires à la guerre, puisque des millions de travailleurs britanniques avaient librement rejoint le front pour lutter ardemment contre le militarisme allemand.
- L’Amérique, avec ses immenses ressources en céréales et en produits de toutes sortes, naturels ou manufacturés, restait donc seule capable d’alimenter l’Europe, presque tout entière sous les armes.
- Le premier effet de la longue tension politique qui avait précédé l’ouverture des hostilités avait été de déterminer aux Etats-Unis une crise intense due à la réduction considérable des commandes venues de l’Ancien Continent. L’année 191.‘3 avait été à tous les points
- de vue une période de prospérité exceptionnelle pour les Etats-Unis, où les industries minérales et métallurgiques notamment avaient enregistré des chiffres de production inconnus jusqu’alors. La crise imprévue de 1914 avait ramené les faibles tonnages de 1911 et les prix de vente avaient beaucoup baissé.
- Depuis le début de l’année 1915, ce malaise a commencé à se dissiper. Les commandes importantes reçues des belligérants en fournitures de toutes sortes. ont rendu de l’activité au marché américain; les productions mensuelles ont augmenté peu à peu, ce qui a forcément entraîné un sensible relèvement des prix. Cependant, d’une manière générale, kxtotal des ventes américaines en Europe restera pendant toute- la. durée de la guerre inférieur à ce qu’il était en 19153, tant il est vrai que l’état de paix est seul réellement favorable au développement normal et ininterrompu du commerce et de l’industrie.
- Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis constituent actuellement la plus formidable puissance productrice du monde en ce
- ai. JUSSKHAND
- Ambassadeur de la République française, défenseur opiniâtre de. nos intérêts aux Etats-Unis.
- p.387 - vue 7/198
-
-
-
- 388 LA SCIENCE ET LA VIE
- qui concerne la fonte, l’acier, le pétrole, les métaux divers (cuivre, plomb, zinc), les objets manufacturés, tels que _ les tissus, les machines-outils, les moteurs mécaniques de tous genres, les armes, et enfin les produits agricoles : blé, coton, etc., ou les viandes diverses vendues sur pied, conservées ou frigorifiées.
- Nous étudierons spécialement ici l’aide que les alliés ont trouvée aux Etats-Unis en ce qui concerne les fournitures de métaux bruts et ouvrés, les pièces d’artillerie, les munitions de guerre, les véhicules automobiles de toutes puissances, etc.
- La métallurgie américaine, qui dispose d’une quantité considérable de combustibles solides, liquides ou gazeux est également favorisée en ce qui concerne le minerai de fer.
- Les gisements du lac Supérieur ont une production annuelle variant de 35 à 62 millions de tonnes, ce qui classe également les Etats-Unis en tête de toutes les nations productrices de minerais de fer.
- Les minerais Bessemer, à 55 0 /O de fer et moins de 0,45 de phosphore, sont fournis par les célèbres mines d’Old Range et de Mesabi, au prix d’environ 3 dollars 50 à 3 dollars 75 la tonne livrée à bord dans les docks des ports du lac Eric. La plus grande partie de ces minerais est expédiée par eau, et le transport par rail, dejruis le lac jusqu’aux hauts fourneaux, voisins de Pittsburgh, coûte, en plus, de 2 fr. 60 à 5 fr. 20 la tonne.
- Malgré cette énorme production, les Etats-Unis imj^ortent, dans les années de prospérité, environ 2.500.000 tonnes de minerais provenant pour la moitié des mines américaines de Cuba; le reste est fourni par l’Espagne et par la Suède.
- Il existait, en juin 1915, 418 hauts-fourneaux, dont 205 à feu se trouvaient dans les Etats de Pensylvanie (92), d’Ohio (69), de New-York (17) et dans le sud de l’Union (27). La production totale de fonte, qui avait été, en 1913, de 30 mil-
- lions 966.152 tonnes, était retombée, en 1914, à 23.332.244 tonnes. La production moyenne des hauts'fourneaux américains ressort à environ 450 tonnes par jour de marche dans la Pensylvanie et l’Ohio chiffre notablement supérieur à la moyenne européenne, même en x\llemagnc.
- La fonte basique et la fonte Bessemer représentent chacune plus du tiers delà production totale, soit environ douze millions de tonnes sur plus de trente.
- En temps de paix, les exportations de fonte américaines sont à peu près nulles et n’ont jamais atteint 300.000 tonnes. Les principales régions métallurgiques sont groupées autour des villes de Pittsburgh, de Philadelphie et de Chicago. Le commerce de la fonte et de l’acier est d’ailleurs dominé par un trust formidable (United States Steel Corporation) qui comprenait, au 31 décembre 1913, 150 usines, 125 hauts fourneaux (sur 451), 3 3 convertisseurs Bessemer acides à grande production, 298 fours Martin et 658 trains de laminoirs. Les résultats obtenus en 1914 par le Trust de l’acier ont été très sensiblement inférieurs à ceux de 1913, car, dans l’ensemble, les usines n’ont produit qu’en viron les dix dixièmes de leur capacité.
- La production totale a, en 1913, atteint 29 millions de tonnes de minerais de fer, 31 millions de tonnes de houille et 16 millions de tonnes d’acier Martinet Bessemer.
- Le capital total du Trust comportait, au 31 décembre 1913, près de 8 milliards de francs, tant en actions qu’en obligations. Il produisait la moitié de l’acier fabriqué aux Etats-Unis et occupait 228.906 ouvriers en 1913 contre 179.353 en 1914, soit une réduction de 20 %.
- Le carnet de commandes qui comportait 5.026.440 tonnes au 28 février 1914 s’était abaissé jusqu’à 3.324.592 tonnes au 30 novembre de la même année. Les commandes de matériel de guerre faites par les puissances de la Quadruple
- M. LAN SI N O
- Secrétaire d'Etat américain, il est le bras droit du président Wilson et défend contre les menées souterraines du comte BernsiorJJ et de scs acolytes germains et autrichiens les droits des Etats-Unis.
- p.388 - vue 8/198
-
-
-
- L'A C TI VIT É INI) U S T R1E L L E J) E S É T A T S- U XIS
- 389
- Entente avait fait remonter ce chiffre à 4.204.598 tonnes au 31 mai 1915.
- L’acier nécessaire à la fabrication du matériel de guerre est surtout produit par certaines aciéries voisines de Pittsburgh et de Philadelphie, telle que la Bethlehem Steel C° et la Midvale Steel C°. Ces puissantes usines sont entre les mains de syndicats qui ont trusté un certain nombre de chantiers s’occupant de constructions navales et de fournitures de matériel d’artillerie.
- Pour équiper les puissantes usines que les alliés ont montées en France et plus particulièrement en Angleterre, pour la fabrication des obus, de très importantes commandes ont été faites aux constructeurs de machines-outils américains, et ces machines ont permis de réaliser de grands progrès quant à la perfection du travail et à l’intensité de la production. La rareté et le haut prix de la main-d’œuvre américaine ont obligé les fabricants de produits manufacturés à demander à la machine-outil une production intensive et un fonctionnement irréprochable autant que possible automatique.
- Les usines Potter et Cie, la Niles Bernent Pond C°, etc., ont fourni des milliers de tours à projectiles, de raboteuses, d’alésoirs, etc., destinés au finissage des canons de tous 'calibres destinés aux alliés. Plusieurs des grandes usines françaises, transformées ou complètement installées pour la fabrication des projectiles, renferment chacune pour plus de 6 à 8 millions de machines-outils de provenance américaine, livrées en 1915.
- Depuis le 1er juillet 1914 jusqu’au 1er avril 1915, les Etats-Unis ont exporté pour plus de 110 millions de francs de munitions de guerre, dont 35 millions de francs de fusils, 50 millions de cartouches et 25 millions d’explosifs divers, y compris les shrapnells chargés. Les obus non chargés sont compris sous la rubrique « objets manufacturés de fer et d’acier »,
- qui figurent pour une somme d’environ 57 millions pendant les neuf derniers mois.
- La Compagnie de Bethlehem s’est mise à la tête d’un puissant trust qui, sous une même direction, a réuni des mines de fer (en Amérique et au Chili), des aciéries, des chantiers de constructions navales et des ateliers pour la fabrication du matériel roulant destiné aux chemins de fer.
- Les aciéries de South-Bethlehem, qui comportent six hauts fourneaux, vingt-deux fours Martin, de puissants laminoirs, produisent une grande quantité de matériel de guerre pour les besoins de la grande lutte européenne, et occupent de 15.000 à 20.000 ouvriers dans des installations qui couvrent plus de 515 hectares. La production annuelle de ces usines, était, avant la guerre, de 780.000 tonnes de fonte et de un million de tonnes d’acier.
- Cette énorme production métallurgique est absorbée dans les usines acquises par la Compagnie de Bethlehem, notamment par les chantiers de constructions navales de Fore River, à Quincy (Massachussetts), de San Francisco (Union Iron Works C°) et de Wilmington (Ilar-lan et Ilollingsworth Corporation), etc., etc. Les usines de Bethlehem ont exposé à Paris, en 1900, les premiers aciers à coupe rapide, qui furent inventés et perfectionnés par deux de leurs ingénieurs, MM. Taylor et White.
- L’aciérie spéciale consacrée à la fabrication des plaques de blindages renferme cinq fours Martin de 40 tonnes, qui produisent annuellement 12.000 tonnes de blindages. Les fours à creusets fournissent chaque semaine 150 tonnes d’acier fins au nickel, au vanadium, au tungstène, etc., pour les fabrications d’artillerie.
- La Compagnie de Bethlehem s’est principalement consacrée à la construction des canons de marine de gros calibres, montés dans des tourelles organisées de manière à permettre le tir sous tous les angles. Ces pièces, essayées sur le champ
- M. JD .-A. THOMAS C'est le “ roi du charbon " anglais. Il fui envoyé par M. Lloyd George au Canada et aux Etats-Unis pour contrôler la fabrication des munitions de guerre destinées aux Alliés.
- p.389 - vue 9/198
-
-
-
- MOI)
- LA SCIENCE ET LA VIE
- CANONS nii^fJltOS CALIBRE, FABRIQUÉS AUX USINES UE BETHLEHEM ET PRÊTS A ETRE EMBARQUÉS POUR u’EUROPE SUR UN NAVIRE AMÉRICAIN
- de tir de la Société, à Redington, tirent des obus que l’on charge d’explosifs puissants dans les immenses ateliers spéciaux que la Société a fait construire à Car-neys Point, près de Philadelphie.
- Les canons de 355 millimètres qui forment l’armement des plus récents cuirassés américains {Texas, New-York, Nevada, Oklahoma, Pennsylvania) ont été fournis par les aciéries de Bethlehem, ainsi que les pièces de gros calibres qui défendent l’entrée du canal de Panama et la place forte de Cavité (Philippines).
- Le cuirassé grec Salamis, en construction à Dantzig au moment de la déclaration de guerre, devait porter huit pièces de 355 millimètres, usinées à Bethlehem.
- Les aciéries de Bethlehem ont également fourni aux puissances de la Quadruple Entente de nombreux obusiers de campagne et canons de tous calibres, qui font actuellement merveille contre l’artillerie de Krupp et de Skoda.
- Les aciéries et les ateliers de la Midvale Steel C°, situés à Nicctown, près Philadelphie, comptent aussi parmi les plus puissants des Etats-Unis et produisent surtout du matériel de guerre : canons, blindages, obus, armes portatives, etc.
- L’atelier de finissage des blindages renferme de gigantesques machines-outils. Une raboteuse à fosse, pesant plus de 225 tonnes, peut travailler à la fois sur
- les quatre cans et sur une des faces d’une plaque de blindage de 305 millimètres d’épaisseur, mesurant 3 m. 60 sur 7 m. 20. Les outils et les mécanismes de translation de cette machine sont actionnés "par des moteurs électriques. A Nicetown, aucun outil n’a plus de dix ans d’existence ; les appareils de levage et de manutention y sont puissants et nombreux. Les ateliers de montage des cuirasses comportent deux ponts roulants électriques de 60 tonnes. Cinq tours à plateau de 2 m. 30 de diamètre, et pesant chacun plus de 136.000 kilogrammes, servent au dégrossissage des lingots d’où l’on tire les ébauches des frettes et des tubes de canons. Il faudrait l’étendue d’un volume pour citer les machines perfectionnées que renferment ces superbes ateliers pour le forage ainsi que pour le rayage des pièces d’artillerie et pour les multiples opérations que doit subir une plaque de cuirasse pour navire ou un canon avant de pouvoir effectuer ses tirs d’épreuve.
- Les aciéries américaines ont également fourni — et fournissent encore — aux gouvernements alliés un tonnage considérable de barres ou rondins d’acier pour la fabrication des obus de petit calibre.
- , D’autre part, de très grosses sociétés qui possèdent en France et en Angleterre des succursales importantes pour la fabrication du matériel électrique, telles
- p.390 - vue 10/198
-
-
-
- V ACTIVITÉ: INDUSTRIELLE DES ÉTATS-UNIS * 391
- que les lirmes Westhinghouse et Thomson-Houston, n’ont pas hésité à acheter aux Etats-Unis de nouvelles usines et à agrandir les leurs, pour entreprendre la fourniture de plusieurs millions d’obus de 75 pour les canons de campagne.
- Vers 1907, il existait aux Etats-Unis, une dizaine d’usines s’occupant spécialement de la construction des locomotives. Leur clientèle se composait-des Compagnies de chemins de fer américaines et d’un certain nombre de chemins de fer étrangers répandus en Asie, dans l’Amérique du sud, etc. A cette époque, les ateliers de Sehcnectady prirent l’initiative d’un trust, dénommé American Locomotive C°, dans lequel ils parvinrent à faire entrer la plupart des usines existantes, dont beaucoup, vieilles et pourvues d’un outillage démodé, avaient une situation financière extrêmement obérée. La toute puissante maison Baldwin resta presque seule en dehors du trust, auquel sa forte organisation technique et financière lui permettait de faire une très active concurrence.
- Certaines des nations alliées, notamment la Russie, ne disposent pas d’un assez grand nombre d’ateliers de cons-
- truction, ni d’une main-d’œuvre suffisante pour fournir à leurs voies ferrées des locomotives neuves de grande puissance capables de remorquer les trains de troupes et de ravitaillement. La Russie a dû commander, vers la lin de juin 1915, 400 locomotives à cinq essieux accouplés, dont 250 aux ateliers Baldwin, 100 à l’Ameriean Locomotive C° et 50 à la Compagnie canadienne pour la construction de locomotives, à Montréal. Les premières de ces machines étaient prêtes à embarquer dès le milieu d’août; il a donc suffi de trois mois à peine pour exécuter une grande partie clés dessins, pour construire les locomotives, les essayer, puis les démonter et les emballer en vue de leur expédition. Ces machines, qui sont établies pour la voie large des chemins de fer de l’Etat russe (1 m. 53), peuvent remorquer des trains de 1.000 tonnes sur une rampe de 8 0 /0, à une vitesse d’environ 15 à 20 kilomètres à l’heure. Elles pèsent environ 90 tonnes en ordre de marche, dont 80 tonnes de poids adhérent supporté par les dix roues motrices de 1 m. 32 de diamètre. Le tender, qui ne pèse pas moins de G0 tonnes, contient 8.000 kilos de charbon
- DES CAMIONS AUTOMOBILES DESTINÉS A I.A RUSSIE, EMBALLES DANS DES CAISSES, SONT EMBARQUÉS SUR DES CHALANDS POUR ÊTRE CONDUITS DANS LE PORT DE NEW-YORK
- p.391 - vue 11/198
-
-
-
- 392
- LA SCIENCE ET LA VIE
- et environ 30 mètres cubes d’eau; il est monté sur deux bogies à quatre roues de 90 centimètres de diamètre.
- Les ateliers américains ont aussi fourni aux Alliés un grand nombre de locomotives de toutes grandeurs destinées notamment au transport des grosses pièces d’artillerie sur les voies ferrées qui desservent certains camps retranchés situés à proximité du front occidental.
- Le gouvernement russe a également commandé à la maison Baldwin 30 locomotives compound Mallet, à voie de 1 m. 07, destinées à sa ligne d’Arkhangel. La prc- • mière de ces machines a été livrée le 21 décembre 1914, et la dernière le 0 janvier 1915; la commande avait été passée le 10 novembre 1914. Ces machines, chauffées au bois, sont supportées par deux trains articulés de chacun six roues accouplées, de 1 m. 20 de diamètre. Le tendcr à six roues peut contenir 8 mètres cubes d’eau et trois cordes et demie de bois.
- Le poids total de ces machines en ordre de marche, non compris le ten-der, est de 48 tonnes.
- D’autre part, le gouvernement français a passé une commande, au même constructeur, pour 12G locomotives à, voie de 0 m.
- 00, dont G machines ten-der à six roues accouplées et à bogies destinées aux chemins de fer du Maroc;
- 20 machines tender à six roues accouplées livrées en seize jours; 100 locomotives, système Péchot, genre Pairlie, à huit roues. Ces dernières machines, qui pèsent 12.790 kilogrammes en ordre de marche, ont été construites très rapidement; la commande ayant été reçue le 1er février 1915, les 40 premières machines furent embarquées le 31 mars et la dernière le 24 avril. Un certain nombre de puissances restées neutres, au moins pendant le début des hostilités, ont également eu recours aux constructeurs de locomotives américains. La Société espagnole des chemins de
- LE DOCTE UK DUMBA AmbassadeurcTAutriche à Washington, il reconnut avoir fomenté des grèves pour entraver, dans les usines américaines, la fabrication des munitions de guerre destinées aux Alliés.
- fer de Madrid-Saragosse et Alicante a acheté 25 magnifiques locomotives à huit roues accouplées et à bogie.
- Les grandes fabriques américaines de voitures et de camions automobiles ont largement profité des ordres venus d’Europe. L’Angleterre, la France, la Russie et l’Italie ont acheté des milliers de gros véhicules à moteur destinés au ravitaillement de leur front. En octobre' 1913, 17.1 IG automobiles de construction américaine, valant 8.650.000 francs, avaient franchi l’Océan, à destination de l’Europe. En octobre 1914, le troisième mois de la guerre, les Etats-Unis expédiaient 1.404 de ces véhicules, mais leur valeur atteignait 12 millions. On peut estimer que - la valeur des véhicules exportés a été, depuis lors, en a u g m entant d ’ environ 5 millions par mois. En mai 1915, les livraisons faites aux alliés ont atteint environ 31 millions de francs sur un total de 55 millions On prévoit, pour l’année 1915, un chiffre d’exportations de 520 millions, ce qui représente une augmentation de 300 pour cent par rapport aux résultats de 1914.
- Au moment de la déclaration de guerre, l’Angleterre comptait G0 usines de construction d’automobiles produisant environ 27.000 véhicules; en France, 20.000 voitures sortaient annuellement de 35 ateliers principaux. L’Italie fabriquait 8.000 voitures dans 15 usines, et la. Belgique environ 3.G50 dans 20 ateliers. La Russie ne comptait que deux petites usines et l’Espagne une seule. Les Alliés avaient donc environ 130 fabriques d’automobiles avec une capacité de G0.000 véhicules par an à opposer aux 20 fabriques allemandes; mais ces dernières ont pu continuer à travailler tandis que toutes les usines belges et une grande partie de celles de la France devaient fermer leurs portes, soit à cause de l’invasion, soit faute de matières premières et de main-d’œuvre. Les
- p.392 - vue 12/198
-
-
-
- V A C TIVIT É IN1) IJ S TRI ELLE DE S
- ÉTATS-UNIS
- 0.‘]
- Etats-Unis, qui disposent de 450 usines pour la fabrication des véhicules automobiles ont par conséquent pu apporter aux alliés une aide des plus efficaces. Les usines Jeffrics ont notamment fourni en France un nombre considérable de camions-porteurs ainsi que de tracteurs.
- Les Etats-Unis augmentent chaque année leur production de pétrole; elle s’est élevée de 240 millions d’hectolitres en 1900, à 555 millions en 1914. Les Etats d’où provient, le pétrole sont, par ordre d’importance, la Californie, le Kansas, l’Oklahoma, le Texas, la Louisiane et l’Illinois. Les Allemands occupent la Galicie, et les pétroles russes ne peuvent parvenir jusqu’en Europe occidentale à cause de la fermeture des Dardanelles.
- Les alliés, réduits aux seuls pétroles roumains, font venir des Indes et d’Amérique le surplus de leur consommation. Les transports sont rendus faciles aujourd’hui grâce aux nombreux navires-citernes de fort tonnage que possèdent les armateurs et les gouvernements. Les flottes alliées comptent un grand nombre de bâtiments de tous tonnages chauffés au pétrole et dont le ravitaillement se trouve ainsi as-
- I.F. CAPITAINE P APEX Attaché militaire à l'ambassade
- 13 millions de francs de cuivre de New-York en mars 1914, n’en a reçu que pour 300.000 francs en mars 1915. Les pays Scandinaves ne peuvent guère revendre aux Allemands que pour 5 â (j millions de francs de cuivre américain par mois. Au contraire, les Roumains et les Russes ont reçu beaucoup de marchandises par lâ voie grecque, car la Grèce a acheté, en mars 1915, pour plus de 100 millions de francs de produits américains (contre 4 millions de francs en mars 1914, en partie revendus).
- Cependant, les Etats Scandinaves ont joué le même rôle vis-à-vis de l’Allemagne en ce qui concerne les marchandises générales, car ils ont augmenté leurs achats de cent trente millions de francs par rapport à. 1914.
- Il était temps qu’un accord intervînt au sujet du coton dont l’exportation américaine avait diminué environ de moitié, car les Etats du Sud subissaient une crise très grave et très inquiétante.
- Les coinmandes des alliés et des neutres, en marchandises manufacturées et en céréales ont été considérables. D’énormes fournitures de chaussures, d’objets d’équipement, de conserves ont été exécu-
- suré de même que celui des escadrilles aériennes.
- Les Etats-Unis sont également à la tête des pays producteurs en ce qui concerne le cuivre, le zinc et le plomb. Les plus grandes mines de cuivre du monde sont celles de l’Ari-zona et d’Anaconda, à Butte (Montana); la production totale de l’Union était, en 1913, de 547.000 tonnes, alors que celle du monde entier ne dépassait pas un million de tonnes. Les puissances centrales qui achetaient, en mars 1914, pour plus de 52 millions de francs de cuivre américain, n’en reçoivent plus directement et ne peuvent s’en procurer que difficilement par les voies détournées en le rachetant aux neutres.
- En effet, la Hollande cpfi recevait pour
- tées à Saint-Louis, à Chicago et dans tous les grands centres agricoles et industriels de l’Union.
- La puissance industrielle des Etats-Unis tient à plusieurs causes dont les principales sont l’énergie de leurs hommes d’affaires et la richesse de ce territoire immense en minerais de tous genres et en combustibles d’excellente qualité.
- Les hommes qui sont à la tête des grands trusts et des consortiums américains sont connus de tout le monde. Ils s’appellent, Rockefeller, le roi du pétrole; Schwab, le roi de l’acier; Astor, Gould, Harriman, Vanderbilt, les rois des chemins de fer; Kuhn, Loeb et Pierpont: Morgan, les chefs des plus grandes banques du monde dont. les bureaux sont de nais
- d'Allemagne aux Eiuls-U nis, il est, de son propre aveu, ruades principaux agents de corruption et d'espionnage du comte liernstorff, son ambassadeur.
- p.393 - vue 13/198
-
-
-
- 30-1. LA SCIENCE ET LA T JE
- ministères. Ces hommes n’ont pas hésité à souscrire des centaines de millions pour soutenir de leur argent leur opinion sur la juste cause des Alliés.
- Mais la puissance des capitaux et l’abondance des minerais ne pourraient rien ou presque rien si les Etats-Unis n’étaient pas en même temps exceptionnellement favorisés en ce qui concerne les combustibles de tous genres. La houille, l’an-
- oommence à employer connue combustible. Il faut encore signaler les gaz naturels que d’immenses conduites puisent dans le sein de 1a. terre et distribuent à la surface du sol par milliards de mètres cubes dans les aciéries, les verreries, etc.
- Les achats actuels des clients européens auront deux résultats. La crise du change à laquelle on essaye de remédier s’est déjà déclarée et le cours du dollar
- ATKLIKR I)K KIN1SSAGK I)KS CANONS I)K GROS CAI.IRRK, AUX USINKS DK .MIDVAl/K Un certain nombre de ces pièces d'artillerie ont été commandées par le go avertiement italien.
- thracite, le pétrole et les gaz naturels abondent dans le sous-sol des vastes régions montagneuses qui couvrent en entier certains Etats de l’Union.
- Huit de ces Etats produisent plus de 10 millions de tonnes de houille et la seule Pensvlvanie figurait pour 160 millions de tonnes dans le total de 450 millions qui représentent la production de ] 013. La Pensylvanie extrait de ses mines, non seulement de la houille, mais encore S5 millions de tonnes d’anthracite. Nous avons parlé du pétrole que la métallurgie
- a atteint 5 i'r. 00. Les places de Londres et. de Paris s’efforcent de détendre, par des envois d’or et par des ententes' spéciales, les cours du change qui nous seront évidemment défavorables pendant longtemps encore, même après la guerre.
- Un autre fait qui découle de la situation industrielle et financière des puissances européennes sera l’enrichissement des Etats-Unis au détriment de l’ancien monde; mais, quant à présent, nous aurions tort de nous en plaindre*.
- Akchiiîald Smitii.
- p.394 - vue 14/198
-
-
-
- LES PEUPLES BALKANIQUES ET LEURS ASPIRATIONS NATIONALES
- Par Louis LEGER
- PROFESSEUR n’HISTOIRE .ET DE LITTÉRATURE SLAVES AU COLLÈGE DE FRANCE, MEMBRE DE L’iNSTITUT
- Q
- uand on parle de la Péninsule balkanique, on entend généralement l’ancien domaine de la Turquie d’Europe, mais il ne faut pas oublier que le littoral occidental de la Péninsule — constitué surtout par la Dalmatie — appartient actuellement à l’Autriche-Hongrie et (pie, dans un remaniement définitif de l’Etat austro-hongrois, il a toutes les chances possibles d’en être détaché.
- Commençons par la race serbe, ou plutôt serbo -croate, l’examen des divers éléments balkaniques.
- Les circonstances historiques ont établi entre ces deux groupes — les Serbes et les Croates — des distinctions purement artificielles et qui sont appelées tôt ou tard à disparaître.
- Les Croates ont subi l’influence de l’église latine et de l’Italie; les Serbes, convertis par Byzance, ont subi l’influence de l’église grecque. La domination turque a fait pénétrer dans leur langue une foule de locutions et de mots orientaux dont ils ont grand peine à se débarrasser.
- D’ailleurs, d’Agram à Belgrade, à Sarajevo, à Raguse, on se comprend sans trop grande difficulté.
- Les Serbes proprement dits sont établis dans le royaume actuel, dans la Bosnie-Herzégovine annexée présentement par l’Autriche, dans le sud de la Dalmatie, dans une partie de la Slavonie, dans le royaume du Monténégro; ils forment des îlots nombreux dans la Hongrie méridionale, notamment dans le Banat. On en trouve encore dans les pays albanais. .Te;
- 3M. LOUIS LEGER
- ne parle par des colonies qu’ils peuvent avoir en Italie, en Russie, en Amérique.
- M. Niederle, Tchèque, professeur à l’Université de Prague, qui a étudié la statistique de la race slave dans un esprit de parfaite impartialité, présente, dans son très intéressant ouvrage sur la Race slave (édition française), les chiffres suivants :
- Bosnie-Herzégovine, 1.050.000 ; Monténégro, 350.000; Royaume de Serbie, 2.600.000 ; soit pour la Péninsule balkanique un total de 4.600.000, auquel il y aura sans doute lieu d’ajouter les Croato-Serbes de Dalmatie évalués à 700.000. Ce chiffre sera peut-être diminué par les revendications ultérieures de l’Italie sur certains points du littoral.
- D’autre part, les Croates, ou Serbo-Croates de Croatie, de Slavonie et de Hongrie constituent un total de près de trois millions. Nous arrivons donc à un ensemble de 7 millions 600.000. Si nous y ajoutons les 1.300.000 ou 1.400.000 Slovènes de Ca-rinthic, Carniolc, Styrie, Istrie, etc., nous atteignons un total de neuf millions d’hommes (pii, en cas de dissolution possible de l’Au-trichc-Ilongrie, pourraient former un Etat fédératif sous la direction de la Serbie.
- La grande différence entre les Croates et les Serbes consiste dans celle des religions et des alphabets. Elle est moins considérable que celle des langues, qui n’a point empêché les Suisses alémaniques, romands et italiens de se constituer en confédération. Quant à la question de
- p.395 - vue 15/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 39G
- CARTE ETHNOGRAPHIQUE DES ÉTATS BALKANIQUES l^es races qui peuplent la péninsule des Balkans sont au nombre d'une douzaine, parlant des langues différentes et, souvent, ne se comprenant pas entre elles.
- tolérance religieuse,, elle a été résolue d’avance par l’habile politique du roi Pierre, qui a conclu naguère un concordat avec la papauté. Reste la question des Serbes musulmans, qui sont au nombre d’environ 550.000 en Bosnie-Herzégovine. Elle ne crée aucune difficulté. Le musulman soumis au chrétien se plie sans résistance au régime nouveau pourvu
- que ce régime respecte ses temples, ses fondations, ses rites et ses coutumes.
- L’héroïque armée de la Serbie et du Monténégro a fait ses preuves dans la présente campagne et fournira un cadre excellent pour les recrues que doivent lui amener les annexions qui résulteront vraisemblablement de la guerre actuelle.
- Par suite de ses longues luttes con-
- p.396 - vue 16/198
-
-
-
- LES PEUPLES BALKANIQUES
- 897
- tre les Turcs, le Serbe s’est fait un tempérament essentiellement militaire.
- Les qualités guerrières des Serbes se rencontrent, à un plus haut degré encore s’il est possible, chez leurs frères de la Tsrna-Gora (Monténégro), qui peuvent mettre sur pied environ 50.000 hommes.
- Détail à noter : les souverains des deux pays sont unis entre eux par les liens du sang, le roi Pierre ayant jadis épousé un princesse monténégrine. Les deux souverains sont, en outre, rattachés à la France par les souvenirs de leur éducation.
- A dater du jour où l’empire ottoman a commencé à tomber en déc a dence, où les nationalités qu’il tenait sous son joug ont
- commencé à relever la tête, l’Autriche s’est considérée comme l’héritière éventuelle des régions balkaniques. Elle devait nécessairement voir d’un mauvais œil les efforts des diverses nationalités pour reconstituer leur existence. D’autre part, vu la communauté de race et de religion, la Russie devait se considérer comme la tutrice naturelle des petits peuples balkaniques. La guerre actuelle, si l’on veut bien remonter à ses origines, n ’est au fond que la conséquence de cette divergence initiale de vues et d’intérêts.
- Sous le règne du prince, devenu le roi Milan Obrenovitch, l’insurrection de la Bosnie contre l’oppression des Osmanlis amena la principauté de Serbie à une guerre qui se termina par un premier
- LE ROI PIERRE Ier Il règne sur la Serbie depuis le 2 juin 1903 (vieux style).
- échec (1876-1877). Lorsque, l’année suivante, les Russes entrèrent en campagne pour délivrer la Bulgarie, les Serbes reprirent les armes et furent cette fois plus heureux. Par le traité de San-Stefano (3 mars 1878), conclu directement entre la Russie et la Porte, la Serbie obtenait Nich et No-vi-Bazar, et, jusque-là tributaire de la Porte, était constituée en Etat complè-tement indépendant.
- Elle restait séparée du Monténégro par une étroite bande de terrain réservée à la Turquie. Les villes de Pirot et de Vrania étaient adjugées à la grande principauté de Bulgarie, qui comprenait la Bulgarie du Nord et du Sud, la Macédoine et une partie du
- littoral de l’archipel. Mais ce traité ne faisait pas l’affaire de l’Autriche qui, à l’instigation de l’Allemagne, avait, des vues conquérantes sur la mer Egée, et plus particulièrement sur Saloniquc.
- L’Autriche et l’Allemagne obtinrent que le traité de- San-Stefano fût révisé à Berlin, et l’œuvre
- M. PAC1IITCII
- Président du Conseil des Ministres du royaume de Serbie.
- Pierre Kara-Georgeviich, petit-fils du célèbre Kara-George, a succédé au roi Alexandre 1er, assassiné dans son palais de Belgrade, le 29 mai 1903 (vieux style).
- néfaste du congrès a été le point de départ de toutes les complications qui se sont produites par la suite dans le monde balkanique et qui ont encore aujourd’hui leur contre-coup fâcheux dans l’Europe presque entière.
- Il s’agissait avant tout de faire échec à la Russie en affaiblissant la Bulgarie. Pirot et Vrania furent enlevés à cet Etat et adjugés à la Serbie. En revanche, la Bosnie et l’Herzégovine, qui avaient été
- p.397 - vue 17/198
-
-
-
- 398
- LA SCIENCE ET LA VIE
- en somme les premiers prétextes de la guerre furent adjugées à l’Autriche, chargée de les occuper temporairement sous le fallacieux motif d’v rétablir l’ordre.
- Entre les Serbes et les Bulgares il y a communauté de race, mais il faut cependant noter des différences considérables.
- L° Serbe, ai-je dit, représente le Slave pur sang; le Bulgare lui, comme le Busse moscovite, est le produit d’un croisement. Les Slaves qui ont envahi la partie orientale de la Pénin-s u 1 e balkanique ont été dominés et organiséspar un peuple d’origine turque qui lui a donné son nom, les Bul-gares d u
- Volga. Après
- J‘K HOÎ FR,,I,,NANM Ier avoîr fondé Proclamé souverain de, la Rou- im qUj
- manie, le 11 octobre 1914. (>ut ^ jours
- de gloire, qui
- lutta victorieusement contre ses voisins grecs et serbes, les Bulgares ont été assujettis par la conquête musulmane. Mais leur condition, il faut le reconnaître, a été pire que celle des Serbes. Soumis aux Turcs, les Serbes conservèrent une église nationale. Les Bulgares n’eurent pas cette consolation.
- Tandis que le pouvoir politique passait complètement aux mains des Osmanlis, le pouvoir spirituel était peu à peu accaparé par les Grecs.
- Cependant, la tradition nationale se conserva dans quelques monastères, et lorsque la Russie devint plus voisine de la Turquie, lorsque ses armées passèrent le Danube et les Balkans, les intellectuels bulgares durent nécessairement tourner les veux vers leurs congénères et eo-
- Le prince Ferdinand de Hohenzollern a succédé à son oncle, le roi Charles Ier, décédé le 10 octobre 1914 à Sinaïa. Il est né à Sigmaringen le 24 août 1865.
- religionnaires. Les Serbes balkaniques avaient, de l’autre côté de la Save, en Croatie, en Hongrie, des frères de race et de langue auxquels ils pouvaient s’adresser. Les Bulgares eux n’avaient que les Russes. Les Serbes, plus éloignés de Constantinople, abrités dans les forêts, pouvaient combattre, tenter la guerre de partisans.
- Les Bulgares, eux, songèrent d’abord à l’é-mancipation intellectuelle. Eclairés par ceux de leurs compatriotes qui a-vaient visité la Russie, ils cherchèrent leur salut dans la cons-titution de l’Ecole et de l’Eglise nationales..
- La jeune Serbie voyait alors d’un bon œil leurs tend a nees vers l’émancipation. Le plus diflieile était d’échapper au joug étroit de l’Eglise grecque. Ils négocièrent avec la Porte pour obtenir l’indépendance de leur Eglise. Après de longs et pénibles pourparlers ils réussirent. Un fîrman rendu au cours de l’année: 1870 les reconnut en tant que confession religieuse indépendante. A la tête de leur Eglise nationale était l’exarque. Ce prélat résidait à Constantinople. Sa nomination était, un gros échec pour l’Eglise grecque dont le patriarche s’empressa d’excommunier son nouveau collègue. Vis-à-vis des orthodoxes grecs, les Bulgares sont désormais considérés comme des hérétiques dont il faut s’écarter.
- On sait comment, à la suite de diverses incorrections et des horreurs bulgares
- AI. JKAN BKATIANO Il préside avec beaucoup d'autorité le Cabinet roumain.
- p.398 - vue 18/198
-
-
-
- LES PE VPLES BALKA N J QUES
- :hw
- commises parles Turcs et llétricspar feu Gladstone, la Russie intervint et affranchit les. pays bulgares. Nous avons dit tout à l’heure comment la diplomatie européenne annula le traité de San-Ste-fano. Par le traité de Berlin elle divisa les pays bulgares en trois tronçons : l’un
- situé au nord des Balkans constituai t une principauté vassale et tributaire de la Porte; l’autre situé au sud des.Balkans constituait la Rou-mélie orientale, province autonome régie par un gouverneur chrétien qui est nommé par le sultan et accepté par les puissances; d’autre part, la Bulgarie intégrale était diminuée de Pirot et V7rallia adjugés à la Serbie, de laDobroudjacédéc à la, Roumanie, qui, en compensation, cédait aux Russes la Bessarabie. Les Bulgares de la Macédoine restaient aux mains des Turcs qui devaient opérer dans cette province toutes sortes de réformes. On sait ce que valent les belles promesses des Osmanlis.
- En somme, ce traité préparait pour l’avenir une série d’innombrables complications. Evidemment, la Serbie ne pouvait se consoler de la perte de la Bosnie et de l’Herzégovine qui auraient dû nécessairement revenir à elle et au Monténégro. La Roumanie regrettait la Bessarabie; entre elle et la Bulgarie la cession de la Dobroudja était un obstacle considérable à l’établissement de relations cordiales; d'autre part, la
- LE TSAR FERDINAND I,r Prince de Bulgarie le 25 juin 1887; tsar le 22 septembre 1008.
- Le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-el- Gotha fut pendant longtemps vassal de la Turquie. En 1908, il déclara la Bulgarie indépendante et l'érigea, en royaume.
- principauté de Bulgarie regrettait la perte de la ltoumélie orientale et de la Macédoine. Au retour d’un voyage effectué dans la Péninsule balkanique, au cours de l’année 1882, j’annonçais que l’union se ferait bientôt entre la Bulgarie du Nord et la Roumélie. Les événements n’allaient pas tarder à justifier mes prédictions.
- Le principe fondamental de l’Autrich e, celui qu’elle n’ a cessé d’appliquer dans ses Etats héréditaires ou annexés, c’est, celui-ci :
- Jlivide nt imper es (Diviser pour régner). Or, pour maintenir sa domination en Bosnie - Iler-z é g o v i n e , pour préparer les voies à l’annexion de Salonique c o n v o i t é e par l’Allemagne, dont François-Joseph, depuis 18(50, n’a jamais été que le très humble valet,, le rôle naturel du cabinet de Vienne était de semer la zizanie entre les Etats balkaniques, notamment entre la Serbie et la Bulgarie. La chose était d’autant plus facile que la Serbie avait eu pour premier roi un personnage profondément immoral, accessible à tous les vices et à toutes les corruptions. Pour détourner l’attention des Serbes de Bosnie et de l’Herzégovine, on imagina de la diriger d’un autre côté. On inventa une théorie fantaisiste en vertu de laquelle la Macédoine était peuplée de Serbes et non pas de Bulgares. Pour la Bosnie et l’Herzégovine, considérées comme définitivement perdues, la Maeé-
- .M. RADOKl.AVOF
- Président du Conseil des Ministres du royaume de Bulgarie.
- p.399 - vue 19/198
-
-
-
- 400
- LA SCIENCE ET LA VIE
- doine devait offrir une compensation. D’autre part, c’était une pomme de discorde à jeter traîtreusement entre la Serbie, déjà septuagénaire, et la Bulgarie, qui venait à peine de renaître à la vie.
- Disons tout de suite pour n’avoir plus à y revenir (pie le chiffre loi al des Bulga-
- res du royaume et des pays en dehors du royaume doit être d’environ cinq millions. Il n’y a pas là de quoi effrayer les Serbes qui peuvent, si le succès les favorise, se trouver à la tête d’une confédération sud-slave d’environ neuf à dix millions d’âmes.
- Je parlerai maintenant de la désas-
- p.400 - vue 20/198
-
-
-
- LES PEUPLES BALKANIQUES
- 401
- 20°Est doParis
- LES ETATS BALKANIQUES
- APRÈS
- LA GUERRE 1912-1913
- Chemin de fer
- r-r---- rri exploitation .......projeté
- Echelle ____
- o so ioo 150 200 km.
- fl. BOL ZÉ 191S
- j Stampaka % ^Tilos Santorin C^niapia oâcuPATIt W « RhjodeS
- • _ ,æI9i2 y \ ’ /n .arpathos,'
- \ , J .
- \ Kasos,.
- treuse politique du roi Milan. Il ne comprit pas que l’avenir de son peuple était dans une future confédération balkanique, dans une union cordiale avec ses voisins immédiats, les Bulgares, plus tard avec les Grecs et peut-être les Roumains.
- Lorsqu’au mois de septembre 1885 la
- Roumélie — ainsi que je l’avais annoncé — proclama son annexion volontaire à la Bulgarie du Nord, Milan considéra que cette annexion rompait l’équilibre des puissances balkaniques et déclara la guerre à la principauté bulgare. Le premier prince clu était un officier allemand,
- * 2U
- p.401 - vue 21/198
-
-
-
- 402
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Alexandre de Battenberg. 11 tint vigoureusement tête à l’invasion, pénétra en Serbie jusqu’à Pi rot et reconquit les districts qui avaient été d’abord octroyés à la Bulgarie par le traité de San-Stefano. L’intervention de l’Autriche, qui cette fois se démasquait, l’obligea à renoncer
- au fruit de ses victoires.
- La Bulgarie fit de grands progrès sous le règne de son successeur, Ferdinand de Saxe-Cobourg. Si ce prince est sujet autrichien par son père, nous ne devons pas oublier qu’il est par sa mère le petit-fils de Lo u i s - P h i -lippe, le neveu du duc d’Aumale, le cousin du roi des Belges. Tout permettait donc de supposer qu’il devait avoir personnellement de bonnes raisons pour être sympathique à la Quadruple Entente. On sait comment Milan dut abdiquer et comment, après l’assassinat de son lils Alexandre (1903), la couronne fut offerte au prince Pierre Kara-(leorge-vitch, alors exilé.
- Le représentant de la dynastie à laquelle la nation sorbe avait dû les premiers germes de son indépendance devait nécessairement nourrir l’ambition de compléter l’œuvre de son ancêtre et d’aboutir à l’intégrité nationale, en groupant au moins l’ensemble des pays serbes dans la Péninsule balkanique. L’Autriche lui signifia brutalement la vanité de ses espérances le jour où, à l’occasion du trentième anniversaire de l’occupation
- décrétée par l’Europe en 1878, de la Bosnie-llcrzégovinc, elle annexa définitivement ces deux provinces (1908).
- L’émotion fut grande en Serbie. Les exaltés demandaient que l’on déclarât immédiatement la guerre à l’Autriche.
- Ce qu’il y avait de douloureux dans l’annexion de la Bosnie-Herzégovine ce n’était pas seulement la blessure faite au point d’honneur national, c’était aussi l’asservissement économique de la Serbie, privée à tout jamais d’un débouché sur l’Adriatique. La nation, trop faible pour tenter quoi que ce soit, se re-cueillit et attendit des jours meilleurs.
- 1) ’ a u t r e part, la Turquie s’affaiblissait par ses discordes intérieures. Le 27 avril 1909, le sultan Alxlnl Ilamid était déposé à la suite d’un pronuneia-miento militaire et Mohammed V était proclamé à sa place. Les Osmanlis se jouaient à eux-mêmes une comédie constitutionnelle que l’Europe ne prenait guère au sérieux. Le budget, de 1909-1912 se soldait par un déficit. de 230 millions.
- — sur
- lesquels nous reviendrons tout à l’heure — se révoltaient. Des mouvements insurrectionnels éclataient en Arabie ; la situation devenait grave.
- L’Italie trouva l’occasion bonne pour faire valoir des prétentions sur la Tripo-fitaine, soumise à l’empire ottoman.
- La Turquie dut reconnaître la souveraineté de l’Italie sur la Libye (1913).
- I.K ltoi CONSTANTIN Il a été proclamé, souverain des Hellènes le G mars 1913.
- Constantin 7or, prince de Danemark, a succédé à son père, le roi George /l>r, assassiné èi Salonique le 5 mars 1913 (vieux style). Il est né le 21 juillet 1868.
- Les Albanais
- M. VKNIZKLOS
- Président du Conseil des ministres du roua urne de Grèce.
- p.402 - vue 22/198
-
-
-
- LES PEUPLES BALKANIQUES
- 403
- Sur le continent la politique ottomane n’avait pas été plus heureuse que sur la Méditerranée. Au lieu d’opérer en Macédoine les réformes depuis si longtemps attendues, la Porte avait imaginé d'islamiser cette province en expulsant les paysans chrétiens au profit des musulmans émigrés de Bosnie et d’IIer-zégovine. Les paysans indigènes, chassés de leurs domaines, n’avaient que la ressource de gagner la montagne pour y rejoindre les heïdouks ou les comitadjs.
- Cette politique aboutit nécessairement à amener une réconciliation entre deux éléments souvent hostiles, les Bulgares et les Grecs. A la fin de novembre 1911, le comité révolutionnaire macédonien adressait à tous les consuls en Macédoine un manifeste où il dénonçait toutes les violences faites aux chrétiens par les musulmans. Le manifeste annonçait qu’à toutes ces, iniquités il serait répondu par une insurrection générale. Cependant aucune des grandes puissances n’eut la pensée d’intervenir.
- Ce furent les petits Etats de la Péninsule, le Monténégro, la Serbie, la Bulgarie
- et la Grèce qui eurent l’idée de former contre la Turquie une coalition militaire. Le 13 mars 1912 était signé, entre la Bulgarie et la Serbie, un traité secret d’alliance contre la Turquie, valable jusqu’en 1920. A ce traité fut annexée une convention militaire, en date du 19 juin, qui
- LE SULTAN MlilIMlïD V
- Il est empereur des Ottomans depuis le 27 avril 1909.
- réglait d’avance le partage d’entre les deux Etats des territoires qui pourraient être enlevés à l’ennemi, en Macédoine.
- L’article 2 de l’annexe secrète du traité serbo-bulgare était ainsi conçu :
- « Tous les accroissements territoriaux réalisés par une action commune tombent
- sous la domi- . ____
- nation commune (condominium) des deux Etats alliés.
- Leur liquidation aura lieu sans retard, dans un délai maximum de trois mois après le rétablissement de la paix et sur les bases suivantes :
- La Serbie reconnaît à la Bulgarie le droit sur les territoires à l’est du llhodope et de la rivière Strouma ; la Bulgarie reconnaît le droit de la
- Serbie sur ceux situés au nord et à l’ouest du Char-Planina. » C’est précisément le Chai-Planina que l’on doit considérer comme formant la limite des deux nationalités serbe et bulgare. Un peu plus loin, les deux parties s’engageaient, en cas de dissentiment, à recourir à l’arbitrage s u p r ê m e de
- GÉNÉRAL ENVF.ll TACHA Chef du parti jeune-turc, maître actuel de la Turquie.
- Mchmed Réchad Khan, né à Constantinople le 3 novembre 1844, a succédé à son frère, le sultan Abdul Ilamid, détrôné par les Jeunes-Turcs et interné.
- l’empereur de Russie.
- Au point de vue militaire, la Serbie s’engageait à fournir 150.000 combattants ___________ et laBulgarie 200.000.
- Si la Roumanie attaquait la Bulgarie, la Serbie était tenue de lui déclarer immédiatement la guerre. Si l’Autriche attaquait la Serbie, la Bulgarie était tenue de déclarer immédiatement la guerre à l’Autriche-Hongrie.
- Ce traité était établi jusqu’à l’année 1920. Si des circonstances déplorables ne
- p.403 - vue 23/198
-
-
-
- 404
- LA SCIENCE ET LA VIE
- l’avaient point annulé, on juge cpicls services la Bulgarie aurait pu rendre à sa voisine le jour où l’Autriche a entrepris, avec sa perfidie et sa lâcheté habituelles, de châtier la petite Serbie. Il semble, hélas ! qu’un vent de folie souflle sans cesse chez ces malheureux Slaves !
- Le 29 mai, d’autre part, était signé, entre la Bulgarie et la Grèce, un traité d’alliance défensive pour trois ans.
- Le 13 octobre, à Athènes, à Belgrade, à Solia, une note identique était reremise au ministre de Turquie, réclamant l’exécution des réformes prévues.
- Quelques jours après la guerre éclatait (1S octobre). Le Monténégro l’avait déclarée dès le 8 octobre.
- B appelons-cn rapidement les principaux épisodes.
- Victoire de Ivoumanovo gagnée par les Serbes, qui occupent Uskub le 20 octobre. Prise de Monastir (19 novembre), occupation des ports de l’Adriatique,
- Alessif) et Durazzo. Du côté de la Grèce, occupation de Salonique (8 novembre). Les Bulgares, en vertu de leur situation géographique, devaient marcher sur Constantinople.
- Ils s’ouvrirent la voie par les victoires de Ivirk-Ki-lissé (22 octobre), Lule-Bourgas (29 octobre), atteignirent la mer Egée par Dédéagatch et mirent le siège devant Andrinople.
- Les Turcs, affolés, demandèrent un armistice (3 décembre), et sous la médiation des pussiances, des négociations s’ouvrirent à Londres pour la conclusion de la paix. Elles n’aboutirent pas. Après la rupture de l’armistice, le siège d’Andrinople fut repris. L’artillerie serbe vint en aide aux Bulgares; la place succomba honorablement le 24 mars.
- D’autre part, les Monténégrins s’étaient emparés de S eu tari d’Albanie et les Grecs avaient plis possession de Janina.
- Les négociations reprirent alors et la paix fut signée à Londres, le 30 mai.
- La Turquie abandonnait aux alliés tous les territoires de la Péninsule balkanique, de Midia, sur la mer Noire, à Enos, sur la mer Egée. Toutefois, la question de
- l’Albanie était réservée et devait faire l’objet d’arrangements ultérieurs.
- Il s’agissait maintenant de s’entendre sur le partage des dépouilles. C’est ici que surgirent les difficultés. Tandis que la Bulgarie, faisant face à Constantinople, assiégeait Andrinople, la Serbie, opérant plus à l’ouest, avait occupé la Macédoine. Mais ce qui n’était qu’une occupation militaire, elle prétendait le transformer en une conquête définitive. Sous prétexte que l’occupation d’Andrinople par les Bulgares n’avait pas été prévue dans les conventions et pour s’indemniser de l’aide fournie aux Bulgares lors du siège de cette ville, elle prétendait non seulement garder, mais ser-biser la Macédoine. Or pour serbiser les Bulgares il y a divers procédés. Les Bulgares terminent généralement leurs noms en ov, les Serbes en itch ; les Bulgares appartiennent à l’église nationale présidée par Y exarque-, les Serbes, eux, obéissent à un patriarche. Par la douceur ou par la violence, les Serbes s’étaient appliqués à opérer ces deux transformations, mais ils s’étaient heurtés à de sérieuses résistances.
- La patience échappa aux Bulgares et la guerre éclata de nouveau, cette fois non plus contre les Turcs, mais contre les Serbes et contre leurs alliés les Grecs. Ainsi se trouvait réalisé ce mot d’un empereur byzantin qui, au vie siècle, déclarait que les Slaves de la Péninsule étaient anarckhikoi kai misalléloi (anarchistes et se détestant les uns les autres). Tandis que les Serbes remportaient de sérieux avantages sur la Bre-galnitsa (du 1er au 8 juillet), les Grecs occupaient le littoral de la mer Egée jusqu’à l’embouchure de la Maritza.
- Si la Bulgarie n’avait eu affaire qu’à ces deux adversaires, elle eût probablement été de taille à leur tenir tête, mais dans leur présomption, les Bulgares n’avaient pas tenu compte d’éléments dont ils auraient dû, d’un côté du moins, prévoir l’hostilité. Les Turcs trouvèrent l’occasion bonne pour réoccuper Andri-
- PltlNCE YOUSSEF IZZEDDIN Cousin du sultan Mehrncd, héritier du trône de Turquie.
- p.404 - vue 24/198
-
-
-
- LES PEUPLES BALKANIQUES
- 405
- nople, que les vainqueurs d’hier ne songèrent même pas à défendre (22 juillet). D’autre part, la Roumanie mobilisa et réclama à la Bulgarie une cession de territoire sur la rive droite du Danube, sous prétexte de compenser les agrandissements qu’elle allait réaliser en Thrace.
- Le 10 juillet, les troupes roumai-I il es passèrent le Danube. Attaqué sur quatre fronts différents, le tsar Ferdinand dut donner l’ordre de ne pas résister aux Roumains et demanda un armist i c c. Les R o u -mains, facilement vainqueurs, imposèrent la paix, qui fut signée à Bucarest. le 10 août 1913. La frontière s c' r b o - b u 1 -gare était établie sur la ligne de partage des eaux, entre le Vardar et la Strouma; la frontière grecque portée jusqu’à l’embouchure de la Mesta sur l’archipel; la Bulgarie était obligée de renoncer non seulement à Salonique, la patrie de ses apôtres nationaux, Saint-Cyrile et Saint-Méthode, mais même à Cavalla qui eût été le débouché naturel de son commerce avec la Méditerranée. D’autre part, elle était contrainte de céder à la Roumanie une portion de territoire de Turtukaï, sur le Danube, jusqu’à Baldjik, sur la mer Noire, y compris la place de Silistric, sur le Danube. Par un traité séparé, signé à Constantinople le 29 septembre, la Bulgarie dut se contenter du littoral de la mer Egée, entre les embouchures de la
- Mesta et de la Maritza, avec le seul débouché peu accessible, peu praticable, de Dédéagatch. Celui de Cavalla lui échappait, et ce fut un crève-cœur pour elle.
- Le jour où l’Europe a commis l’imprudence, au lieu d’affranchir la Bosnie-Herzégovine, de la livrer à l’Autriche comme un troupeau de moutons, elle a, sans s’en douter, préparé la guerre la plus c ff r o y a b 1 e qui ait jamais ensanglanté les d e ux mondes.
- Mainte-nant, quelques mots sur l’Albanie. La région que ce nom désigne s’étend des frontières du Monténégro à celles de la nation grecque. Elle confine, à l’ouest, aux cûnûuai. voukovitch
- régions SCI'- Présidai! du Conseil des mi-
- bés et bul- nislres du roi Nicolas Z1'1'.
- gares. Ses
- habitants, nommés aussi Arnautes ou Schkipetars, sont les représentants des anciens Illyriens. Mais si les Albanais sont les représentants du peuple le plus vénérable de la Péninsule, ils sont loin d’être le plus civilisé. Leur vie est restée celle des tribus toutes patriarcales et, disons le mot, plus qu’à demi barbares.
- Lorsque le traité de Berlin ratifia les dispositions du traité de San-Stcfano, adjugeant à la Serbie et au Monténégro certains territoires où il y avait des Albanais, on vit se former, pour s’opposer au démembrement de la Turquie, autrement dit de l’Albanie, une ligue albanaise, qui avait son centre à Scutari et qui probablement recevait ses inspirations de Constantinople. Cette ligue albanaise ne
- LU ROI NICOI.AS 1er Prince de Monténégro en 1860, puis roi le 15 juillet 1010.
- Pelrovitch Niégoch a succédé <ï son oncle, le prince Danilo ier. Il est né le 25 septembre 1841 à Niégoch et est le beau-père du roi Victor-Emmanuel 111.
- p.405 - vue 25/198
-
-
-
- 40G
- LA SCIENCE ET LA VIE
- LES ASPIRATIONS NATIONALES DES PEUPLES BALKANIQUES Cette carte montre les limites territoriales des états de la péninsule telles que chacun d'eux voudrait les voir fixer après la guerre, pour satisfaire à ses ambitions séculaires.
- se contentait pas (le s’opposer au démembrement de l’empire, elle manifestait des aspirations d’indépendance. Ses membres signifiaient à la Porte qu’ils se regardaient comme déliés de tout devoir de fidélité envers le gouvernement ottoman et qu’ils défendraient leurs montagnes pour leur propre compte afin d’obtenir leur liberté complète. Mais ces décla-
- rations bruyantes ne furent pas suivies d’actes sérieux. Ceux qui les faisaient étaient tour à tour encouragés par l’Italie et l’Autriche-Hongrie qui, toutes deux, estimaient qu’il y avait là quelque chose à prendre dans l’héritage de l’empire ottoman. L’Italie convoitait le port de Valona, qui devait lui assurer la maîtrise incontestée de l'Adriatique. Au cours de
- p.406 - vue 26/198
-
-
-
- LES PEUPLES
- BALKANIQUES
- 407
- Panncc 1909, une insurrection éclata en Albanie; les insurgés réclamaient une véritable autonomie nationale. Le mouvement fut durement réprimé et les patriotes de Stamboul célébrèrent la pacification de l’Albanie. Elle n’était qu’apparente. La rébellion reprit avec l’appui du Monténégro, et probablement de l’Au-trielie. Le gouvernement ottoman, sous la pression de l’Autriche et de la Russie, finit par proclamer une armistice.
- La question de l’Albanie revint à l’ordre du jour après la guerre balkanique. Le Monténégro s’était emparé de Scutari. L’Autriche, qui tenait à interdire aux Serbes l’accès de l’Adriatique, l’obligea à évacuer cette ville et obtint de l’Europe la création d’un royaume d’Albanie dont le prince fut un officier allemand apparenté à la reine de Roumanie. Ce mbret (c’est la corruption du latin im-perator) essaya de s’installer dans son nouvel Etat; mais il n’y fit pas long feu.
- Obligé d’évacuer au bout de quelques mois sa capitale provisoire, Durazzo, le prince de Wied sert aujourd’hui contre nous dans l’armée allemande.
- L’Albanie proprement dite est habitée par environ 1.300.000 Albanais, les uns catholiques, les autres musulmans. Environ 400.000 sont dispersés chez les peuples voisins. Les Basques,, dispersés des deux côtés des Pyrénées n’ont jamais pu constituer un Etat ethnique. Il en est de même des Albanais. Si l’Autriche avait rêvé de le constituer en Etat, c’était uniquement pour faire pièce à la nation serbe. Les Albanais ne sont pas une nation historique; il n’y a pas lieu d’en tenir compte dans une répartition définitive des nationalités balkaniques. Ils sont nécessairement destinés à être absorbés, un jour qui n’est pas éloigné, par des voisins mieux organisés et plus civilisés.
- Les Slaves balkaniques, Serbes et Bulgares, sont, eux, capables de s’organiser et de constituer des nations définitives. Ce que les Serbes veulent avant tout c’est
- ESSAD PACHA
- En 1914, il
- gouverneur
- l’accès de l’Adriatique et — l’Autriche anéantie ou devenue impuissante — il n’y a aucune raison pour le leur refuser. Ce qu’ils désirent encore, c’est le patronat du monde sud-slave, de Lublania jusqu’aux Bouches de Cattaro. Il est vivement à souhaiter que ee patronat soit organisé sous la forme d’une confédération indépendante. Ce que souhaitent les Bulgares, c’est un débouché sur l’archipel; c’est la Macédoine bulgare qui est leur ^Vlsace-Lorrainc. Il eût été de notre intérêt que l’entente s'établit, le plus tôt possible entre les Bulgares, les Serbes et les Grecs, mais ils sont loin de là aujourd’hui !
- Il y a maintenant un demi-siècle que j’étudie l’histoire des Slaves et j’ai constaté que tous leurs malheurs tenaient à l’anarchie et au défaut d’organisation. Sur la rive droite de l’Elbe et sur la Baltique vivaient, il y a dix siècles, de nombreuses tribus slaves. Elles n’ont pu s’entendre pour résister à l’infiltration allemande et, sous prétexte de les convertir au christianisme, les Polonais ont aidé les Allemands à pénétrer chez eux. La Prusse s’est faite sur les ruines de ces Slaves anéantis ou assimilés. Un péril analogue menace aujourd’hui les Slaves balkaniques; pour n’avoir pas su s’entendre et s’unir à nous afin de contrecarrer les ambitions allemandes, ils seront anéantis par le flot germanique prêt à se précipiter sur Constantinople et sur Bagdad et à coloniser la Péninsule, vaste champ (Vépandage où les Teutons, en l’absence de leurs colonies pourraient déverser le trop plein de leur population. Les Bulgares du Balkan disparaîtront comme ont disparu leurs ancêtres les Bulgares du Volga.
- Et ce que je dis des Slaves, je l’applique également à leurs voisins les Grecs et les Roumains. Eux aussi périront s’ils ne savent pas arrêter à temps- la marée de l’invasion germanique, s’ils tardent à se dresser contre la Bulgarie, qui s’est faite l’auxiliaire des empires du centre !
- Louis I.eceh,
- s'est improvisé de VAlbanie.
- p.407 - vue 27/198
-
-
-
- A
- NAVIRE CHARBONNIER EN
- Vextrémité d'une jetée en bois. montée sur pilotis?
- par les voies de gauche et retournent
- CHARGEMENT DANS UN DES PORTS ANGLAIS DE LA COTE ORIENTALE
- se trouve Vélévateur qui déverse le contenu des wagons de houille dans la cale. Les wagons arrivent vides par la voie de droite, vers la gare de formation des trains qui les renvoie à la mine.
- leins
- 408 LA SCIENCE ET LA VIE
- p.408 - vue 28/198
-
-
-
- LE PROBLÈME DU CHARBON EN EUROPE PENDANT LES HOSTILITÉS
- Par Charles LORDIER
- INGÉNIEUR CIVIL DES MINES
- Les puissances alliées ont à résoudre, de concert, de graves questions militaires, diplomatiques, économiques et sociales. L'une des plus importantes consiste à alimenter de charbon les flottes, les usines de guerre et les foyers domestiques de plusieurs grandes nations chez lesquelles les conditions de la production houillère sont profondément troublées depuis le mois d’août 1914.
- La France a dû, par conséquent, porter au maximum la production de ses mines.
- D’autre part, il lui a fallu développer les moyens d’importation qui lui permettent de recevoir annuellement la quantité de houille anglaise suffisante pour combler un déficit d’environ 20 millions de tonnes qui représente la différence existant entre la consommation (01 millions de tonnes) et la production annuelle (41 millions de tonnes).
- Depuis un an les difficultés de notre approvisionnement en combustible se sont considérablement accrues, car les Allemands ont envahi les bassins houillers belges ainsi que ceux du nord de la France, d’où sortent les trois quarts de notre extraction et où le travail est presque totalement arrêté.
- Fin effet, le bassin du Nord et du Pas-de-Calais représente à lui seul 30 millions de tonnes sur un total de 41 millions de tonnes que produisent nos mines françaises.
- Le bassin de la Loire ne fournit même pas 4 millions détonnes par an; les trois groupes du Gard, du Tarn et de la Bourgogne vendent chacun à peu près 2 millions de tonnes de houille annuellement à l'industrie locale.
- L’Italie produit moins d’un million de tonnes de combustibles minéraux y compris les lignites. Toute sa consommation provient d’Angleterre (3.844.3601 en 1915) car, depuis qu’elle est en guerre avec l’Allemagne, elle est privée des arrivages de houilles wcstphaliennes, soit par mer, soit par voies ferrées.
- En Russie, Iqs houillères polonaises de Dombrova et de Czeladz sont envahies et les puits du Donetz fonctionnent seuls. L’importation anglaise est devenue très diflicile en ce pays depuis que les détroits sont fermés et que la Baltique, ainsi que la mer du Nord, sont sillonnées par les croiseurs et par les sous-marins allemands.
- Le groupe de la Quadruple-Entente comprend, heureusement, le plus grand pays producteur de houille de l’Europe, qui est l’Angleterre dont les mines extraient annuellement près de 300 millions de tonnes. La petite Belgique est seule indépendante de l’exportation anglaise, qui fournit plus de 90 millions de tonnes aux autres nations et notamment aux puissances alliées : la F'rancc, 12.500.000tonnes; l’Italie, 10 millions de tonnes ; la Russie, 10 millions détonnes importées en été. Ce dernier pays n’a reçu pendant les huit premiers mois de 1915 que 35.500tdc houille anglaise.
- Fin Angleterre, le problème se pose de la manière suivante : intensifier par tous les moyens possibles la production des puits et le rendement des ports d’exportation qui alimentent les alliés de combustibles.
- Fin temps ordinaire, les mines françaises occupent environ 200.000 ouvriers dont
- M. WALTER RUNCIMAN Ministre du Commerce anglais C'est lui qui, avec M. Lloyd George, amena la cessation de la grève des mineurs gallois, au mois d'aout 1015.
- p.409 - vue 29/198
-
-
-
- 410 LA SCIENCE ET LA VIE
- 130.000 travaillent dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Les plus puissantes compagnies houillères de ce bassin sont celles d’Anzin, de Lens (3.300.000 t.), Courrières, Bruay, Nœux-Vicoigne, etc. La mobilisation ayant privé d’une grande partie de leur personnel les exploitations françaises qui n’étaient pas paralysées par l’invasion, le Comité des houillères a demandé à M. le ministre des Travaux publics, dans sa lettre du 29 juillet 1915, le retour à la mine de tous les territoriaux mineurs et des auxiliaires et des inaptes employés dans les mines avant la mobilisation.
- Les exploitants ont pu, grâce au dévouement et au patriotisme de leur personnel, obtenir des résultats d’extraction assez satisfaisants ; mais l’amp ut at ion pratiquée par l’invasion allemande dans nos deux plus grands bassins charbonniers est trop forte pour que l’on puisse espérer rétablir de cette manière l’équilibre entre la consommât i o n du pays et la production faible des puits restés en activité.
- Le déficit doit donc être comblé par Us arrivages anglais dans nos différents ports. Nos importations de houilles anglaises pendant les six premiers mois de 1914 avaient atteint 6.069.849 tonnes, en augmentation de 393.249 tonnes sur le tonnage correspondant de 1913 et de 1.859.122 tonnes sur celui de 1910. Pendant l’année complète de 1914, nous avons reçu 10.759.058 tonnes de houilles et 116.549 tonnes de briquettes anglaises. Pendant les huit premiers mois de 1915 les arrivages ont atteint 11.537.000 tonnes dont 1.550.000 pour le seul mois de juin. Les
- ports recevant plus de 100.000 tonnes par an de ces combustibles étaient Alger, Oran, Bordeaux (1.328.202 tonnes); Boulogne (272.103); Brest (312.604); Caen (720.737); Calais (333.761); Dieppe (391.295); La Rochelle (719.356); Le Havre (481.307); Marseille (885.537); Nantes (699.719); Nice (129.652); Rouen (2.742.803); Saint-Malo (411.329); Saint-Nazaire (752.178 tonnes).
- Les importations belges des six premiers mois de 1914 avaient atteint 1.852.778 tonnes et l’Allemagne nous avait fourni pendant la même période 2.187.720 tonnes, ce qui augmente d’autant le déficit à combler par l’importation anglaise, bien que la consommation ait évidemment diminué dans une forte proportion par suite de l’arrêt forcé d’un grand nombre d ’ usines métallurgiques, de filatures, etc., dans les régions envahies et dans le reste du pays.
- On voit par I ’ énumération ci-dessus que le port de Rouen occupait le premier rang au point de vue de l’importation des houilles anglaises. Cette suprématie s’est encore affirmée depuis un an et on prévoit que le tonnage débarqué pendant les douze derniers mois dépassera 6 millions de tonnes. De nombreux appareils de déchargement ont été installés à Rouen même et le long des rives de la Seine situées dans les communes avoisinantes, en aval de la grande cité normande.
- Une autre difficulté qui a surgi depuis la guerre aurait pu compromettre notre alimentation en combustibles anglais si une entente spéciale n’était intervenue à cet égard. Un ordre en conseil pris au com-
- BASSENS HOUILLERS FRANÇAIS
- -M-A-JV-C-H-E
- ÿaû'Fas-de-Calafi s
- (voir la Carte spéciale)
- lhalonnes
- iive-de-GÏcr YChamond S\ê
- Itienne^,
- \ r«e^GTl ^ ÊP
- la Mûri
- I Bassin houiller Ô 50 Too Kilomèt.
- Avant l'invasion allemande, la production annuelle de la houille, en France, était de 41 millions de tonnes.
- p.410 - vue 30/198
-
-
-
- LE PROBLÈME DU CHARBON EN EUROPE
- -Il 1
- mencement du mois d’août 1915 a réglé et limité l’exportation de la houille par les ports britanniques.
- Cette mesure était devenue, en effet, inévitable depuis qu’une loi présentée par M. Runciman, chef du Board of Trade anglais, avait fixé un prix maximum du charbon à l’intérieur du territoire de la Grande-Bretagne. Les prix des houilles destinées à l’étranger étant restés libres, il devait en résulter une tendance à l’exagération des exportations que le gouvernement anglais a dû enrayer par une loi prohibitive pour empêcher la flotte et les usines nationales de manquer à leur tour de combustible.
- Dorénavant les houilles anglaises ne peuvent sortir librement du Royaume-Uni qu’û destination de ses colonies, mais un accord spécial est intervenu au sujet des sorties ayant pour but l’approvisionnement des pays alliés. Chaque chargement destiné à un port français doit faire l’objet d’une licence d’exportation délivrée par une commission anglaise auprès de laquelle siège en permanence un ingénieur du corps français des mines.
- L’Angleterre est d’ailleurs fortement intéressée à ne pas laisser faiblir son commerce d’exportation de houille qui fait vivre une population considérable et qui fait rentrer dans les caisses du pays plus d’un milliard de francs chaque année. L’Angleterre compte environ 1.110.000 mineurs.
- Le Royaume - Uni comprend neuf bassins houillers dont six produisent plus de 20 millions de tonnes per an. Les bassins du Yorkshire nord (64 millions de tonnes), du Durham et du Northum-berland (55 millions de tonnes). et du sud du Pays de
- p.411 - vue 31/198
-
-
-
- 412
- LA SCIENCE ET LA
- VIE
- Galles ou de Cardiff (50 millions de tonnes) alimentent seuls avec l’Ecosse (54 millions de tonnes) tout le commerce d’exportation.
- Le bassin du Nord vend à l’étranger 20 millions de tonnes et celui du Pays de Galles 70 millions de tonnes. Les principaux ports d’embarquement sont ceux de Goole, Grimsby et Hull pour le Yorksliire ; deBlyth, Newcastle et North Shieldspourle Northum-berland ; de South Shields, Sunderland. ITart-lepool et Middlesbrough pour le Durham.
- Yorksliire quant à l’importance de la production, qui va s’augmentant sans cesse.
- C’est, en effet, le sud du Pays de Galles qui alimente de houilles à vapeur sans fumée (Smokeless Steam coal) les marines militaires et commerciales du monde entier. On compte dans cette région cinq districts houillers dont deux, le Glamorganshire et le Monmouthshire, assurent à eux seuls la presque totalité de la production galloise.
- Les couches de houilles exploitées, au nombre de plus de vingt-cinq, font partie du sous-sol d’une région arrosée par un certain nombre de petits lleuves côtiers dont les vallées sont perpendiculaires à la mer. Cette circonstance a favorisé les exploitations à flanc de coteau ainsi que l’établissement des voies ferrées d’évacuation des produits vers les ports. Les principaux de ces cours d’eau sont l’Ebbv, la Taff, la Rhimney et la Rhondda.
- LA FOSSE TIIIERS, DANS I,A CONCESSION DK 15RUAY (l’AS-DE-CALAIS)
- Les mines de Bruai/ sont bien connues de nos ménagères, à qui elles fournissent des charbons très appréciés. La compagnie de Bruaij (4901 hectares) a produit, en 1913, près de trois millions de tonnes de houille.
- Cardiff, Newport, Swansea, Port-Talbot, Port-Briton et Llanclly exportent exclusivement les houilles du sud du Pays de Galles.
- En général, le Northumberland fournit des houilles à vapeur et le Durham exporte des houilles à gaz. Ces combustibles gras, à longue flamme, se rapprochent beaucoup des flénus belges de Mons, ils donnent malheureusement beaucoup de fumée et de suie.
- Le Yorksliire développe beaucoup son extraction et concurrencera de plus en plus le Pays de Galles, qui est le plus important des districts houillers anglais au point de vue de l’exportation, bien qu’il soit surpassé par le bassin écossais au point de vue de l’étendue et par ceux du Nord et du
- La houille du pays de Galles, connue commercialement sous le nom de Cardiff — nom de son principal port d’exportation — comprend, en réalité, plusieurs variétés très différentes, allant depuis l’anthracite dur jusqu’aux houilles à gaz en passant par le charbon spécial à vapeur (steam coal).
- Ce dernier est le combustible type pour la production de la vapeur. On en trouve les blocs durs et consistants dans tous les dépôts de charbons (coaling statuais) des ports les plus lointains et des îles les plus écartées. La propriété que possèdent certains de ces charbons à vapeur de brûler facilement sur les grilles des foyers de navires sans donner de fumée les a iVit placer»
- p.412 - vue 32/198
-
-
-
- LE PROBLÈME DU CHARBON EN EUROPE
- 413
- p.413 - vue 33/198
-
-
-
- 414
- LA SCIENCE ET LA VIE
- sur la liste des houilles admises par l’Amirauté britannique. Ces combustibles qui contiennent environ 80 0/0 de carbone fixe et 13,5 0/0 de matières volatiles sont vendus criblés, c’est-à-dire purgés des menus qui pourraient passer sans brûler à travers les grilles. Le pouvoir calorifique des bons Cardiff atteint 8.500 calories, ce qui les classe en première ligne des combustibles minéraux
- port d’importation une somme représentant le prix du chargement augmenté du fret et des frais d’assurance. En temps de guerre on traite toujours Fob., c’est-à-dire franco bord dans le port d’exportation et d'avance.
- Parmi les gros clients des charbonnages du Durham on note surtout les usines à gaz et les chemins de fer des pays Scandinaves En mars 1914, les chemins de fer de l’Etat
- l.A MIN K I')K GI.AMOKGAN, DANS l.K COMTÉ DE GI .AM O KG A NS H IRE (OAI.l.ES DIT SUD)
- Celle mine produit à la fois des houilles pour la chauffe des chaudières à vapeur et la fabrication du gaz, ainsi que des charbons pour les foyers domestiques.
- du monde entier; ils ne sont surpassés à cet égard que par les résidus de pétroles ou mazouts dont La Science et la Vie a signalé 1’emploi dans les foyers de chaudières à bord des navires de guerre (N° 20, page 749).
- Actuellement les sortes dites « Amirauté ‘première qualité » sont introuvables sur les marchés publics car elles sont entièrement réquisitionnées pour les besoins de l’Amirauté britannique et des flottes alliées.
- Les marchés de combustibles se traitent généralement en temps de paix Cif., c’est-à-dire que l’acheteur pale à l’arrivée dans le
- suédois avaient traité 182.500 tonnes de houilles type Northumberland et Durham livrables Cif. à Stockholm, au prix de 21 l'r. 50 la tonne. Le gaz de Turin avait payé de 23 fr. 25 à 24 fr. 90, 05.000 tonnes de houilles à gaz Durham, lro qualité, livrables Cif. à Savone. Le Gaz de Paris passe dans le Durham des marchés de 500.000 tonnes à la fois et certaines houilles spéciales ont été achetées en 1914 par l’Amirauté russe qui les payait 17 francs Fob. (Blyth, lre qualité).
- Dans le pays de Galles les chemins de fer de l’Etat italien avaient acheté 750.000 ton-
- p.414 - vue 34/198
-
-
-
- LE PROBLÈME DU CHARBON EN EUROPE
- 415
- GRUE IIYDRAUIRQUE ROULANTE TOUR LA MANUTENTION DU CHARRON
- nés à 20 francs Fob. La Marine française avait placé au début de 1914 des ordres de 110.000 tonnes en Nixon’s Navigation au prix de 22 lr. 50 (franco bord Cardiff).
- Le prix élevé des frets (25 fr. de Cardiff à Marseille au lieu de 8 francs) et des assuran-
- ces a provoqué une hausse qui ne fait que se développer depuis le début des hostilités. Les houilles que l’on payait 25 francs la tonne ne peuvent s’obtenir aujourd’hui qu’au prix de 55 à 70 francs, et certaines qualités sont introuvables à n’importe quel prix,
- p.415 - vue 35/198
-
-
-
- 410
- LA SCIENCE ET LA VIE
- MACHINE D’EXTRACTION ÉLECTRIQUE DANS UNE FOSSE DU PAYS DE GALLES La Société, des mines de houille Horion Co Ld a remplacé ses anciennes machines à vapeur servant à remonter les cages dans les puits, par des moteurs électriques à courant triphasé (40 périodes, 5.500 volts). Les dynamos sont calculées pour une extraction de 210 tonnes par heure.
- Les installations mécaniques destinées au transport et à rembarquement des houilles dans les principaux ports anglais et surtout dans ceux du pays de Galles. Hull, Cardiff, Newport sont des modèles du genre à cet égard et les compagnies de chemins de fer qui exploitent les docks d’embarquement n’ont négligé aucun sacrifice d’argent pour arriver à y manutentionner le charbon avec soin et rapidité (North Eastern Ry et autres).
- Le chargement de la houille dans les cales des navires est une opération délicate qui doit être effectuée sans briser les blocs de gros charbon dont la transformation accidentelle en menus fragments diminuerait considérablement la valeur marchande.
- On a recours à cet effet à deux méthodes principales, qui ont pour principe commun de guider le plus possible le charbon dans sa chute au sortir du wagon afin de l’empêcher de se briser en tombant dans la cale.
- Dans les ports de la côte Est, tels que IIull, Grimsby, etc., on a établi le long des
- quais des bassins à flot, des estacades armées d’élévateurs à bascule (tips), qui saisissent les wagons de houille et les renversent au-dessus de couloirs métalliques inclinés placés au-dessus des écoutilles des navires. Le port de Hull arrive ainsi à charger en cales près de 40.000 tonnes de houille par jour dans les meilleures conditions.
- Dans les ports du pays de Galles, tels que Newport et Cardiff (avec ses annexes Barry Dock et Penarth), les tips sont placés en bordure des quais des bassins et on en compte jusqu’à 00 dans le même port. La commande des tips est en général hydraulique, mais on commence, surtout dans les ports de l’Est, à employer l’électricité comme force motrice pour la manœuvre des élévateurs à courroie qui donnent une hauteur de chute minimum surtout pour les charbons cassants des houillères de Durham, etc.
- Des flottes entières de cargos, uniquement consacrés au transport des houilles à vapeur, sont la propriété de grandes entreprises d’ar-
- p.416 - vue 36/198
-
-
-
- LE PROBLÈME DU CHARBON EN EUROPE
- 417
- mement, qui ont leur siège social à Cardiff. Le cargo destiné à l’alimentation des marchés européens jauge en général de 1.000 à 3.000 tonnes, tandis que de gros cargos de 5.000 à 12.000 tonnes sont construits de plus en plus pour le ravitaillement des stations lointaines. Les gouvernements alliés ont nolisé une quantité importante de vapeurs charbonniers dont le service régulier est une des conditions essentielles du maintien des blocus destinés à l’isolement de plus eh plus complet des puissances du centre de l'Europe.
- La Belgique produit en temps de paix 24 millions de tonnes de houille (1913). Nos bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais forment la continuation des bassins belges qui sont eux-mêmes le prolongement de ceux d’Aix-la-Chapelle et de Westphalie.
- La partie sud, qui couvre 100.000 hectares, comprend les bassins dénommés : Ilai-naut, Mons, Centre et Charlcroi, Namur et Liège. Au nord s’étend le bassin de la Campine (38.000 hectares) mis récemment
- en exploitation. On extrait les flénus, ou charbons ] /2 gras, à Mons, les houilles grasses à courte flamme à Charleroi, les houilles demi-grasses pour coke et grasses à Liège. Au voisinage de Namur affleurent, dans la vallée de la Meuse, les couches les plus anciennes qui fournissent des charbons très maigres.
- Le bassin du Ilainaut comprend trois groupes distincts quant à la nature des combustibles extraits. Le couchant de Mons (ou Borinage), à l’ouest, produit surtout des flénus, bien qu’on y exploite aussi les houilles à coke et les demi-gras qui constituent la production presque exclusive du bassin du Centre. A l’est, le bassin de Charlcroi produit des houilles grasses, demi-grasses et maigres. La qualité dénommée Charleroi en France est une houille quart grasse à courte flamme (charbons de cuisine, etc.).
- On compte, en Belgique, un très grand nombre de sociétés minières dont les concessions ont une étendue variant de 150 à 3.000 hectares, et une production de 30.000
- APPAREIL ÉLECTRIQUE SERVANT A CHARGER LA HOUILLE SUR LES BATEAUX La Compagnie du North Eastcrn Railway a muni ses docks de la Tyne de transporteurs électriques <i courroies, dont les bras peuvent prendre des inclinaisons variées. On peut ainsi déverser cinquante ivagons de dix tonnes à l'heure dans les cales d'un navire charbonnier.
- p.417 - vue 37/198
-
-
-
- p.418 - vue 38/198
-
-
-
- LE PROBLÈME DU CHARBON EN EUROPE
- 419
- à 700.000 tonnes. Dans le bassin de Mo ns les eliarbonnages les plus connus sont Ber-nissart (3.611 liect., 300.000 t.); Charbonnages belges (2.796 liect., 700.000 t.); Hornu et Wasmes (465 liect., 500.000 t.); Levant du Flénu (2.383 liect., 520.000 t.); les Charbonnages unis de l’ouest de Mons (5.446 hectares, 495.000 t) ;. la puissante Société des Produits ( 2.990 hectares, 570.000 tonnes).
- Dans le bassin du Centre se trouvent les célèbres mines de Bascoup (2.661 hectares, 690.000 t.); du Bois du Luc (5.266 liect., 620.000 t.); de Mariemont (1.664 liect., 475.000 t.); de Ressaix-Saint-Aldegonde (2.716 hect., 595.000 t.) et de Strépy-Brac-quegnies (3.070 hectares, 425.000 tonnes).
- Le bassin de Cliarleroi fournit, dans sa partie orientale, des anthracites, des charbons maigres et quart gras. Autour de Char-leroi on exploite les demi-gras pour usages domestiques (mines du Gouffre, de Gilly, du Grand-Mambourg). Au sud-est on trouve les houilles maréchales, les charbons a coke et les charbons gras (région de Marcinclle).
- Les houilles anthraciteusos proviennent surtout du bassin de Nanmr (mines de Saint-Roch-Auvelais et de Tamines). Le bassin de Liège fournit des maigres et des demi-gras dans sa partie nord et des gras à coke dans le sud-ouest (charbonnages de Ressaies, d’Ougrée, Ougrée-Marihaye, d’Espérance -Bonne - Fortune et de John Cockerill).
- On compte, en Campine, six principales sociétés qui exploitent des concessions de 2.950 hectares à 7.060 hectares fournissant des demi-gras de 15 à 30 0 /0 de matières volatiles et des gras de 30 à 40 0 /() de matières volatiles (charbonnages importants, nouvellement organisés de Bceringen, de Limbourg-Meuse, d’IIclchtercn-Zoldcr, etc.)
- Les mines belges sont quelquefois très anciennes et mal équipées ; souvent, au contraire, bien organisées et outillées à neuf. En Campine, les installations sont très modernes. Parmi les anciennes mines on cite comme des modèles : Strépy-Bracquegnies, Mariemont, Bascoup, etc. Une des mines les plus profondes de Belgique est le charbonnage du Poirier (bassin de Cliarleroi), dont les galeries d’exploitation descendent à plus de douze cents mètres de profondeur.
- La totalité des charbonnages belges se trouvant dans la région envahie par l'ennemi, il est difficile de savoir en quel état ils sont actuellement. De grands combats ont eu lieu au début de la guerre au moment de la bataille de Cliarleroi, aux environs des fosses voisines de Mons. On a appris que pendant la marche des envahisseurs certains
- p.419 - vue 39/198
-
-
-
- 420
- LA SCIENCE ET LA VIE
- puits avaient été bouchés par les Allemands et qu’un grand nombre de mineurs y avaient péri. Depuis quelques mois les Allemands ont repris pour alimenter leur marine l’exploitation partout ou cela fut possible, notamment dans le Borinage, avec un personnel belge qui travaille sous les menaces continuelles des maîtres brutaux du pays.
- Bien que les Etats-Unis occupent le premier rang dans le monde entier au point de vue de l’extraction houillère (450 millions de tonnes en 1913), les charbons américains n’ont pu prendre une place importante sur le marché européen. En temps normal, le
- L’Allemagne recevait avant la guerre, dans ses ports de la Baltique et de la mer du Nord, environ 10 millions de tonnes de houilles britanniques dont elle est actuellement privée, mais sa consommation est assurée grâce à l’étendue et à la richesse exceptionnelle de ses gisements houillers. Les principaux bassins allemands sont ceux de la Silésie, de la Saxe, de la Ruhr et de la Sarre qui fournissent plus de 150 millions de tonnes de houille. On extrait de plus environ 90 millions de tonnes de lignites de gisements situés dans diverses provinces : Saxe, Marche de Brandebourg, province Rhénane,
- CHARBONNAGE DE BONNE-ESPÉRANCE, A WAS.ME (BELGIQUE)
- Ce puits appartient à la Société anonyme du charbonnage, dTIornu et Wusine, (pii exploite, dans celle dernière localité, une concession de 465 hectares, produisant annuellement 500.000 tonnes de charbons
- demi-gras et secs (flénus ou charbons à gaz).
- fret de Philadelphie à Londres ou à Bordeaux est trop élevé pour permettre d’importer les charbons des bassins des Apala-ehes ou de la Pensylvanie. Toutefois, depuis l’ouverture des hostilités, le fret de Cardiff aux ports continentaux, les prix d’achat et les frais d’assurance ont tellement augmenté que la somme de ces trois éléments du prix de la houille est à peu près égale pour les charbons anglais et pour ceux des mines américaines du bassin de l’Atlantique. Les circonstances sont donc temporairement favorables à l’importation des houilles américaines en Europe et quelques gros marchés ont été placés en Pensylvanie par de grandes administrations de chemins de fer, notamment par les chemins de fer de l’Etat égyptien.
- sur la rive gauche du Rhin (région située entre Bonn et Cologne), Hesse-Nassau, etc.
- L’Etat prussien possède et exploite des mines fiscales importantes situées pour la plupart dans les trois bassins houillers de la Silésie, de la Ruhr et de la Sarre.
- En 1913, ces trois gisements avaient respectivement fourni,en chiffres ronds 50 millions, 10 millions et 13 millions de tonnes de houilles diverses. En Angleterre, la propriété minière est très divisée, tandis qu’en Allemagne, elle appartient à de grandes familles ou à de puissantes sociétés qui possèdent des milliers d’hectares. En Silésie, les comtes de Donnersmarck, les héritiers von Giesehes, la comtesse Schaffgotsch possèdent des mines qui occupent des armées d’ouvriers. En
- p.420 - vue 40/198
-
-
-
- LE PROBLÈME DU CHARBON EN EUROPE
- 421
- Westphalie, les houillères de la famille Stinnes produisent annuellement plus de 3.300.000 tonnes de houille. La maison Krupp, qui possède huit puits dans la Ruhr, a acheté, en 1914, au due de Croy, 13.200 hectares situés au nord de la rivière Lippe. Parmi les sociétés minières, on peut citer celle de Gelsenkirchen (mines et usines), au
- dont les mines fiscales ont produit 13 millions de tonnes en 1913. La partie principale du gisement (600 kilomètres carrés) se trouve dans un triangle ayant pour sommet Neun-kirchen à l’est, Forbacli au sud et Sarrelouis à l’ouest. Les houilles de la Sarre, exploitées depuis le xv° siècle, sont de bonne qualité et alimentent en grande partie, surtout sous
- AI'TAKEIES EMREOYKS A ROTTERDAM TOUR I.K CHARGEMENT DE EA IIOUJX.EE
- Amené des mines allemandes par le lîhin, dans (Timmenses chalands de 1.000 à 3.000 tonnes, le charbon est transporté par des élévateurs à godets qui le déversent dans les cales des navires. Avant la guerre, ces appareils servaient à vider les charbonniers venant d'Angleterre dans les péniches du Rhin ou de lu Meuse.
- capital de 22.5 millions de francs, dont les mines ont produit plus de 10 millions de tonnes en 1913; le nombre des ouvriers et employés occupés dans les mines et dans les aciéries de cette société dépasse 55.000. Le charbonnage Hibernia extrait plus de 6 millions de tonnes. Le nombre total des mineurs était de 381.000 en décembre 1913 pour le seul bassin allemand de la Ruhr.
- Quoique beaucoup moins étendus que les bassins de la Silésie et de la Ruhr, ceux de la Sarre et de la Lorraine annexée ont une grande importance au point de vue français à cause des mines de fer voisines.
- L’Etat prussien possède la presque totalité du bassin de la Sarre (ou de Sarrebruek)
- forme de coke, l’industrie sidérurgique lorraine. Du bassin de Sarrebruek dépendent également les charbonnages de la Lorraine annexée dont les principaux sont ceux de Ivarlingen, de Petite-Rosselle (MM. de Wendel), de Ivreuzwald et de Saint-Avold.
- Il est intéressant de signaler que la houille a été reconnue également dans notre belle Lorraine. L’exploitation par la France des trois bassins de la Sarre, de la Lorraine annexée et de la Lorraine française constituerait pour notre industrie un appoint du plus haut intérêt et nous affranchirait, en grande partie du moins, des importations étrangères dont nous sommes tributaires.
- ('MAREES LORDIER.
- p.421 - vue 41/198
-
-
-
- CHARGEMENT, A BORD D’UN CUIRASSÉ FRANÇAIS, D’UN TUBE LANCE-TORPILLES FONCTIONNANT AU MOYEN DE l’AIR COMPRIMÉ
- 422 LA SCIENCE ET LA VIE
- p.422 - vue 42/198
-
-
-
- LES
- TUBES LANCE-TORPILLES EN SERVICE DANS LES DIVERSES MARINES
- Par A. POIDLOUÊ
- CAPITAINE DE VAISSEAU EN RETRAITE
- La Science et la Vie ayant déjà publié une description très complète des torpilles automobiles, nous n’en donnerons, pour l’intelligence de ce qui va suivre, que les principales caractéristiques.
- La torpille automobile moderne est, en réalité, un petit navire. Un réservoir d’acier alimente d’air comprimé à haute pression un moteur qui fait tourner deux hélices de propulsion placées à l’arrière. Un tube cylindrique, semblable à un véritable canon, sert à lancer la torpille, qui est poussée au dehors par les gaz d’une charge de poudre enflammée ou par la pression de l’air comprimé.
- La mise en marche du moteur s’effectue quand la torpille est encore à l’intérieur du tube, au moyen d’un levier dont l’extrémité
- fait saillie au-dessus de la partie supérieure de la torpille; le déplacement de ce levier ouvre le robinet du tuyau qui fait communiquer le réservoir d’air comprimé avec les cylindres de la machine motrice.
- Ce déplacement se produit par l’intermédiaire d’un ressaut de métal ou «doigt» placé à la partie supérieure interne du tube fixe de lancement ; l’extrémité du levier vient buter contre le doigt et s’efface lorsque la torpille est chassée hors du tube vers l’extérieur sous l’action de la poudre ou de l’air comprimé, comme nous l’avons dit tout à l’heure.
- La queue de la torpille est retenue par un verrou mobile qui s’efface automatiquement quand on fait feu. La torpille pourrait, en effet, se déplacer dans le tube au
- TUBE I.ANCE-TOR1UI.LES d’üN TORPII.I.EUR D'ESCADRE DE I,A MARINE. FRANÇAISE
- On voit ici le tube à son poste de mer, Pour lancer la torpille, on enlève les garde-corps mobiles du petit navire, et le tube, tournant an moi/en de galets sur la plate-forme circulaire qui le supporte, est pointé comme un canon dans la direction du bateau ennemi qu'il s'agit de couler.
- p.423 - vue 43/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 42 1.
- s « "S
- MB»
- e
- Si
- s
- *§
- O
- P*
- «UO U
- e
- s.’
- g
- S
- ^ 'u
- R..J | St
- "g; ^ ^5 5
- I s2 o 2
- *42 cc Oi s vS *C 2g C
- C ~ »• tV)
- ^ O co
- 5 ^ ^ ^
- S 1 ti
- s, s n fe
- •s; °3
- ^ C*
- CO
- 'ÇJ ’-.
- 'SJ ^ co ^
- CO *f>*.
- £J CO
- X ^ « O S S-
- *w ^ <
- O
- r> s s £
- CO ~
- -w
- ëo
- *R. ë
- 5 Si
- QJ S "*5 <^>
- CO S S; *<s»
- « s
- '*S
- w '<ü
- H ^S â 05
- ^ Si
- O ,Tr *- :ÿ
- *3l,«
- moment précis du lancement, soit quand le bâtiment s’incline plus ou moins sous l’influence du tangage ou du roulis, soit quand il vire sous l’action du gouvernail.
- La manœuvre du levier de prise d’air et l’effacement du verrou de queue ont une grande importance, parce que du bon fonctionnement de ces organes dépendent la sécurité du lancement et la mise en marche de l’engin au moment opportun.
- A l’avant de la torpille se trouve un cône contenant une charge de haut explosif; le choc de la pointe du cône contre un obstacle résistant provoque la déflagration. Un percuteur vient alors frapper une capsule de fulminate de mercure dont l’explosion enflamme brusquement la charge.
- Il faut éviter toute explosion prématurée de la torpille, soit à bord par suite d’une chute, soit dans le tube, soit trop près des flancs du navire au sortir du tube.
- Dans ce but, une petite hélice placée à l’extrémité du cône, en relation directe avec le percuteur, se met à tourner, dès qu’elle est dans l’eau, par l’effet du courant créé par la vitesse de la torpille en marche. Dans son mouvement de rotation, elle libère le percuteur d’un verrou qui l’empêche de frapper la capsule de fulminate.
- Dans l’intérieur de la torpille est installé un appareil gyroscopique Obry qui, par son action sur le gouvernail de direction, maintient et ramène au besoin la torpille dans la direction voulue pour atteindre le but.
- Examinons maintenant les procédés employés pour l’utilisation de ce redoutable engin à bord des navires de guerre.
- M. Whitehead, inventeur de la torpille automobile anglaise qui porte son nom, avait préconisé les lancements par tubes sous-marins ; c’est ainsi que furent faits, de 1878 à 1874, les premiers essais en marche.
- Le premier appareil de lancement, placé perpendiculairement à la coque, consistait en un tube cylindrique drôit; les torpilles, auxquelles on ne donnait que la simple impulsion provoquée par la mise en mouvement de la machine, n’étaient pas chassées assez vivement hors du tube ; les déviations causées par le courant créé par la marche même du navire étaient considérables.
- On entreprit alors des essais avec un tube aérien lançant la torpille à l’aide de la vapeur, puis de l’air comprimé; en même temps on étudiait les lancements à la poudre.
- Les tubes placés à l’avant du navire donnèrent des résultats passables au point de vue des déviations; mais l’appareil de lancement devait être installé de telle manière
- p.424 - vue 44/198
-
-
-
- 425
- LES TUBES LANCE-TORPILLES
- INSTALLATIONS SUlt LE PONT D’UN TORPILLKUR D’ESCADRE DU TYPE “ CLAYMORE ”
- En C, on distingue un tube lance-torpilles aérien pivotant sur plate-forme circulaire; en A et B se trouvent des sortes d'étuis en acier appelés “valises", et renfermant les torpilles de réserve.
- que la queue (le la torpille lut sortie (lu tube avant que la pointe touchât l’eau.
- La partie arrière « raguait » fortement contre la paroi supérieure interne du tube ; elle subissait de tels frottements qu’il y eut fréquemment des ruptures de queue de torpille dont les jonctions avec le corps principal de l’engin étaient trop fragiles.
- Le frottement de la queue d’une torpille de 450 millimètres de diamètre lancée dans ccs conditions défectueuses correspondrait à un effort vertical de 330 kilos.
- Quand on lançait une torpille par le travers, elle était, de plus, déviée avec violence vers l’arrière du navire dès que la pointe pénétrait dans l’eau. Afin de remédier à cela,
- on consolida les jonctions de la queue, on utilisa la poudre pour les lancements, mais les résultats ne furent à peu près satisfaisants (pie lorsque le tube-cuiller fut imaginé à Fiume (Hongrie), en l’année 1887.
- La torpille était munie à sa partie supérieure d’un petit tenon (pii coulissait dans une rainure creusée dans la partie supérieure interne du tube et qui se continuait très exactement dans la cuiller.
- En lin de course, au moment où le tenon-guide s’échappait de sa rainure, la torpille, complètement séparée de la cuiller, tombait à la mer, horizontalement ou à peu près, vu la faible hauteur à laquelle elle se trouvait de la surface de l’eau. La torpille, libérée.
- Sortie A
- COUPE HORIZONTALE DU CYLINDRE HYDRAULIQUE DE LA CUILLER
- Cuiller
- Le piston P est fixe, le cylindre-cuiller est mobile; quand on veut le chasser en avant, on ouvre le tuyau S et tenu sous pression agit sur le fond A. Quand on veut le ramener en arrière, on ouvre le robinet du tuyau R et la pression s'exerce alors sur Je fond B.
- p.425 - vue 45/198
-
-
-
- 420 LA SCIENCE ET LA VIE
- était animée du même mouvement que le navire en marche; mais dès qu'elle pénétrait sous l’eau, sa vitesse latérale était complètement annulée par suite de l’incompressibilité du liquide dans le sens horizontal.
- Quand un navire en marche lance une torpille sur un adversaire placé dans son champ de tir, son commandant n’a donc pas à s’occuper de la vitesse du bâtiment, tandis qu’il est obligé d’en tenir compte dans le cas d’un tir au canon.
- En France, on emploie la cuiller complète en vue d’obtenir de meilleurs lancements et on la fixe sur le tube pour lui donner une plus grande rigidité.
- Mais il en résulte un grand encombrement, car il faut au moins K) mètres d’espace libre derrière la torpille de 450 millimètres pour la mettre à son poste, dans le tube.
- La cuiller courte est fréquemment employée à l’étranger. De plus, les tubes ont généralement un pointage négatif -pour accélérer la sortie de la torpille dans les
- lancements par le travers en marche; celle-ci subit toujours une déviation plus ou moins grande que l’on corrige avec la visée.
- Les nombreuses torpilles emmagasinées dans les batteries sont une source de dangers pour le bâtiment même qui les porte. Au cours d’un combat, sous le choc de petits projectiles, on risque de voir exploser soit la charge de fui mi-coton, soit le réservoir d’air.
- On a essayé divers dispositifs ayant pour but de protéger les cônes et les réservoirs. On a cuirassé les tubes, et l’on a enfermé les torpilles de réserve dans des étuis cylindriques de métal appelés <i valises ». En fin de compte, on a pris le parti de supprimer les tubes aériens sur les grands navires, sauf sur quelques vieux croiseurs, mais le danger d’explosion existe toujours sur les destroyers et sur les torpilleurs.
- Les anciens torpilleurs étaient munis d’un tube à l’avant et d’un second tube tournant sur un rail directeur circulaire, tous
- COUPE VERTICALE DANS UN TUBE
- Ce croquis montre comment l'un des tenons de la torpille est engagé dans une rainure du tube, rainure qui se prolonge dans la cuiller.
- LANCEMENT Il’lJNE TORPILLE A BORD ])’UN NAVIRE DE OUE1ÎRE
- Ici, l'engin est projeté non par l'air comprimé, mais par une charge de poudre dont la combustion produit de la fumée. La torpille est sur le point de quitter la cuiller directrice <pti prolonge le tube de lancement et elle t'a prendre possession de l'élément liquide pour filer droit sur F objectif ét atteindre.
- p.426 - vue 46/198
-
-
-
- LES TUBES LANCE-TORPILLES 427
- deux, lixés sur le pont au milieu du bâtiment. On pouvait ainsi tirer des deux bords. Mais on a dû se résigner à modifier ces installations à cause de la grande longueur des tubes, des mouvements parfois convulsifs des torpilleurs par gros temps, de la difficulté de changer rapidement de pointage quand, au moment de l’attaque, le navire ennemi se présentait du côté opposé à celui qui était prévu.
- Les torpilleurs de 100 tonneaux et les destroyers types Carabine de 400 tonneaux sont aujourd’hui pourvus d’un tube
- quel ils tournent au moyen de galets d’acier, comme nous l’avons expliqué précédemment.
- Les tubes d’étrave n’ont pas besoin de cuiller, à la seule condition qu’ils soient installés pour que la pointe de la torpille ne rencontre pas la surface de la mer avant que son arrière soit libéré du tube.
- Dans les premières installations, le commandant faisait feu lui-même de son kiosque de manœuvre au moyen de leviers et de transmissions très compliqués qui amenaient fréquemment des ratés d’étoupilles ; à l’heure
- rOSITION DUS DEUX TUBES LANCE-TORPILLES JUMEAUX DONT SONT MUNIS, A l.EUH AVANT, UES SOUS-MARINS ALLEMANDS NUMÉROTÉS DE U-9 A U-20 Le iubc de gauche est fermé, car il renferme une torpille prêle à être tirée; le tube de droite l'ient seulement d'être chargé, et l'on peut distinguer l'extrémité arrière de l'engin qu'il contient.
- à l’avant et d’un double tube sur circulaire, l’un pouvant tirer à droite, l’autre à gauche. Comme les tubes d’étrave sont fixes, c’est avec le navire même qu’on pointe le tube. Pour effectuer cette manœuvre délicate, il est indispensable que les mouvements de giration du bâtiment soient rapides. On a donc supprimé les tubes d’étrave sur les nouveaux destroyers, plus longs et moins manœuvrants, et on les a remplacés par des tubes doubles, placés l’un à tribord, l’autre à bâbord ; ces tubes peuvent se pointer en direction, grâce au rail circulaire sur le-
- actuelle, il existe un pointeur particulier par tube et des servants spéciaux.
- Sur les grands destroyers, le nombre d’officiers étant suffisant, chaque tube est commandé par un enseigne de vaisseau chargé de déterminer les divers éléments de pointage à l’aide d’alidades et de télémètres.
- Le réchauffage de l’air comprimé des machines a augmenté la vitesse des torpilles de près de 10 0 /O et les progrès de la métallurgie ont permis de construire des réservoirs supportant des pressions très supérieures à 100 kilos; on a donc pu accroître
- p.427 - vue 47/198
-
-
-
- 428
- LA SCIENCE ET LA VIE
- D Canon à éclipse „ , .
- | “anneau \ ,Tube lance torpil/e
- .Compartiments ytlçüon remplit g \pour plonger
- \Eau de ballast Vannés c/'entrée déau
- pour les comparéim en ts deplongée
- POSITIONS RESPECTI VE DU TUBE ET D’UNE TORPILLE DE RÉSERVE A L’AVANT D’UN SOUS-MARIN ALLEMAND D’UN TYPE AUTRE QUE CEUX DÉSIGNÉS A LA PAGE PRÉCÉDENTE
- la portée des torpilles, qui atteint aujourd’hui G.000 à 9.000 mètres, suivant les types. De plus, l’usage généralisé de l’appareil Obry a rendu les tirs beaucoup plus précis.
- Les sous-marins français récents, du type Jœssel, de 880 /1.070 tonneaux (880 tonneaux en surface, 1.070 en plongée), ont huit tubes de 450 millimètres — on a parlé de submersibles de 1.200 tonneaux en plongée chez les Allemands, et de 1.500 tonneaux chez les Anglais — et il est certain que toutes les nations nous suivront dans cette voie, les Anglais avec leurs torpilles de 588 millimètres, les Allemands avec celles de 500 millimètres.
- Après avoir signalé les plus grandes portées et la plus grande précision du tir de ces engins, il est juste d’ajouter (pie les derniers navires de guerre, avec leurs dimen-
- sions considérables et leurs forts tirants d’eau, constituent de belles cibles pour les torpilles.
- En ce qui concerne le nombre des tubes installés sur les cuirassés et sur les grands croiseurs, les règles sont différentes suivant les pays.
- Les M a r k grnf allemands de 193 3, cuirassés de 28.000 tonnes, ont 5 tubes de 500 millimètres (4 par le travers, 1 derrière). En Angleterre, les cuirassés Ma-laya et Warspüe (1913-1914) auront 4 doubles tubes de 533 millimètres. L’Italie arme les cuirassés Doria et Duilio (1913), de 23.000 tonnes, avec 3 tubes de 450 millimètres. Les Tegethoff autrichiens (1912),
- 20.000 tonnes, possèdent 4 tubes de 533 millimètres. Aux Etats-Unis, 4 tubes de 533 seront placés sur le Pennsylvania (1913), 33.000 tonnes, le plus grand cuirassé du monde.
- Les croiseurs japonais Iliyei et Kougo, (1910-1913), de 28.000 tonneaux, 28 nœuds de vitesse, ont 8 tubes de 533 millimètres.
- Enfin, en France, après les deux tubes de 450 millimètres de la Démocratie, nous arrivons à quatre tubes de 450 millimètres sur les Jean-Bart (1910), avec 23.500 tonneaux, et à six tubes de 450 millimètres sur les Normandie (1914), de 25.200 tonnes.
- Il y a lieu de remarquer que la France, l’Italie et la Russie ont conservé les tubes
- LA GRIFFE ARTICULÉE FERMÉE ET OUVERTE
- Direction du courant produit par ta marche
- <
- P. Poutrelle
- étanche Treuil pour l aussière
- Vanne Appareil rentré dans
- Treuil
- te sas
- APPAREIL DE LANCEMENT ü’UNE TORPILLE SOUS-MARINE PAR LE TRAVERS Aménagés au-dessus des ballasts, le compartiment de lancement et le sas de rechargement étanche sont séparés par la vanne V. La torpille, maintenue par les griffes articulées G G sur le côté extérieur de la poutre P qui oscille autour de taxe A, est poussée en dehors par le levier L. Le courant de marche récarie du bord; quand elle est dans la direction voulue ou arrête le treuil T. U aussière en acier B, en se tendant, ouvre les griffes articulées GG et libère la torpille. On rentre l'appareil au moijen du treuil T et on le renvoie tout entier dans le sas étanche (le rechargement.
- p.428 - vue 48/198
-
-
-
- LES TUBES LAN CE-TORPILLES
- 129
- de 450 millimètres, tandis que les autres nations ont adopté le calibre de 533 ou, comme l’Allemagne, celui de 500.
- Les submersibles lancent leurs torpilles soit par l’avant, soit par l’arriéré, soit par le travers. Les tubes de l’avant n’ont pas de cuiller et les torpilles sont lancées à l’air comprimé. Un « doigt » placé dans l’intérieur du tube agit sur le levier de prise d’air, et au moment même du lancement un dispositif spécial fait rentrer le verrou qui retient la queue de fa torpille.
- L’air comprimé a l’inconvénient de produire une énorme bulle d’air qui se crève à la surface et pourrait déceler la présence du sous-marin, mais dès que ce dernier a lancé son engin, il plonge et s’éloigne de l’endroit où son périscope aurait pu être aperçu par l’ennemi.
- Les tubes de l’avant ou (le l’arrière sont souvent doubles et placés de chaque côté de l’étrave.
- Quant aux lancements par le travers, seuls les grands sous-marins possèdent les conditions voulues pour les effectuer; mais les Allemands, dans leurs plus récentes constructions. semblent vouloir s’en tenir aux tubes fixes avant et arrière.
- On sait (pie les submersibles ont deux coques, l’une interne et l’autre externe, cette demi ire renferme les compartiments qu’on remplit d’eau de mer pour amener le sous-marin à affleurer la surface. Au-dessus de ces compartiments latéraux, qui forment une espèce de plate-forme horizontale, sont installés les dispositifs permettant les
- p.429 - vue 49/198
-
-
-
- 4,‘JO
- LA SCIENCE ET LA VIE
- INTRODUCTION D12 LA TOUPILLE AUTOMOBILE DANS LE TUBE d’eLSWICIC DU PLUS RÉCENT MODÈLE
- L'engin est déposé sur la jiorte (le chargement du tube. Au moment du lancement, cette porte sera fermée au moyen des aussières en acier
- dont nous avons parlé à la page précédente. Ce dispositif a l'avantage de réduire l'emplacement, toujours considérable, nécessaire au chargement des tubes lance-torpilles sur les navires de guerre.
- lancements par le travers, opérations qui ne sont pas toujours très faciles à effectuer.
- Chaque dispositif comprend deux compartiments : le premier, ouvert et dans lequel est placée la torpille en position de lancement; le second, contigu et étanche, séparé du premier par une vanne ou porte étanche. Tout le système, du premier compartiment, avec la torpille qu’il contient, pénètre par la vanne dans le second, où, grâce à de larges ouvertures pratiquées dans les superstructures, on peut remettre une nouvelle torpille sur la poutrelle de lancement.
- La torpille est fixée par deux griffes articulées sur le côté extérieur de cette poutrelle tournant autour d’un axe vertical.
- Quand, à l’aide d’un levier, on pousse la poutrelle à l’extérieur, le courant de la marche écarte la torpille du bord en faisant tourner la poutrelle autour de son axe.
- On laisse filer à l’aide d’un petit treuil la quantité d’aussière en acier voulue pour que la torpille fasse un angle déterminé avec l’axe du submersible. Quand cet angle est atteint, on arrête le treuil, l’aussière se tend et, par sa tension, agit sur les deux griffes articulées qui s’ouvrent et laissent libre la torpille ; en même temps, le levier de prise d’air est rabattu par une tige spéciale et la machine commence à se mettre en marche.
- Une fois la torpille partie, on rentre la poutrelle à l’aide du treuil et on fait glisser
- Avarit
- rpJ////////J7/q$772}
- ... ^ uaryousse
- COUPE HORIZONTALE ü’UN TUBE D’ELSWICIC ANCIEN MODÈLE
- La porte du tube fixe B étant fermée, les gaz de la gargousse viennent, en pressant sur la dite porte, chasser en (want le tube mobile-cuiller AA dans lequel se trouve, la torpille et qui coulisse dans le tube fixe B. Quand le tube-cuiller est à son poste, le levier G ouvre la soupape S par laquelle entrent les gaz de la gargousse, et la torpille est chassée en dehors du tube mobile-cuiller, maintenue jusqu'au moment où elle s'en détache par des tenons coulissant dans les rainures c c.
- p.430 - vue 50/198
-
-
-
- L E S T U B E S L A N C E - T O li P J L L E S
- tout l’appareil, y compris le treuil, au travers de la vanne, dans le compartiment étanche contigu où on met en place une nouvelle torpille sur la poutrelle; puis on renvoie le tout dans le compartiment de lancement. (Voir la figure à la page 428).
- Comme on peut en juger, ces manœuvres sont assez compliquées; avec ce procédé,
- 431
- du réservoir d’air comprimé une explosion violente pourrait en même temps avoir lieu.
- On a donc été conduit à chercher à protéger contre ce courant la partie antérieure de la torpille, à l’aide d’une cuiller verticale, de longueur égale à celle de la torpille et prolongeant le tube fixe du côté de l’avant.
- Les premières cuillers essayées avaient
- A Vit fit TUBE LANCE-TOH1MLLES TYl’E « VULCAN » EN SERVICE SUR CERTAINS NAVIRES ANGLAIS
- Va n n
- de S or
- La torpille est guidée, à sa sortie du tube, par une cuiller G; le tenon T la dirige et les tenons E E assurent sa résistance à la force du courant de marche.
- Vue arrière du système, montrant la position du tenon T et celle des tenons E E.
- on peut lancer les torpilles automobiles sous des angles variant de 30 à 130 degrés.
- . Le problème était des plus difficiles à résoudre sur certains croiseurs de bataille qui atteignent des vitesses de 54 kilomètres à l’heure. A bord de ces bâtiments, les lancements se font en général soit par le travers, soit par l’arrière.
- Pour les premiers, quand après avoir ouvert la vanne obturant l’ouverture de la coque par où passe la torpille on chasse celle-ci de son tube à l’aide de l’air comprimé, l’extrémité avant se trouve soumise à une pression énorme produite par le courant de la marche du bâtiment et qui est de nature à déterminer une rupture de l’engin,
- Si cette rupture se produisait à hauteur
- une hauteur égale à celle du diamètre de la torpille, mais on constata qu’il se produisait, en arrière de la cuiller, un vide qui comprimait fortement la torpille contre cette dernière et gênait son mouvement en avant, On confectionna alors des cuillers ajourées,
- mais les ruptures de ces instruments étaient si fréquentes dès qu’on atteignait de grandes vitesses qu’on dirigea les expériences dans un sens tout à fait différent.
- A l’heure actuelle, la cuiller adoptée, très diminuée en hauteur verticale, n’a plus comme saillie extérieure que la moitié de la longueur de la torpille. Seulement. il a forcément fallu guider et maintenir la torpille à l’intérieur du tube fixe et de la cuiller à l’aide d’ergots symétriques
- Torpille
- ---------------------,---------------
- COURE TRANSVERSALE ll’UN TUBE « VUI.CAN » ET DE SA CUILLER ET, A GAUCHE, COURE u’uN ERGOT DIRECTEUR
- Les (pialre ergots directeur (E) de la torpille coulissent dans des rainures correspondantes ménagées dans l'épaisseur du tube.
- p.431 - vue 51/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 432
- C0 Ojo
- C5 ,5 oo 'is, i-i 5g
- 55 « W ^ s
- ë «•
- K ^
- L) ^
- 5
- ^0 . ce A
- S «
- O **-S» ^
- ^ è
- Oc
- J? S
- ce ^
- S s
- ^ g *£ £ c
- S ^
- H *>
- H "O v 8 £
- r$
- *§
- ©
- >n
- K
- A
- S
- S
- C 32 S;
- « ° 'O
- 7) <S P <to ° £ 73 2
- w £
- § & h *8
- placés sur ses deux côtés et de tenons iixés à sa partie supérieure, qui tous coulissent dans des rainures creusées soit dans le métal du tube fixe, soit dans celui de la cuiller mobile.
- Cette cuiller-guide n’a donc plus pour but de mettre la torpille à l'abri du courant de la marche du navire, mais bien de la maintenir et de la guider assez longtemps pour que l’extrémité de sa queue ait franchi la coque avant d’être libérée. L’effort de la poussée du courant supporté par les ergots et les tenons est de 3.000 kilogrammes pour une torpille de 450 millimètres lancée d’un navire filant environ 24 kilomètres à l’heure.
- La manœuvre de la cuiller se fait soit à l’aide d’air comprimé soit au moyen d’eau sous pression fournie par les appareils même du bord.
- Dans ce dernier cas, la cuiller creuse est alésée cylindriquement sur une longueur correspondant à sa course ; elle forme ainsi le cylindre d’un piston hydraulique dont la tige est fixée et boulonnée au fond du tube.
- Dans les tubes français, la torpille est lancée par une chasse d’air comprimé provenant d’un réservoir cylindrique placé sur le tube de lancement. (Voir la photo page 422).
- Avec leurs accessoires, les tubes pour torpilles de 450 millimètres pèsent de 12 à 14.000 kilos; leur prix se monte à 70.000 francs environ.
- Parmi les nombreux systèmes de tubes étudiés à l’étranger, un des plus intéressants est le tube Elswick-Am-strong, parce que la manœuvre y est très simplifiée, la sortie de la cuiller et le lancement de la torpille se faisant d’un seul coup; la rentrée de la cuiller s’effectue automatiquement.
- La torpille est contenue dans un tube mobile portant cuiller coulissant dans le tube de lancement. Chacun de ces tubes possède une porte-fermeture. lin dessous du tube fixe se trouve une longue caisse en acier communiquant avec ce dernier et au milieu de laquelle est emboîté un tube central creux à l’extrémité duquel on place une cartouche de cordite.
- Quand on détermine électriquement l’inflammation de cette cartouche, les gaz de l’explosion, qui atteignent une pression de 60 kilogrammes, sont obligés de se détendre par l’intermédiaire
- p.432 - vue 52/198
-
-
-
- LES TUBES LANCE-TORPILLES 433
- de chicanes qui les forcent à l'aire un long parcours. Ces gaz finissent par pénétrer à 6 kilos de pression dans le tube principal fixe, entre sa porte extérieure et la porte du tube mobile qui contient la torpille, et chassent violemment ce tube en avant.
- Dans la porte du tube-cuiller se trouve une petite ouverture fermée par une soupape qu’un levier terminé par un galet, qui coulisse dans une rainure pratiquée ù la partie supérieure interne du tube fixe, tient fermée. Ce levier est rabattu sur l’arrière par la pres-
- l’aide de pistons hydrauliques qui agissent sur des aussières en acier fixées sur chacune des extrémités de la porte latérale.
- On a été aussi obligé d’installer un système pour ramener le tube en arrière, parce que la pression de l’eau qui agit sur lui pour le faire rentrer, en même temps que l’attraction du vide créé par la condensation des gaz, est insuffisante quand la vanne de sortie n’est qu’à deux mètres au-dessous de la flottaison.
- Les Allemands cherchent, paraît-il, à donner aux tubes sous-marins de leurs cui-
- La torpille est portée par un tube-cuiller mobile fermé à r arrière par une porte. Sous Y action de la charge de poudre, ce tube coulisse dans le tube fixe avec un mouvement de rotation analogue à celui d'un obus dans un canon rayé. Ce mouvement de rotation est tel que, par un dispositif spécial, les gaz de la poudre agissait sur l'arrière de la torpille au moment où le tube-cuiller est arrivé à son poste de
- lancement et la poussent en avant.
- sion de la rainure dans laquelle le galet coulisse et est entraîné par le tube-cuiller dans son mouvement en avant. Au moment où le tube-cuiller arrive à son poste, la rainure du tube fixe, qui était d’abord horizontale, se relève et la tige de la soupape se redresse, ouvrant du même coup cette soupape par l’orifice de laquelle passent les gaz de la cordite réduits à la pression de 2 kilos, et la torpille est chassée en avant.
- La condensation qui se produit à ce moment sur l’arrière du tube-cuiller crée un vide et ce tube revient automatiquement à sa position de départ. (Voir figure page 430).
- Primitivement, la manœuvre d’introduction par le côté s’effectuait au moyen de l’électricité ; actuellement, elle se fait à
- rassés ou croiseurs de bataille un pointage en direction analogue à celui des canons. Les navires en ligne pourraient ainsi utiliser leurs tubes sans que le commandant ait à manœuvrer son bâtiment pour placer le but à atteindre dans son champ d’action.
- En résumé, avec les dispositifs actuels, ce seront le plus souvent les hasards du combat qui permettront l’emploi des torpilles automobiles et malgré les progrès très sérieux réalisés dans la construction et le lancement de ces redoutables engins, le canon a encore de longs jours à vivre avant d’être renvoyé comme vieille ferraille au marteau-pilon démolisseur.
- A. Poidlouë,
- Capitaine de vaisseau en retraite.
- * 28
- p.433 - vue 53/198
-
-
-
- FOUR IIÉROULT DE 15 TONNES, DU DERNIER MODÈLE, POUR LA FABRICATION ÉLECTRIQUE DE L’ACIER
- Ce four, alimenté de chutes d’acier, produit par journée de 24 heures 165 tonnes d’acier fin au carbone, exempt de soufre et de phosphore
- 434 LA SCIENCE ET LA VIE
- p.434 - vue 54/198
-
-
-
- LA FABRICATION ÉLECTRIQUE DE L ACIER
- RÉVOLUTIONNERA LA MÉTALLURGIE
- Par Charles BERNARD
- ANCIEN CHEF DE FABRICATION AUX ACIÉRIES DE LA MARINE
- La guerre actuelle a pleinement confirmé l’opinion des économistes qui mesurent volontiers la puissance d’une nation à la quantité d’acier qu’elle produit annuellement. La consommation de canons et d’obus sur les quatre fronts européens est telle que les prévisions les plus larges des états-majors ont été décuplées. Jamais on n’avait supposé que la dépense en projectiles pendant une seule bataille atteindrait une importance suffisante pour vider en quelques heures les caissons des batteries, des parcs de réserve et des arsenaux. En Artois, notre préparation d’artillerie a absorbé 300.000 projectiles pour un seul combat, et, pendant les opérations qui ont arnejié la chute de Przemysl, les Allemands ont lancé sur nos alliés un ouragan ininterrompu d’obus et de shrapnells qu’on a évalué à 700.000 coups. Un obus de 75 représente un poids d’acier de 20 kilogrammes; la consommation journalière d’un front, évaluée à 100.000 projectiles, représente donc un minimum de 4.000 tonnes (l’acier brut, en comptant les pertes d’usinage, mais non compris les projectiles d’artillerie lourde, dont on use enfin largement.
- La qualité de l’acier employé dans les fabrications d’artillerie a une importance considérable, car un projectile doit ne présenter aucun défaut. Les canons eux-mêmes doivent résister aux efforts considérables développés par les poudres modernes. Le métal à canons est donc devenu le proto-
- type des aciers à haute résistance et on l’emploie couramment pour la fabrication des pièces mécaniques soumises à de grands efforts, de sorte que la fabrication des aciers de qualité est considérée comme un des éléments les plus sérieux de la défense nationale.
- La recherche de l’acier le plus convenable pour les besoins militaires marche donc de pair avec celle des métaux qu’il convient d’employer lorsqu’il s’agit, par exemple, de construire des moteurs d’automobiles ou d’aviation, à la fois puissants et légers, des rails solides, des pièces (1e ponts résistantes sous un très faible poids.
- Une évolution lente, mais irrésistible, s'accomplit, en Europe comme aux Etats-Unis, en ce qui concerne l’emploi de l’acier. De plus en plus le métal fin se substitue à l’acier ordinaire dont les qualités de résistance et d’homogénéité insuffisantes augmentent le poids des constructions et des pièces ouvrées tout en diminuant la sécurité de leur stabilité et en assurant imparfaitement leur bon fonctionnement.
- Une preuve très nette de cette heureuse tendance sont les efforts faits par les ingénieurs pour améliorer le métal à rails employé par les chemins de fer de l’Amérique du Nord. Un rail doit offrir, sous le minimum de poids par mètre courant, le maximum de résistance aux efforts de rupture que produisent les essieux lourdement chargés des puissantes locomotives modernes circulant à des vitesses considérables. Jusqu’ici, les
- ’mrnammmimmiï/i.
- wm.vmmin’wmmü
- FOUR A ACIER ÉLECTRIQUE, SYSTÈME KELLER
- A, bain de métal liquide; B, creuset spécial éi fond conducteur ; C, Glissière à galets servant <i faire osciller le four, pour la coulée.
- p.435 - vue 55/198
-
-
-
- 480
- LA SCIENCE ET LA VIE
- voies européennes les plus solides étaient-établies avec des rails d’acier pesant environ 47 kilogrammes par mètre courant. Restait à choisir la qualité de l’acier, de manière à obtenir pour ce rail de poids donné le maximum de résistance aux charges supportées.
- Les premières lignes de chemins de fer furent construites avec des rails en fer dont l’usure était rapide. Vers le milieu du xixe siècle, la fabrication de l’acier un grand développement, grâce à la découverte de sir Henry Ressemer. Jusqu’alors, on fabriquait un acier de très bonne qualité dans des creusets de petite capacité, mais le prix élevé du métal ainsi obtenu en limitait l’usage aux pièces de faible poids. Le procédé Ressemer acide est basé sur l’action d’un courant d’air chaud sur la fonte dont il brûle l’excès ‘de carbone et le silicium. Le traitement de la fonte a lieu dans une cornue métallique ouverte, oscillante, garnie intérieurement d’un revêtement en briques réfractaires. Vers la fin de chaque opération, cpii dure de dix-sept à vingt-cinq minutes, on ajoute 10 0 /() d’une fonte spéciale, miroitante, riche en carbone (spiegelei-sen), pour recarburer légèrement le bain de métal, dont le poids varie de 10 à 25 tonnes.
- Le métal obtenu par le procédé Ressemer acide est en général rendu cassant par la présence d’impuretés telles que le soid're et le phosphore, dont cette méthode de fabrication ne permet pas l’élimination. Cependant les grandes aciéries à rails de l’Amérique du Nord emploient toutes ce procédé, circonstance qui explique le nombre très élevé des ruptures de rails et d’accidents souvent graves qu’on observe dans ce pays.
- Le traitement des minerais de fer contenant plus de 2 0/0 de phosphore a été rendu possible grâce à la modification apportée au bessemer par Thomas, inventeur du procédé basique. Elle consiste à munir la cornue d’un revêtement en dolomie calcinée. Avant de souffler le vent, on ajoute à la fonte 12 à 14 0 /0 de chaux vive. Vers la fin de l’opération, quand les flammes ont disparu, on prolonge l’action du vent pendant cinq à six minutes pour achever l’élimination des impuretés pendant cette période de sursoufflage. On constate que la déphosphoration est suffisante quand une éprouvette prélevée sur le métal du bain, forgée et trempée à l’eau, peut être pliée à bloc sur elle-même sans présenter de crique. Si le métal est cassant, on prolonge le soufflage. Le métal Thomas est plus doux que l’acier Ressemer mais il ne présente pas une résistance à l’usure suffisante pour la fabrication des rails. Cependant on s’en sert sur beaucoup de lignes, parce qu’il n’est pas cher puisqu’on peut 1 ’ obtenir en grande quantité en partant de minerais dépréciés. Les aciers Ressemer ou Thomas ne conviennent d’ailleurs pas pour les fabrications d’artillerie ; pendant longtemps on employait pour les canons l’acier au creuset ou le bronze ; les projectiles étaient en fonte.
- L’ingénieur français Martin, qui vient de s’éteindre récemment, a généralisé un procédé permettant d’obtenir l’acier sur la sole d’un four Siemens, garnie d’un revêtement acide (matériaux siliceux) ou basique (magnésie). On traite au four Martin-Siemens de la fonte brute à laquelle on ajoute "deux fois son poids de débris de fer doux et de ferrailles dites riblons. On procède avec des masses de métal de 15 à 60 tonnes et l’opération dure de huit à dix heures, parfois un peu plus.
- coupe d’un haut fourneau électrique de l’usine de iiagfors (suède)
- C, cadre de support en acier ; P, un des quatre piliers sur lesquels s'appuie le cadre en acier; ppp, pyro-mètres permettant d'observer la température ; A, électrode ; R, laboratoire du creuset de f usion.
- p.436 - vue 56/198
-
-
-
- LA FABRICATION ELECTRIQUE DE L'ACIER
- 4»7
- Le prix de revient de l’acier Martin-Siemens est supérieur à celui des aciers Besse-iner et Thomas, mais la qualité du métal est beaucoup plus satisfaisante, même pour la fabrication des tubes de canons et des projectiles de tous calibres destinés à l’artillerie.
- Cependant l’acier obtenu dans les grands fours à creusets système Siemens reste la matière première favorite des usines qui s’occupent spécialement de la construction des pièces d'artillerie et de la fabrication des gros projectiles. Même forgé à la presse hydraulique de 10.000 tonnes, lingot d’acier Martin ne pré-
- lingot supposées homogènes 011 rencontre, au cours du forage d’un tube de canon ou delà finition d’un gros projectile, des défauts qui entraînent le rebut de la pièce entière.
- D’autre part, nous avons vu (jue les ingénieurs de chemins de fer et les constructeurs en général avaient intérêt à voir disparaître
- UN DES PREMIERS FOURS DESTINÉS A PRODUIRE ÉLECTRIQUEMENT CACIER
- Ce petit four a été employé à Vusine de Lit Praz (Sai'oie.) par M. Hérault, pour ses premiers essais de fabrication de l'acier au moyen de procédés électriques.
- sente jamais une homogénéité telle qu’on puisse être sûr de n’y rencontrer ni paille ni crique. De plus, quand on coule une grande quantité d’acier dans une lingotière, il se produit, au sommet du lingot, des phénomènes de ségrégation ou une cristallisation de certaines parties du métal. On est amené à sacrifier ainsi jusqu’à un tiers des lingots ce qui augmente considérablement le prix de .revient. Même dans les parties de
- également les défauts des aciers du commerce. La crainte (pie la résistance d’une pièce soit diminuée par une crique ou par .une paille oblige les bureaux d’études à adopter des coefficients de sécurité très élevés, ce qui augmente le poids de métal employé et le prix de revient des produits ouvrés. Un pont de 1.500 tonnes construit en métal ordinaire, avec un coefficient de sécurité de 20 0/0, pèsera environ 200 tonnes de plus
- p.437 - vue 57/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 488
- que si le coefficient pouvait être réduit à 5 0 /O grâce à l’emploi de matériaux de premier choix. Bien que le métal de première qualité coûte un peu plus cher que l’acier ordinaire, on réalisera cependant une économie importante, augmentée encore par la diminution des frais de transport et par l’absence de toute crainte d’accident. De même les pièces mécaniques établies en acier supérieur ne donnent lieu ni aux avaries ni aux surprises désagréables auxquelles on s’expose quand on emploie des matériaux de qualité ordinaire. Le monde des ingénieurs et des constructeurs attendait donc l’avènement d’un nouveau procédé économique de fabrication permettant d’obtenir de l’acier supérieur, à un prix abordable, par exemple en améliorant, moyennant une légère dépense supplémentaire l’acier Martin et l’acier Thomas.
- Or, ce procédé existe depuis une dizaine d’années, mais son développement s’est trouvé très ralenti par diverses circonstances d’ordre économique et technique.
- Il n’y a, en effet, que dix ans qu’on a pu commercialement fondre et épurer l’acier liquide au moyen du courant électrique. Dès 1885, Siemens avait pu réaliser de petits fours électriques très perfectionnés, utilisables dans les laboratoires, mais l’énergie électrique ne pouvait pas être alors produite à un prix suffisamment bas pour favoriser l’extension rapide de cette méthode de fabrication. La création de l’alternateur à grand débit put seule rendre possible l’utilisation industrielle du four électrique, grâce à l’abaissement du prix de revient du courant. Dans certaines contrées, l’abondance des forces hydrauliques a permis de produire l’énergie électrique à très bon marché, tandis qu’aillcurs on a dû recourir à des usines centrales mues par des moteurs à vapeur, à gaz ou à essence.
- Les premiers fours électriques ayant fonctionné industriellement furent construits vers 1899 et utilisaient tous la puissance hydraulique. Les principaux étaient le four
- Stassano, en Italie; le four Héroult, en France, et le four Kjellin, en Suède. Il est intéressant de noter que tous les fours électriques actuellement en service appartiennent à l’un de ces trois types de fours.
- Le four électrique inventé vers 1880 par Siemens consistait simplement en deux électrodes de charbon entre lesquelles un arc jaillissait au sein d’un creuset ouvert. Bor-chers avait imaginé, à peu près à la même époque, un four dont la cavité en terre réfractaire était chauffée par un arc produit entre une électrode de charbon et une masse polaire noyée dans la sole du four. Le principe du four à induction de Ferranti (1885), se retrouve en entier dans le four moderne Kjellin.
- Les premiers fours électriques réellement indus-triels, notamment ceux de Héroult (1887), et des frères Cowles (1890) furent appliqués d’abord à la production de l’aluminium. Dans le four Moissan (1892), l’arc jaillissait dans une cavité en chaux.
- On classe ordinairement les fours en quatre catégories. Les uns sont à arc avec chauffage direct (Héroult, Girod), ou avec chauffage par rayonnement (Stassano). Enfin, il existe des fours à résistance et des fours à induction (Kjellin, Rœchling-Rodenhauser).
- Héroult avait une longue pratique du four électrique qu’il avait l’un des premiers appliqué en grand à la fabrication de l’aluminium. Quand il prit ses brevets en 1899-1900, il put donc appliquer de suite à ses appareils à arc et à résistance les simplifications et les perfectionnements nécessaires au développement du mode de chauffage par électrodes qui jusque-là arrêtait la plupart des chercheurs. Dans son four, peu compliqué, Héroult n’intercala qu’indirectement dans le circuit le métal à fondre et il interposa entre ce dernier et les électrodes, comme résistance chauffante proprement dite, des couches d’une scorie ou d’une électrolyte. Il évitait ainsi tout contact direct du métal avec les électrodes en charbon. Il parvint de cette manière à obtenir un affinage très
- FOUR STASSANO OSCILLANT
- A A, électrodes amenant le courant au-dessus du bain; B, pivot autour duquel tourne la sole; C, cylindre de guidage de l'électrode A; D, cylindre à air comprimé, servant à faire avancer la même électrode.
- p.438 - vue 58/198
-
-
-
- LA FABRICATION ÉLECTRIQUE 1)E L'ACIER
- 439
- complet permettant d'introduire dans l’acier tous les éléments voulus, tels que chrome, motyledène, vanadium, etc., destinés à en augmenter la qualité et la résistance,
- Le four Héroult s’emploie pratiquement seul avec un chargement d’acier froid (riblons), ou accouplé à un autre four en marche, tel que cornue Thomas ou four Martin, qui, au fur et à mesure de ses besoins, l’alimente d’acier liquide destiné à l’affinage.
- soufre et de phosphore, au four électrique, au lieu d’affiner simplement du métal déjà en grande partie débarrassé de ses impuretés. En effet, le four Héroult, de South-Chicago, est alimenté d’acier liquide par un convertisseur Bessemer acide qui y laisse subsister le phosphore et le soufre. On arrive ainsi à traiter onze charges de. 15 tonnes d’acier par journée de vingt-quatre heures. Chaque opération dure environ 1 h. 20 et consomme
- INSTALLATION D’UN PETIT FOUll HjîIlOULT A DEUX ÉLECTRODES Ce four oscillant est en service dans une aciérie anglaise où il sert à fabriquer les pièces de moulage qu'on produit souvent avec de petits convertisseurs de deux tonnes ou avec de petits fours ii creusets.
- Il existe actuellement, dans toutes les parties du monde, plus de 100 fours Héroult en marche, notamment en Amérique, en Allemagne, en Angleterre et en France.
- L’une des plus belles applications de cet appareil que l’on puisse citer en Amérique est celle des aciéries de l’Illinois Steel C°, à South-Chicago, qui ont installé un four de 15 tonnes dès 1909, alors que jusqu’à cette époque les plus grands appareils ne dépassaient pas une capacité de 7 tonnes.
- On a réalisé, dans cette application, la production directe de l’acier, exempt, de
- à peu près 230 kilowatts-heure (soit 200 par tonne d'acier), et 4 kil. d’électrodes de graphite. L’un des principaux avantages tic ce four est son fonctionnement simple et sûr, car les arrêts pour les réparations sont extrêmement rares, tandis qu’avec certains fours à électrodes noyées dans la sole cette dernière se perce à chaque instant, ce qui rend la fabrication tout à fait intermittente. Le revêtement intérieur du four Héroult est fait de dolomie calcinée que l’on tasse en quelques minutes dans les parties cpii pourraient se détériorer pendant la marche. On procède
- p.439 - vue 59/198
-
-
-
- 440
- LA SCIENCE ET LA VIE
- à cette opération entre les chauffes et elle absorbe environ 5 kilogrammes de dolomie par tonne d’acier traité. Tous les huit jours on remplace le revêtement siliceux de la voûte. En résumé, les réparations ne coûtent guère que 0 fr. 30 par tonne d’acier, ce qui est très peu. On a combine entre eux le type à arc et le type à résistance, ce qui a donné le four Nathusins à courant triphasé, notamment employé par la Société anonyme des Tubes, à Sosnowice (Pologne russe).
- Ce four à électrodes cylindriques en carbone permet de fabriquer de l’aeier en traitant les déchets de fabrication des laminoirs à tubes, tels que bouts de tuyaux, débouchures de
- électrique à un réseau dont la puissance est environ le double de celle du four.
- Le four Girod, employé notamment aux aciéries d’Ugine (Savoie), est comme celui d’HérouIt, un four à arc et à résistance.
- Le four électrique à induction et à résistance du type Rœchling-Rodenhauser, en service aux aciéries de Vôlklingen (Lorraine allemande) fonctionne avec du courant triphasé. Il est de forme presque circulaire en plan et on l’a monté sur une paire de glissières courbes qui permettent de le faire basculer dans la direction du trou de coulée. Un double dispositif par induction et par conductibilité donne le moyen de chauffer la charge : des contacts intérieurs transmettent le courant au bain
- poinçon n eu ses, etc. etc Les trois électrodes supérieures des arcs sont alimentées avec du courant à 108 volts tandis cpie les élec-trodes inIcrieures du circuit à résistance reçoivent du courant sous une tension de 18 volts seulement, ces deux courants étant fournis par un même transformateur à deux circuits. Le circuit des électrodes inférieures contient, en outre, un
- régulateur de tension, de 180 kilowatts, qui sert à modifier à volonté la tension aux bornes de ces électrodes, parce qu’il engendre dans leur circuit une force électromotrice opposée à celle du transformateur principal. Les électrodes supérieures du four sont équilibrées par des contrepoids et suspendues à des chariots commandés par trois treuils électriques. On peut ainsi produire, avec un four de 2 m. 90 de diamètre, de G à 8 tonnes d’acier par coulée, en empruntant le courant
- l'OUit KLKCTRIQUK I-'JXK, SYSTKMK STASSANO
- A A, électrodes amenant le courant au-dessus du bain; B, bain de matières fondues reposant sur la sole du four; C, cylindre dans lequel se meut Vélectrode sous V impulsion d'un piston à air comprime qui se déplace dans le cylindre D.
- par l’intermédiaire de plaques qui ne deviennent conductrices qu’aux températures très élevées.
- La sole de ce four, qui contient une charge de 1.500 kilogrammes de métal, est divisée par les fourreaux des trois noyaux magnétiques en un laboratoire et en trois conduits de c h a u ffn g e relativement très étroits. Les bobines entourant ces noyaux sont entièrement enfermées dans des enveloppes protectrices ventilées doubles, comportant chacune un enroulement induit et un enroulement inducteur alimenté par un des conducteurs de la ligne de transport de force. Le four est muni de trois portes de chargement par lesquelles on introduit le métal soit à l’état liquide, soit en grenailles, ainsi que les substances qui servent au traitement.
- On élimine le phosphore par une addition de chaux, puis on désoxyde le bain avec du ferro-manganèse et du ferro-silicium à haute
- p.440 - vue 60/198
-
-
-
- 141
- LA F Ali Itl CAT 10 N
- É L E C T RI QU E 1) E L'A CIE li
- teneur. Lu désulfuration a lieu dès que les scories sont redevenues blanches. Le métal se recarbure dès qu’on a soutiré les scories de déphosphoration. Au moment de la coulée on vérifie la teneur de l’acier en carbone par une analyse rapide faite sur place.
- Quand on traite des matières fondues à l’avance, on peut obtenir, en deux ou trois
- On a construit en Suède, pays dépourvu de combustibles minéraux, un certain nombre de hauts l'ournaux électriques destinés à la production directe de la fonte en partant du minerai cru. Ces essais ont assez bien réussi mais on est encore, à ce point de vue, dans la période de début.
- Les électrodes des -fours sidérurgiques
- FF FOUR A ACUFR FLFCTUIQUF H F II OUI.T 13 FS AC IFRI FS 13F SOUTII-CHICAGO
- Ce four, de 15 tonnes de capacité, est alimenté d'acier liquide Ressemer qu'il transforme en un produit
- analogue aux plus fins aciers obtenus au creuset.
- heures, une tonne d’acier supérieur, de qualité équivalente à celle de l’acier au creuset, avec une dépense de 200 à 300 kilowatts-heures. Si l'on opère sur des grenailles chargées à l’état solide, la consommation d’énergie électrique s’élève à 900 kilowatts-heures par tonne d’acier produite. Le prix de revient est, dans ce dernier cas, de 3 62 fr. 50 par tonne, y compris les frais d’entretien et d’amortissement du four, mais non compris les redevances parfois élevées dues pour I’exploitation des brevets.
- sont obtenues en agglomérant diverses matières : coke, charbon de bois, anthracite, suie, charbon de cornue, coke de pétrole, graphite. Le goudron ou lirai sert n l’agglomération de la poudre très fine obtenue au moyen de broyeurs. Les cylindres comprimés à la presse hydraulique sont soumis, à l’abri de l’air (f.500 à 1.800°), à une cuisson très lente, qui dure de six à quinze jours. Certaines de ces matières premières, telle que le coke de pétrole, subissent, avant d’être broyées, une cuisson
- p.441 - vue 61/198
-
-
-
- 112
- LA SCIENCE ET LA VIE
- destinée à en chasser les matières volatiles. La poudre est passée aux tamis fins de 60 et de 100 mailles par centimètre carré. Les électrodes rondes des hauts fourneaux électriques ayant jusqu’à 2 m. 50 de longueur, on voit quelle doit être leur solidité pour résister à la casse et à l’usure pendant une marche suffisamment prolongée.
- Dès 1910 on fabriquait, en Amérique, 55.000 tonnes d’aeier raffiné électrique. Les rails ainsi obtenus supportaient, sans rupture, un service très dur, bien que, dans certaines régions des Etats-Unis, ils aient été soumis à des températures très basses.
- Les pièces moulées faites d’acier électri-
- que coûtent bien moins ^ /V cher, à qualité égale, v/sr**'
- que les moulages d’aeier au creuset. Les moulages obtenus avec des aciers électriques très pauvres en carbone n’ont pas besoin de subir un recuit final au four en fin de fabrication. Quand on emploie le four électrique pour fabriquer des aciers fins à outils, on utilise des déchets d’acier que l’on mélange avec du vanadium, du chrome, du tungstène, etc., et ces métaux chers sont ainsi traités sans perte.
- La consommation de courant par tonne d’aeier fondue et raffinée est tombée peu à peu, grâce aux progrès réalisés, de 1.000 à 750, puis à 600 et même 500 kilowatts-heures. En attelant un four électrique de 25 ou 30 tonnes avec un convertisseur Thomas ou avec un four Martin de même capacité, on obtient, par grandes quantités, un acier de qualité très supérieure au métal ordinaire fabriqué sans raffinage et employé couramment.
- Jusqu'à présent, le haut fourneau électrique n’est intéressant que pour les pays qui sont totalement privés de houilles à coke. Le four à acier offre, au contraire, un grand intérêt, même dans les régions qui ont déjà une métallurgie très développée. A l’heure actuelle, environ deux cent cinquante fours de ce genre fonctionnent dans les centres
- l'OUll KJ-.KCTIUquk a courant tririiasu
- SYSTKMK RO C11 JL IN G - R OI ) K N11 AU S U R
- A, glissière courbe j)our le basculage du four;
- B, un des noyaux magnétiques de la carcasse;
- C, conduit de chauffage; D, laboratoire contenant les matières à fondre; E, contact intérieur transmettant le courant au bain contenu
- dans le laboratoire D,
- métallurgiques du monde entier. Il existe aux Etats-Unis un assez grand nombre de fours Iiéroult et Girod marchant aux riblons et auBessemer acide. On y trouve également quelques fours Stassano, Snyder et Frick.
- Les Allemands ont assez vite compris quel merveilleux parti ils pouvaient tirer de fours électriques à grande capacité, alimentés par les cornues Thomas, si nombreuses chez eux.
- Le célèbre métallurgiste allemand Thyssen, mort récemment, avait fait installer des fours Iiéroult de 30 tonnes dans ses grandes aciéries de Brückhau-sen (Deutscher Kaiser) et d’Hagondange (Lorraine allemande). Il 7f avait été précédé ou suivi dans cette voie par diverses aciéries : Bombas, Union de Dortmund, Gelsenkir-chen, et par les usines à tubes Mannesmann. Il est à craindre que ce procédé, exploité en grand, ne serve actuellement à fabriquer des canons et des obus destinés à nous combattre. Les aciéries Krupp, qui produisent beaucoup d’acier fin au creuset, sont entrées plus timidement dans cette voie; cependant, elles ont monté un certain nombre de fours Girod et Frick à Essen.
- L’un des fours les plus répandus en Allemagne est 1 ’ appareil Rochling - Rodenhau-ser, qui fonctionne notamment dans les aciéries de llemscheid, Vôlklingen, Peine, etc.
- En Angleterre, il n’existe guère d’aciéries Thomas, car les minerais du pays se prêtent peu à ce genre de fabrication. Cependant, quelques grandes usines ont monté des fours électriques français qui fonctionnent à la satisfaction de tous, notamment dans certaines aciéries de Sheffiled (Edgar Allen, Thomas Firth & Sons, Vickers Maxim & C°).
- Enfin, en France, le développement du four électrique n’a pas été très rapide jusqu’ici. Les aciéries d’Ugine (Savoie) emploient cinq fours Girod dont un de 15 tonnes; celles d’Allevard (Isère) ont six fours électriques à acier (Chaplet) et dix fours électriques spéciaux pour la fabrication des ferros-alliagcs.
- p.442 - vue 62/198
-
-
-
- LA FABRICATION ÉLECTRIQUE DE L'ACIER
- J43
- POSITION D’UN FOUll 1IÉROULT AU MOMENT OU S’OPÈRE LA COULÉE
- On voit ici le four incliné de manière à permettre Vécoulement de l'acier raffiné qu'il produit. Le bec de coulée déverse le métal en fusion dans une poche circulant sur une petite voie ferrée située sous la
- plate-forme du four électrique.
- On trouve des Jours Iléroult marchant avec des riblons ou avec de l’acier Martin liquide à la Praz (S1*- Electro métallurgique française) à Saint-Juéry, (Forges et Aciéries du Saut-du-Tarn), à Trignac, (Usines de la Basse-Loire). Les nouvelles aciéries de Caen devaient monter deux fours Iléroult de de 5 tonnes et deux de 25 tonnes, alimentés par des cornues Ressemer basiques, comme à South-Chicago ; leurs travaux ont été interrompus par la guerre. Le Crcusot, gros
- fabricant d’aciers lins, semble aussi peu intéressé que Krupp par l’acier électrique.
- En résumé, la sidérurgie électrique possède actuellement une intense vitalité. Elle a ses appareils, son personnel tout prêts en vue du grand développement qu’elle prendra certainement pour la production d’aciers fins obtenus en grande quantité et à bon marché, applicables aussi bien aux ponts et aux machines qu’aux canons, et aux obus.
- Charles Bernard.
- p.443 - vue 63/198
-
-
-
- 441.
- LA SCIENCE ET LA VIE
- feu, à éclats, indiquant te nom de l'aérodrome
- Jf^Tour surmontée dune girouette commandant les jeux rouges
- Wl: db/eOsou^^nT ^ FEU ROUGE FEU ROUGE desfeux OUEST
- ~ FEU CENTRAL BLANC
- FEU ROUGE NORD
- FEU ROUGÈ EST
- SYSTÈME AI.IiKMAND DE SIGNALISATION DU SENS D’ATTERRISSAGE AUX AÉRONEFS
- Une girouette surmontant une tour métallique allume automatiquement le feu rouge qui, par rapport à un feu blanc central, indique la direction du vent régnant. Si celle-ci est intermédiaire, nord-est par exemple, les deux feux nord et est correspondants sont allumés. Les foyers lumineux des quatre feux cardinaux et celui du feu central sont disposés dans des fosses recouvertes de glaces extrêmement épaisses pouvant supporter le choc d'un atterrissage.
- p.444 - vue 64/198
-
-
-
- LA NAVIGATION AÉRIENNE NOCTURNE
- Par Jean-Paul CAVALLIÉ
- CHEF PILOTE DES ÉCOLES CIVILES D’AVIATION
- La navigation aérienne nocturne- étant, jusqu’à nouvel ordre, chose exclusivement militaire, nous ne saurions décrire ici les applications dont elle fait quotidiennement l’objet depuis le début des hostilités ni prétendre soumettre au lecteur une documentation très complète sur la façon dont nos ennemis et nous-mêmes la concevons. Si, en effet, les moyens et méthodes expérimentés ou adoptés a vant la guerre, dans ce domaine, ont reçu une certaine publicité, tout au moins dans les revues spéciales qui se consacrent à la navigation aérienne et aussi grâce à la belle conférence faite au début de 1914 devant les membres de la Société des ingénieurs civils de France par M. René Chassériaud (auquel nous empruntons, avec sa permission, de nombreux éléments d’information), par contre, pour ce
- qui a été fait depuis, la consigne est motus,
- Nos lecteurs comprendront aisément qu’il ne saurait en être autrement.
- Au point de vue militaire, l’offensive ou la reconnaissance aériennes nocturnes sont des méthodes d’une telle puissance qu’elles imposent la recherche constante de solutions meilleures. Longtemps, la reconnaissance de nuit ne put être pratiquée, que par le dirigeable; c’étaient, avec le poids et l’armement transportés, et aussi le plus grand rayon d’action, les avantages capitaux de celui-ci sur l’aéroplane. Mais depuis que la guerre a éclaté, les avions, eux aussi,, sont devenus nocturnes. L’hirondelle sait se muer, quand il faut, en chauve-souris !
- La nuit, l’observateur aérien peut effectivement observer : il est lui-même pratiquement invisible, tandis que le jour, si le navire
- UN HYDRAVION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE D’ORIENT PHOTOGRAPHIÉ D’UN CUIRASSÉ
- Démasquée un instant par les nuages, la lune a permis de fixer cette randonnée nocturne sur une plaque ultra-sensible.Heureusement pour son pilote, l'appareil était à ce moment hors de portée des canons turcs.
- p.445 - vue 65/198
-
-
-
- 440
- LA SCIENCE ET LA VIE
- aérien est un merveilleux instrument d’observation, il est de tous les observatoires de beaucoup le plus exposé au feu de l’ennemi. C’est dans cette différence capitale que réside le très grand intérêt de la reconnaissance et de l’offensive nocturnes.
- En principe, nous sommes habitués, toutes les fois que la question se pose de prolonger à des heures de la nuit une portion quelconque de notre activité diurne, à nous occuper d’abord de la question capitale de l’éclairage.
- Dans quelle mesure la navigation aérienne nocturne est-elle une question d’éclairage? Pour résoudre cette question préalable, nous disposons de l’expérience de trois catégories de personnes :
- Les pilotes de dirigeable, qui ont déjà une pratique assez ancienne des voyages de nuit ; les aviateurs qui ont déjà fait des vols nocturnes ; les marins, rompus par métier aux questions d’équilibre dynamique, au vent, à l’observation dans les ténèbres.
- De l'expérience de ces trois catégories de personnes, il résulte que l’éclairage est nécessaire, mais qu’il demande surtout à être appliqué avec beaucoup de discernement.
- Le feu des
- AERORI.ANE ALLEMAND ATTERRISSANT DE NUIT AU-DESSUS DU L'EU CENTRAI. BLANC D’UN AÉRODROME
- projecteurs, la lueur même du clair de lune, la présence d’un point lumineux brillant dans le champ visuel de l’observateur nocturne troublent absolument sa perception.
- D’autre part, une véritable aptitude à voir dans les ténèbres se développe chez les individus qui s’y entraînent méthodiquement. Nous conclurons donc que
- la navigation fig. 1. aérienne noc-
- turne est d’abord une question d’éclairage et ensuite une question d’entraînement.
- Plusieurs nations avaient déjà commencé avant la guerre des expériences militaires d’aéronavigation nocturne, mais comme les résultats en avaient naturellement été tenus secrets, nous n’avons pu guère profiter de leurs enseignements. C’est ainsi que nous avons su, sans autres détails, que la Russie avait fait de nombreux essais de projecteurs à bord de
- dirigeables et q u ’ e n Angle -terre, deux sortes d’essais au moins avaient été effectuées :
- 1° Des essais de recherche de navires aériens à l’aide de pro-jecteurs manœuvres du sol ;
- 2° Des essais d’entraînement; pur et simple au vol nocturne pour aviateurs, ces derniers essais ne comportant pas l’emploi de dispositifs d’éclairage.
- Mais c’est en Allemagne, naturellement, que ces intéres-santes expériences furent
- p.446 - vue 66/198
-
-
-
- LA NAVIGATION AÉRIENNE NOCTURNE
- 447
- laites par l’échelle la plus vaste.
- Dès 1910, un projecteur tournant, à flamme nue, muni à sa partie supérieure de lentilles 'cylindriques et alimenté à l’acétylène dissous, fut installé par la maison Julius Pintsch, sur un bâtiment industriel de Spandau, près Berlin. L’année suivante, un projecteur du même type, mais plus puissant, alimenté par l’électricité (lampe à incandescence), fut mis en service à Gotha. Enfin, pendant la semaine d’aviation de l’automne 1913, des essais comparatifs très importants furent effectués à l’aérodrome de Johannisthal.
- Nous allons donner quelques détails sur le matériel étudié à cette occasion et réalisé par trois grandes maisons allemandes : Julius Pintsch, la Berlin-An-haltisclie Maschinen-bau - Aktiengesellschaft (que les Allemands appellent plus simplement la Bâmag) et l’Allegemeine Electriz itætsge-sellscliaft (A. E. G.) dont la succursale, à Paris, ne craignit pas de se qualifier de française, afin d’inspirer confiance aux naïfs.
- Dans les projecteurs allemands, trois sortes d’agents éclairants sont employés :
- L’arc électrique, qui fournit les sources lumineuses les plus puissantes et est particulièrement apte au service de grande signalisation. Par contre, il demande à être entretenu et surveillé avec beaucoup d’assiduité.
- La lampe à incandescence, mais plus particulièrement celle à atmosphère d’azote seule capable de réaliser des foyers puissants et assez économiques. L’acétylène, qui a fait l’objet, en Allemagne, d’applications fort ingénieuses. Les intensités lumineuses des foyers à acétylène ne sont pas comparables à celles que fournit l’électricité; par contre, l’automatisme et l’autonomie des installations sont réalisées dans des conditions supérieures. En outre, l’acétylène étant généralement employé à l’état de dissolution dans l’acétone et le réservoir étant muni intérieurement d’un corps poreux, tout
- danger d’explosion est éliminé. D’où sécu-rité absolue pour les manipulateurs.
- Dans certains appareils, on utilise la pression même du gaz (car l’acétylène dissous peut être utilisé avec une pression assez élevée sans crainte d’explosion) pour provoquer la rotation du phare ou du projecteur, ou encore pour actionner un système de valve qui donne automatiquement des alternances d’éclats et d’éclipses.
- Ce qui distingue le phare aérien du phare maritime c’est que le second doit projeter sa lumière sur un plan horizontal situé au-dessous de lui, tandis que le premier a pour mission d’éclairer tout l’espace situé au-dessus de lui. Dès lors, tandis que des faisceaux cylindriques ou faiblement divergents, tournant autour d’un axe vertical, suffisent à éclairer l’espace où se meut le marin, le faisceau du phare aérien, appelé à balayer les trois dimensions de l'espace réel, doit être étalé dans un plan et la distribution des intensités lumineuses obéir à une loi spéciale qui la rende maximum vers l’horizon et minimum au zénith.
- Nous décrirons sommairement ci - dessous quelques systèmes assez curieux élaborés en Allemagne pour satisfaire à ces deux conditions sine qua non.
- La figure 1 représente un dispositif dans lequel les deux demi-lentilles de projection a sont employées en combinaison avec une lentille circulaire b, de même foyer, disposée au-dessus et se raccordant avec elles. L’ensemble du dispositif tourne autour de l’axe vertical c. La source lumineuse est située au foyer de ces deux systèmes de lentilles.
- La figure 2 représente une combinaison de miroirs. Un miroir parabolique h est, placé au-dessous de la source lumineuse. Les rayons réfléchis sont dirigés vers le haut et tombent sur
- deux miroirs i, l'io. 3 ^
- dont une partie de la surface est plane (jusqu’au point k) et inclinée de 45°, de manière à projeter un faisceau lumineux intense vers l’horizon.
- La partie de la surface du mi-
- p.447 - vue 67/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 448
- roir, qui se raccorde en A, donne lieu, au contraire, à une déviation des rayons lumineux vers le haut, jusqu’au voisinage du zénith.
- La ligure 3 représente une combinaison de deux lentilles de projection, dans laquelle les parties m, qui se trouvent au-dessous de la source lumineuse, envoient vers l’horizon des faisceaux intenses de lumière, tandis que les verres o, disposés au-dessus des éléments inclinés n, répartissent régulièrement l’éclairage, de l’horizon jusqu’au zénith.
- Plusieurs des phares des types décrits étaient en service dans l’armée allemande avant l’ouverture des hostilités.
- La ligure 4 montre un feu fixe visible de tous côtés, grâce à des lentilles cy 1 i n dri q ues ; naturellement, la concentration de la lumière est ici moindre que dans les phares à éclats et la lampe à azote employée ne rayonne que 30 à 40.000 bougies.
- La Bamag a présenté au concours de Johan-nisthal un feu électrique à signaux Morse, employant comme foyers lumineux deux lampes à incandescence de 3.000 bougies chacune donnant 30.000 bougies dans le faisceau rayonnant au dehors; à chacune de ces lampes correspond un système de lentilles; une demi-sphère en verre surmonte le tout; un oriüce de ventilation empêche un échauffement exagéré du système optique lequel repose sur un solide bâti en fer.
- La même société a réalisé des feux à éclipses, fonctionnant à l’acétylène dissous, de 2.500 bougies; le réservoir, posé directement sur le sol, assure un débit d’acétylène à une pression initiale de 15 atmosphères environ (acétylène dissous dans l’acétone et masse poreuse intérieure).
- L’A. E. G. a présenté un projecteur à arc électrique à éclats, rotatif, dont l’appareil optique est constitué par un miroir parabolique de 60 centimètres de diamètre et
- AERO-PHARE ELECTRIQUE, VISIBLE DE TOUS COTES
- rayonne 27.200.000 bougies. La division du faisceau rayonné est obtenue ici par la réfraction des rayons lumineux à travers une seule surface de verre convenablement striée. On a ainsi deux faisceaux espacés d’un angle aigu.
- Il convient enfin de mentionner les applications de l’éclairage Ilolophane au système d’orientation de Frankenberg, expé-limenté à Joliannisthal en 1913. (Les dispositifs réflecteurs et diffuseurs Ilolophane, imaginés dès 1892, par MM. A. Blondel et Psaroudaki, sont en verre spécial et reposent essentiellement sur l’emploi de prismes
- à réflexion totale et de cannelures, calculés de manière à donner une répartition lumineuse détermi -née, plus ou moins concentrante, avec une déperdition d’énergie très faillie). Un poste de signalisation perfectionné fut installé aussisur le toit du hangar des ballons dirigeables Parse-val, également à J o bannis thaï. On employa à cet effet des réflecteurs IIolo-])flancs spéciaux, éclairant des caractères noirs sur fond jaune de 40 centimètres environ de largeur. En 1912, cette dimension fut portée à 2 mètres afin de permettre aux navigateurs aériens passant à une hauteur de 1.000 à 1.200 mètres et marchant à 100 kilomètres à l’heure de pouvoir lire aisément ces caractères lumineux.
- Les résultats pratiques obtenus par remploi de réflecteurs spéciaux ont montré que l’intensité lumineuse d’une station de signalisation, placée à proximité d’une grande ville, doit être de 10.000 à 12.000 bougies; en rase campagne, le chiffre n’a pas besoin d’être aussi élevé : 8.000 bougies suffisent.
- Les systèmes essayés ou appliqués en Allemagne avant la guerre, ont servi moins aux avions et aux dirigeables qu’aux ballons libres, qui sont en si grand nombre chez nos ennemis. On a trop ignoré en France
- p.448 - vue 68/198
-
-
-
- 449
- AÉRIENNE NOCTURNE
- LA NAVIGATION
- que près de 2.000 voyages en ballon libre entraînent ehaque année une pléiade d’aé-ronautes allemands à l’observation de l’atmosphère. Il existait, au début de 1914, en Allemagne, une douzaine de phares militaires répartis :à Ivœnigsberg(frontièrerusse), à Posen (centre aéronautique de Winiary), Lavika, près Posen et Liegnitz (frontière austro-russe) ; à la frontière française : Metz, Strasbourg, Mulhouse, plus un phare très puissant (50 millions de bougies) sur le Tau-nus, à 900 mètres de hauteur : le phare de Grosser Feldberg. Un autre est installé à Schleis-sheim, près Munich; enfin, dans les environs immédiats de Berlin, on trouve un phare àlieinicken-dorf ; un autre à Tegel ; un autre à Doeberitz.
- Des projets considérables pour le balisage lumineux des routes aérien -nés, de 80 en 80 kilomètres, étaient, en outre , à 1 ’étude dans les bureaux de l’état-major allemand. C’est naturellement la frontière de l’ouest qui devait en être la plus richement pourvue.
- En France, le problème de l’aéronavigation nocturne, dont l’examen s’imposait, fit, vers le milieu de l’année 1913, l’objet d’études importantes, grâce surtout à M. André Blondel qui a déjà apporté, dans le domaine des phares maritimes, des perfectionnements techniques extrêmement intéressants.
- Des études personnelles de ce savant, ainsi que de celles de tous les ingénieurs qui se sont consacrés à la question de la navigation aérienne nocturne, il ressort que l’éclairage de bord doit permettre au navigateur aérien de bien voir sans être ébloui les instruments qu’il a à manœuvrer, les
- cadrans de ses appareils de mesure, d’éclairer le sol pour la reconnaissance, le bombardement, le 'repérage du terrain et, au besoin, l’atterrissage; enfin, d’échanger avec la terre des signaux optiques.
- L’éclairage des appareils de manœuvre et de mesure est très facile à assurer à l’aide de lampes à incandescence alimentées par une dynamo spéciale; celle-ci ne peut pas être actionnée directement par le moteur de l’avion puisque l’éclairage doit persister
- même et sur -tout en cas de panne ou de descente en vol plané. Elle est donc commandée par un petit moteur indépendant , à explosions ou à vent. C’est au moteur à vent, le plus souvent constitué par une simple hélice, que l’on a jusqu’ici donné la préférence, et cela se conçoit car, éminemment léger, il offre surtout eet inappréciable avantage de ne pas nécessiter de combustible. Mais les lampes à incandescence éblouissent toujours unpeulepilote ; c’est pourquoi on a adopté, sur certains appareils, des dispositifs phosphorescents qui permettent de rendre visibles, sans aucun éclat, les cadrans indicateurs et, au besoin, les leviers de manœuvre.
- Un texte administratif publié lin décembre 1913 : V Annexe au règlement de la circulation aérienne, rend réglementaires les feux de navigation pour aéronefs. D’après cette réglementation, un ballon dirigeable faisant route, c’est-à-dire ayant une vitesse propre, doit porter à l’avant un feu blanc brillant ; à droite, un feu vert ; à gauche, un feu rouge et, en outre, avoir les moyens de montrer occasionnellement un feu blanc arrière, s’il est rattrapé par un autre aéronef. Or, ces
- FIG. 5. - CRATÈRE LUMINEUX POUR LA RECHERCHE
- DES AÉRONEFS SUSCEPTIBLES DE PASSER AU-DESSUS d’un POINT DONNÉ
- * 29
- p.449 - vue 69/198
-
-
-
- 450
- LA SCIENCE ET LA VIE
- stipulations sont applicables, en principe, aux appareils d'aviation. Toutefois, par une mesure de tolérance temporaire, ces derniers ne sont astreints qu’à porter un seul l'anal, disposé de manière a montrer un feu vert a droite et un feu rouge a gauche. Tous les Parisiens ont pu, cependant, remarquer en admirant, le soir, sur la voûte céleste, la trajectoire lumineuse d’un avion nocturne du camp retranché de la capitale,
- (pic les appareils qui volent la nuit portent, comme les dirigeables et les navires, un fanal vert, à droite et, à gauche, un l'anal rouge.
- Nous allons voir, avec les dispositifs de projecteurs de reconnaissance et d’atterrissage, un ensemble d’appareils qui se prêtent parfaitement à la signalisation aérienne, par 1’emploi d’obturateurs convenables.
- ]0 Projecteur électrique d'automobile. — A l’exposition (le la locomotion aérienne, en 1918, on pouvait voir un hydravion Bréguet muni d’un tel équipement. La dynamo génératrice était actionnée par un moteur a. vent.
- Les projecteurs employés sont dus au capitaine Cornu, de l’Etablissement central de la. télégraphie militaire.
- 2° Projecteur à or H-essence. — Ceux du type Astra sont d’une constitution très simple : un'jet d’oxygène, chargé d’essence par passage dans un saturateur approprié, fait jaillir une Ilamme qui chauffe a blanc et rend par suite incandescente une pastille de terre placée dans l’axe du foyer d’un miroir en verre Mangin. L’intensité lumineuse. de 1.000 bougies à feu nu, est portée à plus de 100.000 par la concentration. Celle-ci est variable selon le centrage du foyer lumineux dans le miroir. Ce système
- 1MIAHE ELECTRIQUE 1JK LA « BAMAG » AL I.K MAN DK Ia’ petit moteur, visible à droite, produit la rotation du phare, lequel se prête aussi à la télégraphie la mineuse par signaux Morse.
- est très intéressant non seulement en raison de sa grande puissance (on peut lire un journal a 700 mètres du projecteur), mais encore en raison de sa parfaite autonomie et de sa grande simplicité de fonctionnement. L’allumage se fait instantanément a l’aide d’une allumette ou même d’une cigarette; d’autre part, la consommation d’essence est très faible et le combustible est identique à celui qu’on brûle dans le moteur.
- Chaque bouteille d’oxygène comprimé pèse 4 kil. 500, emmagasine 500 litres dans une capacité de 8 décimètres cubes et peut alimenter un phare pendant huit à dix heures. I,a pastille d’aggloméré placée dans l’axe du foyer dure environ quatre-vingts heures.
- 8° Projecteur à oxy-acétytène. — Celui établi par la Société de l’acétylène dissous a un pouvoir éclairant de 8.000 bougies ; sa dépense de consommation ne dépasse pas 0 fr. 80 par heure, ce qui est vraiment peu.
- Nous croyons savoir (pie, depuis plusieurs mois, l’administration de la guerre demande à ses fournisseurs de projecteurs d’aéroplane de ne plus lui livrer d’appareils dont la surface réfléchissante soit constituée par un miroir en verre argenté, et cela pour éviter l’auto-éblouissement du pilote par le faisceau de son projecteur lorsque le
- temps est brumeux ou humide. Elle demande qu’on fasse uniquement application de miroirs métalliques jaunes (or poli) ou rouges (cuivre poli) qui donnent un faisceau très peu réfléchi en arrière par la brume, en raison de la propriété que présentent les vésicules d’eau en suspension dans l’atmosphère (l’être très perméables aux ondes lumineuses de grandes longueurs d’ondes (rouge, orangé et jaune). Un faisceau de lumière blanche et surtout bleuâtre, comme en rayonnent les miroirs argentés, donne lieu, au contraire à de fortes réflexions en arrière. Ce sont les projecteurs métalliques dorés des maisons Ilarle et Cie et. Bréguet, adoptés depuis quelque temps par la Marine de guerre pour leur solidité et l’inaltérabilité de leur surface réfléchissante, qui ont permis de se rendre
- p.450 - vue 70/198
-
-
-
- L A A A VI G AT JO N A É RIE X N E X O C T U R X E
- 4SI
- compte de cette propriété, qui présente, à divers points de vue, le plus grand intérêt.
- Des essais avaient été effectués, avant la guerre, à l’aérodrome anglais de llendon, pour juger de l’aptitude des projecteurs à démasquer la nuit les navires aériens : un aéroplane entouré de lampes électriques à incandescence les tenait allumées, puis les éteignait brusquement; des projecteurs de la marine s’exerçaient à le suivre. Ces essais ont surtout montré la dilliculté du problème, et c’est bien dans cette difficulté qu’il faut voir la raison des raids fréquents accomplis, presque toujours impunément, par les zeppelins au-dessus de l’Angleterre.
- L a m a i s o n Paris - Ignicole a fait essayer, au début de 1914, sous le nom de cratère, un appareil très ingénieux pour la recherche des aéronefs qui peuvent passer directement au-dessus d’un point d’observation donné. En voici la brève description (fig. 5) :
- D’un réservoir débouche le tube / qui amène le pétrole sous pression dans la chambre de distribution c. L’arrivée du combustible est réglée au moyen d’une tige à molette. La chambre c reçoit sur sa périphérie
- PHO.J KCTJ5UR
- A.
- des conduits fixés aux gazéifi-
- cateurs verticaux g, dont l’extrémité supérieure porte un tube muni d’un filtre F. Tous ees tubes aboutissent dans la coupole centrale, traversée par une tige à pointeau ma-nœuvrée au moyen d’une roue dentée Rd en prise avec une crémaillère. Des becs Bunsen b, d’assez graUdes dimensions, reçoivent chacun un manchon et traversent une couronne à laquelle est fixé le réllecteur en deux pièces RR\ en forme de tore parabolique.
- Au-dessous de la coupole centrale et dans son axe se trouve le bunsen central R, qui présente à sa partie inférieure des ouvertures auxquelles viennent aboutir les tubes des brûleurs et porte, en outre, un cylindre muni de petits orifices, lesquels servent à régler l’alimentation des becs b; ce réglage est effectué au moyen d’une manette.
- Un robinet d'un maniement simple per-
- met aux-gaz encore chauds après l’extinction de quitter tous les conduits par le tube V.
- La recherche, dans une direction quelconque, des navires aériens peut évidemment être confiée à des projecteurs de types connus : projecteurs de la marine, de forteresse, etc... pourvu qu’ils soient rendus facilement transportables, ee (pie l’on a parfaitement réalisé, comme nous l’avons vu dans un article extrêmement documenté, publié par La Science et la Vie, dans son numéro spécial d’avril-mai (page 7B3).
- Les feux de grande signalisation ayant permis au navigateur aérien de reconnaître le terrain où il doit atterrir, il se dirigera vers ce point et commencera les manœuvres d’atterrissage proprement dites.
- S’il s’agit d’un aéro-d ro m e régulièrement pourvu de moyens d'éclairage, toute la peine et toutes les manœuvres possibles incombent au personnel et aux installations terrestres. Le personnel peut en particulier lancer des fusées de simple signalisation, ou même des fusées éclairantes (un drap blanc avec quelques lanternes constitue aussi un excellent, indicateur).
- Pour atterrir dans de bonnes conditions, l’aviateur doit connaître la direction du vent, afin de prendre terre vent debout, condition indispensable pour ne pas capoter. Si dans le champ des appareils d’éclairage terrestres se trouve un drapeau ou une girouette, cela peut suffire pour indiquer à l’aviateur la direction du vent. Une girouette lumineuse est cependant préférable, que ee soit, comme dans le dispositif établi par la Ligue nationale aérienne, un simple bras mobile, portant à son extrémité un feu satellite ou, comme l’a réalisé M. Fabre, une plaque de verre taillée en forme d'empennage de flèche et (pie la lueur du foyer éclaire.
- On peut aussi disposer des phares transportables (par exemple des phares Aute-roche) en leur donnant la position d'une flèche indiquant la direction du vent.
- Une solution curieuse a été adoptée en
- A A1SC
- ROTATIF
- U. G.
- Le faisceau lumineux est renvoyé vers te ciel par la, réfraction yue subit la lumière à travers une surface de verre convenablement strié.
- p.451 - vue 71/198
-
-
-
- 452
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Allemagne, à l’aérodrome de Johannisthal ; elle comporte un grand feu blanc placé au centre de l’aérodrome dans une fosse recouverte d’une plaque de verre suffisamment épaisse pour supporter le choc d’un atterrissage. A une distance d’environ 75 mètres de ce feu central sont placés, également dans des fosses, quatre feux rouges orientés selon les quatre points cardinaux. Chacun d’eux est relié par des conducteurs souterrains à une girouette montée au sommet d’une tour métallique. Le feu central reste allumé toute la nuit tandis qu’un seul feu rouge brille, celui qui est orienté dans la direction du vent, à moins que celle-ci ne soit intermédiaire. Si, par exemple, le vent souffle Nord-Est, les deux feux rouges Nord et Est sont allumés automatiquement par la girouette de la tour métallique.
- Ce système présente, cependant, ainsi d’ailleurs que tous les dispositifs d’éclairage des terrains d’atterrissage, le grave inconvénient de révéler à l’ennemi la position exacte de l’aérodrome. Il est possible, cependant, que les Allemands remédient à cet inconvénient en obturant les feux de repérage jusqu’à ce que l’avion ou le ballon survolant le terrain fasse connaître sa nationalité et son désir d’atterrir, par un signal convenu. L’aviateur doit pouvoir encore apercevoir le relief du terrain pour éviter de buter sur un obstacle en atterrissant. Ace désideratum répondent les projecteurs en général et les fortes lanternes d’éclairage des chantiers en particulier, les phares à incandescence par le pétrole, par exemple. Ces phares sont relativement peu puissants, mais ils-présentent le grand avantage d’être rustiques et bon marché.
- Ceux de la maison Paris-Ignicolc, adoptés par l’armée française et l’armée russe, pour désigner de nuit les terrains d’atterrissage fixes ou improvisés (en campagne), pour jalonner les routes et pour signaler la direction du vent et, par conséquent, le sens de l’atterrissage, sont des foyers de 1.000 bougies visibles à 20 kilomètres par temps clair ; ils comportent essentiellement : un réservoir contenant 15 litres de pétrole lourd et 15 litres d’air que l’on comprime à 4 kilogrammes, à l’aide d’une simple pompe d’automobile ; une
- source lumineuse constituée dans des manchons à incandescence; quatre réflecteurs plans rectangulaires, qui se rabattent contre la lanterne suivant un angle obtus, ce qui renforce l’intensité du rayonnement vers l’horizon. Ces réflecteurs plans n’empêchent pas les phares d’éclairer le terrain d’une façon parfaite et sans éblouir l’aviateur; ils peuvent, en outre, prendre n’importe quelle inclinaison par rapport au foyer lumineux et même se refermer complètement contre la cage du phare en aveuglant la lumière. Au bout de vingt heures d’usage, on rétablit la pression dans le réservoir à 4 kilogrammes et l’appareil peut à nouveau fonctionner sans recharge pendant vingt autres heures. Pour la mise en train, qui demande trois minutes environ, on se sert d’alcool, dont la combustion élève la température au-dessus de 250°, point de vaporisation du pétrole. Cette vaporisation est ensuite assu-rée par la chaleur des foyers lumineux. Un treillis métallique, fortement chauffé par les becs incan descents, et un coupe-vent transparent protègent le foyer contre la pluie, le vent et la neige.
- Ces feux étant essentiellement autonomes et facilement transportables, il est aisé de les disposer dans un ordre quelconque de façon soit à délimiter le champ, soit à former une figure conventionnelle indiquant la direction du vent et, au besoin, la situation géographique du terrain d’atterrissage.
- On peut aussi, pour la signalisation, employer des phares à acétylène, munis ou non d’un dispositif automatique d’allumage appartenant, en général, à l’un des trois types que nous allons indiquer :
- 1° Mouvement d'horlogerie.
- 2° Valve solaire, ou thermostat. — Dispositif extrêmement intéressant fonctionnant sous l'action de la chaleur solaire.
- 3° Procédés basés sur remploi du sélénium. On sait que le sélénium cristallisé devient conducteur de l’électricité dans une proportion qui est fonction du degré d’insolation auquel il est soumis. Cette propriété est utilisée pour ouvrir ou fermer un circuit électrique commandant l’allumage du phare.
- Ces deux derniers dispositifs ont l’inconvénient de ne pas fonctionner très régu-
- LES RÉFLECTEURS DE l/APPAREIL SONT RABATTUS CONTRE LA CAGE DE LA LANTERNE
- p.452 - vue 72/198
-
-
-
- 45:î
- L A N A V J Ci AT 10 AT A K R1R .V N E N O C T U R N E
- lièrement, particulièrement dans les climats brumeux, où la différence du jour et de la nuit est moins tranchée qu’il ne serait nécessaire pour permettre, aux heures données, l’allumage ou l’extinction du phare.
- En Allemagne, un certain nombre de feux à acétylène, munis de thermostats, sont en fonctionnement sur différents sommets où on les abandonne, sans entretien ni recharge, souvent pendant plusieurs jours.
- Il faut encore mentionner, comme dispositif automatique d’éclairage, un appareil dénommé « éclipseur Aga », imaginé par le docteur suédois Gustaf Dalén, auquel a été attribué le prix Nobel en 1912, qui fonctionne automatiquement sous la pression meme de l’acétylène et cela pendant plusieurs jours sans que l’on ait à recharger ni à s’occuper de l’appareil.
- Electrique, acétylénique ou autre, tout appareil d’éclairage puissant peut être employé, mais à la condition que son éclat n’éblouisse pas l’aviateur, ce qui le gênerait énormément au lieu de l’aider.
- Il s’agit Ici tout spécialement des aviateurs et non pas des navigateurs en dirigeables, parce que les manœuvres du dirigeable, à l’atterrissage, devenant très lentes, peuvent aisément être extrêmement prudentes, dans les conditions normales, bien entendu.
- Or, ainsi que l’a fait remarquer M. André Blondel, cet éblouissement est très difficile à éviter, le phare étant au-dessous de l’appareil aérien et pouvant se trouver même placé au ras du sol. Aussi, l’aviateur a grand intérêt, lorsque le terrain d’atterrissage est entouré de rideaux d’arbres, de hautes futaies, etc., à s’en servir comme d’un écran au moment de prendre contact avec le sol.
- Un cas plus délicat est celui où l’aviateur aborde dans un terrain d’atterrissage de fortune, qui n’est pas pourvu de dispositifs spéciaux; il est alors forcé de s’éclairer lui-même. L’aviateur a toujours à sa disposition son projecteur de bord, des obus lumineux ou des parachutes éclairants.
- Nous avons parlé du projecteur de bord, en ce qui concerne sa constitution et son usage pendant le vol. A l’atterrissage, voilà comment on l’emploie : l’aviateur s’étant rapproché jusqu’à environ 500 mètres du sol, donne un coup de projecteur pour vérifier si le terrain vers lequel il se dirige convient à l’atterrissage. Ceci fait, il* continue à voler plus loin si l’examen n’a pas révélé un terrain propice ou bien, dans le cas contraire, coupe les gaz et atterrit en vol plané. Si le pilote est seul, il atterrit feu éteini car il ne peut manœuvrer à la fois ses gouvernes et son phare. Mais s’il est accompagné d’un observateur, ce dernier manœuvre, au cours même du vol plané le projecteur afin de faire apparaître utilement les détails du terrain au fur et à mesure que l’appareil s’en rapproche.
- En ce qui concerne les obus et parachutes éclairants, les aviateurs belligérants en font une énorme consommation dans leurs raids nocturnes. C’est qu’en effet, ces engins ont l’avantage d’éclairer le sol tout en laissant l’appareil dans l’ombre. Comme type de parachute éclairant, nous pouvons décrire la « mine lumineuse » de MM. Emile Ilyra et Karl Klinkoscli. Cette mine (fig. 6 et 7) se compose d’un corps éclairant E, constitué par une matière pyrotechnique, dont le support s (douille en zinc) est relié, par des fils métalliques ou des cordes, à un parachute p ou à ses tirants 1. A la douille d, qui porte les tendeurs du parachute, est fixée une corde c, dont l’extrémité libre est reliée au point d’allumage du corps éclairant L’arrachement de la corde c et le frottement qui en résulte, au point d’allumage, déterminent l’inflammation. Cet arrachement s’effectue automatiquement par suite de la chute du corps éclairant, et, par conséquent, de la tension de la corde. Celle-ci est, en effet, d’une longueur inférieure à la distance qui sépare, lors de la tension des tirants, le parachute p du corps éclairant E.
- Lorsqu’il n’en est pas fait usage, le dispositif est placé, replié, dans une boîte B
- LES QUATRE RÉFLECTEURS U’ARGENT SONT OUVERTS SUIVANT UN ANGLE OBTUS
- p.453 - vue 73/198
-
-
-
- UN CA1MTAINK KXPUIQUK UK l'ONCTIONNK.MKNT DU l’ÎIARK TKRRKSTRK IGNTCOUK (A INCAN-
- UA SIGNA IRISATION NOCTURNE AUX AKRONKFS
- DKSCKNCK PAR UK PKTItOnK), UTIUISK POUR
- (fi”'. (>), fixée sur le fond / de l’aéroplane. Cette boîte est 'fermée pur un eouvcrele P, muni d'un fermoir à ressort K qui s'ouvre sous l'action d’une corde de traction C, aboutissant au siège de l’aviateur. Dès que le eouvcrele de la boîte est ouvert, le dispositif tombe de son propre poids. Le parachute se déploie dans l’intervalle, ce (pii provoque la tension et la rupture de la corde c et détermine l'inllammation du corps éclairant.
- La mine tombe comme une boule de feu avec une grande lenteur; elle éclaire dans un rayon de 2 kilomètres pendant trois
- minutes et demie à quatre minutes, puis elle s’éteint lorsqu’elle est parvenue à 100 mètres au-dessus du sol ; l’avion est invisible pendant ce temps. De tels résultats permettent l’exécution de reconnaissances fructueuses. Nous ignorons si la mine-paraclmte Ilira-Klinkoseh est employée par l’armée allemande, mais, à coup sûr, elle est utilisée par les Autrichiens. D'ailleurs, tous les belligérants font usage d'engins avant les mêmes propriétés sinon les mêmes caractéristiques que la mine Ilira-Klinkoseh.
- Les obus éclairants ne sont plus une non-
- p.454 - vue 74/198
-
-
-
- LA N ÂV J G AT ION AÉRIENNE NOCTURNE
- 455
- f veauté, aussi ne décrirons - nous, ]>our l'exemple, que celui, ou du moins un de ceux de la maison Krupp (fig 8 et 9). Ce jjrojectile con-tient plusieurs corj).s éclairants qui sont abandonnés le long de sa trajectoire, par l’explosion successive, à des instants déterminés, de plusieurs charges de poudre. Dans la chambre de charge, autour de la l'usée, sont rangés les corps éclairants E (fig. 8), disposés en plusieurs couches séparées par des rondelles R. Chacun de ces corps (fig 9) est constitué par une substance éclairante ni et un parachute pliant p, en toile forte, réunis par un ressort et renfermés dans une enveloppe, divisée en deux chambres par une cloison transversale. L’une contient la substance éclairante et un grain de poudre destiné à rallumer. L’autre, qui renferme le ressort comprimé et le parachute p replié, est fermée par un couvercle séparé.
- Pour utiliser le jjrojectile, on régie la fusée de manière à allumer d’abord la charge arrière du projectile. Après rallumage de cette charge, la rondelle inférieure chasse les corps éclairants en même temps que la llamme allume les grains de jroudre, et, par suite, les masses éclairantes ni. Quand les corjrs s’échajjpent du projectile, les ressorts se détendent et ouvrent les couvercles des boîtes et les jjarachutes p. Ceux-ci se déj)Ioient sous l'action de l’air et chaque corps éclairant, prenant la forme re|>ré-sentée jmr la figure 10, tombe lentement à terre tandis que la substance éclairante brûle.
- La navigation aérienne présente, la nuit, certains avantages importants. On sait depuis longtemps que l’atmosphère est moins agitée la nuit que le jour : même si le vent nocturne est ])lus fort que le vent diurne, il est jjIus régulier et par suite la stabilité de l’aéronef est plus facile à assurer. En second lieu, il se trouve que la portée et l’audition des communications radiotélégraphi-ques sont meilleures la nuit que le jour.
- FIG. 8-9.- OBUS KCI.AIHANT KKUI’V
- Mais au point de vue militaire, ces avantages ne conquéraient / que pour bien jjeu si un troisième ne s’y ajoutait : l'invisibilité de. l'appareil. Si, en effet, le navire aérien est un merveilleux observatoire, il ne faut ]>as oublier qu’il est-mieux en vue et probablement, quoi qu’on en ait dit, plus exjjosé aussi aux coups de l’ennemi que n’inqjorte quel autre. Le nombre des aviateurs descendus à coujjs de fusil, de mitrailleuse ou même de canon ne se conqjte plus...
- La nuit, au contraire, rien ne jieut déceler à l’ennemi la présence' de l’aéroplane au-dessus de ses lignes, si ce n’est l'échappement du "moteur jamais absolument silencieux; en tout cas, rien ne jjermet un rejjé-rage suffisant pour réaliser un tir efficace contre lui. Il est vrai que si la nuit est très opaque, l’avion lui-même peut être gêné dans son observation, mais, dans la plupart des cas il verra bcaucouj) mieux qu'il ne sera vu.
- Ceci jjosé, l’observateur aérien étant, de nuit, relativement à son aise et jieu inquiété, a la facullté de procéder, soit au repérage du terrain, soit même au tir direct par jet. de bombes ou d'obus, sur les points qu’il aj>er-çoit ou qu’il éclaire. N’a-t-on pas vu Paulhan (citation à l’ordre du jour du 24 juillet 1915) bombarder, au cours d’un vol de nuit, et sans disposai] spécial pour l'éclairage, un aérodrome ennemi et le jjrojecteur qui cherchait à le découvrir? — Il suffit pour cela qu’il jmisse compter sur une jjrécision suffisante de son altimètre, ou baromètre anéroïde, et d’un indicateur de niveau ou de verticale.
- Mais l’observateur aérien en aéroplane peut encore entreprendre la nuit de calculer des distances de tir. 11 lui suffit, j>our cela, de remplacer le procédé de triangulation horizontale utilisé par les artilleurs jmr une triangulation verticale et de lire son baromètre, jmis d’évaluer, à l'aide d'un niveau ou d'un dispositif de jjendule soustrait à l’inertie, l'angle de site du but, par rajjport
- p.455 - vue 75/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 45 (i
- à l’horizon. L’altitude de l’appareil constitue la meilleure des bases télémétriques puisqu’elle peut être pratiquement aussi grande que l’aviateur le désire. Or, ainsi que nous nous l’avons démontré dans une précédente étude (Numéro de Juin-Juillet : article sur les télémètres, page 47), la précision de toute opération télémétrique dépend surtout de la grandeur de la base que l’on peut adopter
- Cependant, les avions sont extrêmement utiles, la nuit, pour les reconnaissances aériennes rendues possibles par l’emploi de projecteurs installés sur l’appareil même.
- Quant nous voyons, en pleines ténèbres, des points lumineux se mouvoir dans le ciel, nous nous demandons quelles missions mystérieuses accomplissent ces astres errants. Ils veillent simplement sur les cités endormies,
- FUSÉES ÉCLAIHANTES J.ANCEES I’AR DES AÉROPLANES ALLEMANDS SUR LES LIGNES RUSSES Ces fusées ne sont pus pourvues de jtarachule ; elles tombent comme des bolides en éclairant l'espace de sillons lumineux. Arrivées sur le sol, elles brûlent d'un vif éclat /tendant deux à trois minutes, comme des feux de Bengale; elles ont /tour effet non seulement de permettre de repérer les tranchées et de distinguer, mieux qu'en plein jour, leurs défenses accessoires, tuais aussi d'éblouir les hommes qui les garnissent et de . limiter ainsi leur champ visuel.
- car l’angle à calculer est d’autant plus ouvert et partant plus facile à mesurer (pie la base par laquelle il est soustendu est longue. Par conséquent, les distances de tir calculées par l’observateur en aéroplane sont très précises; elles sont aussi rapidement obtenues et peuvent être communiquées du haut des airs à l’artillerie amie par un signal conventionnel : lumineux, phonique ou radiotélégraphique.
- C’est là un des plus grands services que l'on retire, dans la guerre actuelle, de l’utilisation nocturne de l’aéroplane militaire.
- et leur tâche consiste à éloigner d’elles les taubes et les zeppelins, toujours à craindre.
- L’avion organisé, outillé pour naviguer la nuit est appelé à agrandir encore le champ d’action de la “cinquième arme”, dont les exploits diurnes, sans cesse renouvelés, sont déjà si glorieux. L’aviation militaire collabore efficacement à la victoire, qui, tôt ou tard, personne n’en doute, viendra couronner nos efforts, et l’on ne saurait avoir trop d’admiration pour elle.
- Jean-Paui, Cavali.ié
- p.456 - vue 76/198
-
-
-
- LE COTON CONTREBANDE DE GUERRE
- Par L. HOULLEVIGUE
- PROFESSEUR A LA FACULTÉ UES SCIENCES DE MARSEILLE
- Dès le mois de mars dernier, l’Angleterre avait, en vertu d’un « ordre en conseil », décrété la confiscation des marchandises destinées à l’Allemagne et en particulier du coton; on se souvient de la saisie du vapeur Dacia, affrété par un Américain d’origine germanique et dont la cargaison fut saisie et retenue contre remboursement. Pourtant, le coton continuait à parvenir à nos ennemis par l’intermédiaire des neutres; c’est pour en arrêter le trafic que l’Angleterre, d’accord avec ses alliés, a résolu, en août, de considérer ce produit comme contrebande de guerre.
- Cette décision, que les journaux ont signalée en passant, est un des actes les plus importants d’une lutte où tout est colossal.
- Pour qu’elle fût possible, il fallait qu’en Angleterre et en Amérique, pays fortement attachés à la liberté du commerce, l’opinion publique fût d’abord modifiée et convertie : ce sont les atrocités allemandes, c’est le torpillage du Lusitania surtout, qui ont • permis ce revirement de l’opinion anglo-saxonne. Maintenant que la décision est prise et acceptée, elle va peser lourdement sur la puissance offensive de nos ennemis; pour cette raison, il nous a paru nécessaire d’exposer brièvement à nos lecteurs les données essentielles de cette question.
- Le coton est fourni par les poils allongés qui recouvrent les graines du cotonnier;
- le cotonnier lui-même est une plante herbacée ou un arbuste dont la taille dépasse rarement 1 m. 20. Dans les grands Etats producteurs qui bordent le golfe du Mexique, on sème la graine en mars; la plante commence, en mai, à se couvrir de fleurs jaunes, qui fructifient et donnent des capsules qui s’ouvrent d’elles-mêmes, à la maturité, en libérant les graines dont chacune est entourée d’une abondante toison ; cette floraison dure plusieurs mois,
- de telle sorte que la récolte du cot,on se prolonge, toujours dans la contrée que j’ai prise en exemple, depuis la mi-juillet jusqu’en janvier; cette cueillette est généralement faite par des nègres qui passent entre les rangées alignées de coton-niers, arrachent à la main les houppes de coton et les graines auxquelles elles adhèrent et les introduisent dans un sac suspendu à leurs épaules. La récolte est ensuite centralisée dans des magasins où elle achève de mûrir et de se dessécher; la fibre cylindrique, dont le diamètre avoisine 1 /50e de millimètre et dont la longueur varie de 2 à 4 centimètres suivant qu’il s’agit de variété courte-soie ou longue-soie, s’aplatit alors en un ruban contourné, élastique et tenace. Le moment est venu de la porter à l’usine d’égrenage qui, par l’action de rouleaux munis de scies et de brosses, sépare le filament de la graine. Cette dernière, jadis inutilisée, est devenue en Amérique l’objet d’une puis-
- CAPSU1.ES DK COTONNIER AYANT ATTEINT LEUR MAXIMUM DE DÉVELOPPEMENT
- La masse floconneuse qui s'échappe de la capsule esl le colon proprement dit. C'est ce duvet soyeux, tantôt blanc, tantôt légèrement roux, qui sert èi de nombreux usages industriels ; on remploie également dans la fabrication des explosifs après lui avoir fait, subir divers traitements chimiques.
- p.457 - vue 77/198
-
-
-
- 458 LA SCIENCE ET LA VIE
- saute industrie, introduite à la Nouvelle-Orléans par un Franco-Américain retour de Marseille, nommé Paul Aldigé; l’huile de coton qu’on en extrait est employée en quantités énormes pour la savonnerie; on prétend même qu’à l’imitation du miracle de Cana, certains négociants la transforment habilement en huile d’olives, mais je veux croire (pie cette imputation est purement calomnieuse.
- Pendant (pie la graine achève sa destinée en Amérique, les filaments, destinés à de plus longs voyages, sont soumis à l’action de presses hydrauliques ou à
- Le coton n’a point de patrie, ou plutôt sa patrie est partout où il est bien, c’est-à-dire dans l’immense domaine des terres tropicales ou subtropicales, partout où le soleil est chaud, l’humidité suffisante et bien dosée, le sol léger et perméable; le delta du Nil, certaines parties de l’Inde, de nombreuses régions africaines lui conviennent admirablement; l’Association cotonnière française a mis en train, dans notre Ouest-Africain, des cultures pleines de promesses et peut-être, un jour, la vallée moyenne du Niger, aménagée comme celle du Nil, donnera-t-elle à notre
- BATTAIT A VAl’KUR THA NS PORTANT PF.S BATTUS OU COTON SUR TK MISSISSII’l Le navire est chargé bien an-dessus bastingages et cela lui donne an aspect, assez cnriruæ.
- vapeur qui les compriment en balles, dont le poids, jadis très variable avec les pays et suivant les années, tend aujourd’hui à s’uniformiser autour de 500 livres anglaises (à peu près 225 kilos).
- Les balles sont solidement liées par des bandes de fer, qu’on recouvre ensuite d’un grossier tissu de jute destiné à protéger leur candeur contre le cambouis et la poussière des cales; et c’est ainsi que cette matière première, pain de tant d’industries, parvient dans les grands ports européens : Liverpool, Le Havre, Anvers, Jirême, Hambourg, llotterdam; de là, distribuée dans les usines de l’intérieur, elle va subir d’innombrables manipulations avant de devenir robe ou chemise, filin cinématographique ou poudre à canon.
- industrie tout le coton qu’elle importe actuellement. L’Angleterre accomplit dans ses colonies un effort parallèle, d’autant plus nécessaire que l’Amérique retient pour ses propres usines une partie de plus en plus grande de sa récolte. Mais tous les efforts pour défendre l’industrie du vieux continent contre le monopole américain n’ont encore donné que des espérances; les Etats-Unis ont récolté, en 1911, 3.230.000 tonnes de coton, c’est-à-dire 70 0/0 de la production mondiale, alors que les Indes n’en fournissaient que 563.000 tonnes, soit 13 0/0, et l’Egypte 0 0/0 avec 280.000 tonnes; le restant, poux’centagc imperceptible de la production totale, se partage inégalement entre les divers pays tropicaux.
- p.458 - vue 78/198
-
-
-
- LE COTON CONTREBANDE DE (il ERRE 459
- Le marché du coton est donc alimente et dominé par l’Amérique, ou plus exactement par les Etats du sud, Texas, Géorgie, Mississipi, Alabama, Louisiane; que la récolte vienne à manquer dans cette zone voisine du golfe du Mexique, c’est le monde entier qui connaît la famine du coton; c’est ce qui s’est produit, pour 'des causes différentes, pendant la guerre civile de 1801-1805, où les Nordistes
- qui valait en juillet dernier 1 l'r. 00 le kilogramme à Liverpool, se vendait au même moment 0 fr. 00 en Allemagne. On comprendra par ces chiffres que ce n’était pas une chose aisée que d’imposer un pareil sacrifice à un pays dont les sympathies nous sont précieuses, et qui nous vient en aide de toute la force de son immense industrie; on excusera' les lenteurs et les tâtonnements de l’Angleterre,
- I. KMHAHQUHMKNT 1)U COTON A MK-MI’IIIS, SI R Tl’. MISSISSll’I En raison de F encombrement des voies ferrées aux Etals-Cuis, le colon est souvent expédié par eau.
- déclarèrent Je coton du Sud contrebande de guerre : précédent important sur lequel la diplomatie des alliés n’a pas manqué de s’appuyer. En retour, que le marché européen vienne à se fermer ou seulement, comme c’est le cas actuellement, à se rétrécir, et les Etats cotonniers traversent une crise qui pourrait être dangereuse si elle n’était conjurée. Or, arrêter le coton aux portes de l’Allemagne, se serait, en régime de paix, imposer aux Etats cotonniers une perte de 000 millions de francs; en temps de guerre, c’est, leur demander de renoncer à des bénéfices encore plus importants, car le coton,
- causés, par la nécessité d’attendre une orientation favorable de l’opinion publique américaine, hésitante au début de la guerre; on appréciera en lin à sa juste valeur le service involontaire que l’Allemagne a rendu à notre cause en écœurant l’Univers par son mépris des traités solennels et par sa férocité.
- En temps de paix, l’industrie textile absorbe certainement les 99 centièmes de la production cotonnière. Le reste' passe à d’innombrables offices : préparation du coton de pansement, de certains papiers spéciaux comme ceux qui servent à confectionner les billets de banque, fabrica-
- p.459 - vue 79/198
-
-
-
- 4C0
- LA SCIENCE ET LA VIE
- tion du celluloïd, des films cinématographiques, de la soie artificielle et de la viscose, des explosifs; il est bien entendu que cette dernière industrie acquiert, en période de guerre, une importance tout à fait essentielle et prépondérante.
- Dans la petite Europe l’industrie textile fournit du travail à des millions d’ouvriers et d’ouvrières, occupés à la filature, au tissage, à la teinture, à l’impression, à la mise en œuvre des innombrables tissus de coton, depuis la pagne aux couleurs voyantes où se drape le torse des nègres jusqu’aux coûteuses broderies ourdies par les femmes de Saint-Gall et de l’Appenzell.
- A ce point de vue, lacon-sommation des tissus de coton permet de se rendre un compte assez exact du degré de « confort » atteint par les divers peuples : l’An-g 1 a i s tient hautement la tête; il aime le beau linge, blanc et propre, et le jette sans régi et aux premiers signesd’usure; il consomme par an 20 kilogrammes de coton. L’Américain et le Suisse le suivent de loin avec 10 kilogrammes. L’Allemand A ient, ensuite avec 5 kilogrammes, et le Français se contente de 4 kilogrammes : c’est que dans notre pays, dont la prospérité est faite d’économie, la ménagère attentive travaille, près du foyer, à raccommoder le linge familial. Le Norvégien, le Russe n’usent pas plus de 2 kilogrammes : dans les pays froids, la laine et les fourrures prennent la place du coton. Enfin, au bas de l’échelle européenne, le pauvre Turc, toujours battu, se contente de 100 grammes par an.
- L’industrie textile allemande, modeste en ses débuts, a pris depuis cinquante ans un prodigieux essor; le traité de Francfort, en lui donnant Mulhouse, doubla
- presque d’un seul coup sa production, et surtout donna aux fabricants d’outre-Rhin l’occasion de copier l’œuvre admirable des grands industriels alsaciens, les Dollfus, les Mieg, les Kœchlin; la West-phalie, la Silésie se couvrirent de fabriques; la Saxe surtout, avec Chcmnitz et Zwickau, devint le Lancashire de l’Allemagne; ainsi, partie de rien, l’industrie cotonnière allemande se poussait au second rang, immédiatement après l’Angleterre; elle occupait 800.000 ouvriers, achetait aux Etats-Unis pour 550 millions de francs de coton brut, qui devenaient deux milliards de cotonnades, dont une grande partie était exportée, dans le monde entier; Brême d’abord, Hambourg et Rotterdam ensuite, étaient les trois portes d’entrée de la matière brute et de sortie de la matière ouvrée. L’Autriche, de son côté, avait pris, tout de suite après la F rance, un rang honorable dans les in-dustries cotonnières; elle tissait pour elle-même, pour la Pologne et pour les Balkans le coton des Indes et d’Egypte importé par Trieste.
- La fermeture des ports allemands et autrichiens força nos adversaires à importer par la Suède, le Danemark, la Hollande. Ces trois pays, qui n’importaient que 20.000 tonnes de coton pendant l’exercice 1911-1912, en ont laissé entrer 333.445 tonnes pendant les neuf premiers mois de la guerre ! La Suède, à elle seule, a reçu vingt-neuf fois son approvisionnement normal, et, dans les docks de Copenhague, les balles de coton s’accumulaient jusqu’à la hauteur du toit des maisons avoisinantes. Pendant la première année de guerre, l’Allemagne a reçu, directement ou par neutres, 82 0 /0 de scs importations normales de coton;
- WAGON AMÉRICAIN CHARGÉ DE BARGES DE COTON C'est par milliers de. wagons que, après la récolte, le coton est transporté des centres de production aux ports expéditionnaires.
- p.460 - vue 80/198
-
-
-
- LE COTON CONTREBANDE DE GUERRE
- 461
- pendant ce temps, Brême, de l’aveu même des Allemands, gardait dans ses docks une réserve de 300.000 balles. Les filatures et les tissages austro-allemands ont continué à travailler presque normalement durant la première année de guerre, en remplaçant leurs articles d’exportation par des fournitures militaires. Mais à partir du mois d’août, la prohibition des alliés a eu pour effet de restreindre considérablement cette activité, d’autant plus (pie le gouvernement allemand, inquiet pour ses munitions n’a pas manqué de réquisitionner une grande partie du stock de coton. On peut donc prévoir, à bref délai, en Allemagne et en Autriche, des répercussions économiques qui jetteront sur le pavé plusieurs centaines de mille ouvriers (1); plus tard se produiront des effets d’un autre ordre. et tellement graves que l’Allemagne n’aura plus qu’à courber la tête et à plier le genou; c’est, ec que nous essaierons de démontrer ci-après.
- Personne n’ignore que le coton sert à préparer des explosifs de guerre; mais ce corps n’est, après tout, que de la cellulose à peu près pure, et la cellulose ne manque pas dans la nature : le bois, la paille, la pâte à papier, le lin, le chanvre sont formés essentiellement, de cellulose, ils peuvent subir les mêmes préparations que le coton et donner des explosifs analogues. Pourquoi donc l’Allemagne, privée de coton, n’aurait-elle pas recours à ces produits dont elle ne risque pas d’être dépourvue? Là est le nœud de la question que je n’aurai pas besoin de traiter à nouveau car M. Painlevé lui a consacré dans le n° 7 de La Science et la Vie (octobre
- (1) Les filateurs et tisseurs d’Alsace ont annoncé que leurs usines fermeraient à la lin du mois d’octobre.
- 1913), un intéressant article; il me suffira de rappeler quelques points essentiels.
- Pratiquement, les explosifs se partagent en deux classes nettement séparées '. les brisants et les propulsifs ; les premiers, dont la décomposition est pour ainsi dire instantanée,. sont employés à bourrer les mines, à remplir l’intérieur des torpilles ou des obus; ils sont légion et peuvent sans difficulté se remplacer mutuellement. Le fulmi-coton, obtenu en soumettant le coton à l’action d’un mélange d’acides azotique et sulfurique, est un
- explosif brisant; la marine française l’em-tloie, en guettes ou en blocs comprimés, pour garnir la chambre avant de ses torpilles sous-marines. Mais les Allemands ont depuis longtemps remplacé, pour cet office, le fulmi-coton par le tri-nitrotoluol ; ils n’ont que l’embarras du choix, car briser n’est pas chose difficile, et la manière n ’y importe guère. Si les alliés n’avaient eu d’au-t r e but que d’empêcher la fabrication du fulmi-coton par leurs ennemis, ils auraient pris beaucoup de peine pour rien; mais on voudra bien admettre que si le grand chimiste anglais, sir William Ilamsay, s’est, mis résolument à la tête d’une campagne de meetings et de presse, s’il a tout mis ett œuvre pour émouvoir l’opinion de son pays, c’est qu’il avait pour cela de meilleures raisons, que nous allons maintenant, apprécier.
- Les explosifs propulsifs servent à charger les cartouches et les gargousses; leur mission est de pousser en avant les projectiles et de leur communiquer une vitesse initiale déterminée. Ils agissent donc progressivement et méthodiquement; au lieu d’exploser brutalement, ils
- KGRKNKUSK 1)K COTON A SCIKS, MUNI K D. UN AI.1MKN-TATKUK KT lt’UN CONDKNSKUK Ces machines sont employées pour les cotons à fibre courte et peuvent produire jusqu'à 205 kilos de coton égrené en dix heures, par dix scies. Suivant les modèles, elles comportent de 20 à 70 scies de 250 millimètres de diamètre.
- p.461 - vue 81/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 402
- déjlagrent, c’est-à-dire que la décomposition, amorcée en un point, s’y propage de proche en proche; les gaz dégagés s’accumulent en arrière du projectile que leur pression, accrue par l’élévation de température, pousse avec une vitesse croissante jusqu’à la sortie de l’arme; la déflagration de la poudre doit donc durer un temps précisément, égal à celui que le projectile met à parcourir l’âme de la pièce et ce temps varie entre quatre millièmes de seconde pour un coup de fusil et cinquante millièmes pour le tir des grands canons de marine : telle est la règle fondamentale qu’on désigne sous le nom de loi de stricte combustion.
- puissance de pénétration et" une portée variables; leurs trajectoires seraient plus ou moins courbes et les indications données par les hausses et les tables de tir deviendraient illusoires; on ne pourrait même plus régler le tir par des essais méthodiques encadrant le but à atteindre, on perdrait ainsi tout le bénéfice du grand avantage qui, plus encore cpic la suppression de la fumée et que l’accroissement de la vitesse initiale, a entraîné le remplacement des antiques poudres noires par l’explosif à la nitroccllulose.
- Lorsqu’on traite la cellulose par le
- BATTKUU I)K COTON SI MPI,K, A PPARKI Ij KNROULKUR
- AVKC
- Le coton est ainsi nettoyé sans que ses fibres soient endommagées, et la machine jrroduil une nappe
- régulière, ayant les bords francs des deux côtés.
- Mais ceci ne suffit pas : il faut encore que tous les échantillons de la poudre propulsive soient rigoureusement identiques, chimiquement et physiquement. Ils doivent avoir même densité, c’est-à-dire le même volume sous le même poids, puisque la capacité qui leur est attribuée est la même pour toutes les armes d’un même type; ils doivent brûler dans un temps strictement défini; or leur vitesse de déflagration varie beaucoup avec leur état physique; enfin, ils doivent avoir Une composition chimique constante afin que leur décomposition produise toujours le même volume de gaz et, dégage la même quantité de chaleur.
- Ces conditions sont draconiennes, mais imaginez un instant qu’elles ne soient pas remplies : lancés avec une vitesse initiale mal définie, les projectiles auraient une
- mélange d’acides sulfurique et azotique, il sc forme, suivant la durée de l’action et l’état, physique des produits en présence, toute une série de composés, depuis la. cellulose tétranitrée, qui renferme quatre atomes d’azote dans sa molécule, jusqu’à la cellulose décanitréc qui en compte dix; tous ces produits se forment, simultanément et constituent nécessairement un mélange très complexe. Or, lorsqu’on opère suivant la technique inventée par M. Vieille, ce mélange a toujours la même constitution; ecci tient évidemment à ce que la libre du coton, d’où qu’elle provienne, est toujours identique à elle-même; par suite, attaquée par des acides de concentration bien définie pendant, un temps fixé, elle ne peut donner que des résultats constants, parce que les mêmes causes reproduisent toujours les mêmes
- p.462 - vue 82/198
-
-
-
- LE COTON CONTREBANDE DE GUERRE
- 403
- efi'ets, ici comme dans bien d’antres cas, La cellulose du bois, de la paille, du chanvre, des vieux chiffons est dans un état de pureté variable; elle est incrustée de divers produits, sa densité et son état physiques sont variables d’un éehantilon à l’autre; dès lors, et quoi qu’on fasse, le traitement chimique fournira un produit sans homogénéité physique ni ehir inique; bien heureux encore s’il n’est pas, par-dessus le compte, instable et dangereux : nous avons payé pour savoir quels risques on court, au tennis où nos poudreries voulaient faire des économies en utilisant les déchets de coton.
- tenir l’assentiment de l’opinion publique américaine et anglaise, elle aura pour effet immédiat de paralyser une des plus importantes industries allemandes et de resserrer encore le cercle de misères où se débattent les empires centraux, mais ce qui la motive et la justifie, c’est la nécessité rigoureuse de confisquer un produit qu’on ne peut remplacer par aucun autre pour la confection des muni-- tions. Or, voici en quels termes sir William llamsay 's’exprime à ce sujet : « Je crois que je suis au-dessous de la vérité en disant que 1.000 tonnes de coton sont consommées journellement pour la pré-
- BALEES UK COTON AMERICAIN DÉPOSÉES SUR DES QUAIS DE DÉBARQUEMENT DU HAVRE
- Enfin, et pour épuiser les hypothèses, imaginons que les Allemands, à court de coton, songent à utiliser l’amidon, produit homogène, mais tout à fait différent de la cellulose, pour faire de l’amidon nitré; la matièi’e première ne risque pas de leur faire défaut, puisqu’on la tire des pommes de terre, et elle donnerait, semble-t-il, une poudre propulsive homogène; mais cette poudre, complètement, différente de la nitroeellulose, n’aurait ni la même puissance balistique, ni la même durée de combustion, ni la même densité; son emploi imposerait donc une refonte intégrale du matériel, opération radicalement impossible en période de guerre.
- On peut, d’après ce qui précède, apprécier à sa juste.portée la décision prise par les alliés. Retardée par la nécessité d’ob-
- paration des munitions allemandes. Un seul coup de canon de f 6 pouces consomme une balle de coton de 400 livres; une balle permet de tirer 30 coups avec un canon de 12 centimètres, ou donne 80.000 coups de fusil. Quant à la totalité du coton possédée par l’Allemagne au début de la guerre, on 1’éva.lue à 250.000 tonnes. A raison de 1.000 tonnes par jour, l’Allemagne aurait épuisé ses ressources depuis longtemps. » Ainsi, bien qu’il soit impossible de tixer aucune date, bien qu’il soit probable (pie nos ennemis auront subi le coup décisif avant d’avoir épuisé leur dernière balle de coton, les alliés ont en main un moyen automatique et fatal de couper le souffle guerrier des Germains; C’eût été un prime de ne pas 1’cmployer.
- L. IIOULLEVIGUE.
- p.463 - vue 83/198
-
-
-
- CREUSEMENT D’UNE GALERIE POUR L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CHAMBRE DE MINE DESTINÉE A FAIRE SAUTER UNE TRANCHÉE ALLEMANDE
- Le rameau de combat parlant de la demi-galerie a presque atteint le point où le fourneau de mine sera disposé. Les sapeurs évacuent les déblais,
- d'abord au moyen d'un petit chariot à quatre roues basses, puis à l'aide de brouettes.
- 404 LA SCIENCE ET LA VIE
- p.464 - vue 84/198
-
-
-
- LA GUERRE DE SAPE ET DE MINES
- Par le Lieutenant-Colonel L. C.
- La guerre de tranchées à laquelle les Allemands se sont adonnés sur toute l’étendue du front occidental, après la bataille de la Marne, devait fatalement, et logiquement, conduire les Français à adopter un mode de résistance fondé sur l’emploi très actif de la guerre de mines.
- Les éléments qui constituent chaque ligne avancée sont renforcés d ’ orga -nés de flanquement armés d’un grand nombre de mitrailleuses, et ils sont eux- mêmes garnis de minen-werfer, de lance-bombes, etc. Devant et derrière les parapets, sont disposés des réseaux de fils de fer barbelés et des moyens de défense accessoires de tous genres, tels que chevaux de frise, hérissons , chausse -trapes, etc....
- Outre'qu’elle constitue le seul moyen efficace de progrès utilisable dans la circonstance, la guerre de mines présente donc le grand avantage d’occuper le long des tranchées de première ligne des effectifs considérables de troupes constamment tenues en haleine sous le coup d’une offensive toujours possible d’un moment à l’autre.
- En sacrifiant quelques milliers d’obus ou de cartouches de mitrailleuses, on pourrait, il est vrai, arriver à ouvrir une brèche d’une
- vingtaine de mètres de largeur dans le front ennenii. Mais le tir intense des batteries de canons et le crépitement continu et prolongé des mitrailleuses en action produisent un bruit infernal. Quand on emploie ce moyen d’attaque bruyant, on dispose d’un temps très limité pour procéder à l’assaut qui doit
- être donné immédiatement, si l’on veut ne pas perdre toute chance d’obtenir un résultat susceptible de justifier une aussi forte dépense de munitions. La moindre hésitation donne à l’adversaire, averti du danger qui le menace, tout le temps voulu pour faire donner scs réserves, qu’il a pu masser et tenir sur la défensive dès l’origine de l’action préparatoire d ’ artil-lerie. . Aussitôt qu’une brèche est signalée dans sa ligne, l’ennemi peut en rendre l’accès impossible aux troupes chargées de l’assaut, en battant les oiiveu tures par des feux de flanquement extrêmement intenses c x é c u t é s par des sections de mitrailleuses.
- Une attaque ainsi menée donne donc lieu à une très forte dépense de projectiles de tous calibres et cause souvent une grosse perte d’hommes, bien qu’elle rate infailliblement malgré ces lourds sacrifices. La guerre de mines fournit seule une solu-
- SATEUltS s'éclairant a la lumière électrique
- DANS UNE GALERIE DE MINE
- p.465 - vue 85/198
-
-
-
- IGG LA SCIENCE ET LA VIE
- tion satisfaisante de ce problème, car elle permet de pratiquer brusquement une large brèche dans les tranchées de l’adversaire et de détruire en même temps les organes de flanquement dont il pourrait se servir pour boucher cette brèche, tout cela au moment même où les troupes sont lancées à l’assaut. Celles-ci pénètrent donc sans courir presque de danger dans les tranchées ennemies désorganisées par l’explosion de la mine, et elles ont ainsi le temps de s’y fortifier rapidement sans subir le tir des mitrailleuses de flanquement.
- Quand les tranchées de l’ennemi ne sont plus qu’à une distance d’une centaine de mètres, on peut dire que commence réel-lementiaguerre de mines. Elle est caractérisée par l’exécution de sapes qui permettent de s’avancera couvert dans la direction des lignes ennemies, et c’est alors que les sapeurs-mineurs jouent le rôle principal. Tous les trente ou quarante mètres, les galeries de sape sont reliées par d’autres galeries appelées parallèles. Quand les sapes sont assez rapprochées de l’ennemi pour lui permettre d’arrêter l’avance en lançant des grenades et des bombes sur les travailleurs, les sapeurs creusent une galerie souterraine aboutissant à une chambre de mine destinée à recevoir une quantité d’explosifs qui varie avec la profondeur de cette chambre au-dessous du sol. Les chambres de mine sont généralement placées sous un saillant ou sous des points particulièrement bien gardés de la ligne ennemie (maison fortifiée, abri de mil railleuses, fortin,
- etc.). Leur nombre dépend du résultat que l’on cherche à obtenir et de l’importance de l’action qu’il s’agit de soutenir. L’explosion des chambres de mines est le signal de l’attaque et produit dans le sol des cratères ou entonnoirs. On ouvre ainsi des brèches dans les réseaux de fils de fer barbelés qui protègent le front ennemi, tout en détruisant les organisations de flanquement ayant pour but de
- battre ces brèches dès qu’elles se produisent. Les entonnoirs sont immédiatement; occupés et orga-nisés contre toute attaque, ce qui permet quelquefois de prendre plusieurs lignes de tranchées d’un seul coup.
- Pour percer une galerie de mine, on place sur le point de la galerie de sape d’où doit partir la nouvelle voie souterraine u n bouclier d’acier sous lequel un sapeur mineur fouille la terre en inclinant la galerie de mine vers la profondeur du sol. Quand le sapeur a atteint une profondeur d'environ huit pieds (2 m, 40), il commence à préparer le fourneau de mine. Un robuste châssis ou cadre de bois comportant une planche de ciel, deux montants de côté verticaux et une semelle, est d’abord placé à même la terre, contre l’entrée de la galerie que l’on a élargie jusqu’à la cote de 1 m. 80. Le sapeur pose ensuite à coups de marteau d’épaisses planches jointives de ciel pour soutenir la f erre placée au-dessus de sa tête pendant qu’il travaille sous elle. Il maintient ces planches en place, au moyen de montants, au fur et à mesure qu’il progresse en avant et il répète cette opéra-
- CREUSEMENT »’UNE GALERIE SOUTERRAINE A L’AIDE DU PIC A MANCHE COURT DE MINEUR
- p.466 - vue 86/198
-
-
-
- LA GUElïIlE DE SAPE ET DE MT NES
- 407
- lion aussi souvent qu’il est nécessaire.
- Quand il a ainsi construit, une sorte d’antichambre destinée à garer les outils, les pompes et les brouettes, le sapeur commence à exécuter la galerie de mine proprement dite. A cet effet, il pousse la sape en posant à la suite les uns des autres des cadres de bois et des planches de coffrage jointives. Il lui est également loisible de se servir d’une série de coffres tout faits qui forment comme les quatre faces d’une robuste caisse dont les angles sont solidement assemblés (gaines). Ce travail est extrêmement pénible car l’espace libre à l’intérieur duquel le mineur creuse la terre ne mesure que 1 m. ‘20 de hauteur et de Om.OO de largeur.
- Dans les mauvais terrains, on pousse les galeries de sections diverses, et les rameaux, au moyen de gaines Laloy formées de trois cadres sur lesquels sont fixées d’avance les planches de coffrage latérales. Quelquefois, au contraire, au lieu d’a-voir à soutenir des terres coulan-
- tes, on doit avancer péniblement en attaquant des roches dures au pic ou au moyen , de fortes charges d'explosifs.
- Avec des châssis et des coffres, on exécute toute la série de travaux s o u t e r -rai ns qui se présentent pendant l’établissement des puits des galeries et des rameaux de toutes dimensions. On effectue no-t animent les changements de direction, de section et de pente nécessaires pour orienter les ouvrages vers un point déterminé ou pour les relier entre eux. On peut aussi très facilement réparer une galerie quelconque ou un rameau éboulés, en exhausser le ciel, les consolider, en changer
- l’axe, -par le simple emploi des cadres en bois et des châssis à oreilles ou coffrants.
- Etant données les dimensions restreintes des galeries, on ne peut s’y éclairer au moyen de lampes ordinaires sans en vicier l’atmosphère. Pendant le jour, on utilise autant que possible la lumière solaire que l’on renvoie par des miroirs ou par des panneaux b 1 a n e h i s à 1 a chaux. Pour la
- LE SCI A GU DES PIÈCES DE 1501S POUR I.’ÉTAYAGE 1)’UNE GALERIE CREUSÉE EN TERRAIN PEU SOUDE
- ÉLÉMENTS D’UN SYSTÈME DE CONTRE-MINES
- Les galeries principales ou écoutes E E, distantes de 30 à 40 mètres, se détachent comme des antennes de la contrescarpe ou d'une galerie A B aménagée derrière elles. Ces galeries principales peuvent être reliées ou non par des transversales T T. Les rameaux r r sont exécutés au moment des besoins, et quelques-uns sont poussés assez loin, au début, pour écouter.
- p.467 - vue 87/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 408
- CA1NE POUR PROTEGER LENTREE DES RAMEAUX
- Deux 'panneaux formés chacun de quatre planches et reliés par des entretoises empêchent Féboulemenl à Vendroit où un rameau débouche dans un entonnoir.
- nuit, on place de fortes lampes à réflecteurs, à distance, hors de la galerie. L’éclairage électrique rend de grands services, surtout en tête des travaux. On éclaire le front d'attaque au moyen de lampes à incandescence alimentées par une dynamo qui fonctionne en arrière dans les galeries d’approche; les fils conducteurs, protégés par des augets, sont enterrés dans le fond des tranchées.
- Des mesiu’es de ventilation eflicaces s’imposent dès que le front d’attaque est distant de 50 mètres de l’entrée des galeries. Dans les rameaux, ou ventile à partir de 25 mètres, et dans les puits, à partir de 7 mètres.
- Enfin, quand une explosion a eu lieu dans un ouvrage quelconque, il est indispensable d’expulser les gaz par une ventilation énergiejue. On emploie à cet effet des ventilateurs rotatifs à turbine.
- L’air pur, débité par les ventilateurs, est amené au fond des travaux par des tuyaux cylindriques de zinc qui ont 12 ou 24 centimètres de diamètre, suivant le modèle de ventilateur employé; les coudes et les raccords sont également en zinc, mais on en utilise aussi en toile ou en caoutchouc.
- Quand la galerie a atteint le point voulu, à proximité de la tranchée ennemie, on fore une petite chambre de mine juste assez grande pour contenir la charge, qui est toujours mise en place par un officier. On remplit la boîte d'explosif, puis on place l’amorce électrique et le conducteur isolé. Il s’agit alors de bourrer le trou de mine en remplissant la galerie de sacs à terre sur une cer-
- CI1ASSIS COFFRANT DE COMBAT Ces quatre fortes planches assemblées servent à maintenir les terres éi l'intérieur des galeries et des rameaux de faible section.
- taine longueur, afin d’empêcher l’explosion de se produire en arrière, dans la direction des sapeurs, et pour forcer les gaz à se frayer un chemin, en déchirant le sol, vers la tranchée ennemie. Si la distance qui sépare la chambre de mine de la tranchée est de 4 m. 50 avec 6 mètres d’épaisseur de terre entre la chambre et la surface du sol, le bourrage occupera une longueur de 9 mètres dans la galerie. Quand tout est prêt, on met le feu à la mine, et l’infanterie, tenue prête, s’élance à la baïonnette pour occuper l’entonnoir formé par l’explosion.
- On sait que le sol est un milieu merveilleusement apte à la transmission rapide du son. Aussi, chacun des deux adversaires en présence s’efforce-t-il de se défendre contre les travaux de sape de l’ennemi en préparant à l’avance un système de rameaux de contre-mines aux extrémités desquels on place des écouteurs. Dès que ces écouteurs perçoivent les premiers bruits provenant des travaux de l’adversaire, on charge les contre-mines et on continue l’écoute de manière à être renseigné sur la direction des galeries poussées par l’ennemi. La guerre de sape et de mines entre alors en pleine .action et les deux adversaires sont dès ce moment en contact par leurs postes d’écoute respectifs. Pour exercer les écouteurs, on cesse le travail dans tous les chantiers sauf un, puis on l'ait écouter et interpréter les bruits transmis par le sol. Tout bruit souterrain est perçu assez longtemps avant
- COUPLAGE DES VENTILATEURS
- DE "f
- GALERIES
- A gauche, le couplage a lieu en tension et l'air fourni par le premier ventilateur traverse le second; êi droite, les deux ventilateurs, montés en quantité, refoulent l'air dans deux conduites séparées qui se ré un i ssen I en su i le.
- p.468 - vue 88/198
-
-
-
- LA GUERRE ÎJE SÂPÊ ET 1)E MINES
- 409
- qu’on puisse en déterminer la direction. Les bruits provenant de travaux distincts ne se confondent pas.
- Dans un rameau, les chocs sur le sol se propagent à égale distance en tous sens et les chocs contre les parois latérales, ou contre le plan de tête, se propagent plus loin dans la direction du choc; les enfoncements de pieux sont entendus à de très grandes distances.
- Certains travaux sont perçus dans l'ordre où on les exécute : pose d’un châssis ordinaire; travaux de fouille et de bourrage; damage et pose des châssis coffrants ; travaux de forage avec la grande tarière. On entend à 3 mètres au plus ls mineur parlant ou l'exécution d'un forage de petit diamètre,
- A défaut du microphone , dont l’emploi est très efficace, on se sert d’un tambour dont la peau, bien ‘tendue, supporte des grelots ou des poids, ou encore d’un petit vase contenant du mercure dont la surface se ride sous l’action des plus petites vibrations. Pour augmenter 1?- sensibilité de ces appareils, on les place sur une plaque de tôle de un centimètre d’épaisseur posée à plat sur le sol même de la galerie.
- Les galeries principales et leurs rameaux forment des réseaux très enchevêtrés, à tel point qu’il arrive parfois qu’une galerie poussée par un des partis débouche soit dans une de celles de l’ennemi, soit dans la chambre d’un fourneau vide ou chargé; dans ce
- OFFICIER AUX ÉCOUTES DANS UNE UAI.EltiE
- 11 cherche à savoir, grâce aux bruits révélateurs, si F ennemi iC effectue pas près de là un travail de contre-mine.
- 3
- EXPLOSION PRÉMATURÉE 1)'UNK MINE ALLEMANDE EN AVANT DES LIGNES FRANÇAISES
- si l’outil ne rencontre pas de pierres. Pour entendre à de plus grandes distances, on pratique des forages dans les parois. On écoute eu appliquant l'oreille contre un montant ou contre une semelle de châssis.
- dernier cas, on s’empresse de détruire les amorçages et de couper les fils conducteurs.
- Les sapeurs qui exécutent les galeries et les rameaux de combat sont constamment exposés au danger provenant de la rencontre
- p.469 - vue 89/198
-
-
-
- 470
- LA
- SCIENCE ET LA VIE
- fortuite d’un des fourneaux de l’adversaire, qui ne reste jamais inactif. Il fore, notamment, à la barre à mine, de petits fourneaux secondaires, profonds, appelés camouflets, qu’il prépare dans la direction supposée des travaux de l’ennemi, pour les détruire. Une autre dilliculté consiste dans l’évacuation à 1 ’ extérieur des tervcs provenant des fouilles. On peut sortir ees déblais des rameaux de combat dans des sacs à terre ou au moyen de petits chariots de mine.
- Dans les galeries à grande section, on emploie des trucs circulant sur des voies ferrées de 40 centimètres ou des relais de brouettes.
- Contre les dangers d’explosion soudaine des ca-mouflets, le meilleur remède est l’organisation scientifique des écoutes, qui permet d’éviter bien des surprises.
- D’autre part, l’exécution des galeries et des pxiits peut donner lieu à de graves accidents du travail tels que cas d’asphyxie, éboulements, etc. Des qu’une galerie semble devenir dangereuse, on la fait reconnaître par deux sapeurs mineurs munis d’appareils respiratoires ou de masques spéciaux et suivis d’autres hommes échelonnés de dix en dix pas.
- L’appareil Rouquayrol-Denayrou.se, rempli d'air comprimé à 25 ou ,‘10 atmosphères,
- KX1U.ICATION SYKTKMATIQUK DK DA ROHM ATION d’un ENTONNOIR
- A 15, ration <Ir l'entonnoir ; O A, longueur de, moindre résistance ; II, profondeur telle que lu charge normale produise un fourneau ordinaire; C E Iv 1) II, entonnoir réel ; C G 11, entonnoir apparent ; E K D, chambre de
- compression ; A G, profondeur de l'entonnoir = ^ ;OB, rayon d'explosion = II j/ 2 = 7/4 de II.
- p.470 - vue 90/198
-
-
-
- LA GUERRE 1)E SAPE ET DE MINES
- 471
- fonctionne pendant un quart d’heure environ; celui de Guglielminetti, qui comporte également un réservoir d’oxygène comprimé et, en plus, un ingénieux système régénérateur, a une durée de trente minutes.
- Les appareils respiratoires portatifs permettent d’effectuer un long parcours dans les travaux infectés ou suspects, avec un séjour de durée limitée. Au contraire, avec les appareils munis d’une conduite d’air on
- Etant donné que les deux adversaires déploient simultanément la même activité et qu’ils ont recours aux mêmes ruses, on arrive difficilement à placer un fourneau jusque sous une tranchée ennemie car on risque toujours d’être dépisté par les écouteurs, qui ont la même valeur technique dos deux côtés. Quand, à une période de travail intense succède un assez long silence, il y a de fortes chances pour (pie rennemi soit en
- ENTONNOIR QUE NOS TROUPES ONT DU ABANDONNER AVANT SON ORGANISATION, A l,A SUITE D’UNE PORTE PI JJ JE QUI IV A A MOITIÉ REMPLI D’EAU
- obtient un long séjour, mais un parcours limité. Dans cette deuxième catégorie se rangent les tubes respiratoires de caoutchouc avec âme de fil de fer dont une extrémité plonge dans l’air pur extérieur tandis que l’autre bout se termine par un respirateur d’ouate couvrant la bouche du sapeur.
- En cas d’éboulement il faut immédiatement procéder à un forage rapide afin de fournir le plus vite possible de l’air et des aliments aux mineurs ensevelis; on exécute ensuite un puits ou un rameau pour les atteindre et les ramener à la surface.
- train de charger un fourneau ou un camouflet. Dans ce cas, on s’empresse de charger le plus rapidement possible les fourneaux de contre-mines qu’on a préparés soi-même pour les faire exploser avant ceux de l’ennemi, avec qui on doit toujours lutter de vitesse.
- Pour forer les mines et les pétards, on emploie des barres à mine avec ou sans rallonges ou des appareils spéciaux tels que les perforateurs à percussion ou les foreuses rotatives fournissant un travail rapide.
- Les barres à mine à rallonges des systèmes liinet et Augier permettent d’exécuter
- p.471 - vue 91/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 472
- des forages de petits diamètres pour trous de mines. On se sert de l’appareil par percussion en tournant à chaque coup dans le sens du vissage et en maintenant l’inclinaison prescrite. Quand la manœuvre devient pénible et que l’outil n’avance plus, on introduit dans le forage du sable ou du plâtre en terrain gras, ou de l’eau en terrain ordinaire.
- Pour les forages à grands diamètres, on emploie de grosses mèches à rallonges appelées trépans et de grandes tarières qui demandent un personnel assez important et qui servent pour les forages de 0 m. 25 dont la longueur dépasse 20 mètres. Pour les forages de 0 m. 20 qui n’ont que 5 à G mètres de longueur, il existe des machines spéciales à camouflets qui se composent d’une tarière actionnée par un train d’engrenages.
- Pour établir le fourneau dans les mines forées, on procède successivement aux opérations suivantes : élargissement, chambrage, chargement et amorçage, bourrage et mise de feu au moyen d’un cordeau,
- On élargit le forage en faisant exploser un nombre de brins (le cordeau détonant égal au tiers du nombre obtenu en retranchant du diamètre de la partie à élargir le petit
- diamètre du forage mesuré en centimètres. En général trois brins suffisent pour permettre le passage d’une cartouche de mélinitc, On procède au chambrage au moyen d’une explosion unique ou d’une série de petites explosions produites en tête du forage. On fait glisser les cartouches de mélinite dans le tube de chargement où on les pousse avec un refouloir articulé. Si l’on veut obtenir un chambrage rapide, on introduit les cartouches ficelées sur une tringle qui reçoit également les transmetteurs du feu et on opère sans bourrage. Dans les terrains argileux, le volume de la chambre en mètres cubes est égal à la moitié de la charge de chambrage exprimée en kilogrammes, c’est-à-dire à environ cinq cents fois le volume de la charge de mélinite en cartouche. On double généralement la charge de chambrage dans les terrains durs ou peu compressibles.
- On emploie comme explosifs la mélinite, la poudre noire, les dynamites, le coton poudre ou fulmicoton, la poudre Eavier, etc.
- On utilise comme artifices l’amorce fulminante modèle 1880, la mèche lente, le cordeau détonant. L’amorce fulminante modèle 1880 contient 1 gr. 5 de fulminate
- FOKAGE D’UN «CAMOUFI.ET» AU MOYEN 15F. I,A DARRE DE MINE Des bruits suspects entendus par Y écouteur de la tranchée, française ont révélé le travail souterrain exécuté pur Yennemi. Afin d'arrêter ce travail, nos sapeurs préparent, un petit fourneau de mine dit « camouflet », à l'aide de barres de mine emboutées au fur et ii mesure de Y avancement du forage.
- p.472 - vue 92/198
-
-
-
- LA GU Ê HUÉ DÉ SAPÉ éT DÉ MISÉS 473
- L’EXPLOSION DU CAMOUFLET DÉTRUIT LE TRAVAIL DE L’ENNEMI
- Le feu a été mis au moyen d'une mèche (généralement du cordon Bickford) à Fexplosif introduit au fond du forage, et Féhoulemenl des terres provoqué par la déflagration des gaz a enseveli les deux jnonniers allemands qui voulaieid pousser leur g(derie jusque sous la tranchée française.
- enfermé dans un tube de cuivre couvert de vernis noir. Il faut éviter toute compression ou tout choc sur la partie noircie de ce tube ainsi cpie toute friction sur le fulminate. On conserve les amorces de fulminate par boîtes de 30, loin de la mélinite et de la poudre.
- Pour relier l’amorce au cordeau détonant ou à la mèche lente, on introduit le cordeau (ou la mèche), rafraîchi à son extrémité jusqu’au fond de l’amorce fulminante, en évitant tout mouvement de rotation. On maintient doucement le contact avec le fulminate en pressant le culot de l’amorce avec l’index; on sertit avec la pince l’extrémité non vernie et on recouvre la jonction de mastic Chatterton si l’on craint par trop l’humidité.
- La mèche lente ou bickford est un lilet de poudre fine de 3 millimètres de diamètre contenu dans deux enveloppes de fil de coton goudronné et qui brûle à la vitesse d’un mètre en quatre-vingt-dix secondes. Cette mèche ne doit pas présenter de parties moins résistantes sous la pression des doigts.
- La mise de feu s’effectue par des procédés pyrotechniques ou électriques. On emploie notamment les mèches lentes avec amorces
- fulminantes et cordeau détonateur, ou le moine, morceau d’amadou taillé en triangle qu’on enflamme par la pointe au moyen d’un deuxième morceau d’amadou identique. Quand on emploie les procédés, électriques, On attend l’ordre de mise du feu pour procéder à la réunion des conducteurs secondaires reliés à la charge avec les conducteurs principaux alimentés par une pile ou par une source d’électricité quelconque. On ne fixe les fils conducteurs sur l’exploseur qu’au moment même de la mise de feu.
- L’importance de la charge d’un fourneau dépend de la nature du sous-sol et de la distance de cette charge à la surface du sol.
- La guerre de mines n’a pas toujours pour résultat une offensive directe permettant à un adversaire de réaliser une avance sérieuse, car cette avance peut être empêchée par de multiples raisons tactiques ou autres. En tout cas, ce moyen de combat force l’ennemi à immobiliser le long de la ligne de feu des effectifs considérables toujours en haleine par crainte des surprises et lui fait dépenser (rénormes quantités d’explosifs.
- Lieutenant-Colonel L.-C.
- p.473 - vue 93/198
-
-
-
- 171
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Nos généraux commandant au front
- no M M A X /> A X T un ^ corps (Vannée territorial,le général Bru-gère, ancien généralissime, a été, pour sa belle conduite, cité à Vordre du jour de l'armée, ainsi que les généraux Bonnier et Lejaille.
- I,K GKNKRAI. 15 11 U (J KH K
- G K N KH A T- 1 .K.I AI KG K
- T ms généraux Qui-^ quandon (450 division), (VAnnau de Po uydraguin (divisionnaire par intérim ) et Lavisse (42e brigade d'infanterie), ont également été l'objet de citations flatteuses.
- GKN'Kli AK Q 11 QUANDON
- GKNKKAIi DK POU YDRAGUIN
- GKNKRAI, liAVIRRK
- p.474 - vue 94/198
-
-
-
- SUR LE FRONT OCCIDENTAL LA VICTOIRE COURONNE. L’OFFENSIVE PARTIELLE DES ALLIÉS
- Le mot connu de von Kluck : « Soit, nous n’irons pas à Paris, mais les Français ne prendront pas Vouziers » va-t-il être démenti par révénemenl ? A-près nos premières offensives de Champagne et d’Artois, les Allemands pensaient, dans une certaine mesure, tenir leurs positions sur notre territoire pour inexpugnables. Us les considéraient si bien comme telles que retournant leur plan stratégique qui, au début de la guerre, avait été de nous mettre rapidement hors d’affaire, pour en finir ensuite avec les Russes, i 1s avaient porté, ees derniers mois, leur principal effort contre nos alliés, quittes à nous accabler à notre tour, une fois les armées du tsar écrasées. Ce plan était trop beau pour réussir.
- Notre passivité apparente semblait favoriser leurs desseins. File cachait en réalité un
- effort puissant, fait surtout d’une préparation intense en matériel et en munitions. Instruit par l’expérience, notre haut commandement avait tenu à s’assurer tous les éléments de succès avant de livrer à nouveau bataille, et l’heure venue, il a lancé nos armées sur les lignes allemandes en deux points d'élection (pie la topographie, et la disposition générale des fronts a d v erses d é signaient nettement pour cette manœuvre. Les premières lignes de défenses enlevées, aussi bien en Champagne qu’en Artois, sur plusieurs kilomètres de distance.25.000 Allemands faits prisonniers, fit canons tombés entre nos mains sans compter des quantités considérables de munitions et de matériel de tranchées abandonnés par l'ennemi, tel est le magnifique résultat de notre offensive de septembre 1915.
- LE TU! J)K NOTRE 90 DE CAMPAGNE HCR I.E I RONT
- (Test principalement avec eel admirable canon que nos artilleurs « arrosent » copieusement le front allemand.
- Un ouragan de fer s’abat sur les Allemands
- Pendant tout le mois de septembre, les communiqués ne nous entretenaient <pie de l’activité de notre artillerie sur des secteurs variés du front et de la besogne accomplie à l’arrière par nos aviateurs, siales gares, les parcs, les voies de ravitaillement et concentrations de l'adversaire.
- Déjà s’amorçaient ainsi le repérage et la
- destruction partielle des ouvrages de défense ennemis. Cette canonnade préparatoire, en dehors de son utilité intrinsèque, ne pouvait qu’abuser les Allemands sur les moyens dont nous disposions. Il semble que sous leur nez — et cela fait grand honneur à l'ingéniosité de nos armes spéciales - nous avons réussi à installer et à dissimuler non
- p.475 - vue 95/198
-
-
-
- 47 (i LA SCIENCE
- seulement nombre de pièecs de campagne, de beaucoup supérieur à leurs estimations, mais encore de très grosses pièces et des mortiers puissants dont ils ne pouvaient nous savoir pourvus. Et cependant la mise en place de tels engins exige de véritables travaux d'art (pii prennent du temps. La puissance accrue de notre artillerie par d’autres raisons encore sur lesquelles nous n’insisterons pas, devait les prendre de surprise...
- Mais ce ne fut pas de la surprise seulement, ce lut de la terreur et de l’affolement lorsque, trois jours avant le 25 septembre, donna avec ensemble toute la gamme des bouches à feu (pii hérissaient notre front : les 75 couvrant de mitraille toute l’étendue de la zone
- ET LÀ VIE
- viron 8.000 obus français sur une superficie de 100 mètres carres Encore ne savons-nous pas à quel moment de ia canonnade sa notation, llatteuse pour nous, a pris lin.
- Partout nos troupes trouvèrent les lignes allemandes remplies de cadavres.
- On juge de l’elfet démoralisant (prune avalanche de ce genre doit produire sur l’ennemi. Des troupes aguerries, retour de Itussie, s’enfuirent purement et simplement, et ce fut le cas devant le front, anglais, car là aussi, de meme qu'en Artois, le bombardement préalable fut d’une intensité sans pareille. Ailleurs, en Champagne, les troupes allemandes de première ligne, hébétées, prostrées, se montrèrent incapables (le
- pi fcc:k a n.ivMAxm:
- MISK HORS 1)K SlCltVICK APllICS
- NOTR1C ACTION D’AirrH.I/KKIK
- avancée des positions allemandes et rasant fils de fer et parapets ; les canons courts fouillant les abris profonds; les grosses pièces démolissant les batteries adverses et barrant la route aux troupes de seconde ligne.
- Spectacle grandiose, spectacle infernal, s'il en fut . .Jamais pareil ouragan de fer et de feu ne s’était abattu sur un champ de bataille. Ce lut le rasement, le nivellement presque complet des premières lignes de tranchées. Seuls résistèrent, dans une certaine mesure, les ouvrages fortifiés, les places d’armes qui, sur les points culminants, s’intercalaient dans les réseaux des boyaux.
- En Champagne, cette pluie de fer se prolongea soixante-dix heures durant Un officier allemand estime que dans le coin où il se trouvait et où une caverne solidement maçonnée, à dix mètres de profondeur, n'a pu le préserver de la moit il est tombé en-
- résistance au moment de l’assaut. La préoccupation qui l’emportait était de sortir de cet enfer. Aussi déprimante devait être, au premier moment, sur les troupes ennemies de seconde ligne et de l'arrière cette effroyable canonnade à laquelle leur propre artillerie ne pouvait donner qu’une bien faible réplique. On en jugera par ces impressions d'un correspondant allemand du front occidental, publiées par la Gazette (te Cologne :
- « Quel grondement, là-haut, sur la col-« line !... Toute l’atmosphère était dans un « état de sourde vibration. On aurait dit « qu’on ne percevait pas seulement le son « avec l’oreille. On avait la sensation physi-« que d’être secoué par les ondes aériennes. « C’était comme si le son émanait des pro-« fondeurs inconnues de la terre. Cela reste semblait plus, à la vérité, au grondement « souterrain d’un volcan lointain en éruption
- p.476 - vue 96/198
-
-
-
- SUR LE FRONT OCCIDENTAL
- 477
- « qu’à tout autre chose. La croûte terrestre « était secouée, ainsi que je l’ai éprouvé à « Java et à la Martinique, à de nombreux « kilomètres à la ronde et tremblait comme « un homme dans un accès de fièvre... »
- Mais rien ne vaut le témoignage de cet autre ennemi, un expert celui-là puisqu’il s’agit d’un officier d’artillerie, qui a relaté longuement ses impressions jusqu’au moment où une marmite ou un éclat d’obus
- français vint mettre fin à ses angoisses. Son récit, fait au crayon sur son carnet, se termine par ces mots, qui sont un magnifique hommage à l’habileté de nos artilleurs :
- « Et maintenant les « Franzmann » conti-« nuent à tirer dans le feu. Oh ! comme je « hais, mais aussi comme j’admire l’artillerie « française ! Ce sont des maîtres dans l’art « de tirer; nous ne pouvons réellement pas « les imiter, j’ai le regret de le dire. »
- Les brillants succès franco-anglais en Artois
- Notre première offensive en Artois avait donné des résultats brillants mais incomplets. Elle nous avait rendus maîtres de la première ligne de défense allemande, sur une étendue de moins de 10 kilomètres, mais au nord de cette zone, dans la région de Loos, nous n’avions pu progresser, et tout aussi vains avaient été les efforts de l’armée anglaise qui nous prolongeait, vers le nord, dans le secteur peu étendu de la llassée.
- L’offensive du 25 septembre, au contraire, se caractérise par une réussite de la manœuvre sur tout le front d’attaque. Aussi essentielle que la nôtre, en effet, a été cette fois l’avance de nos alliés britanniques, qui, le mois précédent, nous avaient succédé sur le sec-teurVermelles-BuI-ly-Grenay.
- Le barrage allemand dans cette région n’aassurément pas la puissance de résistance qu’il affecte plus au sud, où il s’appuie sui-les défenses naturelles de la crête de Vimy. Mais tel qu’il se présentait avec ses lignes de trancnées successives et ses abris fortifiés, aménagés dans le plateau qui couvre à l’ouest Loos et Hulluch, il n’en offrait pas moins un système d’autant plus difficile à emporter, qu’au nord, à deux ki-
- lomètres environ au sud de la Bassée, il se reliait à deux places d’armes formidables, les ouvrages Kaiser Wilhem et Hohenzollern, que les Allemands considéraient comme
- imprenables.
- Lorsq u e 1 e 25 sep -tembre.à six heures trente du matin, les troupes britanniques sortirent de leurs tranchées, elles trouvèrent devant elles des adversaires démoralisés par le bombardement intense qu’elles avaient subi, un ennemi surpris et de l’attaque elle-même et de son impétuosité. En moins d’une heure, nos alliés enlevèrent la première et a seconde lignes de tranchées ennemies. A huit heures du matin, ils péné-es talons des Allemands, dans le village de Loos. Là, ce lut un combat furieux de maison à maison, une lutte dans les caves où les Allemands avaient organisé des centres de résistance et d’où certains officiers teutons continuaient, par le téléphone, à guider le tir de leur artillerie ; mais finalement la ruée britannique emporta tout, y compris le cimetière hérissé de mitrailleuses, et, débordant, le village à l’est, les assaillants se portèrent d’un élan jusque sur la hauteur dite cote 70 qui, à 800 mètres de Loos, domine les charbon-
- traient, sur 1
- LE THEATRE DES OPERATIONS l-'RANCO-ANGLAISES
- p.477 - vue 97/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 478
- nages de Lens. Ils s’y installèrent et s’y organisèrent.
- Plus au nord, les Anglais étaient parvenus jusqu’aux lisières d’Ilulluch et une troisième attaque les rendait maîtres des carrières, à l’ouest du plateau qui s’étend entre Hulluch et Iïaisne.
- Le lendemain les combats continuent, avec acharnement et si nos alliés perdent un peu de terrain au sud de la cote 70, ils ont la satisfaction d’avoir pris les deux fortes redoutes Hohenzollern et Kaiser Wilhelm.
- Depuis lors, les Allemands ont tenté de réagir violemment et de remettre ees succès en question. Au prix des plus gros sacrifiées, ils sont parvenus à reconquérir l’ouvrage Ilohenzollern dont la possession aux mains des Anglais représentait une menace de liane sérieuse, pour leur saillant de la Passée, mais dans l’ensemble nos alliés ont maintenu leurs gains et tiennent sous leur feu les abords de la plaine de Lens; c’était le but stratégique à atteindre.
- Un ordre du jour du maréchal h'rench résume ainsi les résultats obt enus par son armée, résultats qui dépassent en importance tous les exploits précédents de nos alliés : les troupes britanniques ont enlevé, sur une étendue de 6.500 yards, la première et la seconde lignes de défense allemandes; elles ont fait 3.000 prisonniers, pris 25 canons ainsi que de nombreuses mitrailleuses; elles ont repoussé de nombreuses contre - attaques de l’ennemi et lui ont infligé, de ce fait, de très grosses pertes nouvelles.
- Pendant ce temps, dans le secteur suivant, celui d’Arras, les troupes françaises faisaient besogne aussi utile et également difficile. L’assaut, du 9 mai suivi des longs combats qui durèrent jusqu’en juillet nous avait rendus maîtres de la première ligne de défense allemande, Notre-Dame-de-Lorette, Ablain, Saint-Nazai-
- re, Carency, Neuville-Saint-Vaast et le Labyrinthe.R est ait à emporter la crête longue de 7 kilomètres — dite assez improprement crête ou falaise deVi-iny, puisque cette localité se trouve* bien en arrière de la ligne de faîte — cpii nous sépare de la plaine du Nord et de Douai, distant d’une vingtaine de kilomètres.
- C’est, cette ligne, située à deux ou trois kilomètres en arrière de la précédente, que nous avons attaquée le 25, en enlevant pré-a laidement ses abords. Souciiez au centre, avec son cimetière, le Cabaret Rouge et le parc de Car-lcul avaient passé de mains en mains an cours des mois précédents. C’était notre premier objectif tout désigné.
- Lorsque, après cinq jours de préparation d’artillerie le signal fut donné, le 25 septembre à midi, nos troupes, d’un seul bond, atteignirent Carleul, le bastion avancé de Souciiez et, Pilot sud de ce village. D’autres contingents prenaient d’assaut le cimetière de Souciiez et se portaient sur les premières pentes de la cote 119, qui s’étage entre Souciiez et Givencliy. Plus au nord, nos hommes, dévalant le long de Notre-Dame-de-Lorette, abordaient la lisière du bois de la Hache, où les Allemands étaient formidablement retranchés.
- Le feu des batteries allemandes de Givencliy, de Lié-vin et d’Angres parvint à raient ir notre progression mais non à la paralyser. Le 25 au matin nous tenions le centre de Souciiez, mais nous n'avions pu nous maintenir dans le cimetière. Le, commandement. décida alors de traverser Souciiez de front pour se porter sur la cote 119. Les Allemands, menacés d’être coupés, abandonnent la place, y compris le cimetière. Au cours de ces deux journées nous avions fait 1.378 prisonniers dont un grand nombre de combattants valides.
- EA REGION DE HUT.EUCII, I.OOS ET I.ENS
- GÉNÉRAI. 1.ES1.I G/RUNI)1,G
- L'un des grands chefs anglais (/ai s'em/tarèrtnl de Loos.
- p.478 - vue 98/198
-
-
-
- SUR LE FRONT OCCIDENTAL 479
- Mais ce n’était là qu’un beau début et la plus grosse tâche, celle qui consistait à prendre les hauteurs 119 et 140, le point culminant de la crête de Viiny, restait entière.
- C’est un véritable siège qui va commencer, et une série d’efforts successifs qui, par petits bonds, nous rapprochera du résultat final.
- En partant de Neuvillc-Saint-Vaast, nous nous sommes emparés des lignes de tranchées ennemies à l’est de Thélus, la position allemande qui couvre Vimy par le sud. Lente est notre progression par là, mais continue aussi, et notre succès s’affirme d’heure en heure.
- Plus dure encore est la lutte dans le secteur du bois de la Folie, aux abords immédiats de la cote 140. C’est un des plus forts centres de résistance de l’ennemi et ce n’est qu’au
- prix d’un effort de tous les instants, à coups de grenades et de bombes, que nos troupes, inlassables, parviennent à y progresser.
- Plus au nord, nous rencontrons une résistance opiniâtre dans les bois de Given-chy. Mais là aussi nous restons peu à peu sur les positions ennemies. IN^êmc emprise encore entre Souehez et Angres.
- En résumé, malgré toutes les violentes contre-attaques de l’ennemi, il est incapable de s’opposer à l’investissement de plus en plus étroit que nous opérons de cette falaise de Vimy dont il souligne lui-même l’importance militaire en la faisant défendre par des troupes de la garde prussienne, troupes fatiguées d’ailleurs par de longs combats et amenées en toute hâte du front oriental.
- La lourde défaite des Allemands en Champagne
- Quand, le 25 septembre, à 9 h. 15 du matin, la vague française sortit du lit de nos tranchées, submergeant tout sur son passage, sur un espace de près de 25 kilomètres, ce dut être un spectacle inoubliable. C’est en chantant que nos hommes se ruèrent irrésistiblement sur les trois premières lignes de tranchées ennemies et tel fut leur élan, leur impétuosité que moins de vingt-cinq minutes après le signal du départ
- fortement organisés, véritables forteresses édifiées dans l’intervalle des tranchées ou établies sur des points culminants.
- Si nous parcourons le champ de bataille, de l’ouest à l’est, d’Auberive à Ville-sur-Tourbe, nous constatons que les écrits officiels, si courts, ne sont pas très explicites sur ce qui s’est passé à notre extrême aile gauche, c’est-à-dire autour d’Auberive. On nous laisse simplement entendre que ce
- CARTE MONTRANT NOTRE PROGRESSION DANS DE SECTEUR CHAMPENOIS
- arrivait en arrière de notre front le premier paquet de prisonniers allemands.
- Sur certains points l’avance, ininterrompue, fut de quatre kilomètres. Ni les centres de résistance ordinaires, ni les batteries des premières positions, aussitôt entamées et prises, ne purent arrêter le flot, fl fallut, pour le briser, certains ouvrages
- point d’appui allemand, bâti en gradins et transformé en citadelle n’a pu être réduit. La colonne d’attaque suivante s’élevant le long de la route de Saint-Hilaire à Saint-Souplet ne put atteindre que les jours suivants le dos du pays, haut de 139 mètres, connu sous le nom d’Epine de Vedegrange. Sauf dans ce secteur de 5 kilomètres et dans
- p.479 - vue 99/198
-
-
-
- 480
- LA SCIENCE ET LA VIE
- celui plus rétréci encore de l’autre aile d’attaque, c’est-à-dire à l’ouest de Ville-sur-Tourbe, nos progrès furent plutôt rapides Ils le furent particulièrement dans la région comprise entre les trois routes qui partant de Souain condidsent respectivement à Somme-Py, au tunnel du chemin de fer de Challerange en passant par la butte de Souain et à Talnire. Tandis que sur la première les braves coloniaux de Marchand ne s’arrêtaient que devant la ferme de Navarin, les troupes d’Afrique franchissaient d’un bond les lignes allemandes et s’élançaient
- à l’assaut du formidable bastion que représente, au nord de Massiges, un plateau aux doigts escarpés vers l’ouest et vers le sud et auquel, à cause de sa configuration générale, on a donné le nom de Main de Massiges. Dès le premier jour, nos magnifiques troupes atteignaient le sommet haut de 191 mètres.
- En résumé, en une seule journée, nous avions conquis un terrain d’une superficie de 40 kilomètres environ, pris un matériel considérable, dont une centaine de canons dont le nombre fut porté ultérieurement à 144, et fait une vingtaine de mille de pri-
- ÏJATTKRIK ALLEMANDE ABRITÉE PAU UN COTEAU AVANT D’aLLKK FEKNDRE'rOSITION
- à travers bois dans la direction de Tahure. A leur droite, les contingents savoyards et dauphinois s’emparaient d’un saillant ennemi, réduisaient l’organisation ennemie du Trou Bricot et, après avoir dépassé la route de Souain à Tahure, gravissaient la pente sud de la cote 193. Pendant que la butte de Mesnil résistait à nos efforts — et elle continua à former promontoire au milieu des positions conquises par nous, — nous prenions d’assaut, au nord de Beauséjour, une véritable forteresse allemande et ce gain nous permettait de pousser jusqu’à Maisons de Champagne, sur la route qui conduit de Perthes à Cernay-en-Dormoise.
- Plus loin, sur la partie orientale du front de bataille, l’infanterie coloniale s’élançait.
- sonniers, avec un pourcentage considérable d’officiers. Il s’agissait maintenant d’entamer la seconde ligne de défense ennemie allant de l’est de la ferme de Navarin à la Justice avec les saillants que formaient dans nos nouvelles lignes les fortes positions, restées aux mains de l’ennemi, de la butte de Souain, la butte de Tahure et la butte de Mesnil.
- A l’ouest de la ferme de Navarin, grâce à la jonction de deux colonnes, nous prenions fermement pied sur la cote 193. Plus à l’est, nous nous installions au sommet de la cote 201 qid fait face à la butte de Tahure et assurions la conquête de cette dernière en enlevant d’assaut un fortin qui en défendait les abords. Notre avance fut tout aussi caractérisée sur la Main de Massiges.
- p.480 - vue 100/198
-
-
-
- S V R L E F R ON T OC Cil) E N T A L
- 481
- Une contre-attaque allemande partie du nord-est, région de la Justice, essaie vainement de remettre tous nos progrès en question dans ce secteur. Les troupes d’assaut furent balayées par le l'eu de nos mitrailleuses et de notre art il lcrie.
- A partird’oc-tobre les con-lrc-attaques de l'ennemi, qui. nous oppose la plus grosse partie de ses réserves, vont d’ailleurs se multiplier sur tout le front de Champagne. S'a résistance est particulièrement forte à la butte de Mesnil, où l'enchevêtrement des boyaux allemands et français" constiti e un terrain d’assaut d i f fi c i 1 e.
- Nous parvenons cependant, dans la nuit du 1er au 2 octobre, à progresser sur ce point et forçons les Allemands à se retirer de leur deuxième ligne de tranchées sur leur troisième position.
- Le 8 octobre, nous faisons un nouveau
- bond important. Au centre de la deuxième position allemande, nous prenons d’assaut Tahure et bous nous installons sur la butte de ce nom qui, à 192 mètres d’altitude, domine le village au nord.
- Mais, il faut bien le reconnaître, la deuxième position allemande reste forte. Elle l'est d’autant plus que la défense ennemie, établie à contre-pente, éciiappe le plus souvent à notre observation directe. Au surplus, do-v r i o n s - n o u s l’enlever que déjà il organise une troisième ligne sur les coteaux qui bordent le Py au nord. Certes, nous s o m m e s en mesure de le déloger de sui-mais ce résultat, si nous voulons l’obtenir sans délai, nous coûterait de lourds sacrifices. On peut se demander dans * ces conditions si le haut commandement ne jugera pas expédient de préparer à loisir, patiemment, cette seconde partie des opérations.
- PANTASSIN LANÇANT UNE GRENADE A MAIN (Voir gage 547 l'article spécial consacré aux projectiles de tranchées)
- De l’Argonne à la Haute-Alsace
- L’activité sous forme de duels d’artillerie et de combats à coups de grenades a pour ainsi dire été ininterrompue en Argonne. Des principales attaques de l’ennemi, nous citerons : celle du 11 août, renouvelée par trois fois entre Binarville et la Fontaine-Houyette ; celle plus forte, menée le 8 septembre, après un bombardement intense, contre nos lignes de la partie occidentale de la forêt, et suivie le lendemain par une série d’assauts nocturnes à la Fontaine-aux-Charmes ; celle encore du 27 septembre, tentée sans plus de bénéfices, à la Fille-Morte.
- En Lorraine, c’est sur le front Lintrey-Reillon que nous avons eu à repousser quelques reconnaissances ennemies.
- Dans les Vosges, peu de faits à signaler. Le 9 septembre, les Allemands nous atta-.quèrent sur l’Hartmannsvillerkopf et réussirent à prendre pied dans nos tranchées, du sommet; une contre-attaque nous les rendit.
- Il faut arriver au 10 nolobre pour trouver de nouveau dans les communiqués le nom de l’Hartmannsvillerkopf. Encore n’est-ce que pour enregistrer une violente lutte, à notre avantage, de bombes et de torpilles.
- * 31
- p.481 - vue 101/198
-
-
-
- 481'
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 1.10 CKNKKAl, A l.KXKIilF, l.K NOUVM.VU CII11F 1) KTAT-.MA.IOlî ÜKNI’.IÎAI, l)F,S AH.MKMS liUSSl'.S
- Il a remplacé le général Ianouchkeviteh, appelé par le tsar à an autre poste.
- p.482 - vue 102/198
-
-
-
- L A SCIENCE ET LA VIE IS.i
- Quelques valeureux généraux russes
- (iKNKliAl, MK1TIX
- paru le sang-froid ci le eou-* rage qu'ils ont montrés pendant la difficile retraite de l'aligne, les généraux Tcher-bacheff, Palkewitch et Bout ch-Bricvilch ont reçu des mains du tsar la crois' de Saint-Georges de quatrième classe. Le général X i kit in commande les troupes (.a disrict d'Odessa, réunies pour être transportées en Bulgarie, en cas de besoin.
- (r'-lH'C 1) OI.DUMiOUtd
- (iKNKliAl, (i. R. V. ri'.STIC'iri’
- (iKNKRAI, 11. II. AI AUTOS
- T e grand-duc d'Oldenbourg ^ a le connu nullement vénérai des postes d'évacua'ion et d es formai ion s sa uit a i res dan s la zone de combat. Les généraux' Mardis et Pesticht. après s'être distingués en maintes a‘lions, ont été tués tous deu v pendant le repliement des armées russes en arrière de. Brest-Litoxvsk. (''étaient deux chefs d'une valeur reconnue de tous.
- p.483 - vue 103/198
-
-
-
- 1 NI
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Chefs allemands sur le front oriental
- J E général von Beloiv a remplacé le 1 J général von Ealkcnhausen dans le commandement des troupes allemandes qui. combattent en Courtaude ; le prince Léopold de Bavière commandait l'armée austro - allemande qui prit Varsovie et il opère toujours dans la Pologne centrale contre nos valeureux alliés.
- /IV n'a que des indications imprécises ^ sur le commandement des généraux von Stozmann, von Kôning, von Mor-gen, von Gerok et von Laucnsiein, triais on sait que ces chefs allemands sont à la tête de corps d'armée ou de divisions combattant sur le front oriental, soit en Ccurl'inde soit en Galicie.
- GÉMîlUL VON BKLOW J’IUNCK I,ISOPOLI) DIS BAVIISIUS VON STOZMANN
- VON KONING
- VON MOKGKN
- VON OIS KO lv
- VON KAU1SNKT1SIN
- p.484 - vue 104/198
-
-
-
- FAISANT FACE AUX AUSTRO-ALLEMANDS LES RUSSES REPRENNENT .
- UNE FRUCTUEUSE OFFENSIVE
- Les mois d’août et de septembre n’ont apporté aux Allemands, sur le front oriental, que des satisfactions assez illusoires. Ils avaient cru sur les trois secteurs de Courlande et de Lithuanie, de Pologne et de Volhynie, de Galieie enfin, infliger aux Russes des échecs tels que ceux-ci, enveloppés et détruits, dussent abandonner la partie En réalité, nos alliés ont accompli une
- retraite en bon ordre, jusqu’au jour où ils ont eu réuni les renforts et les munitions qui leur étaient indispensables, — après quoi ils ont repris l’offensive, forçant les Austro-Allemands étonnés à reculer à leur tour. Les manœuvres compliquées auxquelles Hindou burg, Maekensen et leurs lieutenants s’étaient livrés avaient coûté à nos ennemis plusieurs centaines de milliers d’hommes.
- En Courlande, nos alliés résistent énergiquement
- DtutANT ces deux derniers mois, la Courlande, la Livonie et les légions environnantes ont été le théâtre d'une des luttes les plus importantes de toute la guerre. Déjà, dans les mois précédents, Ilinden-burg, après avoir franchi la lisière de la Prusse orientale et le Niémen, s’était, attaché à progresser vers le golfe de Riga, en concertant son action sur terre et les opérations sur mer. Cette marche à l’aile gauche avait, dans sa pensée, un double objectif : menacer éventuellement Pctrograd et tourner le centre russe qui se couvrait de la Vistule et~de sa ligne fortifiée. Jusqu’au 1ur août cette tactiquen'avait donné que des résultats secondaires. Allait-elle en produire de plus sérieux ?
- La région dont nous devons nous occuper ici est arrosée par le Niémen dont le cours est des plus sinueux et qui, dans plusieurs de ses tronçons, constitue pour une armée réduite à la défensive, un excellent barrage : par les affluents du Niémen dont les principaux sont la Doubissa et laVilia— et par la Donna, fleuve important qui se jette dans le golfe de Riga. Elle est assez mamelonnée, bien que les hauteurs oscillent seulement entre 100 et 200 mètres et contient une zone lacustre très développée
- et d’abord difficile, entre la Vilia et le Niémen.
- Au début de la période qui nous occupe. Hindenburg s'est surtout efforcé d’atteindre Riga. C’est, d’une part, qu’en s'emparant de cette ville il acquérait une base solide, à proximité relative de Petro-grad, et pouvait y fortifier encore sa position- en s’appuyant sur la Hotte allemande; c’est, d’autre part, que la prise de Riga, l’une (les grandes cités de l’empire, devait avoir une répercussion morale considérable. Il disposait de forces très denses, alors que les forces russes adverses étaient, au début, assez réduites et manquaient de munitions. Ce ne fut qu’au mois de septembre, en réalité, et après que le grand-duc Nicolas eut quitté le commandement en chef, ipie le général Alexeief fut devenu chef d’état-major général, et que le général Roussky eut pris le commandement du secteur de Courlande et de Lithuanie, que cette aile droite russe affirma toute sa consistance, toute sa solidité.
- Dans les premiers jours du mois d’août, nous trouvons les forces allemandes aux alentours d’Eckau, à une faible distance de Riga, et à Pone-viecz, qui se trouve au sud de cette dernière ville, directement au nord de Kovno. billes
- GÉNÉRAI. EOLIVANOEE Le nouveau ministre, de la Guerre de Russie.
- p.485 - vue 105/198
-
-
-
- ISO LA SCI EX ('K
- ont de beaucoup dépassé Schawli, autour de laquelle tant d'engagements ont été livrés, billes tentent coûte cpie coûte de s’emparer de la ligne de la Donna, au nord-est, et au sud-est, de tout, le cours du Niémen. La tâche est malaisée, comme llindenburg s'en apen/oit : tandis <|u’il envoie vers Riga de gros contingents d'infanterie avec de l’artillerie de campagne, il installe de la grosse artillerie sur la rive droite du Niémen, pour bombarder les positions avancées de Kovno, et passer, s’il se peut, sur la rive gauche. La résistance est tenace. Dans la partie nord du secteur, entre la Donna et Eckau, les Russes
- ET LA VIE
- ment que sur un tiers de ce front, risque d’échouer en totalité, si l’aile gauche est contenue plus longtemps. ("est sur la ligne Kovno-Mitau qu’il attend ces renforts, concentrant momentanément ses attaques sur la forteresse de Kovno. Dans la nuit du 9 au 10 août, un formidable assaut, infructueux comme les précédents, est encore donné à cette place, et trois bataillons allemands sont presque totalement anéantis.
- Les lieutenants de llindenburg, von Below et von Kiehhorn, reprennent leur offensive vers le 12 août, autour de Jakobs-tadt, et de Vilkomir. mais les troupes russes
- V
- )Wiïiü3li
- O
- LIBAU^Û
- GOLFE DE RIGA
- Touckoum,,
- °Sita
- Mitai?
- V
- 1 Chavh
- Rejitsa
- ïxJakolstadt
- ‘ ..............................................
- rariamppl
- Tilsit
- Virballen)
- , 'PRUSSE 0RL.E f°
- losnigsberq ^ i « ^
- °! çjSuwaJh
- Lolan
- RIGA
- _______tylriedriçhstadt
- S/ R \Ikau
- s J N O
- ^ ^Dynabourg(Dvinsk)
- \ -n I Aovarskq1 & , 7
- AKüSSieny ( ^ ^NovoÆexandrovsk
- Vilkomir ^
- eïdanfi< Jvertsiany
- :Kovno
- Vilïa
- V
- Vilna Xj’yÇgnte ,
- qMMoio de fs cnn o
- |ita S".Æsc
- °0ranv m
- oscikowitschii
- O
- nirminmiirmFront Risse au 15Mai 1915
- i Front Russe au lVûctb5el 915
- I.K NOl’VK.U’ KKONT 1)K CO.MRAT I)KS RUSSES DANS I.KS PROVINCES lîAI/I'IQVKS
- utilisant la voie ferrée de Riga à Dwinsk. délogent les Allemands de la vallée inférieure du lleuve et les poussent l'épée dans les reins; sur le Niémen, ils brisent les premiers assauts (pii leur sont donnés et indigent, devant les fortifications de Kovno. d'énormes perles à leurs assaillants. A la lin de la première semaine d’août, llindenburg, qui a subi des échecs sérieux à Eriedrichstadt. (où sc trouve; l’un des passages principaux de la Donna), et à Vilkomir. sur un des affluents septentrionaux du Niémen, n’a pas encore avancé d’une ligne. Mieux, dans la région de Vilkomir, où il s'acharne, parce qu'elle commande à la fois les routes de Kiga. de Dwinsk, de Kovno et de Vilna, il est contraint à la retraite et laisse de nombreux prisonniers et du matériel, ("est alors (pie. surpris d'une telle défensive, il appelle (les renforts considérables, car toute la manœuvre. dont il est l'inspirateur sur le front oriental, bien <pi'i 1 ne commande directe-
- contiennent leur effort avec tant de vaillance (pi'ils sont obligés de reculer. Les Allemands sont plus heureux aux alentours de Kovno dont l'occupation leur paraît la condition de toute opération ultérieure en Lithuanie. Ils donnent assaut sur assaut sans sc soucier de leurs pertes, qui sont effroyables, et la prise du village de Godlevo, à 7 kilomètres de la ville, leur fournit une nouvelle et précieuse base pour leur bombardement, dont, les séances continuent......
- La deuxième semaine d’août est marquée par des luttes acharnées sur un front de plus de 120 kilomètres, et sans (pic llindenburg puisse encore se targuer d'un succès. Les Russes tiennent bon autour de Mitau et sur la Donna. Le feld-maréchal allemand va-t-il renoncer au mouvement qu'il a conçu et dont l'intérêt est si grand pour l'ensemble des opérations orientales? Non point. Peu lui importe de sacrifier les hommes. A Kovno. il se borne à suspendre les assauts d'infan-
- p.486 - vue 106/198
-
-
-
- SCR LE FRONT OR I ENTAI. IS7
- teric, pour redoubler la violence de sa canonnade. C'est ici qu’il obtiendra sa première satisfaction, encore qu’elle soit très chèrement payée. Le 16 août, après avoir reculé de 10 à 15 kilomètres sur tout le secteur <pii va de Mitau à Vilkomir, après avoir été chassé de Mitau par une lutte sanglante au moment où il comptait faire son entrée solennelle dans la ville, il réussit à enlever-plusieurs fortins de Kov-no, écrasés par ses gros obus, et à occuper les intervalles de ees fortins.
- Dès* lors, le sort de cette place apparaît réglé, et le 1S août, un communiqué de l’état-major allemand signale la prise de Kovno.
- llindenburg va maintenant s’efforcer d’enlever Riga et de progresser vers Yilna; mais Riga, qu’il peut attaquer à la fois par terre et par mer, constitue son principal objectif.
- La prise de Kovno a valu aux Allemands une assez, grosse déception, les troupes russes de la garnison ayant réussi à rejoindre les effectifs de campagne dont le centre était à Kochedary, à la jonction des voies ferrées Liban-Yilna et Kovno -Yilna. Le repli russe s’est effectué avec rapidité, méthode et ingéniosité.
- llindenburg se venge en reportant tout son effort sur la région comprise entre Kovno et Yilna. où il lance ses innombrables corps le long de la voie ferrée, vers le nœud de Kochedary.
- Ici, en dépit de la ténacité de nos alliés, la poussée allemande s’opère avec plus de succès. Les habitants de Vilna émigrent en masses à l’approche des colonnes allemandes qui, vers le 25 août, ne sont plus qu’à une cinquantaine de kilomètres de la ville.
- Dans cette partie septentrionale du secteur de Livonie et de Courlande, les forces allemandes tâchent de couper Riga de Dwinsk, en franchissant la Donna, entre Friedrichstadt et Jaeobstadt, mais elles subissent dans leurs assauts renouvelés de très fortes pertes et n’avancent (pie légèrement. Elles contraignent cependant les Russes à se replier à l’ouest de Friedrichstadt, tandis qu’elles arrivent le 18 août à Novoié Troki, à 25 kilomètres de Vilna. Mais lorsque llindenburg, (pii croit avoir la partie gagnée, tente une diversion
- sur Riga, au nord d’Eckau, et attaque sous un feu d’ouragan de son artillerie, la tête de pont russe de Friedrichstadt, sur la Donna, il subit une série d’échecs et perd de nouveau des milliers d'hommes. Ce succès incite les Russes (pii s'étalent repliés sur les deux rives de la Yilia — plus au sud — vers Yilna. à esquisser une offensive qui ne tarde pas à se développer opportunément,. Dans une des affaires (pii marquent cette offensive, ils enlèvent quatre canons et des mitrailleuses, (mis continuent à progresser: ils arrivent à proximité de Yilkomir et lancent leur cavalerie dans les alentours de Shervinty.
- Ils sont, il est vrai, moins heureux entre Ora-ny et Olita. au sud de Kovno, où se livre toute nue série de combats au début de septembre, combats importants, parce (pie de leur résultat dépend. pour nos alliés, le maintien des communications directes entre Yilna et (irodno, celte ville étant depuis la lin d'août très fortement menacée par les corps allemands.
- Finalement I Iindenbnrg conquit deux passages sur la Donna, près de Friedrichstadt, mais sans (pie cette opération parût décisive, car le cours de la rivière eM très rapide et d’ailleurs les troupes russes étaient très nombreuses dans cette région. I e 7 septembre, les Allemands dépassaient à l’ouest le village de Troki. Le 9. ils arrivaient au nord de Yilna. à, Ckivinta, (pii est située à 50 kilomètres de celte place, et ils se retranchaient fortement, comme si leur offensive était brisée. Il n’en était- malheureusement rien, car les jours suivants, se rendant maîtres d'une partie de la voie ferrée de Dwinsk à Vilna. ils touchaient au nœud de chemins de fer de Sventsiany. Cette marche des colonnes allemandes autour de la capitale de l'ancienne Lithuanie, bien qu'elle ait coûté plusieurs dizaines de milliers d'hommes à l’ennemi, constit ue de sa part une manœuvre savante et (pii lina'em.ent about it à son objectif. Dès le 18 septembre, il apparut, que la situation de Vilna était compromise, quand Roussky eut ramené ses troupes autour de la station de I’odbroje, entre Yilna et Sventstiany. Le 19, la ville succombait.
- I.K CKNKHAI. COSAQl'K Cil KI.MITZKY Pour s<i eoudieile héroïque sur les ehaPips de bataille, ce valeureux chef a été décoré par te tsar deT Aigle blanc avec glaivcs et de l'ordre de Saiul-Madiveir, égalnueui avec glaives.
- p.487 - vue 107/198
-
-
-
- 488
- LA SCIENCE ET LA VIE
- mais l’armée russe, bien que serrée de trois côtés à la fois, avait pu s'échapper par des défilés étroits. Les 50.000 hommes que les Allemands avaient sacrifiés pour obtenir ce succès relatif constituaient un prix bien élevé ! La ligne russe n’était pas coupée : Below, Ëichhorn et Hindenburg n’avaient abouti qu’à l’infléchir, tandis qu’entre Yilna, Dwinsk et Riga toutes leurs attaques étaient
- demeurées à peu près stériles. Ici le terrain conquis apparaissait des plus modestes. Quant au fameux raid des treize divisions de cavalerie, il s’était heurté aux Cosaques et avait été arreté net en cours de route.
- Dans les premiers jours d’octobre, les nouveaux efforts allemands contre Dwinsk furent repoussées par Rousski avec de très lourdes pertes pour les assaillants.
- En Pologne, les Russes contiennent les Allemands
- C’f.st dans cette partie du front oriental, en Pologne et dans le gouvernement de Grodno, que les Allemands ont progressé le plus rapidement au cours des’ deux derniers mois. On se souvient que pendant près d’un an, ils avaient été arrêtés
- qui avait eu ce sort trois jours plus tôt, les villes importantes de la Pologne sont Brest-Litovsk, qui a 45.000 habitants, et Bielostok, qui en a 70.000. En dehors de la Pologne proprement dite, au nord de la Narew et sur le moyen Niémen, est assise
- ÏMvientmy Lacs
- "------'
- Æava°
- okida^L fiakov .0 ,
- Mazure t ? ^^ "
- PRUSSE OR ^ M
- /,r TlohaimisburqO .-VxàP/^UsSOvets ^
- v Jsimark \ I • -d ' • u i
- o ^%Ldima oVaJmisk Baranontçh Samost
- Jousse:)B,elS“k JT „ • +
- VLakov/A , ^-Qmm CharAjlLSK0V
- d7 7 ° Jf J?, ^ ,i. oBudza
- Bock /gPhPlonsk Æ-------^ -A 4=- M ^ ^ j, -
- y.j- -Aa . 7 , j Q| Bl rI 0 \/16 C Z ] N'I 7n ni ? rh iv \i TouTniiP-iz
- Vfyssagrad'Q^K JIQuMHkorgievsk .--i-®_iîL *î-^ùo^semn i Loumimz ^
- Iowiczi<yk QpR'aff3
- |ARS0F df gaa^resuitovSk
- Kaw .Ivangorod 'WLodawaï ^
- L0DZ
- Petrokov
- fie*
- oEadonin, Q
- PKonsk
- >OpOCZEQ Tn-
- ïeprz
- Lublin
- O
- oErasmk
- PnmtBusse anl5Maii915
- I Front-Pusse au 1er0cthre1915
- CAllTE MONTRANT LES LIMITES EXTREMES DE LA RETRAITE DE NOS ALLIES EN POLOGNE
- entre leur frontière et la Vistule et que sur certains points de cette bordure ils avaient laissé des dizaines de milliers de morts. A la date du 15 mai, ils étaient encore entre les jacs de Mazurie et la Narew, et demeuraient à une sérieuse distance de Varsovie, d’Ivan-gorod, très loin de Lublin et de Krasnick. S’ils ont pu s’avancer au cours de cet été jusqu’aux marais de Pinsk et jusqu’au moyen Niémen, ç’a été uniquement grâce à la supériorité de leur artillerie et à la pénurie de leurs adversaires en munitions. Pour ces derniers, il n’en est plus de même aujourd’hui et ils le font bien voir à leurs ennemis.
- Outre Varsovie, qui était tombée aux mains des Allemands le 5 août, et Lublin,
- Grodno, qui a une population légèrement inférieure à celle de Bielostok.
- Dans la période qui nous occupe, les armées allemandes attaquent le secteur polonais et le gouvernement de Grodno par la ligne de la Narew, au nord, et par la région située sur la rive droite de la Vistule, au centre. Il s’agit pour elles de refouler les forces du grand-duc Nicolas bien au delà du Bug et de s’emparer de la seconde et forte ligne de défense que constitue ce fleuve.
- Léopold de Bavière et ses lieutenants ne s’étaient pas attardés, au début du mois d’août, dans les places de la Vistule évacuées par les Russes et conquises par eux. Tandis qu’un effort désespéré était tenté sur lu
- p.488 - vue 108/198
-
-
-
- SUR LE FRONT ORIENTAL
- 489
- TROUPES D'OCCUPATION ALLEMANDES DANS UNE PETITE VILLE DE LA POLOGNE RUSSE
- Narew et au sud de cette rivière, entre Ostrolenka et le Bug, ils s’engageaient résolument sur la grande chaussée qui va vers Wlodawa.
- De part et d’autre, la lutte était sanglante. A Ossowietz, le 6 août, les Allemands donnaient un assaut qu’ils soutenaient en lançant d'épais nuages de gaz asphyxiants, mais ils ne tardaient pas à être délogés des positions qu’ils avaient temporairement occupées; au confluent de la Narew et du Bug, à Serotok, ils étaient battus ; ils n’enregistraient un avantage qu’à Ostrow, entre Ostrolenka et la voie ferrée de Varsovie à Petrograd.
- Pendant toute la période du 7 au 12 août, des combats violents, mais un peu incohérents, se livrent sur ces différents secteurs. Le 13, les Allemands aboutissent à entrer dans Wlodawa, (pii e«t. à 95 kilomètres à l’est d’Ivan-gorod, et à 5(1 au nord de Kholm. Mackcnsen avait reçu ordre de prendre ce point à tout prix, parce que l’état-major berlinois croyait pouvoir, grâce à lui, assurer l'encerclement des Russes ; — mais à peine Mackcnsen était-il dans Wlodawa que ses adversaires reprenaient une vigoureuse offensive. Le général
- Alexeïeff avait, envoyé des renforts et des canons et scs troupes réussissaient à refouler les Allemands de 80 kilomètres en arrière.
- Durant les journées suivantes, le centre de l’action en Pologne fut entre Siedlets et Lukov. près de la jonction des lignes d’Ostrolenka et de Varsovie à Lublin. Le 14 août, les Russes enlevaient 800 prisonniers près de Lukov, en même tenlps qu’un certain nombre de' mitrailleuses. Les Allemands reprenaient leur avance vers le Bug et arrivaient au fleuve en amont de Ianov qui est en avant de Brest-Litovsk.
- Vers le 18 août, toujours tenus en échec aux alentours de Novo-Georgievsk, qui est au confluent de la Vistule et du Bug, les Allemands sont installés le long de la Narew supérieure, menaçant les abords de Biclostok et de Bielsk, puis de là s’infléchissent vers le sud-est. Ils multiplient des attaques qui leur font presque chaque fois gagner un peu de terrain, mais qui, le plus souvent., leur valent des pertes sensibles. Novo-Georgievsk tombe le 20 août, exactement quinze jours après la chute de Varsovie.
- Le 22 août, Ossowietv, qui se trouvait dès
- VON BARDOI.F
- Général autrichien commandant une division de cavalerie.
- p.489 - vue 109/198
-
-
-
- -MH)
- LA S('IES(E ET LA VIE
- lors quelque peu en Pair, vu le repli de la ligne russe, est évacuée. J/ennemi y entre aussitôt, mais ne trouve rien d’intact.
- La retraite toujours méthodique des Lusses et la poussée des Allemands sur la rive droite du Huit, au nord et au sud de Brest - Litovsk déterminèrent logiquement /évacuation de cette ville, qui commandait la seconde ligne de défense. C'eût été pure chimère, et c'eût été un grave danger à la fois (pie de prétendre y soutenir l'effort des envahisseurs, car les lignes de recul sont rares et difficiles en arrière de Minsk, Le 25 août, les Russes font sauter les fortifications et les ponts du Rug et se mettent en mouvement vers l’est.. Kn somme, ee repli est prescrit non seulement à la garnison, mais à tous les corps (pii sont stationnés entre la forêt de Bieloviez et Kovel. située sur une des branches du Pri-pet supérieur. Au début de septembre, les Allemands atteignent Lipsk et Sidia. à une Imitable de kilomètres à l'ouest de Grodno et 11e tardent pas à s'emparer de cette place.
- Maîtres de Grodno, les lieutenants de Mackensen marchent maintenant vers le sud-est, dans la direction de Volkovysk et de Slonim, en remontant la Chara.
- Pendant la fin de la deuxième semaine et aussi durant la troisième semaine de septembre, des actions violentes s’engagent vers Skidel, à l’est de Crodno,- et vers Koujny, au nord du Pripet, le point de convergence des effectifs du prince Léopold de Bavière et du général von Eichhorn étant Pinsk.
- Les Russes obtiennent des succès signalés faut au nord qu'au sud de Pinsk. Mais l’ennemi, après s’être rendu maître du cours de la Chara, et après avoir investi Pinsk au nord et au sud, entre dans celte ville le 17 septembre. Il subissait un échec sérieux, le 21 septembre, au village de Lyehtcha, et un autre, le 2 L entre Pripet et Chara.
- Au début d’octobre, les Russes reprenaient brusquement l’offensive et rejetaient l'ennemi au delà de la Chara. C'était l'ouverture d’une phase nouvelle pour nos alliés.
- Les défaites des Austro-Hongrois en Galicie
- La troisième partie du théâtre oriental de la guerre comprend la I bière de la Galicie et la Volhynie, la province russe la plus rapprochée de celte frontière.
- phase (pii nous occupe maintenant, ils allaient rencontrer les plus sérieuses difli-cultés et subir les plus grands revers.
- A la vérité et bien (pie toutes les troupes
- A U T RM C H E-
- Ungvar o
- o Schemnitz
- HONGRIE
- Miskolcz
- 11111111111111 iTl Front Russe au 15Mai1915
- Front Russe an lc.r0ctlfe19i5
- I.KS POSITIONS OCUUPKKK PAU I.F.S AUMKKS UUSSKS DK l.A GAI.ICIK APKKS I.Kl’HS V1CTOII1KM DU MOIS DK SKPTKMBKK KT DU DK1JUT d'OCTOBRK 1915
- ("était là (pie, jusqu'à cette période, les Austro-Allemands, avaient remporté leurs plus grands succès; (/était là (pie, dans la
- ennemies de cet te région fussent placées sous le commandement de Mackensen, (pii opère maintenant contre les Serbes, elles étaient;
- p.490 - vue 110/198
-
-
-
- S LH LJC F IL O NT ORIENTAL
- 41)1
- en grande partie composées d’effectifs autrichiens; les lieutenants de Mackensen s’appelaient Lintsingen, Pllanzer et Bœhm-Ermoli.
- II était très important pour les Russes de ne pas se laisser débusquer totalement, de la Galieie et de garder le contact, avec les Roumains, dont le Pruth arrose le territoire avant d'entrer en Pologne autrichienne. Tl y avait là pour nos alliés un objectif d'une valeur à la Ibis politique et militaire, puisqu’ils attendaient toujours que le cabinet de Bucarest prît et proclamât, sa détermination. La région entre la frontière russe qui longe la Sbrucj et. le Sereth, qui coule du nord au sud vers le Dniester, en arrosant Tarnopol et Tremblovla, et dont, il sera beaucoup parlé, est des plus marécageuses.
- Plus à l'ouest du Sereth, coule, dans la même direction. la Strvpa, (pii se jette dans le Dniester, un peu en aval de Stanislau.
- La Volhynie s'étend au nord-est de la Galieie. Le Meuve principal en est. le Styr, (pii se jette dans le Pripet. après avoir traversé les marais de Pinsk. Les villes peuplées y sont rares.
- Les centres les plus denses sont, justement outre la capi-t île Jitomir les places fortes qui constituent le triangle de Volhynie: Rovno, siège de corps d’armée, à peu près à mi-chemin de Varsovie et d’Odessa, à 450 kilomètres de Ki ev ; Dubno. d’où part, l'embranchement de la voie ferrée de Kremcnetz, et Lout.sk, ancienne capitale de la province, sur le Styr.
- L’intérêt de l’occupation de cette partie de la Russie était pour les Austro-Allemands de s'assurer une voie d'accès à la fois sur Kiev et sur Odessa. Mais de ce côté les obstacles allaient, être aussi graves que sur le chemin de Petrograd et, de Moscou. Pour relier par la pensée ce théâtre des opérations au précédent, il suffit de se rappeler que Loutsk n'est, qu’à 75 kilomètres de Kovel. située sur une des branches du Pripet. au sud-est de la forteresse de Brcst-Litovsk.
- Au début du mois d'août, les opérations sur le Dniester et, sur la Zlota-Lipa. où tant, d’engagements avaient eu lieu en juillet, n’ont qu’une ampleur médiocre. C’est le moment où Léopold de Bavière s'efforce de gagner du terrain après la prise de Varsovie, entre Vistule et Bug. et le théâtre de Galieie. par suite, ne se révèle (pie très secondaire. A peine signale-t-on quelques engagements
- GKNKIJAI, VON IiRKI)OW
- Au dire (Fs journaux allemands, il. commandait lu division de cavalerie teutonne qui entra la /trnnière dans la ville russe de. (Irodno.
- d’artillerie entre le haut, Bug et le haut Styr, et plus au sud, à l'ouest de la Strypa. Les communiqués du grand-duc Nicolas sont, à cet égard, d’un laconisme absolu. Les 7 et 8 août, un combat tout local se livre au confluent du Dniester et, de la Strypa, entre Autrichiens et Russes. Le résultat en est à peu près nul. Le 18 août, les Russes enlèvent deux lignes de tranchées sur la Zlota-Lipa.
- Les bulletins ofliciels de nos alliés s’abstiennent alors de faire mention jusqu’au ‘25 août, du secteur méridional, où manifestement, les adversaires demeurent en présence, attendant, les résultats qui seront, acquis sur le secteur central. Si les Allemands sont, battus dans la région du Bug moyen, ils n'auront aucun intérêt à avoir progressé plus au sud, et si les Russes reculent au delà de Pinsk, tout succès sur le Dniester deviendra pour eux superflu. Ainsi s'explique très simplement cette immobilité des deux partis. Le 25, le grand-duc annonce, en termes généraux, une canonnade sur le front de Galieie. Mais à partir du 2(>, le mouvement allemand s'étant dessiné dans le secteur central, l'activité s’v manifeste de nouveau.
- L’ennemi, en effet, tente maintenant une attaque sur la presque totalité de sa ligne. son offensive étant fout, spécialement, vigoureuse à Brczezany. (pii est située à la droite de la Zlota-Lipa et sur la voie ferrée de Lemberg à Tarnopol. L'ennemi semble d’ailleurs avoir la supériorité et c’est, ce (pii décide le haut commandement russe à renforcer ses effectifs. Les nouvelles de Bucarest signalent à ce moment l'arrivée de très importants comingents de troupes de réserve, près de la frontière roumaine, non loin de Bojan.
- L'attaque austro-allemande est d’ailleurs surtout dirigée et les événements ne tardent pas à en préciser la portée — sur la Volhynie. Mackensen prend comme base la région de Vladimir-Volynski. à l'est du haul Bug. et développe son action vers le’ Styr, oi il vise la forteresse de Loutsk. Aussi le général lvanof, (pii commande les Russes de (( secteur, et qui gardera le eommandemeni après qu'aura été remanié par Alexeïef h dispositif d’ensemble, procède-t-il à un dé placement, de ses contingents. Il s'agit d< protéger le triangle de Volhynie.
- L'offensive austro-allemande progresse ci celte région dans les derniers jours d’août
- p.491 - vue 111/198
-
-
-
- M )2 LA SCIENCE
- et le 30, un combat se déroule à Loutsk, sur les deux rives du Styr. Le front russe, de ce côté, semble être resté assez sinueux, car tandis qu’on se bat à Loutsk, on se bat aussi beaucoup plus à l’ouest, à proximité de Vladimir. La bataille prend un tour très acharné, non seulement en Volhynie, mais en Galicie, près de Tarnopol, où, dans une seule journée, les Russes renoussent jusqu'à huit attaques successives de leurs ennemis.
- Les Austro-Allemands croyaient envelopper l’aile «'anche de nos alliés, et la séparer violemment de la frontière roumaine. En réalité, ils perdent en une seule journée, 30 canons, 24 mitrailleuses et 3.000 prisonniers. La leçon est bonne de ce côté. EL lorsque von Pllanzer, qui dispose de cinq corps d’armée, fait venir ses renforts à la rescousse, il laisse sur le terrain de nombreux morts et blessés, entre Zlotchof et Boutehach.lelong d’une ligne de près de 00 kilomètres. 1 -es Russes se détendent avec une vigueur extrême dans l’anale de la Galicie orientale.
- Au début de septembre, ils sont obligés de poursuivre leur repli en Volhynie. De temps à autre, il font un bond en avant, ramassent quelques milliers de prisonniers, puis reculent méthodiquement devant un adversaire quelque peu surpris.
- Loutsk est occupée par les Allemands le 2 septembre, nos alliés s’étant retirés à une quarantaine de kilomètres à l’est du Styr, sur le front Olyka-Radsivilof, mais ce recul détermine un autre recul en Galicie. Les Russes s’appuient en couvrant Kiev, sur un massif de collines boisées, d’un accès difficile, puis plus au sud, sur la rivière Sereth, cpii coule à 50 kilomètres à l’est de la Zlota-Lipa, et enfin sur le Dniester, où Zalechiki demeure en leur possession. Mais ils ne se contentent pas de la défensive. Ils prennent à leur tour des offensives partielles et qui causent de grosses pertes à l’ennemi; usant, avec habileté de leurs autos-mitrailleuses, ils accomplissent des raids subits qui déconcertent les troupes de Mackenscn : ces offensives se succèdent à la droite du Styr, sur le Sereth, et jusqu’au Dniester, si bien que du 2 au 3 septembre ils capturent plus de
- ET LA VIE
- 3.500 hommes. Maintenant les communiqués parlent quotidiennement de batailles en forces. Les Allemands font un effort acharné pour se saisir de Rovno et de Dubno et conquérir ainsi tout le triangle de Volhynie. Ils cheminent lentement, d’un côté parce qu'ils sont harcelés à chaque instant, de l’autre parce que le pays qu'ils traversent a été dévasté par les Russes selon un plan préconçu.
- Il faut que l’état-major de Berlin et celui de Vienne attachent désormais une importance extrême à ce secteur, tant négligé auparavant, car ils y groupent jusqu’à seize corps, soit près de 500.000 hommes, sur un front de 200 kilomètres. Cette concentration formidable ne leur vaudra d’ailleurs aucun profit substantiel, tout au contraire. Au moment précis où elle s’achève,commence pour Mac-kensen une série d’échecs significatifs. Le 7 septembre, près de Tarnopol, Ivanof inflige une véritable défaite à la 3(' division de la garde prussienne, à la 48l' division de réserve allemande, à une brigade autrichienne et à une nombreuse artillerie! Du coup, après a voir fait des milliers de morts et de. prisonniers, il capture 200 officiers, 8.000 hommes et 30 canons.
- Cette victoire était complétée pav une autre victoire remportée un peu plus au sud, à Tre7nbovla, où le chiffre des prisonniers était de -10 officiers et 2.500 soldats. Depuis le 3 septembre, nos alliés avaient enlevé sur le Sereth, 383 officiers, 17.000 hommes. 33 canons et GG mitrailleuses. On pouvait dire que les Austro-Allemands ayant perdu sur ce front la valeur d’un corps d’année en peu de temps, l’avantage d’Ivanof était d’ordre non seulement tactique, mais encore stratégique. Et la poussée de von Pllanzer sur Kiev paraissait nettement enrayée.
- Les victoires des 7 et 8 incitaient les Russes à poursuivre leur marche en avant. Le 10 septembre, ils faisaient encore 2.500 prisonniers près de Tarnopol et 800 sur le Sereth. Le 11, car il faut suivre pas à pas cette action violente, le bilan des prisonniers est de 4.300 dans la région de Tarnopol. A ce moment, le général von Kluege, qui est rendu responsable de ce désastre galicien,
- GKNKRAI, COI.A ni)
- Nommé gouverneur de la Galicie après l'évacuation (F une parti e de cette p rov i > i ce par les liasses.
- OKNÉliA I. 1) RAISIN G Il commande une division allemande qui comtal, eu Galicie, avec l<‘s troupes de Frun ^ oi s-Joseph.
- p.492 - vue 112/198
-
-
-
- SUR LE FRONT ORIENTAL 493
- est mis à la retraite par Guillaume II, ce qui constitue ifn aveu officiel de- l'état-major de Berlin, bien que les journaux restent muets.
- Jusqu’à ce jour, les événements de Galicie n’avaient eu aucune répercussion sur ceux de Volhynie. Les Austro-Allemands avaient continué à cheminer sur le Styr et vers la Gorym, à travers la région de Rovno, non sans subir des pertes. Mais ils paraissent désorientés, si bien qu’à ce moment on se pose cette question : tâcheront-ils d’enlever Rovno, afin d’entrer en Bessarabie et d’influencer les Roumains, ou bien reprendront-ils une marche de front vers Kiev?
- Les Russes se chargent d’ailleurs de remettre toutes choses au point, et à dater du 13 septembre, ils prolongent jusqu’en Volhynie l’offensive qu’ils avaient prise plus au sud. Tls retraversent, en effet, la Gorym, où ils capturent tout un bataillon autrichien, et poussent au nord-ouest de Rovno, où ils font 1.300 prisonniers; ils en font 9.500 au sud-est de Kremenetz et tout près de la frontière galicienne; ils en font 2.T00 à l’ouest du Sereth et peuvent totaliser à 40.000 cexix qu’ils ont pris du 1er août jusqu’au 13 septembre. Nos alliés n’en restent pas là.
- Derajno est enlevé par Ivanof, le 10 sep-
- tembre, après une bataille qui coûte à l’ennemi 3.000 prisonniers, et cette journée et les suivantes vont préparer la reprise de Loutsk, le* refoulement des Austro-Allemands hors de Volhynie. Le 20, les Cosaques apparaissent et sabrent l’ennemi à lîojitze, qui est à 20 kilomètres au nord de Loutsk, et à Kivertzy, qui n’est plds qu’à 10 kilomètres, tandis que d’autres colonnes surgissent à 12 kilomètres au sud de la place, sur le Styr, accentuant son enveloppement. Le 21, nouvelle avance, au nord-est de Loutsk, à Tercmdo, où 700 Austro-Allemands se laissent capturer. Le 22 et le 23, bataille à Lissoviecz, dans la banlieue immédiate de la forteresse, et capture de plus 4.000 hommes. Loutsk retombe aux mains d’Ivanof qui, dans les journées suivantes occupe les têtes de pont des environs, celle de Ivrosno, entre autres et élargit l’installation de son armée le long du Styr. Ainsi un espace considérable avait été reconquis en Galicie.
- Dans les huit derniers jours de septembre, Lousk était à nouveau repris par les Allemands, mais c’était là un incident sans portée car l’avance russe recommençait aussitôt sur toute la ligne, en infligeant des pertes de plus en plus fortes à l’ennemi.
- Les hostilités russo-turques dans le Caucase
- Puu d'événements marquants se sont produits sur ce front, (pii est devenu tout à fait secondaire au cours des mois d’août et de septembre. Il se peut que la prise du commandement en chef par le grand-duc Nicolas, qui a succédé au vice-roi du Caucase, le prince Voroutzoff-Daehkoff, aboutisse à des décisions intéressantes, mais jusqu’au 1er octobre, aucun coup très important n’avait encore été frappé.
- meme secteur, ils subissent de grosses perles et doivent abandonner une position importante; ils y laissent 400 prisonniers. Le 23, dans le secteur d’Olty, ils sont battus devant Arkensk : le 30, ils sont refoulés le long du littoral et perdent encore de nombreux hommes.
- Pendant les journées suivantes, on ne signale que des rencontres de patrouilles dans le secteur de Van et dans la direction de Melazghert. Le 12 septembre, quelques
- V
- IJ
- I/K TRANSPORT i/k.YU POTAHLK AUX TKOUPKS ltUSSKS C O 31R A TT A NT K N AUMKNIK
- Les opérations militaires ont eu lieu comme précédemment vers Oity, vers Sary-kamisch et dans la direction de l’Euphrate.
- Le 12 août, les Turcs sont battus dans la région d’Olty et laissent 1.200 prisonniers dans le secteur de l'Euphrate. Le 16, dans ce
- combats se produisent dans la région d’Olty et les Russes prennent Arcka, sur le lac de Van, à 60 kilomètres au nord de cette ville. Le 24, ils progressent à nouveau. Mais dans l’ensemble, la situation générale n’a pas sensiblement varié depuis cette dernière date.
- p.493 - vue 113/198
-
-
-
- 4!) I<
- LA SCI KS CK ET LA VIE
- •. x«.v-“ •.'î; '4--
- 1,1
- (ÎKNKHAI
- POHltO, S()lTS-CIIKF Kll-LK Al.l'.SSANDHA
- D'KI AJ -MA.TOK IN Kl mil KH K A
- I)K I/AKMKK 1TAMKNN1Ï, KT SA l’iKHMTAK A VXI IA AI RK N° 1S.
- TltOISlÈMK
- p.494 - vue 114/198
-
-
-
- PEU A PEU, LES ITALIENS SE RAPPROCHENT DE LEUR OBJECTIF
- Réservant les opérations militaires de grande envergure pour le front oriental, où ils ont transporté d’énormes effectifs, les Austro-Allemands ont continué contre les Italiens la lutte d’aidillerie et la guerre de tranchées qu’ils ont inaugurées sur le front français il y a quatorze mois.
- Les Italiens ont riposté en concentrant tour à tour sur les diverses positions ennemies un feu d’artillerie intense exécuté par des pièces de tous calibres. Les Autrichiens n’avaient pas prévu que les troupes italiennes accompliraient le tour de force d e mettre en position des pièces à longue portée sur des sommets de 3.000 mètres d’altitude et plus.
- Dominant, au moyen de ces batteries liantes, les positions autrichiennes, l’armée italienne avance lentement mais sûrement et chasse l’ennemi de tranchée en tranchée et de sommet en sommet, dans leTrentin et au Carso. La lutte est principalement concentrée sur ce dernier front, où chaque jour on annonce de petites actions , tantôt dans le secteur de l)o-berdo, tantôt dans la zone de Sci Busi, actions qui se terminent toujours par l’occupation de quelques retranchements autrichiens et aussi par la capture d’une certaine quantité de prisonniers et de matériel de guerre : canons, fusils et munitions variées. Au début de septembre, le généralissime
- UE CKXKHAL JOKKKE KN Y O KN Kit A U ITAUKN
- français s’est rendu sur le front italien, qu’il a visité en compagnie du général Cadorna.
- Le général J offre a notamment examiné le secteur de la frontière qui s’étend du mont Corada aux Alpes carniques. Après avoir salué le roi d’Italie, cjui l’a nommé Grand-Croix de l’ordre militaire de Savoie, la plus haute des distinctions militaires de l’Italie, le général .Joffre est rentré à Modane, au bout de cette tournée de deux jours, via Caporettc-Udine, hautement satisfait de l’attitude martiale des troupes italiennes et des heureuses dispositions prises par nos alliés.
- Les Autrichiens n’ont pas cessé de lancer de nombreux obus sur le chantier naval de Monta 1-eone, où les Italiens ont eu à éteindre de très nombreux incendies.
- Cendant (pie se déroule cette lutte difficile, des dispositions très complètes ont été prises par l’administration militaire italienne en vue de la ram-pagne d'hiver. Des baraquements et des refuges ont été installés en grand nombre surtout le front pour abriter les conibîi t ta nt s. Les détachements affectés aux régions montagneuses recevront des fourrures, des gants et des sacs de couchage; en outre, des travaux de drainage et d'aménagement spéciaux ont été effectués pour rendre le séjour dans les tranchées plus supportable aux soldats (pii les occupent.
- Les avions autrichiens ont tenté un écr-
- is ITE AU OH ANI) QUAHT1KK (SKPTK.MBIŒ 1915).
- p.495 - vue 115/198
-
-
-
- 490
- LA SCIENCE ET LA VIE
- CANTONNEMENT DE CHASSEURS AI.PINS ITAI 1ENS NON LOIN l)Ii
- ROVERETO
- tain nombre de raids subits sur le front de l’Isonzo sans obtenir de résultats appréciables. Le 9 septembre, notamment, les aviateurs ennemis ont bombardé, sans causer de dommage, les localités de San Giorgio, de Pagni di Sella, dans la vallée du torrent de Maggio (Krenta) et de Gra-do. sur la lagune du même nom.
- Tout le long du front, de petites mais importantes rencontres ne cessent de se produire journellement; elles sont, dues à l’activité des détachements italiens envoyés en reconnaissance. ou aux surprises nocturnes que les Autrichiens tentent contre les positions les plus avancées. Ces rencontres tournent toujours en faveur des Italiens dont les troupes, tout en conservant leur élan et leur énergie dans l’offensive, ont su acquérir les qualités défensives cpii arrêtent partout les attaques des hordes fatiguées de François-Joseph.
- Des combats se sont ainsi déroidés sur le Nagler Spitz (8.248 mètres d’altitude), dans
- la haute Yalteline, dans la vallée de Cala-mcnto (val Sugana), au Passo délia Scnti-nella, dans la vallée de Scxten; les Autrichiens ont été chassés de leurs retranchements et ont abandonné des refuges puissamment blindés., notamment au col de Monte 1 î oce Carnico.
- Une action plus importante a été tentée le 9 septembre, contre les troupes italiennes qui occupaient Kas-treino Spitzen, dans la vallée du See-bach. Après une intense prépa ration d’artillerie, des détachements ennemis, appuyés par de nombreuses mitrailleuses, ont attaqué résolument les positions de nos alliés, d’où ils ont été repoussés sans pouvoir y prendre pied.
- Dans la zone du bas Isonzo, les reconnaissances aériennes des Italiens leur ont permis de constater que les Autrichiens construisaient sans cesse de nouvelles défenses solidement établies et ayant un caractère presque permanent. Ces ouvrages, garnis de grosse artillerie, sont occupés par de nombreuses
- CHAMP D’ACTION DE.S ITALIENS VERS TRENTE
- p.496 - vue 116/198
-
-
-
- SUR LE FltOST ITALIEN
- -IÎÎ7
- troupes arrivées récemment sur le front.
- Ces renforts importants ont servi à exercer le long du front italien une forte pression, au moyen d’attaques d’infanterie, précédées et accompagnées de violentes canonnades. Les offensives ont surtout eu lieu le long de la crête des Alpes carniques et vers Chiarso. Une partie de ces combats ont amené des détachements italiens alpins à entreprendre des raids hardis, à 3.000 mètres d’altitude,, contre les positions ennemies de Cresta Vil-lacorna, à la tête du torrent de Roce et de la Conca di Pre-sena, dans la haute vallée de Gcnova.
- Malgré les grandes
- difficultés causées par la nature du terrain glaciaire, les alpins ont atteint les retranchements ennemis, qu’ils ont attaqués et
- détruits, et ils ont pu regagner leurs cantonnements sans être inquiétés le moins du monde.
- Pendant que les Italiens continuaient à avancer sur le Carso, grâce à la puissance de leur grosse artillerie, leurs dirigeables lançaient des bombes sur la voie ferrée de Na-bresina et sur le champ d’aviation autrichien d’Ai-sovizza. Comme représailles, les Autrichiens n’ont rien trouvé de mieux que de détruire, à Trente, le monument élevé à la gloire du Dante ; les ornements en bronze du piédestal et la statue elle-même du grand poète, ont été démontés et brisés pour être, d’après les journaux allemands, convertis en armes.
- LA REGION DE PLEZZO ET DE TOLMINO
- Gal PACORI GERARDI Promu, à la suite d’une brillante action, commandant de corps d'armée.
- Un comité, composé d’hommes politiques français et italiens, s’est formé à Rome en
- vue d’étudier decon-eert les mesures à prendre dans l’intérêt moral et matériel des deux pays.
- Il s’agit de fortifier l’amitié qui unit les deux nations en ajoutant à leur alliance politique une union économique encore plus étroite.
- Ce comité a tenu à Cernobbio un congrès officieux dont la première réunion a eu lieu le 15 septembre, à la villa Este. Parmi les notabilités qui représentaient l’Italie, figuraient : M. I.uz-zati, ancien ministre des Finances italien ; le ministreRar-zilaï; les sénateurs Magiorino, Ferraris, de Cristaforis. La France était représentée par MM. Rarthou, ancien président du Conseil ; Stephen Fichon, ancien ministre des Affaires étrangères ; Gustave Rivet, président de la Ligue franco- italienne ;
- Ilerriot, sénateur, maire de Lyon; Dervillé, président du Conseil d’administration de la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Mediterranée.
- MM. Luzzati,
- Rarthou et Fiction ont prononcé des discours très applaudis, et des dépêches significatives ont été expédiées à l’adresse de MM. Yi-viani et Salandra.
- Dans les journées des 17, 18 et 22 septembre, des colonnes autrichiennes ont essayé d’enrayer
- les progrès d’une manœuvre enveloppante entreprise par les troupes italiennes pour s’installer sur la forte position du Monte
- LIEUTENANT MARCONI Il dirige les services spéciaux de télégraphie sans fil de Varmée italienne.
- * 32
- p.497 - vue 117/198
-
-
-
- 498
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Cosion, sur le plateau au nord-ouest de l’Arsiero. Cette contre-attaque a été brisée par la ferme résistance des Italiens qui se sont emparés de la position, sur le terrain de laquelle ils ont trouvé de grandes quantités de matériel de guerre, d’explo-sil's et de munitions de toutes sortes.
- Malgré le retour de la mauvaise saison, qui a provoqué tout le long du front italien d’abondantes chutes de neige, l’activité des batteries d’artillerie ne s’est pas un instant ralentie et a pris, au contraire, une vigueur nouvelle au début du mois d’octobre.
- Dans le bassin du Plezzo, l’artillerie ita-
- tout le long du front de l’Isonzo. Dans leur précipitation, les canonniers de François-Joseph ont même lancé des obus de gros calibre sur les premières lignes de tranchées occupées par leurs camarades de l’infanterie.
- Les Italiens ont poursuivi leurs succès dans la première semaine d’octobre 1915. Le 5, leurs colonnes occupaient Camperi et Alla-Volta, sur les pentes méridionales du plateau de Folgaria; l’ennemi se retirait vers Potrich, sur de nouvelles positions.
- Du 3 au 6 octobre, nos alliés résistaient victorieusement à une série d’attaques autrichiennes, depuis le mont Maronnia jus-
- TRANSCORT D’UN OBUS DESTINÉ AU CHARGEMENT ü’üNE PIÈCE DE 305 MILLIMÈTRES
- lienne a dispersé, par des tirs bien dirigés, une colonne ennemie qui s’avançait par la vallée de Skoritnica; elle a également ca-nonné, sur le Monte Rombon, des groupes de travailleurs ennemis chargés d’établir en ce point de nouveaux ouvrages de défense.
- Une attaque italienne, dans le secteur de Tolmino, a chassé définitivement les Autrichiens des hauteurs de Santa-Maria et de Santa-Lucia, mais la violence des contre-attaques de l’ennemi n’a pas permis aux alpins de conserver les positions où ils avaient pris pied, au prix de grands efforts, sur les contreforts de Urzli et du Vodil.
- Imitant les Allemands, les artilleurs autrichiens se livrent depuis quelque temps à un gaspillage inusité d’obus et de cartouches
- qu’à Valle Fonda, au sud du mont Durer. Le 6, au matin, les Italiens ont repoussé de très vives attaques sur le Carso, à l’aile gauche de leurs lignes du Monte San Micliele.
- En résumé, le Carso, qui constitue une immense forteresse naturelle couvrant Trieste, tombe peu à peû aux mains des Italiens, comme l’archiduc héritier Charles François-Joseph d’Autriche a pu s’en rendre compte lors du voyage d’inspection qu’il a fait du 17 au 28 septembre, tout le long du front italien, de Trente à Pola. L’impérial visiteur pourra examiner également le front autrichien de Serbie, où il verra les batteries et les divisions d’infanterie alliées chargées d’enlever F Herzégovine à ses futurs Etats au profit des Serbes détestés.
- p.498 - vue 118/198
-
-
-
- LA LUTTE SE POURSUIT LENTEMENT AUX DARDANELLES
- Assurément, l'expédition des Alliés aux Dardanelles demeurera un des plus grands incidents de la guerre européenne, un fait aux proportions énormes et unique dans l’histoire. Mais, ainsi que nous l’avons dit déjà, l’opération, impossible à réaliser sur mer, sans la coopération de forces
- armées, restait, même dans ce dernier cas, d’une extrême difficulté. Nous en avons la preuve tous les jours, et il faut l’admirable ténacité de nos soldats et des contingents britanniques pour résister aux multiples obstacles accumulés sur ce point par la nature et par nos adversaires turco-allcmands.
- Là aussi, c’est la guerre de tranchées
- Les Allemands ne pouvaient ignorer que la principale qualité du soldat turc, dont le courage est d’ailleurs connu, est un acharnement extrême dans la défensive. On peut dire des Turcs ce qu'on a.dit des Russes : ce sont réellement des forteresses vivantes.
- Ceci explique donc le caractère donné à la résistée/c dans la presqu’île de Gahipoli.
- C’est une au Ire guerre des tranchées qui a lieu là-bas, avec ses difficultés énormes et la quasi-impossibilité d’une offensive active, foudroyante.
- Aussi, l’avance des troupes alliées a-t-elle été fort lente, depuis le dernier exnosé de la situation aux Dardanelles que nous avons donné.
- Cependant, après un débarquement heureux de nouvelles troupes dans la baie de Souv-la, des actions couronnées de succès furent engagées au cours delà première quinzaine .d’août., et les contingents britanniques progressèrent d’environ deux cents mètres, sur un front de trois cents, au sud .de Krithia, et occupèrent plusieurs (trêtes de la région du Clnmukbaïr, après des assauts meurtriers pour l’ennemi. Le débarquement et les succès qui le suivirent, produisirent une vive impression sur les forces adverses, dont l’état moralfut affecté.Toutefois, elles attaquèrent énergiquement, dans la nuit du 14 au 15 août, Taile droite des Australiens et des Néo-Zélandais, qui les repoussèrent en leur tuant un grand nombre d’hommes. A cette date,
- dans un rapport sur les opérations dans la péninsule de Gallipoli, le général lan llamil-ton considérait la situation générale comme satisfaisante. Il ajoutait que l’esprit des troupes était excellent. Néanmoins, le commandant en chef de l’expédition reconnaissait que les résultats- obtenus ne réalisaient point les objectifs pour-mal gré les progrès accomplis et l'accroissement de la superficie au pouvoir des Alliés. Ces constatations ne sauraient nous surprendre. Nous avions exposé précédemment les raisons qui permettaient de prévoir que le corps expéditionnaire rencontrerait sur son chemin des obstacles qu’il ne surmonterait pas aisément. Aussi le reste du mois fut-il relativement calme.
- Pourtant, les 27 et 28 août, de nouveaux combats curent lieu dans le secteur nord de la ligne. Ils aboutirent à la prise de possession d’une position tactique reconnue importante, dominant la vallée d’Anafarta. Le corps d'armée néo-zélandais et australien prit une large part à cette lutte et réalisa un gain sensible de terrain. l)c très grosses pertes, furent infligées aux Turcs, qui, en outre, laissèrent entre nos mains des mitrailleuses et des lance-bombes, plusieurs centaines de fusils et de bombes et des quantités énormes de cartouches. Ces engagements coûtèrent aux Ottomans des milliers de morts et un nombre inouï de blessés. Aussi gardèrent-ils l’inactivité jus-
- EE GÉNÉRAI. BRULARD
- yricil africain, ancien colonel de la Légion étrangère, il commande aujourd'hui une division française dans lapresqu'ile de Gallipoli.
- p.499 - vue 119/198
-
-
-
- 500
- LA SCIENCE ET LA VIE
- qu'au milieu de septembre. A ee moment, ils usèrent de fusillades violentes et, pour la première fois, eurent recours à la mine afin de faire sauter les tranchées des Alliés. Ces tentatives furent aisément déjouées.
- De ce qu’on vient de lire, il résulte que les positions respectives des adversaires ne se sont pas modifiées considérablement depuis le début du mois d’août.Les conditions locales, si éminemment favorables à la défensive, expliquent ce fait, et nous n’en devons pas moins admirer la belle conduite de l’armée franco-anglaise, indifférente aux difficultés naturelles et affrontant le péril avec une superbe vaillance. A la longue, l’obstination des assaillants a produit son effet sur la population de Constantinople, et aussi sur le gouvernement dont plusieurs membres n’ont pas craint d’adresser d’amers reproches aux gé-néraux allemands. Il est certain que la Turquie ne se serait pas engagée dans une pareille aventure, où elle risque de disparaître de la carte européenne, si elle
- n’avait pas cru pouvoir compter sur l’aide effective d’une armée allemande. Cette armée, elle en attendait encore vainement l’apparition à la fin du mois de septembre. Aussi, fut-on sur le point de voir une émeute éclater à Constantinople, au lendemain du jour où des aviateurs russes vinrent y lancer des bombes qui détruisirent près de 3.000 maisons. Là comme ailleurs, les Allemands essayèrent de sauver la situation par des mensonges et. dans ce but, ils créèrent une édition spéciale du Tanin, où
- L ETAT ACTUEL DU FORT DE SEDDUL-BAIIR Ce vieil ouvrage défensif élevé à Ventrée du détroit des Dardanelles et que lesTurcs appelaient le (C château d'Europe^, a été complètement éventré par les projectiles des navires alliés.
- des dépêches de la trop fameuse agence Wolff apprennent maintenant chaque jour au monde musulman que la Germanie est victorieuse de tous ses ennemis.
- L’action terrestre s’est complétée par l’action navale, souvent très vive. Nos alliés britanniques, à la lin de la première quinzaine d’août, eurent à déplorer la perte
- du grand transport Iioyal-Edward, coulé dans la mer Egée par un sous-marin ennemi. Il y avait à bord 32 officiers, 1.320 soldats, 220 hommes d’équipage et plusieurs formations sanitaires. Six cents hommes seulement purent être sauvés. En regard de ce malheur, il convient de placer les résultats ac-quis par les sous-marins alliés, et que nous allons résumer. C’est d’abord la canonnière turque Berk-I-Sat-vet, coulée dans les Dardanelles par un sous-marin britannique, puis la destruction d’une colonne detrou-pes turques, surprise par deux sous-marins anglais, qui la couvrirent d’obus pendant qu’elle s’acheminait vers la ville de Galli-poli.LelG août, le pont du chemin de fer de Guebjcch fut gravement endommagé par un submersible français, qui tira dessus près de 50 coups de canon. Le grand transport Besme-Alem, qui portait 3.000 soldats, était torpillé et coulé deux jours plus tard. Le 19, c’était le tour, dans la mer de Marmara, du vapeur Yar-IIissar, chargé de munitions. Le 21, reprenant l’opération inachevée du 16, un sous-marin tirait 61 coups de canon contre le pont en fer de Guebjcch, faisant sauter un pilier, deux traverses, et tuant quinze des soldats chargés de la garde de çet
- p.500 - vue 120/198
-
-
-
- LA LUTTE AUX DARDANELLES 501
- ouvrage. On a su depuis que le cuirassé turc Kheyrcddin-Bcirbarossa, dont nous avons signale la destruction par une torpille dans notre précédent numéro, transportait 28.000 obus et 280.000 livres turques en or. _
- Enfin, cette liste serait incomplète si nous ne rappelions pas le très vif combat qui eut lieu entre trois sous-marins et deux contrq-torpilleurs turcs, accompagnant des transports chargés de munitions et de soldats. Ces transports furent coulés.
- L’un d’eux portait 15.000 grenades à main et 300 Allemands exercés à les lancer. L’un des contre-torpilleurs, le Tadihiar-I-MU-let, très avarié,réussit pourtant à regagner Constantinople. L’autre, plus endommâgé encore, fut obligé de se jeter à la côte.
- Indépendamment des faits qui précèdent, il convient aussi de rappeler quelques actions se rattachant à l’ensemble des opérations. C’est ainsi que vers la fin.du mois d’août, un sous-marin anglais parut tout à coup dans le golfe d’Is-mid (mer de Marmara) et mit à terre un petit groupe de marins qui essayèrent de faire sauter à la dynamite le pont du chemin de fer de Ghebizc, distant, à vol d’oiseau, de 46 kilomètres de Constantinople.
- Cette opération échoua en partie.
- Plus heureuse fut celle dirigée par un croiseur français contre les ateliers allemands Wagner, installés à Jaffa, et dans lesquels on fabriquait de grandes quantités d’armes et de munitions. Des memes ateliers étaient sortis plusieurs bateaux destinés à prendre part à une attaque du canal de Suez. Il convenait donc de mettre fin à cette production. Dans la journée du 12 août, le navire français s’approcha de la côte et donna avis du bombardement aux autorités locales, en accordant un délai convenable pour l'évacuation du voisinage des établissepients
- Wagner. Quelques heures plus tard, ces ateliers ennemis, adroitement canonncs, n’étaient plus qu’un amoncellement de décombres, mais le tir avait été si bien réglé que les maisons d’alentour n’avaient été atteintes par aucun de nos projectiles.
- Enfin, voici un exploit de‘l’aviation anglaise qu’il serait fâcheux de ne pas signaler. Le 12 août, le lieutenant aviateur Edmcnds,
- pilote d’un hydravion, attaqua, aux Dardanelles, un navire Lire qui transportait des troupes. Le lieutenant Ed-monds parvint à lancer une grosse bombe sur le pont de ce bateau, déterminant ainsi une forte explosion qui fendit le navire et, eloit-on, le fit couler avec toutes les troupes qu’il avait à bord.Il faut rapprocher ce succès de celui remporté dans la mer du Nord par un autre aviateur britannique, qui bombarda un sou s-marin allemand et le détruisit. On voit qu’iei encore 1 ’avantage demeure aux Alliés, en dépit de toutes les grosses forfanteries germaniques.
- Néanmoins, comme nous l’avons dit plus haut, l'ensemble des opérations, principalement sur terre, offre des difficultés considérables. On en jugera si l’on examine le communiqué du c* o m m a n d a n t en chef des forces des Dardanelles, du 7 octobre dernier. Il y était dit que la lutte, à cette date, et depuis la fin du mois de septembre, s’était poursuivie sans action importante. Des engagements de détail avaient eu lieu chaque nuit, ce qui avait procuré aux Alliés un progrès d’un peu plus de 250 mètres sur un front de 4 kilomètres. Il est évident que l’effort des Franco-Anglais se heurte à une résistance acharnée. La question est de savoir si la Turquie est en état de poursuivre pendant longtemps encore cette résistance. Les munitions peuvent lui manquer. Toutes les préoccupations alle.-
- CARTE MONTRANT TES POINTS DE LA PRESQU’ILE DE GALLIPOLI OCCUPÉS PAR LES ALLIÉS Les Français cl les Anglais occupent en commun la pointe sud de la presqu'île indiquée par dis hachures.
- p.501 - vue 121/198
-
-
-
- 502
- LA SCI EX CIC ET LA VIE
- U NT K BATTKRIK FRANÇAISE DK 75 ALLANT PRKNDRK POSITION, PllKS DK KRITHIA
- nuuulcs se sont portées sur ce point. Quant à l’intervention effective des forces germaniques dans la défense de Constantinople, grâce à l'action de la Bulgarie, on ne saurait nier son importance; si elle venait à se produire, les obstacles grandiraient aussitôt.
- Cela ne veut pas dire qu’ils deviendraient insurmontables, car nous avons la ressource d’augmenter la force de notre corps expéditionnaire d’Orient, et, de leur côté, les Anglais ont dans leurs colonies des réserves d’hommes qui ne demandent qu’à combattre.
- La flotte russe dans la mer Noire
- Lks opérations de nos alliés russes se sont heureusement poursuivies dans la mer Noire, où un grand nombre de voiliers et de transports, ayant à bord des hommes, des armes, des munitions ou du charbon, ont' été coulés. Nous ne croyons pas utile d’entrer dans le détail de ees actions, qui se ressemblent toutes. B appelons seulement que la marine russe, en moins de trois semaines, détruisit plus de deux cents navires à voiles, rendant ainsi à peu près impossible le ravitaillement de Constantinople, des armées et de la Hotte. Le gouvernement turc éprouvait, de ce fait, de très vives inquiétudes. Devant ces pertes quotidiennes, il renonça donc au système des voiliers et eut recours à celui des transports à vapeur, convoyc-s par des vaisseaux de guerre. Le 5 septembre, de grand matin, les torpilleurs russes Pronzitalny et Bystry, rencontrèrent quatre transports et une bar-casse chargés de charbon, en route vers le Bosphore et protégés par un croiseur cuirassé et deux torpilleurs de construction moderne. Le croiseur était armé de dix ca-
- nons. Sans se laisser intimider par l’énorme supériorité de l’ennemi, les torpilleurs russes engagèrent un combat qui se prolongea pendant plus de trois heures et se termina par la fuite des trois unités turques. Le croiseur, pour sa part, avait été gravement atteint. Le Bystry et le Pronzitalny poursuivirent l’ennemi jusqu’à son entrée dans le Bosphore, puis, rebroussant alors chemin, ils retrouvèrent les transports de charbon demeurés en mer près de Zoun-gouldak et les coulèrent à coups de canon, « exécutant une besogne utile, disait le compte rendu officiel de l’affaire, et réalisant en même temps une des plus brillantes actions de cette guerre navale ».
- Depuis longtemps déjà, nos alliés sont ainsi les maîtres absolus dans la mer Noire et cette maîtrise s’est naturellement manifestée dès que se sont produites les diffleu!-tées suprêmes avec la Bulgarie. Les ports de cette dernière ont été immédiatement bloqués par nos Alliés, qui n’avaient plus rien à redouter de ce qui restait valide à cette date des forces navales de la Turquie.
- p.502 - vue 122/198
-
-
-
- LES HOSTILITÉS NAVALES ET LES AGRESSIONS SOUS-MARINES
- Durant les semaines qui viennent de lument, les torpilla et causa d’irrcparabies s’écouler, la guerre navale n’a pas été dommages à deux d’entre eux. plus glorieuse pour les Allemands que Au commencement dix mois d’août, la
- marine anglaise eut à déplorer la perte du contre - torpilleur Lynx, qui coula dans la mer du Nord, après avoir touché une mine. Sur les cent hommes de l’équipage, officiers et marins, vingt-cinq seulement furent sauvés. Le 16, un sous-marin allemand se montra sur la côte du Cumberland et lança des obus sur les villes de Parton. Harrington et Whitehaven, ne causant que des dégâts insignifiants. Mais les pirates germaniques eurent, le 19 août, une éclatante revanche. Ce jour-là, en effet, vers neuf heures du matin, au large des côtes d’Irlande, ils torpillèrent et coulèrent le paquebot Arabie, ayant à bord 428 personnes, parmi lesquelles liguraient un certain nombre d’Américains. L’attaque eut lieu sans aucun avertissement. Les passagers de VArabie, se promenant sur le pont, aperçurent tout à coup ; Dunstcy, donnant de la bande par rapport à son ennemi, lui lança une et coulant à courte distance. Comprenant
- torpille qui l’atteignit de telle sorte qu’il le danger, ils coururent chercher des cein-
- coula instantanément. Le surlendemain , 1 e contr e-torpil-leur français Bisson, informé que le sous-marin autrichien U AS avait essayé de détruire un navire italien non loin de Brindisi, se mit à sa recherche, le découvrit, et le coula en lui envoyant trois obus, sauvant un officier et douze hommes.
- Dans les mêmes
- parages, le sous-marin français P^pin, aper- mirable. On sait quelle émotion et quelles cevant, le 9 septembre, un groupe de colères ce criminel attentat détermina aux torpilleurs autrichiens, s’en approcha réso- Etats-Unis, mais il n’est pas de notre sujet
- LE CONTRE-TORPILLEUR FRANÇAIS « BISSON Le 13 août 1915, il coula le sous-marin autrichien « dans ! Adriatique.
- U-13
- turcs de sauvetage, et cinq minutes plus tard le navire était torpillé à son tour, près de la chambre des machines, et coulait dix minutes après, ent raînant avec lui près de cinquante victimes, y compris trois des Américains. Il n’y eut à bord aucune panique et l’équipnge fit preuve d'un dévouement ad-
- par le passé. En dehors des faits ordinaires de piraterie à l’actif de nos ennemis, leur action maritime s’est traduite par une défaite écrasante dans le golfe de Riga, défaite dont nous rappellerons plus loin les conditions. Tout s’est borné pour eux à la destruction d’inoffensifs navires de commerce, à des attentats contre l’existence de paisibles voyageurs, et à l’assassinat de quelques marins anglais, échoués dans les eaux danoises et hors d’état de se défendre. Tout ceci va se retrouver dans l’exposé chronologique des événements.
- Dans la matinée du 11 août, un sous-marin italien et le sous-marin autrichien U-12 se rencontraient dans l’Adriatique et, pour parvenir à se torpiller, exécutèrent, durant une heure, des manœuvres rapides afin d’éviter le torpillage adverse.
- Enfin, le submersible italien
- ayant pu se mettre en position verticale
- AMIRAL VAUGIIAN-LEE Le nouveau chef de l'aviation navale anglaise.
- un vapeur, le
- p.503 - vue 123/198
-
-
-
- 501
- LA SCI ES CE ET
- LA VIE
- LE DESTROYER ANGLAISk LYNX »
- Ce. petit navire a sauté sur une mine, le 9 août 1915, dans la mer du ATord. Il jaugeait 950 tonnes.
- <lc nous occuper de ces graves incidents internationaux. Nous constaterons seulement qu’en dépit de leurs promesses les Allemands torpillèrent, le 4 septembre, près des îles Fastnet, au sud de l’Irlande, sans avertissement préalable, le paquebot Ilesperian, qui eut, par bonheur, le temps de mettre à la mer ses canots d e sauvetage.
- Il n’y eut aucun mort, mais les pirates n’y furent certes pour rien.
- Niladestruc-tion de VAra-
- bic, ni celle de VIlesperian ne pouvaient, au surplus, relever le prestige de la marine de guerre allemande, si peu brillante depuis le commencement des hostilités, et qui en est encore à justifier la fameuse parole sur l’avenir maritime de la Germanie. Ce prestige avait été atteint de nouveau, et cruellement, dans le golfe de Riga, à la suite d’une série d’opérations , entamées au cours de la nuit du 10 août, et qui se terminèrent, le 21, par la fuite de ce qui restait de l’escadre allemande, que commandait l’amiral Inge-nohl, disgracié depuis sa défaite.
- Cette escadre, après des attaques 'isolées contre le vieux navire Ilcuva, le 16 et le 17, pénétra dans le golfe le 1S, à la faA'cur d’un épais brouillard et engagea l’action contre les vaisseaux r us ses,
- qui se repliaient tout en combattant. Pendant les deux journées suivantes, l’ennemi poursuivit ses tentatives, non sans éprouver
- LE GOI.EE DE RIGA ET I.ES ILES QUI LE PARSEMENT C'est là que la flotte russe de la Baltique infligea à la flotte allemande de-l'amiral Ingenohl une grave défaite, dans la seconde quinzaine d'août 1915.
- des pertes sensibles. Tout ce qu’il put faire, fut de couler la canonnière Sivoulch,laquelle, aux prises avec un croiseur, incendiée, environnée de flammes, lutta héroïquement, et ne disparut dans les flots qu’après avoir vu couler le croiseur ennemi. Le 21, les Allemands prenaient la fuite. Ils avaient cru remporter une foule de victoires et ils perdaient huit torpilleurs, trois croiseurs et le transport militaire Comte-de-Moltke, de
- 12.000 tonnes. Ce désastre naval se doublait d’un échec mortifiant. Tandis qu’une escadre allemande tentait d’occuper 1 e golfe de Riga, une autre essayait d’opérer un débarquement à Pernow. Mais là, des territoriaux russes,aidés par de l’artillerie lourde, coulèrent les trois transports, chargés de troupes, qui se rapprochaient des côtes. C’est à peine si quelques soldats parvinrent à se sauver. A Berlin, on essaya d’organiser le silence autour de ces graves insuccès, mais la nouvelle transpira, et l’opinion publique se montra douloureusement affectée, malgré toutes les atténuations imaginées par les informateurs officiels.
- Il est vrai que la marine allemande avait remporté, le 19 août, dans les eaux danoises, un succès d’un genre particulier, et qui, après tout ce qu’on a pu voir depuis quinze mois, ne saurait étonner personne. Ce jour-là, vers cinq heures du matin, le sous-marin
- p.504 - vue 124/198
-
-
-
- 505
- LES HOSTILITÉS SUR MER
- britannique jE-13 vint s’échouer sur l’île danoise de Saltholm. Peu de temps après, le torpilleur danois Seelœven s’approcha de l’anglais et l’avertit qu’il avait vingt-quatre heures pour se dégager et partir. A ce moment, un contre-torpilleur allemand se présenta, mais ce fut pour se retirer à l’arrivée de deux autres torpilleurs danois.
- Il reparut à neuf heures, accompagné d’un autre torpilleur et tous deux se dirigèrent sur l’iS-13. Bientôt, l’un des Allemands envoya des obus sur le sous-marin, incapable de se défendre, et dont l’équipage vint se ranger héroïquement, les bras croisés, face à l’ennemi. L’LM 3 ne tarda pas à .s’embraser et les matelots survivants durent se précipiter à la mer pour ne pas périr dans les flammes. Les Allemands tiraient sur ces malheureux, qu’un torpilleur danois se hâta de sauver, tandis qu’un deuxième, se plaçant devant les meurtriers, mettait fin à cette scène abominable, à ce véritable assassinat de braves gens qui, étant dans les eaux neutres, devaient se trouver protégés par le droit international.
- Autrement chevaleresque apparaît la conduite de nos marins et de ceux de nos alliés dans toutes les circonstances où il leur est loisible de donner libre cours à leurs généreux sentiments. On peut rappeler, d’ailleurs, que jamais un Français n’a frappé u i ennemi à terre et qu’il s’est toujours empressé de lui tendre la main pour le sauver.
- Cette noble tradition se maintiendra toujours et en bien des circonstances, dans la guerre présente, nous avons eu la preuve de sa persistance.
- Quatre jours après l’accomplissement du crime que nous venons de raconter, et dont le souvenir ne périra point, dans la nuit du 22 au 23 août, un destroyer allemand fut rencontré, au large de Nieuport, par un
- contre-torpilleur français. Ce dernier, malgré son infériorité, ne craignit point d’attaquer le navire ennemi. Toutefois, avant d’entamer la lutte dans des conditions inégales, le commandant du contre - torpilleur français lança un appel « sgns fil » à un torpilleur de haute mer, qui croisait à petite distance. Mais ce dernier n’arriva (pie pour assister à la destruction du destroyer allemand, d’abord vivement canonné, puis torpillé et coulé. Les marins français, n’écoutant que la voix de l’humanité, se portèrent alors au secours (les naufragés allemands, et sans doute ils allaient en sauver le plus grand nombre, quand des batteries ennemies, placées aux environs d’Ostende, où l’action s’était peu à peu transportée, dirigèrent un ftu violent sur les embarcations de sauvetage.il fallut abandonner à son malheureux sort tout l’équipage du destroyer allemand , comptant deux cent vingt-cinq hommes environ.
- Quelques heures plus tard, à la pointe du jour, une flotte anglaise, comprenant une quarantaine de croiseurs et de contre-torpilleurs, apparaissait devant Zeebrugge, criblant d’obus les installations militaires et les usines qui fournissent aux sous-marins l’énergie électrique. Bientôt, une partie de l’escadre, longeant la côte entre Ostende
- et Knocke, bombarda vio-lemmcntles dunes où sont cachées les grosses pièces défendant Zeebrugge, et détruisit plusieurs de ces canons.En même temps, l’infanterie de marine allemande, massée à Knocke, subissait de grosses pertes et souffrait beaucoup de l’incendie qui dévorait une partie de la ville. Aucun des navires anglais ne fut atteint par le tir des batteries allemandes. L’action cessa un peu avant neuf heures. Les résultats obtenus furent, dit-on, extrêmement importants,
- AMIRAL INGENOIIL Il commandait la flotte allemande défaite dans le golfe de Riga par la flotte russe.
- LE CROISEUR-CUIRASSÉ ALLEMAND « MOLTKE »
- Ce navire de bataille de 23.000 tonnes et de 70.000 chevaux, prit part aux actions navales qui se déroulèrent dans le golfe de Riga, les 19, 20 et 21 août 1915.
- p.505 - vue 125/198
-
-
-
- LA SCIE* CE ET LA VIE
- .-()<;
- Dans les derniers jours de septembre, ou assista à une évolution de la piraterie germanique. Jusqu’alors, elle s’était exercée dans la Manche et la mer du Nord. Le 7 septembre, à cinq heures du matin, elle se montra en plein océan Atlantique, au large des côtes de France, à hauteur de Roy an, où le cargo-boat Bordeaux, revenant du Maroc avec un chargement d’orge, fut torpillé et coulé.
- Cependant, le sous-marin allemand donnaà l’équipage le temps de s’éloigner, et il n’y eut pas une victime. Le même jour, le cargo-boat Guatemala fut détruit au large de Belle-Isle ; les Allemands avant de le coider, vinrent prendre à bord les vivres, le champagne et les liqueurs. Enfin, le soir, un cargo-boat anglais, le Carony, subissait le même sort dans les parages de l’île de Ré. ^
- A la même date, et durant les jours qui suivirent la guerre sous-marine imaginée par les Allemands fit son apparition dans la Méditerranée. Le cargo-boat Aude, se rendant deMar-seille à (Iran, fut arrêté, non loin de ce dernier port, par un grand sous-marin portant les couleurs autrichiennes et qui intima à l’équipage l’ordre de (putter le bord. I.'Aude fut ensuite torpillé et coula à pic. Le vapeur anglais Alexandre, de la Compagnie Cunard, subit un sort semblable, et le vapeur français Ville-de-Mosta-ganem eut également le malheur de rencontrer le sous-marin destructeur de Y Aude qui, pour cette fois, avait arboré le drapeau
- allemand. Le torpillage, précédé d’une canonnade qui blessa légèrement plusieurs matelots, eut lieu à peu de distance de Mos-taganem. L’équipage, monté dans quatre
- embarcations, arriva sain et sauf à Alger.
- Le 3 octobre, c’était au tour du cargo-boat Provincia, appartenant à la compagnie marseillaise Cy-prien Fabre, d’être coulé dans la Méditerranée, au sud de la Grèce.
- L e Provincia, commandé par le capitaine Reig, se trouvait exacte-ment à quelques milles de Cerigo. Il se dirigeait vers le Pirée quand, à environ trois cents mètres du navire, surgit un sous-marin ennemi. Le commandant Reig essaya de l’éviter, mais sa vitesse, réduite à 10 nœuds à l’heure, l’empêcha de mettre ce projet à exécution.
- Le commandant du sous-marin donna l’ordre au Provincia de stopper, lui accordant dix minutes pour mettre les embarcations à la mer. Les quarante hommes qui composaient l’équipage se réfugièrent dans les canots et prirent le large. Le sous-marin lança alors une torpille sur le pauvre Provincia qui ne tarda pas à s’enfoncer dans les flots.
- Construit à Port - de - Roue en 1902, lePrc-vincia mesurait 100 mètres de long sur 12 de large et jaugeait 3.521 tonnes. Le fait que toutes les destructions que nous venons de mentionner n’ont point été accompagnées de la perte de vies humaines, n’cnlève rien, au caractère répugnant de ces attaques contre des navires de commerce, toujours respectés jusqu’alors.
- I.E PAQUEBOT « ARABIC », DE LA WIIITE STAR LINE
- Ce magnifique steamer de 16.000 tonnes a été torpillé par un sous-marin allemand, le 16 août 1915, ati large des côtes d'Irlande.
- LE STEAMER « IIESPERIAN », DE LA COMPAGNIE ALLAN
- C'est également Un sous-marin'allemand qui coula ce paquebot de 10.920 tonnes, le 4 septembre. 1915, au sud des îles Faslncl (côte d'Irlande).
- p.506 - vue 126/198
-
-
-
- NOS AVIATEURS ACCOMPLISSENT CHAQUE JOUR
- DE MAGNIFIQUES PROUESSES
- /
- En ces deux derniers mois, l’action aérienne a pris un développement considérable, au moins du côté des alliés, car les tentatives allemandes sont loin de répondre à ce que l’on pouvait attendre de nos ennemis, après tout, ce qui avait été dit de leur aviation et de leurs immenses dirigeables. Pin fait,, à l’heure où nous écrivons, nous n’avons à enregistrer à leur actif qu’un raid manqué de six avions vers Paris et quelques incursions de zeppelins sur T Angleterre,
- où ces géants
- ÎU. ltUNE ÜKSNARU
- Sous-secrétaire d'Etat à la Guerre, directeur de l'aviation militaire.
- des airs ne sont pas parvenus à créer cette épouvante terrible sur laquelle on comptait un peu naïvement en Allemagne.
- Cependant, il a paru aux alliés que la guerre aérienne pouvait atteindre à une ampleur encore insoupçonnée aujour-d ’ hui, et la France et l’Angleterre ont pris des mesures pour assurer à cette action toute la vigueur dont elle est susceptible. C’est, dans ce but qu’un sous-se-chez nous et tandis que le
- crétariat d’Etat a été créé confié à M. René Iîesnard, gouvernement britannique chargeait l’amiral Percy Scott d’organiser la défense de la capitale anglaise contre les dirigeables allemands, ce qui revient à dire qu’il a mission de les attaquer et de les détruire, seule méthode de protection en pareil cas. On peut croire cpie l’extrême prudence que nos ennemis apportent dans leurs expéditions ne suffira pas pour les garantir de la vigilance armée de nos voisins et amis d’outrc-Manche.
- Nous sommes en droit d’espérer beaucoup de l’aviation. Sur ce terrain, — s’il est loisible de se servir de ce terme — nous pouvons réaliser de grandes choses et inspirer aux Allemands cet effroi qu’ils comptaient rencontrer chez les Anglais. L’émotion intense provoquée dans toute l’Allemagne par le célèbre raid des avions français sur la ville de Carlsruhe, dont les résultats ont été énumérés dans le précédent numéro de La Science et la Vie, nous est une preuve que nos adversaires craignent tout de l’audace et du courage de nos aviateurs. Si des démonstrations de cette nature se multipliaient,, il est probable que nous n’aurions pas à enregistrer souvent des crimes semblables à celui de Lunéville, où, le 1er septembre, des aviateurs allemands profitèrent de l’heure du marché pour venir assassiner des femmes et des enfants. En , , _
- renouvelant J(nse (‘e Londres contre les
- des opérations zeppelins.
- comme celle de
- Carlsruhe, on n’obéit, pas uniquement à une pensée de justes représailles : on fait o uvre d’humanité, dans toute l’acception du mot.
- Malheureusement, si habiles et si braves que soient nos aviateurs, ils ne sont pas à l’abri du danger, et leur gloire s’accompagne parfois de deuils cruels. C’est ainsi que dans la matinée du G septembre, près de Sarre-bruck, le capitaine Féquant de la Touche périt sous les balles de mitrailleuses allemandes. Estimé et aimé de tous, le capitaine Féquant avait été un des premiers aviateurs
- p.507 - vue 127/198
-
-
-
- 508
- LA SCI EX CF, ET LA VIE
- militaires pourvus de leur brevet de pilote, et son courage n’ctait égalé que par son habileté. Il venait de prendre son vol, quand il fut soudainement attaqué par trois appareils ennemis qui le criblèrent de projectiles, l’atteignant à la tête et à la poitrine. Son compagnon ramena le cadavre du vaillant officier au plateau de Malzéville, d’oii il fut: conduit à Nancy pour être inhumé.
- Quelques jours avant, on avait appris avec une douloureuse stupeur la mort de Pégoud, devenu rapidement, depuis ses fameux exercices de la boucle, le plus populaire de nos aviateurs. On aimait tout de lui : sa témérité insouciante et son éternelle bonne humeur. Ses exploits parurent prodigieux, en juillet 1913, et il alla les renouveler, le 25 octobre de la même année, devant 200.000 Berlinois, stupéfaits et quelque peu vexés, de ce triomphe français. Parti comme simple soldat lors de la mobilisation, il se conduisit en héros, fut cité à l’ordre du jour de l’armée dès le 9 octobre 1914, nommé adjudant après la prise deVauquois, puis sous-lieutenant, de nouveau cité à l’ordre du jour, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec deux palmes et proposé pour la Légion d’honneur. En peu de temps, le hardi et adroit jeune homme —- Pégoud est mort à vingt-six ans — était devenu la terreur des aviateurs allemands et, le 11 juillet 1915, il avait « descendu > son sixième appareil ennemi.
- Une telle existence ne pouvait se terminer que glorieusement, c’est-à-dire en plein combat. Un aviatik, piloté par le caporal Kanduiski, qu’accompagnait un observateur, le lieutenant Bililz, se dirigeait sur Belfort et avait essuyé le feu de la place, quand Pégoud le prit enchâsse.Les deux appareils engagèrent le combat à 2.400 mètres de hauteur, et ceci durait depuis quelques minutes, quand on vit l’avion de Pégoud descendre avec une vitesse effroyable, pour venir s’abattre au milieu des lignes françaises. L’héroïque aviateur avait été tué
- d’une balle en plein front. Ce fut une perte cruelle, mais si l’on considère le nombre des combats engagés par nos aviateurs et l’importance des raids accomplis depuis quelques semaines, on est amené à cette consolante constatation que ces brillantes actions ont été en général peu meurtrières pour leurs auteurs. Il est certain que l’activité de nos pilotes a été magnifique et fructueuse.
- Dans les premiers jours du mois d’août, ceux de Dunkerque attaquaient et détruisaient un zeppelin revenant des côtes anglaises.I.c 14,un groupe de dix-neuf avions s’en allait bombarder les parcs et dépôts allemands de la vallée de Spada, dans le creux des Hauts-dc-Meuse ; puis, successivement, dans les jours suivants, nous bombardions les gares de Tergnier et de Noyon, celle de Loos, la voie ferrée de Lille à Douai, la gare d’Offenbourg (duché de Bade), les fabriques d’obus de Dillingen (district de Trêves), les gares et les bivouacs allemands de Fléville, Cer-nay, Châtel, le parc d’aviation de Vitry-en-Artois, tandis qu’une escadrille composée d’avions belges, anglais et français, et comprenant soixante appareils, incendiait les installations ennemies de la forêt d’IIouthulst, entre Ypres et Dixmude. Le 26 août, 127 obus étaient lancés de nouveau sur la gare de Noyon. Le même jour, le com m and a nt a v i at eur a ngl ai s Birgsworth accomplissait seul un exploit extraordinaire : volant au large d'Ostende, il aperçut un sons-marin allemand, le poursuivit, le cribla de bombes et le détruisit. En signalant ce brillant succès de l’aviateur Birgsworth, l’amirauté britannique fit remarquer qu’elle n’avait pas l’habitude d’annoncer la destruction des sous-marins ennemis, bien que ces destructions fussent très fréquentes, mais qu’il y avait là un cas tout à fait exceptionnel.
- Mentionnons encorelebom-bardement des gares d’Ivoisy et de Cierges, en Argonne, de l’usine de gaz suffocants dcI)ornach,de la gare dcMulheim et de celle de Lorrach (duché de Bade), de la
- CA1MTAINK FKQUANT
- Tué le 6 septembre 1915 près de Snrrebruck par une ’^balle de mitrailleuse.
- ÉMILE PÉGOUD Tué, au cours d'une mission aérienne, par un aviateur allemand, le 31 août 1915.
- p.508 - vue 128/198
-
-
-
- LA GUERRE DANS LES AIRS
- r>09
- gare, des usines et des établissements militaires de Sarrebruck par quarante avions, etc. Dans ce dernier raid, soixante-quinze soldats furent tues et le chemin de fer militaire fut entièrement détruit. Dans les premiers jours de septembre, Fribourg-en-Bris-gau recevait, la visite d’une escadrille française, pendant que d’autres appareils lançaient soixante projectiles sur ,1a gare de Dieuze et cinquante sur celle de Challe-range. Nous devons renoncer, d’ailleurs, à mentionner toutes ees actions, dont nos lecteurs trouveront le détail dans notre chronologie complète des faits de la guerre.
- En regard de cette activité considérable, que pouvons-nous relever, au point de vue aviation, à l’actif des Allemands? Un aviatik a blessé une femme et un enfant à Vesou 1 ; ainsi que nous l’avons dit plus haut, un autre aviateur ennemi a fait des victimes innocentes au marché de Lunéville; deux avions allemands sont venus jeter des obus sur Compiègne, sans réaliser autre chose que de légers dégâts matériels: cinq taubes survolaient Nancy, au début de^ septembre, y faisant quelques victimes, et le lendemain deux personnes étaient tuées à Cérardmer. Enfin,sans causer des pertes ou des dégâts, plusieurs bombes tombaient sur Saint-Dié.
- La plus importante tentative ennemie eut Paris comme objectif.
- Dans la matinée du samedi 28 août, six avions allemands se dirigèrent vers la capitale ; trois d’entre eux venaient de la région de Soissons, et trois de celle de Compiègne.Dans cette dernière cille, leurs bombes tuèrent deux infirmiers et un enfant. Leurs projectiles lancés sur Nogent-sur-Marne, Montmorency, Montfermeil et Ribécourt ne causèrent que des dégâts insignifiants. Aussi-
- tôt signalés, les avions ennemis furent ca-nonnés et pris en chasse par un certain nombre de nos appareils, devant lesquels ils prirent la fuite. Un des aviateurs allemands, se voyant menacé par le commandant d’une de nos escadrilles, chercha à s’échapper en prenant de la hauteur et monta à près de 4.000 mètres, au nord de Senlis, sans pouvoir se soustraire à son sort. L’avion et le pilote furent retrouvés carbonisés dans un bois.
- Les Allemands ont été plus heureux dans leurs tentatives aériennes contre l’Angleterre, au moyen de leurs grands dirigeables, si l’on peut qualifier d’heureuse une entreprise n’ayant pour résultats que des pertes matérielles et la mort d’un certain nombre de personnes inoffensives. C’est ainsi que le 12 août, sur la côte est de l’Angleterre, deux zeppelins détruisirent quatorze maisons,tuèrent quatre hommes, et deux femmes, et blessèrent trois hommes, onze femmes et neuf enfants. Cinq jours plus tard, les zeppelins, survolant la même région, tuaient dix personnes et en blessaient trente-six autres. Leurs victimes, en tués ou blessés, étaient au nombre de quarante-cinq, le 7 septembre; on comptait en outre quinze maisons démolies. Vingt -quatre heures après, trois dirigeables ennemis venaient de nouveau survoler la côte orientale de la Grande -Bretagne, causant de sérieux dommages aux habitations pri -vées ; ils provoquaient quelques incendies, tuaient trente-huit. personnes et en blessaient cent vingt-quatre. Les femmes et les enfants constituaient comme toujours la majorité. Au total, pendant les douze premiers mois de la guerre, les zeppelins ont causé la mort de 89 personnes, dont 8 enfants, et il y a eu 220 blessés, parmi lesquels 31 enfants. Ces chiffres sont tristes,
- LA RÉGION DR TRÊVES (PRUSSK RHENANE)
- LE NOUVEAU PONT SUR LA MOSELLE, A TREVES Les obus de nos aviateurs ont sérieusement endommagé ce pont, ainsi que la Banque impériale et la gare de la ville.
- p.509 - vue 129/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 510
- assurément, mais quand on songe à toutes les rodomontades, à toutes les menaces allemandes, et lorsque l’on sait qu’aucun ouvrage militaire n’a été détruit par les dirigeables cpii devaient soumettre le monde, on estime qu’il y a là une faillite lamentable. La grande terreur que l’apparition des monstrueux zeppelins était destinée à produire, cet anéantissement de Londres par des bombes aériennes, toutes les fantastiques légendes imaginées en Allemagne et auxquelles croyaient les foules germaniques, tout cela est resté dans le domaine du rêve.
- Ce qui appartient bien, au contraire, au
- sur Trêves, quand, le 23 septembre, en représailles des bombardements dirigés par les Allemands sur les villes ouvertes et les populations civiles de France et d’Angleterre, un groupe d’avions alla bombarder Stuttgart, capitale de Wurtemberg. La gare et le palais royal reçurent pour leur part une trentaine d’obus, qui les endommagèrent considérablement, et il y eut aussi un assez grand nombre de victimes. Cette opération, qui ne s’accordait pas avec la compréhension française de la guerre, mais que les actes barbares des Allemands rendirent nécessaire, souleva une énorme émotion chez nos
- LE PALAIS ROYAL DE STUTTGART, I30MBA11DÉ PAIt NOS AVIONS LE 23 SEPTEMBRE 1915 j
- domaine de la réalité, ce sont les grands raids des aviateurs français. Nous avons dit plus haut que des taubes allemands étaient venus lancer des bombes, sur le marché de Lunéville, à l’heure où les femmes et les enfants s’y trouvent en grand nombre. Le 13 septembre, en représailles de cet acte de sauvagerie, une escadrille de dix-neuf avions français allait bombarder la ville de Trêves, qui passe pour la plus vieille cité de l’Allemagne; sur la gare centrale et la Banque de l’Empire, qui furent atteintes, nos aviateurs jetèrent une centaine d’obus, déterminant dans la ville une panique épouvantable. Ces mêmes avions, au retour, lancèrent une cinquantaine d’obus sur la gare de Dom-mary-Baroncourt, tandis qu'une autre escadrille bombardait, sur le Danube, les gares de Donaueschingen et de Marbach. où avaient lieu d’importants mouvements de troupes.
- L’Allemagne n’était pas encore remise de la stupeur provoquée par le raid français
- ennemis, et le roi de Wurtemberg s’en montra particulièrement indigné. On saisit, là sur le vif l’étrange mentalité germanique. Ces gens, de l’autre côté du Rhin, veulent, bien rendre la guerre sauvage et tuer des civils, des femmes, des enfants, mais ils protestent avec inconscience quand on a jugé à propos de leur donner une sévère leçon par l’application de leurs propres procédés. A Stuttgart comme à Trêves, puis un peu plus tard à Luxembourg, l’aviation française a prouvé son adresse, son audace et sa supériorité.
- Nos dirigeables ont également fait de bonne besogne, pour ne citer que l’Alsace qui, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 1915, bombarda avec succès les gares d’Attigny et de Vouziers, détruisant les installations allemandes. Malheureusement, ce superbe aéronef, que les Parisiens connaissaient bien, dut atterrir, le 2 octobre, dans les lignes ennemies, près de Rethel, et sonéquigage entier fut fait prisonnier.
- p.510 - vue 130/198
-
-
-
- LA BULGARIE SE FAIT LAUXILIAIRE DE L ALLEMAGNE ET DE L AUTRICHE
- La Bulgarie a pris nettement position contre la Quadruple Entente à la fin du mois de septembre. Elle a, en effet, dans la nuit du 23 au 24, proclamé sa mobilisation qui, manifestement, ne visait ni la Turquie ni les deux empires du Centre.,
- Dès l’origine* de la crise européenne, on eut* à Paris', à Londres et à P.etrograd, des doutes sur la loyauté du cabinet, de Sofia. On savait qu’il, demeurait très ulcéré de la i défaite militaire et diplomatique subie en 1913. Le traité ! de Bucarest avait ruiné ses espérances d’hégémonie en lui enlevant là vallée du 'Vardar acquise à la Serbie, Cavalla,
- Sérès et Draina, laissées à la Grèce, et la Doboudja, cédée à la Roumanie victorieuse.
- M. Radoslavof, président du Conseil, affirma à plusieurs reprises qu’il demeurerait neutre.
- Il espérait cependant, à un moment quelconque, profiter des circonstances^ Lorsque M. Venizelos eut été renvoyé par le roi Constantin, en mars, il s’offrit à la Triple Entente, qui n’allait pas tarder à devenir la Quadruple. A ce moment s’ouvrirent des pourparlers importants, les puissances alliées proposant à la Bulgarie la
- restitution par la Serbie d’une partie de la Macédoine, en échange de la coopération armée des Bulgares contre l’empire ottoman. Le cabinet de Sofia jouait double jeu. Il négociait à la fois avec la Quadruple Entente d’un côté, et, de l’autre, avec les Austro-Turco-Allemands. Il réussit à se faire donner par les Turcs la rive droite de la Maritsa. et promettre par les Austro-Allemands la Macédoine, Cavalla, Salonique et des îles de l’Egée. Quand cette négociation avec les trois empires fut terminée, il mobilisa toutes ses forces.
- Mais à sa mobilisation riposta la mobilisation grecque. La France et l’Angleterre décidaient en même temps de débarquer des troupes à Salonique, et la Quadruple Entente faisait savoir à M. Radoslavof qu’il n’eût plus à compter sur un agrandissement territorial.
- La Bulgarie, inféodée à l'Allemagne, a adopté les procédés diplomatiques de cette puissance. C’est par sa faute qu’un nouveau conflit balkanique est venu s’adjoindre à la grande crise mondiale.
- Le 5 octobre 1915, les troupes françaises commençaient à débarquer à Salonique et la Grèce, neutre, protestait pour la forme.
- LE GÉNÉRAL JE KO F Commandant en chef les armées du tsar Ferdinand de Bulgarie.
- L’organisation militaire des nouveaux belligérants
- Sur un budget total de 180.500.855 francs pour l’exercice 1912, la Bulgarie en consacrait le cinquième, soit 40.495.527 francs aux dépenses militaires.
- En 1910, la Bulgarie comptait 4.329.108 habitants répartie sur 114.000 kilomètres carrés; ce nombre a augmenté depuis que le traité de Bucarest a annexé de nouveaux territoires au domaine du tsar Ferdinand.
- Les citoyens bulgares soumis au service obligatoire sont à la disposition de l’autorité militaire pendant vingt-six ans (de vingt à
- quarante-six ans). Les hommes versés dans l’infanterie restent deux ans sous les drapeaux (en réalité dix-huit mois), tandis que ceux des autres armes font trois ans (trente mois). En quittant le régiment, les fantassins font partie de la réserve de l’armée active pendant dix-huit ans, puis du premier ban de la milice pour trois ans, et enfin, du second ban de cette milice. En cas de guerre, on appelle les jeunes gens sous les drapeaux à partir de l’âge de dix-sept ans. Pour la guerre actuelle on a reculé l’âge
- p.511 - vue 131/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 512
- d’enrôlement jusqu’à cinquante-cinq ans.
- Les soutiens de famille et les élèves des établissements d’enseignement supérieur ne font en temps normal qu’une année de service.
- Le contingenl annuel se monte à environ 20.700 hommes dont 19.600 sont versés dans l’infanterie et 7.100 dans les autres armes. L’infanterie reçoit de plus environ 3.000 hommes pris dans la deuxième portion.
- Les effectifs mobilisables (non compris
- Choumla, Routscliouk et Plevna). Les officiers généraux portent le titre de général en chef (généralissime), général lieutenant (général de divisio'n) et général major (général de brigade). Les officiers du cadre permanent, au nombre de 2.070, proviennent de l’école militaire de Sofia, des écoles militaires étrangères (Paris, Petrograd, Turin); un certain nombre d’officiers de réserve ayant suivi un cours spécial peuvent être
- y
- FANTASSINS BULGARES REVETUS DE LEUR UNIFORME DU TEMPS DE PAIX
- les jeunes gens de dix-sept à vingt ans) comprennent approximativement :
- Hommes sous les armes.... 65.000
- Réserve................... 145.000
- Milice premier ban......... 40.000
- Milice deuxième ban......... 20.000
- Totai................ 276.000
- Le tsar, chef suprême de l'armée, est assisté d’un conseil militaire supérieur et de son ministre de la Guerre, à Sofia.
- Le territoire bulgare est divisé en trois circonscriptions d’inspection ayant chacune à sa tête un général inspecteur, à savoir : lre circonscription de Sofia (lre, 6e, 7e divisions à Sofia, Yiddin et Doutonitza); 2e circonscription de Stara-Zagora (2e, 3°, 8e et 10e divisions, à Philippoli, Sliven, Stara Zagora et Tatar-Bazardjik) ; 3e circonscription de Routschouk (4e, 5e, 9e divisions, à
- promus à titre définitif dans l’armée active.
- Les officiers des troupes de complément (réserve) sont recrutés parmi les anciens officiers de l’armée active qui sont versés dans la réserve où ils restent jusqu’à l’âge de soixante ans, et parmi les sous-officiers ayant déjà servi pendant quinze ans.
- Les jeunes soldats ayant reçu une instruction supérieure ou secondaire sont affectés d’office à l’Ecole des sous-lieutenants de réserve de Kniajevo, près de Sofia (spéciale pour l’infanterie et l’artillerie).
- L’armée bulgare comprend environ 8.000 sous-officiers dont 3.500 rengagés et 4.500 non rengagés. Ils sont recrutés par les pelotons régimentaires, par les bataillons d’instruction et par les écoles militaires. Il existe deux classes de sous-officiers : ceux de la deuxième classa (jeunes) ne peuvent passer dans la première classe qu’en rengageant.
- Le personnel des états-majors est fourni
- p.512 - vue 132/198
-
-
-
- i: E N T R É K E N S C È X K
- ])ar les ollieiers ayant quatre ans de grade qui ont suivi les cours de l’Académie de guerre de Petrograd ou des éeoles de guerre
- de Paris et de Turin. Une école de guerre où les ollieiers sont admis par voie de concours fonctionne depuis 1912 à Sofia. Les ollieiers de cavalerie sortent de l'école de Sofia.
- Kn temps de paix, il existe 4 0 régiments d’infanterie à 2 bataillons de 4 compagnies de 1 0G hommes comportant chacun une compagnie hors rang et une section de deux mitrailleuses.
- 1G compagnies
- frontières qui ne reçoivent pas de recrues sont rattachées à IG régiments d’infanterie, qui comptent alors 9 compagnies au lieu de «S. Sur le pied de guerre, les régiments se forment à 4 bataillons par dédoublement des 2 bataillons actifs du temps de paix. Kn nuire, chaque régiment forme un bataillon de dépôt. Le total des troupes d’infanterie atteint donc 192 bataillons dont 40 de dépôt et 152 de campagne. Le nombre des mitrailleuses est porté à 4 par régiment. Le bataillon actif comprend 1.003 hommes et quatorze officiers.
- Les troupes de réserve formen t en temps de guerre 40 régiments à 4 bataillons (900 hommes) de 4' compagnies. Le premier ban rie la milice fournit 40 bataillons à 4 compagnies de 150 hommes et le deuxième ban, 40 demi-bataillons (2 compagnies de 150hommes).
- Sur le pied de paix, l’infanterie forme 10 divisions à 2 brigades de 2 régiments. Lors rte la mobilisation, les 10 divisions s’acl-
- I)E LA BULGARIE 513
- joignent chacune une brigade de réserve de
- 2 régiments, ce qui les porte à 3 brigades ou à 24 bataillons dont 1G à 1.003 hommes et 8 à 900 hommes, soit 24.000 hommes. Ces divisions qui équivalent à peu près à nos corps d’armée sont accompagnées de trou-lies des autres armes, à savoir :
- 3 escadrons de cavalerie, dont 1 de réserve; 2 régiments d ’ infanterie, dont 1 de réserve; 2 régiments d’artillerie de campagne, chacun à 9 batteries de 4 pièces de 75 à tir rapide Schneider (soit 72 canons); une batterie d’obu-siers de campagne; deux compagnies de pionniers; une compagnie technique; un escadron de gendarmerie; une
- avec son
- train ; une ambulance : un hôpital de campagne ; un parc de munitions; un convoi de subsistances.
- L'infanterie est armée d'un fusil Mannlicher à répétition modèle 1 895 du calibrede8 millimètres. Les milices avaient encore des fusils russes Berdan de 1 1 millimètres ; mais actuellement. tout l'armement, paraît avoir été renouvelé.
- La cavalerie, remontée en grande part ie avec des chevaux importés de l'étranger. comprend 10 régiments dont 4 à 4 escadrons (cavalerie indépendante) et G à 3 escadrons (cavalerie divisionnaire). Il existe, de plus, un régiment de la garde à 3 escadrons. 2 escadrons de remonte et 2 détachements du train. L’Keole de cavalerie de Solia possède 1 escadron d'instruction. Kn cas de guerre, chaque régiment, se divise en 2 demi-régiments, commandés cha-
- GKNKKAI. FITCIIKFF Ministre de la Guerre du roi/aume bulgare.
- GÉNKHAI. SAVOF Conseiller militaire da tsar Ferdinand.
- p.513 - vue 133/198
-
-
-
- 514
- LA SCIENCE ET LA CIE
- CAVALERIE LÉGÈRE BUI.CAIIE : ESCADRON DE CHASSEURS A CIIEVAI,
- Ces chasseurs sont d'excellents cavaliers; ils ont montré leurs qualités en 1912-1913.
- cuti par un lieutenant-colonel et accompagnés d’un groupe de 4 mitrailleuses Maxim.
- Sur le pied de guerre, tous les régiments portés à 4 escadrons, sont forts de (>‘42 hommes (27 olliciers, 524 chevaux). La cava-rie bulgare forme au total 55 escadrons dont 44 de campagne et 11 de dépôt.
- I.es cavaliers bulgares sont armés du sabre de cavalerie misse à fourreau de cuir. Le régiment de la garde est muni de la lance. Les hommes ont, de plus, la carabine à répétition Mannlieher (modèle 1890), du calibre de 8 millimètres, avec GO cartouches. Les olliciers de cavalerie bulgares portent le pistolet à répétition système Parabellum.
- Sur le pied de guerre, chacun des 20 régiments d’artillerie de campagne comprend trois groupes de 3 batteries de 75 millimètres à tir rapide Schneider, soit en tout 180 batteries de 4 pièces, comportant chacune 3 officiers, 25 sous-officiers, 85 hommes et 48 chevaux. Pour atteler toutes les pièces ainsi que les caissons à 0 chevaux, on confie en temps de paix, environ 40.000 chevaux à des particuliers qui s’en servent pour leurs travaux mais qui en assurent l’entretien.
- Le canon de campagne bulgare du calibre de 75 millimètres, système Schneider, mo-
- dèle 1903 à tir rapide, est analogue au canon français de même calibre. La seule différence importante qu’il présente avec le modèle français consiste dans le système de récupération pour la remise en batterie, constitué par des ressorts; le gouvernement bulgare a exigé ce dispositif préconisé en Allemagne. La batterie, qui comprend 4 pièces et 12 caissons, porte 1.000 cartouches. Le projectile, avec fusée à double effet, pèse G kg. 500 (obus de rupture ou shrapnell). Chaque pièce de 75 du système français est approvisionnée à 375 coups.
- L’artillerie lourde de campagne fournit, en temps de guerre, 10 batteries (une par division) réparties en trois régiments et armées d’obusiers de 15 centimètres.
- La Bulgarie a adopté dès 1897 un obusier de 15 centimètres fourni par les usines françaises du Creusot, avec culasse, du type à vis concentrée et à filets interrompus. La rentrée en batterie est assurée par un récupérateur hydropneumatique complètement indépendant du frein. On a perfectionné cette pièce par l’adoption d’un système de pointage à coulissement de l’affût sur l’essieu d’une bêche à rabattement mieux ajustée que l'ancienne bêche de crosse. L’obusier
- p.514 - vue 134/198
-
-
-
- L'ENTRÉE EN SCÈNE
- tire six coups à la minute. Le canon est très sensiblement plus lourd que le caisson (2.575 kilogrammes au lieu de 2.255).
- L’avant-train du canon ne porte pas de munitions, celui du caisson porte huit coups ; l’arrière-train du caisson en porte seize.
- L’obus à mitraille ou l’obus explosif pèse 40 kilogrammes et la charge peut se diviser, en plusieurs éléments. La vitesse initiale ne paraît pas dépasser 330 mètres.
- Plus récemment, l’artillerie lourde bulgare a été renforcée, dès le temps de paix, de plusieurs groupes de 3 batteries d’obusiers de 120 millimètres à tir rapide Schneider (Greu-sot), qui fournissent, lors de la mobilisation, une batterie de 4 pièces à chacune des dix divisions d’infanterie; les cadres de ces batteries existent seuls en temps de paix.
- L’obusier de 120 millimètres Schneider peut tirer huit coups à la minute à la portée maximum de 6.700 mètres. Le poids de la pièce en batterie est de 1.385 kilogrammes. La voiture-pièce avec dix coups pèse 2.115 kilogrammes et la voiture-caisson, approvisionnée à vingt-quatre coups, en pèse 1.920.
- Le shrapnell et l’obus explosif ont le même poids : 21 kilogrammes. Le shrapnell contient 628 balles de 25 grammes. Le projectile
- DE LA BULGARIE 515
- unique comporte 545 balles de 15 grammes et une charge explosive de 2 kilogrammes.
- L’armée bulgare comprend, en cas «le mobilisation, 3 régiments à deux groupes de 3 batteries de. montagne à 6 pièces (18 batteries) armées d’un canon Ivrupp à tir rapide modèle 1905 du calibVe de 75 centimètres avec récupérateur à ressorts.
- La maison Schneider a également fourni des canons de montagne de 75 millimètres avec récupérateur à air et pointage en direction par coulissement de l’affût sur l’essieu.
- En temps de guerre, 3 bataillons de 1.000 hommes chacun (24 officiers), à 3 compagnies, sont chargés du service de l’artillerie de forteresse armée de canons divers (Krupp, Schneider, etc.) L’artillerie de côte comporte un certain nombre de pièces de 24 centimètres à tir rapide Schneider.
- Les troupes d’artillerie sont armées du mousqueton à répétition modèle 1895 Mann-Iicher avec baïonnette, calibre’de 8mm.
- Les troupes du génie comprennent 3 bataillons de pionniers à 817 hommes et 20 olli-ciers (pied de guerre), répartis en 6 compagnies. Le premier bataillon a une section d’automobilistes. Les pionniers sont armés du fusil Berdan avec baïonnette. Les pon-
- IMKCK T)F. CAMPAGNE DK 75 MlU.IMKTIUiS, MODÈLE SCHNEIDER L artillerie bulgare possède un certain nombre de ces batteries, qui ont été construites au Crcusot.
- p.515 - vue 135/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- .51 (i
- tonniers forment un bataillon à 5 compagnies de 540 hommes et 11 officiers. Le matériel comporte trois équipages de pont du système autrichien, à raison de 155 mètres de pont par équipage. Il existe, de plus, un bataillon de télégraphistes à 4 compagnies et un bataillon de chemins de fer à 4 compagnies dont chacune comporte 10 olïieiers et .440 hommes. Le génie à son parc spécial. l)e la compagnie technique du génie dépen-
- dent des sections d’automobilistes, d’aérostation et de projecteurs. Les 9 sections du train sont rattachées aux 9 régiments d’artillerie légère de campagne. Les troupes d’administration se composent, pour chaque division mobilisée, d’une section de réception. d’une section de matériel et, d’un détachement d’ouvriers mécaniciens, etc.
- Les formations sanitaires sont réparties en neuf sections d’infirmiers militaires.
- La marine du tsar Ferdinand
- La Ilot tille bulgare a surtout pour objet de. défendre le passage du Danube, (pii forme la frontière du nord, avec la Roumanie. Les eûtes de la mer Noire sont peu étendues et ne comportent que deux ports non fortifiés. Varna et Bourgas. Dédéagateh (5.000 h.), sur la mer Ugée, est destiné à prendre de l'importance, mais cette ae-q ii i s i I ion es t toute nouvelle.
- Le principal navire de guerre bulgare est la canonnière non cuirassée X ad i ejda, de 715 t o un es, const mil à Bor-dcaux (Mi 1804 et < j il i s o r t aussi de yacht-royal en même temps (pie le vieux bateau à roues, 1 cKroani, de 250 tonnes, muni d'une machine de 450 chevaux et filant environ huit nœuds.
- L'armement delà Xadiejda comporte deux tubes lance-torpilles aériens, deux canons de 10 centimètres et quatre pièces de petit calibre, tous du système Schneider. Une machine de 2.000 chevaux imprime au navire une vitesse d'environ 17 nœuds.
- Un 1907. le Creusot a fourni à la Bulgarie six torpilleurs de 100 tonnes, de 2.000 chevaux, filant 20 nœuds Ces petits bâtiments, nommés Stneli. Khrabry, l)rsky. Schumni, Lieliuchly et Strogi. sont munis de trois tubes lance-torpilles de 457 millimètres
- Deux petites canonnières de 125 et de 80 tonnes (Kamldda et KaUavra) et un cutter de 25 tonnes (Struda) complètent cet em-brion de flotte, pas très redoutable.
- La flotte commerciale bulgare ne compte (pie quelques navires. II est certain que la lîulgarie aurait- eu intérêt à ménager les puissances européennes maritimes telles que l'Angleterre, la France, l’Italie et la Grèce. Ce sont elles et non les Allemands (pii fourniront du fret aux ports bulgares et (pii
- achèteront les blés, ainsi (pie les peaux et les laines du pays.
- Bourgas a un port où les navires de tous tonnages peuvent accoster à quai. Il s’y fait un grand commerce de céréales : blé, seigle, orge, maïs. C’est le siège de la Compagnie bulgare de navigation à vapeur et de nombreuses agences de navigation étrangères, telles que : Messageries maritimes, Compagnie russe de navigation à vapeur, etc. Le plus ancien et principal port est Varna (45.000 h.), (pii exporte surtout des céréales, des farines, des peaux, des laines, etc.
- La rade de Dedeagatch (5.000 h.), cédée par la Turquie vaincue, sur le golfe d’Unos, est très mauvaise par les vents du sud.
- Le port de Roustchouk (40.000 h.), sur le Danube, fait aussi un important commerce; il est surtout fréquenté par les bateaux de compagnies fluviales roumaines, hongroises, etc., etc. Comme on le sait, les bouches du Danube sont internationalisées et par conséquent la navigation y est libre aussi bien pour les Bulgares (pie pour les Roumains, pour les Russes (pie pour les Autrichiens.
- ËEfSs&sjfæ
- 1,1', PKTiT CKOlSIilMt UUI.GARK « NA DI 1.CJ DA »
- p.516 - vue 136/198
-
-
-
- AVEC LE RADIOCOMPAS ON PEUT DÉTERMINER • L’EMPLACEMENT DES POSTES DE T. S. F.
- Par E. BELLINI
- DOCTKUIÎ KS-SCIJÏÏNCKS, INOKNIIiUU KI.KCTK ICIKN
- La télégraphie sans fil ordinaire a les défauts de ses qualités. Un poste transmetteur envoie son rayonnement tout autour de lui et un poste récepteur reçoit, indifféremment les ondes de toutes les directions de l'horizon. Cette propriété est précieuse pour communiquer avec des bateaux dont on ne connaît pas en général la route, pour demander du secours, etc., mais elle constitue un inconvénient pour le secret des communications et pour l’indépendance des postes. En effet, d’une part, un poste qui veut recevoir les communications d'un autre poste transmetteur n’a qu’à accorder ses appareils sur la longueur d’onde adoptée pour ces communications : il n’y a pas de syntonie qui tienne, la ténacité du radiotélégraphiste récepteur ayant toujours le dessus sur toutes les manœuvres que le radiotélégraphiste transm et t e u r peut employer; d’autre part, un poste récepteur peut être gêné par des transmissions qui ne lui sont pas destinées et qui sont faites avec la même longueur d’onde que celle de la communication qu’il est en train de recevoir. Cet inconvénient e t très grave pour les postes commerciaux, étant donné qu’ils sont obligés, par un accord international, d'employer tous des longueurs d'onde de àOO ou de 000 mètres. Aujourd’hui, on vient à bout de cette difficulté par une discipline universellement acceptée : un poste ne doit pas transmettre tant (pi’il entend d’autres postes tra-
- .M. K. HKI.I.INI
- Inventeur, avec M. Tosi, du radiocumpas (leclroinagnélitpie
- vaille" avec la longueur d’onde qu'il \ eut employer. Mais cet accord réciproque limite singulièrement le rendement commercial des stations de télégraphie sans (il.
- Il n'est doue pas étonnant que dès les premiers temps de la T. S. K. les inventeurs aient tenté de canaliser les ondes lors de leur transmission et de limiter à une zone aussi étroite que possible la faculté de les recevoir. Ce problème en faisait naître naturellement deux autres : 1° faire varier rapidement et commodément la direction de propagation et de réception des ondes; 2° déterminer la direction d’un poste transmetteur.
- 11 est évident (pie pour obtenir la <iirigcabilitc d’un système de T. S. K. il faut employer une antenne spéciale. II existe des antennes à ondes plus ou moins dirigées, mais la seule (pii ait satisfait à toutes les conditions pratiques et la seule employée aujourd'hui, est celle du professeur Hlondel, membre de l'Institut.
- Considérons deux antennes vert icales identiques parcourues par des oscillations électriques d'intensités égales, mais en opposition de phases. A tout instant, les courants (pii les parcourent sont égaux, mais tandis (pie dans l'une d’elles le courant est dirigé vers le ciel, dans l'autre il est dirigé vers la terre. Il est évident (pie si ees antennes verticales sont exactement semblables et très rapprochées l’une de l’autre, leurs act ions sont égales ma s opposées dans toutes les directions. Mais si
- p.517 - vue 137/198
-
-
-
- 518
- LA SCI EN ('K ET LA VIE
- • \
- 1<-V_ .
- N
- nous venons à les éloigner d’une certaine distance, les conditions ne sont plus les mêmes et d’autres phénomènes se présentent.
- En effet, supposons que A et B (fig. 1) soient les projections sur un plan horizontal de ees deux antennes et désignons par d la distance qui les sépare. Il est clair (prune station réceptrice située sur la ligne AI N, perpendiculaire à A B et passant par le centre 'O, ne peut recevoir quoi que ce soit, les ondes électriques générées par le courant circulant dans l’antenne A engendrant dans l’antenne réceptrice une force électro-motrice égale mais opposée à celle engendrée dans cette même antenne par les ondes émanant de l’antenne B.
- Mais si l’antenne réceptrice est située sur la ligne A B, les forces électro-motrices induites en elle ne sont plus du tout en opposition complète de phase, car les ondes radiées par l’une des deux antennes émettrices ont à parcourir, avant d’atteindre l’antenne réceptra e, une plus grande distance que les ondes radiées
- par l'autre; leurs ae- _______________G
- tions respectives ne se faisant pas sentir en même temps, elles 1 \ ^
- ne peinent s’annuler complètement.
- l)e plus, si la distance d est égale à la demi-longueur d’onde (la longueur d’onde est la dislance parcourue, à raison de 300.000 kilomètres à la seconde, par une onde, du moment où elle est radiée au moment où l’onde qui suit prend à son tour naissance), on voit aisément que les deux forces électro-motrices induites l$' dans une antenne réceptrice située dans le plan des deux antennes verticales, non seulement ne sont plus déphasées, mais sont en concordance exacte de phase et s’ajoutent entièrement l’une à l’autre. Mais mieux (pie toute explication, la figure 2, qu’on trouvera à la page suivante, donne à ce sujet les éclaircissements désirables.
- Dans toutes les directions autres que AB, la différence de phase entre les ondes provenant des deux antennes considérées, sera sensiblement celle qui existerait si les deux antennes AII, tout en étant séparées l’une de l’autre de la même distance d, se trouvaient reportées sur la direction considérée. Ainsi, dans le cas de la direction OC, la différence de phase correspondrait à la distance ab, ob étant la projection de d sur OC.
- Si l’on suppose que la station réceptrice,
- b,-
- qui peut être quelconque, dirigée ou non, peut se déplacer autour de l’antenne directive tout en demeurant constamment à la même distance du (joint, O, on peut représenter l’intensité du courant induit dans l’antenne de réception suivant les différentes directions (le l’horizon, par les deux boucles tangentes de la ligure 3, dans le cas que nous venons de considérer où la distance d qui sépare les deux conducteurs verticaux constituant l’antenne directive émettrice est égale à une demi-longueur d’onde. L’intensité du courant dans* l’antenne réceptrice sera donnée, dans une échelle déterminée, par la longueur du segment compris
- ]V*~ entre le point de contact des deux boucles et le point d’intersection avec la boucle de la droite ayant la direction considérée. On observera que ces deux boucles sont aplaties et présentent une ( forme à peu près elli-
- ptique. Mais, lorsque d diminue par rap-\ port à la longueur
- \ d’onde, ces boucles
- , -"__tendent à devenir des
- I cercles et, en fait,
- — d-------------->i elles sont des circonle-
- 1 rences parfaites lors-
- que d ne dépasse pas le sixième de cette longueur (fig. 4).
- Nous avons supposé jusqu’ici que les deux antennes verticales étaient reliées à la terre comme foutes les antennes ordinaires, mais il est facile de voir que la terre ne joue ici aucun rêilc important. En réalité, elle reçoit de l’une des N antennes une quantité d’électricité qui, j à chaque instant, est égale mais de signe opposé à celle qu’elle reçoit de l’autre.
- Considérons maintenant des antennes fermées sur elles-mêmes et de quelque forme que nous voulons, pourvu toutefois qu’elles soient symétriques de part et d’autre d’un axe vertical AIN. Adoptons pour la démonstration la forme triangulaire (fig. 5, page 521 ).
- Nous pouvons imaginer cette antenne comme divisée en paires d’éléments par des plans horizontaux très rapprochés tels (pie nm et op. Les courants dans les deux éléments a et b sont égaux et en opposition de phase; a et b fonctionneront donc comme une antenne directive du type déjà étudié, mais (le dimensions extrêmement petites, ayant, cependant, ses branches non pas verticales mais également inclinées sur la verticale. Cette inclinaison aura pour résultat de rendre l’action de la paire d’éléments considérée plus faible que si les deux éléments étaient
- p.518 - vue 138/198
-
-
-
- LE ROLE DU RADIOCOMP AS
- 6 l !)
- verticaux, mais elle ne modifiera en rien la forme du diagramme des intensités. L’action résultante de toutes les paires d’éléments tels que a et b (c’est-à-dire l’action totale de l’antenne triangulaire) sera la somme de toutes •les actions des paires d’éléments considérées isolément: et si la plus grande largeur de l’antenne (la largeur à la base) n’excède pas’ un sixième de la longueur d’onde, la courbe de l’intensité du champ électro-magnétique induit par cette forme d’antenne sera représentée par les deux circonférences régulières tangentes de la ligure 4. Les antennes bouclées (triangulaires, rectangulaires, etc...) sont donc directives et la direction de leur radiation maximum est contenue dans leur propre plan; perpendiculairement à celui-ci la radiation est complètement nulle.
- L’analogie parfaite qui existe entre le pouvoir émetteur et le pouvoir récepteur d’une antenne indique tout de suite que ces antennes captent également mieux les ondes hertziennes dans la direction issue de leur plan que dans toute autre direction.
- Si c’est l’antenne émettrice ordinaire ou directive qui, par hypothèse, est mobile et
- tourne autour de la station réceptrice, nous pouvons représenter les intensités des cou* rants induits dans l’antenne de réception, au fur et à mesure que la direction de la station émettrice change, par des diagrammes en forme de boucles identiques à celles qni représentent les courbes d’intensité du champ électro-magnétique induit par les mêmes antennes directives transmettent les ondes.
- Ceci étant bien compris, la façon d’utiliser ces antennes directives tombe sous le sens. Supposons, par exemple, qu’une station A (lig 6) veuille entrer en communication avec la station B, mais en désirant que les messages qu’elle se prépare à envoyer ne soient pas interceptés par une station C. Que va-t-elle faire? Une chose bien simple : tourner son antenne de manière que le plan de celle-ci soit dans une direction perpendiculaire à AC. Ainsi, et comme nous l’avons montré plus haut, la sfàtion C ne pourra rien intercepter des messages envoyés par la station A.
- Supposons maintenant qu’on veuille déterminer la direction d’une station émettrice inconnue. Pour cela, nous pouvons faire tourner l’antenne directive-réceptrice autour
- Direction _ de propagation des ondes
- Onde 2
- >
- Onde /
- Antenne
- FIG. 2. REPRÉSENTÂT J ON GRAPHIQUE I)E INACTION SUR UNE ANTENNE RÉCEPTRICE DE
- DEUX ONDES HERTZIENNES DE PHASES DIFFÉRENTES
- Les deux courbes représentent les deux ondes qui se propngrn' dans l'espace suivant l / direction de la flèche. L'onde 2 est en retard sur l'onds 1 de la quantité ab et son front a le signe contraire du front de l'onde 1. Il y a lieu de considérer plusieurs phases :
- Première phase. — L'onde 1 aborde l'antenne et induit dans celle-ci un courant supposé avoir le sens de la flèche (positif).
- Deuxième phase. — L'onde 2 aborde l'antenne ci y induit un courant opposé; le courant diminue mais reste toujours positif jusqu'au moment où le plan c des deux oncles frappe les antennes; à ce moment les actions des deux ondes sont égales et opposées; le courent dans Vantenne est nul.
- Troisième phase. — De c à d, les actions bien qu'étant contraires, le. courant dans Vantenne change de direction (négatif).
- Quatrième phase. — De d à e les actions sont concordantes ; le courant est toujours négatif.
- Cinquième phase. — De e à f le courant diminue et s'annule en f.
- Sixième phase. — Le courant est positif de f à i, et ainsi de suite.
- p.519 - vue 139/198
-
-
-
- 520
- LA SCI EX CE ET LA VIE
- d’un axe vertical et trouver la position suivant laquelle on entend les signaux de cette station inconnue avec le maximum d'intensité. La station qui transmet se trouve alors située dans le prolongement du plan de l’antenne de réception.
- Mais la direction suivant laquelle le maximum d’intensité est obtenu n’est pas déterminée avec la précision qu’on 'voudrait. F.n elTet, les courbes d’intensité (tig.8 et 4) ont, comme nous l’avons vu, une forme soit à peu près elliptique, soit circulaire. Le maximum d'intensité n'est donc pas nettement défini.
- Aussi, la meilleure méthode consiste à faire tourner l’antenne des deux côtés du maximum d'intensité et de déterminer les deux directions limites au delà desquelles on ne pereoil plus rien. La bissectrice de l'angle formé par ces deux directions limites donne la direction requise.
- Cependant, on comprendra (pie cette rotation nécessaire des antennes autour d’un axe est chose matériellement impossible à réaliser, pour la transmission comme pour la réception, à moins (pie les antennes ne soient de très petites dimensions et, par conséquent, n'aient qu'une très faible portée. Lu moyen s'oITre pour remédier à cet inconvénient ; il consiste à employer un certain nombre d'antennes disposées en étoile, en utilisant pour la transmission celle dont le plan se rapproche le pins de la direction requise et, pour la réception, celle qui procure l'audition la plus forte, la plus sonore, dans les écouteurs.
- Mais, au lieu d'employer cette méthode, qui présente de nombreux inconvénients, on peut ne faire usage que de deux antennes, se coupant à angles droits, en combinaison avec un instrument dénommé radiogoniomètre, ou bien encore radiocompas.
- Il existe deux genres de radiogoniomètres : le type magnétique et le type électrostatique.
- Le radiogoniomètre magnétique (fig. 7), que j’ai créé avec la collaboration de M. Tosi, consiste essentiellement en deux enroule-
- Ptan de / antenne directi oe
- Fi(i. 8.
- Plan de / anfenne directive
- Fig. 4
- ments de tils de cuivre isolés, ident iques, disposés perpendiculairement et l’un dans l’autre. Dans l’espace formé par ees enrou-nients est, disposé un troisième enroulement dénommé bobine exploratrice, mobile autour d’un axe vertical. Un limbe gradué de 0° à 800°, indique la position en azimut de cette bobine. Des condensateurs variables sont intercalés au centre des enroulements fixes et servent à régler les antennes sur les différentes longueurs d’ondes ; ce réglage s’opère simultanément pour les deux antennes. Un détecteur approprié permet de recevoir les signaux dans un récepteur téléphonique.
- On peut expliquer sommairement le fonctionnement du radiogoniomètre ou radiocom-pas, de la façon suivante :
- Nous avons déjà vu qu’un courant dont l’intensité varie en fonction de la direction de la station émettrice est induit dans l'antenne de réception par les ondes envoyées par le poste transmetteur. Si cette antenne - et c’est le cas qui nous occupe — comprend en réalité deux antennes disposées en croix, un courant prendra en général naissance dans chacune d’elles. Ces courants sont amenés chacun à parcourir un des enroulements fixes du radiogoniomètre; ceux-ci sont donc excités, c'est-à-dire sont parcourus par des oscillations électriques et engendrent dans l'espace fermé (pii environne la troisième bobine, celle qui est, mobile, deux champs magnétiques à angle droit, dont les intensités et les sens dépendent de la direction du poste transmetteur. Ces deux champs se combinent par suite eux-mêmes en un champ résultant dont la direction est toujoui’s exactement perpendiculaire à celle de la station qui transmet, à condition, bien entendu, que les plans des enroulements fixes coïncident avec ceux de leurs antennes respectives. Il en résulte que la bobine mobile, la bobine exploratrice, est traversée par un courant dont l’intensité est maximum lorsque son axe longitudinal coïncide avec
- p.520 - vue 140/198
-
-
-
- LE ROLE DU RADIO COM P AS
- 52 ï
- ' c
- a direction du champ KiG. 5. : résultant et nulle lors-
- que cet axe coupe à angle droit la direction dudit champ. Il est clair que la direction suivant laquelle la bobine exploratrice est parcourue par l’intensité la plus grande , et, par consé-;N quent donne l’audi-
- tion des signaux la plus forte est celle de la station émettrice.
- Le radiogoniomètre électrostatique, que j’ai inventé plus tard, emploie l’induction électrostatique au lieu de l’induction magnétique utilisée dans l’appareil précédent. Considérons un disque métallique coupé en quatre segments égaux avec une grosse scie. Remettons ensuite en place les quatre quartiers, qui se trouveront, par conséquent, très rapprochés, mais ne se toucheront lias. Relions chaque couple de segments opposés àl'une \ J,'1(, (;
- des antennes Blondel perpen- \ diculaires entre elles, par l'in- \ termédiaire, bien entendu, des » dispositifs ordinaires utilisés >
- pour accorder à la longueur <
- d’onde de réception. Disposons maintenant au-dessus des quar- \ ''
- tiers fixes un couple de plaques , /
- mobiles contenu aussi dans un plan horizontal. Ces plaques, qui peuvent tourne]- autour de l’axe vertical passant par l'intersection des deux traits de scie, ont une forme qui rappelle beaucoup celle des boucles du diagramme de la ligure il, mais elles ne se touchent pas; ees deux plaques'sont. reliées au dét ecteur et au téléphone.
- Considérons le fonctionnement de cet appareil lors de la réception. Le courant oscillant dans chaque antenne directive engendre entre chaque couple de quartiers opposés une différence de potentiel dont la valeur et le sens dépendent de la direction du poste transmetteur. Kn particulier, quand cette direction est perpendiculaire au plan de l’antenne reliée au couple considéré, la différence de potentiel entre les deux éléments de ce couple est nulle; elle est, au contraire, maximum quand cette direction coïncide avec le plan de l’antenne directive.
- Le couple de plaques mobiles subit l’influence électrostatique des quatre segments fixes; un courant prend donc naissance dans le circuit du détecteur et du téléphone. On
- démontre' théoriquement et pratiquement, que ce courant, et par conséquent l'intensité de réception, est maximum quand l'axe des plaques mobiles est dirigé vers le poste transmetteur et est nul.quand cet axe coupe à angle droit la direction de ce poste. Toutes les opérations à effectuer pour‘trouver avec certitude cette direction sont exactement les mêmes (pie celles qu’il faut exécuter avec le radiogoniomètre magnétique.
- .Mais les radiogoniomètres peuvent servir aussi pour la transmission. Dans ce cas, le couple de plaques mobiles ou fa bobine mobile est relié aux appareils générateurs des oscillations électriques, tels (pie les condensateurs, l’are, l'alternateur, etc. 11 suffit, dans ce cas, de tourner la partie mobile pour faire varier la direction de propagation des ondes électromagnétiques.
- Bar cette courte description, on voit (pie, éleetromagnél ique ou électrostatique, le radiogoniomètre est un instrument d’une extrême simplicité de conception. Nous allons voir 'g quelles sont jusqu'ici ses principales applications.
- On sait que pour diminuer les risques d'abordage ou d’échouage des navires-, il est nécessaire de réduiie leur vitesse par temps de brunie; il en résulte une perte de temps appréciable dans la durée des traversées (pii. tout en étant loin d'assurer la sécurité de la navigation et par conséquent celle , des passagers et équipages, se traduit désagréablement par une notable diminution des profits pour les affréteurs ou les armateurs.
- Pour remédier à cet état de choses, nous avons vu (La Science cl la Pic, n° 21, .Juin-.Juillet, page 78) (pie l’on s’est appliqué, au moyen de signaux sonores sous-marins, à renseigner les navires parvenus non loin d’un littoral sur leur situation exacte par rapport à la côte et à établir, entre les
- Plan de l'antenne
- bâtiments routes se une communication indépendante des conditions de temps, (pii écartât sûrement tout danger de collision. Mais celte méthode,
- dont les croisent.
- Fin.7.
- SCIIK.MA 1)T HADIOC'D.MPAS
- p.521 - vue 141/198
-
-
-
- VJ‘2
- LA SCI EX CE ET LA C JE
- 1.1. UAlllOdONlO.MiniŒ, AVI’.C SKS BOiîXKS DK COXNKXION KT SKS INTKKIll/J’TKl ItS
- On voit à droite le cercle divisé en degrés d'azimut sur lequel on promène au inoi/en d'un bouton inoleté un index //ni, arrêté sur la division correspondant à l'audition la plus forte des signaux inlei-ceptés, indique la direction de la station de T. S. F. que l'on désire repérer.
- rosii: coaipu:r or: uadiggonio.uktkik du tykk installé snt i.ks nayiïîks
- .1 droite, se trouve r appareil déjà reproduit ci-dessus ; à gauche, figurent les a/rpareils de réception : bobines d accord.détecteur à l'.az ionisé Fhuring et à cristaux, eondtnsateurs. etc... <rinsi que le casque écouteur.
- p.522 - vue 142/198
-
-
-
- Fig. 8.
- LE ROLE DU RADIOCOMPAS
- SCIIKMA D UNE ANTENNE DE HADIOCOMPAS
- d'ailleurs excellente en elle-même, ne donne de bons résultats que pour des distances relativement courtes, quant à présent du moins, et puis elle n’est pas encore généralisée —je parle des signaux codifiés et non des sons de cloches sous-marines utilisés depuis longtemps — les appareils expérimentés n'étant pas définitivement au point.
- I! est, au contraire, un autre moyen qui, découvert lui aussi assez, récemment, s’est présenté tout de suite sous une l'orme pratique et a pu, par conséquent, être appliqué rapidement sur un grand nombre de navires. 11 s’agit précisément du radio-goniomètre, d e v e n u pour la circonstance, le radiocompas.
- T.e radiocompas comprend deux éléments principaux et distincts : le système d’antennes réceptrices et le radiogonio-mètre proprement dit.
- Les antennes ( fig. 8 et 9) consistent en deux triangles égaux formés chacun d'un lil mélanique ferme sur lui-même,disposés
- de façon que leurs plans se coupent exactement à angles droits. Les sommets de ces triangles sont soutenus par un isolateur en porcelaine supporté par un mât ou un maroquin du navire: les côtés et la base de chaque triangle sont maintenus et isolés du bateau de la façon la mieux appropriée aux conditions locales.
- I.es bases sont coupées en leur milieu et les quatre bouts de fil ainsi obtenus sont connectés au radiogoniomètre.
- I.e détecteur est relié à la bobine ex-
- A NCI EN l’OSTE DE HADIOGONIOM É’I'Itl E DUCUETET ET ROGER
- ploratrice ou au couple de plaques mobiles, comme nous l’avons déjà indiqué. Divers appareils de réglage d'accord (syntonisation) tels que des condensateurs et des selfs variables, sont intercalés dans le circuit de ladite bobine ou desdites plaques afin de permettre Ta réception sur n’importe quelle longueur d’oncle d’émission. Les signaux sont perçus dans un récepteur téléphonique approprié. Les indications du radiocompas ne correspondent pas aux degrés et minutes tels que les donne le compas de route à aiguille
- aimantée des navires ; elles sont données par rapport à l’axe du navire, axe dont le compas ordinaire fait nécessairement connaître l’orientation. Le radiocompas n'indique pas non plus, pour la posil ion d'une station, une direction unique, mais donne deux directions possibles et exactement opposées, et cela est évident. Kn effet, que les ondes ra-1% (liées proviennent d'une station située au nord-ouest, par exemple, ou d’une station située au sud-est, les antennes réceptrices n'.en sont as moins inllueneées de la même façon.
- ("esl malheureusement là un inconvénient .mais dont il importe cependant qu’on n’exagère point l’importance. lTn capitaine sait, généralement, si une station de T. S. F. côtière se trouve à droite ou à gauche de son navire; en fout cas, il peut toujours s'en assurer en faisant deux relèvements successifs de la manière (pie nous allons indiquer : supposons qu'un navire (fig. 10) passe au large d'une terre et en-
- p.523 - vue 143/198
-
-
-
- LA SCI L Y ( ' E ET LA CIE
- tende en A les signaux provenant de la station O dont, il ne connaît pas la position. Kn (|iiel(|iies instants, le capitaine aura déterminé avec le radiogoniomètrc la direction .Y-V. Mais celle première lecture ne lui aura pas permis de délinir si les sons perçus %
- dans le récepteur proviennent d’un point O de cette ligne, situé à bâbord, plutôt (pie d'une point O", situé à tribord, de la même ligne. Le navire continue sa route pendant une demi-heure, par exemple. Parvenu en il lait un second relèvement et détermine la liane IL-X. On connaît alors la portion de droite .1.1’ en direction, en gran-deur et en position et les anales (pie l'ont avec elle les directions YV et ll’Z. On a toutes les données pour construire le triangle A .1' O (pii fournil par intersection le point O. c'est-à-dire la position du poste transmetteur. Kl si ce poste est un poste côtier connu, on obtient tout de suite la position du bateau, si celle-ci est, au contraire, inconnue.
- Point n'est toujours besoin d'opérer deux irlè\emcnls du meme poste pour déterminer. en mer. la position d'un navire, car il est possible (pie celui-ci entende à la lois les signaux de deux et même de trois stations côtières et les relève en meme temps, en procédant pour chacune d'elles de la manière (pie nous avons déjà indiquée.
- Les difficultés rencontrées dans la mise au point du radiocompas et surtout, la détermination des conditions d'installation à bord ont été considérables, et il a lai u dépenser des mois et des mois de labeur opiniâtre pour arriver à obtenir des résultats considérés par tous les techniciens de la T. S. K. comme satisfaisants. Le degié d'exactitude (prou peut demander à un radio-compas bien installé à fiord d’un bateau est de l'ordre de deux ou trois degrés.
- Les travaux que poursuivent les spécialistes aboutiront, dans un temps (pii n'est, pas très éloigné, a obtenir, nous en sommes persuadés, l'exactitude alr-olue.
- Kt maintenant, quels sont les problèmes (pii se posent en T. S. K. dirigée dont la solution constituera le prochain progrès de cette science passionnante (pii, on peut
- Nous avons vu (pie les diagrammes de l'intensité du champ électromagnétique engendré par un poste dirigé ont la forme des figures :i et I . La concentrat ion des ondes au poste émetteur et, la limitation /\ de la zone active au poste récep-
- teur sont donc extrêmement, loin > de l’idéal. La comparaison de ces \ diagrammes avec celui (pie donne un \ projecteur lumineux est
- \ / très favorable à ce der-
- ,z nier ; en effet, un projecteur concentre l’éner-
- Nord
- \
- Sud '
- Khj. 10.
- Fin.
- et
- le dire, est encore au berceau ?
- gie lumineuse en un fai-, sceau dont l'ouverture
- / ne dépasse souvent pas
- • quelques degrés.
- / Pourra-t-on arriver à ob-! tenir une concentrât ion pa-
- / reille pour les ondes em-
- ployées en télégraphie sans lil ? .Jusqu’ici rien ne permet d'en douter, et un avenir prochain nous apportera vraisemblablement la solution liiv'.’e attendre de tous.
- .M. Klondel. (e pionnier de la T. S. F., a montré la voie à suivre pour résoudre ce problème d'une importance fondamentale.
- Installons côte à côte, à la distance d’une demi-longueur d'onde, deux antennes à ondes dirigées analogues à l'antenne directive que nous avons considérée au début de cet article, par conséquent faites chacune de deux conducteurs verticaux reliés par une connexion horizontale et espacés d’une certaine di.1 tance. Les quatre antennes verticales ainsi obtenues se trouveront disposées aux quatre coins d'un rectangle. Supposons (pie les courants dans les antennes dirigées soient égaux et de même phase: on démontre très facilement, et il est aisé de s'en rendre compte par la simple réflexion, (pie le diagramme de cette antenne complexe a une forme plus allongée (pie le diagramme de chaque antenne directive considérée séparément. Kn effet, à cause de l'écartement d'une demi-longueur d'onde qui existe entre les antennes directives leurs actions ne se manifestent au même instant au poste récepteur (pie pour des postes situés 11. dans la direction du plan des deux antennes; dans les autres directions, ces actions se font sentir avec des différences de phases d'autant plus grandes qu'elles se rapprochent plus de la direction normale aux plans des antennes à ondes diri-
- p.524 - vue 144/198
-
-
-
- / K li O L K 1)C H A DI O CO M P A S
- gées ; elles sont donc plus ou moins contraires. Plaçons maintenant à une distance d'une demi-longueur d’onde, et dans le même alignement. deux autres de ces antennes complexes. Le résultat sera un ensemble de six antennes directives dont les deux du centre sont parcourues par des courants d'intensité double des <]uatre antennes extrêmes. Le diagramme, dans ce
- encore plus allongé (pie dans le cas cite précédemment.
- Kn disposant encore à une demi - longueur d’onde de distance deux de ces derniers systèmes, et ainsi de suite, on peut obtenir une concentration des ondes aussi for) e que l’on veut La figure 11 montre le diagramme pour 50 antennes à ondes dirigées, disposées côte à côte.
- Les intensités des courants diminuent suivant une certaine loi du centre de la rangée aux ex-trémilés. On voit (pie la concentration est parfaite1, ou mieux, qu'elle le serait si le rayo nnemen t vers l'arrière n'existait pas.
- Mais on peut, même supprimer radiation postérieure en changeant les phases des courants dans les antennes dirigées élémentaires et. précisément, en établissant entre les courants des deux antennes verticales de chacune de ces antennes une différence de phase d'un quart de période. Cela revient à dire (pie l'un des courants doit atteindre son maximum à l’instant où l’autre est nul. Le diagramme,
- dans le cas des 50 antennes dirigées, est juste la moitié — en hauteur — de celui de la ligure 11. La solution de la dirigeabilité ne saurait être plus parfaite. Ce (pii nous manque maintenant. pour réaliser ees systèmes d’antennes dirigées est le moyen d'engendrer des courants oscillatoires permanents ayant les phases et les intensités voulues, c'est-à-dire l'alternateur à haute fréquence. Et il est intéressant de remarquer (pie la machine (pii donnera la solution complète de la syntonie donnera aussi la solution complète de la dirigeabilité des ondt's, Mais après avoir résolu le problème de l’antcnnedirec-tive, il faudrr reprendre eelu: du radiogonio-mètre pour ar river à varies rapidement el eommo d émenl la direction d( projection de: ondes et la di rection suivan laquelleon veu exelusivemeu les recevoir.
- On voit qu’m large cham| d’a et i o n s'ou vre à la télé graphie sans li par ondes d i ri gées. Au poin de e ue coin mercisl, on peut prévoir avec certitude ni rapide et prochain essor de cette brunch de la Technique (pii a été trop longtemp traités! comme la Cendrillon de la grand famille des communications sans (il, mai (pii, au moment où les pressantes nécessité de l’heure ont rendu son concours indu pensable, a donné tout ce qu'on attendai d'elle, — et même davantage.
- E. Beli.ini.
- ANTENNE DE K AUIOCOM PAS l’OCIl SEIfVICK EN CAMPAGNE
- Les den.e triangles (à angle lirait J des Jils parallèles dont elle, est constituée sont supportés par an niât démontable ipie l'on dresse el soutient à l'aide de haubans.
- cet te
- p.525 - vue 145/198
-
-
-
- / ( Neustadt
- Kie/
- Klein en
- .Brême
- ^ambourg ^
- oenigsber
- ineterbouï^ Ko rschen
- Danzig %/'%/
- fXôshn Dirschauv^K' er .;j||
- /o Marienwerder ^
- S:
- *x-+«
- Sch we/dmüh/
- Irombèr^
- « ££ J S« i «1%; / i
- fl J.#* s Mincfen )
- \Münster#
- sy<e5eLs* ApC/ L
- \reuz
- rankfurt >^D0Sen $£è®,:'y'^ ^V. C\
- RLIN
- G
- Kottbüs
- .yXv-svIy.
- •ÿfs;-" '
- «Il x>
- «i K
- ^Cusseldbrf aCologr/s ^/6j?
- G/ogau 'G or Ht z
- (Ko/uszAi P OU L 0 G N E
- i /ranÿorod
- Gotha
- Breslau
- m
- ;i£*
- m*
- Giessen
- :rancfor'
- Oe/s
- Oppe/n
- *&&**>.
- o Kie/ce
- S
- \Laon
- \eims
- ^ J^^eves \wiavence a
- gxembourç ^ai^.^utern X*^urz 0ur9
- N u rem berg^S
- w
- Sm Pi/sen *
- Jarosfaw
- *Prague
- Wi/défis ch ivert
- JCraconie
- Vitry-le-F1
- /Va.
- 'es
- ncj
- itrasbou
- N C
- [Çar/sruhe
- Stuttgart ^Ha u sa ch
- paiLid)&
- Brünn
- T R I C H/E - h OH G R* I E
- /m'v •svIvAV.-.v/. iW Wj
- TA'âsss
- 1^1
- «SSï
- v.x->
- 25?
- U/m
- Neum&Mdé^\L / n2
- nich;-’’
- 3e/Port,
- Mefssaun Stockereau
- -'esbourq
- VIENNE
- « *
- CHEMINS DE FER ALLEMANDS
- en 1870
- %
- i* * «'•y
- on
- o
- E
- 0
- 50
- 100 150 200 Kilom?
- c«
- ic
- U
- i -n
- r-\
- ^ U
- *v?3
- O
- ta
- p.526 - vue 146/198
-
-
-
- LES CHEMINS DE FER ALLEMANDS EN 1870 ET EN 1915
- Par Auguste MATIVAL
- ANCIEN INGÉNIEUR DU RÉSEAU ERANÇA1S DE U EST
- Les chemins de fer allemands sont une véritable machine de guerre : le « ko-lossal » y règne partout, aussi bien dans la conception des lignes et des gares que dans l’effectif du matériel immense accumulé patiemment depuis des années en vue du transport rapide de multitudes armées.
- Au but commercial, qui est le transport rapide des houilles, des minerais et des produits manufacturés ou agricoles, se juxtapose toujours, en Allemagne, un problème militaire dont le thème général est le suivant : répondre à la fois aux besoins d’une double guerre menée à l’est contre la Russie et à l’ouest contre la France. Aussi, un grand nombre de lignes principales ont-elles une orientation est-ouest qui permet de transporter rapidement et simultanément un grand nombre de corps d’armée d’un front à l’autre.
- En 1870, cette double préoccupation était moins urgente et les voies ferrées existant à cette époque avaient surtout pour objectif l’invasion de la France par l’Alsace-Lorraine, projetée depuis le lendemain de Sadowa. Pen-
- dant les quarante-cinq années qui ont suivi l’invasion de 1870, bien des faits diplomatiques et militaires se sont produits. Notamment l’alliance de la Russie et de la France, l’entente cordiale franco-britannique, l’orientation nouvelle de la politique italienne, ont prouvé à l’Allemagne qu’elle aurait d’immenses transports de troupes à effectuer le jour où le parti militaire forcerait la main à l’empereur pour lui faire signer l’ordre de mobilisation générale si impatiemment attendu par les énergumènes d’outrc-Rhin.
- Toutes les grandes lignes construites dans ces dernières années tendaient à augmenter le nombre des transversales reliant la Prusse orientale, la Posnanie et la Silésie d’un côté,
- LA NOUVEI.UE GAKE DES VOYAGEURS DE COLOGNE (PRUSSE RHÉNANE)
- Dans ces vingt dernières années, les Allemands se sont attachés à donner à leurs -principales garesun aspect monumental qu'elles étaient loin d'avoir auparavant. Là aussi, ils ont voulu faire « kolossal „et ont réalisé des styles empruntés aux architectures hétéroclites des expositions universelles.
- p.527 - vue 147/198
-
-
-
- 200 Kîlom §
- V?
- te
- co
- y:
- >2-
- >
- p.528 - vue 148/198
-
-
-
- LES CHEMINS DE FER ALLEMANDS
- 529
- à la Belgique, au Luxembourg et à l’Al-saee-Lorraine, sur l’autre frontière.
- Petit à petit, le réseau des voies ferrées allemandes, à écartement; normal de 1 m. 44, a dépassé 00.000 kilomètres, contre 41.000 kilomètres en France et 37.000 pour les divers réseaux de la CJ'teBretagne.
- La superficie de l’Allemagne est sensiblement égale à celle de la France (540.000 kilomètres carrés) d’où une densité plus forte au delà du Rhin (pie chez nous, quant au nombre de kilomètres de voies par kilomètre carré de territoire. Etant donnée la différence sensible du chiffre de la population des deux pays, le nombre de kilomètres de chemins de fer par habitant est sensiblement égal de part et d’autre. Le réseau allemand comprend un développement de doubles voies très supérieur au nôtre. C’est surtout par le luxe et par les proportions grandioses des gares commerciales et militaires, des raccordements, des quais spéciaux d’embarquement (pie les chemins de fer allemands se distinguent des réseaux français.
- Le ministre des Travaux publics de Prusse est le chef suprême des chemins de fer prussiens dont font également par lie les voies ferrées liessoises (Consortium prussien-hessois). Pour rendre plus facile l’administration d’un réseau, qui comprend plus de (>().()()() kilomètres, on a divisé les chemins de fer prussiens en vingt et une directions autonomes (pii ont chacune son état-major spécial et son matériel particulier. Dans le même but, on a laissé les lignes des Etats, tels (pie la Saxe et la Bavière, le grand-duché de Bade, le Wurtemberg, etc., sous la direction de leurs ministres spéciaux, (pu jouent à peu près le rôle de nos directeurs actuels de grandes compagnies françaises.
- Les petits réseaux, en apparence indépendants, que forment les directions prussiennes et celles des autres royaumes, fonctionnent avec un ensemble paifait et le public voyageur ne s’aperçoit pas de leur existence, car il règne dans tous les chemins de fer de l’empire un ordre et une unité de vues immuables. 11 n’y a entre ces réseaux que des liens invisibles, et un voyageur partant, de Kanigsberg pour se rendre à Cologne, arrive à destination sans subir aucun changement de train ni même sans se douter cpi’rl vient de circuler sur des lignes administrées par plusieurs directions différentes.
- Disposant d'un grand réseau, facile à administrer grâce à ses belles recettes et d’un
- * 34
- p.529 - vue 149/198
-
-
-
- 530
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Pskow e£l j
- Chemins J à une voie de fer \ à deux voies Fleuve ou rivière
- Petrograt
- Windau
- 200 Kilom
- "Libau-
- 'rodno
- Wie/ostok
- Ostro/enka
- htroi
- .unmez
- M Kobryn
- rest-Litowsk.
- Ko ut no
- ukow
- ,Kadom f
- Cho/m / W/adimir - Woiynski
- Lu b!in
- 7estochowa
- ’arnow
- LES CHEMINS DE FER ALLEMANDS ET AUSTRO-HONGROIS A LA FRONTIÈRE DE RUSSIE
- On voit par celte carte le petit nombre de voies ferrées que nos alliés ont eu à opposer, au moment de la mobilisation, aux réseaux, ramifiés à l'infini, de leurs ennemis.
- p.530 - vue 150/198
-
-
-
- LES CHEMINS DE FEE ALLEMANDS
- 531
- §
- O
- e
- «
- 55
- ’-'H
- Ci
- «3 s:
- P o
- p** 'tj
- «
- W >—i
- Sç_5j
- O
- Æ>
- &S
- -s s
- ^ ft.
- r
- £ 55 a -s
- ce
- ,, «S A £ W
- a ;§
- S »
- H u O 55
- S
- &i
- puissant matériel qui lui appartient en propre, l’empire allemand a donc pu combiner la construction et l’organisation militaire de ses lignes de manière à satisfaire aux exigences de la mobilisation, des transports de troupes et de la circulation d’une immense quantité de trains de ravitaillement qui peuvent ainsi alimenter plusieurs fronts en munitions, en vivres et en vêtements.
- Le front de Pologne est desservi par une grande ligne qui forme comme une ceinture tout le long de la frontière, depuis Cracovie (Galieie) jusqu’à Memel, en passant par Kalisch, Tliorn, Allcnstein et Insterbourg.
- Les principales artères transversales qui traversent l’Allemagne de l’est à l’ouest sont : les lignes de Brême, Hambourg, Stettin, Dantzig, Tilsitt—Brême et Hambourg à Berlin—-Dusseldorf à Posen et Tliorn par Hanovre ou Magdebourg — Dusseldorf à Cassel, Leipzig et Kalisch — Francfort-sur-le-Mein à Weimar, Dresde, Breslau et Beuthen.
- Ces voies sont raccordées à la grande ligne qui suit la frontière russe; les troupes de couverture du front oriental peuvent ainsi recevoir rapidement leurs réservistes et être rejointes, dès les premiers jours de la mobilisation, par les corps de l’intérieur avec l’aide desquels doivent se constituer les grandes armées de première et de seconde lignes. Les chemins de fer de ceinture de Berlin facilitent beaucoup les évolutions des troupes, car la ville est entièrement traversée par une grande ligne qui permet aux trains venant de l’ouest (Hambourg, Lehrte, Magdebourg, etc.) de se diriger vers Thorn, Posen, Kalisch, etc., sans arrêts ni transbordements d’aucune sorte. Les voies russes ayant un écartement de 1 m. 53, les trains prussiens ne peuvent s’engager directement en Courlande ni en Pologne. Un certain nombre de machines et de véhicules allemands sont munis d’un dispositif qui permet de changer rapidement l’écartement de leurs essieux de manière à les rendre aptes à circuler sur les lignes russes. D’autre part, le réseau des voies ferrées est très peu dense en Russie, de sorte que les évolutions de troupes et le ravitaillement offrent une grande difficulté pour les armées allemandes qui sont chargées d’envahir la Pologne et, de se diriger vers Riga. La prise de Varsovie, centre des lignes polonaises,- a évidemment facilité la tâche de l’état-major allemand, mais celle-ci reste ardue, à tel point que les lignes nouvelles ont dû être construites, en grande partie, avec des matériaux pris aux chemins de fer belges.
- Du côté de la France et de la Belgique, la disposition générale du réseau de défense
- p.531 - vue 151/198
-
-
-
- 532
- LA SCIENCE ET LA VIE
- et d'invasion est la même qu'à l'est, mais la densité des lignes belges et lorraines, ainsi que la similitude d'écartement des rails rend la eirenlation des trains militaires relativement très facile sur le front occidental.
- Plusieurs grandes voies ferrées montent
- sales énumérées pins liant et dont nous avons montré la liaison intime en de nombreux points avec la ligne qui circule tout le long de la frontière russe. Le Rhin est suivi, sur chacune de ses rives, par deux voies ferrées coupant successivement quatorze lignes
- Chemin J à une voie de fer \ à deux voies
- Fleuve ou rivière _________
- 10 20 so w so Kilom.
- I.KS Cil KM INS DK FKR FRANÇAIS, BKLGKS ET AI-LKMANDS AUX F'HONTIKRKS RKSFKCTIVKS 1)K CK S TROIS KTAT’S, AU MOIIKNT DK LA DECLARATION DK GUKRRK
- Celle carte nous montre que si, en 1014, les Allemands possédaient, pour nous envahir, de. nombreuses voies ferrées, notre réseau était au moins aussi riche que le leur.
- presque verticalement de H;‘tle à Francfort par Carlsruhe, de lïâle à Dusseldorf par Strasbourg, de Strasbourg à Liège par Metz et Luxembourg. 2V ces trois grandes artères, qui desservent les frontières française et belge, se rattachent également les transver-
- transversales qui franchissent le fleuve entre Râle et Wesel, sur des ponts colossaux, pour la plupart puissamment fortifiés. Les Allemands peuvent ainsi défendre toute la ligne du Rhin, sans craindre de voir les communications coupées d’avec l’intérieur.
- p.532 - vue 152/198
-
-
-
- L E S C II E M1N S D E F E R A L L E M A N1) S
- 533
- La disposition des deux fronts desservis par des voies verticales reliées par une série de transversales, permet à l’état-major allemand d’emprunter des corps d’année aux troupes qui opèrent en France pour les transporter en Pologne ou en Galicie et vice versa. On estime qu’une armée de 100.000 hommes peut être ainsi changée de front, du Rhin à’ laVistulc, en trente-six heures —quarante-huit heures au plus grâce aux conditions parfaitement étudiées des détails d’organisation et d’exploitation des réseaux traversés. La distance à franchir atteint cependant au minimum de 1.200 â 1.100 kilomètres.
- ont pu atteindre en Allemagne un aussi liant degré de perfection. Les crédits sont accordés a temps et dépensés judicieusement pour la construction des lignes nouvelles, des stations et du matériel roulant.
- En 1012, plus de 000 millions <de francs ont été consacrés â des augmentations de matériel roulant. L’Etat allemand est aidé dans cette tâche par la puissance de production des usines privées qui s’adonnent â la construction des locomotives et des véhicules destinés aux chemins de fer.
- Le matériel roulant de l’Etat prussien comporte actuellement 20.000 locomotives,
- CA NOUVKMjK OAHK 1MUNCIPALK DK LKIPZIO (lU)YAl'MK 1)K SAXK)
- La constfuciion de cette gare, dont l'aspect est aussi peu. esthétique que possible, a été commencée en 11)02 ; elle n'est pas encore terminée et les travaux oui déjà absorbé près de 200 millions.
- Les grandes gares militaires ou commerciales de l’Allemagne n'ont d'équivalent nulle part en Europe. A Leipzig, plus de 200 millions ont été dépensés pour faire afïluer les diverses lignes dans un hall long de 2(>0 mètres et large de 300 mètres comportant vingt-six voies parallèles séparées par des trottoirs de 10 mètres et couvrant plus de huit hectares. Des gares de proportions colossales ont été construites depuis vingt-cinq ans dans les principales villes de l'empire : Cologne, Dresde, Francfort, Hambourg, Hanovre, Metz, Munich, Strasbourg, etc.
- Le secret d'une pareille organisation n'est pas dillicilc â pénétrer. C’est grâce â l'unité de direction et de vues qui préside depuis longtemps à leurs destinées commerciales et militaires que les chemins de fer de l’Etat
- 10.000 voitures â voyageurs et 250.000 wagons â marchandises. Sur les autres lignes â voie normale de l'empire (10.000 kilomètres) circulent 8.000 locomotives, 20.000 voitures et 100.000 wagons. L'Allemagne dispose dont* pour ses transports militaires de 28.000 locomotives remorquant 00.000 voitures â voyageurs de toutes classes et environ tl0.000 wagons â marchandises.
- Le consortium des chemins de 1er prus-siens-hessois consomme annuellement environ dix millions de tonnes de houille allemande. L’Empire dispose donc d'immenses ressources nationales pour exploiter son réseau de voies ferrées qui constitue entre ses mains un puissant engin de gueire dont il se sert avec activité.
- Augustk M avivai,.
- p.533 - vue 153/198
-
-
-
- Maillon de chaîne a mailles délai avec manilles
- Emeri ! Ion
- Ancre en fer ordinaire
- Stoppeur B/ake
- Manille d assemblage de chaire
- Senhouse Slip
- Stoppeur de chaîne
- a une seule patte
- Ma if/on de chaîne a mailles courtes avec manilles
- ANCRES, CHAINES ET ACCESSOIRES DIVERS POUR L’IMMOBILISATION DES NAVIRES SUR L’EAU, EN USAGE DANS LA MARINE ANGLAISE
- 534 LA SCIENCE ET LA VIE
- p.534 - vue 154/198
-
-
-
- COMMENT LES NAVIRES S’IMMOBILISENT SUR L’EAU
- Par André KERLOVEN
- INGENIEUR, nu GENIE MARITIME
- L’ancre était l’un des principaux symboles que les premiers chrétiens faisaient graver sur leurs anneaux et sur des médailles, car ils la considéraient comme un signe suprême d’espérance.
- Les plus anciennes ancres, ou du moins ce qui en tenait lieu, furent de grosses pierres, des paniers remplis de gravier, des sacs de sable ou des blocs de bois lestés avec du plomb. Apollonius de Rhodes et Athénée relatent que les Grecs recouraient à ces divers moyens pour tenir leurs navires au mouillage. On devine sans peine que ces ancres rudimentaires n’agissaient que par leur poids et leur adhérence sur le fond.
- Le fer fut ensuite introduit dans la construction des ancres et un perfectionnement fut ap-
- D’après des sculptures relevées sur d’antiques monuments, il apparaît que les ancres anciennes ne différaient pas beaucoup quant il leurs formes des ancres modernes ; toutefois, on constate qu’elles n’ont jamais dû être munies de jas (on verra par la suite la signification de ce mot). Chaque navire avait plusieurs ancres ; la plus lourde n’était employée qu’en cas d’extrême danger, aussi la désignait-on plus particulièrement par le terme sacra, d’où le proverbe : sacrant an-choram solvere pour signifier qu’on « fuit vers l’ultime refuge >\
- porté à leur qualité de tenue quand on les dota de dents ou pattes, lesquelles, mordant le fond, s’y enfonçaient profondément, empêchant ainsi l’ancre de déraper. L’invention des pattes est attribuée par Pline aux Tusca-niens. Au début, les ancres n’eurent qu’une seule patte ou dent; la seconde fut ajoutée par Eupalinus, grand architecte grec qui vivait dans le vie siècle avant notre ère, déclare Pline; par Anacharsis, le philosophe scvthe, prétend Pompée Strabo, le père du grand Pompée. Mais passons rapidement...
- mencement du xixu siècle les ancres étaient de mauvaise fabrication; le fer était pauvre de composition et les méthodes de soudure étaient très imparfaites. Les bras, droits, se brisaient fréquemment au point d’attache de la verge, sur des fonds pourtant propices, c’est-à-dire pas trop durs. Ce u'est. qu’en 181 fi qu’un petit employé de l’arsenal de Plymouth, nommé Pering, eut l’idée de préconiser les bras courbes pour donner à l’ancre plus de solidité et une meilleure tenue. Dès lors, on en arriva rapidement à un type d’ancre qui, pendant de nombreuses années, resta unique dans toutes les marines militaires ou marchandes.
- Pour différencier ce type de celui des ancres nouvelles, nous qualifierons les ancres qui s’y rattachent (Vancres ordinaires.
- Une ancre ordinaire ( fig. 1) se compose
- I. UNE DES ANCRES LES PLUS MODERNES
- l’ancre
- “ I3RITANNIC ”
- p.535 - vue 155/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 5: jg
- essentiellement d’un brus en fer forgé,
- nom-
- mé verge, qui porte à sa partie supérieure un œil pour recevoir la manille (cigale) ou organeau, sur laquelle on maille la chaîne. A la partie inférieure de la
- arre.A.
- Oreilles 4c
- BRAS
- FIG. 1
- verge sont soudés deux bras recourbés, terminés par des surfaces triangulaires, ou pattes, qui entrent en prise avec le fond ; les extrémités des pattes portent les noms de becs et eV oreilles. L’extrémité de la verge, voisine des bras, est le diamant-, à l’endroit du carré, sa section présente deux épaulements qui s’encastrent dans le jus. Celui-ci, dont la direction est perpendiculaire au plan des bras, est composé de deux pièces de bois, réunies par des traverses et des cercles métalliques de manière à embrasser étroitement le carré.
- -Le collet est un renfort placé à l’endroit de la soudure de la verge avec les bras.
- Dans l’ancre ordinaire modifiée, au lieu du carré, l’extrémité supérieure (le la verge comporte un renflement de métal ou culasse (lig. 2), percé d’un trou dans lequel passe un jas non plus en bois mais métallique; celui-ci, de section cylindrique, vient s’appuyer en son milieu contre la verge, au moyen d’un collet et est maintenu de l’autre côté par une clavette.
- Le plus souvent, le jas est recourbé à l’une de scs extrémités, ce tpii permet de le rabattre le long de la verge, après avoir enlevé la clavette.
- 11 peut aussi être recourbé aux deux extrémités, afin Lonqueur a qu’on puisse, suivant la position occupée par l'ancre au moment de sa mise en place sur le navire, le rabattre sur l'une ou l'autre face de la verge, a lin de réduire l’encombrement au minimum.
- La longueur de la verge est égale à la longueur du jas.
- La longueur d'envergure, c’est-à-dire la distance comprise entre les becs des pattes, est les 7 10° de la longueur de la verge. La surface de la patte est plane dans le voisinage
- Cigale ou Organeau
- K
- er$e>
- Bec
- Oreilles
- Tf'ou de /organeau
- (i)
- Trou dujers®
- du bec; on appelle angle de prise l’angle formé par cette surface avec la ligne qui joint le bec au centre de l’œil dans lequel passe la manille (fig. 2). Cet angle est habituellement, pour l’ancre ordinaire, de 115 degrés. Le jas en 1er de l’ancre ordinaire pèse un peu plus du quart de l’ancre nue. En mouillant, les ancres du type ordinaire tombent généralement les pattes à plat sur le fond ; la traction de la chaîne se faisant sentir sur l’organeau, l’ancre bascule dès (pie le jas rencontre un obstacle ou si la traction s’exerce obliquement. Le jas devenant horizontal, une patte mord le fond et a d'autant plus de tendance à s’y enfoncer (pic la traction exercée par la chaîne (1e mouillage est plus énergique.
- Cette ancre offre donc une bonne tenue. Elle a aussi des inconvénients : pendant les évitages (on appelle ainsi les mouvements tournants décrits par un navire autour de son ancre sous l’action des vents et des courants), elle peut être surjalée ou surpattée, c’est-à-dire <pie la chaîne peut venir à faire un tour sur le jas ou la patte supérieure. Le surjalage n’est pas très dangereux, mais le surpattage enlève toute sécurité de tenue, puisque la patte, enfoncée dans le sol, tend à en être arrachée. Si le navire est mouillé par petits fonds, la patte supé-/ rieure (l’une ancre de / ce type peut, aussi / crever la co-
- *•. Anale
- BRAS Diamant
- ANClîK OIIIJINAIUF A .JAS
- CULASSE
- envergure\y Hngfe '/f ' y de prise
- que. En outre, l’ancre est encombrante,difficile à loger et à remettre à poste; l'appareillage est plus long. Enfin, la soudure de la verge avec les bras est le point faible de l’ancre.
- (fig. U) comprend trois les bras, la verge, le jas. L'extrémité supérieure de la verge est traversée par le boulon de la manille. L’extré-
- O II I ) 1N AI RK M O IJ I FI F. K
- L’ancre Martin pièces principales
- p.536 - vue 156/198
-
-
-
- 537
- V ANCRE MARINE ET SES ACCESSOIRES
- mité inférieure forme un massif dans lequel passe la pièce unique qui forme les bras.
- Un boulon, encastré à la fois dans le massif et dans une engoujure de la partie cylindrique de la pièce des bras, permet à ceux-ci un mouvement de rotation tout en les empêchant de sortir du massif; ce mouvement de rotation est limité à un angle de prise maximum par un butoir situé dans le plan de la pièce des bras et qui se meut dans une cavité pratiquée sur un des côtés du massif de la verge.
- Le jas des ancres Martin est souvent droit.
- Au mouillage, les pattes de l’ancre Martin restent horizontales; sous l’effet de la traction de la chaîne, elles tendent à crochcr toutes deux le fond dès qu’elles rencontrent un obstacle quelconque et atteignent
- l'IG. 3. —- ANCltK SANS SOUDUItH MARTIN A, manille double pour la mise à jiosle tic l'ancre; B, verge; C, Pâlie; 1), Bras; E, Massif ; F, butoir servant à limiter l'angle de prise; G, cavité limitant le déplacement du butoir ; II, Boulon servant à maintenir le milieu de la pièce des bras dans le massif.
- extrêmement rapidement l’angle de prise maximum, qui est de 50 degrés environ.
- Ces ancres sont faciles à manœuvrer et à loger à bord ; elles peuvent être démontées et visitées facilement. Aucune soudure, ce qui est un grand avantage sur le type ordinaire. Si l’ancre s’enfonce dans un fond mou, le jas, placé dans son plan, participe à sa tenue. Il est admis généralement que l’ancre Martin supporte un effort double de celui d’une ancre du type ordinaire. Avec elle, il n’y a plus de danger de crever la carène quand on a mouillé par petits fonds puisque les deux pattes sont, en principe, toutes deux enfoncées dans le sol. L’inconvénient de surjaler ou de sur-patter est également écarté totalement, Cependant, on reproche à ees ancres de
- VUE AURIKKK UK I,A TKTIÏ KT DK LA C'OURONNK DK I/ANCHK SANS .JAS I1A1.I.
- L'extrémité inférieure de la verge de celle ancre est traversée par un tourillon logé dans le massif (pie forme la pièce des bras et tenu en place par deux cales de côté fixées au motjcn de deux boulons dont on aperçoit ici les têtes rondes. L'ancre Hall est très emplopéc dans lu marine marchande britannique : la marine de. guerre jajionaisc enfuit également usage.
- p.537 - vue 157/198
-
-
-
- 538
- LA SCIENCE ET LA VIE
- croclier difficilement quand le navire a peu de vitesse, ce qui est notamment le cas lorsque, chasssant sur sa première ancre, le bâtiment mouille la deuxieme.
- Je citerai pour mémoire les ancres à jas mobile David, les ancres Rod-gers, qui se rattachent au type ordinaire, mais perfectionné ;
- 1 ’ ancre Trot -mann, dont les bras peuvent pivoter dans un plan perpendiculaire au jas; l’ancre Britan-nic, sans jas, dont la cigale ou organeau est montée sur tourillon ; l’ancre Lewis, etc.,., pour en arriver à l’ancre Mar-
- rel-Risbec, devenue réglementaire sur les bâtiments de la marine de guerre française.
- Cette ancre (fig. 4), en acier doux, n’a pas de jas. Le plan des bras oscille autour de la partie inférieure de la verge: les pat-
- ‘ * * i "'V1 ’ * , ' r •<
- A ’
- • ’t .•
- ENUMERATION DUS PARTIES PRINCIPALES DE I. ANCRE IIAI.I,
- A, cales maintenant le tourillon de. la verge, en place; K, boulons de serrage des cales; C, tourillon; 1), guides des cales; K, couronne en acier ; F, verge de l'ancre.
- Butoir /imitant /angle de prise
- ElG. 4.
- Ressaut
- L’angle de prise, qui est de 50 degrés environ, est limité par le contact de ressauts portés par les bras avec un butoir porté par la verge, au-dessus de la pièce des bras.
- Le fonctionnement de cette ancre est semblable à celui de l’ancre Martin. Elle a les mêmes avantages et inconvénients. Toutefois, l’ancre Marrcl -Risbec est plus facile à loger à bord, par suite de l’absence de jas qui permet de faire rentrer la verge dans l’écubier, en ne laissant que les bras en dehors ; il n’y a plus à mpormer l’ancre ni à la traverser (moyens d’amarrage, sur le navire, des ancres à jas). Cet avantage est très appréciable dans certaines circonstances, d'appareillage, notamment quand il est nécessaire que le navire puisse prendre de la vitesse avec la plus grande rapidité.
- Dans certaines ancres du type Marrel, les ressauts sont reliés ensemble (fig. 5), de façon à constituer un massif rectangulaire.
- Le système d’ancre Wastcneys- Smith ( fig. 6) a beaucoup de points de ressemblance
- Ressauts
- Butoirs
- Ressaut t
- Butoirs
- Ressaut
- r'.V
- I.’ANCRE MARREL-RISBEC ADOPTEE PAR I.A MARINI’, DE GUERRE FRANÇAISE
- tes, très larges, mordent le fond ensemble.
- Les bras sont reliés à un tourillon (pii tourne dans un logement du diamant.
- avec le système Marrel. T/angle de prise n’est que de 43 degrés. La marine britannique l’a beaucoup employé, mais aujourd’hui elle
- p.538 - vue 158/198
-
-
-
- L'ANCRE MARINE ET SES ACCESSOIRES
- 539
- ANCRE, TYPE MARREE, A RESSAUTS D’UNE SEULE PIECE
- lui préfère l’ancre Byers, qui n’en diffère, d’ailleurs, que par une solidité beaucoup plus grande due au meilleur emplacement des soudures.
- Les ancres de corps-mort
- f n'
- IJ U i
- El G. G.
- ordinaire, privées d’un de leurs bras pour moins déborder du fond (fig. 7). Cependant, les corps-mort sont souvent retenus au moyen de l’ancre LangS-ton, sorte de champignon dont la convexité est tournée vers le bas et qui, au moyen de balancines, est solidement reliée à sa chaîne (fig. 8).
- On l’enfonce à la profondeur voulue, en affouillant le sol au moyen d’un jet de pomjjp (air comprimé ou vapeur) maintenu d’une façon aussi fixe que possible au-dessus du point choisi. Pour la déraper (l’arracher du sol), on emploie le même procédé.
- Les navires de commerce reçoivent au maximum quatre grosses ancres semblables : deux d’entre elles, dites ancres de bossoir, parce qu’elles sont tenues à l’avant du navire, prêtes à être mouillées rapidement au moyen de bossoirs, sont placées sur le gaillard ou amarrées contre la muraille du navire, à l’extérieur, au-dessous de l’écubier; les deux autres sont simplement des ancres de rechange.
- L’une est amarrée au pied du gaillard de façon à pouvoir remplacer promptement une ancre de bossoir; l’autre est amarrée dans le faux-pont et porte le nom d'ancre de grand panneau ou d'ancre de miséricorde.
- Les navires reçoivent en outre un certain nombre d’ancres plus petites,
- dites ancres de louée et ancres à jel. Ces ancres, plus légères, sont du type ordinaire,avec jas en fer; elles peuvent être mouillées par des embarcations et sont employées pour les manœuvres de halage, d’évit.age et d’embossage du bâtiment.
- Les navires de déplacement moyen, soit 2.000 tonneaux, ont des ancres de 2.000 kilos environ; toutefois, pour les grands navires, le poids des ancres n’est pas dans le même rapport arithmétique : il est inférieur au millième du déplacement; de même pour les petits, seulement, dans ce cas, le poids des ancres est supérieur „au millième du déplacement.
- Ainsi, un navire de 5.000 tonneaux de déplacement aura des ancres d’environ 4.000 kilogrammes, un navire de 500 tonneaux aura des ancres de G00 kilogrammes. Les ancres anglaises sont plus légères que les nôtres pour les gros tonnages et plus lourdes pour les tonnages faibles. En
- cette matière, d’ailleurs, les Anglais ont toujours appliqué un ' principe très net : aux
- gros navires, des ancres relativement légères ; aux petits, des ancres assez lourdes ; à tous de lourdes chaînes.
- Nos grands navires d’escadre reçoivent trois ancres Marrcl principales (Danton : trois ancres de 8.500 kilogrammes). Ceux "(pii sont susceptibles d’être envoyés au loin ont, en outre, généralement,
- une ancre de ré- .Dormontde,<,„»
- Br/durc
- ANCRE WASTENEYS-SMITII
- El G. { —ANCRE Di: ÇORl’S-MOllT A UN BRAS ET A JAS
- p.539 - vue 159/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 40
- serve àjasdont le poids atteint la moitié de celui des grosses aneres (le croiseur Château-rcnault : trois aneres Marrel de 0.000 kilogrammes cha-eune, une ancre à jas de 0.000 kilogrammes ).
- Tous nos navires de guerre disposent de deux aneres à jet, toujours à jas, dont les poids peuvent atteindre 2.000 kilogrammes.
- Les J eau-Hart ont trois aneres Marre! de 8.500 kilogrammes et deux aneres à jet de 1.800 et 2.000 kilogrammes, c’est-à-dire les mêmes aneres que les
- Danton sur lesquels ils présentent, cependant, un accroissement de tonnage de 5.880 tonnes; il est vrai que le calibre de leurs chaînes est supérieur de huit millimètres à celui des chaînes d’ancre des Danton.
- lTn 18.000 tonnes, type dreadnouglit anglais, est pourvu de trois aneres Byers semblables, de (>.580 kilogrammes, aux bossoirs; une ancre Byers de 2.125 kilogrammes à l’arrière, sur la muraille, et de trois aneres à jet,
- FIG. 8.-- ANC Kl'’, I.ANGSTON FOUR TENUE DF, S CORFS-MORT
- A gauche : on ajfouilte te sol au moyen d'un jet de pompe; au milieu : Fancre en position ; à droite: on la dérape en ajjouillant le sot comme pour la mise en place..
- floiyt en fpt à rabattraient
- line chaîne d’ancre se subdivise en bouts de 80 mètres, qui portent le nom de maillons. Chaque maillon est composé (11g. 9) de
- 'mailles à étai. La maille à étai, en fer forgé, porte en son milieu une entre-toise en fonte, appliquée sans solidaire, qui s’oppose à sa déformation et empêche en même temps la chaîne de faire des coques.Chaque maillon est terminé à son extrémité antérieure par une maille à renfort pourvue d’une entretoise qui n’est pas placée en son milieu et, à son extrémité postérieure, par une maille sans étai. Ces deux dernières sortes de
- mailles sont de plus grandes dimensions que la maille à étai. La soudure de chaque maille est pratiquée à la tête, endroit où les anneaux s’entrecroisent. On entend par calibre d’une chaîne le diamètre de la barre de fer dont la maille est faite.
- J-es cuirassés des types Patrie, Danton et Jean-
- • d'osci//afionJ
- ><Levier o rabattement -Clavette
- dont une de 700 kilogrammes et deux pèsent 225 k i log ra m ni es chacune.
- Les chaînes d'ancres, perfectionnées en Angleterre, furent introduites chez, nous vers 1880.
- Kn 1850, leur
- emploi était devenu général, billes ont remplacé-les câbles en chanvre dont une longue expérience avait déterminé les diamètres.
- Boude fixer a ta car/inque
- J FIG. 10.
- DF.UX SYKTF.MFS D F.TAl.INGURF IMOIUI.F 1)F l.A CIIAINK SUR I.A CAKI-1NGUF. (FACE INTF.RNF, DF, l.A QUILl-E)
- llart ont des chaînes de 04. 08 et de 70 millimètres respectivement. Les Anglais font usage de chaînes plus lourdes que les nôtres (78,70 et 78 pour les cuirassés des tupes récents).
- Le poids du maillon de 80 mètres de chaîne est de 8 tonnes 500 environ pour les plus grosses chaînes embarquées. Les chaînes sont arrimées séparément dan$
- Clavette Anneau ..
- Croc à échappement
- p.540 - vue 160/198
-
-
-
- h' AN C RK MARINE ET SES ACCESSOIRES
- 541
- Col/iei pour empêcher ' /a chaîne c/e dêcape/er quand on moui//e /ancre
- 5/opp
- eur
- Pour cirer la chaîne -<---------------
- (a b disse J
- Pour fi
- , P/ed de biche , , A (levé)
- "JP/Evidement pour C/o manœuvre du '' /eoier du p/ed c/e b/che
- FIG. 11. - SCHÉMAS ILLUSTRANT LF FONCTIONNEMENT D’CN STOIU>12 UR 1)12 CHAINE D’ANCRI*
- des puits disposés a bâbord et u tribord. L’extrémité de chacune d’elles passe dans une forte boucle fixée à la carlingue, face interne de la quille, et remonte se fixer, dans un endroit bien accessible, à un système d’attache à échappement nommé étalingure mobile. La maille sans étai qui termine le dernier maillon de chaîne est capelée sur un doigt en fer, à rebattement (fig. 10), maintenu lui-même par un levier qui peut tourner autour d’un point lixe et est retenu par une clavette. Quand on est dans l’obligation de filer la chaîne par le bout, c’est-à-dire qu’on laisse filer toute la chaîne à la mer en abandonnant l’ancre, on retire la clavette; en pesant sur le levier, le doigt se rabat et laisse
- échapper la maille sans étai : la chaîne file alors librement. L’étalingure peut être aussi constituée par un anneau maintenu par une clavette (fig. 10, à la page précédente).
- La chaîne est étalinguée sur l’ancre au moyen d’un bout de chaîne distinct, comprenant une manille, un émerillon et quelques mailles à étai de part et d’autre de cet émerillon La maille à étai placée sur l’avant de rémerillon se réunit à la manille de l’ancre par une pièce de fer de forme spéciale. La chaîne d’étal ingure est terminée à sa partie arrière par une maille sans étai qui est réunie par une manille à la maille à renfort commençant le, premier maillon. Ce dispositif est à la fois pratique et sûr (fig. 12).
- STOPPEURS DKS DEUX CHAINES D’ANCRE DK ROSSOIR DU CUIRASSÉ DÉMOCRATIE ”
- p.541 - vue 161/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 542
- La longueur totale des chaînes auxquelles sont attachées les ancres varie, pour les navires marchands, entre 220 mètres et G00 mètres, suivant le déplacement du navire.
- La chaîne pénètre à l’intérieur du navire par un orifice nommé écubier, garni d’un manchon en fonte ou en acier moulé, qui le protège contre le dur frottement des mailles de la chaîne. Après avoir franchi le manchon de l’écubier, la chaîne passe sur* le stoppeur (fig. 11 à la page précédente). Le stoppeur est un appareil qui se compose d’un massif dont la partie supérieure est garnie d’une coulisse en fonte d’une largeur égale à celle d’un maillon à plat et qui est munie d’une rainure longitudinale permettant le passage des maillons qui se présentent sur champ. Le fond de la coulisse est surélevé à la partie antérieure du stoppeur, tandis que la partie postérieure est diminuée de façon à ]) ré s enter un creux égal à la moitié de l’épaisseur d’une maille horizontale.
- L’avant et l’arrière du stoppeur peuvent être raccordés au moyen d’une pièce de fonte appelée pied de biche ou Un guet. Si le linguet est abaissé, la chaîne peut glisser sans obstacle de l’avant vers l’arrière; si le linguet est soulevé, les deux parties du stoppeur sorft
- ECUBIER
- CIIAINK
- SUIt J AI,K 1,’ANCRE
- IiOUT DE CHAINE SERVANT A ÉTA1.INOUER
- Ie-'Maillon
- Mai/le à renfort commençanf le I-'maillon Manille d'ossemblac/e lierions êtai
- ECUBIER
- Ca Home
- de capon
- CHAINE
- SURRATTE
- L ANCRE
- raccordées et la chaîne peut librement filer hors du bateau, par conséquent d’arrière en avant. On manœuvre le pied de biche au moyen d’un levier à main.
- Le guindeau est un treuil mécanique servant à virer ou à dévirer (dans ce dernier cas, en modérant leur vitesse) les chaînes des ancres. Son axe, horizontal, est placé transversalement et porte de chaque bord une
- couronne dite à empreintes, parce qu’elle présente sur sa périphérie des sillons épousant la forme d’une succession de mailles. C’est sur cette couronne que passe la chaîne avant de se rendre dans son puits. L’arbre porte également à chacune de ses extrémités une poupée pour virer les aussières d’amarrage ou aider à la mise en place de l’ancre sur le pont du gaillard.
- Après avoir passé sur la couronne à empreintes du guindeau, la chaîne traverse le
- pont par un écubier de pont, garni d’un manchon en fonte et parvient à l’étran-gloir. Cet appareil (fig. 13), qui n’existe pas toujours sur les bateaux de construction récent e, est constitué par une forte lunette en fer située au-dessous du pont, à l’aplomb du manchon; il est manœuvré au moyen d’un levier actionné par un palan.
- L’étrangloir, ouvert entièrement pour laisser filer la chaîne quand on mouille, l’ancre, sert à l’arrêter quand on en a filé la quantité jugée nécessaire. Il permet de la faire préalablement riper (freiner) en exerçant sur elle une pression suffisante pour modérer progressivement sa vitesse de sortie, avant de l’arrêter entièrement.
- La chaîne est entièrement arrêtée quand l’une de ses mailles est prise à plat entre la lunette et le manchon. Quand la chaîne est définitivement stoppée, on met en place, sur l’arrière de la lunette, une pièce de fer nommée clef qui verrouille l’étrangloir.
- Après avoir franchi l’étrangloir, la chaîne pénètre dans la profondeur de son puits où elle est lovée par plis superposés.
- Sur les navires de guerre et de commerce de construction ancienne, l’ancre de bossoir est amarrée contre la muraille extérieure du navire, la verge le plus souvent horizontale (fig. 14), au moyen de deux chaînes, dont l’une, la bosse-debout, passe dans l’organeau ; l’autre, nommée serre-bosse, entoure la
- I,A CHAINE SUR I, ANCRE
- p.542 - vue 162/198
-
-
-
- L'ANCRE MARINE ET SES ACCESSOIRES
- 543
- verge près du diamant. Quelques saisines en filin complètent la tenue de l’ancre. Avec cette installation, quand on veut être prêt à mouiller l’ancre, on largue les saisines et on choque doucement lai serre-bosse jusqu’à ce que l’ancre vienne verticalement à l’aplomb de la bosse-deboul. C’est ce que l’on appelle en langage maritime faire pc-ne.au. Il suffit alors, pour mouiller l’ancre. de larguer la bosse-debout.
- Les ancres nouvelles, dont les bras sont d’une seule pièce, ne sont pas amarrées à l’extérieur du navire, mais, à la mer, on les installe de façon que le plan des pattes repose à plat sur le pont du gaillard et y soit solidement retenu par les saisines et les chaînes d’un appareil appelé mouilleur, le jas étant vertical et demeurant seul à l’extérieur du bateau. Le mouilleur (flg. 15) se
- compose d’un axe mobile entre deux pitons fixés sur la muraille extérieure du navire. Un peu au-dessous sont maillées les extrémités de deux chaînes qui, passant sous la verge de l’ancre, sont ensuite capelées sur deux doigts verticaux portés par la tige du mouilleur. L’axe de ce dernier est muni, en outre, d’un levier vertical qui est maintenu contre le bord au
- biche du stoppeur et on ouvre l’étrangloir. On mouille l’ancre en coupant l’aiguillette du mouilleur. Un peu avant d’avoir filé le nombre de maillons prescrit, on fait riper la chaîne à son passage dans l’étrangloir en manœuvrant le levier de cet appareil. Quand on a filé le nombre fixé de maillons, on ferme l’étrangloir et on met sa clef en place; on abaisse le pied de biche et on frappe des bosses sur la chaîne. Pour relever les ancres de bossoir, on embraque
- Salcrn de manœuore du levier
- IL
- Ecubier de pont
- h
- Levier de /etrang/oir Chaire d'ancre
- inc. 13.
- ÉTK AN G 1.01 II DK CHAINE D’ANCRE
- moyen d’une aiguillette . Si on coupe celle-ci, le poids de l’ancre fait se rabattre l’axe du mouilleur ; les chaînes s’échappent des doigts et l’ancre tombe à la mer.
- Avec les ancres Marrel, lesquelles n’ont pas de jas, comme on sait, l’encombrement est encore moindre. La fig. 16 montre très exactement la position occupée par une ancre semblable lorsqu’elle est amarrée après que ses pattes sont venues, sous l’elîort du guindeau, à toucher les lèvres de l’écubier. Ici, le mouilleur est disposé sur le pont du gaillard.
- Pour mouiller une ancre de bossoir, on enlève la lape (couvercle) d’écubier et on desserre le guindeau; on relève le pied de
- (hisse) la chaîne de façon à n’en laisser dehors que la quantité nécessaire pour maintenir le navire et être certain de pouvoir déraper au commandement — opération qui consiste à arracher l’ancre du fond. L'ancre est alors presque à l’aplomb de l’écubier, le navire ayant culé vers l’ancre au fur et à mesure qu’on embraquait la chaîne. Puis on fait déraper. C’est, à ce moment que le guindeau doit fournir l’effort le plus considérable. On hisse alors l’ancre jusqu’à ce qu’elle vienne toucher l’écubier (fig. 16).
- Les fonds qui assurent la meilleure tenue des ancres sont ceux de vase dure ou d’argile,
- puis ceux de sable
- et coquilles brisées, sable et gravier. Les fonds, de sable fin offrent peu de sécurité, en raison des affouillcments produits par les remous que forme le courant en rencontrant la patte supérieure de l’ancre, si elle est du type ordinaire. Les fonds de roche ou de corail sont à éviter car la patte (ou les pattes suivant le type d’ancre) peut n’avoir que très peu mordu et donner une sécurité trompeuse; ou bien elle s’est engagée dans une cavité profonde d’où il est ensuite difficile de l’arracher. On s’expose aussi, avec ces sortes de fonds, à des ruptures de chaîne et même à des bris d’ancre.
- D’après les considérations qui précèdent, on voit qu’il est bon, pour un commandant
- p.543 - vue 163/198
-
-
-
- 514
- LA SCIENCE ET LA VIE
- [gui Dette__
- ou un capitaine, de s’as- J\j surer de la nature du fond avant de mouiller.
- Une ancre du type ordinaire à jas offre, au moment de l’évitage, plus de sécurité qu’une ancre dont le plan des pattes est articulé, principalement par fond de sable lin; en effet, quand cette dernière pivote sur elle-même sous l’effort de sa chaîne, appelant une direction un peu différente, le plan des pattes remue la couche relativement faible de terrain qui les recouvre, tandis qu’avec
- Tendeur^ —
- Moui/teurJJJ-
- ru;. 1(>.
- ANC U K MARREE RENTRÉE A SON L’OSTE
- une ancre du type ordinaire, celle des pattes qui est enfoncée tourne sur elle-même, dans son trou, sans modifier sensiblement les conditions de tenue.
- Pour une foule de raisons dont rénumération nous entraînerait trop loin, il est indispensable de hier, lorsqu'on mouille une ancre, plus de chaîne qu'il n’en faut pour relier simplement le navire à son ancre. Disons toutefois que ces raisons ont surtout en vue d'éviter des ruptures de chaîne par suite des violents efforts dynamiques exercés dans maintes circonstances et d'augmenter le poids qui retient le navire au sol, tout en procurant un surcroît d’adhérence sur le fond empêchant ainsi le navre de chasser sur son ancre ou ses ancres.
- On admet généralement que, par beau temps, un bateau est quand la longueur de chaîne est le triple de la profondeur d'eau, c’est ce <pie les marins appellent « trois fois le fond Mais cette règle n’est pas absolue. La proportion entre la longueur de chaîne filée et la profondeur du fond doit être augmentée par mauvais temps, le navire exerçant sur sa chaîne une traction plus considérable.
- Toutefois, il ne faut pas filer de la chaîne inconsidérément : il peut arriver, en effet, que, dans une accalmie, le navire vienne à courir de l’avant et risque de surjaler son ancre; et, dans ce cas, la sécurité de la tenue est compromise; de plus, repartant en arrière et acquérant d’autant plus de vitesse qu’il aura précédemment été plus de l’avant, il peut casser sa chaîne au moment où il fera tête, c’est-à-dire à l’instant où il sera arrêté par l’ancre dans sa course rétrograde.
- Le mauvais temps
- Traverse métallique --Ecubier de pont ou de mou/Z/oge
- RIO. 15. MOUI KEKl'R
- d’ancre
- NA VI RK AEKOEK-CIIK AK MOYEN DK SES DEUX AN-CI-; lî S DK BOSSOIR
- Distance entre /es ancres, Supérieure
- à ta longueur de ta projection de c.*>&çue/ \ touée Sur un p/an />orizonZat y
- bien
- tenu
- filée
- le d'offourc6
- \C°60.^,V
- s M’
- filer
- ne.
- passé, on rentre I; longueur supplémentaire (le chaîne que l’on avait été dans l’obligation de filer, afin de diminuer les chances de surpatter ou de sur-jaler, accidents fréquents dans 1 es clian-gements d’évitage.
- La longueur de chaîne à filer est encore, on le comprendra aisément, fonction de l'encombrement de la rade ou du lieu où l'on mouille. Si de nombreux navires sont à l’ancre dans un rayon relativement faible, ils ne pourront filer beaucoup de chaîne sous peine d’entrer en collision les uns avec les autres au moment des changements de positions obligatoires.
- Lors tpie l'on doit rester longtemps mouillé sur une seule ancre, on risque de surpatter ou de surjaler cette ancre à e h a q u e changement d’évitage ; aussi la relève-t-on de temps en temps pour être certain (pie le fait ne s’est pas produit, car ou ne doit pas oublier que s’il en était autrement l’ancre n’offrirait aucune garantie de tenue. Pour exécuter cette manœuvre, on utilise l’autre ancre de bossoir, à moins que l’on préfère se tenir sur une ancre à jet ou sur un point fixe situé dans le voisinage du lieu où l’on est mouillé.
- Direction du vent /e p/us à craindre
- p.544 - vue 164/198
-
-
-
- LANCE E M A EIN E
- E T S E S A C C E S S OIE E S
- Les avantages du mouillage d’un navire sur une seule ancre sont les suivants : rapidité des manœuvres d’appareillage et de mouillage; faculté d’accroître la sécurité de la tenue du bâtiment par mauvais t emps, en filant de la chaîne, d’éviter un abordage en manœuvrant au besoin le gouvernail quand le navire a fait tête. Par contre, le ' bâtiment a besoin, pour éviter autour de son ancre, d’un espace libre assez considérable; aussi, ce mode d’ancrage n’est-il pas toujours possible. On a recours alors aux deux ancres de bossoir, que l’on mouille en réalisa nt ce qu ’ on appelle V affourchagc du navire. On dit qu’un navire est affourché quand il est tenu sur deux ancres éloignées l’une de 1 ’ autre d ’ une distance franchement supérieure à la longueur de chacune des louées (on désigne par touée la longueur déchaîné filée sur une ancre), celles-ci étant ordinairement égales (fig. 17). Dans ce cas, les ancres sont généralement mouillées sur la perpendiculaire à la direction du vent que l’on a le plus à craindre.
- On pourrait croire que les ancres servent non seulement à maintenir les navires au mouillage, mais encore à les arrêter lorsqu’ils veulent mouiller. En réalité, on les a souvent — et on le fait encore — utilisées dans ce but, après avoir, bien entendu, arrêté les ma-
- chines et même brisé Verre (l’élan) du bateau en battant en arrière. Néanmoins, on ne devrait jamais le faire car on compromet toujours plus ou moins gravement la solidité de la chaîne et on risque de briser l’ancre. Un navire doit toujours être arrêté par ses machines, jamais par sa chaîne. Bien entendu, cette dernière vient ensuite à
- se tendre par suite des évitages du navire, mais elle le fait lentement, sans à-coup et par conséquent ne risque jamais de se rompre.
- Dans certaines circonstances, par exemple lorsqu’un navire est échoué, on mouille l’ancre ou les ancres de bossoir au moyen d’une embarcation du bord, la plus grande. On prépare celle-ci, au préalable, de manière à augmenter sa flottabilité, car il lui serait impossible autrement de porter un poids aussi considérable que celui d’une telle ancre. Des dispositifs spéciaux et variés sont employés pour mener à bien l’opération proprement dite. De même, on peut avoir à relever une ancre au moyen d’une chaloupe; celle-ci est gréée comme pour le mouillage, mais nous n’insisterons pas sur ces opérations assez compliquées et d’ordre secondaire et qui, au surplus, relèvent du domaine abstrait de l’art du marin manœuvrier.
- André Kerloven.
- Ingénieur du Génie maritime.
- MISE A POSTE d’une ANCHE DE BOSSOIR RELEVÉE PAR UNE CHALOUPE DU BORD
- Les renseignements et les illustrations contenus duns eel article ont été puisés en partie dans l'ouvrage de MM. G. Massenet, J. Vallercy et Albert Lelalle (Gréement, manœuvre et conduite du navire), et dans celui de M. René Nielhj (Ancres, chaînes et aussières)1— Challamel, éditeur.
- p.545 - vue 165/198
-
-
-
- FANTASSIN LANÇANT UNE GRENADE A MAIN, D UN TYPE PARTICULIER, EN USAGE SUR LE FRONT DEPUIS QUELQUES MOIS SEULEMENT
- L’homme s’est enveloppé la main avec un morceau d'étoffe, afin de la protéger en cas d’éclatement prématuré de l’engin.
- 51<> LA SCIENCE ET LA VIE
- p.546 - vue 166/198
-
-
-
- LES PROJECTILES DE TRANCHÉES : BOMBES, GRENADES, PÉTARDS ET TORPILLES
- Par Alfred TOURNEMAIN
- SOUS-DIRECTEUR D’ATELIERS DE PYROTECHNIE
- Guerre aérienne, guerre sous-marine, guerre souterraine : tel est, au milieu d’autres caractéristiques secondaires, le triple aspect de la grande lutte actuelle. Ce ne sera pas l’un des moindres étonnements des futurs historiens qui l’étudieront dans ses détails, de constater que, durant cette crise sanglante, les armées adverses ont fait simultanément usage de l’outillage militaire le plus savant, le plus perfectionné, et des engins depuis longtemps aban -donnés, passés à l’état de souvenir.
- D’une part, le submersible, le dirigeable, l’aéroplane, l’hydravion, les monstrueux canons de siège, le 380, le -120, les pièces fantastiques qui lancent leurs énormes projectiles à trente-cinq kilomètres, et, de l’autre, la grenade à main, le vieux mortier qui avait cessé d’être redoutable il y a une cinquantaine d’années; l’antique arbalète, jouet inoffensif, que de rares sociétés d’amateurs exhibaient naguère dans des districts reculés, avec Punique but d’ajouter un exercice d’adresse aux divertissements sportifs et autres des fêtes locales.
- Aux combats qui se livrent dans l’air, com-
- me sous la nappe de l’Océan, figurent les appareils où le génie moderne s’est le plus récemment manifesté. La guerre de tranchées, au contraire, — comme nous l’avons dit dans un précédent numéro — a fait reparaître des armes et des procédés qui semblaient pour toujours tombés en désuétude. Il a fallu pourtant les adapter aux exigences de l’heure ]) ré sente ; aussi ont-ils subi des modifications, une sorte de rajeunissement qui les fait participer aux progrès dont toutes les parties de l’art militaire ont bénéficié. Et c’est là surtout, c’est dans la guerre de tranchées que les Allemands ont témoigné d’une grande fertilité d’invention. Us ont su tourner les découvertes de la science au profit du carnage, avec un succès d’autant plus remarquable qu’ils ne furent jamais gênés par les scrupules. Nous avons récemment parlé de leurs lance-Hamincs, de leurs gaz asphyxiants, méthodes odieuses, formellement interdites par la convention de La Haye, et qui d’ailleurs n’ont procuré à nos ennemis que des avantages momentanés. Mais combien d’autres engins, utilisables dans la lutte à courte distance,
- LANCEMENT DE LA GRENADE A BRACELET
- p.547 - vue 167/198
-
-
-
- 548
- LA SCIENCE ET LA VIE
- exercent à présent leurs ravages sur la ligne de feu ! Torpilles aériennes, grenades, lance-mines s’entassaient depuis des années, à l’abri des yeux indiscrets, dans les arsenaux d’outre-Rhin ! Les leçons de la guerre de Mandchourie n’avaient pas été perdues pour l’état-major tudesque.
- 11 avait suivi avec la plus scrupuleuse attention les péripéties de la lutte russo-japonaise. Les résultats obtenus grâce à l’emploi de l’artillerie lourde sur le champ de bataille ne lui avaient pas échappé, non plus que les effets terribles des grenades et des mines souterraines autour des villes assiégées. Avec une infatigable activité, les inventeurs allemands travaillèrent à compléter l’outillage, à s’assimiler les méthodes, à perfectionner les appareils. Si bien qu’à l’heure où éclata la guerre voulue, préméditée par le gouvernement de Berlin, nos ennemis possédaient d ’ immenses réserves de munitions qui devaient leur valoir une indiscutable supériorité aux premières rencontres de la guerre.
- Mais sur ce terrain de l’invention scientifique, nos ingénieurs ont su bien vite rejoindre, et même parfois distancer leurs rivaux. Aujourd’hui, la lutte incessante de sillon à sillon, de tranchée à tranchée se
- poursuit selon des procédés à peu près semblables dans les deux camps, au moyen d’appareils et d’engins dont nous allons donner une brève et discrète description en commençant par les plus simples.
- Voici d’abord les pétards, qui peuvent être fabriqués par les soldats eux-mêmes avec de vieilles boîtes de conserves où l’on introduit une charge de mélinite ou de tout autre
- PS
- GRENADE ALLEMANDE SIC LANÇANT AU MOYEN D’UN FUSIL DANS LE CANON DUQUEL ON INTRODUIT LA TIGE DE MÉTAL DONT l’engin EST MUNI
- A gauche, : aspect extérieur de la grenade, dont la paroi externe porte des canelures verticales et horizontales pour faciliter la fragmentation du projectile au moment de son éclatement; à droite : coupe de la grenade montrant son agencement intérieur : détonateur, etc...
- explosif. Les différentes parties métalliques dont se compose le pétard sont liées solidement et fixées à une raquette en bois. L’amorçage se fait en bas dans le pétard français, et au milieu dans le pétard allemand. Aussitôt après la mise de l'eu, automatique ou par amadou, la raquette est lancée sur les adversaires et l’explosion se produit au-delà des barrages, des sacs de terre, des réseaux de üls de fer, dans les éléments de tranchée ou dans les boyaux de communication dont l’assaillant n’a pu encore s’emparer.
- Au début des hostilités, la grenade s’improvisait sur le front, avec des moyens de fortune, comme le pétard, nos troupiers remplissant de mélinite des récipients vides qui avaient été originairement des boîtes de sardines ou de viande conservée. Il n’en va plus de même aujourd’hui. Les derniers modèles exigent un travail assez compliqué, et la renaissance de cet engin, établi sur de nouveaux plans, est l’un des plus curieux phénomènes auxquels la guerre actuelle ait donné lieu. Quelques mots d’histoire ne sembleront pas déplacés ici.
- On ignore à quelle date les grenades furent inventées. Il semble prouvé que l’on s’en est servi au siège de Rouen, sous'Charles VI. Nous ne savons pas sous quel nom elles étaient désignées à cette époque. Le mot grenade n’apparaît qu’en ’ f 53G, à l’occasion du siège d’Arles, lors de l’invasion de la Provence par l’armée de Charles-Quint. La ville étant menacée d’investissement, on envoya à Arles une grande quantité de grenades dont les défenseurs devaient se servir en les jetant du haut des murs
- p.548 - vue 168/198
-
-
-
- 540
- LES PROJECTILES DE TRANCHÉES
- pari n i 1 es assai lia 11 ts.
- On faisait des grenades avec des ballons de verre, des cruches, des barils, des pots à feu. On les lançait avec des pierriers, des mortiers à plusieurs tubes. Eu 1077, au siège de Stettin, les défenseurs se servaient de grenades attachées à des baguettes. Les Allemands tiraient les leurs avec le mousquet. Mais ce n’étaient pas là les méthodes courantes. Le véritable procédé était le lancement à la main ou à la pelle.
- Vauban préconisait l’usage de ces projectiles, pour cette raison, disait-il, «que les grenades font plus de mal encore que les bombes, elles tuent ou blessent beaucoup plus ». On forma un régiment de grenadiers, mais le feu de l’infanterie étant devenu prépondérant, on renonça à l’usage des grenades, dès'la fin du xvne siècle, dans les rencontres sur terre. Les grenadiers ne furent plus exercés au jet de la grenade à main, étude qui fut réservée aux saq leurs du génie et aux marins, ces der-
- dc redevenir fort utile. Elle se prête à l’offensive et à la défensive. Ses effets sont surtout appréciables au moment de l’assaut, alors cpie par ses explosions meurtrières, succédant à la violente canonnade qui prépare l’attaque, elle achève de démoraliser les défenseurs des tranchées ennemies.
- Le modèle dont les troupes françaises font le plus grand usage, c’est la « grenade à bracelet». La boule de fonte remplie d’explosif présente à sa, partie supérieure un goulot que l’on ferme au moyen d ’ un bou-clion contenant l’amorce. Ce bouchon est traversé par une mince tige de métal nommé le « rugueux », dont l’extrémité est munie d’un anneau où vient s’engager un crochet suspendu au bout d’une cordelette d'environ ISO centimètres de longueur, {aboutissant elle-même à un bracelet de cuir fixé au poignet du soldat. Sitôt que la grenade est lancée, l’homme retire brusquement le poignet, et, dans ce mouvement, le rugueux s’arrache
- %
- FUSIL DISPOSÉ SUR UN AFFUT SPÉCIAL POUR LU LANCEMENT DF, I.A GRFNADK ALLFMANDK A TI GP’, MÉTALLIQUE
- GRKNADF ANGLAISE SE LANÇANT A LA MAIN AU MOYEN lî’lJNE TIGE DE ROTS FLEXIBLE MUNIE I)’UNE POIGNÉE, COMME ON LANCE UNE PO.M.ME FIXÉE A L’EXTRÉMITÉ D’UNE BAGUETTE
- niers s’en servant encore dans les abordages.
- A notre époque, les armes à magasin et à tir rapide ayant contraint les armées adverses à se terrer, la lutte moderne prend toutes les apparences d’une longue guerre de siège avec de fréquentes sorties. Dans ces conditions, la grenade ne pouvait manquer
- enflamme l’amorce, tandis cpie le projectile poursuit sa course. La grenade peut ainsi être jetée à 25 mètres environ; l’explosion se produit au bout de quatre ou cinq secondes. Cet engin est mis, tout préparé, à la disposition des défenseurs des tranchées par les fabriques de munitions d’artillerie.
- p.549 - vue 169/198
-
-
-
- 550
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Nos alliés Anglais sc servent, pour lancer la grenade, d’une baguette au bout de laquelle l’engin est fixé. Ce modèle a été établi par M. Marten Ilale, inventeur de la grenade à tige, qui peut être lancée par le fusil de guerre à une assez grande distance. Pour jeter des grenades à 20 ou 30 mètres, l’engin et la baguette sont lancés ensemble et le tout est disposé de telle sorte que la grenade tombe toujours sur son extrémité antérieure. On peut aussi lixer le détonateur de la grenade au bout d’une cordelette dont la main du combattant tient l’autre extrémité formée de brins effilochés. L’engin est lancé par un mouvement de rotation, comme la pierre d’une fronde.
- Les Allemands ont adopté la grenade anglaise de Haie, cylindre d'acier creusé de rainures parallèles qui en favorisent le morcellement. Un explosif remplit l’intérieur du cylindre. On y introduit un tube en enivre contenant une autre substance explosive qui sert à l’amorçage. La pointe de l’engin est formée par une sorte de chapeau en métal qui ferme la
- GRENADE A MAINANGI.O-AI.LKMANDE SK FRAGMENTANT UN 200 KOI, ATS
- GRENADE ANGLAISE QU’ON PROJETTE EN AVANT EN UALANÇANT UNE CORDELETTE FORMANT FRONDE
- grenade et qui contient un petit appareil de mise de feu par percussion. En explosant, l’engin produit environ 200 éclats qui se dispersent dans tous les sens. Mais le ravage est moins grand que l’on ne pourrait s’y attendre.
- L ’ appareil d’amorçage, trop compliqué, fonctionne mal et l’on compte un raté sur deux projectiles. Tantôt, aux courtes distances, de 15 à 20 mètres, nos ennemis lancent cette grenade à la main, au moyen d’une poignée dite de sûreté; tantôt l’engin est tiré par le fusil de guerre.
- Dans ce dernier cas, la grenade est fixée au bout d’une tringle en enivre qui se termine à l’extrémité opposée par une partie mobile autour de l’axe et dont la longueur ne dépasse pas 3 centimètres. Un manchon de cui-v r e de faible épaisseur recouvre cette partie, sans y adhérer, et se fixe à la
- tringle. Le diamètre du manchon est calculé de telle sorte (pie l’on puisse introduire la tringle sans effort dans le canon du fusil. On
- lance la grenade en tirant une cartouche sans balle et. dont la douille ne contient plus qu’une quantité de poudre proportionnée à la distance (pie l’on veut atteindre. Au moment où le couj) part, les gaz produits par la déllagra-
- GRENADE ANGLAISE A TIGE LANCEE AU MOYEN DU EU.SIL LEE ENFIEI.D
- p.550 - vue 170/198
-
-
-
- LES PROJECTILES DE TRANCHÉES
- 551
- ASSORTIMENT D15 PROJECTII.KS EMPI.OYKS DANS I,A GUERRE DK TRANCIIKKS A, la grenade de tir allemande; B, les six pièces composant cet engin; C, la grenade française à bracelet; 1), pétard français monté sur raquette; E, pétard anglais se lançant à la main au moyen d'une tige; FF K, pétards fabriqués sur le front au moyen de vieilles boîtes en fer-blanc et autres récipients plus ou moins bizarres; G, rugueux de mise de feu ou détonateurs.
- tion de la poudre pénètrent dans le vide existant entre le manchon et le bas de la tringle. Serré contre les rayures du canon, le petit cylindre de cuivre, chassé en avant, tourne sur son axe et communique à la tringle son mouvement de rotation. La direction de l’engin est ainsi assurée, quelle que soit la distance à parcourir, cette distance ne pouvant toutefois dépasser 400 mètres. Il con-
- vient de noter que le fusil est placé, pour tirer la grenade, sur une sorte d’affût en bois composé d’un tréteau et de deux montants obliques servant de point d’appui l’arme et permettant de faire varier, par le pointage, l’amplitude de l’angle de tir.
- Une autre méthode de lancement, en faveur dans les tranchées françaises, consiste à placer l’engin sur une corde fixée aux
- p.551 - vue 171/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- l.ANC'l’.-ISO-M IÎES FRANÇAIS MONTE SUR UN CHASSIS PlîRMETTANT LE POINTAGE
- extrémités de deux tiges llexi-bles, ployécs en arc, et dont la détente jette la grenade à une distance de ‘JO à SO mètres. C’est la, moderne trans Formation de l’arbalète, dont le nom est officiellement. donné à l’appareil : ci l’arbalète lance-grenades », (pie nos troupiers. familiè-rement, appellent <c la sauterelle ». Au moment du départ de l'engin. le soldent retire brusquement la pièce de métal destinée à enflammer l’amorce, et la, grenade, (pii a ici un rôle purement défensif, va éclater dans les rangs des assaillants. II est ce sujet, l'avis
- I,E TIR 1)E LA TORPILLE FRANÇAISE A AILETTES
- assez curieux de rappeler, à du grand Carnot, touchant
- les armes qui précé (1ère nt l’invention de la poudre. Tl dit « qu’il est possible d’employer efficacement des armes en usage chez les anciens et dont on ne se sert plus 'depuis longtemps ». Et, citant spécialement l’arbalète, il faisait îemirquer que la précision de cette arme aux petites distances égalait celle des meilleurs fusils. Il est vrai que Carnot exprimait cette opinion en 1812, et (pie le fusil de munition de cette époque, fusil à pierre, à canon lisse, dont la portée utile atteignait à peine 200 mètres, ne laissait guère pressentir les terrifiants effets des armes modernes à chargeur et à magasin.
- p.552 - vue 172/198
-
-
-
- LES PROJECTILES DE TRANCHÉES
- 553
- Passons à l’artil-lerie spéciale dont nos soldats, aussi braves qu’ingénieux, ont dû apprendre à se servir pour riposter aux projectiles de toutes sortes et de toutes dimensions qu’ils recevaient des « tranchées d’en face ».
- Voici d’abord le mortier de 150, pièce fort, respectable du temps de Louis-Philippe, oubliée depuis lors dans les parcs de nos vieilles citadelles, et qui n’eût jamais revu le jour sans les nécessités de l’heure présente.
- Ce mortier a rendu sur nos lignes de défense de grands services. La pièce est d’un aspect massif; elle a l’air d’être accroupie sur son affût et présente avec certain batracien une ressemblance qui lui a valu, de la part de nos trou-
- piers, le sobriquet de « crapouillot ». Les bombes lancées par cette pièce bi’/arre portent deux tiges métalliques en contact avfcc les détonateurs, ce qui a fait donner à ces projectiles le nom de bombas à cornes. On ;e sert aussi de pièces plus petites (pii, ne pouvant être employées que dans la guerre souterraine, sont désignées par le mot de « taupes », d',ns le vocabulaiie de nos soldats. On les confectionne sur place, à l’aide de la douille d’un obus allemand de 77 non éclaté. On perce à la base une lumière où l’on met le feu avec une allumette ou de l'amadou, et ce petit tube 1 mee un projectile pesant un peu plus d’un demi-kilogramme. Pour battre efficacement les défenses de
- DKROT DK TOltPlLI.KS A All.KTTKS SUR I.K FRONT
- CANON OK MONTAGNE DK 80 MII.I.TM KTRKS KANÇANT UNI’. 1MINK AKRIKNNK DK 1‘20 KII.OORAMMKS
- p.553 - vue 173/198
-
-
-
- 554
- LA SCIENCE ET LA VIE
- l'ennemi, renverser les sues de subie, coupelles réseaux de lil de fer, on lait usage d’un canon maintenu par un assemblage de charpentes, au-dessus d’une excavation, où les servants ne peuvent être vus par l’adversaire. Un dispositif très simple leur permet d’opérer la mise de feu sans se montrer.
- Mais les engins qui produisent le plus deravages sont la « mine aérienne » et la «torpilleàailet-tes >;. La mine a une forme purement cylindrique. Klle est lancée par le canon de montagne de 80 millimètres. La pièce et son affût, dont on retire les roues, sont montés sur une plateforme en Lois, avec des contrepoids destinés à amortir le choc du recul. Les mines peuvent peser de (>() à 120 kilos. On fait surtout usage du modèle moyen dont le poids est <y environ HT kilos et qui (avuse.au point de chute, un entonnoir de 1) mètres de large sur trois de profondeur .La portée variable, avec la charge de poudre, peut être réglée à un mètre près. Quant à la torpille à ailettes, elle est lancée par un canon de tranchée de 58 millimètres, à une distance d’environ 550 mètres. L’angle de tir varie de 45 ù 80 degrés. La rotation du projectile sur l’axe, déterminée par le moyen des ailettes, donne au tir une précision suffisante. L’explosion de l'engin, qui pèse environ 17 kilos, se produit dans le sens latéral et fait de grands ravages. Remarquons (pie la mine aérienne et la torpille à ailettes sont compo-
- sées de deux parties : le corps du projectile et une tige métallique fixée à sa base. Cette tige est seule introduite dans la pièce et c’est sur elle que s’exerce la force de propulsion.
- Il y aurait, pour terminer, un mot à dire sur la torpille aérienne, invention allemande, qui devait tout d’abord servir à l’armement
- des zeppelins et dont nos ennemis se sont efforcés de perfectionner les détails dans le but d’en faire une arme indépendante. D’après les données que l’on possède à ce sujet, la torpille aérienne, longue de plus de 2 mètres, est pourvuede propulseurs électriques et présente de fortes ressemblances avec la torpille sous-marine. Lancée au moyen d’un tube lance-torpilles, elle peut se maintenir en l’air pendant trois heures. La distance qu’elle peut parcourir est de trois kilomètres. L’engin porte un accumulateur et un moteur électrique. Sa charge d’explosif est considérable. Au bout de sa course, la torpille prend la position verticale, les hélices qui la soutenaient s’arrêtent, et le détonateur provoque l’explosion. A en juger par cette brève description, l’engin apparaît très redoutable. Mais l’on n’a pas encore recueilli d'indications certaines sur la manière dont se comportent dans la réalité les appareils compliqués de la torpille aérienne, et il ne faut attribuer à ce qu’on vient de lire, en l’absence de données plus précises, qu’une valeur purement théorique. Alfred Tournemain
- AV KG CF.TTK ARUALÈTE, QUE NOS HOMMES APPELLENT “ SAUTERELLE ”, ON PROJETTE DES GRENADES A UNE DISTANCE DE 80 MÈTRES ENVIRON
- p.554 - vue 174/198
-
-
-
- LE CASQUE “ADRIAN”, NOUVELLE COIFFURE DE NOS SOLDATS
- Par MORIN DE VILLIERS
- Le retour vers les procédés d’attaques du moyeu âge, qui caractérise la guerre actuelle, devait logiquement provoquer une modification dans le même sens en ce qui concerne les appareils défensifs. Les crapouillots, ou canons de tranchées, les torpilles aériennes, les pétards, les grenades à main lancées à faible portée ont pour conséquence (1e nombreuses blessures à la tête aggravées par la projection des pierres ou de la terre arrachées aux tranchées et contre lesquelles nos troupiers étaient fort mal garantis par leur classique képi de drap rouge.
- A ces armes désuètes mais malfaisantes, il fallait donc opposer le casque de nos ancêtres qui garantissait le chef des reîtres et des mercenaires des troupes suisses sous nos anciens rois.
- Le premier essai tenté dans cette voie consista à munir les poilus de calottes hémisphériques, faites de tôle d’acier, qui se plaçaient eijtre la coiffe et le drap du képi. Les résultats de cette tentative connue en décembre 1914 et exécutée en mars 1915, furent excellents. M. le professeur Le Dentu, dans une communication faite au mois de mai 1915 à l’Académie de médecine, a fait ressortir clairement l’immunité relative ainsi conférée au combattant. Cette calotte d’acier était un dispositif ingénieux, efficace et rapidement réalisable, (pii répondait à une nécessité immédiate, mais c’était là, cependant, une solution provisoire en attendant la mise en service d’un casque pratique pour toute l’armée.
- Jusqu’en 1914 il n’existait plus en France que le casque de cavalerie modèle 1872. Ce casque de tôle d’aeier était réservé aux dra-
- gons et aux cuirassiers. Son poids est de 1.250 grammes alors que les anciens casques de cavalerie pesaient jusqu’à 3 kil. 150.
- La fabrication de ces casques est confiée à l’industrie privée ; la fourniture en est habituellement concédée aux maîtres armuriers des régiments de cuirassiers et de dragons (pii sont chargés de leur réparation.
- Ces casques de cavalerie surmontés d’un cimier et d'une crinière de crins noirs ou rouges font partie de l'équipement et non de l’armement. Ils ont surtout pour but de protéger les hommes des coups de sabre et non des balles. La forme de leur co livre -nuque, très surbaissé, est d’ailleurs très incommode pour le dragon qui met souvent pied à terre pour faire le coup de feu avec son mousqueton. Le même inconvénient caractérise le casque de tôle (l’acier bruni dont on a muni, depuis quelques années, les artilleurs des batteries volantes affectées aux divisions de cavalerie; son couvre-nuque est aussi gênant pour la marche (pie pour le tir couché ou à genoux. On ne pouvait donc songer à le généraliser pour les troupes à pied astreintes au port du sac; de plus, sa fabrication compliquée ne permettait pas d'obtenir rapidement l’énorme quantité de coiffures nécessaires pour donner un casque léger et pratique à toutes les troupes de l’armée française.
- Etant donné les bons résultats de la calotte d’acier insérée dans le képi, les hommes qui l’avaient accueillie au début avec scepticisme ne tardèrent pas à réclamer la généralisation de son emploi dès qu’ils se furent rendu compte de son efficacité.
- Il s’agissait donc de perfectionner cette
- Fantassin coiffé
- du nouveau casque en tôle d'acier.
- p.555 - vue 175/198
-
-
-
- 550
- LA SCIENCE ET LA VIE
- idée première en transformant eette demi-sphère d’acier en un casque complet; il fa-lait, pour cela, ovaliscr la calotte, l’aérer, lui adjoindre une visière et un couvre-nuque, en un mot, la transformer en un casque simple, harmonieux de lignes, dépourvu d’ornements inutiles et dans lequel la totalité du métal employé concourait à une protection effective de l’homme d ms toutes les circonstances de la marche et du combat.
- Le modèle adopté ressemble (le très près à l’ancienne bourguignotte ; sa forme surbaissée permet à l’homme qui en est coiffé de tirer commodément dans toutes les positions et de dormir au besoin s a n s quitter sa coiffure. Le poids du casque complet varie de 000 à 800 gr. bien que l’é-paisseur de la tôle d’a cier dont il est fait lui permette de résister efficacement au tilde l'infanterie ennemie et à la projection des éclats d’obus ou des balles dont les shrapnells allemands sont remplis.
- Un casque destiné à une armée aussi nombreuse que la nôtre doit être étudié avec beaucoup de soin, aussi bien au point de vue de sa valeur défensive qu’au point de vue de la facilité de sa fabrication à la fois prompte et économique. Il s’agissait, en effet, de doter du casque, en un court délai, près de trois millions d’hommes, entreprise (pii pouvait à première vue paraître impos-
- sible en raison des difficultés de tous ordres, résultats d’un état de guerre prolonge L’ancien casque d’artillerie de nos batteries légères se fabrique très lentement et avec un modèle de ce genre il eût fallu des années pour munir toutes les troupes de la nouvelle
- coiffure Adrian Les arsenaux et les ateliers militaires q u i dépendent directement du ministère de la Guerre étant entièrement occupés par la fabrication du matériel et des munitions d’artillerie. on ne pouvait songer à solliciter leur concours pour 1 a réalisation du nouveau casque. Le service de l’intendance qui en avait étudié le modèle résolut donc de confier son exécution à l’industrie privée. Cette tâche était éminemment difficile car le disque de tôle d’acier qui sert de point de départ à cette fabrication doit passer entre les mains de soixante ouvriers et. ouvrières avant de prendre sa forme définitive et d’être muni de tous les accessoires métalliques et autres qui en font une coiffure légère, commode et efficace contre le tir de l’infanterie ennemie.
- Avant de commencer l’usinage il fallait donc réunir les approvisionnements de matières premières indispensables à l’exécution d’une commande de trois millions de casques, former le personnel, enfin créer l’outillage spécial qui devait permettre de réaliser une fabrication soignée et rapide.
- PRESSE SERVANT A EMBOUTIR I.A BOMBE DU CASQUE
- La tôle d'acier est d'abord découpée en disques ou “ flancs" circulaires de 33 centimètres de diamètre que Von transforme à froid en bombes hémisphériques. La forme définitive est obtenue par deux coups de balancier successifs donnés avec des matrices différentes. On peut voir près du balancier, au centre, un flanc brut; à gauche, une première ébauche, et, à droite, une pile de bombes finies.
- p.556 - vue 176/198
-
-
-
- LA NOUVELLE COIFFURE DE NOS SOLDATS
- 55 7
- LAMINAGE DK LA NERVURE DE LA BOMBE Pour fixer la visicre cl le couvre-nuque, on pratique tout autour de la bombe une gouttière ou nervure sous laquelle viennent s'insérer les bords de ces deux parties du casque.
- ON PROCÈDE ENSUITE AU POI-ISSAGE Il s'agit de faire disparaître les aspérités du métal après emboutissage en lissant la partie extérieure du casque, placé sur un tour, au moyen d'une petite molette d'acier.
- Les matières premières comprenaient : la tôle d’acier destinée à l’établissement de la bombe, de la visière et du couvre-nuque,. le cuir de la coiffe, le drap du turban, l’aluminium dont sont faites les quatre plaquettes ondulées que l’on insère entre le turban de la coiffe et la face interne de la boinbe.
- La tôle d’acier laminée doit être assez dure pour résister aux balles de fusils ainsi qu’aux éclats d’obus ou aux projectiles dont sont remplis les slirapnells. Elle doit être également assez souple pour pouvoir être travaillée à froid, parce qu’en la chauffant on diminuerait ses' qualités de résistance tout en augmentant sensiblement le prix de revient de la bombe terminée.
- La tôle d’acier qui a sept dixièmes de millimètres d’épaisseur résiste à un effort de traction de 43 kilogrammes par millimètre carré, l’allongement correspondant étant de 15 à 18 0/0 environ. On emploie pour cette fabrication un acier Martin obtenu en traitant des fontes très pures dépourvues de phosphore ou de soufre telles qu’en produisent les forges de Franche-Comté dans leurs
- usines de Fraisans (Jura), ou celles de MM. Campionnct et Cie, à Gucugnon (Saône-et-Loire) et les Forges d’Audincourt (Doubs).
- La coiffe est faite de peau de'mouton.
- Le turban de la coiffe est découpé dans les pantalons et dans les vestes ou capotes hors d’usage, préalablement lavées et désinfectées. On évite ainsi la dépense d’achat de tissus neufs pour un emploi auquel de vieux vêtements conviennent parfaitement.
- Les plaquettes d’aluminium formant ressort que l’on insère entre le turban de drap et le métal de la bombe représentent une dépense relativement importante car, depuis l’ouverture des hostilités, l’aluminium, revenu à ses anciens prix d’il y a dix ans environ, coûte 9 fr. 50 le kilogramme, tout comme le cuivre avant la déclaration de guerre.
- La bombe du casque a 13 centimètres de profondeur et 20 centimètres de diamètre. On l’obtient en partant d’un disque ou flanc circulaire ayant 33 centimètres de diamètre que l’on découpe dans une feuille de tôle d’acier au moyen d’un emporte-pièce.
- L’emboutissage devant avoir lieu à froid
- p.557 - vue 177/198
-
-
-
- 558
- LA SCIENCE ET LA VIE
- ON VOIT ICI UNE OUVRIÈRE J'ROCKDAXT A LA FABRICATION DES VISIERES ET DES COUVRE-NUQUK AU MOYEN D’UN LAMINOIR
- Le couvre nuque et la visière du casque s’appuient sur la base du casque; pour rendre la ligne de raccord des surfaces plus harmonieuse et plus agréable à l’œil sans augmenter le poids du casque, on lamine le bord de la bombe pour obtenir un jonc, c’est-à-dire une nervure convexe vers l’extérieur, qui est prise à meme le métal. A cet effet le bord de la bombe est passé dans un petit laminoir s’ouvrant à volonté et monté sur un tour. La tôle est laminée entre deux molettes d’acier mâle et femelle qui forment le jonc.
- La principale qualité d’une coiffure métallique qui risque d’être échauffée à l’extérieur par les rayons du soleil est d’être parfaitement ventilée pour garantir les hommes contre la chute des cheveux, les maladies et les parasites du cuir chevelu, les congestions, etc. A cct effet, on pratique au sommet de la bombe, par emboutissage, une ouverture de forme allongée cachée ensuite par le cimier qui la recouvre. On perce en même temps, avec le même outil, manœuvré par une presse verticale à balancier, quatre trous destinés à recevoir les rivets servant à fixer le cimier; deux autres trous rectangulaires, obtenus du
- en partant d’un flanc découpé dans une feuille de tôle très résistante, on a dû étudier la fabrication de manière à éviter toute déchirure et à ne pas recourir à un recuit qui aurait eu pour résultat de diminuer la résistance du métal. A cet effet, on a divisé le travail d’emboutissage à froid en deux pusses successives qui ont lieu avec des matrices mâle et femelle, de profondeur et de diamètre différents.
- A la première passe le disque primitif se transforme en une calotte de petit diamètre, à large bord plat, n’ayant que 5 centimètres de profondeur environ. Après la seconde passe, la bombe sort de la matrice de la presse à emboutir avec sa foi’ine définitive et sa profondeur de 18 centimètres; il ne reste qu’à en couper les bords pour les rendre réguliers au moyen d’un emporte-pièce. La presse à embouter employée est du type ordinaire à engrenages et l’on a pu ainsi confier la confection (les bombes à des usines (pii, en temps de paix, s’occupaient déjà de la fabrication des pièces embouties nécessaires à certaines grandes industries telles que l’automobile, l'n ouvrier et son aide peuvent produire ainsi environ 200 bombes par heure de travail.
- SERTISSAGE DE LA VISIÈRE ET DU COUVRE-NUQUE SOUS LE JONC DE LA BOMBE A L’AIDE d’une PRESSE A BALANCIER
- p.558 - vue 178/198
-
-
-
- LA NOUVELLE COIFFURE DE NOS SOLDATS
- 559
- même coup de presse, laissent passer les pattes de fixation d’un attribut (grenade ou canons entrecroisés) différent pour chaque arme.
- Les visières et les couvre-nuques s’obtiennent en découpant à 1 ’ emporte-pièce, dans des feuilles de tôle, des croissants ayant la forme voulue dont les bords sont ensuite relevés et aplatis mécaniquement à la presse.
- Les attributs sont de même fabriqués par emboutissage et des ouvrières armées de chalumeaux à gaz soudent sur leur face interne de petites lames de laiton qui servent ensuite à les fixer dans les trous pratiqués à cet effet à hi surface de lu bombe métallique.
- Au sortir de la presse à emboutir
- 1/OVALISATION DliS CASQUES
- Celle altération s'effectue au moyen d'un levier en bois muni éi sa partie inférieure d'une pyramide tronquée renversée qui pénètre dans le casque posé sur un billot de bois monté horizotdalcment.
- l’extérieur de la bombe présente des aspérités dont la présence nuirait à l’aspect du casque et notamment à l’ap-plication de la couche de peinture grise dont il est finalement recouvert. Il est donc utile de polir la surface extérieure de la bombe. On y parvient aisément en la fixant snr la poupée d’un tour animé d'une grande vitesse de rotation.
- On promène à la surface du métal une molette concave d’acier dur (pii tourne autour d’un axe monté à l’extrémité d’un manche sur lequel l’ouvrier exerce une forte pression en faisant levier, le corps penché en arrière ; pour se maintenir il est attaché à son tour par une ceinture de cuir. On
- HIVETAGE DU CIMIER SUIl LA BOMBE AU MOYEN DE QUATRE RIVETS D’ALUMINIUM.
- p.559 - vue 179/198
-
-
-
- 5 GO
- LA SCIENCE ET LA VIE
- On arrive ainsi à donner un poli suffisant aux bombes tout en produisant au minimum 200 pièees par heure de travail.
- Les cimiers sont faits de tôle d’acier. Leur fabrication à la presse à emboutir demande beaucoup d'adresse et de soin de la part de l’ouvrier et exige l’emploi de machines-outils très précises. Il faut, en effet, que l’adhérence du cimier sur la bombe soit parfaite.
- bombe servent tout à la fois à réaliser des pointures différentes et à assurer le passage de l’air qui circule à l’intérieur de la coiffe pour arriver finalement à s’évacuer par le trou supérieur que masque le cimier.
- Pour donner une forme cintrée aux croissants de tôle d’acier servant à la fabrication des visières et des couvre-nuques on se sert d’un petit laminoir mécanique. Les flancs
- D AUTRES OUVRIERES SOUDENT DES CRAMPONS A L INTERIEUR DES CASQUES POUR FIXER
- LA JUGULAIRE ET LE TURBAN DE LA COIFFE
- De plus, pour que le montage soit facile, il faut que les trous percés dans le cimier au cours de l’emboutissage correspondent sans même un millimètre d’écart à ceux qui ont été percés au préalable sur la bombe.
- Une petite machine à découper, un véritable emporte-pièce en miniature, manœuvré par une femme, sert à découper de petites bandes de tôle qui, une fois soudées dans le casque, serviront à y fixer la coiffe de peau et la jugulaire de cuir.
- Enfin, il reste à préparer des bandes d’aluminium munies d’ondulations pins ou moins larges et profondes. Ces bandes une fois insérées entre le turban de la coiffe et la
- plats engagés par une de leurs extrémités entre les deux cylindres d’acier du laminoir sortent derrière les cylindres avec la courbure voulue. On peut aussi effectuer ce travail en courbant à la main, sur un gabarit de bois, les croissants de tôle destinés à former la visière ou le couvre-nuque, mais le travail au laminoir, plus élégant, plus sûr et plus rapide, est généralement adopté.
- La visière et le couvre-nuque sont ensuite réunies par leurs extrémités formant les pointes des croissants, au moyen de quatre rivets.
- A ce moment de la fabrication on a donc réuni tous les éléments métalliques nécessaires au montage du nouveau casque.
- p.560 - vue 180/198
-
-
-
- 5G1
- LA NOUVELLE COIFFURE DE NOS SOLDATS
- La première opération consiste à sertir la visière et le couvre-nuque sous le jonc le long duquel leur bord interne vient buter. Ce sertissage s’obtient mécaniquement en plaçant la bombe renversée l’ouverture en l’air, dans une forme creuse en acier qui reçoit également la visière et le couvre-nuque. L’opération s’effectue d’un seul coup de balancier qui fait pénétrer une matrice dans
- la tête on la renverse sur un billot et on y fait pénétrer de force au moyen d’un levier du premier genre, une pyramide tronquée de bois dont le sommet est orienté vers le bas. Un seul coup sec du levier permet d’obtenir l’ovalisation. Une femme place, les casques et les retire puis s’assure, au moyen d’un gabarit que l’ovalisation est régulière, pendant qu’un ouvrier manœuvre le levier.
- LA PEINTURE DES CASQUES ET LE FOUR SPÉCIAL DESTINÉ A CUIRE LA PEINTURE
- L'ouvrier peintre, qui porte un masque sur le visage, eouvre le casque d'une couche de peinture grise projetée par un appareil à air comprimé appelé aérographe ; l'opération est effectuée sous une hotte dont F aspirateur évacue à l'extérieur les gouttelettes de peinture en excédent. TJne fois peints, les casques sont introduits, par série de vingt, dans un four à gaz, où l'on cuit la couche de peinture pour lui donner une adhérence complète, même quand elle est exposée aux rayons du soleil.
- la bombe en rabattant le bord interne de cette bombe sous la visière et le couvre-nuque en lui donnant un sertissage parfait.
- Le cimier est ensuite fixé sur la bombe au moyen de quatre rivets en aluminium ; des ouvrières, au moyen d’une petite machine à river établie spécialement, effectuent ce travail très rapidement et sans effort.
- La forme hémisphérique que la presse à emboutir donne aux bombes de casque ne correspond guère à la conformation ordinaire du crâne humain qui est en général ovale. Pour ovaliscr la bombe et lui permettre ainsi de mieux épouser la forme de
- Les casques passent ensuite dans un autre atelier où des femmes soudent au chalumeau les crampons qui servent à fixer le turban de drap de la coiffe et à chaque extrémité du petit axe de la bombe, une enchapure de tôle munie d'un passant mobile, destiné à recevoir laqurulaire. L’attribut est placé à la partie antérieure de la bombe au moyen de deux pattes passant par les trous rectangulaires pratiqués primitivement dans la bombe.
- La fabrication mécanique du casque est ainsi terminée et on vérifie les pièces fournies pour s’assurer qu’elles ne présentent aucune défectuosité d’exécution ou de matière.
- * 80
- p.561 - vue 181/198
-
-
-
- 502
- LA SCIENCE ET LA VIE
- On a reconnu qu’un casque à surface métallique polie, ou même brunie, est dangereux pour l’homme qui le porte à cause des reflets de lumière révélateurs auxquels il donnerait lieu.
- Après de nombreux essais on a décidé de recouvrir les nouveaux casques d’une couche de peinture gris mat semblable à celle du canon de 75, qui les rend difficiles à distinguer à une distance assez faible. La nécessité où l’on se trouve de peindre les casques est une difficulté de plus qui s’ajoute à leur fabrication déjà compliquée. En
- peinture ordinaire se raye facilement et si l’on n’avait pas pris à cet égard des précautions toutes spéciales , les casques auraient vite revêtu un vilain aspect.
- Cette solution spéciale consiste dans le moyen d’application de la couche de peinture et dans son passage au four à gaz.
- On ne pouvait en effet songer à employer les procédés de peinture ordinaire — par couches successives d’impression d’apprêt avec intermédiaires — qui auraient occasionné une grande perte de temps et une dépense réellement excessive.
- On a donc eu recours à un procédé relativement simple qui consiste à projeter la peinture directement à la surface du casque au moyen d’un pulvérisateur à air compri rué appelé aérographe.
- L’homme chargé de cette besogne opère sous une hotte munie d’un aspirateur qui évacue fl rext.''rieur du bâtiment l’excès de peinture
- vaporisée projeté par l’aérographe. Pour l’empêcher de respirer les fines gouttelettes que laisse échapper l’appareil ou qui proviennent du rebondissement de la peinture sur la surface des casques, l’ouvrier est muni d’un masque respiratoire analogue à celui qu’on emploie au front contre les gaz asphyxiants des Boches.
- Ce procédé de peinture a l’avantage d’être très rapide, de ne donner aucune surépaisseur à la couche de peinture qui est très mince et par faitement égale et enfin d’accélérer le séchage qui est pour ainsi dire instantané; les casques sont peints à l’intérieur par le même procédé.
- Pour augmenter la solidité de la couche de peinture ainsi déposée, on suspend les casques par séries de six à six rangées de barres à crochets superposées dans un four, ou étuve sèche, chauffée au gaz d’éclairage. Ainsi soumise à la chaleur du four pendant une heure cl demie et a une température de 12U° la couche de peinture acquiert une dureté suffisante pour résister à un usage prolongé du casque auquel il ne reste plus qu’à fixer sa coiffe et la jugulaire pour qu’il soit enfin terminé.
- La coiffe comporte un turban de drap sur lequel est fixé un segment de cuir glacé noir, coupé en forme, dont les dentelures sont réunies au sommet par un cordon qui passe dans des trous pratiqués à cet effet et qui sont munis d’un œillet de cuivre. Comme nous l’avons dit plus haut, les
- DÉCOUPAGE DKS COIFFES DE CUIR
- A l'emporte-pièce
- ponçages
- l’emporte-pièce pour le découpage
- Le prix de revient de cet outil d’acier trempé, forgé et fini à la main, est assez élevé.
- p.562 - vue 182/198
-
-
-
- LA NOUVELLE COIFFURE DE NOS SOLDATS 568
- turbans de drap sont découpés mécaniquement à l’emporte-pièce dans des pantalons dans des vestes ou dans des capotes réformées ; ils sont formés de deux épaisseurs de drap réunies par -des piqûres.
- Les peaux de mouton glacées sont de même décoiq)écs sur une plan-clie-billot, au moyen d’un très curieux balancier à ressort (représenté par une de nos figures), qui monte et descend rapidement par le moyen d'un excentrique sans aucune fatigue pour l’ouvrier; il pivote à volonté auteur d’un axe et vient frapper sur la face postérieure d’un emporte-pièce, dont la partie tranchante est posée bien d’aplomb sur la peau à découper.
- L’ouvrier dispose exactement son emporte-pièce sur la peau de manière à utiliser le plus possible de matière et à éviter les pertes.
- Xliaque peau de mouton fournit en moyenne cinq segments , c ’ est - à - dire cinq coiffes. La fabrication actuelle qui a porté sur environ 3.000.000 de casques a donc absorbé les peaux de G00.000 moutons.
- Les trous servant à fixer le turban à l’intérieur de la bombe, au moyen des crampons spéciaux soudés à cet effet, sont percés avec un emporte-pièce spécial manœuvré par une ouvrière. La couture du turban est faite de telle manière qu’il se forme un bourrelet en bordure de la coiffe. Ce bourrelet dépasse le casque d’environ un centimètre et la tête de l’homme est ainsi isolée de tout contact avec la surface métallique interne du casque, la partie supérieure de la coiffe venant s’appliquer sur la tête. Au fond de la coiffe viennent aboutir les sommets d’une série
- AU
- DÉCOUPAGE DE CINQ COIFFES
- LE PERÇAGE DES TROUS DANS LE TURBAN DE LA COIFFE Des crampons spéciaux, soudés à Vintérieur de la bombe, pénètrent dans ces trous et sont ensuite rabattus sous le cuir de la coiffe, qu’ils maintiennent en place.
- p.563 - vue 183/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 564
- de dents munies chacune d’un œillet dans lequel passe un lacet. En serrant ce lacet, on obtient plus ou moins de profondeur. Pour obtenir une adaptation aussi parfaite que possible à la tête de l’homme, on a fixé à l’intérieur de la bombe, au moyen de crampons, des plaquettes ondulées en aluminium, dont nous avons parlé plus haut.
- La jugulaire en fort cuir jaune, fixée par deux rivets de chaque côté du casque et
- INTÉRIEUR DE LA PARTIE MÉTALLIQUE DU CASQUE EN TOLE D’ACIER
- ou l’industrie métallurgique est surmenée. Les casques une fois terminés et reçus par les contrôleurs du service de l’Intendance sont enveloppés de papier et emballés par série de cinquante, dans des caisses de bois pour être expédiés aux magasins régionaux des corps de troupes, qui les distribuent.
- La distribution, commencée vers la fin juin 1915, a continué sans interruption depuis cette époque, et dès le 1er septembre
- LE CASQUE COMPLET, AVEC SA COIFFE ET SA JUGULAIRE DE CUIR
- Dans la photographie de gauche, on voit, au centre, le trou d'aération et les marques de fabrication. Autour de la bombe sont fixées quatre petites feuilles d'aluminium formant ressort et destinées à maintenir la coiffe légèrement serrée sur la tête de l’homme qui porte le casque.
- munie d’un passant coulant, permet au combattant d’assurer solidement sa coiffure dans les actions mouvementées et l’empêche d’être décoiffé par les déplacements d’air consécutifs de l’éclatement des projectiles de gros calibre, marmites de 150 mm. etc.
- La fabrication du nouveau casque de l’armée française — répété à environ 3.000.000 d’exemplaires — a pu être réalisée grâce à la collaboration étroite de l’autorité militaire avec l’industrie privée, en un délai de six mois y compris le temps nécessaire à l’établissement de l’outillage spécial. Elle fait le plus giand honneur à celui qui l’a conçue et aux fabricants français qui l’ont réalisée, en un moment
- 1915, plus d’un million de casques étaient en service sur toute l’étendue du front.
- Le principal mérite de cette nouvelle coiffure est d’être efficace malgré sa légèreté relative. Pitou trouve le casque pratique, plus agréable à porter que le képi et surtout il se trouve en sûreté sous cette cloche d’acier qui le garantit contre quelques-uns des mille moyens que les Allemands ont inventés pour l’exterminer. Le casque Adrian fait le plus grand honneur à son auteur, sous-intendant militaire de lre classe dans l’armée française, qui en a étudié longuement tous les détails de manière à rendre l’exécution aussi rapide et aussi économique que possible.
- Morin de Villiers.
- p.564 - vue 184/198
-
-
-
- LA RÉÉDUCATION PROFESSIONNELLE DES BLESSÉS MILITAIRES '
- Par le Dr Georges VITOUX
- L’effroyable guerre qui se poursuit présentement depuis plus de seize mois ne cause pas seulement que des deuils. Elle laisse encore, et en grand nombre, d’infortunés blessés qui jamais plus ne pourront recouvrer la plénitude de leurs facultés physiques.
- Quel avenir attend ces soldats, ces héros d’hier devenus des infirmes?
- L’atelier se ferme pour eux. Iis sont devenus des non-valeurs sociales et n’ont pl as à compter, semble-t-il, que sur la générosité des autres.
- Alors, que faire?
- Augmenter le taux des pensions ?
- On n’y peut, hélas, songer. Même accrues, du reste, celles - ci seraient toujours inférieures aux besoins. Ce qu’il importe de réaliser, c’est que le mutilé qui, présentement, est devenu incapable d’accomplir une besogne utile, puisse recouvrer en une mesure appréciable sa capacité de travail et ainsi se retrouver en état, comme il le faisait naguère, de gagner son pain et celui de sa famille.
- Un semblable mode d’assistance n’est pas nouveau. Dès 1899, sur l’initiative d’un conseiller municipal de Paris, M. Marsoulan, le département de la Seine décidait la créa-
- tion, à Montreuil-sous-Bois, des ateliers départementaux pour les ouvriers estropiés, mutilés ou prématurément infirmes.
- Les débuts de cette œuvre furent modestes. Mais, grâce à l’ardeur généreuse de
- son promoteur, elle ne tarda pas à rendre de réels services, des services si marqués qu’il fallut bientôt adjoindre à l’établissement primitif de nouvt au e ateliers, installés cette fois à Paris même, 97, rue Compans, puis au N°52, de la rue de PAmiral-Moucliez.
- Aux ateliers départementaux de la Seine, où sont présentement inscrits plus de cinq cents ouvriers ou ouvrières, tous du département, le but poursuivi n’est pas de restituer à chaque mutilé toutes les facultés de travail qu’il possédait avant sa mutilation. On s’applique seulement à rendre aux mutilés quels qu’ils soient, une capacité productive telle qu’ils puissent. conserver leur qualité de travailleurs réguliers, pouvant continuer à vivre chez eux, dans leur famille, comme par le passé et sans être à la charge de personne.
- L’objectif poursuivi aux ateliers Marsoulan — où l’on exécute la reliure et la
- LA FABRICATION DES TAPIS DE CORDE DANS LES ATELIERS DÉPARTEMENTAUX DE LA SEINE
- Amputé du bras droit, Vouvrier est aidé dans son travail par un appareil prothétique articulé.
- p.565 - vue 185/198
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 50(5
- dorure, où l’on fabrique des tapis de corde et de sparterie, de la tresse anglaise, des liens pour l’agriculture, des jouets d’enfants et même de la serrurerie — est donc bien moins de transformer des invalides, des mutilés en ouvriers complets que de mettre ces invalides, ces mutilés en état de gagner un salaire susceptible d’assurer leur existence par un travail relativement facile.
- difficultés. Celles-ci, cependant, ne sont pas insurmontables. C’est, au moins, ce qu’ont pensé les promoteurs de la Fédération d'assistance aux mutilés des armées de terre et de mer, dont l’objet est de venir en aide aux invalides et aux infirmes de la guerre : 1° en leur fournissant des appareils bien adaptés à leur mutilation; 2° en les rééduquant dans des ateliers-écoles professionnels ; 8° en
- LE COURS DE SOUDURE DE I,’ « UNION DE LA SOUDURE AUTOGÈNE » Chalumeau en main, ces élèves apprennent à souder des ailettes aux torpilles de tranchées..
- Le problème de l’assistance aux mutilés de la guerre quels qu’ils soient est un problème complexe et qui ne saurait se contenter d’une seule solution aussi simple.
- Les ateliers départementaux de la Seine éduquent des ouvriers qu’ils conservent pour leur fabrication particulière et qui ne sont guère utilisables ailleurs, malheureusement.
- C’est là un grave éc.ue;l ! On ne peut, en effet, songer à maintenu loin de chez eux tous les mutilés rendus aptes au travail. Tl faut donc de toute nécessité que ceux-ci puissent trouver à s’employer dans l’industrie régulière. L’entreprise offre de réelles
- leur assurant un placement après leur rééducation. Les blessés de la guerre, peuvent être ranges en trois catégories distinctes :
- 1° Les blessés immédiatement améliorables par des soins appropriés à leur état;
- 2° Les infirmes définitifs, cependant rééducables et réadaptables au travail;
- 3° Les mutilés graves, infirmes sans recours, qui sont les plus intéressants.
- Aux premiers, il importe avant tout de donner sans attendre des soins convenables — massage, séances d’électrisation, de mécanothérapie, etc., — qui seuls peuvent assurer, à la longue, leur guérison parfaite.
- p.566 - vue 186/198
-
-
-
- LA RÉÉDUCATION DES MUTILÉS
- DEUX MUTILÉS S’EXERCENT AU MANIEMENT DU CHALUMEAU OXY-ACÉTYLÉNIQUE
- Comme les précédents, ils fixent des ailettes aux torpilles employées dans les tranchées.
- Aux derniers, il faut sans délai assurer l’assistance aussi complète que possible nécessitée par leur infortune.
- Restent enfin les blessés de la seconde catégorie, qui sont ceux ressortissant plus spécialement de la rééducation et de la réadaptation au travail journalier.
- Pour ceux-ci, naturellement, il convient de recourir à des installations particulières non plus essentiellement médicales, mais au contraire complètement professionnelles.
- Trois voies essentielles peuvent être suivies qui répondent aux occupations les plus habituelles des travailleurs. Les uns seront préparés aux fonctions commerciales; d’autres aux emplois industriels, et ce sont ces derniers surtout cpii retiendront davantage l’attention des rééducateurs en raison de la nécessité d’en faire, malgré leur infériorité physique, de véritables ouvriers possédant une réelle habileté professionnelle; d’autres enfin, aux professions purement agricoles.
- Naturellement, dans chacune de ces branches, l’adaptation du mutilé s’opérera
- 567
- très différemment, suivant le degré et la nature de sa mutilation, suivant surtout la volonté, l’énergie du sujet, suivant son intelligence, ses facultés de compréhension.
- Des infortunés privés de leurs deux bras sont devenus capables de .travailler au tour, d’écrire et même de dessiner.
- Ce sont là des exemples des plus encourageants et qui justifient la grande variété des enseignements rééducatifs prévus par les promoteurs des écoles-ateliers réservés aux victimes de la lutte actuelle.
- Dans les branches agricoles de rééducation, les catégories prévues sont les suivantes : viticulture, arboriculture, horticulture, aviculture, apiculture, garde des troupeaux.
- Il est à remarquer, au surplus, que les professions agricoles peuvent offrir d’autres débouchés aux mutilés de la guerre. La preuve en a été donnée devant M. Fernand David, ministre de l’Agriculture. Celui-ci étant venu assister à des expériences de culture mécanique poursuivies sur le plateau de Grigny, dans le domaine de la Ferme-Neuve, ce furent des mutilés de la guerre, un amputé du bras et un autre de la
- CET OUVRIER, MUTILÉ DE LA GUERRE, EST ATTEINT D’UNE ANKYLOSE DU COUDE DROIT A C « Union de la soudure autogène », ilse livre au même trm^ail que ses compagnons.
- p.567 - vue 187/198
-
-
-
- 568
- LA SCIENCE ET LA CIE
- CROUPE DE SOLDATS AVEUGLES HOSPITALISES A I. INSTITUT VALENTIN IIAUY Atteints de cécité complète, ces infortunés réapprennent à lire au moyen de lu méthode de Braille.
- VOICI, DANS L'ATELIER DE BROSSERIE, D’AUTRES SOLDATS PRIVES DE LA VUE Le métier qu'on leur apprend est facile et il leur permettra de gagner honorablement leur vie.
- p.568 - vue 188/198
-
-
-
- 5(i0
- LA RÉÉDUCATION DES MUTILÉS
- jambe, qui furent chargés chacun de conduire un tracteur, ce dont ils s'acquittèrent avec une aisance tout à fait remarquable.
- En dehors de ces professions variées que l’on prévoit dès à présent pouvoir devenir en quelque sorte régulièrement accessibles aux mutilés, il en est encore d'autres que les circonstances viennent d’ouvrir à certaines des victimes de la guerre. Tel aura été le cas, par exemple, pour celle de soudeur au chalumeau.
- C’est à l’organisation connue sous le nom de V Union de la soudure autogène, que revient le mérite de cette initiative particulière qui aura été le salut pour un certain nombre de nos glorieux blessés.
- La fabrication des torpilles à ailettes pour l’armée nécessitant l’emploi de nombreux soudeurs, V Union de la soudure autogène pensa ne pouvoir mieux faire que de s’employer à fournir aux industriels chargés de leur exécution les ouvriers spécialistes dont ils manquaient,
- après un apprentissage des plus rapides.
- Un cours spécial de soudure devant durer quelques jours seulement fut organisé, cours durant lequel on s’occupa uniquement d'apprendre aux hommes qui lé suivirent à faire convenablement la soudure d’une seule et même pièce, celle des ailettes qu’il importe justement de fixer sur les torpilles. Cette
- CE SERGENT AVEUGLE, DECORE DE LA MEDAILLE MILITAIRE ET DE LA CROIX DE GUERRE, APPREND ÉGALEMENT A FABRIQUER DES BROSSES
- connaissance acquise, les élèves soudeurs furent immédiatement embauchés chez des industriels où des places leur avaient été réservées et où ils font d’exellentc besogne.
- Toutes ces tentatives de rééducation, qui donnent de si heureux résultats, s’adressent spécialement à des mutilés des membres.
- Parmi les lamentables victimes de la guerre, ces derniers, hélas, ne sont point les . seuls. Il en est encore d’autres non moins pitoyables, ceux qui ont. perdu la vue. Ceux-ci sont nombreux, plus de mille connus jusqu’à présent. Dès la première heure, on s’est préoccupé de leur sort si digne d’intérêt.
- L’Association Valentin Haiiy, en particulier, s’est vouée à cette œuvre et a mis à la disposition de la Croix - Rouge, des administration s de la Guerre et du ministère de l’Intérieur, ses connaissances spéciales et son organisation rem arquable.
- C’est que les aveugles, à l’en-contre de ce qu’on pourrait supposer, ne sont pas fatalement d’irrémédiables « emmurés ». Eux aussi, en effet, sont susceptibles de recevoir une éducation étendue, d’apprendre des métiers et de pouvoir gagner leur existence.
- L’aveugle de naissance ou par accident, pour peu qu’il ait le moins du monde de volonté et de persévérance, apprend vite à lire et à écrire suivant une méthode parti-
- p.569 - vue 189/198
-
-
-
- 570
- LA SCIENCE ET LA VIE
- culière, extrêmement ingénieuse, combinée naguère par un aveugle de génie, Braille, L’acquisition d’une profession lui est également possible. De celles communément enseignées aux aveugles — brosserie, vannerie, rempaillage et cannage des sièges, fabrication des balais de sorgho, matelas-serie, cordonnerie, accordage de pianos, massage, etc., — certaines, naturellement, se recommandent davantage. La brosserie, de tous ces métiers est celui qu’on apprend le plus communément aux adultes. L’appren-
- suivies en France par les aveugles. Pour celles d’accordeur de pianos et de masseur, enfin, en raison des qualités spéciales qu’elles nécessitent, elles se trouvent naturellement réservées à un très petit nombre de sujets et ne peuvent être enseignées utilement qu’à de rares soldats ayant eu les yeux brûlés par l’explosion de grenades ennemies.
- On le voit,” les mutilés de la guerre, quel que soit le malheur qui les a frappés, ne sont pas des abandonnés condamnés sans merci.
- Quand la paix sera enfin revenue et défi-
- A L’iNSTITUT VAI.ENTIN IIAUY, ON APPREND AUSSI AUX HOMMES QUI ONT ÉTÉ AVEUGLÉS EN COMBATTANT LE MÉTIER D’ACCORDEUR DE PIANOS
- tissage en est court — en général de six à huit mois, — il permet de tirer rapidement parti de la besogne accomplie et il offre enfin cet avantage important de permettre à l'ouvrier de travailler seul chez lui, en famille, avec un outillage peu compliqué.
- Viennent ensuite les professions de rempailleur et de canneur de chaises, celle de fabricant de balais, dont l’apprentissage est également rapide, mais dont les bénéfices sont moius assurés, plus aléatoires.
- Quant aux professions de vannier, de cordonnier, de matelassier, d’acquisition beaucoup plus laborieuse, clics sont peu
- nitive, grâce aux organisations créées à la faveur de la guerre, ils sont assurés de pouvoir encore exercer leur énergie et de trouver à s’occuper à des labeurs utiles.
- Et c’est là une circonstance infiniment favorable dont on doit se féliciter.
- N’est-il pas heureux, en effet, que de l’actuelle tourmente qui cause tant de désastres jaillissent des œuvres fécondes de bonté et d’assistance sociale, des œuvres appelées à se perpétuer dans l’avenir, pour le plus grand bien d’un groupe particulièrement, intéressant de travailleurs?,..
- Dr Georges Vttoux.
- p.570 - vue 190/198
-
-
-
- CHRONOLOGIE DES FAITS DE GUERRE SUR TOUS LES FRONTS '
- (Nous reprenons cette chronologie aux dates suivant immédiatement celles où nous avons dû l’interrompre dans notre précédent numéro).
- LA LUTTE EN BELGIQUE Août 1915
- Le 20. — On signale l'accumulation en Belgique, par les Allemands, d'énormes quantités de munitions et de matériel.
- Le 23. — 7 'rès vif combat d'artillerie dans la région de Bœsinghe.
- Septembre
- Le 1er. — Action efficace de notre artillerie, en réponse à un bombardement de Nieuport.
- Le 7. — Violente action d'artillerie de part et d'autre autour d'Ypres.
- Le 9. — L'artillerie belge détruit les tranchées ennemies des rives de l'Yscr. — Les Allemands envoient 1.500 obus sur Ramsca-pelle, sans causer aucun dégât.
- Le 21. — Violent bombardement de Kamsca-pelle et de plusieurs autres localités.
- Le 22. — L'artillerie belge disperse plusieurs groupes ennemis occupés à dresser des installations de guerre.
- Le 23. — Lutte à coups de bombes et de grenades à main dans les tranchées au nord de Dixmudc et au sud de Nieuport.
- Le 25. — Les troupes belges enlèvent un poste d'écoute sur la rive droite de l'Yser et obligent les Allemands à évacuer 200 mètres de tranchées le long de la rivière.
- Le 27. — Les aviateurs belges bombardent plusieurs cantonnements ennemis.
- Octobre
- Le 1er. — Tout le front belge est violemment bombardé par les batteries allemands.
- Le 2. — L'ennemi prend pied dans une tranchée belge, près de Dixmudc, mais il en est bientôt chassé.
- Le 3. — Après un vif bombardement des positions belges au nord de Dixmudc, une attaque d'infanterie allemande se dessine. Elle est très aisément repoussée.
- Le 5. — Bombardement des régions de Fumes, Pérouse et Oostkerke par l'ennemi. Réplique avantageuse de l'artillerie belge.
- Du 6 au 12. — Les Allemands poursuivent le bombardement du front belge, mais nos alliés ripostent avec leur grosse artillerie, détruisant de nombreux travaux de l'ennemi.
- FRONT OCCIDENTAL Août 1915
- Le 10.—-Trois régiments allemands mènent une furieuse attaque contre nos positions du ravin de IIouyelle, dans l'Argonne; aidés d'obus asphyxiants, ils pénètrent dans nos tranchées, mais ils en sont, chassés au cours de la journée.
- Le 12. — V ennemi bombarde llaon-VEtape. Quatre tués et sept femmes et enfants blessés panai la population civile.
- Le 14. — En Artois, à l'est de la route de Lille, nous détruisons à la mine les ouvrages avancés de l'ennemi.
- Le 15. — Les Allemands bombardent à longue distance Montdidicr, ville ouverte. Pour répondre au bombardement de Saint-Dié, nous bombardons la gare de Sainte-Marie-aux-Mines et le camp ennemi de Barrenstall.
- Le 16. — Nouveau bombardement de Saint-Dié, et représailles sur la gare de Sainte-Marie, où les gazomètres font explosion.
- MITRAILLEURS ALLEMANDS A LA LISIÈRE I)’UN PETIT 1IOIS, EN ARTOIS
- p.571 - vue 191/198
-
-
-
- 57"2 LA SCIENCE ET LA VIE
- Le 17. — Notre infanterie prend pied sur la erête, entre Sondernach et Landersbach, dans la région du Reichackerkopf. Toutes les contre-attaques ennemies sont repoussées.
- Le 18. — Nous nous rendons maîtres de la position allemande formant saillant au carrefour de la route Béthune-Arras et du chemin d'Ablain-Angles.
- Le 20. — Au prix de pertes élevées, les Allemands reprennent leur position du chemin d'Ablain-Angles.
- Le 22. — A Ville-sur-Tourbe, nous détruisons à la mine plusieurs tranchées ennemies.
- Le 23. — Très violents combats sur les hauteurs, à l'est de la Fecht du Nord, où l'ennemi ne parvient pas à reprendre le terrain perdu. — Quelques obus sur Montdidier.
- Le 25. — Actions d'artillerie de plus en plus violentes dans la région de Roye.
- Le 26. — Nous avançons sur la crête entre Sondernach et Landersbach. Les Allemands canonnent Thann et le Vieux-Thann. Sept obus, tirés à longue distance, tombent sur Compiègne ; l'un d'eux tue une ambulancière et blesse deux infirmiers.
- Le 28. — Bombardement intense de toutes les positions ennemies sur l'ensemble du front, Artois, Champagne, Argonne, etc.
- Le 29. — La plupart des tranchées ennemies, dans l'Argonne, sont complètement bouleversées par notre artillerie.
- Le 31. — Dans les Vosges, après un bombardement au moyen d'obus asphyxiants, l'ennemi prononce une furieuse attaque contre nos tranchées du Linge ; nous maintenons nos positions.
- Septembre
- Le lor. — Entre la Somme et l'Oise, nos batteries réduisent au silence l'artillerie allemande d'Armancourt et de Canny. — L'ennemi lance sur Soissons des obus incendiaires.
- Le 3. — Nos mines détruisent les travaux ennemis aux environs de Vauquois. — Pour se venger de nos tirs de destruction contre leurs tranchées, les Allemands lancent sur Reims une centaine d'obus incendiaires.
- Le 4. — Au Linge, une attaque allemande est arrêtée par notre artillerie.
- Le 5. — Notre artillerie endommage gravement les tranchées ennemies au nord d'Arras.
- Le 6. — En réponse au bombardement de Raon-VEtape, nous couvrons d'obus les cantonnements allemands de la vallée du Rabodeau.
- Le 7. — L'ennemi, dans ‘.'Argonne, prend possession de plusieurs de nos tranchées, grâce à l'emploi intense d'obus asphyxiants, après une attaque menée par deux divisions ; mais il ne parvient pas à rompre noire front.
- Le 9. — Attaque des plus vives, avec des obus suffocants, au Linge, au Barrenlwpft, au sommet de l'IIartmannswiller, etc., L'ennemi prend pied sur quelques points, mais il en est bientôt chassé par nos retours.
- Le 10. — Sur le canal de l'Aisne à la Marne, deux offensives allemandes contre nos postes de Sapigneul sont repoussées.
- Le 11. — Bombardement intense de nos positions du plateau de Pa'ssy, au nord de l'Aisne. Notre artillerie répond efficacement.
- Le 12. — Combats à la. grenade, près de Souchez. Lutte de mines au nord de la Somme. Destruction des organisations allemandes d'Enberménil, en Lorraine, par notre artillerie. Bombardement des tranchées et des batteries de l'ennemi, sur le canal de l'Aisne à la Marne.
- Le 13. — Nos batteries réduisent au silence les mitrailleuses du bois de Mortmare.
- Le 14. — Echec de toutes les tentatives ennemies en vue de nous déloger de nos positions de Sapigneul.
- Le 16. — Bat aille d'artillerie sur tout le front. Nos canons, dans les Vosges, détruisent l'usine électrique de Turclheim.
- Le 17. — Devant Saint-Mihiel, notre artillerie détruit le grand pont, un pont de bateaux et trois passerelles. Elle abat un ballon captif allemand à l'est de Chaillon.
- Le 18. —- Une attaque allemande, dans la région de Fay (nord-ouest de Péronne), est repoussée par nos feux d'artillerie et d'infanterie, et nous faisons des prisonniers.
- Le 19. — Redoublement du combat d'artillerie sur tout le front, avec succès marqué pour les canons français.
- Le 20. — Avance française au nord du canal de l'Aisne à la Marne. — Progression dans les Vosges. — Destruction, à longue distance, d'ouvrages allemands préparés pour le bombardement de Nancy.
- Le 23. — Energique action de notre artillerie dans la région d'Arras et en Champagne, contre toutes les installations ennemies.
- Le 24. — Les troupes britanniques réalisent une forte avance près de Laos. En liaison avec elles, nos soldats progressent au nord d'Arras. En Champagne, après un violent bombardement, ?ious enlevons la première ligne de défense allemande.
- Le 25. — Les succès des alliés s'accentuent. Les Allemands se replient sur leur deuxième ligne. Au total, nous avons fait 20.000 prisonniers valides et. pris de nombreux canons.
- Le 26. — Les troupes britanniques et françaises consolident les positions conquises et occupent des points plus avancés. Nous avons pris 47 canons et les Anglais 25. Une tentative d'offensive allemande, dans l'Argonne, est arrêtée par notre artillerie.
- Le 27. — Des contre-attaques ennemies, au nord d'Arras et en Champagne, sont repoussées avec de grosses pertes.
- Le 28. — Il est établi aujourd'hui que le nombre des prisonniers valides dépasse 25.000. Il y a eu 121 canons de pris. Les pertes allemandes en tués, blessés et prisonniers, représentent trois corps d'armée. — Au nord, de Souchez, nous nous emparons des crêtes de Vimy. — L'armée anglaise,
- p.572 - vue 192/198
-
-
-
- CHRONOLOGIE DES FAITS DE GUERRE 578
- dans la région de Laos, attaque furieusement la troisième ligne allemande.
- Le 29. — Progrès en Champagne, au nord de Mesnil et de Massiges. Pertes importantes pour Vennemi. Le nombre actuel des canons pris aux Allemands est de 144.
- Octobre
- Le 1er. — Au nord de Mesnil, nous réalisons de nouveaux gains. — Lutte d'artillerie sur tout le front. — Echec de plusieurs offensives ennemies particulièrement violentes.
- Le 2. — Quatre attaques ennemies, entre Soudiez et le bois de Givenchy, sont repoussées avec de fortes pertes.
- Le 3. — Les Allemands, dans la-région de Laos, reprennent une partie de la redoute II o-henzollern, qui leur avait été enlevée par les Anglais. —
- Partout ailleurs leurs attaques échouent piteusement.
- Le 4. — Combat d'artillerie sur tout le front. Offensive allemande repoussée brillamment dans les Vosges.
- Le 5. — En Champagne, nous prenons l'importante position de T ahure ; nous faisons un millier de prisonniers dont plusieurs officiers.
- Le 7.—Progrès devant T ahure.
- Deux cents prisonniers. —
- Une offensive allemande contre Loos n'aboutit qu'à des pertes extrêmement élevées.
- Le 8.—Renouvellement infructueux des attaques ennemies contre T ahure et Loos, ainsi que sur tout le reste du front.
- Le 9. — Progrès en avant de T ahure et avance sérieuse des troupes britanniques dans la région de Loos et Hulluch.
- Le 10 et le 11. — Nous continuons de progresser en Artois et en Champagne ; les Anglais repoussent une violente attaque allemande, près d'Hul-luch, et infligent à l'ennemi des pertes énormes. Le terrain est jonché de cadavres.
- FRONT ORIENTAL Août 1915
- Le 10. — Troisième journée de formidables assauts allemands contre les forts de Kovno ; des bataillons entiers sont anéantis dans ces sanglantes tentatives repoussées par les Russes. — L'ennemi recule, après de sérieux échecs, dans la région de Riga.
- Le 11. — Nouvelles et furieuses aitaques ennemies contre Kovno ; elles sont repoussées comme les précédentes. — Dans la région du Caucase, les troupes russes obtiennent une série de vifs succès ; les Turcs prennent la fuite partout devant elles.
- Le 12. — Les Allemands sont refoulés, avec de grosses pertes,dans la région deMitau.
- Le 14. — Intense bombardement de Novo-Georgievsk par de gros canons ennemis. — Une offensive ennemie est contenue sur la rive gauche du Bug. — Reprise des attaques furibondes contre Koqno.
- Le 16. — Les Allemands s'emparent d'un des fortins de Kovno et leurs troupes se glissent dans les intervalles des autres fortins. — Les Russes refoulent les Turcs au Caucase et occupent la grande ville de Van.
- Le 18. — L' ennemi parvient à prendre Kovno, au prix de pertes effroyables.
- Le 19.—Novo- Georgicvsk tombe au pouvoir des Allemands. Le 21.— Victoire navale russe dans le golfe de Riga. — Par prudence, l'évacualion de Vilna est poussée activement. Le 22. — Les Russes évacuent Ossovietz, après avoir fait sauter toutes les fortifications. Le 24.—Lafon'tercssc de Brest-Lit owsk est également abandonnée par nos alliés et occupée par l'adversaire.
- Le 28.—L'offensive allemande, sur le Niémen moyen, se heurte à une résistance acharnée des Russes, qui infligent de fortes pertes à leurs ennemis. Le 30. — Les Russes résistent sur tout le front. En Galicie, ils remportent un succès considérable; ils prennent 30 canons et font 3.000 prisonniers. Dans leur butin figurent aussi 24 mitrailleuses. Le 31. — Les Allemands occupent Grodno et Loutsk.’,
- Septembre
- Le 1er.—Nouveaux succès russes en Galicie, sur la Strypa, où l'ennemi est contraint de reculer. — Le général Alexeieff est nommé chef d'état-major général des armées russes.
- Le 2. — Sur le front Riga-Dwinsk, nos alliés
- reculent lentement, tout en combattant.
- Le 3. — Des contingents russes pénètrent momentanément dans Grodno, y faisant des prisonniers ; cette action permet le repliement heureux de divers éléments avancés. — Sur le Dniester, les Russes, à la suite de combats avantageux, font près de 4.000 prisonniers.
- Le 6. — Le tsar prend le commandement en chef de ses armées. — Avec le titre de vice-roi du Caucase, le grand-duc Nicolas ancien généralissime, prend la direction des operations dans cette région.
- Le 7. — Triple victoire russe en Galicie, sur la Doljonka, sur la Sereth, et dans la région de Trembowla ; nos alliés prennent 30 canons et font près de 12.000 prisonniers.
- AMal DARTIGE DU FOURNKT Il a été nommé commandant en chef de notre armée navale en remplacement de l'amiral Boué de Lapeyrère.
- p.573 - vue 193/198
-
-
-
- 574
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Le 9. — Nouveau succès russe sur la Sereth, où les Autrichiens laissent 5.000 prisonniers aux mains de nos allies.
- Le 12. — IA offensive russe se poursuit victorieusement en Galicie où, depuis le dernier jour d'août, le nombre des prisonniers austro-allemands n'a pas été inférieur à 40.000.
- Le 16. — Avance continue des Allemands dans les régions de Vilna et de Pinsk. — Par contre, succès ininterrompus des Russes en Galicie, où ils font encore des milliers de prisonniers.
- Le 18. — Les Allemands s'emparent, après de furieux combats, de la ville de Pinsk, qui commande les marais du Pripet.
- Le 19. — L' ennemi occupe Vilna, que les Russes viennent d'abandonner. — En Lithuanie, de grosses masses de cavalerie allemandes sont contenues et finalement repoussées par les Russes.
- Le 20. — Les Autrichiens sont battus sur tous les points en Volhynie. Dans les six dernières semaines, les Russes leur ont fait plus de 70.000 prisonniers. — Sur l'ensemble du front, la résistance de nos alliés s'accentue et l'avance allemande faiblit.
- Le 21. — Entre Dwinsk et Vilna, les troupes russes reprennent l'offensive.
- Le 23. — Les succès de nos alliés s'accentuent en Galicie et en Volhynie ; ils reprennent Loutsk et font 6.000 prisonniers.
- Le 25. — Sur la chaussée de Divinslc, les Allemands tentent quatre attaques massives. Ils sont repoussés avec des pertes énormes.
- Le 27. — Le 40 corps d'armée allemand est surpris par l'inondation dans les marais de Pinsk et en partie détruit.
- Octobre
- Le 1er. — Les communiqués russes constatent un ralentissement général de l'offensive allemande, déterminé par l'épuisement des troupes et l'énormité des pertes. Nos alliés reprennent l'avantage sur presque tout le front. Leur offensive est très mordante.
- Le 2. — Près du lac Narotch, les Russes enfoncent l'ennemi et lui prennent quatorze canons de diiers calibres.
- Le 3. — Les Russes chassent les Allemands d'un grand nombre de villages. — Au Caucase, dans la région de Van, les troupes turques sont en pleine retraite.
- Le 5. — En Volhynie, l'armée du général Lintsingen est menacée d'enveloppement par les Russes, qui avancent toujours.
- Le 6. — De grands combats se poursuivent dans la région de Dzvinsk, avec des alternatives de succès et de revers pour les deux armées. Les Allemands s'épuisent.
- Le 7. — Journée marquée par de violents combats, durant lesquels les Russes font 4.000 prisonniers.
- Le 9. — Dans la région de Divinsk, trois attaques successives de l'ennemi sont repoussées.
- Les 10, 11 et 12. — Les succès russes se poursuivent en Pologne et en Galicie.
- FRONT ITALIEN Août 1915
- Le 10. — Vaines contre-attaques autrichiennes sur le Carso, où les Italiens progressent de nouveau. — Dans un engagement au col de Cedevale, à 3.627 mètres d'altitude, nos alliés infligent un échec extrêmement sérieux à leurs adversaires.
- Le 13. — Dans la vallée de Sexten, les Italiens s'emparent du sommet de l'Oberlacher; sur l'isonzo leur artillerie démolit les ouvrages ennemis du bassin de Plezzo, et il en est de même sur le Carso.
- Le 16. — Des escouades d'alpins italiens liés par des cordes s'emparent de diverses hauteurs de 3.084, 3.432 et 3.469 mètres d'altitude, dans le massif du ürtler, entre les vallées d'Adda et de l'Adige, et en chassent l'ennemi. — Avance sensible dans la zone de Tolmino : 600 prisonniers. 4 mitrailleuses des munitions considérables demeurent aux mains des Italiens.
- Le 17. — Sur tout l'ensemble du front, avance italienne, prise de tranchées, de munitions et d'hommes. L'artillerie de nos alliés détruit méthodiquement tous les ouvrages ennemis. — Dans la zone du Tornale, nos alliés s'emparent du fort de Pozzi-Alii.
- Le 20. — Les Italiens s'emparent, des redoutes ennemies voisines du Monte-Maggio, occupent la route des Dolomites et prennent des tranchées au Monte-Nero.
- Le 21. — Nos alliés accentuent l'investissement de Tolmino. — Dans la zone du Tonale, ils s'emparent des positions ennemies de Tele Valle Stimo, et repoussent toutes les attaques tentées par les Autrichiens pour reconquérir le terrain perdu.
- Le 25. — Les Italiens s'emparent très brillamment des hauteurs de l'Adamcllo.
- Le 27. — Dans le Haut-Isonzo, les alpins italiens enlèvent à l'ennemi le sommet du Rom bon (2.208 mètres). — Près de Rove-reto, nos alliés prennent le fort du Belvédère.
- Septembre
- Le 1er. — A la suite d'une série de vigoureuses actions, les Italiens se rendent maîtres du massif de Chiadenis.
- Le 3.— F isite du général Joffre au front italien.
- Le 6. — Echec d'une grosse attaque autrichienne près de Tolmino.
- Le 10. — Une attaque autrichienne, dans le bassin de Plezzo, est repoussée avec des pertes sensibles.
- Le 17. — Ayant achevé de consolider les positions conquises, les Italiens reprennent l'offensive sur la presque totalité du front.
- Le 18. — Les Autrichiens contre-attaquent sur tout le front ; sur tout le front ils sont vigoureusement repoussés.
- Le 23. — A la suite d'une habile manœuvre enveloppante, les Italiens s'emparent de la forte position du Monte Cosion, sur le plateau au nord-ouest de l'Arsiero.
- p.574 - vue 194/198
-
-
-
- CHRONOLOGIE DES FAITS DE GUERRE
- 575
- Le 26. — Nouvelle progression italienne sur le Carso, où la lutte est très vive.
- Le 29. — Les alpins italiens attaquent l'ennemi près de Tolmino, l'obligeant, à reculer et lui infligeant de lourdes pertes.
- Octobre
- Le 1er. — Vigoureuse offensive italienne dans la région de Tolmino, mais la contre-attaque ennemie aboutit à la reprise de la plus grande partie du terrain conquis.
- Le 3. Les alpins s'emparent du sommet escarpé du Torrione, (i la tête de la vallée du Stri.no, en chassent les Autrichiens et, la situation étant intenable, empêchent cependant l'ennemi . —------------------
- d'y revenir.
- Le 5. — Les Italiens, sur la route de Rover cto, chassent l'ennemi de Camperi et d'Alla-Volta. C'est un beau succès.
- Le 8. — Un haut quartier général autrichien est. bombardé, èi Costar y evico, par quatorze avions de l'armée italienne.
- AUX DARDANELLES Août 1915
- Le 11.— Combats violents dans la zone dite d'Anzac, où l'ennemi subit des pertes considérables, tandis qu'un cuirassé français impose silence aux batteries asiatiques. — La canonnière turque Berk-I-Satvet est coulée dans les Dardanelles par un sous-marin britannique.
- Le 14. — Les Australiens et les Néo-Zélandais sont, attaqués furieusement par les Turcs au milieu de la nuit, mais ils les repoussent avec énergie.
- Le 15. —Avance britannique. èiSouvla,où nos alliés, après un rude combat, prennent une tranchée et font des prisonniers.
- Le 17. — Progrès relativement sensibles des Anglais dans la plaine d'Anafarta.
- Le 24. — Les sous-marins britanniques torpillent et coulent qûatre transports turcs.
- Le 28. — Les troupes britanniques s'emparent des positions dominant la Biyuk-Ana-farla, infligent aux Turcs de grosses pertes et prennent un important matériel.
- Septembre
- Le 1er. — Les Anglais réussissent ci débarquer des renforts importants.
- Le 5. — Un sous-marin allié coule le destroyer turc Yar-Hissar, dans la mer de Marmara.
- Le 17. — Destruction de nombreuses mines turques par les contre-mines françaises.
- Le 24. — Nous détruisons plusieurs mines turques. — Un de nos cuirassés détruit une batterie lourde sur la côte asiatique.
- BORIS DE BULGARIE On le représente comme exerçant un haut commandement dans l'armée qui, le 11 octobre, est entrée en campagne contre les Serbes.
- Octobre
- Le 3. — Les alliés, à l'aide de canons ci longue portée placés sur des chalands spéciaux, bombardent les détroits, ainsi que les forts de la côte asiatique.
- Le 7. — Le communiqué signale que depuis quelques jours, sur un front de quatre kilomètres, les alliés ont gagné environ 250 mètres.
- SERBIE ET MONTENEGRO - Août 1915
- Le 12. — Les Autrichiens bombardent Belgrade, mais ils cessent le feu quand les Serbes lancent de nombreux
- ----------- obussurSemli.net Panichcvo.
- Le 13. — Les Serbes détruisent à coups de canon les fortifications ennemies établies en face de Dobra, sur le Danube. Le 14. — Violen t duel d'artillerie, au mont Lovcen, entre les Autrichiens et les Monténégrins, à l'avantage de ces derniers.
- Le 22. — Les fortifications élevées par les Autrichiens sur le Danube et la Save sont détruites par les canons serbes. Le 25. — Les Monténégrins dispersent des détachements ennemis dans la région des bouches de Cattaro.
- Septembre
- Le 7. — Les Serbes détruisent les tranchées autrichiennes sur le front du Danube.
- Le 15. — Des tentatives autrichiennes, pour traverser la Save et la Drina, sont arrêtées par les Serbes. — Les Monténégrins remportent plusieurs succès en Bosnie.
- Le 16. — Près de Coradja, les Autrichiens sont battus parles Monténégrins.
- Le 18. — Violent feu d'artillerie dirigé par les Austro-Allemands contre plusieurs points de la frontière serbe.
- Le 23. — De nouveaux essais de passage de la Save et de la Drina par les Autrichiens sont arrêtés par l'artillerie serbe.
- Octobre
- Le 7. — Les Austro-Allemands traversent la Save et le Danube sur plusieurs points.
- Le 8. — L'ennemi, après un combat acharné, occupe Belgrade, la capitale serbe.
- Les 9, 10 et 11. — Les Serbes se retirent en arrière de leur capitale et résistent héroïquement aux Austro-Allemands. Ils sont attaqués par les Bulgares à Kadibogaz.
- DANS LES BALKANS Octobre 1915
- Le 5. — 18.000 hommes de troupes françaises commencent leur débarquement à Salonique.
- p.575 - vue 195/198
-
-
-
- 576
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Le 8. — Les Bulgares coupent la voie ferrée sur la ligne Salonique-Uskub.
- Le 9. — Le débarquement franco-anglais se poursuit très activement à Saloniquc.
- S UjR MER Août 1915
- Le 10. — Le sous-marin autrichien U-12, est torpillé par un sons-marin italien.
- Le 13. — Le contre-torpilleur français Bison coule le sous-marin autrichien U-13.
- Le 14. — Le transport britannique Royal-Edward est coulé par un sous-marin ennemi dans la mer Egée. Un millier de morts.
- Le 19. — Le vapeur Arabie est coulé par un sous-marin allemand, au sud de l'Irlande. — Le sous-marin anglais E-13 s'échoue dans les eaux danoises, et des contre-torpilleurs allemands viennent le détruire.
- Le 20. — Grand combat narval dans le golfe de Riga. Les Allemands perdent trois croiseurs et huit torpilleurs.
- Le 22. — Un destroyer ennemi est coulé par deux torpilleurs f rançais près d'Ostendc.
- Septembre
- Le 4. — Le vapeur Hesperian, se rendant de Liverpool à Montréal, est torpillé au sud de l'Irlande. Pas de victimes.
- Le 7. — A cinq heures du matin, un sous-marin allemand torpille le cargo-boat Bordeaux, au large de Roy an, et le cargo-boat Guatemala, près d'Ouessani.
- Octobre
- Le 3. — Le cargo-boat Provineia, du port de Marseille, est torpillé et coulé par un sous-marin au large des côtes de Grèce.
- Le 7. — Deux torpilleurs russes détruisent dix-neuf transports turcs, chargés de munitions et de blé, sur les côtes d'Anatolie.
- Le 10. — Le vapeur allemand Lulea est coulé dans la Baltique par un sous-marin anglais.
- DANS LES AIRS Août 1915
- Le 12. — Deux zeppelins survolent la côte est de l'Angleterre, tuant six civils.
- Le 15. — Une escadrille de dix-neuf avions lancent 108 obus sur les parcs et dépôts allemands de la vallée de Spada.
- Le 17. — Nouvelle apparition de zeppelins sur la côte est anglaise : dix morts.
- Le 24. — Bombardement efficace des gares de Noyon et de Tcrgnier jmr sept aviateurs français. — Un autre de nos avions bombarde la gare de Lærrach, dans le grand-duché de Bade, ainsi que celle d'Offenbourg.
- Le 25. — Un aviatik lance quatre bombes sur Vesoul, blessant une femme et un enfant. — Soixante-deux avions français bombardent les usines de guerre de Dillengen.
- Le 26. — L'aviaAur anglais Bigsvcorth détruit un sous-marin allemand au large d'Ostendc. — Nos avions lancent 127 obus sur la gare de Noyon. — Bombardement
- des gares de Cierges et d'Ivoiry, en Argonne, et de l'usine à gaz suffocants de Dornach.
- Le 27. — Une escadrille française bombarde la gare et le transformateur de Mulheim.
- La 28. — Six avions allemands cherchent à gagner Paris ; ils tuent deux infirmières et un enfant à Compiègne; l'un d'eux est abattu et son pilote est tué, près de Senlis.
- Le 29. — Bombardement de nombreux baraquements ennemis, dans l'Argonne. — Un amateur russe, attaqué par trois zeppelins, en abat un près de Wlodawa, en Pologne.
- Le 31. — Pégoud est tué dans un combat aérien.
- Septembre
- Le 1er. — Quatre avions allemands survolent Lunéville et profilent de l'heure du marché pour tuer des femmes et des enfants.
- Le 6. — Quarante de nos avions, en représailles du fait de Lunéville, vont bombarder la gare, les usines et les établissements militaires de Sarrebruck.
- Le 7. — Nous bombardons efficacement les établissements militaires de Fribourg-en-Bris gau, les gares de Lens et de Tergnier.
- Le 8. — Des avions allemands bombardent Nancy et font plusieurs victimes ; en représailles, nous bombardons les hangars de Frescaty et la gare des Sablons, à Metz. — Avec les Anglais, nous bombardons les hangars d'aviation d'Ostendc. — Nous lançons soixante bombes sur la gare de Dieuze et cinquante sur celle de Challerenge. — Trois zeppelins survolent l'est de l'Angleterre, tuant une douzaine de personnes.
- Le 9. — Un dirigeable français bombarde la gare et les usines de N este. — Autre raid de zeppelins sur l'Angleterre : 20 morts.
- Le 10. — Des avions ennemis lancent sans succès des obus sur Compiègne.
- Le 13. — Dix-neuf avions français bombardent la ville de Trêves. (Prusse rhénane).
- Le 20. — Dix-neuf avions français lancent une centaine de bombes sur les installations allemandes de Bensdorf, à l'est de Morhange.
- Le 21. — Bombardement aérien du palais royal de Stuttgart et de certaines parties de la ville par un groupe d'avions alliés.
- Le 29. — Nos aviateurs bombardent les lignes de communication, en arrière du front allemand, et notamment les gares de Bazan-cowrt, Warmériville, Pont-Faverger, etc...
- Octobre
- Le 1er. — Notre dirigeable Alsace bombarde très efficacement la gare de Vouziers.
- Le 3. — Un groupe de nos avions bombarde la gare, le pont du chemin de fer et les établissements militaires de Luxembourg.
- Le 4. — Le dirigeable français Alsace est contraint de descendre dans les lignes allemandes, près de Rethcl. — Un zeppelin lance des bombes sur Châlons.
- Le 10. — Une de nos escadrilles lance une centaine de gros obus sur les gares de l'arrière-front ennemi, en Champagne.
- Le gérant : Lucien Josse.
- Paris.
- lmp. Verdier, 18, rue d'Engüien.
- p.576 - vue 196/198
-
-
-
- CARTE DE DA BULGARIE PORTANT INDICATION' DU TERRITOIRE CÉDÉ A CE PAYS PAR LA TURQUIE, AU MOIS I)E SEPTEMBRE 1915
- p.n.n. - vue 197/198
-
-
-
- LE PROCHAIN NUMÉRO DE “ LA SCIENCE ET LA VIE ” PARAITRA en JANVIER 1916
- p.n.n. - vue 198/198
-
-