La science et la vie
-
-
- 10e Numéro spécial: lf 50
- N° 27. Juillet 1916
- Page de titre n.n. - vue 1/197
-
-
-
- LORD KITCHENER OF KHARTOUM
- Liï min istre de la Guerre du Royaume- Uni, qui apéri dans la catastrophe du Ilampshire, était l'une des figures contemporaines les plus nobles et les plus populaires. Il était né en 1850, et sa mère, Mme Chevallier, qui était d'origine française, lui avait infusé un peu de sang gaulois dans les veines. Lord Kitchencr aimait passionnément notre pays; il avait fait la campagne de 1870 dans notre armée de la Loire. Après avoir conquis le Soudan, il exerça les plus hauts commandements au Transvaal, aux Indes, en Egypte. Mais son plus beau titre à la reconnaissance de ses compatriotes et à la gratitude des Alliés fut l'inlassable énergie qu'il apporta dans la constitution de la nouvelle armée britannique, forte aujourd'hui de plus de 5 millions d'hommes.
- p.n.n. - vue 2/197
-
-
-
- LE FRONT ANGLO-BELGE
- Edité par "LA SCIENCE ET LA VIE
- Numéro 27.
- JUIN-JUILLET 1916
- MiddelkrfMr,
- Dunkerqj
- fndaël
- oLeffriod,
- Moud A ^Branche'
- Mardicho^ PMardict fi
- V/srhem
- 5
- ’folidscboote
- \ Ghyva
- iues>
- luaèdypre
- West-Cat
- fBourbourg- Ville
- ° S ta reh
- %fwegeO
- anc-Nei Es es fie A
- Issjfhendaet
- QDdingha
- Eringhem
- Wiserû.
- Cap Gri5-Ner
- Bo/lezeele
- Câble de Dût.
- tMilla/A
- (?u*a PdlLio '^^Bayengherrr'
- oii'*ï
- *Jç>uimy Nleufin5 TTlortbÛgû'ei oMe IdèTctumohèm i
- A Jambe
- yViefre -Effroj
- ominés
- Pradellea
- °Quelmef
- ’AlirwIbur k.-
- or l,3n" °
- fçpesnoys/Deûley
- • Porte!1
- iHoup/ines
- fHcîiaut
- T®Pihem
- lerquin
- ii/ielles,-
- NeuPl
- imbersartj
- Estairei
- Uafie/n
- Wdems\^
- Harde lot-Plage • Ifeufchitel 1 M^frietu-158)
- ’AvrsidE.
- Escobeea
- 'fiuedT/t,
- Esirêe-B/an ®Erny E
- NbrrenyFontès
- f/y SW/a.rfLs-Vo Cott'JMÇgjjX
- SPCâci/e Q_ S!Gabriel O Cancbç
- tsoing
- Hucque/f
- oTubersçat
- je Pont
- 1'®Hezecquee
- Coupelle-Vieille^
- Paris-Plage
- Montreuil
- erguenet
- fAzincourt
- la Comte
- br,—Hudh
- Bermioourt Hcrn\ fc/imeux Q ° Pierremonh
- Berck - Berd-Ville Pla3e Greffiers
- Verton
- 2/jd.iévîl
- fjoùchez 8
- O G/renewj
- Waber^—. ^ConbPT/ ^ Hempont-S’t
- Sorm i
- Baie d'Authie
- Ramecour
- I St Rémy
- i Vieil-Hest
- y™’ D°"
- ViHemar
- Fort-Ma
- Plage
- ÿyJ2T Berte% I °Vi/lerS-S$sl
- gfil lièvrey
- J Berlene Canettemont v
- "en-Artois
- Noya!les® ,
- Jbmt*/ f°Bu
- jM!Ion court >
- Bouffie*
- SmedeJa
- Jfitlerd-ljHôpital
- SFyEé.
- L 1
- tfourfl°leMeilla/d \SqL
- s® St Marti 1
- \PonthoHe __
- 3rqW,ion
- le Crotoy
- iu v ion.
- ®Neuilly-l ‘Hôpital tcat OneuxQr
- Bienvillers Vtfu
- fouas°re9Ue® CrSj A
- A O Seiig'puZ urelà'ÏZ^-y^err
- Pende
- f^Hal/oy
- ens .
- eveHeGoifi.
- .oProuville
- Morchi
- nn avilie
- Mesnil
- 'SucheUeji
- o Bup igny-rAbÙ
- °Candas
- ipaume
- lerlincoui
- oiféyènn
- Puchevii
- uAuthuiUe *
- I JjpB°issellgf[ \Avelyf9 OCordf
- Bazin val
- \reiHy StSa
- JPicqüiijny
- wxnyoi
- QHame!et
- Warfusàè-Aba
- S-l'Hôpital
- tiolliein
- La motte
- BoveHes
- Lamotte
- f-MonlO
- )fSimon i
- loi eu il
- Échelle.'/320.000'
- 10 KILOMÈTRES
- MalpartO
- René BULZC. Cartographe
- p.n.n. - vue 3/197
-
-
-
- SOMMAIRE Tome X.
- (JUIN ET JUILLET 1916)
- Les grandes crises politiques de l’Irlande.. ..
- Les origines naturelles de la conflagration européenne .........................•..................
- Comment on peut prouver qu’un navire a été torpillé.............. .. .........................
- Les cartouches pour nos fusils.
- La fabrication du papier.....................
- La force motrice éc:nomique s’imposera après la guerre.....................................
- La lutte devant Verdun est d’une âpreté sans exemple ............ .........................
- Sur leur front européen, les Russes culbutent les Autrichiens ; ils poursuivent les troupes ottomanes à travers la Turquie d’Asie.........
- L’offensive autrichienne oblige les Italiens à se replier.......................................
- On se bat sur le front de Salonique ; les Bulgares pénètrent en Grèce ...........................
- Charles Rabot..................... 3
- Secrétaire de la Société de Géographie.
- Dr Raphaël Dubois................ 13
- Professeur de Physiologie générale l’Oniversiié de I.yon.
- René Brocard..................... 29
- Ingénieur, breveté torpilleur des Kouipages de la flotte.
- Paul Reboulet.................... 43
- Chef de fabrication dans une usine mobilisée.
- Edouard Héry..................... 53
- Charles Lordier ................. 65
- Ingénieur civil des Mines.
- 73
- 79
- 85
- 87
- Les hostilités sur mer
- 89
- La guerre aérienne fait de nombreuses victimes.
- La construction des voies ferrées mllkaires. ..
- Chaque jour, du pain frais pour nos troupes combattantes..................................
- Les effets curieux de quelques projectiles bizarres .....................................
- Le cinématographe aux armées.................
- Les explosifs qui ont détruit les ponts et les usines serviront-ils à les reconstruire?.. ..
- Les nouvelles méthodes d’action de l’artillerie..
- 93
- Georges Guimbal........... 87
- Ane. commandant d’une section technique de chemins de fer de campagne.
- Clément Casclanl........... 113
- Jean de Villa................. 123
- A. Verhylle............ .. .. 127
- Jacques Gunzlger............. 137
- Ingénieur diplômé de l’Kcole des Travaux publics.
- Capitaine G. L............... 145
- La stérilisation de l’eau par l’ozone.. .. .. .. Gustave Dechyion.................. 153
- lug. duServ. municip. des Eaux.
- L’âme des canons ne résiste pas indéfiniment
- au tir............................................ Luc de Kerlochcr.............. 165
- Le ravitaillement des armées en campagne.. ..
- ' Comment on répare les pertes de substances des os du crâne............................. ..
- Chronologie des faits de guerre sur tous lesfronts.
- J. Oertlé........................ 171
- Lieutenant de réserve d’artillerie.
- Dr Fr. Kérivan................... 177
- 187
- HORS TEXTE : Grande carte en couleurs du front anglo-belge.
- î
- p.1 - vue 4/197
-
-
-
- PLAN PANORAMIQUE DE DUBLIN MONTRANT LES POINTS DE LA VILLE OU LES “ SINN FEINERS ” OPPOSERENT LA PLUS GRANDE RESISTANCE
- LA SCIENCE ET LA VIE
- p.2 - vue 5/197
-
-
-
- La Science et la Vie
- MAGAZINE DES SCIENCES ET DE LEURS APPLICATIONS A EA VIE MODERNE T(cdigé et illustré pour être compris de tous
- Paraît chaque mois — Abonnements r France 12 fr., Etranger 20 fr.
- Rédaction, Administration et Publicité : 18, rue d’Enghien, PARIS - Téléphone : Gutenberg 02-75
- Tome X
- Juin-Juillet 1916
- Numéro 27
- LES GRANDES CRISES POLITIQUES DE L’IRLANDE
- Par Charles RABOT
- SECRÉTAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOCRAPIIIE
- L’Irlande est une île. Ce simple fait explique toute la question irlandaise et demeure, au fond, la cause première de l’opposition irréductible que la Verte-Erin ne cesse de manifester à l’égard de la Grande-Bretagne. Quelle barrière l’insularité d’un pays oppose à la pénétration de ses habitants par leurs voisins et quel fossé profond crée entre des régions rapprochées un étroit bras de mer ! L’Angleterre en fournit l’exemple le plus connu. De même que la Manche a préservé le lloyaume-Uni des influences continentales, de même le goulet ouvert entre les îles, cependant encore plus étroit en certains points que le Pas-de-Calais, a formé obstacle à la fusion des deux peuples riverains et, des deux parties d’un même tout a engendré, deux mondes hostiles.
- Sur les destinées politiques de l’Irlande, un second fait géographique a exercp- une action considérable : c’est son étendue même. Après la Grande-Bretagne, cette terre constitue la plus grande île d’Europe. Sa sujierfîcie est égale à pas moins de neuf fois celle de la Sicile ou de la Sardaigne. Figurez-vous une Bretagne et une Normandie augmentées du Maine, de l’Anjou et d’une partie du Perche. Aussi bien, les influences étran-
- gères que la mer n’a laissé passer que très amorties n’ont pu se propager jusqu’au cœur, de l’île, ainsi que, d’ailleurs, l’histoire le montre lumineusement.
- D’autre part, la structure du pays a singulièrement favorisé la persistance du particularisme politique et la formation de plusieurs noyaux de résistance à l’étranger. En Irlande, point de centre géographique, de région privilégiée vers laquelle les formes du terrain dirigent une concentration de l’activité humaine, rien que des cellules séparées. Au milieu de l’île et dans toute sa largeur, une vaste plaine à travers laquelle les lacs et les marais creusent un fossé difficilement, franchissable, et autour de cette dépression, au nord, au sud comme à l’ouest, quatre gros paquets montagneux, complètement isolés, dont les vallées sont inclinées vers la périphérie ; autant de pays distincts tournant le dos à la plaine centrale. Au nord, l’Ulstcr, à l’ouest le Connaught, au sud-ouest le Munster, au sud et au sud-est, le Leinster, tandis que la plaine, jusqu’au Shannon, ouverte vers l’est, c’est-à-dire vers la Grande-Bretagne, forme le Meath et que l’autre moitié, reliée à la côte par des couloirs entre les montagnes, se rattache vers l’ouest au Connaught.
- M. CHARLES RABOT
- p.3 - vue 6/197
-
-
-
- 4
- LA SCIENCE ET LA VIE
- > \ Collines et montagnes
- I I Plaines
- ......Chemins de fer
- ......Canaux de navigation
- 50 kilomètres
- CARTK DE L’iRUNDlî PHYSIQUE ET POLITIQUE
- On voit que le paj;s comprend une grande plaine centrale, sorte de cuvette immense et marécageuse, cnUcioupée de bois et de nombreux cours d'eau dont le principal est le Shannon. Le long des côtes, sont répartis une série de massifs montagneux indépendants dont Valtitude maximum ne dépasse guère 1.000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- p.4 - vue 7/197
-
-
-
- LEs crises Politiques dpi L'Irlande
- L’absence de centre géogra phi -que est d’ailleurs mise en évidence par la position des grosses agglomérations urbaines. Aucune cité de plus de 20.000 habitants ne se rencontre dans la plaine médiane, tandis que les grands centres de population : Dublin (403.000 habitants). Belfast (350.000 habitants), Cork (75.000 habitants) se trouvent sur la périphérie maritime', à, raison, pour ainsi dire, d’une ville par cellule.
- En Irlande, la
- pluie tombe, dit-on, trois jours sur cinq, plus fréquemment encore à sa pointe sud-ouest. La durée de l’insolation demeure, par suite, très courte, et quand, par hasard, le soleil
- LORD WIMBORNE
- M. BIRUELL
- luit, il tpi ’ une tiédeur, cl imat
- n’émet douce Un tel n’est
- Sllt JOHN REDMOND
- Chef actuel du parti national irlandais, il réprouva la rébellion d'avril.
- Le premier, lord-lieutenantle second, secrétaire d'Etat pour l'Irlande au moment des troubles des derniers jours d'avril 1916. M. Birrell démissionna le 3 mai.
- puis, ultérieurement, saxons et protestants, et qui, eux, loin de Irlandais, ont voulu, soumettre. Ces colons sont, pour la plupart, concentrés dans l’Ulstcr. Sur les 1.100.000 protestants que compte l’Irlande plus des deux tiers sont établis d ans cette province; de là l’hostilité irréductible qu’elle manifeste à l’égard du Home Rule. Ces Anglo-Saxons se refusent énergiquement à accepter la loi des insulaires qu’ils considèrent comme d’anciens sujets. et <pii, plus est. des « pa pistes ». Entre l’Ulstcr et le
- présence appartiennent à deux races différentes et professent des croyances religieuses hostiles. La population de l’Irlande se compose non point d ' Anglo - Saxons protestants comme le reste du Hoyau mc-Uni, mais de Celtes catholiques. Sur ce substratum ethnique sont venus ensuite se superposer, du vme au xie siècles, un fort contingent de Normands provenant du Danemark -et de la Norvège, lequel s’est fondu avec les indigènes; des colons anglo-installés de force, fusionner avec les au contraire, les
- pas précisément propice aux récoltes; de là. de fréquentes fa -mines, lesquelles ont entraîné à leur tour des troubles politiques. L’homme qui souffre de la faim devient presque toujours un révolté.
- Sur l’origine et le développement du conHit, anglo -irlandais, les in fluences du milieu physique ont agi d’autant plus énergiquement (pie les deux partis en
- SIR EDWARD CARSON / y e. f o u gu c u j: dé put é d e l'Uhier, ancien membre du cabinet As<piith,
- p.5 - vue 8/197
-
-
-
- 6
- LA SCIENCE ET LA VIE
- reste de l’île, il y a opposition, non seulement de race et de religion, mais encore d'intérêts économi -cpies. Ce pays est le seul centre industriel important de i’Irlande ; il possède la majeure partie de la fabrication des fameuses toiles d’Irlande, et sa capitale, Belfast, renferme un des plus importants chantiers de constructions navales du Royaume-Uni. De plus, grâce au labeur de ses habitants, l’agriculture y est rémunératrice.
- Dans les autres provinces, point d’autre industrie que la brosserie et la fabrication domestique du whisky ; l’agriculture demeure l’unique ressource, mais combien précaire sous un pareil climat. Exposées à un arrosage constant, le plus souvent les céréales pourrissent sur pied ou ne donnent que des récoltes déficitaires. De là de fréquentes famines. La population qui, en 1841, s’élevait à plus de S millions, tombait dix ans plus tard à 6 millions et demi. A la suite de ce désastre, les troubles prirent une acuité de plus en plus grande et l’Irlande continua à se vider.
- En 1901, elle avait perdu presque la moitié des habitants qu’elle comptait soixante ans auparavant : 4.450.000 au lieu de 8.200.000 en 1841. Durant les dix années suivantes, le mouvement d’émigration paraît. s’être presque arrêté à la suite de l’introduction de nom-
- breuses améliorations agricoles. Aussi bien, de l’avis des Irlandais impartiaux, les paysans de la Vcrte-Erin jouissent à l’heure actuelle d’un véritable bien-être.
- Après avoir esquissé la physionomie des acteurs et le cadre dans lequel ils ont agi, résumons maintenant les principales péripéties du long drame historique que composent les relations entre la G ran d e-Bretagne et l’Irlande. Son début remonte à 1155. A cette date, le p a p c Adrien IV, le seul Anglais qui ait jamais occupé le trône pontifical, investit le roi d’Angleterre de la souveraineté de l’île. Dès lors, tantôt par la guerre, tantôt par l’intrigue, en mettant à profit les rivalités des roitelets nationaux, les Anglais travaillent, à substituer le régime féodal à l’organisation par clans, qu’ils avaient trouvée dans l’île. Créer aux dépens des indigènes des fiefs dont ils se proclament ensuite les bénéficiaires, telle demeure l’unique politique. Aux évictions en masse qu’elle entraîne, les Irlandais résistent vigoureusement et souvent avec succès ; à plusieurs époques, le pouvoir des rois d’Angleterre ne s’étendit pas au delà des environs immédiats de Dublin. Seulement, après plus de quatre siècles de luttes, sous la grande Elisabeth (1558-1608), le pays peut être considéré comme
- SIR ROGER CASEMENT EN TENUE DE CONSUL
- Traître à son pays, agent de VAllemagne, c'est lui qui fomenta la révolte des Sinn Feiners.
- JULIAN B A ILE Y Le complice de Casement.
- p.6 - vue 9/197
-
-
-
- LES CRISES POLITIQUES DE L'IRLANDE
- 7
- soumis. Afin d’asseoir la domination britannique, son successeur, Jacques Ier, poussa activement 1 a « plantation » anglo-saxonne dans l’Ulster. Au prolit des colons anglais, les indigènes étaient expulsés de leurs terres et parqués ensuite dans des districts dont ils ne pouvaient sortir ; bref, le système des «réserves » que les Américains du Nord ont appliqué plus tard aux Indiens pour s’en débarra sser. Entre temps, la Réforme avait fait naître un nouveau sujet de discorde entre les insulaires et leurs envahisseurs. Profondément attachés à la foi catholique, les Irlandais s’opposèrent de toutes leurs forces à la pression exercée par les Anglais pour les convertir à la nouvelle religion. Spoliations, exactions, luttes religieuses aboutirent, en 1640, à une formidable et sanglante révolte.
- Des milliers de protestants furent massacrés et la plus grande partie de l’île tomba en la possession des rebelles.
- Terrible fut la répression.
- En 1649, à la tête de farouches soldats, les « Têtes Rondes » et les « Côtes de fer »,
- Cromwell débarque en Irlande, emporte d’assaut l)ro-gheda, Wexford et en massacre impitoyablement les garnisons. Seulement à Droghe-da, 30.000 «papistes» furent, dit-on, passés au fil de l’épée.
- Une fois la résistance brisée, un régime de fer est ensuite appliqué à tout le pays. Plus de 9.000 Irlandais sont transportés aux Antilles dans un
- quasi-esclavage et tous les catholiques qui ont échappé au massacre et à la déportation sont refoulés dans, le Con-naught, entre les marais du*
- Shannon et un cordon militaire établi le long de la mer pour leur interdire toute relation avec l’étranger.
- Moins de quarante ans après, la guerre recommence. Chassé d’Angleterre,
- Jacques II débarque en . Irlande pour essayer d’y reconquérir sa couronne perdue, avec l’aide de troupes françaises que lui a données Louis XIV. Engagé dans une lutte formidable contre Guillaume d’Orange, qui a remplacé les Stuart sur le trône d’Angleterre, le roi de France cherche à frapper son adversaire en soulevant contre lui scs sujets catholiques. L’entreprise échoua; à la bataille de la Boyne (1690), le prétendant l'ut battu, la main de l’Angleterre s’abattit sur les habitants et plus lourdement que jamais sur les insulaires. Mais ils ne renoncèrent pas pour cela à la lutte; pour se venger de leurs ennemis et essayer de les abattre sur les champs de bataille continentaux, de 1691 à 1745 plus de 450.000 Irlandais s’enrôlèrent dans les armées des souverains en guerre contre la Grande-Bretagne.
- Pendant tout le xvme siècle la lutte demeure aussi âpre et sans plus de résultat que par le passé : les Anglais ne peuvent venir à bout des Irlandais et les Irlandais sont impuissants à arrêter la
- COMTESSE MARKIEVICZ
- Condamnée à mort pour avoir pris part à Vinsurrection irlandaise, sa peine fut commuée.
- J. CLARKE
- Chef sinn feiri passé par les armes le 3 mai 1916.
- JAMES CONNOLLY
- Commandant les forces insurgées de Dublin et condamné à mort, il fut fusillé le 12 mai 1916.
- p.7 - vue 10/197
-
-
-
- 8
- LA SCIE NC V ET LA VIE
- poussée anglaise. En 179G, nouvelle révolte avee l’appui de l’étranger.. Dans la lutte acharnée qu’il soutenait contre la Grande-Bretagne, le Directoire suivit, en 1796, l’exemple de Louis XIV et tenta à son tour de soulever l’Irlande, Trompant les croisières anglaises, nos escadres réussirent à débarquer plusieurs corps de troupes, mais, faute de coordination, l’entreprise ne réussit pas mieux que celle de Jacques II. Le gouvernement britannique
- jamais connue auparavant. Depuis 1829, la guerre religieuse, officielle pourrait-on dire, est terminée. L’égalité civile existe maintenant entre protestants et catholiques, et les députés catholiques ont le droit de siéger à Westminster. Enfin, depuis plus de quarante ans, la dîme assez forte que les catholiques devaient payer au clergé protestant a été supprimée.
- Non moins que la liberté de conscience, la question agraire formait le grand grief
- LE FOST-OFFICE DF. DUBLIN, OU LES REBELLES AVAIENT ÉTABLI LEUR QUARTIER GENERAL
- Pour en déloger Connolly et les insurgés auxquels il commandait, il fallut bombarder cet édifice, qui n’est plus aujourd'hui qu'un monceau de ruines.
- prit alors le parti de rattacher complètement. 1’ « île soeur » à l’Angleterre et. en ISO], il fit voter l’acte (l’Union. Le parlement de Dublin était supprimé et l’Irlande, en quelque sorte, annexée.
- Dans le cours du xixe siècle et pendant les premières années du xxe, trois grandes questions ont tenu successivement le premier rang dans les rapports anglo-irlandais : la question religieuse, la question agraire et le Home liulc, et si la dernière, la plus importante de toutes, n’est pas encore réglée, les deux autres ont reçu une solution définitive. Grâce à ce résultat, la situation de l’île a complètement. changé et la Vorte-Erin jouit maintenant d’une prospérité qu’elle n’avait
- des insulaires. Ne se trouvaient-ils pas contraints de cultiver pour le compte' d’autrui les terres qui leur avaient appartenu et dont ils avaient été dépouillés ? Aux land lords anglais, propriétaires par droit de conquête, ils louaient le sol à très gros prix, et au moindre retard dans le paiement des fermages, ils étaient expulsés. Jusqu’en 1870, le propriétaire avait souvent le droit de mettre à la porte son "fermier quand bon lui semblait et sans lui accorder aucune indemnité pour les améliorations qu’il avait apportées à la terre. Contre ces excès, les Irlandais luttèrent par la violence. Parmi les émigrés aux Etats-Unis se forme vers 1847 une société secrète, les Fcnians, du nom d’un
- p.8 - vue 11/197
-
-
-
- LKS CRISES POLITIQUES DE //IRLANDE
- 0
- et effectuer en Irlande.
- roi légendaire de l’Irlande, dont l’objet était de poursuivre contre la Grande-Bretagne une guerre à outrance pour la contraindre à lâcher prise. En 1867, les conjurés essayèrent de s’emparer de la forteresse de Chester, en Angleterre, où ils espéraient trouver des armes et des munitions pour s’armer ensuite un débarquement La même année, ils faisaient sauter une prison de Londres dans laquelle étaient détenus deux des leurs. Aux Fenians, tous les moyens paraissaient bons, même l’assassinat politique; et le 6 mai 1882, lord Cavendish, vice-roi d’Irlande, et le sous-secrétaire d’Etat Thomas-Henry Burke étaient poignardés en plein jour, dans le Phœnix Parle, l’immense parc voisin de Dublin. Ces attentats furent plus nuisibles qu’utiles à la cause des malheureux Irlandais : l’emploi de l’intimidation et de la force ne réussit jamais auprès des Anglais.
- C’est alors que l’opposition irlandaise, jusque là désordonnée, commença à se discipliner, en même temps que deux hommes éminents,
- Bute et Parnell, inclinaient, sans oser l’avouer à leurs commettants, vers l’abandon de la méthode violente pour porter les revendications nationales devant le Parlement britannique.
- Parnell, le plus connu des leaders irlandais, fit son entrée sur le terrain' politique en 1878. Il s’attaqua d’abord à la question agraire ; il s’agissait d’obtenir la reddition des terres, ou tout au moins d’une partie, aux paysans irlandais. Pour arriver à ses lins, il usa de deux armes nouvelles dont l’emploi seul a suffi à lui assurer la célébrité : l’obstruction au Parlement et le « boycottage » dans les campagnes.
- Le « boycottage » fut inventé en 1880. L’année précédente, à la suite de plusieurs étés pluvieux, une nouvelle famine menaça l’Irlande, et, naturellement, les fermiers ne purent payer. Parnell, élu président de la Ligue agraire, qui couvrait de scs nombreux affiliés l’île entière,
- LE GENERAL MAXWELL
- Grâce à son énergie et aux mesures habiles qu'il sut prendre, il lui suffit, de quelques jours pour réprimer la révolte des Sinn Feincrs.
- recommanda alors la résistance aux land-lords. S’ils procèdent à l’éviction d’un tenancier, que personne ne se présente pour le remplacer ; si, malgré cette défense, un nouveau fermier prend les terres laissées vacantes à la suite d’une expulsion, pour le punir de sa traîtrise à la cause nationale, qu’il soit mis par tous en interdit. Personne ne devra rapprocher, même lui adresser la parole. Il restera isolé du reste des humains comme le lépreux au moyen âge. Le capitaine Boycott, administrateur des biens de lord Erne, avant refusé de recevoir les fermages que lui offraient les tenanciers, parce que inférieurs aux prix stipulés dans les baux, les conseils donnés par Parnell furent immédiatement appliqués : les récoltes du domaine demeurèrent sur pied, tous les domestiques abandonnèrent leurs services, le facteur n’apporta plus ni lettres ni télégrammes. Comme compensation de son aventure, Boycott a eu l’honneur de donner son nom au système dont il avait été la première victime. Pendant plus de dix ans, la lutte fut poursuivie avec un acharnement inouï par la Ligue nationale qui agissait en autocrate, décernant des mises en interdit contre tout propriétaire anglais, urbain ou rural, dès qu’il osait manifester la moindre velléité de résistance aux ukases de Parnell.
- Avec un sens politique profond, les divers cabinets anglais se succédèrent dans cette période troublée, se gardant de répondre à la violence par la violence et travaillèrent, au contraire, à l’apaisement en poursuivant l’organisation de la propriété paysanne. En 1891, le Parlement vota l’ouverture .d’un crédit de 750 millions pour permettre de racheter les terres aux propriétaires au profit des fermiers. Grâce à cette mesure, complétée par une seconde loi, en 1896, la question agraire se trouva réglée dans ses traits essentiels. Par cette réforme, les deux tiers de la propriété foncière
- p.9 - vue 12/197
-
-
-
- 10
- LA SCIENCE ET LA VIE
- ont passé aux mains de la population agricole, et le troisième tiers est en voie d’être transféré également aux paysans irlandais.
- Tandis que se poursuivait la lutte agraire, la question du Home Rule se posait devant le Parlement britannique, Ce sera l’éternel honneui de Gladstone de s’être élevé au-dessus de l’opinion publique britannique et d’avoir osé lui montrer qu’un peuple profondément attaché à la liberté comme le peuple anglais, se devait à lui-même (l’accorder cette même liberté aux Irlandais, quels que fussent leurs torts à l’égard de l’Empire.
- Premier ministre en 1886, i I présenta devant la Chambre des Communes un bill organisant l’autonomie irlandaise et constituant un Parlement à Dublin ; la proposition était prématurée ; le grand homme d’Etat ne réussit même pas à décider tous scs propres partisans à le suivre, et la loi fut rejetée. Cet échec ne découragea pas Gladstone. Revenu au pouvoir en 1898, il présente
- a u Parlement un second projet de Home Ride; voté, cette fois, par les Communes, il échoue devant les Lords. Quoique n’ayant pas abouti, ces courageuses tentatives avaient servi la cause du Home Rule, l’autonomie de l’Irlande formait désormais un article important du pro--gramme des libéraux. Aussi bien, lorsque ce parti revint au pouvoir avec
- M. Asquith, un nouveau projet fut présenté; il avait été adopté par le Parlement britannique avant la déclaration de la guerre ; mais, entre temps, la situation de l’île s’était, singulièrement compliquée. Les Anglo-Saxons de PUlstcr refusaient énergiquement de se laisser gouverner par un parlement irlandais où leurs représentants auraient été noyés au milieu de leurs ennemis traditionnels. Et comme leurs doléances ne paraissaient pas devoir être écoutées, sous l’inspiration de sir Edward Carson, ils s’organisèrent en corps de volontaires pour défendre leurs droits et leur indépendance. De leur côté, les Irlandais s’armèrent. Les deux camps paraissaient sur le point d’en venir aux mains, lorsque la guerre se déchaîna.
- D ’ un commun accord, l’application du Home Rule fut alors remise à la signature. Les choses en sont là.
- Combien les Allemands, malgré leurs prétentions, sont de » piètres psychologues; les récents événements d’Irlande en apportent une nouvelle preuve. Ils n’ont jamais su discerner à travers les agitations des politiciens la pensée profonde des populations et, dans cet ordre d’idées, ont toujours pris des vessies pour des lanternes. Ils jugent, déclarent-ils orgueilleusement. d’après les faits et jamais d’après les sentiments. Or, en pareil cas, seuls les sentiments doivent
- SINN FEINER EN SENTINE1.LE SUlt UN ÉDIFICE DE DUBLIN
- MAC DONAGII Condamné à mort et fusillé le 3 mai 1916.
- p.10 - vue 13/197
-
-
-
- 11
- LES CRISES POLITIQUES DE L'IRLANDIù
- être pris en considération. Les chefs des deux partis opposés paraissant sur le point d’en venir aux armes, nos ennemis ont cru que l’Irlande était prête à se soulever contre l’Angleterre et ils n’ont pas compris que, jouissant aujourd’hui du bien-être et propriétaires des terres qu’ils convoitaient, les paysans demeuraient, au fond, indifférents et ne se souciaient guère de nouvelles agitations qui ne leur rapporteraient rien. Donc, tout entiers à leurs idées préconçues, les Allemands
- qui se tramait, le gouvernement anglais avait établi une vigilante croisière devant les côtes de l’île et une étroite surveillance des suspects dans la région du littoral. Sur terre comme sur mou' on montait bonne garde. Dans la nuit du 20 au 21 avril, un croiseur auxiliaire allemand maquillé, battant pavillon hollandais, pénétrait dans la baie de Tralee, sur la côte sud-ouest de‘l’Irlande, et débarquait Casement. Quelques heures plus tard, le traître était arrêté avec un complice,
- « LIBERTY-IIALL », L’UN DES CENTRES DE RÉSISTANCE DES RÉVOLTÉS IRLANDAIS Les troupes anglaises ne purent avoir raison des insurgés enfermés dans cet édifice qu'en le bombardant avec un petit canon de marine.
- accueillirent les propositions d’un traître, d’un Irlandais qui avait été au service de l’Angleterre et qui y avait gagné grades et honneurs, de l’ancien consul général sir Roger Casement, dont le rôle, d’ailleurs, avait été assez louche en diverses circonstances. En même temps, leurs agents aux Etats-Unis entraient en relation avec l’association révolutionnaire irlandaise et, par son intermédiaire, organisaient le complot. Tout fut soigneusement organisé. Casement serait conduit en Irlande : aussitôt qu’il aurait rejoint les conjurés la révolte éclaterait et l’Allemagne appuierait le mouvement par une attaque de sa flotte dirigée contre l’Angleterre et par le débarquement d’un corps de troupe en Irlande même. Mais le projet avait été éventé ; prévenu de ee
- Le croiseur, qu’escortait un sous-marin, n’eut pas meilleure fortune ; arraisonné par un bâtiment de guerre anglais, il se faisait sauter pour éviter d’être capturé, tandis que son convoyeur prenait la fuite.
- Si le Cabinet britannique avait pris des • mesures pour parer à une entreprise allemande, il n’avait nullement prévu une sédition en Irlande, d’autant plus que les assurances des députés irlandais étaient formelles à cet égard. Le grand nombre d’engagements souscrits soit dans l’armée, soit dans la flotte, n’était-il pas la preuve du loyalisme des insulaires?
- Le ministère gardait donc une quiétude complète, si bien qu’au moment des événements, le vice-roi et le sous-secrétaire d’Pltat se trouvaient absents et Dublin était complètement dégarni de
- p.11 - vue 14/197
-
-
-
- 1*2 LA SCIENCE ET LA VIE
- troupes. Les hauts fonctionnaires anglais, comme les députés irlandais, avaient compté sans les violents, sans les ultra-nationalistes révolutionnaires. Dans l’ombre, ces révolutionnaires, les Sinn Feiners, avaient créé des dépôts d’armes sur divers points du pays et enrégimenté des partisans. Proclamer la république irlandaise, telle était leur programme ; et, quatre jours après l’arrestation de Case-
- devant ce vaste bâtiment et s’en emparent. Le masque est jeté, la rébellion commence. Successivement, les insurgés se rendent maîtres du parc Stephen Green, de Sackville Street, la principale rue de la ville, et des maisons commandant les carrefours importants, et, aussitôt, organisent ces positions. Plus tard, trois fois, les Sinn Feiners donnèrent sans succès aucun l’assaut au vieux château.
- l’un lues QUARTIERS DK DUBLIN QUI ONT LK PLUS SOUFFERT DK LA LUTTE
- Les 28 et 29 avril 1916, des rencontres sanglantes curen t lieu, à la tête du pont O'Connell, entre les insurgés et les troupes gouvernementales. La plupart des maisons (pii s'élevaient à l'angle de Sackville Street et de PEdcn Quav, et dans lesquelles les Sinn Feiners étaient embusqués, furent détruites à coups de canon.
- ment, la rébellion éclatait dans deux comtés de la côte occidentale, dans le Gahvav et le Clare. et dans deux autres de la côte est, le Wexford et le Louth, ainsi qu’à. Dublin. Dans la matinée du *24 avril, les Sinn Feiners commencèrent à paraître en armes dans les rues de la capitale de l’Irlande. La police en prit d’autant moins ombrage que, depuis les événements du début de 191 t, les volontaires avaient l’habitude de parader en corps dans les rues. Soudain, un pou avant midi, des coups de feu se font entendre autour de l’iiôtel des Postes : les Sinn Feiners abattent les policemcn postes
- Mais les troupes gouvernementales ayant reçu de nombreux renforts, prirent l’offensive, et ce ne fut qu’après plusieurs jours de durs combats que les émeutiers purent être délogés de leurs positions.
- Au lieu de punir l’Irlande entière de la faute commise par quelques-uns des siens, le gouvernement britannique se dispose à faire droit à ses désirs en organisant dès maintenant le Home Ride. L’Ulster serait rattaché à la Grande-Bretagne et le reste de l’Irlande jouirait de l’autonomie. Les vœux des deux partis ennemis se trouveraient ainsi accomplis.
- Charles Iïabot.
- p.12 - vue 15/197
-
-
-
- LES ORIGINES NATURELLES DE LA CONFLAGRATION EUROPÉENNE
- Par le Docteur Raphaël DUBOIS
- PROFESSEUR UE PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE A I,’UNIVERSITÉ DE LYON
- IL y a presque 2.500 ans, vivait un sage dont le nom est encore de nos jours universellement connu. Il s’appelait Pythagore et enseignait que le corps humain est dans une dépendance intime de l’ordre général et que les actions de la vie, ainsi que tous les phénomènes de la Nature, sont réglées par les quantités et les proportions des nombres.
- Aujourd’hui, pas un biologiste digne de ce nom n’oserait, de bonne foi, soutenir une opinion contraire. Tous connaissent ou s’efforcent de connaître les étroites relations des êtres vivants avec le milieu cosmique, tous étudient avec ardeur les influences que le milieu extérieur actuel, le milieu antérieur et le milieu intérieur ont exercé, ou exercent encore, sur tout ce qui a vécu et sur tout ce qui vit sur terre.
- C’est Auguste Comte qui a donné à la Science de la Vie le nom de « biologie ».
- Comme la mécanique générale, dont elle n’est d’ailleurs qu’une branche spéciale aux êtres vivants, il la divisait en statique, cinématique et dynamique biologiques. La statique, dont l’anatomie, par exemple, lait partie, 11e s’occupe que de faits, c’est-à-dire de notions ne comportant pas l’idée de durée, de temps. Les deux autres subdivisions constituent la physiologie, laquelle, au contraire, ne s’occupe pas de faits, mais de phénomènes, c’est-à-dire de notions comportant l’idée de temps, de grandeur, pouvant, par conséquent, se traduire par des courbes facilement calculables.
- S’il s’agit de phénomènes considérés
- chez les individus, on les dit plus spécialement physiologiques, et s’il s’agit de phénomènes biologiques présentés par les collectivités, on se sert plus ordinairement du qualificatif « sociologiques ». Les uns et les autres sont toujours des phénomènes biologiques, et dans une classification véritablement scientifique, la guerre doit être classée parmi les phénomènes essentiellement biologiques.
- Sans doute, dans ce domaine principalement, co que nous savons est bien peu de chose en regard de ce (pie nous ignorons. L’humanité a fait pourtant une immense conquête, grâce surtout aux efforts de Claude Bernard, qui a prouvé que la méthode scientifique est applicable avec la même précision aux êtres vivants qu’aux corps bruts et que le déterminisme des phénomènes peut être aussi rigoureusement établi pour ceux-ci que pour ceux-là. Ce déterminisme scientifique des phénomènes naturels ne doit pas être confondu avec un grossier fatalisme. Ainsi, l’on peut échapper à la foudre en ne se réfugiant pas sous un arbre pendant un orage, en ayant un paratonnerre installé sur sa demeure. En agissant ainsi, on ne combat pas les lois de l’électricité, on les utilise en leur obéissant et c'est ainsi que savoir fait pouvoir, et ainsi seulement.
- Si donc la guerre est un phénomène naturel, soumis à des lois il n’est pas logiquement défendu d’espérer que lorsque ces lois seront connues, il sera possible d’éviter ses conséquences désastreuses, comme pour l’orage, et son ex-
- p.13 - vue 16/197
-
-
-
- 14
- LA SCIENCE ET LA VIE
- plosion même. Malheureusement, l’orgueil humain est sans bornes, et l’on fait tout ce qu’il faut pour qu’il en soit ainsi. Beaucoup se figurent que l’homme peut, par son intelligence, commander aux forces extérieures et les faire agir à sa guise; ils attribuent à son libre arbitre, à sa volonté, à son pouvoir personnel des résultats qui n’ont avec ces derniers que des relations plus ou moins spécieuses.
- C’est surtout en sociologie, et principalement en ce qui concerne l’étude de la paix et de la guerre, que tout déterminisme et toute méthode scientifique font défaut. C’est sans doute pourquoi Balzac a dit : « Diplomatie ! Science de ceux qui n’en ont aucune et qui sont profonds comme le vide ». On ne sait pas assez que tous les phénomènes de la Nature s’enchaînent suivant des lois, dont le code comporte parfois des sanctions terribles et implacables p«ur ceux qui lui désobéissent par ignorance, par orgueil, ou parce qu’ils sont mal adaptés au milieu ambiant. Pour certains esprits bornés, les limites du milieu biologique ne dépassent pas celles du domaine où naissent, vivent et meurent les organismes, et c’est là une grave erreur.
- La lumière qui arrive à notre œil d’une étoile située à des milliers de lieues, y provoque toute une série de phénomènes, dont l’ensemble constitue la vision. Et ce n’est pas tout : ils peuvent, par répercussion dans les divers départements de notre cerveau, éveiller une foule de phénomènes psychiques qui, d’ailleurs, ne seront pas les mêmes s’il s’agit de l’œil d’un poète ou de celui d’un astronome. D’autre part, la lumière de cette étoile de l’herbe qu’est notre Ver luisant fuit vers l’infini avec une vitesse de 300.000 kilomètres par seconde. Ces considérations me paraissent indispensables p^ur montrer comment, à mon avis, on doit aborder le redoutable problème de la guerre, qui préoccupe tous les esprits.
- Je laisserai volontairement de côté toutes les causes proximales, qui provoquent l’explosion de la guerre et sont pourtant celles dont on s’occupe le plus ordinairement d’une manière exclusive. Ce sont, au contraire, les causes lointaines, profondes, originelles, qui me préoccupent, les racines obscures et non les fleurs de sang de cette herbe de mort.
- Les antipathies ethniques, ataviques, les rancunes héréditaires, les concurrences, les rivalités économiques, les malaises
- financiers, les agissements des castes militaires, religieuses, sociales, les opérations empiriques des diplomates, lesquels ressemblent fort à ces médicastres qui soignent des maladies dont ils ignorent la cause et la nature avec des remèdes dont ils ne connaissent pas l’action, tout cela constitue, à mon avis et selon mes observations, des épiphénomènes issus secondairement de phénomènes naturels d’ordre fondamental.
- Ainsi, par exemple, une disette de blé se produit chez des tribus arabes dont les récoltes ont été dévorées par les sauterelles ; il en résulte une insurrection. Celle-ci nécessite l’envoi de troupes et des demandes de crédits, il y a des morts de part et d’autre. Des discours violents se font entendre au Parlement ; la presse fait grand tapage ; un ministère est renversé. Mais voilà qu’un savant a découvert que les grandes invasions de sauterelles sont provoquées par les taches du Soleil quand elles atteignent un certain maximum, lequel est périodique. C’est là le point important. Il peut donc exister des relations très étroites entre les taches du Soleil et la chute d’un ministère.
- Prenons un autre exemple typique :
- Les Français, plus préoccupés de mettre de la farine sur leurs perruques que dans leurs greniers, sont atteints par la famine. Les Parisiens, affamés, vont à Versailles demander à manger au roi. La Dévolution gronde, la famille royale, effrayée, appelle l’étranger à son secours. Elle est décapitée par le peuple furieux. La Bépublique, proclamée, repousse les envahisseurs, qui venaient surtout de l’Est ; elle recule les frontières de la France, sauf à l’Ouest. Bonaparte est fait empereur : il épuise les forces du pays en marchant vers l’Orient, vers l’Europe centrale, vers le Nord et le Sud, en un mot, dans toutes les directions, sauf vers l’Ouest. Deux invasions de sens contraire se succèdent. Son neveu, Napoléon III, nous en vaut une troisième, arrivée encore de l’Est, et nous en subissons une quatrième en ce moment, également venue de l’Est. On est en droit de se demander si les choses se seraient passées ainsi sans la famine. Or. cette famine était le résultat de mauvaises années de récoltes dues à des influences météorologiques, c’est-à-dire à des causes essentiellement cosmiques.
- Beaucoup de ces causes nous sont encore inconnues, mais il en est d’autres
- p.14 - vue 17/197
-
-
-
- ITINÉRAIRES SUIVIS PAR LES BARBARES QUI RAVAGÈRENT LES PRINCIPAUX EMPIRES DE L’EUROPE, AUX IVe ET Ve SIÈCLES
- Dans leurs migrations, ces peuples obéirent à la loi de /'antieinèse, qui pousse les hommes à se déplacer de Vest à Vouest, c'est-à-dire dans un sens
- contraire au mouvement de rotation de la terre.
- LES CAUSES NATURELLES DE LA GUERRE
- p.15 - vue 18/197
-
-
-
- 16
- Ï.A SCIENCE ET LA VIE
- dont nous pouvons constater l’influence sur tout ce qui vit chaque jour, à chaque heure, à chaque minute. Au premier rang de celles-ci se placent les influences qui résultent de la rotation quotidienne de la terre sur elle-même et de sa révolution annuelle autour du soleil.
- La succession périodique des jours et des nuits a une importance biologique considérable. Pendant le jour, les végétaux verts emmagasinent le protéon ou énergie solaire, qui leur arrive sous forme de lumière. Avec celui-ci et le protéon condensé ou substance terrestre inorganique, ils édifient des molécules organiques qui serviront d’aliments aux herbivores et au végétal lui-même. Par le même moyen astral se trouve assurée la vie du carnivore et celle de l’omnivore.
- La nuit, c’est le contraire; le végétal, au point de vue nutritif, se comporte comme un animal : au lieu de faire œuvre de synthèse, il fait œuvre d’analyse. L’animal est actif, dépense beaucoup pendant le jour et se repose la nuit. Le sommeil occupe un tiers de notre vie, pendant, lequel le fonctionnement de l’organisme est complètement transformé. L’influence de ces alternatives du jour et de la nuit est si profonde qu’elle persiste parfois longtemps après qu’elle a cessé de s’exercer directement ; c’est ainsi que la sensitive placée dans l’obscurité continue, persiste à prendre chaque soir l’attitude du sommeil, à l’heure accoutumée, par suite d’un effet cumulatif d’induction, comme on dit, important à retenir.
- I)e la révolution annuelle autour du Soleil dépendent, les saisons et les innombrables modifications vitales qu’entraîne leur succession au point de vue de la conservation de l’espèce et de celle de l’individu. Non seulement les phénomènes physiologiques sont modifies, mais, dans l’ordre pathologique, on sait qu’il y a des maladies saisonnières et que certains malades, par exemple, attendent l’automne pour mourir. Les influences cosmiques saisonnières se font sentir même en sociologie humaine. Les statistiques montrent que c’est en juin que sc produisent le plus grand nombre de crimes passionnels, de viols, d’attentats de toutes sortes. On sait encore que les suicides et les duels sont plus nombreux au printemps.
- Les influences météorologiques subissent des perturbations, et l’on recherche avec persévérance les lois de leur périodicité. Déjà, pour la prévision du temps, on est
- arrivé à des résultats bien précieux. Ainsi l’une des Chambres de Commerce d’une région agricole des Etats-Unis signalait, ces temps derniers que l’utilisation d’un seul avertissement du service météorologique du Weather Bureau avait sauvé d’un désastre, sans cela certain, 12.500.000 dollars de récoltes. Les services rendus à la navigation aérienne et maritime sont incalculables. Et combien de vies humaines et de richesses n’ont-elles pas été sauvées par la carte des tempêtes, qui permet, non pas de les dominer, mais de les éviter ou de les fuir et de leur échapper? Par la prévision du temps, on pourrait même arriver à prévoir certaines manifestations psychiques individuelles ou collectives : la mentalité des neurasthéniques et même de certains malades : rhumatisants, goutteux, anciens blessés est parfois profondément, modifiée quand le temps va changer. Il en est de même de simples nerveux et des hommes de génie. Diderot disait : « Il me semble que j’ai l’esprit fou dans les grands vents. » Et Alfiéri : « Je me compare à un baromètre : j’ai toujours éprouvé une plus ou moins grande facilite à composer suivant la composition de l’atmosphère, une stupidité absolue quand soufflent les grands vents des solstices et des équinoxes; une pénétration plus grande le matin que le soir ». Dans les asiles d’aliénés, les fous poussent des clameurs terribles à l’approche des orages. Les» diplomates sont gens extrêmement nerveux: qui sait quH était l’état du milieu extérieur quand Bismarck falsifiait la dépêche d’Ems... et aussi quel était son milieu intérieur?
- Que ne peut-on supposer quand on constate que personne ne veut accepter la responsabilité de la monstrueuse guerre qui ensanglante en ce moment l’Europe et même l’Asie et que l’on pourrait, pour ce motif, appeler « la Guerre des irresponsables »? Prudhon croyait à la loi d’alternance de périodicité pour la paix et la guerre : « La paix et la guerre, écrivait-il en 1869, corrélatives l’une de l’autre, affirmant également leur réalité et leur nécessité, sont deux fonctions maîtresses du genre humain. Elles s’alternent dans l’Histoire comme dans la vie de l’individu la veille et le sommeil, comme, dans le travailleur, la dépense des forces et leur renouvellement, comme, dans l’économie politique, la production et la consommation. La paix est donc encore la guerre et la guerre encore la
- p.16 - vue 19/197
-
-
-
- LES CAUSES NATUREL LES DE LA GUERRE
- 17
- paix : il est puéril d’imaginer qu’elles s’excluent. » Pouvait-on mieux dire?
- Et, en fait, les déplacements des collectivités humaines s’opérant avec violence, non seulement alternent avec des périodes de paix, mais la loi elle-même de ces périodes ne semble pas impossible à déterminer, et ce serait la preuve irréfutable que la guerre est un phénomène cosmique, qui ne dépend nullement de la volonté humaine mais que l’homme subit instinctivement, inconsciemment, tout comme les animaux et même les végétaux dans leurs migrations.
- Chaque année, à l’approche de la mauvaise saison, beaucoup d’oiseaux émi-
- certain rapport avec les brusques variations électriques de l’atmosphère.
- A propos de la périodicité des déplacements humains collectifs, une remarque bien suggestive a été faite par le colonel Delauney, d’après l’histoire de 1830 à 1881. Il estime, dans un article publié en 1000. que les annexions coloniales de la F rance obéissent à une sorte de rythme, à une. constante périodicité dont il a déterminé la valeur, estimée par lui à dix ans trois cent deux jour-1 quatre heures quarante-six minutes Ce chiffre, d’une inquiétante précision, n’a pas, évidemment, d'autre signification (jue celle d’une abstraction
- OSTROù'O THS
- SAS SATM IDES
- CARTE DES MIGRATIONS BELLIQUEUSES DES HUNS, CONDUITS PAR ATTILA, AU Ve SIÈCLE Ces peuplades sauvages étaient de raee orientale ; subissant la loi antiémétique, qui pousse les hommes à progresser de l'Est à l'Ouest, elles se répandirent dans l'Europe occidentale. Ecrasées aux Champs catalauuiques, en Champagne, les bandes d'Attila furent contraintes de retraverser le Rhin qu'elles
- avaient franchi pour envahir la Gaule.
- grent parce que c’est la « mauvaise » saison. Mais la direction qu’ils suivent ne dépend pas d’un acte intellectuel volontaire, réfléchi. Ils volent contre le vent comme le veut la loi physiologique du vol. avec le moindre effort. Les vents qui vont de l’équateur au pôle sont, à ce moment, les plus constants, donc les plus favorables. Ainsi donc les migrations des oiseaux sont provoquées par l’inlluence cosmique saisonnière et leur orientation par l’inégal échauffement de l’équateur et des pôles. Tout cela est de la mécanique cosmique. Les migrations des poissons sont dues à des causes analogues, cl. le professeur Bounhiol, d’Alger, a démuni ré tuijt récemment qu’elles sont dans un
- dégagée par le calcul. Dans la réalité des choses, il faut, tantôt un peu plus, tantôt un peu moins de temps pour que le phénomène s’accomplisse. Bien entendu, il ne s’agit que de l’époque à laqueïle la conquête a été commencée, les vicissitudes ultérieures, les péripéties qui ont pu suivre n’entrent pas en ligne de compte.
- Le tableau du colonel Delauney devient plus suggestif encore si on lui ajoute les guerres de 1870-71 et la Commune, la guerre de 1911-15... ainsi que la conquête du Maroc, qu’il a pour ainsi dire prophétisée dans son curieux tiavail :
- 1830 : Algérie; 1812 : Taïti ; 1853 : Nouvelle-Calédonie; 1800-08 : (..initiée, Obock, Coehinchine,Cambodge ; 1870-71 ;
- p.17 - vue 20/197
-
-
-
- 18
- LA SCIENCE ET LA VIE
- guerre franco-allemande, Commune ; 1881-84 : Tunisie. Congo, Soudan, Annam et Tonkin; 1895: Madagascar; 1906: Maroc ; 1915 : Nouvelle guerre franco-allemande, c’est-à-dire la guerre actuelle.
- Le même auteur fait remarquer également que les taches solaires ont eu des maxima correspondant avec assez d’exactitude aux poussées coloniales.
- Ce n’est, pas tout. Nous vivons à la surface d’un immense électro-aimant. En effet, la croûte terrestre est le siège de courants magnétiques, qui font osciller continuellement l’aiguille aimantée de la boussole de droite à gauche du plan du méridien magnétique, c’est-à-dire de l’est à l’ouest. L’amplitude des oscillations varie chaque jour, chaque mois, chaque année. Si l’on prend la moyenne d’une année entière, on ‘constate que, d’une année à l’autre, elle varie parfois du simple au double et que cette variation annuelle est fixée par une loi. Elle est périodique et la loi du cycle est de douze ans, en moyenne, ce qui est sensiblement le rythme de nos grands mouvements militaires. Mais ce qu’il y a en tout eeei de véritablement merveilleux, c’est qu’il est scientifiquement établi que les maxima magnétiques correspondent aux maxima des taches solaires. Comment après cela se refuser à reconnaître qu’il existe d’étroites relations entre les guerres, les courants magnétiques et les taches solaires? Nous verrons bientôt qu’il en existe de plus frappantes encore entre le sens des migrations humaines et celui de la rotation de la Terre. Dès 1887, d’Arsonval et moi avions déjà signalé l’influence des champs magnétiques sur la substance vivante ou bioprotéon.
- D’autre part, d’après Camille Flamma-rion, les variations magnétiques correspondent, certainement à celles de la chaleur, de l’électricité atmosphérique, de la vapeur d’eau, de la pression barométrique, etc., mais dont la périodicité n’est pas aussi évidemment concordante que celle des taches solaires et des courants magnétiques, à cause des répercussions pertubafriees qu’elles subissent inévitablement les unes par les autres.
- D’ailleurs, la croyance de l’influence des astres sur les événements humains n’est pas nouvelle : elle est proclamée dans les livres anciens. Dans certains d’entre eux, on trouve des ligures fantastiques représentant des éclipses, des comètes, des pierres tombées du ciel, dcS
- tremblements de terre, des inondations, des orages, des grêles, des halos solaires et lunaires, des tornades, tous associés à des guerres, à des massacres considérés comme signes de la colère céleste et des manifestations de la justice divine punissant les prévarications humaines.
- En dehors de ces puérilités, auxquelles il n’y a pas lieu de s’arrêter, on peut se demander, avec Flammarion, si, dans ces dernières années, il ne s’est rien passé d’extraordinaire. Or, d’après le savant astronome, on a observé de nombreuses anomalies et des désordres dans la succession des saisons, qui semblent établir l’existence d’une profonde modification dans le climat général de l’Europe. Les anomalies : été pluvieux, sans soleil, hiver doux, principalement, remontaient tout au plus à six années, en 1913. Plus de printemps, plus d’automne, plus d’hiver depuis 1907,' une seule saison, pour ainsi dire : humide, pluvieuse outre mesure. Dépressions se succédant et entretenant un régime de vents marins de nord-est à sud-ouest et un régime très prononcé d’orages éclatant à des époques inaccoutumées. En outre, Flammarion a fait remarquer que tous les signes célestes dont il est question dans les auteurs anciens viennent de se manifester depuis les débuts de la guerre actuelle. Après les avoir énumérés et décrits, l’éminent astronome s’écrie : « Quelles anomalies fantastiques ! » Et pourtant il les considère comme fortuites et sans rapport avec les actions des hommes. Pythagore n’eût vraisemblablement pas partagé cette opinion.
- Les animaux même sont très impressionnés par les variations cosmiques. Beaucoup savent mieux que nous qu’il fera beau, qu’il pleuvra, qu’il fera du vent, qu’un orage ou même un tremblement de terre se prépare, que l’hiver sera froid et, dans ce cas, ils prennent des mesures en conséquence. D’après Xavier Kaspail, les oiseaux émigreraient en masse à 1’npproehc du choléra, etc., etc.
- De toutes les causes cosmiques la plus importante à connaître au point de vue des origines de la guerre, c’est sans contredit l’influence directe du mouvement de rotation de la Terre sur elle-même et la théorie antiémétique, qui s’y rattache, sans contestation possible.
- On sait depuis longtemps que* les cités ont une tendance marquée à se développer en sens inverse du mouvement de.
- p.18 - vue 21/197
-
-
-
- L Ë S C A U S Ë S N AT U U Ë L L Ë S 1) Ë L A U U Ë R R Ë
- 7 0
- rotation de la terre, c’est-à-dire de l’est à l’ouest. Féré a rappelé que certaines personnes ont obtenu un meilleur sommeil par l’orientation de la tête vers l’ouest et un rendement supérieur du travail ergographique en plaçant les sujets en expérience le dos tourné vers l’est. On pourrait ajouter d’autres observations qui prouvent que l’orientation des organismes a une influence sur leur fonctionnement physiologique et même pathologique. Mais, de toutes les manifesta-
- cupatien anglaise, en Australie, les indigènes, ressemblant beaucoup aux hommes préhistoriques, se livraient encore à cette industrie primitive et que « l’âge de la pierre polie » existe encore de nos jours en Nouvelle-Calédonie.
- Malheureusement, il est impossible de suivre partout la piste de ees émigrations humaines anciennes, ni celle des animaux et des végétaux autour du globe avant la période quaternaire, à cause des transformations des comincnts, dont une
- (W Hrsmi )
- PILLAGE D’UNE VILLA ROMAINE PAR LES IlUNS (TABLEAU DE ROCHEGROSSE)
- tions de cet ordre,' ce qu’il y a d’infiniment plus frappant, c’est la constance avec laquelle, dans tous les temps, se sont faites les grandes émigrations humaines et les invasions qui ont affecté un caractère permanent, définitif.
- A une époque où les paléontologistes pensaient encore que l’apparition d’espèces nouvelles avait eu lieu sur place, j’avais émis l’idée que les animaux et les végétaux tournaient autour du globe et que les couches paléontologiques se superposaient comme un ruban enroulé sur une sphère. Il n’y avait donc pas lieu de parler d’ « âge de la pierre taillée », par exemple, puisqu’au moment de Poe-
- grande partie est aujourd’hui submergée par les mers actuelles. Et puis, il est certain que la régularité de ees pistes a dû être souvent modifiée par des obstacles plq-siques tels que des océans, des montagnes, des glaciers infranchissables, etc. Mais, à partir de la fin de la période tertiaire, la configuration du sol de l’Europe et de l’Asie en particulier a pris assez de fixité pour que l’on puisse reconnaître que l’immense majorité des hommes, qui se sont établis en Europe pendant les périodes préhistoriques et pendant les périodes historiques, sont venus de l’Asie, et, par conséquent, ont progressé de l’Orient vers l’Occident. Les cartes des
- p.19 - vue 22/197
-
-
-
- 20
- LA SCIENCE ET LA VIE
- migrations humaines qui accompagnent cet article montrent nettement, à quelques exceptions près, l’orientation de l’est à l’ouest, dont il est question.
- Très rares, au contraire, et éphémères par rapport à ces dernières, sont les déplacements de masses humaines qui se sont produites dans d’autres directions, soit sous l'orme d’invasions violentes, pratiquées par le fer et par le feu, soit par la pénétration pacifique. Citons, entre beaucoup d’autres, l’empire d’Alexandre, en Asie, l’occupation de la Grande-Bretagne et des Gaules par les Romains, qui a duré à peine deux siècles, et l’empire d’Orient, qui n’a guère survécu à celui d’Occident ; les Carthaginois d’Annibal ont échoué dans leur entreprise contre Rome ; les Maures n’ont pas pu se -maintenir en France et en Espagne, pas plus que les Espagnols dans les Flandres. Est-il utile de rappeler que les Anglais ont été chassés de France, que les conquêtes de la première république ont été perdues après les campagnes de Bonaparte en Egypte, dans l’Europe centrale, en Espagne, en Russie, campagnes brillantes mais désastreuses puisqu’elles ont finalement abouti à deux invasions de sens inverse? La seule direction qu’il n’ait pas suivie est celle de l’ouest, parce qu’il en a été empêché par la mer, comme la plupart des grandes invasions des barbares d’origine orientale qui ont, pour cette raison, dévié vers le sud. Mais la preuve la plus curieuse peut-être de l’in fluence de l’orientation sur le sort des migrations humaines c’est l’échec constant des huit croisades qui, successivement, au moyen âge, sont ail ées échouer lamentablement en Orient, malgré l’effort considérable fourni par l’ensemble des élites guerrières réunies des Germains et des Latins. On peut dire, en vérité, que l’Orient, a été à la fois le berceau et le tombeau de l’Occident. N’est-il pas curieux de constater sur la carte des croisades (page 24) combien il y a d’analogie entre le trajet suivi par les guerriers de la deuxième croisade et celui choisi, d’une part par Guillaume II pour envahir la Turquie d’Asie et atteindre Bagdad, et, d’autre part, entre celui des Alliés sc rendant par mer aux Dardanelles, puis à Salonique et celui des croisés sc rendant en Terre Sainte?
- Sans doute, l’ennemi à combattre n’est plus le même : les Germains et les Français étaient alliés contre le Turc ; aujourd’hui, K s Germains sont alliés avec les
- Turcs contre les Français. Pendant la guerre de Crimée, nous étions les alliés des Turcs et des Anglais contre les Russes, les Russes et les Anglais sont aujourd’hui nos alliés. A Waterloo, les Anglais, les Prussiens et les Belges étaient contre les Français. Incident piquant : c’est sur le champ de bataille où Wellington embrassa Blticher, le soir du 18 juin 1815, que les avant-gardes des cavaleries anglaise et prussienne se rencontrèrent pour la première fois au mois d’août 1914.
- Comment expliquer cette incohérence constante dans la vie des nations si ce n’est par une ignorance profonde des lois naturelles? Les diplomates sont des alchimistes, mais non des chimistes... On ne distingue aucune idée directrice, aucune suite rationnelle dans les relations internationales ; tout est livré à l’empirisme le plus grossier. Il paraît que Pouyer-Quertier était encore plus fort buveur que Bismarck et que cela nous valut quelques atténuations du traité de Francfort ! Il est évident que l’humanité a perdu l’instinct avant d’avoir conquis la raison et que sous beaucoup de rapports elle est inférieure aux bêtes. Si des individus isolés se comportaient comme font les nations entre elles, il faudrait les enfermer. Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que, malgré leurs innombrables actes antinaturcls, les grandes lignes de migrations des peuples n’ont pas changé depuis les temps préhistoriques et barbares. Les Japonais ont réussi à refouler les Russes vers l’Europe, les Américains, contrairement à la doctrine de Monroe, sont déjà aux Philippines, tandis que les Jaunes, dans leur effort de pénétration pacifique en Californie ont rencontré de la part des Etats-Unis une résistance telle qu’elle a failli amener la guerre. Enfin, au mépris des engagements les plus solennels, de l’honneur même, l’arrière-ban des Germains n’a pas craint d’envahir la faible et paisible Belgique et le nord de la Francf avec un délire de criminalité générale, qui ne diffère de celui des anciens barbares que par son raffinement et par le perfectionnement de son outillage homicide et incendiaire? Combien de fois n’ai-je pas lu dans les journaux cette phrase lapidaire : « Quelle est donc cette jorce aveugle qui pousse les Allemands vers Calais et pourquoi s’obstinent-ils toujours à combler l’Yscr de leurs innombrables cadavres? » La science expérimentale nous apprendra bientôt qu’ils
- p.20 - vue 23/197
-
-
-
- 21
- L E S C A U S E S N AT U Ii E
- sont mus, en effet, par une force aveugle comme celle qui pousse les insectes nocturnes à se brûler les ailes au feu de nos lumières ou les mouches à se ruer inlassablement sur une vitre. Ceci est une explication, mais non pas une excuse.
- En effet, la loi de migration des peuples autour du globe pourrait être respectée sans qu’il fût nécessaire d’avoir recours
- LLES DE LA DU ERRE
- que les couleurs d’un faisceau de lumière blanche étalé par le prisme : des Scandinaves tout en haut, des Anglo-Saxons et autres Germains aux Etats-Unis et au Canada. De ce dernier côté, il y eut bien aussi une émigration française, mais cette dernière se produisit surtout vers la Louisiane ; et, dernièrement encore, les Français ne cherchèrent-ils pas à percer
- ||| | j|| Pcy/s envahis par 1es » » o____i/me
- LOMBARDIE ^ I. I
- PROVj
- (tOOS)
- rou/ou.
- ALI E
- ROYAUME DES ASTURIES^
- \Rome \
- :0;A;fcl:F
- t'Usborini
- Manda
- LES GRANDES INVASIONS DES MAURES, OU SARRASINS, AU VIIIe SIÈCLE En raison de la barrière liquide que leur opposait la mer, les Arabes de l'Afrique du Nord et de l'Espagne n'ont pu se déplacer dans la direction de l'Ouest; leur poussée s'est produite vers le Nord cl le Nord-Est. Aussi, les Maures n'ont pu se maintenir ni en France, ni en Italie, ni en Espagne, pas plus, d'ailleurs, que les Espagnols dans les Flandres, quelques siècles plus tard.
- aux procédés des anciens barbares.
- Après que Christophe Colomb eut découvert l’Amérique et que la route des mers fut ouverte par les progrès de la navigation, les Européens se dirigèrent vers le Nouveau-Monde. Certes, il est déjà bien remarquable de constater qu’ils s’avancèrent par millions en sens inverse du mouvement de rotation de la terre; mais ee qui est plus remarquable encore, c’est que les diverses nationalités s’échelonnèrent dans un ordre aussi parfait
- l’isthme de Panama pour aller, par leurs possessions du Pacifique, atteindre l’In-do-Chinc française? Et, plus bas, les .Espagnols et les Portugais peuplaient le Mexique et l’Amérique du Sud. Entre temps, les Italiens émigraient pacifiquement, par milliers, vers l’est, dans la Provence française; personne ne saurait s’en plaindre, bien au contraire.
- Devant les faits — et aucun de ceux que j’ai avancés n’est contestable — on ne peut que s'incliner. Il existe certaine-
- p.21 - vue 24/197
-
-
-
- O0
- LA SCIENCE ET LA VIE
- ment une « force aveugle « qui pousse les hommes à se mouvoir en sens inverse du mouvement de rotation de la terre.
- Mais pour obéir à cette loi naturelle, ils ont deux procédés à leur choix : l’un (pii est barbare et criminel, c’est l’invasion brutale, par le fer et par le l'eu; l’autre qui est loyal, légal, tout au moins, c’est l’émigration pacifique. Les diplomates, qui n’ont pas réussi à enrayer les invasions, se sont en revanche appliqués à empêcher l’émigration, par toutes sortes de mesures, même les plus violentes, dans certains pays, ignorant que l’émigration est une précieuse soupape de sûreté. Heureusement, leur malencontreuse obstruction a finalement presque toujours complètement échoué et, en outre, les directions cosmiques n’en ont pas été sensiblement modifiées. Les Allemands regretteront assurément de ne s’en être pas tenus à l’émigration pacifique, qui leur ouvrait toutes grandes les portes du monde entier, permission, dont ils avaient peut-être quelque peu abusé et qu’il sera prudent de réglementer sévèrement dans l’avenir.
- Pour savoir quelle est la nature de la « force aveugle » dont-il a été question plus haut, revenons à la méthode scientifique. la seule qui ait de la valeur.
- L’observation nous a montré déjà que tous les êtres humains sont poussés à se mouvoir en sens inverse du mouvement cosmique qui les entraîne.
- Demandons maintenant à l’expérience si, au lieu d’un phénomène biologique spécial.à l’espèce humaine, il ne s’agirait pas plutôt de quelque propriété plus générale de la substance vivante elle-même. Les expériences que j’ai faites remontent. à une époque déjà lointaine, mais je les ai depuis multipliées et perfectionnées. On peut les résumer brièvement ainsi :
- Si l’on place sur un plateau tournant horizontalement d’un mouvement régulier et convenable sur un pivot central, des récipients cylindriques renfermant des animaux appartenant aux groupes et aux types les plus divers : mammifères, oiseaux, reptiles, batraciens, poissons, insectes et d’autres plus inférieurs encore, on constate que, quel que soit le milieu, qu’il soit aqueux ou aérien, l’animal marche, vole ou nage, en s’efforçant de progresser en sens inverse du mouvement qui tend à l’entraîner. On ne peut faire intervenir ici la force d’inertie, car l’animal mort ne se comporte pas
- de même et est entraîné par le mouvement sans réagir comme fait le vivant.
- D’autre part, on ne peut pas faire intervenir davantage l'intelligence, pas même l’instinct. Une petite anguille décapitée, une mouche sans tête nage, marche ou vole dans le même sens qu’avant la décapitation; un fragment même isolé, le bras d’une étoile de mer, la queue d’un lézard dans l’eau, peuvent progresser de même. Chose plus remarquable encore, des végétaux eux-mêmes obéissent à-''cette force aveugle. Des racines d’oignons, développées dans l’eau, ont dirigé leur pointes en sens inverse du mouvement de rotation du récipient,.
- Il s’agit donc d’une propriété très générale de la substance vivante. Je lui ai donné le nom dé anticinèse. (du grec : anti contre, et cinésis mouvement). Et la théorie anticinétique est celle qui explique les déplacements des hommes, des animaux et des végétaux à contre-mouvement de la force qui tend à les entraîner, par une propriété générale et encore mystérieuse de la substance vivante, dont l’étude ressort de la physiologie générale, branche de la biologie, et qui peut être étendue à la sociologie.
- Mes expériences m’ont fourni encore d’autres notions importantes. Toute réaction physiologique aboutissant à de la fatigue, quand l’expérience se prolonge, ou quand les conditions extérieures de fonctionnement physiologique sont devenues mauvaises : insuffisance de nutrition, ('te., on voit la vitesse de progression, antiémétique diminuer. Puis bientôt se produisent des arrêts, ou repos, la tête toujours tournée en anticinèse; les arrêts, la fatigue augmentant, deviennent de plus en plus fréquents, de plus en plus prolongés. Encore plus tard, l’animal ne lutte plus, il s’arrête définitivement, mais la tête est toujours tournée en anticinèse ; puis enfin, dans l’extrême fatigue, ou un peu avant la mort, l’animal souvent se retourne, la tête tournée dans le sens du mouvement, et il se met à progresser de même : c’est ce que j’ai appelé la marche en homocinèse, du grec homos même, et cinésis mouvement.
- Cette dernière peut être provoquée d’emblée par un poison ou un stupéfiant, tels que la cocaïne ou l’alcool.
- Même chez les vertébrés supérieurs, la réaction anticinétique est tellement forte, tellement persistante qu’elle existe même chez la marmotte dans le plus profond
- p.22 - vue 25/197
-
-
-
- LES CAUSES NATURELLES DE LA GUERRE
- or»
- Territoire ravagé par les invasions normandes de 812 à Q11
- Cession aux normands ! Traité de S- Ciair-s/-Epte(9UI
- ... Territoire et occupation
- y a normands
- ITINÉRAIRES DES MIGRATIONS NORMANDES, AUX IXe, Xe ET XIe SIECLES
- Originaires des pays Scandinaves, les Normands se répandirent, un peu dans toutes les directions en empruntant les voies maritimes et fluviales, car ils étaient avant tout des pirates. Ils eurent cependant une tendance très marquée à se porter vers l'Ouest,puisqu'on les vit gagner successivement V Angleterre, T Irlande et traverser l'océan pour aller s'établir dans l'Amérique du Nord.
- état de sommeil et chez les oiseaux dont le cerveau supérieur et une partie du cerveau moyen ont été enlevés.
- Il n’y a pas de raison plausible pour que l’antieinèse rotatoire animale et végétale expérimentale ne soit pas un phénomène de même ordre que l’antieinèse rotatoire terrestre humaine : ici e’est une même cause qui produit un môme effet.
- Mais, dira-t-on, les déplacements des masses d’hommes qui accompagnent les guerres et les invasions sont intermittentes
- et vraisemblablement périodiques? Outre que l’on peut faire observer qu’il en est (le même dans l’antieinèse expérimentale, quand l’organisme est fatigué, il ne faut pas perdre de vue que l’exercice normal de cette fonction biologique est d’ordinaire assuré par l’émigration pacifique, laquelle est la forme normale, tandis que l’invasion a plutôt le caractère accidentel, pathologique, comme sont les accès d’épilepsie éclatant chez un individu qui, clans l’intervalle, peut parai-
- p.23 - vue 26/197
-
-
-
- 1ereCroisade : (1096-I099) Français et Germains_________ ao<iai
- 2f Croisade : (1147-114*9 ) Français et Germains 3? Croisade : (ii89 -1192 ) Français, Anglais, Germains.
- 4® Croisade : (1202-1204) Français, Italiens____________
- 5? Croisade : (1217-122! ) Français, Hongrois___________
- 6? Croisade : (1228-1229) Germains_______________ ______A^'VW.ViW
- 7® Croisade ;(1248-1254) Français_______________________ - - -
- 8? Croisade ; (1270) Français___________________________ immuiti
- - A Région occupée par les Turcs o ïoô " 300 kil.
- R.BOIZE
- I \0
- les croisades. — Les grandes expéditions du Moyen-âge fournissent la preuve de T influence de Vorientation sur le sort des migrations humaines : partis de VOccident pour délivrer les chrétiens de VOrient du joug des Turcs5 les Croisés échouèrent dans leur mission.
- SCIENCE ET LA I JE
- p.24 - vue 27/197
-
-
-
- LRS CAUSRS X, 1 TU R RLLR S DR LA
- (1U RR R R
- tre absolument sain. Et puis, on connaît de ces effets cumulatifs qui, chez les êtres vivants, peuvent donner lieu à des phénomènes périodiques qu’on peut comparer au jeu des fontaines intermittentes?
- Quelles.suggestions utiles pouvons nous déjà tirer de l’ensemble, bien incomplet encore, des notions scientifiquement éta-
- cosmique. Toutes les influences cosmiques agissent plus ou moins directement sur 1 homme ou sur les collectivités humaines, mais, parmi celles qui nous sont connues, qui ont été étudiées, il en est qui jouent un rôle prépondérant, originel, fondamental, telles sont celles qui résultent des taches solaires, des grands
- (Cl. Br.mii.)
- u I.’KNTKKIC 1TK. CltOISKS A CONSTANTINOIM.K » TABLKAU D’kUCF.NK DKI.ACKOl X
- blies signalées dans cet aperçu, au point de vue de la Faix et de la Guerre ?
- En premier lieu, la Guerre doit-être envisagée comme un phénomène biologique. Et, comme telle, étudiée par la méthode scientifique basée sur l’observation, l’expérimentation, le raisonnement, et plus spécialement le raisonnement strictement mathématique.
- Comme tous les phénomènes biologiques d’ordre physiologique, la Guerre résulte des rapports existant entre les êtres vivants et le milieu où ils naissent, évoluent, vivent et meurent, ou milieu
- courants magnétiques terrestres , du mouvement de rotation quotidienne de la Terre sur elle-même et de sa révolution annuelle autour du Soleil.
- Il arrive pour les courants humains ce qui arrive pour tous les autres. S’ils rencontrent des obstacles leur pression augmente. Ainsi, si l’on élève un barrage au travers d’un fleuve son niveau monte, et, s’il n’v a pas de déversoir, le barrage est bientôt emporté avec fracas, non sans avoir causé des débordements funestes pour les riverains. S’il est absurde de vouloir empêcher les fleuves de
- p.25 - vue 28/197
-
-
-
- 26
- LA SCIENCE ET LA VIE
- couler vers la mer, il est plus absurde encore de songer à immobiliser, à embouteiller, à encercler les nations : c’est, là une utopie des plus dangereuses. Toutefois, on peut canaliser la force anticinétique, régler son cours par des moyens appropriés, et même, par de savants barrages à écluses, la faire servir à la marche du progrès, comme la « houille blanche ». Il n’est pas moins contraire à la loi naturelle que les peuples rétrogradent vers leur heu d’origine. L’observation prouve que l’Orient est à la fois le berceau et le tombeau de l’Occident. Certains peuples de l’Occident, au mépris des enseignements de l’histoire tenteront peut-être encore l’aventure.
- Si l’on souhaite leur malheur, il ne faut pas les contrarier.
- Les nations sincèrement pacifiques, qui entendent vivre librement, de leur travail et des relations économiques correctes, doivent toutes, sans plus tarder, se liguer contre celles qui pourraient songer à vivre, prospérer, s’accroître par l’asservissement des autres.
- Si l’invasion brutale dans le sens anticinétique n’a pu être évitée,
- 1 ’ expérience montre qu’on la peut combattre efficacement par l’usure physiologique : résistance soutenue, famine, poisons ; le pillage des caves et l’ivrognerie teutonne n’ont pas été sans influence sur
- notre victoire de la Marne. On peut aussi, prenant à revers l’ennemi, profiter de l’impulsion anticinétique pour le pousser vers les zones de résistance de l’ouest et l’écraser entre l’enclume et le marteau. C’est pourquoi la marche vers l’Occident des armées de Salonique s’impose. Sa marche en sens inverse conduirait à un nouvel échec; au point
- ENREGISTREUR UNIVERSEL DU PROFESSEUR RAPIIAEL DUROIS ADAPTÉ A L’ÉTUDE DE L’ANTICINÈSE ROTATOIRE
- Au sommet de la machine se trouve le plateau tournant sur lequel on place des récipients cylindriques renfermant des animaux de divers types.
- de vue de la théorie anticinétique, les Eusses devaient marcher directement de l’est à l’ouest, de Varsovie sur Berlin.
- Tout ce que nous avons observé sur nos animaux en expérience se répète sous nos yeux. Après le recul et l’arrêt en attitude anticinétique, poussées anticinétiques de moins en moins fréquentes, repos de plus en plus nombreux et prolongés : la fatigue par usure continuant à se faire sentir, ce sera finalement la marche en homocinèse.
- Après l’usure de l’antici-nèse brutale, pathologique, il faudra se préoccuper de régler sagement l’exercice de 1 ’anticinèse physiologique, suivant la loi naturelle, non par un barrage dangereux, sans issue, non par une annexion, mais par un large protectorat des provinces rhénanes, permettant un filtrage et une épuration convenables. En attendant les bons effets de ce système, on pourrait conserver quelques centaines de mille de ces hommes, qui ont été poussés vers l’ouest, et au besoin remplacer les absents par des otages. Il ne s’agit pas, bien entendu, de rétablir l’esclavage, mais seule m eut d’appliquer le codeen vigueur dans les pays envahis aux coupables et à leurs complices. Une telle mesure serait encore en conformité parfaite avec la loi naturelle de l’anticinèse et permettrait de réparer les désastres accumulés par le fer et par le feu sur toute l’étendue des fronts où sévit la lutte actuelle, aussi bien que dans les pays envahis, la Belgique, la Pologne et la Serbie.
- Si le sphinx n’est pas satisfait, qu’il me dévore! J’ai dit suivant ma conscience et suivant mon peu de science.
- Dr Raphaël Du rois
- p.26 - vue 29/197
-
-
-
- LA RECHERCHE DES OBUS NON ECLATES
- Les obus tombant clans les sols détrempés par la pluie ou portant des fusées trop peu sensibles, s’enterrent sans éclater et leur présence dans les champs constitua un danger latent car leur rencontre avec le soc d’une charrue peut déterminer leur explosion. Aussi, sur la demande du courageux préfet de Meurthe-et-Moselle, M. Mirman, un professeur à la Faculté des Sciences de Nancy M. Gutton a réalisé une balance (Vinduction pour la recherche des projectiles enterrés. Cet appareil, très facile à manier, permet à deux personnes exercées d’explorer
- capable de neutraliser l’induction mutuelle des deux circuits primaire et secondaire. Il lui subit pour cela de disposer, sur chacun de ces derniers, une petite bobine de quatre tours de fil, l’une d’elles tournant à l’intérieur de l’autre * autour d’un diamètre commun. Cette rotation, en modifiant l’induction mutuelle des deux circuits, permet de régler la balance, au moment même où l’on a l’intention de s’en servir.
- Lorsqu’une masse de fer se trouve au voisinage de l’un des couples de bobines, elle crée une dissymétrie qui empêche la com-
- r’abbareii, nu professeur gutton promené dans un ciiamp ou sont tombés des obus
- un hectare en trois heures environ; il se compose de deux bobines'plates, montées en série sur le même circuit et que parcourt un courant alternatif induisant deux bobines voisines. Dans ces dernières, les fils s’enroulent de telle façon qu’à chaque instant, les forces élec-tromotriees s’y trouvent de sens contraire. Quant aux armatures des bobines, elles sont formées de simples cercles de tamis dont deux traverses rectangulaires assurent la rigidité.
- Si les deux couples de bobines étaient exactement identiques, les forces électromotrices se compenseraient et un téléphone mis en circuit demeurerait silencieux. Mais vu l’impossibilité d’obtenir l’identité parfaite de ces deux couples de bobines, M. Gutton adjoint à l’appareil un système de réglage
- pensation. Alors le téléphone rend un son. D’autre part, le courant périodique provient d’une pile sèche de quatre éléments qui actionne un trembleur. Les forces élcctromo-triees de sell-induction dans la bobine du trembleur chargent et déchargent périodiquement un condensateur réalisant ainsi normalement la circulation primaire.
- Grâce à cette balance, M. Gutton aidé de M. Thirv, directeur de l’école d’agriculture « Mathieu de-Dombasle », parvint à déceler parfaitement la présence des obus de 75 enterrés à 40 centimètres, ce qui est suffisant dans la pratique. Les gros engins allemands enfouis plus profondément offrent peu de dangers, car les laboureurs ne sauraient les atteindre Jacques Boyer.
- p.27 - vue 30/197
-
-
-
- LE « SUSSEX » ECIIOUE EN CAI.E SI2CHE, A BOULOGNE-SUR-MER, LE LENDEMAIN DU TORPILLAGE INHUMAIN DONT IL FUT VICTIME
- La disparition totale de V avant, du Sussex, qu'on dirait avoir été sectionné par une hache monstre,rester a un événement prodigieux dans les annales maritimes, mais plus prodigieux encore apparaît le fait qu'un navire d'une aussi faible structure ait sxtrvéeu à une pareille mutilation.
- LA SCIENCE ET LA VIE
- p.28 - vue 31/197
-
-
-
- COMMENT ON PEUT PROUVER QU’UN NAVIRE A ÉTÉ TORPILLÉ
- Par René BROCARD
- INGÉNIEUR, UREVETÉ TORPILLEUR DES ÉQUIPAGES DE t.\ FLOTTE
- L’allemagne a constamment et systématiquement nié les torpillages de navires marchands alliés et neutres dont ses sous-marins se sont rendus coupables. Lorsque, par exception, elle a reconnu son travail, c’est qu’elle ne pouvait pas persister davantage dans son cynique entêtement, devant l’évidence des preuves réunies par les neutres protestataires. Mais alors, elle en a rejeté toute la responsabilité sur les victimes, prétextant, suivanl le cas, que le navire était armé, qu’il avait tenté d’éperon-ner le sous-marin, qu’il n’avait pas obéi aux in-jonctions du commandant de ce dernier,etc...
- Et ceci, tout naturellement, conduit à se demander comment, en l’absence de preuves positives, on peut démontrer irréfutablement qu’un navire a bien été torpillé et n’a pas sauté sur une mine ou coulé par suite d’une explosion interne : combustion spontanée de matières explosives ou explosion d’appareils évaporatoires (chaudières). C’est ce que nous allons entreprendre d’expliquer le plus clairement possible.
- Tout d’abord, il y a lieu de considérer deux cas : ou bien le navire a été englouti
- totalement et très rapidement; ou bien il a continué à flotter pendant longtemps ou a pu même être conduit dans un port. Il est évident que, sans avoir besoin d’en énumérer les raisons, le deuxième cas est idéal pour la recherche et le groupement des preuves du torpillage.
- Eloignons tout d’abord l’hypothèse d’une mine et voyons s’il est possible d’attribuer à l’explosion d’une torpille automobile l’engloutissement, ou les avaries d’un navire, dont une explosion de chaudières ou de matières explosives est en réalité responsable. Catégoriquement on peut dire que cela n ’ est pas possible : une explosion interne, si elle produit un éveil-trement de la coque, repousse et ploie les tôles du bordé vers l’extérieur, tandis qu’une explosion externe produit l’effet diamétralcme nt opposé. Si donc le navire peut être conduit dans une cah de radoub, on peut s’assurer par un simple coup d’œil aux déchirures de la coque si l’éventrement a eu une cause interne ou externe. Si, cependant,il a coulé, cette preuve convaincante et facile à obtenir fait nécessairement défaut, ce qui ne signi
- mer quelques centaines de blessés. Il fut recueilli dans une embarcation de ce navire qui flottait à la dérive et oh Vavait projeté la violence du courant.
- p.29 - vue 32/197
-
-
-
- 80
- LA S Cl P: Mets K T LA VIL
- lie pas qu’on soit sans ressources pour vérilicr la nature de l’explosion. En effet, si mince (pie puisse être la coque d’un navire marchand elle offre encore, baignée comme elle l'est par l’eau, une résistance très appréciable aux effets de poussée latéraux pouvant se manifester de l’intérieur vers l'extérieur à la suite d’une explosion interne. Les effets brisants d’une explosion de ce genre se manifestant avec le plus d’intensité toujours dans la direction du moindre obstacle, c’est évidemment de bas en haut, des soutes vers le pont, qu’ils se propageront, en détruisant le léger compartimentage et les emménagements intérieurs du navire qui s’opposent à leur détente, et cela dV tant mieux que la vague dévastatrice trouvera sur son passage, par les divers panneaux d’accès et de communication, des chemins naturefs vers l’extérieur. En fait, une explosion de chaudière, accident relativement rare, ne produit (pie plus rarement encore un éventrement de coque. Pour ce qui est des explosions accidentelles de matières pyrotechniques, leurs effets peuvent être beaucoup plus puissants, suivant la nature et la quantité de l'explosif transporté,
- (pie dans le cas d'appareils éva-poratoires, et quemment un
- carène; mais on ne peut se tromper sur la nat ure du sinist re : qu’il s’agisse d'une explo'sion de chau-
- dières ou d’explosifs, l’effet, de destruction « de bas en haut » est parfaitement décelable : et par la projection abondante de débris de toutes sortes vers le ciel, et par le dégagement intense de vapeur, ou de fumée aeompagnée de flammes, qui caractérisent l’une ou l’autre de ces explosions. Bien entendu, si le navire n’a pas coulé immédiatement ou a été sauvé, il n’est pas dillicile de déterminer exactement la nature de la catastrophe. Maintenant on comprendra (pie si tous les vapeurs sont sujets aux explosions de chaudières, l’hypothèse d’un sinistre maritime dû à une explosion de substance pyrotechnique n’est à envisager que dans un nombre de cas très restreint. Donc, à moins qu’un bateau ait sombré corps et biens, sans témoin, on ne peut attribuer à une explosion interne un sinistre imputable à une torpille ou à une mine.
- Passons maintenant à l’explcsfbn externe ayant une autre cause que la torpille. Il ne peut y en avoir qu’une sorte : l’exj.'losion d’une mine. Comme mine ou torpille sont deux engins sensiblement identiques quant à leurs effets, il est toujours facile à priori d’imputer à l’une les méfaits de l’autre. On dira peut-être : « Mine ou torpille, qu’importe ». Il importe beaucoup au contraire. C’est qu’en effet, la première est aveugle et l’autre pas. Or, nos ennemis ne sauraient
- p.30 - vue 33/197
-
-
-
- COMMENT PROUVER UN TORPILLAGE
- décemment prétendre que nous torpillons nous-mêmes nos bateaux ou ceux des neutres pour leur en faire supporter la responsabilité, tandis qu’il leur est facile de nier la paternité d’une mine qui a causé un sinistre : « Nos ennemis, disent-ils, ne font-ils pas comme nous un usage étendu de cet engin? ».
- Deux cas sont ici encore à considérer : celui de la mine dérivante bottant entre deux eaux (expressément défendue par les conventions internationales), ou même à la surface si c’est une mine donnante ayant rompu son orin, et celui de la mine dormante, ou ûxe, mouillée de manière à être heurtée par la carène des navires.
- Les Alliés n'ont jamais fait usage de mines dérivantes. Voilà, diront nos ennemis, une affirmation toute gratuite. A cela nous pourrions répondre par un serment collectif sur l’honneur, mais nos ennemis, jugeant les autres peuples d’après eux-mêmes, attribueraient à ce serinent la valeur du chiffon de papierdeM. deBcthmann-riollvveg, où figura pourtant le nom de leur empereur. Au fond, cela n’a pas d’importance : la cause est entendue de tous les neutres impartiaux.
- Mais, des mines de l’Entente n’auraient-elles pas rompu leurs orins, devenant ainsi des mines flottantes de surface susceptibles d’entnïîner la perte de navires alliés ou neutres? On ne saurait nier que le cas se soit produit au début de la guerre; la mer s’est chargée de nous en donner la preuve en poussant à la côte de ces engins auxquels attenaient encore des bouts d’orin arrachés, comme elle a porté assez fréquemment au rivage des mines allemandes que l’examen a révélé avoir été rendues bottantes, et, par conséquent, dérivantes, et cela à dessein.
- Les mines alliées avaient rompu leur ancrage pendant de fortes tempêtes car, ne l’oublions pas, elles ne sont pas mouillées à des profondeurs qui les mettent à l’abri des perturbations des éléments marins. Peut-être aussi tes orins étaient-ils d’un trop faible diamètre ou d’une résistance insubi-sante. Quoi qu’il en soit, dès que le fait a été connu,on s’est efforcé,des deux côtés du Détroit, d’éviter qu’il se reproduise en apportant aux orins et aux crapauds d’ancrage des mines sous-marines des modifications susceptibles d’assurer la tenue des engins par
- ÉVENTKKMENT D’UN CAHUO-UOAT HIU'I ANNIQUK PAH UNE TOKPIU.E AUTOMOIU I.E ALJ.EMANLE
- Les tôles du bordé de carène, ployées vers Vintérieur du navire, montrent bien que. Véventremenl eut une cause externe. Une explosion de chaudières, de munitions, bref une explosion interne aurait produit l effet inverse, en admettant qu'elle ait été suffisamment violente pour crever la roque.
- p.31 - vue 34/197
-
-
-
- 32
- LA SCIENCE ET LA VIE
- POINTE PERCUTANTE DE TORPILLE AUTOMOBILE D’UN MODÈLE ANCIEN
- POINTE PERCUTANTE ARMÉE
- La pointe percutante est constituée par une petite hélice à quatre branches (a) montée à /'extrémité d’une tige carrée pourvue d’une gorge de butée (h) et d'une vis d’arrêt (c) ; la lige carrée traverse un manchon fileté (d) muni d’un ergot (e) ; ce manchon jieut se déplacer dans un cylindre taraudé appelé guide, porteur d'un ergot (f) gui, en combinaison avec la vis butoir (c) rend Vhélice solidaire du guide ; ce dernier possède encore sur le dessus une rainure (g) servant, avec la vis arrctoir (h) à limiter sa course. La pointe comporte, en outre, le percuteur (i) percé d'un trou pour te passage d'une goupille en plomb (j) gui, traversait <ie part en part le corps de la pointe, immobilise le percuteur. J^e corps, troriconigue, est pourvu de deux trous (k) utilisés pour le vissage de la pointe dans le cône, et de deux autres trous obliques (I) de dégagement d’eau. Une rondelle de cuir (m) assure l’étanchéité de la jonction de la pointe et du cône.
- POINTE PERCUTANTE DÉSARMÉE
- Dès que la torpille a pénétré dans l’eau, l’hélice est sollicitée de tourner par les filets liquides; sa tige carrée provoque alors la rotation du manchon d et par suite oblige ce dernier à sc déplacer de C ai uni vers l’arrière jusqu’à venir buter contre le percuteur arrêté par la goupille en plomb. L’hélice continuant ci tourner et le manchon èluni immobilisé, le guide est contraint à son tour de se déplacer, mais de l’arrière vers l’avant, en entraînant avec lui l’hélice et sa lige carrée ; celle-ci ne tarde />as éi sortir du trou carré du manchon et à tourner librement sans entraîner ce dernier; la pointe percutante est alors armée et la torpille est offensive (à 25 mètres environ du jiaint de départ). Dans ces conditions, si l'hélice rencontre un obstacle, le guide repoussé eu arrière entraîne le manchon, lequel fait pression sur le percuteur et, rompant la goupille en plomb, la pousse violemment sur le détonateur, produisant ainsi l’explosion.
- les plus mauvais temps. Quiconque est impartial ne peut mettre en doute cette allir-mation. Qu’étaient, en effet, ces mines devenues accidentellement flottantes et dérivantes sinon des mines de barrage et de défense destinées à protéger les principaux ports et estuaires maritimes britanniques et français. Par conséquent, toute mine venant à partir n’était-elle pas un élément de défense qui faisait soudainement défaut, et dont la disparition ignorée pouvait rendre illusoire le système de protection en laissant le champ libre aux incursions et attaques ennemies ? En outre, ces mines dérivantes ne constituaient-elles pas autant de dangers cachés auxquels, bien pUis cpie les navires neutres, nos bâtiments, beaucoup plus nombreux que ces derniers, étaient exposés? Comment, dans ces conditions, n’aurait-on j)as pris toutes les précautions et mesures capables d’éviter que nos mines rompent leur ancrage ? Affirmer pourtant que le fait ne se renouvelle plus, ce serait aller trop loin car, bien que les mesures en question aient été reconnues efficaces à la pratique, on ne saurait empêcher que les éléments en furie se rient des meilleurs orins et systèmes de tenue sur le fond quand ils savent si bien chasser sur leurs ancres les lourds cuirassés eux-mêmes et en rompre les énormes chaînes de mouillage.
- D’ailleurs, la reconnaissance de la nationalité de l'engin destructeur n’est pas impossible; il existe entre les types de mines allemandes et alliées des différences de construction, de nature du métal et de marques, suffisantes pour que les fragments de l’engin explosé qui peuvent être recueillis en attestent 'eins doute possible l’origine.
- p.32 - vue 35/197
-
-
-
- COMMENT PROUVER UN TORPILLAGE
- :w
- D’où cette conclusion qu’on ne saurait sérieusement imputer à une mine alliée la perte d’un navire lorsque les éléments tendant à prouver qu’il s’agit d’un torpillage font défaut, surtout si l’on ne perd pas de vue que nos ennemis n'ont pas su se défendre de la tentation criminelle de semer au petit bonheur, au large des côtes, flans
- \
- toutes les eaux depuis si longtemps interdites à leur pavillon, des mines flottantes et même des mines fixes ; on sait qu'ils emploient pour cela des bateaux de commerce et de pêche qui ne répugnent pas à arborer un pavillon neutre ou même allié; mais, depuis quelques mois, ce sont leurs sous-marins qui posent clandestinement le
- CARACTÈRE QUE REVÊTENT LES EFFET,S ü’UNE EXPLOSION INTERNE A BORD D’üN NAVIRE
- Les effets brisants (Pane explosion de chaudières ou de munitions se manifestent de bas en liant, des soutes vers le pont, car le compartimentage offre beaucoup moins de résistance (pic la coque.
- 3
- p.33 - vue 36/197
-
-
-
- 34
- LA SCIENCE ET LA VIE
- plus de mines, à la laveur de leur complète invisibilité.
- Quant aux mines fixes britanniques ou françaises, on ne saurait les rendre responsables d’aucun sinistre maritime, puisque tous les navigateurs, alliés ou neutres, ont reçu des instructions leur faisant connaître les routes à suivre pour en éviter la danger e use rencontre.
- Toutes les considérations qui précèdent permet tent, comme on le voit, de restreindre beaucoup le nombre des cas où il peut être douteux (pie la perte d’un navire marchand*, à la suite d’une explosion, est vraiment due à l'œuvre malveillante d’un sous-marin ou à une torpille ennemis. Mais ce n’est pas tout, et nous allons voir
- qu’il est encore possible dans certaines conjonctures d’éliminer meme l’hypothcse de la mine ennemie du type lixe, sinon de la mine dérivante — encore que, ainsi (pie nous l’avons dit, les fragments de métal recueillis parfois peuvent fournir le moyen de vérifier la nationalité de l’engin destructeur . On va peut-être se demander en quoi il peut bien être utile de chercher à savoir si c’est une torpille automobile ou une mine sous-marine ennemie qui est cause d’un sinistre maritime. C’est très utile, cependant. Les neutres (du moins leurs gouvernements, car la presse ir est pas toujours aussi accommodante), tout en reconnaissant que l’usage des mines
- CONE DE CHARGE DE TORPILLE AUTOMOBILE ARMÉE DE SA POINTE PERCUTANTE
- (Ancien modèle)
- j
- E
- % \\V
- D 'Â
- Le cône de charge comprend
- A
- '/
- G
- P
- 0
- K
- la chambre de charge formée ici d'une enveloppe ogivale A pourvue à la partie postérieure de tenons H qui servent à relier le cône au compartiment adjacent. Une boite d'amorce C, dont F inflammation est produite par le percuteur 1) de la pointe-hélice, est insérée au centre de la charge de coton-poudre humide K renfermée dans le cône.-Elle est pourvoie à son extrémité antérieure d'une douille servant de logement au détonateur F et renferme la charge-amorce G constituée par du coton-j>oudre sec entroduit dans la boîte par l'extrémité postérieure fermée parmi bouchon II muni d'un écrou à oreilles. La pointe percutante 1 arme Vextrémité du cône dont la charge est maintenue fortement contre les parois internes de l'enveloppe par des disques de calage .J prenant appui sur la cloison de fermeture K de la chambre de charge. La percussion enflamme le détonateur, ce qui provoque Vinflammation de la charge-amorce de coton-poudre sec et détermine l'explosion de la charge proprement dite de coton-poudre comprimé humide.
- IÆ BATEAU-IIOPITAI, « ANGLIA », FRAPPE SANS AVERTISSEMENT PAR UN SOUS-MAIIIN ALLEMAND COULE AVEC LA MAJEURE PARTIE 1)E SES BLESSÉS ET DE SON ÉQUIPAGE
- p.34 - vue 37/197
-
-
-
- COMMENT PROUVER UN TORPILLA GE
- dérivantes et le mouillage des mines fixes au large sont prohibes par les conventions internationales, semblent assez inclinés à excuser ces pratiques déloyales — nonobstant les pertes qu’elles leur ont fait subir — apparemment parce qu’elles ne sont pas des attaques directes dirigées contre leurs bâtiments. comme c’est le cas lorsqu’il s’agit de torpillages, et peut-être aussi (je l’ai entendu dire par des neutres) parce qu’ils imaginent q u ’ u n pays voué à la défaite peut enfreindre les principes du droit pour se défendre en désespéré, un peu à la manière de celui qui, renversé au cours d’un pugilat, cherche à annihiler la supériorité de son antagoniste par un coup déloyal. Lorsque quelques-uns de leurs citoyen s sent sur un navire dont l’ennemi peut, avec seulement une ombre de plausibilité, mais toujours avec audace, attribuer la perte à une mine, ces gouvernements neutres, qui n'aiment pas les histoires, acceptent, sans trop se faire prier, ni chercher à en savoir davantage, la version germanique de la mine alliée ou excusent la mine allemande que les hasards de la guerre ont malencontreusement placée sur la route du navire sinistré.
- Seule, la grande république américaine a eu le courage, après dix-huit mois de bénévole patience, de rompre avec cette coupable politique de laisser aller. Elle s’est fait, il est vrai, le porte-parole de tous les neutres. Remercions-la sincèrement et rendons jus-
- tice aux muets de n'avoir pas dénié au président Wilson le droit de parler en leur nom.
- Quoi qu’il en soit, s’il est prouvé que le navire a été torpillé, et s’il s’agit surtout d’un navire à passagers non armé, alors il estdilïi-cile (Pavaler la couleuvre sans mettre en branle la diplomatie, pour réclamer le désaveu du crime, des châtiments pour les coupables
- et des indemnités pour les parents des victimes. Je ne ferai pas aux neutres l’injure de penser qu’ils préféreraient que tous les navires alliés portant de leurs nationaux ou leurs propres batiments (pii ont coulé par accident de guerre, aient été les victimes de mines plutôt (pie de sous-marins allemands, pour n'être pas conduits à formuler de trop véhémentes réclamations, mais je crois fermement qu’il serait utile de leur demander de met Ire moins de mauvaise volonté à reconnaître (j u ’ u n navire a ététor-lorsqu ’ il e irréfutablement des déduel ions logiques tirées des circonstances de rattentat qu’il en a bien été ainsi. Yolià pourquoi il y a intérêt à déterminer nettement, dans chaque cas, la nature de l'engin destructeur.
- Pour les mines dérivant.es de l’ennemi, nous avons dit tout ce qu’il y avait lieu d’en dire; sauf (pie, peut-être, les Allemands font usage d'un typ.e particulier de ers engins connu sous le nom de torpille Léon, employé par les Turcs aux Dardanelles, et dont nous donnons, en hors texte, la description succinte. Voyons maintenant pour
- péris-
- pillé,
- LA PUAI K DU VAPEUR « DINOHAII », TOU1MLLK EX MANCHE résull Auprès de la brèche, en civil, le capitaine du navire.
- p.35 - vue 38/197
-
-
-
- 36
- LA SCIENCE ET LA VIE
- EM R ARQUEMENT D’UNE TOUPILLE AUTOMOBILE SUR UN SOUS-MARIN FRANÇAIS
- L'exiguïté des accès cl l(indélicatesse de l'engin rendent très difficiles les opérations de ce genre.
- CANON A TIR RAPIDE MONTÉ A L’ARRIÈRE Il’UN BATEAU DE COMMERCE BRITANNIQUE Pour faire obstacle à la piraterie allemande, les Anglais ont armé leurs grands navires marchands.
- p.36 - vue 39/197
-
-
-
- COMMENT PROUVER UN TORPILLAGE
- 37
- leurs mines fixes dont l’inflam-mation a lieu par le choc.
- Ï1 va de soi que ces mines sont mouillées par des fonds raisonnables et seulement dans des passes, chenaux, estuaires ou détroits fréquentés, c’est-à-dire là où elles ont de bonnes chances de faire des victimes. Or, il faut compter avec la marée (qui prend une valeur • importante dans ces eaux peu profondes et resserrées) pour juger du danger que peut offrir une mine au passage d’un navire de faible ou de moyen tirant d’eau. Si une mine était mouillée à 3 mètres, par exemple, au-dessous du niveau moyen de la haute mer, au moment de la basse mer (qui peut accuser 5, G, 10 mètres et plus môme, suivant les endroits, de différence de niveau) elle flotterait; parle fait surtout que les mines sont généralement mouillées par groupes, les navires de patrouille pourraient apercevoir le danger, donner l’alarme et faire relever les engins par des dragueurs. Les mines sont donc toujours mouillées au-dessous du niveau de la basse mer (f). Or, selon l’heure et le lieu d’une catastrophe maritime, on peut déterminer, dans certains cas, si une mine fixe mouillée par un navire ennemi a pu en être la cause. Considérons, par exemple, l’aventure du Snsscx, ce paquebot-poste torpillé en mars dernier dans la Manche par un sous-marin allemand, et voyons si, au cas où la preuve et l’aveu officiel de ce torpillage auraient fait défaut, il n’aurait, pas été possible d’imputer le sinistre à une mine dormante.
- Au moment de son départ d’Angleterre, le tirait d’eau du Susseæ était de ‘2 m. GO à l’avant et de 3 m. 20 à l’arrière. Or le navire a été torpillé à une heure
- (1) Il existe des mines qu'un dispositif approprié, commandé de terre, permet de Taire suivre les mouvements de la marée. Mais ce n’est pas de ces mines qu’il peut être question ici puisque le sous-marin n’a plus le contrôle des siennes après qu’il les a mouillées.
- DÉCOMPOSITION DES MOUVEMENTS EXÉCUTÉS PAR UNE MINE POUR PRENDRE SON IMMERSION ET SON MOUILLAGE
- Une mine automatique comprend essentiellement deux parties : le récipient contenant la charge explosive et le crapaud d'ancrage destiné à retenir la mine au mouillage. Ces deux parties, jusqu’à ce qu’elles tombent à l'eau, sont rendues solidaires par un orin fixé au crapaud; la longueur de l’orin est enroulée sur un tambour porté j>ar le crapaud cl dont un sgstème de roue à rochel et de linguet commande le dévidage; à cet effet, le linguet est pourvu d’une cordelette, appelée ligne de sonde, terminée jmr un i>oids ; cette ligne est elle-même enroulée sur un axe porté par le crapaud et c’est seulement lorsqu’elle est déroulée qne l'effort du poids se faisant sentir sur le linguet permet à l’orin reliant la mine au crapaud de se dérouler à son tour et à res deux corps de se séparer complètement, sauf accident, bien entendu.
- Ceci dit, on n’aura j>as de peine à comprendre comment la mine une fois tombée à l’eau prend Vimmersion voulue A son poste de mouillage. Nous voyons en (a) que le crapaud est toujours adhérent à la mine mais que la ligne de sonde est déroulée; celle-ci va donc exercer une traction sur le linguet qui permettra ù la roue à rochet du tambour de se dégager et au crapaud de descendre en déroulant son orin: c’est ce que nous voyons en (b). U va arriver un moment (c) ou l’extrémité de la ligne de sonde rencontrera le fond de l’eau : la traction sur le linguet cessera du même coup; la roue à rochct sera immobilisée et l’orin de mouillage ne pourra plus se dérouler. A ce moment le poids du crapaud va se faire sentir directement sur la mine, qui, de ce fait, sera entraînée au-dessous de la surface jusqu’à ce que le crapaud repose à son tour sur le fond, c’est-à-dire d’une quantité équivalente à la longueur de la ligne de sonde, longueur qui est égule à l’immersion que l’on veut donner à la mine. Celle-ci est alors mouillée en position (d). On conçoit que. la longueur de l’orin doit être suffisante pour permettre au poids de la ligne de sonde d'atteindre les fonds par lesquels on juge utile de mouiller des mines, pour la défense d'une rade, d’une pusse ou d’un chenal.
- p.37 - vue 40/197
-
-
-
- 88
- LA SCIENCE ET LA VIE
- de lu murée telle (]iTil y avait (> m. 00 d'eau sauté à une heure de la marée correspondant
- du exactement à la basse mer et encore, pour peu que la mine ait été mouillée à 8 mètres de profondeur, le fait que le paquebot a été atteint près de son étrave eût subi à écarter cette hypothèse puisque, ainsi que nous l’avons dit plus haut, le tirant d’eau du Sus-seæ n’était que de 2 m. 00 à l’avant.
- Voilà un exemple typique de la façon dont, en dehors de toute, preuve positive d ’ un torpillage, on peut raisonner pour arriver à éliminer d’emblée, dans certains cas, l’hypothèse d’une explosion de mine. Ajoutons, d ’ ailleurs, que pour le
- au-dessus du niveau dé la basse mer jour, niveau supérieur de plusieurs mètres au niveau moyen ; par conséquent, la calotte de la mine, si mine il y avait eu, aurait été à plus de 10 mètres au-dessous de la surface, en admettant la mine mouillée à 2 ou 8 mètres au-dessous du niveau moyen de la basse mer (ce qui est un minimum).
- Comment, dans ces conditions, la carène du Susses, dont la partie la plus immergée n’en-
- CAISSON ETANCHE AU MOYEN DUQUEL LES RUSSES REPARERENT A FLOT LE CUIRASSE « SEVASTOPOL »
- fonçait que de 8 m. 20, aurait-elle pu heurter
- la mine? Il eût fallu, pour rendre plausible Susses, la question ne se posait pas, puisque l’hypothèse d’un tel engin, que le Stissex ait le capitaine et de nombreux passagers
- EQUIPAGE D UN CHALUTIER CHERCHANT A COULER UNE MINE DERIVANTE A COUPS DE FUSIL Les hommes portent leurs ceintures de sauvetage pour être prêts ù la pire éventualité : sauter sur une mine.
- p.38 - vue 41/197
-
-
-
- 39
- COMMENT PROUVER UN TORPILLA GE
- BRECHE OUVERTE l'AR UNE TOUPILLE ALLEMANDE DANS LE FLANC DE L « AMIUAL-GANT11EAUME »
- avaient vu la torpille arriver sur le navire, grâce à son sillage caractéristique ; en outre, il a été recueilli sur ee navire (les fragments de bronze Schwartzkopf aluminieux-phos-phoreux, qui est le métal dont sont faites les torpilles automobiles allemandes. Enfin la double détonation très particulière due à l'éclatement du réservoir d’air de l’engin (air comprime qui en assure la propulsion) et à la détonation de la charge explosive, que connaissent bien tous ceux (pii ont assisté à l'explosion d’une torpille automobile, avait été parfaitement remarquée d’ofliciers du bord, ainsi (pie du professeur américain Baldwin. Cela n’a pas empêché, avant la remise à l’Allemagne de la note comminatoire du président Wilson, la presse germanique de protester aux neutres et le gouvernement allemand d’afïirmer à M. Gérard, ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, (pie le Snssex n’avait pas été torpillé, mais avait du heurter une mine — alliée, bien entendue.
- Il est bien rare qu’on ne puisse prouver un torpillage réel par l’une des preuves positives suivantes, sinon par plusieurs d'entre elles : le sous-marin a été vu; le sillage de la torpille a été remarqué ; des éclats de l'engin explosé ont été recueillis; la double détonation a été perçue. Si, pourtant, tous ces éléments d’appréciation font défaut, on peut encore prouver le fait en raisonnant par l’absurde, c’est-à-dire en éliminant succes-
- sivement, comme nous avons montré à le faire, toutes les hypothèses en faveur d’une explosion due à une autre cause que la torpille. Prenons, pour l’exemple, le cas de la Provence, dont la fin tragique est encore à la mémoire de tous : le pirate n’avait pas été vu; le bâtiment ayant coulé en quelques minutes, personne ne s’était, bien entendu, préoccupé de rechercher des éclats de la torpille et il n’est pas ressorti, d’aucune des dépositions recueillies, que quelqu’un des rescapés ait remarqué la double détona-nation de l’engin ou en ait gardé le souvenir. Pourtant, il ne pouvait être question que d’une mine ou d’une torpille, autrement dit d’une explosion externe, car une explosion de munitions aurait fait sauter les ponts et tout l’aménagement léger du navire, aurait allumé immédiatement un incendie, aurait fait jaillir des flammes immenses et des torrents de fumée; or, il n’en a rien été. Quant aux chaudières, elles n’ont explosé que lorsque les salles de chauffe ont été envahies par l’eau, ainsi qu’il résulte de tous les témoignages. Donc : une mine ou une torpille. Mais quelle mine aurait fait celte besogne en pleine mer? — d’où serait-elle venue? - Une mine dérivante mouillée par l’ennemi? Allons donc ! les sous-marins allemands et les navires à la solde de l’Allemagne choisissent des lieux plus propices que le plein large pour y poser
- p.39 - vue 42/197
-
-
-
- 10
- LA SCIENCE ET LA VIE
- DESCRIPTION DE
- Cet engin a été inventé en 1907 par un officier suédois, le capitaine Karl Oscar Léon. On lui impute, à tort ou à raison, la perte du cuirassé français Hou vol ci celle des cuirassés britanniques Irro-sisliblc cl Oconn, survenues aux Dardanelles. Certains prétendent aussi, mais le fait reste à prouver, que les sous-marins allemands en mouilleraient. La torpille Léon se présente sous la forme d'un cylindre allongé ; cette forme a été étudiée pour permettre de mouiller l’engin fi l'aide des tubes lance-torpilles or*///«tires, mais on peut aussi le jeter par-dessus bord comme on le ferait d'une simple mine. La torpille Léon étant dérivante, son emploi est prohibé par les conite/i/ions internationales. Sa caractéristique marquante est d'être animée d'un mouvement de va-et-vient vertical qu'elle entretient elle - même grâce à un propulseur placé à sa base et /ni) élcctriquemenl. La torpille est construite de façon à avoir tendance à couler ; lorsqu'elle atteint une certaine profondeur un dispositif hydrostatique très sensible joue sous la pression de l'eau et ferme le circuit du moteur
- LA TORPILLE LÉON
- de propulsion (dimenlé par une batterie d'accumulateurs ; l'hélice tourne et fait remonter rapidement l'engin. A une certaine distance de ht surface, la firessioti étant beaucoup diminuée, Vhydrostal revient en position et coupe le circuit du moteur; la torjiille recommence donc ét descendre, et ainsi de suite. Un mécanisme d'horlogerie permet de retarder le moment où l'engin doit prendre son mouvement de va-et-vient et de régler la durée de cette période d'oscillations. Un stabilisateur adjoint au mécanisme permet de tenir compte des différences de densités de l'eau de mer. L'avantage du mouvement oscillant de la torpille est de procurer un moyen de maintenir l'engin toujours entre deux eaux, alors qu'une mine dérivante ordinaire flotte à la surface et, de ce fait, peut être assez facilement aperçue. Mais la com[)lcxitc de la torpille Léon, la faible durée de sa période active, les difficultés de son réglage, son prix de revient élevé et bien d'autres inconvénients encore restreignent beaucoup les faibles avantages que son emploi est susceptible de firésenter.
- ••
- p.40 - vue 43/197
-
-
-
- COMMENT PROUVER UN TORPILLAGE
- 41
- leurs funestes engins et ils n’en pourront jamais mouiller < assez en Méditerranée, pour rendre vraiment, dangereu-ses, ù nos navires, l’approche des eaux et les issues fies ports (pie nous avons intérêt à fréquenter ; à plus forte raison, ne sont-ils assez prodigues pour mouiller çà et là, au milieu d’étendues pour ainsi dire sans limites,des mines auxquelles le plus favorable calcul de probabilités n’accorderait pas une chance sur un million de remplir leur œuvre dévastatrice. Quant à une mine ap-
- MINK SOUS-MAKIN15 KCIIOUKK SUR LA COTK UKUîE Cet engin a rompu son mouillage par une forle tempête et a dérivé jusqu'à ce que le courant l'ait poussé à la cote.
- partenant aux alliés, il ne saurait eu être question, ea r nous n’avons aucune raison d’en faire usage dans les mers (lu Sud, où le seul type de navire ennemi <pie nous ayons à combattre ou j dont nôus ayons à nous défendre, est le sous-marin, contre lequel nous ne manquons pas de moyens offensifs et de protection spéciaux que, bien entendu, ilif est pas à propos (rémunérer et de décrire ici. Mais ce n’est pas tout, dans le cas de la Provence, comme plus tard dans celui du Sussc.r.
- ATTKINT PRKS I)K L’KTRAVK. A LA 1IAUTKUR DU PUITS AUX CIIAINKS. CK NA VI RK A PU KTRK SAUVK
- p.41 - vue 44/197
-
-
-
- 42
- LA SCIENCE ET LA VIE
- cl (lnns bien d’autres encore. le ])imte est resté sur les lieux, bien que se dérobant à la vue. C’était si tentant pour lui ! Dans le premier cas. il a signalé sa présence, pendant la nuit qui suivit l'attentat, par la lumière de scs projecteurs et des leux de signaux échangés sans doute avec d’autres submersibles ou des vapeurs neutres acquis à l’Allemagne et chargés de pourvoir au ravitaillement des sous-marins ennemis ; dans le second, en tentant de torpiller un destroyer britannique venu au secours de sa victime.
- Ainsi, à moins de vouloir douter de parti pris, comme saint Thomas qui ne voulait croire que ce qu’il voyait de ses yeux, force est bien de reconnaître, môme dans un cas en apparence aussi douteux,
- (pie le paquebot Provence fut bien torpillé par un sous-marin ennemi.
- Là où l’intérêt des Allemands est de nier, ils nient sans vergogne.
- On l’a vu eneore, au mois de mai, à propos du torpillage pourtant irréfutable du vapeur hollandais Tubantia. Des fragments de torpille ayant été recueillis et par suite facilement identifiés, les Allemands ont cherché un biais nouveau pour nier leur crime, et voici ce qu’ils ont trouvé : « Un de nos sous-marins a tenté de torpiller un vapeur ennemi; il l’a manqué, et- c’est, la torpille, devenue errante, que le Tubantia a rencontrée ! »
- Une fois de plus, en voulant trop prouver, les Allemands ont aggravé leur cas, car ils
- auraient alors trangressé l'une des clauses les plus importantes de la convention de La Ilaye (pii dit : « Toutes les torpilles automobiles doivent être construites de manière à couler lorsqu'elles manquent leur but. » Il est permis de douter, et nous doutons aussi, (pie les Allemands disposent réellement leurs torpilles automobiles de manière qu’elles continuent à flotter en fin de course. En effet, ees engins, non munis d’antennes latérales, n’explosent que par un choc sur leur ] jointe percutante. 11 y a donc peu de chances p oui-que leur rencontre par un navire se produise dans des conditions susceptibles d’assurer le fonctionnement de cette pointe. En outre, des torpilles rendues ainsi errantes, sans considération des courants de marée capables de les entraîner vers les ports ou les côtes de l’adversaire, constitueraient pour les sous-marins aile-mands eux-mêmes de redoutables dangers. Enfin, les torpilles automobiles flottant à la surface sont, par leurs dimensions, des engins que les dragueurs de mines, les pet il s croiseurs et chalutiers patrouilleurs et, en général, tous les navires de surface peu vent assez facilement apercevoir et repêcher sans grands risques.
- Non, les Allemands ont encore une fois menti : le Tubantia, comme les autres, a bien été coulé par un de leurs sous-marins.
- IL Brocard.
- SAI.ON DI'',K PREMIERES DU « SUSSEX » APRES LE TORPILLAGE
- On reste confondu devant l'inextricable enchevêtrement des mille et une choses que le souffle de l'explosion a brisées comme verre.
- p.42 - vue 45/197
-
-
-
- LES CARTOUCHES POUR NOS FUSILS
- Par Paul REBOULET
- CHEF DK FABRICATION DANS UNE USINE MOBILISÉE
- Depuis l’adoption des fusils .de petits calibres, toutes les armées européennes ont augmenté dans des proportions considérables les stocks d’approvisionnement de munitions. Dans les troupes anglaises, chaque fantassin emporte 150 cartouches sur lui, et 400 autres cartouches sont transportées par les caissons répartis dans les divers échelons : réserve régimentaire, colonne de munitions du groupe, colonne de munitions divisionnaire, parc divisionnaire, ligne de communication. Cette répartition correspond à 550 cartouches par combattant présent sur la ligne même de feu.
- On voit facilement que pour approvisionner un front d’un million d’hommes, dans ces conditions, il faut disposer, comme entrée de jeu, de 550 millions au moins de cartouches.
- La fabrication des munitions est donc un problème des plus importants et elle est entrée maintenant dans le domaine de la grande industrie. La France disposait, à cet effet, avant la guerre, d’ateliers militaires spéciaux établis dans certains arsenaux : Alger, Bourges, Douai,
- Puteaux, Rennes, Toulouse,
- Valence, Vinccnnes. Quelques grands industriels, comme, par exemple, MM. Gaupillat et Géve-lot, exécutaient de très importantes commandes pour l’Etat dans leurs usines privées. Le chargement des cartouches s’effectuait dans la plupart des ateliers d’Etat cités plus haut.
- Les exigences de la guerre actuelle ont amené le gouvernement à renforcer ses moyens de production et à rechercher l’aide de l’industrie privée sur une échelle considérable: un grand nombre d’établissements qui s’occupaient spécialement, avant la guerre, de la fabrication d’objets en cuivre ou de petit outillage électrique, ont entrepris
- en grand, depuis le début, des hostilités, la fabrication des cartouches et des balles.
- Certaines usines américaines telles cpie les ateliers Westinghouse, la maison de construction de locomotives Baldwin, de Philadelphie, les usines Dupont de Nemours, etc., ont fourni aux gouvernements alliés des millions de cartouches toutes chargées, de balles, d’étuis vides, de chargeurs, etc.
- La cartouche primitive du fusil Lebel, modèle 1880, modifié en 1898, dite cartouche M, comportait une balle cylindro-ogivale à noyau de plomb durci et à enveloppe de maillechort. Ce projectile, créé par le colonel Lebel, avait 80 millimètres de longueur et pesait 15 grammes.
- Avec une charge de poudre Vieille (dite poudre B), on obtenait alors une vitesse initiale d’environ 080 mètres. L’Allemagne employant une balle plus légère et plus longue que la nôtre, le chef d’escadron d’artillerie Desaleux créa, en 1898, une balle bi-ogivale pointue, dite balle D, qui pèse 18 grammes avec une longueur de 89 mm. On supprima l’enveloppe afin d’éviter sa rupture, qu’aurait pu déterminer la grande vit esse initiale du projectile, et son éelvauf-fement considérable dans les rayures. On trouva une solution pleinement satisfaisante en employant pour ces projectiles un alliage contenant 90 0 /0 de cuivre et 10 0/0'de zinc.
- La nouvelle cartouche française, modèle 1898, comprend les parties constitutives suivantes :
- L’étui, en laiton, dont le corps forme un double cône, est d’une seule pièce et reçoit sa forme par emboutissages successifs. On a conservé le bourrelet de la cartouche modèle 1880 afin de n’avoir rien à modifier à la chambre de l’arme. L’étui se termine donc, à la partie inférieure, par un culot à
- LA CARTOUCHE DU FUSIL LEBEL
- p.43 - vue 46/197
-
-
-
- 44
- LA SCIENCE ET LA VIE
- bourrelet qui présente en son centre un logement destiné à l’amorce que le percuteur écrase sur une enclume placée au fond de eet évidement. Deux petits évents sont percés de chaque côté de l’enclume pour la transmission du feu de l’amorce à la poudre.
- L’amorce, qui est une capsule en cuivre rouge, contient u n e composi -tionfulminante recouverte de vernis à la gomme. Un couvrc-amorce en laiton sert à maintenir l’amorce dans son logement et sert aussi d’obturateur de manière à fermer toute issue aux gaz.
- La cartouche terminée a 75 millimètres de longueur et. pèse 27 grammes 0, y compris la charge, qui est de 3 grammes de poudreB(ploin-baginée).
- A notre balle D, l’Allemagne a o])posé sa balleScylindro-ogivale pointue, formée d’un noyau de plomb durci, comprimé dans une enveloppe d’acier plaquée de maillcchort.
- Le poids de cette balle ne dépasse pas 10 grammes, mais la cartouche, plus longue (pie la nôtre, mesure 80 mm avec un poids total de 24-grammes, dont 3 gr. 20 de poudre, ce qui constitue une charge supérieure à celle de la cartouche française et permet d’obtenir une vitesse initiale de 880 mètres, supérieure de 170 mètres à celle du fusil français du dernier modèle.
- Les Allemands ont cherché à construire une balle capable de traverser, même aux grandes distances, les boucliers d’acier qui
- protègent le personnel des pièces d'artillerie de campagne. L’état-major allemand voulait aussi diminuer le poids de la cartouche de manière à pouvoir faire porter par les fantassins une plus grande quantité de munitions.
- L’adoption de la balle pointue a eu pour conséquence une augmentation notable de
- la justesse du tir et de la force de pénétration du projectile. Toutefois, cette force de pénétration n’est pas encore suf-fisante pour que les boucliers d’acier des canons de campagne puissent être perforés à des distances supérieures à 500 mètres.La balle à enveloppe métallique se brise sur les boucliers, et, d’autre part, la balle entièrement en acier, souvent expérimentée, n’a pas une force de pénétration suffisante à cause de son faible poids spécifique. On a aussi essayé, en Allemagne, des balles à pointe d’acier et des balles à noyau d’acier.
- Les premières ont une pointe d ’ acier durci qui est réunie au noyau de plomb par la chemise métallique habituelle. Lorsque (tes balles frappent un bouclier, la pointe d’acier traverse la tôle, tandis que le noyau de plomb se sépare de la chemise métallique. L’effet produit derrière le bouclier, que traverse seule la pointe, est alors insignifiant.
- Les projectiles à noyau d’acier se composent d’une âme d’acier durci et d’une enveloppe de plomb qu’entoure une chemise
- DÉCOURAGE A I.Vk.M PORTE-PIÈCE DGS “ Kl. A NS ” DE LAITON NÉCESSAIRES A LA FABRICATION DES ÉTUIS DE CARTOUCHES
- Sept poinçons agissant simultanément sur une bande métallique épaisse de quatre millimètres, on obtient ainsi des “ flans” ayant 23 millimètres de diamètre.
- p.44 - vue 47/197
-
-
-
- LES CARTOUCHES POUR NOS FUSILS
- 45
- métallique. Lorsque ces projectiles frappent la tôle du bouclier, ce dernier est traversé par le noyau d’acier qui continue son trajet avec une vitesse restante suITisante pour pouvoir mettre hors de combat les servants (pii se trouvent par derrière. L’enveloppe de plomb et la chemise métallique se séparent au moment du choc sur le bouclier, comme cela a lieu pour la balle à poifite d’acier. Les Allemands considéraient les balles à noyau d’acier comme devant devenir la munition
- pour chaque cartouche une économie de poids de huit grammes. L’adoption d’un étui de ce genre permettrait de faire porter par chaque homme 70 ou 80 cartouches de plus
- LES DIVERSES IM1ASES UE LA FABRICATION DE L’ÉTUI DE LA CARTOUCHE FRANÇAISE
- 1, flan, circulaire initial découpé à Vemporte-pièce•; 2, résultat, de la première opération d'emboutissage à la presse ; 3, premier étirage et chambrage à la presse; 4, second étirage pour la formation de la chambre à poudre ; 5, troisième étirage du tube de l'étui et rognage de l'extrémité supérieure; 0, étui terminé après bourrcletage, quatrième sertissage et rognage de l'extrémité supérieure.
- d'infanterie de l’avenir. La balle ne pouvant être allégée davantage pour des raisons d’ordre balistique, on a cherché à diminuer le poids de l’étui en laiton qui, en Allemagne, pesait 11 grammes. Des expériences faites a\ce des étuis d’aluminium n’ont pas réussi, mais on a obtenu de bons résultats avec un alliage composé de enivre et d’aluminium. Les Allemands sont parvenus également à
- sans augmenter le poids de son chargement.
- On fabriquait les balles de plomb comprimé très rapidement par coulage dans des moules. On faisait fondre 1.000 à 1.200 kilogrammes de plomb dans une grande chau-
- LES FORMES SUCCESSIVES DONNEES AU CULOT AU COURS DE LA FABRICATION
- 1, partie postérieure du flan; 2, fond de la coupe formée par le premier emboutissage ; 3, première formation de la chambre servant de logement à l'amorce ; 4, vue du logement de l'amorce après le second étirage; 5, formation du culot et de la chambre d'amorce après le troisième étirage; G, le culot terminé
- complètement, avec son bourrelet et ses évents.
- S
- fabriquer des étuis avec un acier très léger qui a fait preuve d’une solidité et d’une dureté remarquables. Ces étuis pesaient environ trois grammes au lieu de onze, ce qui donnait
- dière de fonte placée sur un fourneau spécial. La matière en fusion était recouverte d’une couche de charbon pilé, épaisse de deux centimètres, afin d’empêcher la formation
- p.45 - vue 48/197
-
-
-
- 40
- LA SCIENCE ET LA VIE
- des crasses. Quand les fragments de charbon flottant à la surface étaient incandescents, on puisait le plomb fondu avec une grande cuiller de fonte et on le versait dans des moules à balles disposés en files sur des bancs à couler.
- Chaque moule comportait une quarantaine d'alvéoles que l’on remplissait successivement .avec soin, puis on coupait les jets de fusion tous à la fois au moyen d’une plaque-cisaille avant que le plomb fût complètement solidifié. Un homme, muni de deux moules, pouvait ainsi couler 40.000 balles en dix heures.
- Les balles étaient ensuite graissées par barbotage dans une tonne de bois pleine d’huile de pied de bœuf, durcies par choc dans une machine à comprimer verticale, puis vérifiées.
- Aujourd’hui, les balles de plomb sont presque partout remplacées par des projectiles eylindro-eoniques de cuivre rouge (France) ou d’aeier (Allemagne), (pie l’on fabrique en partant de fils étirés ayant un diamètre un peu inférieur au diamètre extérieur de la balle, soit environ 7 mm 5.
- Pour obtenir la balle de cuivre française, on commence par découper la matière première en tronçons ayant 07 mm de longueur. L'outil à cisailler est monté sur une presse inclinée ; le fil avance automatiquement sous le tranchant après chaque opération, au moyen d’un mécanisme d’amenage à rouleaux. Avant la guerre, on se servait d’un alliage contenant 90 0 /0 de cuivre et 10 0/0 de zinc (pii avait une résistance à la traction de 25 kilogrammes par millimètre carré et un allongement de 42 0/0 mesuré sur une
- LA BALLE FRANÇAIS!: L>
- 1, ébauche après compression et avant l'ablation de la collerette; 2, la balle terminée après façonnage au tour de la gorge, (pii fournit au projectile son, point d'appui sur la tranche supérieure de l'étui.
- CARTOUCHE LK-HEL MUNIE DE LA BALLE D
- a, partie supérieure conique de la chambre à poudre et sertissage de l'étui sur la balle; b, partie cy-tinitrique inférieure de la chambre à poudre sans fumée : c e, (•vents percés de chaque côté de /’enclume pour la transmission du feu de l'amorce nia poudre; d, bourrelet du culot servant éi fermer le passage en arrière aux gaz de la pou dre; c, couvre-amorce en la iton maintenant l'amorce dans son logement et fermant ^ toute issue aux gaz.
- éprouvette de 100 mm de long. Pour aller plus vite, on a utilisé une grande quantité de üls de cuivre pur préparés en vue du transport de l’énergie électrique par trolleys aériens.
- Toutes les opérations suivantes ont pour but de former les ogives et le collet, tout en durcissant le métal du projectile.
- Sous l’influence de la matrice à ogiver, qui la frappe de haut en bas. l'ébauche de la balle s’amincit à ses deux extrémités mais augmente de diamètre vers le milieu, à, l’endroit où se forme la collerette. Après la seconde opération d’ogi-vage, on fait tomber la collerette an moyen d’une bague de rognage. Sous l’influence d’un troisième ogivage à la presse, il se reforme une nouvelle collerette que l’on supprime ]lar un second rognage au moyen d’une bague coupante. Les outils à ogiver, de même que les bagues de rognage, sont montés sur des presses munies d’amenages à pince dans le premier cas, et de plateaux-revolvers dans le second. Le diamètre final au collet est compris entre 8 mm 20 et 8 mm 35. La dernière opération consiste à créer sous le colle!. une gorge très peu profonde, au moyen d’un outil monté sur un petit tour spécial. Le diamètre de eette gorge varie de 8 mm 12 à 8 mm 17 et une fois terminée, la balle pèse 13 grammes. Les tolérances permettent aux agents réceptionnaires d’admettre des projectiles dont le poids moyen serait de 12 gr. 80 ; toutefois, toute balle pesant moins de 12 gr. 7 5 ( 1 ( ) i t êt re rej etéc.
- La fabrication des étuis en laiton, beaucoup plus compliquée que celle des balles, comporte quinze opérations successives.
- p.46 - vue 49/197
-
-
-
- LES CARTOUCHES POUR NOS FUSILS
- 47
- Le laiton à cartouches est un métal spécial, sullisamment doux pour supporter sans déchirure de nombreuses passes d’emboutissage. Le prix du cuivre, qui était de 1.025 francs la tonne en 1914, a dépassé 3.500 francs en 1910; aussi les plus grandes précautions sont-elles prises pour éviter toute perte de matière première pendant le travail de transformation.
- On part de feuilles plates de laiton laminé de 4 mm d’épaisseur, dans lesquelles on découpe, par poinçonnage, des dans ayant 23 mm de diamètre. Les feuilles ont de 1 m. 30 à 2 mètres de longueur et 150 mm de largeur.
- Le perforage du métal, sous l’action du poinçon d’acier, donne au dan l’aspect d’une pastille dont le bord supérieur est à arête vive tandis (pie le bord inférieur présente une forme arrondie. Chaque presse, à course variable, est munie de sept poinçons travaillant à la fois et qui débitent, par heure, plus de 25.000 flans de 14 grammes. Le laiton à cartouches, qui contient 67 0/0 de cuivre et 33 0 /() de zinc, a une résistance à la traction de 30 kit. 0 à 34 kilos par millimètre carré.
- Une éprouvette de 100 mm de longueur doit pouvoir subir un allongement minimum de 57 0/0 sans (pie le mêlai manifeste aucune crique ni fissure.
- Il s’agit ensuite d’emboutir le dan, c’est-à-dire de le transformer en culot au moyen de deux outils montés sur des presses à ame-
- nage automatique. Après l’emboutissage, l’ébauche cylindrique de l’étui a la forme d’une petite coupe avant 19 mm 6 de diamètre et 9 mm 5 de hauteur totale.
- Un premier étirage donne au culot primitif une hauteur de 12 mm et un diamètre de 17 mm 85. On procède ensuite au chambrage, (pii crée dans le fond de l’ébauche un vide extérieur ou chambre destiné à recevoir plus tard l’amorce et le téton sur lequel vient frapper le percuteur du fusil. Puis ont lieu successivement quatre étirages au moyen d’outils spéciaux montés sur des presses ayant, la première 76 mm et les trois autres 150 mm de course. Tous les appareils d’emboutissage, de chambrage et (l’étirage sont munis d’amenages automatiques. Après le cinquième et dernier étirage, l’étui a l’aspect d’un cylindre droit, creux, ayant 13 mm.6 de diamètre extérieur et 63 mm 5 de hauteur. Le bourreletage, qui se fait en deux passes,
- sert à façonner le bourrelet et le logement de l’amorce. On grave ensuite en creux, sur la tranche postérieure, les marques de fabrication. (pii comportent l’indication de l’établissement, producteur, avec le numéro du mois et le millésime, le type de projectile (I) pour la balle Lebel actuelle).
- La flamme (1e 1 ’ a m orce se transmet à la charge de la poudre intérieure au moyen de deux petits trous ou évents (pie l’on perce dans le fond du logement de l'amorce, des deux côtés d’un
- circuit
- DE LA BALLE ALLEMANDE S ; A DROITE, COUPE DE LA BALLE FRANÇAISE D
- PRESSE A ÉTIREIl LF,S ÉBAUCHES D’ÉTUIS DE CARTOUCHES
- p.47 - vue 50/197
-
-
-
- 48
- LA SCIP: N CE ET LA VIE
- 1 ABIUCATION DK I, AMOItCK A COLLEIÎUTTK KT
- TA T T rrT1Ul«'
- petit bombement central appelé enclume. Après cette opération, cjni se fait sur une presse munie de huit outils à pereer, on l'ait subir à l'étui quatre sertissages successifs (pii lui donnent la forme d’une petite bouteille. On se sei’t à cet effet de deux jeux d’outils montés sur des presses ayant 110 mm de course. Le dernier sertissage, qui a lieu sur une presse ayant 120 mm de course munie d’outils avec amenages à pinces, est suivi d’un rognage qui donne à l’étui à peu près sa longueur finale soit environ G4 mm.
- Il reste alors à finir l’étui au moyen des opérations suivantes qui consistent à fraiser la bavure des évents, à arrondir l'entrée du collet et à calibrer l’orifice supérieur appelé aussi entrée de balle. Toutes ces opérations se font sur des petits tours spéciaux, avant la vérification. Le tournage du bourrelet <pii arrondit l’entrée du collet lui donne la netteté suffisante pour assurer un bon fonctionnement de l’extracteur du fusil.
- La plupart des opérations indiquées ci-dessus fatiguent considérablement le laiton et lui enlèvent une partie de son élasticité. Pour la lui rendre et le remettre en état,
- on fait suivre chaque opération d’emboutissage et d'étirage d’un recuit de l’étui, d’un décapage, d’un lavage et quelquefois d’un graissage. Les recuits ont lieu dans des fours, (pic l’on chauffe à une température variant de 500 à 000°. Après chaque recuit, qui dure environ quarante minutes, on refroidit les étuis en les plongeant dans l’eau froide. On examine avec un microscope spécial le grain du métal au cours des diverses opérations de poinçonnage et d’étirage; il ne faut pas (pie le grain soit trop grossier.
- Les étuis terminés sont soumis à une série de vérifications très précises. Après l’introduction du calibre minimum du diamètre au collet, on constate la non-introduction du calibre maximum du diamètre au collet, puis on examine les défauts apparents qui peuvent exister sur le corps de l’étui, telles que bosselures, criques, déchirures, etc. On vérifie le tournage du bourrelet qui doit être complet, le perçage (les évents, puis on introduit l’étui terminé dans le calibre vérificateur maximum des évents. Les étuis qui ont satisfait à ces diverses conditions sont empaquetés, encaissés et expédiés aux ate-
- p.48 - vue 51/197
-
-
-
- les cartoücîiés Pour nos Püsils
- fiers (le cliargement. 11 existe des machines automatiques à vérifier les ctuis qui débitent en moyenne 3.000 pièces à l’heure.
- Le chargement des cartouches comprend les opérations suivantes : amorçage des étuis, introduction de la poudre et, finalement, réunion des balles et des étuis.
- On emploie deux petites presses spéciales ; Tune sert à P amorçage et l’autre permet aux ouvrières d’enfoncer la balle dans l’étui, jusqu’au collet, sans effort ni fatigue.
- On vérifie, au moyen d’un calibre, le centrage parfait de l’étui et de la balle une fois assemblés, pour éviter la dérive.
- Tous les étuis sont vernis intérieurement avant l'amorçage. Cette opération a pour but de protéger la poudre des cartouches contre l’action décomposante du laiton car, en temps de paix, les munitions peuvent rester plusieurs années en magasin. Le vernis spécial employé à cet effet contient six parties de gomme laque, vingt parties d’alcool et une d’huile de térébenthine.
- On choisit, au hasard, dix cartouches par mille pour l’essai de tir. Une cible de 2 mètres carrés est placée à 200 mètres de l’orifice du canon de l’arme servant aux essais. On tire
- successivement les dix cartouches et on constate s’il existe entre deux touches voisines un écart supérieur à 500 mm. Si une seule cartouche donne un mauvais écart, on procède à une nouvelle épreuve définitive sur dix autres cartouches, épreuve qui est éliminatoire et entraîne le refus de tout lie lot si elle donne un mauvais résultat.
- Les cartouches terminées sont réunies, huit par huit, en paquets dahs l’intérieur desquels on les place tête-bêche, chacune étant isolée des projectiles voisins par une petite bande de papier goudronné. Les paquets sont ensuite réunis par trousses de huit paquets.
- Chaque paquet est enveloppé d'un solide papier bulle et fermé par une ficelle (pii l’entoure dans les deux sens. Une vignette extérieure imprimée fournit, pour chaque paquet, les indications suivantes : provenance, mois et année de fabrication des étuis, provenance, mois et année du lot de poudre qui a servi au chargement ; atelier, numéro du mois et millésime du chargement des cartouches ; espèce ou modèle des cartouches contenues dans les paqrets; initiale de l’officier chargé de la direction de l’atelier où ont é.é confectionnées les dites cartouches.
- ROGNAGE DK I.A DOUILLE UF. l.'ÉTUt APRÈS I.F. QUATRIÈME SERTISSAGE
- 4
- p.49 - vue 52/197
-
-
-
- 51)
- LA SCIENCE ET LA VIE
- TRAVAIL I)U DECOLLETAGE DE LA GORGE DE LA BALLE
- Quand on a fait tomber la collerette produite par la compression de la balle à la presse, on creuse autour une gorge qui sert à fournir le j>oint d'appui de la balle sur l'extrémité supérieure de l'étui de cartouche.
- Pour faciliter le chargement et le déchargement rapide des coffres ou caisses à munitions, on réunit les paquets par groupes ou trousses dans une enveloppe de fort papier bulle solidement fermé à l’aide d’une lieelle et de sangles en épaisse toile de chanvre. Une poignée en toile, cousue sur le corps de la sangle qui maintient la trousse ainsi obtenue, permet de la manier aisément. On peut ainsi transporter facilement les cartouches d’un coffre ou d’une caisse à une autre, opérations relativement longues et dangereuses quand les caisses ou coffres sont remplies péniblement au moyen de paquets isolés.
- C’est avec les trousses que l’on effectue le chargement des coffres à munitions des convois, qui contiennent, en outre, pour le transport à bras des dites munitions, un certain nombre de bissacs en toile écrue mesurant, pliés, 950 millimètres de longueur et 040 millimètres de largeur.
- Les caisses blanches en bois, dites n° 0, sont doublées en zinc et contiennent chacune 1.920 cartouches de fusil, pesant 74 kilos. Pour les convois de montagne, on emploie des caisses n° 5, plus petites, pesant 50 kilos (1.280 cartouches). Les caisses modèle T servant pour les transports à bras ou à dos de mulet, en Kxtrêmo-Orient, contiennent 1.024 cartouches <4 ne pèsent que 80 kilos.
- Les fantassins français portent 120 cartouches et les voitures régimentaires suivent avec les munitions de la ligne de bataille; elles contiennent 10.384 cartouches chacune, soit 250 trousses de 04 cartouches, c’est-à-dire au minimum 05 projectiles par homme.
- Les parcs de munitions de corps d’armée çoiUportent trois échelons. Les deux sections de munitions d’infanterie du premier échelon transportent 1.000.410 cartouches en paquets ; les trois sections du second échelon représentent 2.490.024 cartouches; ce qui donne 110'cartouches par homme pour les cinq sections, soit en tout 295 cartouches par fantassin présent sur le front.
- Un an avant la guerre, en 1913, l’autorité allemande avait adopté un nouveau mode d’empaquetage des munitions d’infanterie.
- Les caisses jusqu’alors en usage (packs-chachlcln) ont été remplacées par des ceintures à munitions (tragegurtel). Cette mesure a permis de placer dans les voitures un plus grand nombre de cartouches (280 au lieu de 225 dans le même espace) et d’accélérer la distribution des munitions aux hommes.
- Les ceintures, dotées de quatorze pochettes contenant chacune une lame-chargeur de cinq cartouches, portent, en conséquence, 70 cartouches; elles sont confectionnées en toile grise très légère très résistante, et
- p.50 - vue 53/197
-
-
-
- Lës cAirro Ucïiës Pour nos pus ils
- ôi
- voici l’atelier ou se eait la compression des balles de laiton
- L'alliage de cuivre et de zinc dont sont formées nos balles D est durci par une série de compressions entre deux matrices actionnées par une presse. Les éléments de la cartouche sont sur le point d'être terminés.
- peuvent être portées en bandoulière par les soldats, dont elles ne gênent nullement les mouvements pendant le tir. On a conservé les cartouchières ancien modèle, mais chaque homme recevait, en outi’c, une ceinture à munitions, ce qui portait la dotation de chaque homme de 150 à 220 cartouches. S’il s’agit de ravitailler la ligne de feu, un fantassin peut facilement transporter dix ceintures à munitions sans fatigue.
- Les étuis vides provenant des cartouches brûlées trouvés sur les champs de bataille sont recueil iis par les corps de troupe et versés entre les mains des chefs-armuriers qui les examinent et les classent en deux catégories. Les uns peuvent être employés pour la confection de nouvelles cartouches à balle, tandis que les autres ne peuvent servir que pour les cartouches à blanc. Les étuis désamorcés, lavés à la potasse et séchés sont ensuite polis par agitation pendant vingt ou trente minutes avec de la sciure de bois chaude dans des tonnes, mues mécaniquement, tournant à quarante tours par minute.
- Les étuis polis sont versés dans les établissements de l’artillerie où on leur fait subir la série d’opérations suivantes : remandrinage, tournage du bourrelet, calibrage de longueur, fraisage et calibrage de l’entrée, et. linalement, visite analogue à celle qu’ont à
- subir les étuis neufs. Chaque réfection d’un étui usagé est indiquée par un petit coup de pointeau imprimé sur le culot après son exécution. Les étuis ainsi réfectionnés sont amorcés' et chargés comme les étuis neufs.
- Les principales caractéristiques des ateliers où s’opère actuellement la fabrication des munitions pour armes de guerre sont l’augmentation considérable du nombre d’usines affectées à ce genre de fournitures et l’emploi de plus en pins large de la main d’œuVrc féminine. Ces travaux délicats, qui exigent peu d’énergie musculaire, conviennent parfaitement aux femmes. Pour le remplissage des cartouches, par exemple, on emploie des machines continues qui effectuent le pesage des charges au moyen d’un jeu de quinze à vingt balances. Chaque balancé ajoute, s’il y a lieu, un grain à la première charge approximative introduite dans l’étui et dont le poids est systématiquement tenu faible. La tolérance de la charge est, en général, d’un à deux centigrammes par excès ou par défaut.
- On conçoit que, pour alimenter toute une armée avec ses milliers de fusils, de carabines, de revolvers et de mitrailleuses, il faille fabriquer des millions de cartouches par un travail de jour et de nuit.
- Paul Iîeboulet.
- p.51 - vue 54/197
-
-
-
- lv-
- MACHINE ROTATIVE FOUR L IMPRESSION DES JOURNAUX A GRAND TIRAGE ET UTILISANT LE PAPIER CONTINU EN BOBINES
- Chaque bobine pèse en moyenne 500 kilogrammes et représente un enroulement de papier de 5.000 mètres de longueur (de Paris à Saint-Denis).
- LA SC J EN CL Et LA V1Ë
- p.52 - vue 55/197
-
-
-
- LA FABRICATION DU PAPIER
- Par Edouard HÉRY
- Au moment où la crise du papier, provoquée par la pu erre, attire Fat leu lion sur un produit devenu indispensable à la vie moderne, il est intéressant de suivre à travers les siècles les transformations subies par le papyrus, .jusqu’au vme siècle, le meilleur papier connu en Europe et le plus utilisé était celui que les Egyptiens préparaient avec la tige du roseau papyrus.
- I.es premiers spécimens remontent à 800 ans avant Jésus-Christ; avec nos papiers actuels comme nous sommes maintenun t loin d’eux !
- Parmi ces derniers, quelques-uns, comme le papier à journal, nous sont si familiers qu’il nous semble impossible qu’ils n’aient pas de tout temps existé ; ils nous paraissent si indispensables que nous sommes prêts à regarder comme l’indice de troubles graves le fait que nos journaux favoris puis-^ént' se Voir dans la nécessité de réduire leur format ou le nombre de leurs pages.
- L’écorce du roseau papyrus, étalée sur une table, était imprégnée d’eau du Nil, chaude et glutineuse. On juxtaposait quelques morceaux d’écorce, et sur cette première feuille ainsi obtenue, on en étalait, en travers, une seconde semblable. Le tout était pressé, séché au soleil et poii avec un outil approprié, un morceau d'ivoire le plus souvent . Une vingtaine de ces feuilles collées les unes aux autres formaient un
- scapus et plusieurs scapiréunis constituaient alors un volumen plus ou moins fort.
- I.es Romains perfectionnèrent cette fabrication par un battage au maillet, qui donnait un papyrus plus dense. Le papier romain était réputé pour sa solidité et sa blancheur et luttait encore en Italie, au xi° siècle, avec* le parchemin et aussi avec le papier de chiffon, qui constituait alors une nouveauté.
- D’après A.-F. Didot, une feuille de ce papier, qui avait presque toujours un format de
- 27x80 centimètres coûtait une drachme et 2 oboles, soit environ 4 fr. 80 en monnaie actuelle, tandis (pic l'on devait dépenser:} fr.OO pour obtenir une tablette de bois à écrire.
- Fendant les xi° et xne siècles, le parchemin, préparé avec des peaux et des membranes d’animaux, semble devoir rcmpla-lc papyrus. Ma s avec le chiffon, on dans une ère tout à fait nouvelle.
- Le papyrus et le parchemin conservent l'aspect, le caractère et souvent la forme des matières premières employées: ils appartiennent. à la même classe que les pierres, les métaux, les tablettes de bois sur lesquels les documents historiques les plus reculés nous furent transmis.
- Le papier de chiffon, au contraire, tel que les Chinois le fabriquaient déjà dès le commencement de l’ère chrétienne, est un produit complètement artificiel, composé (l'un
- Pâle de bois chimique.
- I.US T1UHS T Y PUS DK PATK FAIPI.OYKS DANS LA KABHICATION DU PAPIKK
- eer
- bientôt après, papier de eut re
- p.53 - vue 56/197
-
-
-
- IjA science et la vie
- 54
- nombre infini de fibres. Il ne conserve rien de l’aspect des matières premières dont il est tiré. I! n'a pas la moindre ressemblance avec le papyrus et le parchemin. C’est le véritable ancêtre des papiers d’aujourd’hui : c’est un feutre.
- Qu’il soit fait avec le mûrier à papier, que les Chinois emploient depuis 1.800 ans, ou qu’il soit tiré des chiffons ou du bois, le papier est toujours obtenu par un principe invariable.
- Des fibres, d’origine végé-
- o o
- taie, sont écrasées, réduites en une bouillie impalpable très diluée dans l’eau, puis étendues en couche mince sur une toile métallique.
- IC e a u s ’ é -goutte, et la pâte restant sur la toile est pressée et séchée pour former enlin la feuille de papier.
- De nos jours, seuls les très beaux papiers sont faits avec des chiffons.
- Pour la fabrication des papiers à dessin, des beaux papiers à écrire, des différentes sortes de minces, tels (pie le papier à cigarette, etc., on emploie les chiffons de lin, de chanvre et de coton, les déchets des filatures, les vieux cordages, la ramie, le phormium, etc. Autrefois, les chiffons se vendaient mélangés et le chanvre, le lin, le coton arrivaient pêle-mêle au « moulin à papier ». Les exploitants de ces moulins s'étant peu à peu spécialisés dans la fabrication de certaines sortes de papier, ils recherchèrent exclusivement les chiffons
- propres à leur fabrication. De leur c-té, les marchands de chiffons, pour satisfaire leur clientèle, établirent un classement, qui se développa, de jour en jour, et, actuellement, certains vendeurs ont en magasin de vingt-cinq à trente qualités, dont chacune se subdivise encore en des sortes plus ou moins nombreuses.
- Arrivés à la fabrique, les chiffons sont encore soumis à un triage approprié aux fabr icati o n s auxquelles ils sont destinés.
- Ils passent ensuite à la coureuse mécanique qui les réduit en morceaux de 10 centimètres de cê)té environ. Lessivés dans des autoclaves sphériques ou cylindriques, ils subissent, avec l’action de la vapeur, celle de la soude et de la chaux. La pression de la vapeur, la densité de la lessive, la durée de l’opération, varient avec les sortes à traiter.
- Les chiffons ainsi préparés sont envoyés dans de grandes cuves 'remplies d’eau et munies d’un agitateur qui imprime à la masse d’eau et de chiffons un mouvement de rotation assez, rapide. Convenablement, lavés, ils peuvent alors alimenter la pile, qui est un des organes essentiels de la papeterie.
- En fonte, en bois ou en ciment, les piles sont de forme et de capacité très variables. Certaines peuvent préparer à la fois 30 kilos de pâte ; d’autres, dont nous parlerons plus loin, peuvent donner 000 à 700 kilos (le pâte
- 'LES U A IJ, K S DE PATE DE DOIS, TRANSPORTÉES PAR VOIE ELUVIALE, SONT DÉCHARGÉES DEVANT I.A PAPETERIE
- p.54 - vue 57/197
-
-
-
- LA FABRICATION DU PAPIER
- pour papier à journal. Elles sont cependant toujours constituées par une cuve de forme allongée, dans laquelle se meut lentement un cylindre à axe horizontal, dont la surface est hérissée de lames parallèles à l’axe.
- Ce cylindre tourne au-dessus d’une platine constituée le plus souvent par des lames d’acier maintenues dans le fond de la cuve.
- Les chiffons, noyés dans l’eau, sont poussés par un agitateur mécanique entre le cylindre et sa platine. Un système de réglage permet
- Prenant parfois dans cinq ou six caisses différentes pour obtenir tel ou tel papier bien déterminé, le chef de fabrication envoie de nouveau le mélange qu'il a composé dans une pile où la pâte subit un second raffinage. Il faut quelquefois douze heures pour qu’elle arrive à l’état qu’il désire. C’est dans cette pile qu'il fera la coloration, pour laquelle les couleurs d’aniline jouent un rôle capital.
- Il y fera également le collage, en ajoutant une quantité variable, suivant les sortes à
- MAGASIN D’aRPROVISIONNFMFNTS POUR I.KS PATF.S DF. ROTS, A I.A PAPFTKRIF DF DA SFINF
- Les pâtes mécaniques et chimiques, en balles de 120 à 200 kilogrammes, sont gerbees sur cinq mètres de hauteur. On peut en abriter ainsi 10.000 sons cet immense hangar.
- au conducteur de la pile, au gouverneur, comme disent les papetiers, d'appuyer plus ou moins le cylindre, et d'obtenir ainsi un délissage de chiffons plus ou moins rapide. Ceux-ci, en effet, sous l’action du cylindre, se déchiquettent, les libres s’écrasent, s’allongent, et, au bout de quelques heures, le chiffon est devenu une véritable pâte.
- Par blanch ment dans un bain de chlorure de chaux, on obtient la demi-pâte correspondant à la sorte de chiffon que l’on a travaillé. C’est avec toutes les sortes de demi-pâtes ainsi obtenues et envoyées immédiatement après dans les caisses d'égouttage que le chef de fabrication composera les différentes variétés de papiers qui lui seront demandées.
- obtenir, d’un savon composé d’un mélange de soude et de résine. La pâte ainsi raffinée, colorée et collée, est envoyée avec une forle addition d’eau dans les cuviers de la machine qui doit la transformer en papier.
- Un bon chef de fabrication sachant choisir judicieusement ses demi-pâtes, connaissant ai fond le collage et la coloration, est un des éléments essentiels d’une papeterie.
- En raison de ces transformations multiples qui, ne pouvant s’effectuer que sur des quantités relativement restreintes, grèvent le produit fabriqué de frais importants, en raison aussi de la faible quantité de chiffons dont on peut disposer, l'industrie de la papeterie n’uurait. pas pu se développer, ainsi
- p.55 - vue 58/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- r,c,
- BASSINS D'ÉPURATION DES EAUX NÉCESSAIRES A DA FABRICATION DU PAPIER
- Ces vastes bassins en ciment armé, et comportant des filtres à sable du système Puech et Chabot, permettent de. clarifier 1400 mètres cubes d'eau à l'heure.
- qu’elle le lit de nos jours, sans l'apparition d’un succédané abondant : la pâte de bois.
- On emploie, de préférence, le pin, le sapin, le peuplier, le bouleau, le saule, le frêne, l'aulne, etc., avec lesquels on obtient soit le bois râpé, soit la pâte de bois chimique.
- De 1840 à nos jours, on a mené parallèlement la fabrication de ces deux sortes de pâte.
- Naturellement, l’industrie des pâtes de bois se développa surtout dans les pays forestiers : Canada, Scandinavie, Finlande.
- Au Canada, dans le bassin du Saint-Laurent, notamment, les usines sont nombreuses qui fabriquent sur une très grande échelle les pâtes de bois et le papier lui-même.
- Chaque usine achète son bois sur pied, dans la forêt, quand elle-même n’en est pas propriétaire. Elle a eu soin de s’établir en aval des exploitations forestières qui l'alimentent, sur un cours d’eau où l’on pratique le tlottage des bois, généralement à proximité d'une chute d'eau qui lui fournit une force motrice puissante et économique,
- Mais, attirées par celte situation avantageuse', d'autres usines se sont eonstruûes dans Ig voisinage ; alors on sépare |a rivière en
- autant de canaux qu’il y a d’usines installées sur le même point, à l’aide de chaînes de bois flottant solidement amarrées.
- Ces chaînes se développent parallèlement aux rives, comme de gigantesques serpents aquatiques, et forment pour chaque usine un canal absolument indépendant.
- En amont, les bois descendant pêle-mêle des différentes forêts, sont arrêtés au passage, reconnus et aiguillés aussitôt dans le canal de l’usine à laquelle ils appartiennent.
- Devant la fabrique, ils sont triés dans la rivière même et poussés vers te! ou tel point de la rive, suivant qu'ils sont destinés à être débités comme bois de charpente ou à devenir pâte mécanique ou pâte chimique.
- L’industrie des bois de charpente est, en effet, liée à celle des pâtes de bois, à laquelle elle fournit tous ses déchets. Des troncs énormes de 6 à 8 mètres de longueur, 80 centimètres à 1 mètre de diamètre sont saisis sur la rive et entraînés par un transporteur incliné dans la scierie, placée à 7 ou 8 mètres plus haut. Là, ils sont jetés sur une machine, sur laquelle trois hommes ont pris place, et quj court d’un bout ij l’ividre de l’ateJier,
- p.56 - vue 59/197
-
-
-
- LA F ABU IC AT ION DU. P A P / F H
- retournant l’arbre eonnne un félu de paille et le présentant sur toutes les laces pour être scié longitudinalement par de puissantes scies à ruban. Les madriers débités se succèdent rapidement, ils courent sur des rouleaux tournant sans arrêt ; vingt hommes, au passage, les trient, les classent et les aiguillent dans la direction que leur assignent leur qualité particulière et leurs dimensions.
- Tous les bois reconnus impropres à la charpente passent à la fabrique de pâte.
- Pendant ce temps, du lit du fleuve montent également les bois destinés entièrement à devenir pâte. Saisis par d’énormes griffes, ils sont entraînés devant une rangée de scies circulaires, et, d’un seul coup, débités en rondins de 80 centimètres à I mètre de longueur.
- Sortant des scies, les rondins sont transportés automatiquement dans d’énormes cylindres inclinés tournant sur eux-mêmes. Les rondins sont violemment projetés les uns contre les autres pendant cette rotation, et, de cette façon très simple, on obtient un écorçage presque toujours suffisant.
- lies rondins écorces tombent généralement dans un bassin d’où le courant les
- entraîne à des meules nommées délibreurs. Appliqué sur la meule par un piston hydraulique, le rondin est râpé; la pâte est entraînée dans l'eau, triée, puis rafiinée par un broyage beaucoup plus lin : c'est la pâte mécanique.
- Pour les grandes installations modernes, on a tendance à construire des défibreurs gigantesques avec des meules de plus de 1 m. i>0 de diamètre et de 1 m. 10 de largeur.
- Sur le même arbre, on‘accouple très souvent deux dé ibreurs semblables, avec un alternateur de près de 2.000 chevaux.
- Pour faire la pâte chimique, le bois écorce est haché par de puissantes machines, puis, à l’aide d’un transporteur incliné, on l’emmagasine dans d'immenses silos en bois surmontant les lessiveurs. Ï1 suffit de l’ouverture d’une trappe pour remplir rapidement aa lessiveur de 160 à 180 mètres cubes, dans lequel s’opère une véritable cuisson du bois baignant dans une lessive appropriée.
- La lessive la plus employée est à base de bisulfite de chaux. Elle s’obtient en faisant passer un courant d’acide sulfureux dans des colonnes atteignant jusqu’à 30 mètres de hauteur et remplies de pierres calcaires arro-
- MACIIINE SPÉCIALE SERVANT AU DÉCHIQUETAGE DE LA PATE DE BOIS Celle marJfinCj munie de lames de scies circulaires, sert à la réduction en petits morceaux des pûtes,
- lesquelles se présentent en feuilles squs l'appareil.
- p.57 - vue 60/197
-
-
-
- 5 8
- LA SCIENCE ET LA VIE
- ma s
- APPAREIL DIS TRITURATION, DIT « PIRE », POUR TA PRÉPARATION DE LA PATE A PAPIER
- Ici, la “pile” est chargée avec des déchets de fabrication : rognures de papier, etc.
- J/E MEME APPAREIL DE TRITURATION, PHOTOGRAPHIE SOUS UN ASPECT UN PEU DIFFERENT (fu on voit les ouvriers intvoduisopt dans la « pile » des feuilles, de pâle chimi(pn\
- p.58 - vue 61/197
-
-
-
- LA FABRICATION DU PAPIER
- 59
- sées d’eau à leur partie supérieure. Le gaz sulfureux est lui-même produit par la combustion du soufre dans des fours spéciaux ou par le grillage des pyrites. On obtient ainsi la pâte au bisulfite, qui est de beaucoup lapins répandue des pâtes chimiques. D’autres lessives — soude, sulfate de soude, etc., —donnent des pâtes chimiques ayant des qualités diverses que l’on retrouve dans les papiers pour la fabrication desquels elles sont employées.
- grande partie le développement de la presse.
- Les pâtes de bois arrivent en France en balles ou en rouleaux. Généralement, les pâtes de bois mécaniques, en balles de poids variant jusqu'à ,‘500 kilos, sont constituées par de la pâte humide contenant encore 50 % d’eau, tandis que les pâtes chimiques, plus généralement livrées en rouleaux, sont débarquées à l’état sec danspios grands ports.
- Ces pâtes sont de nouveau déchiquetées,
- CYLINDRE ÉPURATEURS DK PATES TRITUREE EN P REIN FONCTIONNEMENT
- Le rôle de celte machine est de débarrasser la pâle des impuretés provenant du transport et de la fabrication, avant son entrée dans la machine à papier proprement dite.
- En raison de l’absence des immenses forêts nécessaires à cette industrie, la fabrication des pâtes, tant chimiques cpie mécaniques, est peu répandue en France. Aussi notre pays est-il tributaire de l’étranger, des pays Scandinaves tout particulièrement, pour son alimentation en pâte de bois. L’importation des pâtes de bois atteignit, en 191 fl, 260.000 tonnes pour les pâtes mécaniques et 205.000 tonnes pour les pâtes chimiques.
- La fabricat ion des pâtes de bois, entreprise chaque jour sur une échelle plus importante, permit donc d’obtenir des papiers de prix réduit et. remontant ainsi à la source, on constate que c’est, à elle que l’on doit, en
- mélangées en quantités convenables pour obtenir tel ou tel papier et raffinées*dans des piles semblables à celles que nous avons décrites plus haut. La pâte très diluée ainsi obtenue est envoyée à la machine à papier.
- La fabrication du papier-journal, parce qu’elle avait à satisfaire un débouché sans cesse grandissant, devait, plus que toute autre, faire appel à la mécanique moderne.
- Si la première machine à papier est due à Robert, d’Essonncs, les machines modernes à grande vitesse, à puissant débit, nous viennent des Etats-Unis. Les Américains sont les plus grands consommateurs de papier du monde, et si l’oq en. croit là statistique, 1^
- p.59 - vue 62/197
-
-
-
- «0
- la science et la vie
- VUE D’ENSEMIil.E ü'CNE MACHINE A TÀÏHER A GRANDE PRODUCTION,
- A gauche : table (le fabrication ; au centre : presses coucheuscs ; au fond : calandre et bobineuse.
- ENTREE SUR I.A MACHINE A PAPIER DE I.A PATE PRETE A ETRE TRAITEE Vue de la table de 'dbricution manie d'une toile métallique sans fin sur laquelle s'égoutte la pâte.
- p.60 - vue 63/197
-
-
-
- h A H y i H hic a T i o .y i)ü H a p i i<: ii
- r.i
- dépense de papier est, aux Etats-Unis, par tête, double de ee qu’elle est en France.
- Possédant les pâtes de bois en abondance, souffrant du manque et du prix élevé de la main-d’œuvre, ayant le génie de la mécanique pratique, les Etats-Unis devaient, naturellement, être conduits à réaliser les machines capables d’alimenter en papier nos grands quotidiens. Certain grand journal parisien consomme, approximativement, IKK) à 400
- La pâte est ensuite pressée ; puis elle quitte sa toile et, pendant une fraction de seconde, elle est abandonnée à elle-même. Elle est ensuite reprise par un feutre sans lin, plusieurs fois pressée, et portée ainsi de feutre en feutre jusqu’à une série de cylindres chauffés intérieurement à la vapeur.
- Elle enveloppe chacun d'eux aux trois quarts, et, finalement séchée, elle arrive dans une calandre où elle est laminée, apprêtée
- LA TABLK DK FABRICATION DK LA MACII1NK A PA1MKR, VUK DK COT.K
- A 4a partie supérieure, on distingue les rouleaux supportant la toile métallique sans fin à travers les mailles de laquelle s'échappe l'excédent d'eau que contient la pâle.
- sapins tous les jours. Quelques journaux américains, bien qu’ayant un tirage moindre, ont une consommation plus considérable encore, en raison de leur nombre de pages, très variable, mais toujours très important.
- Les mac hines à papier modernes comportent toutes l'installation d’une toile métallique sans lin. sur laquelle on déverse la pâte raffinée et diluée. Cette pâte se présente sous forme d’eau blanche contenant approximativement î3 ou 4 grammes de pâte sèche par litre. L'eau s'égoutte à travers les mailles de la toile ; on facilite cet (‘gouttage par une
- succion
- c
- caisses aspirantes
- sous la toile à l’aide de des plus ingénieuses.
- par son passage dans une série de rouleaux en fonte aeiérée, merveilleusement polis. C’est là qu'elle acquiert son brillant avant de venir s’enrouler pour former ces grosses bobines de papier que l’on peut voir chaque jour décharger à la porte des grands journaux et des principales imprimeries.
- Le rendement d’une machine à papier résulte de la largeur de sa toile et de sa vitesse. Les machines qui fabriquent le papier du Petit Parisien pourraient ainsi produire, dans une journée, une bande faisant un long tapis de 4 mètres de large sur toute la longueur de la route de Paris à Hayonne.
- 1 )ans ees dernières années, des perfecl ionne-
- p.61 - vue 64/197
-
-
-
- (5 2
- LA SCIENCE ET LA VIE
- ments importants ont permis de réaliser des machines de plus de 5 mètres de large et marchant à 200 mètres à la minute. Telle machine (pie nous avons vue au Canada pourrait fabriquer en une heure et quart toute le papier nécessaire pour couvrir la place de la Concorde, soit 75.000 mètres carrés.
- Comme nous l’avons signalé plus haut, la guerre a profondément bouleversé l’industrie de la papeterie en France. 11 n’y a
- de chiffons et de matières textiles qui alimentaient nos papeteries. Les couleurs qui provenaient d’Allemagne nous manquent et les fabriques souffrent de la pénurie de toiles métalliques dont on consomme 500 grammes pour chaque tonne de papier produite.
- Si la prohibition, de sortie des pâl es de bois de Suède ainsi que des chiffons et vieux papiers d’Angleterre était maintenue, la papeterie française serait obligée d’arrêter
- JEU DE ROULEAUX CONSTITUANT LA PARTIE DE LA MACHINE DITE «PRESSE COUC1IEUSE»
- Le rouleau inferieur est en bronze; le rouleau supérieur, garni de feutre, sert à Végouttage de la
- feuille passant entre les deux rouleaux.
- plus actuellement en activité que 374 machines h papier sur les 521 qui fonctionnaient en 1914. Cette diminution importante, de près de 30 % est surtout due au manque de matières premières, d'accessoires et de matériel. La main-d'œuvre manque également et une importante réduction de consommation s'est manifestée pour les papiers de luxe, d'emballage, de commerce, de tentures, etc.
- L’Angleterre nous fournissait autrefois une (piantité considérable de vieux papiers et de chiffons spéciaux tels que les toiles à voiles et les cordages ; la Belgique et l’Allemagne exportaient chez nous des toiles de chanvre et de lin. L’Italie a prohibé toutes les sorties
- encore un grand nombre de machines, surtout si elle ne pouvait pas continuer à s’approvisionner normalement de combustible, car elle consomme 12 à 1.500 grammes de charbon pour chaque kilo de papier produit.
- Depuis la guerre, notre production mensuelle de papier est d'environ 48.000 tonnes, soit 1.000 tonnes par jour, dont 300 tonnes pour le papier-journal. L'étranger fournit, de plus, un supplément important d’environ 120 tonnes de papier-journal par jour.
- Comme on sait, le chiffon n’entre plus guère (pie pour 5 % dans la composition des papiers, car il a été remplacé partiellement, d'abord par la paille chimique et indigène,
- p.62 - vue 65/197
-
-
-
- LA FABRICATION DU PAPIER
- 63
- puis par la pâte de bois mécanique (1865) et enfin par la pâte de bois chimique (vers 1880).
- Nous avons dit qu’en 1913, il était entré en France environ 260.000 tonnes de pâtes mécaniques et 205.000 tonnes de pâtes chimiques. L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie avaient fourni 65.600 tonnes de ees dernières, soit plus du quart des importations, et 26.500 tonnes de pâtes de bois mécaniques.
- En 1915, la Suède, la Norvège, le Canada et la Suisse ont introduit en France 17.000 tonnes de pûtes mécaniques et 11.000 tonnes de pûtes chimiques, c’est-à-dire que l’impor-
- vient suffisamment bas, soit pour pouvoir augmenter leur production ou, enfin, pour fabriquer des qualités demandées par la clientèle en dehors de celles que l’on obtient par l’emploi exclusif du chiffon.
- D’autres usines n’emploient absolument que des succédanés, et c’est ainsi que le papier de journal est uniquement fabriqué au moyen de pâtes mécaniques, de pâtes chimiques et de vieux papiers.
- Les vieux papiers étaieht fournis en quantités considérables par des négociants anglais qui en importaient jusqu’à 8.009 tonnes par
- LA SÉCIIERIE, PARTIE DE LA MACHINE OU S’ACHÈVE LA FABRICATION DU PAPIER
- La séchcrie consiste en une série de rouleaux en fonte chauffés intérieurement par de la vapeur et sur
- lesquels s'enroule la feuille pour le séchage.
- tation totale de 1915 ne représente que les deux tiers de celle de 1913. La production a donc baissé sensiblement dans les mêmes proportions que celle des pâtes de bois, c'est-à-dire de 2.000 tonnes à 1.600 tonnes par mois. On se demande quc'l est l’avenir qui serait réservé à notre industrie du papier si elle en était réduite, pour les matières premières, aux seuls moyens d’approvisionnement nationaux, et, par conséquent, le gouvernement a fait preuve d’une prudence prévoyante en prohibant la sortie de France des drilles ou vieux chiffons destinés à la fabrication des papiers de qualité.
- Certaines usines sont outillées uniquement pour n’employer que du chiffon, tandis que d’autres ont pu abandonner en partie cette matière première pour utiliser des succédanés, soit parce que le coût des chiffons ne leur permettait plus d’atteindre un prix de re-
- mois. Le marché de Londres s’est, en effet, constitué une spécialité à cet égard, car les papiers anglais sont, en général, meilleurs que les nôtres et les commerçants en drilles font depuis de nombreuses années, des classements par triage très judicieux, de telle manière qu’ils peuvent satisfaire exactement aux besoins des fabricants des sortes de papiers les plus diverses.
- La prohibition qui a empêché la sortie id’Angleterre de ces vieux papiers a jeté un trouble considérable dans la fabrication française et a déterminé une hausse importante des matières premières.
- Certains accessoires tels que les toiles métalliques manquent à nos usines, et la production de 800 kilogrammes par jour (c’est-à-dire 25.000 kilogrammes par mois), qui serait à peine suffisante pour les besoins de la papeterie française, est difficilement
- p.63 - vue 66/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA ViE
- (il
- atteinte, car il faudrait aux usines productrices un supplément de 300 kilos de fils métalliques par jour pour pomoir garantir ce chiffre d’une manière constante.
- 11 faut être du métier pour se rendre compte du nombre important d’accessoires qu’exige la fabrication du papier. Outre les matières premières telles que les chiffons, les vieux papiers, les celluloses, l’alfa, la paille, etc,, la papeterie française consomme,
- sortes. Les toiles métalliques et les feutres ferment cette liste si longue, et pourtant encore incomplète, des produits de toute nature indispensables à la bonne marelle de noire industrie nationale du papier.
- On voit combien est complexe la question de la fabrication du papier et quelles mesures énergiques doivent être prises pour assurer aux industries qui emploient ce produit une facilité plus grande de ravitaillement.
- LA PARTIE TERMINALE DE LA MACHINE : CALANDRE ET BOBINEUSE
- Le papier, satiné dans la calandre, est ensuite, découpé par des couteaux circulaires au fur et à mesure
- de son enroulement sur la bobineuse.
- à l’heure actuelle, près de (îO.COO tonnes de charbons divers français et anglais.
- La perturbation apportée par la guerre dans notre industrie des produits chimiques a eu une répercussion fâcheuse sur la marche des papeteries. Celles-ci achètent par milliers de tonnes les acides sulfurique et chlorhydrique, le sulfate d'alumine, le chlorure de chaux, la soude caustique “ou earbonatée, l’hvposulfite de soude, etc. Pour la fabrication des papiers spéciaux, couchés et autres, les grandes papeteries achètent des fécules, de la résine, des colles, du kaolin et d'autres minéraux, ainsi que des couleurs de toutes
- Le tirage normal des journaux et des revues, de même (pie remballage des objets fabriqués absorbent journellement plusieurs centaines de tonnes de papiers. La vie économique, ainsi que l'expression de la pensée du pays seraient suspendues si les pouvoirs publics ne trouvaient pas une solution pratique de cette question vitale.
- Il est probable et même certain (pic l’ingéniosité de nos fabricants, appuyés par la Commission spéciale instituée dans les premiers jours de juin, viendra à bout de celle difficulté comme de tant d’autres.
- Kdouard ï-Téry.
- p.64 - vue 67/197
-
-
-
- LA FORCE MOTRICE ECONOMIQUE S’IMPOSERA APRÈS LA GUERRE
- Par Charles LORDIER
- INGÉNIEUR CIVIL DES MINES
- Après la guerre, la suppression des blocus et de la piraterie sous-marine fera disparaître plus ou moins vite les difficultés d'approvisionnement des matières premières et de transport des produits fabriqués. Il n’en sera pas de même en ce qui concerne le recrutement de la main-d’œuvre et surtout la puissance motrice dont le mode de production restera profondé ment affecté pendant de longs mois.
- Il est donc intéressant d’analyser dès à présent les problèmes que nos industriels auront à résoudre à cet égard, car de la nature des solutions adoptées dépendra, en grande partie, la rapidité de la reprise des affaires.
- La question de la force motrice s’est toujours présentée chez nous comme hérissée de difficultés assez nombreuses.
- Nos houillères, situées en majeure partie dans le Nord, ne four ri i s -saient qu’à peu près les trois
- quarts de notre consommation de charbon Plus de dix millions de tonnes de houille provenaient de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Belgique. Petit à petit, nombre de manufactures s’étaient installées dans les départements montagneux du territoire et
- avaient dû faire appel à la « houille blanche », afin d’éviter des prix de revient par trop exagérés et prohibitifs.
- L ’ utilisation des gaz provenant des usines métallurgiques, du gaz d’éclairage, du gaz pauvre produit par des gazogènes spéciaux, voire du vent, fournissait encore un appoint assez considérable pour la mise en mouvement de laminoirs, de souffleries, de fabriques de papier, de minoteries, etc. Après laguerre. les conditions de production de l’énergie mécanique en France se trouveront profondément aggravées. Cependant, la rareté de la main-d'œuvre obli-
- CONDU1TES 1)’AMENÉE D’EAU AUX TURBINES
- Ces cinq tuyaux parallèles alimentent l'usine hydro-électrique de Sirusio (Suisse), qui distribue environ 55.000 chevaux électriques dans le canton de Grissons.
- p.65 - vue 68/197
-
-
-
- 66
- LA SCIENCE ET LA VIE
- géra nos industriels à augmenter considérablement le nombre des appareils mus mécaniquement, ce qui créera logiquement de nouveaux besoins de force motrice.
- Nos mines de charbon, actuellement occupées en grande partie par l’ennemi, nous seront sans doute rendues dans un état tel, que leur extraction restera pendant longtemps très inférieure à ce qu’elle était en 1913. Même en admettant que des bassins houillers nouveaux nous soient attribués en
- Mais, si après la conclusion de la paix, des centaines de millions de francs continuent à sortir du pays chaque année pour le paiement des houilles étrangères consommées chez nous, il en résultera un appauvrissement considérable qu’il s’agit d’éviter.
- La France devra donc, par tous les moyens possibles, tâcher de se suffire à elle-même en utilisant tous les moyens nationaux de production de force motrice dont l’emploi est en son pouvoir. Et cela sera facile.
- JETÉE DE CIIA1Î(iE.MENT DE COMBUSTIBLE A HAIITEEPOOE (ANGLETERRE)
- Comme dans tous les ports charbonniers de la Grande-Bretagne, la Compagnie des chemins de fer « Norlh Eastern Railway » a fait installer ici des môles armés de grues spéciales cl munis de voies en tiroir pour Varrivée, des wagons pleins et le départ du matériel vide.
- vertu des clauses d’un traité de paix favorable et que des gisements anciens soient mis en valeur de manière à augmenter notablement leur rendement, il n’en est pas moins vrai qu’un nouveau déficit important va se créer dans notre production de combustibles minéraux, qui, avant les hostilités, était d’environ quarante millions de tonnes.
- Déjà le gouvernement français s’est préoccupé de conclure avec les propriétaires de mines anglais des marchés à long terme permettant tout au moins à nos usines de guerre de fonctionner d'une manière certaine, à l’abri des fluctuations troublantes des prix du fret et du combustible lui-même.
- Parmi les agents de création d’énergie autres que les combustibles minéraux, vient en premier lieu l’eau, qui coule abondamment dans les hautes vallées de nos fleuves, et de nos rivières, surtout dans les Alpes et dans les Pyrénées, comme aussi dans les Vosges et dans nos montagnes de l’Auvergne, des Cévennes, du Morvan, etc.
- Une grande partie de la puissance hydraulique provenant de l’utilisation des torrents et des autres cours d’eau des montagnes françaises est déjà mise en valeur actuellement. Il reste cependant beaucoup à faire pour fermer les hautes vallées des fleuves et des rivières alpines ou pyrénéennes par
- p.66 - vue 69/197
-
-
-
- LA FORCE MOTRICE ÉCONOMIQUE <57
- d’importants barrages, afin de créer de vastes réservoirs capables de débiter, même pendant les chaleurs de l’été, la quantité d’eau nécessaire à la mise en marche de nombreuses usines installées à proximité.
- L’un des principaux inconvénients de la force motrice hydraulique, surtout en France, est l’irrégularité du débit des cours d’eau dû au déboisement maladroit de nos forêts alpestres. En été, les turbines manquent souvent d’eau, et il faut alors mettre en
- en plus les trains des chemins de fer fédéraux. au grand dam des houillères allemandes de la Ruhr qui, encore à l’heure actuelle, leur fournissent le charbon.
- L’emploi des chutes d’eau n’est, pas, heureusement, le seul moyen dont nous disposons pour faire baisser le plus possible le prix de revient du cheval-heure mis à la disposition des fabricants- français.
- Quelle que soit la provenance des charbons que nous pourrons brûler, après la guerre,
- VUE GÉNÉRALE DE L’USINE HYDRO-ÉLECTRIQUE DU TORRENT CELLINA -(ITALIE)
- Celle magnifique, centrale, installée à Malnisio, produisait environ 10.000 chevaux au commencement de l'année 1902. Elle fait partie d'un groupe d'usines de. plus de, 65.000 chevaux, construites par la Société italienne d'utilisation des forces hydrauliques de la Vénétie.
- action de puissantes stations centrales de secours, à vapeur, alimentées à grands frais au moyen de cette houille noire qu’il s’agit justement de remplacer, par économie.
- Grâce à l’emploi de centrales hydroélectriques, de nombreux pays autres que la France, tels que l’Amérique du Nord, le Brésil, la Nouvelle-Zélande et, en Europe, la Suisse, la Suède et la Norvège, ont pu se rendre en grande partie indépendants des gisements houillcrs trop éloignés qui les alimentaient. En Suisse, notamment, l’exploitation des chemins de fer de l’Etat tend à devenir électrique et les chutes d’eau des Alpes helvétiques feront fonctionner de plus
- dans nos foyers industriels, il importe de préparer dans leur utilisation d'importants progrès dont la réalisation était commencée ou à l’étude au moment du conflit actuel.
- Nos usines métallurgiques, nos ateliers de fabrication du gaz d'éclairage fournissent de nombreux déchets solides, liquides ou gazeux tout particulièrement propres à la production économique de la force motrice.
- Dans les aciéries et dans les hauts fourneaux, on peut actionner des moteurs spéciaux ou chauffer des chaudières à vapeur avec les gaz combustibles qui sortent des divers fours propres à la fabrication de la fonte ou de l’acier. De vastes usines centrales
- p.67 - vue 70/197
-
-
-
- 68
- LA SCIENCE ET LA VIE
- électriques, ainsi alimentées, fonctionnent en Amérique et en Allemagne ; il importe clone de généraliser dans nos usines métallurgiques cette méthode d’emploi intensif de l’électricité, qui permet de tirer des combustibles minéraux tout ce qu’ils sont susceptibles de fournir sous forme de chaleur et de travail.
- forme solide, dans des conditions diverses dont quelques-unes sont particulièrement intéressantes pour la production et la fourniture de l’énergie à bon marché.
- Quand on a trié et séparé mécaniquement en sortes diverses les combustibles extraits du sein de la terre à l’état de tout venants, il
- ROUF, HYDRAULIQUE PELTON DES USINES DE TATA (iNDE)
- Grâce à la solidité de sa construction, celte roue peut développer à elle seule plusieurs milliers de chevaux, bien qu'elle n'ait que 3 m. 50 de. diamètre.
- Le benzol, le coke d’éclairage, les gadoues, la sciure de bois, etc., sont d’autres sources qu’il est loisible de mettre à contribution pour actionner des moteurs à vapeur ou des machines à combustion interne, qui utiliseront dans de bonnes conditions économiques des sous-produits trop longtemps rejetés à la rivière par nos usines françaises.
- La houille peut aussi être brûlée, sous sa
- reste, en dernière analyse, des poussières impalpables et des boues, ou schlamms, dont le transport à grande distance n’est pas possible à cause de leur faible pouvoir calorifique et du prix de vente extrêmement bas auquel les mines seraient forcées de les céder dans les centres manufacturiers. Il est donc du plus haut intérêt pour les exploitants de ces charbonnages de brûler eux-
- p.68 - vue 71/197
-
-
-
- LA FORCE MOTRICE ÉCONOMIQUE
- (I!)
- mêmes ces combustibles inférieurs dans des stations centrales construites sur le carreau même des mines afin de supprimer tous les frais de manutention et de transport.
- L’énergie, électrique à haute tension, facilement transportable à longue distance, peut ainsi être vendue directement par des mines situées en un point quelconque du territoire français dans les centres de population ou d’industrie capables de consommer annuellement un grand nombre de kilowatts-
- motives et de wagons, qui deviendraient ainsi disponibles pour le commerce général. 11 existe, en effet, peu de pays où les agriculteurs et les industriels n’aient pas constamment à se plaindre de la trop petite quantité de wagons vides mise à leur disposition.
- On peut également concevoir que, tout en continuant à acheter des charbons étrangers et à les transporter par voie maritime dans les divers ports spécialement outillés à cet effet, les compagnies de chemins de fer, les
- VUE EXTÉRIEURE D’UNE ROUE .PELTON RECOUVERTE DE SON ENVELOPPE
- Celte roue est munie d'appareils spéciaux et extrêmement ingénieux, qui permettent de faire varier
- à volonté le volume d'eau admis dans les augets.
- heures. On peut même prévoir, sans être taxé de prêcher des théories par trop avancées en matière industrielle, qu’un jour prochain viendra où l’on trouvera avantage à transformer sur place en énergie électrique la majeure partie de la houille sortant de nos gisements français. Des canalisations aériennes ou souterraines transporteraient le courant au loin, tout comme cela a lieu actuellement pour nos centrales hydro-électriques.
- LTn autre avantage de l’emploi sur place des houilles serait que les compagnies de chemins de fer n’auraient plus à consacrer à leur transport un immense matériel de loco-
- grosses entreprises d’éclairage et de production de force motrice, ainsi que les syndicats créés pour eet objet, par les industriels de nos principales régions manufacturières, pourraient installer, à proximité des ports, de puissantes usines électriques qui fourniraient le courant à tout un district. Des villes comme Dunkerque, Boulogne, le Havre, Rouen, etc., seraient tout indiquées pour recevoir des stations centrales de ce genre.
- Le développement de l’industrie réalisé de cette façon devant être considérable, selon toutes les prévisions, les compagnies de chemins de fer se verraient vite dédomma-
- p.69 - vue 72/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 70
- gées de la perte qu’elles subiraient du fait de la diminution des transports de charbon.
- Le transport de l’énergie électrique produite pas un agent quelconque paraît donc être une des meilleures solutions du problème de la force motrice à bon marché. Le sous-sol de notre pays ne renferme ni pétrole, ni gaz naturels, et les vastes installations de ce genre, qui ont fait la richesse de la Pensyl-vanie, lui sont totalement interdites. On avait essayé de réaliser le transport et la distribution de la force motrice par l’air comprimé, et cette méthode a reçu, dans Paris même, d’assez vastes applications. Tout le inonde connaît le vice rédhibitoire qui rend impossible l’emploi en grand de cet agent de transmission. La détente de l’air comprimé dans les cylindres des moteurs donne lieu à un refroidissement tel qu'il est indispensable d’employer des réchauffeurs pour que .ces machines puissent fonctionner d’une manière continue. De là. de nouveaux frais.
- Citons pour mémoire les nombreux essais, jusqu’ici infructueux parce que peu pratiques, effectués en vue de l'utilisation directe de la chaleur solaire et de la force des marées.
- A la rigueur, les dénivellations importantes <1 ni se produisent sur certains points du littoral, sous l’influence des marées, pourraient
- être utilisées pour la production de la force motrice, comme, par exemple, à l’ouest du Cotentin, dans la baie du mont Saint-Michel, etc. Il est à présumer que les travaux nécessités par la captation et par la retenue de volumes d’eau de mer considérables, mis en mouvement par l’influence des marées, donneraient lieu à des dépenses telles que le cheval-heure, produit dans ces conditions, ne pourrait être utilisé industriellement.
- L’industrie moderne a renoncé presque partout à l’emploi de machines, pourtant simples et économiques, dont nos pères se sont autrefois servis d’une manière générale, dans tous les pays du monde. Nous voulons parler de l’antique moulin à vent qui actionnait la majorité des meules destinées à la transformation du blé en farine ou qui faisait mouvoir des pompes élevant l’eau prise dans les puits jusqu’au niveau du sol.
- Il semble cependant que si l’étude et la construction du moulin à vent étaient reprises actuellement, dans les conditions que permettent de réaliser les progrès de la mécanique moderne, il serait possible d’actionner à bon marché nombre d’ateliers ou de petites usines dont l’importance ne justifie pas l’installation d’un moteur plus dispendieux, à vapeur ou électrique.
- TUHIiINK HYDRAULIQUE DK 9.000 CIIKVAUX, AVEC RKGUI.ATEUR
- Si c machines semblables, construites dans un grand établissement métallurgique de la Suisse, fonctionnent dans la Centrale électrique de Rio-de- Janeiro (Brésil) ; elles sont à axe vertical.
- p.70 - vue 73/197
-
-
-
- LA FORCE MOTRICE ÉCONOMIQUE
- 71
- USINE CENTRALE ÉLECTRIQUE DE SORIA, PRÈS DE VERONE (ITALIE)
- Celte usine de 10.000 chevaux est alimentée en toutes saisons par une dérivation faite sur un ancien
- bras de VAdige ; elle appartient à la Société Milani.
- Le moulin à vent permet d’obtenir, avec une roue de diamètre réduit, un petit nombre de chevaux-vapeur utilisables pour la production de l’énergie électrique. Dans certaines régions découvertes où les vents régnants suivent un régime régulier, on pourrait combiner et accumuler l’énergie produite par des séries de moulins actionnant des dynamos génératrices. Le courant produit d’une manière ininterrompue, grâce à l’orientation variable des moulins, pourrait être recueilli dans des batteries d’accumulateurs de grande capacité et vendu à un prix peu élevé dans un certain rayon autour de cette centrale d’un nouveau genre.
- Jusqu’à présent, on n’a guère employé la turbine à vent que pour réaliser de petites stations de pompage ou des installations d’éclairage électrique destinées à des fermes ou à des habitations isolées. Cette utilisation de l’énergie aérienne, bien que modeste, n’en est pas moins intéressante et fournit très souvent la seule vraie solution de la production de la force motrice à bon marché dans des cas spéciaux où aucune autre méthode ne pourrait être préconisée.
- C’est donc — jusqu’à présent, du moins —
- vers la meilleure utilisation de la houille ou vers la suppression de son emploi, dans tous les cas où il est possible, que doivent tendre les efforts des industriels et des spécialistes qui s’occupent, en France, de celte importante question de l'énergie mécanique dont l’inlluence sur les prix de revient échappe souvent à beaucoup de bons, esprits. Les questions de mode et d’engouement prennent fréquemment, en matière industrielle, une influence qu’elles ne devraient jamais avoir. C’est ainsi que l'on voit trop souvent adopter des moteurs étrangers, d’un fonctionnement délicat et utilisant des combustibles que notre pays ne produit pas.
- Chutes d’eau, moulins à vent, moteurs à gaz de hauts-fourneaux, etc., tels sont les éléments de production de force motrice dont il s’agit de développer l’emploi pour économiser nos réserves peu étendues de combustibles minéraux et pour limiter au minimum possible la sortie de notre numéraire dont nous risquerions, sans cela, ne pas avoir suffisamment pour faire disparaître de notre sol toutes les ruines que l’ennemi y aura laissées, après que nous l’en aurons chassé.
- Cn. Lordier.
- p.71 - vue 74/197
-
-
-
- LÀ SCIENCE ET LA VIF
- 1 ‘2
- Nos grands chefs militaires
- GÉNÉRAL MÉNISS1ER
- MKI)ECIN-INSPr IIASSLER
- LE GÉNÉRAL BOUTTIAUX
- T e général Bouttiaux a dirigé, comme colonel, nos services d'aviation militaire; les généraux Ménissier, Léré. Iierdou-lat et le médecin-inspecteur Comte, directeur du service de santé d'un corps d'armée, ont été faits commandeurs de la Légion d'honneur ; le général Delarue a reçu la plaque de grand-officier ; le général Gouzil a été promu officier de la Légion d'honneur ; le général Paulinier et le médecin-inspecteur Hassler ont été l'objet d'une citation très flatteuse.
- GÉNÉRAL LÉRÉ
- MÉDECIN-INSPr COMTE
- GÉNÉRAL DELARUE GÉNÉRAL liERDOULAT
- GÉNÉRAL GOUZTL
- GÉNÉRAL PAULINIER
- p.72 - vue 75/197
-
-
-
- LA LUTTE DEVANT VERDUN EST DUNE ÂPRETÉ SANS EXEMPLE
- Vers le cinquantième .jour de la bataille de Verdun, nous avons trouvé les Allemands fixés devant nos positions de l’est de la Meuse et contraints, en conséquence, de chercher la réalisation de leur objectif dans une action élargie portant sur Pautre rive du fleuve. Le 9 avril, ils avaient engagé une bataille sur environ vingt kilomètres de front, mais leurs efforts persistants entre Avocourt et Lumières, en vue d’enlever nos lignes du Mort-Homme, n’avaient abouti à aucun résultat appréciable. Ce n’est qu’en lin de soirée et le jour suivant que quelques-uns de leurs éléments étaient parvenus à nous enlever 500 mètres de tranchées sur les pentes de la cote 395, mais là ils se trouvaient encore à environ 350 ou 400 mètres en contre-bas du point culminant du Mort-Homme.
- Le 10 avril, une nouvelle tentative, qui visait surtout la cote 304, n’avait pu faire bouger nos lignes, et tout aussi vain avait été, dans la soirée du même jour, un retour offensif contre le Mort-Homme provenant de la direction du bois des Corbeaux. Dans la matinée du 15, c’est à notre secteur du bois des Caurettes que l’ennemi s’était heurté avec pertes, et pareille aventure lui était advenue dans la soirée, à la cote 304.
- Après cette série d’échecs, les Allemands s’en étaient tenus à un bombardement régulier de nos lignes. Dans ces conditions, notre commandement jugea utile d’attaquer pour dégager notre situation au Mort-Homme ; et, de fait, nous réussîmes à chasser l’ennemi d’une partie des tranchées qu’il nous avait prises le 9, et à étendre progressivement nos gains, dans la journée du 20, notamment. Dans la journée du 21, l’adversaire réagit violemment, avec un semblant de succès, mais une très vive contre - attaque nous rendit l’intégralité du terrain contesté.
- Le lendemain, l’ennemi tenta de prendre sa revanche. Après un bombardement infer-
- nal, il attaqua sur un front de 2 kilomètres, entre le ruisseau de Béthincourt. et nos positions des pentes ouest du Mort-Homme. Mais nos merveilleux tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses eurent par deux fois raison de ces tentatives d’assaut.
- Ce n’est que le 30 avril (pie les Allemands reprirent leurs attaques contre le Mort-Homme. En fin de journée, ils s’élancèrent en formations denses contre nos tranchées mais leurs assauts répétés vinrent se briser contre notre ligne de feu et ils laissèrent des monceaux de cadavres sur le terrain bouleversé.
- Le moment paraissait favorable pour pousser nos avantages. Si nous ne pouvions déloger nos ennemis de la cote 205 du Mort-Homme, qu’ils tenaient depuis mars, du moins devions-nous nous efforcer de dégager complètement le rebord septentrional de la cote 295 où ils s’étaient installés les 9 et 10 avril et d’où nous les avions déjà en grande partie refoulés. Le 3 mai, dans un brillant assaut, nos troupes enlevèrent les positions au nord-ouest du Mort-Homme, si bien qu’à ce moment, nous atteignions, à l’est, le chemin de Lumières à Béthincourt, et, à l’ouest, le croisement de la même route avec celle de Chatf aneourt-Béthincourt. Notre situation se rétablissait.
- Se sentant, incapable, provisoirement, de prendre le Mort-Homme de front, l’ennemi va chercher désormais à le tourner, en multipliant sans ménagement ses attaques contre la cote 304, qui lui fait suite à l’est.
- L'assaut commença dans la soirée du 4 mai, après le bombardement habituel.
- Repoussés mais non découragés, les Allemands font donner l’artillerie pendant trois journées consécutives, couvrant de leurs leux nos positions sur un front de 5 kilomètres : depuis le chemin d’Hsnes à Malan-court jusqu’au Mort-ÏIomme. Puis, le 7, ils engagent tout un corps d'armée, qui tente
- LE GÉNÉRAL NIVELLE
- Successeur du général Pétain à la lêle de l'armée de Verdun.
- p.73 - vue 76/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- de nous enfoncer à l’ouest du Mort-Homme et dans le ravin où viennent finir, en convergeant, les pentes des cotes 304, 205 et 295. Après des combats acharnés, ils arrivent tout juste à s’emparer d’un boyau dans cette dernière région. Une contre-attaque nous le rend d’ailleurs dans la nuit même.
- Dans l’après-midi du 8 mai, ils veulent déclancher une attaque à l’ouest du Mort-Homme contre la cote 287, mais elle avorte sous notre feu. Dans la nuit, ils en entreprennent trois autres à gros effectifs ; deux de ees attaques, engagées simultanément, portent, la première contre nos tranchées de la crête 287, la seconde contre nos positions au nord-est de la cote 304 ; une troisième se produit, au moment où les deux premières sont engagées à fond, contre les bois qui bordent à l’ouest la cote 804.
- Toutes, d’ailleurs, échouent, coûtant très gros à l’ennemi.
- Les jours suivants, nous réalisons quelques progrès, et sur les pentes ouest du Mort-Homme et aux accès de la cote 287, au sud d’IIau-eourt. Dans la nuit du 17, les Allemands veulent réagir dans celle dernière région et. s’efforcent de nous enlever le réduit d’Avoeourt, en pure perte d'ailleurs. Par contre, nous nous emparons d’un fortin ennemi sur la pente nord-est de la cote 304. Dans la soirée du 18, ils renouvellent avec plus de force leur tentative précédente contre nos positions du bois d’Avoeourt et de l’ouest de la cote 304. Deux divisions fraîches nouvellement arrivées sur le front sont chargées de l'affaire. Repoussées aux deux ailes, elles parviennent, au centre, à nous prendre un petit ouvrage situé au sud de la cote 287. Leurs pertes furent importantes.
- Le 20 mai — 90u jour de bataille — les Allemands reviennent à l’attaque du Mort-Homme même, et, cette fois, il s’agit d’une action de grande envergure, qui débute sur un front de 10 kilomètres, mais ne tardera pas à s’élargir. Quand, après un intense bombardement, les bat aillons allemands s’avancèrent sur un terrain bouleversé que nos premiers éléments avaient dû abandonner, ils croyaient la partie gagnée. Emportés par leur course, des fantassins ennemis réussirent, même des côtes nord et nord-ouest du Mort-Homme, à aborder notre tranchée de deuxième ligne, mais notre artillerie eut
- vite fait de les faire relluer en désordre.
- Le jour suivant, la bataille s’étend d’Avo-court à la Meuse. La lutte est simplement animée. Sur les pentes nord-ouest du Mort-Homme, les Allemands multiplient leurs efforts pour consolider le léger gain qu’ils avaient obtenu là l’avant-veille. Une brigade tente vainement de se ruer à l’assaut de nos tranchées. Elle ne réussit qu’à se faire tuer beaucoup de monde. A l’est, les attaques ennemies ne furent pas plus heureuses.
- Après une courte accalmie, la bataille reprend, plus furieuse que jamais, dans la soirée du 23 mai, s’étendant de la cote 304 au Mort-Homme. Notre ligne ne fléchit pas.
- Dans la nuit du 23, l’ennemi nous enlève
- le petit village de Cumières, mais il tente vainement d’en déboucher.
- Le 26, dans un beau retour o'ffensif sur Cumières, nous parvenons à re-prendre pied dans la partie est du village.
- Le 29, l’ennemi attaque à d e il x reprises nos positions de la cote 304 et subit de sanglants échecs. Le même jour il essaie de déboucher du bois des Corbeaux sur le Mort-Homme, mais quelque vigoureuse que soit son action et quelque prix qu’il y mette, il ne réussit qu’à nous enlever 800 mètres de tranchées au nord-ouest de Cumières. En fin de soirée, les Allemands renouvellent leur effort contre le Mort-Homme avec une division fraîche. Ils ne parviennent pas à entamer nos lignes sur les pentes est, mais nous forcent, par contre, dans la région du bois des Caurettcs, à nous replier au sud du chemin de Béthincourt à Cumières.
- Le 30 mai, la pression allemande s’accentue. Après un bombardement d’une violence inouïe, l’ennemi lance des attaques répétées à gros effectifs sur nos tranchées à l’est du Mort-Homme et sur les positions que nous tenons aux deux extrémités du village de Cumières. L’affaire est si chaude, si violente, que nos troupes sont forcées de se replier jusqu’à la station de Chattancourt. Une contre-attaque vigoureuse ne tarde pas, d’ailleurs, à l’amener l’ennemi sur Cumières.
- En résumé, aux premiers jours de juin, voici la situation sur la rive gauche de la Meuse : nous avons perdu un peu de terrain, notamment au î\!ort-IIomme, où nous ne tenons plus, comme point culminant, (pie la cote 286.
- LES KNV1KONS 1)’aVOC()U1!T 15T I.ES COTES 287 ET 304
- p.74 - vue 77/197
-
-
-
- SUR LE FRONT OCCIDENTAL
- LES ABORDS IMMÉDIATS DU FORT DE DOUAUMONT, BOUUKVKRSKS I*A1I LES ORES
- Si nous passons maintenant sur la rive droite de la Meuse, nous voyons, là aussi, la lutte arriver à un extraordinaire degré de paroxysme vers la fin du mois.
- Une attaque heureuse de notre part, au centre, le 15 avril, au sud de Douaumont, provoque, le jour suivant, une vigoureuse riposte ennemie. Après un bombardement d’une intensité croissante, deux divisions attaquent, à deux heures de l’après-midi, entre la Meuse et Douaumont. Des vagues successives d’assaut se heurtent, sur un front de 4 kilomètres, à nos tirs de barrage et à nos feux de mitrailleuses .
- Partout les Al-lemands, qui t o m b e n t p a r centaines, sont repoussés, sauf sur le petit saillant que notre ligne forme au sud du bois du Chauffour.
- Le 29 avril, nous enlevons une redoute fortifiée au nord-ouest de l’étang de Vaux. Les Allemands répondent, le jour suivant, par une puissante action, entre la ferme Thiaumont et l’étang de Vaux et il nous faut contre-attaquer pour les déloger des premières lignes, où ils avaient réussi à prendre pied.
- C’est ensuite l’accalmie relative jusqu'au 28. Ce jour-là, l'ennemi attaque en force à l’ouest de la ferme Thiaumont et entre
- Douaumont et Vaux. Il se fait d’ailleurs partout repousser avec de grosses pertes.
- Le 1er mai, nous enlevons aux Allemands, après une lutte opiniâtre, 500 mètres de tranchées au sud-est du fort de Douaumont .
- Le 7, l’ennemi attaque sur un front de 2 kilomètres entre le bois d’IIaudromont cl le fort de Douaumont. 11 est repoussé partout, sauf à l’ouest où il s'empare de 500 mètres de tranchées que des contre-attaques, exécutées dans la nuit môme, vont d’ailleurs nous rendre pour la plus grande partie.
- Le 12, nous repoussons une série de tentatives cou t re nos tranchées au sud-est du fort de Douaumont. Puis, c’est, encore une fois, une sorte d’arrêt de l’offensive jusqu’au 21, jour où nos troupes enlèvent les carrières, fortement organisées, d’Haudro-mont.Ce n'était d’ailleurs qu’un début. Le jour suivant, on apprenait, avec u n e joie i n -tense, que nos troupes, au cours d’une attaque portant sur un front de 2 kilomètres environ, de l’ouest de la ferme Thiaumont. jusqu’à l’est du fort de Douaumont, avaient repris aux Allemands les ruines de cet ouvrage avancé.
- Mais était-il possible de s’y maintenir? Les uns disent oui, les autres non.
- I.A RÉGION DU MORT-HOMME ET 1)K CUMIÈRES
- p.75 - vue 78/197
-
-
-
- 76
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Toujours est-il que les Allemands ont redoublé d’efforts pour nous déloger du fort de Douaumont. Dès le 24, deux divisions bavaroises, nouvellement arrivées sur cette partie du front, multiplièrent leurs attaques frénétiques contre nos positions. Au prix de pertes énormes, elles parvinrent, finalement, à réoccuper les ruines du fort et tentèrent même de nous déborder du côté du bois de la Caillette, mais cette tentative resta vaine
- Du 24 mai au 1er juin, l’ennemi engage, aux abords sud de Douaumont, à l’est et à l’ouest, toute une série d’actions pour se donner de l’air, mais ses progrès restent minimes ; à ce moment, notre ligne, partant des abords immédiats de la ferme Thiau-mont, traversait le bois de la Caillette, pour passer ensuite au nord de l’étang de Vaux et suivre le chemin de Douaumont à Damloup.
- Le 1er juin, l’ennemi veut frappe r u n grand coup, en engageant tout d’abord sur tout le front ferme Tliiau-mont-Vaux une bataille acharnée, qu’il étend, le jour suivant, au secteur de Vaux-Damloup.
- Ce furent, depuis le 2 jusqu’au 6 juin, une série de combats acharnés, dont la violence n’avait peut-être jamais été égalée.
- Dans la soirée et dans la nuit du leI juin, nous résistons à tous les assauts lancés sur le secteur ferme-Thiaumont-Douaumont ; nous sommes moins heureux au sud du fort, où l’ennemi réussit à nous déloger du sud du hois de la Caillette et à avancer jusqu’aux abris sur l’étang de Vaux. Il se trouve maintenant aux abords du fort de Vaux, et ce fort, il va essayer de l’enlever de vive force et par l’ouest et de front et aussi par un mouvement tournant assez habile partant du pied des Côtes de Meuse.
- Le 2 juin, il lance sans discontinuer des masses compactes à l’assaut de nos positions, entre l’étang de Vaux et le fort de ce nom. A l’ouest, notre ténacité et nos contre-attaques nous permettent de nous maintenir. Devant le fort même, que l’ennemi aborde par l’ouest et par le nord, nous opposons pendant toute la journée une résistance acharnée, et les bataillons ennemis fondent sous le feu de nos canons et de nos mitrailleuses. En fin de soirée, l'ennemi voit amener
- de nouveaux renforts, mais ceux-ci, sous le feu meurtrier de nos canons, refluent en désordre jusqu’au village de Dieppe.
- Sur ces entrefaites, • l’ennemi a esquissé son mouvement tournant en pénétrant dans le village de Damloup, dont nous continuons cependant à garder la majeure partie.
- Cependant, dans la nuit du 2 au 3 juin, il renouvelle son effort contrô le fort de Vaux, et, pendant des heures, il y eut des alternatives d’avance et de recul. Finalement, à la suite d’une forte attaque, les Allemands réussirent à pénétrer dans le grand fossé nord du fort. Mais le réduit central nous restait, défendu par l’héroïque commandant Raynal. à la tête d’une poignée d’hommes.
- Deux nouvelles tentatives, parties de Damloup pour tourner le fort, l’une exécutée dans la soirée du 3 juin, l’autre dans la matinée du 4, échou-èrent, la première, à la suite d’une vigoureuse contre-attaque, la seconde, sous la seule action de nos violents feux d’artillerie.
- Dans la nuit du 4 au 5, les Allemands reprirent avec fureur leurs tentatives sur le front nord du fort de Vaux Ce fut alors une série de combats homériques entre la garnison et les fractions ennemies installées dans le fossé. Vain héroïsme : le fort et ses défenseurs finirent par succomber le 7.
- Nous n’exalterons jamais assez le courage, l’esprit de sacrifice de celles de nos troupes qui ont tenu l’ennemi en échec devant le fort de Vaux. « Sur les pentes nord-ouest du fort, raconte un officier blessé, nous avons, en moins de quarante-huit heures, repoussé dix-sept attaques et fait six contre-attaques à la baïonnette. Les masses qui ont été lancées contre mon régiment et le régiment voisin, peuvent être évaluées à une division ennemie ». Si l’on ajoute à cela que nos braves eurent à supporter de véritables torrents de flammes, on peut se faire une idée de l’énergie surhumaine qu’ils eurent à déployer dans cette lutte sans exemple.
- Mais le fort de Vaux n’est pas Verdun. Avant d’arriver à notre grande forteresse de l’Est — si jamais ils y arrivent — les Allemands auront vu fondre dans la fournaise tant de régiments et tant de divisions qu'ils eu resteront épuisés pour de longs mois.
- LU CHAMP DE BATAILLE DE DOUAUMONT ET LES Al'PîiO-C11ES DU FORT DE VAUX
- p.76 - vue 79/197
-
-
-
- SUR LE FRONT OCCIDENTAL
- II
- UNE COMPAGNIE ALLEMANDE RETOUR DES TRANCHÉES DÉFILE DEVANT I,E KRONPRINZ
- Les victoires de nos amis les Russes sur les champs de bataille de la Volhynie, de la Bukovine et de la Galicie ont-elles influencé fâcheusement le commandement ennemi sous Verdun ? On serait presque tenté de le croire,
- car, jusqu’au 14 juin, dans les secteurs verdunois où la lutte faisait rage, les communiqués officiels n’ont plus eu à enregistrer que des bombardements et quelques actions locales d’une importance secondaire.
- Sur toute l etendue du front britannique
- L’extension des lignes anglaises du nord d’Ypres à la Somme, où nos alliés tiennent actuellement un cinquième environ du front occidental, nous a permis des déplacements de troupes et de matériel dont l’utilité, au plus fort de la bataille de Verdun, n'a pas besoin d’être soulignée.
- Ce qui a encore dominé sur celte partie du front pendant la période qui nous occupe, c’est la guerre de mine et de sape, ce sont ces petits coups de main ou raids locaux où excellent les soldats britanniques.
- C’est ainsi que le 18 avril nous voyons les Allemands attaquer aux environs d’Ypres sur quatre points différents, de Saint-Eloi à la route d’Ypres à Langemark, et remporter de petits avantages sur deux d’entre eux ; mais, dès le 21, une intervention d’un régiment anglais rétablit la situation.
- Le 25, coup de main de nos Alliés sur le secteur de la Bassée. Le 26, nous avons à enregistrer toute une série d’attaques allemandes. L’une d’elles échoue près d’Armentières ; deux autres, qui se produisent à la cote 60, près de Zellebuth, et à Saint-Eloi, ne sont pas plus heureuses ; une quatrième, dans la région de la redoute Holienzollern, au-dessus de Loos, n’a qu’un succès éphémère.
- L’ennemi se promettait assurément un meilleur sort d’une tentative engagée le 27 dans la région de Loos-IIullueh, après une
- copieuse émission de gaz asphyxiants. Ce fut d’abord un premier rideau de gaz avec accompagnement de tirs de barrage ; deux heures après, nouvelle masse gazeuse et bombardement violent à la suite duquel se. déclanche l’attaque d’infanterie. Les Allemands réussirent bien à enlever et la première tranchée et même la tranchée de doublement au nord et au nord-est de Loos, mais la seizième division irlandaise, contre-attaquant, ne leur laissa pas le loisir de s’y consolider. En somme, mauvaise opération pour les Allemands où ils perdirent pas mal de monde et abandonnèrent des prisonniers.
- Le 28, c'est à Roclincourt, au sud-est d’Arras, qu’ils essaient vainement d’attaquer après avoir fait exploser cinq mines.
- Le 29, journée mouvementée. Dans la nuit, les Anglais attaquent le Crassier (amoncellement de débris de charbons) entre Loos et Liévin. Le matin, les Allemands répondent par deux attaques exécutées du côté d’riulluch, sous le couvert de nappes gazeuses. Elles furent d’autant plus facilement repoussées que le vent rejeta les gaz vers les tranchées ennemies que leurs occupants durent évacuer sur une longueur de 700 mètres.
- Mais les gaz asphyxiants n’étaient pas réservés qu’à la 6° armée anglaise. Celle qui garde le secteur précédent, la 4e armée, allait, elle aussi, avoir à s'en garer dans la
- p.77 - vue 80/197
-
-
-
- 78
- LA SCIENCE ET LA VIE
- même nuit du 29 au 30. C’est sur la route de Messine, sur une largeur de 3.500 mètres, que les Allemands émirent leurs émanations toxiques. Puis ils lancèrent huit vagues d’assaut, parmi lesquelles deux seulement réussirent à aborder les tranchées britanniques. L’jmc fut brisée sur-le-champ, l’autre réussit à déborder la première ligne de nos alliés, mais, quarante minutes après, une contre-attaque remettait tout en état.
- Le même jour, 30, une attaque dirigée, à Fricourt, contre la 2° armée anglaise, échoue. De même, avortement, dans la nuit du l'r au 2 mai, de tentatives analogues à l’est d’Ypres et au nord d’Albert.
- Dans la nuit du 4 mai, les Anglais ont à subir un petit choc à Mari-court. Ilséprou-vent quelques pertes, mais l’affaire se trouve en quelque sorte compensée par un raid exécuté dans des tranchées ennemies du côté du Double-Crassier.
- Le 7 mai, on signale de petits combats sur le front de la 2° armée anglaise, vers le bois de Thiep-val. Le 11, c’est à Ovillers (pie les Allemands, en petit nombre, tâtent vainement la même armée.
- Le 11, c’est la 6° armée qui est l’objet d’une très vive attaque au nord-est de Ver-nielles. Les Allemands réussissent à s’emparer de 500 mètres de tranchées, mais, la nuit suivante, une contre-attaque rend à nos alliés une partie du terrain perdu.
- Le 12 au soir, l’ennemi attaque par trois fois au nord de la Somme, à Maricourt, et réussit à prendre pied dans la tranchée de première ligne pour en être délogé peu après.
- Dans la nuit du 15, un détachement allemand parvient à- prendre un petit élément de tranchée au sud d’ilébuterne.
- Le même jour, une action assez importante se déroule dans l’Artois. Sur la crête de Winïy les fusiliers du Lancashire, après avoir fait exploser une mine, réussissent à s’emparer de 250 mètres de tranchées et infligent des pertes sérieuses à l’ennemi. La position, naturellement, est trop importante pour que les Allemands ne réagissent pas, et cet emplacement, peiuhint toute la seconde moitié de mai, va être le théâtre de combats très vifs avec des fluctuations diverses.
- Dans la nuit du 16, incursion heureuse du Stradfords highlanders dans les tran-
- chées allemandes, au nord de Roclincourt.
- Le 17, les Allemands, à la faveur d’un bombardement violent, réussissent à reprendre la plus grande partie du terrain perdu autour de l’entonnoir de Wimy. Le lendemain, ils complètent leur gain par la prise d’un petit poste et font exploser une mine au sud-est de Roclincourt, essayant sans succès de se donner un peu l’air.
- Le 19, le régiment de North Lancashire reprend à l’ennemi remplacement de l’entonnoir de Wimy, perdu les 17 et 18.
- Le même jour, les Allemands attaquent au sud de Loos. Après avoir atteint la tranchée de première ligne, ils en sont expulsés.
- Les jours suivants, l’artillerie allemande
- donne avec violence sur une grande partie dufront de l’Artois. C’est le prélude d ’ une attaque en force qui se produit dans l’a-près-midi du 21 et qui a, naturellement, pour théâtre la crête de Wimy. L’ennemi parvient à s’emparer de 1.500 mètres de tranchées de première ligne, sur une profondeur de 1 à 300 mètres, à l’extrémité nord du sommet de la crête.
- Le 25, les Anglais réussissent un coup de main contre les tranchées allemandes de Mametz. Pendant ce temps, le duel d’artillerie augmente d’intensité sur la plus grande partie du front. Tout aussi active est la guerre de mines. Le 20, nos alliés font exploser cinq fourneaux : trois près d’IIullueh, deux autres au sud-est de Cuinchy ; (1e leur côté, les Allemands font sauter une mine pi’ès de la redoute Hohenzollern, et une autre à l’ouest du fortin de la Folie, mais ne parviennent pas à déloger les troupes britanniques, qui se maintiennent sur l’entonnoir.
- Dans la nuit du 27, une tentative allemande contre les tranchées britanniques à l’est de Calonne échoue piteusement.
- Le 29, l’ennemi bombarde activement la région de Loos et violemment toute la région d’Arras jusqu’à Neuville-Saint-Vaast.
- Le 30 mai, un fort bombardement dans la région de Neuve-Chapelle est suivi d’une attaque d’infanterie qui, après avoir fait irruption dans les tranchées anglaises, est finalement repoussée avec des pertes.
- Signalons en terminant un très beau succès remporté par les troupes canadiennes, le 14juin.au sud-est deZillebeke,près d'Ypres.
- p.78 - vue 81/197
-
-
-
- SUR LEUR FRONT EUROPÉEN LES RUSSES CULBUTENT LES AUTRICHIENS;
- ILS POURSUIVENT LES TROUPES OTTOMANES A TRAVERS LA TURQUIE D’ASIE
- La lutte sur le front de la Russie d’Europe n’avait été, jusqu’aux premiers jours de juin, marquée par aucun engagement important. L’offensive développée par le généra]
- Kouropatkine sur le front nord, dans la région Riga-Dwinsk, avait été interrompue à la fin de mars par le dégel et n’avait pas été reprise. L’armée du Sud avait reçu un nouveau commandant en chef et, depuis le mois de janvier, ne s’était livrée à aucune action intéressante. L’armée du Centre, sous le généra] Evert, s’était montrée tout aussi muette.
- Cette période d’inactivité apparente avait été consacrée par nos Alliés à d’immenses préparatifs, dont nous verrons plus loin les premiers résultats Cependant, sur le front asiatique, en Arménie et en Mésopotamie, l’armée russe a fait de grands efforts durant cette période. Elle a remporté de nouveaux succès — dont un éclatant — la prise de Trébizonde La possession de
- ce port permettra d'accélérer la conquête de l’Asie Mineure. Les renforts amenés en liàte par les Turcs n’ont pas réussi à paralyser les progrès des colonnes du grand-duc Nicolas, qui, dans la direction du littoral, dans celles d’Erzindjan, de Diarbékir de Mossoul et enfin de Bagdad, menacent le cœur de l’empire ottoman. Malheureusement, cette quadruple marche n’a pas permis de secourir à temps le général anglais Townshend qui, enfermé depuis plus de quatre mois dans- Kut-El-Amara, a dû effectuer sa reddition. Mais tout semble annoncer que eet échec sera rapidement réparé et que l'armée turque de Bagdad va être condamnée à une retraite, d'ailleurs des plus périlleuses.
- Au début de juin, les Turcs, évidemment stimulés par le grand état-major allemand, ont tenté un nouvel effort contre le centré russe, à Test d’Erzindjan. Nos alliés ont dû marquer un léger repli qui ne saurait être inquiétant.
- G12 NÉ RA I. S EI, I VA NO K F Commandant nue armée russe
- Nos Alliés face aux Austro-Allemands
- Toute la période qui a suivi le dégel paraît avoir été consacrée par nos Alliés russes à un grand effort de réorganisation. Des traces de travail intérieur se sont manifestées, d’abord par d'importants changements de personnel : le 31 mars, le ministre de la Guerre, général Polivanoff, a donné sa démission, pour des raisons qui n’ont pas été divulguées. La Douma et les différentes autorités ont rendu justice au labeur exécuté par cet administrateur qui avait succédé, six mois auparavant, au généra,!
- Soukhomlinoff, aujourd’hui poursuivi pour mollesse et haute trahison et enfermé à la forteresse Saint-Pierre et Saint-Paul.
- Le général Polivanoff a eu lui-même pour successeur le général Schouvaïeff, dont les fonctions étaient, celles d’intendant général d’armée, mais qui avait précédemment exercé un important commandement tactique : celui de 2e corps d'armée caucasien. En portant son choix sur un général fraîchement spécialisé dans les questions d'intendance, le tsar Nicolas II semble avoir
- p.79 - vue 82/197
-
-
-
- 80
- LA SCIENCE ET LA VIE
- voulu déterminer le rôle particulier du ministre de la Guerre, qui est d’organiser, d’équiper, d’armer les troupes dans les dépôts à l'intérieur, de ravitailler et de réapprovisionner en munitions les armées du front, dont l’empereur, assisté du général Alexeïeff, assume en personne le commandement. D’après des communications dont le caractère sérieux ne saurait être mis cm doute, les armées russes sont actuellement redevenues aussi nombreuses qu’au mois d’août 1914, et, de plus, elles disposent d’immenses réserves encore dans les dépôts. Si donc, ces masses énormes sont convenablement équipées, armées, instruites et amenées en temps voulu sur le théâtre de la guerre, la victoire est certaine. Certes c’est une tâche immense et cpii se heurte à de colossales diffi-c u11 é s, étant donné les distances, l’insuHi-sance des ressources industrielles de la Russie et l’isolement relatif dans lequel elle se trouve à l’égard de ses alliés, mais c’est un rôle aussi essentiel que la direction même des opérations de guerre.
- A côté de ce changement ad-m i n i s t r a t i f, d’importantes m u t a t i o n s se sont produites dans le haut commandement. Le 2G février, les armées du Nord étaient passées de l’autorité du général Roussky à celle du général Kouropatkine ; le 2 avril le groupe d’armées du Sud a été confié au général Broussiloff. Le général Ivanolï, qui l’avait commandé jusque là avec de grands succès, a été nommé membre (lu conseil de l’Empire et attaché à la personne du tsar. On se souvient que ce tacticien éminent -— le seul qui eût conservé jusque-là son commandement depuis le début de la campagne — à la tête de l’aile gauche russe dans l’offensive de Galieie, avait brillamment emporté Lemberg, en septembre 1914, et, par son avance foudroyante, avait déterminé la retraite générale de l’armée austro-hongroise. Depuis, il s’était ernpai'é de Przcmysl et, quand l’heure de. la retraite russe eut sonné, après la perte de la bataille des Carpathes et l’enfoncement des lignes de la Dounajec, en septembre 1915, ce fut lui qui, opposé à la droite austro-allemande, sut l’arrêter à la hauteur de la Galieie et de la Bukovine et l’empêcher de pénétrer dans les riches
- territoires de la Russie méridionale. Ses succès, au milieu du désastre général, engagèrent, le tsar à lui confier l’importante offensive de décembre-janvier dernier dans la région de Czernowitz. Il est certain que le résultat ne répondit pas à l’attente du souverain : pas plus que les Français en Artois et en Champagne, pas plus que les Allemands sur l’Yser et sous Verdun, les Russes ne réussirent à rompre le front ennemi. Toutefois, il serait exagéré de parler d’une disgrâce : après vingt mois d’un labeur écrasant et ininterrompu un général d’armée peut bien prendre quelque repos. Le général Ivanoff paraît avoir choisi lui-même son successeur dans la personne de son meilleur lieutenant, le général Broussiloff. Le nouveau commandant des armées du Sud
- s’était particulièrement distingué, en septembre 1914. dans les batailles sous Lemberg et il avait été cité, à l’occasion de la prise de cette ville, dans plusieurs bulletins du grand-duc Nicolas.
- Les Austro-Allemands, qui avaient monté sur le front occidental la double offensive de Verdun et du Tren-tin, ont retiré du front oriental la majeure partie de leurs troupes de combat. Perfectionnant la fortification de leurs lignes, et augmentant dans d’énormes proportions le nombre et le calibre de leur artillerie, ils ont cru pouvoir ne laisser en face des Russes que des combattants de deuxième qualité — divisions d’ersatz ou de landsiurm — à la garde des tranchées. Au moins 200.000 Allemands paraissent avoir passé du front de Cour-îande et de Pologne au front français.
- Dans le secteur Riga-Dwinsk, le détachement de Mitau regardant vers Riga, est composé de landsturm (1er corps de réserve, 6e et 7Ge divisions de réserve, plus une division de landwehr.) Devant Dwinsk se trouve la 8e armée, sous le commandement du général von Schlotz. Au sud de Dwinsk, se place la 10e armée, commandée par le général von Eichhorn. Elle garde le front jalonné de lacs qui va de Vidzy à la Vilia, et qui fut attaqué par Kouropatkine au mois de mars. Pendant la période avril-mai, von Eichhorn et von Seholtz, l’un et l’autre sous le commandement de Uindenburg, ont contre-attaqué,
- ... __0 v. Rida K
- AltSauken )
- T
- Preli
- o
- feimany^ ^ °S/oboda
- Ponedtiïi
- ftaki^chki o, Skopischki
- °J(,upischki bKornan
- ) \
- c Nowo-Alexandrowsk
- '^rDruja[p
- hdr^Scki^^Uschpij[z^^p^r2^BraiaW 9 $rebrodj
- n ^o. ‘cfê&â/® ^y&Drismatvr Tfastfo
- dstaty Pop OS t
- OmscntyQ Uzjany s J\ o » 0 0
- ^ J S WidsvV offoj-u
- oLody
- % KukuzischJa\ Igna/inb^.
- t^~^ScbacP$M,
- LE SECTF.UIt DE DWINSK, OU LES ALLEMANDS ENTRETIENNENT UNE LUTTE PERMANENTE
- p.80 - vue 83/197
-
-
-
- SUR LE FRONT ORIENTAI,
- 81
- et le premier a réussi à reprendre les tranchées qu’il avait perdues au sud-ouest du lac de Narotch. Von Seholtz semble avoir été moins heureux. Il a l'ait des tentatives nombreuses sur la Dv ina, vers Jacobstadt, et la tête de pont d’Ilkusk — plus récemment vers l’île Dahlen, au sud de Riga. Il n'a manifestement obtenu aucun succès. On a prêté à Ilindenburg l’intention de marcher de nouveau sur Riga et de chercher à s’en emparer avec la collaboration de la flotte. Depuis le combat naval du Î31 mai, une tentative de ce genre paraît fort improblable.
- Au sud de la 10e armée, la 12e, aux ordres du général von Fabeck, occupe l'es-
- pace entre la Vilia et le Niémen. Elle multiplie chroniquement des tentatives d’ailleurs peu prononcées, dans la région de Smorgon. Au-dessous et jusqu’au canal Oglinski, la 9e armée, aux ordres du général von Woyrseh, fait face au groupe du général russe Evert. Elle n'a pas fait parler d’elle depuis l’automne de l'année dernière.
- Au sud, le Iront austro-hongrois, s’étendant du Pripet à la frontière roumaine, a été enfoncé le 4 juin, par l’armée Broussilolf qui a fait ce jour-là etles jours suivants 114.700 prisonniers et pris un nombreux matériel. Le 7 juin, les Russes reprenaient la ville de Loutsk et ils poursuivaient leurs succès.
- Les lourdes défaites turques en Arménie
- Sur le vaste théâtre de l’Asie Mineure, la lutte a été marquée par deux grands événements : au nord , la prise de Trébi-zonde par les Russes; au sud-est, la reddition du petit corps anglais du général Towns-liend, assiégé dans Kut-el-Amara.
- En même temps que les Turcs reculaient devant les Russes et leur cédaient le meilleur port de l’Arménie, ils obtenaient donc un a vantage sur les Anglais qui les attaquaient en Mésopotamie.
- On verra plus loin que l’avantage ne compense vraiment pas l’échec.
- Après la prise d’Erzeroum, l’aile droite des armées russes du Caucase s’était avancée, parla vallée du Tchofokh, dans la direction de Baïbourt, position qui barre la route d’Er-zeroum à Tré-bizonde, tandis qu’une autre colonne, plus au sud, suivait les forces ottomanes en retraite dans la direction de Erzin-djan. La tâche du premier de ces corps avait été facilitée par
- le débarquement à Otina, sur la mer Noire, d’une force nouvelle de 40.000 hommes, venue grossir les éléments qui opéraient déjà le long du littoral. L’action simultanée de ces deux forces, convergeant vers Tré-bizonde l’une de l’Est, l'autre du Sud-Est, devait amener la reddition de la place. Or il est arrivé que la colonne du littoral seule,
- mais avec l’appoint considérable de la flotte russe, a réussi à prendre Tré-bizonde, tandis que la colonne du Tchorokh restait immobilisée dans les massifs montagneux, (elle n’est pas encore parvenue à Baïbourt). Cela ne veut pas dire qu’elle n’ait pas concouru au succès : bien au contraire. Ces corps d’armée, ceux des généraux Prjewals-kv et Kaliline, — qui s’étaient a u p a ra v a n t emparés d’Er-zeroum — attiraient sur eux les renforts hâtivement envoyés par les Turcs et, pendant qu’ils sou-t e n a i e n t u n e lutte assez rude, ilspermettaient
- LES DRAPEAUX PUIS PAR I.ES RUSSES A ERZEROUM
- «
- p.81 - vue 84/197
-
-
-
- 82
- LA SCIENCE ET LA VIE
- à leurs camarades de la côte de progresser.
- Les Turcs s’étaient organisés fortement le long des petits fleuves Kalapotamos, Baltadji et Oghéné-Déré qui, descendant des montagnes perpendiculairement au littoral , forment en avant de Trébizonde une série de lignes de défense naturelles contre un assaillant venant de l’Est.
- Néanmoins, ces trois lignes furent successivement enlevées et, dans les pre-m i e r s jours d’avril, l’armée du général Haï-klioff arriva devant la quatrième et dernière, celle derrière laquelle se trouvait immédiatement Trébizonde, la ligne du Kara-Déré. Le 7 avril, les Russes enlevaient par surprise les tranchées de la rive droite du fleuve et rejetaient les Turcs sur la rive gauche. Le 14, après un combat acharné, appuyés par le canon de la flotte, ils délogaient les Ottomans des positions de cette dernière rive.
- Le 15, ils occupaient Surmène, à 25 kilomètres de Trébizonde. Poursuivant l’ennemi en fuite, ils arrivaient Drona, à seulement 11 kilomètres de la ville. Les Turcs, déjà très menacés, furent subitement débordés par une attaque surgie à l’ouest de Trébizonde. La flotte russe opérant un débarquement que le communiqué du grand-duc Nicolas qualifie de « des plus téméraires », lançait un détachement <1 ni prenait à revers l’ennemi.
- Il sic restait plus à celui-ci d’autre ressource, pour n’être pas enveloppé, que de se jeter dans les chemins de montagne, sur la route encore libre de Baïbourl. On croit que la garnison ottomane s’élevait à 55.000 hommes. En dernier lieu, les Turcs avaient, en effet, amené 3 divisions fraîches. Ils paraissent avoir pu retirer à temps la majeure partie de ces troupes, car les communiqués russes n’ont annoncé qu’un petit nombre de prisonniers. L’artillerie
- de campagne put être également sauvée. Seuls furent capturés 14 canons de gros calibre et quelques pièces d’artillerie légère.
- La prise de Trébizonde a. d’immenses
- consé quence s politiques et militaires. Le résultat matériel immédiat est la possession d’une riche province de 31.905 kilomètres carrés, peuplée de près d’un million et demi d’habitants. C’est ensuite la possibilité d’assurer en trois jours le transport de troupes, de munitions embarquées à Odessa, à Sébastopol et à Novorossisk, pour les armées d’Arménie. Le grand état-major russe réalise ainsi un gain d’un mois sur le trajet qu’il devait précédemment effectuer par la longue et difficile voie du Caucase, via Bakou-Tiflis-Sarykamy scli - Erzeroum. l’a r cette nouvelle base côtière parviendront donc dix fois plus vile renforts et ravitaillements aux armées du grand-duc Nicolas.
- Les résultats moraux et politiques ne sont pas moins importants. Trébizonde assure la possession de toute l’Arménie, la libération de tout ce qui subsiste de la population chrétienne de cette immense province. L’antique Trapezos des empereurs grecs de Constantinople tire son nom d’une vieille muraille en forme de trapèze qui entoure le plateau rocheux sur lequel elle est bâtie. Au sommet du promontoire, entre deux précipices, se dresse une forteresse rattachée par une arête de quelques mètres de largeur au Boz-Tépé, ou Mont-Gris. Un vieux château termine les fortifications, qui sont le seul vestige de l’antique cité byzantine. La ville turque s’élève sur les flancs du plateau. La population est de 55.000 habitants, sur lesquels environ 20.000 chrétiens, Arméniens et Grecs. Les musulmans sont en grande partie restés,mais au moment du départ des soldats turcs, de nombreux Arméniens ont été massacrés, avec
- LA ItÉGION OU LES RUSSES POURSUIVENT LEUR MARCHE, AU SUD ET A L’OUEST DE TRÉBIZONDE
- GÉNÉRAL VANNOWSKY
- Commandant un corps d'armée russe en Arménie.
- p.82 - vue 85/197
-
-
-
- SUR LE FRONT ORIENTAL
- 83
- LES VIEILLES FORTIFICATIONS DE TRÉBIZONDE EMPORTÉES D’ASSAUT PAR LES RUSSES
- une férocité inouïe. Trébizonde est reliée à Erzeroum par une route carrossable de 310 kilomètres, sur laquelle l’état-major a dû déjà établir un service d’automobiles.
- Les Turcs, conduits par des officiers allemands, assistés même, (lit-on, de renforts
- allemands (probablement formés de troupes spéciales) et par une division austro-hongroise ont cherché à venger cet échec. Le 14, les Russes ont dû se replier dans la région d’Ach-lvalat, et, au début de juin, ils ont même dû évacuer Mahamatoum.
- Les Russes rejoignent les Anglais en Mésopotamie
- En définitive, les progrès des armées du général Youdénitch en Arménie ont été lents. Par contre, plus au sud on a vu surgir de Perse et pénétrer en Mésopotamie les contingents du général Raratof. La colonne qui était parvenue à Iver-manschah, avec, pour objectif,
- Bagdad, occupait le 10 mai Kasrishirin, à 1(>0 kilomètres dans le nord-est de cette ville, à une journée de marche de Khanikin, où les Turcs sont, dit-on, fortement retranchés.
- Ces mêmes contingents envoyaient dans la direction de l’armée anglaise de Kut-el-Amara des détachements de cavalerie qui, faisant un long détour à travers le territoire nersan, atteignaient le 21 mai le camp britannique.
- En même temps, une autre colonne débouchant au sud-ouest du lac d’Ourmiah, arrivait le 20 à Sakkys et le 23 à Serdecht, tout près de la l'ron-lière ottomane, à environ 210 kilomètres au Sud-Est de l’important centre de Mossoul.
- Cette dernière ville est menacée d’autre part, au Nord, par une partie de l’armée russe d’Arménie qui, de Bittis, a pu s’avancer jusqu’à Sert, puis jusqu'à Redivvan (que les Russes
- écrivent Rcvandouza),dans la vallée du Tigre.
- Malheureusement, la marche des Russes en Mésopotamie n’a pu être assez rapide pour atteindre Bagdad et faire lâcher prise à l’armée ottomane qui assiégeait dans Kut-el-Amara le général Tcnvnshend. Ce dernier, après 143 jours de luttes et de privations voyant que la colonne de secours commandée successivement par les généraux Aylmer et, Gorringe, ne parvenait pas à le débloquer, dut, le 29 avril, effectuer sa reddition. Il avait encore avec lui environ 10.000 hommes, dont 8.000 Indiens.
- Depuis le début d’avril, l’armée britannique de secours avait pourtant multiplié les efforts pour tenter de le dégager. Le 5, elle enlevait successivement sur la rive gauche du Tigre trois lignes de tranchées turques à Umm-cl-Hannah ; à 7 heures du matin la 13e division chassait l’ennemi de ses quatrième et cinquième lignes. Restaient encore les fortes positions de Falahiyan et Sannah-i-Yah respectivement à 5 et à 10 kilomètres plus en arrière. En même temps, sur la rive droite la 3e division, commandée par le général Keary s’emparait des tranchées
- GÉNÉRAL GORRINGE Commandant en chef les forces britanniques en Mésopotamie.
- p.83 - vue 86/197
-
-
-
- 84
- LA SCIENCE ET LA VIE
- situées en face de Falaliiyan, ce qui permettait au général Gorringe de reprendre dans la nuit son mouvement sur la rive gauche et d’emporter Falaliiyan.
- Le eommandant en chef britannique prit alors des dispositions pour attaquer Sannah-i-Yah. Le là avril, les lignes avancées des Turcs furent occupées. Mais le IG et le 17 les Ottomans, commandés par des officiers allemands, contre-attaquèrent en force et contraignirent les Anglais à reculer.
- Dix mille Turcs pénétrèrent même dans une partie du front anglais. La situation put être néanmoins rétablie et le 28, après un bombardement qui avait duré trois jours, le général Gorringe lança de nouveau ses valeureuses troupes à l’assaut de Sannah-i-Yah.
- Les bataillons britanniques avancèrent avec beaucoup de sang-froid à travers un terrain transformé par les inondations en marécage ; quelques éléments parvinrent jusqu'à la troisième ligne ottomane. Mais la brigade engagée ne put se maintenir sur les positions conquises et les brigades de renfort, qui s’étaient avancées sur les ailes de la brigade d’assaut, ne réussirent pas à atteindre leur objectif. Sur la rive droite, dans une plaine égale-
- Devant cet insuccès, le général Townshend, dont les soldats étaient réduits à la famine, n'avait plus qu’à capituler. Le 1er mai, le commandant en chef des troupes turques. Khalil pacha, accepta d'échanger les malades et les blessés de la place, qui étaient nombreux, contre un nombre égal de prisonniers musulmans et turcs.
- L’événement est fâcheux en ce sens qu’il a suspendu momentanément une campagne brillamment entamée. Mais tout montre que la marche convergente des Dusses et des Anglais sur Bagdad n’en est nullement compromise. Les Turcs, qui paraissent disposer dans cette région de cinq divisions, voient leur retraite menacée s’ils persistent à se maintenir devant Bagdad. On s’attend à ce qu’ils évacuent prochainement Kut-el-Amara, où ils sont en danger.
- La force du général Gorringe a pu, au début de juin, s'installer dans quelques tranchées qui avaient été évacuées. Il est probable que les Ottomans se retourneront contre les forces russes venant de Perse et tenteront de les refouler. S’ils n’y parviennent pas, leur succès de Kut-el-Amara aura été bien éphémère et leur situation deviendra évidemment des plus critiques.
- GÉNÉRAL KEABY
- Commandant la troisième division anglaise en Mésopotamie.
- l.KS ANGLAIS ÉRIGEANT UN MAT DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, AU SUD DE KUT-EL-AMARA
- ment, inondée et balayée par le feu de l’artillerie lourde et des mitrailleuses ennemies, le général Ivearv ne réalisa que de faibles progrès. Les braves troupes britanniques ne réussirent qu’à se maintenir dans leur lignes premières, en face de Sannah-i-Yah.
- Nous pouvons ajouter que le général Townshend et les officiers de son état-major ont été transférés en Turquie avec beaucoup d’égards, et qu’en témoignage d’admiration pour sa belle résistance, le général anglais a été autorisé à garder son épée.
- p.84 - vue 87/197
-
-
-
- L’OFFENSIVE AUTRICHIENNE OBLIGE LES ITALIENS A SE REPLIER
- La progression, lente niais continue, de l’armée italienne » avait rendu imminente la reddition des principales places ennemies dans IcTyrol méridional (Rove-reto, I.andaro, Riva, etc.)- L’arcliiduc généralissime sentit le besoin urgent de se débarrasser d’une pression devenue trop menaçante. D’ailleurs, il entrait dans les vues du plan d’action des empires centraux de paralyser l’Italie au printemps par une forte contre-attaque autrichienne, afin de l'empêcher de prendre part à une offensivee générale des Alliés. Il était à peu près démontré qu’une campagne en Garnie ou sur le Carso n’aurait pas plus de succès en mai que n’en avaient eu les retours contre-offensifs tentés par les Autrichiens en mars et en avril.
- C’est pour cette raison que le grand état-major autrichien décida de préparer dans le Trentin une violente marche en avant menée par dix-huit, divisions triées sur le volet et tirées de la Gali-cie, de la Serbie,
- de l'Albanie et
- du Monténégro. Un grand nombre de batteries
- de tous calibres furent rapidement concentrées entre le val Lugana et la vallée de l'Adige. L’ensemble des troupes comprenait environ 300.000 hommes de toutes armes.
- Une intense recrudescence des actions
- d'artillerie et de nombreuses attaques de
- détail, commencées vers le milieu de mai,
- GENERAL MOKRONE Le nouveau ministre de ta guerre italien.
- avaient fait prévoir au grand état-major italien le déclanchement d'une offensive violente et qui devait être très prolongée.
- En effet, eette action d'ensemble, escomptée et attendue, commença le 15 mai, après vingt-quatre heures d'un intense bombar-
- dement dirigé avec des pièces lourdes contre l’aile gauche des positions italiennes, depuis la rive gauche de l’Adige, vers Rovereto, jusqu’à la haute vallée de l’Astico.
- Les troupes d'infanterie italienne résistèrent avec ténacité et repoussèrent d’abord l’ennemi en lui infligeant des pertes très cruelles. Elles-mêmes furent très éprouvées.
- Peu à peu cependant, pour se soustraire aux effets du violent bombardement qui les décimait, les alpins se replièrent sur les lignes de défense situées plus en arrière. Au lieu de s’obstiner à lutter inutilement sur les lignes avancées, rendues moins importantes par leur situation et leur peu de solidité, les commandants des divers secteurs ita-I iens décidèrent-ils de ramener peu à peu le front en arrière pour s’appuyer partout sur des lignes très puissantes de résistance.
- II fallut notamment abandonner la ligne principale de défense — éloignée seulement de 4 à 7 kilomètres des batteries ennemies — sur les hauteurs monte Maggio, m o n t e Torado, monte Campomolon, parce (pie, derrière ces cimes, le terrain présente des pentes très inclinées dans les vallées (pii forment la tête du torrent de Posina. C’est sur le secteur situé sur le plateau de Toner/.a, entre la vallée de Terrugnolo et le Ifaut-Astieo, que l'ennemi avait fait porter son principal effort.
- La résistance italienne fut reportée sur les hauteurs placées en arrière qui dominent Bassia. Posina et la i >ule de la vallée de l'Asticu. Là. on pouvait attendre l'ennemi.
- Vers le 24 mai - jour anniversaire de la déclaration de la guerre — les Italiens ayant
- p.85 - vue 88/197
-
-
-
- 86
- LA SCIENCE ET LA VIE
- THÉÂTRE DE L’EFFORT AUTRICHIEN DANS LE TRENTIN
- franchi la première période de la retraite, étaient, de nouveau, bien fortifiés et pouvaient meme contre-at-tacpier lieureuse-m eut s h r p 1 u -sieurs points.
- Les combats du val Lagarina avaient été très meurtriers pour les Autrichiens, qui ne purent réussir à tourner la position de Coni-Zugna en s’avançant vers Ala.La conquête de la hauteur de Parmesan, au sud-est de Passo
- di Buole, permit aux Italiens de menacer de nouveau Javallaroa et de détruire une pièce d’artillerie ennemie sur le fort Pozzacchio. Après des combats d’artillerie ininterrompus
- sur la ligne du col Santo Patu-bio, Cima Mag-gio, monte Tara-ro, les Autrichiens tentèrent de lancer des attaques d’infanterie qui furent toutes repoussées par les troupes alpines. Dès ce moment, le succès de l’offensive générale tentée contre le front des troupes du généralissime Ca-(lorna semblait définitivement compromis.
- Le 20 mai se produisit un arrêt de l’offensive des Autrichiens imposé par les conditions difficiles du terrain et par la nécessité où ils se trouvaient de réparer leurs pertes colossales.
- Les lignes avancées italiennes résistèrent pendant quatre jours au formidable assaut des masses d’infanterie et au tir des grosses batteries qui lancèrent sur le plateau de l’Arsiero une fantastique rafale d’obus de
- l’archiduc
- CH.-FRANÇOIS-JOSEPH
- Commandant l'offensive autrichienne sur le front italien du Trentin.
- fort calibré. La retraite, opérée lentement et en bon ordre sous la protection de l’arrière garde, fut soutenue par les batteries italiennes avancées et par un certain nombre de grosses pièces placées dans des p o s i -tions difficiles et dont le transport rapide n’était guère possible.
- Le soir du 23 mai, l’évacuation des hauts bassins de l’Astico et de la Posina était terminée et on avait pu reconstituer un nouveau front très solide, grâce aux renforts, munis d’un abondant matériel, qui affluaient de toutes parts, de l’arrière.
- Les Italiens tenaient des positions très fortes, capables de briser l’offensive ennemie sur la route importante Arsiero-Barcilo - li o a n a-Asiago, entourée de forts d’arrêt.
- Toutefois, les Autrichiens éprouvèrent de sérieuses difficultés quand il leur fallut amener des batteries sur les positions évacuées parles Italiens, notamment au centre de l’offensive, entre monte Maggio et Spitz-Tonez/a.
- I-itl lutte avait présenté un caractère d’acharnement terrible dans les régions des hauts plateaux del’Astico.
- Les Autrichiens d i s p o -saient d’une artillerie vingt fois plus nombreuse que celle des Italiens, mais leurs attaques d’infanterie furent repoussées par les mitrailleuses de nos alliés toutes les fois qu’elles ne furent pas précédées d’une intense préparation d’artillerie.
- LE GENERAL FRANZ VON ROHR
- Commandant les troupes de François-Joseph qui combattent en Carnie.
- p.86 - vue 89/197
-
-
-
- ON SE BAT SUR LE FRONT DE SALONIQUE LES BULGARES PÉNÈTRENT EN GRÈCE
- Après une longue période de recueille-nient et de préparation, qui a. duré tout l’hiver et une partie du printemps, à peine troublée par quelques raids de zeppelins et d’avions, tout semble annoncer qu’une action générale est sur le point de s’engager sur le front de Salonique.
- Dès le début d’avril, la canonnade s’est faite intense, et, depuis, n’a guère cessé, le long-dès rives du Vardar, entre les Germano-Bulgares et. les Franco-Anglais.-Puis le bombardement s’est accompagné, de part et d’autre, de reconnaissances qui ont amené de petites rencontres. Le 8 avril, une assez importante force de cavalerie allemande s’aventurait assez loin en territoire grec, au sud de Doiran. Les Alliés ne sont pas restés en retard. D’une manière générale, les armées en contact ont étendu leur front et se sont disputé les meilleures positions de la zone située entre le camp retranché de Salonique et la frontière gréco-serbe, devant laquelle les Germano-Bulgares s’étaient arrêtés au mois de décembre. Les troupes grecques qui, par suite de l’étrange décision prise par le gouvernement hellénique de ne pas s’opposer à l’occupation de son territoire par les belligérants, avaient été laissées dans ce périmètre, qu’elles avaient mission de ne pas défendre, se sont trouvées dans une position souvent difficile et, parfois, un peu humiliante. Elles ont dû finalement se retirer devant l’ennemi héréditaire : lé Bulgare, allié du Turc.
- Le communiqué de l’armée d’Orient, du 1er au 15 avril, signalait une grande activité de l’artillerie et des patrouilles. Des escarmouches se produisaient à Pataros, Sedgeli, Reselli et au sud-est de Doiran. Les 5, 6, 7 avril, des bombes d’avions étaient lancées sur Karasouli et Sarigol. Dans la nuit du 12 au 13, c'était les établissements militaires allemands à Guevgueli qui étaient bombardés.
- Le 20 avril, se poursuit un vaste mouvement d’élargissement du front franco-anglais. Certains éléments ont même progressé jusqu’à la frontière serbo-grecque. La cavalerie britannique réalise une forte
- avance dans la direction'du nord. Déjà, les adversaires étaient en contact le long du Vardar et au sud du lac Doiran, les Alliés tenant les deux importants nœuds de chemins de fer de Karasouli et de Kilindir, les Germano-Bulgares occupant les hauteurs au sud et à l’ouest de Doiran et de Guevgueli, c’est-à-dire à une portée de canon les uns des autres. La poussée des Alliés s’est faite, alors, dans deux directions tout à fait nouvelles, à l’ouest et au nord-est.
- Le 4 mai, dans la première, les Français occupaient Flori-na, à 130 kilomètres de Salo-, nique et à 30 kilomètres au sud de Monastir. Par cette pointe hardie, le général Sarrail a voulu préserver son flâne gauche de l’éventualité d’un mouvement tournant des Bulgares. Florina, couvrant la fameuse passe de Vodena, ferme, à l’ouest, la route de Salonique. Dans la direction du nord-est, les forces franco-britanniques, grossies par les magnifiques divisions de l’armée serbe réorganisée, se sont avancées le long de la Strouma (le Strymon des anciens) et de la Stroumitza, son affluent. Le 14 mai, les Français ont occupé l’importante position de Dova-Tépé, monticule boisé situé au nord-est du lac Doiran, sur la ligne Salonique-Constantinople, et «lominant la route de Demir-IIissar. Sur la rive droite de la Strouma, au sud-ouest du petit lac de Boutkovo, un escadron anglais à occupé la tête de pont de: Kopriva, et, à dix kilomètres en aval, celle d’Orliak, où s’est, installée une division d’infanterie française, avec quatre batteries et 1.000 cavaliers britanniques. La ligne de la Strouma et ses passages à l’ouest de Sérés sont donc fortement gardés. En vue de quels objectifs? On ne le sait encore, mais on ne tardera pas à être fixé sur ce sujet.
- Les Bulgares ne pouvaient pas assister à ees préparatifs sans être tentés de prendre des dispositions analogues. La question était un peu délicate pour eux, car ils avaient juré, jusque-là, de respecter le territoire grec, et si le gouvernement hellénique s’était engagé à ne pas repousser les Austro-Allemands, il
- LE GÉNÉRAL MILNE
- Il succéda au général Bryan Mahon dans le commandement des forces britanniques à Salonique.
- p.87 - vue 90/197
-
-
-
- 88
- LA SCIENCE ET LA VIE
- n’avait pas parle* des Bulgares. Le 27 niai, ceux-ci ont tranché la difficulté en s’emparant des trois forts grecs de ltupel, de Dra-gotin et de .Jenovo, sur la rive gauche de la Strouma, au nord de Demir-Ilissar. La prise du premier de ces ouvrages n’alla pas sans difficulté, car, à la vue des uniformes bulgares, contre lesquels ils combattaient il y a trois ans à peine, les soldats grecs ont ouvert le feu. Vingt-huit obus ont été lancés. L’intervention d’officiers allemands a mis fin à l’incident, et les troupes helléniques ont, en fin de compte, décidé de sc retirer.
- Le gouvernement bulgare a cru devoir protester contre cette résistance. Mais, au bout de peu de jours, on fut éclairé sur la comédie qui avait été jouée de part etd’autre : le cabinet de M. Skouloudis avait ordonné aux troupes de tirer à blanc ; en fait, aucun soldat bulgare n'avait été tué ni blessé. De ces détails ressort le fait important que la feinte résistai) ce et la feinte protestation avaient .été concertées à l’avance entre Grecs et Bulgares et (pie les cuva h isscurs é t a i c n t a i n s i d'accord avec les envahis.
- Les Bulgares
- font d'autres préparatifs à l'est, dans la direction de Xanthi, et il serait surprenant (pic, d’ici à quelque temps, ils ne s’emparassent pas de la ville de Draina et du port de Lava lia, qu'ils convoitent depuis longtemps.
- 11 sera facile aux Alliés, dont la flotte est maîtresse de la mer Kgée, (l’empêcher l’occupât ion de Cavalla. Cette ville est en dehors de la zone que le général Sarrail avait décidé d'englober dans la défense, même la plus avancée, du camp retranché de Salonique. Mais en présence du danger qu’il y aurait à laisser les Germano-Bulgares s'y installer, même d’une manière précaire, il est possible (pie le commandant en chef de l'armée (l’Orient change scs dispositions primitives.
- Fn même temps, *nu sud du lac Doiran, l'artillerie allemande bombardait Kilindir, et de vifs engagements se produisaient entre Koupas et Guevgueli, sur la rive droite du Yàrdar. Le I1'1' juin, les Français jugeaient nécessaire de s'avancer jusqu'à Poroj.
- Tout indique rimminencc d'un grand choc. Cette rencontre, qui la cherche? Il est, jus-
- qu’ici, bien difficile de le dire. Les adversaires se sont, pourrait-on dire, d’un commun accord, avancés l’un contre l’autre : la cavalerie allemande s’est déployée en même temps que les dragons français et les lanciers britanniques, et sur une grande partie du front, les avant-postes ne sont séparés que par quelques centaines de mètres. Au bombardement des artilleries de tous calibres s’ajoute, maintenant, la fusillade quotidienne.
- Du côté des Alliés, on sait que le général Sarrail dirige les opérations; à la tête de l’armée anglaise, le général Milne a remplacé le général Mahon. I)u côté bulgaro-allemand, le roi Ferdinand a reçu récemment le titre de généralissime, mais il est clair que celte désignation est purement honorifique. Comme pour les opérations contre la Serbie,-c’est le feld-maréchal von Mackensen qui assume le commandement en chef. Ce grand capitaine «dont l’étoile a fait pâlir celle de
- 1.15S TERRI TOI UES UllECS CONVOITES PAR LES BULGARES
- Ilindenburg », a compté jusqu’ici de grands succès. Il n’a jamais servi que sur le front oriental, ce qui-lui a, peut-être évité des déboires ; il a percé le front russe sur la Dunajec, déterminant ainsi la fabuleuse retraite de l’été de 1015; il a ensuite, à l’automne, percé le front serbe. Aura-t-il autant de bonheur devant Salonique ? Il est permis d’en douter.
- Terminons en disant que, dans les premiers jours de juin, pour assurer la sécurité de son armée, le général Sarrail a proclamé l’état de siège à Salonique ; cette mesure permet d'assurer le contrôle des administrations grecques de la ville par les autorités françaises. Klle a surtout été prise dans le but d’avoir toute facilité pour exercer une active surveillance sur les individus suspects qui pullulent à Salonique et qui, sous le couvert de métiers divers, ne sont autres que des espions au service (les Allemands et. des Bulgares. Par ordre du général Sarrail, le chef de la police et le directeur des Postes ont dû quitter Salonique dans les 24- heures.
- Le 9 juin, le roi Constantin signait un décret prescrivant la démobilisation de douze classes de réservistes et prévenait ainsi les conséquences désastreuses pour son pays du blocus de la Grèce ordonné par les Alliés,
- p.88 - vue 91/197
-
-
-
- LES HOSTILITES SUR MER
- Jusqu’à la grande bataille navale du .Jutland et au naufrage du Hampshire, dont nous parlerons plus loin, on peut dire que le lait qui a dominé la question des mers a été l'échange des notes diplomatiques entre les gouvernements des Etats-Unis et de l’Allemagne au sujet du blocus.
- La remise de ia sommation américaine fut précédée, le 20 avril, d’une énergique déclaration faite devant le Congrès par le président Wilson. Ce. dernier rappelait la longue série des attentats germaniques contre les neutres, la violation cynique du droit des gens, les morts nombreuses d’innocentes victimes parmi lesquelles figurai en t des citoyens américains, les crimes du Lusi-lanin et du Sus-.sr,T, le mépris des lois et des droits de 1 humanité, etc. M Wilson aflir-mait que les Etats-Unis ne pouvaient plus demeurer silencieux, alors que la justice était or u e 11 emen t foulée auxpieds fous les jours, et qu’ils avaient le devoir d’intervenir, comme représentants des droits des états neutres du monde entier.
- La note remise à Berlin par l’ambassadeur américain, après avoir reproduit les arguments et les observations contenus dans le discours présidentiel, concluait ainsi : A
- moins que l'Allemagne n'annonce immédiatement, qu'elle abandonne ses méthodes d'attaques sous-marines actuelles contre les navires transportant des passagers et des marchandises, les Etats-Unis n’auront d'autre choix que la rupture des relations diplomatiques. » C’était net et péremptoire.
- La presse allemande exprima une violente indignation, quand la note américaine eut été rendue publique, mais la diplomatie berlinoise, apportant plus de prudence dans son attitude, chercha à parer le coup par une de ces manœuvres dont elle a le secret. Elle s’efforça de déplacer la question. L’Allemagne voulait bien suspendre la guerre sous-marine, mais elle se réservait de la reprendre,
- si les Etats-Unis n’obtenaient lias de l’Angleterre la cessation du blocus. Elle enveloppait cette sorte de contre-sommation dans les arguties interminables et filandreuses qui sont coutumières à ses hommes d’État.
- Elle espérait provoquer ainsi de nouvelles discussions, gagner du temps, et provoquer peut-être de graves dissentiments entre l’Angleterre et l’Amérique. Ses calculs furent déjoués par la clairvoyance et la fermeté du gouvernement de Washington. Ce dernier, dans une note datée du 9 mai, répondant à la communication allemande du 4, disait
- nettement qu’il prenait acte de ia promesse du gouvernemen t impérial de faire cesser sans retard la pratique inhumaine de la guerre sous-marine, mais il repoussait l’idée d'une ingérence quelconque de sa part auprès de l’Angleterre, et il ajoutait en terminant :
- k Dans le but d’éviter tout malentendu, le go u verne m ent américain notifie au gouvernement impérial qu’il ne peut, pour un seul instant, admettre et encore moins discuter la suggestion que l’observation, par les autorités navales allemandes, des droits des citoyens américains sur les mers, dépende, en quelque manière (pie ce soit et le moins du monde, de la conduite de tout antre gouvernement à l’égard des droits des neutres et des non-combattants. Sur ce point., la responsabilité est personnelle. elle n’est pas commune : elle est absolue et non relative. » Voilà (pii était précis.
- Cette protestation américaine, accompagnée d’une mise en demeure catégorique, véritable ultimatum, donnait satisfaction à la conscience publique, en même temps qu’elle gênait considérablement l’Allemagne dans la pratique de la guerre sous-marine, telle qu’elle l’entendait, depuis .un an.
- .Jusqu’alors, elle n'avait pris aucune précaution profitable'aux neutres. Moins de dix jours avant la réception de la première note américaine, ne coulait-elle pas le
- ITINÉRAIRE DU RAID NAVAL ALLEMAND SUR LA CÔTE ORIENTALE ANGLAISE, LE 25 AVRIL 1916
- p.89 - vue 92/197
-
-
-
- 00
- LA SCIENCE ET LA VIE
- vapeur espagnol Santande-ri.no, sans avoir pu éprouver le moindre doute sur sa nationalité ? D’autre part, ne redoublait-elle pas de violence contre les navires suédois , norvégiens et danois?
- Ne faisait-elle pas état de mépriser les légitimes protestations de la Hollande, à propos du torpillage du grand vapeur Tubuntia? Elle ergotait, d’ailleurs, j usq u’ù la dernière limite, affirmant (pie le Susscæ n’avait été torpillé que par suife d’un malentendu.
- Le 20 avril, à l’heure môme où l’ambassadeur américain remettait à Berlin la note que nous résumons plus haut, les Allemands coulaient dans la mer du Nord, sans avertissement, le navire hollandais Ludwig-Van-Nassau, dont cinq marins furent noyés. Nous pourrions allonger considérablement la liste de ces attentats contre les neutres, mais il nous faut signaler nombre d’autres faits intéressants.
- Nous nous bornerons à rappeler, pour mémoire, la tentative de débarquement d’armes et de munitions en Irlande, tentative n’avant eu d’autre résultat (pie l’arrestation de l'agitateur Roger Casement. De même, nous noterons au passage la vaine attaque, par un sous-marin allemand, du paquebot portant la malle des Indes, et à bord duquel se trouvait lord Chelmsford, le nouveau vice-roi des Indes, accompagné de lady Chelmsford et de leurs quatre filles.
- Le 25 avril, avant cinq heures du matin, une escadre allemande, composée de croiseurs
- de bataille, de croiseurs légers et de contre-torpilleurs, et escortée de zep-pe 1 ins et (le sous-marins, parut devant le port de pêche anglais de Lo-westoft; il y eut un bref combat entre cette escadre et des croiseurs anglais, qui mirent l’ennemi en fuite. Trois jours plus tard, le cuirassé anglais Eus s cil, battant pavillon du contre-amiral Free-mantle, et commandé par le capitaine Bow-d e n Smith, heurtait une mine et coulait dans la Méditerranée ; on compta 124 morts sur environ 800 hommes, y compris les officiers.
- La destruction du Russell portait à vingt-deux le nombre des navires de guerre perdus par l’Angleterre depuis le début des hostilités ; il faut ajouter maintenant à ce total les unités détruites pendant la bataille navale du Jutland. A cette date, 950 vapeurs anglais avaient été coulés ou capturés par les Allemands, et, parmi les victimes de la guerre sous-marine, on comptait 052 femmes et 145 enfants.
- Nos alliés, d’ailleurs, ne sont pas restés inactifs, sous le rapport sous-marin, et nous mentionnerons à leur actif le torpillage de nombreux vapeurs de commerce germaniques dans la Baltique ; le 18 mai, notamment, les Allemands perdirent quatre grands navires, allant vers les ports suédois ou regagnant Hambourg. Cette activité des submersibles britanniques eut pour effet de suspendre momentanément tout trafic dans la Baltique, et les vaisseaux de commerce allemands ne'sortirent plus, ensuite que sous la protection de navires fortement armés.
- LES EEEETS DU BOMBARDEMENT DE l.OYVESTOET
- Un policeman procède à des constatations dans une maison à demi-détruite par un obus.
- J"
- LE CUIRASSÉ « RUSSEI.L », DE LA FLOTTE ANGLAISE Il a sauté sur une mine, en Méditerranée, le 28 avril
- p.90 - vue 93/197
-
-
-
- LES HOSTILITÉS SUR MER
- 01
- CONTRE-AMIR1 FREMANTLE
- Blessé par V explosion du Russell, sur lequel il avait arboré son pavillon.
- Passant une rapide revue des faits de guerre, nous rappellerons l’exploit du yacht anglais Argusa qui. au commenc e ment de la deuxième quinzaine d’avril, surprit un sous-marin autrichien au large des côtes de Sicile, et réussit à le couler en trois coups de canon. Le 27 avril, un sous-marin allemand était coulé au large de la côte orientale anglaise, et tout son équipage était fait prisonnier. Le 3 mai, dans la haute Adriatique, quatre contre-torpilleurs italiens, découvrant dix torpilleurs autrichiens, se mettaient à leur poursuite et les contraignaient à se réfugier à Pola, après une canonnade sérieuse.
- Le lendemain, au cours de l’après-midi, le sous-marin français Bernoulli torpillait et coulait, dans la basse Adriatique, un contre-torpilleur autrichien du type le plus récent, malgré les attaques qu’il eut à subir de la part de ce na\ire et des autres vaisseaux de guerre dont il était accompagné. On peut rapprocher cet exploit de celui de notre autre sous-marin Archimède, qui coula un grand transport autrichien, chargé de matériel et de munitions, dans la journée du 10 mai ioiG.
- Un petit monitor anglais, le M-30, atteint par un projectile turc, prit feu dans la nuit du 13 au 14 mai,
- et fut totalement détruit. Le 10 mai, au large de la côte belge, vers trois heures de l’après-midi, une rencontre eut lieu entre
- AMIRAL VON SCIIEER Il commandait la flotte allemande de Imite mer dans le combat > aval du Julland.
- LA COTE DU JUTLAND, OU LES FLOTTES ANGLAISE ET ALLEMANDE FURENT AUX PRISES, LE 31 MAI 1916.
- une force anglaise composée de contre-torpilleurs et de moni-tors et plusieurs contre-torpilleurs allemands.
- L’ennemi se hâta de battre en retraite, après quel-ques dommages, tandis que nos alliés ne subissaient aucune perte. Tels furent, durant cette période, les faits les plus intéressants de la guerre navale.
- Nous compléterons notre exposé en rappelant, avant d’en venir au récit de lagrande bataille des premiers jours de juin, plusieurs autres incidents ayant
- trait à la guerre sous-marine, et au nombre desquels se place le torpillage du paquebot
- français Languedoc, coulé le 29 mai, au matin, dans la Méditerranée, par un sous-marin allemand. Le paquebot s’étant défendu contre les attaques du sous-marin, le capitaine Battisti, qui le commandait, fut fait prisonnier. Plus heureux avait été le Doukalla, vapeur marseillais, attaqué par un scus-marin ennemi alors qu’il se dirigeait vers Toulon, au retour d'un long-voyage : le commandant Ambvosclli et son second, le capitaine Mouguet, aperçurent le sillage d’une torpille, liront virer de bord rapidement, évitèrent l’engin, puis, ayant peu après découvert le périscope du sous-marin, tirèrent sur ce dernier plusieurs coups de canon; \o Doukalla arriva le 6 mai à Toulon, sans avoir couru d’autre danger. Dans le même temps, et alors que s’échangeaient
- p.91 - vue 94/197
-
-
-
- 92
- LA SCIENCE ET LÀ VIE
- les notes entre les gouvernements allemand et américain, et alors que le pre-m i e r protestait de ses bonnes intentions, le paquebot Cymrie était torpillé, dans l’Atlantique, parun sous-marin allemand, sans le moindre avertissement.
- Tels avaient été les incidents les plus saillants de la guerre navale, dans la période en cours, depuis le 10 avril 1916, et l’on ne croyait pas avoir à enregistrer de faits sensationnels, malgré l’annonce, plusieurs fois lancée, d’une prochaine sortie de la flotte de guerre allemande, demeurée jusqu’alors obstinément cachée à Wilhelmshaven. Cependant, dans la journée du 81 mai, cette flotte, forte d’une cinquantaine de gros navires, de nombreuses petites unités et de sous-marins, sous le commandement de l’amiral von Scheer, sortit de son refuge pour une opération sur le caractère de laquelle on n’est pas entièrement édifié, mais qui devait être le forcement du blocus et l’attaque des côtes anglaises.
- Elle rencontra, sur la côte dii Jutland. une escadre britannique de croiseurs de bataille, placée sous les ordres de l’amiral Beatty, qui engagea immédiatement le combat, malgré son infériorité numérique. L’acharnement fut considérable de part et d'autre, ci la bataille — une des plus rudes dont on puisse faire mention —- durait depuis plusieurs heures, quand l’apparition de la grosse escadre de l’amiral .Jellicoe, descendant sur l’ennemi le long des côtes norvégiennes, transforma la situation, critique pour nos alliés. La flotte allemande se hâta de prendre la fuite, afin de se mettre à l’abri derrière Iléligoland, ce qu’elle réussit à faire, non sans avoir été poursuivie vigoureusement par les vaisseaux anglais. Les pertes furent lourdes des deux côtés. Dès le premier moment, nos alliés accusèrent la
- destruction de six croiseurs et de cinq destroyers, tandis que les Al-lemands e n -voyaient partout des télégrammes de triomphe. Mais on ne tarda pas à savoir qu’ils perdaient deux cuirassés, deux croiseurs de bataille dreadnoughts, deux croiseurs récents, un croiseur léger, une dizaine de contre-torpilleurs et un sous-marin. Il faut compte r parm i ces unités : le W eslfalcn, le Pom-mern, le Lutzoïv,
- VElbing, le Wies-boden, le Frauen-lob, le Rostock, etc.
- Du côté anglais, les pertes furent les suivantes : les croiseurs de bataille Queen-Mary, Invincible. Inde Jali gable : les croiseurs-cuirassés Dejen se. Black-Prince, Warrior ; les destroyers Tipperary, Turbulent, Fortune, Ardent, Nomad, Nestor, Shark et Spar-rowhazok, en tout 14 navires.
- Les contre-amiraux Hood et Arbuthnot coulèrent avec leurs navires et près de 340 officiers, furent tués. Les pertes allemandes en personnel sont ignorées.
- Kn résumé, de cette grande bataille, l’Angleterre est sortie gardant la supériorité navale, et la flotte allemande, fortement décimée, n’a été redevable de son salut qu’à, la fuite.
- Quelques jours plus tard, le ô juin, un événement des plus douloureux devait se produire sur mer. Le croiseur cuirassé anglais Ilampshire, qui avait à bord lord Kifchener, ministre de la Guerre de la Grande-Bretagne, et les officiers de son état-major particulier, tous se rendant en Russie à l'invitation du tsar, heurta une mine flottante et sauta, au nord de l’Ecosse, exactement à l’ouest des îles Orcades. Le navire, ses passagers et son équipage furent engloutis en quelques minutes.
- Ce désastre a causé dans toute l’Angleterre et dans les pays alliés également une profonde sensation, car lord Kitehener était l’une des plus nobles figures de la Grande-Bretagne; sa popularité était immense.
- l’amiral jellicoe
- Commandant la « Grande flotte », cuirassés de ligne, de la Grande-Bretagne.
- CONTRE-AMI RA I. IIOOI) Il commandait /'Invincible et périt dans le combat à bord de son navire.
- l’amiral beatty
- Commandant V escadre des croiseurs de bataille, de la flotte britannique.
- p.92 - vue 95/197
-
-
-
- LA GUERRE AERIENNE A FAIT DE NOMBREUSES VICTIMES
- Sans apporter dans cette constatation le moindre parti pris, on peut dire que la guerre aérienne aura surtout été marquée par la faillite du zeppelin. L’Allemagne avait voulu luire grand et s’était volontiers imaginée que les monstres gigantesques sortis de ses ateliers du lac de Constance terroriseraient les peuples et contribueraient à lui assurer une victoire foudroyante. A l’épreuve il en a été autrement.
- Si l’on totalise le norribre des victimes des zeppelins, depuis les premiers raids sur Paris et l’Angleterre jusqu’à ces derniers jours, on est amené à conclure que trois ou quatre cents innocents, femmes, vieillards, enfants assassinés par cette méthode sauvage, n’en laissent pas moins les nations aussi fortes contre la Germanie. Le zeppelin n’a rien donné et ne donnera probablement rien.
- Eminemment fragile, à la merci d’un coup de canon, il est par lui-même un moyen de guerre des plus hasar-deux, qui a coûté cher aux Allemands, sans
- leur valoir autre chose que le mépris des civilisés.
- Les plus récentes courses de ces géants des airs ont été piteuses, et souvent néfastes pour leurs auteurs. Le raid de trois zeppelins sur l’Angleterre, dans la nuit du 21 avril, malgré le jet de deux cents bombes, ne c a il s a a u cun dommage appré-e i a b 1e . Deux jours plus tard,
- SMYTII-PIGOTT UI,1<:. ,)°uve^e ex"
- pedition ne lut Commandant l'escadrille an- pas plus heu-
- glaise qui jeta des bombes reuse. C’est seu-
- sur Constantinople. lement dans la
- LOKD CURZON Président du Comité de l'aéronautique anglaise.
- nuit du 2 au 3 mai que cinq ou six de ces. aéronefs, survolant la côte Est de l’Angleterre, parvinrent à tuer ou blesser quelques personnes, et lirent subir à la ville d’York des dégâts matériels assez sérieux. Quelques maisons isolées, dans la campagne, furent également détruites. Mais ces exploits eurent pour revers la destruction de deux dirigeables ; l’un deux, endommagé par les canons britanniques, alla tomber sur les côtes de Norvège ; l’autre fut descendu par une escadre de croiseurs légers au large de la côte de Schleswig. La nuit suivante, au front de Salonique, un grand « superzeppelin », s’avançant . vers la ville, fut canonné par l’artillerie de marine franco-anglaise et par les batteries de terre. Touché, il s’enflamma et vint tomber dans les marais voisins de l’embouchure du Vardar, où tout son équipage fut fait prisonnier. Tels sont les faits les plus caractéristiques de la guerre aérienne, pendant ces dernières semaines, en ce qui touche les dirigeables.
- On voit ce que 1 ’ Allemagne é l retire. Nous avons eu, d’ailleurs, à déplorer la perte du dirigeable T... qui, parti de Taris, et se dirigeant versBizerte après avoir touché Saint - Raphaël, prit feu dans les airs et s’abîma dans les flots au large des côtes de Sardaigne.
- Tout son équipage, comprenant six personnes, périt avec lui. Il convient d’ajouter que nos dirigeables de
- LIEUTENANT BARNATO
- Il accompagnait Smylh-Pigott dans le raid aérien du 14 avril 1916.
- p.93 - vue 96/197
-
-
-
- 94
- LA SCIENCE ET LA VIE
- guerre sont uniquement employés contre les organisations militaires ennemies et que nul d’entre eux n’a jeté des bombes sur la population d’une ville ouverte.
- Notre activité aérienne, au point de vue aviation, a d’ailleurs été considérable et presque toujours couronnée de succès. Une revue rapide des incidents de ces deux derniers mois en donnera une suffisante idée. Dans la nuit du 10 au 11 avril, nous bombardions les gares de Nantillois et de Brieulles ; le 23, nous lancions quarante-huit gros obus sur la gare belge de Wyfwege; le même jour, quatre avions allemands tombaient sous les coups des nôtres dans la région de Verdun ; le 2G, nous n’avions pas
- à enregistrer moins de neuf expéditions heureuses de nos escadrilles ; et l’une d’elles, dans la nuit du 28 au 29 avril, en bom-bardant efficacement l’usine de guerre de Hay-ange (Lorraine annexée) et les bivouacs allemands d’Azan-nes, en dépit de l’extrême violence du vent, accomplissait sa centième expédition. Au total, dans le courant du mois d’avril, nos pilotes réussirent à abattre trente et un avions ennemis. Durant la même période, six des nôtres eurent le dessous et allèrent tomber dans les lignes ennemies.
- Le mois de mai d’ailleurs commença aussi bien. Dans la seule journée du 1er nos avions abattirent six appareils ennemis, dont trois fokkcrs : puis les bombardements aériens se succédèrent sans interruption, de telle sorte qu’il faut renoncer à les énumérer. On peut cependant mentionner ceux des
- 10 et 17 mai, journées marquées par trente-six combats et par le bombardement de diverses positions ennemies sur lesquelles 225 bombes furent lancées. L’activité des aviateurs britanniques ne le cède en rien à celle des nôtres, ainsi que les communiqués officiels quotidiens de nos alliés en font foi.
- 11 faut particulièrement noter, à l’actif des Anglais, les bombardements des organisations allemandes de la côte belge. C’est •ainsi que les 423 et .24 .avril l’aérodrome enne-
- mi de Mariakerke fut criblé de .projectiles par des hydravions britanniques qui ne subirent aucune perte, malgré l’intensité du feu de l’artillerie ennemie. Ce fut dans la journée du 24 qu’un aéroplane anglais attaqua un hydravion allemand au large de Zeebrugge ; le pilote de l’hydravion fut tué et la machine coulée ; lorsqu’elle était encore à un millier de mètres au-dessus des flots, l’observateur se précipita dans la mer. Le lendemain, une nouvelle attaque des appareils britanniques eut lieu contre Zeebrugge ; elle donna lieu à un engagement naval cpie nous avons rapporté dans l’article consacré à la guérie maritime. Pendant la même période les a] pareils allemands n’ont accompli que de rares actions.
- Dans la nuit du 17 avril cependant, deux d’entre eux lancèrent sept bombes sur Belfort et flrent neuf victimes, dont six blessés.
- Un mois plus tard, le 20 mai, vers deux heures du matin, trois ou quatre hydravions ennemis exécutèrent u n raid.sur la côte du comté de Kent et lancèrent une vingtaine de bombes qui tuèrent un soldat, blessèrent une femme et un marin, et causèrent quelques dégâts matériels ; un de ces hydravions, au retour, fut abattu par une patrouille navale. Enfin, dans les deux journées des 20 et 21 mai, des avions allemands lancèrent sur Dunkerque 120 bombes, tuèrent sept personnes et en blessèrent trente-cinq. En même temps, Belfort recevait une quinzaine de bombes qui ne causèrent (pie de légers dégâts matériels. En représailles des bombardements de Dunkerque, cinquante-trois avions français, britanniques et belges survolaient les cantonnements allemands de Wyfwege et Ghis-tellcs, sur lesquels ils lançaient deux cent cinquante obus. A la même heure, nous bombardions avec succès les établissements militaires et les installations de l’ennemi à Thionville, Etain et Spincourt.
- Sur notre front, les autres faits les plus saillants de la lutte aérienne sont le bombardement de la ville ouverte de Bar-le-Duc,
- T. DE GRANDSAIGNK
- Il montait Vavian qui combattit un croiseur allemand dans la mer du Nord.
- ANDRÉA IiOBBA Tué dans un combat aérien en avant du front de Verdun, à l'âge de 23 ans.
- p.94 - vue 97/197
-
-
-
- LA GVEEKE AfilUENNE ET SES VICTIMES
- 95
- LE ZEPPELIN « L.-20 » ÉCHOUÉ SUR LA COTE DE NORVÈGE
- Le pirate avait été canonnépar les bateaux patrouilleurs anglais à son retour d’un raid sur la côte orientale de la Grande-Bretagne, dans la nuit du 2 au 3 mai 1916.
- le 1er juin, par line escadrille d’avions allemands dont un fut descendu par les nôtres au retour de cette randonnée criminelle ; on compta 18 morts et 25 blessés. Mrae Poincaré tint à aller perso n ne lie -ment r e n d r e hommage aux victimes. Puis le 4 juin, le jet par nos enne-misdeplusieurs bo m b e s sur Toul ; six personnes furent, tuées et une dizaine blessées. Nos aviateurs eurent la bonne fortune d’abattre trois des appareils allemands qui' avaient participé à cette lâche expédition. Cet article serait incomplet si nous ne
- parlions pas des aviateurs qui se distinguèrent spécialement durant ces dernières semaines. Il nous faut encore prononcer le nom de l’intrépide Navarre qui abattit près de Vauquois son neuvième avion ennemi ; quelques jours plus tard, il comptait le dixième, descendu près de Bolante, dans l’Argonne, et le 20 mai, il abattait le onzième à Chat-tancourt. Ce même jour, le jeune sous-lieutenant Nunges-ser détruisait son cinquième appareil ennemi, au-dessus du bois de Forges, où les aviateurs allemands venaient s’écraser sur le sol. N’oublions pas de mentionner les exploits du valeureux sergent pilote Treille de Grandsaigne, plusieurs fois cité à l’ordre de l’armée pour des actions d’éclat. Dans la nuit du 25 au 26 avril, volant seul au-dessus de la mer, au large de Zeebrugge, il aperçut un zeppelin revenant d’Angleterre et n’hésita pas à l’attaquer, en dépit de la canonnade violente dont il fut aussitôt l’objet de la part du dirigeable ; il lança sur le monstre un certain nombre de projectiles et l’endommagea. Mais dix jours auparavant il avait préludé à ce dangereux combat en assaillant seul un croiseur allemand, sur lequel
- SOUS-LIEUT1 BOILLOT
- Tué devant Verdun au cours d'un combat contre 5 fokkers.
- il lança vingt-six bombes, dont plusieurs atteignirent le but. Il nous faut, malheureusement, mentionner la déplorable perte que
- fit l’aviation française en la personne du hardi Georges Boillot, l’ancien coureur cycliste devenu un des maîtres de l’automobilisme, vainqueur célèbre de plusieurs grands circuits. Au début de la guerre, il avait été mobilisé comme automobiliste et pilota pendant quelque temps la voiture du général issime ; puis il passa dans l’aviation et ne tarda pas à s’y faire remarquer par son audace, son adresse et son courage. Rapidement, il gagna les galons de sous-lieutenant, obtint la croix de guerre et venait de recevoir celle de chevalier de la Légion d’honneur quand il trouva la mort dans un combat où il eut à lutter seul contre cinq fokkers à la fois.
- Dans un autre ordre d’idées, signalons l'évasion de l’aviateur Gilbert, interné en Suisse depuis de longs mois et qui est venu mettre de nouveau sa grande habileté et sa bravoure au service de la Franco.
- Nous commettrions une injustice en ne signalant pas la très grande et presque quotidienne activité de l’aviation italienne. Incessamment, les aviateurs de nos alliés ont fait des excursions au-dessus des organisations militaires ennemies. Il importe de constater, en effet, que la guerre aérienne, du côté de l’Entente, s’est exclusivement, pratiquée contre des contingents ou des fortifications ennemis, et jamais contre les populations civiles. C’est ainsi qu’un hydravion italien et trois appareils français bombardèrent ellicace-ment les installations autrichiennes près de Trieste, dans la journée du 17 avril. Le 5 mai, quatre hydravions italiens bombar-
- p.95 - vue 98/197
-
-
-
- 90
- LA SCIENCE ET LA VIE
- daient Durazzo avec succès. A ces actions, justifiées par la guerre, les Autrichiens, qui pratiquent les méthodes allemandes, n’ont su opposer que le bombarde ment de l’hôpital de Brindisi; où ils tuèrent quatre pauvres malades et en blessèrent plusieurs. A diverses reprises, ils tentèrent aussi d’atteindre la cathédrale (1e Milan et les richesses artistiques de Venise, mais ces tentatives, dignes des Vandales, et d’autant plus odieuses (pie leur succès n’aurait pu avoir aucune influence sur l'issue de la guerre, furent déjouées par l’active surveillance italienne. Néanmoins, cette surveillance fut impuissante à empêcher le bombardement, par des avions autrichiens, d’un train allant de Venise à Bologne et dans lequel se trouvaient la reine Hélène et les princesses Yolanda et Mafalda. Fort heureusement, aucun des nombreux obus lancés par les appareils ennemis n’atteignit le convoi. Les Autrichiens eurent leur revanche à Udine où, profitant d’un temps nuageux, ils tuèrent huit jeunes gens dans la rue et blessèrent douze autres personnes, hommes, femmes et enfants.
- Nous avons parlé plus haut de l'aventure du grand zeppelin détruit à l’embouchure du Vardar.
- Sur le front d’Orient l’activité des aviateurs alliés n’a pas été moindre q u ’ e n France et l’on peut même enregis-t rer quelques faits d’un très vif intérêt.C’est ainsi (pie vingt-deux avions français, dans la journée du 13 avril, survolèrent les positions germano-bulgares de P o d g o r i t z a, lancèrent u n e centaine de bombes sur les
- contingents ennemis, et regagnèrent Salo-nique sans avoir éprouvé le moindre mal. Le lendemain un admirable raid de cinq cents kilomètres, fut accompli par quatre aviateurs
- SOUS-LIEUT4 NUNGESSER
- Fin mai 1916, il avait abattu 5 avions ennemis.
- I.E PAVILLON DE GUERRE DU ZEPPELIN DESCENDU A l’embouchure DU VARDAR
- anglais, en dépit du vent, de la pluie et de l’orage. Tro.s d’entre eux se rendirent à Constantinople et lancèrent des bombes sur un hangar d’aviation et sur la poudrerie de Zeitenlik, tandis que le quatrième allait bombarder la gare d’Andrinople. Le commandant de l’escadrille, Smyth Piggott, avait été décoré, en novembre dernier, à la suite de ses bombardements du pont du chemin de fer de Lulé-Burgas et de la voie ferrée Andrinopie-Dedeagatch. Il était accompagné du lieutenant Sa-vory et des sous-lieutenants Dickinson et Barnato. Ce dernier est le fils du célèbre financier Barney Barnato, dont on n’a pas oublié la fin tragique. C’est un des aviateurs les plus audacieux du corps britannique. Sa mère est Américaine et l’un de ses frères se bat héroïquement sur le sol français. Nous rapprocherons du remarquable exploit des quatre aviateurs anglais celui (le l’un des nôtres qui, dans la nuit du 21 avril, n’hésita pas à franchir six cent cinquante kilomètres et s’en alla lancer quatre bombes de gros calibre sur un hangar à zeppelins, à Sofia. Il put rentrer indemme, mais non sans avoir été
- violemment ca-nonné. Nous renonçons à mentionner les multiples raids surStruumitza-Station et les autres positions ennemies de la frontière ; tous se ressemblent par la sûreté de l’exécution. On ne saurait cependant passer sous silence le bombardement de Nanti)i par quatorze avions français, et celui de la ville et du port de Porto -Lagos pur une escadrille d’avions anglais qui, partie en pleine nuit, mena son entreprise à bonne lin, et revint sans dommage à son point de départ. Enfin, le 24 mai. une forte escadrille française bombardait de nouveau Xanthi.
- p.96 - vue 99/197
-
-
-
- LA CONSTRUCTION DES VOIES FERRÉES MILITAIRES
- Par Georges GUIMBAL
- ANCIEN' COMMANDANT D'UNI! SECTION TECHNIQUE 1)E CHEMINS DE FEU DIÎ CAMPAGNE
- Pahmi les nombreux problèmes que la guerre actuelle a mis en jeu, un des plus importants est sans conteste celui des chemins de 1er. Nous ne voulons point ici parler du rôle brillant qu'ont joué, en toutes circonstances, nos réseaux ferrés habituels, tant au point de vue mobilisation que transport rapide des troupes au moment des offensives, rôle que nous avons rappelé dans le précédent numéro de La Science et la Vie. Nous voulons simplement indiquer, de façon sommaire, comment ont été comprises par l’autorité militaire les voies ferrées spéciales improvisées, qui sont établies journellement sur le front par le génie. Il faut bien penser, en effet, qu'à côté des voies normales il en est une quantité d’autres, qui, journellement construites et démontées pour être transportées ailleurs, servent, à de multiples usages
- et en particulier au déplacement des grosses pièces de cette merveilleuse artillerie lourde dont nous sommes maintenant très largement pourvus dans tous nos secteurs.
- Les divers éléments d’une voie militaire
- Les chemins de fer, qu’ils soient destinés au transit normal ou à des besoins militaires, étant un mode de transport en commun, doivent satisfaire aux conditions générales suivantes : avoir le meilleur rendement économique, offrir le maximum de sécurité et de commodité, en entendant par ce dernier mot un transport rapide et puissant. La largeur d'une voie normale, qui se compte entre les bords intérieurs des rails, est, d'après une convention passée entre diverses puissances, de 1 m. 405 et 1 m. 405 comme minimum et maximum. Pour les lignes militaires et
- LOCOMOTTVE-TENDER MILITAIRE DE IIUTT TONNES POUR VOIES PROVISOIRES DE GO CENTIM
- 7
- p.97 - vue 100/197
-
-
-
- 98
- LA SCIENCE ET LA VIE
- d’intérêt commun, on utilise des largeurs moindres, le plus couramment 1 mètre et surtout 0 m. 00 pour les chemins de fer militaires dits chemins de fer de place.
- Ces dernières voies sont établies d’après les mêmes principes que les voies normales, composées d’éléments indépendants les uns des autres.assemblés au moment de la cons-
- wagonnets et en replaçant à l’avant, dans le sens de la marche, les éléments qui se trouvent à l’arrière et que les wagonnets viennent de quitter. Avec une équipe de manœuvres suffisante et quelques éléments de voie, il est possible' de faire avancer des pièces très lourdes à une vitesse continue de 3 à 4 kilomètres à l'heure, suivant le poids des
- TRAVÉE DROITE DE 2m50 l’OUR CHEMIN DE FER A VOIE ÉTROITE
- truction. Les chemins de fer de 0 m. 00 sont à voie portative ; cette voie est formée de travées assez légères pour être portées par deux ou trois hommes, chaque travée constituant un petit morceau de voie dont tous les éléments sont assemblés d’avance. On n’a plus alors, pour construire la voie, qu’à placer ces travées les unes à la suite des autres et, enfin, à les réunir bout à bout.
- Le système de chemin de fer portatif militaire repose sur le principe de la division des charges et de leur répartition raisonnée sur un grand nombre travee droite
- d’essieux. Cette ré-
- partition se fait pour des charges qui peuvent se fractionner par remploi de petits wagonnets portant 250, 500, 1.()()() kilos et même plus. Pour des charges lourdes et indivisibles, par l’emploi de wagonnets à deux, trois ou quatre essieux groupés par deux ou quatre et munis de traverses pivotantes ainsi que de châssis communs. On conçoit que, grâce à la parfaite répartition des poids sur tous les essieux, il subit de connaître la charge maximum d’un es
- pièces et le personnel dont on dispose.
- De plus, la construction des petits chemins de 1er à voie étroite, par suite de la dimension réduite des véhicules appelés à circuler sur les voies, permet d’adopter des courbes de très faible rayon et, par suite, même avec l’emploi des locomotives (qui ne nécessitent pas des rayons supérieurs à 10 ou 20 mettes), permet à la voie de ser-terrains accidentés, en réduisant au minimum l’importance <1 e s terrassemen ts et d es travm i x d ’ a rt.
- La voie se compose d’éléments ou de travées qui sont alignements et courbes
- penter dans les
- de 111125
- droites dans les dans les changements de direction. Chaque travée se compose de rails en acier lixés au moyen de rivets sur des traverses faites généralement en tôle d’acier. Les travées droites ont 5 mètres, 2 m. 50 ou 1 m. 25 de longueur. Les travées courbes sont au rayon de 100 mètres, 50 mètres, 30 mètres, 20 mètres ou 7 mètres environ. Ce dernier rayon a été adopté parce qu’il correspond au tour-
- sieu pour déterminer le type de voie sur lequel il y a lieu d’arrêter son choix, en se basant sur l’indication de la « force portative », Les chemins de fer
- calculée à l’avance, militaires provisoires
- à voie étroite permettent d'établir de véritables réseaux de voies facilitant les transports part out où cela est nécessaire. Ils servent également pour le déplacement des pièces très lourdes en utilisant, par exemple, des wagonnets appropriés et quelques éléments de voie sur lesquels on fait avancer lentement la pièce à transporter posée sur ses
- liant des chariots de parc d’artillerie sur lequel ont été réglés les tournants des communications des forts et des batteries. Bien entendu, dans les parties des voies qui seront exploitées au moyen de locomotives, les éléments au rayon de 7 m. (50 seront exclus. Dans les traversées des routes ou des lieux habités, si la voie doit être maintenue pendant un certain temps, on utilise généralement des éléments qui sont munis de contre-rails. Si la voie doit être encastrée dans un pavage, on emploie des rails et des contre-rails qui sont surélevés. Les rails
- p.98 - vue 101/197
-
-
-
- LES VOLES FERRÉES MILITAIRES
- 99
- utilisés sont du type à patin, en acier, du poids de 9 k. 5 par mètre courant et sont fixés sur huit traverses par longueur de 5 mètres. Les éclisses sont elles-mêmes fixées à demeure au nombre de deux paires placées diagonalement sur chacun des éléments. Au bout de chaque élément, on trouve donc un rail formant bout femelle dans lequel on engage le bout mâle formé par l’autre rail de l’élément suivant. Pour linir l’assemblage ainsi disposé, on passe des boulons dans les trous juxtaposés des bouts mâles et des éclisses. Le bout mâle porte immédiatement au-dessous du patin une plaque de tôle rivée qui dépasse le rail et donne appui au patin du bout femelle.
- La traverse est généralement en acier laminé et elle déborde les rails pour s’opposer à son ouverture lors du passage des lourds fardeaux; ses bords sont d'ailleurs rabattus en dessous par emboutissage. Grâce à cette disposition, elle a toute la rigidité nécessaire et emboîte sur tout son pourtour le terrain ou le ballast pour donner une assise plus solide à la voie et ainsi mieux résister aux déplacements longitudinaux et transversaux. Le branchement a pour but de permettre la communication d’une voie avec deux autres voies : il comporte deux appareils, le changement de voie qui sert à diriger les wagons d’une voie sur l’autre, et le croisement au moyen duquel les roues du véhicule qui circulent sur l’une des voies peuvent, franchir le rail de l’autre voie situé à l’intérieur de la première. Dans les chemins de fer militaires à voie étroite, les branchements sont montés à l'avance sur des traverses métalliques et sont organisés comme ceux de la voie normale.
- On fait usage des changements de voie à droite ou à gauche aux rayons de 20 et 30 mètres. Ils comprennent trois tronçons pour le changement
- TROIS TYPES
- d’éci.isses en acier
- Les éclisses, ou eouvre-joints, servent à assurer la liaison des rails, dans les voies normales.
- à rayon de 20 mètres (aiguille, croisement et raccord) et quatre tronçons pour celui à rayon de 30 mètres, le quatnième tronçon étant placé entre l’aiguille et-le croisement.
- Les tables de roulement forment un plan incliné sur lequel les trair.s montent naturellement; en faisant suivre un des rails d’une seconde voie, on peut organiser rapidement un branchement sans faire aucune coupure dans la voie déjà existante.
- Sur les lignes installées provisoirement en campagne, les gares sont constituées par un service de voyageurs (en l’occurrence des soldats) avec quais d'embarquement, voies principales et remises à voitures, etc., un service pour le matériel, des voies de garage en nombre aussi restreint (pie possible, à cause de l'installation et du démontage qui doivent être rapidement exécutés ; des voies de manœuvre formant un faisceau relié par une aiguille aux voies principales.
- En outre, il est utile de comprendre une ou plusieurs voies dites « voies de tiroir » pour permettre les manœuvres sans engager les voies principales. Un réseau provisoire installé en campagne dans la zone des armées comprend en général, sur ses différentes parties, des postes et des gares comme les gares en voie unique à voie normale. Des postes sont établis en différents points pour l’alimentation des locomotives et pour le croisement des trains. Des postes spéciaux permettent, aux extrémités des rampes trop fortes, le dédoublement des trains ou la manœuvre d'une machine de renfort. Enfin, un poste est installé aux embranchements. Ces portes sont d’ailleurs
- généralement constitués, faute de temps, par une seule voie d ’ é v i t e m e n f qui forme alors avec la voie principale un dispositif spé cial appelé dans les chemins de fer en campagne « de mi-lune». Quelquefois même, ils ne comportent
- DEUX ELEMENTS DE VOIE ÉTROITE, DISPOSÉS EN RE GARD L’UN DE T.’AIITIîF.. AVANT LEUR JONCTION
- p.99 - vue 102/197
-
-
-
- 100
- LA SCIENCE ET LA VIE
- INI ODE DE RACCORD DE DEUX BOUTS DE RAIES DANS EES VOIES DE 60 CENTIMETRES
- qu’une voie en cul-de-sac; les gares importantes sont installées en certains points stratégiques et comportent des grils pour le chargement. (Les grils ne sont autre qu’un fuseau de voies.) Voici comment ces grils sont utilisés : les wagons, pris à la gare dans un ordre quelconque (wagons de marchandises ou de munitions) et amenés par une voie de débranchement, sont refoulés sur un premier gril où chacun d'eux est aiguillé sur la voie qui correspond à sa destination. Les wagons de même direction sont ensuite refoulé'» sur un deuxième gril dont chaque voie correspond à une station ou à une catégorie de munitions ou ravitaillement. On vient les y prendre dans l’ordre voulu pour former le train qui rejoint la voie principale ou les voies de garage par une voie de sortie.
- Le matériel roulant
- Nous ne parlerons pas du matériel destiné à transporter des troupes, mais nous voulons insister plus particulièrement. sur le matériel utilisé pour le transport rapide des munitions et des pièces d’artillerie lourde ou même pour les pièces de canon de type ordinaire.
- Pour le transport des lourdes charges, il n’est pas toujours possible d’utiliser des wagonnets à deux ou trois essieux comme ceux des chemins de fer normaux. Il faut penser, en effet, qu’il faudrait que la voie fût
- suffisamment résistante pour pouvoir supporter ces charges par l’intermédiaire d’un nombre d’essieux réduits. De plus, ces charges lourdes sont souvent encombrantes et ne permettent pas l’emploi de plates-formes de dimensions restreintes. Comme, d’autre part, dans les voies étroites, l’écartement des essieux doit être faible à cause du faible rayon des courbes, on est conduit à adopter les plates- formes à boggies qui peuvent être sensiblement plus longues que
- les plates-formes à essieux et qui permettent de répartir les charges sur un plus grand nombre d’essieux. Un type de boggie de chemin de fer militaire se compose d’un châssis en acier avec plate-forme en tôle muni d’une rondelle de pivot au centre ( figure page 101) et d’un cercle de roulement, Ce boggie est monté sur des boîtes à huile, à coussinets en bronze ou sur des boîtes à rouleaux et des essieux. 11 peut être muni, suivant les besoins, de tampons secs avec crochets d’attelage ou de tampons à ressorts. Ce boggie est doté d’un frein à levier ou d’un frein à vis avec allongement de châssis de façon à former plate -forme pour le serre-frein. Le dispositif ainsi établi permet d’effectuer le passage d’une plate-forme de la voie qu’elle occupe à une autre voie qui est perpendiculaire à la première au moyen d’une plaque tournante. La manœuvre se fait de la façon suivante : la plate-forme étant dans la position 1 (figure p. 101) est poussée sur la plaque tournante jusqu’à ce que
- UN RAIE POSÉ SUR EA TRAVERSE EN TOEE D’ACIER -
- p.100 - vue 103/197
-
-
-
- LES VOIES FERREES MILITAIRES
- 101
- le premier boggie soit bien au milieu de la plaque, puis ce premier boggie est tourné avec la plaque d’un quart de cercle; on pousse alors la plate-foi'inc pour que le premier boggie passe s u r l’autre voie et que le second boggie se dirige vers la plaque. La plateforme se trouve alors dans la position 2 et a chacun de ses boggies sur une voie différente; le même mouvement est continué jusqu’à ce que le deuxième boggie soit entièrement sur la plaque ; le deuxième boggie est alors tourné d’un quart de cercle avec la plaqué et on n’a plus qu’à pousser la plateforme pour qu’elle se trouve entièrement sur la seconde voie. Cette opération ne peut être faite avec succès que si chacun des boggies est muni d’un cercle complet de roulement.
- Il peut se faire, dans certains cas, que la voie militaire établie ne permette pas d’adopter des boggies à deux essieux de la force portative nécessaire; on peut alors utiliser un type de boggies à trois essieux.
- Supposons que l’on veuille transporter une charge de 3.000 kilos et que la voie ne permette qu’une charge de 1.000 kilos par essieu ; il sera impossible d’adopter le boggie à deux essieux, mais on pourra résoudre aisément ce problème en adoptant le boggie à trois essieux, qui est, du reste, depuis longtemps en usage.
- 11 est souvent utile, sur le front, de pouvoir transporter, pour la construction des abris des canons ou pour la consolidation des tranchées et des boyaux établis dans
- des terrains d’éboulis, des arbres ou des barres d’acier assez longues. A cet effet, le génie utilise, accouplés deux à deux, des boggies munis de fourches pivotantes . Un boggie muni d’une fourche pivotante comporte une traverse en acier, garnie de bois, montée sur galets, et évoluant sur un chemin de roulement. Les extrémités de cette traverse possèdent des bras amovibles.
- On peut encore utiliser des boggies munis de traverses pivotantes montées sur galets et garnies de coins en fer susceptibles d’être déplacés latéralement selon la grosseur de la charge à transporter. Pour les très fortes charges, on se sert des boggies à fourche pivotante, à roulement à galets ; la traverse pivotante est alors constituée par deux barres en K dans les extrémités desquelles sont fixés deux bras retenus chacun par un piton qu’il sullit de retirer pour faire basculer latéralement ces derniers. Les bras, une fois basculés, peuvent servir de « poulains » et faciliter le chargement ou le déchargement. Cette fourche est d’ailleurs complétée par des chaînes de retenue de la charge, avec de puissants tendeurs de chaînes.
- Pour les travaux des forts et sur les voies des services de l’artillerie, on emploie des wagonnets plates-formes à deux boggies. Ces wagonnets plates-formes sont établis pour différentes forces portatives et différentes dimensions de plateforme. Pour les wagons du service d’artillerie d’une force approximative de huit tonnes utilisables sur les voies de00centim.,
- longKt
- entretoises
- DK CHEMIN DE l'KR DK PDA CK EE, MM, entretoises ; B, pivot.
- SCHEMA MONTRANT COMMKNT
- s’kkkkctck I.K passagk d’un WAGONNKT PLATK-FOIIMK DK 1,A VOIK QU’IL OCCUPK A UNK AUTRK VOIK PKRPKNDICU-T.AIRK, AU MOYKN D’üNK PLAQUK TOURNANTK
- /, première posil on; 2, deuxième position.
- p.101 - vue 104/197
-
-
-
- 102
- LA SCIENCE ET LA VIE
- on emploie un matériel spécial que nous allons rapidement passer en revue. Ce dispositif, appelé matériel Péehot, est plus particulièrement utilisé pour le transport des canons allant jusqu’au poids de 48 tonnes. Ce matériel, articulé, comprend plusieurs parties qui sont les suivantes : le wagonnet du premier type, à deux essieux, pouvant porter cinq tonnes, est tout en acier, à bouts arrondis, et se trouve muni d’un système de ressorts et de balanciers permettant d’obtenir la répartition cinématique des charges entre les quatre roues. Il présente cette particularité qu’il peut passer sur des plaques tournantes spéciales de 1 m. 80 de diamètre. Il est muni d’un frein à vis enrayant les quatre roues et se manœuvrant au moyen d’une clef à volant. Il comporte, en outre, des wagons à support pivotant. Avec ce matériel, on peut faire de multiples combinaisons. Supposons que l’on prenne un wagonnet d’une force de cinq tonnes, du premier type, et que l’on accouple ee dernier avec deux wagonnets à support pivotant, on réalise ainsi une combinaison circulant facilement avec les plus lourds canons. (Les wagonnets i>euvent comporter, d’ailleurs, trois essieux ; ce sont ceux appartenant à la seconde catégorie du matériel Péehot).
- La reconnaissance d’une voie ferrée
- La reconnaissance d’une voie ferrée en campagne, par une compagnie opérant dans la zone des armées, comporte d’abord une reconnaissance rapidement dirigée pur un ollicier et une reconnaissance de détail des éléments de la voie par une équipe dite équipe de tête. De plus, on complète ee travail préliminaire par des reconnaissances spéciales faites par des o/lieiers, soit en vue des travaux importants à effectuer, soit pour procéder à une déviation, à des réparations de brèches faites à des ouvrages d’art, etc. En ee qui concerne les reconnaissances rapides, les commandants de compagnie, qui en fixent les limites d’après les ordres reçus, se servent comme moyen de liaison de cycles sur rails ou de vélos. Les renseignements que l'on aura à recueillir ont Irait à la nature et à la dimension des destructions qui auront pu être faites à la voie courante, aux voies des gares, aux appareils et spécialement aux aiguilles d'accès des voies, ainsi qu’à l’état des lignes télégraphiques et de tous appareils concernant le lone-
- p.102 - vue 105/197
-
-
-
- 103
- LES VOIES FERRÉES MILITAIRES
- BOGGIE DE WAGONNET UTILISÉ POUR UE TRANSPORT DES THES LOURDES CHARGES
- tionnement des chemins de 1er. Les reconnaissances spéciales qui sont effectuées par l’équipe de tête consistent à faire visiter les éelisses, les tire-fonds, l’écartement des rails, à procéder aux menues réparations non susceptibles de retarder beaucoup la marche.
- Les hommes cjui appartiennent à la section télégra-p li i (] u e d e deuxième ligne, marchant avec l’équipe de tête, suivent la ligne télégraph i q ne en s’attachant à reconstituer un lil omnibus entre les différentes gares. Il y a toujours lieu de repérer, au cours de ces reconnu i s s a n -ces, les points kilométriq lies où se trouvent des cours d'eau susceptibles de
- permettre l'emploi de certains appareils spéciaux que nous ne pouvons décrire ici. Il y aura lieu également de vérilier l’état îles appareils d’alimentation des gares, à savoir : réservoirs d’eau, conduites, appa-
- IÎOGGIE A KO U RC 1IE PIVOTANTE POUVANT ETRE ACCOUPLÉ A UN AUTRE POUR LE TRANSPORT DES GROS ARBRES
- reils de distribution, machines élévateires. Il faudra enfin effectuer le recensement du matériel de voie et autres matériaux utilisables pour les réparations. Nous dirons aussi deux mots des reconnaissances spéciales pour les eonstmet ions de voies nouvelles. Le chef de la Commission des chemins de fer de campagne désignera un olïicier auquel il donnera toutesins-t motions utiles; s'il s'agit, pur exemple, d'une déviation à effectuer sur une voie donnée, il devra connaître les conditions générales du tracé et étudier si ce tracé peut être réalisé. Cette réalisation, n'est ] i a s t o u j o u r s facile à obtenir.
- car il arrive assez fréquemment que le travail doit être effectué sur un terrain battu par la grosse artillerie de l'ennemi; il faudra alors choisir un emplacement (pii soit à l'abri des projectiles. Bref, le chef de la Commission
- p.103 - vue 106/197
-
-
-
- 104
- LA SCIENCE ET LA VIE
- établira un rapide avant-projet comparatif pour évaluer le matériel et le personnel nécessaires à l’exécution de la déviation, etc.
- Constitution d’une ligne
- Les emplacements des gares provisoires ayant été fixés, le commandant de l’équipe fait procéder à un certain nombre d’opérations «pic nous allons rapidement décrire.
- Pour la construction de la voie, les équipes sont échelonnées dans l’ordre ci-dessous, chacune d’elles travaillant sur le terrain occupé la veille par l’équipe précédente.
- Tracé. — Préparation du terrain. — Pose et consolidation de la voie. — La vitesse de pose d’une voie dépend des facilités qu’offre le terrain et du degré d’entraînement des équipes. On peut 'compter, dans les condi-
- »
- BOGGIES ACCOUPLÉS POUR TRANSPORTER DES TRONCS D’ARBRES DESTINÉS A LA CONSTRUCTION d’abris souterrains, sur le front
- I/exécution des travaux comprend la reconnaissance de détail et le tracé, la préparation de la plate-forme, les opérations de la construction de la voie, les opérations de la consolidation, la vérification et les essais.
- L’olticier chargé des reconnaissances de détail parcourt l'ensemble du terrain et en étudie les diverses particularités. Il fixe les points de passage obligatoires A (cols, ponts, etc.) et étudie les différents tracés pouvant relier entre eux les points de passage. Le tracé ne doit pas avoir de courbure de rayon inférieur à 20 mètres dans les parties fréquentées par les locomotives. Dans ces memes parties, la rampe he doit pas dépasser 100 mm. par mètre, mais on doit chercher cependant à se tenir bien au-dessous de cette limite parce que l’exploitation devient ditlicile dès que l’on dépasse 00 ou 40 mm. de rampe. Enfin, l’ollicier chargé de la reconnaissance de détail évaluera l'importance des travaux, du matériel et des matériaux indispensables. Aussitôt qu’une portion de l'itinéraire à suivre est définitivement arrêtée, soigneusement jalonnée, on commence l’établissement du réseau.
- tions normales, sur une vitesse de 4 à 5 kilomètres par jour La rapidité de la pose dépend également du soin (pie l’on aura mis à exécuter le tracé. La voie peut être posée sur les rouies et chemins ou à travers champs; dans le premier cas, il faut placer l’axe de la voie à une certaine distance (75 centimètres au moins) des obstacles qui bordent la route, comme les lignes d’arbres, les bornes, etc., afin de pouvoir assurer la sécurité du personnel et la conservation du matériel. En outre, il faut ménager aussi sur ces routes l’espace nécessaire pour la circulation des piétons et des voitures. Il convient également d'éviter (pie les traverses ne reposent en partie sur le macadam et en partie sur un accotement non empierré, ce qui pourrait provoquer le déversement de la voie. /V travers champs, il y aura toujours lieu d’adopter un tracé permettant de régulariser autant que possible les déclivités, et il sera bon de réduire l’importance des déblais, et surtout celle des remblais, en suivant, autant que possible, les formes des terrains.
- WAGONNET « PÉCHOT » l’OLlt LE TRANSTORT DES PIÈCES DE GROSSE. ARTILLERIE
- p.104 - vue 107/197
-
-
-
- 105
- LES VOIES FERRÉES MILITAIRES
- U
- e
- ï-j
- oc
- es
- «
- M
- J
- O
- co
- O
- CS
- O
- K
- Q
- CS
- M
- J
- H
- CS
- <
- Q
- a
- U
- 'W
- a
- w
- Ü5
- a,
- p
- a'
- «
- o
- ce
- O
- K
- H
- a
- 'S
- 2
- a
- o
- a
- a
- A
- o
- CS
- ’p
- E-<
- a
- o
- a
- CB
- ,%s
- 5 «a
- «o -
- ~ '3
- .'= SJ
- *e -P
- s g
- •o -i; 2 "3
- SJ
- oc
- oc
- o
- '3
- •2
- SJ
- s
- s
- ÎL.
- ^3
- s
- »
- 5
- co
- H*
- 52
- 52
- ce
- co
- X.
- 1
- s
- 'V s «*«»> ^ O
- 2
- S
- v
- 2
- Cr1
- UC
- V
- •ïf
- Sb
- La préparation du terrain est une opération qui consiste à donner aux traverses une surface d’appui parallèle au plan supérieur des rails. La préparation de la plateforme de la voie doit toujours être très soignée lorsque la voie doit être parcourue par des locomotives, et elle doit l’être plus particulièrement aux endroits où sont établis les divers appareils de sécurité.
- On aura toujours soin, eu aménageant la plate-forme, de préparer des rigoles pour empêcher l’eau de séjourner sur le terrain qui doit supporter la voie future.
- Pour poser la voie, on se sert en principe du chemin de fer lui-même, pour amener en tête de pose les matériaux nécessaires à la construction. La pose de la voie comprend les opérations suivantes : faire avancer à pied d’œuvre les wagons chargés et les dérailler une fois déchargés, décharger les éléments de la voie, coltiner les éléments dans le prolongement de la dernière travée posée, brocher les travées successives, riper en long et dresser une première fois la voie, boulonner la voie, relever les broches et les cales. Le personnel militaire employé à la pose est en général divisé en six équipes, chacune des équipes étant chargée de l’une des opérations que nous venons d’énumérer.
- Le sol préparé pour recevoir la voie ne présente souvent pas une surface absolument parallèle au plan supérieur des rails, et, d’autre part, certaines parties du terrain offrent parfois des inégalités de résistance qu’il importe de corriger pour prévenir des déformations et des dénivellations ; c/est là le but de la consolidation. Les matériaux ordinairement utilisés pour cette consolidation sont le ballast et le bois sous toutes ses formes (rondins, fascines, branchages, planches, madriers, etc.). Le ballast est bourré sous les traverses au moyen d’outils appelés battes à bourrer; le bois est placé sous les deux rails et contre les traverses. En même temps que l’on consolide ainsi la voie, on achève de la dresser en plan et on la nivelle soigneusement dans le sens transversal, ainsi que dans le sens longitudinal.
- Pour construire des traverses improvisées, on se sert souvent de longrines en bois recouvertes de bandes de fer (par exemple, les pièces de fer qui servent à cercler les roues) qui sont fixées sur les longrines par des broches ou vis à bois. On boulonne ou on visse ces longrines sur des traverses que l’on improvise en sciant en deux, dans le sens de la longueur, des corps d’arbres de 20 à 25 centimètres. Il demeure bien entendu que si les arbres ont un diamètre inférieur
- p.105 - vue 108/197
-
-
-
- 1ÛG
- LA SCIENCE ET LA VIE
- h 20 centimètres, on doit naturellement diminuer l'espacement des traverses.
- Pour effectuer des croisements de voie improvisée, on peut utiliser différents procédés. Tout d’abord, on peut opérer comme il suit : le croisement est réalisé par deux rails mobiles passant au-dessus de la voie directe restée intacte et reposant sur des longrines. La voie déviée est surélevée progressivement à l'aide de taquets tirefonnés sur les traverses. Ou bien encore le croisement est obtenu par une courte action de voie mo-
- de la t( tourner » aux extrémités du parcours; elle est montée sur un châssis supporté par deux boggies. Le châssis est constitué par deux faux longerons en tôle d'acier réunis â leur extrémité par deux entretoises en acier formant berceaux sur lesquelles la chaudière est simplement posée. Ces entretoises reçoivent les parties mâles des chevilles ouvrières lixées aux boggies. Le châssis porte, en outre, une cabine double pour le mécanicien et le chauffeur; de> rideaux en toile permettent
- IMKCK D'aHTILLKIMK I.OUKDK MANŒUVIIKK 1*01*11 UN CIJANOKMKNT OK VOIK
- bile pivotant autour d'un axe médian et que l'on peut placer alternai iveinent dans le prolongement de l'une ou de l'autre des deux voies convergentes (schéma page 108).
- 1-n troisième moyen consiste, comme le montre l’autre figure de la page 108. â fixer deux bouts de rail 1 irefonnés sur des bouts de traverses et éelissés de manière â se déplacer simultanément pour « donner » à volonté Tune ou Tantre voie, etc., etc.
- Une locomotive très pratique
- La locomotive utilisée pour le transport des pièces d'artillerie lourde et pour les services de place est une machine douille organisée de manière â conserver les memes facilités de circulation quel que soit le sens de la marche et sans qu’il soit nécessaire
- d’intercepter, la nuit, la lueur projetée quand on ouvre les portes du foyer. Quatre réservoirs à eau et une soute â charbon sont ménagés sur les flancs, de la chaudière.
- (ïrâoe aux boggies, la locomotive peut ci renier sur des courbes de 20 mètres de rayon. Pour permettre â la machine de passer aussi facilement que les wagons sur les voies présentant de notables inégalités, on a monté les boggies sur ressorts et balanciers longitudinaux et on a intercalé des systèmes de rondelles caoutchoutées entre la surface d'appui du châssis et la partie supérieure des pivots des boggies.‘Ces derniers peuvent, ainsi se déverser transversalement l’un par rapport â l’autre, suivant les déformations de la voie. l)e plus, les coussinets de boîtes au lieu d’être guidés, comme dans les ma-
- p.106 - vue 109/197
-
-
-
- L E S V 01E S F E R R É E S MI LJ T A1R E S
- 107
- chines ordinaires, par des glissières fixées aux longerons, sont montés dans des boites qui oscillent autour de pivots dont l’axe est parallèle à celui de la voie. Aussi, comme dans les wagons, les essieux peuvent-ils s’incliner par rapport aux longerons sans que les coussinets cessent de s’appliquer sur toute l’étendue des portées des fusées. Chaque boggie porte une paire de cylindres
- LES ELEMENTS DE VOIE PEUVENT EGALEMENT TRANSPORTÉS PAR DEUX HOMMES
- fixés aux longerons par l’intermédiaire d une entretoise creuse qui les réunit. Chaque paire de cylindres est d’ailleurs munie des pistons et bielles nécessaires pour actionner les roues du boggie qui la porte. La vapeur arrive d’abord dans l’entretoise creuse par un conduit passant dans le pivot même du boggie et, de là, pénètre dans les cylindres, de sorte cjue le mécanisme qui actionne les roues des boggies peut fonctionner quelle .que soit la position de la chaudière par rapport à ceux-ci. En outre, afin de rendre les mécanismes indépendants l’un de l’autre, le régulateur est
- TRANSPORT PAR UN SEUL IIOMME D’ÉLÉMENTS LÉGERS DE VOIE PORTATIVE
- se dégage, sans bruit, à l’extérieur. La machine est symétrique, par rapport au plan médian transversal, ce qui dispense de plaques tournantes spéciales puisque l’on n’a pas à lui faire effectuer demi-tour à l’extrémité d’un parcours. La chaudière est à haute pression, de façon à donner, avec un poids mort faible, une grande puissance; elle possède deux foyers placés au milieu de sa longueur et un dôme central de prise de vapeur; grâce à cette disposition, quelles
- ETRE
- disposé de manière à permettre l’admission de la vapeur soit dans les deux paires de cylindres, soit dans une seule, au cas où l’un des deux mécanismes serait hors de service. Des tuyaux d'échappement articulés envoient dans les cheminées la vapeur ayant travaillé dans les cylindres. Les purgeurs des cylindres débouchent dans des tuyaux formant condenseurs et conduisant la vapeur vers les foyers, où elle
- que soient les pentes de la voie, le plan d’eau ne découvre jamais le ciel du foyer.
- Le fonctionnement de la machine est ainsi assuré sur les plus fortes rampes en usage sur les routes (10 cm par mètre). On a abaissé le fond des foyers à 0 m. 40 du bas des faisceaux tubulaires, de manière à pouvoir brûler du bois à défaut de charbon. Toutes les armées européennes belligérantes sont munies de cette locomotive double ou d’engins similaires qui pèsent, environ,
- VOIE I.EGEllE POSEE PAR DEUX HOMMES
- p.107 - vue 110/197
-
-
-
- 108
- LA SCIENCE ET LA VIE
- douze tonnes à vide. Sur le front français, plus particulièrement, cette parfaite machine rend chaque jour les plus grands services.
- Exploitation en guerre
- Il nous semble maintenant intéressant, non de faire une étude détaillée des ravitaillements, mais simplement de montrer les avantages qu’assure aux mouvements des armées l’emploi des chemins de fer normaux ou provisoires et les difficultés que l’on rencontre aussitôt que l’on s’éloigne des voies ferrées.
- La vitesse normale des trains militaires est de 80 kilomètres à l’heure, ce qui correspond à un bon emploi des machines à marchandises ou des locomotives sur voies étroites. Cette vitesse permet d’exploiter en toute sécurité, même si on est réduit à n’user que de signaux à main. Pour le transport des pièces d'artillerie sur voies provisoires. cette vitesse sera même réduite à 15 ou 10 kilomètres à l’heure, l’assiette de la voie étant toujours médiocre à cause des tassements et des terrassements frais. Sur les lignes militaires provisoires, on emploie le pilotage par c onvois de trains. On expédie de A vers B une série ou un convoi de trains se succédant à d i x mi n u t (“s d’intcrviüe. Ce convoi étant garé en B, on en expédie un autre comprenant le même nombre de trains de B vers A. On ne doit pas compter, par jour, et dans chaque sens de marche, plus de GO trains sur les lignes à double voie ; 80 trains sur les lignes à voie unique de quelques kilomètres de long; 18 trains sur
- les voies militaires provisoirement installées. La charge utile d’un train n’est, d’ailleurs que de 35 0/0 de son poids total.
- Le ravitaillement militaire, et particulièrement le ravitaillement en nourriture et, munitions, comprend les ravitaillements quotidiens et les ravitaillements exceptionnels. L’apport journalier aux troupes des
- matières utiles est effectué comme il suit, : tous les échelons de transport, depuis la station régulatrice jusqu’aux cantonnements, portent un jour complet de vivres et de munitions, dont les quantités sont fixées une fois pour toutes. Chaque échelon, après avoir recomplété « la journée de ravitaillement » de celui qui
- le précède, en allant, vers les troupes, est ensuite complété par l’échelon plein qui le suit. Les stations de ravitai 11 e m e n t où a lieu le contact des transports par route et parchemin de fer doivent être poussées le plus près possible des voies feri’ées, d’où la nécessité croissante de l’établissement de lignes provisoires à voie étroite. Sans insister sur la technique de cette question, nous indiquerons simplement que
- le ravitaillement quotidien en nourriture seulement d'une armée à quatre corps exigera la circulation de huit trains, chaque train comprenant une trentaine de wagons pour un corps d'armée.
- Le transport des ravitaillements de la gare aux cantonnements s’effectue soit au moyen d’automobiles ou de chemins de fer militaires provisoires à voie étroite, ou encore — et c’est presque la règle— par une combinaison des deux moyens.
- COURBE POSÉE A LA SUITE D’UN BOUT DROIT ET FORMANT « DÉVIATION A DROITE ))
- CROISEMENT DE VOIES IMPROVISEES
- s\l> et Cl), bouts de rails tirefonnes sur des bouts de traverses et relissés en A et C ; P, P>, ('disses pwotanles fixant la voie; P, F., P;1 F, , taquets maintenant la rigidité.
- CHANGEMENT DE VOIE A DEUX RAILS MOBILES
- En A, éelisse non serrée; B, traverse servant au ripage qui permet de relier la partie mobile du rail à la partie fixe; MN, taquets fixes dits taquets de liaison îles traverses fixes; P, pièces reliant la première traverse Jixe- aux longrines; t, /[, L , etc., traverses mobiles; T,, T,, traverses Jixes.
- p.108 - vue 111/197
-
-
-
- LES VOIES FERRÉES
- MILITAIRES
- 109
- LOCOMOTIVE MILITAIRE DOUBLE EMPLOYÉE POUR LE TRANSPORT DES GROSSES PIÈCES
- Os machines, construites pour la plupart en Amérique., pèsent 12.000 kilogrammes environ; elles
- peuvent escalader des pentes de 05 mm. par mètre.
- Les ravitaillements exceptionnels, plus particulièrement importants en ee qui concerne les munitions, au moment des grandes batailles, se font sur commandes spéciales du directeur des étapes et des services. Les commandes sont faites soit à la gare régulatrice pour les «en-cas' mobiles», soit aux stations-magasins, soit à l’intérieur.
- Au cours d’un combat, le ravitaillement est délicat, car il atteindra toujours un tonnage élevé. On s’efforcera alors de faire avancer, dès que les événements 1 e permettront, les différents appro-visionnem ents sur les voies ferrées normales ou provisoires, en évitant' de les compromettre en cas d’écliec. Pour l’artillerie, par exemple, on fera porter « l’en-cas mobile » en avant de la gare régulatrice; les réserves de la station-magasin et de l’arsenal, en tout ou en partie, seront chargées sur wagons et poussées en avant. Pour le ravitaillement lui-même, on fait, autant que possible, s’approvisionner directement les parcs de corps d’armée à
- ces éléments poussés le plus près possible des cantonnements, de manière à conserver aux parcs d’artillerie d’étape leurs caractères exclusifs de réserve immédiate.
- Dans une attaque et dans la défense d’une place forte aussi importante que celle de Verdun, par exemple, les voies ferrées provisoires à faible écartement de 0 m. 60 jouent
- un rôle des plus importants.
- Ln pareil réseau doit satisfaire aux conditions suivantes: nécessiter le moins possible de terrassements et être d’une pose facile et rapide ; permettre d’amener sans transbordement jusque dans les communications des batteries le matériel et les munitions. Pour cela, il faut une voie étroite dont le matériel puisse passer aisément par des communications peu larges (1 m. 30 en moyenne) et s’inscrire dans les courbes dont le rayon minimum peut atteindre 7 m. 60.
- Les chemins de fer militaires dont nous avons parlé répondent à ces conditions d’une façon que l’on peut qualifier de parfaite.
- SCHÉMAS MONTRANT LA DISPOSITION DE LA CHAUDIÈRE, A GAUCHE DANS UNE LOCOMOTIVE ORDINAIRE, A DROITE DANS UNE LOCOMOTIVE MILITAIRE A DOUBLE EOYEIt CENTRAL
- p.109 - vue 112/197
-
-
-
- 110
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Ils ont principalement l'avantage de pouvoir être montés et démontés très rapidement et, comme nous avons déjà eu occasion de le dire au cours de cette étude, de pouvoir être transportés très commodément sur un autre terrain où ils sont nécessaires.
- Les chemins de fer militaires à voie étroite dans l’attaque et la défense des places.
- Les réseaux de chemins de fera voie étroite comprennent, pour le siège des places fortes européennes (Allemagne, Autriche, France et Russie), les réseaux établis pendant la période d’attaque, les réseaux organisés dans les places et en avant des forteresses, en vue de leur défense. Un réseau de siège est affecté à chaque équipage de siège; il a généralement son origine à une gare de débarquement
- gare de débarquement, — une ligne reliant la gare de débarquement au parc du génie, et enfin les lignes qui relient le parc principal à chacun des parcs divisionnaires et, éventuellement, aux équipages de siège voisins.
- La seconde partie se compose de lignes à voie unique, en général, qui vont de chaque parc divisionnaire à un point désigné sous le nom de «gare des chevaux», où la proximité de l’ennemi oblige à renoncer à la traction par locomotives pour utiliser la traction
- Grii de formation des trams.
- Vers tes D°fs "!'d'Equipage
- Poudres et artifices .
- {Ateliers'
- „ l
- Charbon
- Fosse à piquer
- Parc aux projectiles
- par chevaux et même par hommes. La troi sièrne partie comprend enfin une ou plusieurs lignes allant de la « gare des chevaux » aux dépôts intermédiaires et aux batteries installées en vue du siège.
- Le réseau d’une place comporte une ou plusieurs lignes reliant l’arsenal et les magasins centraux de la place aux divers magasins des secteurs et ces derniers aux batteries ainsi qu’à leurs magasins. Ces lignes peuvent être constituées soit par des voies rayonnantes allant de la gare de l’arsenal aux divers ouvrages, soit par une voie périphérique d’où se détachent des tronçons allant vers les ouvrages, ou encore par une combinaison de ces deux systèmes.
- C’est ainsi qu’au début du siège de Paris
- ^ Dépôt des locomotives'
- W4+H
- Voie normale Voie de 0,60
- SCHÉMA d’une gare de parc principal a munitions en avant d’une place forte
- où il se raccorde avec la voie normale. Au point de vue de son organisation et de son exploitation, le réseau de tiège peut être divisé en trois parties bien distinctes :
- La première, qui constitue le réseau du parc principal, comprend une ligne reliant la gare de débarquement au parc principal — elle est construite à deux voies mais, en principe, le parc principal sera accolé à la
- (1870-71), on construisit sur les boulevards immédiatement parallèles à l’enceinte fortifiée une voie ferrée destinée à transporter le matériel d’artillerie et à assurer le ravitaillement des bastions en munitions. Le chemin de fer de Ceinture actuel servait au transport des troupes chargées de la défense de la capitale. On a construit depuis, en dehors et à upe distance assez grande de
- p.110 - vue 113/197
-
-
-
- LES VOIES FERRÉES MILITAIRES
- 111
- l’enceinte fortifiée, le chemin de fer dit de Grande-Ceinture, qui est une véritable ligne stratégique où se raccordent des voies secondaires destinées au ravitaillement des principaux ouvrages du camp retranché.’ ”
- Dès le mois d’août 1914, ce réseau de voies secondaires a été complété par l’établissement d’innombrables lignes militaires à voie étroite pour la circulation des wagonnets poussés par des hommes ou remorqués par des chevaux. Mais revenons à l’organisation des réseaux ferrés autour d’une place forte investie.
- tes,
- mwÆmwà
- . l/o/e norma/e
- Gare de débarquement
- SCHEMA DE I. INSTALLATION D UN RESEAU A VOIE ETROITE DESSERVANT DES BATTERIES DE SIÈGE'
- Dans l’attaque, telle qu’elle peut être logiquement prévue, on doit établir, pour chaque équipage de siège, une gare de parc principal et, pour chaque division, une gare de parc divisionnaire, une gare de chevaux et une ou plusieurs gares de croisement.
- La gare de croisement est le type de gare le plus simple; elle comporte, en général, un « gril » à quatre branches permettant d’assurer le croisement d’une rame de deux à quatre trains avec une autre de même com-
- position. La gare de parc principal comprendra un dépôt de locomotives, un dépôt de matériel roulant, un dépôt d’éléments de voie, un gril de formation de trains, des grils supplémentaires1 desservant les dépôts de
- munitions et les abris de chargement. Autant que possible, cette gare devra être installée hors de la portée des projectiles de gros calibre de l’artillerie ennemie.
- Dans les places fortes, les gares sont conçues d’après les mêmes principes que pour l’attaque, mais comme elles ont à assurer un trafic beaucoup moindre, elles sont, la plupart du temps, sauf pour la gare d’arsenal, réduites à de simples demi-lunes.
- L’exposé très rapide que nous venons de faire donnera une idée bien incomplète de Pim-portance des chemins de fer militaires, qu’on doit considérer comme un élément de victoire, car ils permettent de précipiter les opérations et d’obtenir promptement des résultats décisifs. C’est grâce * à leurs voies ferrées de campagne que les Allemands peuvent amener en quelques heures des masses de combattants sur un point de leur front particulièrement menacé. Hâtons-nous de dire qu’ils n’ont pas ce monopole. A chaque heure du jour et de la nuit, nos voies ferrées provisoires rendent également de précieux services et, au cours de la sanglante bataille de Verdun, on pouvait lire dans la presse que « les petits trains militaires Decauville ravitaillant en projectiles les batteries et les forts étaient soumis au bombardement incessant des pièces lourdes de l’artillerie ennemie ; insensibles, héroïques au milieu de la rafale, les mécaniciens militaires conduisaient leurs convois : pas un seul de ceux-ci ne sauta ».
- Georges Guimbal.
- Nous voulons exprimer notre gratitude aux Etablissements Decauville, qui nous ont très aimablement fournis des renseignements et des documents précieux sur la question des chemins de fer militaires.
- p.111 - vue 114/197
-
-
-
- -A -YC'-rV: '4' o ' ; & " & * ' <:'i * r
- M ^ * V ^ ' -» “^.w* ' \ * + *** *
- 'ï'SJik'.''?.. S ' *' 'U', ^
- TRAIN DE MEUNERIE-BOULANOERTE EN ORDRE DE MARCHE: LA VOITURE PORTANT LE MOULIN ET LE PETRISSEUR SERT DE TRACTEUR
- 112 . LA SCIENCE ET LA VIE
- p.112 - vue 115/197
-
-
-
- CHAQUE JOUR, DU PAIN FRAIS POUR LES TROUPES COMBATTANTES
- Par Clément CASCIANI
- Nous avons longuement expliqué, dans le n° 20 elc La Science et la Vie, le fonctionnement de la manutention du quai Dcbilly, qui fournit le pain aux troupes du gouvernement militaire de Paris. Celles qui se trouvent sur la ligne même de feu ou dans les cantonnements de repos situés à peu de distance du front ont droit également à leur ration quotidienne de 750 grammes de pain fiais. Comment et par qui cet aliment indispensable est-il confectionné et comment est-il distribué ?
- Le pain pour les troupes de l’avant est fabri-
- qué soit dans les boulangeries de guerre ou de campagne établies à poste fixe dans les stations-magasins, et qui ne diffèrent généralement pas des boulangeries ordinaires à grand rendement,'soit dans les boulangeries légères de campagne mobiles qui suivent les armées. Nous ne nous occuperons ici que de ces dernières, destinées à assurer la fabrication du pain dans les régions inaccessibles aux boulangeries de campagne ordinaires.
- Elles sont de deux sortes. Les unes, constituées en fours roulants, sont destinées aux corps d’armée des frontières du nord
- VUK D’UN PARC DE ROULANGERIE LÉGÈRE DE CAMPAGNE Dès leur arrivée au cantonnement, les fours roulants sont dételés et alignés, puis on procède rapidement à leur chauffe, car il s'agit de ne pas perdre un instant.
- 8
- p.113 - vue 116/197
-
-
-
- LA SCI ES Clù ET LA VIE
- FOURS DK BOULANGERIE LÉGÈRE DE CAMPAGNE A DEUX ÉTAGES On voit ici tes boulangers de Vadministration militaire s'employant hâtivement à la chauffe des fours.
- et de Test; les autres, formées de fours démontables et transportées à dos de mulets, étaient naguère réservées aux corps d’armée du sud-est appelés à évoluer dans les régions montagneuses où les voitures ne sauraient accéder. Depuis le commencement de la guerre, ces boulangeries servent également pour les armées du nord et de l’est.
- La boulangerie légère normale se compose de quatre sections ; chaque section comporte huit fours attelés à quatre chevaux et quatre voitures également attelées à quatre chevaux, dits chariots-fournils, servant à fabriquer les levains en cours de route pour activer le travail de panilication à l'arrivée ; chaque section comporte, en outre des huit fours et des quatre chariots-fournils, quatre chariots de parc, contenant le matériel nécessaire à la fabrication (pétrin, panetons, pelles), des étagères démontables pour faire ressuer le pain et des caisses pliantes pour transporter le pain non ressué, plus quelques instruments de pesage, des prélarts, etc., et quatre fourgons à bagages.
- Dans une armée à quatre corps d’armée, il y a quatre boulangeries de campagne. Chacune d'elles était jadis affectée àun corps, et par conséquent indépendante, mais maintenant le général commandant l’armée les a toutes sous sa direction et il met une ou
- plusieurs d’entre elles, pour un temps plus ou moins long, suivant les nécessités, à la disposition de l’intendant directeur de l’intendance de l’un des quatre corps d’armée.
- Par ce moyen on peut renforcer, à un moment donné, un corps d’armée, particulièrement difficile à ravitailler, avec les ressources inutilisées dans les autres corps d’armée. Examinons de quoi se compose, comme personnel et matériel, cette boulangerie de trente-deux fours, à quatre sections de huit fours chacune, qui, normalement, dessert un corps d’armée à deux divisions.
- Son personnel d’exécution comprend un officier d’administration du cadre actif, gestionnaire de toute la boulangerie, ayant avec lui trois officiers du cadre auxiliaire, trois adjudants et ,‘144 ouvriers d’administration, ce qui est plus' que suffisant pour constituer, dans .chaque section de huit fours, deux brigades qui se relèvent nuit et jour en cas de fabrication ininterrompue.
- Chaque boulangerie est attelée par une compagnie du train des équipages ; elle comprend au total 9 officiers,' 720 hommes, 184 voitures et 500 chevaux (sauf l’emploi de tracteurs automobiles, quand il y a lieu).
- Elle est accompagnée d’un convoi de 100 voitures ou automobiles de réquisition (qu’il ne faut pas confondre avec le convoi admi-
- p.114 - vue 117/197
-
-
-
- Il")
- LE PAIN DES TROUPES
- COM RA TT A N TES
- IES IIOJIUKS PROCÈDENT ENSUITE A E’ENEOUn.NEMENT 1)E RA PATI-;
- La première fournée est obtenue cinq heures en moyenne après Varrivée de la boulangerie au canlonnemenl.
- nistratif) pour porter le pain fabriqué, la farine, les accessoires de fabrication, etc.
- Un four roulant se compose de deux fours superposés et supportés par un train à quatre roues. Chaque étage est constitué par une sole en briques réfractaires et par une voûte composée de plusieurs produits calorifuges maintenus par des plaques de tôle. La contenance normale de chaque étage est de 80 rations de pain ordinaire ou de 70 rations de pain biscuité sans baisure.
- Le four pèse 2.800 kilog. : c’est donc une voiture très lourde. Il est un peu vieux, son adoption par l'armée datant de 1880.
- Les chariots-fournils sont des voitures /ormant des espèces de chambres qui renferment des pétrins et des cylindres à eau chauffés par de fortes lampes; leur but est de permettre le travail des levains en cours de route, afin de gagner du temps.
- La boulangerie peut se déplacer soit tous les jours, soit tous les deux jours. Dans le premier cas, elle fait l’étape de 24 à 25 kilomètres par jour en cinq heures. Il lui reste donc dix-neuf heures pour stationner. Or. ainsi qu’on le verra par la suite, il faut environ cinq heures pour obtenir la première fournée et deux heures pour le repliement; il reste donc douze heures, et comme chaque fournée exige deux heures dix minutes environ
- (pain biscuité), on fera en tout soit six, soit sept fournées, y compris la première. Mais il ne faut admettre que le chiffre de six fournées si les circonstances sont un peu défavorables (chaleur, temps pluvieux, fatigue, maladie, etc., fabrication de pain biscuité à deux baisures seulement pour éviter les moisissures), ce (pii fera en tout G x 82 x 140, soit un total de 2G.880 rations par jour.
- Si la boulangerie se déplace tous les deux jours, en doublant l’étape un jour sur deux, on fait l'économie d’une installation et d’un démontage, ce qui n'est pas à négliger.
- L’étape est alors de 50 kilomètres, soit 11 heures en comptant une grande halte d’une heure. Il reste pour le stationnement 48 — 11 — 37 heures; en déduisant pour la première fournée et le démontage 7 heures, il reste 30 heures correspondant à 14 fournées, soit 15 en tout avec la première. En ne comptant par prudence (pie 7 fournées par jour on arrive à une production très satisfaisante de 7 x 32 x 140 = 31.300 rations.
- L’effectif d’un corps d’armée étant d’envi ron 45.000 hommes, il manque 13 à 14.000 rations, que l’on peut trouver sur le pays, d’autant plus qu’il y a des cléments, par exemple la cavalerie, qui seront toujours trop éloignés de la boulangerie pour pouvoir être ravitaillés par elle, et (pii devront
- p.115 - vue 118/197
-
-
-
- 1 l(i
- LA SCIES CK ET LA VIE
- I'OUItS MÉTALLIQUES DÉMONTABLES DES BOULANGERIES DE CAMPAGNE Ces fours sont enjoins sous 25 ù 30 centimètres de terre pii muée formant enveloppe calorifuge.
- avoir recours aux boulangeries de la région. Remarquons ici que la boulangerie ne pourrait pas rester sur plaee deux jours et l'aire ensuite trois étapes en une l'ois, ear, si on peut imposer aux chevaux 50 kilomètres par jour tous les dvux jours, on ne peut jamais exiger d'eux 75 kilomètres par jour, en allant au pas bien entendu, ear cela conduirait à 18 ou 19 heures de marche de suite, ce qui, on le conçoit, est impossible.
- Dans la période de stationnement la boulangerie peut taire facilement 10 fournées par 21 heures; ce qui fait 10 X 82 x 1 1*0 ~ 11.800 rations, chiffre égal, à quelques unités près, à l’effectif d'un corps d’armée.
- La boulangerie ne peut parvenir à produire suffisamment qu'en ne perdant pas une minute; il est donc nécessaire qu’à peine arrivé au cantonnement tout le morale soit à son poste et commence immédiatement son travail. Pour qu’il en soit ainsi, il importe que l'installation ait été étudiée dans ses moindres détails, que voici :
- 11 faut d'abord chercher un emplacement pour les fours, assez vaste (900 mètres carrés environ pour une section de huit fours) ; il doit être aussi plat que possible et d'un accès facile, non inondé en cas de pluie.
- Derrière chaque section de huit fours on monte deux tentes, dites de boulangerie, et une tente-paneterie ; elle sont destinées à abriter les pétrins, les ouvriers boulangers et les étagères sur lesquelles on fera ressuer le pain. S’il existe un hangar à proximité, on
- le réquisi' ionnera et on sera ainsi dispensé de ce travail de montage, qui est très long.
- Mais remplacement doit permettre de placer au moins huit fours, plus les chaudières, car, à cause de la direction du travail. on ne peut pas scinder une section.
- La boulangerie doit, autant que possible, cantonner dans une localité assez importante pour qu'elle puisse s'y procurer les différents objets dont elle a besoin (eau, bois, sel. etc.) et aussi pour pouvoir facilement loger son personnel, officiers et hommes.
- On demande aux ouvriers boulangers militaires un travail très dur; on organise des brigades qui se relayent pour travailler jour et nuit, mais l’irrégularité des repos, se superposant aux fatigues d’une campagne, malgré que les déplacements aient lieu en voiture, est des plus pénibles pour le personnel. Aussi faut-il s'efforcer d’installer celui-ci le mieux possible, et il y a naturellement plus de ressources dans une ville grande ou moyenne que dans un village.
- Quand l’emplacement est trouvé, il faut réunir la provision de bois et d'eau, soit, pour 82 fours, 82 quintaux de bois ou 8 stères. Les mesures doivent être prises pour que 100 quintaux soient fournis sans retard. Le bois nécessaire aux deux premières fournées doit être fendu avant l’arrivée de la boulangerie au cantonnement.
- La provision d’eau est de 12 mètres cubes par jour. A défaut de bornes-fontaines, il faut requérir des tonneaux sur roues ou des
- p.116 - vue 119/197
-
-
-
- 117
- LE PAIN DES T IiOUPE S COM P A T T A N T E S
- barriques vides et des voitures pour les transporter. Il est enfin nécessaire de s’occuper du cantonnement, faire éclairer les emplacements, jalonner les rues, etc.
- Toute cette préparation exige au moins huit heures de travail ininterrompu.
- Pendant la roule, rofTicier gestionnaire a dirigé le travail des chariots-fournils de façon qu'on ait à l’arrivce des levains tout prêts pour la préparation de la pute.
- On peut faire du pain soit avec du levain, soit avec des levures; le levain est une combinaison de farine et d'eau que, par un travail approprié, on amène à être très riche en produits fermentescibles ; c’est ce levain que l'on incorpore â la pâte, formée, elle aussi, de farine et, d’eau, pour la faire fermenter avant de la cuire. Les levures sont des produits^égalcment très riches en produits fermentescibles, mais préparés industriellement; on les utilise en les mélangeant directement a la pâte, ce qui évite le long et pénible travail de préparation des levains. L'emploi de la levure est général en boulangerie civile, mais, en temps de guerre, ses inconvénients consistent d’abonl en ce qu'elle est de conservation difficile par les chaleurs ; elle coule et fermente facilement, ensuite et surtout, elle donne un pain qui sc conserve difficilement et change rapidement de goût et:-d’aspect. Or, aux armées, meme en le fabriquant dans les boulangeries de campagne, le pain ne peut être consommé, au plus tôt, (pie trois ou qualie jours r.près
- cuisson, à cause de la nécessité où l'on se trouve d'avoir â constituer la réserve de deux jours des trains régimentaires et celle (les convois, et aussi à cause des difficultés de transport. Dans ces conditions, l'emploi des levures n'a pas paru possible.
- Il faut donc avoir des levains prêts â être incorporés à la pâte au moment précis où on peut pétrir. On dirige ce travail des levains en cours de route, de façon* qu’ils n’exigent plus qu’une durée d’attente correspondant au temps qui est consacré â l’installation des pétrisscurs â l’arrivée de la boulangerie.
- Comme ce temps varie suivant qu’on est ou qu’on n'est pas obligé de monter les tentes, il est nécessaire (pie l'officier gestionnaire soit renseigné en temps utile, c’est-à-dire un temps suffisamment long avant l'arrivée, par son collègue chargé de préparer l'installation sur remplacement choisi.
- Les pétrisscurs étant parfaitement installés, et si l’on est dispensé de monter les tentes, on peut commencer la première fournée une demi-heure après l’arrivée, sinon il faut compter une heure et même une heure et demie, s'il faut couvrir les tentes avant de pétrir, en cas <le mauvais temps. La première fournée sera donc obtenue quatre heures et demie ou cinq heures et demie (cinq heures en moyenne) après l'arrivée sur le terrain.
- Le pain fabriqué est emmagasiné sur des étagères mobiles dans les tentes-paneterie, qui peuvent contenir 48.000 rations. Mais quand la boulangerie se déplace, le pain des
- VUE EXTÉRIEURE Il'UN FOURNIL DE CAMPAGNE A FOURS DÉMONTABLES On voit ici la terre recoui'rani les fours protégée contre la pluie jtar de larges plaques de tôle.
- p.117 - vue 120/197
-
-
-
- 113
- SCI H X CE ET LA VIE
- dernières Journées, qui n’a pas la consistance voulue pour être transporté en vrac, est placé soigneusement dans des caisses pliantes à claire-voie, qui sont au nombre de 700 et peuvent contenir 28.000 rations, soit la production des six dernières fournées.
- La boulangerie se ravitaille en farine, fleurages, sels, etc., soit par des achats sur place, soit par des envois de l’arrière.
- On s’est demandé s’il n’était pas possible de remplacer les fours roulants, qui coûtent très cher et ont une capacité assez faible, par un matériel moins onéreux, moins lourd et ayant une plus grande capacité, et c’est
- farine se prend en empois, l’acide carbonique allonge le gluten, et on a la mie avec son aspect huilé. Pour ce qui est du chauffage continu, au lieu de placer tous les pains immobiles dans un four dont la température va en décroissant d’une façon uniforme dans toutes ses parties par refroidissement normal. on fait déplacer le pain dans les différentes parties inégalement chaudes d'un four constamment identique à lui-même, la pâte entrant dans le four par sa partie la plus chaude et le pain en sortant complètement cuit par sa partie la moins chaude.
- Divers modèles de fours légers de cam-
- Korii MKTAia.IQim TKIIM.K. ni:.MO\TAIi!.K, A KNVKI.OI’CK UKKitACTAIRK Ces Jours, ilu st/slème Ceneste-I lerscher et Senuiseo, sont extrêmement pratiques : ils peuvent être transportés par pièces à dos de mulets et leur montage, est des plus rapides.
- alors qu’on a proposé de doter toutes les troupes de fours démontables, réservés aux boulangeries militaires des régions alpines.
- Se séparant en diverses parties pour le transport, on peut ainsi diviser les poids et utiliser des .appareils plus grands.
- On sait que le four de boulangerie ordinaire est intermittent. Quand une fournée de pain est cuite, il faut chauffer le four de nouveau pour la fournée suivante. Dans le four à chauffage continu, il n’en est pas ainsi et il n’y a pas d’interruption dans la cuisson. Pour que le pain soit cuit dans de bonnes conditions, il faut qu’il soit soumis à des températures décroissantes; c’est la croûte qui se forme la première, puis, l‘e:m ne pouvant plus s’évaporer, l'amidon de la
- pagne, portatifs et démontables, sont réglementaires dans l’armée française.
- Le four à envelô]>pe réfractaire de 80 rations, du système Geneste-IIerscher et Semasco, se compose de dix panneaux réfractaires que l’on place à terre et qui forment la sole du four que l’on veut'établir, de cinq travées de voûte qui recouvrent cette sole, de deux fonds (un d’avant et un d’arrière), de deux tuyaux de fumée, d’un houra en tôle à registre, d’une tringle de houra en deux pièces, d’un bouchoir et de quatre fortes chaînes de serrage à écrous.
- Les pièces, fissemblées en quelques minutes, constituent un four prêt à être mis en fonctionnement sans aucun autre préparatif
- Il n’est pas nécessaire de le couvrir de
- p.118 - vue 121/197
-
-
-
- LK
- PAIN DES TROUPES
- C O M Ii A T T AM T E S
- Un
- terre. Cependant, si la fumée, pendant le chauffage, ou la huée pendant la cuisson, s'échappait des joints, il conviendrait de les luter sans retard de terre glaise, ou, à defaut, d’une terre quelconque pour obtenir une complète occlusion de l’appareil.
- Le four Geneste-IIerscher peut être transporté à dos de mulet ou de chameau.
- Le garnissage des travées, de dix centimètres d’épaisseur, se compose de : 1° un mastic spécial, réfractaire (trois centimètres) ; 2° une couche d’amiante en fibres (trois
- Le four démontable dit «à augets », des mêmes constructeurs, diffère du précédent en ce qu’il n’est généralement, pas pourvu de panneaux de sole. Pour former l’âtre. on se sert de briques, de terre glaise ou d’autres matériaux trouvés sur place. De plus, les travées de voûte n’ont pas d’enveloppe réfractaire; on les recouvre simplement d’une couche de terre de 25 à 30 centimètres.
- L’installation de ce four ne demande pas plus d’une cinquantaine de minutes.
- Le four métallique octogonal du système
- MONTA G IC, DANS 1/12 I’AltC DK BOULANGKii 112, l)'lJN FOUll OCTOGONAL GODF.LLF.
- Sur le terrain plat, les ouvriers établissent la « sole » du four, en briques réfractaires. A l'arrière-plan de la photographie, on voit des portions de fours cl des lentes déjà moulées.
- centimètres) ; 3° une couche plus épaisse de coton siliceux (quatre centimètres).
- Le chauffage des fours métalliques est, en général, plus délicat et demande plus de soin que celui des fours en maçonnerie. Il faut éviter toute exagération de chauffage, qui déformerait les pièces ou diminuerait leur résistance. Un chauffage est exagéré quand les pièces commencent à rougir, vers 530 degrés. Or, la température de 250 à 300 degrés au moment de l’enfournement est tout à fait suffisante pour la cuisson.
- Le chauffage dure de 20 à 25 minutes et la consommation de bois n’excède généralement pas 25 kilogrammes pour chaque foui\
- Godelle, de 200 rations, transportable comme les précédents à dos de mulet, a, ainsi que son nom l’indique, la forme d’un octogone régulier; le diamètre du cercle circonscrit à cct octogone est de 3 m. 31.
- La voûte est formée de huit feuilles de tôle semblables, en forme de triangles, divisées chacune en deux parties. Ces tôles sont munies, entièrement, de fers à T et de fers cornières, pour résister à la pression de la terre de couverture; elles reposent sur les ailes des fers à T des arbalétriers, où elles sont maintenues par des goupilles de fer. Deux d’entre elles portent chacune une buse où viennent s’emboîter les tuyaux à fumée.
- p.119 - vue 122/197
-
-
-
- 120
- LA SCIENCE ET LA VIE
- Les rives sont formées de huit feuilles de tôle semblables, en forme de trapèze. L'une d'elles est découpée pour former la bouche du four. Elles s’appuient contre la partie des arbalétriers en fers à T formant pied droit, où elles sont fermement maintenues par de solides goupilles métalliques.
- La charpente consiste en huit arbalétriers semblables en fers à T dont toutes les têtes convergent vers la clef de voûte, en acier coulé, en forme de tronc de pyramide octogonal. Les pattes des arbalétriers, ou extrémités inférieures des pieds droits, sont réunies entre elles par un polygone de rete-
- mètres. Cette terre est destinée à servir en même temps d'enveloppe calorifuge.
- Le travail de montage ne demande pas plus d’une quinzaine de minutes.
- La cuite d’un four nouvellement monté sur sole en briques demande une heure environ et !)() kilogrammes de bois pour la première chauffe; une deuxième chauffe dure 40 minutes avec 00 kilogrammes de bois. On peut ensuite commencer en toute sécurité le chauffage de la première fournée.
- Il faut trois chauffes successives pour obtenir ce résultat, si la sole est en terre glaise.
- Le chauffage des fournées varie selon que
- MAN KOI1’. A MULET INSTALLE DANS UN PARC DE BOULANGERIE A l'aide d'un arbre de transmission souterrain, ce manège communique le mouvement aux pélrisscurs mécaniques placés sous la tente voisine à l'abri des intempéries.
- nue, formé de huit tirants en fer méplat, semblables, venant se fixer, deux à deux, à chaque patte, à l’aide d’un boulon.
- Une forte plaque de tôle, avec poignée en fer. sert de bouehoir. Abattue sur le devant du four, à la hauteur dcTâtrc, elle fait olliee <1’ « autel » pour enfourner et détourner.
- L’âlre, fait en briques placées en fougère ou en terre glaise battue et mouillée, puis découpée, offre une inclinaison de dix centimètres environ d’avant en arrière.
- Quand le four est monté sur la sole, on creuse le trou du brigadier, devant la bouche (pour faciliter le travail d’enfournement et de détournement) et on emploie la t erre de déblai à la couverture de l’appareil; on peut en mettre une épaisseur de 30 à 35 centi-
- la fabrication a lieu le jour seulement ou pendant les 24 heures, sans arrêt, à brigades relevées. Dans le premier cas, il faut allumer une heure avant l’enfournement de la première fournée, avec GO kilogrammes de bois: il faut ensuite 50 kilogrammes pour la deuxième fournée, 35 kilogrammes pour la troisième et 25 à 30 pour les suivantes.
- Dans le second cas (douze fournées par 24 heures), à brigades relevées, la consommation du bois est bien moindre, attendu que le four ne se refroidit pas. Elle est, en moyenne, de 28 kilogrammes par fournée.
- Le détournement s’opère comme dans les systèmes de fours portatifs en tôle bien connus, c’est-à-dire après 45 minutes environ de cuisson pour le pain ordinaire et un peu
- p.120 - vue 123/197
-
-
-
- 121
- LE PAIN DES TROUPES COM B ATT ANTES
- plus d’une heure pour le pain biscuité. En résumé, la préparation du terrain, le montage complet du four et son recouvrement de terre exigent environ 45 minutes.
- La cuite et le chauffage du four prennent cinq à six heures, selon le terrain et la température. On peut donc admettre que la moyenne du temps qui s'écoule entre le commencement du montage du four et le détournement du pain de la première fournée est
- jours possible de trouver dans les villes et villages que l'on traverse et dans les fermes que l’on rencontre (bien entendu quand le pays n’est pas dévasté), et fournissent à la troupe du pain frais deux heures après que celle-ci est arrivée au cantonnement.
- C’est un train automobile de meunerie-boulangerie, formé de moulins à cylindres d’acier, de blutoirs, de pétrins et d’un four, pourvoyant lui-même à toutes les opérations
- MOULIN-BOULANGERIE AUTOMOBILE EN PLEIN TRAVAIL
- Les produits de la mouture soûl -recueillis dans les trois sacs; le pét risse, ur est à larrière. Par une combinaison spéciale, on peut mettre en marche le moulin, le. péirisscur ou la voilure elle-même.
- de sept heures à sept heures et demie environ, ce qui constitue un bon résultat.
- C’est uniquement avec de la farine fraîche que travail lent les boulangeries légères de campagne dont nous venons de parler, et, dans les contrées oîi elles ne peuvent, s’en procurer, si elles n’en reçoivent pas de l’arrière, elles sont forcément réduites il l’inaction.
- Le système de boulangerie Schweitzcr procède d’un tout autre ordre d'idées. Tl se compose d’unités indépendantes accompagnant le régiment, se ravitaillant elles-mêmes, par achats ou réquisitions en blé qu'il est tou-
- aboutissant à la fabrication du pain. Son fonctionnement est des plus simples.
- A peine arrivées au cantonnement, les deux voitures formant le train sont séparées, et le moteur de l’une d’elles (la voiture-moulin), qui servait à produire la marche, est alors appliqué, au moyen d'un désembrayage et d'un embrayage rapides et assez ingénieux, aux poulies de renvoi actionnant le moulin, le blutoir ou le pétrin. '
- Le blé, qui a été acheté en route, ainsi qu’on l’a dit plus liant, est, moulu et passé aux blutoirs; la farine ainsi obtenue est
- p.121 - vue 124/197
-
-
-
- 122
- LA SCI UK CE ET LA CIE
- aussitôt placée dans les pétrisseurs, où elle ne tarde pas à se transformer en pâte.
- Additionnée de levure, on laisse alors (jette pâte quelque temps tranquille pour lui permettre de lever, puis elle est découpée en morceaux, devant former chacun un pain, qui sont introduits dans le four, lequel constitue la seconde voiture du train.
- Des hommes quelconques peuvent être utilisés pour ce travail des plus faciles ; aucun apprentissage spécial n’est nécessaire.
- Deux heures au plus après l’arrêt de l'automobile au lieu prévu pour la fabrication et la mise en train de la meunerie, les premiers pains étaient cuits et sortaient du four.
- On peut gagner du temps en profitant d’une halte du régiment pour mettre la meunerie en train et transformer une certaine quantité de blé en pâte. Celle-ci a le temps de lever pendant la dernière partie de la marche et peut être enfournée dès l’arrivée au cantonnement. On pourrait même, à la rigueur, procéder à cet enfournement alors (jue la boulangerie est encore en marche.
- Grâce à la continuité de la cuisson, le rendement est de 5.000 rations en vingt-quatre heures (pour un seul train), soit la quantité largement nécessaire pour un régiment d’infanterie sur pied de guerre.
- La qualité du pain a été reconnue excellente, d’une régularité qui ne laissait rien à
- FOU H DK Tll AIN DK MEUNEIUE-BOULANGEHÏE K\ ACTION Un ouvrier pince sur F « autel » un morceau de pâte ou pâlon destiné à l'enfournement.
- Essayé au cours de grandes manœuvres antérieures à la guerre actuelle, ce train a donné les résultats les plus intéressants et il a permis de constater les faits suivants :
- On a toujours pu se procurer sur place et facilement le blé nécessaire, même alors que l'on n’aurait pu trouver (le la farine, et le combustible indispensable n’a jamais fait défaut; celui-ci était généralement du bois.
- Quatre hommes seulement étaient employés pour la fabrication (lu pain : un pour la surveillance du moteur, deux pour la confection de la pâte et le quatrième pour le four.
- désirer comme pétrissage, levage et cuisson. Enfin, fabriqué avec de la farine fraîche, il a un parfum qui le rend agréable au goût.
- Ce système de panification, utilisant le blé trouvé sur place, rend inutile de faire des approvisionnements de farine, si coûteux et si difficiles à entretenir en bon état : il rend également inutile le transport de cette farine, pour la plus grande commodité de l’administration de la Guerre ainsi débarrassée d’en-( ombrants impedimenta. Et c’est là le côté le plus intéressant du procédé.
- Clément Casciani,
- p.122 - vue 125/197
-
-
-
- LES CURIEUX EFFETS DE QUELOUES PROJECTILES BIZARRES
- Par Jean de VILLA
- On a publié que les Allemands remplacent souvent les balles de leurs cartouches par des balles en bois, dans le but de rendre plus dangereuses les blessures qu'elles font. Ceci peut paraître surprenant au premier abord, car on a peine à s’imaginer que du bois puisse blesser plus grièvement que des balles en plomb durci recouvert d’une chemise de maillechort, comme le sont celles du fusil M.iuser. Il en est bien ainsi, cependant.
- A la condition, bien entendu, qu’elle soit tirée à courte distance, c'ur elle perd rapidement sa vitesse, la balle de bois (même çle bois tendre), se désagrège plus ou moins complètement en pénétrant dans le corps; les libres, rompues par le choc, s’arrachent et sont projetées dans divers sens, de sorte que les blessures qu’elles font en çlilacérant les chairs sont effrayantes, et, le plus souvent, mortelles. Quand un membre est touché, il peut être considéré comme perdu.
- Elles agissent à la façon des balles dum-dum (lig. ]).
- Les soldats allemands faits prisonniers dont les gibernes contenaient ces «spéciales » ont déclaré qu’ils les avaient reçues depuis peu et qu’ils avaient l’ordre de ne s’en servir contre nos soldats qu’à des distances inférieures à 100 mètres.
- Contrairement à la croyance générale, il n’est d’ailleurs pas nécessaire qu’une balle soit en matière dure pour produire des blessures dangereuses. Combien de fois n’a-t-on pas entendu parler d’accidents graves ou même mortels survenus sur les champs de tir et causés par la simple bourre d'un coup de feu tiré à blanc à une
- distance rapprochée ? On dit, dans ce cas, et fort exactement, que la charge fait balle.
- Un Anglais, M. Bruce, a fait à ce sujet quelques expériences extrêmement intéressantes que nous avons répétées après lui et dont nous allons dire quelques mots.
- Il s’est servi d’abord comme projectile d’une chandelle de suif et il a pu ainsi fendre une feuille de tôle épaisse de huit millimétrés; puis il tira sur une série de cibles constituées par des boîtes de fer-blanc, une plaque de tôle mince et des planchettes de bois épaisses de 12 à 30 millimètres (üg. 2). Toutes ont été perforées de part en part. Une balle de beurre pesant 8 grammes lui donna le même résultat. Il en fut de même d'un bout de bougie.
- Un autre expérimentateur, M. Williams. Anglais également, a fait une expérience semblable avec une balle en papier faite de douze feuilles d’une revue convenablement enroulées en forme de cylindre. Il a tiré sur un paquet de revues qui furent réduites en miettes, ainsi qu’on peut le voir sur la ligure 3. A droite de la cible improvisée, on remarque ce qui reste de la balle qui est aplatie, toi due et réduite des deux tiers.
- L’effet est beaucoup plus saisissant encore quand on se sert d’une « balle d’eau •>. Ce fut Levaillant, l’explorateur de l’Afrique australe, qui imagina le premier de se servir de l’eau comme projectile pour capturer les oiseaux sans endommager leur parure. Il plaçait une bourre bien grasse sur sa charge de poudre et il remplissait le canon de son fusil avec de l’eau. Il avait soin, bien entendu, de ne
- cartouches
- FUJ. ] . - A GATCIIE. UC PIIO-
- JECT1LE 13 N BOIS AVANT LE
- tir; a droite, ne même projectile APRÈS LE TIR
- p.123 - vue 126/197
-
-
-
- i24
- l.A SCIENCE ET LA VIE
- mettre qu’une charge de poudre juste suffisante pour que la « balle d’eau » produisît sur le volatile un effet de pression ou d'étouffement, et cette charge, en rapport avec la distance à laquelle se tenait l'oiseau, lui était indiquée par l’expérience. Si elle avait été trop forte ou si l’oiseau avait été trop rapproché, celui-ci eût été massacré et sa parure perdue. Il put ainsi rapporter en France une remarquable collection de ces magnifiques oiseaux du Cap, avec leur plumage intact et qui, presque inconnus alors, excitèrent une admiration générale.
- LYau, on le sait, est à peu près incompres-
- balle de cette nature 'déterminerait une blessure épouvantable, si l’on en juge par les larges déchirures produites dans les cibles.
- Le même expérimentateur eut ensuite l’idée de se servir de l’eau, non plus comme projectile, mais comme cible — ce qui est l’expérience classique du crève-tonneau que l’on fait aux cours élémentaires de physique.
- A cet effet, il remplit d’eau puis souda solidement une forte boîte de fer-blanc. Il tira alors dessus une balle de suif, qui est la moins puissante de ces sortes de balles, non pas pour la percer, mais simplement pour enfoncer légèrement une de ses parois afin de
- FIG. 2. -- SIX C1IU.KS A FA Fl FF, TRAVERSÉES PAR UN BOUT DF, BOUGIE FORMANT BAFFE
- Cet ensemble de eiblcs comporte deux boites eu fer-blauc (une à chaque extrémité), une plaque de tôle d'acier mince et trois planchettes de bois de 15 millimètres.
- sible. Le '< marteau d’eau » des laboratoires, les puissantes presses hydrauliques de l’industrie, sont, la démonstration évidente de cette propriété physique des liquides; mais l’eau se disperse facilement. Si l’on réussit à éviter sa dispersion pendant le trajet du fusil à la cible, on aura une balle particulièrement énergique en raison même de son manque d’élasticité. On peut voir (fig. 4) l’effet d’une de ces balles sur deux cibles, une en bois, une en tôle, et (fig. 5) sur une autre cible constituée par une boîte en fcr-blane.
- L’eau contenue dans un petit tube en carton, bouché à scs deux extrémités pur une rondelle de liège et pesant 8 grammes, s’aplatit sur le but, formant ainsi une espèce de biscaïen liquide qui fait brèche.
- Tirée à courte distance sur un homme, une
- créer une pression intérieure. Cette pression, transmise instantanément du métal au liquide, eut pour effet de faire éclater la boîte comme une bulle de savon (fig. 0).
- Cette expérience donne Pexplication de certaines blessures (pue l’on constata au moment où fou commenta à se servir de* armes à calibre réduit et que l’on attribua d’abord à des balles explosibles. Ainsi, au cours de la guerre franco-allemande de 1870, on se trouva en présence de blessures graves et d’une nature telle qu’elle n’avait jamais été constatée jusque-là, tant les tissus étaient écrasés et détruits. Elles présentaient une ouverture de sortie quinze à vingt fois plus large que celle d’entrée, irrégulière et en lambeaux. contenant un amas de parties molles détruites et de fragments d’os pulvérisés.
- p.124 - vue 127/197
-
-
-
- C E RJ E U X E E E E T S 1) E E liO./ E ('Tl L E S R/Z A R R E S
- 125
- FIG. 3.- DE GAUCHE A DROITE: CIBLE EN PAPIER CONSTITUÉE PAR UN PAQUET DE REVÜES :
- LE PROJECT ILE EN PAPIER; LE PAQUET DE REVUES COMPLÈTEMENT LACÉRÉ APRÈS LE TI RJ LES DÉBRIS, RÉDUITS DES DEUX TIERS, DU PROJECTILE EN PAPIER
- Les Allemands ne pouvaient croire que ces blessures affreuses étaient produites naturellement par une balle normale, et c’est ce qui fit qu’ils nous accusèrent de manquer à la convention internationale de Saint-Pétersbourg de 1808 prohibant l’emploi de projectiles explosifs pour armes portatives.
- Après la guerre, on se livra à de nombreuses e xpériences, en Allemagne surtout, et on reconnut enfin le mal - fo ndé de cette accusation.
- Les résultats relatés plus haut, pourront paraître surprenants. On s’en étonnera moins q uand on saura que la vitesse don-
- FIG. 4. -
- A DROITE
- CIBLE EN LE TIR
- ne aux corps mous ou semi-fluides, aux liquides et même aux gaz une résistance ou, si l’on peut s’exprimer ainsi, une dureté égale aux corps les plus durs. L’expérience a été réalisée à plusieurs reprises dans les conditions que nous allons exposer ci-après : On a fait ton ber, au fond d’un puits de
- mine de plu- sieurs centaines de mètres de profondeur, par une canalisation venant de la surface du sol, une veine d’eau. Un homme robuste essaya, à diverses reprises, d e la couper à coups de sabre. Il n‘y put parvenir. La vitesse acquise par l’eau dans sa clmtc lui donnait une
- A GAUCHE : CARTOUCHE LIQUIDE OU BALLE D EAU ;
- BOIS ET CIBLE EN TOI E AYANT SUBI D’UNE « BALLE D’EAU »
- p.125 - vue 128/197
-
-
-
- 126
- LA SCI ES CE ET LA V1 IC
- résistance, une dureté telle que la lame du sabre r.e pouvait la pénétrer et qu elle l’arrêtait, net comme l’eût fait une véritable colonne d’acier.
- Cependant, cette petite expérience serait insulli-sante pour expliquer d'un? façon complète des phénomènes qui sont considérés, non sans raison, comme extraordinaires par des personnes qui en sont les témoins pour la première lois. Il est nécessaire d’y ajouter un peu de théorie qui fera mieux comprendre la différence qui existe entre la balle ordinaire et les projectiles dont il est question ici. Mais, pour plus de simplicité et pour ne pas rebuter le lecteur, nous ne le ferons qu'en quelques lignes, débarrassées de tout clnflre et en ne considérant que deux éléments de calcul : le poids et la vitesse.
- l)e l’un et de l’autre dépendent la puis-‘sance ou « force vive » du projectile. Elle est proportionnelle à son poids, ou plutôt à sa densité ou poids par unité de section transversale, c ' est - à - d i re qu’àune vitesse égale, un projectile d’un poids ou densité double produira deav fois plus d’effet.
- C’est pourquoi l'on emploie des balles en métal très lourd tel que le plomb, et c’est aussi pourquoi on leur donne la plus grande longueur possible, comme d’ailleurs pour les obus des canons, afin qu’elles atteignent le maximum de puissance. dus elle sera lon-
- gue, en effet, plus son poids par unité de section transversale sera élevé, et cela se comprend aisément. Mais, dans la pratique, cette longueur est limitée par la nécessité où l'on se trouve de faire progresser la balle dans l’espace la pointe toujours en avant.
- sa longueur dépasse une certaine limite, la balle se renverse en quelque sorte, se couche plus ou moins sur son axe, par suite d’un mouvement de bascule, la résistance que l’air lui fait éprouver augmente alors considérablement, sa vitesse tombe rapidement et le tir perd de ce fait toute précision.
- L’importance de la vi-lesse est beaucoup plus giande encore. En effet, la puissance croit proportionnellement au carré de la vitesse, c’est-à-dire qu'à poids égal une vitesse double produira, non plus dcuj\ mais le carré de deux, qualie
- foi* plus d’effet.
- Toutes les expériences râpes p 1 u s ont été faites l’arme étant placée à un demi-mètre ou à un mètre environ du but à atteindre.
- Chacun pourra les répéter aisément ; mais on est prévenu qu'elles ne sont pas tout à fait sans danger, la dernière surtout, qui est celle de la balle de suif tirée sur une boîte de fer-blanc remplie d’eau. Il faut se mettre bien à l’abri des éclats projetés dans tous les sens et des ricochets derrière une barricade.
- Jean nr, Viua,
- FIG. 5. - Bon F. EN FER-BLANC
- VIDE COMPLÈTEMENT ÉVENTRÉE PAH UNE « BALLE D’EAU »
- FIG. U - BOTTE EN FER-BLANC P! EINE O’EAU AYANT
- ÉCLATÉ APRÈS AVOIR SUBI LE TIR D’UNE BALLE DE SUIF
- p.126 - vue 129/197
-
-
-
- LE CINÉMATOGRAPHE AUX ARMÉES
- Par A. VERHYLLE
- Plus que jamais, le cinéma est à l’ordre du jour. Il est entré' si profondément dans nos mœurs que beaucoup viennent chercher nu cinéma l’illustration vivante de ce qu'ils ont lu et la réalisation matérielle de ce qu'ils peuvent imaginer.
- A l'heure où tous les moyens d’information possibles sont mis en exploitation pour renseigner, instruire et même former de toutes pièces l’opinion des neutres, jamais on ne pouvait faire un meilleur appel nu cinématographe pour la campagne de vérité et de lumière que les gouvernements alliés doivent mener parmi les peu] les qui assistent en spectateuis à la plus formidable tragédie que le monde ait vu se dérouler.
- Au commencement de la guerre, il faut bien l’avouer, nous avons été, In encore, un peu pris au dépourvu, car si nous envisageons l’effort puissant, l'application immédiate que nos ennemis ont faits de ce saisissant moyen de propagande, nous devons convenir que nous avons commencé un peu tard.
- Il a fallu vaincre certaines hostilités, surmonter de grandes dillimités pour obtenir que le cinématographe soit, lui aussi, considéré parmi les meilleurs agents de propagande que l’on puisse avoir à l’étranger.
- Il importe de savoir, en effet, que lorsque les armées allemandes ont assailli le peuple martyr de Belgique, une équipe de einématographistes suivait les troupes, et, chaque semaine, dès la déclaration de guerre, des journaux animés spéciaux paraissaient pour chauffer l’enthousiasme et servir de propagande à l’étranger.
- Nous avons encore sous les yeux des programmes de Y Eiko- Woche, rédigés en un français curieux, qui étaient proposés par l'intermédiaire d’un pays neutre à certaines maisons de cinématographes de France. Parmi ces titres, nous en voyons de bien sympto-
- matiques. Nous en respectons, d’ailleurs et le style et l'orthographe : « Espions russes seront exécutés », « Les terribles effets des feux de l’artillerie et de l’infanterie sur des maisons belges d’où on attaque les troupes »,
- « Militaires allemands sur terre ennemie ».
- « Francs-tireurs qui travaillent sur fortifications avant d’être fusillés », « Poste allemande au pays de l’ennemi », « Révolution à Moscou », « Prisonniers aux travaux des fortifications ». « Les libres tireurs polonais défilent ». Des vues allégoriques : « Allemagne, ne t’inquiète pas », « L’empereur veille sur le Rhin ».
- Souvent même, l’impudence était telle que des films ont été proposés sous ce titre : « Les Indes, la terre des Hindous ». Ce film (pii représente « le pays de iwlre alliée, (Voù. ils prennent leurs forces de réserve, doit vous intéresser, à présent, le plus entre tous les films actuels. » Entre autres titres, nous citerons encore : « Bateaux de commerce russes et anglais des-truefés par les canons des cuirassés ottomans », ainsi que « Le bombardement de la ville de Sébastopol par les Turcs ».
- Chaque semaine donc, tous les pays susceptibles d’être informés par le cinématographe étaient servis par une gazette au caractère officiel, contenant 100 à 200 mètres de films de guerre, films dont les scènes étaient souvent truquées et. qui représentaient, au prix de quelles misères, des femmes belges dansant avec les meurtriers de leurs maris et de leurs fils; ces bandes étaient présentées comme la preuve du chaleureux accueil cpie les populations des États du roi Albert faisaient à leurs cyniques tyrans.
- C’est à la suite de nombreuses démarches faites sur l’initiative de M. Prévost, que le ministère de la Guerre a autorisé la Chambre syndicale de la cinématographie française ù désigner les opérateurs professionnels mobi-
- GlîORGE ERCOl.lï
- Correspondant de guerre de Pathé-Journal, attaché aux états-majors russes, décoré de la croix de Saint-George s.
- p.127 - vue 130/197
-
-
-
- LA SCI K A1 CL ET LA V1E
- 128
- a T.a nucnuucui: ilun coin intékessant. dans la eoiiêt de l’akgonne Coiffé du casque Adrian, son appareil sur l'épaule, Vopérateur chemine à travers les iraiichéts.
- lises des quatre principales maisons (l'édition pour prendre des vues sur notre front.
- Un service a été organisé et fonctionne en ee moment pour 1c, plus grand profit de nos agences de propagande et d’informations.
- En France, voici comment, fonctionne ce
- service. Les opérateurs travaillent par équipes dans des secteurs déterminés. D’après les instructions du Grand quartier général, ils se rendent, les uns en Alsace, les autres en Artois, en Champagne ou en Flandre. Chacun d’eux emporte son appareil et ses boîtes de pellicules.
- UNE PETITE SEANCE DE POSE DANS UN VILLAGE CHAMPENOIS
- .ipiès avoir “ tourné ” hs prisonniers allemands, l'opérateur remet son appareil au point pour “ prendre ’* à leur tour ces messieurs de la maréchaussée.
- p.128 - vue 131/197
-
-
-
- 1. Pc C i N /•’ MAT O (i II A P // JC A Ü X A II M IC IC S
- 1 -J!)
- A ce sujet., il convient d’insister sur ce point que tous ces reporters cinématpgra-pliistes sont des hommes pliés de longue date aux nécessités du grand reportage, et dont l’instinct journalistique est porté au plus haut point. On naît journaliste, on ne le devient pas. Il faut des aptitudes toutes spéciales ; il faut être familiarisé avec les difficultés journalières et avoir au cœur l’amour de son mélior et la conscience du dévouement inlassable qu'il nécessite.
- l’épervier du journalisme moderne; en quelque endroit qu’il faille passer, et quels que soient les obstacles, il « tourne » la difficulté et l’événement, et n’abandonne le terrain que lorsqu’il a pris et bien pris ce dernier.
- Aussi a-t-on fort bien qualifié les actes de ces hommes, qu’aucun danger ne décourage, en disant (pie leur principale qualité est d’avoir le souriant héroïsme de la curiosité.
- Mais nous voici bien loin de l’objet précis (pii nous occupe. Ainsi qu’il a été dit plus
- UNlî AMUSANTE PRISE I)K VUE DANS UNE PETITE VILI.K DU NORD
- Juché sur une auto, l'opérateur “tourne ” les petits enfants de l'endroit, tandis (pie le chauffeur de la voiture et le boucher du pays attendent la fin de la séance.
- A plus forte raison en temps de guerre, où tous agissent sous l’aiguillon d’une sorte d’émulation qui les porte à- risquer l’impossible pour obtenir quelque chose que le voisin n’aura pas. On n’en est plus à compter avec leurs tours de force et leurs prouesses de casse-cou, et il faut, pour apprécier à sa juste valeur ce que représente la prise d’une vue cinématographique, savoir (pie chaque opérateur, muni de son équipement complet, d’un poids total de 50 kilos, arrive quand même, à force d’adresse, de ruse, d’ingéniosité et de tranquille couvage, à saisir l’événement ou le 'document dans toutes ses phases, soit de près soit de loin.
- llomme-protée par excellence, le reporter cinématographique au Iront de combat est tout à la fois le chat, réciireiùi. la taupe ou
- haut, c’est la Chambre syndicale française de la cinématographie qui s’est engagée à assurer la prise de vues cinématographiques dans la zone des armées, étant bien entendu (pie la production des lilms et leur mise en vente restent sous la direction absolue et le contrôle étroit de l’autorité militaire.
- C’est par l’intermédiaire des maisons désignées par elle que la Chambre syndicale de la cinématographie conlie aux opérateurs choisis parmi le personnel professionnel des maisons adhérentes au syndicat et actuellement sous les drapeaux, tout le matériel (pii lejir est nécessaire, ainsi que le lilm sensible indispensable à la prise de vues.
- Pour faciliter la mission de ces opérateurs c'est l’autorité militaire qui fournit tous les moyens de transport, ainsi que le personnel
- t)
- p.129 - vue 132/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 130
- auxiliaire qui pourrait être nécessité par ecs prises de vues, parfois compliquées.
- Quand un opérateur a été désigné pour opérer dans tel ou tel secteur, il reçoit immédiatement un ordre de transport pour lui et son matériel, et se rend sur plaee. Dès son arrivée au front, notre homme exéeutc sa consigne avec initiative et intelligence sous la surveillance pourtant d’un olïioicr d'état-major, car il y a certains détails
- de concentration, de dispositions et de préparation qu’il convient de tenir secrets.
- Comme nous l’avons vu plus haut, le « barda » des opérateurs comporte au moins l’utilisation de deux à trois mille mètres de pellicule.
- C’est avec joie (pie nos soldats les accueillent,et c’est tera
- concours à l'élaboration de la prise de vues.
- Dans un récent article,
- M. Georges Cain étudiait aussi le cinéma de guerre, cl il insistait sur le sentiment qui guidait tous les soldats à se faire cinémato-graphier, .« car chacun en particulier pensait que peut-être bien, au village, la maman, la bourgeoise, le petiot ou le copain reconnaîtrait, malgré son aspect hirsute, le fils, le papa ou le camarade transformé en fougueux guerrier».
- Aussitôt son arrivée, tout le monde s’ingénie à faire connaître à l'opérateur les coins les plus curieux qu’il peut prendre. Les états-majors donnent toutes les facilités pour opérer.
- Mais il ne faut pas croire que le travail de l’opérateur consiste uniquement à choisir un sujet,, à mettre au point et à tourner. Ça, ce n’est que l'œuvre purement mécanique. Il va aussi, avant, toute exécution maté-
- rielle, un travail d’élaboration, de préparation, de coordination mentales. Sinon, les vues défileraient sur l’écran dans unecohuc, un désordre de sujets les plus disparates, aucunement liés entre eux. Il faut (pie l’opérateur se double d’un scénariste qui compose sa vue comme un article de journal. Il faut qu’il y ait un commencement, un développement et une fin — une chute —
- en terme de métier. Mais nous abordons peut-être là le secret professionnel, le fin du fin de l'art de l’opérateur cinématographique, qui est « légion » quand il ne suffit que de mettre au point et de tourner la manivelle, mais qui est tire à de bien rares exemplaires quand il s’agit de concevoir, de mûrir, (l’exécuter et de réaliser une «bande», un film de guerre.
- Tel qui tournera en mouvement transversal et jusqu’à plus soif un interminable défilé de convois, verra ses deux cents mètres jetés au panier, alors que tel autre, n’ayant tourné (pie cinq mètres de cette même vue, mais prise en profondeur et diagonalcment, se verra félicité de son tour de force.
- Mais n’abordons pas ce sujet trop technique; les circonstances souvent difficiles dans lesquelles ces films sont pris ne permettent pas toujours d’assurer la préparation nécessaire, comme au théâtre de prise de vues.
- La bande est donc exécutée. Les négatifs obtenus sont envoyés par les soins de l’opérateur et par l’intermédiaire du service cinématographique de l’armée aux différentes entreprises cinématographiques.
- Nous avons préeedémment, dit qu'elles
- a (pu ine-son entier
- LK C1NEMANOGIIAPHISTK DANS LA TRANCI1KJ2
- L'appareil est mis en batterie la ligne de Vobjectif frisant celle des sacs de terre, afin d'éviter de donner à Vennemi, vn point de repère trop visible. Lopérateur “ tourne” de la main droite et “panoramique ” de la gauche.
- p.130 - vue 133/197
-
-
-
- LE CINÉMATOGRAPHE AUX ARMÉES
- 131
- étaient quatre : Patlié, Gaumont, Eclipse et Eclair. Les négatifs sont immédiatement développés et tirés, et le premier positif ainsi obtenu est monté sur les instructions et sous la direction des opérateurs qui ont fourni tous les documents nécessaires.
- Quand le premier positif est prêt, il est présenté à la première séance de censure qui a lieu aux bureaux militaires dv la Presse.
- Lors des premiers mois de sa création, le
- projection des films de guerre, présentant notre rnagni fiquc armée sous toutes ses héroïques faces. Nombreux ont été les achats et les envois de ces films dans les pays amis ou neutres, où ils continuent sur l’écran la bonne œuvre de propagande en faveur de la France.
- Ces films sont donc vus, en séance publique, par un aréopage militaire qui donne ou refuse l’autorisation d’édition. Les services de propagande à l’étranger assistent aussi
- LE DERNIER ASPECT D’UN SOUS-MARIN AVANT SON IMMERSION TOTALE Fragment d'an film cinématographique pris au large de Cherbourg, du haut d'un hydravion.
- service cinématographique avait une salle de projection de fortune installée dans les grands salons du ministère de l’Instruction publique, rue de Grenelle, qui hospitalisait d’ailleurs aussi tous les services de censure.
- Aujourd’hui, c’est rue François-Icr, au quatrième étage d’un immeuble annexe du ministère de la Guerre, que se trouvent réunis, voisinant avec le service des journaux de tranchées, les services du cinéma au front; ils possèdent dans ce local, très suffisamment aménagé pour sa destination, une 'splendide salle pour les projections.
- Nombreux, sont les visiteurs neutres et alliés qui ont assisté, dans cette salle, à la
- à cette projection, sorte de répétition générale où l’on voit aussi les représentants des maisons d’éditions cinématographiques.
- En ee qui concerne l'exécution matérielle des films de guerre, des échanges de vues ont lieu; des modifications sont demandées dans le mode de présentation ou des coupures sont apportées dans certaines parties des différents sujets. Certains films sont autorisés pour l’édition en France, d’autres refusés pour l’édition à l’étranger, d'autres enfin sont totalement censurés et absolument interdits. Ils sont réservés pour après la guerre, quand leur production sera sans danger.
- Ainsi donc, aucun positif ne peut être
- p.131 - vue 134/197
-
-
-
- 132
- LA SCIENCE ET LA VIE
- T7X CINEMATOGRAPIIISTE FAISANT DES PRISES DE VUES EN AEROPLANE L'appareil est fixe sur une plaie-forme spéciale afin d'obtenir plus fccilemeut des vues plongeantes.
- I A VU.1.1', d’amu.rt (somme), vue prise a UOI1D d’un avion J/aéro (pii portait l'opérateur volait très bas, ce qui explique la netteté, remarquable de la photographie.
- p.132 - vue 135/197
-
-
-
- L E C 1 X É MA TOC II A PIIE A U X A U .11 É E S
- 133
- présenté à qui que ce soit avant d’être soumis à ce bureau de censure installé à Paris. Les titres et sous-titres des bandes établies sont eux-mêmes soumis à la censure préalablement à l’édition. De tous les films qui ont été pris par les opérateurs officiels, un exemplaire est tiré, qu’il soit édité ou non dans le public, pour être remis, à titre de document, aux archives de la section historique du ministère de la Guerre.
- En raison du but poursuivi par 1 ’ autorité militaire, qui est de pousser à la plus grande diffusion de ces vues, dans le monde entier, la vente des films censurés peut être faite à qui que ce soit, sans aucune restriction, et dans tous les pays ; les exemplaires de films sont cédés à des prix excessivement réduits, et c’est par l’intermédiaire de la Chambre syndicale cpie toutes les opérations de vente sont assurées.
- Par ailleurs, pour tous les posit ifs qui sont vendus par la Chambre syndicale, l’autorité militaire prélève un droit déterminé par mètre de positif, prélèvement dont le montant est versé intégralement aux œuvres de bienfaisance militaires.
- C’est la Chambre syndicale qui fait parvenir chaque mois un état, par pays, des positifs vendus ou sortis des maisons chargées de leur fabrication, et qui remet ep
- même temps le montant des prélèvements.
- Comme il importe que la plus grande diffusion des films de guerre soit assurée en France, hors les films censurés, toute liberté est. accordée à la Chambre syndicale à ce point, de vue, et il n’est pas rare, en temps ordinaire, de voir éditer t r o i s, quatre ou cinq vues de guerre par semaine, et souvent les coupures apport ées dans les films d’éditions pour excès de longueur, trouvent leur place dans la gazette animée des maisons d’éditions, dans leur Journal-Vivant, qui reproduit les actualités du monde entier.
- En ce qui concerne la diffusion des films à l’é t r a n g e r, c’est le service de propagande du minist ère des Affaires étrangères qui juge de l’opportunité ou delà non-opportunité qu'il y a de vendre certains films dans les différents pays neutres ou alliés.
- Dans un esprit de haute indépendance et afin de supprimer tout caractère de réclame commerciale à des films qui doivent être édités dans un but patriotique, les vues de guerre ne doivent porter aucune marque de fabrique ou de maison d'édition. Le titre contient seulement, comme indication d’origine, cette simple mention : « Chambre syndicale française de la cinématographie. Vues prises avec l’autorisation militaire. » Ainsi que le spécifie judicieusement lanofç-
- A QUKI.QUKS MÈTRES DU FRONT, DANS 1.KS VOSGKS
- Une ]>ri.se de vues étant terminée, ro)>ératcur retire lu boite réceptrice dans laquelle s'est emmagasiné le, film impressionné. Il va couper la boucle lâche qui reste dans le couloir de Vobjectif.
- p.133 - vue 136/197
-
-
-
- 134
- LA SCIENCE ET LA ViE
- CINÉMATOGRA1UIISTE OPÉRANT DANS UN CADRE ÉMOUVANT DE RUINES II *« tourne” des convois militaires passant sans relâche sur une roule dont on peut constater le parfait entretien, grâce à une véritable armée de cantonniers.
- programme rédigée aux armées et concernant l:t prise de vues cinématographiques, les . scènes à reproduire doivent être choisies avec discernement, car il s’agit, en effet, de créer mie contre-partie à la propagande faite chez les neutres par l’Allemagne en sa propre faveur, depuis le début de la guerre, au moyen de la cinémotographie. Les scènes représentées doivent, d’une layon générale, mettre en valeur la tenue de nos troupes, exalter les qualités militaires de nos combattants. l’héroïsme des soldats et des chefs.
- A l’heure actuelle, si l’on jette un coup d’œil sur la liste des films déjà exécutés, on se rendra compte de l’effort qui a été produit. Qu’i* nous soit permis de rappeler ees titres : « Nos poilus en Alsaee », « L’armée française après neuf mois de guerre », « L’entrevue de Chantilly », « L’œuvre de la kultur », « Le moral du soldat français au front », « Notre artillerie en Argon ne », « Les zouaves
- d’Afrique dans les Flandres belges », « Les goumiers algériens en Belgique », « Nieuport, ville martyre », « Comment on nourrit nos troupes au front. », « Avec nos soldats dans les forêts d’Argonne », « Kn Argonne après la retraite des barbares », « Le drapeau des chasseurs », « Les spahis au nord d’Arras », « Les grenadiers de 1915 », « La cavalerie d’Afrique au front », « Dans les tranchées de Notre-Dame-de-Lorette et de Souciiez », u L’artillerie française sur le front de combat »,
- « Les autos-cancns sur le front de bataille », « Le Président de la République à l’armée d’Alsace », « Un camp hindou au nord de la France », « Les chiens de guerre », « Sur les sommets d’Alsace », « Le roi George V en France », « La guerre nocturne », « Le secteur de Loos repris aux Allemands », « Sur les sommets du Lingekopf et du Vieil-Armand », « Monuments historiques d’Arras victimes de la barbarie allemande », « Sur le front de Lorraine », « Le secteur de Souciiez », « Après la dernière attaque française à l’IIartmanns-willerkopf », « Les 1.068 prisonniers de PHartmannswillcïkopf », « Le théâtre aux armées », « Les chiens de l’Alaska », « La guerre blanche », « Les tranchées de la Tcte-de-Faulx », « Les tracteurs automobiles en montagne », « Les skieurs », « Les trains blindés », « Dressage des chiens sentinelles », « L’obusier français de 370 », « Une boulan-gerie d’armée », « Les Français en Haute-Alsace ». Et, plus récemment encore, ees belles vues qui furent comme les œufs de Pâques des Parisiens en 1910 : «L’arrivée des troupes russes à Marseille », projetée dans les salles le lendemain de la publication de l’ordre du jour du général Joflre, et « Le général Gouraud passant en revue les glorieux drapeaux du ...e corps », etc., etc.
- Indépendamment des vues prises au front français, des films documentaires ont été « tournés » sous la direction des dif-
- p.134 - vue 137/197
-
-
-
- 135
- I. E CIX ï: MA T O C R A PIIP A U X A R M É K S
- fércnts sous-seerétaircs d’Etat à la guerre.
- C’est ainsi qu'en ce qui concerne le département « artillerie et munitions », des vues très intéressantes ont été prises aux établissements du Creusot ; elles portent ces titres : « La fabrication des obus », « Les obus de gros calibre », « Pourquoi nous les aurons ».
- Au service de santé, des documents du plus haut intérêt ont été pris sur « Le vervice de santé aux armées » et « A l’Ecole .1 offre pour la rééducation des mutilés de la guerre » et maints autres films d’ordre purement scientifique ou medical, ceux-là, sur la prothèse maxillo-faciale, par exemple, ou sur le traitement des nerveux, qui ne peuvent trouver place sur un écran de cinématographe public, mais qui serviront aux études de nos futurs médecins et chirurgiens.
- Les documents recueillis ainsi formeront la base d’une bibliothèque ehirurgico-médico-cinématographique de premier ordre... et nous voici bien loin des planches gravées de Farabcuf, à l’usage des étudiants !
- Parmi les autres principales vues du service de santé réalisées à ce jour, nous devons citer : « Comment sont soignés nos blessés de guerre »,« Extraction d’un shrapnell dans la région du cœur », « Ecole de rééducation des militaires aveugles », etc...
- A la Marine, nous signalons ces vues prises à bord du submersible X... : « Corfou »,
- « L’escadre française à Malte », « L’Achil-leïon », etc.; à l’Aviation : « Les Eclaireurs de l’air » et « L'aviation au front ». L’opérateur cinématographique est monté à bord d'un aéroplane piloté par l’uu de nos meilleurs aviateurs, et il a réussi à prendre des vues au-dessus des tranchées ennemies. Nombreux aussi sont fes films qui ont été réalisés en survolant des villes bombardées par l’ennemi, et souvent, on distingue nettement, autour de l'appareil, les éclatements de projectiles tirés par les canons spéciaux.
- Au corps expéditionnaire (l'Orient, une équipe cinématographique a été adjointe, qui a pris la retraite stratégique du général Sarrail et qui, depuis, exécute des films du plus haut intérêt : « Le corps expéditionnaire français à Salonique », « Les forces françaises aux Balkans », « Le général Sarrail à Salonique », « Salonique pendant l’occupation », « Les jeux du cirque des Alliés à Salonique », « Le 1er janvier à Salonique », « Le port de Salonique », « L’occupation des forts de Kara-Baroun et de Tozla par les troupes françaises et anglaises ».
- En dehors des vues du ministère de la Guerre, certaine maison française d’édition n’a pas hésité à entretenir à ses frais, au front russe, un opérateur qui s’est engagé dans l’armée du tsar, et qui a envoyé en France des vues très intéressantes : «Le bombardement de
- UNS HAXDONNÉE cinématographique dans i.es neiges de la iiaute-at.sace
- L'opérateur a installe son appareil sur un traîneau tiré par des chiens de VAlaska, qu'on ne voit pas sur la photographie. Le conducteur est à son poste ù l'arriére du véhicule.
- p.135 - vue 138/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 130
- Przemysl », « L’occupation de Lcmberg », « La guerre au Caucase », « Le bombardement des côte* de Turquie d’Asie », « Un exploit des hydravions russes », etc... En Russie, d’ailleurs, à l'instar de notre service cinématographique mililaire, le comité Sko-belei'f, siégeant à Moscou, fait office de een-s re, et tous les films des opérateurs accrédités auprès des armées impériales doivent obtenir son visa avant de sortir de Russie.
- r
- nous sommes absolument certains qu’elle aura accompli cette œuvre patriotique par excellence de rendre nos amis plus fidèles et plus confiants, et, d’autre part, moins circonspects les hésitants et les timorés.
- Rien de ce qui aura été « pris » pendant la guerre ne disparaîtra, car, outre que tous ces films figureront aux archives historiques du ministère de la Guerre, des érudits ont entrepris de collectionner toutes les afïi-
- U.VK UKrilKSKNTATlON C1NKMATOGRAP1IIQUK DANS UN CANTONNK.MENT DK JiKPOs
- La seanee a lieu dans une grange abandonnée, et nos braves troupiers oublient ainsi pendant quelques
- instants les périls de la tranchée.
- Pour en revenir au Iront français, le service des prises de vues cinématographiques se complète de l'œuvre du «. Cinéma au front » dont le but est de donner aux hommes, dans les cantonnemcnls de repos, des représentations cinématographiques. Ces séances sont on ne peut plus goûtées de nos chers soldats pour qui le cinéma, ainsi que le disait si justement M. Georges Cain, « est comme un peu de Paris qui vient vers eux ».
- Comme on le voit, tout a été fait pour répondre utilement, par le moyen du cinématographe. aux efforts de la propagande allemande. Nous ne doutons pas que, non seulement la propagande française ne réussisse à dominer celle de l’ennemi, mais encore
- elles illustrées ou autres cpii, au point de vue cinématographique, sont susceptibles d’intéresser les générations futures.
- M. Georges Cain, conservateur du musée Carnavalet, a eu l’idée de réunir dans une salle spéeiale tout ce qui aura, de près ou de loin, servi à la distraction et au réconfort des Parisiens. Le cinématographe les aura, par les films de guerre, rapprochés un peu du front, et c’est ce qui expliquera peut-être pour beaucoup l’irréproeh.able tenue et la splendide dignité de la population de la capitale qui, tous les soirs, dans n’importe quel cinéma, pouvait voir sur l’écran les fières silhouettes des admirables défenseurs de la France! A. Vehuyui.k.
- p.136 - vue 139/197
-
-
-
- LES EXPLOSIFS QUI ONT DÉTRUIT NOS PONTS ET NOS USINES SERVIRONT-ILS A LES RECONSTRUIRE ?
- Par Jacques GUNZIGER
- INGJSNI1ÎUR DIPLÔMÉ DE L’ÉCOLE DES TRAVAUX PUBLICS
- Lorsque, sous notre poussée victorieuse, l’ennemi se retirera le long de la Meuse ou du Rhin dans les retranchements qu’il a longuement préparés, il ne laissera derrière lui que des contrées dévastées. Les ponts seront coupés, les usines du Nord et de l’Est, qui nous auraient permis, aussitôt après la paix, de combattre et de vaincre la puissance industrielle germanique, ne seront plus que des monceaux de décombres.
- Il a été dit, dans le précédent numéro de La Science et la Vie, qu’il importait d’étudier et de résoudre, dès aujourd’hui, le problème qui consistera à faire renaître, sur les ruines accumulées, la prospérité économique de la France. Pour cela, il faudra tout d’abord rétablir les ponts, reconstruire les usines aussi rapidement, aussi solidement, aussi économiquement que possible.
- Presque tous les ponts jetés au-dessus des rivières sont construits sur des terrains
- aquifères et marécageux; les grandes usines sont généralement voisines des cours d'eau ou édifiées sur des terrains de remblais. Il leur faut des bases solides exécutées avec le plus grand soin, allant rechercher, à travers des terrains mouvants, la couche inférieure
- plus résistante et à l’abri des affouillemcnts résultant de l’action des eaux.
- Depuis longtemps, les ingénieurs de tous les pays cherchaient à remplacer les pieux poinlus en bois < u en hélon par une fondation rationnelle se composant :
- f0 D'un massif de base en béton armé coulé au fond d'un puits des rendu jusqu’au terrain solide, ou tout au moins jusqu’à une couche suffisamment dure et résistante du sous-sol ;
- 2° D’une colonne en maçonnerie reposant su rie massif de base et venant à fleur du sol supporter tout le poids des constructions.
- Forer ce puits, parfois très profond, pour trouver un sol résistant, couler dans le fond un massif de hélon élever ensuite la colonne
- VUE d’un groupe de pieux exploses
- On peut se rendre compte, d'après cette photo, de la forme que, par suite de Vexplosion, chaque pieu a prise à sa base.
- p.137 - vue 140/197
-
-
-
- 138
- l.A SCJKXC K ET LA VIE
- de maçonnerie et reboucher le trou est partait, mais tout cela est long et coûteux, toujours très difïicullucux et fréquemment impossible dans les terrains aquifères.
- On renonçait donc le plus souvent à cette fondation rationnelle pour se contenter de battre des pieux en bois ou en béton qui constituaient bien des colonnes dont la résistance sous les charges était déterminée pur des moyens ou des formules empiriques, mais auxquels manquait la partie fondamentale, c'est-à-dire le massif de base.
- rechercher la profondeur de la couche résistante sur laquelle on veut couler le béton, on enfonce un tube d'acier de grand diamètre (0rn40 à OmCO environ) à l’intérieur duquel on a placé un pieu de bois termine par une pointe d’acier, laquelle est destinée à faciliter l’enfoncement de l’ensemble.
- Arrivé à la profondeur choisie, on enlève le pieu de bois et on laisse le tube en place; on descend dans le fond du trou une cartouche explosive, constituée de telle sorte (pie ses effets lents et progressifs se fassent
- DES DIKKERENTES PHASES DE l.A CONSTRUCTION I)'UN PIEU EXPIOSE
- I. L? tube (ix'cc le pieu intérieur en bois viennent (Titre enfoncés. — 2. Le pieu en lois retiré, la cartouche est descendue et le tube rempli de béton. — .‘J. Le tube vient d'être relevé d'un mtlre pour dégager la cartouche. -— 4. Après Vexplosion, Vexcavation s'est formée en comprimant la terre, environnante et le béton est descendu remplir la chambre de mine. — 5. Les barres d'acier de la colonne mises en place, le béton coulé et pilonné jusepTau niveau du sol, le tube retiré: le pieu explosé est terminé.
- Un ingénieux système de fondation, celui des « pieux explosés », inventé quelques mois avant la guerre, déjà adopté’’par de grandes administrations de l'Etat et par d'importantes firmes industrielles, pourra permettre de refaire rapidement toutes les fondations des bâtiments détruits et, par un curieux contraste, nous verrons les explosifs servir à réédifier ce qu’ils auront détruit.
- l)e plus, il sera possible d’exécuter le travail rapidement, dans tous les mauvais terrains, avec un personnel très peu nombreux, et. ce qui n'est pas à dédaigner, pour un prix inférieur à celui de tout autre procédé.
- Coulage du massif de béton
- Avec du matériel courant, de battage de pieux et après avoir sondé le terrain pour
- sentir surtout dans le sens horizontal,- en créant, par conséquent, une excavation circulaire beaucoup plus large que haute, du volume (pie l’on désire, et dont les parois sont formées du terrain comprimé par l'explosion.
- Après avoir descendu la cartouche, on remplit le tube avec du béton à consistance plastique, puis on le relève d’un mètre environ pour que la cartouche restée dans le fond, entourée complètement de béton, soit en dessous de l’extrémité inférieure du tube.
- Ensuite, à l’aide d’un détonateur électrique, par un simple tour de manette, on produit l’explosion; la poussée des gaz forme l’excavation, et aussitôt, soit qu’ils se refroidissent et se condensent, soit qu’ils fusent au travers des pores du terrain environnant, ces gaz se décompriment, la pression
- p.138 - vue 141/197
-
-
-
- /, K S PIE U X E X P L O S /•' S
- 139
- dans l'cxcavalion devient insullisantc pour retenir la charge de béton dans le tube; le béton est comme aspiré vers le bas et se précipite dans la chambre de mine pour la remplir d’une façon parfaite.
- Pour s’assurer que le résultat désiré est bien obtenu, il sulïit de mesurer, avant et après l’explosion, le niveau du béton dans le tube, de multiplier la différence par la cect.ion intérieure, et l’on obtient ainsi très exactement le cube du béton qui est venu constituer le massif autour de la base du pieu.
- Nous ajouterons que la conipressio n énergique imprimée au sol avoisinant par l’explosion de la cartouche place la fondation dans des conditions de résistance plus favorables encore que celle d’un massif coulé à ciel ouvert. En effet, si le terrain sur lequel on se repose n’est pas très solide tout étant quelque peu compressible, l’explosion aura eu pour effet de le rendre plus compact et. par conséquent, plus résistant aux charges, souvent considérables, qu’on lui demandera de supporter.
- Construction de la colonne en béton armé
- Faire la colonne en béton armé n’est plu» qu’un jeu. On descend d’abord dans le tube les barres d’acier constituant l’armature du pilier, en avant soin de les faire pénétrer profondément dans le massif de béton encore mou, dans lequel elles se scelleront solidement pour rendre solidaires la colonne
- et sa base. Il ne reste plus qu'à verser et à pilonner énergiquement du béton dans le tube, qui est remonté progressivement au fur et à mesure qu’il se remplit.
- Dès que le béton est arrivé au niveau du sol, le tube est entièrement retiré, les extrémités des barres d’acier de l’armature émergent seides au-dessus de la colonne de béton
- qu’elles dépassent d’environ 0 m.5f> ; elles se-ront scellées plus tard dans les pilliers de la construction à édifier. La superstructure sera ainsi reliée d’une façon parfaite, et sans solution de continuité, aux bases mêmes de la fondation.
- Le pieu explosé est maintenant constitué : il aura tout le temps, pendant la construction des ou-v r a g es qu’il doit supporter, de se solidifier et d'acquérir, e moule par la comprimée qui l'enserre l’énorme résistance à l'cnfoncc me n t qui pourra lui être demandée.
- Nous allons mainte n a n t examiner comment, dans les différents cas pouvant se présenter, on emploiera ce système de fondations, dont l’intérêt ne saurait échapper.
- La résistance à l'enfoncement du pieu explosé, dont la base mesure de 1 m ‘20 à I m 80 de diamètre et dont la longueur passe de 3 à 20 mètres, peut varier beaucoup.
- Dans le cas d'un sous-sol inconsistant, cette résistance est composée de celle du sous-sol comprimé sous le massif de base, à laquelle vient s’ajouter celle qu’il faudrait vaincre pour arracher au terrain avoisinant
- l.K TüliK KM cm DK llf'.TON ( :< ) KST KKI.KVK D’UN MKTIUC
- C'Y si à ce moment quon provoque V explosion de la cartouche descendue dans le jond.
- p.139 - vue 142/197
-
-
-
- 140
- J. A SCIENCE ET LA VIE
- la masse de terre, également fortement comprimée, qui entoure la colonne, entre la base même du pieu et son sommet.
- Quand, au contraire, le massif repose sur un sous-sol tout à fait solide, la limite de résistance du pieu est donnée par celle de la colonne en béton armé, qui varie suivant le diamètre du tube employé, la construction de son armature d’acier et qui se calcule comme celle d’un pilier ordinaire en béton armé. Il faudra donc, avant de commencer les
- Sût'
- consistant
- ériger au Havre pour l’Administration des tabacs, les charges ne dépassent pas 50 tonnes sous chaque pilier, et les fondations sont constituées par un seid pieu allant jusqu'au bon sol, qui ne se rencontre parfois qu’à 20 mètres de profondeur. Ce pieu de grande longueur, constituant le point d’appui principal, est entouré de trois autres pieux dont la longueur ne dépasse pas 8 mètres qui ont pour mission de l’équilibrer en même temps qu’ils apportent un notable
- supplément de ré-
- Semelle supérieure sous les piliers
- sistance. En effet, les essais faits par les ingénieurs de l’Admini stration sur un de ces pieux s upp lément aires
- jArmàlures dacier des
- v i; colonnes en béton scellées dans le bas au massif de base et dans le haut aux semelles de l'infrastructure
- ÜP
- Lj/./f
- Massifs de Jbase Ké -Juxtaposés
- lorrain comprime
- TRAVAUX DK L’ENTRKI'ÔT FRIGORIFIQUE DU HAVRE : ELEVATION ET DETAILS Il’UN GROUPE DE CINQ PIEUX EXPLOSES, DE (i MÈTRES DE LONGUEUR, REPOSANT SUR UN SOL COMPRESSIBLE
- f ondations d’un ouvrage, faire des sondages préliminaires qui, en donnant la nature exacte du scus-so], permettront d’évaluer sa résistance aux différentes profondeurs ; on pourra déterminer ensuite la longueur du pieu, le diamètre de sa base, la construction de sa colonne et, suivant que les charges à supporter sont plus ou moins fortes, il sera loisible aux constructeurs de grouper les pieux par séries ou de les placer isolément.
- On a résumé dans les exemples ci-dessous les trois cas principaux pouvant se présenter:
- Pieu isolé
- Pour la construction d’un hangar à bou-cauls, de 17.000 mètres carrés de surface, à
- quinze jours après le coulage du béton, ont montré que le massif, tout en ne reposant sur aucun fond solide mais bien sur de la vase semi-liquide, offrait cependant une grande résistance à l’enfoncement. Il n’a commencé à fléchir de quelques millimètres que sous une charge supérieure à 2:5.000 kilos.
- Ce résultat remarquable, obtenu dans des conditions partic-nl èrement défavorables. est dû à la violente compression du sol produite par l’explosion.
- On conçoit que la disposition adoptée par les eonslructcurs donne toute sécurité aux fondations du hangar puisque, à eux seuls, les trois pieux supplémentaires seraient capables de support er la charge totalç
- p.140 - vue 143/197
-
-
-
- L ES PIE V X E X P LO S ÊS
- 141
- Sous les murs qui entoureront le hangar, où les charges seront moindres que sous les piliers centraux, on n’a placé qu’un seul pieu allant jusqu’au sol résistant.
- Les travaux, qui comprennent le fonçage de 450 pieux environ, commencés en juin 1914, ont été interrompus par la mobilisation, et sont depuis reste s en suspens.
- Groupe de quelques pieux
- Pour la construction des frigorifiques de l’alimentation ha-vraise, faite sous la direction de la Société « l’Air liquide », le problème des fondations se présentait d’une façon sensiblement, différente.
- Sous certains piliers, les charges à supporter. étaient énorme et dépassaient 200.000 kilogrammes ; le sol très résistant ne pouvait être atteint, mais, vers 6 mètr. s de profondeur, on rencontrait une couche sulïisamment solide sur laquelle' on pouvait construire.
- Les pieux, de 1 m20 de diamètre de base environ, ont été placés par séries de trois, quatre ou cinq, suivant le poids (les charges à porter.
- Cette construction étant la première qui ait été fondée sur pieux explosés, le personnel manquait d’entraînement, et le travail eut lieu pendant l’hiver; la vitesse de fonçage fut cependant de huit pieux par jour en moyenne. L'usine immédiatement
- édifiée, était bientôt prête à fonctionner ; le service de 1" Intendance pouvait la réquisitionner presque au début ce la guerre et commencer à y entasser journellement de grandes quantités de quartiers de bœuf frigorifié qui sont envoyés ensuite sur le front pour la nourriture des armées Le premier pieu foncé devant les ingénieurs de «l’Air liquide» a été chargé, au bout de trois semaines (le prise, d’un poids de 40.000 kilogrammes qu’il a supporté sans présen-senter de tassement appréciable. Ce résulta!, convainquit définitivement les personnes cpii avaient, tout d’abord refusé leur confiance au nouveau et si curieux système
- (le fondations.
- Pieux explosés groupés en faisceaux
- Enfin, un troisième cas s’est présenté dans la gare du Havre. où. les chemins de fer de l’Etat ont fait construire un pont tournant capable de supporter, dans tous les sens, la charge énorme des nouvelles locomotives mises en service sur ce réseau.
- Le terrain est composé de tourbe liquide et, vers 8 mètres de profondeur, on rencontrait une couche résistante de sables graveleux. Pour donner une fixité absolue au pivot du pont, (pii transmet aux fondations les efforts en porte à faux qu'il reçoit pendant les ma-
- PI.AN DU MASSIF DE BASE CONSTITUÉ PAR UN G ROUI E DE CINQ PIEUX EXPLOSÉS
- Les parties teintées qui entourent le massif de béton représentent le terrain comprimé par les explosions provoquées au début de la construction des pieux.
- VUE SUPÉRIEURE DE LA PLATE-FORME, ÉTABLIE SUR LES CINQ PIEUX
- p.141 - vue 144/197
-
-
-
- 142
- LA SCIENCE ET LA VIE
- n œuvre s des locomot i ves, on a forme, à 8 mètres de profondeur, sur le sol résistant, une plate-forme composée de m a s s i f s de pieux exploses ; juxtaposés. !
- Les colonnes eu béton armé des pieux ont ensuite été reliées à leurs sommets par ! un massif eom- I mun pour former un tout rigide et indé- ; formable. 1
- Au fonçage | des pieux,l’eau arrivait, au- A dessus de la ' surface du soi
- et le travail, 1---— . ~
- qu’il aurait été impossible défaire à ciel ouvert, a été terminé en moins d’une semaine; on fonçait en moyenne un pieu à l'heure. Le premier pieu explosé coulé devant les ingénieurs des Chemins de fer de l’Etat, a élé chargé, après trois semaines de prise d'un poids de 40 tonnes; il a supporté cette charge pendant plusieurs mois, sans pour cela s’enfoncer d'un millimètre ; le pont tournant fonctionne depuis assez longtemps et n’a subi aucune espèce de déformation.
- Une application semblable des pieux en faisceau a été faite dans un terrain avoisinant pour constituer le support d’un -obélisque à ériger sur la place Massillon, au Havre.
- En résumé, le pieu explosé peut s’appliquer dans tous les cas où il s’agit de supporter une construction lourde ou massive sur un mauvais terrain. Des dispositions spéciales permettent d'employer ce système lans le lit même d’une rivière, sans pour
- /ŸrVeav durai/
- " ,7oQf'ï)e 'Smî liqyitfe
- •. ' ‘J-'é'ESable
- Ygpâye/pi/x
- FONDATIONS D’UN FONT TOURNANT POUR LOCOMOTIVES KT PLAN DU MASSIF DE I5ASE MONTRANT I-A DISPOSITION DES PIEUX EXPLOSES
- cela craindre de voir l’eau courante venir délayer le béton. Beaucoup plus rapide (pie tout autre, donnant plus de sécurité, il a de plus le grand i avantage d’être le moins cher des systè mes de fondations connus.
- La secousse produite par l’explosion se fait à peine sentir, grâce au genre d’explosif employé (pii fait son effet lentement; il creuse la chambre de mine, en comprimant le terrain d’une façon continue et pro-, gressive sans aucun danger pour les constructions voisines. Dans certains cas, on peut ^vême, si cela est indispensable, annihiler complètement tous les effets de l'explosion, la rendre absolument inipercepti-ile, tout en arrivant à un résultat identique.
- Dans le pieu explosé, on ne se trouve plus en présence d’une simple colonne de matériaux ayant un diamètre correspondant à celui du pieu. Que le terrain soit colmaté à la surface extérieure du pieu, s’il s’agit du sol vaseux, ou (pie le béton du pieu soit incrusté dans le terrain s’il s’agit de remblai, la pile de fondation est effectivement constituée par le bloc hétérogène de forme cylindrique ayant pour base la section de la base même du pieu, ainsi qu’on peut le constater sur les coupes représentées dans eet article.
- Il est d’une indiscutable logique (pie cette pile ne pourrait s'enfoncer sans entraîner avec elle, et arracher au terrain avoisinant.
- p.142 - vue 145/197
-
-
-
- LES PIEUX EX P POSÉS
- 113
- la masse (le terre comprise entre sa base et le bloc de béton qui se trouve au sommet.
- Dans ce bloc hétérogène, il subit que le béton ait une section suffisante pour transmettre à la base du pieu la charge à supporter; c’est un effort de compression pour lequel la section pourra toujours être calculée très largement, et l’on sait que le béton de ciment travaille admirablement dans ces conditions particulières.
- La puissance de résistance provient,
- pieu est donc celle du béton, qui, avec un pieu de 40 centimètres de diamètre, est déjà supérieure à 50.000 kilogrammes.
- Dans le cas où le sol est très mauvais et la charge très grande, on obtient, avec un groupe de plusieurs pieux en faisceaux, une compression du sol telle que le terrain comprimé entre les bases des pieux atteint une dureté presque comparable à celle du béton.
- Ce système de fondations par pieux cxp'lo-sés qui réalise, ainsi (pie nous venons de le
- ESSAI DE RÉSISTANCE D’UN PIEU EXPEOSÉ, AVEC UNE CHARGE DE 40 TONNES DE RAIES Le pieu a été construit dans un terrain rempli d'eau et il repose sur un fond de vase. Les ingénieurs
- n'ont pu constater le moindre enfoncement.
- d’une part, de la pression admissible reportée sur le terrain comprimé à la base du pieu, et, d’autre part, de la résistance au frottement du cylindre considéré ci-dessus, s’il y avait enfoncement possible.
- De ce (pii précède, ©n doit conclure que si le bon sol ne peut «être atteint, le pieu explosé a une plus grande résistance à l'enfoncement que toits les pieux connus jusqu'à ce jour. Si, au contraire, la base du pieu repose sur un sol très résistant, le pieu explosé est comparable à un pilier de béton avec assise de fondation répartissanl. la charge Sur le sol. La limite de résistance du
- voir, le plus rapidement, le plus économiquement et avec le maximum de sécurité, la fondation la plus rationnelle, trouvera de multiples et importantes applications dans la reconstitution des ouvrages d’art et usines des pays délivrés de l’ennemi et participera ellicacement à la reprise de la lutte économique et industrielle qui suivra la signature de la paix. La guerre, qui aura cessé sur un terrain, sera portée sur un autre, et sur ce nouveau champ d’action nous et nos alliés pouvons, dès maintenant, escompter de fructueuses victoires.
- Jacques Gunziger
- p.143 - vue 146/197
-
-
-
- ON PEUT JUGER, D’APRÈS CETTE PHOTO, DE LA COMPLICATION DES APPAREILS SERVANT AU POINTAGE DES GROS CANONS MODERNES
- SC1EVCE
- p.144 - vue 147/197
-
-
-
- LES NOUVELLES MÉTHODES D’ACTION
- DE L’ARTILLERIE
- Par le capitaine G. L
- Si, au cours de la formidable guerre qui bouleverse le monde entier, l’infanterie a mérité de conserver son titre glorieux de reine des batailles, on peut dire que l’artillerie a conquis celui d’impératrice des combats.
- Chaque jour nous apporte l’écho de ses exploits fameux auxquels nos adver-s air es eux-mêmes rendent hommage.
- Mais si, par les communiqués, le grand public apprend le rôle de plus en plus prépondérant qui lui est dévolu, peut-être sait-il moins les méthode s employées par les artilleurs pour réussir à briser les multiples obstacles accumulés par l’ennemi, à jeter la panique dans ses rangs et à aider la progression de l’infanterie, ce qui était et reste son rôle primordial. Ce sera l’objet de cette très modeste étude.
- Tous les hommes qui sont au front vous diront que sur le champ de bataille, dans le rayon visuel de la meilleure lunette, on ne voit absolument rien autre chose que quelques petites levées de terre décelant les multiples lignes de tranchées de l’adversaire et les innombrables réseaux de fils de fer barbelés qui en défendent l’approche. Chaque compagnie est terrée dans son trou, chaque batterie « défilée » en arrière
- d’une crête ou en position dans quelque clairière, et aucun indice ne permet d’en deviner la présence. Tel est l’aspect de la guerre de position actuelle. On conçoit dès lors combien le rôle de l’artillerie est devenu
- d if Ticile et quelles connaissances sont nécessaires aux commandants de batterie pour arriver à un résultat eflicaec.
- Dans la guerre de mouvement d’autrefois où l’artillerie ne faisait que du tir direct, c’est-à-dire du tir dans lequel les pointeurs voyaient l'objectif qui leur était assigné, le commandement cherchait surtout à obtenir la priorité d'occupation des positions. Cela permettait, en effet, aux. batteries placées d’attaquer tout de suite l’adversaire qui se montrait en formation plus ou moins dense dans le champ de leur rayon d’action et de lui faire le plus de mal possible. Dans la guerre moderne il est excessivement rare que l’artillerie fasse du tir direct, mais les canons n’en conservent pas moins leur action offensive, même lorsque le personnel ne voit pas les objectifs. Cette faculté, toute récente, résulte des appareils de pointage nouveaux et surtout des méthodes de préparation et de commandement du tir.
- PIÈCE LÉGÈRE DE CAMPAGNE DISSIMULÉE SOUS UN AMONCELLEMENT DE FAILLE
- 10
- p.145 - vue 148/197
-
-
-
- 146
- LA SCIENCE ET LA VIE
- On a écrit que les canons allemands ne valent pas les nôtres. C’est vrai, tout au moins pour les canons de campagne, mais ce qui est surtout très inférieur chez nos ennemis ce sont leurs méthodes de tir. On peut dire que, comme artilleurs, les Allemands, suivant l’expression imagée de l’un de nos meilleurs olïiciers, sont des « sabots ». Toute leur science consiste à tirer sur zone, c’est-à-dire à arroser d’obus un grand espace de terrain alors qu’ils savent pertinemment qu’il n’y a de troupes adverses que sur une
- constitués par un collimateur présentant une ligne de foi verticale, laquelle peut être dirigée sur un point quelconque de l’horizon; une graduation, portée par un plateau, mesure l’amplitude de l’angle de rotation par rapport au plan de tir. Ils permettent donc: l°de pointer une pièce; 2° de repérer une pièce pointée; 3° de rendre le plan de tir d’une pièce parallèle à celui d’une pièce pointée ou à la lunette de batterie mise en station. Ces appareils sont très précieux.
- Le plateau dont il est question ci-dessus
- POSTE TÉLÉPHONIQUE D’UNE BATTERIE D’ARTILLERIE DANS UNE MAISON ABANDONNÉE
- l)e par sa position, il est imj)ossihle à la batterie d'apercevoir les objectifs sur lesquels elle, doit tirer. Les buts à atteindre sont repérés, au moyen d'une lunette, par les hommes du poste (Fobservation, et toutes les indications nécessaires au tir sont transmises aux pièces par le téléphone.
- toute petite partie de cette zone; ce n’est certainement pas très scientifique. De plus, ce genre de tir, répété avec une rare obstination, nécessite une consommation énorme de munitions et le résultat en est très faible, sinon nul, sur des objectifs bien abrités.
- Sous des noms divers, appareAs de pointage, goniomètres de campagne, de siège ou de montagne, collimateurs de côte, les appareils goniométriques reposent tous sur le même principe. Us sont essentiellement
- est une circonférence ayant pour unité de mesure soit le degré et ses sous-multiples, la minute et la seconde sexagésimales; soit le grade et ses sous-multiples, le décigrade, soit enfin le millième. Cela est suffisant.
- La division du cercle en 360 degrés, chaque degré comprenant 60 minutes et chaque minute 60 secondes, est extrêmement ancienne et tout, le monde la connaît. Lorsque le cercle est divisé en grades il est d’usage de faire correspondre, dans les appareils, les
- p.146 - vue 149/197
-
-
-
- LES NOUVELLES MÉTHODES DE TIR
- 147
- divisions avec la numération décimale. Chaque angle droit comprend 100 grades, le cercle 400. Ce degré et le grade dérivent, en somme, de la notion de l’angle 0 considéré comme obtenu par
- la rotation d’une droite autour d’un point fixe. Mais on peut envisager les angles d’un point de vue dilié-P rent. En topographie, par exemple, ils s’expriment p a r u il r a p -port;c’est ainsi que l’on dit d’une route que sa pente est de tant pour cent ou pour mille.
- Cette conception amène à adopter pour angle-unité un angle qui serait exprimé par une fraction décimale simple, 1/1.000 par exemple. Cette unité angulaire s’appelle le millième. C’est celle adoptée notamment pour l’appareil du 75 dont chacun des quatre quadrants est marqué deOà 1.000 millièmes.
- Les artilleurs disent que c’est l’angle sous lequel « on voit un mètre à mille mètres ».
- Pratiquement le rapport entre le millième et le degré est donc simple : 1.000 = 90°,
- 100 millièmes valent donc
- 0- 2Km500' 90°/10 c’est-à-dire à peu près
- ’ 0 degrés. Ue nicme 1.000 dé-
- \ cigrades =1 .OOOmillièmesd’où
- \ 1 décigrade = 1,6 millième. Or
- 'V 1,0 mil-
- P = 0K,m500 lième \ /l corres-
- \ pond à 1 m. 00
- c’est-à-dire à peu près au double pas, yu à 1.000 mètres.
- \ L’évaluation
- --------------------des fronts, très
- A figure 2 C commode avec
- la graduation en millièmes, peut donc se faire aussi avec la graduation en décigrades. Il sullit de remplacer le mot « mètre » par celui de « double pas ».
- Pour pointer un canon en direction, il sullit donc, si le pointeur voit le but, qu’il dirige la ligne lumineuse de son appareil sur la partie de l’objectif qui lui est assignée,
- PIÈCE ANGLAISE DE GROS CALIBRE MUNIE DE SON APPAREIL DE VISÉE
- p.147 - vue 150/197
-
-
-
- 148
- LA SCIENCE ET LA VIE
- GONIOMKTIÎK MONTÉ SUR I,’.\ F FUT ( I '/.ver <liri’ct)
- ou celle du collimateur de repérage lorsque e but est beaucoup plus élevé que lu pièce, ou encore en se servant d’un (il à plomb, s'il ne peut le voir qu’en s’élevant en arrière du canon, S’il ne peut pas voir le but, et c’est maintenant presque toujours la règle, l’intervention personnelle du gradé qui commande le tir est indispensable.
- Ici, deux cas peuvent se présenter : 1° L’observatoire de l’olïieier (arbre, toit, clocher,etc.) est très voisin de celui du canon.
- La méthode générale consiste à choisir un point de pointage visible du pointeur, à déterminer l’écart angulaire du but par rapport à ce point de pointage et à la dérive correspondante. De la description de l’appareil de pointage faite plus haut on comprend que ce point de pointage peut tout aussi bien se trouver en arrière ou sur l’un des côtés du canon qu'en avant de lui. La seule chose dont il y ait à tenir compte pour le pointage en arrière de plusieurs pièces, c’est (pie la correction
- de convergence dont nous parlerons tout à l’heure doit être affectée du signe
- 2° Par suite du relief de la masse couvrante, l’ofiieier ne peut apercevoir le but que d’un point éloigné du canon.
- En l’occurrence, il est certain que l’écart angulaire qu’il mesurera ne correspondra plus à celui qu’il mesurerait s’il était possible de le faire près de la pièce. Il doit subir une correction de. convergence. On la détermine par la méthode des parallaxes.
- Supposons un canon en A, l’olïieier observateur en C, un objectif en O et un point de pointage en P. (fig. 1, p. 147). Entre les angles des triangles OMA et P MC, opposés par ie sommet M on a la, relation :
- M = A + O = P _(_ C
- A est la dérive d, C est l’écart angulaire e. De la relation précédente on tire :
- d — e — P — O
- d — e, c’est précisément la correction de convergence qu’il faut déterminer.
- GONIOMÈTRE MONTÉ SUR I,’AFFUT (Repérage à gauche)
- p.148 - vue 151/197
-
-
-
- LES NOUVELLES
- La formule ci-dessus nous montre qu’elle est égale à la différence des angles sous lesquels, du point de pointage et de l'objectif, on voit la distance qui sépare l’oilicier du canon. Ces angles s’appellent, les parallaxes du point de pointage et de l’objectif par rapport du front A C.
- On a choisi comme base de calcul le front de section, qui est celui d'une pièce à l’autre c’est-à-dire environ 16 mètres. Si, entre l’oilicier et le canon il y a 12 fronts de section, on multiplie le parallaxe par 12 et on a ainsi la valeur de la parallaxe par rapport au front A C. Si l'officier est placé à droite du canon il augmente sa dérive de la valeur de la parrallaxe ; au contraire, s’il est à gauche il la diminue.
- Ainsi (lig. 2, à la page 147), si du point C le capitaine calcule que. l’écart angulaire entre P et O est + 250, que C est éloigné de A de 3 fronts de section, il devra faire l’opération suivante qui s’élabore très vite, pour peu qu’on en ait l’habitude :
- GONIOMÈTllE MONTÉ SUR J,’AFFUT (Repérage arrière)
- MÉTHODES DE TIR 149
- GONIOMÈTRE MONTÉ: SUR 1/AFFUT (avec sa rallonge)
- P _ O = 32 — 7 = 25 et 25 X 3 = 75.
- Le commandement à transmettre au pointeur du canon placé en A serait : « Plateau O, tambour 100, augmentez de 325», c’est-à-dire de 250 -(- 75, valeur de d.
- D’autres systèmes sont employés, notamment le pointage sur la lunette de batterie. La lunette étant pointée sur l’objectif et l’index de l'indicateur mis devant la division zéro, on la dirige sur l’appareil du canon. L’index vient se placer devant une certaine division, a. Le pointeur ayant fait marquer à son appareil la division indiquée pointe à son tour sur la lunette. Il est clair que les deux appareils donnant la même division et les deux pointeurs étant obligés de se faire face, les angles marqués différeront exactement de deux droits. La pièce sera donc parallèle à la lunette. Il ne reste plus, si la lunelle
- p.149 - vue 152/197
-
-
-
- Crans d’arrci du p rus pis____
- Coiziop de Triancecivre ” du, prps/ùe_
- Support du. prisme_____
- ouïes de rzeazaeuvre dzz collimzztcur
- Ce goniomètre se compose : 1 o D'un corps fixe portant une tige servant à monter l'appareil sur l'affût et d'un tambour gradué,mobile autour d'un axe vertical; 2° D'un collimateur donnant Vimage d'une croix blanche sur fond noir; 3° D'un prisme amovible permettant le repérage sur un point situé vers Varritre.
- Le tambour mobile gradué est actionné au moyen d'une petite manivelle, jmr Vintermédiaire d'une vis sans fin et d'une roue hélicoïdale formant un engrenage irréversible. La rotation du tambour est mesurée en millièmes de la circonférence,qui a été divisée,pour la commodité des calculs,'C?i 6.200 parties.
- ÇollûnaéezLr Tige jcy&fidripcie
- Jyqj77je_ à ressort Glissière cozsrbe,
- vertical mobile
- Plqdpjaxz,j;er tic al/iæe^
- AdaziçvelZc
- b
- Corps cylùzdrzpus^zpce
- " - de recozzzzremejzt
- Indeay
- Tiye de ficçççüloiV.
- 1 Vts_ çÇipnjrizsbilcscUloru die disque, ver ticod mo b de
- VUE SCHÉMATIQUE EN ÉLÉVATION DU GONIOMÈTRE A COLLIMATEUR AVEC PRISME DE REPÉRAGE DISPOSÉ A L’ARRIÈRE
- 150 LA SCIENCE ET LA VIE
- p.150 - vue 153/197
-
-
-
- LES NOUVELLES MÉTHODES DE TIR
- ‘ 151
- est éloignée du canon, qu’à corriger de la parallaxe de l’objectif, par rapport à la distance qui sépare le canon de la lunette. Elle est de 10 millièmes à 1.000 m. pour un front de section. Si nous désignons parD la distance
- de l’objectif et par n les fronts de section, 10
- nous aurons — x n a
- D
- diminuer de la dérive si la lunette est à droite du canon et à augmenter si elle est à gauche.
- Dans les batteries de siège, on obtient la parallaxe, en divisant l’intervalle de deux pièces exprimé en mètres par une fois et demie la distance du but ou du repère, exprimé en kilomètres.
- L’angle de direction
- h
- 1
- Le meilleur élément d’appréciation du sens des écarts en portée est la position que la fumée produite par l’explosion de l’obus prend par rapport au but. Si la fumée cache le but, le coup est dit court. Si, au contraire, le but se détache sur la fumée, c’est (pie l’obus a éclaté au delà de lui; le coup est dit long. C'est un procédé assez délient qui nécessite beaucoup d’attention et de coup d’œil. Quand l’observation directe ne fournit pas de bons résultats on a recours à l’observation unilatérale ou bilatérale.
- Mais il peut arriver qu’il soit impossible de quelque endroit que ce soit de voir l’objectif sur lequel on a à tirer. Au cours de la guerre actuelle cela se produit très fréquemment, même pour l’artillerie de campagne. Dans ce cas, il est évident qu’on ne peut employer aucun des moyens indiqués ci-dessus. On est obligé d’avoir recours au pointage d’après la carte. C’est un procédé qui demande énormément de soin et l’emploi de quelques appareils spéciaux qui
- ÉCHELLE-OBSERVATOIRE MOUU.F. D’UNE BATTERIE n’ARTILLERIE LÉGÈRE
- établi, il reste à assurer Vangle de site.
- Tous les artilleurs savent que l’angle de site est l’angle formé avec le plan horizontal par la ligne droite qui joint le canon au but.
- Pour atteindre un objectif déterminé il faut donner à la ligne de tir par rapport à l’horizontale un certain angle appelé inclinaison qui dépend de la distance de l’objectif comptée sur la ligne de site et l’angle de site. Dans le réglage en portée, on recherche l'inclinaison convenable à donner à la pièce.
- n’avaient été utilisés jusqu’à présent que dans l’artillerie de siège et de place.
- Pour ce genre de tir le concours de l’aéroplane est excessivement précieux, même à la hauteur où les observateurs aériens sont obligés de se tenir pour éviter les projectiles, lin effet, si, dans bien des cas, ils ne peuvent fixer ni la direction précise ni la distance exacte d’une artillerie adverse, ils peuvent toujours la situer par rapport à deux ou trois points exactement placés sur la carte
- p.151 - vue 154/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 15‘2
- tels que clocher, château, roule, etc. Nous n’insisterons pas sur ce mode de repérage, et nous négligerons volontairement d’en indiquer d’autres,extrêmement intéressants, qui sont le secret jalousement gardé de ceux qui nous préparent, la victoire.
- lben entendu, les artilleurs emploient mille stratagèmes pour dérober leurs canons'à la vue des observateurs, mais dans ce cas ceux-ci se servent de leurs appareils photographiques, et l’on sait que rien n’échappe à la plaque sensible. C'est par elle que les astro-
- la dérive et enfin d’évaluer la distance topographique par les moyens ordinaires.
- Pour ces mesures, chaque batterie est munie d’un matériel topographique léger qui donne des résultats très précis. Complétés parfois par un transport de tir sur but auxiliaire. ces résultats, contrôlés par des tirs de réglvge et soigneusement enregistrés par les différents gradés sur leur carnets, permettent de tirer à nouveau avec précision, à toute heure de jour et de nuit, sur les différents objectifs se trouvant dans le rayon d’ac-
- IUECE DE MARINE ANGLAISE MONTEE SUR AFFUT PROVISOIRE, A SALONIQUE
- La pièce est installée sons un abri <pii la protège contre les bombes des avions ennemis; on distingue très nettement sur la photo son appareil de visée.
- nomes ont réussi à découvrir de multiples étoiles qu’ils soupçonnaient dans le système planétaire mais (pie nul appareil optique, si puissant soit-il, n’avait pu révéler.
- L’objectif situé par l’observateur sur la carte quadrillée à grande échelle par un moyen quelconque, le plus souvent par un simple trou d’épingle, il reste une opération très délicate à faire, celle d’indiquer sur cette même carte remplacement, de la pièce directrice et celle du repère, puis de mesurer l'angle repère-batterie-but donnant
- lion des batteries. Les Allemands ont appris à leurs dépens que, quel que soit l’endroit où ils se terrent, les obus français sont toujours capables d'aller les en déloger. Aussi, quand nos canons et ceux de nos alliés se mettront à tonner ensemble pour la grande offensive tant attendue, quand on demandera à notre artillerie tout ce qu’elle peut donner, on peut être parfaitement rassuré : nos ennemis seront bientôt « boutés » hors du pays de France.
- Capitaine G. L.
- p.152 - vue 155/197
-
-
-
- LA STÉRILISATION DE L’EAU PAR L’OZONE
- Par Gustave DECHYLON
- INGÉNIEUR DU SERVICE MUNICIPAL DES EAUX
- Chacun sait que, sous l’influence des décharges électriques, l’oxygène contenu dans l’air que nous respirons acquiert des propriétés très énergiques : comme disent les savants, cet oxygène se polymérise: il se transforme en ozone.
- La puissance considérable d'oxydation que possède cet ozone et la manière énergique dont ses propriétés se manifestent ont fait de ce gaz un auxiliaire précieux de l’industrie. Ses applications normales du temps de paix ont pris, au cours de la période troublée que nous traversons, une extension plus grande encore grâce à l’action théra-
- peutique et surtout nucrobicide qu’il possède.
- Ce qui a tout d’abord empêché l’industrie de l’ozone de prendre un développement en rapport avec son importance, ce sont les procédés rudimentaires de fabrication et le discrédit jeté sur eux par ceux qui ne connaissaient pas la question de façon suffisante.
- Actuellement l’ozone peut être fabriqué industriellement dans des conditions d’économie suffisantes pour permettre un large développement de son emploi, développement qui s’accentue de plus en plus avec le perfectionnement des moyens de production. Toutes les questions industrielles
- É.MULSEURS DE L’USINE MUNICIPALE DE SAINT-MAUR (SEINE) ET COLONNES DE SELF-CONTACT
- Une conduite de un mètre de diamètre amène l'eau sur les émulseuis qui aspirent l'air électrisé et le le/oulent dans Us colonnes de self <onluct. Une unité, constituée par quatre émulseurs et une colonne de self-contact, p°ut débiter par jour 12.000 mètres cubes d'eau stérilisée.
- p.153 - vue 156/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 154
- entraînent en effet des questions économiques e o m -plexcs; aussi l'ozone n’a i>u échapper à cette règle et pour ce corps, comme d’ailleurs pour tout produit industriel, la diminution du prix de revient a eu pour conséquence d’augmenter du même coup le champ utile des applications.
- L’ozone, gaz doué d’une grande puissance microbicide, devait trouver son emploi à la stérilisation de l’eau et de l’air. Par son pouvoir oxydant p a r t i c u 1 i èremen t intensif, il devient soit un destructeur de la matière organique, soit un modificateur de ces matières ou des milieux dans lesquels il porte son action. Au point de vue microbicide, l’action de l’ozone peut donc se faire sentir directement ou indirectement.
- Souvent, l’efiica-cité sur un microbe est le résultat d’une action indirecte de ce gaz qui, agissant sur le milieu de culture, le modifie et le rend ainsi impropre à la prolifération bacillaire.
- L’eau, aliment de première nécessité, est, hélas, le véhicule des maladies les plus graves et de la fièvre typhoïde en particulier.
- Dans la plupart des cas, les eaux que l’on absorbe
- p.154 - vue 157/197
-
-
-
- 155
- ,S T Ê R IL 1S A TIO N J) E L'EAU PAR I/O Z O N E
- dans les villes sont des eaux de rivière plus ou moins bien filtrées ou des eaux de source de provenance douteuse. On a cru pendant longtemps que la filtration su disait pour retenir les germes dangereux. Mais il a été démontré qu’une eau peut être claire et limpide à l’œil et, cependant, être peuplée de myriades de bacilles. Les mailles des filets
- extrêmement lente de l’oxygène de l’air ordinaire on substitue celle beaucoup plus énergique de l’oxygène de l’air électrisé.
- La stérilisation normale de l’eau consiste à faire agir, d’une façon intime, le gaz sur l’eau, de telle sorte que chaque particule de cette eau puisse subir l’action de l’ozone, et cela pendant un temps sulïisamment long,
- COUPE LONGITUDINALE DE BASSINS FILTRANTS CLARIFICATEURS A gauche : les quatre compartiments du degrossisseur; à droite : les filtres proprement dits.
- que les filtres tendent aux microbes sont trop larges pour conserver prisonniers ces infiniments petits. Il ne faut demander au filtre que ce. qu’il peut donner; on ne doit s’en servir que pour clarifier l’eau, pour retenir les matières solides qu’elle tient en suspension et non pour la stériliser.
- On a cherché également à substituer l’action de la chaleur à celle des filtres. Mais les procédés qui se servent de l’action de la chaleur, s’ils peuvent être considérés comme suffisants pour de petites installations particulières, quoique l’eau obtenue soit lourde et indigeste, ne sauraient être évidemment appliqués in dustricllement pour la stérilisation en grand de la totalité des eaux d'alimentation d'une cité. Supposons, par exemple, que l’on veuille faire bouillir toute l’eau qui alimente chaque jour la ville de Paris et imaginez la quantité de charbon qu’il faudrait employer à cette opération !
- L’électricilé et l’ozone ont apporté la solution à peu près complète du problème.
- Pour tuer les germes malfaisants, à l’action
- afin que l’efficacité microbicide se produise. Tout appareil stérilisateur intelligemment compris doit être construit sur ces données.
- Les matières organiques et les substances oxydables, destructeurs par excellence de l’ozone, qui se transforme en oxygène, causent donc une perte de réactif, un retard dans l’action stériüsatrice, ainsi qu’une augmentation des dépenses engagées dans l’exploitation industrielle.
- En conséquence, l’eau à frai ter doit être soumise à l’analyse et subir une préparation préalable, suivant le cas. si on veut la rendre apte à la stérilisation dans les conditions les plus favorables. La prépara t ion de l’eau destinée à être stérilisée par l’ozone peut se faire soit par une filtration sur sable soit pur un dégrossissement sur silex concassé.
- Par 1’emploi des grands bassins filtrants, la lillralion se fait bien, les matières organiques en suspension sont retenues, mais la durée de filtration est longue et le coût de la main-d’œuvre et. d’entretien est élevé; aussi la filtration sur sable est, sujette à faire reje-
- COUPE d'un DÉGItOSSISSEUR
- coupe d’un bassin filtrant
- Canal de distribution
- Dégrossisseurs
- Préfiltres
- Basi
- filtrants
- Départ
- ENSEMBLE D’UNE INSTALLATION DE BASSINS CLARIFICATEURS D’EAU
- p.155 - vue 158/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET I.A VIE
- 15(5
- 1er l’application rationnelle de l’ozone en matière de stérilisation d’eau.
- Avec le silex concassé, suffisamment fin, le passage de l’eau est assez rapide pour permettre de faire subir à l'eau, ainsi dégrossie, l'action de l’ozone, sans augmenter, d’une façon excessive, le prix de revient de la stérilisation du mètre cube de liquide.
- Lorsqu’on se trouve en présence d’une eau renfermant des matières oxydables, comme les sels de fer, l’élimination de celles-ci peut
- arrivant dans cette colonne d’être divisée en particules et de subir l’action de l’ozone envoyée au bas ou au haut de ladite colonne, dans le même sens ou dans le sens contraire de l’arrivée de l'eau. D’autres dispositifs permettent, comme nous le verrons tout à l’heure, d’obtenir le même résultat;
- 2° Pulvérisateur divisant séparément l’eau ou l’ozone ou les deux ensemble pour faciliter largement l'action de l’ozone sur l’eau dans un récipient de forme quelconque ;
- BASSIN FILTRANT UN CONSTRUCTION DANS UNE USINE MUNICIPALE
- être faite, par exemple, au moyen d’une aération convenable de l’eau coulant en cascade, pour oxyder les composés du fer et éviter ainsi, dans la plus large mesure possible, les pertes d’ozone qui ne manqueraient pas de se produire en transformant par oxydation les sels de fer et en les précipitant.
- Les appareils nécessaires
- Les divers appareils actuels et industriels de stérilisation d’eau par l'ozone peuvent être divisés en trois catégories :
- 1° Colonne contenant des corps diviseurs, tels que des cailloux concassés ou des plateaux percés de trous, pour permettre à l'eau
- 3° Mélangeur par aspiration, par compression ou par barbotage, de l’ozone et de la quantité quelconque d'eau en traitement.
- Pour stériliser suffisamment l’eau, on peut admettre qu’il faut environ un mètre , cube d’air ozoné par mètre cube d’eau.
- Certaines conditions spéciales sont favorables à l’installation et à la marche régulière de la stérilisation des eaux par l’ozone. II faut, pour satisfaire à ces conditions :
- 1° Préparer convenablement l'eau avant sa stérilisation, en tenant exactement compte de sa composition chimique ;
- 2° Employer un système de générateur électrique d’ozone donnant le maximum
- p.156 - vue 159/197
-
-
-
- 157
- STÉRILISATION DE VEAU PAR L'OZONE
- d’ozone pour un nombre de watts déterminé avec une marche régulière, ou, autrement dit, produisant le gramme d’ozone avec le moins de dépense possible et avec régularité;
- o° Eviter la formation des composés oxygénés de l’azote dans la production de l’ozone ;
- 4° Employer un système de stérilisateur permettant d’obtenir un contact intime de l’ozone avec l’eau pendant un temps suffisant et la stérilisation parfaite d’un volume d’eau déterminé avec le minimum d’ozône;
- 5° Récupérer l’ozone en excès, pour être de nouveau employé à la stérilisation.
- Li’eilluve est généralement produit entre les surfaces intérieures de deux plaques non conductrices d’électricité dont les surfaces extérieures sont maintenues à des voltages différents. La production de ces ellluves entraînant un échauClément rapide de ces plaques, il y a lieu d’en assurer le refroidissement continu dans les appareils utilisés dans les usines de purification d’eau; les plaques non conductrices d’électricité sont constituées généralement par des glaces placées par groupes de deux et sur les faces extérieures desquelles sont appliquées des
- VUK. PARTI Kl.I.K d’une TRAVÉK DUS
- BASSINS DK COAGULATION DUS
- FiiVraus
- En résumé, pour stériliser électriquement l’eau, il faut deux choses : un appareil dans lequel on peut soumettre l’oxygène de l’air à l’action des décharges électriques : c'est le générateur d’ozone ; des organes spéciaux de mise en contact intime de l’ozone ainsi fabriqué avec l’eau à stériliser. Ces organes constituent le stérilisateur proprement dit, qui comprend lui-même, dans les grandes usines modernes, deux parties distinctes : l’émulseur et la colonne de self-contact.
- Dans les ozoneurs modernes qui servent à la production de l’ozone, le gaz est produit par simple passage de l’air atmosphérique convenablement desséché à travers des effluves électriques. La production de l’ozone comporte deux opérations : la production de l’effluve et le passage au travers de celle-ci.
- plateaux métalliques creux. Dans l’intérieur de ces plateaux existe une circulation d’eau pour le refroidissement et cette eau est egalement employée comme conducteur d’électricité. Les plateaux sont mis en contact électrique les uns avec la terre et les autres avec le côté haute tension d’un transformateur électrique. Comme les faces extérieures de ces glaces sont maintenues à des potentiels différents, l’effluve se produit entre leurs faces intérieures. L’air atmosphérique est aspiré par un appareil spécial appelé émulseur et dont nous donnerons tout à l’heure une rapide description. Par l'intermédiaire de tuyauteries appropriées, cette aspirat ion se produit sans interposition d’aucune «pièce métallique dans la cage vitrée de l'ozon'eur. Dans cette cage, et par suite de
- p.157 - vue 160/197
-
-
-
- 158
- LA SCIENCE ET LA VIE
- SALLE DES MACHINES DE L’USINE DE STÉRILISATION DES EAUX. A PETROGRAD
- dispositions spéciales, l’air est obligé de traverser Peflluve dans toute son étendue. La production de l’ozone est donc assurée dans les meilleures conditions de rendement et de sécurité qu’il soit possible de souhaiter.
- L’émulseur le plus communément employé et qui est dû à l’ingénieur français Otto est un appareil constitué, en principe, par deux cônes renversés, opposés par le sommet et disposés dans une chambre d'aspiration. L’eau, clarifiée, pénètre dans le cône supérieur et s'échappe par le cône inférieur, dit cône divergent. Un léger espace est maintenu entre ces deux cônes, et le passage rapide de l’eau dans ce court espace produit une dépression qui est utilisée pour aspirer l’ozone venant des générateurs, dans la chambre qui entoure les cônes. Cet appel d'air est suffisant pour forcer l’ozone à pénétrer dans la masse meme de l’eau de telle façon qu’il se produit une véritable émulsion d’eau et d’air d’où résulte le nom qui a été donné à l’appareil. Le mélange d’eau et d'air descend au bas du bac que porte l’émulseur et la dissolution de l’air ozoné, entraîné, s’achève sous l’influence de la pression. Le mélange remonte ensuite à sa partie supérieure, puis l’eau est déversée par l’intermédiaire d’un séparateur d’air dans un réservoir d’où elle est finalement envoyée dans le réseau des conduites de distribution.
- En somme, l’eau arrive avec une légère pression dans l’appareil par la tubulure supérieure, sort par un orifice conique, traverse une sorte de chambre dans laquelle elle produit une aspiration énergique, entraîne l’air qui s’y trouve et s’échappe par une tubulure exactement opposée à la première. Une très vive luminosité sc produit au moment où l’air électrisé, véritable accumulateur d'énergie, et l’eau à clarifier entrent en contact. Le mouvement vibratoire qui donne naissance à un phénomène de phosphorescence est une sorte de réapparition de Peflluve au sein de la masse liquide; la lumière violette ainsi engendrée dure quelques secondes. Pour compléter l’action si énergiquement commencée, l’émulseur se termine par un appendice dont la longueur moyenne est de 5 mètres. L’air électrisé et l’eau sont entraînés très rapidement à la partie inférieure d’une colonne où la pression intervient pour faciliter la dissolution de l'ozone que Pair contient : cette colonne est dite de self-contact.
- Toute installation d’une usine de clarification et de stérilisation de Peau comporte en général trois parties bien distinctes : le circuit d’eau, le circuit d’air et le circuit d’électricité. Si Peau est limpide, on peut directement la soumettre à l’action de l’ozone, mais il n’en est généralement pas ainsi. Si elle n’est pas limpide, il y a lieu de la clari-
- p.158 - vue 161/197
-
-
-
- STÉRILISATION DK L'EAU PAR L'OZONE
- 159
- fier. Pour obtenir ce résultat, on peut utiliser soit des filtres à sable lents, soit des filtres à sable rapides, soit enfin des filtres dits ultra-rapides à coa
- Arrivée de i’aau à purifier
- gulation préalable.
- Arn\
- Sortie de /'eau stérilisée
- Nous avons donné dans d’air czoné un schéma général (page 154) la disposition très précise d’un filtre clarifi-cateur rapide précédé d’un dégrossisseur.
- Les filtres se composent de deux parties : les bassins dégrossisseurs dans lesquels l’eau passe successivement d’un compartiment à l’autre et où la circulation a lieu de bas en haut ou de haut en bas; les bassins filtrants dans les compartiments desquels l’eau passe simultanément et où la circulation se fait de haut en bas.
- Un jeu de vannes convenablement agencé permet d’isoler à volonté l’un quelconque des compartiments dégrossisseurs ou filtrants, afin d’en assurer le nettojTage.
- A la sortie de ces bassins, l’eau filtrée est amenée par une conduite à une pompe de refoulement. Cette
- pompe refoule l'eau par une con- émulseur d’ozone duite sur l’appareil émulseur dans Système otto lequel commence le contact avec l’air ozoné. A la sortie de l’émulseur, l’eau est amenée, par la conduite, à la partie inférieure de la colonne de self-contact. La stérilisation continue à se produire dans cette colonne, dont le diamètre est calculé de façon à maintenir le contact pendant le temps nécessaire à la stéril isation complète. A la sortie de cette colonne, l’eau tombe par gravité dans un déversoir désaturateur, d’où s’échappe l’excès d’air ozoné. L’eau stérilisée est reprise à la partie inférieure d’un bassin situé au-dessous du désaturateur. Un compteur d'eau
- Avant
- PLAQUES DE CULTURE AVANT ET APRÈS L’OZONISATION
- est placé sur la conduite d'aspiration, pour assurer le contrôle.
- Les installations ne comportent, en général, aucun appareil mécanique sur le circuit d’air, en particulier aucun compresseur. La circulation de l'air est. en effet, produite par la seule aspiration due à* la circulation de l’eau dans l’émulseur. Dans ces conditions, l’air arrive en premier lieu dans une colonne en grès contenant du chlorure de calcium destiné à abaisser le degré hygrométrique. Le chlorure de calcium, dissous par l’eau en excès, peut être récupéré presque en totalité par simple ébullition. A la sortie de cette colonne, l’air vient directement aux appareils ozoneurs. Il arrive ensuite par une colonne à l’émulseur. Comme nous l’avons dit, le passage de l’eau dans cet émulseur entraîne l’air ozoné jusqu’au fond de la colonne de self-contact; il y arrive sous une pression de 5 mètres d’eau, largement su disante pour assurer sa dissolution dans l’eau. Un indicateur de débit d’airç est placé pour contrôle sur la conduite, laquelle porte également les branchements des appareils de dosage d’ozone. L’énergie électrique nécessaire à la stérilisation est produite par un alternateur sous forme de courant monophasé, basse tension, à ia fréquence de 500 périodes. Ce courant, s passant par le
- tableau principal, arrive au panneau d’o-zoneur sur lequel est placé, pour contrôle, un compteur d’électricité ainsi que les appareils de me«urc instantanée et de manœuvre. Le courant est ensuite envoyé au transformateur, placé tout proche de l’ozoneur et qui surélève la tension à la valeur nécessaire pour produire l’efiluve. La force motrice
- Après
- p.159 - vue 162/197
-
-
-
- ICO
- LA SCIENCE ET LA VIE
- nécessaire pour actionner l'alternateur et la pompe du circuit d’eau peut être fournie, selon le cas, soit par un moteur électrique alimenté par un secteur, ?oit par une machine theimique, soit enfin par une turbine hydraulique. Dans ce dernier cas, il est quelquefois possible d’utiliser, pour actionner la turbine, la chute ele l’eau même qui eloit être stérilisée.
- Les milliers d’expériences qui ont été faites permettent el’aflirnier que tous les microbes pathogènes sont détruits et que l’eau, après ce traitement, est el’une pureté parfaite.
- Il est fréquent que l’on pose la question suivante :
- « Par quels moyens peut-on s’assurer que l’eau traitée par l’ozone a été stérilisée? »
- Il est intéressant, en effet, de savoir, par un procédé simple, pratique, immédiat, sans avoir recours à une analyse bactériologique toujours longue, si le but poursuivi a été atteint . Un premier procédé de contrôle intermittent consiste a prendre un échantillon d’eau fraîchement traitée par l’ozone et à s’assurer qu’elle contient encore un léger excès de l'agent de stérilisation. Avec une goutte de solution d’iodure de potassium et un peu d’empois d’amidon préparé fraîchement, on observe une réaction bleue très caractéristique : l’eau est parfaitement pure.
- Un second procédé de contrôle continu
- est fondé sur la relation qui existe entre le poids d’ozone mis en jeu (c’est-à-dire la quantité d’énergie dépensée) et le volume d’eau qui a été traité. Tant que le poids d’ozone reste au-dessus d’une certaine limite, la stérilisation est parfaitement assurée; au dessous, elle ne l’est plus. Un wattmètre
- enregistreur, dû à M. Olto, sera donc le plus simple et le plus parfait des appareils de contrôle continu dans une usine de stérilisation d’eau. Si on désire que la stérilisation soit contrôlée automatiquement, on pourra utiliser l’appareil que nous re produisons ci-contre et à la page suivante.
- Sur le circuit alimentant les générateurs d’ozone est branché un watt-mètre dont le style se meut devant un cylindre portant une feuille graduée en kilowatts. Le cylindre est lui-même animé d’un mouvement de rotation autour de son axe vertical et fait un tour complet en vingt-quatre heures. L’extrémité opposée à l’index est munie d’un bras de levier qui commande un rébuchet d’une remarquable sensibilité et sur lequel sont fixés deux contacts.
- Aussitôt que le nombre de watts absorbé descend au dessous d’une certaine limite, que l’on fixe soi-même à volonté en agissant sur un bouton moleté, le trébueliet oscille et les contacts minima entrent en jeu, fermant le circuit d’une pile qui actionne un
- PORTION DU MÉCANISME D’UN WATTMÈTRE
- Cet appareil, très ingénieur, sert à assurer le contrôle continu des usines de stérilisation par l'ozone.
- p.160 - vue 163/197
-
-
-
- S T É lilLl S A TIO y I) E L ’ E A V PA R I/O Z O N E
- 1 (il
- relui automa-Lique. Ce relui |>eut agir de deux façons, selon que l'installation comporte des pompes commandées électriquement ou que l'eau arrive par simple poids sur les appareils de stérilisation .
- S’il s’agit de . pompes de relais, on coupe purement et simplement le circuit électrique qui les alimente. Si l’eau arrive par son propre poids, on a toujours soin d’interposer, sur les canalisations qui l’amènent, une -vanne de commande électrique à distance.
- Dans ce cas. le relai agit pour fermer la vanne et arrêter ainsi la circulation de l’eau.
- Sur le devant de l’appareil,
- «il voit une échelle graduée en kilowatts. La position des index par rapport aux divisions de l'échelle détermine le moment exact où l’appareil doit agir. On peut, d'ailleurs, au lieu d’utiliser une simple graduation en kilowatts, se servir d'une graduation double, l'une en kilowatts, l’autre en mètres cubes d’eau à traiter à l'heure : l’échelle graduée porte d’ailleurs deux index à cet effet. Ce dispositif simple permet à un contremaître peu instruit chargé de la surveillance d’une usine de se préoccuper, pour le réglage des appareils,
- uniquement du volume d’eau qu’il désire traiter; le nombre correspondant de watts se trouve automatiquement déterminé .
- Postes militaires mobiles de stérilisation
- Lorsqu’une armée se déplace, soit à la guerre, soitsim-plement; au cours de manœuvres, la question del’ap-provisionne -ment en eau potable est certainement une de celles (pii préoccupent, le plus vivement les médecins et, l’intendance.
- Depuis lt)05, l'armée espagnole et l’armée française se sont préoccupées de cette question et ont mis en service de petites usines facilement transport a b les sur roues. Nous donnons auxpa-ges 102-103 des vues de cet indispensable matériel. Sur le premier chariot sont disj) osé s un moteur à pétrole, une dynamo génératrice et une pompe de refoulement d’eau brute.
- Sur la deuxième voiture sont placés les appareils filtrants, les appareils générateurs d’ozone, les émulseùrs et leurs colonnes de stérilisation. On a adopté pour les filtres et pour le générateur des dispositifs assez intéressants. Chaque filtre est constitué par un cylindre en tôle étamée traversé suivant son
- VUE d'ensembi.e d’en WATTMÈTIîE
- On voit ici le style qui se meut devant le cylindre, rotatif portant une feuille graduée en kilowatts.
- Il
- p.161 - vue 164/197
-
-
-
- 162
- LA SCIENCE ET LA VIE
- axe par un t-u-be creux percé d’un nombre co n s i d é r a b 1 e d’orifices.
- Sur ce tube sont enroulées des sortes de rondelles filtrantes en cellulose ou en une étoffe particulière à trame extrêmement serrée.
- Pour l’opé ration de la filtration, l’eau passe de l’extérieur vers l’intérieur, autrement dit va de la périphérie de la rondelle vers le centre. Le nettoyage, très aisé à réaliser, se fait très simplement en inversant le courant de l'eau. Par ailleurs, en manœuvrant convenablement des manettes qui sont fixées aux extrémités de chaque cylindre, on peut serrer plus ou moins les rondelles et, par suite, on peut augmenter ou diminuer le débit et régler ainsi le pouvoir clarifiant du filtre suivant le degré d’impureté de l’eau à nettoyer.
- Le remplacement des rondelles, quand on estime qu'elles ne sont plus susceptibles de faire un bon usage, est des plus simples. Il subit de sortir le tube creux et l’ensemble des rondelles auxquelles il sert de support.
- Les rondelles sont maintenues sur le tube creux par deux plateaux métalliques circulaires et en dévissant l'un de ees plateaux, les rondelles sortent. Les filtres adoptés sont
- légers,d’un maniement commode. Le fonctionnement est le suivant : l’eau puisée par a pompe, qui est portée par le premier chariot. est relou-lee dans les filtres placés sur a d e il x i è m e voiture. Elle passera, après cia ri fi cation , sur les émul-seurs et dans les colonnes de stér i 1 isat io n . L’eau, s’étant ainsi mélangée avec l’air électrisé, s'écoule dans un bac en toile où les soldats peuvent venir la puiser. L'appareil peut débiter 5.000 litres d’eau pure à l'heure. Les frais de fonctionnement se bornent à celui du pétrole nécessaire à l’alimentation du moteur.
- Dans un type de voiture adopté par une des armées belligérantes, on a employé un système plus ingénieux encore : le moteur qui entraîne la dynamo génératrice de courant sert également à l'aire progresser la voiture (moteur à essence) et on a ainsi réalisé par ce moyen une véritable usine automobile. Ces dispositifs d'usines mobiles, qu’elles soient montées sur de simples chariots traînés par des chevaux ou sur de véritables efiâssis d’autos, rendent actuellement les plus grands services, et plus particulièrement au Maroc, où les eaux qu’on trouve sont presque toujours contaminées.
- l'ETlTE USINE MILITAIRE MOBILE DE STÉllILISATION
- Première voilure, portant l'usine génératrice (Vélectricité et la pompe de refoulement de Veau brute.
- VUE 1 NT ÉIII EURE DK LA VOITURE N° 1 Le moteur à pétrole, ses accessoires et la magnéto.
- p.162 - vue 165/197
-
-
-
- STERILISATION DE U EAU PAR L'OZONE
- 103
- L’ozone a d’autres emplois :
- La stérilisation de l’air
- Comme pour l’eau, l’ozone a trouvé l’application de son pouvoir micro-bicide à la sté-ririsation de l’air ; les remarques et observations faites relativement à la stérilisation de l'eau, s’appliquent presque intégralement à la stérilisation de l’air.
- Pour se stériliser, l'air doit donc avoir un contact intime avec l’ozone, de telle sorte (pie chaque particule d'air en subisse favorablement l’action cl cela pendant un temps suffisamment long.
- Les appareils permettant d’obtenir la stérilisation de l’air sont basés, soit sur le passage de l'air dans le champ des effluves (pies, afin de réaliser l'action micro-bicide cherchée, soit sur l'envoi de l’ozone, convenablement préparé, dans l’enceinte ou dans le récipient contenant l’air à stériliser.
- Certaines co n <1 i -tions spéciales sont favorables à l’installation et à marche régulière de la stérilisation de l'air par l'ozone. Il faut notamment :
- 1° Préparer, s’il y a lieu, l'air avant sa stérilisation par un dégrossissement, sur ouate, par exemple, pour éliminer les matières organiques et poussières diver-
- ses en suspension (par parallélisme avec la stérilisation de l’eau impure);
- 2° Eviter, dans la production de l’ozone, ,1a formation des composés oxygénés de l’azote, nuisibles à l’organisme, en particulier aux organes respiratoires ;
- 3° Employer un système de stérilisation permettant (l’obtenir un contact intime de l'ozone avec l’air, pendant un temps suffisant, et la stérilisation parfaite d’un volume d’air déterminé avec le minimum (l’ozone; 4° Régler dosimétriquement la quantité
- d’ozone à employer mètre cube stériliser.
- La désinfection et l'assainissement de l’air vicié et plus particulièrement l’ozonisation de l'atmosphère des navires constituent aussi une application importante de l'ozone. Le problème à résoudre est le sui-établir des générateurs d’air ozonisé capables de rendre aseptiques et inodores plusieurs centaines de mètres cubes d’airà l’heure. Eviter dans ces appareils toute circulation d'eau utilisée pour le refroidissement. L’appareil dont on se sert généralement à bord des navires de guerre se compose d'une caisse rectangulaire pouvant être mise en relation avec une
- PETITE USINE .MILITAIRE MOBILE DE STÉRILISATION
- Voilure n° 2, portant les Ji lires, le générateur d'ozone et les appareils de stérilisation.
- VUE INTÉRIEURE DE LA VOITURE N° 2 Le nénérahur d'ozone et les manettes de commande des Jittres.
- p.163 - vue 166/197
-
-
-
- source de courant électrique continu ou alternatif. A la partie inferieure (le l'appareil est situé un transformateur à haute tension qui est destiné à élever le voltage du courant pour la production des ellluves violacés (jui déterminent la formation de l’ozone. A la partie inférieure, derrière le grillage, se trouvent un ventilateur électrique et le générateur d’air ozonisé proprement dit. Le générateur, que l’on voit sur la ligure ci-dessous et qui est facilement démontable, se compose d’une carcasse formée par deux glaces rectangula ires épaisses qui sont entre-croisées solidement p a r d e s t i g e s métal 1 i q u e s.
- Ces tiges, (pii forment les électrodes de Pozoncur, supportent des mes d’alnmi-nium lixées aux s u]) port s de telle sorte (pie, l’appareil étant monté, elles se trouvent dans le même plan.
- Lorsque le courant passe dans l’appareil, le ventilateur envoie dans l’ozo-neur un courant (l’air puissant; sous l’influence des radiations violettes de l’effluve électrique, l'oxygène de cet air est partiellement transformé en ozone. Il faut ajouter, pour être exact, (pie, bien avant de songer à employer les purificateurs d’air par l’ozone à bord des navires, les propriétés thérapeutiques de l’ozone avaient fait l’objet d’études extrêmement intéressantes.
- Le docteur Labbé lit des essais nombreux sur cette question à l’hôpital de la Charité et à l’hôpital Boueicaut. Plus Lard, en 1908, MM. Grébant, membre de l’Académie de médecine, et Otto, dont les travaux scientifiques ont surtout porté sur les diverses applications de l’ozone, ont exécuté au
- laboratoire du Muséum d’histoire naturel-le des expériences très concluantes sur la destruction par l’ozone des odeurs provoquées par des corps fortement odorants tels que l’aldehyde formique, le fumier des fauves et l’hydrogène sulfuré. L’odeur très pénétrante de l’aldehyde formique est telle que, après avoir désinfecté par ce moyen une chambre contaminée, il est impossible d’y pénétrer avant plusieurs jours. Les essais furent effectués comme il suit : après avoir saturé une pièce de 10 mètres cubes avec
- des vapeurs (l’aldehyde formique, on lit, agir de l’ai r chargé d’ozone. Au bout d’une quinzaine de minutes, toute trace du désinfectant avait disparu et on pouvait pénétrer sans inconvénient et sans être incommodé dans la pièce où 1’expérience avait eu lieu.
- On sait également que le fumier des fauves répand une odeur particulièrement désagréable et pénétrante. Toute odeur disparaît au bout d’un quart d’heure dans une pièce en renfermant , si l'on fait pénétrer dans cette pièce de l’air ozonisé. De même, l’hydrogène sulfuré, qui est particulièrement connu pour son odeur nauséabonde, est très rapidement éliminé par l’ozonisation.
- L’ozone est donc non seulement un bactéricide et un oxydant énergiques, mais il est, un puissant agent de désodorisation. La compagnie du Métropolitain de Paris a effectué, dans cet ordre d’idées, des essais très concluants pour l’assainissement des tunnels, dont l’air devient, à certaines heures, très difficilement respirable.
- Gustave Dechylon.
- OZONEUR D’AIR DÉMONTÉ
- Tj appareil qui figure à gauche de la photo est le transformateur de tension,muni sur sa face droite du rhéostat de démarrage; à gauche, on voit le générateur d'ozone à refroidissement par ailettes.
- La plus grande partie de la documentation écrite ou photographique de cet article nous a été obligeamment fournie par M. Otto, l’ingénieur bien connu, actuellement capitaine à la section technique de l’aviation, i( qui nous adressons ici tous nos remerciements.
- p.164 - vue 167/197
-
-
-
- L’AME DES CANONS NE RÉSISTE PAS INDÉFINIMENT AU TIR
- Par Luc de KERLOCHER
- ON sait que les canons de gros et moyen calibre — les premiers surtout — s’usent avec une certaine rapidité depuis l’emploi des poudres sans lumée.
- Chaque coup qu’ils tirent produit dans l’âme une érosion qui est due, non pas principalement, comme on serait tenté de le croire — et comme quelques-uns d’ailleurs le croient à tort — au frottement du projectile sur les rayures de la pièce, mais bien plutôt à l’échappement du gaz provenant de la déflagration de la charge de poudre, qui se produit toujours plus ou moins entre la paroi intérieure du canon et la ceinture du projectile, laquelle, ne se moulant pas d’une façon complète sur les rayures, ne forme pas un obturateur parfait.
- Ces gaz, qui sont à très haute température et animés d’une énorme vitesse, enlèvent par leur frottement une mince couche du métal de l’âme, qui se trouve buriné ou corrodé comme s’il avait subi l’action d’un acide fort. Les rayures se détériorent.
- Le métal devient rugueux, l’âme augmente en diamètre, le projectile ballotte plus ou moins pendant son t rajet dans le canon, accélérant ainsi rapidement l’usure, et le tir devient extrêmement difficile, puis complètement impossible.
- Assurément, le frottement de la ceinture du projectile sur les rayures produit aussi et inévitablement une usure, mais elle est
- d’ordre secondaire ou accessoire, et elle ne se manifeste d’ailleurs, au moment du tir, que sur les parties en relief desdites rayures, les parties en creux n’étant généralement pas touchées par cette ceinture.
- D’après M. Merveilleux du Vignaux, qui a fait de cette usure une étude particulière, elle paraît due à l’action mécanique et en même temps à l’action calorifique des gaz. C’est une sorte de laminage, de poinçonnage, analogue à l’action du jet de sable sur le verre. L’action mécanique n’est pas seule en jeu, car les poudres à la nitroglycérine, qui développent le plus de chaleur en brûlant, donnent les plus fortes érosions. Certains mécomptes survenus en Angleterre au début de l’emploi de la cor-dite, qui est un mélange de coton-poudre , de n itroglycérine et de vaseline, en -sont une preuve irréfutable. Elles déterminent une véritable fusion sur une mince couche superficielle et rongent l'ànie de la pièce. Des canons, tirés à de très fortes pressions avec ccs sortes de poudres, furent mis complètement hors de service au bout de quelques coups seulement.
- L’artilleur anglais Roberts Austen, (pii a fait des expériences sur une pièce de 12 centimètres coupée à 4 m. 25 de la bouche, c’est-à-dire près de la culasse (ce canon mesurant 4 m. 95 de longueur), après le tir de cinq coups réglementaires d’épreuve avec
- SKCTION DK CANON MONTRANT I.’US U RK DU TU1IH 1NTKIUKUR
- p.165 - vue 168/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- IGG
- col-dite, est arrivé aux conclusions suivantes :
- En ce qui concerne la masse du métal, l’ac-tion de l’explosif a été purement et simplement mécanique; les particules de métal ont été profondément érodées, mais il n’v a pas eu de formation de martensite, c’est-à-dire que la nature du métal n’a pas varié.
- lia martensite est, une sorte d’état allotropique de l'acier, qui prend naissance en quantité plus ou moins grande quand celui-ci subit l’opération de la trempe et qui se détruit lui-même, c’est-à-dire redevient de l’acier ordinaire par une recuisson sulïisam-ment prolongée ou une refonte qui ainsi qu’on le
- FRACMENTS J)U TCI!K INTKUIKCR 1) CN CANON CSE PAR CE TIR
- A gauche, oa mit un fragment de tube phologra/ihié de profil et montrant licitement les cassures du métal; le fragment de droite a été photographié de face et l'on peut distinguer les rayures à peu près détruites.
- sait, détruit la trempe et fait revenir le métal à l’état d’acier doux. Ainsi, une pièce en acier trempé contient, disséminée dans sa masse, une certaine quantité de martensite; en la recuisant un peu pour l’adoucir légèrement, on en détruit une partie; une cuisson plus longue augmente cette destruction, qui devient alors complète quand, par la prolongation de cette même cuisson, la trempe a disparu entièrement.
- Sur les points de la rayure en contact pendant toute la durée du trajet du projectile avec le cordon de forcement (la ceinture).
- l’expérimentateur a remarqué, au contraire, l’existence d’une couche de 0 mm 127 d’épaisseur ayant éprouvé une altération manifeste sur la nature de laquelle il lui a paru dilïicile de se prononcer exactement ( laminage, poinçonnage, fusion partielle, érosion, etc., ainsi que nous l’avons dit plus haut).
- Remarquons que cet effet a été obtenu après un tir de cinq coups seulement. Or, une pièce du calibre dont il s’agit peut supporter, avant usure, six cents à six cent cinquante décharges. Quand elle sera usée, la couche disparue par érosion atteindra donc une épaisseur dépassant un centimètre. (Dans la praticjue, cependant, on constate (pie cette épaisseur de la couche disparue n’est pas exactement proportionnelle au nombre
- de coups tirés. Elle est généralement un peu moindre.)
- L’érosion est moindre quand la poudre fournit des gaz à température relativement peu élevée, comme la poudre II française, qui est une sorte de coton-poudre gélatinisé.
- Nos canons ne subissent donc qu’un minimum de détérioration.
- Une pièce est hors de service quand les rayures n’ont plus d’action sur le projectile; on s’en aperçoit quand la ceinture de celui-ci ne porte plus trace de ces rayures. Les artilleurs disent alors qu’elle est arasée.
- On peut encore néanmoins utiliser ces pièces, surtout pour les tirs d’exercice, en faisant usage de projectiles munis de ceintures sensiblement plus épaisses.
- D’ailleurs, le canon arasé n’est pas complètement perdu. On le réfectionne en détruisant le tube intérieur usé et en le remplaçant par un neuf. Mais c’est là un très long travail qui ne peut être fait qu’à l’usine.
- La pression et la température étant plus considérables dans, les gros calibres, il s’ensuit naturellement que ceux-ci se détériorent beaucoup plus rapidement que les autres.
- p.166 - vue 169/197
-
-
-
- U USURE DES CAXOXS
- 167
- Ainsi, d'après un tableau dressé par les Anglais, la pièce de 100 mm est usée après avoir tiré 739 coups, celle de 127 mm après 640 coups, celle de 152 mm après 395 coups. Le 208 mm supporte 254. décharges, le 234mm, 204 et le 254 mm, 102. Les grosses pièces de 305 ne tirent (pie 149 coups, celles de 344 ne vont que jusqu'à 102 coups, et celles de 414 s’arrêtent après 83 coups.
- S’il existait en service des calibres supérieurs, et si l’on continuait les deux progressions, ascendante et descendante, on trouverait qu’une pièce de 81 centimètres de diamètre ne pourrait théoriquement être tirée q u 'une seule fois.
- Mais ce serait là de la pure fantaisie. De même les chiffres ci-dessus ne doivent pas être considérés d’une façon absolue ; ils ne sont en somme que de simples moyennes.
- L’usure plus ou moins rapide des canons dépend, en effet, de diverses causes, outre la nature de la poudre tirée, ainsi qu’on l’a dit plus haut. La qualité de l’acier employé à leur fabrication et le soin avec lequel il a été travaillé, est. on le comprend, un facteur considérable de durée. La provenance du minerai qui a fourni cet acier exercerait aussi une influence sur l’usure, ce qui n’a rien de surprenant.
- La cause principale, cependant, est la charge de poudre quand celle-ci est considérable. Ainsi, le canon qui, l’année dernière, a tiré sur Dunkerque à une distance évaluée à 38 kilomètres, était une pièce de 381 mm, de 50 calibres de longueur, lançant ,
- avec une vitesse initiale de 960 mètres, un obus pesant 760 kilogrammes avec une charge de poudre de 315 kilogrammes. Une pareille charge faisait travailler le métal en l’utilisant à son maximum de résistance possible, et le canon a ainsi été mis hors de service après un nombre de coups très limité. Son tir, en effet, a duré peu de temps, et, parfaitement abrité comme il l’était sous
- d’épais bétonnages, les bom-b es de n o s avions ont du, a s s urément, être sans effet sur lui.Il a donc été arrêté soit par usure précoce , soit par avarie de fone-t i o n n e m eut., soit même par une fissure dans le métal, ainsi que cela arrive fréquemment.
- Enfin les canons de petit calibre, telles que les pièces decampagnede 75 mm, dans lesquelles la pression et la tem pér a ture sont moindres en raison de leur charge plus faible, ne subissent que peu d’usure. Elles peuvent en effet tirer 4 à 5.000 coups, et même 6.000, assure-t-on.
- Les pièces de l'artillerie de marine s’usent plus rapidement que celles de l’artillerie de terre, et ceci peut sembler difficilement croyable puisque les unes et les autres sont faites avec le même acier et travaillées souvent dans les mêmes usines, avec le même soin.
- C’est que les premières sont tirées avec de plus fortes charges de poudre, ce qui permet de donner aux projectiles qu’elles lancent plus de portée et une plus grande puissance de pénétration pour perforer les coques et les cuirasses épaisses des navires de guerre.
- Mais, demandera-t-on, pourquoi ne pas
- OKTKKIOItk VA Iî ON TJU TKOP lUlOI.ONGK
- La portion hachurée de la figure représente la quantité de métal enlevée, quantité qui est considérable.
- p.167 - vue 170/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 1(>8
- tirer les secondes avec les mêmes charges, ce <]ni leur donnerait la même puissance, et pourquoi se priver ainsi d'un élément essentiel de supériorité sur l'adversaire?
- C’est parce (pie cela n'est pas pratiquement possible, et la petite explication suivante sur la différence (pii existe entre les deux artilleries le fera comprendre aisément .
- Disons d’abord que la pièce de campagne, entre autres qualités, doit posséder une grande mobilité ; il faut, en effet, qu’elle passe par- tout et qu’elle se déplace
- aussi rapi- dement que possible. Son
- poids doit donc être limité. On ne
- du principe du long recul du canon sur son berceau et sa remise automatique en batterie, avec immobilité complète de l’affût.
- La pièce de marine ne présente pas cet inconvénient. Elle n’a pas besoin d’être mobile puisqu’elle est fixée à demeure sur le pont ou dans les entreponts du navire, et elle peut ainsi être longue et lourde sans qu’il en résulte des difficultés dans son service. On lui donne généralement une longueur de 45 à 50 fois son calibre, et elle peut ainsi recevoir des charges de poudre donnant les plus fortes pressions que puisse supporter la résistance propre de l’acier. Ces pressions atteignent et dépassent 2.000 kilogrammes par centimètre carré et impriment au projectile une vitesse initiale (c’est-à-dire une vitesse au moment où il sort du
- O«US1HK DK S1ÈGK MONTE SUlt PLATE-FORME ET COUVANT TIRER SOUS DE GRANDS ANGLES
- Cette pièce, tançant des projectiles d'un poids considérable avec une charge de poudre très forte, peut être considérée comme hors de service après le 300e coup. Il faut (dors la renvoyer à Vusine pour refaire le tube intérieur, quand l'usure n'est pas trop accentuée.
- lui donne comme longueur (pic vingt-cinq à trente fois son calibre, et moins encore pour les obusiers. La charge de poudre ne doit pas être trop forte; elle ne doit développer dans l’âme qu'une pression limitée également , n’imprimant au projectile qu’une vitesse initiale de 500 mètres au plus, car les réactions doivent être modérées et le recul pas trop brutal. Si celui-ci était trop fort, la pièce et son affût seraient repoussés trop loin en arrière et la remise en batlcrie présenterait, de graves dillicultés. .Jadis, ce recul n’était combattu (pie par l’emploi de freins et de sabots de roues, ce qui était insuffisant. Aujourd’hui, le problème peut être considéré comme résolu par l’adoption
- canon) de 800 à 900 mètres par seconde.
- Quoique ne pouvant pas bouger de place, elle doit être néanmoins munie d’un frein qui absorbe progressivement la force vive engendrée par le recul, sinon le choc vers l’arrière qu’elle recevrait au moment du départ du coup serait d’une telle violence et si subit qu’il détériorerait l’affût et mettrait rapidement le materiel hors de service.
- Mais ce frein est très court : la place dont on dispose à bord est, en effet, fort limitée et un long recul présenterait des inconvénients, surtout pour les grosses pièces qui sont montées en tourelles cuirassées ou en barbettes, car il faudrait donner à celles-ci un diamètre démesuré et inacceptable. Aussi
- p.168 - vue 171/197
-
-
-
- L'USURE DES CANONS
- les gros canons de 305 et de 380 ont un recul inférieur de moitié à celui de notre petite pièce de campagne de 75 millimètres.
- Et cependant, tous ces canons, créés spécialement pour le service à bord des navires, purent être convenablement utilisés à terre, en faisant, il est vrai, subir quelques modifications à leurs freins, quand, peu après le début de la guerre actuelle, on eut constaté notre infériorité en canons lourds de campagne et en mitrailleuses vis-à-vis de la formidable artillerie allemande.
- Une partie des pièces armant nos vaisseaux de guerre inactifs dans les ports furent démontées et expédiées au front où elles firent de la bonne besogne, et le récit de cette utilisation ne sera pas la page la moins curieuse de l’histoire dr.-cette guerre.
- Ce fut d’abord, en artillerie légère, la pièce de 37 mm Ilotchkiss, à tir automatique de 300 coups à la minute, et celle à tir semi - automatique lançant des obus légers de G00 et 800 grammes et dont le pointage se fait à bras par le moyen d’une crosse que porte le berceau et que le pointeur épaule comme un fusil.Démodée dans la marine, où elle est devenue trop peu puissante pour combattre les torpilleurs et les contre-torpilleurs modernes, ce qui était primitivement son but, elle a été excellente pour armer les automobiles blindées. La pièce de 47, plus forte, plus lourde (son projectile pèse 1.500 grammes) et ayant plus de portée, fut prise également. Mais comme
- 109
- les modèles récents sont munis d’un frein hydraulique et d’un récupérateur qui les rendaient trop pesants pour les autos, on ne put utiliser que les anciens modèles qui, n’ayant pas de frein, sont moins lourds.
- Ces pièces servirent aussi à armer les avions, niais elles ne tardèrent pas à être remplacées par des canons spéciaux.
- En artillerie moyenne, la pièce de marine de 100 mm, dont le tir est de 15 coups à la minute et qui lance un obus de 13 à 14 kilogrammes avec une vitesse initiale de 900 mètres, a une portée bien supérieure à celle du canon de campagne de même calibre, mais son frein plus court crée de? réactions
- l'RAGMKN'T, PHOTOGRAPHIÉ DU PACK, DU LA PAROI INTÉRIEUR!’. D’UN TUIîE DE GROS CANON HORS DE SERVICE Ce document montre l'étal des rayures après un tir excessif ; et l'on comprend que, ainsi détériorée, la pièce ne soit plus bonne qu'à être renvoyée à la fonderie.
- p.169 - vue 172/197
-
-
-
- /,a scii:sce i<:r la vii
- 170
- très dures dans le tir à terre, pour la raison que nous avons dite plus haut, si dures même, qu'elle est peu utilisable, à moins que Ton construise pour elle de solides plates-formes d’ancrage, mais alors on lui retirerait toute sa mobilité. On a tourné la diiïieulté en la mun ^sant, à la place de son ancien frein, démon c, d’un nouveau frein à long recul analogue à celui de la pièce de campagne de 75, et elle a rendu ainsi d’excellents services.
- Les pièces plus lourdes de 188 et de 104, pesant respectivement 4.200 et 8.228 kilo-
- court. Néanmoins, on a pu la placer sans inconvénient sur trucks de chemins de fer et former ainsi des trains blindés, véritables forteresses roulantes qui, en maintes circonstances, ont fait énormément de mal à nos ennemis.
- Les gros calibres de 240 à 881 mm, pesant de 28.000 à 96.000 kilogrammes et lançant un obus du poids de 170 à 878 kilogrammes avec une charge de poudre de 66 à 220 kilogrammes, n’ont pu être utilisés qu’ancrés sur d'épaisses plates-formes bétonnées.
- lui petit calcul pour finir cette étude :
- OIU'SIKU DK CA.MPACNK DE 15 C E N TIM K T II K S, K N BATTERIE AVEC SON CAISSON
- Cet engin, construit en acier spécial Schneider, oppose à l'usure une très forte résistance. Néanmoins,
- après le 500e coupy des réparations s'imposent.
- grammes et le double avec leur affût, ont pu rendre aussi de réels services dans la guerre de position et la défense des places, car, grâce à leur portée de 15 kilomètres, on a pu combattre efficacement les batteries que les Allemands avaient installées assez loin en arrière pour qu’elles se trouvassent hors d'atteinte des pièces de campagne.
- En grosse artillerie, la pièce de 194 a servi dans la défense des places. Elle pèse 12.700 kilogrammes et elle lance un obus de 86 kilogrammes à la distance de 19 kilomètres. Ses réactions sont assez violentes, son frein étant
- Les gros canons livrés par les usines Krupp à la marine allemande, avant la guerre, revenaient à 415.000 francs chaque, montage compris. Ils lançaient à vingt-cinq kilomètres un projectile pesant 485 kilogrammes.
- Le prix du coup de canon s’élevait à 8.500 francs, soit 8.250 francs pour le projectile, 950 francs pour la charge de poudre et 4.800 francs pour l'amortissement.
- Théophile Gautier disait que la musique est un bruit extrêmement coûteux; la musique du canon l'est encore davantage.
- Luc de Keulociieh.
- p.170 - vue 173/197
-
-
-
- LE RAVITAILLEMENT DES ARMÉES EN CAMPAGNE
- Par J. OERTLÉ
- I.IKITKNANT DK. HKSKRVK ü'AKTII.I.lJiI IC
- Lks années modernes constituent des organismes extrêmement compliqués, dont le ravitaillement est rendu très dilïicile, tant par la concentration de troupes nombreuses dans les mêmes lieux, (pie par la multiplicité de leurs besoins : vivres, armes, munitions, outils, engins de toute nature. On n’a pu arriver à une solution satisfaisante de ce problème ardu autant qu’intéressant que par une organisation minutieuse et prévoyante dont nous allons essayer de donner un très bref aperçu.
- Il convient tout d’abord de distinguer les armées, formations combattantes, des sér-
- ie Service de la Trésorerie et des Postes achemine jusqu’aux tranchées la correspondance de nos soldats. Le Service Aéronautique a pour missions principales : la reconnaissance et le bombardement des lignes ennemies, le réglage du tir de l’artillerie. Enfin, le Service de VArrière, dont le rôle est très important, est chargé (l’assurer les relations entre les armées et l’intérieur du territoire.
- Pour se rendre compte du fonctionnement de ces services, il est indispensable de connaître de façon exacte l’organisation des Armées. Rappelons brièvement cette organisation en remontant l'échelle des
- TABLEAU DES EFFECTIFS (chiffres arrondis)
- INFANTERIE CAVALERIE | ARTILLERIE FORMATIONS de toutes armes
- Hommes Hommes Hommes Hommes
- Compagnie. 250 Batterie montée 155 l
- Division d'in-
- Bataillon.. . 1.000 Escadron . . 1 50 — à cheval 100 fanterie 15.000
- Division de ca-
- Régiment. . 3.000 Régiment.. 050 Groupe monté. 500 valerie ...... 5.000
- Brigade.. . . 0.500 Brigade.. .. 1.350 | — à cheval | 350 Corps d’armée. 35.000
- vices, organes tout à fait distincts chargés de satisfaire aux besoins des armées.
- Enumérons rapidement les principaux services. Les troupes en campagne sont ravitaillées : en vivres et en vêtements par le Service de VIntendance-, en munitions et en armes par le Service de VArtillerie-, en outils et en explosifs par le Service du Génie.
- Le Service de Santé est chargé (les soins à donner aux malades et aux blessés, et le Service Vétérinaire de l’hygiène et de la prophylaxie des troupes à cheval et des parcs de bétail. Le Service Télégraphique assure les communications rapides des armées et
- unités combattantes, c’est-à-dire en commençant par les corps de troupes : infanterie, cavalerie, artillerie, et en passant ensuite aux formations de toutes armes : divisions, corps d’armée, armées et groupes d’armées.
- Les troupes (Tinfanterie sont constituées en compagnies de 250 hommes, commandées par un capitaine; quatre compagnies formant un bataillon, trois bataillons constituent un régiment. Une brigade d’infanterie est constituée par deux régiments.
- Le train d’une compagnie d’infanterie se compose : (l’une voiture légère à munitions, contenant 25.00;) cartouches; d’une voiture
- p.171 - vue 174/197
-
-
-
- 172
- LA SCIENCE ET LA VIE
- à vivres et à bagages renfermant des vivres et de l’avoine de réserve, des vestes de rechange; d’une cuisine roulante, montée sur voiture à deux roues, qui permet de préparer les repas à l’avance pour être distribués chauds, le soir, au cantonnement. Le train d’un bataillon d’infanterie comporte les voitures des quatre compagnies, plus une voiture médicale contenant réglementairement 300 pansements et (S brancards.
- Les troupes de cavalerie sont constituées en escadrons de 150 cavaliers, commandés par un capitaine; quatre escadrons forment qn régiment . Une brigade de cavalerie comprend deux régiments, eorame dans l’infanterie.
- Le train d’un escadron de cavalerie consiste en un fourgon-forge contenant des ferrures, des cuirasses et des selles de rechange, des objets de campement, des outils de terrassier et une cantine vétérinaire.
- sanitaire (quatre ambulances avec tout leur matériel médical), un service télégraphique et une section de projecteurs; enfin, des parcs et des convois : parcs d’artillerie et du génie, équipage de pont, convois administratifs de l’Intendance, parc de bétail.
- Une armée comprend deux ou trois corps d’armée et un certain nombre d’éléments d’armée. Ce sont : une ou plusieurs divisions de cavalerie, une artillerie lourde, un service télégraphique et un service aéronautique; des parcs et des convois : parcs d’artillerie et du génie, équipage de pont, parc de bétail, boulangerie roulante, convois administratifs, auxiliaires et éventuels, convois automobiles, convois d’évacuation, Comme on le voit, les formations sont d’autant plus compliquées qu’elles sont plus importantes. Le commandement et l’administration des grandes unités exi-
- 1NFANTER1E
- Bataillon
- Régiment
- O U
- Cœ c,e c,e C'.e Bon Bon B°r
- Brigade
- FORMATION DU BATAILLON, DU RÉGIMENT ET DE LA BRIGADE D’iNFANTERIE
- La base de l’organisation de Vartillerie est la batterie de 4 pièces. IJ artillerie de campagne, arniée du canon de 75 mm, comprend des batteries à cheval et des batteries montées. Trois batteries montées forment un groupe monté et deux batteries à cheval constituent un groupe à cheval.
- l'artillerie lourde comprend maintenant toute une gamme de calibres, dont le plus puissant ne le cède en rien au fameux 420 allemand, au dire même de nos ennemis.
- La division de cavalerie comprend de même, outre trois brigades de cavalerie : un groupe à cheval d’artillerie de 75, des détachements cyclistes d’infanterie et du génie, une ambulance, un service aéronautique et un service télégraphique.
- Un corps d'armée comprend deux ou trois divisions, ayant la composition indiquée plus haut, et un certain nombre de formations spéciales appelées éléments non endivi-sionnés (E. N. E.).Ce sont : un régiment de cavalerie, quatre groupes montés de, 75, une compagnie du génie, une formation
- gent le concours d’un personnel nombreux d’olïiciers et de soldats ; les commandants de bataillons et de régiments disposent à cet effet d'un état-major ; les généraux commandants de brigade, de division, de corps d’armée et d’armée sont assistés par un quartier général qui groupe les états-majors des diverses armes et des services : artillerie, génie, intendance, service de santé, etc...
- Les armées sont réunies par trois ou quatre sous le commandement d’un même général et forment un groupe d'années. Tous les groupes d’armées réunis sur un même théâtre d’opérations sont placés sous les ordres d’un général en chef ; enfin, toutes les armées françaises sont aujourd’hui soumises à l’autorité suprême du généralissime.
- Telle est, dans son ensemble, l’organisation de l’armée française. Voyons maintenant comme elle se ravitaille en campagne:
- Chaque soldat porte sur lui : 1 °, deux jours de vivres de réseri'e qui ne doivent être consommés qu’à la dernière extrémité. Ils sont constitués principalement par du
- p.172 - vue 175/197
-
-
-
- 173
- R A VIT A IL L E M E N T 1) E S
- ARMÉES EN
- CAMPA CNE
- pain de guerre et de la viande de conserve; 2°, 120 cartouches placées dans ses cartouchières et dans l’étui-musette ; 3°, des outils portatifs (pelles, pioches, etc.) arrimés après son sac; 4° un paquet de pansement individuel cousu dans la poche intérieure de sa capote, pour qu’il ne se perde pas.
- Chaque régiment dispose d’un certain nombre de voitures groupées en deux échelons :
- 1° Un train de combat, qui suit les troupes en toutes circonstances et transporte le matériel nécessaire sur le champ de bataille ; il comprend : des cuisines roulantes, des voitures à munitions, des voitures légères d’outils, des voitures médicales, une voiture-foroe
- CAVALERIE
- Régi ment
- A A
- Es°" Es0"
- AA
- Eson Esoa
- FORMATION ORDINAIRE DU REGIMENT ET DE I.A liRI-GADE DE CAVAI/EllIE
- pour les réparations en cours de route, et le ferrage des chevaux.
- 2° Un train régimentaire, qui transporte deux jours de vivres, ainsi que les bagages et le matériel nécessaires aux besoins journaliers des troupes; il comprend surtout des fourgons attelés d’un ou deux chevaux.
- Le train régimentaire est divisé en sections ; chaque jour une section,
- dite de distribution, suit les A D T I I I r D | r
- troupes pour les ravitailler M n I I L L L n I L
- le soir au can- -...... —
- t o n n e m e n t, tandis qu’une autre, dite de ravitaillement, se réapprovisionne à l’arrière en vue de la distribution, chaque soir, des vivres pour le lendemain ; ces vivres sont dits vivres du jour
- de corps d’armée et d’armée portent chacun la valeur de deux jours de vivres.
- Les parcs de bétail de corps d’armée et d’armée peuvent fournir de leur côté chacun un jour de viande sur pied. Chaque armée en marche emporte donc avec elle huit jours de vivres en plus des vivres du jour.
- Le Service de l'arrière est chargé, comme nous l’avons dit, de relier les armées avec l’intérieur du territoire. Il dispose, pour assurer les transports dont il a la charge, de quatre services : 1° Service des chemins de fer ; 2° Service de la navigation ; 3° Service des étapes ; 4° Service automobile.
- Voyons d’abord l’organisation du service le plus importer, dont il a
- Brigade
- R*
- Rf
- Groupe monté
- FORMATION DES GROUPES D’ARTILLERIE
- et ne sont pas compris dans les deux jours de vivres du train régimentaire.
- Nous avons vu que les corps d’armée. et les armées comprennent, dans leurs diverses formations, des parcs et des convois.
- Les parcs d’arl illerie transportent des munitions, les parcs du génie des outils et des explosifs, enfin les convois administratifs
- tant, celui des chemins de déjà été parlé dans le précédent numéro de La Science et la Vie et dont il est également question dans le présent numéro, à l’article sur la « Construction des voies ferrées militaires ». Ces renseignements se complètent.
- L’exploitation des lignes est assurée, comme on sait, par le personnel des coinpa gnies, mobilisé, et exceptionnellement par les troupes spéciales de chemins de fer.
- A chaque armée sont affectés :
- 1 °. Une ou plusieurs stations - magasins, o ù convergent toutes les expéditions de matériel envoyées à cette armée, à savoir : des munitions, provenant des arsenaux; du pain conserve, pro-de fabrica-
- Groupe à cheva/
- O
- B,e
- O
- B‘e
- de guerre et la viande de venant des usines militaires tion; du bétail, provenant d’une zone de groupement de bétail, choisie dans une région de l'intérieur, riche en bétail; des denrées diverses provenant d’une zone de répartition affectée à chaque armée.
- Chaque station-magasin dispose d’entre
- p.173 - vue 176/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- DIVISION D'INFANTERIE
- Infanterie Cava/erie Artillerie Génie formation sanitaire
- Bde Bde
- A
- Eson
- Gpe Gpe Gpe
- C‘.
- El El
- Ace Ace
- DIVISION de CAVALERIE
- Cava/erie Artillerie Détachtscyclistes Ambulance Services
- Êks. A
- Bde Qde g de
- A
- Gf‘ fof'• Génie
- ^ X
- Aéronautique Tèiégrapt)
- CORPS D'ARMEE
- Divisions
- d'infantene
- Eléments non endivisionnés (ENE)
- Cavalerie Arti/ierie Génie Formation sanitaire Service plofectefr et convoi s
- m n a M ei b b ei x f y
- D.lIe DJ!e R! Gpe Gpe GpeGpe Ace Ace Ace Ace Télèr. ^
- ARMEE
- Corps dArmée
- C.A. C.A
- Eléments d'Armée
- Cavalerie Artillerie
- Serv/ces Parcs & Convois
- D.C.
- lourde
- X-*“ R
- Té/ége A èronaut.
- p.174 - vue 177/197
-
-
-
- ItA VI TA 1LLEMRN T
- DES ARMÉES EN
- CAMPAGNE 175
- UZ co
- a
- s
- S o A s O . < ~ à & 5 2 u g,
- fc ’S
- w °=
- co £
- a fc
- 'H ü
- I*.
- PJ
- co
- w
- Q
- H
- £
- W
- WH
- rn
- w
- hl
- J
- <
- H
- >
- <
- PS
- w
- hS
- w
- t>
- H
- U
- H
- P.
- H
- 'co
- teo
- Al
- T3
- co
- PP
- g
- Ci
- S
- 53
- "g «
- 2 g
- 'a c . a;
- p
- O Co
- .co T
- sJ
- e ^
- «S
- H sj k? % ^ < W ^
- O
- O
- CJ
- X
- o
- 'SJ
- 53
- k.
- O
- pôts abondamment pourvus en vivres, en munitions, en armes, en outils divers, qui attendent le moment d’être dirigés sur le front.
- 2° Une gare régulatrice, où le matériel provenant des stations-magasins est réparti d’après les besoins des diverses formations de l’armée. Les trains qui arrivent à la gare régulatrice sont constitués d’après la nature des objets transportés, les trains (pii en partent sont constitués d’après les besoins de chaque formation de l’avant.
- 3° Des gares de ravitaillement, où les convois hippomobiles et automobiles viennent prendre livraison du matériel destiné aux troupes.
- L’organisation du Service de la navigation est calquée sur celle des chemins de fer et comprend de même : des ports-magasins, des ports de ravitaillen>ent, des ports d’évacuation. Leur fonctionnement est identique à celui des stations-magasins, des gares de ravitaillement et d’évacuation. Les péniches peuvent être utilisées poulie transport des blessés, grâce à des aménagements spéciaux et très bien compris: on compte environ 100 blessés couchés par péniche.
- Le Service des .étapes est chargé du ravitaillement des troupes par route, au moyen des convois à chevaux des armées. Les routes d’étapes sont organisées en vue des transports de la façon suivante : les gares de ravitaillement, où se fait le contact des convois avec le service des chemins de fer, prennent le nom de gares origines d'étapes et sont dotées d'une sous-intendance et de détachements des services de l’artillerie, du génie, etc. Des gîtes d'étapes sont crées de même en des lieux distants d’environ 25 à 30 kilomètres (distance franchie, en
- p.175 - vue 178/197
-
-
-
- 170
- LA SCIENCE ET LA VIE
- ARMÉES
- 3UI01IUU31
- X
- y
- <;
- X
- U
- H
- H
- 73
- y
- -S
- S
- •/)
- y
- S
- <
- O
- X
- I--.
- -y
- >*<
- U
- 73
- "C
- S
- Ts
- s
- "B
- ^'-2
- &*§
- C fc.
- .'MJ h
- S S
- 1 «b £ « U Bo
- •O •*©
- §g
- "O 55
- Co ^
- u -e O T3
- co
- O ^
- R, J
- o
- un jour, j)ar les convois à chevaux). Enfin, une tête d'étape est constituée au point de jonction du service des étapes et des trains régimentaires.
- Lé Service automobile prend journellement de plus en plus d’importance; ses convois franchissent 100 kilomètres par jour à une vitesse quadruple de celle des convois à chevaux et exigent un personnel beaucoup moins nombreux. On n’ignore pas que les autobus parisiens, transformés, ont permis, dès le début de la guerre, d’assurer le ravitaillement des troupes en viande fraîche.
- Les voitures automobiles chargées d’assurer le ravitaillement des armées en campagne proviennent soit des réquisitions opérées sur tout le territoire au moment de la mobilisation, soit d'achats à l’amiable faits par le ministre de la guerre en France et à l’étranger.
- Aujourd’hui : troupes, vivres, munitions sont transportés de préférence en camions automobiles. On simplifie ainsi, dans beaucoup de cas, le problème du ravitaillement en reliant directement les gares aux cantonnements des troupes, au lieu de passer par les échelons intermédiaires dont nous avons parlé : convois administratifs d’armée, puis de corps d’armée et enfui trains régimentaires.
- Le personnel du service automobile est recruté parmi les officiers, sous-officiers et soldats de toutes armes possédant les connaissances techniques indispensables pour assurer le bon fonctionnement des véhicules automobiles constituant les convois. Les voitures sont groupées d’après leur type et le tonnage qu’elles sont susceptibles de transporter.
- La base de l’organisation est la section automobile, comprenant environ vingt véhicules, et commandée par un lieutenant. Les sections sont elles-mêmes réunies en groupes automobiles, comprenant généralement quatre sections sous les ordres d’un capitaine. Le service automobile est placé sous l’autorité d’un directeur des services automobiles, qui dépend lui-même du directeur de l'arrière.
- Tel est, très rapidement exposé, l’ensemble du fonctionnement des services de ravitaillement de nos armées. Comme on peut s’en rendre compte, aucune des ressources disponibles n’a été négligée par notre Etat-Major et, sous l’enchevêtrement apparent des services, l’ordre et la logique ont présidé à leur utilisation.
- Lieutenant J. Okrtt.é.
- p.176 - vue 179/197
-
-
-
- COMMENT ON RÉPARE LES PERTES DE SUBSTANCES DES OS DU CRANE
- Par le Docteur Fr. KÉRIVAN
- Les blessures du crâne comptent parmi les plus fréquents des traumatismes de la guerre moderne. Les bons tireurs visent l’ennemi à la tête, mais c’est surtout les éclatements d’obus, avant qu’ils aient atteint le sol, qui frappent de haut en bas, parfois verticalement, le combattant et l’atteignent au niveau du crâne;enfin, la guerre de tranchées, qui suppose souvent la nécessité pour le soldat d’élever, pour observer l’adversaire, sa tête au-dessus du parapet, prédispose également aux blessures de cette région. Ce n’est donc pas sans utilité, et sans avoir pris conseil de l’expérience, que le commandement français a pourvu nos troupiers d’un casque. Combien de nos braves soldats, venus en permission à l’arrière, montrent avec un certain orgueil la surface de leur casque cabossée par une balle ou un éclat d’obus qui, grâce à cette protection, n’a pu pénétrer plus loin. Us nous font ainsi toucher du doigt les grands services que rend à nos troupes cette nouvelle coiffure.
- Mais elle demeure forcément insuffisante, et les plaies de la région du crâne se comp-
- SURFACES CRANIENNES (POSTÉRIEURE ET ANTÉRIEURE) DONT ON A ENI.EVÉ LA TABLE EXTERNE MONTRANT LE DIPLOÉ ET SF.S VVIS^EATTX
- tent par centaines, aux ambulances du front comme dans les hôpitaux de l’arrière.
- Les unes sont superficielles. Elles ont labouré le cuir chevelu, la peau, le tissu graisseux qui la double, parfois l’aponévrose, vaste membrane fibreuse qui sépare le cuir chevelu des os eux-mêmes recouverts de leur périoste. Blessures bénignes en général et qui se cicatrisent assez rapidement. D’autres sont plus profondes, elles intéressent les régions osseuses, parfois atteignent simplement la surface de ces os, parfois les fracturant, sans les pénétrer encore, comme un choc brusque fissure un plat ou une assiette; mais plus souvent elles perforent le crâne dans toute son épaisseur, en enlevant un morceau, tantôt simple rondelle qui donne passage au projectile allant se loger dans le cerveau, pins souvent détachant une perte de substance osseuse plus ou moins considérable. Enfin, le chirurgien lui-même est amené fréquemment. et plus particu fièrement dans les ambulances du front, afin de débarrasser le cerveau d’un corps étranger, afin aussi de pouvoir complètement désin -fecter une plaie
- 12
- p.177 - vue 180/197
-
-
-
- 178
- LA SCIENCE ET LA VIE
- pénétrante, afin d’ouvrir et de drainer un abcès cérébral consécutif à ces traumatismes infectants, à faire une opération sur le crâne que l’on nomme la trépanation. Vieille expression (pii ne correspond plus très bien à la variété des techniques chirurgicales, mais <pii a, en général, comme conséquence de laisser à nu une surface plus ou moins vaste du cerveau recouvert ou non de ses méninges en enlevant de propos délibéré une partie
- première brèche faite dans les os, d’agrandir rapidement ce premier orifice et de cheminer ainsi dans tous les sens, donnant à l’ouverture les dimensions et la forme qu’il désire.
- Il n’entre pas dans le cadre de cet article d’étudier toutes les complications des blessures de guerre au crâne. Ce qu’il importe cependant de mettre en évidence, c’est la possibilité pour le cerveau de rester à nu, d’être même traumatisé dans une certaine étendue,
- PRINCIPAUX INSTRUMENTS SERVANT AUX OPERATIONS SUR LE CRANE
- 1, pince-gouge; 2, davier; 8, rugine; 4, pince-gouge courbe; 5, pince coupante; G, ciseau à froid
- avec talon protecteur.
- de la boîte osseuse crânienne dans une étendue plus ou moins considérable.
- Pour parvenir à entamer cette boîte osseuse, à pratiquer la trépanation, les anciens chirurgiens possédaient des instruments fort compliqués, dont le type était représenté par la couronne de. trépan, sorte de vilebrequin qui détache une rondelle crânienne. J/instrumentation moderne a fait dans ce sens de très grands progrès ; elle a été demander conseil à l’industrie métallurgique et l'on se sert aujourd’hui beaucoup plus fréquemment de fraises et de scies circulaires mobiles dont quelques unes même sont mues par l’électricité. Enfin, le chirurgien possède surtout de puissantes pinces-gouges coupantes, qui lui permettent, une fois une
- d’être même amputé d’une certaine portion de sa surface sans que pour cela la mort s’ensuive d’une façon constante. Tout au contraire, une large plaie du crâne que l’on peut bien désinfecter, élargir au besoin, demeure fréquemment assez bénigne ; et la bonne nature aidant, cette surface du cerveau finit par se recouvrir petit à petit de tissus cicatriciels empruntés à la peau du voisinage. Mais, lorsque la perte de substance osseuse est quelque peu étendue, qu’elle dépasse, par exemple, les dimensions d’une pièce de vingt sous, cette perte de substance persiste indéfiniment et, même après la cicatrisation complète, le cerveau du blessé est en quelque sorte à fleur de peau.
- Lorsque le chirurgien explore de ses doigts
- p.178 - vue 181/197
-
-
-
- L A CIUR U R GIR C R AN IE N N R
- 179
- la région de cette cicatrice, il sent nettement un rebord osseux tout autour d’une dépression au fond de laquelle l’os manque. La sensation de résistance osseuse y est remplacée par celle des tissus mous dépressibles un peu élastiques, et, chose remarquable, ces tissus sous lesquels se trouve le cerveau lui-même sont animés de battements isochrones aux
- La Hernie du cerveau s’accompagne en général de troubles nerveux ou même psychiques dus à cette situation anormale d’une partie plus ou moins étendue de l’organe.
- Nombreux sont les blessés qui, après cicatrisation superficielle d’une plaie du crâne, sont porteurs de pertes de substance osseuse, avec ou sans phénomènes fonctionnels ;
- PRINCIPAUX INSTHUAIENTS SERVANT AUX OPERATIONS SUR RK CRANE (SUITE)
- 1, gouge; 2, vilebrequin avec fraise; 3, ostéolome ; 4, lame métal lique protectrice ; 5, ciseau à froid avec petit talon protecteur ; 6, ciseau ù froid avec lame plus mince; 7, perforateur ; 8, petite gouge à main; 9, curette; 10, gros ostéotomc; 11, marteau de plomb; 12, ostéotomc à lame large et mince;
- 13. scie de Giali.
- pulsations des artères. Le cerveau, en effet, dans sa boîte osseuse bat tout entier et constamment obéissant à l’ondée sanguine artérielle. Ce sont ces battements qu’on perçoit très aisément, à la main ou au doigt, au niveau de la perte de substance crânienne, phénomène désigné sous le nom de pouls cérébral. Parfois même, lorsque la perte de substance est un peu vaste, le cerveau tend à faire sous la peau un relief plus ou moins accentué. Dans cette région, il sort de ses limites habituelles, refoule les tissus superficiels et constitue, en ce point, une véritable hernie.
- cette lésion constitue un cas de réforme militaire. Elle présente du reste de graves dangers. Les chirurgiens se sont donc efforcés, et avec raison, de remédier du mieux possible à ces pertes de substances osseuses.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que des efforts ont été faits dans ce sens. Bien avant la guerre, plusieurs procédés avaient été mis en usage ; mais cette chirurgie très spéciale et extrêmement intéressante est revenue tout naturellement à l’ordre du jour.
- Jadis on faisait parfois porter au blessé une sorte de bonnet qui présentait au niveau
- p.179 - vue 182/197
-
-
-
- 180
- LA SCIENCE ET LA VIE
- de la perte de substance crânienne une plaque résistante, tantôt métallique et rigide, tantôt formée de petits chaînons entrecroisés et rapprochés, semblables à ceux dont sont tissés les cotes de maille, tantôt simplement en cuir résistant et épais. Ces appareils prothétiques pouvaient rendre à coup sûr des services, mais ils étaient gênants, encombrants et disgracieux. La chirurgie se devait à elle-même de faire mieux et de constituer une prothèse en quelque sorte permanente.
- Le but était donc de combler cette perte même de substance par une sorte de pièce rigide appliquée dans l’orifice crânienne et de rabattre par-dessus elle les tissus
- PREMIER TEMPS DK I.A METHODE OPERATOIRE DU Dr MAYET A côté de la perte de substance, la table externe du crâne a etc incisée au ciseau à froid dans une étendue analogue à cet orifice. Un instrument est déjà engagé sous le lambeau ostéopériostique, qui va être détaché.
- cutanés momentanément incisés pour permettre aisément l’interposition de la pièce rigide. Ces tissus se cicatrisent ensuite de façon à redonner à la surface de la peau sa forme et sa continuité habituelles.
- Ce principe général est commun à toutes les méthodes chirurgicales. C’est à coup sûr un des chapitres les plus curieux et les plus instructifs de la chirurgie moderne.
- Quelle sera d’abord le genre de pièce que l’on va mettre au crâne? Si l’objectif est intéressant, la réalisation en est extrêmement délicate et particulièrement complexe ; c’est ce qui explique le grand nombre des pro-
- cédés mis en usage. Nous pourrions dire, d’une façon presque triviale : avec quoi les chirurgiens vont-ils boucher ce trou ?
- Toute une série d’opérateurs ont tenté d’interposer dans l’orifice crânien des plaques rigides de nature variée. On sait aujourd’hui que l’organisme peut supporter, dans son intérieur, des corps étrangers à la condition qu’ils soient parfaitement aseptiques. Depuis les découvertes de l’asepsie chirurgicale on abandonne ainsi dans les tissus des fils, des plaques métalliques, des vis, des crampons, des crochets, etc.
- On pouvait donc espérer rapiécer sans danger le crâne avec du métal. De fait on a publié des observations de réparation de pertes de substance crânienne avec des plaques d’or, des plaques d’acier, des plaques de celluloïd, etc. Un de nos jeunes maîtres de la chirurgie moderne, le professeur agrégé Pierre Duval, a montré, il y a quelque mois, à la Société de chirurgie, un certain nom-' bre de ces réparations faites grâce à des plaques d’aluminium qu’il insinuait délicatement (afin de les rendre immobiles) dans l’épaisseur même des os, tout autour de l’orifice.
- Pour maintenir ces plaques en place, d’autres ont eu recours à des vis ou de fortes agrafes métalliques Le résu 1 tat immédiat a couronné leurs efforts toutes les fois que leurs opérations ont été conduites très aseptique-ment et ils ont montré des blessés supportant parfaitement cette prothèse métallique.
- On a objecté à cette méthode son manque de simplicité. Ce sont des opérations parfois longues et compliquées ; on lui a objecté surtout qu’on n’était pas très sûr qu’à la longue de semblables corps étrangers fussent parfaitement supportés. L’expérience a montré, en effet, que certaines sutures métalliques s’effritent après des années, les fils se trouvant peu à peu rongés par les décompositions chimiques de l’organisme.
- C’est sans doute par crainte de ces inconvénients, que d’autres chirurgiens ont subs-
- p.180 - vue 183/197
-
-
-
- LA CHIRURGIE CRANIENNE
- 181
- titué à ces corps étrangers métalliques, des tissus ayant été vivants, et notamment des rondelles d’os décalcifiés. Mais leur persistance est encore moins certaine que celle des plaques métalliques, et cette méthode ne paraît pas avoir aujourd’hui grande faveur. ' La chirurgie n’est jamais à court d’inventions. Elle a mille moyens de tourner les difficultés, et elle l’a bien fait voir dans cette question de prothèse crânienne. De fait elle a trouvé beaucoup mieux sans aller chercher plus loin. Elle a appliqué à la réparation des pertes osseuses du crâne la si séduisante découverte de la greffe humaine.
- Je ne veux pas entrer dans les longs développements que nécessiterait l’étude des greffes humaines en général. Il y aurait beaucoup à dire sur cette question qui a passionné naguère les sociétés savantes, et qui est sortie du domaine scientifique pour remplir les colonnes des grands journaux politiques quotidiens. On peut cependant affirmer que les résultats annoncés à coup de trompe sont restés quelque peu problé-mat iqu es, notamment en ce qui concerne les greffes dites par transplantation.
- On nomme ainsi l’opération ayant pour but de prendre sur un être vivant un organe ou une portion d’organe, de le séparer complètement de l’être auquel il appartient et de le transporter dans un autre organisme où il devra continuer à vivre en conservant sa fonction.
- Evidemment, de nombreux faits parfaite-tement et scientifiquement contrôlés ne laissent pas de doute sur la possibilité d’obtenir la prise d’un greffon, mais on s’accorde à penser que seuls certains tissus sont susceptibles de se greffer au sens vrai du mot et que d’autres, déposés aseptiquement dans un organisme auquel ils n’appartenaient pas, y demeurent sans y vivre et sont lentement absorbés par cet organisme qui leur a donné asile, Si bien que si? au premier abord, on est
- tenté de croire à la prise complète de la greffe, ce n’est qu’à la longue qu’on s’aperçoit de sa lente disparition. On peut dire que la question est encore à l’étude.
- Les chirurgiens ont donc tenté de greffer dans les orifices des os du crâne des greffons osseux pris soit sur d’autres individus, soit sur l’individu lui-même. Tel est le cas très intéressant que le professeur agrégé Mau-claire a montré à la Société de chirurgie.
- L’avenir seul est susceptible de préciser la valeur de semblables greffes osseuses.
- Nous possédons cependant dès à présent des renseignements très précis et très favorables sur un certain nombre de procédés
- de prothèse crânienne qui semblent avoir fait définitivement leurs preuves.
- Chacun d’entre ces procédés comporte de très utiles enseignements physiologiques, chacun présente, même pour les profanes, une séduisante ingéniosité. Notre rôle n’est pas ici de faire un choix, mais plutôt, en les exposant, de montrer la richesse des méthodes de la chirurgie réparatrice moderne.
- Celui qui se rapproche le plus des greffes dont nous venons de parler, a été décrit il y a quelques mois à la Société de chirurgie par le Dr Morestin. Il est comme l’écho amplifié des belles méthodes mises jadis en honneur par le regretté Nélaton. Morestin, pour combler les pertes de substance er,a-
- Lc lambeau osléopériost-ûjue formé par le périoste et la table externe du crâne a été détaché et commence à se soulever. Il tient par sa charnière au bord de
- la perte de substance.
- p.181 - vue 184/197
-
-
-
- 182
- LA SCIENCE ET LA VIE
- nienne se sert de morceaux de cartilage revêtus de leur membrane active (analogue au périoste des os) (pie l’on nomme périchondre. Se souvenant sans doute que la Bible nous apprend qu’Kve lut tirée d’une côte d’Adam, c’est une portion de cartilage costal que Morestinva prélever sur l’individu lui-même pour la transporter au niveau du crâne. Si la perte de substance est considérable, on prend deux ou trois segments cartilagineux que l’on couche l’un à côté de l’autre; au besoin on les imbrique, on les superpose etc... Ces greffes cartilagineuses prennent bien. Il semble certain qu’elles continuent à vivre. Le cartilage, doublé de son périchondre,
- TROISIEME Ou voit ici le
- TEMPS
- lambeau osléo/térioslûpte se soulevant de plus en plus en pivotant autour de sa charnière.
- est un tissu jeune, actif, dont la puissance vitale est considérable. La prothèse crânienne par greffe cartilagineuse est, sans contredit, une très belle et très intéressante méthode.
- Bien cependant n’est parfait en ce monde, et l’on a fait à ee procédé certaines critiques. On lui a reproché d’abord de constituer un délabrement sur une autre partie du corps, la région costale. Les cartilages des côtes, tout en n’ayant pas un rôle primordial, ne sont pas, a-t-on dit, sans maintenir l’équilibre assez complexe d’une cage thoracique, et cet équilibre se rompra plus aisément encore sur des sujets jeunes dont la croissance n’est pas encore complètement terminée. Et puis le cartilage reste cartilage. Il ne sètransforme pas en os; il conserve donc upc
- certaine mollesse qui ne vaut pas un bon morceau d’os bien solide et bien épais.
- C’est sans doute pour ces raisons que d’autres chirurgiens avaient déjà cherché la solution du problème dans une voie toute différente. Cette méthode n’est pas d'aujourd’hui. Elle appartient au plus grand maître des temps modernes en chirurgie osseuse, au professeur Ollier, de Lyon, qui l’appliqua le premier, il y a une trentaine d’années Ceux qui, au cours de la guerre actuelle, s’en sont servis n’ont fait que suivre pas à pas les indications qu’il donna jadis.
- Le procédé est tout différent de celui de la greffe proprement dite, c’est-à-dire de
- la greffe par transplantation comme Moresti n en use avec ses cartilages. On lui donne un nom assez significatif : on dit d’elle qu’elle est une autoplastie. Cela mérite quelques petites explications.
- bille est au crâne, pour fermer un orifice osseux, la répétition d’une opération très souvent pratiquée sur les tissus cutanés dans le cas de cicatrices vicieuses ou de brûlures étendues.
- On sait par l’expérience qu’un 1 a m -beau de tissu vivant détaché de trois côtés des tissus voisins, mais qui conserve par le quatrième côté ses connexions avec les régions qui l’entourent, continue à vivre tout à fait normalement.
- Cette vitalité est assurée par les vaisseaux et nerfs qui lui arrivent à travers cette sorte de pont de substance, même si ce lambeau est séparé au niveau de sa face profonde des régions auxquelles il est uni normalement. Puisque ce lambeau est vivant, il peut être attiré, grâce à l’élasticité naturelle de la plupart des tissus, à une certaine distance de la région qu’il occupait ; on peut le charger de recouvrir une perte de substance voisine dont le fond est à vif et suturer ses propres bords à ceux de la perte de substance. Cette suture, si elle est faite en milieu parfaitement aseptique, se cicatrisera d’une façon immédiate, comme toute plaie le fait dans les ipêmes conditions, et sa face profonde' se
- p.182 - vue 185/197
-
-
-
- LA CHIRURGIE CRANIENNE
- 1 8.‘f
- greffera également, et d’une manière satisfaisante, aux régions sur lesquelles elle repose.
- Des sutures complémentaires ferment les espaces où le lambeau a glissé. C’est la méthode dite iV autoplastie par glissement. Elle est d’un usage courant dans les pertes de substance de la peau et. bien pratiquée elle donne des résultats excellents et constants.
- Ces principes généraux de l’autoplastie par glissement ont été appliqués par Ollier à la réparation des pertes de substance du crâne. Mais il a dû les adapter aux conditions évidemment spéciales de cette réparation.
- Puisqu’il s’agissait de combler une perte de substance du crâne il fallait amener un morceau d’os sur cette perte de substance ; puisqu’il fallait laisser à ce morceau d’os des connexions su disantes avec les tissus voisins pour qu’il continuât à recevoir sa nourriture par les vaisseaux, et l’i n fl u x nerveux par ses nerfs, il fallait qu’il lut rattaché en quelque sorte aux tissus sains par une sorte de pédicule, il fallait prendre ce morceau d’os dans le voisinage, c’est-à-dire dans une région du crâne toute proche de la perte de substance.
- Mais si Ollier avait enlevé toute l’épais-
- seurdes parois osseu.es crâniennes au niveau de l’endroit où il prélevait sa « pièce », il eût constitué à ce niveau une autre perte de substance et n’aurait eu aucun bénéfice. Dans les autoplasties cutanées dont nous parlions tout à l’heure, on somble l’espace libre laissé dans le prélèvement du lambeau grâce à l’élasticité et au glissement des parties molles voisines ; mais les os sont rigides et ne se plient pas à ces fantaisies du chirurgien. Ollier eut alors recours à un stratagème fort ingénieux qui repose sur la texture même de la plus grande partie des os crâniens, et dont nous allons dire ici quelques mots.
- Lorsqu’on coupe transversalement un os du crâne, on voit sur sa tranche trois zones différentes. La plus externe et la plus interne sont constituées d’un tissu os-
- seux très compact, dur, dense, lisse; on les appelle les tables externes et internes du crâne. Elles sont séparées par une zone où l’os est plus rare, formée de trabécules fragiles, séparées par des espaces libres ; les anatomistes désignent cette zone sous le nom de diploé. Cette zone intermédiaire est très large dans la jeunesse et au commencement de l’âge adulte; elle diminue d’épaisseur avec l’âge, si bien que, chez le vieillard, elle a parfois complètement disparu, absorbée en quelque sorte par les deux tables de tissu compact qui se réunissent l’une à l’autre. Mais Ollier opérait sur des adultes, et la chirurgie de guerre opère, elle aussi, le plus
- Le lambeau ostéopériosliquc est appliqué sur la perte de substance et maintenu en place par un fil fixateur.
- souvent au moins, dans ces conditions. Ollier n’hésita pas à ne prélever comme pièce osseuse que la table externe du crâne et à laisser en place la table interne. La description de la technique qu’il employait fera comprendre l’excellence de son procédé, qui eut dans les hôpitaux de très nombreuses applications. Son but était de faire glisser jusqu'à la région de la perte de substance, afin de l’obturer, une partie de la table externe crânienne continuant à être suffisamment nourrie par un pédicule.
- Comme ce pédicule devait être élastique, pour qu’il puisse laisser glisser le lambeau jusqu’à l’orifice pathologique du crâne, il ne pouvait être question d’un pédicule osseux. La pièce osseuse devait donc être complètement détachée de la région osseuse à
- p.183 - vue 186/197
-
-
-
- 184
- LA SCIENCE ET LA VIE
- laquelle elle appartenait normalement. Mais elle pouvait rester adhérente aux tissus cutanés superficiels qui la recouvrent et qui précisément apportent à l’os une notable partie de sa nourriture. Le procédé d’Ollier consiste donc à faire glisser sur la perte de substance un lambeau composé de dehors en dedans par le cuir chevelu, le tissu cellulaire qui le double, l’aponévrose, le périoste et l’os, tous ces tissus restant adhérents les uns aux autres, l’os seul ayant perdu, naturellement . toutes ses connexions normales.
- alors de faire glisser le tout jusque sur la perte de substance, et on fixait le lambeau en assujettissant, par des sutures, ses bords aux tissus superficiels voisins.
- On a dit aussi que lorsqu’il s’agira de combler de vastes pertes de substances, le prélèvement d’un grand lambeau à la luis osseux et cutané laissera une surface très large que l’on aura grand peine à obturer par le glissement des tissus voisins.
- Ce sont ces réflexions qui ont sans doute conduit le Dr Mayet, chirurgien de l’hôpital
- 1,'OPÉRATION DK LA TRÉPANATION SUR UN BLESSÉ, DANS UN HOPITAL PARISIEN Armé du vilebrequin à fraise, l'opérateur perfore avec sûreté les os du crâne.
- Or. s’il était facile de détacher sur les trois bords de ce lambeau les tissus mous, il semblait plus délicat, au premier abord.de dédoubler les os du crâne. Eh bien ! c'est paraît-il beaucoup plus aisé qu’on ne le croit. Ollier après avoir bien mis à nu la région de la perte de substance, tracé ses incisions dans les tissus superficiels, attaquait la tranche de l’os armé d’un ciseau à froid et d’un marteau de plomb et arrivait à rendre mobile la table externe du crâne dans la zone même du lambeau. Il suffisait
- Saint-Joseph, à préconiser un procédé plus simple et plus sûr que le Dr Bazy, l’un des maîtres de la chirurgie contemporaine, a exposé dernièrement à l’Académie de médecine, avec pièces à l’appui, c’est-à-dire présentation de blessés parfaitement guéris.
- Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de la technique du Dr Mayet.
- Elle présente cependant, au point de vue scientifique, cette valeur spéciale : c’est qu’elle est fondée sur la puissance de vitalité de production osseuse du périoste. Nous allons
- p.184 - vue 187/197
-
-
-
- LA CHIRURGIE CRANIENNE
- 185
- essayer de la résumer ici, d’après le rapport du Dr Bazy à l’Académie de médecine.
- Comme Ollier. Mayet va demander à la région voisine du crâne de quoi combler la perte de substance. Mais il ne fait pas d’autoplastie par glissement. Il a sans doute une confiance limitée sur la captation profonde du gros lambeau cutané et osseux du Maître lyon >ais; il compte d avantage sur la puissance de régénération osseuse du périoste'; il fait une prothèse uniquement ostéopériostique. Il respecte donc les tissus superficiels. Il nettoie bien la place de la
- les attaches de ce périoste avec les tissus fibreux, qui comblent la perte de substance. Il dessine alors, sur la région crânienne contiguë à la perte de substance, une figure qui a la même forme qu’elle. Sur les trois côtés qui ne touchent pas au bord de l’orifice à combler, il incise le périoste et parvient aisément sur l’os, puis, armé du ciseau à froid et du marteau, il trace les mêmes incisions dans l’os en ne dépassant pas la table externe ; enfin, avec le même ciseau, ou un autre plus mince, à travers ces trois incisions il pénètre dans le diploé et, tout doucement, y chemine
- VUK GÉNÉRALE DE LA SALLE D’OPÉRATIONS AVEC TOUT SON MATÉRIEL CHIRURGICAL Tout est impeccablement propre dans celle salle, et la lumière y arrive à flots.
- région où est l’orifice crânien. Si cette région est recouverte de tissus sains il se borne à les inciser et à les relever; il fait de même, grâce à des incisions latérales, des tissus cutanés qui recouvrent au voisinage de l'orifice la région où il ira chercher l’os destiné à « boucher le trou ». Ces tissus sont relevés momentanément, tout prêts à être ensuite rabattus pour reconstituer aussi parfaitement que possible la peau crânienne.
- Voilà donc le crâne à nu au niveau et au voisinage de la perte de substance, mais Mayet a soigneusement conservé le périoste qui tapisse la région saine du crâne et même
- détachant ainsi, dans la profondeur, la table externe de l'interne et soulevant un volet osseux qui, par son périoste, tient toujours au bord de la perte do substance. Ce volet, il le rabat enfin, en lui faisant faire un demi-tour de circonférence, sur cette perte de substance, se servant des connexions du périoste avec les tissus fibreux qui recouvrent l’orifice comme d’une charnière.
- Du reste, Mayet a appelé sa méthode le procédé de la charnière. Mais c’est une charnière qui a des qualités exceptionnelles, car c’est elle qui contient les vaisseaux qui nourrissent le périoste et, par lui- le volet osseux.
- p.185 - vue 188/197
-
-
-
- 186 LA SCIENCE
- Comme ce volet reste lixé par sa base, c’est-à-dire par la charnière, il ne pourra plus bouger. Tl n’est pas à craindre qu’il glisse ou se déplace.
- Du reste, une anse de fil de catgut, qui prend point d’appui sur les régions voisines, est passée par-dessus ce volet de façon à l'appliquer très exactement à sa place. Par-dessus on rabat les tissus cutanés qu’on avait relevés sous forme de mult iples volets et on les suture en-cmble de façon à reconstituer très exactement la peau crânienne.
- Cette méthode paraît, même à ceux qui ne se sont pas spécialisés dans la pratique chirurgicale, très séduisante. Elle doit être certainement plus aisée à pratiquer cpie celle1 d’Ollier, car le temps dillieile du procédé, c’est-à-dire le prélèvement du volet osseux par dédoublement du crâne, se fait bien à ciel ouvert, et non pas en tunnel sous un lambeau cutané.
- Mlle est très physiologique, puisque le périoste. bien nourri par sa charnière, doit vivre et faire vivre l'os qui lui reste ad lièrent .Mais ce n'est pus tout : dans la méthode de MaCet. c'est le périost e externe du crâne qui vient au contact du cerveau, puisqu’il y a bascule du volet ostéopériosti-que. Il se maintiendra donc lisse et intact et, s’il produit des lames osseuses exubérantes, ces lames se formeront non pas dans la direction du cerveau, mais vers la peau où elles constitueront un os purement et simplement épaissi
- ET LA \{1E
- Grâce à cette charnière, le volet ostéo-périostique s’applique très bien sur la perte de substance et comme il est convexe, puisque
- c’est la face superficielle de la boîte crânienne qui est devenue la profonde, il entre quelque peu dans l’orifice crânien et réduit facilement les hernies du cerveau.
- Enfin, il semble bien que la prise de ce greffon soit très rapide, puisque parmi les blessés que I3a/,y a montrés à l’Académie de médecine, l’un deux n’avait été opéré que trois semaines auparavant et que sa pièce osseuse était déjà solide ; on ne sentait plus à son niveau le «pouls cérébral ».
- Je me suis laissé dire que les chirurgiens allemands avaient e u vent de ces nouveautés et qu’ils ont, je ne sais par quelle voie, écrit à certains de leurs auteurs pour leur demander des renseignements complémentaires sur leur technique. «Monsieur et très honoré collègue... » Il s’agissait naturellement d'en faire surtout profiter les blessés français internés en Allemagne J’ignore quelle réponse leur fut adressée, et je me demande quelle route elle aurait pu suivre... Je laisse cela à l’ingéniosité de la censure postale.
- Au surplus, l’opération n’est pas urgente, et nos compatriotes détenus en pays ennemi préféreront peut-être attendre la paix pour faire réparer leur crâne par un de nos chirurgiens français. Cela sera beaucoup plus sûr pour eux.
- Docteur Fr. Kéiuvan.
- 1ÎI.ESSURE FAITE A EA TÊTE DE L’HOMME QUI PORTAIT LE CASQUE
- Sans cette coiffure protectrice, il est fort probable (jue le brave soldat aurait eu le crâne coinplètemcnt défonce.
- p.186 - vue 189/197
-
-
-
- CHRONOLOGIE DES FAITS DE GUERRE SUR TOUS LES FRONTS
- (Nous reprenons cette chronologie aux dates suivant immédiatement celles où nous avons dû l'interrompre dans notre précédent nui'néro.)
- LA LUTTE EN BELGIQUE Avril 1916
- Le 12. — Grande activité de Vartillerie française dans la région de Langcmark. — Trois attaques allemandes sont repoussées par les Anglais sur la route de Pilkcm-Ypres.
- Le 18. — Violent duel d'artillerie dans la région de Strecnstraeie.
- Le 19. — Quatre attaques allemandes contre les positions britanniques des environs d'Y près; les Allemands sont repoussés partout, sauf à Saint-Eloi, où ils conservent un élément de tranchée.
- Le 20. — Les Anglais reprennent la tranchée perdue la veille.
- Le 29. — Vive action de Vartillerie française dans la région de Bixschoote et de Vartillerie belge sur VYser.
- Mai
- Le 1er. — Bouleversement des tranchées allemandes de Strc-enstraete et de Boesinghe.
- Le 2. — Les Allemands échouent dans une attaque très violente contre les positions belges, au nord de Dixmude.
- Le 3. — Nous faisons sauter un dépôt de munitions sur la Grande-Dune.
- Le 6. — L'artillerie belge détruit des chalands ennemis dans le canal d'IIandzdeme.
- Le 12. — Les Allemands, après un violent bombardement de nos travaux, aux environs de Dixmude, cherchent à s'emparer de positions sur l'Yser, mais ils sont repoussés à plusieurs reprises avec des pertes.
- Le 21. — Au sud de Dixmude, près de l'Yser, une grosse patrouille allemande est décimée et dispersée par les Belges.
- Juin
- Le 2. — Dans une brillante contre-attaque les troupes canadiennes reprennent, à Y près, la plus grande partie du terrain enlevé la veille par les Allemands.
- Le 6. — Violents combats dans le secteur d'Ypres, où les Allemands s'emparent de quelques tranchées anglaises.
- Le 10. — L es installations allemandes des Dunes sont incendiées par nos obus.
- FRONT OCCIDENTAL Avril 1916
- Le 11. — Forte attaque allemande entre Douaumont et Vaux ; l'ennemi prend pied dans nos tranchées, mais il en est bientôt chassé avec de grosses pertes.
- Le 12. — Attaque ennemie refoulée sur la rive gauche de la Meuse, entre le Mort-Homme et Lumières.
- Le 15. — Bombardement de nos positions du bois des Courettes et de la cote 304, et réplique extrêmement énergique de notre artillerie.
- Le 16. — Nous enhmons plusieurs tranchées au sud de Douaumont, et nous faisons 200 prisonniers.
- Le 17. — Dans la région de Douaumont, sur un front de quatre kilomètres, les Allemands lancent deux divisions, qui sont repoussées avec des pertes considérables.
- Le 20. — Au nord-ouest de l'étang de Vaux, nous prenons un fortin allemand et nous nous emparons de mitrailleuses, de matériel et nous faisons prisonniers 10 officiers, 16 sous-officiers et 214 soldats.
- Le 21. — Nous réalisons de nouveaux j)ro-grès au Mort-Homme, auprès de l'étang de Vaux et aux alentours de Douaumont.
- Le 22. — Dans des attaques infructueuses menées de front contre le Mort-Homme, le bois des Caurettes et nos positions avoisinant le ruisseau de Béthincourt, les Allemands subissent des pertes considérables.
- Le 24. — 7 'rois attaques ennemies, à l'aide de liquides enflammés, sont repoussées successivement dans la région du Mort-Homme, et causent aux Allemands de fortes pertes.
- Le 26. — Au nord de l'Aisne, nous enlevons un petit bois, près de celui des Buttes, et nous faisons plus de 150 prisonniers.
- Le 29. — Trois attaques allemandes, visant la ferme de Thiaumont, Vaux et Douau-
- I/Iî GÉNÉRAL LAItGKAU
- Ancien commandant (les territoires de VOuadai et dn. Tchad, tué sur le front de Verdun.
- p.187 - vue 190/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 188
- mont, sont repoussées avec de fortes pertes.
- Le 30. — Au nord de Curnières et au nord du Mort-llomme, nous enlevons à la baïonnette, un kilomètre de tranchées ennemies.
- Mai
- Le 1er. — Au sud-est du fort de Douaumont, nous prenons des tranchées ennemies et nous faisons 'une centaine de prisonniers.
- Le 3. — Au cours d'un brillant assaut, nous enlevons des positions allemandes au nord-est du Mort-Homme, nous prenons quatre mitrailleuses et faisons des prisonniers.
- Le 4. — Forte attaque allemande à V ouest de la Meuse, au nord de la cote 304. Au prix de lourdes pertes, l'ennemi occupe de petits éléments de tranchées.
- Le 6. — Violente attaque allemande, repoussée à la baïonnette, à la cote 304.
- Le 7. — L'ennemi, au prix de pertes considérables, parvient à occuper un boyau, près de la cote 304, et 500 mètres de tranchées entre le bois d'IIaudromont et le fort de Douaumont.
- Le 8. — Nous rcpre?ions les positions perdues au cours de la journée précédente.
- Le 9. — Trois attaques ennemies, menées avec de gros effectifs, sont brisées par nos feux, et coûtent des pertes extrêmement sérieuses à l'adversaire.
- Le 10. — A la cote 287, une forte attaque adverse est complètement repoussée, et, sur les pentes ouest du Mort-Homme, nous prenons une tranchée allemande.
- Le 12. — Au sud-est d'IIaucourt, des combats partiels nous permettent d'élargir sensiblement nos positions, et nous repoussons plusieurs violentes attaques au fort de Douaumont et au Mort-Homme.
- Le 14. —- Les positions britanniques de La liasséc sont violemment attaquées. Nos alliés repoussent l'ennemi avec vigueur.
- Le 17. —- Vaines attaques contre nos positions du bois d'Avocourt.
- Le 18. -- Impuissants à nous déloger du bois d'Avocourt et de nos positions à l'ouest de la cote 304, les Allemands s'emparent d'un petit ouvrage au sud de la cote 287.
- Le 20. — Furieuses attaques ennemies dans toute la région du Mort-Homme. Les Allemands pénètrent dans nos lignes, mais ne tardent pas à en être chassés.
- Le 21. — Suite des combats furieux dans la région de Verdun. Sur la rive droite de la Meuse, nous enlevons très brillamment les carrières d'IIaudromont fortement organisées, nous y prenons des mitrailleuses et nous y faisons des prisonniers.
- Le 22. — Nous reprenons la plus grande partie du fort de Douaumont, où nous faisons de nombreux prisonniers.
- Le 23. — Terribles combats à Douaumont, au Mort-Homme, à la cote 304, dans la région d'Ilaudromont ; tous les efforts de l'ennemi sont brisés.
- |*e 24, — A raide d'effectifs puissants, et
- au prix de pertes énormes, les Allemands prennent Curnières et réoccupent les ruines du fort de Douaumont.
- Le 25. — Nous progressons à l'est de Curnières et nous repoussons les attaques multipliées de l'ennemi dans la région d'IIaudromont.
- Le 27. — Nous nous emparons d'une partie du village de Curnières, et nous repoussons de nouvelles et très violentes attaques aux abords du fort de Douaumont.
- Le 29. — Dans la région du bois des Courettes, après avoir fait subir aux Allemands des pertes considérables, nous ramenons en arrière nos éléments avancés.
- Le 30. — Furieuses et impuissantes attaques ennemies à l'est du Mort-Homme. Nous évacuons nos tranchées du bois des Courettes, nivelées par le bombardement.
- Le 31. — Au sud-ouest du Mort-Homme, • nous enlevons un ouvrage allemand; nous prenons sept mitrailleuses et nous faisons près de 250 prisonniers, dont 3 officiers.
- Juin
- Le 1er. — L'ennemi parvient à pénétrer dans nos tranchées de première ligne, entre le fort de Douaumont et l'étang de Vaux.
- Le 2. — Les Allemands occupent quelques maisons du village de Damloup et échouent dans une série de furieuses attaques contre le fort de Vaux.
- Le 3. — Tentatives allemandes infructueuses pour tourner le fort de Vaux.
- Le 4. — A l'aide de liquides enflammés, l'ennemi cherche à pénétrer dans le fort de Vaux, dont la garnison repousse tous ses assauts ai'ec un héroïsme sans égal.
- Le 5. — Le chef de bataillon Raynal, commandant du fort de Vaux, et nommé commandeur de, la Légion d'honneur.
- Le 6. — Nouvelles et furieuses attaques contre le fort de Vaux. Toute communication est interrompue avec le fort.
- Le 7. — Le fort de Vaux, entièrement ruiné par le bombardement, est occupé par les Allemands.
- Le 9. — Violente activité des deux artilleries dans le secteur de Thiaumont, mais aucune action d'infanterie.
- Le 10. — Coup de main infructueux de l'ennemi contre la cote 304.
- FRONT ORIENTAL Avril 1916
- Le 12. — Echec sanglant d'une forte offensive allemande dans la région des lacs. — Près de l'embouchure de la Strypa, les Russes s'emparent de la forte position dite « le Tombeau de Popoff » ; les contre-attaques ennemies n'aboutissent qu'à de lourdes pertes. — Après six jours de com bat, les armées turques sont mises en déroute à l'ouest d'Erzeroum. Nos alliés progressent.
- Le 13. — U n communiqué officiel autrichien
- p.188 - vue 191/197
-
-
-
- CHRONOLOGIE DES FAITS DE GUERRE
- 189
- avoue que les troupes austro-hongroises reculent en Galicie.
- Le 16. — Prise de Trébizonde par les Russes. — Dans la région de Dvinsk et en Galicie, échecs d'offensives ennemies.
- Le 17. — A l'ouest d'Erzcroum, de nouvelles forces turques sont détruites par nos alliés.
- Le 20. — Les Turcs subissent de grosses pertes, en cherchant à s'opposer à l'avance russe, à l'ouest de Trébizonde.
- Le 26. — Malgré une résistance opiniâtre, les Russes s'emparent du village de Khromia-khoff, dans la région du chemin de fer de Rovno à Kovel.
- Le 28. — Les Russes repoussent les Turcs dans la direction d'Erzindjan.
- Le 29. — En Galicie, au nord de Mouravitzy, les Russes font prisonniers deux bataillons autrichiens.
- Le 30. — Un important détachement turc est battu par nos alliés dans la direction de Bagdad et- perd une partie de son artillerie.
- Mai
- Le 1er. — Prise de tranchées turques et massacre de leurs défenseurs dans la direction d'Erzindj an.
- Le 3. — Vaines attaques ennemies n' aboutissant qu'à de fortes pertes, dans la région de Tarnopol. — A Scrmal-kerind, dans la direction de Bagdad, les Turcs sont chassés de fortes positions.
- Le 6. — Succès russes en Asie Mineure, oh les Turcs reculent vers Erzindj an, Diar-békir et Bagdad, après avoir subi de lotir des pertes.
- Le 10. — Les Russes occupent Kasricliirin, dans la direction de Bagdad, et ils font un butin considérable. C'est un gros succès.
- Le 11. — Les Allemands dessinent une offensive vigoureuse, contre lé front russe, au sud de Riga. — Tout le massif montagneux de la région d'Erzindjan est enlevé par les Russes, à la suite d'une impétueuse attaque.
- Le 12. — Les Russes occupent Revandouze, en Mésopotamie, dans la direction de Mos-soul. — Grosses pertes ennemies dans la direction de Baïbourt.
- Le 18. — Les Russes occupent en Perse la ville de Salcky, point important sous le rapport des communications.
- Le 19. — Des offensives allemandes dans la région d'Illukst, et au nord du lac d'Ilzen, n'aboutissent qu'à de grosses pertes.
- Le 21. — Au sud-ouest de l'îlc Dalen, les Allemands tentent une attaque qui n'a pour résultat qu'une grosse perte d'hommes. — Des contingents russes, après mille diffi-
- cultés, font leur jonction avec les Anglais sur le Tigre, en aval de Kut-el-Amara.
- Le 25. — Les Russes battent les Turcs et les Kurdes sur la route de Mossoid.
- Le 27. — Gros échec allemand dans la région du lac de Drisviaty.
- Le 29. — Les Russes, par nécessité stratégique, évacuent Mahomatum.
- Juin
- Le 1er. — Offensive allemande repoussée sur le front de Riga. — Dans la direction d'Er-rindjan, les Turcs sont refoulés puissamment par les Russes.
- Le 5. — Du Pripet èi la frontière roumaine, nos alliés passent « l'offensive, repoussent les Autrichiens, leur prennent de nombreux canons, 50 mitrailleuses, et font 25.000 prisonniers. L'ennemi est en déroute. Le 6. — Le succès des Russes s'étend ; les Autrichiens reculent vers Loutsk ; nos alliés ont pris 77 canons, 134 mitrailleuses, 49 lance-bombes, et le chiffre des prisonniers s'élève à 40.000.
- Le 7. — Les Russes 'prennent Loutsk et font 11.000 prisonniers de plus. Les pertes autrichiennes s'élèvent à un total de 200.000 hommes.
- Le 9. — Les Russes enfoncent le front autrichien au confluent du Dniester et de la Slrypa. Le 10. — Dans cette journée, poursuivant leurs avantages, les Russes font 35.000 prisonniers et s'emparent de 30 canons. Ils ont fait, à ce moment, plus de 107.000 prisonniers. Ils occupent Doubno. Le 14. — Les communiqués russes annonçait que nos alliés ont fait jusqu'à ce jour
- 114.700 prisonniers : 113.000 soldats et
- 1.700 officiers. Leur offensive marque un temps d'arrêt.
- FRONT ITALIEN Avril 1916
- Le 12. — Les positions ennemies de la crête rocheuse Libia Alto et de Desson di Genova, dans la zone de VAdamello, sont prises et fortifiées par nos alliés.
- Le 13. — Dans la vallée de Sugana, les Italiens s'emparent des positions de Santo Oswaldo et repoussent les contre-attaques autrichiennes.
- Le 14. — S ur le Carso, l'infanterie italienne occupe de nouvelles positions avancées et prend de nombreuses caisses de munitions.
- Le 16. — Quatorze bataillons autrichiens attaquent les positions italiennes de la vallée
- GÉNÉRAL LOCIIWITSKY Commandant les troupes russes débarquées en France.
- p.189 - vue 192/197
-
-
-
- 190
- LA SCIENCE ET LA VIE
- de Sugana ; ils sont repoussés avec de fortes pertes et laissent des prisonniers.
- Le 18. — Les Italiens font sauter une crête montagneuse, au col di Latia, avec tous ses occupants ennemis.
- Le 19. — Les forts autrichiens du Belvédère et de Luserna, entre l'Adige et la Brenta, sont démolis par l'artillerie de nos alliés.
- Le 22. — Sur le Carso, dans la région de Seltz, les Italiens s'emparent d'une position solidement organisée, s'y maintiennent en dépit de puissantes contre-attaques et font 200 prisonniers.
- Le 25. — Des masses d'infanterie autrichienne tentent de reprendre la position enlevée par nos alliés, le 22, dans la région de Seltz ; elles sont repoussées avec de grosses pertes en hommes et en matériel.
- Le 29. — Les Autrichiens subissent de lourdes pertes dans une attaque infructueuse au col di Lana.
- Le 30. — Les Italiens s'emparent d'une forte position, à 3.000 mètres d'altitude, dans le massif du Marmolada, et y font un sérieux butin.
- Mai
- Le 2. — Trois attaques autrichiennes sont brisées à Castclazzo.
- Le 8. — Les Italiens s'emparent d'un haut sommet dans la zone de Tofana, et y ins-tallent de l'artillerie.
- Le 11. — Les Autrichiens lancent de fortes attaques pour reprendre leurs positions du mont Cukla, et sont repoussés.
- Le 14. — Grosse offensive autrichienne entre la l'allée de l'Adige et le Ilaut-Astico. Les Italiens abandonnent quelques positions avancées.
- Le 15. — L'offensive autrichienne se poursuit. Cinq grosses attaques ennemies sont repoussées avec des pertes énormes dans la vallée de Lagarina.
- Le 17. — Violentes actions d'artillerie sur tout le front du Trentin, où les Autrichiens n'ont pas moins de 2.000 pièces de canon.
- Le 18. — Repli italien en bon ordre dans la région du Ilaut-Astico.
- Le 20. — Des combats acharnés se poursuivent sans discontinuer. Les Autrichiens subissent d'énormes pertes dans la vallée de Lagarina.
- Le 21. — Entre l'Astico et la Brenta, les Italiens opèrent un repli méthodique vers leurs positions principales, après avoir détruit l'artillerie qu'ils ne pouvaient ramener en arrière, en raison de son poids.
- Le 22. — Continuation du repli des troupes italiennes.
- Le 24. — Les Autrichiens, contenus sur tout le front du Trentin, subissent de lourdes pertes dans la vallée de Lagarina, au col de Boule, entre Vallarsa et Posina, etc. Le repli italien semble arrêté.
- Le 25. — Léger recul italien entre Posina et l'Astico, tandis que des masses autrichiennes, sont anéanties dans la vallée de l'Adige.
- Le 26. — Journée stationnaire. Les attaques ennemies sont partout contenues.
- Le 29. — Les Autrichiens attaquent puissamment, au sud de Posina ; ils sont repoussés, après des combats acharnés.
- Le 30. — Offensive générale de l'ennemi sur tout le front ; les Italiens se replient au mont Pria-Fora et au pont de Corbin plateau d'Asiago ; partout ailleurs l'adversaire est contenu.
- Le 31. — Echec de toutes les attaques ennemies, notamment au sud-ouest d'Arsiero, dans le secteur de Pasubio, au Pas-de-Buole, etc.
- Juin
- Le 1er. — Sur tout le front, les Autrichiens, cherchant en vain à pousser leurs attaques, subissent de lourdes pertes.
- Le 2. — L'offensive ennemie est nettement arrêtée par nos alliés, qui récupèrent un . certain nombre de j)ositions perdues.
- Le 5. — Les Italiens repoussent toutes les attaques ennemies et regagnent du terrain au mont Cengio.
- Le 7. — Gros échecs successifs des Autrichiens au plateau des Selte-Comuni, où ils subissent des pertes énormes.
- Le 8. — Ralentissement marqué de l'offensive de l'ennemi, en raison de ses pertes énormes.
- Le 10. — De l'Adige à la Brenta, se dessine une contre-offensive énergique de nos alliés, qui reprennent un certain nombre de positions perdues et font des prisonniers.
- DANS LES. BALKANS Avril 1916
- Le 13. — Violent combat d'artillerie dans le secteur Guevgheli-Doiran, sans action d'infanterie.
- Le 24. — Nous 2)oussons nos postes avancés jusqu'à K.alcgova, sur la frontière serbo-macédonienne, tandis que notre cavalerie exécute des reconnaissances au loin, dans la région du Nord.
- Le 26. •— Une petite attaque bulgare est repoussée sur le Vardar. — Des détachements bulgares et allemands occupent la gare grecque de Doiran.
- Le 27. — Les troupes germano-bulgares tentent une surprise nocturne, dans la région de Kilindcr, et sont repoussées.
- Mai
- Le 3. — Les troupes françaises occupent Florina, à 30 kilomètres de Monastir.
- Le 14. —Les Allemands bombardent les j)osi-tions françaises avec des obus de gros calibre. Notre artillerie lourde leur répond. Le 22. — Violent combat d'artillerie sur le front Doiran- Guevgheli et. multiples actions d'infanterie.
- Le 26. — Vifs engagements de patrouilles sur la rive droite du Vardar.
- Le 27. — Occupation par les Bulgares des
- p.190 - vue 193/197
-
-
-
- I
- CHRONOLOGIE DES FAITS DE GUERRE
- 101
- forts grecs de Rupel, Carniovo et Dragotldn. SUR MER
- Le 30. — Les troupes françaises, par mesure
- de prudence, occupent la ville de Poroj. Avril
- Juin
- Le 1er. — Dans les environs de Poroj, nous dispersons des patrouilles ennemies. Les Bulgares, étendant leurs lignes, occupent tous les villages de la région du fort Rupel.
- Le 3. — Le général Sarrail décrète Vêlai de siège à Sa-loniquc.
- Le 7. — VEntente prend un ensemble de mesures coercitives contre le gouvernement grec ; VAngleterre interdit les envois de charbon.
- Le 9. — Les alliés occupent Vile de Thasos, en face de Cavala.
- Le 10. — Le vapeur italien Unione est torpillé sans avertissement au large de Brest. — Le vapeur suédois Murjek est coulé.
- Le 14. — On annonce que la malle des Indes,
- à bord de laquelle se trouvait un grand nombre de femmes, a été vainement attaquée par un sous-marin. Le 16. — Le torpilleur allemand G.-194 saute sur une mine.
- Le 20. — Le vapeur hol-l<induis Ludwig-van-Nassau est torpillé dans la mer du Nord ; il y a cinq morts; ce fait soulève en Hollande Vindignation publique. — Remise au gouvernement alle-
- LE SUBMERSIBLE FRANÇAIS « ARCHIMÈDE »
- Le 9 avril, il torpilla et coula un grand transport autrichien, dans VAdvintique.
- MÉSOPOTAMIE ' Avril 1916
- Le 12. — Sur la rive droite du Tigre, les troupes britanniques contraignent V ennemi à reculer de plus d'un kilomètre.
- Le 17. — Violente attaque repoussée des troupes turques contre les positions anglaises de Kut-el-Amara. L'ennemi laisse 3.000 morts sur le terrain.
- Le 23. — De fortes attaques britanniques, engagées sur les deux rives du Tigre, et entravées par l'état marécageux du terrain, sont repoussées par les Turcs.
- Le 24. — Vaine tentative de ravitaillement •de Kut-el-Amara, au moyen d'un navire qui échoue en chemin.
- Le 26. — Après une résistance de cent quarante-trois jours, l'armée britannique de Kut - cl - Amara, commandée par le général Townshend, est contrainte de capituler, ses approvisionnements étant épuisés. Cette chute était prévue, et elle n'a nullement affecté la marche des opérations en Mésopotamie.
- Mai
- Le 15. — Les Turcs, pressés par la colonne anglaise du général Gorringe, évacuent Bcth-Aiessa, sur la rive droite du Tigre.
- CAPITAINE BOWDEN-SM IT1I
- Commandant le Russell, il a pu se sauver avec 24 officiers et 676 hommes.
- mand de la. note américaine sommant V Allemagne d'abandonner ses pratiques de g a erre so us-m urine.
- Le 21. — Un navire auxiliaire allemand, maquillé en navire marchand, et ayant à son bord Roger Casement, cherche il débarquer en Irlande des armes et des munitions. Surpris, il se fait sauter. Roger Casement est arrêté.
- Le 25. — Une escadre allemande, comprenant des croiseurs de bataille, des croiseurs légers et des contre-torpilleurs, bombarde Lo-xvestoft, au sud de Yarmouth. Des navires anglais surviennent et chassent l'ennemi, après 20 minutes de combat. Le 27. — Le cuirassé anglais Russell saute sur une mine dans la Méditerranée. Il y a 124 inctimes. — Le sous-marin allemand A.-35 est coulé à coups de canon au large des côtes anglaises.
- Le 4. — Remise de la réponse allemande à la note américaine sur la guerre sous-marine. — Le sous-marin français Bernoulli coule un contre-torpilleur autrichien dans l'Adriatique.
- Le 8. — Torpillage du paquebot anglais Cymric dans VAtlantique.
- Le 9. — Un transport autrichien, chargé de matériel de guerre, est coulé dans VAdriatique par le sous-marin Archimède.
- p.191 - vue 194/197
-
-
-
- LA SCIENCE ET LA VIE
- 192
- Le 14. — Le petit monitor anglais M-30 est coulé par un obus turc ; il y a deux morts.
- Le 18. — Un sous-marin anglais coule trois * vapeurs allemands dans la Baltique.
- Le 20. — Le paquebot Languedoc est coulé dans la Méditerranée par un sous-marin allemand.
- Le 23. — Le vapeur espagnol TAurora est coulé par un sous-marin allemand dans la Méditerranée.
- Le 28. — Les Italiens coulent yn transport autrichien dans le port de Trieste.
- Le 31. — Grande bataille navale au large du Jutland, entre les flottes de VAngleterre et de VAllemagne. Graves pertes des deux parts, mais supérieures chez les Allemands, qui prennent la fuite devant l'escadre britannique. Les Anglais perdent six croiseurs et cinq destroyers. L'ennemi a dix-sept unités détruites, dont plusieurs grands croiseurs.
- Juin
- Le 5. — Lord Kilchener, se rendant en Russie, coule avec son état-major, à bord du croiseur llampsliire, au nord de l'Ecosse.
- DANS LES AIRS Avril 1916
- Le 14. — Quatre aéroplanes anglais bombardent les installations militaires de Constantinople et d'Andrinople.
- Le 15. — Un avion-canon français lance seize obus, dans la mer du Nord, sur un navire ennemi.
- Le 17. — Deux avions allemands bombardent Belfort ; trois tués et deux blessés.
- Le 18. — Bombardement de Negoroi et de Podgorilza par des avions français.
- Le 21. — Exécutant un voyage de 650 kilomètres, un aviateur français va jeter sur Sofia plusieurs bombes de gros calibre.
- Le 23. — Nos escadrilles lancent 48 obus sur la gare de M’yj'rvege, près de la forêt
- d'IIouilrulst, 29 sur la gare de Longuyon,
- 5 sur celle de Stenay, 12 sur les bivouacs de Dun et 32 sur ceux de Mont faucon.
- Le 24. — Quatre avions allemands sont abattus dans la région de Verdun. — Trois zeppelins cherchant ti suivolcr VAngleterre, ne causent que des dégâts insignifiants et tuent un homme. — Violent bombardement de la côte belge par des avions anglais.
- Le 25. — Un avion allemand lance six bombes sur Dunkerque ; une femme est tuée et trois hommes sont blessés.
- Le 26. — Un avion-canon français endommage un zeppelin au large de Zeebrugge. — L'adjudant Nai'orre descend son neuvième appareil ennemi. — Nous opérons neuf bombardements aériens sur les organisations allemandes des régions de Roye et de Verdun. — Nouveau raid infructueux de zeppelins sur l'Angleterre. Un de ces dirigeables bombarde Etaplcs et Paris-Plage, au retour, et tue deux soldats anglais.
- Le 27. — Trois dirigeables français bom-
- bardent les gares d'Etain et de Bensdorf ainsi que la voie ferrée d'Arnaville.
- Mai
- Le 1er. — Un communiqué officiel constate que trente et un avions ennemis ont été détruits en avril.
- Le 2. — Cinq zeppelins survolent l'Angleterre, lancent une centaine de bombes, dont une quinzaine sur York, où ils tuent neuf personnes, en blessent vingt-sept et endommagent dix-huit immeubles.
- Le 3. — Le zeppelin L.-20 fait naufrage sur les côtes de Norvège.
- Le 4. — Une de nos escadres de croiseurs légers détruit un zeppelin au large de la côte de Slesvig.
- Le 5. — Un zeppelin est détruit par l'artillerie de marine à Salonique, et tombe enflammé ci l'embouchure du Vardar.
- Le 6. — Une vingtaine de nos ballons captifs d'observation sont entraînés par le vent. Plusieurs tombent dans les lignes allemandes.
- Le 13. — Bombardement par nos avions des gares de Nantillois et de Brieulles, des bivouacs de Montfaucon et de Romagne et du hangar à dirigeables de Melz-Frescaty. — Un zeppelin est abattu, dans la mer du Nord par trois contre-torpilleurs anglais.
- Le 14. — On annonce la, perte du dirigeable français T... incendié et tombé en mer sur les côtes de Sardaigne. Tout l'équipage, comprenant six personnes, a péri.
- Le 17. — Journée marquée par trente-six combats aériens et le bombardement des gares d'Arnaville, d'Ars, d'Apremont, de Metz et de diverses voies ferrées.
- Le 18. — Près de Bolante, dans l'Argonne, Navarre abat son dixième avion allemand.
- Le 19. — Navarre abat son onzième avion et le sous-lieutenant Nungesser, son cinquième.
- Le 20. — Des avions allemands bombardent Dunkerque : 120 bombes, 7 morts, 35 blessés. En représailles, des avions anglo-franco-belges vont lancer 250 obus sur les cantonnements allemands de Wyfwege et de Ghis-t elles. —15 bombessur Belfort, pende dégâts.
- Le 22. — Nous détruisons six ballons captifs allemands dans la région de Verdun.
- Le 24. — Violent bombardement des groupes bulgares de Xanthi par nos aviateurs.
- Le 25. — Des avions autrichiens bombardent Bari. Il y a 18 morts et 20 blessés.
- Le 30. — Les casernements de Courtrai sont bombardés par un aviateur belge.
- Juin
- Le 1er. — Avions allemands sur Bar-le-Duc ; 18 tués, 25 blessés.
- Le 3. — Toul reçoit des bombes allemandes ; 6 morts et 10 blessés ; trois des avions ennemis sont abattus par les nôtres.
- Le 7. — On annonce que l'aviateur allemand Kanduski, qui tua Pégoud, a été frappé mortellement à son tour par un de nos aviateurs, en Alsace.
- Le gérant : Lucien Jossk
- Paris.
- imp. Verdier, 18, rue d’Ènghien.
- p.192 - vue 195/197
-
-
-
- Batak
- Échelle:
- uskoùb
- 60 Kilomètres
- : Chemin de fer.
- Raz/og P1'
- Gabovicht \
- 10 20 4<
- Limite d'êlai
- Derben'
- Radov/chta
- Ismilan
- iStroumnitza .
- iisot1
- itCo/ de Baotwna OPri/ep $)
- Darideré
- ^^OlZ7TlJlZt%CZ'
- O
- 1/aiandoJb ^9=^4*
- In . j£fDova>*^p\
- \PoiranEBs7 +„n, fci
- Davic/ovcr-^ Gradistche
- GuevgeH
- .Uraqotm / . ,
- )n J , Libiaho noupet
- PDemirhissar/ ftjaerès,. AUsLràts
- Drama
- U renova
- Karasou/f
- L.Amatov
- Yenidiê- •*.
- aval la
- Lac
- Takinos
- Ravala
- Ancien
- L.Bechick
- Golfe-
- hasos'
- ’Salonïqui
- Samoth
- Ha Han
- ^MÎHortack* *
- iara-Bouroun WÎHolomonda
- CHALC/D/ÇUE
- Kozana
- tî>>£°uyents—7^7— (r-lR^-F,
- -Santo
- hemnos-
- Vers la Thessalze
- CARTE PERMETTANT DE SUIVRE LES OPÉRATIONS MILITAIRES SUR LE FRONT FRANCO-ANGLAIS, EN MACÉDOINE GRECQUE
- p.n.n. - vue 196/197
-
-
-
- LE PROCHAIN NUMÉRO DE “ LA SCIENCE ET LA VIE ” PARAITRA EN SEPTEMBRE
- p.n.n. - vue 197/197
-
-