La science et la vie
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- i LXVII - N 330
- Mars 194
- SOMMAIRE
- Une révolution en médecine : La découverte de la pénicilline, par Jean . Labadié................................ 91
- Vers la renaissance de la marine de guerre française,
- par François Courtin......................... 97
- if L'aviation soviétique, par Pierre Armont....................... 106
- Les localisations cérébrales, par Paul Chauchard.............. III
- ir La stratégie des îles, par Camille Rougeron .................. 120
- Les A Côté] de la Science, par V. Rubor........................ 129
- La Marine française, au début de 1945, compte trois cuirassés : la Lorraine, le Jean-Bart et le Richelieu, le premier déjà ancien, le second inachevé, mais le troisième doté des plus puissants perfectionnements, tant du point de vue artillerie que des moyens de détection électromagnétique. Son artillerie antiaérienne, en particulier, que la couverture du présent numéro montre en action, est des plus redoutables, aussi bien pour la défense lointaine contre les bombardiers en altitude que pour la lutte rapprochée contre les bombardiers en piqué et les avions torpilleurs. Le Richelieu est un des navires de bataille les plus puissants qui soient dans les marines mondiales. C’est l’unité la plus moderne de la nouvelle Marine française qui, malgré les très nombreuses pertes de cinq années de guerre et d'occupation, réunit un nombre encore appréciable de bâtiments de tout tonnage et dont la reconstruction va se poursuivre à un rythme accéléré au cours des prochaines années. (Voir page 97, l’article sur Ja renaissance de la Marine française.)
- « Science et Vie », magazine mensuel des Sciences et de leurs applications à la vie moderne. Rédaction, Administration, Publicité : actuellement, 3, rue d'Alsace-Lorraine, Toulouse. Chèque postal : n° 184.05 Toulouse. Téléphone : 230-27. Adresse télégraphique : SIENVIE Toulouse.
- Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour tous pays. Copyright by « Science et Vie », Mars mil neul cent quarante-cinq. Registre du Commerce : Toulouse 3235 B. Abonnements : France et Colonies, un an : cent cinquante francs.
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- UNE REVOLUTION EN MEDECINE
- LA DÉCOUVERTE DE LA PÉNICILLINE
- par Jean LABADIÉ
- ne moisissure commune, le Pénicillium notatum, a mis le D1 Fleming sur la Voie d’une des plus grandes découvertes faites dans le domaine de la thérapeutique depuis celle des sulfamides (1). La « pénicilline », isolée dans les produits de la fermentation de ce champignon microscopique, s’est révélée en effet un des plus puissants agents connus pour entraver le développement d’un grand nombre de microbes et les chasser des organismes contaminés. Son activité est sans précédent dans les maladies à staphylocoques, streptocoques, pneumocoques, méningocoques, gonocoques, et quelques autres. La pénicilline, dont les débuts en thérapeutique humaine datent seulement de 1941, est d’ores et déjà fabriquée aux Etats-Unis à une échelle industrielle dans une vingtaine d’usines puissamment outillées. Elle joue un rôle considérable dans les armées alliées pour la lutte contre les maladies infectieuses et pour le traitement des plaies de guerre. On lui doit, dès à présent, d’avoir sauvé de nombreuses vies humaines.
- la pénicilline
- S’IL est urne moisissure justement redoutée, dans les laboratoires comme dans les entrepôts, pour les dégâts qu’elle engendre, c’est bien le champignon microscopique étiqueté du titre de Pénicillium. Les microbiologistes en ont catalogué plus de trois cents variétés.
- Les unes marquent leur prédilection pour les fruits et les légumes, les autres pour les graines ; l’une d'elles a jeté son dévolu sur le papier qu’elle tache de cernes roussâtres, dans les gravures et les livres anciens. Un seul mérite revenait jusqu’dci à Pénicillium, celui d’activer la maturation des fromages dans les caves propices de Roquefort ou dans les resserres de Camembert. Mais voici que, tout à coup. Pénicillium apparaît, du moins par une de ces variétés, comme un bienfaiteur de l’humanité.
- Son extrait, la pénicilline, s'est en effet révélé comme un agent chimiothérapique souverain, capable d’arrêter d’abord et de refouler ensuite la Dropagation infectieuse des plus redoutables <c cocci », notamment de certains streptocoques et des pneumocoques et des staphylocoques que les agents sulfamidés préparés par synthèse n’arrivent pas toujours à vaincre. C’est ainsi que, grâce à la pénicilline, la gangrène a pratiquement disparu des ambulances militaires anglaises et américaines. Néanmoins, en dernière analyse, on tend à reconnaître aujourd’hui que, si la pénicilline inhibe les vibrions de la gangrène, elle ne neutralise pas leurs toxines. Donc,
- (1) Voir : « Les sulfamides et les maladies Infectieuses » (Science et Vie, n° 262, avril 1939, p. 287).
- le sérum nécessaire pour cette neutralisation (Vincent) n’est pas exclu du traitement.
- Demain, c’est la fièvre puerpérale (dont le microbe est le streptocoque) qui disparaîtra, fout de même, des maternités. La pneumonie infectieuse, la méningite à méningocoque, la blennorragie (gonocoque) ne seront bientôt également que de mauvais souvenirs. Notons, toutefois, que la méningite à méningocoque se traite avec le même succès par les sulfamides. Quant à la méningite tuberculeuse et celle de Pfeiffer, elles échappent à l’action de la pénicilline. Mais toutes les autres méningites à staphylocoques, pneumocoques et streptocoques, sont radicalement guéries par elle.
- Par opposition aux sulfamides, la pénicilline voit son activité conservée quelle que soit la concentration des germes en présence et même en milieu purulent. Cette activité ressemble énormément à celle des diastases, prototypes des biocatalyseurs.
- Un chapitre nouveau de la chimiothérapie
- Pour bien apercevoir l’importance du progrès
- Jiu’introduit la pénicilline en chimiothérapie, il aut se rappeler quelle révolution étonnante représenta, voilà quelques années, la chimiothérapie elle-même. Complétant la sérothérapie selon Pasteur, elle est l’art de préparer des produits dont les molécules soient en quelque sorte les antagonistes spécifiques de certains microbes infectieux. C’est ainsi que la fameuse préparation 606 du D1- Ehrlich joue depuis longtemps, vis-à-vis du tréponème de la syphilis, le rôle d'un anticorps spécifique : il en est de même de la
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- S G I E N G E E T V 1 E
- FIG. 1. — UNE CULTURE DE « PENICILLIUM NOTATUM » SUR DES POMMES DE TERRE PREND l’.ASPECT D'UNE MER DE NUAGES
- préparation réalisée en France par le professeur fourneau de l’Institut Pasteur, sous le nom de Stovaraol. Puis est survenue la découverte, par les chercheurs de l’école allemande Domagk, IVlietzsch et Klarer, du premier composé sulfa-midé (prontosil) qui se révéla doué de propriétés thérapeutiques antimicrobiennes.
- Enhn, peu de temps avant cette guerre, les travaux de MM. Fourneau, Jacques Trefouël et de leurs collaborateurs aboutirent à la production du fameux I 162 F (paraphenylaminosuifamide) à laquelle fit suite la découverte de nouveaux composés : les sulfamides substitués (sulfapyri-dine, sulfathiazol, etc.)
- Le principe actif de Penicillitim n’est, du reste, pas unique en son genre. Des substances -microbicides différentes de la pénicilline ont été isolées à partir d’autres cultures fongiques ou même bacillaires. Aspergillus fumigatus a fourni la fumigacine et Aspergillus clavatus. la cla-vacine; certains Actinomyces sécrètent Factino-mycine, toutes substances fortement bactéricides. Bien qu’aucune d’entre elles ne puisse concurrencer pour l’instant la pénicilline, il convient de noter que la liste des sécrétions du monde fongique, ou mycoines, utilisables en thérapeutique antimicrobienne, est loin d être close. En sorte que la chimiothérapie peut désormais considérer qu’elle s'est adjoint un nouveau chapitre, prenant pour bases les moisissures.
- h lerning constata que, si on la repi quait sur un bouillon, et non plus sur gélose, laissé à la température ordinaire, ce bouillon révélait, après une ou deux semaines d'incubation, des propriétés inhibitrices très marquées vis-à vis de nombreux « cocci j> pyogènes, dont il arrêtait la croissance.
- Cultivée à l’état pur, la moisissure se présenta comme un feutrage blanc qui, après quelques jours, fournit des spores. Le centre de la culture verdit, puis noircit. Au cinquième jour, un pigment jaune se produit qui diffuse à travers le bouillon, bur ces données, Fidentihcation du microorganisrne. n alla pas sans difficultés. Se basant sur ce que, dans certains cas, la culture de venait rougeâtre, Fleming crut se trou ver en présence de Pénicillium rubrum. Grosberger-Stoil, mais un spécialiste éminent 1 hom, rattacha la culture à une espèce voisine et beaucoup moins rare, à Pénicillium notatum, Westling. Entre temps, Fleming constata que la propriété antimicrobienne de Pénicillium notatum lui demeurait particulière, jusqu’à nouvel ordre : d’autres espèces de Pénicillium et d’auties moisissures examinées ne possédant pas de propriétés antirnicrobiennes. Par une abréviation de langage, que justifiait d’ailleurs les caractéristiques encore inconnues de la substance antimâcro-bienne proprement dite, Fleming donna le nom de pénicilline au bouillon filtré de la culture de Pénicillium.
- Ensuite, Fauteur se mit en devoir de confronter cette pénicilline avec toutes sortes de cocci : il mit en évidence, vis-à-vis de la plupart d’entre eux, les mêmes propriétés bactériostatiques et, quelquefois, bactériolytiques, qu’il avait observées initialement sur la culture de staphylocoques.
- Ces expériences de recherche et de démonstration s’effectuent d’une manière fort simple : dam> la plaque de gélose d’une boite de Pétri, on creuse un sillon qui reçoit la pénicilline puis perpendiculairement à ce sillon, on trace le^ différents ensemencements microbiens que l’on, désire éprouver. La diffusion de la pénicilline ce part et d’autre du sillon est assez rapide poui que la concentration inhibitrice soit suffisante pour interdire la croissance des microbes sens: blçs à partir de chaque croisement des sillons ensemencés et sur une longueur plus ou moins/
- La découverte fondamentale de Fleming
- L’observation fondamentale date de 1929. Elle fut offerte à son auteur, le Dr Fleming, par un incident de laboratoire. Examinant, en son hôpital Sainte-Mary, des races de staphylocoques cultivées sur gélose en boîtes de Pétri, Fleming constata que plusieurs cultures avaient été, comme il arrive très souvent, contaminées par l’air ambiant. Dans Fune d’entre elles en particulier, la moisissure parasite se développait largement et s'accompagnait a une auréole caractéristique dont le savant, perspicace, eut vite fait de déceler la cause : la colonie microbienne était en voie de se lyser au contact du champignon ; celui-ci inhibait le staphylocoque.
- Isolant cette curieuse moisissure,
- FIG. 2. — LE « PENICILLIUM NOTATUM » : UN BOUQUET DI
- SPORES A L'EXTRÉMITÉ D'UNE TIGE
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- LAD E COU V E R T E D E L A
- PENICILLINE
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- étendue. L’extension de la surface inhibée mesure la sensibilité relative des germes étudiés.
- D’autre part, l’action bactériostatique est aisément étudiée, en tubes, par l’emploi de dilutions graduées de pénicilline sur des volumes égaux de suspensions bactériennes : la transparence du milieu de culture est, alors, fonction de l’activité du produit antimicrobien.
- Voici quelques résultats de ces mesures : Tluée au titre de 1 pour 800, la pénicilline préparée par Fleming inhibe la croissance du staphylocoque doré Staphylococcus aureus et de 5. epiaermidis, ainsi que celles d’un pneumocoque et d’un streptocoque hémolytique.
- L es bacilles du groupe diphtérique se montrent sensibles à la pénicilline. Mais elle est inactive sur le groupe bacillaire coli-typhicue comme sur le bacille de Pfeiffer (influenza).
- Parmi les cocci, l'entérocoque échappe à son emprise. Mais ces activités négatives elles-mêmes ne sont pas sans intérêt pratique : c’est ainsi que le bacille de Pfeiffer, extrê-ment fragile, ne pouvait être isolé commodément à partir des exsudats rhino-pharin-giens dans lesquels il voisine avec d’autres espèces co-végétantes.
- Traités à la pénicilline qui inhibe toutes les espèces co-végétantes. les exsudats livrent, isolé, le bacille de Pfeiffer, puisque seul il résiste.
- Telles furent les premières constatations de r leming, consignée s dans son mémoire de 1929 qui annonçait la découverte du nouveau produit antimicrobien.
- Préoccupé de la toxicité. de la pénicilline, l’auteur avait signalé qu’elle était absolu ment nulle chez le lapin et la souris qu’il traitait par injections intraveineuses ou intrapéritonéales. Chez
- l’homme, son investigation n’ayant porté que sur les plaies infectées ou sur des conjonctivites traitées par irrigations, l’absence constatée de phénomènes toxiques exigeait un supplément d’information qui, du reste, a été pleinement rassurant lors des premiers traitements par injections à dt>-ses massives, aujourd’hui couramment pratiquées.
- Le savant anglais signalait, en outre, que la pénicilline ne s’oppose pas au développement continu de la souche originelle de Pénicillium notatum. Cette circonstance est d’une importance capitale pour la mise en exploitation de cultures à grande échelle du précieux champignon. Supposez qu’au lieu de Pénicillium ce soit un saprophyte voisin, Fusarium. qui ait fourni
- la substance antimicrobienne. Cultivé dans une solution nourricière* Fusarium engendre, après un temps suffisant, des substances s’opposant à la germination de ses propres spores. La préparation de la substance antimicrobienne n’aurait pu s’étendre à cette fabrication massive et continue qui se pratique sur les plateaux d’autoclaves géants en forme de colonne dans les usines actuellement installées aux Etat-Unis à l’intention du Service de santé de l’armée. Dans le cas d’autostabilisation en cultures, si fréquent en l’espèce, il eût fallu procéder par cultures morcelées.
- qui eussent été d’un rendement médiocre.
- Malgré tant de précisions savantes contenues dans le mémoire original, celui-ci passa presque inaperçu. Et c’est l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, puis des Etats-Unis qui seule, devait mettre en évidence l'importance thérapeutique de la pénicilline de Fleming, tout en suscitant l’effort d’industrialisation qu’exigeait sa large distribution aux services de santé des armées modernes
- FIG, 3. — COMMENT ON DOSE LE POUVOIR MICRO-blCIDE DE SOLUTIONS DE PÉNICILLINE
- En haut, les colonies microbiennes se développent également autour des petits tubes vides. — En bas, on a introduit dans les tubes des solutions de pénicilline à différents degrés de concentration; autour de chaque tube, les colonies deviennent transparentes parce que détruites par la pénicilline; Véten-due de la surface transparente sert de mesure à Vactivité de la solution employée.
- L'acte de naissance de la pénicilline théra peut i -que: Le mémoire d'Abra-ham, Chain et Hetcher ( 194 8 )
- N’allons pas croire, toutefois, que ce retard apporté à la mise en service de la pénicilline soit entièrement imputable à l’inattention scientifique des cliniciens ou à la négligence des autorités médicales. De la découverte de Fleming à la fabrication industrielle du médicament dans les vastes usines actuelles, les étapes pouvaient peut-être se raccourcir, mais à aucune d’elles on ne pouvait passer outre. Ces étapes, résumons-les.
- Il fallait, d’abord, confirmer la découverte, ainsi qu’il est d’usage et de prudence élémentaire en thérapeutique. Et puis concentrer le produit, le purifier, en préciser le principe actif.
- Le maximum d’élaboration du produit actif fut vite établi comme correspondant à la température de 24° C et à un pH égal à 7 (1). Mais en 1932, la purification de la pénicilline n’était pas encore commencée : on en recherchait
- (1) Le pH d’une solution est fonction de sa concentration en ions H (hydrogène), dont dépend l’acidité ou l’alcalinité de la .solution. La neutralité correspond à. pH = 7, l’acidité aux pH inférieurs à 7, l’alcalinité aux pH supérieurs à 7.
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- FIG. 4. — LA CONCENTRATION FINALE DE LA SOLUTION DE PÉNICILLINE PAR HAUTE FRÉQUENCE
- Cet appareil, récemment mis au point dans les laboratoires R. C. A. de Princeton, comporte trois ballons reliés à une pompe maintenant un vide assez élevé. Un générateur à haute fréquence de 2 000 watts alimente des électrodes placées à la base du ballon inférieur où se trouvent environ 200 cm* de la solution à concentrer. Celle-ci est évaporée à la vitesse de 2 litres à Vheure.
- toujours le principe actif, sa formule chimique. La culture « souche » de Fleming est étudiée méthodiquement par d'autres chercheurs, d’Ox-ford, sur des milieux « synthétiques » c est-à-dire uniquement composés, par exemple, d'eau, de glucose et de sels minéraux (type Czapek-Dox).
- La pénicilline extraite de Pénicillium ainsi cultivé laisse voir que son principe actif est très labile, vite détruit par oxydation, ou par évaporation dans le vide, à la température de 40° C seulement. Une trop grande acidité ou une trop grande alcalinité la détruisent également; la stabilité maximum étant obtenue dans un milieu de oH aux environs de 6.
- Telle était, à la veille de la guerre, à peu près toute la connaissance scientifique concernant la pénicilline. C'est seulement en 1941, dans un mémoire publié par l'école d’Oxford (Abraham, Chain, Fletcher) qu’apparaît la première préparation méthodique de la pénicilline. Et comme, depuis lors, les travaux qui perfectionnent son extraction ou son application sont demeurés strictement anglais et américains, on conçoit
- pourquoi, importée en Europe en manière de bienvenue par les armées anglo-américaines, la pénicilline est un objet d'étude à peu près entièrement vierge pour le* savants du continent, notamment les Français, tandis que, nous l'avons dit, sa production industrielle à très grande échelle se trouve déjà en pleine activité outre-Manche comme outre-Atlantique.
- Voici donc la préparation du milieu dans lequel Abraham, Chain et Fletcher cultivent Pénicillium noiatum : Pour un litre d'eau : 3 g de nitrate de sodium ; 1 g de phosphate de potassium ; 0,5 g de sulfate de magnésium; 0,01 g de-sulfate de fer et 40 g de glucose — ce dernier élément constituant l’unique source du carbone qui, joint à l'azote du nitrate, permet au pénicillium de constituer la molécule protéinique (quaternaire) contenant le principe actif ou acide pé-nicillique. Molécule extrêmement complexe comme toutes ses pareilles rencontrées dans ce domaine de la biochimie, ce principe acide s'étudie, s'expérimente par ses composés salins de strontium, de baryum, de calcium ou de sodium, beaucoup plus stables que lui-même pris à l’état pur (1). La thérapeutique n’a retenu que les sels de calcium et de sodium.
- Le dosage du pouvoir microbicide de Ba pénicilline — L’unité Oxford
- La quantité du principe actif ainsi défini, nécessaire et suffisante
- f>our faire barrage aux diverses in-ections microbiennes est extrêmement petite, infime.
- Le titrage des solutions mises en service contre les différents microbes pathogènes ne saurait en aucun cas procéder de la balance. 11 s'agit de titrages biologiques qui peuvent s'obtenir de deux manières différentes.
- Suivant la première manière, on ensemence un bouillon de germes microbiens en quantité donnée. Puis dans le tube à essai on verse des doses décroissantes de pénicilline. Le point où la solution devient transparente marque la dose active minimum de pénicilline nécessaire pour lyser le germe infectieux étudié.
- Une seconde méthode de dosage procédant géométriquement est celle de Heatley. On prend une plaque de gélose préalablement ensemencée avec une souche de staphylocoque déterminée (souche 209 NRRL, B 313 en Amérique et, en Angleterre, souche 6571 NFIRL, B 314). Sur cette plaque (en boîte de Pétri), on implante des tubes cylindri-
- 3ues, ouverts à leurs deux extrémités, on verse ans ces tubes des doses décroissantes de pénicilline qui diffusent, à la base du tube, sur la gélose ensemencée. La lyse du microbe, résultant de cette diffi/sion, se traduit par un cerne
- (1) La formule brute du sel de baryum serait : C34 H33 Otft N, Ba, mais la structure moléculaire est encore inconnue.
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- transparent d’autant plus étendu que la dose est plus forte. La méthode Heatley sert à doser des préparations de pénicilline ou des milieux contenant de la pénicilline, mais ne vise pas l’étude de la résistance spécifique des germes. Le diamètre du cercle lysé fournit ainsi le « titre » du dosage biologique, c’est-à-dire le pouvoir bactéricide de la solution par rapport à une solution testt dite « unité-relative ». Les résultats obtenus concernant cette « unité active » sont étonnants de justesse. En voici quelques-uns.
- 11 suffit de 20 millionièmes de gramme (20 Y) de pénicilline pour maîtriser l'infection du gonocoque; 10 Y suffisent contre le méningocoque ; le staphylocoque t la bactérie charbonneuse et le streptocoque; le pneumocoque n’est vaincu que par 100 Y de pénicilline, le bacille typhique par 250 Y» etc...
- Nous concevons maintenant ce qu’il faut entendre par (f unité » en matière de dosage de la pénicilline, ce sont les doses actives minima déterminées, sur une préparation étalon (staphylocoque doré) par la méthode de Heatley. D’où la spécification : « unité Oxford ».
- Une unité Oxford est la quantité de pénicilline qui, dissoute dans 50 cm3 de bouillon de viande, arrête complètement le développement d’une culture de « staphylococcus aureus ».
- Les ampoules mises en service courant contiennent 5 000 unités Oxford de pénicilline par cm3. On peut, sans inconvénient, injecter à un malade 200 000 unités en 24 heures. L’usine de High Land (Terre-Haute), aux Etats-Unis, fabrique annuellement 40 milliards d unités Oxford, c’est-à-dire de quoi traiter, en moyenne, dans le même temps, cent mille malades (1).
- La pénicilline originellement fabriquée par Abraham et Chain contenait, à l’état brut, 1 à 2 unités par gramme et 45 000 unités à 1 état concentré. Après un an de travail, les savants d’Oxford n’avaient pu fabriquer que les doses nécessaires au traitement d’une dizaine de malades. Aujourd’hui, la seule production des Etats-Unis permet de traiter, si besoin est, 250 000 cas graves par mois. On mesure par ces chiffres tout le chemin parcouru dans une fabrication
- (1) Le bureau de la Production de Guerre des Etats-Unis a annoncé récemment que la production mensuelle de pénicilline atteignait actuellement 290 milliards d’unités.
- fonctionnant avec un prix de revient de 50 mille dollars par kilogramme.
- Dans l’application thérapeutique, la pénicilline s’utilise généralement à raison de 1 000 unités par cm3 en injection intraveineuse ou, encore, intrarachidienne, et de 10 000 ou 5 000 unitéa par cm3 en injection intramusculaire.
- Dans l’application locale, le saupoudrage de» plaies s’effectue à raison de 5 000, 10 000 ou 20 000 unités par gramme de poudre. Les lavages se font avec des solutions allant de 250 à 1 000 unités par cm3.
- Contrairement aux sulfamides, la pénicilline ne supporte pas l’ingestion par voie bucale ; les acides du tube digestif détruisent son activité.
- La méthode d’inhalation d’un brouillard de pénicilline vient d’être expérimentée au Huntington Memorial Hospital de New York, contre les maladies du poumon. L’inhalation de très fines particules de pénicilline équivaut évidemment à une « application locale », pour les lésions pulmonaires; l’inhalation les atteint directement. Malheureusement, les lésions spécifiquement tuberculeuses ne ressortissent pas de la thérapeutique pénicillique.
- La méthode d’injection continue, dite « goutte-à goutte » donne aussi d’excellents résultats.
- La pénicilline s’élimine en effet très rapidement et il est nécessaire de maintenir dans l’organisme la concentration minimum bactériosta-tique.
- Eliminée en grande partie par le rein, la pénicilline se retrouve dans les urines d’où elle peut, à la rigueur, être récupérée et utilisée à: nouveau. A l’hôpital de l’Institut Pasteur de-Paris, on ne manque pas de recourir à ce procédé, devant la pénurie des livraisons importées.
- Les doses médicinales de pénicilline varient, suivant l’intensité et la nature de l’infection, de 100 000 à 3 millions d’unités.
- Que guérit la pénicilline ?
- Les indications thérapeutiques principales delà pénicilline sont les traitements des maladies infectieuses résistant à l'action des sulfamides, « sulfamido-résistantes ». C’est le cas des infection à staphylocoques, dont la scepticémie : il faut, dans ce dernier cas, injecter toutes les troia heures, nuit et jour, 10 à 20 000 unités.
- L’ostéomyélite, si fréquente et si grave dans
- FIC. 5. — LE « STAPHYLOCOCCUS AUREUS » VU AU MICROSCOPE ÉLECTRONIQUE AVANT ET APRÈS CONTAC!
- AVEC LA PÉNICILLINE
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- les blessures par les armes modernes dont les balles à grande vitesse broient littéralement les os rencontrés, se guérit tout de même par des injections massives. Des guérisons vraiment miraculeuses sont enregistrées chaque jour par les médecins militaires anglo-saxons. On cite une douzaine de cas les plus désespérés traités dans l’Hôpital d’armée d’Utah. Leur traitement par les méthodes courantes, durant quatorze mois, n’avait abouti qu’à maintenir en vie des blessés aux plaies purulentes, infectes, et dont l’intoxication interne résultante provoquait un délire quasi permanent. Les sulfamides demeuraient impuissantes. Or. une semaine seulement après l’inauguration du traitement à la pénicilline, l’état des blessés se trouvait tellement amélioré qu’il devint possible de les opérer et de reconstituer le puzzle de leurs os aux effroyables fractures.
- En clinique civile, les cas de méningite et de pneumonie désespérés qui furent guéris par la pénicilline ne se comptent plus.
- Ecoutons à ce propos le Dr Nitti, chef de service de l’Institut Pasteur : « Dans les staphylococcies localisées ou dans les staphylococcies à point de départ cutané (phlegmon) les injections locales permettent souvent des guérisons rapides avec de faibles quantités de pénicilline. Dans les staphylococcies malignes de la face, par exemple, on injecte, dans la périphérie, de la pénicilline novocainée à 2 % ; on pratique ensuite une infiltration au niveau même du foyer avec des doses ne déliassant souvent pas 20 à
- 50 000 unités. On a pu guérir ainsi des malades grièvement atteints.
- « D’autres infections pyogènes sont sensibles à la pénicilline, notamment les streptoçoccies et les pneumococcies. Il ne faut utiliser dans ce cas la pénicilline que lorsque l’action des sulfamides se montre insuffisante, ce qui est relati* cernent rare. Une seule indication reste primordiale, c’est le grand svndiome septicémique devant lequel les sulfamides restent souvent inopérantes. Dans l’endocardite lente (Jaccoud-Ossler), la pénicilline se montre malheureusement dénuée d’activité.
- « Dans les infections gangréneuses, la pénicilline semble avoir une assez grande activité.
- « En vénéréologie, la pénicilline a également de remarquables indications. A l’heure actuelle, les cas de blennorragie résistant aux sulfamides, deviennent de plus en plus fréquents et la pénicilline permet généralement de guérir rapidement ces malades. Les doses utilisées ne dépassent guère 100 000 unités et le pourcentage des guérisons atteint facilement 90.
- a La syphilis enfin peut-être traitée par la pénicilline. Il est nécessaire d’employer des doses extrêmement élevées atteignant 2 500 000 unités dans l’espace d’une semaine. La syphilis est sensible à la pénicilline à tous ses stades, primaire. secondaire et tertiaire... Mais ici, il faudra attendre de longues années et appliquer la méthode sur un très grand nombre de malades. Ce n’est que l’épreuve du temps qui nous fixera à ce sujet.
- « Les actynomycoses (dermatoses) semblent également sensibles à l’action de la pénicilline.
- 51 les faits se confirment, on réalisera ainsi un grand progrès car nous connaissons tous l’évolution longue et désespérante de cette infection.
- « Nous voyons ainsi aue la pénicilline peut guérir un très grand nombre de maladies. D’autres par contre échappent complètement à son action : ce sont notamment les infections pro-
- voquées par les germes du groupe typhique, par le colibacille, le pneumo-bacille de Friedlander, le proteus, le pyocyanique et le bacille de Pfeiffer. »
- Ajoutons que le bacille de la tuberculose est insensible à son action.
- Tel est l’aspect clinique général des bienfaits et des insuffisances de la pénicilline.
- Le problème de la fabrication
- Etant donné les circonstances exceptionnelles de l’avènement de la pénicilline comme produit industriel à large diffusion, circonstances entièrement dues à la guerre, on peut se demander si ce produit thérapeutique ne restera pas encore longtemps le monopole des Etats-Unis et de l’Angleterre. Les capitaux, actuellement engagés dans seize firmes américaines, sans compter les anglaises, se consacrant à cette fabrication sont, d’ores et déjà, considérables. Et leur rémunération n’a jamais été assurée jusqu’à présent par d’autres commandes que celles de l’Etat (1), celui-ci ne discutant jamais le prix, puisqu’il s’agit de la vie des soldats blessés. Une fois la paix signée, les fabriques anglo saxonnes désormais privées de leur client l’Etat, se trouveront suffisantes pour répondre aux besoins de tous les hôpitaux civils et de toutes les cliniques privées de l'Europe, en défiant naturellement la concurrence d'usines indigènes, encore à naître dans des conditions singulièrement onéreuses devant les prix de revient énoncés plus haut. Tous les pays qui voudront naturellement détenir leur production autonome d’une substance aussi précieuse, intéressant directement la défense nationale et l’hygiène publique, seront donc obligés d’installer leurs usines au moyen de subventions d’Etat. En d’autres termes, le service de la pénicilline aux populations civiles à un prix qui, non seulement n’entrave pas sa diffusion mais la favorise, devra se faire à perte, à moins qu’on ne découvre d’autres méthodes de fabrication. Car, pour d’instant, le kilogramme de pénicilline revient à 50 000 dollars ; cependant que 10 grammes du produit ne peuvent fournir que 100 doses standard. Cela met la dose à 5 dollars. Voyez ce que coûte, à ce prix, seulement un traitement de 48 heures, par les injections massives et répétées qui font le caractère particulier de la nouvelle chimiothérapie.
- Ces conditions de production permettent d’apprécier le mérite des chefs de service de l’Institut Pasteur de Paris, MM. Nitti et Martin qui réussirent, le premier dans son laboratoire, le second dans son service hospitalier, à fabriquer et à appliquer la pénicilline dès janvier 1944, d’après les seuls documents recueillis en 1939. A cette épqque, le Dr Nitti avait en effet rapporté d'un voyage à Londres la souche de Fleming. A partir de 1944, elle fournit entre ses mains une pénicilline utilisable.
- Peut-on espérer obtenir quelque jour, une pénicilline de synthèse? C est probable. Un modeste champignon saphrophyte aura ainsi orienté les recherches de la chimie synthétique dans une voie nouvelle où ces découvertes viendront sans doute, dans peu d’années, combler les lacunes de la chimiothérapie actuelle.
- Jean LabadiÉ.
- (1) On a atyioncé cependant qu’à partir du 15 mars 1945 des ampoules de pénicilline seraient en vente dans certaines pharmacies américaines.
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- FX. I. — LE NAVIRE DE LIGNE « RICHELIEU» : 35 000 TONNES, 30 NŒUDS, 8 PIÈCES DE 380 MM
- VERS LA RENAISSANCE DE LA MARINE DE GUERRE
- FRANÇAISE
- par François COURTIN
- T~}epuis les temps les plus reculés, l’Histoire montre qu’un grand pays ne peut vivre ni se développer sans marine de guerre. Àujourd’hui, plus encore qu’hier, la puissance navale est un élément déterminant de la grandeur d’une nation et le déroulement des opérations en cours n’a pas cessé depuis cinq ans de prouver le rôle primordial joué par les forces aéronavales dans un grand conflit moderne. Aussi, beaucoup de Français se posent-ils cette question : a Où en est notre Marine? ». Après tant de pertes de guerre, après .tant d’années pendant lesquelles elle n’a pu renouveler son matériel que dans une mesure limitée, notre Marine vit cependant; bien plus, depuis le jour où, voici quelaue trente mois, elle a pu réinstaller des bases solides en Afrique du Nord, elle n’a cessé de s’accroître, mettant sans cesse en service de nouvelles unités.
- LORSQU’en novembre 1942, les Forces navales françaises libres qui, basées en Angleterre, continuaient de se battre depuis trente mois, se sont réunies, pour poursuivre la lutte, aux éléments de la Marine nationale, heureusement assez nombreux, se trouvant à Dakar et en Afrique du Nord, il fallut tout d’abord remet-tre*en état ces dernières forces. Les premiers mois de 1943 virent surtout la plupart de nos bateaux envoyés dans des arsenaux britanniques ou américains pour y être réparés et modernisés. Le progrès marche vite en temps de guerre ; à chaque initiative d’un des adversaires, l’autre
- répond aussitôt par une parade et ainsi, sans répit, naissent non seulement de nouvelles tactiques de combat, mais aussi de nouveaux appareils, de nouveaux matériels sans lesquels un bâtiment rentrant dans la lutte ne peut naviguer ni combattre, sous peine de se trouver irrémédiablement surclassé.
- 11 est prématuré de vouloir même esquisser une description des nouveaux matériels qui
- Îiermettent aux bateaux de guerre d’affronter la utte en 1945; contentons-nous seulement de raor>eler que les nécessités de contrebattre avec autant d’efficacité que d’instantanéité avions et
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- sous-marins a entraîné non seulement un développement rapide de la D.C.A. et des armes anti-sous-marines dont la puissance s’est accrue démesurément, mais aussi l’invention de procédés de détection électromagnétique de surface ou aériens, — ces mystérieux appareils dénommés les « Radars » —, qui sont venus s’ajouter au remarquable détecteur sous-marin déjà en service en 1939, 1’ « Asdic ».
- Aujourd’hui, les travaux de refonte terminés, nos bateaux, équipés de la façon la plus moderne, ont repris la lutte aux côtés des Alliés et prennent une part grandissante dans les opérations de l’Atlantique et de la Méditerranée en attendant de pouvoir intervenir dans le Pacifique.
- Navires de ligne
- Trois cuirassés figurent sur la liste navale française ; le Richelieu, le Jean-Bart, la Lorraine.
- Le Richelieu venait de commencer ses essais au moment où les événements de juin 1940 contraignirent de l’envoyer à Dakar. 11 passa la plus grande partie de l’année 1943 dans un arsenal américain pour y être remis en état et recevoir les plus récents perfectionnements, en particulier au point de vue D.C.A. et moyens de détection électromagnétique.
- Ce bâtiment possède maintenant une redoutable déiense antiaérienne : neuf canons de 152 mm, douze de 100 mm le protègent contre les bombardiers en altitude, même lorsque ceux-ci volent à 7 000 ou 8 000 mètres; cinquante-six canons de 40 mm (quatorze affûts quadruples) et cinquante de 20 mm (sur affût individuel), les uns et les autres à grand débit et à tir très tendu, constituent son artillerie de défense rapprochée contre les bombardiers en piqué et les avions torpilleurs qui doivent prononcer leurs attaques presque à bout portant.
- Admirablement protégé, capable de soutenir, en service et en pleine charge, plus de trente noeuds, le Richelieu est un des navires de bataille les plus puissants qui soient dans les marines mondiales. Incorporé en 1944 dans diverses formations britanniques, il a participé à des raids contre la côte norvégienne et contre les ouvrages japonais défendant quelques-unes des grandes îles de l’Insulinde, en. Océan Indien.
- Il faut souhaiter que les événements permettent d’achever très rapidement le Jean-Bart, son similaire. La construction de celui-ci n’était pas aussi avancée que celle du Richelieu en juin 1940. Par une manœuvre hardie, le commandant, aujourd’hui Amiral Ronarc’h, réussit à le sortir de Saint-Nazaire, a-la veille de l’occupation de ce port. Le Jean-Bartf dont les machines n’avaient jamais encore tourné, appareilla pourtant par ses propres moyens et gagna Casablanca, après que sa D.C.A., cependant bien embryonnaire et comportant surtout des mitrailleuses de 13,2 mm, eut descendu plusieurs bombardiers allemands.
- La Lorraine est le dernier qui nous reste des trois cuirassés du type Provence entrés en service en 1916-1917. Ce n’est donc pas un bâtiment moderne ; mais il a été partiellement reconstruit de 1934 à 1936, doté de nouvelles chaudières, de pièces neuves, et sa valeur militaire est loin d’être (inexistante. Dans toutes les marines, les cuirassés anciens sont largement utilisés comme soutien d’artillerie dans les opérations contre la terre, et la Lorraine a rendu, à ce titre, les plus grands services. En 1940 déjà, elle avait bombardé avec succès les positions italiennes de Bardia, en Cyrénaïque; en 1944,
- elle a participé avec beaucoup plus d’efficacité encore aux opérations contre la côte de Provence et en particulier à la destruction des ouvrages allemands défendant Toulon. Son artillerie antiaérienne a également été renforcée; elle comprend aujourd’hui huit 75 mm, quatorze 40 mm et vingt-cinq 20 mm.
- Croiseurs et croiseurs légers
- La nomenclature navale française distingue maintenant entre croiseurs et croiseurs légers :
- Les croiseurs actuellement en service compre-nent trois 10 000 tonnes, les Duquesne, Tourville et Sujjren, trois croiseurs de 7 600 tonnes, les Gloire, Montcalm et George$=Leygues ; en outre, VEmile-Bertin, la Jeanne d!Arc et le Duguay-T rouin.
- Parmi ces croiseurs, quatre, les trois Gloire et VEmile^Beriin sont, par leurs caractéristiques générales, leur vitesse et leur armement, des bâtiments capables de rendre tous les services que l’on peut attendre en 1945 de cette catégorie de navires. Les 10 "000 tonnes appartiennent, comme leurs contemporains des autres marines, à un type de croiseur jugé maintenant comme un peu ancien : ils pèchent surtout par manque de protection. On ne construirait plus aujourd’hui de bâtimerPs de ce tonnage aussi peu protégés, mais, tels quels, ils conviennent parfaitement pour la plupart des opérations normalement dévolues aux croiseurs,, en particulier les patrouilles contre les « raiders » ennemis et les bombardements aestinés à appuyer les forces de débarquement.
- Les croiseurs légers sont le Malin, le Fantas^ que, le Terrible et le Triomphant. Ces bâtiments étaient, au début de la guerre, classés comme contre-torpilleurs; mais dans beaucoup d’annuaires navals étrangers on les considérait, en raison de leur déplacement, 3 500 tonnes en charge, comme de petits croiseurs, et cette classification a prévalu. Ce sont essentiellement des navires de raid et c'est en cette qualité qu’ils se sont distingués à maintes reprises au cours de la guerre, grâce à leur vitesse, près de 40 nœuds en service, et à leur armement, cinq pièces de 140 mm à grand débit portant à près de vingt mille mètres. En 1944, les Malin, qui constituent la 10° division de croiseurs légers, ont participé à de nombreux raids en Adriatique et en Mer Egée et détruit plusieurs convois ennemis et leurs escortes au cours de brillantes opérations de nuit.
- Contre-torpilleurs et torpilleurs
- C’est dans cette catégorie de bâtiments ainsi que dans celle des sous-marins que la guerre nous a fait éprouver les pertes les plus cruelles et où les vides sont les plus nombreux.
- Après le reclassement des Malin comme croiseurs légers, il ne nous reste plus en service comme contre-torpilleurs que le Tigre, VAlbatros et l’Eperuier.
- Comme torpilleurs, nous disposons de bâtiments appartenant à quatre séries : les I 500 tonnes et les 600 tonnes d’avant la guerre, dont les caractéristiques sont bien connues, et plusieurs unités navales de deux types qui nous ont été transférées par les amirautés américaine et britannique.
- La Combattante, perdue au début de mars 1945, appartenait au type anglais Hunt que nos Alliés ont construit en grand nombre depuis le début de la guerre. Les Hunt sont des destroyers de tonnage moyen, 890 tonnes, à vitesse modérée,
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- LA MARINE DE GUERRE FRANÇAISE
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- FIG. 2. — LE MAT-TOUR DU NAVIRE DE LIGNE « RICHELIEU »
- On voit au premier plan un des quatorze montages quadruples de 40 mm antiaérien qui constituent une partie de l'importante D.C.A. de ce
- bâtiment.
- 27 nœuds, dotés d'une artillerie puissante pouvant être utilisée dans sa totalité contre l'aviation : quatre canons de 102 mm, cinq de 40 mm, six de 20 mm. lis ont seulement deux tubes lance-torpilles ; encore faut-il souligner que les H unt affectés aux escortes de convois n'en ont pas toujours afin de pouvoir embarquer un supplément important de grenades. Ces petits bâtiments figurent parmi leux que les communiqués de guerre ont mentionnés le plus fréquemment, non seulement lors de la bataille de l'Atlantique, mais aussi à l’occasion de nombreux raids contre les forces côtières ennemies. La Combattante s’est ainsi distinguée en participant à diverses actions contre les vedettes rapides allemandes en Manche et en a détruit plusieurs ; elle était présente au débarquement de Normandie.
- La quatrième catégorie de torpilleurs de notre flotte comporte six bâtiments que les chantiers américains ont livrés au début de 1914 et dont le premier de série est le Sénégalais. La nomenclature américaine les désigne « destroyers d'escorte » et cette appellation nouvelle a été conservée par notre marine. Les « destroyers d’escorte » sont, en réalité, des escorteurs de convoi dotés i'un armement exclusivement antiaérien (trois 76 mm, un affût double de 40 mm et douze 20 mm) et antisous-marin (mortiers et grena-deurs). On n’a pas cherché à leur donner la grande vitesse qui caractérise habituellement les destroyers : ils ne filent que 20 nœuds ; mais, grâce à leur propulsion Diesel-électrique, ces petits bâtiments de I 300 tonnes ont un rayon d’action considérable qui les qualifie tout spécialement pour la protection des grands convois océaniques. Signalons que la marine américaine a reproduit ce type de bâtiment à un grand nombre d exemplaires puisqu'elle a construit ou fait construire près de 700 destroyers d escorte.
- Sous-marins
- Une quinzaine de sous-marins figurent encore sur la liste de la flotte; la plupart étaient déjà en service au début de la guerre et sont relativement anciens. Plusieurs de ces unités se sont distinguées au cours de la guerre. Narval, perdu en opérations, /unon, Minerve, Marsouin et plus particulièrement Rubis et Casablanca.
- Le Rubist sous-marin mouilleur de mines, détaché dès le printemps 1940 auprès d’une escadrille anglaise, n'a pas cessé, depuis cette époque, de participer à des croisières en mer du Nord et sur la côte Norvégienne, accomplissant avec succès de nombreux et périlleux mouillages de mines dans les eaux ennemies
- Le Casablanca, après s’être échappé de Toulon le jour du sabordage de la flotte, s’tst fait remarquer en Méditerranée en coulant plusieurs bâtiments ennemis et surtout en exécutant sept dangereuses missions spéciales sur les côtes françaises. Lors de la libération de la Corse, ii fut chargé de transporter le commando qui devait occuper Ajaccio et exécuta avec succès sa mission, débarquant le groupe de choc à quai et au cœur de la ville même. Outre son équipage, une soixantaine d'hommes, il transportait 109 soldats, et, pour qui connaît l’encombrement des - compartiments d'un sous-marin, il faut convenir que l'entreprise était, à tous égards, des plus audacieuses.
- Quatre sous-marins neufs ont renforcé notre flottille : trois de construction anglaise et un ex-italien capturé intact par les Anglais lors de la campagne de Sicile et transféré en début de 1944 à la marine française.
- Les trois sous-marins de construction anglaise ont reçu les noms de Curie, Morse et Doris ;
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- ils appartiennent au type U de 540 t, dont les unités sont désignées dans la marine britannique par des noms commençant par les lettres U ou V. Ce type, que les Anglais ont reproduit à un grand nombre d’exemplaires, convient surtout pour les croisières de surveillance en vue des côtes ennemies et les attaques du trafic côtier ennemi. Les U sont armés de quatre tubes
- froupés à l’avant, deux de chaque côté de étrave, et ont une vitesse de 13 nœuds en surface et de 7 nœuds en plongée.
- Le Narval est l’ex-sous-marin italien Bronzo qui appartient à la série dite de 600 tonnes et s'apparente au type français Minerve.
- Ce sous-marin, long de 60 mètres, filant 14,5
- nœuds en surface et 8,5 nœuds en plongée, est armé de six tubes (quatre avant, deux arrière), d’un canon de 76 mm et deux de 20 mm AA ; il est monté par un équipaee comprenant cinq of-fic iers et quarante-neuf hommes.
- FIG. 4. — UN DES NOUVEAUX TORPILLEURS D’ESCORTE DE LA MARINE FRANÇAISE
- Frégates,
- corvettes et avisos
- Les mots de « frégates » et de « corvettes », réapparus pendant la guerre dans la nomenclature navale, sont deux désignations datant du temps de la marine à voiles. Elles ont été reprises par les Britanniques et s’appliquent à deux types d’escorteurs océaniques antisous-marins. Le. premier fut la « corvette », sorte de rand patrouilleur de 1 100 tonnes, robuste, très éfendu contre la mer et propulsé par une machine alternative de 3 000 ch lui assurant une
- vitesse de 15 nœuds. Pouvant être construite facilement par des chantiers non spécialistes de la construction des navires de guerre, la corvette a été reproduite dès 1940 à un grand nombre d’exemplaires, non seulement en Angleterre, mais aussi au Canada. Sept corvettes sont armées sous pavillon français depuis 1941 ou 1942; elles ont pris part à la dure bataille de l'Atlantique, escorté de nombreux convois et participé à la protection des transports de troupes lors du débarquement en Normandie. On jugera de l’activité de ce type de bateau
- en sachant qu'en trente-huit mois Lune d’elles, Y Aconit, a parcouru 130 000 milles, soit six fois le tour de la Terre, escorté quatre-vingt-dix-huit convois groupant 2649 bâtiments marchands, et détruit, en moins de douze heures, les deux sous-marins allemands U. 432 et U. 444. Quatre de ces corvettes ont conservé les noms de fleurs qu’elles auraient portés dans la flotte anglaise, les trois autres ont reçu les noms glorieux d’officiers tombés au champ d’honneur : Cdt Dé-iroyat, Cdt Drogou, Cdt d'Estienne-d'Orves.
- Les frégates, d’un déplacement plus fort, 1 445 tonnes, sont également plus rapides que les corvettes: elles donnent 19 à 20 nœuds en service. Cette nouvelle catégorie est apparue fin 1942, lorsque le besoin s’est fait sentir d’avoir des escorteurs au moins aussi rapides que les nouveaux sous-marins allemands.
- Outre les frégates et les corvettes, notre marine dispose encore de deux types d’avisos qui remplissent des services analogues, mais sont de
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- L A MARIN K J) E G U E R R E F R A N G A I S E
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- FIG. 5. — LE CROISEUR LÉGER « MALIN », 2 600 TONNES, 40 NŒUDS, 5 PIÈCES DE 138 MM
- construction française. Ce sont d'abord : cinq avisos coloniaux du type Dumont-d’UrviUe, assez grands bâtiments puisqu’ils déplacent 2 500 tonnes en pleine charge et sont armés de trois pièces de 138 mm; deux moteurs Diesel leur permettent de soutenir, pendant les plus longues traversées, une très bonne vitesse de route; ensuite, douze avisos des types Cdt Delage et Chevreuil, de 750 tonnes et 20 noeuds, également à Diesel. De même que les frégates et les corvettes, ces derniers sont armés de canons de 100 mm, de 40 mm et de 20 mm AA, et de nombreuses grenades.
- Escorteurs et
- chasseurs
- Les escorteurs sont également une nouvelle catégorie de bâtiments dans notre marine. Il en existe 30. Ils ont été construits aux Etats-Unis et se répartissent, quant aux noms, en trois séries, les Sabre, les Attentif et les Carabinier. Déplaçant près de 370 tonnes en service, filant 20 noeuds, propulsés par des Diesel, les escorteurs sont armés d'un canon de 76 mm, de six canons de 40 mm et de 20 mm pouvant tous tirer contre avions, et de grenadeurs et mortiers. A l'encontre de la plupart des bateaux suivants, leur coque est en acier.
- Les chasseurs de sous-marins sont au nombre de 68. Ils appartiennent à différents types suivant qu’ils ont été lancés en France, en Angleterre ou aux Etats-Unis. A l'exception de sept de construction anglaise désignés -<t vedettes » (80 tonnes seulement), ils sont identifiés par les lettres CH suivies d’un nujnéro, et les plus gros
- (construction française), entrés en service de 1934 à 1940, déplacent environ 160 tonnes. La série la plus nombreuse a été construite aux Etats-Unis (50) et vient seulement d'être incorporée dans notre marine. Il s’agit de petites unités de 33,5 m, à coque de bois, de 135 tonnes environ. Tous ces chasseurs de sous-marins sont propulsés par deux Diesel et filent environ 15 nœuds. Pendant la guerre, plusieurs ont pris une ipart très active aux opérations en Manche, et, de même que les escorteurs, ils conviennent spécialement pour l'escorte des convois côtiers.
- Récemment, des
- "........escorteurs partici-
- 1 pant aux opérations sur les côtes de Provence ont détruit des vedettes d'assaut italiennes.
- Vedettes rapides
- Les vedettes rapides constituent une catégorie de bâtiments de combat encore plus petits que les précédents (55 tonnes), mais particulièrement redoutables en raison de leur vitesse élevée (plus de 40 nœuds) et du fait qu’ils sont armés de deux torpilles. Ce sont essentiellement des navires d'assaut, conçus pour les mers étroites comme la Manche, la mer du Nord ou la Méditerranée, et dont le type a connu un très grand développement au cours de cette guerre. Depuis 1940, il n’est pas de semaine qui n’ait vu d’engagements de vedettes rapides, les unes cherchant à attaquer le trafic côtier de l'adversaire, les autres, armées de petits canons automatiques, recherchant pour les détruire les vedettes porte-torpilles croisant à l’affût dans l'obscurité. Les
- FIG. 6. — UNE DES CORVETTES DE LA MARINE FRANÇAISE
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- SCIENCE ET VIE
- 102
- FIG. 7. — UNE, VEDETTE RAPIDE LANCE-TORPILLE
- vedettes françaises basées en Angleterre ont participé à cette a petite guerre » et, au printemps dernier en particulier, ont exécuté avec bonheur plusieurs attaques au cours desquelles nombreux transports et patrouilleurs allemands naviguant au large des côtes normandes ont été coulés.
- Dragueurs
- Les dragueurs constituent une catégorie de petits navires (indispensables dans toute marine de guerre ; leur travail absolument essentiel consiste à déblayer les champs de mines mouillés par l’adversaire. Beaucoup de dragueurs sont, en temps de guerre, des chalutiers réquisitionnés et transformés ; mais, avec le développement des mines à mise de feu magnétique, des séries spéciales de petits bâtiments “sont construites pour remplir ces nouvelles missions et les flottilles de dragage de la marine fran-
- çaise se sont récemment accrues d’une quarantaine de bateaux neufs transférés par les marnes américaine et anglaise. Trente dragueurs américains du type YMS nous ont ainsi été livrés et 14 anglais du type MMS. Ce sont des bâtiments de près de 300 tonnes à Diesel et coque de bois, filant environ 15 nœuds. On utilise aussi pour les dragages les chasseurs de sous-marins qui se prêtent également bien à ce rôle.
- L’aviation navale
- Notre aviation navale comprend des avions d’exploration ou de surveillance, des bombardiers et des avions torpilleurs actuellement groupés en 8 flottilles. A l’exception de ces derniers, qui sont du type français (Latécoère 298), ale sont tous de construction anglaise ou américaine» en attendant que nos usines puissent, de nouveau, construire des appareils des types nécessaires aux opérations de l’aviation navale.
- FIG. 8. — LE SOUS-MARIN ff CASABIANCÀ », QUI S'EST ILLUSTRÉ A MAINTES REPRISES EN MÉDITERRANÉE»
- EN PARTICULIER LORS DE LA LIBÉRATION DE LA CORSE
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- La marine de guerre française au Ier Février 1945
- 1 ENTRÉE I DÉPLACEMENT VITESSE ARMEMEN T
- 1 EN SERVICE PRÉVUE
- 1. — Navires de ligne.
- Richelieu 1940 35 000 tW 30 n VIII 380 - IX 152 - XII 100 AA
- LYI^IO AA - L 20 AA.
- Jean-Bart 1942 Id. Id.
- Lorraine 1910 22 190 t\V 21 n VIII 340 - XIV 138 - VIII 75 AA
- XIV 40 AA - XXV 20 AA.
- I 2. —• Transports d'aviation. t
- BKAHN 1927 22 146 tW 21 n VIII 155 - N 40 et 20 AA. !
- N... cx-Biter 1942 14 000 t 10 n i
- 3. —- Croiseurs et ci oiseurs légers. i i
- 2 Duquesne 1928 10 000 tw 33 n VIII 203 - vm 75 AA - XIL
- 40 AA - XII à XX 20 ou Mt; AA - VI T. 1
- Sl'ITKEN 1930 10 000 tw 32 n VIII 203 - VIII 75 AA - XII
- 4 ) AA - XVIII 20 AA.
- 2 Duguay-Trouin . 1920 7 250 tW 34 n VIII 155 - IV 75 AA - VI 40,
- AA - XX 20 AA - VI T. j
- J e \nne-d’ Arc 1931 (>.500 IAY 25 n VII1 155 - IV 75 AA - XIV 40! AA - XX 20 AA.
- Emii.e-Bertin 1934 5 900 tW 34 n IX 152 - IV 90 AA - XVI 4l)S
- AA - XX 20 - VI T.
- 3 (rLOIRE 1937 7 000 tW 31 n SIX 152 - VIII 90 AA - XXIV
- 40 AA - XVI 20 AA - VI T.
- 4 Le Fantasque . . . 1935 2 000 tW 40 u V 138 - VIII 40 AA - X 20 AA -
- VI T.
- 4. — Contre-torpilleurs* torpilleurs et torpilleurs d'escorte.
- Tigre 1920 2120 LW 35,5 n IV 130 - 1 40 AA - VJ1I 2(1 AA -
- III T. j
- 2 Albatros . 1933 2 430 tW 35,5 n V 138 - 1 37 AA - IV 13 AA -1
- VI T.
- 5 Bourrasque 1920-27 1 319 tW 33 n III 130 - I 40 AA - VIII 20 AA -
- 1 III T.
- 4 Le Fortuné 1928-30 1 378 tW 33 n 111 130 - 1 40 AA - Y T11 20 AA
- III T. - i
- La Combattante . . . 1943 900 tW 27 n IV 102 AA - V 40 AA - VI 20Ï
- AA - 11 T.
- 5 La Melpom ène . . 1930-38 010 tw 34 n Il 100 N 40 et 20 AA ~ 11 T. i
- 6 Sénégalais 1944 1 300 tW 19 n 1 Il 7(3 AA - I 10 AA - XII 20 AA. 1
- 5. —- Sous-marins, i
- Marsouin 1920 974-1 441 t 15,5-9 n 1 100-X T.
- 7 Archimède 1932-30 1 379-2 000 t 1 8-9 n I 100 - X T.
- 3 Cuiue 1943-44 620-721 t 13-9 n I 76 - IV T.
- Narval 1942 714-864 t 11,5-8 n 1 75 - VI T.
- 11 Arétiiltse 1932-34 570-800 t 11-9 n I 75 »— VIII T.
- 3 Minerve 1935-30 000-825 t 14-9 n 1 75 - IX T.
- 2 CÉRÈS 1939 652-851 t 14-9 n 1 75 - IX T.
- Kubis 1932 670-925 t 12-9 n I 75 - IV T - XXXII mines.
- 6. — Avisos9 frégates et corvettes.
- 5 Dumont-d’Urviliæ 1932-40 1 909 tW 15,5 n III J38 - IV 40 AA - XI 2 > AA.
- Marne 1917 001 tw 20 n IV 100 - II 05.
- 2 Amiens 1919 044 tW 19 n II 138 - I 75.
- 9 Flan 1939-40 630 tW 20 n II 90 AA - 1 40 AA - VI 20 AA.
- 3 CïlEVREUII 1939-40 047 tW 20 n II 90 AA - I 40 AA - VI 20 AA.
- 0 J/Aventure 1943-44 1 445 tW 1 19 n II 102 AA - IV 20 AA.
- 7 Aconit 1941-42 1 150 t 15 n I 102 - Il 57 AA - 1 40 AA -
- i i | 11 20 AA.
- 7. — Escorteurs, chasseurs et vedettes de patrouille.
- 30 Sarre, 1/Atten-
- tif et Carabinier . 1914 300 tW 20 n I 76 - I 40 AA - V 20 AA.
- 30 Fx-américainsCII 1914 110 tw ! 1 5 n I 40 AA - III 20 AA.
- CI! 2 et 3 1933 us tw i 20 n I 75 - I 40 AA - III 20 AA.
- 6 Tvpe Cil 10 1940 107 tW 16 n I 75 - N 40 et 20 AA.
- 2 Tvn<> r.l r .11 1940 1941-42 1 t\V ! 10 n 1 19 n 1 1 \ NJ .m *>n a A
- 7 CrALANTRY 82 tW I 20 AA, 2 mt AA.
- 28 V P 1941-42 52 tW i 12 n 1 20 AA, mt AA.
- 8. —- Dragueurs de mines.
- 30 Type 201 14 Type241 1943-44 I 280 tW 15 n I 76 - II 20 AA.
- 1943-44 I » )> » »
- Note. — Aux bâtiments ci- dessus s’aioutent des canonnières de rivière, des chalutiers trans-
- formes en patrouilleurs, des bâtiments hydrographes, le ravitailleur de sous-marins Jnlcs-Vcrne,
- plusieurs pétroliers, des transports et croiseurs auxiliaires. . .... ...
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- Navires
- auxiliaires
- SCIENCE ET VIE
- FIG. 9. — NOUVEAU DRAGUEUR EN BOIS POUR MINES MAGNÉTIQUES
- Les avions d’exploration sont surtout de grands nydravions à coque de 32 à 34 mètres d’envergure, bi- ou quadrimoteurs des types Consolidated PBY 3 A a Catalina » (Américain ou Short « Sunderland » (Anglais). Ce sont de véritables bateaux volants d’un poids de 13 à 23 tonnes, montés par 7 ou 8 hommes d’éauipage et enlevant, en outre de leur charge de bombes antisous marines, un poids d’essence suffisant pour 24 heures de vol à près de 300 km/h. On utilise également pour l’exploration des vastes espaces océaniques des quadrimoteurs de type terrestre et de construction anglaise, les Armstrong Whit-worth « Wellington », qui filent plus de 400 km/h.
- Les appareils utilisés pour la surveillance rapprochée sont des Supermarine « Walrus » monomoteurs, appareils très sûrs, en service dans l’aviation navale anglais depuis quatre ans.
- Lnfin, l’aviation navale française arme comme bombardiers des Douglas SBD-2 « Dauntless » monomoteurs et des Lockheed « Ventura », bimoteurs américains volant à près de 500 km/h. l-.es SBD conviennent spécialement pour le bombardement en piqué.
- Notre marine ne dispose malheureusement pas de grand porte avions, car le Béarn, maintenant désigné « transport d’anation », a me vitesse de 20 noeuds, trop faible pour participer aux opérations d’escadre qui exigent des bâtiments marchant au moins à 30 noeuds. Récemment refondu aux Etats Unis, il peut cependant rendre encore de bons services comme porte-avions d’escorte.
- On sait, en effet. qi;e le besoin s’est fait sentir de disposer également de bâtiments de ce type pour l’escorte des convois à travers les océans.
- Ces porte avions n’ont pas besoin d’une vitesse élevée et la quasi-totalité de ceux qui sont en service dans les marines américaine et anglaise ne dépassent pas 16 à 18 noeuds.
- C’est à cette catégorie de bâtiments qu'appar-t;ent le Biier, qui vient d’être transféré à notre puurS un inb ‘stuppsje}^ so[ ouumn
- navire de charge lancé en 1939 et transformé en porte avions d’escorte en 1942.
- Aux navires de combat proprement dits et aux flottilles de l’aéronavale s’ajoutent encore un assez grand nombre de patrouilleurs et d’avisos auxiliaires, de navires hydrographes, de ravitaillées, ainsi eue des transports et des pétroliers.
- Les transports sont, soit des paquebots transformés, tels le Canada, navire-hôpital, soit des bananiers modernes comme le Barfleur, le Quercy, le Cap des Palmes, beaux navires à Diesel de 15 à 17 nœuds qui rendent les plus grands services pour assurer les liaisons indispensables entre nos bases (transports de personnel et de matériel).
- Fusêüers-mamis
- Plus de 300 bâtiments armés de 60 000 officiers et marins constituent déjà la marine de guerre française renaissante en ce début d’année 1945; mais, pour être complet, il ne faut pas oublier que les marins combattent également sur terre. Cinq régiments de fusiliers-marins sont déjà constitués ainsi que des batteries de canonniers et des groupements de choc comprenant des commandos et des détachements de parachutistes. Deux des régiments de fusiliers-marins armant des chars « Scherman », des voitures de reconnaissance et des tanks-destroyers sont en
- FIG. 10. — UN CHASSEUR DE CHARS DU RÉGIMENT BLINDÉ DES FUSILIERS MARINS
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- i. a j/ a r / .y e i) /: a u e r r r f h j .y r ai s e
- FIG. 11. — UN GRAND HYDRAVION D’EXPLORATION SHORT « SUNDERLAND », UTILISÉ PAR L'AÉRONAUTIQUE FRANÇAISE
- ligne depuis de nombreux mois puisque l’un d’eux, le 1er régiment, formé en juillet 1940, a combattu en Libye notamment à Bir Hakeim, en 1 unisie, en Italie, avant de faire partie de l’armée de De Lattre de Tassigny débarquée en Provence, tandis que l’autre, le régiment blindé des fusiliers-marins, né en Tunisie en 1943, fait partie de la fameuse division Leclerc et s’est illustré dans la percée d’Avianches, la libération de Paris et la prise de $trasbourg où un peloton de ses tanks-destroyers est entré le premier. Les autres régiments sont de formation plus récente et dans leurs rangs se pressent nombreux des officiers et des marins qui se sont distingués dans les formations F.F.l. où ils
- constituaient le plus souvent des groupements homogènes.
- Cette rapide revue des forces navales françaises nous a montré qu’elles disposent aujourd’hui d’unités très modernes répondant aux nécessités de la guerre aéronavale telle qu’elle est actuellement conduite. Mais ces bâtiments n’existent qu’en très petit nombre sous notre pavillon et ne constituent en quelque sorte que des prototypes. Ce sera la tâche des prochaines années de développer sur ces bases une marine vraiment cohérente, aux effectifs en rapport avec l’ampleur de notre Empire.
- François CoURTIN.
- Un technicien américain, le Dr Maurice Ewing, de l’Océanographie Institution de Woods Hole (Massachussets), a établi un nouveau record dans un domaine encore peu exploré : il est parvenu à prendre des photographies au fond de l’océan à 4 950 m au-dessous du niveau de la mer.
- Dans ses premiers essais de photographie sous-marine, en 1938, il avait utilisé un appareil enfermé dans une caisse d’aluminium, muni de puissantes ampoules alimentées par batteries et entraîné vers le fond par un important lest de fonte. Ce lest était relié à l’appareil par une pièce en sel marin qui, se dissolvant, libérait la chambre de prises de vues qu’il fallait ensuite repêcher, • car aucun câble ne la reliait au navire des expérimentateurs.
- Un peu plus tard, le docteur Ewing atteignit 2 000 m avec un autre dispositif consistant essentiellement en un tube de pyrex de 15 cm de diamètre et long de 1,50 m où étaient logés la caméra et ses accessoires. C’est avec un appareil perfectionné de ce type, dont l’obturateur est actionné par une pédale sous le lest de fonte, qu’il a atteint, l’été dernier, près de 5 000 m.
- Les renseignements fournis par ces clichés, encore en petit nombre, seront sans doute précieux pour l’étude géologique des fonds marins, celle de la flore et de la faune sous-marines et celle des courants. De plus, il est évident qu’ils fourniront des résultats précieux pour l’identification des épaves des navires et, par là, permettront aux sauveteurs et entreprises de récupération d’économiser un temps précieux dans la localisation des cargaisons englouties.
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- L ’ AV I ATI 0 N S 0 V J ET I Q U E
- 107
- L'AVIATION SOVIETIQUE
- par Pierre ARMONT
- T a prodigieuse avance des Russes au cours de Vété 1944, plus rapide encore que l’avance allemande à la-fin de la campagne de France en 1940, s’explique par de multiples raisons dont une des principales est la supériorité de l’aviation d’assaut russe. C’est surtout la perfection du matériel qui mérite d’être soulignée. Si l’on connaît généralement bien la puissance des aviations américaine et britannique, mises en valeurs par les raids spectaculaires exécutés sur toute l’Europe, on connaît beaucoup moins l’aviation russe qui pourtant est devenue actuellement une force considérable. Opérant toujours sur la ligne de front, appuyant constamment et partout la progression de l’infanterie et la suivant de très près (les terrains de chasse russes sont souvent à portée de l’artillerie lourde ennemie), l’aviation russe a toujours été un des principaux facteurs de succès des nombreuses percées faites par les Russes dans les lignes de défense allemande.
- PENDANT un certain temps, l’aviation russe eut besoin du matériel fourni par les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne; mais, actuellement, les appareils de guerre utilisés sur le front, chasseurs, bombardiers, avions de reconnaisance et d’attaque au sol, tous sont de fabrication russe.
- Les ingénieurs russes, qui se sont inspirés pendant longtemps des modèles d’avions étrangers, ont réussi à créer toute une gamme d’appareils de conception entièrement russe. De même, en ce qui concerne les moteurs, la Russie, qui ne fabriquait guère, au début de la guerre, que des moteurs Hispano ou Gnome et Rhône sous licence, est arrivée à perfectionner ces moteurs jusqu’à leur donner la puissance des meilleurs moteurs étrangers actuels.
- Mais si l’aviation russe a réussi à acquérir sur la Luftwaffe une supériorité qualitative, elle jouit également d’une grande supériorité numérique. L’industrie aéronautique russe, hors de portée des bombardiers du Reich, a pu s’organiser pour la production en grande série sans même se préoccuper des problèmes de dispersion des usines oui se sont posés en Grande-Bretagne. Actuellement, cette industrie est devenue beaucoup plus puissante que l’industrie aéronautique allemande, et, dans tous les secteurs de l’immense front de l’Est, les aviateurs allemands se trouvent toujours inférieurs en nombre à leurs adversaires soviétiques.
- Les chasseurs
- Les appareils de chasse russes sont désignés par les premières lettres des noms de leurs constructeurs. Les principaux constructeurs des appareils de chasse sont Vakovlev qui a donné naissance aux YAK. Lavotchkin qui a donné les LA et avec Gorbounov et Gouchkov, les LAGG, Mikoyan et Gurevitch qui ont produit les M1G.
- Les chasseurs actuellement en service sont les YAK 9 et 11, le LAGG 3, le LA 5 et le M1G 3.
- Le YAK 9 est un monoplan à aile basse équipé d’un moteur M. 105 de 1 200 ch, de 12 cylindres en V à refroidissement par liquide. C est un des chasseurs russes les plus modernes. 11 a équipé le groupe français « Normandie » au cours de la campagne de Russie de 1943-1944. Le YAK 11 est une version améliorée du YAK 9.
- Le LAGG 3 est un monoplan à aile basse, équipé du même moteur que le YAK, un M 105 P (la lettre P est l’initiale de Pouchkfl : canon) ; outre un canon de 20 mm et 2 mitrailleuses de 12,7 mm, il peut emporter 6 obus-fusée sur des glissières placées sous les plans. Le canon de 2Ô mm est à chargement pneumatique, alimentation par bande, et peut tirer, à la vitesse initiale de 800 m/s, 120 coups. La vitesse de tir est de 760 coups/mn. Les mitrailleuses Beresin de 12,7 mm sont placées au-dessus du moteur et synchronisées pour le tir à travers l’hélice. Elles tirent 7U0 coups/mn à la vitesse initiale de 840 m/s. L’approvisionnement est de 220 coups par arme.
- Le LAGG 3, construit entièrement en bois et en matière plastique, est probablement le meilleur chasseur de l’aviation russe. Ses qualités principales sont la maniabilité, la robustesse et la légèreté. Les chasseurs allemands l’estiment supérieurs au MIG 3. Sa vitesse maximum est de 560 km/h à 5 000 m, mais sa vitesse ascensionnelle et sa maniabilité sont étonnantes.
- Le LA 5 est dérivé du LAGG 3. 11 est équipé d’un moteur en double étoile de 1 600 ch. Sa vitesse maximum est de 1 ordre de 630 km/h. 11 est considéré comme supérieur au Focke Wulf FW 190. 11 est énuipé de 2 canons de 20 mm tirant à travers l’hélice.
- Le LA 8 est encore une amélioration du LA 5. Ses performances sont secrètes.
- Le MIG 3 est également un monoplan à ailes basses, équipé d’un moteur de 1 200 ch à 12 '-vlindres en V. Son armement est variable : 2 canons et 4 mitrailleuses, ou 6 à 8 mitrailleuses, ou 4 canons. Sa vitesse est de l’ordre
- de 580 km/h à 4 000 m. Cet appareil, qui date de 1941, est déjà surclassé par les deux précédents qui le remplacent progressivement.
- Les bombardiers légers et moyens
- Le YAK 4 est le bombardier léger le plus courant en Russie. 11 est équipé de 2 moteurs M 105 de 1 100 ch à 12 cylindres en V et peut emporter 600 kg de bombes. Sa vitesse maximum est comprise entre 450 et 500 km/h. 11 est surtout employé pour les reconnaissances armées.
- Le bombardier moyen type de l’aviation russe est le DB 3. F qui est dérivé de l’ancien SB 2 en service dans l’aviation russe depuis 1936, et modifié chaque année depuis. Le DB 3 F est un bombardier bimoteur très moderne, métallique, monocoque, à aile basse, équipé de 2 moteurs M 88 de 1 100 ch avec compresseurs et pouvant transporter de .1 000 à 2 500 ’-g de bombes. Sa vitesse maximum est de l’ordre de 450 km/h à 7 000 m et son plafond de 10 000 m.
- Les bombardiers lourds
- Les Russes possèdent un excédent bombardier lourd quadrimoteur : le TB 7 (contrairement-à l’habitude, les lettres T et B ne sont pas les initiales des constructeurs mais du mot russe « Tiajeli Bombardirovstchik » nv; signifie bombardier lourd). Le TB 7 est un monoplan à aile médiane épaisse équipé de 4 moteurs de 1 200 ch à 12 cylindres en V.
- Une des particularités de l’appareil est qu’il n’a que deux radiateurs pour ses 4 moteurs. Ces radiateurs sont placés dans les fuseaux des moteurs centraux, fuseaux qui sont de dimensions telles qu’il a été possible de loger à l’arrière de chacun d’eux un poste de tir équipé d’une mitrailleuse de 12, 7mm.
- En plus de ces deux mitrailleuses, l’armement
- comprend un canon de 20 mm dans la tourelle dorsale, un canon de 20 mm à l’extrémité arrière du fuselage et deux mitrailleuses légères à l’avant. On voit donc que cet appareil est très fortement défendu vers l’arrière. Sa vitesse maximum est de l’ordre de 450 km/h, son plafond de 10 500 m, et il peut emporter 4 tonnes de bombes. Son équipage est de 10 hommes.
- Les TB 7 sont de plus en plus employés pour les bombardements lointains ; ce sont eux qui ont effectué les bombardements de Berlin, de Dantzig et des ports de Finlande.
- Les bombardiers en piqué
- L’appareil type de bombardement en piqué est le bimoteur PE 2 (P E, premières lettres du nom de l’ingéniéur Petliokov) qui est une des meilleures réalisations de la technique russe. Par son aspect extérieur, il rappelle le Mes-serschmitt 110. C’est un monoplan à double dérive, à aile basse de construction métallique, à longs fuseaux moteurs. Il est équipé de deux moteurs M 105 R de 1 200 ch au décollage, de 12 cylindres en V refroidis par liquide, avec compresseurs à deux vitesses. Les hélices métalliques tripales sont à régime constant; l’incidence de leurs pales peut varier de 35°. Sa vitesse maximum est comprise entre 450 et 500 km/h.
- Son armement est variable et peut comprendre, soit 4 mitrailleuses de 7,6 mm, type « $hkas », soit 2 mitrailleuses de 7,6 mm et 2 mitrailleuses de 12,7 mm types « Beresin », soit 4 mitrailleuses de 7 6 mm et 2 lourdes de 12,7 mm. Les armes fixes sont groupées dans le nez du fuselage et dans l’aile; les armes mobiles sont disposées sur le dos et à l’arrière du fuselage d’une part, d’autre part dans une cuvette télescopable sous le fuselage; toutes deux tirent vers l’arrière. La dernière de ces armes est montée sur rotule et équipée d’un viseur à périscope. L’équipage est de 3 hommes.
- Le PE 2 peut emporter 1 000 kg de bombes.
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- SCIENCE ET VIE
- AVIONS D’ASSAUT
- STORMOVIK IL 2
- IL 2 L’avion d’attaque au sol monoplace « Stormovik » IL 2 possède un moteur AM 38 de 12 cylindres en V, à refroidissement par liquide, de 1 200 ch. Il peut recevoir un armement variable, comprenant, soit 2 canons automatiques et 4 mitrailleuses dans l’aile, soit 2 mortiers à obus-fusées et 4 mitrailleuses, soit 8 bombes-fusées pesant 40 kg chacune. Sa vitesse maximum peut dépasse^ 500 km/h. Son envergure est de 14,6 m, sa longueur de 11,22 m,
- IL 3 Cet appareil est semblable au précédent, dont il diffère par l’installation d’une arme mobile tirant vers l’arrière. C’est donc un appareil biplace dont les performances sont un peu inférieures.
- CHASSEURS
- YAK 9
- YAK 9 Chasseur monoplace à moteur M 105 de 12 cylindres en Y, à refroidissement par liquide, développant 1 200 ch.
- LAGG3 Chasseur monoplace à moteur M 105 de 1200 ch, construit entièrement en bois, mis à part le capotage du moteur. Son envergure est de 9,7 m, sa longueur de 9 m. Sa vitesse maximum est de 560 km/h à 5 000 .m d’altitude. Le LAGrG 3 monte à 3 000 m en 5 minutes; son plafond est 9 000 m et son rayon d’action est de 650 km. Il est armé d’un canon de 20 mm dans l’axe du moteur et de 2 mitrailleuses lourdes au-dessus du moteur.
- LA 5 Chasseur monoplace à moteur de 1 600 ch en double étoile, à refroidissement par air. Son armement comporte deux canons automatiques de 20 mm. Sa vitesse maximum dépasse 600 km/h.
- MIG 3 Chasseur monoplace à moteur AM 35 de 12 cylindres en V, à refroidissement par liquide développant 1 200 ch. Son armement comporte un nombre variable de canons de 20 mm et de mitrailleuses. Le MIG 3 a une vitesse maximum de 580 km/h à 4 000 m. Son envergure est de 11,45 m, sa longueur de 9,5 m.
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- luî
- L ’ A V / A T l O N S 0 V 1 E T I Q U E
- BOMBARDIERS LÉGERS ________-
- YAK 4
- YAK 4 Ce bombardier léger et appareil de reconnaissance biplace est équipé de deux moteurs M 105, de 12 cylindres en V, à refroidissement par liquide, développant chacun 1 200 ch. Sa vitesse maximum atteint 450 à 500 km/h.
- DB3 F Le bombardier léger et appareil de reconnaissance DB 3 F est équipé de deux moteurs M 88 à compresseurs, développant 1 100 ch. Sa vitesse maximum atteint 450 km/h à 7 000 m. Son envergure est de 21,4 m, sa longueur de 14,3 m, son poids à vide de 5 270 kg, son poids total en charge de 9 700 kg avec 2 300 kg. de bombes. Le, plafond du DB 3 F, grâce au compresseur dont cet appareil est muni, dépasse 10 000 m. Son rayon d’action est de 2 800 km.
- BOMBARDIERS EN PIQUÉ
- AR 2 Le -bimoteur de combat léger et bombardier en piqué AR 2 est équipé de deux moteurs Mispano Y 50. Sa vitesse maximum { ne dépasse pas 450 km/h. L’AR 2 | est armé de 3 mitrailleuses mobi-i les. Son équipage comporte 3 ou 4 hommes. Il peut emporter 800 kg de bombes. Son envergure est de 23 m et sa longueur de 14 m.
- PE 2 Le bimoteur de combat léger et bombardier en piqué PE 2 est équipé de deux moteurs M 105 de 1200 ch. Son envergure est de 17,2 m. Savitessemaxi-mum est de 540 km/h à 5000 m. Son équipage est de 3 hommes. L’appareil sst puissamment blindé et peut emporter une charge im-o orta n t#> A r>
- AR 2
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- SCIENCE ET VIE
- BOMBARDIER LOURD _________________________
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- TB 7 <>t a ppareil, de 36 in d’envergure, a un rayon d’action de 4 000 km. Sa vitesse maximum est de 450 km/h et son poids total dépasse 22 tonnes. L;armement est réparti en 3 tourelles et à P arrière de chacun des fuseaux moteurs se
- trouve un poste de mitrailleur.
- soit sous les plans, soit dans les casiers à bombes du fuselage. Il est, bien entendu, équipé de sièges blindés (tôles de 9 mm) et le pare-brise est à Tépreuve des balles. La réserve de carburant de l 500 litres est répartie entre onze réservoirs logés dans l'aile et dans le fuselage, entourés — comme d’ailleurs les réservoirs de lubrifiant — de caoutchouc spongieux se gonflant au contact de l’essence. Si celle-ci s’écoulait, par suite de l’atteinte d’une balle, le gonflement du caoutchouc obturerait automatiquement l’orifice. En outre, pour éliminer les dangers d’incendie, l’atmosphère au-dessus du carburant, dans les réservoirs, est constituée par un gaz inerte, de l’azote.
- Le PE 3 est une amélioration du PE 2.
- Il existe un autre tyne de bombardier en piqué russe : c’est le AR 2, dérivé du SB 2 (comme le DB 3 F), mais ses performances sont inférieures à celles du PE 2.
- Les avions d’attaque au sol
- C’est dans cette branche que l'aviation russe excelle. Le « Stormovik » a une réputation mondiale. « Schtourmovik », qui signifie cc avion d'assaut » (on utilise aussi la désignation BSch,
- abrégé de Bromiroüni Schtourmovik : avion d’assaut blindé) est employé pour désigner deux types d’appareils dérivés Lun de l’autre, le IL 2 et le IL 3, construits par l'ingénieur russe Illiouchine.
- Le IL 2 est un monoplace monomoteur^ à aile basse, à roues semi escamotables, équipe d un moteur AM 38 de l 200 ch de 12 cylindres en V. Il est équipé de 2 canons de 32 mm et de 4 mitrailleuses, ou de 2 mortiers a obus-fusees et de 4 mitrailleuses. Il peut emporter 400 kg de bombes. Sa vitesse maximum est comprise entre 450 et 500 km/h. Il est très fortement blindé. Une de ses caractéristiques est la plaque de blindage mobile du radiateur que le pilote sort au moment de l’assaut et relève ensuite pour rendre au moteur son refroidissement normal.
- Le IL 3 est une version biplace du IL 2 équipée d’un canon à l'arrière. Bien que ses performances soient un peu inferieures a celles du IL 2, du fait de l’alourdissement de la cellule, le IL 3 est de plus en plus employé en raison de sa bonne défense arrière.
- Généralement les groupes de Stormovik comprennent une escadrille d appareils a mortiers et une escadrille d’appareils équipés de canons.
- Pierre ARMONT.
- La marine marchande française comptait, au 1er juillet 1939, 2 900 000 tonneaux de jauge brute. Les pertes par fait de mer ou de guerre, les prises allemandes et japonaises, les réquisitions et ventes alliées ou neutres ont réduit la flotte commerciale française actuellement sous notre pavillon à 850 000 tonneaux (un peu moins de 30 %). Encore 125 000 tonneaux sont-ils âgés de plus de 25 ans et à remplacer dans le plus bref délai.
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- LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES
- par Paul CHAUCHARD
- Directeur-adjoint du Laboratoire de Neurophysiologie de l'Ecole des Hautes Etudes (Sorbonne).
- J e cerveau est l’organe de la pensée : la question est hors de discussion. Mais, pour assurer le jeu complexe de notre psychisme, y a-t-il fonctionnement global de toute la masse cérébrale ou, au contraire, parmi les milliards de cellules nerveuses, de neurones que renferme l’écorce cérébrale, certains groupes sont-ils spécialisés dans l’exercice de telle faculté, formant ainsi des aires fonctionnelles repérables sur une carte du cerveau? C est là le problème des localisations cérébrales qui a suscité et suscite encore des discussions passionnées parmi les physiologistes. Les idées les plus contraires ont été soutenues, basées sur des observations et des expériences précises, mais d’interprétation délicate. Cette question passionnante touche à l’énigme des rapports de l’esprit et de la matière sans d’ailleurs en apporter la solution, car le même argument scientifique a pu servir aux uns pour étayer une conception matérialiste, aux autres une conception spiritualiste. Il est donc
- possible à tous d’y réfléchir sans parti pris.
- ATTACHER l'intelligence à l'activité matérielle d'un de nos organes, le cerveau, est une idée très ancienne, puisqu 'elle remonte aux philosophes-naturalistes de la Grèce antique, fut soutenue par le grand anatomiste Galien et que Descartes en faisait très heureusement état. Mais la démonstration ne fut pleinement donnée qu’au dix-neuvième siècle, grâce à l'expérimentation sur l'animal et à l’étude soigneuse des maladies nerveuses. Les imaginations se donnèrent libre cours pour expliquer les processus matériels du fonctionnement nerveux, la nature de ces mystérieux « esprits animaux » cheminant dans les centres et les nerfs, jusqu'au jour assez récent où la nature électrique de l’influx nerveux fut démontrée. En ce qui concerne la vie psychique dans ses rapports avec le cerveau, comme le faisait déjà remarquer voici cent ans l'anatomiste Bourgery, tf deux théories inverses et contradictoires, quoique avec une égale prétention de s’appuyer sur les faits, se partagent les savants. Tandis que les uns croient pouvoir localiser chaque fonction dans un point ou un organe particulier du cerveau, les autres pensent que toute fonction intellectuelle émane de la masse entière cérébrale, * une et solidaire dans toutes ses manifestations. » L’idée localisatrice apparaît déjà avec Galien. Le spiritualisme scholastique de saint Thomas, qui considère l’âme comme le principe d’unité de l’individu, in’était pas favorable à la thèse localisatrice; il en fut tout autrement du spiritualisme cartésien pour lequel l'âme est une force agissant sur le coros, ce qui conduit naturellement à rechercher l’endroit où ce principe agit, ce que Bergson nomme le point d’insertion de l’esprit dans la matière : aussi nombreux furent ceux, aux dix-septième et dix-huitième
- siècles, qui crurent trouver le siège de l’âme, à commencer par Descartes, lequel invoque l’épiphyse, sans aucune preuve expérimentale. On connaît la phrase de Broussais qui ne rencontra jamais « l'âme sous son scalpel ». Fallait-il en conclure, comme il le fit alors, que l’âme n’existe pas et que tout est matière? 11 eût été plus sage de dire simplement, en s’en tenant au fait, que l’âme n’est pas localisable.
- Cependant, en ce début du dix-neavième siècle, on connaissait des localisations nerveuses. Depuis Galien, on savait que certaines lésions siégeant en tel endroit des centres provoquent certains troubles (paralysies ou pertes de sensibilité) ; les médecins avaient reconnu que, dans les atteintes cérébrales, il survient une paralysie du côté opposé du corps et le premier des neurophysiologistes modernes, Pourfour du Petit, avait réalisé de telles paralysies sur l’animal.
- C'est l’anatomiste Gall qui, vers 1810. fut le vrai fondateur de la doctrine des localisations cérébrales, soutenant, comme le dit Lhermitte (I), « que le cerveau n’est pas constitué comme les viscères communs par la juxtaposition de pièces de structure uniforme et dotées d'égales fonctions ; tout au contraire, le cerveau apparaît comme un organe hétérogène, c’est-à-dire composé d'autant de systèmes particuliers qu’il exerce de fonctions distinctes. » 11 ne s’agissait plus de localiser l'âme, mais ses diverses facultés. Mais Gall n’apporta pas de preuve sérieuse de son idée ; il en tira une application pratique abusive et fantaisiste, phrénologie qui recherche les aptitudes psychiques par la position des bosses
- (1) J. Lhermitte : Les mécanismes du cerveau. Gallimard, 1938.
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- du crâne, dites correspondre à des parties plus développées du cerveau.
- Aussi Flourens, sérieux expérimentateur qui, par ses ablations de cerveau, surtout chez le tpigeon, avait prouvé le rôle de cet organe pour l'intelligence, n'eut pas de peine à faire triompher l’idée qu'il en avait tirée que le cerveau est un tout homogène.
- La question rebondit en 1861 quand Broca découvrit des lésions localisées dans le cerveau d’un malade qui avait eu des troubles de la parole : il soutint l’existence d’un centre du langage.
- En 1870, débute 1ère moderne : Fritsch et Hitzig observent que l’excitation électrique de certains points bien déterminés de la surface du cerveau déclenche des mouvements dans diverses régions du corps : démonstration définitive de localisations pour la motricité cérébrale. 11 en résulta de multiples expériences qui, combinées aux observations des
- neurologistes, dans les maladies, permirent, à la fin du siècle, de dresser une carte des localisations cérébrales. En même temps, les progrès de l’histologie, la découverte, grâce à Ramon y Ca-jal, de la constitution exacte de la cellule nerveuse ou neurone avec son corps cellulaire et ses divers prolongements dont le principal est l’axone, permettaient de comprendre la structure exacte des centres nerveux.
- La carte du cerveau présentait encore bien des blancs; était-ce manque d’exploration et devait-on un jour pouvoir y localiser toutes les fonctions psychiques? On essaya surtout pour le langage, et Charcot, fervent localisationniste, admettait de multiples centres pour la compréhension et l'exécution du langage et de l’écriture.
- Le vingtième siècle a amené la crise de cet hyperlocalisationnisme : en 1906, Pierre Marie s’attaquait au centre du langage de Broca, montrant que les troubles de la parole s’accompagnent toujours de lésions cérébrales étendues.
- Aujourd'hui enfin, s’iil n’est pas possible de nier l’existence de certaines localisations cérébrales concernant la réception des messages sensoriels ou l’exécution des ordres moteurs volontaires, la discussion persiste aux autres points de vue et spécialement pour l’activité psychique elle-même. Il reste des localisationnistes qui pensent qu’un jour la carte cérébrale n’aura plus
- de blancs : ce sont surtout des anatomistes, comme C. et O. Vogt, Kleist, O. Foerster ; mieux encore, Hasskoverk, Küppers croient possible de localiser un centre du moi, vrai retour à Descartes.
- A l’opposé, les antilocalisationnistes (avec la restriction indiquée) sont nombreux parmi les physiologistes et cliniciens : beaucoup pensent comme K. Goldstein, fondateur de la « Ganz-hcitstheorie », la « théorie de la totalité », que le système nerveux est un appareil où toutes les pièces se tiennent et qui travaille toujours
- dans sa totalité. « Une fonction, écrit Lhermitte, ne s’encadre point dans une structure, car la fonction est un processus dynamique qui met en branle le système nerveux et l’organisme dans sa totalité. Une surface corticale donnée se caractérise seulement par l’influence qu’exerce sa structure spéciale sur le processus total... Localiser consiste essentiellement à situer une chose dans l’espace ; s’il est légitime de le faire pour une structure ou une lésion, c est vanité que d'essayer de le tenter pour une fonction, et commettre un énorme contresens de vouloir emprisonner dans une forme cette chose ailée et fuyante qu’est l’esprit. » Signalons parmi ceux qui ont contribué à faire reculer le locali-sationnisme exagéré, Lashley qui a soigneusement analysé le comportement de rats après lésions cérébrales variées, et le psychologue Bergson qui s’est livré à de judicieuses critiques. On arrive ainsi à une conception intermédiaire, qui cherche à retenir la part de vérité contenue dans les deux thèses opposées, et qui paraît plus proche de la complexe réalité.
- L'exploration du cerveau
- Des procédés d’exploration assez variés nous renseignent sur la nature de l’architecture et du fonctionnement de l’écoce cérébrale, mettant en évidence les particularités de chacune de ses parties ; nous allons les passer en revue.
- Les observations anatomiques
- L’intelligence est reliée au poids du cerveau, donc au nombre des neurones (ou cellules nerveuses) qui le composent. Mais la relation est
- Poids de l'encéphale ( en grammes)
- Ho^
- Poids du corps
- 7000 10.000 700.000 7.000.000 (en or dm mes)
- i i i . j
- FIG. 1. — EXISTE-T IL UNE RELATION ENTRE LE POIDS TE l’ENCÉ-PHALE ET L’INTELLIGENCE ?
- Sur ce tableau, dû à L. Lapicque, on a comparé, pour éliminer Vinfluence du poids du corps, des animaux de constitution analogue, mais de tailles différentes, par exemple le Lion et le Chat, la Souris et le Hat, etc. Eu unissant les points obtenus deux à deux, il est remarquable qu'on obtienne des droites parallèles entre elles. Le niveau de chaque droite peut être caractérisé par un chiffre qui indiquera, en quelque sorte, la valeur du développement cérébral. On trouve ainsi pour le « coefficient de cépha-lisation » : 0,06 à 0.09 pour le Rat et la Souris; 0,18 pour l’Hippopotame, 0,37 pour le Chat, le Chien et le Lion; 0,3 à 0,4 pour les Singes ordinaires; 0,7 • à 0,8 pour les Singes anthropoïdes
- et 2,73 pour l’homme.
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- L E S LO G ALI S A LIONS GEUEB U ALES
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- complexe, en raison de l’influence perturbatrice du poids du corps qui, en augmentant, accroît le poids du cerveau sans que l’intelligence augmente. Dans la formule qui relie le poids du cerveau au ipoids du corps (Eug. Dubois, L. La-picque), intervient un « coefficient de céphalisa-tion » d’autant plus grand que l’animal est plus intelligent (fig. 1).
- L’épaisseur de l’écorce cérébrale et sa surface augmentent avec l’intelligence; la surface est accrue par les circonvolutions cérébrales (fig. 2).
- Du point de vue de sa structure intime, chaque hémisphère comprend une écorce ou cortex de substance grise, où siègent les corps cellulaires et les multiples contacts entre fibres et corps cellulaires ou synapses, et, plus profondément, de la substance blanche constituée par les faisceaux de fibres issues des corps cellulaires précédents oi allant vers eux. La substance blanche est purement co nduet r ice ; c’est le cortex gris qui a le rôle f'o nd a m e n tal dans le fonctionnement psychique. Plus profondément, dans chaque hémisphère, sont des noyaux gris centraux qui ont un rôle coordinateur important pour la motricité ou la sensibilité, mais fonctionnent de façon automatique et inconsciente (voir figure 7 B).
- Le cerveau de l’homme contient 9 milliards de neurones. Dans l’écorce cérébrale, les uns envoient leurs axones en dehors de l’hémisphère, à grande distance, par exemple jusque dans la moelle épinière au contact des neurones moteurs périphériques; d’autres, très nombreux, unissent les diverses parties du même hémisphère.
- L’examen plus approfondi montre que, sur des coupes, il existe une structure différente pour chaque partie des hémisphères. Baillarger, Campbell l’avaient signalé. C’est surtout aux études fines de l’histologie moderne qu’on doit une bonne connaissance de l’architecture cellulaire des diverses régions corticales : une science nouvelle s’est créée l’architectonie cérébrale pour laquelle a été édifié un institut près de Berlin. Grâce aux efforts de K. Brodmann qui donna, en 1909, le premier atlas de coupes, de C. et O. Vogt, de von Economo et Kokinos, etc... nos connaissances ont bien progressé, et le cerveau nous apparaît comme une mosaïque de territoires de structure différente, avec souvent des limites très strictes, des modifications brusques. Les résultats les plus intéressants sont ceux de la cytoarchitectonie, qui concernent la disposition des corps cellulaires : ils sont complétés par les études de myéloarchitectonie, portant sur les fibres; de paliométrie, relatifs à l’épaisseur de l’écorce. Chaque zone possède même une vasculaiisation relativement indépendante. Enfin, l’extension des recherches à divers animaux permet des constatations intéressantes, par exem-
- ple, l’absence de certaines cellules nerveuses dans le lobe occipital de Singes nocturnes sans vision des couleurs, ce qui permet d’attribuer à ces cellules cette fonction. On peut aussi suivre le développement embryologique de ces structures.
- Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans des détails de structure ; indiquons simplement à titre d’exemple que la majeure partie de l’écorce comprend 6 couches superposées, dont certaines manquent tandis que d’autres se dédoublent ou augmentent d’importance dans certaines zones. Ces champs corticaux, ou aires corticales, ne concordent pas exactement avec les circonvolutions de I anatomie descriptive, a Ce sont en quelque sorte, nous dit R. Collin (1), des sous-organes de i écorce cérébrale ». On a reconnu 120 aires par hémisphère. L’observation, anatomohistologique nous apporte ainsi la démonstration de localisations cérébrales structurales, et on comprend que les a n a t omi st e s soient les meilleurs défenseurs actuels de la thèse localisa-tionniste.
- Les méthodes d'excitation
- La principale propriété des cellules nerveuses est leur ex-citabilité. Elles entrent en fonctionnement sous l’effet de multiples causes extérieures qui, toutes, ont pour effet de perturber leur surface externe, amenant une dépolarisation électrique de cette surface normalement chargée positivement dans toute cellule vivante. C’est la propagation active de cette dépolarisation le long de toutes les fibres du neurone qui constitue précisément l’onde d'influx nerveux, phénomène essentiel de l’activité neuronique. 11 faut'insister sur le fait que la cellule ne subit pas passivement la dépolarisation, mais qu’elle fait intervenir tout son chimisme pour empêcher et compenser le phénomène; les caractères de l’excitabilité et de la propagation de l’influx sont ainsi liés à la vitesse fonctionnelle cellulaire (2).
- Pour connaître les fonctions des neurones cérébraux, on peut donc les exciter. L’excitant de choix est l’électricité, mais on a pu aussi utiliser des excitants chimiques, par exemple la strychnine appliquée localement en divers points du cerveau. On constate que l’excitation ne s’étend que dans certaines aires et ne se généralise pas; il existe des différences de sensibilité entre les aires. Enfin, on peut aussi étudier l’activation des aires cérébrales par des influx nerveux cen-
- (1) R. Collin : « L’organisation nerveuse ». Albin Michel, 1944.
- (2) Voir : « Le système nerveux et ses inconnues (P. Chauchard). P. Univ. de France, 1941, et « La machine nerveuse (L. Lapicque). Flammarion, 1943.
- Scissure de Ro/an do
- Lobe frontal
- L obe pariétal
- Lobe occipital
- Lobe temporal
- FIG. 2. — LES CIRCONVOLUTIONS CÉRÉBRALES
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- IVi
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- tripètes, des excitations sensitives ou sensorielles.
- La difficulté de la méthode est l'impossibilité d’exciter des neurones isolés et l’absence de réponse visible dans beaucoup de zones cérébrales. Seules sont localisables ainsi les zones motrices qui déclenchent un mouvement et, chez l’homme, les zones sensitives ou sensorielles dont l’excitation fournit une sensation rapportée à tort au domaine périphérique correspondant. Les plus récents progrès permettent de prendre comme test l’influx nerveux même provoqué par l’excitation, ce qui contribuera à accroître nos connaissances sut les connexions des divers neurones, mais assez peu sur leur rôle.
- La méthode d’exqi tation électrique a permis de localiser le6 neurones corticaux de la motricité volontaire; leur excitation chez l’homme, au cours d’opérations, entraîne la sensation que le mouvement est voulu. Dans ces opérations, le .sujet est laissé éveillé, le'tissu cérébral n’étant nullement douloureux.
- Tous les muscles volontaires, y compris ceux de la voix, ont leur représentation cérébrale, et également on a pu localiser sur le cerveau certains centres de la
- motricité involontaire du domaine viscéral.
- Depuis que nos connaissances sur l’excitabilité électrique ont progressé, surtout grâce aux travaux de L. Lapicque et de son école de la 3orbonne, on sait que chaque élément anatomique, en particulier chaque neurone, possède une vitesse ohysdologique propre que l’on peut apprécier par mesure du temps d’excitation qui le caractérise : un élément lent demande un courant nrolongé pour l’exciter, un élément rapide se satisfait d’un courant bref. Sur la loi d’excitabilité en fonction du temps (fig. 3), on peut mesurer un point caractéristique, la chronaxie, qui sera proportionnelle à la vitesse cellulaire et permettra de l’apprécier et de caractériser l’élément. La chronaximétrie a été appliquée aux neurones cérébraux depuis une vingtaine d’années par A. et B. Chauchard ; elle permet de déceler des différences entre groupes de neurones : ainsi, les neurones cérébraux correspondant aux muscles antagonistes des membres (extension et flexion) ou du larynx ont une chronaxie double les uns des autres. Cette différenciation chronaxique des centres moteurs est de grande importance, car L. Lapicque a montré que la transmission des influx entre
- FIG. 3. — LA LOI D'EXCITABILITÉ d’üNE CELLULE NERVEUSE
- Si Von emploie comme courant excitateur de la cellule le courant continu fourni par une pile et lancé brusquement dans le nerf, deux facteurs règlent l’efficacité de ce courant, son intensité et sa duree. Au-dessous d’un minimum d’intensité, î, l’excitation est inefficace quelle que soit la duree de passage du courant. Cette intensité est la «rhéobase ». Au-dessus, un neurone rapide A se distinguera d’un neurone lent B en ce que la durée minimum pendant laquelle un courant d’intensité donnée doit agir pour obtenir une réponse de la cellule nerveuse, est plus petite pour A que pour B. On peut caractériser pratiquement les qualités d’une cellule nerveuse en mesurant le temps minimum pendant lequel doit agir un courant continu d’intensité double de la rhéobase. C’est la « chromaxie » (tA pour le neurone A, tB pour le neurone B).
- neurones exige l’égalité de chronaxies. L’exécution correcte d’un mouvement nécessite une excitation d’un groupe musculaire et l’inhibition des antagonistes ; elle ne sera possible eue parce que l’influx sensitif ou l’ordre cérébral, origine de la réponse motrice, pourra s’aiguiller vers les muscles voulus et eux seuls, ce que permet la différence des chronaxies.
- La chronaximétrie cérébrale a, de plus, montré que les chronaxies des neurones cérébraux ne sont pas fixes, mais perpétuellement changeantes sous l’effet des multiples messages sensitifs qui
- parviennent au cerveau éveillé. Il ne serait possible de dresser une carte chronaxique qu’à un moment donné; les localisations chronologiques ainsi définies changent de place d’un instant à l’autre, permettant les aiguillages variables, basedu fonctionnement cérébral.
- Dans certaines circonstances, par exemple dans l’ivresse, se produit un nivellement avec stabilisation des chronaxies cérébrales, d’où l’in-c o ordination motrice et mentale; ce phénomène peut se produire soit avec diminution des chronaxies, donc excitation, soit avec augmentation, donc dépression de i activité cérébrale; ce dernier cas se réalise dans le sommeil naturel ou les divers états de sommeil, notamment l’anesthésie chirurgicale où les chronaxies cérébrales commencent par augmenter, puis où le cerveau devient inexcitable. Ces changements de chronaxie dépendent de modifications du niveau de la polarisation superficielle des neurones (Monnier), elles-mêmes liées à des modifications du chimisme, du métabolisme, et notamment de la respiration cellulaire.
- Ainsi, de même que l’histologie, la chronaximétrie nous permet de différencier les neurones cérébraux, mais il s’agit d’un phénomène labile modifiable suivant les besoins. Cette méthode peut aussi nous renseigner sur les connexions neuroniques : en effet, quand une influence perturbatrice s’exerce sur le corps cellulaire d’un neurone l’ensemble du neurone a sa chronaxie modifiée, ce qui n’est pas le cas quand l’effet s exerce sur une fibre nerveuse.
- De telles explorations nécessitent en général la mise à nu de l’écorce cérébrale et l’utilisatio» de sujets ^éveillés, puisque les anesthésiques ou hypnotiques changent les chronaxies. Il suffit d’insensibiliser localement pour l’ouverture de la peau, la trépanation et l’ablation de la dure-
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- LES LOCALISATIONS CEREB R ALES
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- mère, seuls temps douloureux. Chez les rongeurs, l’os est assez mince pour que l'exploration soit possible sur la peau au-dessus de Los intact; chez le chien, on peut enlever l*os et suturer la peau par-dessus la dure-mère ; l’animal peut servir à volonté sans opération nouvelle.
- 11 est possible d’aborder le problème des localisations cérébrales en utilisant une excitation naturelle, les messages sensitifs ou sensoriels : c’est la méthode des réflexes conditionnés de Pavlov qui permet une remarquable exploration de l’écorce cérébrale. Elle repose, on le sait, sur le même principe que le dressage. Un animal salive quand il a un aliment savoureux dans la bouche : c’est un réflexe ordinaire banal ; faisons un certain nombre de fois retentir une sonnerie en même temps qu’on donne l’aliment, bientôt la seule sonnerie suffit à faire saliver : le message auditif correspondant à la sonnerie est maintenant aiguillé dans les centres vers les nerfs salivaires.
- Le fonctionnement des réflexes conditionnés repose sur le jeu de processus d'excitation et d'inhibition dans l’écorce cérébrale. Le message sensjtif met en activité certains neurones, tandis que les neurones voisins sont inhibés; des messages sensitifs très voisins, une autre sonnerie qui n’a pas été associée avec i’aliment, déclenche de l’inhibition. On peut ainsi se représenter l’écorce cérébrale en fonctionnement comme présentant des alternances de zones en activité et au repos, ces zones se replaçant sans cesse. C’est l’image que nous donnait déjà la chronaximétrie. D’ailleurs, 1 alliance des deux techniques est possible : la mesure de chronaxies corticales au cours de réflexes conditionnés. Elle a donné des résultats satisfaisants. Au lieu de ne constater fl’inhibition aue par l’impossibilité de déclencher certains réflexes, on note une augmentation de chronaxie. G.haque organe des sens tient sous sa dépendance la partie de cerveau auquel aboutissent ses nerfs et l’ensemble fonctionne comme un analyseur qui aiguille ensuite vers la partie du cerveau donnant la réponse adéquate.
- Le sommeil apparaît ici comme une inhibition brusquement étendue à toutes les aires cérébrales. Inversement, on peut obtenir des processus d’excitation généralisée, des crises d’épilepsie.
- Les méthodes destructives
- Au lieu de noter des effets d’excitation élective des aires cérébrales, on peut procéder à des
- paralysies ou des destructions de ces aires sur l’animal, ou rechercher les rapports entre les symptômes présentés par un malade et les lésions nue révèle l’autopsie. Les opérations de neurochirurgie donnent également des renseignements précieux : on a pu enlever chez l’homme jusqu’à un hémisphère entier (Dandy). Les destructions se font, soit par curetage, ablation ou électrocoagülation ; les paralysies transitoires peuvent être causées par le froid pu une substance chimique, la cocaïne par exemple.
- Les résultats de telles méthodes doivent être discutés avec soin, en raison de la possibilité de suppléances par les régions saines qui font
- croire à l’inutilité de la zone lésée, en raison aussi des répercussions souvent lointaines des lésions : une tumeur, par la compression qu’elle entraîne, peut perturber le fonctionnement de parties très éloignées du cerveau : les lésions frontales peuvent atteindre les fibres qui relient les deux hémisphères, d’où d’importants troubles qui ne doivent pas être rattachés aux seujs neurones corticaux lésés.
- Nous avons deux tests d’observation : 1 °
- un test physiologique, l’observation du trouble fonctionnel, soit une paralysie, sojt une zone insensible, la perte d une partie d’un champ visuel. 11 est spécialement intéressant d observer le comportement des animaux après lésions, surtout de ceux qui sont dressés par reflexes conditionnés, ou d’analyser les fonctions psychiques des malades cérébraux, surtout le langage avec ses diverses modalités (parole, compréhension et exécution, musique, écriture et lecture). 11 ressort de telles méthodes que des destructions très importantes dans certaines régions des hémisphères, surtout en général à droite, n’altèrent pas beaucoup l’intelligence; 2° le second test est histologique : après une destruction des corps cellulaires, les fibres nerveuses dégénèrent et on peut suivre leur trajet, ce qui renseigne sur les connexions des diverses aires cérébrales et peut ainsi éclairer indirectement sur leurs fonctions.
- L'enregistrement des ondes cérébrales
- C’est la technique la plus récente et l’une des plus fructueuses, encore en plein développement En dehors de l’émission d’influx, les neurones sont le siège de fluctuations incessantes de la valeur de leur polarisation électrique superficielle, variations non propagées à distance et de faible
- A
- Lumière
- C
- F!G. 4. — QUELQUES TYPES d'ÉLECTROENCÉPHÀLOGRAMMES
- Venregistrement A traduit la réponse générale du cerveau à Véclai-revient d’un écran observé par un sujet au repos : les ondes lentes sont interrompues pour faire place à des ondes plus rapides et de plus faible amplitude lorsque la lumière est faite; elles reprennent quand l’obscurité est rétablie. L’enregistrement B montre la réponse locale de la zone visuelle lors de la même expérience; on notera les effets de début et de fin. La courbe C montre la réponse locale de la zone auditive à deux claquements de crécelle. (D’après Bfemer.)
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- amplitude. Inexistence de nombreux neurones dont les oscillations peuvent plus ou moins se synchroniser permet de recueillir une activité électrique globale notable de l’écorce cérébrale qui est le reflet fidèle du fonctionnement des neurones, de leurs alternances d’excitation, et d’inhibition. Gardons-nous d’en inférer qu’on "" enregistre ainsi la pensée. 11 s’agit simplement d’un processus matériel important du fonctionnement neuronique, qui sert de façon mal connue de substratum à la vie psychique. Cette activité a été assez anciennement décelée (Caton, 1875), mais elle n’est l’objet de recherches suivies que
- d’autres procédés d’exploration fondés sur d’au très phénomènes de l’activité neuronique qu; joueront peut-être un plus grand rôle dans l'avenir : le thermogramme, qui note les minimes variations de température dues à l’activité des aires cérébrales sous l’influence et de l’accroissement du métabolisme (chaleur nerveuse), et de la vasodilatation concomittante : on a pu ainsi enregistrer avec des sondes thermoélectriques sensibles l’activité spécifique du centre olfactif. 11 est également possible, à l’aide d’une méthode électrique, de noter les modifications de la teneur en oxygène, donc l’activité métabolique dans le
- (Membre infr s Membre supC Tête et Cou \
- , Membre inf*-Membre sup! ' Tête et Cou
- Sensibilité
- cutanée
- )Pédoncule J olfactif
- Vfaction
- Quadrant infi Quadrant supC
- Audition
- Rétine
- FIG, 5. — LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES
- A, Face externe de l’hémisphère; B, face interne. Ko, scissure de Rolando; Sy, scissure de Sylvius; Cal, scissure calcarine. F, lobe frontal; P, lobe pariétal; T, lobe temporal; O, lobe occipital. On n’a indiqué sur cette figure schématique que les principales localisations motrices et sensitives ou sensorielles.
- depuis les travaux de H. Berger (1929) (1). Nous limitant à la contribution que cette méthode apporte au problème des localisations cérébrales, nous ne parlerons pas de Y électroencéphalo-
- framme global recueilli sur le crâne intact. Si on dispose les électrodes réceptrices sur la surface de l’écorce, on peut obtenir deux sortes de renseignements :
- 1° Chaque aire corticale, telle que la définit l’arc h itec tonie, possède une activité électrique caractéristique que Kornmüller, qui la mit en évidence, appelle « Feldçigenstrome ». 11 y a brusque modification au passage d’un champ à l’autre. Au cours de l’activité de l’aire, l’enregistrement électrique permet de saisir des différences régionales et des répercussions sur certaines aires associées.
- 2° On peut saisir par cette méthode l’arrivée dans l’aire réceptrice corticale d’un message sensoriel ou l’émission d’influx moteurs : quand, sous l’effet d’un son, un message sonore arrive à l’écorce auditive, il y a des ondes de fort voltage marquant le début et la fin du message ; entre temps, l’activité de repos de l’écorce est modifiée ffig. 4). L’action ne se fait sentir que dans l’aire correspondante. Au cours de la mastication volontaire chez le lapin, on note une intense activité électrique de l’aire motrice correspondante.
- Ajoutons que si cette méthode électrique est la plus employée et la plus intéressante, l’influx étant un phénomène électrique, il y a place pour
- (1) Voir : Delay : « Les ondes cérébrales et la psychologie. » Pr. Universitaires de France 1942.
- cerveau, méthode utilisée tout récemment en Amérique (Bronk).
- La carte du cerveau
- Quelles sont les fonctions que, grâce à l’emploi des diverses techniques précédentes, il a été possible de localiser au niveau de l’écorce cérébrale, et quels en sont les emplacements? C’est avant tout ce qui répond à une base anatomique obligatoire, d’une part les neurones qui commandent la motricité volontaire de nos principaux muscles, d’autre part les neurones corticaux situés aux points d’arrivée des fibres sensitives ou sensorielles et servent en conséquence à la réception de ces messages et à l’élaboration de la sensation (fig. 5).
- Les grandes cellules pyramidales psychomotrices responsables de la motricité volontaire ont leurs corps cellulaires échelonnés le long de la circonvolution frontale ascendante, en avant de la scissure de Rolando. Ils envoient leurs axones aux neurones moteurs périphériques situés dans la moitié opposée de la base de l’encéphale (motricité de la face) ou de la moelle, d’où le fait que la paralysie sièt?e du côté opposé à la lésion cérébrale. Vraisemblablement, chaque neurone périphérique a son neurone cortical. La topographie des localisations représente un homme couché la tête en bas c’est-à-dire que les muscles de la face, de la langue, du larynx, les muscles masticateurs sont commandés par les neurones inférieurs; plus haut sont les centres de la main, très étendus, puis ceux de l’avant-bras. du bras, de l’épaule. plus réduits en éten-
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- LES LOCALISATIONS CEEEBEALES
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- due, car leurs mouvements ont besoin de moins de précision; enfin, les centres du membre inférieur.
- La sensibilité tactile au sens large : sensibilité cutanée (tact, froid, chaud, piqûre), sensibilité musculo-articulaire, origine du sens des attitudes et du sens du relief (stéréognosie, reconnaissance des objets par palpation), est centralisée dans la circonvolution pariétale ascendante en arrière de la scissure de Ro-lando, et les zones se correspondent comme niveau avec les zones motrices.
- Les fibres tactiles viennent aussi du côté onnosé du corps.
- La zone auditive est située dans la première circonvolu-tion temporale, et les nerfs auditifs des deux côtés y envoient leurs fibres : pas de surdité dans les lésions unilatérales.
- La zone occipitale reçoit les messages visuels, chaque hémisphère étant relié à la moitié du même côté des deux rétines (fig. 6). La région centrale de la rétine (vision de grande acuité et vision des couleurs : foüéa) est reliée pour chaque œil aux deux hémisphères dans la partie postérieure du lobe occipital.
- L’odorat et le goût ont leurs centres à la face interne des hémisphères.
- Le développement embryologique et phylogénique (anatomie comparée) de rhémisphère correspond à ces diverses fonctions : le globe occipital apparaît en rapport avec la vision, le temporal avec l’audition, etc...
- Dans le reste du cerveau, les localisations sont moins nettes ; on peut dire que les neurones voisins des zones précédentes se spécialisent en raison de leur situation dans la coordination de l’activité des neurones précédents : la zone frontale en avant et au-dessous de l’aire motrice contient des centres moteurs, non de muscles isolés, mais de mouvements d’ensemble : muscles de la langue et du larynx pour la fonction vocale, mouvements conjugués de la tête et des yeux, préhension, marche, etc...; l’aire pariétale en arrière de la zone sensitive en centralise les messages donnant la sensation de l’objet que nous tenons avec toutes ses qualités, l’image de notre corps avec la position de toutes ses parties; la zone temporale se spécialise dans l’interprétation des messages auditifs; la zone visuelle dans celle de messages visuels, donnant la notion de couleur à partir de l’intensité relative des messages de bleu, de jaune et de rouge venant de la rétine, la notion d’image visuelle, etc... Une
- lésion de telles zones n’entraîne plus une paralysie ou une insensibilité, mais un trouble plus complexe : une apraxie, impossibilité de coordonner l’activité de ses muscles pour la préhension, une agnosie telle que l'astéréognosie, impossibilité de reconnaître un objet à la palpation.
- Ces centres coordinateurs jouent un rôle considérable dans la vie intellectuelle, car ils servent de base au langage : celui-ci dépend de l’inter-
- prétation de messages auditifs et exige la coordination des muscles de la voix ; il comprend en outre le langage écrit qui utilise l’interprétation de messages visuels (lecture) et la commande harmonieuse de certains muscles de la main (écriture). La commande de ces muscles nécessite la bonne interprétation des messages sensitifs qui en proviennent par l’aire pariétale. On pourra donc en théorie prévoir des troubles du langage très spéciaux : cécité verbale, impossibilité de reconnaître les signes écrits du langage qui apparaissent comme des taches sans sens comme si on ne savait plus lire, pour les lésions occipitales ; surdité verbale pour le lobe temporal : on ne comprend plus sa langue maternelle, on n’entend plus la musique; aphasie motrice, impossibilité d’émettre le langage articulé dans les lésions du pied de la troisième frontale; agra~ phie, oubli de l’écriture, etc... Mais, en raison de la prépondérance de la main droite, tous ces centres du langage sont situés uniquement dans l’hémisphère correspondant, c’est-à-dire le gauche (et inversement à droite chez les gauchers).
- champ mua
- Nerf
- moteur
- oculaire
- fig. 6.
- — LA DISPOSITION DES NERFS OPTIQUES AMENANT AUX CENTRES DU CERVEAU OCCIPITAL LES IMPRESSIONS REÇUES PAR LA RÉTINE
- Le trajet de ces nerfs explique les altérations du champ visuel observées dans les lésions de ces nerfs. Les schémas de droite montrent les altérations de ce champ. Un œil est rendu aveugle dans le cas d'une lésion interrompant les nerfs en a. Lorsque la lésion intéresse le chiasma, en b, la moitié interne de chaque œil est aveugle. Lorsqu’une voie centrale est atteinte, en c, c'est la moitié interne d’un œil et la .moitié externe de Vautre qui sont aveugles. Il en est de même dans le cas d'une lésion unilatérale de Vécorce cérébrale. Parfois, une lésion locale unilatérale, en d, peut donner la perte d’un seul quadrant du champ visuel.
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- SCIENCE ET VIE
- L'onpsstriâ Hémisphère cérébral
- Couche optique
- Ecorce
- Substance blanck
- Jubercufes bîjumeaux Cervôlet
- Protubérance lavité centrale lu/be ^floe/le
- Corps strié
- Couche optique
- Jubercuies quadrijumeaux^
- Pédoncule cérébral'
- Hoyau rouga' Protubfrance
- Bulbe
- fen?™ blanc) Cervelet
- B
- Cavité centrale ’oel/e
- Ecorce
- cérébrale
- FIG. 7. — LES CENTRES RÉGULATEURS DE L'ÉCORCE CÉRÉBRALE En haut, vue latérale schématique de l’encéphale chez un Poisson (A), et chez un Mammifère (B). En noir, les centres du sommeil, sous les noyaux gris centraux (couche optique et corps strié) et le noyau rouge. Le schéma C illustre la régulation des chronaxies des neurones moteurs. Les neurones régulateurs du cervelet et du noyau rouge sont représentés en trait plein; ils agissent sur le neurone moteur cortical et le neurone moteur périphérique médullaire. Les fibres sensitives sont dessinées en pointillé. M : neurones régulateurs accessoires médullaires.
- ce qui est à la fois une tendance innée et une question d’éducation. Ainsi, une lésion située à gauche sera bien plus préjudiciable à l’intelligence, et les ablations étendues de la neurochirurgie ne concernent que le côté droit. Ces centres coordinateurs sont bien moins nettement localisables que les précédents, et il est souvent difficile de relier exactement une lésion et un trouble. De plus, le langage lui-même exige la centralisation de tous ces centres, donc le fonctionnement de presque tout le cerveau, et il est rare de trouver des troubles localisés; en général chez les aphasiques, il existe de vastes lésions englobant notamment la région temporale, le bas de la zone frontale et des régions plus profondes
- situées au fond de la scissure de Sylvius. Le fonctionnement de notre intelligence liée au langage intérieur repose, non sur des localisations anatomiques précises, des neurones qui seraient des magasins d’images, mais sur des associations de neurones variables, assurant la marche de nombreux réflexes conditionnés. C’est grâce à une coordination de plus en plus poussée des messages variés de nos sens exigeant le jeu de tout le cerveau que se font les perceptions complexes, et la mémoire repose sur la reproduction des mêmes associations neuroniques sous l’influence d’un 'même message. Tout ceci est forcément très complexe, puisqu’il y a des milliards de neurones.
- En raison du développement puissant de la région préfrontale chez l’homme, on a voulu y localiser spécialement les fonctions psychiques; l’expérimentation n’a pas confirmé cette idée; les lésions de cette légion entraînent des troubles curieux du caractère : manque de volonté, impulsions, insociabilité, inconscience de l’état de maladie avec troubles affectifs.
- Parmi la masse des neurones cérébraux, tous ne sont pas employés également, d’où la possibilité de suppléances pour des lésions assez étendues, la possibilité de l’éducation. 11 faut songer que l’enfant, comme l’indigène australien, a les mêmes neurones en même nombre que le savant de pé-nie. Le tout est d’apprendre à s en servir. Mais, rançon du progrès, un individu intelligent, par exemple sachant plusieurs langues, sera bien plus sensible aux lésions cérébrales qu’un illettré.
- Ainsi, il ne faut pas espérer voir la carte du cerveau perdre tous ses blancs comme jadis la carte d’Afrique. On ne peut localiser strictement que les dispositifs de commande de la motricité et de réception de la sensibilité, à un moindre degré les centres coordinateurs. De gros progrès sont encore possibles, on arrivera peut-être à distinguer, parmi les neurones occipitaux ou temporaux, ceux qui permettent de reconnaître les couleurs, les fréquences sonores, etc..., mais jamais on ne localisera les fonctions psychiques qui réclament ir. lonc-tionnement harmonieux du cerveau entier.
- Le centre régulateur de l’activité cérébraie
- Plutôt que sur le jeu d’une mosaïque d aires autonomes, l’intelligence repose sur des associations variables de neurones reliant entre eux les analyseurs sensoriels et les centres psychomoteurs. Il doit donc exister une différenciation physiologique variable des neurones. La chro-naximétrie nous en apporte la preuve et elle nous explique comme quoi, en accordant ou désaccordant les chronaxies des neurones en con-
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- L E S LO G ALI S AT 10 N S CEREB R ALES
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- tact, on permet ou on empêche le passage de l’in flux de l’un à l’autre. Ces changements de chronaxie ne se font pas au hasard, mais sont remarquablement adaptés aux besoins, ce qui s’explique par le fait qu’il s’agit d’une autorégulation déclenchée par des messages sensitifs : la jambe étendue est prête à se fléchir parce que les messages de la sensibilité musculaire provoquent une répartition des chronaxies motrices qui ouvrira à l’influx sensitif ou à la commande volontaire la voie des muscles de flexion. Tout se trouve préparé à l’avance pour l’acte possible.
- Une telle régulation des chronaxies, c’est-à-dire, en fait, du degré de polarisation des neurones, suggère l’idée d’un centre régulateur, cabine d’ aiguillage des centres nerveux. Or, un tel centre existe, comme L. et M. Lapicque l’ont démontré en ce qui concerne les neurones périphériques. La base de l’encéphale, en arrière des noyaux gris centraux, renferme un centre qui peut modifier en sens varié les chronaxies neuroniques suivant les messages au’il reçoit. Cette modification traduit la subordination des neurones au centre ; aussi nomme-t-on ce phénomène la « subordination ». Le centre principal est situé dans le noyau rouge de la base du mesencéphale et tout le rôle régulateur du cer-velet sur la motricité s’expliquerait parce qu’il représente un centre régulateur supérieur des chronaxies agissant par l’intermédiaire du noyau rouge (fig. 7). Les recherches de P. Chauchard (1) lui ont permis "récemment de montrer que ces centres tenaient aussi sous leur contrôle les chronaxies des neurones de l’écorce cérébrale. Le noyau rouge a notamment pour rôle d’assurer entre neurones moteurs corticaux et périphériques l'égalité des chronaxies qui permet la commande volontaire, et vraisemblablement le même phénomène existe du côté sensitif pour la sensibilité consciente. Quand le centre ne fonctionne pas, les chronaxies cérébrales sont hautes et très différentes des chronaxies périphériques ; de plus elles se différencient, s’égalisent et deviennent constantes. D’ où un ralentissement des fonctions cérébrales avec incoordination, perte de la volonté et de la conscience, ce qui caractérise le sommeil. Cet état dépend donc d’un arrêt fonctionnel du centre régulateur de l’activité neuronique. Au contraire, quand le centre est actif, les neurones cérébraux ont leurs chronaxies abaissées au niveau des chronaxies périphériques, véritable insertion dans le monde extérieur ; elles sont variables et dissemblables, d’où la possibilité d’aiguillages adaptés, base du psychisme.
- Cette conception nouvelle amène à faire dépendre la vie psychique de l’activité régulatrice d’un centre situé en dehors de l’éporce cérébrale, dans la base de l’encéphale. Or, une telle idée n’est pas nouvelle. Les neuropathologistes avaient insisté sur le fait que le cerveau devait, comme les autres organes, être soumis à la commande d’un centre, et J. Camus pensait que ce centre devrait être situé dans la base de l’encéphale, région où sont les centres régulateurs supérieurs de l’activité des viscères. On a donné diverses preuves du rôle de cette région dans la régulation du psychisme. Les plus intéressantes concernent l’existence d’un centre du sommeil à la base de l’encéphale; l’épidémie d’encéphalite léthargique de la fin de la dernière guerre permit à V. Economo de reconnaître que la somnolence de cette maladie venait de lésions de la base de l’encéphale (fig. 7), et, depuis, on a pu exciter cette région par des moyens variés et obtenir un sommeil expérimental. D’autres lésions voici) P. Chauchard : Revue Scientifique, 80, 424, 1942.
- sines causent, non le sommeil, mais un état de rêve, des hallucinations (Lhermitte). Cette même région paraît aussi le siège des instincts pri^ mitifs, base de l’inconscient dont l'importance est si grande dans le rêve (Freud). 11 est vraisemblable que l’inhibition cérébrale que déclenche ce centre du sommeil se réalise par suppression de l’influence du centre régulateur des chronaxies sur le cerveau.
- L’importance du sommeil pour le psychisme a été soulignée récemment à la suite de la découverte des divers types de comathérapie convul-sivante (1) dont le dernier en date est 1 ’é/ec-trochoc : on arrive à guérir certains troubles psychiques, notamment des accès mélancoliques*, en soumettant le cerveau du malade à un courant électrique intense et très court, ce qui entraîne une perte de connaissance accompagnée de crise convulsive. Delmas-Marsalet explique ses heureux effets en considérant qu’il y a brusque destruction, grâce au coma, de tout l’édifice psychologique pathologique et possibilité au réveil de reconstruction d’un psychisme normal. L’action de l’électrochoc porte sur le centre du sommeil (Delay) et le centre régulateur des chro~ naxies (P. Chauchard). Çes centres ont donc un rôle important pour l’activité psychique et il est possible que certains troubles mentaux soient liés à une mauvaise régulation çhronaxique, cause d’aiguillages anormaux.
- La base du cerveau joue ainsi un rôle important dans le fonctionnement cérébral pour assurer cette diversification physiologique des neurones nécessaire à l’activité psychique. 11 est intéressant de rappeler que c’est également là que certains localisateurs excessifs veulent situer un centre du « moi ».
- La machine nerveuse et l'âme
- L’écorce cérébrale nous apparaît ainsi comme ayant une architecture bien définie, pourvue d’aires différenciées et de neurones.de divers tvpes. Mais seules certaines aires répondent à des fonctions physiologiques rigoureuses, et il semble que l’activité psychique repose plutôt sur un fonctionnement cérébral global associant les aires de réception et de réponse, grâce à l’existence d’aiguillages adaptés basés sur une différenciation physiologique des neurones assurée par un centre régulateur extracortical.
- Cette machine nerveuse est remarquablement souple et permet d** grandes possibilités d’acquisitions nouvelles, d’éducation. Pour progresser, l’homme n’a pas besoin de rêver d’un supplément de cerveau ; une plus grande utilisation d"j sien suffit.
- Doit-on de cette étude déduire une attitude en ce qui concerne le matérialisme on le spiritualisme? Nullement et rien ne départage ceux qui pensent que le psychisme est tout dans ce fonctionnement cérébral, de ceux qui y voient la machine au service de l’âme. La question, dépasse la physiologie. Ce qu’on peut dire, c’est que la nécessité d’un fonctionnement global harmonieux du cerveau pour la vie psychique est plus en accord avec le spiritualisme thomiste qu’avec le spritualisme cartésien. L’âme, nous dit le R. P. Sertillanges (2), au même titre que l’idée directrice de Claude Bernard, se comporterait comme le principe d’unité métaphysique de l’organisme.
- Paul Chauchard.
- (1) Voir : P. Chauchard, Revue Scientifique, 81’, 348, 1943.
- (2) La Philosophie de Cl. Bernard. Audier, 1944i
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- LA STRATEGIE DES ILES
- par Camille ROUGERON
- Les îles ont eu dans cette guerre une importance plus grande que jamais. Leur rôle offensif, amplifié par Vavion, n avait pas échappé, avant 1939, mais n avait pas toujours été correctement apprécié. L’attaque et la défense des îles, depuis la Crète jusqu’aux Philippines, ont posé des problèmes entièrement nouveaux, où l’aviation a joué un rôle essentiel. Aussi bien en Méditerranée, où les nécessités de leur défense ont lourdement pesé sur la manœuvre allemande et italienne, que dans le Pacifique, où la défense de l’immense domaine insulaire que s’est annexé le Japon absorbe la majeure partie de son effort de guerre, sans qu’il puisse arrêter les progrès américains, la stratégie insulaire des Alliés, par l’abandon des îles et leur reconquête, se sera révélée le moyen le plus efficace
- pour épuiser Vadversaire.
- Le problème militaire des îles avant l'avion
- LES problèmes militaires soulevés par les îles sont aussi anciens que l’histodre. Des civilisations y sont nées, comme l’égéenne et la crétoise, qui avaient déjà besoin des facilités qu’y trouvait le guerrier pour protéger leur berceau. On a connu ensuite de longues périodes où des poussées puissantes, venues du continent, ont balayé la faible résistance que les habitants des îles pouvaient leur opposer. Ceux-ci ont pris leur revanche : dans l’extension de la puissance britannique au cours des deux derniers siècles, le facteur insulaire a joué le premier rôle.
- Ces îles, qui ceinturent l’Europe continentale et qui ont eu presque toutes, au çours de la guerre, des garnisons allemandes et italiennes, on les a vues, pendant ces deux siècles, régulièrement occupées à l’occasion de chaque guerre par la Grande-Bretagne qui y trouvait des bases utiles à ses opérations. Elle fit, en 1914, comme lors des guerres de la Révolution et de l’Empire, et les îles grecques ont complété alors un réseau bien fourni, mais encore insuffisamment serré.
- Comment se fait-il que la Grande-Bretagne eût encore besoin d’îles en de telles circonstances, et pourquoi les rend-elle donc aussi régulièrement après usage, sans quoi elle n’aurait évidemment pas besoin de les reprendre? Voilà donc au moins un point où la politique britannique ne. se laisse pas guider par le principe exclusif que ce qui est, bon à prendre est également bon à garder. Pourquoi, par exemple, la Grande-Bretagne a-t-elle si facilement accepté la perte de Minorque, et n’a-t-elle pas cherché à revenir sur la vente d’Helgoland à l’Allemagne, quand il lui était facile de rentrer en possession de ces îles en 1814 comme en 1918?
- Plus généralement, si l’on examine le domaine insulaire de la Grande-Bretagne, il est curieux qu’il soit aussi peu, étendu en Europe, alors qu’il est si développé par le reste du monde. Un Empire qui possède les Falkland, les Bahamas, les Salomon, les Maldives et les Seychelles, s’en tient, en Europe, à Chypre, Malte et Gibraltar, qui avait déjà presque tous les caractères d’une île avant qu’un fossé antichars ache-
- vât de les lui donner. Pourquoi la Grande-Bretagne n’est-elle pas aux Baléares ou dans les îles Ioniennes? Comment se fait-il que les Açores, les îles du Cap-Vert, Madère et les Canaries appartiennent encore au Portugal et à l’Espagne, dont on ne voit guère comment les flottes, depuis un siècle, auraient pu s’opposer à leur occupation par la flotte britannique?
- Il faut bien qu’il y ait une cause générale à une situation qu’il eût été facile de modifier. Dans l’état de l’Europe depuis deux siècles, les îles proches sont un facteur de faiblesse et non de puissance. On en excepte les îles au voisinage immédiat de l’Etat intéressé. La Grande-Bretagne ne peut évidemment pas tolérer d’une autre puissance qu’elle vienne s'installer aux Orcades ou aux Hébrides. Mais sa situation ne serait pas améliorée, au contraire, par la possession de l’archipel de la Frise ou du Dodécanèse. L’explication militaire d’un tel état de choses ne peut donc être donnée par l’avion. La difficulté de défense des possessions insulaires rapprochées était déjà sensible, au temps où le navire était le seul moyen qu’on eût de les joindre ; l’avion est venu simplement multiplier les difficultés de la défense.
- Le rôle offensif et défensif des bases insulaires
- Ni à la veille de cette guerre, ni jadis, l’importance des îles comme bases navales n’échappait aux intéressés ; elle apparaissait même comme amplifiée par leur rôle nouveau en tant que bases aériennes. Mais bien des propositions ou des discussions, au cours des années qui précédèrent, montrent qu’on n’avait pas toujours saisi leur nature véritable et qu’on n’avait pas fait, notamment, la distinction nécessaire entre leur rôle offensif et défensif.
- Le rôle offensif des bases insulaires contre les pays environnants était déjà évident à l’époque où le navire était la seule arme qu’elles pouvaient abriter. De Malte, la flotte britannique de la Méditerranée coupait en deux les forces navales italiennes, interdisait les communications entre l’Italie et son Empire, gênait beaucoup les transports par cabotage dans le sud de la Péninsule, en Sardaigne et en Sicile. Tous ces résultats étaient atteints sans cette demi-réciprocité qui
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- LA STRATEGIE DES ILES
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- FIG. I. — LE DÉBARQUEMENT ALLIÉ A L*ILE D’ELBE (O.W.I.)
- C'est le 17 juin 1944 que les troupes alliées, comprenant un détachement de Varmée française du général De Lattre de Tassigny, prirent pied dans Vile, Après de violents combats, la garnison ennemie abandonna la lutte. Les troupes allemandes perdaient le contrôle du bras de mer entre la Corse et V Italie.
- joue presque toujours au bénéfice de la marine inférieure, pourvu qu’elle soit active. C’est ainsi que la situation des lies Britanniques, au moment où l’Allemagne occupait toute l’Europe occidentale, apportait aux communications et aux opérations navales allemandes la même gêne que Malte aux communications et aux opérations navales italiennes. Mais les vedettes, les sous-marins, les croiseurs et les cuirassés allemands partant des côtes de la Manche et de la mer du Nord, malgré leur infériorité certaine dans une rencontre de flottes, troublaient presque autant la navigation britannique dans les eaux de la métropole. L’avantage de la base insulaire isolée au voisinage du pays ennemi, c’est que l’on échappe à cette réciprocité. Tel était également, cians le Pacifique, l’avantage de Guam et de Wake, dont la conservation en 1941 eût interdit au Japon toute action sérieuse dans les mers du Sud, sans qu’il eût pu entraver les opérations navales ou les communications- des Etats-Unis dans les eaux américaines.
- Le rôle offensif des bases insulaires navales s’est trouvé fortement diminué par l’entrée en scène de l’avion. Il était même généralement admis en 1939 que les flottes devraient évacuer les bases situées dans le rayon d’action de l'aviation terrestre ennemie. C’est ainsi que la flotte de la Méditerranée abandonnait Malte à chaque tension des relations italo-britanniques. et que la marine américaine n’aurait jamais osé.
- en maintenant ses navires à Guam, les exposer au sort qu’ils n’évitèrent point à Pearl-Harbor.
- Mais les bases insulaires regagnaient du côté aérien ce qu’elles perdaient du côté naval. L’aviation britannique de Malte, l’aviation américaine des Philippines, de Guam et de Wake étaient beaucoup plus gênantes pour les flottes et les communications italiennes et japonaises qu’une force de surface. L’avion peut attaquer le navire au port,- ou le convoi le long de la côte, sans se soucier beaucoup du canon à terre; il peut compléter son action sur les communications maritimes par une action parallèle sur les communications terrestres et l’étendre même en dehors des transports.
- Assurément, l’action des bases insulaires britanniques et américaines, de 1939 à 1941, n’a répondu que très imparfaitement aux espoirs u’on pouvait placer en l’aviation. Mais une octrine n’a aucune responsabilité dans les erreurs que l’on commet, à l’application, lorsqu’elles sont de la taille de celles qui privèrent en quelques jours la marine américaine de ses bases d’Extrême-Orient. La valeur des bases insulaires pour l’aviation n’est pas davantage infirmée parce que l’action de Malte s’est limitée au voisinage immédiat, aux communications italo-libyennes en particulier, et qu’il a fallu des porte-avions pour couler les cuirassés de Tarente. Il était raisonnable, en 1939, à une époque de services réguliers à travers 1*Atlanta-
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- SCIENCE ET VIE
- que nord, de juger les possibilités d’une aviation militaire à de telles performances, et non à celles des appareils que la publication officielle sur le
- Coasta1. Command » reconnaît n’avu.r pu agir des lies Britanniques en Norvège, en 1940, faute de rayon d’action.
- Même réduit par de telles erreurs, le rôle des bases insulaires n’en a pas moins été considérable.
- Si l'Italie a été tenue en respect en 1939, on peut en attribuer le mérite à la Corse et à Malte ; il aura fallu l’effrondrement de la France et la certitude d’une invasion rapide des lies Britanniques pour décider Mussolini à braver *cette menace. Jusqu’en 1942, n’est-ce pas à Malte que la Grande-Bretagne doit de n’avoir [pas été écrasée en Egypte? Et ce qu’on peut reprocher de plus grave à la marine américaine n’est pas son insouciance de la défense de Guam ou de Wake, au lendemain de l’invasion de la Crète et de la résistance de Malte. Si les cuirassés, les porte-avions et l’aviation côtière y avaient été réunis au lieu de se croire en sûreté à Pearl-Harbor, les mesures de précautions qu’ils auraient bien été obligés de prendre les auraient certainement mis à l’abri d’un désastre et peut-être même de toute attaque. Depuis eue les appareils Avro a Lancaster » ont bombardé la flotte allemande à Gdynia après un parcours de 1 300 km, et que les <c Superforteresse » parties de Saïpan survolent régulièrement le Japon, le rôle offensif des bases insulaires aériennes est plus important que jamais.
- C’est dans 1 estimation de leur rôle défensif que les erreurs les plus graves avaient été commises.
- Que de fois n’a-t-on pas annoncé la transformation de Pantellaria en une base italienne qui devait faire échec à Malte ! Pentellaria, au milieu du canal de Sicile, à 100 km des côtes africaines, est fort bien située. S’il y avait un moyen de « barrer le canal de Sicile », elle pourrait le faire beaucoup mieux que Malte. Mais on ne tient pas en échec une île avec une autre île, sauf dans les détroits assez resserrés pour tenir le passage sous le feu du canon ; c’est ce qui fait la valeur de Gibraltar. Et encore l’exemple du Pas de Calais, qu’ont traversé sans trop de dommages les convois allemands et britanniques malgré les grosses pièces installées sur la côte d’en face, invite-t-il à une plus exacte appréciation de la puissance et de l’efficacité de l’artillerie.
- Une base insulaire bien choisie, Malte, Chypre, Hong-Kong, Guam ou Wake a donc une valeur offensive que l’occupation d’une île voisine n’annule pas; sur le plan stratégique ainsi compris, l’île n’a pas d’effet de neutralisation, de valeur défensive. Les comparaisons tirées de la fortification permanente sont particulièrement propres à fausser les vues. Après Mussolini, cui, ordonnant en 1935 au gouverneur de Pantellaria d’en faire <c le brise-vagues de la Sicile, un porte-avions et un nid de guêpes », les critiques militaires italiens aimaient à présenter la Sardaigne et la Sicile comme a bastions » ou « boulevards » de la Péninsule. La seule protection insulaire efficace de l’Italie consisterait à détenir, sans exception aucune, les îles voisines jusqu’à une distance que les progrès de la technique aérienne augmentent d’année en année. Contre l’Italie, Malte a la même valeur offensive que Rhodes, aux mains de l’Italie, contre la Turquie. La parade de Malte n’est pas la transformation de Pantellaria en base aéronavale ; il y faudrait l’occupation italienne des Hébrides.
- La défense des îles contre les opérations combinées terre-mer-air
- L’occupation de la Crète a fait la démonstration définitive que la maîtrise de la mer, quand elle ne s’accompagnait pas de la maîtrise de l’air, ne pouvait empêcher la conquête d’une île. Cependant, l’opération n’a pas été reproduite contre l’Angleterre, bien que celle-ci fût aussi proche des bases de départ que l’était la Crète. Pourquoi? Parce qu’elle est trop grande? Pourquoi alors l’Axe n’a t-il pas occupé Malte, qui est tout aussi près, et dont il a fallu supporter pendant plus de deux ans les attaques contre les lignes de communications italo-libyennes? Le problème de l’attaque et de la défense des îles n’est donc pas aussi simple qu’il semblait au lendemain de l’affaire de Crète.
- Le premier facteur en jeu dans les opérations contre les îles par voie de débarquement aérien est la densité des troupes de la dêjense. De même qu’on estime la capacité de résistance à l’attaque frontale à la densité linéaire d’occupation du front, de même la densité superficielle est la mesure de la capacité de résistance au débarquement aérien.
- Ce qui fait l’intérêt d’une notion de ce genre, c’est la discontinuité de la capacité défensive au voisinage d’un certain chiffre. Il n’y a pas proportionnalité même approchée entre les effectifs qu’il faut pour enfoncer un front ou occuper une île et ceux que réclame leur défense. A la densité convenable, celle-ci peut tenir en échec un assaillant en nombre très supérieur. Au contraire, au-dessous d une certaine densité, la défense ne parvient pas à repousser même un assaillant inférieur en nombre qui a l’initiative.
- La longue expérience de la guerre de 1914-1918 avait permis de chiffrer aux environs de 6 km le front qu’une division était en état de tenir sérieusement. Le progrès simultané des armes offensives et défensives ne semble pas 1 avoir modifié beaucoup. L’expérience de Crète nous fournit un ordre de grandeur d’une densité insuffisante de cinq hommes au kilomètre carré (40 000 h environ pour 8 000 km2). On peut même compléter cette donnée positive par celle de l’expérience qui n’a pas'eu lieu, en estimant avec le Commandement allemand que la conquête des Iles Britanniques — 230 000 km2 pour l’Angleterre et l’Ecosse, supposées défendues par 4 000 000 d’hommes tant de la « Home Guard » que de l’armée régulière, soit 17 hommes au km2 — était une opération risquée au printemps 1941.
- Il est aisé de concevoir la différence des deux situations. Qu’on se représente le petit poste de cinq hommes, dans son abri bétonné, avec une mitraillette, une mitrailleuse lourde ou une arme antichars efficace contre chars légers, ayant à surveiller 1 km2, c’est-à-dire jusqu’à près de 600 m de distance en terrain moyennement accidenté et boisé. L’adversaire sera déposé au fond d’un vallon, ou derrière quelques arbres; il se regroupera à l’abri des vues de la défense, passera à l’attaque avec une supériorité numérique considérable, et conduira l’occupation par la manœuvre, sans pertes graves, tout comme l’attaque frontale le ferait par l’infiltration entre des points d’appui trop espacés. Au contraire, à la densité trois ou quatre fois plus forte réalisée eu Angleterre, chaque petit poste de même importance n’aurait eu qu’à surveiller à 300 ou 350 m de lui ; les atterrissages en parachute et
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- les débarquements de planeurs se seraient faits en moyenne à la vue de la défense ; les détachements mis à terre auraient été écrasés sous le feu des armes automatiques avant d’avoir pu se regrouper, se défiler et passer à l’attaque ; le renforcement, même considérable, des effectifs mis à terre n’aboutirait qu’à augmenter les pertes sans relever beaucoup les chances de succès.
- Qn saisit ici la raison de la discontinuité dans la capacité de résistance d'une organisation défensive au voisinage d’une certaine densité d’occupation. Etre vue ou ne pas être vue, c’est, pour l’infanterie de l’air comme pour l’infanterie sans ailes, le « to be or not to be ». Si la densité de la défense est telle que l’assaillant est vu en arrivant au sol, son compte est vite réglé quel que soit son nombre. Si, au contraire, la défense est trop dispersée pour tenir l’assaillant sous son feu à l’instant du débarquement, celui-ci a tout loisir de faire jouer sa supériorité numérique, et l’on conçoit même que 40 000 défenseurs répartis sur l’étendue d’une île comme la Crète tombent sous l’action successive d’une seule division qui aura su se ménager chaque fois la supériorité locale.
- L’étendue de l’île est un deuxième facteur qui permet de rectifier cette appréciation sommaire de la capacité de défense par la seule densité d’occupation.
- La densité nécessaire doit varier en sens inverse de l’étendue. Les cinq hommes au km- qui n’ont pu défendre la Crète auraient peut-être suffi en Angleterre, mais dl en faut bien davantage à Malte.
- Deux raisons justifient •cette facilité relative de défense des îles de grande superficie : l’intervention d’une réserve générale mobile, la disposition d’une aviation •de chasse et d'assaut basée sur l’île même.
- Toute l’organisation de défense contre le débarquement aérien comporte évidemment, comme sur un front linéaire, une défense fixe et des réserves que l’on dirigera vers les points menacés. Dans le cas de l’Angleterre, ces deux fonctions étaient confiées à des troupes de nature différente, les éléments de l’armée territoriale défendaient chacun des secteurs qui leur étaient assignés ; l’armée de campagne, organisée en divisions, muni d’un matériel mobile abondant, •devait se porter à la rencontre de l’ennemi débarqué. Etant donné la proportion de matériel de cette réserve générale, il ne reviendrait pas beaucoup d’artillerie chenillée, de D.C.A., de •chars lourds... aux îles de faible étendue si l’on faisait la répartition au prorata de la superficie. La défense de celles-ci se trouverait donc privée pratiquement des matériels les plus intéressants pour repousser un débarquement d’adversaires qui seront généralement démunis de matériels puissants de cette nature. Au contraire, dans une île de grande étendue, la réserve générale
- et ses matériels lourds pourront être concentrés en quelques heures, en venant d’assez loin, dans les secteurs attaqués, le plus souvent avant que l’attaque ait pu recevoir les siens. La défense des îles de faible étendue réclame donc une densité de matériel et de personnel supérieure à celle qui suffirait pour une île plus grande.
- La disposition de terrains échelonnés en profondeur où l’on installera une aviation de chasse et d’assaut peu exposée est un autre avantage des grandes îles. L’une des causes principales de l’échec britannique en Crète a été l’obligation
- de replier en Egypte l’aviation trop exposée, qui se trouvait dès lors réduite à la châsse à grand rayon d’action en face d’une chasse assaillante basée sur des terrains ' proches. C'est l’inverse qui doit se produire dans l’attaque des îles de grande étendue, où l’assaillant sera presque partout privé du concours indispensable de sa chasse, tandis que le défenseur en bénéficiera. A l’opposé, dans les îles de très faible étendue comme beaucoup de celles où débarquèrent les troupes américaines (Gilbert, Marshall, Marian-nes, Palau), le défenseur ne peut compter sur un concours sérieux de son aviation ; l’attaq ue, qu’elle dispose d’appareils basés sur porte-avions ou venant de bases terrestres voisines, est assurée d’une supériortié aérienne qui peut être écrasante.
- La distance des îles aux cotes voisines et leur groupement en archipels sont un troisième élément de leur capacité défensive. La puissance du débarquement aérien nous paraît considérable parce qu’il introduit une menace nouvelle en un domaine où le risque du débarquement naval était très faible, si l’assaillant possédait la maîtrise de la mer, ou inexistant, si cette maîtrise était détenue par la défense. Le maître
- FIG. 2. — LES COMMUNICATIONS JAPONAISES EN DANGER
- L’occupation de Leyte et de Mindoro coupe en deux l'archipel des Philippines, en réduisant au minimum la superficie à conquérir, puis à défendre. L'occupation de Mindoro achève de placer sous les coups de l’aviation américaine l’ensemble du trafic japonais avec les mers du Sud.
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- de la mer dans une telle opération, c’est, comme on l’a vu en Crète, celui qui peut amener ses troupes sur une flottille de pêche escortée d’avions de chasse. Mais la puissance de telles opérations combinées n’atteint pas, de loin, celle d'une attaque terrestre où les escadres d’assaut travaillent en liaison étroite avec la grosse artillerie et les divisions blindées. C’est même ce qui permet à la défense de tenir avec des effectifs modestes, eu égard à l’étendue de la zone à protéger.
- La capacité de défense des îles change donc du tout au tout suivant qu’elles sont isolées, hors de portée d’artillerie de la côte ou des îles voisines, ou qu’au contraire elles peuvent être tenues sous le feu du canon. C'est la proximité de la côte, ou d’îles formant chaîne de jonction avec elle, qui rendait difficile la conservation d’une base aux Loloten, après occupation allemande dans la Norvège ; dans les îles de la Frise, après occupation des Pays-Bas; en mer Egée ou dans les îles Ioniennes après occupation de la Grèce. Les îles qu’on aurait tenté de conserver auraient été très difficiles à tenir sous le feu de l'artillerie. C'est ce même facteur qui explique la facilité extrême de conquête des premières îles occupées par les troupes américaines dans les archipels de grande étendue comme les Gilbert et les Marshall, et la difficulté relative des mêmes occupations dans les archipels où les r-nforts peuvent passer d’île en île, comme aux Philippines.
- Le problème des îles en Europe
- L’attitude de la Grande-Bretagne au cours de l’occupation allemande et italienne des îles voisines des côtes d'Europe a été une abstention presque générale qui s’explique avant tout par le danger extrême que couvait 1 Empire britannique après l’effondrement de la résistance française. La Grande-Bretagne s’est repliée sur elle-même, trouvant assez lourde la tâche de défendre la métropole. Elle abandonnait à l’adversaire tout ce qui n’était pas essentiel; elle n’était pas assez riche en forces pour les disper^-ser. Elle se réservait pour l’époque meiPeu-re, aujourd'hui arrivée, où l’épuisement d e l’adversaire et le concours de ses alliés lui permettraient une action efficace.
- Mais ce repli général était largement justifié
- Î>ar l’extrême difficulté qu’il y aurait eu à tenir es îles évacuées sous la menace allemande. On s’est étonné, au lendemain de l’occupation de la Grèce continentale, de voir abandonner aussi rapidement 1 ensemble des îles grecques ; c’est qu'il eût fallu de nombreuses divisions pour résister dans chacune à l’action successive d’effectifs allemands même réduits. On l’a bien vu pour la Crète, où le dernier concours donné à un allié malheureux, qui s’était vaillamment battu et que le prestige britannique interdisait d’abandonner sans un ultime effort, n’a servi de rien.
- On s’explique donc que la Grande-Bretagne ait renoncé à sa tactique séculaire d'occupation des ïlps, devant la difficulté de leur défense accrue par la menace du débarquement aérien.
- Elle n'a pas cherché à se procurer de bases insulaires nouvelles, bien qu’un réseau comme Gibraltar, Malte et Chypre fût insuffisamment serré, même du point de vue défensif et qu’il ait dû être complété par des porte-avions d’es-cc-rte employés dans des conditions particulièrement risquées. Elle n’a pas tenté, par exemple, d’utiliser une base aussi bien placée que Corfou à l’époque où elle pouvait le faire.
- La Grande-Bretagne n’a même pas cherché à conserver celles des îles que la défaite de ses alliés lui permettait de saisir. Aucune des îles de l’archipel frison, ni Ouessant, ni l’île de Ré ne l’ont tentée. Bien mieux, elle a évacué sans combat une aussi vieille possession britannique que les îles Anglo-Normandes.
- Le domaine insulaire occupé par l’Allemagne et l’Italie, spécialement en Méditerranée, était immense, et constituait l’une des plus lourdes
- charges défensives de l’Axe. On aurait tort de juger de la tâche qui lui incombait sur le théâtre d’opérations méditerranéen en comparant son étendue à celle du théâtre occidental, et de conclure que la cinquantaine de divisions, qui avait été jugse suffisante pour contenir la menace britannique à l’Ouest, suffirait au Sud contre la menace anglo-américaine. C’est qu’il s’ajoutait à la menace contre l’Europe continentale, France méditerranéenne, Italie et Grèce péninsulaire, une menace contre les îles qui, de la Corse au Dodé-canèse, aurait immobilisé plus de 50 divisions
- FIC. 3. — MALTE, GARDIENNE DU DÉTROIT DE SICILE. LORS DES OPÉRATIONS DE L’AXE EN LIBYE
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- FIG. 4. — UNE VAGUE DE CHARS AMPHIBIES « ALLIGATORS » MONTANT A L’ASSAUT D’UNE PLAGE DE PELELIU DANS LE GROUPE DES ILES PALAU (o.W.I.)
- à elle seule, si l’on en juge par les effectifs qui fuient insuffisants en Crète.
- L’attitude de l’Allemagne et de l’Italie dans cette question des îles a cependant été plus nuancée que celle du Japon. En Méditerranée comme en Europe occidentale, beaucoup d’îles ont été occupées, jusqu’à l’affaire, de Crète inclusivement. Pourquoi s’est-on arrêté ensuite et pourquoi n’a-t-on rien tenté contre l’Angleterre et Malte, en se rejetant sur une opération contre l’U.R.S.S. qui n’était certes pas très facile? On n’a rien tenté contre l’Angleterre parce qu’elle est trop grande, rien non plus contre Malte parce qu’elle est trop petite.
- L’occupation de la Crète devait réussir parce qu’il eut fallu, pour l’empêcher, au moins une dizaine de divisions que le Commandement britannique en Proche-Orient ne pouvait immobiliser dans l'île. On peut même se demander si vingt-cinq hommes au km2 auraient suffi quand on juge la densité de dix-sept indispensable en Angleterre malgré des conditions bien plus favorables. La différence d’étendue justifierait à elle seule un supplément important de de densité. Mais la défense de la Crète était compliquée par la nature accidentée du terrain, qui limite le rayon de vision et d’action des postes de défense, par la proximité des bases aériennes ennemies qui l’entouraient, par le faible nombre de terrains d’aviation à la disposition de la défense.
- Le débarquement en Angleterre se présentait dans des conditions très différentes. Les effectifs de la défense, fixe ou mobile, étaient largement calculés. Elle pouvait concentrer sur les points menacés un matériel lourd puissant. L’aviation disposait d’un nombre considérable de terrains ; pour elle, la distance jouait en sa faveur sur la plus grande partie des Iles Britanniques, à l’inverse de l’affaire de Crète. D’autres facteurs intervenaient, propres à l’Angle-
- terre : le développement extrême des communications, l’appui de la grosse artillerie de la flotte qui, sous la protection de la chasse, pouvait couvrir de son feu la plus grande partie des Iles Britanniques en raison de leurs profondes découpures. Enfin il est probable que la population, à l’exception peut-être des habitants de l’Eire, n’eût pas assisté indifférente à l’occupation de son territoire par l’infanterie aérienne, et que les dix-sept militaires auraient été aidés par quelques-uns des cent quatre-vingt habitants au km2 que compte la Grande-Bretagne.
- Le cas de Malte, pour être tout différent, conduit aux mêmes conclusions. Une île de moins de 250 km2 est aisée à défendre avec un effectif faible. Une demi-division appuyée par des ouvrages permanents nombreux, par les navires dans le port, par les équipages à terre, par le personnel de l’ArsenaL, par la partie de la population qui vit de l’occupation britannique, pouvait tenir devant le débarquement aérien d’effectifs vingt fois supérieurs. Aussi faut-il approuver Mussolini d’avoir renoncé au dernier moment au débarquement dans l’île, après le très gros effort de destruction préparatoire fait au printemps 1942 par la « Luftwaffe ».
- Le problème des îles dans le Pacifique
- De tous les belligérants, c’est le Japon qui avait eu la politique de guerre la plus simple, dans les îles du Pacifique comme sur le continent asiatique : se précipiter sur tout ce qu’on trouvait devant soi pour l’incorporer à la a sphère de prospérité de la Grande Asie ». La méthode lui a valu des succès pendant cinq mois. La bataille de la mer de Corail a marqué le retournement de la situation et, depuis, la série ininterrompue d’échecs qui a ramené les Américains
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- dans les Mariannes et aux Philippines a fait la preuve que cette stratégie était par trop aventureuse.
- Si l*on met à part les grandes îles de l'archipel nippon où la densité de la population et la facilité des communications compliquent les tentatives directes d’invasion, tous 'les autres archipels du Pacifique présentent un ensemble de caractères communs qui en font les objectifs d^occupation la plus aisée qui soit par le belligérant qui détient la maîtrise aéronavale.
- Tous ces archipels se ressemblent par la densité extrêmement faible de leur population. Elle ne dépasse pas 35 habitants au km2 aux Philippines, l’un des plus peuplés, 25 dans l'ensemble des archipels japonais des mers du Sud (Mariannes, Carolines, Marshall, Palau), 6 en Nouvelle-Zélande, 4 aux Salomon, 3,5 à Bornéo. Aucun d’eux ne peut donc fournir sur place, de très loin, les effectifs nécessaires à sa défense, comme le font les lies Britanniques.
- Le problème se complique du fait de leur étendue, qui interdit d’amener ces effectifs d’ailleurs. Ces îles ont des dimensions dont on ne se fait guerre idée à l’examen des cartes à petite échelle où l’on veut loger tout le Pacifique sur une page de revue, des Indes Néerlandaises aux Galapagos. Sans parler de Bornéo et de la Nouvelle-Guinée qui, avec leurs 615 000 et 608 000 km2, sont les deux plus grandes îles du monde (l’Australie étant hors concours en tant que continent), certaines des Salomon sont plus grandes que la Crète; l’archipel de la Nouvelle-Zélande a 268 000 km2, plus que l'Angleterre, le Pays de Galles et l’Ecosse réunis, pour une population 30 fois moindre.
- À la très faible densité de population correspond tout naturellement un état rudimentaire des moyens de communication. Il est donc impossible de compléter la défense par le jeu d’une réserve générale qu’on portera sur le secteur menacé. Le débarquement en France a trouvé devant lui en 48 heures, une fraction importante des forces d’occupation ; la contre-attaque
- australienne et américaine en Nouvelle-Guinée, à travers les monts Owen Stanley, a pu progresser pendant une quinzaine de jours jusqu’aux abords de la‘côte nord-est sans trouver plus de Japonais devant elle que l’armée nipponne n’avait trouvé de soldats australiens .lorsqu'elle débarqua à Buna, Gona...
- Enfin, l’extrême décomposition de tous ces archipels (il y a plus de 4 Q00 îles aux seules Philippines) en rend la défense d’ensemble impossible. Nul ne peut avoir dans chaque île les effectifs nécessaires à sa défense. Les forces américaines ont pris pied dans celles qu’elles ont choisies, tout comme les Japonnais le faisaient quand ils avaient la maîtrise aéronavale. Le jour où il a plu à Mac Arthur de saisir quelques-uns des centaines d’îlots coralliens des Gilbert et des Marshall, le Japon pouvait-il lui opposer, sur chacun, les quelques chars, qu’il fallait pour repousser les chalands de débarquement qui y auraient accosté?
- Ainsi, les archipels du Pacifique sont indéfendables contre un adversaire qui détient la maîtrise aéronavale et cui peut concentrer sur l’île choisie, même si son armée est numériquement inférieure, des effectifs très supérieurs à ceux de la défense. Le Japon avait toute liberté d’étendre ses conquêtes tant qu’il disposait de cette maîtrise, c’est-à-dire jusqu’à la bataille de la mer de Corail. Cette maîtrise perdue, toutes les ressources de la première armée d’Extrême-Orient ne les préservaient pas de la saisie des base» qu’il plaisait à l’adversaire d’occuper. Le Japon ne pouvait pas plus immobiliser dans la défense-d’îles, dont certaines ont plusieurs centaines de kilomètres de longueur, les divisions qui sont nécessaires à leur défense, que la Grande^ Bretagne aidée de la Grèce, n’avait pu le faire pour les îles de la mer Egée.
- La politique insulaire des Etats-Unis au cours de cette guerre avait commencé avant même leur participation au conflit, par l’acquisition de bases-dans les archipels britanniques.
- Les Etats-Unis n’ont pas besoin d’îles comme
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- FIG. 5. — LA MANŒUVRE AMÉRICAINE D’ARCHIPEL EN ARCHIPEL A TRAVERS LE PACIFIQUE
- Elle a commencé par la réoccupation des Gilbert, point extrême de l’avance japonaise, pour atteindre Min-doro, a l’ouest des Philippines, puis Luçon, puis enfin Iivo Jima aux îles Volcano, à mi-chemin de Saïpan et du Japon. Elle n’a pas visé à l’occupatioji intégrale des archipels, mais de quelques îles utilisables comme bases pour la progression ultérieure; elles furent même souvent choisies, pour dérouter la défense adverse, à l’opposé de la direction d’où venait l’attaque. Tel tut le cas aux Marshall etr.
- aux Mariannes.
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- FIG. 6. — LES FORCES AMÉRICAINES A L’ASSA UT DE L’iLE DE PELELIU, DANS LES ILES PALAU,
- LE 15 SEPTEMBRE 1944 (o.W.I.)
- De terre s’élèvent des nuages de fumée, témoins de Vefficacité du bombardement aéronaval que la 3- Flotte américaine de Vamiral Halsey a fait subir aux installations japonaises de Vile, Au plus près de la côte, des navires de débarquement d’infanterie au centre de nuages blancs, arrosent d’obus-fusées les défenses des plages. Derrière eux, les chars amphibies « Alligators » armés de canons s’apprêtent à prendre pied et à s’opposer aux contre-attaques éventuelles. Enfin, des vagues d’embarcations de débarquement amènent les
- troupes d’assaut.
- colonies. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler avec quelle facilité ils ont lâché certaines des Antilles, où ils venaient d’accorder avant la guerre l’indépendance des Philippines. Ce dont ils ont besoin pour leur défense, c’est d’éloigner leurs adversaires de tous les territoires qui pourraient leur servir de bases d’ooérations aériennes contre l’Amérique et de s’installer eux-mêmes dans des bases bien situées pour des contre-opérations offensives.
- Si l’on excepte les Philippines, indéfendables, et dont l’abandon avait été très justement prévu avant l’agression japonaise, la situation de bases comme Guam, Wake, Midway était parfaite, et il est difficilement compréhensible qu’on n’ait pas consacré plus d’efforts à leur organisation défensive. Guam, en particulier, qui était la plus' avancée de ces bases, tenait une valeur incomparable de son isolement au milieu de l’archipel japonais des Mariannes ; elle gênait énormément le trafic japonais avec les mers du Sud sans la contre-partie désagréable de tenir à un archipel impossible à défendre. 11 eût certainement été possible d'organiser dans les mêmes conditions une des Philippines hors de portée de canon des autres îles de l’archipel, pour compléter le barrage.
- C'est d’ailleurs cette formule, une île dans cha-
- que archipel, que les Etats-Unis semblent avoir choisie comme base de leurs accords avec la Grande-Bretagne. Ils ont ainsi aux moindres frais le maximum de puissance défensive et offensive, Une île aux Bermudes, une aux Bahamas, une aux Petites Antilles, une aux Galapagos (Equateur)... leur font une magnifique ceinture de protection. Dans une vingtaine d’années, quand la marine et l’aviation auront stabilisé leurs parta respectives dans la domination des mers et du monde, les acquisitions de 1940 apparaîtront certainement comme la base fondamentale de la puissance militaire des Etats-Unis.
- Dans cet immense théâtre d'opérations du Pacifique, passé aujourd’hui sous leur direction militaire, les Etats-Unis auront agi aussi sagement que la Grande-Bretagne dans les mers d’Europe. Ils auront abandonné, ou fait abandonner, des archipels indéfendables, en sachant fort bien, pour leur part, faire payer à l’adversaire le prix maximum pour leur occupation provisoire des Philippines. Mais ils n’auront nulle part tenté cette défense acharnée qui vaut au Japon de perdre sa flotte, son aviation, et une part appréciable de son armée dans des tentatives infructueuses pour s’accrocher à tous lçs points où l’adversaire a porté son effort, de Guadalcanal à Leyte.
- La première période de la reconquête, la pro-
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- gression méthodique d’île en île dans l'archipel des Salomon, a été l’objet de violentes critiques, en Amérique même, qui visaient la stratégie choisie par le général Mac Arthur, ou qui lui fut imposée. Assurément, la bataille d’épuisement menée aux Salomon était beaucoup plus dure pour le japon dont les communications se trouvèrent exposées à l’aviation américaine que pour les Etats-Unis, qui ravitaillaient leur armée e \ toute sécurité.-
- Mais la manœuvre ultérieure, qui commença aux Gilbert pour s’acheminer, provisoirement, aux Philippines utilisait beaucoup mieux encore la supériorité aéronavale des Etats-Unis. Elle ne cherchait pas à occuper toutes les lies d’un archipel, ou tous les archipels d’une iigne qui eût séparé le Japon de ses conquêtes dans les mers du Sud. 11 lui suffisait d’occuper dans chacun des archipels jugés intéressants les quelques bases en nombre très limité qui permettaient Me continuer la progression en direction de la mer de Chine. Les Etats-Unis éludaient ainsi les obligations défensives d’une occupation totale, qui avaient fâcheusement pesé sur la stratégie alliée en Extrême-Orient au début de l’offensive japonaise. Ils maintenaient ainsi, inutilisés, dans des régions de ravitaillement très difficile, des effectifs japonais importants, mais qui ne les gênaient pas. Il est excellent que le Japon ait encore à entretenir aux MarshalL aux Salomon, aux Carolines, aux Moluques, des garnisons impuissantes, pendant que le sort de son entreprise se jouera à Tokio.
- Géopolitique insulaire
- L’expérience de cette guerre aura donc obligé à reviser quelques notions inexactes sur l’aide que la situation insulaire ou les îles voisines peuvent apporter à un Empire.
- La position insulaire du Royaume-Uni aura été incontestablement d’un grand secours à la Grande-Bretagne, encore que la présence de i’Eire ait pu motiver de justes inquiétudes en 1941. Mais la position analogue du Japon, d’où certains, en mal de généralisation, prétendaient déduire que son avenir devait être aussi brillant en Extrême-Orient que celui de la Grande-Bretagne en Europe, pèse très lourdement sur ses opérations militaires. Et l’on peut en dire autant, en Europe, de la position péninsulaire de l’Italie, aggravée par la Sicile et la Sardaigne, dans les opérations qu’elle peut avoir à mener, comme cela a été le cas en 1943, contre des adversaires venant du large.
- L’avantage ou le désavantage de la position insulaire dépend de deux facteurs^ : la possession de la maîtrise aéronavale, l’existence ou l’absence d’îles ou d’archipels nombreux dans le voisinage.
- Si la Grande-Bretagne n’a pas plus été envahie au cours de cette guerre qu’au cours de toutes celles qui l’ont précédée depuis que Guillaume-le-Conquérant y débarqua, elle le doit à la maîtrise navale, puis aéronavale qu’elle n’a jamais cessé de détenir sur les eaux avoisinantes, et dont la bataille d’Angleterre de l’été 1940 a été la dernière démonstration. Lorsoue l’Angleterre n a-vait pas la maîtrise navale, elle était exposée aux mêmes invasions que les pays du continent; cela lui est arrivé plusieurs dizaines de fois de César à Guillaume-le-Conquérant. Si la Sicile,
- puis l’Italie, attaqués par mer, ont été envahies, si le Japon le sera un jour, c’est faute de cette maîtrise aéronavale.
- Mais la condition géographique que l’on doit ajouter, savoir l’existehce ou l’absence d’îles ou d’archipels nombreux autour de l’archipel central, est aussi essentielle que la possession de la maîtrise aéronavale; C’est sous la charge des archipels qui l’entourent, en lesquels on voyait, généralement une^Jpt>tection, que le Japon succombe aujourcMflp. Si paradoxal que cela paraisse, on ne saimrait trop souligner que la maîtrise aéronavale n’est pas nécessaire à l’adversaire d’un Japon qu;i aurait placé sous sa domination toutes les îles du Pacifique pour le mettre dans une situation intenable et arriver au cœur même de l’archipel principal. 11 suffit à r envahisseur, pour chacune de ses opérations successives, de détenir la maîtrise locale. Le communiqué américain relatif à la bataille aéronavale des Philippines nous a appris d’où venait l’adversaire : presque toute sa flotte de ligne se trouvait dans la région de Singapour. Qui eût empêché alors une flotte américaine même très inférieure à la flotte japonaise. de réussir un débarquement dans l’une des Kouriles, en partant des Mariannes, de Mid-way ou des Aléoutiennes, bien avant que l’adversaire ait pu intervenir pour troubler l’opé-ration? Qu’on ne dise pas que l’occupation ne serait que provisoire, et que le Japon, supposé maître de la mer et de l’air, pourrait aisément chasser l’intrus. La caractéristique d’une base insulaire de faible surface est précisément cette possibilité de résistance devant un adversaire qui détient, dans la région, la maîtrise aéronavale. Pendant tout le premier semestre 1942. Malte a tenu malgré les pertes graves que venait de subir l’escadre d’Alexandrie et les grosses concentrations de la « Luftwaffe )> ; la démonstration que la maîtrise aéronavale dans les eaux de l’île venait de passer provisoirement à l’Axe était donnée par l’impossibilité d’y faire parvenir des convois.
- Le cas de l’Italie, et plus généralement des positions méditerranéennes de l’Axe en 1943 est aussi typique que celui du Japon. A la péninsule italienne, à la Sicile, à la Sardaigne et au Dodécanèse, l’Axe avait été conduit à ajouter successivement la péninsule helléniciue, les îles Ioniennes, celles de la mer Egée, la Crète et enfin la Corse. A la veille du débarquement en Italie, la défense de cette région était assurée par l’ensemble de toutes les forces terrestres italiennes, aidées par environ 25 divisions allemandes en Pâlie, Sardaigne et Corse, et au moins une dizaine dans le secteur grec. Les Alliés n’ont pas indiciué les effectifs qu’ils engagèrent à cette épocue. Mas, à en juger par ceux qui se battent depuis plus de dix-huit mois en Italie, ils de vaient être compris entre la moitié et le tiers des effectifs de la défense. Cette infériorité nu mérique ne les a pas empêchés de prendre pied partout où ils l’ont voulu. Et c’est une situation analogue qui fait aujourd’hui la faiblesse du Japon, toute question de maîtrise aéronavale mise à part et qui permet aux Etats-Unis de progresser d’île en île, avec des effectifs certainement plusieurs fois inférieurs à ceux de son adversaire.
- Camille ROUGERON.
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- LES A COTÉ DE LA SCIENCE
- INVENTIONS, DÉCOUVERTES ET CURIOSITÉS
- per V, RUBOR
- De Uair pour les sous-marins en plongée
- CERTAINES déclarations officielles ont fait allusion â un important perfectionnement qui aurait été introduit par l’Amirauté allemande à bord de ses sous-marins depuis déjà plus d’un an. Il s'agirait du dispositif « Schnor-kel Spirall » qui permet à un sous-marin en plongée de se mettre en rapport avec l’atmosphère afin de s’y ravitailler en air frais, sans avoir à émerger.
- On sait qu’en principe un sous-marin est mû, en surface, par des moteurs Diesel et, en plongée, par des moteurs électriques sur lesquels débitent des accumulateurs. Lorsque ces derniers sont épuisés, il faut les recharger à l’aide des moteurs Diesel, entraînant les moteurs de traction qui débitent alors en génératrices sur les accumulateurs. Le temps pendant lequel un sous-marin peut se maintenir en plongée dépend donc de la capacité de ses batteries, et par suite du réprime de leur décharge. Un sous-marin ordinaire pourra naviguer en plontrée 18 heures et plus, par exemple, à la vitesse de 1,5 à 2 nœuds, et seulement 2 heures, à la pleine vitesse de 8 ou 9 nœuds.
- Le Diesel a besoin d’air pour fonctionner et, jusqu’à .présent, le sous-marin devait faire surface inéluctablement, s’offrant ainsi en cible à ses ennemis. Aujourd’hui, le développement des movens de lutte antisous-marine,. et surtout l’emploi d’avions et d’hélicoptères comme chasseurs de sous-marins. font courir à tout sous-marin émergé dans la zone surveillée les plus grands dangers, aussi bien de jour que de nuit. Le sous.
- marin devait _ donc perdre un temps précieux pour s’éloigner de son terrain de chasse, quand il voulait recharger ses accumulateurs, et pour v revenir, une fois l’opération terminée.
- Pour avoir de l’air frais en quantité illimitée sans monter à la surface, le procédé est simple, mais il fallait, y songer. Le périscope n’était-
- il pas là d’ailleurs pour indiquer la voie? Le « Schnoi-kel Spirall » consiste en un tube coulissant contenant deux tuyaux, l’un pour la sortie de l’air, l’autre pour la rentrée. Naturellement, des sou-""os s’opposent à ce que l’eau et les embruns pénètrent dans les canalisations.
- Le tuvau de sortie sert
- FIC. 1. — SCHÉMA DU DISPOSITIF « SCHNORKEL SPIRALL » POUR LE RENOUVELLEMENT DE l'AIR DANS LES SOUS-MARINS EN PLONGÉE
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- SCIENCE ET VIE
- pour l’évacuation de l’air vicié par la respiration de l’équipag-e et pour l’échappement des moteurs Diesel. Le tuyau d’entrée amène dans la coque de l’air frais, [permet de renouveler la provision d’air comprimé pour la chasse des ballasts, et enfin alimente en carburant les moteurs Diesel. De ces derniers, l’un pourra servir à la propulsion du navire à petite vitesse pendant que l’autre actionnera les génératrices.
- Ainsi la propulsion __ électrique peut être réservée exclusivement aux cas où le sous-marin veut prononcer une attaque, ou bien lorsqu’il veut échapper aux grenades des unités qui le chassent. Il n’a plus pratiquement besoin de navigfuer à la surface et peut rester immergé pendant trente jours et plus, indéfiniment en principe, jusqu’à ce que ses réserves de vivres et de combustible soient épuisées.
- Le fait qu’il puisse navi-grner en plongée à l’aide de ses moteurs Diesel (à vrai dire à faible vitesse) a pour conséquence importante qu’il n’est plus obligé de faire de long-s détours pour g-agmer son terrain de chasse à partir de sa base. Après la perte des bases sous-marines de l’Atlantique, les sous-marins allemands devaient, pour attaquer les convois venant d’Amérique, contourner les Iles britanniques par le nord, en passant soit au sud des îles Shetland, soit même dans les parag-es des îles Feroë. Il faut s’attendre à ce qu’ils empruntent maintenant des routes plus courtes, soit celle du P en tl and Firth (entre l’Ecosse et les îles Orkney). soit même celle de la Manche. Ils y trouveront l’avantage supplémentaire de traverser des rég-ions de grand trafic où s’offrira plus fréquemment la possibilité d’attaquer des transports avec succès.
- Pour accélérer le séchage des peintures
- IE séchag-e des peintures par rayonnement J calorifique, mis en œuvre avant la gnerre aux Etats-Unis, s’est révélé d’une valeur considérable pour le
- finissag-e des carrosseries d’automobiles. Cette méthode utilise des lampes spéciales particulièrement étudiées pour produire le maximum de chaleur avec le minimum de lumière, c’est-à-dire pour projeter un faisceau contenant le maximum de rayons infraroug-es, l’é-nerg-ie dissipée en lumière n’étant d’aucune efficacité pour le but poursuivi.
- Le rayonnement infrarouge
- pénètre en effet dans la matière et permet de sécher rapidement la couche de fond, alors que le rayonnement émis par les radiateurs à vapeur est trop mou pour donner satisfaction.
- Ces lampes ont été introduites il v a quelques années par la Ford Motor C°. Dans ses usines, les étuves pour le séchag-e des vernis cellulosiques appliqués sur les carrosseries de voitures ne comportent pas moins de 35 000 lampes émettant un rayonnement infraroug-e pénétrant. Elles sont^ équipées de réflecteurs. dorés ou recouverts chimiquement d’aluminium. Elles sont fabriquées en trois types (260, 500 et 1000 watts) et construites de façon à # éviter toute explosion fortuite par allumag-e des vapeurs inflammables émises par les peintures.
- Le grand avantag-e de l’emploi de ce type de lam-
- pes dans les g-arag-es est la grande vitesse avec laquelle un raccord de peinture peut être exécuté. Alors que le séchag-e à l’air d'une retouche exigre trente minutes ou davantage, la chaleur radiante livre en cinq minutes une surface suffisamment dure pour pouvoir être apprêtée en vue de recevoir une seconde couche.
- Mais, en dehors de la rapidité des travaux qui peu-
- vent être ainsi effectués, ou plutôt par suite de cette rapidité même, la qualité des résultats obtenus est également remarquable. En effet, les poussières n’ont pas le temps de se déposer sur la peinture fraîche et le poli réalisé en est d’autant amélioré.
- Les lampes utilisées sont montées en batteries de deux ou, mieux, de quatre lampes. Leurs réflecteurs sont assez efficaces pour que l’on puisse se tenir derrière ces batteries sans être incommodé par le dégfag-e-ment de chaleur.
- Forages
- pétrolifères
- horizontaux
- UN gisement pétrolifère de la Pennsylvanie ayant été reconnu pratiquement épuisé et incapa-
- FIC. 2. — l’utilisation du rayonnement infrarouge pour le séchage DE PEINTURES.
- On voit, à droite, la batterie de lampes spéciales dont le rayonnement sèche en cinq minutes la peinture d’une aile d’automobile.
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- LES A COTE DE LA SCIENCE
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- ble de fournir de l’huile par les procédés ordinaires, on mit au point une méthode nouvelle d’exploitation.
- On creusa un puits de 3 m de diamètre, que l’on tapissa de 30 cm de ciment. A 120 m de profondeur, on creusa une vaste chambre circulaire de 8 m de diamètre, dans laquelle on installa des appareils de forage.
- Rayonnant alors tout autour de la chambre comme les rayons d’une roue autour de son moyeu, on creusa des galeries longues chacune de près d’un kilomètre. Ainsi se trouva réalisé un système de drainage très serré, l’huile s’écoulant dans les galeries légèrement inclinées et se rassemblant dans la chambre centrale où il suffisait de la pomper.
- Le nouveau “ SpitHre XIV ” à cinq pales
- UNE nouvelle version du célèbre chasseur monoplan Vickers Supermarine « Spitfire » est apparue, il y a quelques semaines. Après le « Spitfire XII», chasseur destiné à opérer à faible altitude, c’est le « Spitfire XIV », chasseur pour hautes altitudes, normalement au-dessus de neuf mille mètres. Sa principale caractéristique est d’être équipé d’un moteur Rolls-Royce « Griffon » de 2000 ch, muni d’un compresseur à deux étages et 'à deux vitesses. L’utilisation d’une telle puissance avec un haut rendement à haute altitude et à grande vitesse pose aux constructeurs d’hélices des problèmes ardus. Adopter pour le nouveau type à performances élevées qu’est le « Spitfire XIV » une hélice à quatre pales ne saurait être considéré comme une solution satisfaisante. On serait conduit, en effet, à choisir un grand diamètre, excessif pour deux raisons : la vitesse qu’atteindraient alors les extrémités des pales s’approcherait dangereusement de la vitesse du son, d’où une baisse de rendement: d’autre part, il faudrait surélever le train d’atterrissage.
- La solution la^ meilleure du point de vue aérodynamique aurait sans doute été
- l’emploi de deux hélices tri-pales distinctes tournant en sens inverse, mais les complications mécaniques qui en résulteraient ont fait préférer la solution de l’hélice Ro-tol à cinq pales.
- pâte à papier, dont le centre le plus important se trouve dans la région Nord-Ouest, proche du Pacifique.
- Ils sont dus à la mise au point d’un nouveau procédé d’écorçage des troncs d’ar-
- FIG. 3. — LE VICKERS SUPERMARINE « SPITFIRE XIV » A MOTEUR ROLLS-ROYCE « GRIFFON » DE 2 000 CH ET HÉLICE A CINQ PALES
- LJarmement du « Spitfire XIV » est, dans ses grandes lignes, comparable à celui des versions précédentes. Il est variable et peut comprendre, soit quatre canons de 20 mm, soit deux canons de 20 mm et deux mitrailleuses lourdes, soit deux canons de 20 mm et quatre mitrailleuses légères. De plus, à la place du réservoir supplémentaire largable. il peut emporter une bombe de 125 ou 250 kg.
- Lf Industrie du papier aux Etats-Unis
- D’IMPORTANTS changements sont en cours dans l’industrie américaine du papier et de la
- bres. Le procédé mécanique employé jusqu’ici est en voie d’être entièrement remplacé par un procédé hydraulique, qui consiste à diriger de puissants jets d’eau sur les billes de bois. Leur écorce se trouve ainsi arrachée, sans perte de fibres. Le rendement final en pâte à papier se trouve amélioré de 10 à 20 %.
- Cette augmentation du rendement a des répercussions inattendues. Les fibres, autrefois arrachées avec l’écorce, passaient comme elle dans les foyers" des centrales d’usine fournissant la force motrice. Il faudra donc plus de charbon, de mazout ou de déchets de bois d’autre origine, à un moment où la production de guerre pose d’une manière aiguë le problème du combustible. C’est pourquoi nombre d'usine»
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- SC T K N CE ET Y JE
- pensent à brûler le résidu de la fabrication, lorsque la cellulose a été isolée sous forme de pâte à papier, c’est-à-dire la * lignine »; cela ne va pas sans exiger de nouvelles et importante'
- installations perfectionnées, qui sont en voie de réalisation.
- L’industrie américaine du papier consomme chaque année 42 millions de mètres cubes de bois. Le procédé
- d’écorçajre hydraulique étendu à toutes les usines économiserait donc au moins 4 200 000 mètres cubes, soit l’équivalent de 20 000 hectares de bois.
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