La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- LA NATURE
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- QUARANTE-TROISIÈME ANNÉE 1915 — DEUXIÈME SEMESTRE
- MASSON ET C“, ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
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- 43e ANNÉE. — N° 2179.
- 3 JUILLET 1915.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- NOS GRANDES INDUSTRIES DU NORD
- IV
- LA BRASSERIE FRANÇAISE PENDANT LA GUERRE
- En dépit des apparences et contrairement à tant d’autres de nos industries, la brasserie française avait résisté à l’invasion germanique. Voici l’heureuse constatation que, chiffres en mains, nous pouvons faire au grand étonnement de nos compatriotes qui, avant la guerre, déclaraient les bières de Munich ou de Vienne seules dignes de leur palais! En 1914, effectivement, d’apres les statistiques qu’a bien voulu nous communiquer M. Henri Karcher, le distingué président de la Chambre syndicale des Brasseurs de Paris, la France a consommé 16950000 hectolitres de bièrè sur lesquels 105 000 hectolitres (soit 0,6 pour 100) provenaient de l’étranger.
- Mais pour satisfaire le snobisme des consommateurs, les brasseries de notre pays multipliaient les marques à désinences austro-allemandes. Le « made in Germany » faisait prime dans nos tavernes et cependant les brasseurs français étaient puissamment outillés pour se défendre contre la concurrence étrangère.
- La plupart appliquent de façon méthodique dans leurs établissements, les méthodes pastoriennes relatives à la fermentation et aux levures. Grâce à l’École de Brasserie, fondée à Nancy il y a une vingtaine d’années et à la section de brasserie de l’Institut Pasteur, dirigée par M. Fernbach, nos chefs d’entreprises brassicoles recrutent aisément des ingénieurs spécialistes et des chefs de fabrication initiés aux procédés scientifiques. Aussi l’évidente supériorité de la fabrication française, avait suffi, pendant la paix, à détrôner chez nous la « Brau » tudesque. D’ailleurs la bière supporte mal le voyage et s’altère rapide-
- Fig. i. — Fleur de houblon.
- ment quelques précautions qu’on prenne. Ainsi les gourmets belges, ne retrouvent jamais, paraît-il, la saveur de leur « faro » ou de leur « gueuze » dans les cafés du boulevard des Italiens et pourtant Bruxelles est moins éloigné de Paris que les capitales de l’Autriche ou de la Bavière!
- Avant le début des hostilités il existait, en France, 2800 brasseries dont 2000 environ se trouvaient dans les départements du Nord. Les 800 autres se répartissent auprès des grandes agglomérations urbaines de notre pays, mais les plus importantes sont établies dans l’est (Vosges,. Meurthe-et-Moselle, Meuse, Marne) et dans la région de Paris.
- La fabrication de la bière, liquide fermenté à base d’orge et de houblon, comprend, en principe, les stades suivants. D’abord par germination ou meillage, on rend l’amidon contenu dans l’orge propre à se transformer en matière sucrée qu’on extrait ensuite par l’eau chaude. Puis on ajoute au moût de bière ainsi obtenu un microorganisme appelé levure de bière, dont les diverses variétés se rattachent à deux familles selon que leurs cellules prolifèrent à la surface ou au fond des bacs d’ensemencement. Pendant cette fermentation « haute » ou « basse », le sucre renfermé dans les moûts se change en alcool et finalement quelques traitements accessoires, variables avec le « cru » de bière désiré, complètent le cycle des opérations nécessaires pour réaliser la boisson qu’inventa, dit-on, le roi Gambrinus.
- Gomme parties constitutives essentielles, le grain d'orge, comprend : 1° P albumen presque exclusive-
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- ment formé de cellules remplies d’amidon ; 2° l’era-bryon ou rudiment de la plante qui, pendant la germination, produit une diastase, Xamylase, capable de transformer l’amidon en dextrine, puis celle-ci en mal-tose et enfin cette dernière en glucose sous l’influence d’une température convenable. Somme toute, le travail du malteur consiste à réveiller la vitalité de l’embryon dont il arrêtera le développement, au moment voulu pour les opérations ultérieures de la brasserie. On choisit, de préférence, des orges de printemps, porteuses d’épis à deux rangs ou des orges d’hiver à quatre rangs appelées aussi « escourgeons » ; en tout cas, les grains doivent être d’une couleur jaune pâle, plutôt courts et ventrus, à pellicule fine et transparente, à amande blanche, fari-
- de conserver une température constante de 12° à 14°.
- Ce procédé de germination exigeant un vaste emplacement et une main-d’œuvre compliquée, n’est en outre possible qu’une partie de l’année ; car, si l’on malte par temps trop chauds, les moisissures se développent abondamment. On remédie souvent aux inconvénients qu’il présente en s’adressant au maltage pneumatique essayé successivement par La-combrè et Persac, Marbaud, le Dr Baude de Con-trexéville, Puvrez de Lille, Saladin et surtout Gal-land qui le mit définitivement au point. La méthode, très simple en principe, consiste à faire circuler à travers les grains, de l’air tantôt humide, tantôt sec, tantôt froid ou chaud, suivant les circonstances atmosphériques et les phases de la fabrication.
- neuse et friable; il faut, en outre, que leur poids atteigne de 65 à 68 kg à l’hectolitre.
- A leur arrivée à l’usine, on commence d’abord par les nettoyer au moyen de divers appareils spéciaux (brosses métalliques, trieurs et séparateurs) qui les débarrassent des poussières et autres impuretés, éliminent les grains trop petits ou mal conformés. Quant aux orges régulières et bien renflées, on les dirige vers les sous-sols où s’effectuera leur germination. Cette opération dite maltage développe dans le grain la diastase, qui transforme l’amidon en matière sucrée fermentescible, et pour qu’elle s’accomplisse normalement il faut une humidité suffisante, une chaleur tempérée et une aération assez forte qui favorise l’absorption de l’oxygène pendant toute la durée de la germination. Le malteur réalise ces trois conditions en faisant préalablement tremper les grains dans des cuves mouil-loires, puis en les étalant en couche sur le plancher cimenté des caves dites germoires où on s’efforce
- Dans le système Galland, on verse l’orge mouillée dans de grands tambours constitués par des cylindres en tôle à double enveloppe.
- L’air humide ou sec arrive, sous une certaine pression, entre le fond et le faux fond, puis se répand entre les deux enveloppes. Il pénètre ensuite à l’intérieur du tambour par les trous du manteau et en sort par un tuyau central, après avoir traversé la masse en germination. Le brassage du grain, qui s’obtient dans les autres méthodes par le pelletage à main ou l’action d’un retourneur mécanique, s’effectue ici par la rotation du tambour autour de son axe géométrique. À cet effet, l’appareil repose sur quatre galets et porte à une extrémité, une couronne dentée qui l’embrasse complètement et qui engrène sur une vis sans fin. Un levier permet la mise en marche ou l’arrêt du cylindre dont la révolution complète se fait en 4G minutes. Un trou d’homme, fermé par une porte, sert au remplissage, à la vidange et un perron en facilite l’accès au chef
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- malteur qui peut ainsi surveiller la germination.
- Au bout de 8 à 9 jours, l’embryon de l’orge a développé des radicelles et, dans le grain s’est produite la diastase. Il faut alors arrêter l’opération, car la jeune plante continuerait à se développer en s’assimilant en pure perte une partie des matériaux qu’elle a maintenant pour mission de transformer. C’est le moment de sortir l’orge des germoirs et de procéder à sa dessiccation dans les tour ailles, vastes pièces rectangulaires en maçonnerie mesurant 7 à 40 m. de chaque côté et 12 à 15 m. de hauteur. A leur partie inférieure, ces étuves comprennent un foyer et au-dessus des toiles métalliques sur lesquelles l’orge étalée en couches de 10 cm se dessèche progressivement. Enfin le batiment se termine par une courte cheminée destinée à évacuer la vapeur d ’eau produite au cours de l’opération.
- Selon la variété de bière à fabriquer, on conduit le touraillage de façon différente, car le malt est l'âme de la bière pour employer
- atteint jusqu’à 120° pour les bières brunes.
- Une fois la dessiccation achevée, on passe le malt à la dégermeuse afin de lui enlever ses radicelles. Celles-ci se séparent aisément du grain qui sort
- Fig. 4. — Salle de brassage.
- l’expression du célèbre brasseur munichois C. J. Lintner père. Ainsi quand on désire obtenir un malt pâle pour la préparation d’une bière peu colorée la température finale à laquelle on porte le grain ne dépasse pas 75° à 80° tandis qu'elle
- poli de la machine et qu’on moud dans des concasseurs à cylindres unis qui le broyent sans le pulvériser.
- Le malt ainsi touraillé, nettoyé, concassé et additionné d’eau va servir à préparer les moûts ou jus sucrés soit par infusion, soit par décoction.
- Dans la méthode de brassage par infusion, on amène les moûts dans des « cuves-matières » à double fond perforé, pourvues d’agitateurs mécaniques à palettes tournant autour d’un axe central dit •« vagueur ».
- Les orifices du fond correspondent à des tuyaux horizontaux que terminent des robinets dont l’ensemble forme la batterie de soutirage. Dans ces cuviers macérateurs, se fait « l’empâtage » autrement dit le mélange de la mouture de malt avec de l’eau.
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- Au cours du maltage, des diastases vont modifier chimiquement les matières constitutives du grain. En particulier, la plus importante des diastases qui prennent naissance, l’amylase, après avoir rendu soluble l’amidon, transforme la solution amidonnée en sucre de malt ou malt ose et en un corps gommeux : la dextrine. Comme l’a observé M. Fernbach, il se forme d’autant plus de maltose et d’autant moins de dextrine que la température à laquelle s’opère cette transformation appelée saccharification est plus basse et, inversement, d’autant plus de dextrine et d’autant moins de maltose que la température s’élève.
- La composition des moûts se trouve, d’autre part, en relation étroite avec celle des bières résultantes puisque le maltose fermen-tesciblesechange en alcool tandis que la dextrine, d’où dépend la « bouche » ou le moelleux de la boisson achevée, ne fermente pas et se retrouve dans la bière. A son gré, le brasseur produira donc une bière sèche, alcoolique, ou moelleuse.
- Dans le brassage par infusion, l’empâtage se fait d’ordinaire à froid, et des additions successives d’eau très chaude (80°) élèvent progressivement la température du mélange jusqu’à 72° à 75°. Mais comme ces additions d’eau forcent les brasseurs à concentrer ultérieurement les moûts par ébullition, on remplace parfois la cuve-matière par un récipient à double fond dit macérateur. Dans ce vaisseau, chauffé à la vapeur, et muni d’un agitateur, le brassage s’effectue sans qu’on ait besoin d’ajouter de l’eau chaude.
- Les brasseurs de Munich opèrent de préférence par décoction. Ce procédé comporte de nombreuses variantes; mais, en principe, on verse sur le malt mis dans la cuve-matière de l’eau à 35° ; on agite vivement afin d’obtenir une pâte liquide. Puis on
- fait passer, dans une chaudière à réchauffer, une portion de ce « brassin » ou « trempe » qu’on porte ensuite à l’ébullition et on le ramène dans la cuve-matière où on le brasse au contact du moût resté froid. Le mélange s’échauffe alors jusqu’à 50° (température de relai). On soutire ensuite une nouvelle trempe qu’on traite de même et qui, rejetée dans la cuve-matière, élève sa température vers 60-63°; on recommence une troisième fois l’opération qui finit par porter le brassin à 72°-75°, On laisse reposer une heure environ et l’on soutire ou
- mieux l'on filtre.
- La partie limpide constitue le « moût fort )) ou « bouillon » qui, ayant pris au malt, au cours de l’ébullition, la plus grande partie des matières azotées que celui-ci renfermait, est devenu brunâtre. Aussi les bières fabriquées par ce système de brassage possèdent une couleur foncée, des qualités nutritives, moins d’alcool et plus de moelleux que les bières réalisées parinfusion. On dirige ce « bouillon » dans la chaudière à h o u b 1 o n n e r. Quant au dépôt solide ou « drè-ches » formées parles enveloppes du grain d’orge, elles se rassemblent sur le faux
- fond du macérateur. On les recueille dans de grandes cuves munies de malaxeurs en mouvement où on les épuise par l’eau chaude à 80° pour en retirer des « trempes de lavage » qu’on mêle au moût fort.
- Ces drèches épuisées se distribuent encore lièdes aux nourrisseurs ou bien on les amène dans de grands réservoirs, puis on les met en sacs qu’on laisse se ressuyer, et on les presse pour pouvoir les livrer en vracs ou en fûts. Enfin, l’acide carbonique qui se dégage des cuves de fermentation est recueilli et liquéfié; il constitue un sous-produit encore important des malteries.
- Le houblonnage ou addition de 150 à 400 gr.
- Fig. 5. — Culture du, houblon dans le Nord.
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- de (leurs de houblon par hectolitre de moût s’opère en même temps qu’une cuisson dans une chaudière à fond hémisphérique chauffée à la vapeur.
- Ouvrons ici une courte parenthèse sur le houblon. C’est une plante grimpante appartenant à la famille des Urticées et dont les fleurs femelles s’emploient seules en brasserie. On le cultive surtout en Belgique, dans le nord de la France dans les environs de la ville de Saaz en Bohême et en Allemagne. Mais, comme l’indique M. Anthelme Lagrange dans sa récente brochure sur La culture du houblon (1915), certaines régions de notre pays seraient très propices à l’établissement de houblonnières productives et 24 millions que la France donnait chaque année jusqu’ici à l’Allemagne et à l’Autriche pourraient rester à nos agriculteurs.
- Les fleurs femelles se présentent sous la forme d’un cône formé parla réunion depetites feuilles ou bractées implantées autour d’une tige comme les tuiles d’un toit. A la hase de ces folioles, se trouve le principe actif ou « lupiline », matière jaune d’or, brillante et onctueuse au toucher. La finesse d’un houblon et par suite sa valeur dépend de sa teneur en résines et huiles essentielles, qui donnent à la bière son amertume caractéristique et sont localisées dans la lupiline.
- D’autre part, le tanin qu’on rencontre également dans les cônes du houblon, favorise la clarification et la conservation de la bière. Mais pour garder ses qualités, le houblon sitôt cueilli doit être séché avec soin, comprimé ensuite dans des balles qu’on garde dans des locaux secs et artificiellement refroidis.
- Pendant sa cuisson avec le moût, le houblon lui cède sa lupiline et son tanin qui précipite les albuminoïdes. Après houblonnage, on fait passer le moût bouillant dans un récipient muni d’un faux fond perforé afin de le séparer des résidus ou drèches de houblon et on l’envoie, à l’aide d’une pompe, dans les refroidisseurs, grands bacs peu profonds, généralement installés au dernier étage de la brasserie et dans des salles bien aérées. Là, le moût se refroidit jusqu’à 55°-60° et les corps qu’il tenait en suspension se déposent. Puis on achève son refroidissement en le laissant tomber en pluie sur le réfrigérant, série de tuyaux horizon-
- laux reliés les uns aux autres par une surface ondulée et parcourus, de bas en haut, par un cou rant d’eau glacée. Au sortir du réfrigérant, le moût est introduit dans des récipients où, grâce à la levure de bière, on le fait fermenter. Mais selon qu’on traite des moûts brassés par infusion ou par décoction, on s’adresse soit à la fermentation haute, soit à la fermentation basse. Ces méthodes se différencient surtout par la température de l’opération. La première se pratique couramment dans le nord de la France et en Belgique. Elle a lieu à une température moyenne de 15-20° dans les fûts même de livraison et dure de 3 à 5 jours. On place chaque tonneau sur un chantier, le trou de bonde légèrement incliné vers la terre et la levure s’écoule dans une « menette », baquet reposant sur le sol de la cave et disposé de façon à recevoir la levure qui s’écoule de deux tonneaux voisins pendant que le gaz carbonique se dégage. On facilite l’expulsion de la levure par des additions de bière en fermentation qui maintiennent constamment le tonneau plein.
- La fermentationbasse s’effectue dans des cuves en bois ou en béton armé de capacité variant de 25 à 500 hectolitres selon l’importance de la brasserie et disposées dans des caves dont on maintient la température au voisinage de 10°. Au début de la fermentation, la surface des cuves se recouvre d’une mince collerette d’écume, remplacée bientôt par un feutrage plus épais, qui va s’amincissant tandis que la majeure partie de la levure se dépose au fond des récipients. Après une dizaine de jours, le liquide se clarifie et la fermentation se trouve achevée.
- Mais à l’opération ci-dessus décrite et que les brasseurs nomment fermentation principale ou tumultueuse, doit succéder des traitements différents suivant qu’il s’agit d’obtenir la bière haute ou la bière basse d’une meilleure conservation.
- D’ordinaire, si l’on a en vue la fabrication de la première, on la clarifie avec une colle à base de gélatine et on l’introduit ensuite dans le tonneau d’expédition. Quelquefois lé collage de la bière s’opère dans le fût même de livraison et, comme elle contient encore un certain nombre de cellules, elle y subit une fermentation lente dite secondaire,
- Fig. 6. — Remplissage de la forme pour pressage du houblon.
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- qui la chargera d’acide carbonique produisant le pétillement, lors de la consommation.
- Lorsqu’on veut préparer la bière basse, après la fermentation principale, on la transvase dans de grands foudres renfermés dans une cave de garde refroidie entre 0° et 3° environ; là, elle y subit la fermentation secondaire, la clarification et la maturation; quelques jours après onlabondonne et, par suite, elle se sature de gaz carbonique. On la conserve ainsi six semaines à trois mois, on la soutire ensuite en fûts après passage au travers d’un filtre ou on la met en bouteilles à l’aide d’appareils fonctionnant automatiquement. Quand il s’agit d’exporter la bière au loin, on assure sa conservation au moyen de la pasteurisation, c’est-à-dire qu’on chauffe les bouteilles, une fois remplies, dans un bain-marie à la température de 65°-75°. Gomme l’ont montré les doctrines pastoriennes et les expériences de Hansen, la stabilité d’une bière dépend d’abord des soins apportés dans sa fabrication, de l’emploi de levures pures exemptes de ferments de maladies. Il faut indépendamment des manipulations particulières qu’exige chaque variété de bière, employer telle ou telle « race » de levure. De la sorte, on obtient avec une régularité mathématique, une « Winter Hier » munichoise ou un « Faro » belge, du « Pale ale » ou du « Stout » anglais, la « Lagerbier » viennoise, qui se conserve en glace près d’une année, la pâle « S team Beer » très mousseuse des États-Unis, etc.
- Mais quel est le sort des 1700 brasseries situées
- dans les régions envahies? Les renseignements recueillis au cours de notre enquête manquent de précision. Attendons donc la prochaine retraite des Allemands pour compter celles trop rares qu’ils laisseront intactes. Quant aux 1100 autres encore en activité dans le reste de la France, elles travaillèrent faiblement jusqu’au mois d’avril 1915, car la consommation de la bière diminua des 2/3 depuis le commencement des hostilités. Son débit va reprendre un peu, nos troupes sur le front et dans la zone intérieure se mettant à en boire de façon courante. Malheureusement les ouvriers brasseurs se recrutent avec peine en raison de la mobilisation qui a désorganisé tous les cadres; néanmoins chaque usine s’en tire tant bien que mal, grâce à la main-d'œuvre des nombreux corps de métiers qui chôment, à l’heure actuelle. D’autre part, le prix des matières premières pour le maltage a augmenté de plus de 30 pour 100 et les brasseurs en trouvent à peine de quoi assurer leur fabrication, bien que le gouvernement français ait interdit l’exportation des dites substances. Seuls, les cours des houblons se maintiennent à leur taux normal.
- Enfin dès le début de la guerre, l’autorité militaire réquisitionna une partie des caves des brasseries de la région parisienne pour y conserver les viandes destinées aux soldats. Un accord intervint à ce sujet entre l’intendance et les brasseurs qui, en prêtant leurs installations frigorifiques, facilitèrent beaucoup le ravitaillement de l’armée.
- Jacques Boyer.
- L’AGRICULTURE FRANÇAISE DEPUIS LA GUERRE
- Une question d’une très grande importance se pose à l’heure actuelle, après dix mois de guerre. Dans quelle situation se trouve notre agriculture et, notamment, quel est l’état de notre ch-ptel et nos ressources en blé? Nous essaierons d’y répondre d’après un mémoire très documenté publié par M. Ilitier dans le dernier Bulletin de la Société d'Encouragement (mars-avril 1915).
- Le cheptel. — Voyons d’abord notre cheptel comme race chevaline. Les réquisitions qui ont porté sur les bêtes non tarées de plus de quatre ans ont apporté un trouble profond dans l’agriculture française. Les attelages se sont trouvés supprimés au moment où la moisson était dans son plein et au moment de l’arrachage des betteraves. Cependant, grâce à la solidarité et à l’aide mutuel qu’on a partout rencontré, vieillards, femmes et enfants rivalisant de zèle, ont pu faire la moisson et les semailles d’automne. Toutefois, cette réquisition des chevaux n’a pas eu dans toute la France la même influence. Dans le Limousin, dans le Massif Central, en Bretagne, dans le Nivernais, dans le Maine et dans l’Anjou où la culture se fait, en grande partie, avec des bœufs et même avec des vaches, le désarroi a été moins sensible. Malgré
- les nombreuses critiqués faites à cet usage des bœufs comme bêtes de trait, il n’est pas douteux, comme le dit M. Hitier, qu’après la guerre, étant donnée la rareté des chevaux de trait et. leur prix élevé, il deviendra souhaitable que l’emploi des bovidés se généralise en Beauee, en Normandie et en Picardie où, déjà, il est en usage pour les grandes fermes à betterave. Toutefois, pour ces derniers, il n’est pas moins indiscutable qu’après la guerre la culture mécanique s’imposera.
- Pour la race bovine, les Instructions ministérielles stipulaient que les réquisitions ne devaient porter ni sur les jeuues animaux, ni sur les vaches laitières, ni sur les bœufs de trait. Malheureusement ce> instructions n’ont pas toujours été suivies.
- Au mois de février 1915, c’est-à-dire six mois après l’ouverture des hostilités, le cheptel bovin était réduit de 10 pour 100 et cette réduction se répartissait très inégalement. Pour les taureaux elle était de 12,31 pour 100, mais tous les reproducteurs d’élite étaient respectés. Pour les bœufs, la réduction était de 17 pour 100, l’effectif de 1 845 620 étant devenu de 1 537 200. Pour les vaches, la réduction était de 9,3 pour 100, leur nombre passant de 7 801 160 à 7 080 400, ce qui
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- est encore un chiffre important. Aussi, grâce à cette réserve de vaches de reproduction notre cheptel bovin reste dans de bonnes conditions. La seule conséquence de cette diminution sera l’élévation du prix de la viande dans l’avenir, élévaiion qui, déjà, du reste, se fa t sentir au marché de la Yillette pour certaines catégories de viandes, quoique, cependant, elle soit loin d’atteindre le chiffre de certaines boucheries de détail.
- Au marché de La Yillette, le prix du kilogramme de viande de bœuf de première qualité était de 2 fr. -11 en mars 1915, tandis que le prix moyen de ce même kilogramme de viande pendant les années 1911 à 1914 était de 1 fr. 81. Le prix du kilogramme de viande de veau qui, en mars 1915, était de 2 fr. 46 était, pendant les années 1911 à
- 1914, de 2 fr. 61, c’est-à-dire plus élevé. Pour la viande de mouton le prix du kilogramme, en mars
- 1915, était de 2 fr. 46, tandis que de 1911 à 1915 le prix moyen a été de 2 fr. 66, c’est-à-dire plus élevé.
- Par suite de l’enlèvement par les Allemands de toute la population bovine dans les départements envahis et qui était d’environ 2 millions de têtes, on estime que le quart de notre troupeau est aujourd’hui disparu. Aussi, pour combler cette brèche sera-t-il de toute nécessité de diminuer les abatages sur les veaux et de s’attacher à faire un élevage plus nombreux et plus intensif. Pendant longtemps encore les besoins de reconstitution du cheptel seront très grands non seulement dans le Nord de la France, en Belgique et en Allemagne, mais encore en Hollande, en Danemark et en Suisse.
- Pour faire face à celte diminution de noire cheptel et, en même temps, sauvegarder notre troupeau, l’administration de la guerre a importé en France des viandes congelées. Au 1er janvier 1915, cette importation, qui était presque en totalité du bœuf, était de 25 000 tonnes devant être suivie d’une fourniture mensuelle de 15 000 tonnes, et on estime que, dans le premier semestre de 1915, il sera importé, tant par la guerre que par les particuliers, 150 000 tonnes de viande congelée. Cetle importation qui représente 450 000 bovidés, c’est-à-dire près de la moitié de la consommation moyenne française d’un semestre, permettra d’épargner notablement notre cheptel.
- Mais, ajoute M. llitier, à propos de l’importation de cette viande congelée que tous les syndicats agricoles réclament jusqu’à la reconstitution de notre cheptel, il est indispensable que ces viandes soient vendues par la boucherie avec indication de leur nature et de leur origine afin que l’acheteur paie à sa juste valeur cette viande congelée; car, comme on sait, le prix de la viande congelée est inférieur à celui de la viande fraîche. L’écart minimum dans le moment actuel, est, en moyenne, de 20 pour 100 pour la viande de bœuf et de 25 pour 100 pour le mouton, d’après M. Sagnier,
- secrétaire perpétuel de la Société d’agriculture-
- Les réquisitions de l’armée ont très peu touché le troupeau ovin et, comme nous le disions plus haut, le prix de la viande de mouton est aujourd’hui inférieur à celui des années antérieures.
- Le blé. — Le recensement fait par le Ministère de l’Agriculture a donné, pour la dernière récolte, une production en blé de 87 millions de quintaux. De cette production il y a lieu de déduire la perte provenant des départements envahis et qu’on peut évaluer à 7 700000 quintaux. La récolte se trouve ainsi ramenée à 79300000 quintaux. Si, à ce total, on ajoute les 5 millions de quintaux qui se trouvaient, en stock, chez les agriculteurs, les commerçants, les industriels, on arrive à une quantité disponible de 84 300000 quintaux. D’un autre côté, la consommation normale de la France est de 94 millions de quintaux. C’est donc, environ, 10 millions de quintaux qu’il faut introduire pour subvenir à l’alimentation.
- Du 31 juillet 1914 au 27 décembre de la même année il est entré, en France, 8397 593 quintaux de blés étrangers auxquels il faut ajouter les entrées de farines exprimées en blé, c’est-à-dire 1 073283 quintaux. C’est donc un total de 9470876 quintaux de blés étrangers qui sont entrés en France, c’est-à-dire à très peu de chose près, la quantité de 10 millions de quintaux que nous indiquions tout à l’heure comme devant être introduite sur notre marché pour parfaire notre consommation. Néanmoins de nouvelles importations seront nécessaires.
- Mais, comme le fait remarquer M. Sagnier, la guerre a complètement modifié les conditions du commerce du blé. En temps normal, lorsqu’il y a déficit, les grands réservoirs d’alimentation pour l’Europe occidentale sont : la Russie et la Sibérie, les Etats-Unis, le Canada et la République Argentine. La Russie est, à l’heure actuelle, bloquée. Le Canada n a pu fournir que peu de chose ainsi que la République Argentine. Ce sont les Etats-Unis qui, seuls, depuis août jusqu’à janvier dernier, ont eu le monopole de l’approvisionnement et cela d’autant plus facilement que leur récolte de 4914 a été exceptionnelle et dépassait de 63570400 quintaux la récolte moyenne décennale qui est de 479 227 400 quintaux. Ils ont, du reste, largement profité de ce monopole. Les blés américains se vendent actuellement dans les ports anglais et français de 37 à 39 fr. les 100 kg, tandis que les blés indigènes sont cotés sur le marché de 30 à 31 fr. C'est donc un écart de 7 fr. dû à la hausse du fret et de l’assurance, tandis que, en temps normal, cet écart ne dépasse pas 2 fr. à 2 fr. 50. Il est, cependant, conclut M. Sagnier, un fait certain, c’est qu’en mars dernier la France était le pays de l’Europe où le blé était vendu le meilleur marché. En Angleterre le blé américain était vendu, en février dernier, 37 fr. et au-dessus et les blés indigènes 32 à 35 fr. 50 les 400 kg. R. Bonkin.
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- LES SANGSUES ET LA GUERRE
- La guerre gêne considérablement le commerce des sangsues, que les médecins anglais et américains préconisent encore, car les Turcs et les Austro-Hongrois qui en approvisionnaient le marché mondial ont, comme on dit vulgairement, bien d’autres chiens à fouetter!
- Jadis ces Hirudinées s’employaient couramment, pour effectuer des saignées locales; leur application avait pour but d’enlever le sang du patient d’une façon plus lente et plus graduelle que par l’ouverture d’une veine. On ménageait, de la sorte, les forces du malade ; mais il fallait, par contre, un nombre élevé de sangsues pour soustraire de l’organisme une notable quantité de liquide sanguin. Sans compter que plus d’un humain éprouvait une répugnance bien naturelle à s’introduire, dans les fosses^nasales ou dans la bouche, ces répugnants Annélides.' Il est vrai, qu’en ce dernier cas, on mettait l’animal dans un petit tube de verre, laissant seulement sa ventouse buccale adhérer au point précis de la gencive et isolant le reste de son'corps des joues, de la langue ou des dents de la personne en traitement. Maintenant le médecin possède des moyens révulsifs plus propres et plus conformes aux lois de l’hygiène moderne. Les ventouses ont détrôné lest sangsues, dont l’élevage a totalement disparu de France aujourd’hui.
- Cependant, comme nous allons le voir, cette industrie spéciale existe encore à Paris, et trouve des débouchés à l’étranger. Les compatriotes de John Bull et de l’oncle Sam, en particulier, « consomment » chaque année plusieurs millions de ces êtres visqueux.
- Avant 1870, une dizaine de commerçants parisiens s’occupaient du trafic, en gros, de ce gibier pharmaceutique.
- Chacun d’eux vendait mensuellement 5 à -400 000 sangsues, à raison de 250 fr. le mille. Mais ce prix rémunérateur s’est considérablement abaissé et il ne dépasse pas, à l’heure actuelle,
- 60 à 70 fr. le mille.
- Aussi, il n’y a plus guère dans la capitale qu’un seul établissement s’occupant de ce genre de négoce celui de M. Leya, dans lequel nous avons pu prendre les curieuses photographies illustrant notre article.
- M. Leya ne débite que 100 à 130 000 sangsues par mois et encore en
- exporte-t-il la plus grande partie aux États-Unis, car l’Assistance publique, elle-même, qui en achetait pour 80 200 fr. en 1849 ne lui en prend pas actuellement pour 200 francs! Les pharmaciens de Paris et de province ne lui font également que de rares commandes.
- Autrefois, on pratiquait l’élevage des sangsues, en France, aux environs de Bordeaux. Là, dans des marais naturels ou artificiels, elles s’engraissaient et se reproduisaient.
- L’hirudiculteur devait recouvrir d’argile le fond de ses bassins et s’arranger de manière qu’un courant d’eau modéré les traversé;-" il y nourrissait généralement ses pensionnaires avec des chevaux, que leur âge et leurs infirmités rendaient impropres à tout service. Puis, dans des réservoirs de purification, il faisait dégorger les sangsues avant leur vente.
- Indépendamment de ces aménagements dispendieux, cet élevage nécessitait une attention et des soins multiples. Il fallait veiller à ce que le niveau de l’eau se maintienne constant pour empêcher la destruction des cocons par les inondations, contribuer aü développement des plantes aquatiques qui abritaient les sangsues, tout en favorisant leur multiplication. Enfin, on devait empêcher les anguilles, les perches, les brochets, les taupes, les musaraignes, les oiseaux de marécage et autres ennemis friands de ces vers, de s’introduire dans la « sangsurie », dont les élèves, on le conçoit, revenaient alors fort cher. 11 est vrai que les hirudiculteurs s’enrichissaient souvent. Témoin M. Béchade, le créateur de cette industrie dans le Bordelais, qui, de petit cultivateur, devint millionnaire en transformant de maigres marais où il récoltait seulement de mauvais joncs (juste de quoi payer ses 300 fr. de fermage) en magnifiques « barrails à sangsues » qu’il louait annuellement 25 000 francs !
- Lorsque l’amélioration de l’industrie des transports permit l’envoi des sangsues vivantes, à longue distance, les marchands en gros s’adressèrent aux pays dans lesquels ces Hirudinées se rencontrent à l’état naturel et où on pouvait se les procurer à peu de frais. Devant cette concurrence, le nombre des hirudiculteurs diminua petit à petit et il finit par se réduire à zéro. Encore une industrie tuée
- Fig. i.— Grossissement de la bouche de la sangsue.
- Fig. 2.— Mise des sangsues dans la terre glaise.
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- LES SANGSUES ET LA GUERRE
- par le progrès, que les vieux chevaux, au moins, seront les premiers à bénir !
- Avant la guerre, la Turquie, les provinces austro-hongroises de Bohême, de Croatie et de Dalmatie fournissaient presque toutes les sangsues grises ou vertes employées en médecine. La Russie et l’Algérie exportaient également de petites quantités d’une troisième espèce, dite sangsue-dragon ou truite, qui a sur le dos six rangs de points noirâtres et l’abdomen bordé d’une bande de zigzag.
- Le corps de la sangsue médicinale (Hirudo medi-cinalis Lin.), un peu déprimé, mou, rétréci en avant et obtus en arrière, se compose d’environ 35 anneaux distincts. Comme toutes les autres espèces du genre, elle suce le sang et possède un orifice préhenseur disposé de manière à pouvoir accomplir aisément cet acte. La bouche occupe le fond d’une ventouse antérieure et comprend trois mâchoires égales, grandes et à denticules très pointues. Ces denticules, au nombre de 80 à 90, ont la forme de chevrons placés à cheval sur le
- Fig. 3. des
- bord tranchant des mâchoires et les fibres musculaires en rapport > avec celles-ci envoient dans leur épaisseur même des fibrilles à chaque denticule. Lorsque la sangsue mord, sa ventouse s’applique fortement sur la peau, les mâchoires sont tirées d’avant en arrière par leurs muscles en même temps que la contraction des fibrilles fait saillir les denticules. L’épiderme du patient vient se mouler sur la concavité de la ventouse et se trouve alors divisée en trois incisions linéaires égales, équidistantes et partant du même point. Immédiatement après la morsure, des contractions s’établissent dans l’œsophage de l’animal et poussent le sang d’avant en arrière. En sorte que la succion et la déglutition s’opèrent par le jeu de la ventouse antérieure et de l’œsophage, sans que le reste du corps y participe.
- Les sangsues ont plutôt la digestion pénible puisqu’elle dure chez elles 6 mois et plus! Aussi les hirudiculteurs les alimentaient seulement deux ou trois fois l’an. On leur servait leurs repas de manières diverses. M. Borne, qui possédait un établissement modèleàSaint-Arnoult(Seine-et-Oisé), pêchait ses pensionnaires, au printemps, avec une petite puisette, puis il les mettait dans des sacs de flanelle qu’il plongeait dans un bain de sang chaud provenant de la récente saignée d’un bœuf, d’un mouton ou d’un veau. Il y laissait les grosses sangsues 5 à
- sangsues
- paniers.
- 6 minutes, les moyennes une dizaine de minutes et. les toutes jeunes une demi-heure. Il les retirait ensuite et après lavage à l’eau tiède, il les repion-geait dans l’eau fraîche. A ce momenf,il les passait en revue afin de s’assurer qu’elles avaient fait honneur au banquet. Il mettait de côté les paresseuses qui n’avaient pas bien mangé et qu’il conviait à des agapes ultérieures! Quant aux gourmandes, dont le poids avait doublé, il les reportait aux bassins d’élevage.
- Mais, dans toute la Gironde, on employait le gor-gement par les animaux vivants. On promenait des chevaux, des ânes, des mulets ou des vaches dans les harrails. Attirées par leur instinct, les sang-., sues sortaient immédiatement de leurs retraites, et se précipitant sur les jambes des pauvres bêtes elles se gavaient pour longtemps. Les sanguinaires Annélides ne quittaient leur proie qu’après s’être complètement repus. C’était un navrant spectacle de voir sortir de l’eau les éti-ques quadrupèdes > \ affaiblis par ce barbare traitement et qu’on ramenait au pâturage où ils es^ sayaient de se refaire quelque peu. On renouvelait ce supplice jusqu’à 5 et 6 fois par mois du commencement d’avril au 15 juin et ensuite du 1er octobre au 15 novembre. Et même à cette dernière période les hirudiculteurs n’usaient pas.de ménagements, aux risques de voir les chevaux succomber à la peine. La perspective de l’hiver à passer et les frais de nourriture pour attendre la campagne suivante rendaient les éleveurs insensibles à la perte de leur rossinantes. Entre temps, ils ménageaient les forces de leur maigre cavalerie, en ne la livrant aux sangsues qu’aux plus longs intervalles possibles et en ne la laissant dans les harrails que quelques heures.
- Les hirudiculteurs aimaient beaucoup mieux pour cet usage les chevaux que les vaches ; cependant un d’entre eux leur préférait maître Àliboron et usait d’un procédé non moins harbare. Il nourrissait ses sangsues hors de l’eau. Dans une sorte de pantalon de toile qu’il attachait aux jambes de ses ânes, il mettait un nombre de sangsues calculé de façon que la santé des animaux ne se trouve pas altérée.
- Parfois les sangsues mouraient victimes de leur voracité. Quand le soleil était trop ardent, elles montaient hors de l’eau, le long des membres de leurs victimes qu’elles quittaient seulement in
- Arrivée en
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- 10 ....... : LES SANGSUES
- extremis, tuées par les rayons solaires trop brûlants.
- Actuellement, dans les marais naturels austro-hongrois et turcs, on ne nourrit pas les sangsues ; on n’a qu’à les pêcher deux fois par an, au printemps et à l’automne. Il faut, toutefois, changer le niveau de l’eau à certaines saisons; ainsi, à l’été, quand l’éclosion des jeunes va se produire, on l’élève, car, bien qu’étant des animaux aquatiques, ces gluantes bestioles font leurs cocons dans la terre sur les petits mamelons des rives, un peu au-dessus du liquide. Puis, lorsque les sangsuettes sortent de leur prison, la faim les tourmente et c’est pourquoi on met à leur portée l’eau dans laquelle ils trouveront leur pâture.
- Effectivement on ne doit pas déranger les sangsues durant la ponte qui s’effectue hors de l’eau, dans le sol humide, et qui commençant avec l’été, dure une grande partie de l’automne. Alors leur ceinture se gonfle et de l’humeur sécrétée par les glandes se solidifie en une capsule membrani-forme. Puis l’annélide s’entoure d’une bave écu-meuse et en se tordant, sort à reculons de cet anneau après y avoir pondu un certain nombre d’œufs, au milieu d’une matière albumineuse. Aussitôt les deux ouvertures de la bourse ainsi formée se rétrécissent et se ferment. Il reste à leur place deux épaississements arrondis, brunâtres qui tomberont ultérieurement à l’époque de l’éclosion. La capsule ressemble alors à un cocon, nom sous lequel on la désigne communément.
- Selon le Dr> Sauvé, la plupart des sangsues pondent d’ordinaire un seul cocon qui donne de 10 à 28 sangsuettes que leur aspect filiforme et transparent a fait appeler filets.
- Les lieux de pêche les plus productifs sont les environs de Scissek (Croatie), de Fort-Opus et de Metkovitch (Dalmatie) et de .Salonique (Turquie). D’après les renseignements que nous puisons dans un travail de MM. J. de la Roche et Rolet, Budapest centralisait avant la guerre toute la production hongroise qu’elle expédiait ensuite, tandis que Metkovitch, Fort-Opus et Salonique exportaient directement.
- On s’empare des sangsues de façon simple. Les pêcheurs, hommes et femmes descendent dans les marais après avoir chaussé de grandes bottes pour se garantir des morsures. Ils tiennent dans leur main gauche un sac en toile serrée de 20 centimètres de hauteur sur 10 de large, puis, agitant l’eau avec leurs pieds, ils s’emparent avec la droite main des voraces Annélides accourus dans l’espoir de rencontrer quelque chair succulente, quelque sang généreux.
- Les pêcheurs saisissent très rapidement les imprudentes beslioles pour ne pas leur donner le temps de s’attacher à leurs mains. Quelques-uns préfèrent envelopper leurs bottes de toile à laquelle les sangsues s’attachent et leur capture devient plus aisée, car la graisse ou l’huile dont ces gens enduisent leurs chaussures empêche les bestioles d’adhérer au cuir. Sans compter que nos grassouillettes Hirudi-
- ET LA GUERRE ............................. —
- nées sont des personnes au goût fin et à l’odorat délicat aimant le lait ou l’eau sucrée et que dégoûte la présence de ces corps gras. En outre la pêche n’est fructueuse que par les temps calmes et chauds. Quand les vents du nord, d’est ou d’ouesl soufflent, les sangsues affamées osent à peine se montrer et la plupart de leurs compagnes au ventre moins vide ne bougent pas non plus ces jours-là... par crainte d’attraper un refroidissement! Les nombreux groupes de baguettes tactiles découverts par Leydig rendent sans doute leur épiderme très sensible aux impressions extérieures I
- Voici nos Annélides pêchés, comment les faire voyager sans inconvénient pour leur précieuse existence?
- Les expéditions par voie ferrée se font par sacs de trois kilos, dans lesquels on entasse pêle-mêle les sangsues. Les sacs eux-mêmes s’enferment, par trois ou quatre, dans des paniers de vannerie et on les entoure de feuilles de fougères, d’herbes ou de foin mouillés, afin de maintenir la fraîcheur nécessaire à la bonne santé des voyageuses. Sur une de nos photographies, on aperçoit un de ces emballages ouvert afin de montrer les dispositions adoptées.
- Pour les envois par bateaux, on prend de plus grandes précautions et on dispose les sangsues dans des caisses en bois renfermant de la tourbe humidifiée; elles peuvent, de la sorte, supporter des traversées de un et deux mois, sans inconvénient.
- Quant aux entrepositaires qui les conservent chez eux durant de longues semaines, ils doivent donner certains soins à leurs milliers de captives. Dès la réception, ils procèdent à leur toilette, les lavent et les trient. Ils éliminent celles qui ont trop souffert pendant le voyage et ils plongent les autres dans des seaux pleins d’eau, afin de les nettoyer.
- D’un autre côté, un ouvrier pétrit à la main de la terre glaise avec de l’eau et en forme une bouillie liquide dont il remplit à moitié des baquets. Puis, comme le montre une de nos illustrations il y vide les sangsues nettoyées qui ne tardent pas à s’enterrer. Il ferme ensuite l’extrémité supérieure du récipient avec de la toile grossière et il empile les baquets, ainsi peuplés d’animaux, dans des endroits obscurs.
- On place aussi les sangsues dans des caisses en . bois grillagées avec une toile métallique sur un des côtés et garnie également de terre alaise jusqu’au tiers de leur hauteur. Dans les caves pittoresques de M. Leya, on entasse parfois, de la sorte, 500 000 sangsues. A l’imitation de Succi, les pauvres bestioles ne reçoivent aucune nourriture afin d etre mieux prêtes, lorsque les malades des deux Mondes réclameront leurs services. Du reste, les jeûneuses supportent fort bien ce régime, car, après plusieurs mois d’abstinence, on en trouve rarement d’indisposées ou de mortes.
- Mais la lutte, qui ensanglante aujourd’hui une partie de l’univers, perturbe cette pittoresque in-
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- MACHINES AUTOMATIQUES A COULER LES GUEUSES DE FONTE = II
- dustrie, les relations commerciales se trouvant interrompues avec les régions productrices de sangsues (Turquie, Dalmatie et Croatie). Aussi les médecins d’Angleterre et des États-Unis, demeurés toujours partisans de ce vieux procédé de succion buccale, ont cherché à remplacer les bestioles ottomanes ou austro-hongroises par d’autres de leurs congénères. Ils préfèrent, en effet, les bons offices des sanguinaires Hirudinées aux méthodes plus modernes de décongestion par le vide. Après enquêtes et recherches, le naturaliste A. E. Shipley, de Cambridge, a pu tirer d’embarras les praticiens britanniques et américains, en leur signalant une variété à’Hirudo medicinalis qu’on rencontre en abondance dans l’Inde anglaise et en parti ulier au
- Bengale. Grâce à cette sangsue hindoue, longue de 25 à 50 cm, au corps déprimé, au dos gris olivâtre marqué de 6 bandes longitudinales et au ventre bordé d’une raie claire, les officines européennes et transatlantiques pourront remplir leurs bocaux jusqu’à la fin de la guerre.
- Un chiffre donnera une idée de l’importance du trafic hirudinicole. Rien qu’en Angleterre, les pharmaciens vendent 250 000 sangsues par mois à leurs clients. D’ailleurs si les répugnants Annélides venaient à manquer dans le Royaume-Uni, on les remplacerait sans inconvénient — croyons-nous — par les moyens de révulsion plus scientifiques que les physiciens ont découverts depuis longtemps.
- J. de la Cerisaie.
- MACHINES AUTOMATIQUES A COULER LES GUEUSES DE FONTE
- En général, la fonle sortant du haut fourneau se répand sur une aire en terre damée qui présente une infinité de moules creux ; à chaque moule correspond une gueuse. Ce procédé de coulée demande beaucoup de place et le ruisseau de fonte liquide, exposé en plein air, risque de se solidifier trop lentement; d’autre part, on peut reprocher à cette manière d’opérer sa lenteur qui constitue une perte de temps et qui augmente les difficultés de l’opération.
- Les hauts fourneaux modernes étant à grande production, on a cherché à couler rapidement en gueuses les quelques centaines de tonnes qu’ils fournissent par jour et à éliminer les inconvénients que présentait la méthode classique de coulée. On a donc inventé une machine à couler la fonte mécaniquement qui a été déjà perfectionnée à plusieurs reprises ; le modèle le plus récent est doté d’une commande exclusivement électrique et tous les mouvements se produisent automatiquement.
- La machine que nous représentons se compose de deux plateaux rotatifs juxtaposés, à la périphérie desquels des coquilles de fonte dure sont montées sur tourillons, de manière à pouvoir tourner. Entre les deux plateaux est disposé un chenal, muni de deux becs d’écoulement latéraux, qui peut osciller autour de son axe longitudinal. Les plateaux rotatifs se déplacent successivement de telle manière que l’un d’eux avance de la largeur d’une coquille pendant que l’autre reçoit sa charge de fonte liquide ; puis le chenal bascule de l’autre côté et l’opération
- recommence. Quand les coquilles pleines ont parcouru les trois quarts de leur course autour de l’axe du plateau (270°), elles culbutent automati-
- quement et se vident, la gueuse tombant dans un chariot destiné à la recevoir, l a première machine construite était à commande hydraulique; son fonctionnement était parfaitement régulier, mais on a préféré adopter un moteur électrique susceptible de réaliser une vitesse de fonctionnement supérieure à celle de l’appareil hydraulique. Il se produit pendant la coulée d’assez fortes projections de métal liquide; tous les mécanismes de commande sont en conséquence installés dans les fondations. On les protège ainsi des éclaboussures et des encrassements. On peut cependant accéder facilement à tous les organes essentiels pour en surveiller le graissage et le fonctionnement.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- La machine à couler est munie d’une poche spéciale pouvant contenir environ 15 000 kg de fonte liquide-; la poche est amenée directement du trou de coulée du haut fourneau par un pont roulant ou, par un chariot circulant sur une voie ferrée. Une fois que la poche a été placée dans le dispositif de culbutage de la machine, le moteur est mis en marche et l’opération commence. Au moyen d’un engrenage réducteur de vitesse logé dans le treuil on augmente ou on diminue le poids des gueuses,
- qui varie généralement entre 30 et 50 kg. Le refroidissement des gueuses se produit pendant la rotation de la table avec assez de rapidité pour qu’elles se dégagent facilement du moule; d’ailleurs, pour que la gueuse tombe sûrement du moule, elle reçoit un choc provenant d’un marteau à commande automatique. Les gueuses tombent directement dans des wagons amenés sous les plateaux rotatifs.
- Immédiatement après la sortie des gueuses, les moules reprennent automatiquement la disposition
- voulue pour la coulée suivante. Cette nouvelle machine, qui coule de 20 à 50 tonnes de gueuses par heure, peut d’ailleurs être appliquée à la coulée de métaux tels que le cuivre, le zinc ou le plomb aussi bien qu’à celle de la fonte brute.
- Étant donnée l’automaticité complète de l’appareil, un machiniste suffit pour le mettre en marche, pour l’arrêter et pour en surveiller le fonctionnement; un aide s’occupe de l’enlèvement des laitiers et des autres travaux secondaires. On réalise donc ainsi une grande économie de main-d’œuvre par rapport à l’ancien procédé au lit de coulée.
- D’autre part, les gueuses ainsi obtenues sont d’une forme et d’une régularité irréprochables, ce qui permet de les mettre facilement en tas; de plus elles sont entièrement exemptes du sable qui adhère aux parois des gueuses coulées au moyen de moules en terre. On peut donc manœuvrer facilement ces gueuses à l’aide d’aimants, grâce à leur surface unie.
- Enfin, la cassure du métal des gueuses coulées mécaniquement a, en général, un très bon aspect parce que leur refroidissement s’opère avec la rapidité voulue et avec une très grande régularité; on évite ainsi les lenteurs de refroidissement qui contribuaient à donner un mauvais aspect à la cassure des gueuses obtenues lors des premiers essais de coulée de la fonte en coquille.
- Signalons qu’on a employé d’autres machines à couler la fonte dans lesquelles une chaîne sans fin formée démoulés métalliques est animée d’un mouvement de translation continu. Ces moules sont remplis au moyen d’une poche pleine de fonte liquide supportée par un pont roulant.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 mai 1915 [Suite).
- Les hydrocarbures dü goudron de houille. — MM. Aimé Pictet et Maurice Bouvier ont étudié les hydrocarbures contenus dans le goudron produit par la houille de Montrambert (Loire), distillée sous une pression de 15 à 20 mm. Ils ont obtenu quatre hydrocarbures nouveaux de formule C2H2n, identiques avec des carbures extraits précédemment des pétroles du Canada, de Californie et de Galicie. Il ne faudrait pas
- en conclure que le pétrole est un produit de la distillation de la houille; mais seulement que la houille et le pétrole ont, jusqu’à un certain point, une origine commune ou analogue.
- Vanthropométrie comparative des populations balkaniques, est étudiée par M. Eug. Pittard qui classe, d’après le volume du crâne : 1° Grecs; 2° Roumains; 3’ Tatars ; 4° Turcs; 5° Bulgares; 6° Albanais; 7° Serbes,
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- L’INTERVENTION ALLEMANDE DANS LA PRÉHISTOIRE FRANÇAISE
- Un de nos lecteurs, M. Seyrig, nous communique un numéro tout récent du Berliner Tageblatt (Der Zeit-geist, 24 mai 1915) que nous croyons devoir résumer: à la fois pour l’intérêt considérable de la trouvaille signalée, si nous la supposons exacte, et pour le danger dont il nous menace. Cet article, résumé d’une série de conférences faites en pleine gueiTe dans toute l’Allemagne, a été écrit par un suisse nommé OttoIlauser ; mais il est inutile de remarquer que ce prétendu neutre est entièrement inféodé à l’Allemagne. Son travail commence par rappeler comment, à la suite de fouilles méthodiques entreprises par lui dans le Sud-Ouest de la France depuis 1898, il a trouvé en 1908, dans une grotte du Jloustier (Dordogne),un squelette humain de la race de INéanderthal auquel fut donné son propre nom : Homo Mousteriensis Hciuseri. Ce squelette, dit-il, « admirablement reconstitué par le professeur Klaatsch de Breslau (ne pas lire professeur Knatschke de Hansi), a été déposé au Muséum fiir Vôlkerkunde de Berlin ». Ultérieurement, M. Hauser continuait ses fouilles, quand il fut, dit le journal berlinois, l’objet démesures malveillantes et injurieuses de la part des Français qui l’amenèrent à s’enfuir. Sa conclusion est la suivante : (i Peu avant ma fuite involontaire, j’avais encore fait des trouvailles importantes, notamment des signes incontestables d’une rudimentaire écriture par signes. Enfin, au mois de juillet 1914, des recherches
- méthodiquement poursuivies pendant plusieurs années m’avaient conduit à une découverte encore plus remarquable qui jette un jour merveilleux sur la psychologie de ces hommes primitifs et qui rejette dans l’ombre tout ce qu’on a trouvé jusqu’ici à cet égard. J’ai pu, en effet, mettre la main sur le plus ancien de tous les sanctuaires, de tous les lieux de sacrifice que l’on connaisse. Ce Jtemple paléolithique doit être là intact depuis 25 000 ans.
- Une grande quantité de blocs gravés l’entoure. On y voit un entassement considérable de crânes et de cornes d’animaux qui contribuent à le dater. Au milieu, près d’un foyer intact, est une parure admirable faite de fragments d’os percés et travaillés, de perles de cristal de roche et de dents. De grands couteaux de silex gisent près d’écuelles taillées dans la pierre et très près de là se trouvent quelques bâtons de commandement ou de culte artistement gravés. Des bêtes sont ciselées dans la pierre ; d’autres représen tations figurent des silhouettes humaines. La place a été repérée topographiquement et photographiquement, quand est arrivée la guerre.... »
- De quelque libéralisme scientifique qu’on ait pu être animé en d’autres temps, il est impossible de lire un article semblable sans penser que des mesures s’imposent pour éviter que ce sanctuaire français n’aille rejoindre 1’Homo Hauseri dans un musée de Berlin. Peut-être même serait-il imprudent d’attendre pour se mettre en garde la fin de la guerre. L. D. L.
- LEUR CANON DE CAMPAGNE DE 77 MILLIMÈTRES
- Inférieur à notre canon de 75 mm, le 77 allemand n’en a pas moins joué un rôle important au début des hostilités parce que ses batteries ont bé-
- néficié de la présence de l’artillerie lourde qui leur a apporté une aide efficace.
- Désignée officiellement sous le nom de « modèle
- BB, bouclier supérieur mobile; AA, bouclier fixe; GF, frettes; D,berceau ; JJ, guides des frettes G et F; PP, poignées des sièges d'essieu; S,siège d’essieu;M, marchepied ; L, lunette de crosse ; R, levier de pointage.
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- Fig. i. — Ensemble du canon allemand de J7 mm.
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- 14 : : LEUR CANON DE CAMPAGNE DE 77 MILLIMÈTRES
- 1896 n/a », cette nouvelle pièce n’est qu’une modification de l’ancien modèle 96 qui en a fait un canon à tir ' accéléré. La transformation a été radicale, d’ailleurs, puisque, seul, le tube du 96 a été conservé; l’affût et la culasse sont tout à fait différents. 11 nous a paru intéressant d’en étudier le mécanisme en utilisant des documents puisés à diverses sources, entre autres dans la Revue d'artillerie où le capitaine Jung lui a consacré une note technique.
- Les deux photographies que nous publions, prises à l’Hôtel des Invalides, détaillent suffisamment l’ensemble de la pièce, particulièrement Yaffût, pour nous éviter une description fastidieuse.
- Disons seulement que, théoriquement, l’affût peut être considéré comme formé de deux parties :
- Yaffût supérieur ou petit affût qui com-porte le berceau dans lequel sont placés le frein hydraulique et le récupé-rateur à ressorts métalliques et l’affût inférieur ou affût proprement ditcons-titué par deux flasques d’acier assemblées enU, terminées par une bêche de crosse rigide à laquelle est fixé le levier de pointage.
- Des sièges tournants sont à la disposition du pointeur et du tireur pendant le tir ; ces deux hommes prennent place, pendant le transport, sur deux autres sièges dits d’essieu, en avant du bouclier. Les instruments de pointage sont portés par le berceau.
- Canon. — Le canon est en acier au nickel; son calibre est de 77 mm et sa longueur de 2 m. 10. La volée, dont la longueur est presque égale à la moitié de celle du canon, fait suite au corps du canon. Trois frettes, dont deux F et G, visibles sur notre photographie, sont pourvues à leur partie inférieure de guides permettant au canon de coulisser sur des glissières disposées à la partie supérieure du berceau et soigneusement lubrifiées par des trous fermés par des clapets à ressorts. Des frotteurs empêchent la poussière de s’introduire
- entre les surfaces de glissement qui sont protégées par des cornières garnies intérieurement d’une bande de feutre encore utilisée pour le graissage. Enfin, tout à fait à la partie inférieure du renfort (dans lequel se meut la culasse) un collier relie solidement le canon au cylindre de frein.
- Sur le renfort est creusé un cran de mire; la ligne de mire est ensuite indiquée par une ligne gravée au burin sur la frette du milieu et la l’rette extrême. De plus, la partie médiane des deux boucliers mobiles supérieurs est indiquée par une ligne blanche verticale qui facilite encore le
- premier pointage.
- L’âme ou intérieur du canon, comporte une partie lisse, près de la culasse et une partie rayée (volée). La première se prolonge légèrement dans la chambre de la culasse qui est simplement constituée par une mortaise M (fig. 2) servant de logement à cette culasse. Les rayures, au nombre de 32, sont hélicoïdales et tournent de gauche à droite.
- La culasse (fig. 5) se présente sous la forme d’un prisme rectangulaire qui se manœuvre au moyen du levier manivelle M mobile autour d’un axe vertical B. La manivelle se termine par un coulisseau C ou levier de glissement qui est engagé en permanence dans une rainure courbe R pratiquée sur la face supérieure de la culasse de telle sorte que, "‘lorsque l'on actionne la manivelle vers la droite ou vers la gauche, on produise l’ouverture ou la fermeture de la culasse. Cette manœuvre se fait en appuyant en même temps sur le linguetde sûreté S.
- L’appareil de mise à feu est à répétition; il comprend un percuteur P (fig. 4), une gâchette G et une détente à noix D. Le percuteur est entouré d’un manchon pourvu d’une rainure dans laquelle s’engage l’extrémité de la gâchette G ; un ressort à boudin R, qui possède une certaine tension initiale, entoure sa partie libre. Pour achever d’armer ce ressort, on exerce une traction énergique sur la
- Fig. 2. — U arrière du 77. La culasse est sortie ae son logement. B, bouclier supérieur mobile ; R, raie blanche de premier pointage; O, échancrure de visée se découvrant en cas de nécessité; F, fenêtre de visée; G, guidon; K, croàhet de couvre-hausse;
- S, support de hausse; A, bouclier médian; M, mortaise dans laquelle s’engage la culasse; DE, volants de pointage; HH, Sièges d’affût; I, coffret d’affût; J, bouclier inférieur; F,, flasque; P, poignée du levier de pointage; N, levier de pointage;
- T, lunette de crosse; U, bêche de crosse; V, soc de la bêche
- de crosse.
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- LEUR CANON DE CAMPAGNE DE 77 MILLIMÈTRES - 15
- poignée T du tire-feu qui est fixée à l’extrémité d’un levier L apparent sur la face droite de la culasse. Cette traction entraîne le levier L; le mouvement est transmis à la détente D qui fait osciller la gâchette G autour de son axe; l’extrémité de cette gâchette entraîne vers l’arrière le manchon du percuteur et le ressort à boudin R se comprime. A un moment donné la gâchette abandonne le manchon et le percuteur est chassé violemment vers l’avant par son ressort. L’ensemble est ramené à son point de départ par un ressort antagoniste.
- L’extracteur fait partie de la culasse. Il est constitué par une plaque P (fig. 3) portant une échancrure demi-circulaire qui s’applique contre la face antérieure du logement de la culasse. Dès que
- Fig. 3. — La culasse.
- la division zéro (0) indiquant la position normale du canon. On trouve encore sur le berceau, la plaque de repérage, la plaque de support de hausse, la plaque de support de guidon et, vers l’avant, deux poignées qui servent d’appui aux servants pendant le déplacement de la pièce, ces servants étant assis sur les sièges.
- Le frein hydraulique est l’organe essentiel du frein de tir. Il est constitué par un cylindre C (fig. 5) renfermant un liquide et dans lequel se meut un piston P fixé à l’extrémité d’une tige T parcourant toute la longueur du cylindre. Le cylindre C fait partie de la masse (canon) reculant sous l’action du coup à laquelle il est relié par un solide collier K ; la tige du piston, au contraire,
- Fig. 4. — L’appareil de mise à feu.
- la cartouche a été introduite dans le canon, on ferme la culasse; pendant cette manœuvre la section hémisphérique de l’extracteur vient s’engager entre le bourrelet de la cartouche et l’extrémité du tube du canon. Le coup étant parti, on ramène vivement la culasse vers la droite et un épaule-ment spécial frappe une saillie de l’extracteur; ce dernier bascule autour d’une sorte d’axe vertical et les griffes de la plaque demi-sphérique chassent violemment au dehors la douille vide.
- Notre dessin (fig. 3) montre encorë un bouton molleté surmontant l’axe de la manivelle de la culasse. C’est un bouton de sûreté qui bloque le percuteur tant que son repère n’est pas en face du mot Feuer (feu). Dans cette dernière position il bloque également la culasse.
- Berceau. — Le berceau, qui court sous le canon, est une pièce fixe servant de logement au frein de tir et à son récupérateur. Il est constitué par un corps Ë en forme d’U fait en tôle d’acier emboutie, fermé à sa partie supérieure par une plaque de recouvrement, et porte les chemins de glissement dans lesquels sont engagées les griffes guides du canon. A sa partie inférieure, une crapaudine le relie à l’affût inférieur par l’intermédiaire d’un pivot vertical solidaire de l’essieu et sur lequel il oscille, entraînant le canon, pendant le pointage. A l’arrière, sous la boîte de culasse, le berceau porte une plaque de laiton graduée en 25 divisions,
- fixée en A à l’avant du berceau, demeure immobile.
- Le cylindre C est entouré d’une série de ressorts à boudin R R dont les spires se contrarient, c’est-à-dire que les spires du premier ressort tournant de droite à gauche, celles du second tournent de gauche à droite, etc. (dextrorsum et sinistrorsum). Ces ressorts appuient d’une part sur un manchon M
- terminant le cylindre et d’autre part sur le fond de celui-ci (pièce K).
- Il est facile de comprendre qu’au départ du coup le canon étant violemment rejeté en arrière, le cylindre obéit à cette impulsion tandis que le piston reste en place. Le liquide qui se trouvait en avant du piston étant fortement comprimé s’écoule par des rainures longitudinales pratiquées dans la paroi intérieure du cylindre, son écoulement lent s’oppose donc d’ores et déjà au recul du canon.
- En môme temps, une contre-tige N, fixée à la partie postérieure du cylindre et traversant le piston P pour se loger dans un élément tubulaire de la tige principale T, est entraînée par le cylindre et sort de sou logement qui se remplit également de liquide au fur et à mesure que cette tige recule.
- L’écoulement du liquide se produit donc à la fois derrière le piston et à l’intérieur de sa tige creuse. Mais, pendant ce temps, les ressorts extérieurs se sont comprimés et ont encore contribué à ralentir le recul et à l’arrêter après une course relativement
- Fig. 5. — Le berceau et le frein
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- 16 — LEURLÇANON DE CAMPAGNE DE 77 MILLIMETRES
- très courte. Dès que la force vive du recul a été complètement annulée, les ressorts se détendent et ramènent le canon à sa position de tir. Ce travail interne s’effectue en quelques secondes.
- Pointage. — Le premier pointage en direction a lieu à l’aide du levier de pointage et permet seulement de placer convenablement la pièce. Le pointeur
- Bouchon de la fusée
- Corps de k fusée
- Gaine du détonateur
- Teinte bleu_
- . Amorce
- Gaine en cart,ort
- I Paraffine dans le .vide compris entre ^ la gaine et le corps
- de l'obus
- Teintejaune_
- , Phosphore rouge
- Corps de l'obus^
- Fig. 6. — Oints brisant.
- nànt au bouclier supérieur, peut être découverte dans le même but en cas de besoin. Enfin, des crochets reçoivent le couvre-hausse, le couvre-eii lasse, etc.'
- OBus. -— Le canon de 77 tire deux sortes d’obus :
- 1 obus brisant et l’obus à balles^ fshrapnell) qui sont tous deux armés d’une fusée à cadran graduée en distance jusqu’à 5000 mètres et pèsent 6 kg 850.
- La mise en œuvre de cette fusée comporte l’enlèvement d’une goupille et l’usage d’une clef. Les deux dessins que nous donnons de ces obus nous dispensent de les décrire. La cartouche pèse 8 kg 200 et la vitesse initiale de l’obus est de 465 m. Le shrapnell reçoit 500 balles pesant 10 gr. chacune. A l’intérieur du shrapnell il y a une charge de 93 gr. d’une nouvelle poudre et l’obus brisant contient 155 gr. de mélinite.
- Ajoutons qu’en Allemagne, on admet qu’une balle de shrapnell est meurtrière quand elle possède une force vive de 8 kilogrammètres par centimètre carré de section ; en France on exige une force vive supérieure à! 5 kilogrammètres, ce qui correspond à une vitesse de 180 mètres à la seconde.
- Chaque voiture-canon transporte 36 cartouches dans son avant-train et les voitures-caissons contiennent 36 cartouches dans l’avant-train et 54 dans l’arrière-train. Le poids d’une voiture-canon transportant
- agit ensuite sur le volant D (fig. 2) placé verticalement à gauche de la pièce. Le canon et le berceau tournent alors horizontalement autour du pivot porté par l’essieu; l’amplitude de ce mouvement est de 4° à droite et à gauche de la position normale.
- Le pointage en hauteur s’effectue à l’aide du volant horizontal E monté sur un axe à engrenage conique en prise avec un grand pignon également conique. La rotation de ce pignon entraîne une vis extérieure verticale qui s’engage dans un écrou à tourillon. La pièce s’élève ou s’abaisse selon le sens du mouvement. Le support de hausse est porté par ,1e berceau ainsi que le fourreau de hausse et le guidon fixé à l’extrémité d’un bras mobile et entouré d’un anneau protecteur.
- Protection. — Pendant le tir les servants sont pr otégés contre les éclats des projectiles de l’ennemi par un bouclier fixe qui embrasse toute la largeur .comprise entre les deux roues ; il est surmonté d’un bouclier supérieur qui se rabat sur le premier pendant la marche et que l’on relève au moment de l’action.
- Un troisième bouclier, également mobile, prolonge jusqu’à une petite distance du sol le bouclier fixe. Sur le côté gauche de ce dernier, une ouverture a été pratiquée pour servir de fenêtre de visée; une autre fenêtre semblable, apparte-
- Corps Je h fusée
- __Plaque mince
- Fig- 7- —Le shrapnell.
- 5 servants est de 1812 kilogrammes et celui d’une voiture-caisson, avec 6 servants, est de 1858 kilogrammes. 1
- Tel est le canon léger de campagne allemand’, inférieur à tous les points de vue à notre merveilleux 75. Lucien'Fournier.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2180. .... ...............-..—:—r—— 10 JUILLET 1915.
- LA GUERRE NAVALE ET LA TORPILLE
- Au cours des dernières semaines, les marines alliées ont perdu un certain nombre de bateaux de fort tonnage; le croiseur français Léon-Gambetta, de 12 550 tonnes, les trois cuirassés anglais Goliath, Triumph et Majestic, de 12 000 à 15000 tonnes et le paquebot Lusitania de 50000 tonnes. Pour douloureuse qu’el'e soit, surtout en raison du grand nombre de vies humaines sacrifiées, la disparition de ces unités n’affecte aucunement l’ensemble de notre puissance navale. Cuirassés et croiseurs étaient d’un type déjà ancien et d’une valeur militaire très relative; et bien que le Lusitania fût un des plus beaux et des plus rapides transatlantiques de l’Angleterre, son absence n’entrave point l’intensité du mouvement maritime qui nous assure, avec tant d’avantages matériels immédiats, un si précieux élément de force morale.
- Mais si ces épisodes cruels de la plus cruelle des guerres sont sans répercussion sur notre succès final, ils prouvent, avec une nouvelle acuité, la terrible et décisive efficacité de la torpille. Sans parler des bateaux de commerce sans défense, frappés à coup sur et sans péril par les pirates allemands, au mépris de toutes les lois traditionnelles de l’humanité et de la guerre, c’est à la torpille qu*>, depuis dix mois, nos flottes de combat ont dû la majorité de leurs pertes. D’après la statistique de ces pertes, officiellement reconnues, relevée dans la revue anglaise The Naval and Military Record, du 2 juin, nous constatons que, sur huit cuirassés et quatorze croiseurs, quatre cuirassés et neuf croiseurs ont été détruits par torpillage. Telle est la puissance offensive de la torpille que, sauf dans des cas exceptionnels, un navire atteint est un . navire coulé, quels que soient d’ailleurs son mode de construction et sa protection.
- L'invention de la torpille automobile j1), — la seule dont nous nous occupons pour l’instant — remonte à un demi-siècle. Le principe en fut conçu, vers 1865, par un officier de la marine autrichienne. On ne saurait, en effet, considérer même
- 1. Voir les articles de La Nature du 14 mars 1914 et du 6 mars 1915 pour les torpilles fixes, plus généralement désignées actuellement sous le nom de mines sous-marines.
- comme de lointains « ancêtres », les engins — formés de barils de poudre, flottant entre deux eaux au gré des courants des fleuves et que faisait sauter un mouvement d’horlogerie, — employés par l’Américain Bushnell pendant la guerre de l’Indépendance, et pas davantage les mines dérivantes plus perfectionnées, abandonnées, elles aussi, aux courants en amont des navires ennemis, utilisées par les Américains également, pendant la guerre de Sécession. Se déplaçant par la seule force d’entraînement de l’eau, ces engins rudimentaires ne faisaient entrevoir aucun des dispositifs essentiels de la torpille, dont les rapprochait seul le but à atteindre : anéantir de loin un bateau au moyen d'une sorte de a projectile » produisant au voisinage immédiat de la coque une explosion sous marine.
- En fait, c’est en 1866 que l'ingénieur anglais Robert Whitehead, directeur de l’usine des constructions mécaniques de Fiume, construisit les premières torpilles automobiles à air comprimé donnant des résultats pratiques. Longues de 5 m. et d’un diamètre de 350 mm, elles portaient seulement 8 kg d’explosif et parcouraient, à une vitesse d’environ 6 nœuds (soit à peu près 11 km à l’heure), une distance ne dépassant guère 600 m. Si nous songeons que les types les plus récents ont un diamètre de 533 mm, une longueur de 6 m. 500 environ, une vitesse maximum de 45 nœuds (près de 84 km à l’heure, plus de 25 m. à la seconde) et peuvent transporter à 10000m. une charge explosive de 150 kg, nous voyons les progrès réalisés.
- Même sans avoir atteint de loin son degré de perfection actuel, la torpille fut considérée, quelques années seulement après sa première mise au point, comme Un agent destructeur redoutable et fut bientôt adoptée par toutes les marines de guerre. L’Angleterre acquit de Whitehead une licence de construction dès 1870; en 1872, la France traitait à son tour avec le célèbre inventeur. Divers arsenaux et ateliers d’Etat construisirent successivement des torpilles Whitehead ; seule, dans l’industrie privée, la maison allemande Schvvartzkopf obtint une licence. En réalité, l’usine de Fiume
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- conserva, pendant une longue période, une sorte de monopole et les puissances les plus diverses s’adressèrent à elle pour leur armement : la France en fut tout d’abord_ complètement tributaire. Vers 1890, un de nos arsenaux posséda un atelier pour la construction et le réglage des torpilles, mais cet atelier élait loin de suffire aux besoins de l’armée navale. Afin d’accroître notre production nationale, le Gouvernement demanda en 1907 à M.YI. Schneider d’entreprendre l’étude et la fabrication de torpilles dans leurs établissements. Les premiers engins furent construits dans les usines du Creusot et d’Harfleur; à l’heure actuelle, une usine spéciale et un champ de tir sous-marin ont été établis en rade d’Hyères.
- Sauf dans certains détails et pour quelques perfectionnements récents, dont l’importance en service n’est certes pas négligeable, mais dont la connaissance ajouterait peu d’intérêt à une description d’ensemble, forcément assez schématique, les types de torpilles actuellement employés dans la guerre navale ne présentent point de dispositifs
- produise normalement sous une colonne d’eau qui forme « bourrage » et dont la hauteur est un facteur très important de la violence même de l’explosion. L’immersion la meilleure est de 3 m. à 3 m. 50 contre les cuirassés et les croiseurs.
- La torpille diffère essentiellement des autres « projectiles » par ce fait qu’elle ne reçoit, au départ, de l’appareil dont elle est lancée, qu’une quantité d’énergie très faible; elle renferme à la fois l’engin d’attaque et la source d’énergie qui permet à ce dernier d’atteindre l’objectif.
- C’est en réalité un véritable petit sous-marin avec son moteur complet, ses appareils auxiliaires, son arbre de couche et ses hélices : il n’y manque que l’équipage et, pour suppléer à la volonté direc-Irice permanente de celui-ci, il a fallu coordonner l’action d’un ensemble de mécanismes aussi ingénieux et précis que complexes et délicats.
- On a voulu même aller plus loin et certains inventeurs ont établi des modèles de torpilles que des ondes électriques permettaient de continuer ci diriger à distance après le lancement. Ces disposi-
- Engrenages
- Gouvernails de direction. I Echappement Gouvernails horizontaux..
- Hélices.
- Arbre de Transmission
- Régulateur de pression <& retardateur j Soupape de mise en route t j
- _ Soupapes de chargement S de conservation
- Coton poudre humide
- -Percuteur
- Queue Flotteur Arrière &
- Compartiment Ma Machine des Régulateurs ' &du'Gyroscope
- Fig-, i. —Coupe d’une torpille de 480 mm, montrant la position respective de ses divers compartiments.
- qu’il puisse y avoir inconvénient à divulguer.
- Un des modèles courants — celui de 533 mm de diamètre, que nous avons cité, n’est, pas <n-core d’un emploi général — est la torpille de 450 mm de diamètre, dont la longueur moyenne est de G m. et le poids de 700 kg. La charge explosive est de 100 à !20 kg, et son rayon d’action varie de 1000 m. environ, pour une vitesse de 43 nœuds (près de 80 km à l’heure — 22 m. à la seconde), ci 8000 et même 9000 m. pour une vitesse de 28 nœuds (52 km à l’heure, 14 m. 50 à la seconde). Ces régimes extrêmes de vitesse et de portée, qui correspondent à une utilisation tactique différente, ne peuvent être réalhés dans un même engin et, suivant la destination prévue, les bateaux sont dotés, en fait, soit de torpilles à grande vitesse, soit de torpilles à longue portée.
- La force vive de ces torpilles, qui atteint environ 170 000 kilogrammètres pour les torpilles de 450 mm à grande vitesse, leur permet, dans bien des cas, de traverser la coque des navires avant d’exploser, ce qui peut accroître encore dans des proportions considérables leur puissance destructrice. La profondeur d’immersion des torpilles est réglée en particulier de manière que l’explosion se
- tifs, très intéressants en principe, n’ont pas reçu jusqu’ici d’applications pratiques.
- Même sous sa forme automatique seule en usage, la torpille est une merveille de mécanisme qui résout d’une manière assez parfaite dé multiples problèmes, en particulier ceux de la constance de la profondeur d’immersion et de la rectitude de la trajectoire.
- Extérieurement la torpille se présente sous la forme d’un corps cylindrique terminé à l’avant par une surface sensiblement hémisphérique et à l’arrière par une surface conique beaucoup plus effilée, prolongée elle-même par une queue (gouvernails et hélices). Autrefois l’extrême avant était conique et assez allongé; le profil actuel a permis d’augmenter notablement la capacité en explosif de la torpille.
- Au point de vue de son organisation intérieure, la torpille comprend, de l’avant à l’arrière: le cône de charge, le réservoir d’air et le mécanisme.
- Le cône de charge, dont le nom a conservé trace de sa forme primitive, contient la charge explosive et son détonateur. Il peut être facilement détaché du reste de la torpille. Au début la charge explosive était elle-même placée dans une enveloppe
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- amovible que l’on introduisait dans le cône au moment du combat. Aujourd’hui, l’explosif esl placé directement dans le cône qu’il remplit presque complètement. Pour les manœuvres et les tirs d’exercice du temps de paix, et bien que les explosifs employés soient peu sensibles, on utilise, au lieu des cônes chargés, appelés cônes de combat, des cônes lestés ou cônes d’exercice. Cette substitution a également pour but de diminuer la flottabilité négative de la torpille dans les manœuvres afin qu’elle flotte sûrement à la fin de son trajet.
- Un des explosifs le plus fréquemment employé est le lui mi-coton ou coton-poudre humide. Il est comprimé en galettes de formé convenable que l’on superpose dms le cône. A l’état bujnlilç, cette matière ne brûle pas au contact d’up corps enflammé et reste insensible à des chocs très violents, -^,1’on évite unéchauf-fement local, elle peut même se travailler à l’outil. On a employé le co-ton-poudre à divers degrés d’humidification; le taux de 25 pour 100 d’eau, longtemps utilisé en France, parail trop élevé, en raison de l’augmentation de poids qui en résulte sans accroissement de la puissance explosive.
- Pour provoquer l'explosion, on a recours à un relai de coton-poudre sec, enfermé dans une gaine étanche, qui détone très violemment sous l’influence de la détonation initiale d’une amorce de fulminate de mercure. La charge d’amorçage est placée, au moment du tir, dans une cavité ménagée en avant et dans l’axe de la charge. L’amorce de fulminate de mercure détone elle-même sous le choc d’un percuteur qui vient la frapper par inertie au moment où la torpille rencontre un obstacle. Des dispositifs de sécurité empêchent le fonctionnement du percuteur non seulement avant le lancement delà torpdle, mais tant que celle-ci n’a pas frappé violemment un obstacle. Le mécanisme percutant est placé dans la « pointe percutante » vissée à l’extrémité avant du cône de combat.
- En arrière du cône de charge se trouve le réservoir d’air dont la longueur varie, pour les torpilles de -450, de 1 m. 950 à 2 m. 150, suivant les modèles. L’air comprimé, employé par Whitehead
- comme source d’énergie, dès la construction de ses premières torpilles, n’a pas été détrôné jusqu’ici dans cet emploi. Mais à mesure que l’on cherchait à accroître le rayon d’action et la vitesse de la torpille, on a constamment augmenté la pression de l’air, dans les limites permises par les progrès de la métallurgie pour la résistance des réservoirs, dont les parois doivent rester minces afin de ne pas trop alourdir l’ensemble de l’engin. Dans les torpilles en service, on atteint une pression de 150,kg par centimètre carré. Les organes annexes du réservoir d’air comprennent les soupapes de rem- ' plissage et de débit, ainsi qu’un régulateur de pression.
- Éft' sortant du réservoir, l’air, ramené à une pressÿpn de 57 à 38_vkg, est considérablement refroidi par détente. A^iSt de l’envoyer au moteur,
- on élève sa température dans unappareilspé-cial, leréchauf-fcur. Dans cet appareilsontin-jertés un combustible liquide (on emploie de l’alcool, du pétrole ou de l’essence) et de l’eau douce finement divisée. Le réchauffage par le combustible liquide porte la tempé-ralure de l’air aux environs de 500°, et l’injection d’eau pulvérisée ramène cette température à 200°. Le réchauffage de l’air et la vaporisation d’eau pulvérisée, d’application récente, ont beaucoup amélioré le rendement et ils <«nt augmenté, dans des proportions notables, la vitesse et la portée des torpilles. Le réchauffeur et les réservoirs d’eau et de combustible liquide qui l'alimentent font partie des organes logés dans la partie arrière de la torpille.
- CelLe partie arrière, très complexe, est divisée en plusieurs compartiments : compartiment étanche des régulateurs, compartiment de la machine mo-irice, compartiment étanche du flotteur arrière et du gyroscope. A la suite de ce dernier compartiment, se trouve le cadre de la queue de la torpille.
- La machine motrice, actuellement employée, est un moteur Brotherhood à quatre cylindres opposés leux à deux, qui commande l’arbre axial des hélices. Eet arbre, creux, sert à l’échappement du gaz venant des cylindres. Le compartiment de la machine motrice esl mis en communication libre avec l’eau
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- ambiante au moyen d’un certain nombre d’orifices ; on assure ainsi le refroidissement du moteur.
- Les'hélices sont au nombre de deux et tournent en sens inverse; l’une d’elles est calée directement sur l’arbre moteur, l’autre, montée sur un tube concentrique à cet arbre, est actionnée par l’intermédiaire de pignons dentés. La rotation en sens contraire des deux hélices, dont la vitesse est égale, a pour but d’éviter tout mouvement de rotation de la torpille autour de son axe, mouvement qui tendrait forcément à se produire avec une seule hélice.
- Le moteur assure la propulsion de la torpille, mais il n’a aucune action sur sa profondeur d’immersion qui doit rester constante et sur sa direction qui doit être rectiligne. Ce réglage de la trajectoire, automatique, est ob-l enu par les réactions / sur l’eau de gouvernails horizontaux et verticaux, placés sur le cadre de la queue de la torpille, et commandés les premiers par le régulateur d’immersion et d’as-siette et son servo-moteur, les seconds par un appareil gyrosco-pique.
- La constance de la profondeur d’immersion est indispensable pour obtenir le rayon d’action maximum et pour éviter que, dans un mouvement sinusôïdal, la torpille ne rencontre l’objectif en un point trop élevé ou ne passe au-dessous de sa quille. Le régulateur d’immersion et d’assiette est constitué par un piston hydrostatique, un pendule et un servo-moteur. Le piston hydrostatique est en contact, par une de ses faces, avec l’eau ambiante; sur l’autre face agissent des ressorts antagonistes. Si la torpille plonge trop profondément, la pression de l’eau sur la face libre du piston augmente et déplace celui-ci qui est relié aux gouvernails horizontaux de profondeur dont l’inclinaison est ainsi modifiée. Cette inclinaison sera modifiée en sens inverse si, la torpille remontant trop près de la surface, les ressorts antagonistes du piston hydrostatique peuvent agir à leur tour, sous une pression extérieure devenue plus faible. Les oscillations de la torpille sont encore réduites par l’addition d’un pendule vertical. Ce pendule, autrefois indépendant du piston hydrostatique,
- Fig. 3.
- Le mo te û r d'une torpille.
- commandait des gouvernails distincts. Maintenant l’action des deux organes, solidaires, est conjuguée; elle réduit au minimum et de plus en plus l’amplitude des oscillations. La force de déplacement du pendule et du piston hydrostatique étant faible, on interpose entre eux et les gouvernails un servomoteur dont les dimensions sont calculées de manière que l’effort de quelques grammes transmis par le régulateur corresponde à l’effort nécessaire pour faire varier l’inclinaison du gouvernail, effort estimé à environ 30 kg. On règle, suivant la nature de l’objectif, la profondeur normale à laquelle devra naviguer la torpille. La rectitude de la trajectoire dans un plan horizontal est encore plus importante. Depuis une vingtaine d’années seulement, on est parvenu à chercher à l’obtenir automatiquement ; auparavant, on réglait par tâtonnements, dans des lancements d’exercice, la position fixe à donner à un ! gouvernail vertical. Ce réglage initial était assez peu précis et difficile à maintenir. L’appareil actuel, utilisant la propriété du yroseope, a été inventé par un dessinateur, M. Obry, dont les brevets sont devenus d’une application générale. Dans les premiers modèles, le gyroscope était lancé par un ressort, bandé à la main, avant le tir. On n’obtenait ainsi une vitesse de rotation suffisante du gyroscope (5600 tours à la minute) que pour des trajets inférieurs à 1000 m., étant donnélesvitessesalorsréalisées sur lestorpilles. L’emploi de l’air comprimé, agissant au départ sur une petite turbine adjointe au gyroscope, fut un progrès sensible. Âu moment du lancement de la torpille, l’axe du gyroscope, jusque-là fixé dans une position parallèle à l’axe de la torpille, est libéré ; en vertu des propriétés gyroscopiques, sa direction reste invariable, quels que soient les déplacements des deux cercles, mobiles autour d’axes perpendiculaires, qui le supportent. La dépendance des variations angulaires de l’axe du gyroscope autour de l’axe vertical et du déplacement des gouvernails verticaux est assurée au moyen d’un tiroir à air et d’un piston commandant les gouvernails.
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- En dehors des organes principaux, dont nous venons de donner un aperçu, la torpille présente un certain nombre d’autres dispositifs secondaires, parmi lesquels nous citerons le mécanisme de stoppage, destiné à permettre de retrouver l’engin après un certain parcours dans les tirs d’exercice, et le mécanisme de submersion ayant au contraire pour but de le faire couler si, dans les tirs de guerre, il n’a pas atteint son but. Sans l’addition de ce dernier mécanisme, une torpille en tenue de combat, qui ne frappe pas son objectif, continuerait à flotter au hasard des courants et deviendrait ainsi une sorte de mine dérivante, constituant un danger pour les navires de commerce et les navires neutres.
- Il paraît que, se souciant peu de cette question de sécurité générale, les Allemands n’ont pas muni toutes leurs torpilles du dispositif en question ou l’ont peut-être même supprimé, enfreignant une fois de plus les règles admises dans la guerre maritime. La submersion est obtenue par l’ouverture d'une soupape et le remplissage par l’eau du compartiment arrière, ou flotteur arrière de la torpille, normalement rempli d’air.
- Les appareils destinés au lancement des torpilles sont aériens ou sous-marins. Les tubes aériens, tubes de pont, ou tubes d’étrave, sont en réalité des canons d’un type spécial et approprié, s’ouvrant à l’arrière pour l’introduction des torpilles et projetant celles-ci dans l’eau au moyen de gargousses de poudre. (Au début on utilisait pour ces lancements l’air comprimé.) Simples ou jumelés, les tubes de pont sont montés sur des circulaires qui permettent de les pointer dans un large secteur de tir.
- ! Les tubes d’étrave, fixes, entièrement installés à l’intérieur du bateau et dont l’ouverture avant seule fait saillie sur la coque, ne permettent, au contraire, de lancer les torpilles qu’en chasse.
- Les appareils sous-marins se classent en deux catégories distinctes : les uns sont des tubes d’allure générale analogue à celle des tubes aériens, mais présentant à l’avant une fermeture étanche, que l’on ouvre après introduction de la torpille, au moment même du lancement. Comme les tubes d’étrave, ces tubes sont établis à l’intérieur des bateaux et la porte étanche avant est à l’aplomb du bordé.
- Après les lancements, l’eau qui a rempli les tubes en est chassée au moyen d’air
- comprimé. La deuxième catégorie d’appareils est constituée par des armatures à claire-voie, placées à l’extérieur des bateaux, ou dans de petits compartiments d’où ils émergent par des mécanismes à éclipse.
- Ces appareils à orientation variable, auxquels appartiennent les systèmes Drzwiecki, Snuders, les tubes-carcasses, lancent les torpilles au moyen de dispositifs spéciaux.
- Les tubes proprement dits, aériens ou sous-marins, portent généralement à l’avant un prolongement fixe ou mobile, la cuiller, qui a pour but de guider la torpille, au moyen de tenons engagés dans une rainure, jusqu’à ce qu’elle soit, suivant le cas, au-dessus de l’eau ou complètement dans l’eau, afin d’éviter les directions initiales fâcheuses.
- Cette description sommaire de la torpille permet de se faire une idée des difficultés à vaincre dans sa construction et sa mise au point. Des essais minutieux des mécanismes doivent être faits en cours de fabrication et, une fois le montage terminé, on doit encore procéder. à de nombreux lancements de réglage. La Nature a donné il y a quelques années un certain nombre d’indications sur la question des essais des torpilles (*) à propos de la construction, par MM. Schneider, de leur établissement de la Batterie des Maures. Il n’est peut-être pas sans intérêt, dans les circonstances présentes, de les rappeler et de les compléter, les installations visées ayant été développées depuis lors d’une manière considérable.. Près du polygone sous-marin, destiné aux lancements, se sont, en effet, élevés des ateliers importants où sont centralisés l’usinage, le montage et les essais des tor-
- 1. Yoy. lc„ii0, de La Nature du 9 janvier 1909.
- Fig, 4. — Le gyroscope stabilisateur de la torpille.
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- pilles. De spacieux bureaux d’étude sont affectés à la préparation des projets. L’atelier principal, de 80 m.. de longueur sur 75 m. de largeur, renferme la forge, la chaudronnerie, les diverses sections de machines-outils, dont un nombre élevé de machines spéciales et très précises, les sections d’ajustage et de montage, les bacs de lestage. Un laboratoire de recherches et d’essais sert à la fois à la créaiion de dispositifs nouveaux et à la mise au point des différents organes. Divers autres ateliers sont affectés aux services annexes.
- suffisamment abrité contre les mauvais temps. Le point d’où l’on procède aux lancements doit être à proximité de l’atelier de réglage et du magasin de dépôt des torpilles.
- Enfin le champ de tir, avec ses ouvrages, — appontement, station de lancement, radeaux, — ne doit pas constituer une gène pour la navigation. La Batterie des Maures réunit d’une manière satisfaisante ces différentes conditions.
- L’îlot de la Batterie comprend, à la partie inférieure, la grande chambre de tir, de 14 m. 500 de
- Une fois les torpilles achevées, on les envoie, pour les tirs, à la batterie de lancement, curieuse construction en béton arme, immergée dans la rade d’Hyères. L’aménagement d’un polygone sous-marin doit satisfaire à de multiples desiderata : il faut disposer d’une portée et d’une largeur libre suffisantes pour exécuter tous les lancements; on cherche à établir la ligne de tir, autant que possible, au-dessus de fonds sur lesquels on puisse retrouver les torpilles qui coulent parfois en cours d’essai.
- On recherche, de plus, des eaux claires et des fonds sans roche, même un peu élastiques, l’absence de marée et de courants et un endroit
- longueur et de 7 m. 500 de hauteur. Cette chambre contient des tubes de lancement sous-marins et aériens de 450 et de 533 mm. Au-dessus de la plate-forme de l’îlot est construite une superstructure, contenant tous les locaux nécessaires à la manœuvre et au réglage des torpilles, des salles de machines et le poste d’observation. Ce poste, établi en encorbellement, est terminé à l’avant par une véranda, close par des châssis vitrés, pour faciliter les observations au départ des torpilles; il est muni d’une collection d’appareils optiques et enregistreurs.
- La ligne de tir est balisée par des radeaux que l’on amarre à des bouées placées à diverses distances.
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- “ LA GUERRE NAVALE ET LA TORPILLE —23
- Ces radeaux sont constitués par des charpentes montées sur des flotteurs. À la partie supérieure, ils comportent une passerelle sur laquelle se tiennent les observateurs qui indiquent aux agents de
- FigyW — La Batterie des Maures.
- la Batterie le passage des enginsaiDës' filets suspendus aux radeaux permettenl^^ÿvé^ey^cs immersions. "•
- Les torpilles sont amenées de l’appontement des ateliers à l’ilot dans des chaloupes, remorquées par des vedettes, qui vont également les rechercher sur la ligne de tir. Ce n’est qu’après avoir subi tous leurs lancements d’essai et les retouches de mise au point reconnues nécessaires que les torpilles sont livrées à l’armée navale.
- L’examen des diverses questions, relatives aüx modes d’emploi des torpilles dans la guerre navale, nous entraînerait hors des limites de cette courte étude et nous nous bornerons à en indiquer quelques traits généraux. Dans certains cas spéciaux, afin de doubler l’action des mines sous-marines pour la défense des passes étroites, les torpilles sont lancées de tubes analogues aux tubes de pont, installés sur le rivage et soigneusement dissimulés.
- Les Turcs doivent posséder de telles installations aux Dardanelles et dans le Bosphore. Mais celte utilisation est très limitée et c’est à bord des unités de combat que la torpille est normalement appelée à jouer son rôle.
- Les torpilleurs de faible tonnage (50 à 100 tonneaux), qui furent construits tout d’abord comme unités lance-torpilles ont été successivement remplacés par les torpilleurs de haute mer et par les destroyers, à plus
- grand rayon d’action et à vitesse supérieure, dont le déplacement atteint près de 1000 tonnes dans les types récents.
- Nous n’avons qu’à mentionner les sous-marins dont le rôle considérable s’est affirmé depuis le début des hostilités.
- A côté de ces bateaux dont la torpille est l’arme exclusive ou principale, on ne doit pas oublier que les cuirassés et les croiseurs portent un certain nombre de tubes lance-torpilles ; nos récents dread-noughls ont une batterie de six tubes.
- En général une seule torpille ou deux torpilles seulement sont lancées par un bateau contre le bateau ennemi à détruire. On a cependant prévu, à bord des grands destroyers et des cuirassés, l’emploi des torpilles par bordées, lancées de toute une escadrille ou d’une escadre, contre une file de bateaux ennemis au cours d’un combat naval. Dans ces conditions, les chances de toucher les objectifs, aux vitesses actuelles des bateaux et aux distances de combat, sont relativement faibles, mais les résultats possibles, si deux ou trois engins seulement vont au but, seraient tels qu’ils ont paru de nature à justifier cette tactique. Il ne faut pas oublier que, pour remarquable qu’elle soit, la vitesse de la torpille, aux distances voisines de 10 000 m., n’est pas même de 15 m. à la seconde, ce qui correspond à une durée de trajet de plus de 10 minutes. (La vitesse initiale des projectiles des grands canons de bord est environ de 800 m. à la seconde et l’obus met 15 à 20 secondes pour franchir 10 000 m.). La guerre actuelle n’a pas encore permis d’apprécier les résultats pratiques de la torpille dans des combats d’escadre, hors du rayon d’action des sous-marins, mais elle a confirmé ceux que l’on peut réaliser à plus courte portée avec les torpilleurs et surtout avec les sous-marins. La flotte allemande n’ayant pas osé
- Fig- 7• — Torpilles en essais à la Batterie des Maures.
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- 24 ===== L’ÉPURATION DE L’HYDROGÈNE DES BALLONS
- sortir de ses repaires nous n’avons pas, nos Alliés et nous, eu beaucoup à employer la torpille, mais nos sous-marins et nos destroyers n’ont pas à craindre une lutte qui ne saurait tourner qu’à leur avantage et
- nos ennemis verraient comment nos équipages utiliseraient contre eux cette arme redoutable qui, par exception, nous devons le reconnaître, a été créée par eux. René Blactot.
- L’ÉPURATION DE L’HYDROGÈNE DES BALLONS
- Pourquoi les dirigeables ne peuvent-ils fournir un service ininterrompu?
- Pourquoi ont-ils besoin, après chaque ascension, d’une révision complète et de réparations longues et coûteuses ?
- A côté des raisons évidentes que tout le monde imagine et qui sont d’ordre mécanique (rupture des commandes, fatigue des pièces de l’armature, nécessité de vérifier les toiles), il en est d’autres, peu connues du public et qui sont d’origine chimique. L’hydrogène qui gonfle les dirigeables n’est pas pur, et ce sont les matières étrangères qu’il renferme qui, par suite des dégradations qu’elles provoquent, obligent si souvent à dégonfler les ballons pour permettre leur visite et leur remise en état.
- Quelles sont ces impuretés? Quelle est leur action?
- Les gaz étrangers que renferme l’hydrogène produit par voie chimique, et c’est ce mode de production qui est le plus général, proviennent soit de
- l’acide, soit du métal qui réagissent l’un sur l’autre ('). On sait en effet que, dans l’aéronautique, l’hydrogène est obtenu par la réaction de l’acide sulfurique sur le fer, suivant la formule :
- SO4 HP -f- Fe = S04Fe + H2
- Or, l’acide sulfurique contient des impuretés qui donnent naissance à de l’hydrogène arsénié, de l’hydrogène antimonié et de l’hydrogène sélénié en quantités notables puisque, le 3 avril 1900, à Chalais-Meudon, sur une équipe de 20 aérostiers, employés à effectuer un transvasement de ballon dans un hangar, deux succombèrent et trois autres furent grav< ment malades des suites de l’inhalation d’hydrogène impur. Aussi imposa-t-on aux fournisseurs de ne pas livrer d’acide sulfurique contenant plus de 10 centigrammes d’arsenic par litre
- 1. Actuellement on utilise, en particulier à l’Etablissement de Chalais-Meudon, un procédé basé sur l’action cle la soude sur le ferro-silicium, qui supprime la plus grande partie des difficultés que présente la préparation de l’hydrogène.
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- L’EPURATION DE L’HYDROGENE DES BALLONS :
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- sible de 108 kg dans la force ascensionnelle totale.
- Comment purifie-t-on l’hydrogcne? On se sert à cet effet de deux substances : le mélange Lameng qui ne retient que l’hydrogène sulfuré, et la soude caustique qui arrête la vapeur d’eau et l’acide carbonique.
- En résumé, l’épuration de l’hydrogène qui sert au gonflement des ballons nécessite un lavage préalable pour le débarrasser des parcelles d’acide entraînées, un passage au Lameng, et un passage dans une colonne à soude. La disposition des appareils est indiquée dans le schéma 1.
- Qu’est-ce que le mélange Lameng? C’est une mixture de sulfate de fer, de chaux vive et de sciure de bois dans les proportions suivantes (correspondant à l’épuration de 1000‘m3 d’hydrogène) :
- Sulfate de fer Chaux vive . Eau . . . . Sciure de bois
- 42 kg 25 —
- 160 litres
- 1U0 kg (environ 5hectol.). Ce mélange est préparé quelques jours avant son emploi et abandonné à l’air.
- La réaction finale peut se traduire par la formule suivante :
- 2S04Fe -b 2Ca (OH)2 + 30 = 2S04Ca H- Fe203-+- 2I120.
- Disposition des appareils d'épuration de l’hydrogène.
- La couleur finale du mélange est celle de la rouille.
- C’est le sesquioxyde de fer qui retient l’hydrogène sulfuré et donne :
- (correspondant à 57 cm3 d’hydrogène arsénié par mètre cube d’hydrogène produit) et une dose, si minime soit-elle, de silicium et d’antimoine. Les gaz dont nous venons de parler agissent sur l’homme par décomposition et destruction des globules rouges du sang et la science est impuissante à les combattre, car lorsque l’empoisonnement par asphyxie se fait sentir, il est trop tard pour réagir.
- Après élimination des trois gaz précédents, l’impureté la plus importante est l’hydrogène sulfuré, impossible à éviter, même en prenant de l’acide sulfurique obtenu par les procédés de contact , car il s’en forme dans la réaction même, par réduction de l’acide sulfurique par le fer sous l’influence de la chaleur.
- Or, cet hydrogène sulfuré, toxique pour les hommes, c’est le « plomb ». si redouté, et qui est aussi désastreux pour le matériel. Depuis longtemps on avait remarqué que la partie supérieure des ballons noircit avec le temps et que, en même temps, la résistance mécanique des toiles diminue beaucoup. Ce phénomène est du à l’attaque du vernis, qui contient dé la li-tharge, et donne, sous l’action de l’hydrogène sulfuré, du sulfure de plomb qui mine l’enveloppe. De même, il doit se former, sous l’action de l’humidité de l’air, de l’acide sulfurique qui lui aussi ronge les tissus. Enfin, même dans les ballons caoutchoutés, là où il y a un défaut de l’étoffe, un point noir se forme, dégénère en un trou qui va en s’agrandissant au fur et à mesure de l’attaque amenant ainsi la mise hors service du ballon.
- Quant aux câbles métalliques qui haubanent en tous sens les dirigeables, ils sont aussi attaqués et, au bout de quelque temps, se rompent sous un effort anormal. De nombreux accidents ont montré tout le danger de la présence de l’hydrogène sulfuré dans les ballons.
- Les autres impuretés, vapeur d’eau, acide carbonique, carbure d’hydrogène dus à l’attaque de la graisse des rognures de fer, diminuent surtout la force ascensionnelle du gaz.
- C’est ainsi que, au cours d’essais effectués à Versailles, la force ascensionnelle du gaz avant épuration était de 1147 gr. par mètre cube et de 1174 gr. après épuration, représentant un gain de 27 gr. qui, pour un ballon dirigeable de 4000 m3, se traduit par une augmentation très sen-
- Fe2 O3 H- 5 II2 S = Fe2 S3 -h 3 H* 0.
- Le sulfure de fer formé est vert foncé, presque noir.
- Le mélange Lameng, disposé sur les claies, peut être régénéré après épuisement par une simple exposition à l’air.
- Quant au prix de revient de l’épuration de l’hydrogène par ce procédé, il est d’environ 1,5 à 2 centimes par mètre cube.
- Ce prix est insignifiant en comparaison du résultat à obtenir.
- Aussi n’hésite-t-on pas à employer en grand ce procédé, qui permet d’économiser des enveloppes coûteuses, de sauver la vie des aéronautes et de permettre aux ballons de remplir activement les missions dont ils sont chargés, si importantes dans la guerre actuelle.
- X...
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- L’ESSAI DE CONQUÊTE DU GOLFE PERSIQUE PAR LES ALLEMANDS
- B. B. B. (Berlin Byzantium, Bagdad) était l’une des formules où se complaisaient les pangermanistes depuis que Guillaume II, après son voyage de 1898 à Constantinople, avait obtenu d’Abdul Hamid la concession du fameux chemin de fer de pénétration en Mésopotamie. Mais à Bagdad ne s’arrêtait pas leur ambition, et à la formule, pour être complète, il manquait un quatrième B., l’initiale de Bassora, terminus du chemin de fer projeté et point d’appui de l'hégémonie que les Allemands avaient l’ambition d'exercer sur le golfe Persique.
- Ils avaient, en effet, depuis une vingtaine d’années, une politique du golfe Persique, politique peu connue jusqu’à présent, mais qui vient d’être mise en lumière par l’auteur anonyme et bien renseigné d’un fascicule de The Times history of the war, actuellement en cours de publication, intitulé : Persian Gulf numher. Or, pour devenir les maîtres du golfe Persique, ce n’était pas aux seuls riverains persans et arabes que les Allemands avaient affaire : il leur fallait déloger d’abord les Anglais de la position séculaire qu'ils y occupaient.
- En attaquant vic-torieusemenlles Portugais avec le concours de la Perse, en s’emparant le 1er mai 1022 de leur forteresse de l’île d’Ormuz, dont le massif donjon et les belles citernes subsistent encore, en établissant, conséquence de leur victoire, une factorerie commerciale en face d’Ormuz à Bender Abbas ou Gamron, les Anglais jetèrent dès le xviie siècle les bases de leur puissance dans le golfe Persique.
- Cette puissance, ce n’est jamais par une occupation militaire des côtes qu’elle s est manifestée, mais par des relations continues avec les chefs indigènes et par la présence permanente sur les eaux du golfe de navires de guerre qui surveillaient les barques pendant la pèche des huîtres perlières (la grande richesse du golfe, comme l’on sait) et réprimaient la piraterie, dont les ports de la presqu’île du ras Museudam, Raumps et Ras el Khima formaient les repaires. De notre temps, indépendamment de ses slationnaires, la Grande-Bretagne n’était représenlée que par un résident supérieur à Bushire^et un résident subalterne à Bahrein.
- De la police exercée par les bâtiments anglais, la géographie, remarquons-le en passant, a bénélîcié.
- Il existe toute une suite de belles cartes du golfe Persique qui se continue du xvne au xixe siècle, celle dressée par John Thornton en 1699 et celle de John Mac Cluere de 1785 par exemple. Il n’est que juste de rappeler que nous participâmes incidemment à cette œuvre hydrographique et que les officiers de la Sirène, vaisseau de la Compagnie royale des Indes, rapportèrent de leur croisière de 1721 une carte sommaire du golfe Persique.
- Pour se substituer aux Anglais, les Allemands ont agi, parfois directement, plus souvent par l’intermédiaire des Turcs. C’est du xvne siècle aussi que date l’apparition des Turcs sur le golfe. En 1638 ils avaient conquis Bagdad; 50 ans plus tard, en 1668, ils s’établirent à Bassora. Mais cet établissement n’était pas très solide et, en fait, le vali de
- Bagdad fut pendant le xvme siècle à peu près indépendant de Stamboul.
- Cependant, il y a une quarantaine d’années, les Turcs firent au sud de Bassora des progrès marqués. Midhat pacha (le même qui, en 1876, fut l’auteur du complot qui aboutit à la déposition d’Abd-ul-Aziz) étant vali de Bagdad avait installé quelques petites garnisons turques sur la côte occidentale du golfe et constitué le sandjak de El Hasa.
- Les Allemands essayèrent de prendre pied en divers points du golfe simultanément. Ils portèrent leur principal effort sur Koveit. Située à 150 km de Bassora et à l’extrémité nord-ouest du golfe, Koveit est une grande bourgade indigène assise sur le bord d’une baie spacieuse. Le sol est sablonneux, le climat sec et très salubre. La ville est gouvernée par un cheik, qui a toujours réussi à se maintenir indépendant des Turcs.
- Or, en 1900, l’année qui suivit la concession du chemin de fer de Bagdad à l’Allemagne, le consul général allemand à Constantinople, Slemrich, accompagné de l’attaché militaire de l’ambassade, traversa l’Asie turque pour reconnaître sommairement le tracé de la future voie Arrivé à Koveit, Stemrich essaya de négocier avec le cheik Mubarak l’acquisition d un terrain à Ras Kathama au fond de la baie et la location d’un territoire de vingt milles carrés autour. C’est à Ras Kathama que le chemin de fer aurait atteint les eaux du golfe et c’est de la belle baie de Koveit que les paquebots allemands seraient partis
- IRAK AKAI
- Basra
- FARS
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- ’Charpat
- ü'f>nrarf
- Muscat
- Fig. i. — Carte dit golfe Persique.
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- L’ESSAI DE CONQUÊTE DU GOLFE PERS1QUE ===== 27
- pour sillonner l’océan Indien. Mais Mubarak déclina ces propositions. Il savait que les Allemands avaient conclu un accord avec les Turcs, ses ennemis. D’autre part, il était lié par un traité signé h-23 janvier 1899 avec le gouvernement britannique et par lequel il s’éLait engagé à ne vendre aucune parcelle de son territoire à une puissance étrangère. Ce traité, œuvre de lord Curzon, vice-roi des Indes, était la riposte'a la visite faite par Guillaume II à Constantinople en 1898, et dont l’objet était bien connu à Simla. Rebutés dans leur tentative directe d’installation à Koveit, les Allemands mirent les Turcs en avant. Les procédés furent variés. En 1901 un bàliment, turc chargé de troupes se présente devant Koveit et son commandant prétend opérer un débarquement et occuper la ville. Puis, c’est un chef d’une tribu arabe de l’intérieur, un certain Ibn Rechid, qui, à l’incitation des Turcs, attaque Koveit pour la mettre à sac. Plus tard en-
- ferme que par un étroit chenal, le Khor Sabie. C’est l’ile Bubian. Des postes, destinés à protéger la future gare terminus du chemin de fer de Bagdad, y furent installés par les Turcs et maintenus malgré les protestations du cheik Mubarak. [.es pêcheries de
- - -mà
- Fig. 2.' — Le lieu le plus chaud du Monde. Ile d’Elphinstone à Oman. (D’après le Times.)
- core, ce sont les neveux propres du cheik.Mubarak, en exil, qui arrivent sur une flottille de barques indigènes pour renverser leur oncle. Mais des croiseurs anglais mouillaient en permanence dans la baie, et les menaces de
- perles entrèrent aussi dans les visées allemandes. « Le grand banc d’huîtres perlières, dit l’auteur de The Times history of the war, s’étend sur plus de la moitié de la longueur de la côte occidentale du golfe.
- Il commence près d’Abu Musa, englobe l’île d’Halul, rase la péninsule d’El Katar et finit près de Musalamia où commence le territoire du cheik de Koveit. » Le banc est la propriété commune des indigènes de la côte. Leurs barques sont montées par un équipage de 10 à 30 hommes : les uns plongent, les autres restent à bord et les surveillent. Nu, les narines fermées avec une pince en corne, une corde autour de la taille, le plongeur se laisse couler dans l’eau à une profondeur de 6 à 10 m., ramasse les huîtres qu’il met dans un sac attaché à l’épaule, puis, quand il se sent à bout de forces, tire sur la
- leurs capitaines arrêtèrent tous ces forbans dans leurs entreprises.
- Par un biais, cependant, les Turco-Allemands arrivèrent à leurs fins. Au nord de la baie de Koveit s’étend une grande île qui n’est séparée de la terre
- corde et est remonté par son camarade. La peche dure d’avril à septembre. Plusieurs centaines de barques mouillent ensemble sur le banc; un croiseur anglais apaise les querelles qui s élèvent entre les pêcheurs.
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- C’est cet état de choses bien ancien que les Allemands essayèrent de modifier. Ils demandèrent à Constantinople au sultan, lequel y aurait trouvé son compte, de concéder à un syndicat allemand le monopole de la pêche des perles, qui aurait été pratiquée « par des méthodes scientifiques ». Quoiqu’il n’eût pas plus de droits sur la pêche des perles que par exemple « sur la chasse à la baleine dans la Nouvelle-Galles du Sud », le sultan accorda à ses exigeants amis tout ce qu’ils voulurent. Mais le gouvernement britannique, informé de l’affaire, l’arrêta par quelques paroles sèches.
- L’archipel Bahrein est le centre de la pêche des perles. Il se compose d’une grande île de même nom, longue de 50 km, large de 16 et de cinq petites îles.
- Le très ancien peuplement de Bahrein est attesté par les milliers de tumulus funéraires de forme conique qui en hérissent la surface. Quelques-uns furent fouillés en 1889 par J. Théodore Bent. De hauteur variable, atteignant 14 m, au maximum, ils contenaient deux chambres superposées, dont l’une renfermait un mobilier funéraire et des ossements de gerboise, et l’autre quelques ossements humains.
- Certains indices ont fait, supposer que les populations, dont les cendres reposent dans cette vaste nécropole, étaient des Phéniciens.
- Dès leur arrivée dans l’océan Indien, au début du xvie siècle, les Portugais reconnurent l’importance des îles Bahrein et Alfonso de Albuquerque écrivait le 20 octobre 1514 à son roi que, maîtres d’Ormuz et de Bahrein, les Portugais le seraient de tout le golfe.
- Ils y construisirent des forteresses dont l’une, nommée Gibliah par les indigènes, représente encore avec ses bastions percés d’embrasures un beau type d’architecture du xvie siècle.
- Les Allemands essayèrent de marcher sur ces traces. En 1901, une certaine maison Wonckhaus s’établit à Manameh, la ville commerciale de Bahrein, pour traiter des perles avec les pêcheurs : sous ces apparences de négoce, ils dissimulaient des visées politiques.
- Une rixe survenue entre l’un de ces trafiquants et un indigène parut fournir aux Allemands un prétexte d’incident international. Mais la prompte punition de l’indigène par le résident anglais les frustra de cet espoir. En 1905, ils voulurent entrer en rapports directs avec le cheik de l’archipel, Isa. Mais celui-ci déclina ces ouvertures, ses relations avec les étrangers étant subordonnées à l’agrément du résident anglais.
- Sans avoir l’importance de Bahrein, l’ile Halul, située à l’est de la péninsule de Katar, sert de rendez-vous aux pêcheurs de perles. Elle possède un bon mouillage protégé contre le chaînai, le vent
- dangereux du golfe, et une bonne plage de débarquement. Qui en serait le maître dominerait les pêcheries. Les Allemands en demandèrent la location à bail au sultan, qui n’avait aucun droit d’accorder cette concession, mais ils se heurtèrent à l’opposition du gouvernement britannique.
- Autre tentative d’occupation, momentanément plus heureuse, sur un autre îlot, Abu Musa, situé au large de là côte des pirates et qui appartenait au cheik de la ville de Chargah. Cet îlot renferme des gisements de minerai de fer, dont le cheik avait accordé l’exploitation à trois indigènes. Mais, en 1906, la maison allemande Wonckhaus se substitua à ces indigènes et ne tint aucun compte de la protestation du cheik de Chargah, qui depuis 1892 s’était lié par traité à ne pas entrer en relations avec d’autre puissance que la Grande-Bretagne. Le cheik de Chargah ayant fait appel à son protecteur en octobre 1907, le bâtiment de guerre anglais Lawping arriva à Abu Musa, et en expulsa les ouvriers qui travaillaient pour le compte des Allemands.
- La maison Wonckhaus dépêcha à Abu Musa une barque portant pavillon allemand sur laquelle les indigènes, sujets du cheik de Chargah, firent feu. La chancellerie impériale souleva un incident international et provoqua une campagne de presse. Toutefois, le droit du cheik de Chargah était si manifeste que les Allemands ne purent pas longtemps défendre leur thèse. Mais ils avaient une fois de plus soulevé la question de la suprématie britannique dans le golfe.
- Telles furent quelques-unes des tentatives faites par les Allemands pour occuper divers points du golfe Persique. Mais ils se sont toujours heurtés à l’opposition, facilement explicable, des Anglais.
- Installés dans le golfe Persique, les Allemands auraient, entreprenants comme on les sait, promptement essayé de saper la domination anglaise dans l’Inde.
- Possédant une base navale à Koveit ou à Bahrein, ils auraient pu envoyer leurs sous-marins rôder dans l’océan Indien et y enlever toute sécurité à la navigation. Maintenir leur situation prépondérante dans le golfe Persique avait donc pour les Anglais une importance qui en dépassait de beaucoup les limites géographiques.
- La guerre leur a donné l’occasion d’affermir cette situation. Une force envoyée de l’Inde, sous le commandement du général sir Arthur Barrett, a battu les Turcs le 17 novembre 1914 à Sahil sur le Chatt el Arab, et, le 22 novembre, Bassora a été occupée. C’était une défaite allemande non moins que turque ; un quart d’heure après leur entrée à Bassora, les Anglais amenaient le drapeau qui flottait sur l’imposante demeure du consul allemand et hissaient le drapeau britannique à sa place.
- Henri Dehérain.
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- L’EXPLOSIF (TRINITROTOLUOL) DES OBUS ALLEMANDS
- Les Allemands ont adopté, depuis quelques années, le trinitrotoluol ou trinol (ainsi qu’ils l’appellent) comme principal explosif pour les obus et même pour les torpilles et les mines. Ce trinitrotoluol ou toluol nitré répond à la formule chimique C6 II- ( Az 0a)3
- C’est avec le toluol que sont chargés la plupart des obus allemands employés dans la guerre actuelle.
- Leurs fragments sont le plus souvent noircis par la suie ou un dépôt charbonneux. Ce caractère indique une combustion ou explosion incomplète du trinitrotoluol par suite de l’excès de carbone et de l’insuffisance d’oxygène, comme le démontre clairement la formule chimique. C’est là un grave défaut pour un explosif quelconque. Lorsque l’explosion (ou combustion instantanée) est complète, la flamme est claire et il n’y a aucun résidu de carbone.
- Comme caractères physiques, le trinitrotoluol est un corps solide, cristallin, incolore ou légèrement jaunâtre, fusible à 82° C., soluble dans l’alcool et dans l’éther.
- Le toluol (ou en français toluène), dont la nitration donne le trinitrotoluol, est un carbure d’hydrogène de la série aromatique, provenant de la distillation du goudron de houille.
- La nitration du toluol s’effectue par les procédés ordinaires, très connus, en le traitant par un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique.. Le rendement est de 150 pour 100, c’est-à-dire que 100 kg de toluol, après nitration, fournissent 150 kg de trinitrotoluol.
- Cette fabrication est facile et ne présente aucun danger.
- Notons que le trinitrotoluol n’est pas un produit nouveau : le chimiste américain Mowbray l’indiquait, après d’autres d’ailleurs, dès 1886. Et il y a longtemps que la Cotton Powder C° (Société anglaise) l’emploie pour les usages miniers. Il entre dans la composition de la Fûversham powder, de YOare powder et de la tonite. Le creusement du canal de Manchester a consommé d’énormes quantités de trinitrotoluol et on s’en est servi, ailleurs qu’en Allemagne, dans les exploitations de mines et de carrières, les travaux sous-marins et le chargement des torpilles.
- L’avantage réel du trinitrotoluol dans l’exploitation des mines et carrières, c’est qu’il ne dégage pas de gaz sensiblement toxiques.
- Les Allemands ont adopté le trinitrotoluol pour leurs obus, leurs mines sous-marines et leurs torpilles parce que le toluol se trouve assez abondamment chez eux. Mais cette abondance et celte facilité d’approvisionnement ne sont que relatives.
- Dès lors que le toluol (donc le trinitrotoluol) provient uniquement du goudron de houille, on voit aussitôt le grave inconvénient d’une production nécessairement limitée, surtout en temps de guerre. Le toluol n’est qu’un des nombreux produits obtenus par la distillation du goudron, et il est matériellement impossible de produire le toluol suffisant pour les immenses besoins de la guerre.
- En outre, pour faire du trinitrotoluol, autrement dit nitrer le toluol, il faut une proportion encore plus considérable d’acide nitrique (ou azotique), celui-ci ne pouvant s’obtenir qu’avec les nitrates venant du Chili ou du Pérou ou les produits nitrés que l’on obtient aujourd’hui en Norvège avec l’azote de l’air, et que l’on cherche, sans doute actuellement à réaliser en Allemagne.
- L’Allemagne ne contient pas et ne produisait pas avant la guerre de nitrates ou salpêtres, ces éléments essentiels de tous les explosifs actuellement connus. Aussi, malgré les efforts accomplis par nos ennemis, la pénurie ou même le manque d’explosifs s’imposera tôt ou tard à l’Allemagne.
- Comme caractères spéciaux, importants surtout pour l’emploi dans les mines et carrières, le trinitrotoluol présente certains avantages : c’est un composé stable, à tel point que’ plusieurs échantillons, exposés à l’air en diverses conditions pendant plusieurs mois (entre 10° et 50°), ne subirent aucune modification. Il n’explose ni par le contact de la simple flamme, ni par l’échauffement à l’air libre, ni par le choc. En frappant avec un lourd marteau du trinitrotoluol placé sur une enclume, on ne produit qu’une légère décomposition très partielle.
- Le trinitrotoluol n’a aucune action sur les métaux avec lesquels il se trouve en contact, il n’a pas de réaction acide. CetLe particularité permet de le couler ou de le tasser dans les obus de fonte, de fer ou d’acier sans prendre de précautions spéciales comme pour d'autres explosifs de caractère acide qui attaquent les métaux.
- Les Allemands, pour les besoins de leur. artillerie, emploient, le trinitrotoluol sous deux états différents : soit fondu et coulé dans l’obus, la masse ayant une densité de 1,60; soit comprimé à la presse hydraulique dans l’obus, la masse a alors une densité de 1,70 à 1,80 et est dure comme la pierre.
- Cette forte densité est plus avantageuse pour les obus, mais elle a ses inconvénients :
- On avait tout d’abord prétendu, en Allemagne, que cette dernière méthode (la compression) était sans aucun danger, parce que l’opération s’était accomplie d’abord, et, pendant un certain temps, sans donner lieu à des accidents.
- Mais tout à coup, et même peu de temps avant la guerre, de graves accidents se produisirent pn Allemagne, notamment aux usines de Schoenebeck-sur-Elbe, causant la mort de nombreux ouvriers.
- L’autre inconvénient de la trop forte compression du trinitrotoluol (et cela se remarque dans la guerre actuelle) c’est le peu de sensibilité des obus pour l’explosion ; la détonation se produit mal ou pas du tout, et c’est ce qui donne lieu aux nombreux ratés que l’on peut constater aujourd’hui dans les obus de l’artillerie.
- Même à l’état pulvérulent, et sans fusion ni compression, le trinitrotoluol est dur à la détonation.
- Pour les blocs de trinitrotoluol contenus dans leurs obus, les Allemands pratiquent l’amorçage au moyen d’une cartouche de trinitrotoluol pulvérulent ou même d’acide picrique en poudre avec une très forte capsule au fulminate de mercure.
- Deux grandes usines, en Allemagne, fournissent principalement le trinitrotoluol (ou trinol) au gouvernement allemand : celles de Schlebusch près de Cologne, appartenant à la « Sprengslo/f Actien Gessellschuft Carbonit » dont le siège social est à Hambourg avec pour directeurs : llerr Doktor Bichel au siège social et Ilerr Dockor Jensen aux usines, et les usines Allendorff, à Schoenbeck-sur-Elbe.
- Comme conclusion, nous pouvons estimer que, si l’Allemagne craint la pénurie ou disette des aliments, elle doit se trouver sûrement dans les mêmes conditions (ou elle y viendra bientôt) pour les explosifs de guerre.
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- Le public allemand sait à quoi s’en tenir sur la disette d’aliments parce qu’on ne peut rien cacher de ce côté-là, les constatations étant faciles et vérilablement de notoriété publique. Il est plus facile de cacher ou dissimuler quelque chose en ce qui concerne l’armement, puisque le secret s’impose.
- Mais, suivant une certitude mathématique, nous devons admettre que les matières premières ou éléments de
- fabrication pour les explosifs ont déjà disparu pour la plus grande partie, et sans possibilité de renouvellement, en Allemagne. C’est probablement, à l’heure actuelle, la question la plus angoissante pour l’Allemagne, alors qu’elle sait que, du côté de scs ennem's, les matières premières ou éléments pour les explosifs sont véritablement inépuisables. La guerre d’usure, en ces conditions, convient parfaitement aux alliés.... E. S.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du iS mai
- Destruction des mouches. — La chaleur de l’été va rendre dangereux le développement des mouches venant des champs de bataille. M. Roubaud énumère les précautions à prendre. Pour les mouches des cadavres, plus mobiles que les mouches domestiques, il faut d’abord protéger les cadavres non ensevelis par des projections d’huiles lourdes de houille ou de sulfate ferrique pulvérisé. Ce dernier doit être employé aussi au moment de l’ensevelissement pour achever, de détruire les larves. Contre les mouches domestiques, il faut traiter les fosses d’aisance par un mélange de sulfate ferrique, 2,5 kg; huile lourde de houille, 500 cm5; eau, 10 litres. Sur les fumiers, l’huile lourde ou l’huile de schistes ont des inconvénients. On emploiera le crésyl (crésvlol sodique) en solution à 5 pour 100 par lavage massif à raison de 15 litres au mètre cube superficiel et l’on complétera par une aspersion protectrice des parties découvertes au sulfate feriique à 10 pour 100 pour prévenir la ponte ultérieure des mouches. Ces lavages seront pratiqués deux fois, au début de juin et'en août.
- Sur la loi dp dispersion des spectres prismatiques.
- — On ne connaît pas de formule simple représentant avec une exactitude suffisante la fonction qui relie la longueur d’onde d’une raie à sa position dans un spectre prismatique. M- Salet propose une formule nouvelle pour compléter la formule classique de Cornu.
- Sur les phénomènes de réparation après mutilation chez- les coraux des grandes profondeurs sous-marines.
- — D’après jtï. Ch. Gravier, les mutilations dont peuvent être victimes ces madrépores abyssaux, incapables de se déplacer pqr eux-mêmes et dont le squelette est si fragile, sont attribuables, soit à la chute accidentelle d’un corps pesant, soit à J’écrasement par les pressions des grands fonds. Quand ils se produisent, la réparation ne ramène japiais l’état primitif, mais demeure incomplète et sans régulation. Elle semble indépendante de l’àge du sujet.
- Formation de minerais au contact du granité. — M. Lacroix étudie, avec sa précision habituelle, des phénomènes de contact très intéressants entre le granité et les calcaires de Madagascar. Il montre comment le granité a apporté des éléments métallifères qui se sont, les uns localisés au voisinage, les autres écartés davantage dans de véritables filons : ce qui confirme la théorie d’après laquelle les filons métallifères ont pour origine première des apports de roches ignées. Dans certains calcaires, il s’est développé des cubes de pyrite de 5 cm, avec des mouches de galène ; ailleurs, de la monazite et du sulfate de strontium, accompagnant un apport d’alcalis et notamment de soude. On peut également rattacher au granité des formations d’hématite qui ren-
- au 2i juin ic>i5.
- ferment une abondance singulière de rutile en cristaux extraordinairement menus.
- Rééducation fonctionnelle. — M. Jules Àmar a inventé un appareil qui permet de mesurer les valeurs de déplacements angulaires des membres et les efforts absolus des groupes musculaires pour tous les degrés de flexion. Cet arthrodynamomètre facilitera la réduction fonctionnelle des'blessés et amputés, en déterminant l’amplitude des mouvements et la puissance des muscles pour conditionner le travail.
- Déformations superficielles des aciers trempés aux températures peu élevées. — En 1910, M. Zschokke avait indiqué que, lorsqu’on chauffe une éprouvette carrée de 4 cm de côté et de 0,8 cm d’épaisseur dont une face est parfaitement plane et polie à une faible température comprise entre 225° et 400° et qu’on la trempe ensuite dans l’eau, la face polie laisse apparaître des plissements bien visibles à l’œil nu. M. Bogitch a repris l’étude détaillée de ce phénomène, très curieux par l’intensité des forces qu’il suppose mises en jeu pour arriver à réaliser de telles déformations, et cela, avec une dépense d’énergie calorifique aussi restreinte. Il a montré ainsi, que les plissements commencent à apparaître vers 215?, se modifient constamment quand la température s’élève et disparaissent totalement vers 360°.
- Il s’agit donc là d’une transformation absolument inexpliquée qui se produit dans le fer entre ces étroites limites de température et sur laquelle influent h température du bain de trempe, la durée du chauffage, le recuit des éprouvettes, etc. La hauteur des plissements a pu être déterminée de deux manières, soit par l’usure et par la pesée, soit par la méthode des anneaux de Newton. Bien que très visibles à l’œil nu, les dénivellations produites ne dépassent pas six franges du jaune.
- La stérilisation des cultures microbiennes sous couche mince. — M. II. Stassano a préparé un curieux "appareil, dans lequel une culture microbienne traverse, sous la pression continue et régulière d’un gaz inerte, l’azote, une cuve rectangulaire extrêmement aplatie formée par l’interposition d’un cadre en papier du Japon de 1/100 de millimètre d’épaisseur entre deux plaques de bronze, absolument planes et parfaitement superposables. En faisant traverser pendant 1/3 de seconde l’appareil en question par une émulsion de vibrions du choléra de 13 heures, on constate que la moitié des \ibrions sont tués à 52’, les 4'5 à 50° et la presque totalité à 55°. Une émulsion de colibacilles, venant d’être préparée, était complètement stérilisée à 58°. Huit jours après, la même émulsion n’était même pas entièrement stérilisée à 61°. Outre son intérêt scientifique, cet appareil est susceptible de diverses applications pratiques.
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- LA FABRICATION DES AMPOULES A RAYONS X PENDANT LA GUERRE
- Au début des hostilités, il avait fallu installer d'urgence une foule de laboratoires radiologiques : toutes les ampoules à rayons X furent réquisitionnées; l’un de nos constructeurs en avait près de 400, qui furent immédiatement utilisées, mais les demandes dépassaient de beaucoup la production, et les ampoules vinrent à manquer.
- On ne se priva point de prétendre que l’Allemagne était seule en mesure de nous fournir des ampoules radiogènes ou tout au moins les matières premières nécessaires à leur fabrication ; le verre français, assurait-on, absorbait les rayons X, et il était impossible de se procurer des électrodes de tungstène. En réalité, la disette d’ampoules a des causes tout autres.
- Le verre n’a jamais manqué. Dès 1904, la verrerie Appert frères fabriquait une qualité suffisamment transparente aux rayons X, et, si nos soufileurs de
- verre préféraient généralement le cristal de Thu-ringe, c’était plutôt pour des motifs d’ordre économique que pour des raisons techniques. Leurs stocks n’étaient pas encore épuisés, quand l’usine de Clichy fut prête à leur fournir, autant qu’il en fallait, un produit semblait'e à celui qu’ils employaient auparavant.
- Entre temps,
- M. Matignon, professeur au Collège de France, avait été chargé, par le ministère de la guerre, de faire l’analyse des verres allemands, et il réussissait à les reconstituer complètement.
- MM. Appert étaient même parvenus à fabriquer un autre verre, encore plus perméable aux radiations invisibles. Ce verre, de fluorescence vert-bleu, avait fait l’objet, de la part du D‘ Béclère et de M. Debierne, d’essais très satisfaisants; néanmoins, la fabrication n’en a pas été continuée, en raison des frais importants qu’elle nécessitait. Il ne faut pas, en effet, s’exagérer l’importance d’un léger gain sur l’absorption qui s’accomplit dans les parois de l’ampoule : une différence de distance de 5 cm entre l’anticathode et la plaque photographique, par exemple, change les résultats bien plus que la qualité du verre. D’autre part, les parois de l’ampoule n’arrêtent guère que les rayons les plus mous, qui ne sont pas utilisés en radiographie ordinaire, et les filtres que l’on interpose, en radiothérapie,
- Ampoule Pilon en usage dans l’armée.
- Fig. 2. — Ampoule Coolidge-Pilon modèle içi5 avec refroidisseur en métal.
- entre la source des rayons X et l’organe traité, en absorbent bien davantage.
- Quoi qu’il en soit, le verre fabriqué par MM. Appert fournit un rendement au moins égal à celui du verre de Thuringe, auquel il se soude d’ailleurs parfaitement, si bien que nos constructeurs d’ampoules estiment que le verre produit par l’usine française est supérieur à celui qu’ils achetaient en pays étranger.
- Du reste, il convient de remarquer que le verre n’est pas indispensable à la construction des ampoules radiogènes; de telle sorte que, même si nos verriers n’avaient pas réu-si dans leurs essais, il n’en serait pas résulté un obstacle insurmontable. Il existe, en effet, des ampoules dans la construction desquelles n’entre pas la moindre parcelle de verre. Telle est l’ampoule de Zehnder, à parois métalliques. Ces parois constituent l’anode, et la cathode en est isolée par un tube de porcelaine. Les rayons X sortent par une petite fenêtre, qui est en verre dans certains modèles, mais qui dans d’autres est en aluminium (Q.
- On voit que les moyens ne manquaient pas pour
- se passer du verre dit de Bohême (2).
- Les électrodes en tungstène n’ont pas davantage fait défaut : le seul constructeur français qui employât ce métal dans ses tubes en possédait uni.
- provision très importante, qui est encore loin d’être épuisée et qui lui permettrait de continuer sa fabi\ cation pendant des mois, sans avoir recours a aucun achat. Au surplus, le tungstène ex.!; ailleurs qu’en Allemagne.
- Si nous avons manqué d’ampoules, et si nous n’en avons pas encore autant qu’il en faudrait, c’est que nous avions perdu un élément essentiel : la main-d’œuvre.
- Un de nos plus importants ateliers a été fermé, les premiers jours d’aoùt, parce que son directeur et la plupart de ses ouvriers étaient mobilisés. Cette situation ne pouvant se prolonger sans de graves inconvénients, l’usine a été rouverle, en novembre, et la fabrication a été poussée au-
- 1. Eleclroieckn. Zeitschrift, 4 février 1915.
- 2. En réalité, le verre ainsi qualifié était généralement de provenance allemande et non autrichienne.
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- 32 ===== LA FABRICATION DES AMPOULES A RAYONS X
- tant que le permettait son personnel restreint.
- Nos constructeurs ne se sont point bornés à copier- des modèles étrangers. La figure 1 représente l’ampoule de M. Pilon, la plus fréquemment employée dans l’armée. Cette ampoule, qui fait actuellement l’objet d’une fabrication aussi intensive que le comportent les circonstances, est robuste et s’adapte avec la plus grande facilité aux divers usages de la radiologie. Ses électrodes renforcées et son refroidisseur à eau permettent un travail prolongé à haute intensité. Le refroidisseur est disposé de telle sorte que l’eau descend jusqu’au fond de l’anli-cathode ; le réservoir, dont les parois servent de radiateur, est une grosse boule métallique. Afin de faciliter l’orientation du tube dans tous les sens, il y a deux orifices de prise d’air, dont l’un ou l’autre se trouve f bouché, suivant la position de l’ampoule.
- Le meme constructeur a apporté diverses améliorations au tube de Coolidge, dont il est concessionnaire en France. Ce tube, d’origine américaine, a déjà fait l’objet d’une étude (4) qui nous dispense d’en exposer la théorie. Rappelons seulement qu’à la différence des autres tubes radiogènes, le vide y est poussé si loin que, même à des tensions de 100 000 volts et plus, la décharge électrique ne pourrait pas franchir la distance qui sépare les électrodes. Comme l’émission des rayons X exige la présence préalable d’électrons, ceux-ci sont produits par le chauffage de la cathode, formée d’un fil de métal peu fusible traversé par un courant de basse tension qui le porte à l’incandescence. Si l’on relie alors les électrodes à une source de haute tension, les rayons X jaillissent de l’anticalhode, et leur pouvoir de pénétration ne dépend que de la différence de potentiel.
- M. Pilon est parvenu à assurer le refroidissement de l’anticalhode par les moyens habituellement usités eu radiologie. Le modèle reproduit figure 2 est celui qui avait été présenté au Congrès pour l’avancement des sciences, en juillet 1914; la figure 3 montre celui qui sera prochainement mis en série. L’anode, entourée d’un refroidisseur à
- I. Yoy. n°2129, du 14 mars 1914, p. 260.
- eau, est faite d’un gros bloc de tungstène, supporté par un tube.de molybdène. La cathode est une spirale en fil de tungstène, soutenue par deux tiges en molybdène. Elle est reliée à une batterie d’accumulateurs (fig. 4) qui doit être soigneusement isolée, car elle sera amenée au potentiel cathodique.
- Une résistance, également isolée, permet de faire varier l’intensité du courant et de modifier la température de la spirale de tungstène, de façon à libérer plus ou moins d’électrons. Autour de la
- spirale est un cylindre en molybdène relié au pôle négatif de la source à haute tension (bobine, contact tournant, etc.); il sert à diriger le faisceau cathodique surl’anticathode. Le foyer d’émission est absolument stable; il ne se produit point de rayons diffus, le verre ne devient nulle part fluorescent et n’est le siège d’aucun échauffement local. Les rayons X ainsi produits forment un faisceau homogène, et leur pouvoir de pénétration, déterminé par le voltage aux bornes de l’ampoule, ne varie pas, tant que la tension reste constante.
- Dans une note présentée à l’Académie des sciences, le 6 avril dernier, MM. Belot et Maxime Me-nard ont montré la valeur de ce tube en radiographie, en radioscopie et en radiothérapie.
- La régularité de son fonctionnement, même au cours de très longues séances (1 h. 20) et sous de fortes charges (4 milliampères X45000 volts), la possibilité de régler la qualité du rayonnement sans modifier l’état du vide, la fixité du point d’impact sur l’anticathode, l’homogénéité de l’irradiation, tous ces avantages, fort appréciables dans les travaux radiographiques, le sont encore plus dans le traitement des malades par les rayons X et dans l’étude de leurs effets biochimiques.
- Ainsi, en dépit de toutes les difficultés qu’elle rencontre, l’industrie française affirme encore sa maîtrise et le conflit actuel montre qu’à aucun point de vue nous ne devons rester tributaires de nos voisins.
- Ernest Coestet.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie LAHDRE, .rue de Fleurus, 9, à Paris.
- Fig. 3. — Ampoule Coolidge avec refroidisseur ovoïde en verre, modèle 1914.
- Installation schématique du tube
- Fig. 4.
- Coolidge. — T, tube; S, spintermètre; M, milUampèremètre sur la haute tension; R, résistance du circuit de chauffage; A, ampèremètre; B, accumulateurs.
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- LA NATURE.
- — N* 2181.
- 17 JUILLET 1915.
- LA GUERRE AUX MOUCHES
- Il y a Mouches et Mouches. De ce que les bestioles « que l’on a Mouches appelées » ont deux ailes et sont uniformément ennuyeuses, il ne faudrait pas en conclure, oomme le public le fait trop souvent, qu’elles appartiennent toutes à la même espèce, ni même au même genre, ni qu’elles aient les mêmes moeurs. Il y a, entre elles, en réalité, de grandes différences et quelques précisions à ce point de vue ne seront peut-être pas déplacées ici.
- La Mouche, de beaucoup la plus commune dans nos appartements est la Mouche domestique (Musca domestica), que tout le. monde connaît.
- pattes, véritables ventouses leur permettant d’adhérer aux surfaces les moins rugueuses; la trompe qui garnit le dessous de la tête et s’allonge un peu au moment de la succion; enfin, de petits corps situés un peu au-dessous de l’insertion des ailes et que l’on a nommés balanciers. Ce nom singulier s’explique par ce fait que si on les coupe — ce qui est facile avec de petits ciseaux à broder — la Mouche ne peut plus voler; elle essaye bien de courtes envolées, mais retombe presque aussitôt comme si elle était «déséquilibrée », à l’instar d’un voltigeur de corde qui aurait perdu son balancier.
- Quand elle n’est pas en grande abondance, elle est, par elle-même, assez sympathique. Vive, gaie, sans cesse en mouvement, elle se livre à toutes sortes d’acrobaties, grimpant aux vitres les plus lisses, se promenant au plafond avec désinvolture, volant avec une maëstria qu’envierait un aéroplane, se posant çà et là avec un cynisme qui désarme, s’administrant, avec une collègue, une courte râclée se terminant « sans rancune aucune », profitant du moindre repos pour se passer les pattes sur la tête ou les ailes afin de se nettoyer avec une minutie qui parait extrême. Il est très intéressant de l’observer avec soin, soit à l’œil nu, soit à la loupe : auquel cas, elle apparaît comme un animal presque monstrueux, avec les poils raides qui couvrent tout son corps et jusqu’aux yeux, formés de mille facettes. A remarquer particulièrement les ailes irisées, les « pelotes adhésives » qui garnissent les
- L’examen attentif de la marche ou du vol des Mouches est, d’ailleurs, fort intéressant pour ceux qui se plaisent à observer la nature et même — demandez, par exemple, aux écoliers — ceux que les choses de l’histoire naturelle ne préoccupent pas. Les gamins les ont toujours eu en une certaine estime, les élevant dans des « cages à Mouches » achetées au bazar ou faites avec deux rondelles de bouchons et des épingles, leur écrasant la tête entre des feuilles de papier afin d’obtenir une tache rouge où leur jeune imagination voit toutes sortes de dessins, leur implantant dans l’abdomen un fin triangle de papier qu’elles emportent au vol. Cette dernière facétie, il faut l’avouer, est plutôt cruelle et peu recommandable; je dois, cependant, à la vérité de dire que, dans ma prime jeunesse, les lycéens s’y livraient avec ardeur, ce qui avait, parfois, des conséquences désastreuses : un jour une
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- 43* Année. — 2' Semestre.
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- 34 ....LA GUERRE AUX MOUCHES
- de ces Mouches que j’avais ainsi « ornée » vint, directement, se poser devant le professeur. Bientôt « repéré », je fus incontinent mis à la porte, conduit chez le Proviseur, consigné pendant quatre
- dimanches de suite, obligé de copier la moitié de YEpitome sacræ, etc. Ce n’est pas aux Mouches que j’ai conservé rancune....
- Où les Mouches deviennent franchement désagréables, c’est lorsqu’elles sont très nombreuses, ainsi que cela se voit en été et, surtout, dans le Midi. Comme disent les commères, elles « agaceraient un Saint » et deviennent particulièrement exaspérantes, les jours d’orage ou lorsqu’elles arrivent au terme de leur existence. Si elles reviennent sur nos mains ou le bout de notre nez avec une obstination presque digne d’admiration, ce n’est pas évidemment pour nous faire « devenir enragés », mais pour des raisons que nous ne connaissons pas, peut-être attirées par la douceur de notre chaleur vitale ou la suavité de notre sueur.
- Si les Mouches n’étaient que désagréables, il n’y aurait à cela que relativement peu de mal, la conséquence pouvant en être de développer notre patience, dont on a tant besoin dans l’existence. Mais où les choses se gâtent, c’est lorsqu’on envisage les dangers qu’elles nous font courir. Les Mouches, en effet, déploient un sans-gêne sans pareil pour se nourrir et... faire l’inverse. Recherchant, pour leur alimentation, tout ce qui est liquide ou semi-liquide, elles se répandent sur tous nos aliments, depuis la viande jusqu’aux fruits, humant avec leur trompe les sucs qui les imbibent. Dans cette visite, elles déposent sur nos victuailles les microbes, qui, malgré leur propreté corporelle, souillent leurs pattes et leurs ailes. Il leur arrive aussi souvent de se « régaler » avec la moiteur des crachats des tuberculeux, les linges sales des typhoïdiques, les déjections des cholériques, la surface même des plaies des lépreux, tous endroits, en somme, où pullulent
- les Bactéries pathogènes. Or, ces microorganismes sont d’une très grande vitalité ; ils traversent le tube digestif des Mouches comme si de rien n’était et on les retrouve tout aussi vivants et tout aussi virulents dans les déjections noirâtres de nos ennemies. Que les Mouches, se promenant à la surface de notre corps ou de nos aliments, y déposent ces dernières — ce dont elles ne se privent pas, —voici l’ennemi dans la place; les Bactéries arrivent avec la nourriture ainsi souillée jusque dans notre organisme et risquent, s’il est en état de « réceptivité », de l’infecter. Le rôle des Mouches dans la propagation des maladies ne fait plus aujourd’hui aucun doute et l’on a signalé de nombreux cas de fièvre typhoïde, de choléra, de diarrhée infantile, d’ophtalmie granuleuse, de lèpre, de dysenterie, etc., où leur intervention était certaine. Il faut donc détruire la Mouche —delencla musca — autant a cause des ennuis qu’elle peut nous causer par son indiscrétion et sa malpropreté qui salit nos glaces et nos dorures, que pour les dangers qu’elle nous fait courir comme véhicule de microbes. Nous reviendrons plus loin sur la question. Mais, auparavant, il est nécessaire de rappeler que les Mouches ne vivent qu’un an ; en été ou à la fin de la saison, les femelles pondent, en un quart d’heure, des amas de 60 à 80 œufs, de forme un peu cylindrique, mais un peu effilés en avant, endroit où la'membrane plus mince indique par son reflet nacré la place que percera la larve. Ces œufs sont déposés dans les gadoues, les fumiers, les excréments, tous endroits malpropres où l’insanité s’unit à une certaine mollesse et à une humidité modérée. Ces œufs éclosent très vite, les larves grandissent rapidement et se transforment bientôt en « nymphes » (rien de celles des bois...) immobiles, d’où, plus tard, sortiront des Mouches ailées.
- Dans le Midi de notre chère France, outre la Mouche domestique, on rencontre une autre Mouche,
- Fig. 3. — Mouche des urinoirs (Scatella urinaria). Grossissement 5/i.
- Fig. 2. — Mouche piquante (Stomoxys calcitrans). {Grossissement 6//.) A droite, détail de la tête.
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- qui vit dans les mêmes parages, et lui ressemble « comme une sœur ». Son aspect est si exactement identique que même l’œil exercé des naturalistes s’y laisse prendre. C’est la Mouche piquante (Stomoxys calcitrans), que l’on peut cependant reconnaître à ce fait que, lorsqu’elle est au repos —ce qui, d’ailleurs, lui arrive rarement — elle se tient sur les murs la tête en bas, tandis que la Mouche domestique se tient de préférence la tête en haut. De plus, vue de près, elle se montre d’une teinte grise, avec trois marques blanches sur le dos.
- Mais son caractère principal consiste en ce que la trompe y fait défaut et y est remplacée par une sorte d’aiguillon disposé horizontalement. De ce fait résulte que ses mœurs sont très différentes. Elle ne peut, comme la Mouche domestique, aspirer les liquides de nos victuailles ; elle doit piquer l’homme et les animaux pour en aspirer leur sang.
- Sa piqûre est assez douloureuse et se fait sentir sur nos bras ou nos jambes, même au travers des bas que portent encore quelques cyclistes, mais non, cependant, au travers des bandes molletières, trop épaisses pour son dard. Elle harcèle aussi les chevaux et les bestiaux, et, comme elle visite également les cadavres frais, contribue à propager la maladie du charbon. Elle pond ses œufs exactement dans les mêmes endroits que la Mouche domestique, surtout les excréments du cheval, mais le dévelop-
- Grossissement 4/1.
- pement des larves est, pourtant, un peu plus lent.
- Une autre espèce, plus connue de tout le monde, est la Mouche des urinoirs (Scalella urinaria), dont l’aspect est véritablement répugnant. Dans les
- lieux d’aisance des campagnes et les urinoirs mal entretenus, elle abonde. Le long des angles des murailles et des urinoirs, ces mouches se présentent en épais amas noirâtres, où elles passent leur temps à grimper les unes sur les autres ou à rester immobiles, ne volant guère, et comme à regret, que lorsqu’elles viennent à choir. Elles ne se répandent heureusement presque jamais au dehors, car elles craignent à la fois la lumière et la sécheresse : elles ne présentent, par. suite, pas les mêmes inconvénients que les Mouches domestiques. Ce qu’il leur faut, c’est, le liquide azoté de l’urine, qu’elles hument avec leurs grosses lèvres. C’est là aussi qu’elles pondent, recherchant les endroits les plus malpropres, par exemple les endroits poussiéreux et humides, imprégnés de liquide urinaire. Il paraît qu’autrefois la Mouche des urinoirs était inconnue chez nous et que, venant des contrées septentrionales, elle ne se mit à pulluler qu’à partir de 1850. Ce n’est pas toujours de la lumière qui nous vient du Nord....
- Nous arrivons, maintenant, à la catégorie des Mouché^ que l’on peut appeler « les Mouches à viande » ou Mouches sarcophages. Il y en a deux principales : la Mouche bleue [Calliphora vomi-taria) et la Mouche verte (Lucilia Cæsar). La première est grosse, très poilue et d’une-teinte bleutée assez terne, la seconde est d’un superbe reflet vert métallique. Elles flairent de très loin les cadavres et les viandes qui commencent à se faisander. Elles s’empressent d’y pondre, en quantité
- Fig. 4. — Mouche a viande, mouche bleue (Calliphora vomitaria). Grossissement 4/1.
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- LA GUERRE AUX MOUCHES
- plus d’intérêt que les Mouches pullulent sur les cadavres de combattants insuffisamment enterrés et font courir des dangers à la santé publique.
- Pour les Mouches domestiques, lorsqu’elles ne sont pas très abondantes et qu’on veut se contenter de calmer leur ardeur bouillante, le mieux est de faire l’obscurité dans la pièce où l’on veut les obliger au repos : l’absence de la lumière, ou, tout au moins, sa diminution suffit à les empêcher de voler et réduit beaucoup leur locomotion à six .pattes. On peut encore conserver dans la salle une certaine clarté, mais en tendant un filet sur toute l’ouverture de la fenêtre, à la condition expresse que celle-ci n’en ait pas une autre vis-à-vis d’elle : dans
- Fig. 6. — i, Taon des bœufs (Tabanus'bovinus). — 2, Petit taon aveuglant (Chrysops cæcutiens).
- Grossissement 4/1.
- considérable, leurs œufs, qui, bientôt, donnent les asticots chers aux pêcheurs à . la ligne. En passant d un cadavre contaminé par une Bactérie pathogène sur un de nos aliments, elles peuvent concourir à la diffusion des maladies.
- Ces Mouches à viande agacent souvent les grands animaux en fréquentant leurs plaies sanieuses, mais ce rôle est plutôt dévolu aux Taons, notamment le Taon des bœufs (Tabanus bovinus), qui a près de 3 cm de long et est brunâtre avec des poils jaunes; le Taon autumnal (Tabanus automnalis), plus petit et noirâtre, dont les larves se développent dans l’eau ; le petit Taon des pluies (Hæmatopata pluvialis), brunâtre, de forme plus élancée; le
- petit Taon aveuglant (Chrysops cæcutiens), aux yeux d’un vert doré. Tous ces Taons affolent les bestiaux et les chevaux, autant par leur bourdonnement que par les piqûres qu’ils opèrent pour sucer leur sang ; par les temps chauds et orageux, ils deviennent particulièrement insupportables.
- A citer, enfin, YHippobosque du cheval (Hippo-bosca equi), ayant l’aspect d’une araignée, qui court souvent à la surface du corps des chevaux et des bœufs et qui est si dur qu’on ne peut l’écraser que difficilement, et les Œstres, qui ne piquent pas comme le précédent, mais dont les larves pénètrent dans l’estomac, le rectum, les narines, sous la peau, causant de véritables maladies aux animaux de la ferme.
- La question qui se pose maintenant est celle de savoir comment l’on peut venir à bout de tous ces scélérats, question qui, en ce moment, a d’autant
- ce cas, les Mouches viennent bien se poser sur les mailles du filet, mais ne vont pas au delà.
- C’est là la manière « douce », ne diminuant pas le nombre des Mouches, qu’il est préférable de faire passer de vie à trépas. En Grèce, il paraît que, jadis, on sacrifiait au dieu Myagre et que les bestioles ailées mouraient de suite... comme des Mouches. Au moyen âge, si l’on en croit le bon abbé Guillaume, il arriva ceci : Saint Bernard, agacé par le bourdonnement des Mouches encombrant son petit oratoire, dit : « Je les excommunie » et, le lendemain, « on les trouva mortes et couvrant le pavé, de telle sorte qu’on les enleva avec des pelles ». Peut-être est-il prudent de faire appel à d’autres moyens.... Le plus connu est celui de l’utilisation du papier « tue-mouches », que l’on met avec un peu d’eau dans une assiette et qui fait périr les Moiiches désirant s’y désaltérer. Si l’on n’en a
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- LA GUERRE AUX MOUCHES .... .— 37
- pas à sa disposition, on peut le remplacer par du lait (25 pour 100) auquel on ajoute de l’eau (65 pour 100) et du formol (15 pour 100), ou, encore, par une solution de petit-lait formolé à 10 pour 100 : le formol les fait périr en quelques minutes. On peut aussi, à la fin de la saison, faire appel à un beau champignon, la Fausse-Oronge, appelé aussi Amanite tue-mouches, espèce vénéneuse pour l’homme : le chapeau, mis dans un récipient, attire les mouches et les engourdit, sans les tuer, ce qui oblige de temps à autre à procéder aune hécai ombe générale.
- On obtient des résultats bien plus copieux avec les carafes a mouches où celles-ci pénètrent, attirées par un morceau de sucre, et se noient dans la rigole d’eau de l’intérieur.
- Très bon aussi l’emploi de la glu dont on badigeonne des « chapeaux pointus » en simili-parchemin ou dont on enduit des cordes tendues dans le voisinage du plafond : à ces dernières, on enfilé généralement une bobine vide, que, tous les jours, on fait glisser, le long de là corde pour y enlever toutes les mouches qui s’y sont laissé prendre ce n’est peut-être pas très appétissant, mais souverain pour laisser le champ libre à de nouvelles captures.
- Les procédés que je viens d’indiquer ont exclusivement en vue la destruction des adultes ailés. Ils sont toujours très aléatoires, car, pour 100 mouches tuées dans un appartement, il en revient 200 du dehors, la gent ailée pouvant faire la pige au tonneau des Danaïdes. Il est bien plus efficace, théoriquement tout au moins, de s’adresser aux œufs ou aux larves, car ils sont bien plus localisés et, par suite, faciles à atteindre. Si l’espèce humaine était rigoureusement propre dans son entourage, les mouches disparaîtraient certainement de la surface du globe. Mais c’est là une utopie, et, toujours, les mouches trouveront, pour leurs larves, les ordures domestiques, les fosses d’aisance, les fumiers de ferme, les purins, où elles viennent pondre. Mais rien n’empêche d’y poursuivre les œufs et les larves en les tuant par des toxiques.
- Ici une distinction s’impose, sur laquelle on n’a pas, jusqu’ici, appelé suffisamment l’attention Pour les fumiers et les purins, qui, ultérieurement, doivent servir d’engrais, il est onéreux, peu pratique et surtout dangereux de se servir d’huile de schiste (diluée de moitié de son volume d’eau), que l’on recommande à cet égard. L’huile de schiste est, en effet, très toxique pour les plantes, et risque ainsi d’être très nuisible aux cultures. M. E. Roubaud recommande de lui substituer le crésyl (crésylol sodi-que) en solution à 5 pour 100. « On traitera, dit-il, les fumiers par un lavage massif effectué à la partie supérieure à raison de 15 litres de solutions par mètre cube superficiel. Ce traitement larvicide sera complété par une aspersion protectrice des parties découvertes au sulfate ferrique à 10 pour 100, destiné à prévenir la ponte ultérieure des Mouches. Ces lavages seront pratiqués deux fois : une première au printemps (début de juin), une seconde, en été (août) et, autant que possible, simultanément partout. Les fumiers frais non rassemblés en amas définitifs seront simplement traités au sulfate ferrique au fur et à mesure de leur extraction des écuries. » M. Bordas recommande, pour les fumiers, d’employer les huiles résiduelles de goudron (c’est-à-dire des huiles débarrassées de leur naphtaline et déphénolysées), additionnées de résinate de soude et mélangées à l’eau à raison de 2,5 pour 100. Cet ensemble est, en outre, désodorisant et convient aussi pour assainir les cantonnements, les tranchées et les zones de combat.
- Pour la protection des ordures et des matières fécales, on peut employer les huiles lourdes de goudrons de houille, projetées en surface. Pour les milieux liquides (fosses d’aisance), M. Roubaud recommande le mélange suivant pour 2 m3 de fosse : sulfate ferrique, 2 kg 500 ; huile lourde de houille, 500 cm3; eau, 10 litres. On peut aussi employer le crésyl pur à doses faibles. Pour M. Bordas,1, les huiles lourdes de goudron ne con-
- Fig. — Petit taon des pluies (Hæmatopata pluvialis). Grossissement 4jr.
- Fig. 8. — Mouche plate. des chevaux (Hippobosca equi). Grossissement 4/1.
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- 38 ====== LES AFFÛTS DES CANONS MODERNES
- viennent pas en milieux liquides; le produit étant plus lourd que l’eau, gagne rapidement le fond de la fosse d’aisance et ne joue plus le rôle des huiles de schiste, qui, plus légères, demeurent à sa surface, asphyxiant les larves existantes, tout en écartant, par son odeur spéciale, les mouches pondeuses des tuyaux de chute ou des ventilateurs des fosses.
- Pour empêcher le pullulement des Mouches des cadavres — question d’actualité, comme je le rappelais plus haut — on peut se servir aussi des produits — sauf le crésyl — dont nous venons de parler. « Les projections d’huiles lourdes de houille, dit M. Roubaud, assureront au maximum la protection des cadavres contre les Mouches. Des viandes aspergées aux huiles lourdes et exposées à l’air sont encore indemnes de toute trace de vers après le vingtième jour, tandis que des témoins traitées au crésyl à 10 pour 100, à l’hypochlorile de soude concentré, au formol, au lait de chaux, à la solution phéniquée à 5 -pour. 100 ont toutes montré des larves après 48 heures. Le sulfate ferrique rendra de grands services pour la désinfection des cadavres ne pouvant être ensevelis et la destruction des larves sarcophages. Traitées par ce sel pulvérisé ou par ses solutions à 10 ou 20 pour 100, les viandes se tannent, se durcissent et peuvent être conservées indéfiniment. Le sulfate ferrique forme avec les matières! organiques des combinaisons insolubles, stables et imputrescibles. Les viandes en putréfaction perdent, sous l’action du sel en poudre, presque immédiatemeut leur odeur. Les larves de Mouches sont tuées par la solution à 10 pour 100 en 10 à 20 heures; pour celles à 20 pour 100 en 3 heures.
- Au contact direct du sulfate en poudre elles émigrent au dehors et périssent. Les œufs sont tués. Les chairs tannées deviennent impropres au développement des vers, qui dépérissent et meurent. On utilisera largement le sulfate ferrique pulvérisé non seulement pour la préservation temporaire des corps exposés à l’air, mais aussi au moment de l’ensevelissement pour achever les larves qui pourraient avoir été épargnées. »
- Quant à ce qui concerne les Mouches agaçant les chevaux et les bestiaux, on peut les éloigner à l’aide à’émouchoirs dont on rêvet toute la surface du corps ou certaines régions, par exemple les oreilles. On peut aussi frotter l'animal avec des feuilles de noyer telles quelles ou macérées, à froid, dans du vinaigre, ou à chaud dans de l’eau. Cette mixture est rempla-çable par le jus de tabac, l’huile, de laurier, l’huile camphrée. Dans les écuries, on.évite leur entrée en y gardant une certaine obscurité et en y pratiquant une propreté méticuleuse, mais en laissant subsister au plafond les toiles d’ar"aignées, qui sont de véritables pièges à mouches.
- Disons enfin un mot des désagréables Hippo-bosques. D’après M. Lang, lorsqu’on voit lesdiles Mouches pulluler avec insistance sur un animal, il suffit de passer sur lui la main enduite d’huile de foie de morue pour les faire périr. On peut aussi, ce qui est encore plus pratique, badigeonner les plaies avec la même huile : les Mouches ne s’en approchent plus, au moins pendant une quinzaine d’heures, ou bien, si elles sont trop téméi*aires, payent leur audace de leur trépas,
- Henri Coupin.
- LES AFFUTS DES CANONS MODERNES
- Le recul des canons est une des questions les plus importantes qu’aient à résoudre les artilleurs. On sait que lorsque l’obus part, le tube canon est lancé violemment en arrière. Il faut absorber cette énergie de mouvement sans que l’ensemble de la pièce subisse un choc qui aurait pour effet delà dépointer.
- C’est là tout le problème des affûts.
- Les affûts rigides supportant intégralement les percussions du tir transmises directement par la bouche à feu, doivent être particulièrement résistants. Grâce aux progrès réalisés après 1870 dans la fabrication de l’acier, on était arrivé à faire produire à ces affûts le rendement maximum; mais leur poids, forcément élevé, ne permettait pas de donner aux matériels de campagne une mobilité suffisante.
- En outre, la manœuvre était pénible et lente par suite du recul de l’affût qui nécessitait à chaque coup un déplacement à bras sur une longueur variable de 1 à 2 m. suivant les terrains.
- Fig. i. — La bêche de crosse.
- C’est seulement après la guerre Russo-Turque de 1878, lorsque la poudre sans fumée et les perfectionnements apportés dans la fabrication des projectiles ramenèrent en faveur la question de la rapidité du tir, que l’on se rendit compte qu’il fallait éviter le recul et rendre la pièce stable pendant le tir. Le premier canon de campagne réellement à tir rapide, qui, par sa complète stabilité au tir, assurait la permanence du pointage, est le canon français de 75 modèle 1897.
- Le principe sur lequel sont basés les matériels à tir rapide actuels est le principe du long recul du canon sur l’affût. Un lien élastique (freinhydraulique avec récupérateur), interposé entre le berceau et le canon, ne transmet plus au berceau et par suite au pivot, au lieu d’une percussion, qu’un effort très atténué dont la grandeur dépend de la longueur admise pour le recul.
- Avec les matériels de campagne appelés à des déplacements fréquents et rapides, il faut d’abord
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- LES AFFUTS DES CANONS MODERNES .39
- réaliser la fixité.d’un point de l’affût. On a eu recours au dispositif, imité des affûts à croc du xve siècle, qui consiste à fixer l’affût au sol au moyen d’une bêche de crosse s’enfonçant par l’effet même du tir. La bêche a reçu une forme rationnelle qui lui assure une fixité absolue après qu’elle a pénétré dans le sol sous l’effet du premier coup. La force d’appui b est sensiblement normale à la résultante des efforts supportés par la crosse dans le tir et le patin c comprime le sol et empêche la terre de se soulever sous l’action du soc a. Pour augmenter l’adhérence et aussi pour permettre un champ de tir angulaire plus vaste, dans le matériel Déport italien, la flèche est double (*).
- Quelle était la situation avant l’invention du colonel Déport du long recul? La première réalisation pratique d’un affût à déformation est due au colonel russe Engelhardt en 1876. La masse choquante a une valeur très considérable par rapport au poids total de l’ensemble. Cette masse comprend le canon et les flasques, tandis que la pointe qui reçoit le choc comprend simplement l’essieu et les tirants le reliant aux flasques par l’intermédiaire de
- Tampons élastiques
- Fig. 2. — Affût Engelhardt. En pointillé la position de l'affût après recul.
- tampons élastiques en caoutchouc. Au départ du coup les flasques reculent par rapport à l’essieu en comprimant le caoutchouc, puis l’essieu et les roues roulent à leur tour. Le recul se trouve ainsi réduit à 0 m. 30 environ. A la fin du recul les flasques sont ramenées à leur position normale par rapport à l’essieu.
- Dans l’affût Canet pour canon de 75 (1889), les flasques sont reliées à l’essieu au moyen d’un manchon A et d’un frein hydraulique avec récupérateur à ressorts.
- On obtient ainsi un triangle articulé BEC dont deux côtés ont une longueur fixe et dont le troisième est constitué par la pièce. L’affût est muni d’un frein de roues mais n’a pas de bêches.
- Le même ingénieur, dans un autre type d’affût (1895), compose la flèche de deux tubes emboîtés l’un dans l’autre et constituant dans leur ensemble un frein hydropneumatique dans ce système, la masse reculante comprend la plus grande partie de l'affût, à l’exception du tube plongeur A.
- Quels que soient les inconvénients évidents de ces affûts, comme le recul n’était que de quelques centimètres, le dépointage était facile à corriger et la
- 1. Yoy. La Nature, n° 2160, 20 février 1915, p. 121.
- rapidité du tir pouvait atteindre 5 à 6 coups à la minute : ils permettaient donc un tir accéléré.
- C’est dans les canons de 120 court et de 155 court modèles 1890, qu’apparaît pour la première fois le frein hydropneumatique et le récupérateur à air, dus au colonel Locard, de Bourges, qui, plus tard, en 1897, dans les mains du colonel Déport devaient assurer le succès du 75.
- Un frein hydropneumatique se compose d’un
- Fig. 3. — Affût de ?5 de campagne système Canet.
- corps de pompe en acier relié au canon, d’un réservoir à air ou récupérateur en bronze, d’une tige et d’un piston solidaires du récupérateur.
- La tige est creuse, munie de larges ouvertures près du piston. A son débouché dans le réservoir, le trou central est fermé par une soupape. Un diaphragme, ou piston mobile, sépare le liquide de l’air comprimé dont la pression initiale est de 110 atmosphères.
- Le corps de pompe recule avec le canon. A la fin du recul la détente de l’air fait rentrer le liquide dans le corps de pompe par deux orifices 0 ménagés autour de la soupape qui, par contre, est fortement appliquée sur son siège, et le canon revient à sa position normale. Le récupérateur dont nous venons de parler a pour but d’emmagasiner une partie de l’énergie de recul sous une forme qui permette de l’utiliser pour ramener ensuite rapidement le canon
- TmmmmmmrmmmmmmA
- Fig. 4. — Affût télescopique système Canet i8ç5.
- à sa position normale tandis que le frein hydraulique détient une partie de l’énergie de recul en la transformant en chaleur.
- La répartition entre ces deux organes de l’énergie totale à absorber doit, d’une part, être juste suffisante pour vaincre le travail des résistances au retour en batterie, car l’excédent est nuisible et se traduirait par un choc pouvant amener le dépointage et, d’autre part, il y a lieu de donner au travail du frein le plus d’importance possible, car cet organe fait seul office de régula-
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- teur. Aussi est-on forcé d’adjoindre au frein de recul, un frein modérateur.
- -Dans le frein hydropneumatique que nous avons décrit, la modération du recul se fait grâce aux diamètres différents des orifices des soupapes. — Lorsqu’on a voulu appliquer, vers '1900, le principe du long recul aux canons de montagne, une difficulté nouvelle se présenta. Les canons de montagne doivent pouvoir tirer sous de grands angles
- piques disposés à droite et à gauche du cylindre de frein. Enfin une crémaillère, placée sous le cylindre de frein, permet d’immobiliser, au moyen d’un verrou, la masse reculante à sa position de tir.
- Ainsi disposé le canon est à l’armé et les ressorts du récupérateur bandés. En dégageant le verrou par l’intermédiaire d’un levier de mise de feu, le canon est lancé vers l’avant et la mise de feu a lieu automatiquement au moment où le mar-
- Joint„
- Piston.
- ^Orifices c/e ta tige Rondelle de caoutchouc Rondelles de cuir
- Joint Rondelles Belleville Tige bouchor}\ j Ecrou
- \ \ i i / r
- / . /. / i / / \ \
- / lige creuse—! Relié au manchonj EcrouA j L. Tête mobile^ {Réserve dâ/r
- LCorps de pompe relié au canon Réserve de liquide___i \Diaphragme
- Fig. 5. — Schéma d’un frein hydropneumatique.
- Manivelle de / Bride postérieure
- et, d’autre part, être très bas sur affûts (0 m. 60 à 0 m. 80) pour réduire le poids. Si l’on adopte un recul de i m., par exemple, il est à craindre que la culasse ne vienne rencontrer le sol sous les fortes inclinaisons. On a envisagé, pour remédier à cet inconvénient, plusieurs solutions : essieu coudé, recul automatique variable avec l’angle de tir, enfin, et c’est la solution adoptée pour le canon de montagne de 65 français f 1908) et les matériels Schneider et Déport, le lancer du canon.
- Le principe du lancer est le suivant : on communique à la bouche à feu une certaine vitesse vers l’avant et on produit les déflagrations.
- Voici comment fonctionne le ca-
- ^3ride antérieure j du corps de feu
- \ fr-4 H b——r
- ^ W ' b/
- u /// miseafêûyy P,
- Flèche-Cafe~
- Poignée du tirant d'affût..
- O
- \_ Bêche coulissante
- Fig. 6. — Schéma de l’affût du 65 de montagne.
- non de montagne de 65 ques d’essieu articulées
- L’affût comprend 2 flas-aux tourillons avec une flèche elle-même composée de deux parties articulées entre elles à l’axe de charnière. La portée de cette dernière articulation est assurée au moyen de cales qui permettent de raccourcir ou d’allonger l’affût en agissant sur le tirant d’affût et en modifiant l’inclinaison des deux pièces articulées. L’angle de tir peut ainsi varier de 24 à 55°.
- Un châssis à tourillon relié à l’effort par une vis double supporte le frein hydraulique et un récupérateur double formé par deux ressorts télesco-
- teau est actionné par la butée de mise de feu fixée au châssis; à la fin du recul, le canon est arrêté par le verrou qui s’engage dans une dent de la crémaillère. Le tir terminé, la force vive du canon lancé vers l’avant produit l’arrachement de la bêche.
- Il faut, naturellement, avant le tir effectuer une manœuvre à bras pour faire reculer le canon et l’amener à sa position de tir en bandant les ressorts
- du récupérateur.
- Les récupérateurs que nous venons de décrire sont à air ; mais, dans la plupart des artilleries étrangères (allemandes , autrichiennes, russes) on emploie des récupérateurs à ressort, presque toujours en hélice en acier au tungstène, ou au
- silicium à fil rond ou rectangulaire, ün n’emploie d’ailleurs jamais un ressort unique, mais une série de ressorts (deux en général) enfilés l’un dans l’autre (canons de marine). Les deux ressorts, dont les diamètres d’enroulement sont différents travaillent parallèlement en ajoutant leurs résistance et subissent le même aplatissement. On utilise aussi des ressorts télescopiques, dont l’encombrement est très réduit et qui servent surtout dans la marine.
- En effet, on peut sur les navires disposer d’affûts très lourds susceptibles d’absorber le recul formidable des pièces, amorti seulement par des ressorts
- . Châssis de frein
- LF/asyue d’essieu
- Tirant daffût
- Sabot de roue
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- LES RICHESSES MINIÈRES DES COLONIES ALLEMANDES ::::..41
- très puissants : ce qui est heureux, car on ne peut dans une tourelle admettre un recul de plus de 50 à 40 centimètres.
- C’est du perfectionnement et de la combinaison des divers appareils que nous venons de décrire qu’est sorti le « 75 » dont l’une des plus brillantes performances accomplies durant la guerre actuelle est la façon merveilleuse dont se comporte son
- affût : après plusieurs milliers de coups tirés, sa stabilité est restée complète. Comme le disent les artilleurs : un sou placé sur la roue ne bouge pas lorsque le coup part.
- Aussi pouvons-nous nous permettre des tirs de justesse stupéfiants, qui toujours ont été interdits aux Allemands dont le matériel se dépointe à chaque tir. X...
- LES RICHESSES MINIÈRES DES COLONIES ALLEMANDES
- Dans un précédent article (29 mai 1915), La Nature a donné des renseignements généraux sur les colonies allemandes de l’Afrique. Nous nous proposons dans cet article de les compléter en indiquant, pour ces colonies, ainsi que pour celles que l’Allemagne possède dans le Pacifique et en Chine, leurs richesses minières, richesses très inégales mais qui, cependant, pour certaines d’elles, peuvent devenir très rémunératrices dans l’avenir. A nos renseignements personnels nous ajouterons ceux fournis par Engineering.
- Commençons par le minerai de cuivre qu’on trouve en dépôts très importants, mais, dont l’étendue n’est pas encore exactement déterminée, dans le Sud-Ouest africain et dont quelques-uns avaient été déjà exploités par les indigènes antérieurement à l’occupation allemande. Le dépôt le plus important se trouve dans la vallée d’Otavi et est exploité par la Compagnie des mines et chemins de fer d’Otavi qui est la plus considérable exploitation minière coloniale allemande. Elle a été fondée en 1900 au capital de 250 millions de francs. Plusieurs grandes banques allemandes sont intéressées dans l’affaire et quelques capitaux anglais y ont été également affectés. La mine d’Otavi étant éloignée du port d’embarquement la Compagnie fut amenée à construire un chemin de fer entre Swakopmund, port d’embarquement et la mine,. et. dut. y affecter une partie importante de son capital. Pour des raisons politiques et stratégiques cette ligne de chemin de fer fut, du reste, l’achetée, en. 1.910, par le gouvernement allemand moyennant un p'riiçde '27,5 millions. Les frais d’extraction du minerai ont passé de 51 fr. 25 la tonne pendant les premiers mois; d’exploitation à 28 fr. 75 en 1911 et 22 fr. 50 en 1915. C’est principalement en Amérique que ce minerai est expédié. Cette exportation était de 36 400 tonnes en 1910 et de 53 200 tonnes en 1912-15. La proportion de cuivre dans le minerai est élevée et varie entre 13 et 16 pour 100. Le plomb s’y trouve dans la proportion de 23 à 25 .pour 100. Primitivement, la Compagnie se proposait de traiter le minerai sur place et des installations avaient été faites dans ce but, mais on a trouvé plus avantageux d’exporter le minerai brut étant donné la difficulté de se procurer Je charbon nécessaire. Quelques autres mines de cuivre se trouvent encore dans le Sud-Ouest africain; mais leur exploitation ne fait que débuter, telles les mines de Khan et d’Okjozonjati. Elles peuvent prendre de l’extension dans l’avenir.
- Passons aux dépôts de phosphate; qui ont une très grande importance dans les colonies allemandes du Pacifique. Ainsi les exportations de phosphate de l’île Nauru ont été, en 1911, de 86 600 tonnes et, en 1912, de 156 000 tonnes. On estime à 20 ou 50 ans la durée d’exploitation de ces dépôts et il est vraisemblable que d’autres pourront être découverts. Plusieurs grandes
- Compagnies allemandes et le Norddeutscher Lloyd sont intéressés dans l’affaire. D’autres dépôts de phosphate se trouvent dans l’île d’Angaur où 200 sondages avaient indiqué l’existence d’environ 2100 000 tonnes de phosphate d’excellente qualité et très apte à la fabrication du superphosphate. La production, en 1915, a été de 90 000 tonnes. La Compagnie allemande des phosphates du Pacifique, fondée en 1908, qui exploite ces dépôts a obtenu également la concession de l’exploitation des dépôts de phosphate de Paleliu et de ceux de l’île Feis du groupe des îles Pelew dont l’importance n’est pas encore connue.
- On trouve de l’or dans plusieurs colonies allemandes. Dans le Sud-Ouest africain les mines de Kaoko paraissent devoir donner un minerai riche en or ; reste à savoir si son exploitation sera rémunératrice. La seule mine d’or en exploitation dans les colonies allemandes est celle de Sekenke dans l’Afrique orientale. Elle est exploitée par la Compagnie des mines d’or de Kironda fondée en 1908. En 1910 elle a donné un dividende de 8 pour 100, mais en 1912 elle s’est trouvée en déficit de 171 250 francs. Une autre Compagnie, la Compagnie minière de l’Afrique centrale, fondée à Berlin en 1905, exploite également des mines d’or dans l’Afrique orientale mais à perte.
- Les dépôts de carbonate de soude qu’on trouve principalement dans le Nord de la colonie de l’Afrique orientale, dans le lac Natron, sont considérés comme importants. La proportion de soude est très élevée. Mais, par suite des difficultés de transport, l’exploitation n’en a pas encore été commencée.
- Dans le Sud-Ouest africain on trouve du marbre et, en 1909, s’est constituée à Hambourg une Compagnie pour l’exploitation de ces carrières. Les résultats n’ont pas été encourageants par suite de la difficulté de trouver une main-d’œuvre suffisante.
- L’exportation du mica a des tendances à se développer. En 1912 la production a été de 150 tonnes. Mais les indigènes sont récalcitrants à ce genre de travail et on a dû en arrêter l’exploitation dans l’Usambara. Il se poursuit, cependant, dans les montagnes d’Uluguru. En somme, cette exploitation du mica n’a pas été jusqu’ici rémunératrice, mais elle n’est encore qu’à ses débuts et il est possible qu’elle prenne de l’extension dans l’avenir.
- Des mines d’étain ont été découvertes en 1911 dans le Sud-Ouest africain. Plusieurs Compagnies ont été fondées pour leur exploitation et un développement est possible.
- Il n’existe aucune exploitation de mines de charbon dans les colonies allemandes. La seule mine exploitée par les Allemands est celle de Shantung qui se trouve en territoire chinois. Sa production est considérable et peut se développer dans l’avenir. Pendant le siège récent de Tsingtau par les Japonais elle a été complètement inondée. P....
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- Difficultés pour obtenir de grandes puissances.
- La Nature, dans différents articles, a eu l’occasion de parler du moteur Diesel, de son mode de fonctionnement et de ses applications soit comme moteur fixe, soit comme moteur employé à la propulsion des navires. Il n’est pas douteux que, dans ce dernier cas, des progrès réels ont été réalisés ; mais il n'est pas moins certain qu’il y a, en ce moment, un arrêt dans son développement : arrêt qui, pour une part importante, provient de la difficulté de construire des cylindres moteurs de grande puissance.
- À l’heure actuelle le maximum de puissance qu’il est possible d’obtenir pratiquement dans un cylindre de moteur Diesel est de 300 à 350 chevaux. Il en
- nombre des cylindres associés sur chaque arbre d’hélice, d’obtenir sur ce même arbre les grandes puissances nécessaires pour la propulsion de navires de très grand tonnage. Ce sont ces causes que nous nous proposons d’indiquer succinctement dans cette note. Mais, auparavant, nous croyons utile, afin de faciliter nos explications, de rappeler le mode de fonctionnement du moteur Diesel à deux temps qui a été décrit, avec détails, dans le numéro de La Nature du 22 juillet 1911 et qui est le suivant :
- Lorsque le piston est à bas de course et, par conséquent, se trouve à la partie inférieure du cylindre, celui-ci est complètement rempli d’air à la pression atmosphérique. Dans sa course de retour ascen-
- Fig. i. — Moteur Diesel pour sous-marin de 900 chevaux, 6 cylindres, deux temps et simple effet,, construit à Kiel dans les ateliers « Germania >> de la Société Krupp.
- résulte que, pour développer une grande puissance, on se trouve dans la nécessité d’associer un grand nombre de cylindres sur l’arbre d’hélice, d’où augmentation de poids des moteurs et de l’espace occupé par ceux-ci. Ainsi, le Wotan qui est, en ce moment, le navire en service dont la puissance sur l’arbre d’hélice est la plus grande est muni de moteurs Diesel à deux temps et simple effet composés de six cylindres actionnant l’arbre d’hélice. Ces moteurs développent une puissance totale de 2300 chevaux, soit 383 chevaux par cylindre. Le Fionia est muni de moteurs Diesel dont les cylindres sont les plus grands en service à l’heure actuelle. Deux arbres d’hélice sont actionnés chacun par un moteur Diesel à six cylindres développant une puissance totale de 2000 chevaux, soit 333 chevaux par cylindre. Il en est de même pour les moteurs de surface des sous-marins.
- Quelles sont les causes qui s’opposent à la construction de cylindres de grande puissance (3 a 4000 chevaux par cylindre comme pour les moteurs à vapeur marins) permettant, tout en limitant le
- dante le piston comprime cet air et, lorsqu’il se trouve à fond de course, la pression de cet air est portée à 35 kg par centimètre carré et sa température, par suite de cette compression, s’élève à 550° environ, température plus que suffisante pour la combustion du combustible liquide. C’est le premier temps. À ce moment une petite quantité de pétrole est injectée dans le cylindre au moyen d’un jet d’air comprimé dont la pression est de 60 kg par centimètre carré. La soupape servant à cette injection est disposée de telle sorte que le pétrole ainsi introduit se trouve pulvérisé par l’air en fines particules de manière à faciliter la combustion au contact de l’air chaud. Cette introduction de pétrole pulvérisé se continue dans le cylindre pendant une période variable, suivant l’effort à produire, mais qui est, en général, du dixième de la course du piston. La chaleur produite par cette combustion est considérable et élève à environ 1600° la température des gaz dans le cylindre. Quant à la pression elle reste constante ou, tout au moins, elle devrait rester constante (35 kg) pendant toute la durée de
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- combustion du pétrole pour toutes les cylindrées. Cette pression fait alors prendre au piston sa course descendante et, lorsque la période d’injection du pétrole est achevée, le piston continue sa course descendante poussé par les gaz chauds qui se détendent. Un peu avant que le piston ait achevé sa course descendante, celui-ci démasque de petites ouvertures pratiquées dans la paroi du cylindre qui permettent l’échappement des gaz contenus dans ce dernier et ramènent à la pression atmosphériqu e la pression dans le cylindre. La température des gaz s’abaisse également, d’abord par suite de la transformation de la chaleur en travail et, ensuite, parce que une partie de cette chaleur se porte sur les parois du cylindre, parois qu’on rafraîchit au
- piston pour chaque révolution de l’arbre moteur une seule actionne cet arbre.
- Revenons maintenant à notre sujet, c’est-à-dire aux causes qui mettent obstacle à la construction pratique de cylindres Diesel de grande puissance : question qui a été complètement traitée par M. Du-manois, ingénieur du génie maritime, dans des articles parus dans le Mémorial du génie maritime et dans la Technique moderne, et par M. Milton dans un mémoire lu, en 1914, à Y Institution of Naval Archilects.
- Nous avons vu qu’au début du second temps, et au moment où le piston va commencer sa course descendante, on introduit dans le cylindre du pétrole qui, au moyen d’un dispositif spécial de la
- Fig. 2. — Moteur Diesel du cargo « Fionia » de ia5o chevaux, 8 cylindres, quatre temps et simple effet, construit par Burmeister et Wain de Copenhague.
- moyen d’une circulation d’eau. En face des ouvertures dont nous venons de parler servant à l’échappement des gaz chauds se trouvent, dans cette même paroi du cylindre, d’autres petites ouvertures qui, démasquées par le piston un peu après les premières, admettent dans le cylindre de l’air comprimé par une pompe à la pression de 0 kg 440 par centimètre carré et qui a pour but de balayer complètement les gaz brûlés et de remplir le cylindre d’air pur. C’est le deuxième temps, après lequel recommence un nouveau cycle semblable au premier. Dans certains moteurs Diesel ces ouvertures pratiquées dans les parois du cylindre pour l’introduction de l’air de balayage sont remplacées par une soupape placée sur le couvercle du cylindre qui introduit cet air au moment voulu. Tel est le fonctionnement du moteur Diesel à deux temps.
- Comme on le voit sur les deux courses de
- soupape, est pulvérisé par un jet d’air comprimé à la pression de 60 kg. La disposition de cette soupape est telle qu’elle introduit exactement dans le cylindre la quantité de pétrole nécessaire pour qu’après la combustion totale la pression dans le cylindre soit, comme nous l’avons dit, de 35 kg. Mais, malgré tout le soin apporté à la construction de cette soupape, il peut arriver, soit par défaut d’étanchéité de l’aiguille, soit par manque de fonctionnement de celle-ci, que cette régularité de l’introduction du pétrole ne soit pas conservée et qu’à certaines cylindrées il se trouve dans le cylindre, au début de la course descendante, une quantité de combustible liquide supérieure à celle nécessaire, d’où surpression dans le cylindre. En fait, l’expérience montre que ce cas est sinon normal, tout au moins fréquent et que, dans ce cas, la pression dans le cylindre, au début de la course, au lieu d’être de 35 kg, atteint 150 kg, c’est-à-dire qu’elle
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- est plus que quadruplée. C’est donc sur cette pression.de 150 kg qu’il faut se baser pour calculer l’épaisseur à donner aux parois du cylindre, d’où, comme résultat, augmentation du poids du moteur.
- Cette augmentation d’épaisseur des parois du cylindre a une autre conséquence plus importante encore. Lorsque la puissance que doit développer le cylindre augmente, son diamètre s’accroît et l’épaisseur des parois qui doit être calculée pour une pression de 150 kg croît également. Il en résulte que la quantité de chaleur à enlever au travers de cette paroi par la circulation d’eau augmente avec la puissance à produire dans le cylindre et peut devenir telle que, malgré ce refroi-dissement, la température de la paroi interne du cylindre se rapproche et mê-me devienne égale à la température des gaz de combustion, ce qui peut amener une modification de la structure du métal. Le métal du cylindre, de son couvercle et du piston, doit être, en effet, suffisamment refroidi dans toute son épaisseur pour que, en aucun de ses points, la température
- puisse amener une modification dans la constitution de ce métal. Il faut aussi que la différence de température entre les diverses parties constitutives du métal ne soit pas suffisante pour produire des dilatations pouvant produire des efforts anormaux dans ce métal en dehors de ceux dus à la pression dans le cylindre. Un refroidissement convenable par circulation d’eau devient donc d’autant plus difficile que les dimensions du cylindre augmentent et, pour les grandes puissances, un fonctionnement satisfaisant devient alors douteux. Ce sont ces difficultés de refroidissement pouvant amener une modification dans la constitution physique et chimique du métal
- Fig. 3. — Moteur Diesel de 3oo chevaux, deux temps et simple effet, du voilier pétrolier « Quevilly >>.
- qui sont la cause principale de la limitation de la puissance à demander à un cylindre de moteur Diesel. Quelle sera cette limite dans l’avenir, l’expérience seule pourra la fixer. La métallurgie n’a pas dit son dernier mot et, peut-être, arrivera-t-on à trouver un métal capable de supporter sans modification les températures élevées dont nous parlons.
- À cette cause d’échauffement résultant de la difficulté de refroidissement des parois par circulation d’eau,
- _ .; ' s’en ajoute une
- autre qui, elle,
- .peut être atténuée. Dans beaucoup de moteurs Diesel marins le pied de bielle est directement articulé sur le piston; de là réaction importante de ce piston contre les parois du cylindre amenant des frottements produisant un nouvel échautrement des parois du cylindre. Il faudra donc, tout au moins pour les grandes puissances, renoncer à ce mode d’attache et employer, comme dans tous les moteurs marins à vapeur, une tige de piston avec traverse, patins et glissières.
- • L’expérience a. de plus, démontré que la culasse du cylindre et le piston
- ont une tendance à prendre une température moyenne plus élevée que celle des parois du cylindre. C’est, en effet, le fond du piston qui, pendant toute la durée de l’injection, reçoit le choc des gaz enflammés qui, certainement, sont à une température supérieure à celle de 1600° de la combustion. Cette flamme, comme l’expérience le montre, tend à désagréger les parois de fond de piston, ainsi que la culasse et à modifier la constitution physique et chimique du métal.
- Une circulation d’eau intense est donc nécessaire dans ces organes : ce qui est une nouvelle cause de complication. R. Bonnin.
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- LA NATION EN TEMPS DE GUERRE — SON ORGANISATION
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- Il ne suffit pas pour vaincre d’opposer à l’ennemi une barrière d’hommes ; encore faut-il que ces hommes soient convenablement pourvus de tous les instruments nécessaires au combat, de tous les objets indispensables à l’existence. Avec l’énormité des effectifs, avec tous les progrès de la technique nouvelle, ces besoins sont devenus innombrables, et chacun sait que la victoire dépend tout autant de l’héroïsme des troupes, que de l’activité industrielle de la nation. Les états-majors n’étaient pas sans avoir pressenti, dès avant la guerre, toute l’importance du problème, et, de l’étude des différentes solutions possibles, une organisation était née, que la mobilisation est venue substituer brusquement à l’organisation d’antan.
- Nous allons définir l’objet de cette organisation et la décrire dans ses lignes principales. Nous verrons ensuite comme cette organisation est utilisée, en vue, d’une part, de l’envoi vers les troupes de tous les ravitaillements indispensables, en vue, d’autre part, de l’évacuation loin des troupes de tous les éléments inutiles et gênants.
- I. — Les grandes lignes de l’organisation nationale.
- — a) L’organisation administrative, — On pourrait dire de la guerre qu’elle a eu pour conséquence première, mais heureusement provisoire, de rompre d’une façon absolue notre unité nationale. La déclaration de mobilisation générale a eu pour effet immédiat de séparer le territoire national en deux parties, appelées respectivement zone des armées et zone de l’intérieur et subordonnées, la première au généralissime, la seconde au président de la République; la délimitation entre les deux zones, variable suivant le cours des opérations guerrières, se faisant en principe par entente entre les deux chefs.
- Nous ne parlerons pas de la zone des armées, dont l’étude sortirait des limites de notre sujet : elle a été faite d’ailleurs à cette même place, dans cette même revue. L’organisation de la zone de l’intérieur est évidemment calquée sur l’organisation du temps de paix, à cela près cependant, que les pouvoirs des autorités civiles sont réduits, aussi bien au point de vue administratif qu’au point de vue judiciaire et passent, dans une certaine mesure, entre les mains des autorités militaires.
- La zone de l’intérieur donc, est divisée en un certain nombre de régions, dites territoriales, dont l’étendue correspond, exactement aux zones de corps d’armée, du temps de paix et qui d’ailleurs portent le même numéro. Toutes ces régions territoriales dépendent du président de la République par l’intermédiaire du Ministère de la guerre. j
- A. la tête de chaque région, se trouve placé un général de corps d’armée du cadre territorial, qui a sous ses ordres lui-même, des généraux commandant les subdivisions de région.
- b) L’organisation des transports. — Le cadre administratif ainsi établi, suffira à assurer la sécurité, l’ordre indispensables à la production de tous les ravitaillements réclamés par la zone des armées. Il est d’autres organismes, dont la bonne marche importe essentiellement au ravitaillement méthodique des troupes ; ce sont les organismes de communication, les chemins de fer en particulier. Une emprise de l’autorité militaire sur les transports par chemin de fer est pour le moins aussi nécessaire qu’une main-mise sur l’administration du pays.
- Sitôt la mobilisation décrétée, les chemins de fer deviennent de véritables organismes militaires, dépendant étroitement de cette partie du Ministère de la guerre, qu’on appelle le 4e bureau de l’état-major de l’armée. Chaque réseau est administré par une Commission de réseau, constituée par un officier supérieur d’état-major et le directeur de la Compagnie, cette Commission de réseau étant aux ordres du 4e bureau. La Commission de réseau délègue une partie de ses attributions à des sous-commissions de réseau, qui possèdent elles-mêmes dans chaque gare des agents d’exécution appelés commissaires militaires (caractéristique : képi à bandeau de moire blanche) chargés de collaborer avec les chefs de gare à la solution de toutes les questions d’ordre militaire.
- Voyons maintenant comment ce cadre d’organisation générale est utilisé en vue du ravitaillement des armées.
- II. — La production des ravitaillements. — Pour maintenir les armées en état, il importe : 1° de leur restituer le personnel, officier et troupe, que l’usure de la lutte leur fait perdre ; 2° de remplacer au fur et à mesure de la consommation les armes, munitions, vivres et autres matériels de toute sorte.
- Comment sont organisées ces différentes catégories de ravitaillement ?
- Le ravitaillement en hommes. — Principe : Chaque région territoriale de corps d’armée, ravitaille en hommes le corps d’armée, dont elle porte le numéro.
- Dans ce but, chaque régiment faisant partie du corps d’armée constitue, au moment même de la mobilisation, à l’aide d’éléments, officiers et sous-officiers prélevés sur lui-même, ce que l’on appelle un « dépôt ». Tout comme le régiment parti aux armées, ce dépôt se complète à l’aide d’officiers et soldats de réserve. Il reçoit les réservistes et recrues, les équipe, les instruit et les envoie au front, au fur et à mesure des demandes qui lui sont faites.
- - Les dépôts des régiments d’artillerie et de cavalerie assurent, en outre, le dressage des jeunes chevaux, destinés eux aussi à partir au front.
- Le recrutement des hommes de renfort se fait en principe dans la zone même de la région territoriale : des hommes peuvent passer cependant d’une région à l’autre, grâce à une opération de « nivellement » que le ministre seul peut ordonner.
- Le ravitaillement en matériel, en équipement et en vivres. — Le principe de correspondance entre corps d’armée et région de corps d’armée ne saurait être applicable au ravitaillement en matériel : il en sera de même, et pour des motifs analogues, pour le ravitaillement en vivres. Les zones de corps d’armée correspondent, théoriquement, tout au moins, à une capacité de recrutement à peu près constante. La capacité de production matérielle, au contraire, varie essentiellement avec les conditionslocales.Les établissements nationaux, manufactures d’armes, cartoucheries, arsenaux, sont inégalement répartis; de même les établissements industriels, dont la contribution à l’œuvre de guerre ne saurait être négligeable. De plus, la nécessité qu’il y a à uniformiser dans tout le pays les procédés de fabrication, ainsi d’ailleurs que la complexité des questions industrielles, surtout lorsqu’elles visent, non seulement à l’organisation de l’activité nationale, mais encore à l’utilisation de la production étrangère, toutes ces raisons exigent une
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- centralisation puissante : c’est donc au ministère lui-même qu’échoit la solution de tous les problèmes de ravitaillement en matériel. Direction de l’artillerie, direction du génie, direction des poudres, direction de l’intendance, tels sont les organes chargés d’organiser la production industrielle du pays, et d’effectuer tous les achats, soit en territoire national, soit à l’étranger.
- III. -— L’expédition des ravitaillements sur le front. Les évacuations. — Supposons le matériel produit, les vivres rassemblés ; il reste à en effectuer le transport à pied d’œuvre, et cela n’est pas toujours besogne facile, car il l’agit de tout amener rigoureusement à l’endroit voulu, en quantité voulue, à l’instant voulu. Combien de fois est-il arrivé dans l’histoire que des soldats mouraient de faim à quelques kilomètres d’approvisionnements considérables, dont l’ennemi seul finissait par tirer profit ! La guerre est par excellence le régime des surprises, le irégime des à-coups.-Rour y parer, des volants sont nécessaires, et ces volants sont en l’espèce des séries de stocks, de magasins qui s’échelonnent de l’arrière à •l’avant) de l’intérieur du pays jusqu’à la ligne des armées. On a donc été conduit à constituer dans la zone même de l’intérieur un certain nombre de magasins, placés généralement dans des grandes gares, d’où Je nom de stations-magasins. Ces stations-magasins sont affectés au ravitaillement d’une ou plusieurs armées, et, sur la demande des directeurs des Etapes et Services, expédient le matériel désiré aux gares régulatrices de ces armées.' Des gares régulatrices partent enfin à destination des gares de ravitaillement de corps d’armées, des trains contenant les approvisionnements nécessaires. Certains de ces trains, dits « trains journaliers », sont expédiés d’une façon automatique, sans ordres spéciaux de l’avant. Les approvisionnements qu’ils contiennent ne sont distribués à la troupe que dans la proportion nécessaire, le reste, revient vers la gare régulatrice le même jour.
- : : D’autres trains, dits a en cas mobiles », sont constitués, .avec leur chargement de matériel, de vivres, de
- munitions, et sur demande spéciale du directeur des Etapes et Services, le commissaire régulateur commandant la gare régulatrice peut les expédier d’urgence vers l’avant.
- Pour le transport du personnel de renfort, même principe : les dépôts envoient sur les gares régulatrices les hommes demandés par le directeur des Étapes et Services de l’armée à laquelle ils sont destinés. Les gares régulatrices s’occupent ensuite de les acheminer vers le front.
- Il s’établit donc, de l’arrière à l’avant, une circulation permanente de personnel et de matériel,, dont l’afflux vient réparer l’usure de la lutte, vient donner à l’armée un sang nouveau.
- Mais à mesure que lui parviennent les éléments de force, il importe de la libérer de tous les éléments qui l’alourdissent, qui peuvent la gêner dans son action.
- Le cadre même qui avait servi aux ravitaillements va servir, en sens inverse, aux différentes évacuations. Soldats blessés, prisonniers de guerre seront tous l’assemblés dans la gare régulatrice, d’où le commissaire régulateur les dirigera vers les régions territoriales. Aux régions territoriales le soin de recevoir ces blessés et de ks guérir; aux régions territoriales, le soin de recevoir les prisonniers et d’utiliser leur travail.
- Conclusion. — La guerre d’aujourd’hui est la lulte de deux armées, mais c’est aussi, et surtout, la lutte de deux peuples, et la femme qui, à l’usine, taille des vêtements, coud des chaussures, charge des cartouches ou des grenades peut revendiquer, elle aussi, sa juste part dans le succès.
- L’Allemagne nous montre quel parti une nation, même traquée de toutes parts, peut tirer de sa puissance économique.
- Sachons nous montrer aussi ferme dans l’attaque que notre ennemi se montre ferme dans la résistance; sachons utiliser toutes nos ressources et la victoire nous sourira.
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- Séance du 21 juin 1915 [Suite).
- Le refroidissement de la croûte terrestre.—M.Bous-sinesq étudié mathématiquement le phénomène et, en faisant diverses hypothèses, arrive à conclure qu’au fond de la croûte actuelle, le refroidissement doit être extrêmement lent. .
- La mesure de Vimperméabilisation des draps et/ tissus militaires. — M. G. A. Le Roy a combiné un imperméabilimètre permettant d’opérer, soit avec nappe d’eau, soit avec pluie artificielle et ruisselante. La question est d’un grand intérêt, en vue des prochaines campagnes d’automne et d’hiver.
- Le tremblement de terre du 18 février 1911. — M. Bigourdan, analysant un travail de M. B. Galitzine, montre l’intérêt de ces constatations rétrospectives sur un séisme qui eut pour point de départ le mouvement superficiel d’une montagne au Pamir et dans lequel, par conséquent, l’épicentre se confondait avec l’hypocentre. On a pu constater que l’éboulement produit ce jour-là n’avait pas été la conséquence mais la
- cause du mouvement vibratoire terrestre, traduit par des effets ordinaires de tremblements de terre. En outre, cette çirconstance unique a permis de mesurer directement l’énergie développée dont les effets avaient été d’aufre part mesurés par les sismographes à diverses distances, fournissant ainsi un élément de comparaison précieux avec les autres cas ordinaires où le foyer d’ébranlement est invisible et profond. La masse de la montagne écroulée a été là de 7 à 10 milliards de tonnes et l’abaissement de son centre de gravité a été de 300 à 600 mètres.
- Mode d’action de l’or colloïdal. —M. II. Bousquet constate expérimentalement que l’or colloïdal, injecté à forte dose au chien ou au lapin, ne se retrouve en proportion notable ni dans le sérum, ni dans l’urine, ni dans les matières fécales. On ne peut donc pas rapporter à une dissolution partielle du métal la réaction cardiotonique immédiate provoquée par l’or colloïdal chez le chien. L’or colloïdal agit sur le cœur en demeurant à l’état de particules non dissoutes.
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- LA PRODUCTION ET LA CONSOMMATION DU CAOUTCHOUC
- L’approvisionnement de caoutchouc est, pour les pays belligérants, une des plus sérieuses préoccupations, les armées en consommant des quantités considérables pour leurs transports automobiles, vêtements caoutchoutés, objets de chirurgie, etc. A cause du blocus, l’Allemagne n’a qu’un approvisionnement restreint. A Hambourg, le grand marché allemand du caoutchouc, il n’est arrivé que 900 tonnes en 1914 (pendant les six premiers mois), tandis qu’on comptait 9900 tonnes en 1915 et 12190 tonnes en 1912. La situation est bien différente en France et en Angleterre où, malgré l’infériorité des importations en 1914, par rapport à celles des années précédentes, il y a les quantités de caoutchouc suffisantes pour satisfaire aux divers usages-indusfriels.
- La production mondiale du caoutchouc est évaluée à environ 125 000 tonnes, soit 40 000 tonnes en provenance de l’Amérique du Sud. 60 000 des plantations d’Extrême-Orient, 15 000 d’Afrique, 5000 de l’Amérique centrale et-5000 tonnes en provenance de divers pays. Une constatation du plus haut intérêt est offerte par le développement considérable acquis en peu d’années par les espèces de caoutchoucs des plantations des Etablissements des Détroits, des Etats malais fédérés ou non : 2200 tonnes en 1908, 4600 en 1909, 8000 en 1910, 14000 en 1911, 50 000 en 1912, 47 000 en 1915 et plus de 60 000 en 1914. D’après la marche ascendante de cette production, on estime que les plantations de ces régions pourraient produire près de 200 000 tonnes en 1917 et 500 000 vers 1920. A Sumatra, la surface des plantations de caoutchouc, qui était de 6140 acres en 1908, est passée à 100 000 acres en 1910 et à 250 000 acres actuellement. Par suite de l’accroissement de cette
- production, le caoutchouc des plantations a pris, en 1915 et 1914, une place plus large dans les approvisionnements, au détriment du caoutchouc sauvage. Or, la consommation annuelle du caoutchouc varie de 110 000 à 115 000 tonnes en temps normal, soit 50 000 tonnes environ pour les États-Unis, 15 000 pour l’Angleterre, autant pour l’Allemagne. Quant à la France, ses importations de 1912, 1915 et 1914, sont représentées, en quintaux, par les chiffres suivants :
- Provenances. 1912 1913 1914
- Brésil 56 800 42 300 20 800
- Angleterre. ..... 70 200 73 000 68 000
- Congo français. . . . 5 500 1 800 2 400
- Sénégal Autres établissements 3 800 1 800 100
- français (Afrique). . 19 000 17 800 6 400
- Indes anglaises. . . . 7 700 7 2flü 11 300
- Autres pays 69 000 68 500 39 000
- Total. . . . 230 000 212 400 148 000
- En 1912, il a été livré à la consommation 19 000 quintaux d’une valeur de 218 millions de francs; en 1914, 115 700 quintaux, d’une valeur de 82 millions de francs.
- La baisse des prix du caoutchouc, causée au début de l’année 1915 par la concurrence du caoutchouc de plantation, a été accentuée en 1914 par l’état de guerre. Le Para fin, coté à Londres 12 fr. 60 le kilogramme, fin 1912, était coté, fin 1915,9 fr. 10. Les caoutchoucs provenant des espèces plantations tombaient de 12 fr. 50 à 6 fr. ; ljes meilleures sortes congolaises, de 11 fr. 50 à 5 fr. 2ja, tandis que les espèces secondaires (caoutchouc des herbes) passaient de 7 fr. 50 à 5 fr. 50, et les récoltes du Soudan, de 10 fr. 50 à 4 fr. 50.
- LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL AVEC UN TRAIN EN MARCHE
- Depuis 1909, la « Lackawanna-Railroad Company » cherche à correspondre avec les trains en marche, sur quelques-unes de ses lignes, au moyen de la radiotélégraphie. Toutefois les appareils n’étaient pas suffisamment perfectionnés à cette époque pour fonctionner d’une manière satisfaisante. Puis, au commencement de 1913, elle érigea des stations télésanfilistes à Scranton et à Binghamton afin de remplacer les télégraphes et téléphones ordinaires en cas d’interruptions. Mais son premier train équipé avec la télégraphie sans fil fut seulement mis en marche, le 21 novembre 1913. A présent, les quatre stations suivantes possèdent des appareils Marconi dont le tableau ci-dessous indique les principales caractéristiques :
- Stations. Longueur d’ondes. Hauteur des mâts d’antennes. Puissance des moteurs.
- Hoboken . . 3000 m. 121 mi 53 5 •kilowatts
- Scranton . . 3000 m. 55 m. 34 2 —
- Binghamton. 1800 m. 50 m. 29 2 —
- Buffalo. . . 1600 m. 45 m. 72 2 ' — .
- En principe, les appareils des trains ressemblent à ceux des postes fixes. Le moteur est actionné par un courant continu de 30 volts que fournit la dynamo servant à l’éclairage des wagons, Un traïis-
- formateur ordinaire élève la tension à 250 volts et l’intensité du débit atteint environ 35 ampères à l’antenne. Grâce à ces engins, le télésanfiliste d’un convoi peut envoyer, en cours de route, un message à une distance de 209 kilomètres et en recevoir d’une station fixe éloignée de 321 kilomètres.
- L’antenne aérienne comprend un fil de bronze phosphoreux, dessinant 4 rectangles disposés suivant lalongueur des voitures. Desisolateurs en porcelaine se trouvent aux coins et au centre de chaque véhicule, que réunissent, en outre, des chaînes de connexion. Le fil conducteur pénètre par le toit du wagon et arrive dans une petite cabine qui abrite les appareils radio-télégraphiques et l’opérateur.
- Pour réaliser cet équipement, les spécialistes durent solutionner des problèmes qu’on n’avait pas encore rencontrés dans les installations analogues (économie d’espace, hauteur limitée des antennes, bas potentiel fourni par les dynamos d’éclairage et emploi des rails comme connecteur souterrain sans déranger les signaux de la voie). Les électriciens du (oLackawanna Railroad » surmontèrent heureusement ces difficultés techniques. Ils se rendirent compte que malgré le bas voltage, on pouvait établir un service normal de radiotélégraphie, que les
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- LA TÉLÉGRAPHIÉ SANS FIL AVEC UN TRAIN EN MARCHE
- ondes hertziennes du train ne déclanchaient pas, d’une façon intempestive, les disques ou les sémaphores et que la vitesse du convoi n’influait nullement sur l’envoi ou la réception des dépêches.
- Aujourd’hui d’ailleurs l’utilité de tels dispositifs est avérée. Du rapport de cette Compagnie américaine sur la marche de ses services en 1914 et dans les premiers mois de 1915, extrayons certains faits propres à attester les services que la télégraphie sans fil peut rendre aux chemins de fer. Un certain jour, par exemple, le mécanicien tomba subitement malade sur sa locomotive, le télégraphiste prévint immédiatement le chef de la station suivante et, à l’arrivée du train dans cette gare, un
- été construites sur les plans de MM. Foley et Lee de Forest. Ces appareils fonctionnent maintenant sur le train qui quitte Hoboken pour Buffalo, tous les jours à 10 h. 15 du matin. Les fils d’antennes des 4 voitures sont reliés en série au moyen de conducteurs flexibles, de façon que le circuit entier mesure 91 m. 44 de longueur. La station centrale génératrice, enfermée dans un réduit du fourgon à bagages, se compose d’une turbine à vapeur de 5 IL P. couplée directement sur un alternateur à haute fréquence d’un type spécial qui produit des ondes destinées au transport des vibrations de la voix. La vapeur arrive de la locomotive dans la turbine génératrice à la pression normale de 56 kg 70, et la fait marcher à la vitesse de 2500 tours par minute. Quoique plus grands, les microphones installés dans le train ne diffèrent pas essentiellement des appareils d’une cabine téléphonique ordi-
- Fig. i.
- — La cabine téléphonique dans un train.
- machiniste se tenait prêt à remplacer son collègue indisposé. Le convoi par suite n’éprouva aucun retard. De leur côté, les passagers bénéficièrent de la nouvelle organisation, en maintes circonstances.
- Une fois, un voyageur d’un train envoie un radio-télégramme à une personne résidant à Scranton.
- Quelques instants plus tard, la dépêche fut délivrée au destinataire et, 20 minutes après, l’envoyeur avait la réponse en mains. Citons encore un record typique puisque nous sommes au pays de l’oncle Sam. Le 1er avril 1914, un train muni d’appareils de télégraphie sans fil, emmena d’Ilhaca à Hoboken 550 étudiants de FUniversité Cornell qui expédièrent 120 messages en cours de route. Enfin, au mois de mars et au mois de décembre de l’année dernière, deux orages ayant coupé les lignes télégraphiques ordinaires à New-York, à New-Jersey et en Pennsylvanie, les installations radiotélégraphiques assurèrent les communications entre les diverses gares du réseau de la Lackawanna, la première fois pendant 10 jours et la seconde durant 5 jours.
- Pour la téléphonie sans fil, les installations ont
- Fig. 2. — La gare terminus et les antennes de T. S. F.
- naire. Le radio-transmetteur est situé près du plafond de la voiture et plus bas se trouve le récepteur que l’opérateur accorde aisément avec toutes les longueurs d’onde.
- Cet original poste radiotéléphonique permet à une personne qui monte dans un wagon circulant sur cette ligne américaine de continuer, pendant son voyage, une conversation interrompue par son départ. Ainsi, le 7 février 1915, cinq messages par téléphonie sans fil furent échangés de Loundsberg, Àpalachin, Yestal, Ilallstead et Halford (45-kil. 25) avec le train régulier parti, le matin, de Binghamton et, depuis lors, des voyageurs téléphonent, de leurs compartiments, avec quelques-unes de ces stations ou reçoivent, en cours de route, des radiotélé-r grammes de leurs amis. Jacques Boyer.) r
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2182.
- 24 JUILLET 1915.
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- Il n’est pas possible de dire que dans la guerre actuelle telle arme est plus utile que d’autres ; car, en vérité, chacune d’elles a son heure triomphante : mais, cependant, le rôle joué par l’artillerie en toutes occasions est d’une telle envergure que l’attention et la sympathie se portent volontiers sur elle, en raison peut-être des côtés un peu mystérieux qu’elle présente et des résultats presque fabuleux qu’elle fournit.
- En réalité on peut dire que tout ce qui a été inventé en fait de matériel d’artillerie, en remontant à des âges très reculés a revu le jour et le feu
- front, par leur grande portée, des services signalés.
- Les canons de marine. — Les pièces employées par la marine pour l’armement des navires comprennent les calibres suivants : 37, 47, 65, 75 millimètres ; 10,14,16, 19, 24,30 et 34 cm(2).
- Ce serait une erreur de croire que l’artillerie navale et l’artillerie de terre sont aptes à jouer le même rôle, et que la première n’utilise que des canons de terre, plus gros. Les conceptions sur lesquelles est basée la construction des pièces dans ces deux services varie du tout autout; en voici les points principaux. Le canon de terre, ou de
- Fig. i. — Canons et tourelles du Jean-Bart.
- dans l’immense conflit qui se déroule, fusils de rempart, obusiers, lance-grenades crapouillots, et que tous les calibres y sont employés depuis le léger 37 millimètres (qu’on.a trouvé à bord de nos anciens torpilleurs, et placé sur les voitures automobiles) jusqu’aux monstrueux 42 centimètres.
- Dans le» terrifiant fracas sorti de toutes ces bouches à feu l’artillerie navale joue un rôle des plus bruyants mais aussi des plus efficaces, et il nous paraît à propos de fournir aujourd’hui à nos lecteurs quelques précisions sur les pièces que la marine place ordinairement à bord de ses bâtiments et dont un assez bon nombre, détournées de leur destinée première et servies par un régiment de canonniers marins qui donne, sous les ordres du contre-amiral Amet, l’exemple du plus haut dévouement, rendent en divers points du
- campagne est, par essence, une voiture qui doit se mouvoir en terrain varié, ce qui entraîne une certaine légèreté ; il est destiné en outre à tirer sur des buts étendus en largeur et en profondeur, pardessus les troupes amies.
- Le canon de marine est au contraire destiné à tirer, d’une plate-forme mobile contre une cible de dimensions restreintes dans tous les sens, également mobile et à déplacement rapide, basse sur l’eau, dont les parties essentielles sont protégées par des blindages épais et résistants.
- 4. De nombreux et importants emprunts ont été faits polir cette étude à l’excellent ouvrage de l’ingénieur en chef d’artillerie navale, Crémieux. — Les poudres de la marine, 1914, couronné par l'Institut. Challamel. éditeur.
- 2. On désigne dans la marine les canons par leur calibre. Ce calibre est exprimé en millimètres jusqu’au 75 inclusivement, en centimètres pour les pièces plus grosses.
- 4. — 49
- 43* Année. — 2* Semestre.
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- Nécessité des grandes vitesses initiales. — Ces
- conditions nécessitent un tir très tendu, c’est-à-dire à grande vitesse initiale et ceci pour deux raisons. Ce qui importe d’abord c’est de toucher le but. Or, ce but et le canon qui tire se déplaçant rapidement, l’approvisionnement en munitions du navire tireur étant limité, il est indispensable que la hausse déterminée au télémètre et par le tir de réglage reste bonne entre le moment où elle est trouvée et celui où, le coup parti, le projectile arrive sur le but. Il est donc très utile de réduire au minimum le temps qui s’écoule entre ces deux instants, donc à donner au projectile la plus grande vitesse possible.
- Il est une autre raison pour rechercher la grande vitesse du boulet. C’est elle qui crée la meilleure zone dangereuse. On donne ce nom à la différence des portées extrêmes des trajectoires qui encadrent le but et qui peuvent, vu les distances,
- être considérées comme sensiblement parallèles dans leurs derniers éléments. La zone dangereuse correspondant à la portée où l’objectif se trouve est donc d’autant plus grande que l’angle de chute est plus faible, c’est-à-dire que la vitesse initiale est plus élevée.
- Exemple. — Pour un obus du calibre de 505 mm, pesant 292 kg, tiré aux vitesses initiales de 500 et 850 m., par exémple, à la portée de 6000 m., les angles de chute seront respectivement de 15 et 5°. Les zones dangereuses correspondantes pour un navire de 8 m. de hauteur et 10 m. de largeur, vu par le travers, seront de 19 m. et de 120 mètres.
- Par conséquent dans le second cas, une erreur de 120 m. dans l’évaluation de la portée réelle, sera sans influence sur la justesse du tir, la hausse de 6000 m. et celle de 6120 m. permettant égale-
- Fig. 4. — Obus allongé d'un canon français.
- ment bien de toucher le but. La nécessité des grandes vitesses initiales se justifie encore par l’augmentation de force vive qu’elles donnent au projectile au moment où il frappe le blindage qu’il s’agit de traverser et aussi par l’augmentation des portées.
- Ces grandes vitesses initiales ou plus justement l’énergie initiale peut être demandée à 3 éléments : poids de la charge de poudre; longueur d’âme du canon; poids du projectile.
- Il est évident que la vitesse initiale croît dans Je même sens que le poids de la charge de poudre, mais on est limité dans cette voie par le taux des pressions qui ne peuvent dépasser les limites de
- Fig. 5. — Obus de rupture français.
- résistance du métal. D’où l’emploi de poudres épaisses, à combustion relativement lente, permettant d’imprimer au projectile des vitesses suffisamment élevées pendant que la pression se maintient à un taux moyen modéré pendant un parcours assez long dans l’àme du canon. ;
- Au fur et à mesure des progrès de la balistique et de la métallurgie on voit donc augmenter lés poids des charges de poudre, l’épaisseur des brins, la longueur d’âme, dans le même calibre. Prenons, par exemple, le 50 cm. j
- Modèle. Longueur en calibres. Poids de la charge. Poids du projectile, Vitesse Énergie initiale, initiale.
- 1893-96 45 111 kg 340 kg 815 m. 1(0
- 1893-96 M 45 123 kg 340 kg 865 m. 1.10
- 1906 50 129 kg 440 kg 780 m. 1.35
- Il en résulte que les canons de marine sont des
- canons à grande chambre à poudre, à grande longueur d’âme, tirant des charges de poudre lente de poids relativement élevés.
- Une simple comparaison entre les deux canons de 75 mm guerre et marine fait saisir la différence. Le premier est une pièce de 50 cal., soit 2 m. 25 de longueur, tirant à la vitesse initiale de 520 m. à une pression maxima de 2000 kg par centimètre carré; le 75 mm modèle 1908 des cuirassés type Danton est une pièce de 62 cal. 5, soit 4 m. 68 de
- 1. Le modèle 1893-96 étant pris comme unité.
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- longueur, tirant un projectile de poids sensiblement égal, à une vitesse initiale de 800 m., à une pression maxima de 2800 kg par centimètre carré.
- Conclusion, le poids de la pièce et de l’affût est considérable, l’affût devant résister à des pressions considérables. Le système pièce-affût de 75 de campagne pèse environ 900 kg, le système pièce-affût du 75 modèle 1908 du Danton pèse 3000 kilogrammes.
- Les grandes portées. — On sait déjà que, par suite de leurs grandes vitesses initiales, les canons de marine permettent de réaliser de grandes portées.
- Les affûts sur lesquels les pièces sont placées à bord des navires de combat sont organisés de façon
- de 750 m., permet d’atteindre un but placé à environ 35 kilomètres sous un angle de tir voisin de 40°.
- C’est le procédé qu’ont employé les Allemands pour lancer quelques projectiles sur Dunkerque dans des conditions et à une distance qui ont produit quelque émotion, apaisée devant la disparition du canon lui-même, bien vite repéré. Le même fait, entraînant les mêmes conséquences, s’est produit pour Verdun.
- Ce procédé n’implique pas, on le voit, l’emploi d’un canon kolossal, mais bien d’un canon de marine de gros calibre monté sur un affût spécial permettant le tir aux grands angles. Nous n’avons pas attendu que les Allemands nous enseignent ces
- Fig. 7. — Les tourelles du Jean-Bart vues de côté.
- à tirer sous l’angle maximum de 14 à 16°. Dans ces conditions, les canons de 50 et 34 cm doivent atteindre aux portées extrêmes de 16000 à 20 000 m., distances qui ont été à peine envisagées dans le combat d’escadre.
- Mais les canons de marine peuvent être employés à terre dans des conditions différentes, sous de grands angles, avec des affûts permettant de donner à la pièce l’inclinaison de 40°. C’est, en effet, dans le voisinage de cet angle de tir que la portée atteint son maximum.
- Un calcul simple montre par exemple que, avec le canon de 50 cm, l’obus de 292 kg, tiré à la vitesse initiale de 865 m., a une portée de 12000 m. sous un angle de tir de 13°. Sous un angle de 30° la portée passe à 20 km environ. Un canon de 30 cm tirant un projectile de 400 kg, à la vitesse initiale
- vérités du domaine public, et sur divers points du front nous lés avons payés de semblable monnaie. ^
- Projectiles. Organisation du projectile. — Le projectile s’est transformé au cours de la lutte victorieuse qu’il a menée contre les blindages. Ceux-ci d’abord constitués par des plaques de fer, l’ont été ensuite en aciers spéciaux (au nickel, au chrome), puis en acier compound (plaque extérieure cémentée, plaque intérieure en acier doux), puis enfin en acier extérieurement cémenté (Harwey, Krupp, Charpy).
- L’obus a d’abord été en fonte ou en acier, chargé en poudre ou en mélinite et amorcé à l'ogive, employé concurremment avec un obus en acier dit obus de rupture, à parois très épaisses et à ogive massive trempée.
- Le premier renferme 10 pour 100 de son poids
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- en explosif, le second à peine 2 pour 100, la capacité en explosif étant sacrifiée au pouvoir perforant dans le premier, l’inverse ayant lieu pour le second.
- L’obus en acier n’a pas tardé à supplanter l’obus en fonte et en 1900 apparaît l’obus coiffé.
- La coiffe consiste en une calotte en acier trempé d’une nuance plus douce que l’acier de l’ogive de l’obus; elle a été introduite par l’amiral russe Ma-kharoff qui observa qu’on entamait plus facilement un blindage cémenté s’il était recouvert d’une plaque d’acier doux. Quand l’obus doit entamer la lutte avec une plaque plus résistante, on entoure sa tête d’un bandage en acier dont le rôle est de désorga-
- sur les valeurs relatives de l’obus à grande charge d’explosifs, d’un très faible pouvoir perforant et de l’obus à paroi résistante et à faible charge d’explosifs, à la suite d’une interprétation inexacte de l’organisation des valises (chemodani) ou obus de 305 mm, de 203mm et 152mm de l’artillerie navale japonaise.
- L’expérience à grande échelle des tirs contre la coque de Yléna en 1909, consacra les vues de l’artillerie navale française, qui se refusa toujours à sacrifier le pouvoir perforant à la capacité en explosif. Elle montra l’impuissance absolue des obus à grande capacité de 20 p. 100, et même 10 p. 100 contre les blindages de quelque importance.
- Fig. 8. — Le pont et les tourelles du Jules-Michelet.
- niser la première couche cémentée et de permettre à l’ogive du projectile, restée intacte, de traverser les couches suivantes.
- En 1900, la marine française crée l’obus de semi-rupture coiffé avec amorçage au culot qui, doué d’un pouvoir perforant considérable quoique inférieur à celui de l’obus de rupture, renferme un poids d’explosif plus considérable, 5 à 6 p. 100.
- En 1905, l’amorçage au culot fut aussi appliqué aux obus de rupture qui ne reçurent plus, dès lors, que de la mélinite, obus de rupture ou de semi-rupture, également coiffés, constituant l’approvisionnement des bâtiments de combat de première ligne.
- L’apparition du livre du commandant Semenoff (lAgonie d'un cuirasse) fut le signal d’une polémique très intense dans les milieux techniques navals,
- La course au calibre. — L’histoire est un perpétuel recommencement. Au temps des poudres noires, l’artillerie navale a connu le calibre de 42 cm. L’invention des poudres B facilita la réalisation des grandes vitesses initiales qui, de 300 m., passèrent à 600, jpuis à 900 m., en même temps que le projectile s’alourdissait, ce qui permit de diminuer le calibre. Aussi, jusqu’en 1887, le calibre de 24 cm et, à partir de 1893 celui de 30 cm furent les calibres les plus élevés, l’énergie initiale réalisée étant supérieure du double à celle qu’on obtenait dans les canons à poudre noire.
- Cependant, à partir de 1908 le tir à la portée de 10000 m. cessait d’être une chimère. En même temps que les portées s’accroissaient, les blindages devenaient plus épais et plus résistants et il devint
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- NOS GLORIEUX ESTROPIÉS ET LE TRAVAIL == 53
- bientôt évident que le combat pourrait s’engager à des portées très supérieures. Pour avoir un tir efficace, c’est-à-dire une vitesse au choc suffisante pour désorganiser la cuirasse visée, il fut bientôt impossible de demander au canon une vitesse initiale suffisante sans la payer par l’emploi de charges de poudre qui risquaient de provoquer une usure excessive des bouches à feu. C’est ainsi qu’un canon de 50 cm chargé avec des poudres à nitroglycérine, comme les cordites anglaises, ne peut tirer beaucoup plus de 100 coups sans perdre sa justesse et sa précision. Avec les poudres françaises à la nitrocel-lulose pure, la durée est estimée environ au triple. On chercha donc à réduire le poids relatif de la charge en passant à un calibre supérieur permettant, pour une même énergie initiale, de tirer un projectile plus lourd à moindre vitesse initiale.
- Les nécessités du tir tendu et de la perforation à grande portée militent aussi dans le sens de l’accroissement des calibres, qui permet également l’emploi de plus fortes charges d'explosif.
- La France a suivi, plutôt que devancé, ce mouvement. La raison en est que ses projectiles sont plus robustes que ceux de l’artillerie navale anglaise par exemple, en raison leur plus grande épaisseur de paroi. Elle obtient les mêmes résultats à moins de frais. Notre canon de plus fort calibre est actuellement le canon 34 cm modèle 4912, qui tire, à la vitesse initiale de 800 m., un obus chargé en méli-nite de 540 kilogrammes (Q.
- Quelques chiffres donnent une idée des perforations réalisées en tir oblique.
- Portée pour une Portée pour une perforation perforation
- Calibre. de 200 mm. de 500 mm.
- 50 cm modèle 1895-96 des
- cuirassés type Pairie . 10 700 mètres. G500 mètres.
- 54 cm modèle 1910 des
- cuirassés type Bretagne. 14 000 mètres. 9000 mètres.
- On voit donc que les cuirasses de flottaison de 50 cm sont à l’épreuve des obus de 50 cm aux portées supérieures à 9000 m. Quant aux blindages de 180 à 200 mm qui forment la partie principale du cuirassement des bâtiments modernes post-dreadnought, ils sont traversés par notre obus de 54 cm aux portées de 14000 mètres.
- Artillerie secondaire. — Tout ce qui précède a trait à la grosse artillerie ou artillerie principale des bâtiments destinée à atteindre à travers le blindage les œuvres vives des cuirassés de combat.
- L’artillerie secondaire qui doit agir sur les superstructures légères, sur les bâtiments faiblement cuirassés, éclaireurs, destroyers, torpilleurs, submersibles, emploie au contraire un obus dont le pouvoir perforant est résolument sacrifié à la capacité en explosif. La minceur des parois n’a d’autres limites que la sécurité au tir. On ne saurait d’ailleurs être trop prudent, car l’éclatement d’un obus dans l’âme d’un canon en provoque la destruction immédiate, le plus souvent accompagnée d’accident dans le personnel. Du Verseau.
- NOS GLORIEUX ESTROPIÉS ET LE TRAVAIL
- Les graves préoccupations de l’heure présente ne nous font pas oublier la dette que la nation a contractée envers ses défenseurs. Des hommes politiques éminents, des sociologues avertis, ont créé un mouvement de sympathie en faveur des victimes de la guerre et cherche par quels moyens il serait possible de leur apporter l’aide matérielle et morale à laquelle toutes ces victimes ont droit.
- La France entière a répondu comme il convenait à cet appel et tous nos glorieux mutilés peuvent être assurés, dès maintenant, que leurs blessures n’en feront pas des parias rentés de la société.
- Les pouvoirs publics eux-mêmes ont compris qu’ils ne sauraient se libérer avec une pension de retraite. L’infirme doit être soustrait à l’oisiveté par le travail telle est la formule à laquelle se sont arrêtées les œuvres naissantes et que l’État accepte de patronner. Mais nous sommes mal préparés, en France, à cette manière de concevoir la solidarité sociale. Quelques institutions privées, seules, ont eu à étudier ce problème pour venir en aide aux infirmes-nés et, dans certains cas, aux
- 1. On trouve pour la première lois ces canons de 34 centimètres au nombre de 40 à bord des cuirassés Bretagne, Provence, Lorraine, qui entrent actuellement en service.
- accidentés dû travail^. Nous devons «pendant nous inspirer de ce qu’elles ont fait en élargissant, toutefois, le cadre de leurs organisations.
- Il ne convient pas, non plus, de calquer ces œuvres, quelque supérieurement organisées qu’elles soient, caries mutilés de la guerre sont des hommes sains et vigoureux ayant totis exercé une profession en rapport avec leurs goûts. Ce ne sont pas des infirmes de naissance, des rachitiques que l’on adapte à la longue, dès l’enfance, à un travail imposé par une malformation spéciale; ils ont contracté des habitudes qu’ils reprendront après leur retour au foyer et, dans la plupart des cas, ils devront subvenir aux besoins de leurs familles, la pension de relraite qui leur sera allouée ne devant jamais constituer une prime à l’oisiveté. L’amputé doit demeurer convaincu que l’État ne fait que l’aider en lui apportant le surplus de ce qu’il peut encore gagner par son travail.
- Ces idées générales, admises par les promoteurs de l’œuvre d’assistance aux amputés, demandent Une solution urgente.
- Cette solution est hérissée de difficultés, car ies œuvres doivent s’adresser à la fois à l’amputé valide, osi rons-nous dire, à celui qui peut encore, dans certaines conditions, se livrer à un travail
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- rémunérateur et au blessé à jamais meurtri, à la loque humaine, pour lui apporter quelque soulagement moral et ne pas lui laisser trop regretter de
- Ceinture de tai/Ie représente une -partie, c/upoint d'appui.
- Articulation. Butée dite- A
- point d’appui j
- Courroies
- 7/7 en cum.
- f- .Ressort de rappel
- en cuir
- Tuteur en ùo/s-
- Fig. i. — La jambe d'attente Mayet-Gnillot pouvant être construite en quelques jours permettra à l'amputé d'attendre l’appareil dèfinitij.
- n’avoir pas été tué sur le champ de bataille. L’association Valentin Ilaüy s’est d’ailleurs généreusement mise à la disposition de l’œuvre de secours aux victimes de la guerre pour recueillir les aveugles.
- Pour l’amputé valide, des écoles-ateliers sont en voie de création. Ces écoles s’adressent aux hommes appartenant à la classe ouvrière et au travailleur des champs. La rééducation, ou plutôt l’apprentissage d’un nouveau métier, se fera facilement pour les premiers, mais les autres envisageront avec moins d’enthousiasme l’idée de devenir des ouvriers attachés définitivement à une usine. Beaucoup d’entre eux préféreront, sans aucun doute, une situation administrative médiocre, en rapport avec leurs capacités de travail, à la vie d’atelier. D’autres se dirigeront vers le petit commerce dans lequel ils seraient aidés par leur famille. De sorte que le travail manuel n’en retiendra qu’un pelit nombre. C’est à ceux-ci qu’il est nécessaire d’apprendre un métier les éloignant de l’usine où ils souffriraient de produire moins tout en se livrant à un effort égal ou même supérieur.
- Un petit nombre deviendront fatalement les rouages de l’école-atelier parce que la nature de leurs mutilations ne leur permettra pas une vie indépendante. À ceux-là nous devons toute notre sollicitude. Éloignons l’établissement de la cité industrielle où les infirmes retrouveraient toutes les tentations qui assaillent l’ouvrier à la sortie de l’usine; transportons-le en pleine campagne dans des endroits convenablement choisis pour que le mutilé y achève son rétablissement physiologique et considère sa nouvelle demeure comme une villégiature, un lieu de repos.
- Dans tous les cas le travail offert aux mutilés ne doit pas être présenté comme un travail forcé; nous devons savoir le faire accepter avec joie, avec reconnaissance et on ne parviendra à ce résultat qu’en usant de démonstrations persuasives, bienveillantes, en laissant à chacun le libre choix de la profession qu’il peut exercer.
- La prothèse. — Actuellement, l’amputé est encore à la maison de santé, à l’hôpital; il attend, avant toute chose, le retour à son foyer. Pour beaucoup d’entre eux, surtout pour les amputés des membres inférieurs, ce retour va faire apparaître la déchéance physique dans toute sa laideur. Nous devons donc, dès maintenant, pourvoir à l’atténuation de l’infirmité par le port de membres artificiels.
- Si la question sociale est complexe, celle d’ordre mécanique paraît plus simple à résoudre parce que, avec un bon appareil, l’amputé pourra marcher et vaquer aussitôt à diverses occupations. Comment se présente le bon appareil?
- L’appareil idéal reste encore à créer. Il faut bien avouer, en effet, que le fabricant français est un empirique de premier ordre.
- L’Américain fait mieux, entendons-nous dire de toutes parts, parce que aux États-Unis les mutilés de l’industrie sont extrêmement nombreux. Il y a peut-être du vrai dans cette affirmation.
- Il convient cependant d’observer que dans le cas de désarticulation de la cuisse, par exemple, aucun appareil n’est capable de se prêter à une marche à peu près normale : le blessé ne peut faire avancer son appareil que
- I )
- Fig. 2. — Jambe de de Beaufort appliquée au cas de l'amputation au-dessous du genou. L’amputé s’appuie sur le genou.
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- NOS GLORIEUX ESTROPIÉS ET LE TRAVAIL ===== 55
- par un mouvement pénible de la hanche et dans ce cas, l’usage de la béquille s’impose. Le moignon trop court de la cuisse ne permet pas non plus 1 usage rationnel d’une jambe artificielle; cependant nous avons vu un amputé pourvu de l’appareil imaginé récemment par le professeur Pierre Delbet, et dont le moignon n’a que 16 cm de longueur, marcher sans aucune gêne et sans être obligé de jeter la jamhe de côté (marche en fauchant) ainsi que doivent le faire tous les amputés pourvus d’une jambe ordinaire.
- La marche est facilitée lorsque l’amputation a pu être faite au tiers inférieur de la cuisse, car l’articulation de la hanche ayant conservé toute sa liberté le moignon sert de levier pour porter la jambe en avant et lui faire exécuter une marche qui serait normale avec un appareil convenablement étudié.
- Quant aux amputations de la jambe, surtout lorsque le moignon est long, elles peuvent pour ainsi dire passer inaperçues à la suite d’une bonne rééducation, le blessé s’efforçant, non d’adapter la jambe artificielle à sa marche antérieure, mais étudiant, au contraire, une nouvelle marche inspirée par les mouvements possibles de son
- appareil auxquels la jambe saine doit apporter son concours. Il faut rééduquer la jambe saine.
- Le pilon, a-t-on dit, ne peut être conseillé à cause de sa laideur. Nous son mt s tout à fait de cel avis, mais il possède sur les jambes artificielles, l’avantage d'une grande légireté et d’un maniement facile. L’amputé pourvu du pilon peut aller et venir, courir même^ monter des escaliers sans se préoccuper de sa jambe — à la condition d’avoir un moignon long — tandis que la marche avec un appareil sera toujours attentive, exempte de réflexes.
- L’appareil le plus simple, après le pilon, est la jambe de de Beaufort qui a été perfectionnée de diverses manières, mais se présente toujours sous la même forme. On peut même dire qu’il est le seul appareil prothétique des membres inférieurs que construisent couramment nos fabricants.
- Le pied, en bois, articulé à l’avant, par un
- ressort, est surmonté de deux tiges de bois articulées de chaque côté (cheville) et supportant une gaine généralement en cuir rappelant la forme du mollet; à l’intérieur de
- cette gaine est dissimulé un ressort permettant le rappel du pied dont l’avant se soulève pendant la marche.
- __Bouton
- . d appui
- Lev/er.
- Guide r- du verrou
- Fig. 4. — Verrou Fig. 5. — Verrou
- ordinaire fermé. facultatif fermé.
- Lorsque l’articulation du genou a été conservée, dans les cas d’amputation de la jambe avec moignon long, la molletière se serre sur le moignon à l’aide de courroies et elle est surmontée d’un cuissard également serré par des courroies ou un lacet qui maintient parfaitement l’appareil. Les deux portions des tiges de soutien, en métal dans les appareils perfectionnés, sont articulées librement de sorte que la jambe peut effectuer tous les mouvements naturels : la marche, rééduquée, devient normale et l’infirmité disparaît. Les amputés de cette catégorie peuvent se permettre à peu près toutes les fonctions de la marche normale : ils feront aussi bien de la bicyclette que de l'automobilisme, après rééducation nécessairement, monteront des escaliers, sans le secours d’une canne et sans la moindre difficulté.
- Le même appareil utilisé dans les cas d’amputation de la cuisse est modifié en ce sens que l’articulation du genou cesse d’être libre. Les montants de la jambe et de la cuisse sont reliés par un verrou ordinaire (fig. A) ou un verrou facultatif (fig. 5). Dans le premier cas, le verrou est engagé constamment dans son logement et la jambe,
- Fig. 3. — Une jambe américaine. Le pied est
- articulé sur un écrou solidaire de la jambe et du pied par deux autr. s écrous BB. La gaine de la jambe contient le mécanisme qui la jette en avant.
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- rigide, oblige à la marche en fauchant. Quand l’amputé veut s’asseoir, il tire sur le levier du verrou pour dégager celui-ci et la jambe se plie. Lorsqu’il veut se relever, le verrou retombe de lui-même dans son encoche. Le verrou facultatif permet l’articulation de la jambe pendant la marche. Mais cet appareil n’est à conseiller qu’aux amputés capables d’une attention soutenue. Des ressorts intérieurs, quelquefois deux simples lanières en tissu caoutchouté passées sur l’articulation du genou et reliant la jambe à la cuisse, ramènent la jambe en avant dès que le pied cesse de reposer sur le sol. Le verrou étant facultatif peut être enclanché à tout instant et rendre la jambe rigide; il suffit, pour cela, d’appuyer sur un bouton fixé au-dessus du levier du verrou pour obliger celui-ci à prendre place dans son logement, dans le cas d’un moignon court et de désarticulation de la cuisse, et remplissant seulement les fonctions de soutien, plus étroite, par conséquent, lorsque le moignon est long.
- Quelle que soit la longueur du moignon de la cuisse, l’appareil prend toujours un point d’appui abdominal à l’aide d’une ceinture très large.
- La jambe artificielle de M. le professeur Pierre Delbet intervient, dans ces cas, d’une manière beaucoup plus intéressante que les précédentes. Son fonctionnement repose sur la déformabilité du parallélogramme.
- Le pied (fig. 6) est pourvu de deux tiges verticales articulées en A et B, reliées par un étrier sur lequel elles s’articulent également en D et C. Une monture H se termine par un point d’appui dans lequel s’engage le moignon. Lorsque le corps est porté en avant, le pied restant en place, le parallélogramme se déforme : le point E, porté en E', s’est
- éloigné de B : le ressort B s’allonge. En soulevant le pied, l’amputé libère le ressort qui n’a plus de point de retenue sur le sol et ce ressort se détendant ramène vivement le pied vers l’avant. L’amplitude de ce mouvement est arrêtée par la tige T solidaire de la lige B qui arrête l’étrier E D C. A ce moment, le ressort R est complètement détendu (position A B E" D" C"); il se tend de nouveau dès que le corps, porté en avant, esquisse un nouveau pas.
- Pratiquement, le professeur Delbet utilise trois ressorts agissant l’un à la suite de l’autre. Le second, entre en fonction dès que le premier atteint une certaine tension ; il est arrêté par le troisième qui intervient à la fin du mouvement, c’est-à-dire à l’instant précis où le pied doit quitter le sol pour être projeté en avant.
- Le jeune soldat qui porte cet appareil depuis une quinzaine de jours seulement marche facilement et parvient même à exécuter certains mouvements que la pratique et la mise au point de l’appareil ne feront qu’accentuer. Avec l’articulation du genou, facile à réaliser, et l’habillage normal dé l’appareil, on arrivera certainement à un résultat beaucoup supérieur à celui que donne la jambe de de Beaufort ; l’énergie cinétique du corps en mouvement étant partiellement utilisée pendant la juarche, l’amputé n’est plus réduit à traîner purement et simplement l’appareil : celui-ci l’aide à progresser.
- Les fabricants américains se sont empressés de faire leurs offres de service à nos amputés; nous avons pu rencontrer un de leurs représentants, M. Clarke, amputé lui-même de la jambe avec moignon long. Il a bien voulu nous donner quelques renseignements sur les appareils construits aux États-Unis.
- Us sont construits entièrement en bois, sans gaines de cuir et sans tiges de soutien, par conséquent. Le
- fesseur Delbet. Les traits pointillés indiquent les positions extrêmes de la jambe. (iConstruction Collin.)
- Fig. 7.
- Bras artificiel pour les cas d’amputation de l’avant-bras (construction Collin). Le pouce et l’index sont articulés et la main peut prendre diverses positions en lui imprimant un mouvement de rotation sur la base de l’appareil. Deux cordelettes rattachées à la
- monture du bras permettent d’ouvrir les deux doigts en étendant l’articulation du coude. Les doigts se rejoignent ensuite sous l’action de ressorts et peuvent saisir des objets. Un logement, pratiqué dans l’intérieur de la main, permet d’y fixer un crochet, u ne fourchette, etc.
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- Lois auquel on donne extérieurement la forme de la jambe est ensuite creusé, non d'après un moulage sur le moignon, mais d’après le moignon lui-même que l’on recouvre de craie afin de marquer les points d’appui.
- Ce procédé n’est praticable qu’après guérison complète du moignon, lequel se modifie toujours quelque peu pendant les quelques mois qui suivent la guérison. C’est d’ailleurs pour celte raison que nos fabricants garnissent l’intérieur des cuissards et des jambières, l’épaisseur de cette garniture pouvant être diminuée ou augmentée selon les besoins.
- L’articulation du pied « américain » a fait l’objet de recherches spéciales. Notre figure 3 en donne une idée assez exacte; elle est constituée par un boulon en acier creux attaché au
- pied et à la . - *
- jambe par les boulons B B.
- A l’arrière se trouve un solide tendon D qui limite le mouvement en avant de la jambe; un second tendon E est attaché à un ressort dissimulé dans la jambe. Un morceau de caoutchouc limite le mou-vement en arrière de la jambe! L’écrou B fixe le pied à l’écrou central et celui-ci oscille :v
- sur un coussinet en cuir. D’autre part il a paru intéressant de supprimer la rigidité du pied dans le sens latéral, pour les cas de marche sur un sol incliné' ou accidentellement sur un caillou par exemple. Le joint précédent repose alors sur une sorte de rotule dont les mouvements sont limités par des masses de caoutchouc.
- La même figure montre en coupe - la jambe américaine avec genou articulé. Lés tendons D E appartenant au pied et le tendon 0 rattaché à la jambe, sont tous solidaires d’une tige J fixée à la hauteur du genou; la pièce métallique II se tèrmine par un galet qui appuie sur J. Pendant les mouvements de flexion ce galet parcourt la lige J et les divers tendons remplissent mécaniquement les fonctions physiologiques de ceux dont ils tiennent la place. La jambe est toujours ramenée
- Fig. S. -travailler
- en avant par le ressort E qui entretient egalement la souplesse du pied.
- Quel que soit l’appareil, la rééducation de la marche s’impose en s’aidant de la jambe saine. Quand l’amputation intéresse seulement la jambe, tous les mouvements naturels peuvent être exécutés à peu de chose près, et sans le soutien d’une canne, après une étude sérieuse exigeant beaucoup de volonté de la part de l’amputé. Mais dans l’amputation de la cuisse, la marche seule est permise, souvent sans l’aide d’une canne, avec les appareils ordinaires comme avec le simple pilon qui peut être également articulé. Mais l’amputé gravira toujours très difficilement un chemin en pente, et surtout un escalier; dans ces cas l’infirmité apparaît fatale-
- Mi.
- T»
- ment. Certains amputés sont devenus de vrais acrobates ; il ne faut pas s’imaginer que tous seront aussi bien doués et pour les ouvriers, pour les pay-sins, il faudra savoir se contenter d’appareils robustes.
- L’un de nos fabricants les plus réputés, M. Guillot, émetjudicieu-sement l’avis que chaque amputé doit recevoir deux appareils. Le
- premier, très simple, pouvant être livré très rapidement, libérerait le malade aussitôt après la guérison et interviendrait comme appareil de secours lorsque l’appareil définitif devrait supporter une réparation. Ce dernier pourrait bénéficier d’une fabrication très soignée.
- En somme, la marche est limitée aux chemins fort peu accidentés si l’on ne veut pas imposer une fatigue excessive aux mutilés et ce n’est que dans les cas d’amputation de la jambe avec moignon long qu’ils pourront faire disparaître leur infirmité et exercer des professions nécessitant l’usage des deux jambes.
- Ne cherchons pas à leur permettre de faire du cheval, du footing, de danser; ne poursuivons qu’un seul but : faire disparaître leur infirmité en mettant à leur disposition des appa-
- Fig. 8. Fig. g.
- Un amputé pourvu de la jambe du professeur Delbet peut à la bêche:— Fig. g. —L’amputé se tient debout sur la jambe artificielle.
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- reils avec lesquels ils pourront marcher sans fatigue et sans trop laisser apercevoir leur mutilation. Nous dirons peu de chose de la prothèse des
- Fig. io. — Un amputé dû .bras, droit découpant des peaux.
- membres supérieurs. Les bras artificiels ne son! que des appareils esthétiques avec lesquels, sauf dé rares exceptions, il est impossible d’effectuer des mouvements utiles.
- La fabrication de ces appareils est identique à celle des jambes artificielles; ils se terminent tous par une main en bois dont le pouce, articulé, est sollicité par un ressort qui l’oblige à appuyer sur l’extrémité de l’index et du majeur pour maintenir de petits objets.
- Dans les appareils très soignés, tous les doigts sont articulés. La main n’est jamais fixée à demeure à l’extrémité du bras; elle se visse et se dévisse à volonté pour être remplacée par un crochet ou par un anneau, seuls appareils mis à la disposition de l’amputé pour lui permettre de s’aider dans certains travaux.
- Le moignon de l’avant-bras est muni d’une gaine en cuir moulé terminée par une main en bois, dont le pouce, mobile, peut s’opposer aux quatre autres doigts. Le pouce est creux et contient un ressort dont la tonicité le maintient au contact de l’extrémité de l’index et un fil qui, remontant le long de l’avant-bras et du bras, passe devant le thorax et s’attache sur le moignon du bras gauche, amputé près de l’épaule. Pour écarter le pouce de l’index, le mutilé soulève son moignon gauche qui tire sur le fil, le pouce s’écarte et un objet peut être saisi puis maintenu par le ressort du pouce dès que cesse la traction sur le fil.
- La rééducation. — Ce n’est qu’exeeptionnelle-ment, lorsque l’amputé est servi par une forte volonté et une grande patience qu’il parvient à se servir adroitement de sa main artificielle. Le D1' Jeanbrau, de Montpellier, nous signale le cas d’un professeur de Y Asile des jeunes garçons infirmes et pauvres, rue Lecourbe, à Paris, qui écrit, dessine, fait sa toilette, mange, porte des objets, etc., bien qu’amputé de l’avant-hras droit et du bras gauche.
- Ce cas exceptionnel est un exemple de rééducation qu’il ne serait pas opportun de généraliser.
- La rééducation ne s’adresse qu’à certains mutilés, incapables, soit par leur manque d’instruction ou par la nature de leurs amputations, de rendre des services dans une administration ou un établissement quelconque ou encore de reprendre leur ancien métier.
- Une éducation nouvelle s’impose avec toutes les difficultés que comporte l’absence de un ou de deux membres supérieurs.
- Le succès dépendra du degré d’intelligence de chaque sujet et des appareils artificiels mis à leur disposition.
- Les quelques œuvres qui existent à l’étranger ne peuvent donner qu’une idée assez imparfaite de celles que l’on se propose de créer en France, car elles s’adressent généralement aux infirmes-nés, à
- Fig. ii. — Un bel exemple de rééducation professionnelle : un amputé des deux bras confectionnant une brosse.
- des enfants n’ayant jamais exercé aucune profession et qu’il s’agit d’éduquer. On trouve de ces instituts à Munich, à Stuttgard, à Hambourg. Au Danemark,
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- le pasteur Hans Knudsen fonda une œuvre à Copenhague en 1872, puis d’autres à Christiania, à Helsingfors, à Gothembourg et à Karskrona, qui comportent des ateliers pour les infirmes des deux sexes.
- À Pétrograd, la solution adoptée se rapproche davantage de celle que nous devons envisager, car le Gouvernement russe eut à s’occuper du placement et de la rééducation des amputés victimes de la guerre russo-japonaise.
- Le professeur Jeanbrau, qui a visité ces ateliers, a bien voulu nous communiquer quelques documents saisissants et particulièrement instructifs : un amputé des deux bras travaille à un tour construit spécialement pour lui d’après ses indications (fig. 42).
- La pédale du tour est actionnée avec la jambe gauche ; un levier qui plat e la gouge à la hauteur désirée est poussé par le genou; enfin la gouge est. guidée par un crochet adapté à un appareil terminant le moignon du bras gauche. Dans ces ateliers on fait beaucoup d’orthopédie et de prothèse.
- C’est encore au D1' Jeanbrau que nous devons quelques renseignements sur l’école de Charleroi, fondée en 1908. Cette école comprend plusieurs sections : celle des employés comptables, de dactylographie, sténographie et dessin et de travaux manuels ; celles des apprentis tailleurs, bourreliers-selliers, cordonniers et relieurs. Les ateliers sont ceux de reliure et de cartonnage, de brosserie, de fabrication des tapis d’alfa et de jonc et de vannerie.
- Le plus bel exemple de rééducation professionnelle que nous puissions citer est celui d’un ouvrier amputé des deux mains et qui confectionne des brosses, très habilement.
- Le moignon de l’avant-bras droit (fig. 11), se termine par un aimant qui peut prendre diverses positions sur un pivot ; l’ouvrier « saisit » les clous avec cet aimant, les met en place et les enfonce avec un marteau terminant le moignon de l’avant-bras gauche. L’établissement de Char-leroi est l’un des plus intéressants parmi tous ceux qui ont été créés jusqu’ici.
- En France, nous citerons seulement pour mé-
- moire l’association Valentin Haüy destinée aux aveugles.
- La fondation Marsoulan, fondée en 1899, comporte actuellement trois ateliers pour les infirmes et les mutilés : un à Montreuil et deux à Paris, rue Planchât et rue de l’Amiral-Mouchez.
- L’Association pour l’assistance aux mutilés pauvres, fondée en 1868 par le comte de Beaufort, fournit des appareils de prothèse ; mais en présence du grand nombre de victimes que laissera la guerre, elle s’organisera, sous la présidence d’honneur de M. le général Pau, en association de rééducation.
- Enfin il existe encore l’Œuvre-asile des jeunes garçons infirmes et pauvres fondée par les frères de Saint-Jean-de-Dieu en 1858.
- C’est dans cette école que s’est rééduqué l’amputé dont nous avons parlé précédemment.
- Ce serait, croyons-nous, commettre une grossière erreur que d’obliger le mutilé à se servir d’appareils-outils imaginés par des techniciens ou des contremaîtres même expérimentés.
- Le mutilé seul est capable de voir ce qui lui convient et de suppléer à l’absence d’un membre par un outil approprié.
- On devra donc commencer par rééduquer l’amputé en lui apprenant sa nouvelle profession comme s’il avait la libre disposition de ses deux mains. Ce n’est que lorsqu’il aura bien compris « son affaire », et après essais sans appareil, qu’il pourra dire lui-même comment l’outil dont il a besoin doit être conçu.
- On le laissera aller et venir dans l’atelier où travailleront déjà des ouvriers futurs contremaîtres ou même des amputés rééduqués, s’instruire par les yeux et étudier le métier qui lui plaît. Ce métier étant choisi, la question de l’appareil se résoudra d’elle-même.
- L’Assistance aux mutilés est une œuvre sociale pratique. Efforçons-nous de lui donner et de lui conserver ce caractère en éloignant de son enceinte certaines théories aussi néfastes à l’ouvrier qu’à la production nationale.
- Lucien Fournier.
- Fig. 12. — Tour utilisé dans une école-atelier de Pétrograd par un ancien combattant de Port-Arthur amputé des deux bras. Le levier C poussé avec le corps met le peigne H à la hauteur voulue ; le levier à vis D le fixe. Une tige, terminée par un" arc de cercle B, rapproche ou éloigne le peigne du tour. La pédale I, pourvue d’un levier a, permet de fixer ou de déplacer le chariot A. En O sont trois crochets qui remplacent la roue des tours usuels et que le mutilé actionne avec son moignon. Enfin le marchepied F s’arrête dans une position intermédiaire permettant le départ sans agir sur la courroie ou le volant.
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- D’OÙ LES BELLIGÉRANTS TIRENT-ILS LE CUIVRE?
- A l’assemblée générale des métallurgistes allemands, tenue il y a quelques mois à Dusseldorf, l’ingénieur Schroedter affirmait que les hordes du Kaiser « pouvaient soutenir une guerre de trente ans avant d’en arriver à fondre les toitures des églises et les monuments de bronze ». Mais, en dépit d’une telle assertion, la raréfaction du cuivre se fait de plus en plus sentir de l’autre côté du Rhin, car la fabrication des gargousses, des projectiles d’artillerie et des cartouches tirées par les millions de fusils en ligne, absorbe des quantités considérables de ce métal dont M. De Launay a noté ici même l’actuelle pénurie chez les Allemands (*). La récolte des objets en cuivre que font nos ennemis dans les pays qu’ils occupent momentanément ainsi que les subterfuges qu’ils tentent à grands frais chez les neutres pour compléter leurs approvisionnements prouvent l’embarras des Krupp et des Mau-ser. En attendant l’épuisement complet des stocks germaniques, rappelons rapidement d’où les belligérants tirent le cuivre nécessaire à leurs besoins.
- Et d’abord pour fixer nos idées, regardons le tableau suivant qui indique la production du cuivre dâris le monde en 1913 :
- États-Unis . . 557 300 t. Bolivie . . . 5 000 t.
- Mexique. 52 800 Japon. ... 65 000
- Canada . 34 500 Russie . . . 44 000
- Cuba .... 3 400 Allemagne. . 25 000
- Australie . . 45 300 Afrique . . . 20 000
- Pérou. . . . 25 700 Espagne et Portugal. 52 000
- Chili .... 40100 Autres pays . 30 000
- Soit environ un million de tonnes pour tout l'univers.
- . Les États-Unis, qui fournissent plus de la moitié de la production mondiale annuelle, possèdent de magnifiques mines près du Lac supérieur et de Copperopolis dans le comté de Calaveras (Californie) et des gisements moins considérables quoique encore importants dans les états d’Arizona et de Nevada. Indépendamment des minerais indigènes, on traite, dans les usines américaines de fusion (Wasboe, Arizona Copper C°, Miami, etc.) des minerais canadiens, mexicains, chiliens et péruviens.
- En résumé, avant la guerre, il sortait des fonderies installées soit aux États-Unis, soit au Canada (Colombie britannique),..soit au Mexique, 680000 tonnes de cuivre dont 645 000 provenaient des trois pays ci-dessus énumérés; 26000 de l’Amérique centrale ou du sud et 9000 de vieux cuivre. L’Amérique du Nord exporta seulement 17000 tonnes de cuivre brut en 1913 alors qu’elle affinait le restant (663 000 tonnes) dans ses usines de l’est, qui recevaient, en outre, 78 000 tonnes de cuivre brut étranger. Les raffineries américaines traitaient donc les trois quarts du cuivre produit dans le monde et, sur ces 742 000 tonnes, elles en exportaient à peine la moitié. Tandis que les États-Unis ont envoyé les
- quantités suivantes de cuivre en Europe, dans les premiers trimestres 1914 et 1915.
- Janvier à Mars.
- PAYS 1914 1915
- France 21 946 t. 28 913 t.
- Angleterre. . . . 20 180 22124
- Allemagne . . . 40 744 ?
- Hollande .... 19 957 212
- Belgique .... 1 554 v
- Autriche .... 6 079 »
- Italie 5127 14 119
- Pays Scandinaves. 7 5 785
- D’après les chiffres précédents, il y eut, durant le premier trimestre de 1915, une diminution d’environ 40000 tonnes, ce qui représente approximativement le total des exportations, en Allemagne, pendant la période correspondante de 1914. En outre, les pays Scandinaves qui n’importaient guère directement des États-Unis y ont acheté près de 6000 tonnes cette année et l’Italie, de son côté, a presque triplé ses achats en Amérique.
- Quoique l’Allemagne ait quelques mines (Ram-melsberg près Goslar (Hanovre), Mansfeld (Thu-ringe), etc. ) elle produit à peu près autant de cuivre en une année que les États-Unis en un mois. Les gisements cuprifères, que son alliée P Autriche-Hongrie possède dans la Transylvanie ne lui apporteront qu’un inappréciable concours.
- Par contre, la Russie pourra tirer de l’Oural et du Caucase des milliers de pounds de cuivre que les usines Demidof et Bogolovski (gouvernement de Perm) se chargeront de traiter. Sans compter les établissements métallurgiques d’Elizabethpol où la maison Siemens et Halske, de Berlin, préparait le cuivre par les méthodes électrdytiques et que le gouvernement du czar a sans doute mis sous séquestre depuis le début des hostilités.
- 11 est difficile d’avoir des renseignements précis sur la Chine. En revanche, on trouve en Espagne à Rio-Tinto, province de Huelva, un célèbre et important gisement de pyrite de fer mélangée de pyrite cuivreuse, qui s’expédie surtout en Angleterre. Celte région métallifère se prolonge en Portugal où l’on exploite à San-Domingos, Aljustrel et Grandola, des amas pyriteux-s’étendant sur 110 km de longueur.
- La Grande-Bretagne tirera encore des belles mines de cuivre du Queensland, de la Nouvelle-Galles, de Victoria et surtout de l’Australie du Sud (Wallaroo, Moonta, Burra-Burra et North-Yelta) d’importantes quantités de cuivre afin d’alimenter ses fabriques de munitions. Quant à la France, elle doit compter presque uniquement sur ses importations des États-Unis, car ses modestes gisements de cuivre de Chessy et Saint-Bel (Rhône), d’Aïn-Barbar au nord-ouest de Bône et de Balade (Nouvelle-Calédonie) ne sauraient entrer en ligne de compte. Mais que les soldats de la Liberté se tranquillisent, les gouvernements alliés ont passé des marchés assez considérables avec les mines américaines pour que le cuivre
- 1. Voy. La Nature, n° 2154 du 9 janvier 1915.
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- D'OU LES BELLIGÉRANTS TIRENT-ILS LE CUIVRE : 6l
- ne manque à aucune des usines chargées de les vols commis dans nos départements du nord et en approvisionner de projectiles. Il n’en va pas de Belgique ou des importations clandestines puissent
- Fig. 2. — Vue générale des usines de Washoe (Montana).
- même en Europe centrale. Malgré le bluff de leurs métallurgistes, l’Allemagne et. l’Autriche ne possèdent pas des stocks assez importants pour que les
- suppléer à la raréfaction du cuivre qui, chez eux, ira sans cesse en croissant jusqu’à la fin de la guerre. Jacques Boyer.
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- LA SALURE DES MERS
- et la répartition géographique des êtres vivants.
- Un des facteurs qui influent le plus sur la distribution géographique des êtres vivants aquatiques est certainement la composition chimique de l’eau dans laquelle ils vivent. C’est ainsi que, si, dans sa généralité, la faune des eaux douces diffère, du tout au tout, de celle des eaux marines, cela provient surtout de la présence dans ces dernières de divers sels et, particulièrement, du chlorure de sodium. La proportion moyenne des sels est de 3,5 pour 100, mais elle varie sensiblement d’un point à un autre du globe. Par exemple, dans la région des vents alizés, la salure (totale), par suite de l’évaporation, augmente jusqu’à 3,76 pour 100 et atteint 4 pour !00; dans la Méditerranée et 4,3 pour 100 dans la mer Rouge, par suite de l’insuffisance de l’arrivée de l’eau douce des rivières. La salure totale diminue, au contraire, lorsque les mers sont froides et reçoivent des fleuves importants : le meilleur exemple est celui de la Baltique, où la salure diminue progressivement de l’ouest vers l’est : elle n’est plus que de 1,17 pour 100 dans le Grand Belt, de 0,92 dans le Sund, de 0,35 pour 100 dans le golfe de Finlande. La proportion relative des sels entre eux étant à peu près constante, le chlorure de sodium suit les mêmes variations que la salure totale et c’est lui, en résumé, qui est le deus ex machinâ du rôle biologique de l’eau de mer (*). Qu’on plonge une écrevisse ou un goujon dans de l’eau de mer naturelle ou dans de l’eau douce additionnée seulement de sel marin, ils meurent tout aussi bien et dans le même temps. Inversement, si l’on met dans l’eau douce un animal essentiellement marin comme le merlan ou une méduse, il ne tarde pas à passer de vie à trépas.
- La cause de ces décès subits a élé autrefois attribuée à la toxicité chimique du chlorure de sodium. On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. Le sel marin agit surtout par sa puissance osmotique, Lorsqu’un animal d’eau douce esf brusquement plongé dans l’eau de mer, celle-ci « attire » en quelque sorte ses liquides intérieurs et le « dessèche » (une grenouille perd ainsi le 1/5 de son poids), surtout aux endroits où la peau est mince et où les organes sont délicats, comme c’est le cas des branchies : celles-ci se recroquevillent, deviennent impropres à jouer leur rôle, d’où mort rapide par asphyxie.
- 1, Voici la proportion des sels de l’eau de mer (sans parler des nombreuses autres substances qui y existent à des doses
- infinitésimales) :
- Chlorure de sodium............... 77,758
- — de magnésium.................10,878
- Sulfate de magnésium.............. 4,737
- — de calcium................. 5,600
- — de potassium............... 2,465
- Carbonate de calcium.............. 0,545
- Bromure de magnésium.............. 0,217
- Les sels de calcium sont les plus variables et il est à noter que, dans les eaux salées, le carbonate de calcium est beaucoup moins abondant que le sulfate, tandis que, dans les eaux douces, c’est l’inverse.
- De même, lorsque l’on plonge dans de l’eau douce un animal marin, c’est-à-dire saturé de sel, il se gonfle rapidement, du moins en certains points de son corps — les branchies notamment — et devient incapable de vivre.
- Il y a cependant, suivant les espèces, des degrés dans cette influence nocive du chlorure de sodium. On peut à cet égard distinguer, sous le nom de tiénohaliens, les organismes qui sont liés à une salure fixe et euryhaliens, ceux qui supportent de grandes variations dans la salure. IJauî Bert, à ce dernier point de vue, a fait une expérience intéressante, qui, malheureusement, n’a pas été renouvelée depuis et précisée. Il a mis dans des bacs des animaux marins et a augmenté peu à peu la salure du milieu. Il a ainsi reconnu que les animaux meurent dans l’ordre suivant :
- Les Crabes quand le sel est augmenté de 17 p. , 100
- Les Syngnathes — 17 —
- Les Mugils 20 —
- Les Bernards-l’Erimte — 20 —
- Les Plies, — 27 —
- Les Gobies — 30 .—
- Les Spinanchies 32 —
- Les Carrelets — 32 —
- Les Vieilles de mer — 40 —
- L’expérience avait duré vingt-quatre jours
- D’autre part, sans faire d’élevages, il est facile de voir que les espèces s’adaptent plus ou moins à la sous-salure. Au bord de la mer, il n’est pas rare de voir les Crabes vivre aussi bien dans les eaux saumâtres que dans l’eau de mer, parfois même gagner les eaux douces et mener dans certains étangs une existence calme, mais normale. De même, les poissons plats se pêchent très souvent dans les rivières : on a pris des Limandes à Nevers, dans la Loire et même dans l’Ailier, près de Clermont-Ferrand* c’est-à-dire à 450 km de toute eau salée, Parmi les autres animaux marins susceptibles de se rencontrer parfois dans l’eau douce, on peut encore citer les Balanes, les Patelles, la Pourpre, la Coque, la Moule. Par contre, on perdrait son temps et sa jeunesse à chercher dans les rivières, même à leur embouchure, l’Haliotide, le Grand Buccin, la Telline, les Palourdes, etc.
- Au cours de la vie d’un animal, d’autre part, il survient dans son organisme des modifications qui lui permettent d’être plus ou moins résistant. C’est ainsi que les Saumons peuvent quitter les eaux marines pour aller pondre dans les eaux douces et les Anguilles quitter ces dernières pour aller dé-
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- LES BOIS POUR FUSILS
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- verser leurs œufs dans la mer. Les Anguilles sont d’ailleurs renommées pour avoir la « vie dure », mais cela, semble-t-il, ne serait pas suffisant pour les protéger, orsqu’elles vont aux bains de mer, contre le pouvoir osmotique du chlorure de sodium, si elles ne, possédaient divers moyens de défense, qui sont d’ailleurs mal connus mais dont l’exemple suivant, rapporté par M. Paul Regnard, est bien amusant : « Quand Paul Bert faisait ses recherches à propos de l’action de l’eau de mer sur les Anguilles, il remarqua que certaines de celles-ci mouraient pendant que d’autres résistaient. Très perplexe, il chercha la raison de cette différence et s’aperçut que toutes celles qu’il mettait dans de l’eau de mer survivaient pendant que toutes celles que prenait le garçon de laboratoire mouraient. La cause en était un détail opératoire : Paul Hert saisissait les Anguilles avec une épuisette et les déposait dans le bac d’eau salée. Le garçon essayait de les prendre à la main, puis, pour mieux les tenir, il les mettait dans un torchon, luttait avec elles, essuyait ainsi tout le mucus qui recouvre leurs corps et les désarmait vis-à-vis de l’action osmotique du sel. »
- Les poissons, en passant de l’eau salée dans l’eau douce ou réciproquement, s’adaptent, d’ailleurs, peu à peu, à leur nouveau milieu en passant par les estuaires où la salure est intermédiaire. Expérimentalement, on peut reproduire le même fait en diminuant ou en augmentant la salure : le tout est d’aller lentement et progressivement. On peut, par exemple, habituer des poissons rouges à vivre dans
- ACADÉMIE
- Séance du 2
- Sur les mousses trouvées dans Vestomac d’un mammouth. — M. Fernand Camus a étudié le contenu de l’estomac d’un mammouth découvert aux îles Liakhov et offert au Muséum d’histoire naturelle. Par suite de son remarquable état de conservation, if a pu. y reconnaître trois espèces de mousses qui font encore-partie de la flore actuelle de la Sibérie et sont répandues dans la zone arctique des trois hémisphères. On peut conclure de leur présence que le climat était, à l’époque du mammouth, très froid et analogue, dans ces régions, à celui de l’époque actuelle. Comment ces mousses sont-elles arrivées dans l’estomac du mammouthï Leur valeur nutritive étant très minime, elles sont dédaignées de
- de l’eau salée, ce qui explique qu’on a pu en trouver jusque dans la Baltique et dans la Caspienne. Ces adaptations peuvent se faire avec le même individu, ou, mieux encore, avec ses descendants : c’est un fait presque général que la progéniture d’un être résiste mieux au nouveau milieu que ses parents. Ainsi, en salant progressivement une eau douce contenant des Daphnies, ces petits crustacés finissent par mourir; mais, si l’on attend quelques jours, les œufs issus de ces derniers éclosent et les jeunes vivent comme si de rien n’était.
- Ce que je viens de dire des animaux peut s’appliquer au monde végétal. S’il y a, comme les Zostères et la plupart des Algues rouges, des espèces qui, pour rien au monde, ne sauraient quitter l’onde amère, il en est d’autres, par contre, qui témoignent, à l’égard de la salure, d’une large tolérance. Le fait est déjà manifeste avec quelques Algues bleues, mais il l’est encore plus avec les Diatomées, dont un grand nombre d’espèces se trouvent aussi bien dans l’eau douce que dans l’eau de mer.
- Quant aux Bactéries, malgré que leur corps soit, en apparence, aussi peu protégé que possible, elles témoignent d’une très grande adaptation à la salure ; c’est ainsi que les Bactéries marines, comme je l’ai montré dernièrement, peuvent vivre aussi bien dans de l’eau ne contenant que 0,2 de chlorure de sodium pour d00, que dans de l’eau en renfermant jusqu’à 16 pour 100, soit plus de six fois la proportion du sel dans l’Océan Atlantique.
- Henri Coupin.
- SCIENCES
- 8 juin 1915.
- presque tous les animaux. M. Camus suppose qu’elles n’ont pas été mangées à dessein, mais entraînées dans l’estomac avec d’autres substances végétales, qui sont indiscernables. • s
- Commission des poids et mesures. — M. Violle lit, au-nom-de -cette Commission, .un rapport relatif au règlement d’administration publique pour l’application de la loi sur les unités de mesure, rapport auquel est annexé un tableau général des unités commerciales et industrielles, avec leurs préfixes et symboles. Il rappelle, en même temps, l’importance du système C. G. S. auquel est consacrée une colonne qui, tout le long du tableau, court parallèlement à la colonne M. T. S.
- LES BOIS POUR FUSILS
- Les crosses de fusils ou de revolvers doivent se fabriquer avec des bois solides, d’une texture serrée, aussi légers que possible et peu sujets à se fendre, à cause des encastrements qu’il faut y pratiquer pour loger les différentes pièces du mécanisme. Parmi les arbres européens, le Noyer répond
- le mieux aux desiderata de l’armurerie. Aussi nos manufactures de Saint-Etienne, de Tulle et de Chàtellerault l’employaient exclusivement jusqu’ici. De leur côté, les Allemands en avaiL fait un accaparement formidable avant la guerre. Rien que les hangars de l’usine Mauser à Oberndorf, abritaient
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- continuellement quelque 100 000 troncs de ces utiles Juglandées afin d’avoir des blocs toujours secs ; on en comptait autant en traitement dans les séchoirs de la célèbre fabrique wurtembergeoise tandis que 30 ou 40 000 autres étaient prêts à passer entre les mains des ouvriers. En conséquence, la hausse de prix sur cette essence provoqua des abatages continus si bien qu’il ne restait plus, l’an dernier, que 6 274500 noyers sur pied, dans toute la France.
- Depuis lors, les hordes germaniques en détruisirent encore et les milieux compétents s’inquiètent de trouver des bois coloniaux ou étrangers capables de faire les crosses de nos Lebels.
- On pourrait, à la rigueur, s’adresser à d’autres essences françaises. La Russie n’utilise-t-elle pas le Bouleau pour les montures de ses fusils et plusieurs nations ne se servent-elles pas du Hêtre et du Châtaignier pour cet usage?
- Mais déjà la Cham. bre d’agriculture de la Nouvelle-Calédonie propose de nous expédier ses Acacias dont le bois brun sombre,compact, est recherché pour les travaux de tour les plus délicats et dont le prix sur place varie entre 80 et 100 fr.
- On songe aussi à mettre à profit la très riche flore du Brésil. Une quarantaine d’espèces d’arbres qui y croissent feraient, aux dires des spécialistes, d’excellentes crosses de fusils. En particulier, plusieurs Eugenias au cœur très dur ; des Jaca-randas, Bignoniacées à feuilles opposées et à belles fleurs bleues ou violettes; des Goyaviers (Psidium) qu’on cultive dans les contrées chaudes de l’Amérique à cause de leurs fruits sucrés ; deux ou trois Apuleias, appartenant au genre des Légumineuses-
- Caesalpinées, un Mimosa (Myrocarpus frondosus) dont l’écorce est résineuse et le Genipapo (Genipa Americana Linn.), excellent bois d’ébënisterie qui se travaille facilement à l’outil et dont le tissu compact reçoit très bien le vernis.
- Ces arbres poussent dans la plupart des régions brésiliennes, mais on rencontre les plus estimés d’entre eux, au point de vue ligneux, dans les états
- d’Amazonas, de Para, de Matto-Grosso, de Bahia, d’Espirito-Santo, de Rio de Janeiro, de Minas-Geraes, de Santa-Catha-rinaetdeParana, Néanmoins l’exportation de bois pour l’étranger est encore peu développée au Brésil, vu la pénurie des moyens de transport. Des scieries plus ou moins perfectionnées sont installées en pleine forêt, près d’un cours d’eau et on y débite les troncs qu'on dirige ensuite par voie fluviale ou ferrée jusqu’aux ports maritimes d’embarquement. Mais, dès qu’on connaîtra mieux en Europe la valeur de ces arbres, nul doute que nos chantiers de constructions navales, nos fabricants de meubles et nos manufactures d’armes ne les recherchent. Alors l'exploitation commerciale des riches forêts brésiliennes se développera normalement. Les Jacarandas ou les Genipapos arriveront sans peine en France. Patiemment emmagasinés et séchés à Tulle, Châ-tellerault et Saint-Étienne, ces blocs exotiques se laisseront scier, dégrossir, fraiser, forer et évider avec autant de facilité que le noyer. Les 50 et quelques manipulations nécessitées par l’achèvement de la monture des fusils (crosse et fûts) n’en seront pas plus difficiles.
- Jean de la Cerisaie.
- Chantier d'exploitation des bois pour fusils dans une forêt de l’État de Santa-Cal/iarina {Brésil).
- Le Gérant ; P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2183.
- 31 JUILLET 1915.
- FABRICATION DES OBUS
- Plus la guerre se prolonge, plus on s’aperçoit qu’elle se développe dans des conditions totalement différentes de ce que l’on pouvait prévoir au début des hostilités. En présence de l’énorme consommation de projectiles qui peut se faire en un seul jour sur un seul point du front, on est obligé de convenir que le nombre des unités combattantes n’intervient plus comme élément essentiel de la lutte; les canons sont devenus les rois de la bataille et la victoire est assurée à celui des deux adversaires
- Dès les premiers mois de la guerre, l’exode du front à l’usine a commencé et il s’est continué sans interruption jusqu’ici. Cette militarisation ne pouvait se faire en masse, car aucune de nos usines actuelles, sauf celles qui fonctionnaient en temps de paix, n’était préparée à la fabrication des projectiles. Il est devenu nécessaire de procéder d’abord à une organisation totale et complète de nos moyens de production en les augmentant sans arrêt, c’est-à-dire mobiliser l’usine avant d'y faire
- qui sera capable de dépenser le plus d’obus dans le plus court espace de temps.
- Le pivot des armées n’est plus sur le front, il est à l’usine. C’est vers elle, maintenant, que convergent tous les regards; c’est vers ces hautes cheminées fumantes que se tournent tous les espoirs; c’est l’ouvrier métallurgiste qui représente l’armée de grand choc. Aussi aucun des belligérants n’a-t-il hésité à distraire du champ de bataille le plus grand nombre possible d’ouvriers qui sont utilisés, les uns à la préparation des aciers, les autres à la fabrication des canons, à celle des obus et à celle des machines-outils. Toutes ces industries sont étroitement solidaires, et restreindre le personnel de l’une d’elles c’est compromettre la production des armements.
- 43* Année. — 2* Semestre.
- rentrer l’ouvrier. Toutes celles qui, de près ou de loin, se rattachaient à la métallurgie, comme les industries de l’automobile, par exemple, ont été invitées à se pourvoir du matériel nécessaire à la fabrication des obus. Ce fut alors une ruée vers les ateliers de presses, de machines-outils et en peu de temps tous les stocks de tours à percer, horizontaux ou verticaux, de presses à forger, de pilons, etc., se trouvèrent épuisés. L’étranger fournit le complément, mais beaucoup d’usines se sont mises elles-mêmes à fabriquer leurs outils, de sorte que dans la plupart des ateliers un certain nombre d’ouvriers travaillent à augmenter constamment la production; ce ne sont pas les moins utiles.
- Nous assistons actuellement à une course fréné-
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- 66 . --rr FABRICATION DES OBUS
- tique vers un but indéfini, sinon incertain, qui ne sera atteint que le jour où notre production sera supérieure à celle de nos ennemis. Or, on sait combien ils sont formidablement outillés. A l’usine Ivrupp, 110000 ouvriers, dit-on, travaillent nuit et jour à la fabrication des munitions de guerre et à
- LINGOT
- Fig. 2. — La presse àMemboutir. Le poinçon pénètre dans le lopin, sorte de lingot d’acier, et refoule le métal en donnant les dimensions intérieures a'l’obus.
- celle des canons. C’est contre cette organisation que nous luttons aujourd’hui et c’est l’usine allemande qu’il faut vaincre.
- Nous avons voulu étudier cette fabrication qui présente un si grand intérêt national et dont il serait impossible de se faire une idée exacte si l’on
- POINÇOI
- CYLINDRE FIXE
- Fig. 3. — Une presse à ogiver. Le piston inférieur pousse l’obus dans l’ogive de la matrice et le poinçon supérieur descend pour faire la lumière.
- se contentait de visiter les ateliers nationaux. Là, en effet, l’outillage normal, perfectionné sans aucun doute, fonctionne avec sa plénitude de rendement;
- mais on n’a pas eu à improviser. Chez le pacifique industriel, au contraire, toutes les machines sont mises à contribution et là où se tournaient des
- V Opération
- Coupe de l'obus après la Ie opération
- Fig. 4. — Une presse à ogiver. Ici l’obus est fixe; la matrice tombe sur la partie supérieure de l’obus. A côté, coupe de l’obus après cette première opération.
- vilbrequins pour les moteurs, où se fondaient des cylindres, on ne voit plus que des machines coupant, grattant, forgeant les blocs d’acier qui deviendront des obus.
- Le problème de l’adaptation des machines à leur
- 2? Opération
- Coupeielobus après la Z'opération.
- Fig. 5. — Cette presse est la même que celle de la figure précédente. L’obus, encore chaud, est coiffé d’une douille et d’un poinçon sur lequel tombe la matrice pour façonner la lumière.
- A côté, coupe de l’obus après cette 2e opération.
- nouvelle destination s’est posé en même temps que celui de la fourniture du métal. Nos industriels ont consacré plusieurs mois à ce travail prépara-
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- FABRICATION DES OBUS ... ..... — 67
- toire pendant que l’industrie sidérurgique préparait l’acier demi-dur qui convient à la fabrication des obus. A l’heure actuelle toutes les usines sont en pleine activité de production sans cesser de s’agrandir. D’autres s’élèvent encore et d’ici quelques mois elles seront à même d’apporter un nouveau lot quotidien de munitions. Cent mille obus par jour ne suffisent pas ; pour vaincre, il faudra doubler, tripler cette quantité et rien n’arrêtera l’élan industriel qui s’est emparé de la France.
- La fabrication des obus est un travail délicat, sans être compliqué surtout depuis que nos ouvriers sont familiarisés avec les opérations qui se succèdent avec une régularité mathématique. Les femmes elle s-mêmes ont pris place dans les ateliers, et c’est mer-Areille de les voir conduire un tour ou bien encore terminer, sur des machines minuscules, les pièces les plus délicates qui entrent dans la confection des fusées.
- Les barres d’acier, de 82 mm de diamètre, arrivent sans arrêt dans les usines ; elles sont destinées à la fabrication des obus du canon de 75 qui est un énorme consommateur de projectiles. Ces barres s’entassent sous les hangars, à proximité des scies à débiter qui travaillent sur deux barres à la fois, ou des machines à tronçonner, plus rapides. Elles en sortent en lopins, en bûches, pourrait-on dire, un peu plus longues que le futur obus, dirigées immédiatement à l’atelier des machines-outils.
- Là un tour vertical dresse les faces ; c’est la première opération délicate de toute la fabrication, car du parallélisme des faces dépend la régularité du forage et l’exactitude du centrage. Puis les machines à percer s’emparent
- du lingot pour préparer le défonçage qui se termine sur les tours. L’extérieur est ébauché ensuite et, partant de cet extérieur, l’obus subit au tour automatique, l’alésage final. L’intérieur est terminé; il comporte deux parties cylindriques de diamètres différents, l’un à l’avant, l’autre près du culot et une partie conique servant de liaison entre les deux cylindres. Interviennent ensuite le centrage, le chariotage et la mise à longueur qui terminent la première partie de la fabrication.
- Toutes les opérations nécessitent autant de manipulations et de transports d’un tour à l’autre; elles peuvent cependant être exécutées sur un tour unique comme il en existe dans certains ateliers. Ce sont des tours à tourelles dans lesquels on engage la barre telle qu’elle arrive à l’usine.
- La tourelle porte cinq outils qui interviennent successivement dans le forage pendant que s’effectuent les travaux extérieurs comme le chariotage et en fin de compte le tronçonnage qui livre l’obus préparé pour l’ogivage.
- On peut également supprimer le forage de l’obus en utilisant la presse à emboutir (fîg. 2), dont la puissance est d’environ 200 tonnes, qui prend le lopin chauffé au rouge cerise pour lui donner, d’un seul coup ses dimensions intérieures. Dans ce cas, le lopin est de plus grand diamètre que celui que nous avons considéré jusqu’ici, mais de hauteur moindre.
- Le poinçon de la presse, en pénétrant à l’intérieur, refoule les bords jusqu’à la hauteur voulue et le cylindre sort prêt à être tourné, opération qui précède toujours l’ogivage.
- Parvenu à ce degré de fabrication, l’obus est;
- Fig. 6. — Type de pilon à emboutir J’obus avant l’ogivage.
- Fig. 7. — Coupe de la ma chine précédente, le poinçon étant tombé sur l’obus dont les bords prennent une forme très caractéristique.
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- conduit à la forge. lise présente sous la forme d’un cylindre creux fermé à la base ; l’ogivage va modifier sa partie supérieure pour lui donner son aspect définitif.
- Ici encore les procédés de fabrication de l’ogive diffèrent suivant les ateliers. Mais partout sont installées des batteries de fours, les uns chauffant l’ogive, les autres destinés à recuire l’obus après la trempe.
- Ils sont construits en briques réfractaires ; celui que représente notre page de couverture contient 40 projectiles. Sur les côtés est appliquée une devanture en fonte munie d’orifices destinés à recevoir les obus. Le four, à trois étages, est alimenté par un brûleur unique à huile lourde provenant d’un réservoir situé à 4 m. de hauteur; le gaz produit dans le brûleur est entraîné par de l’air arrivant à l’injecteur sous une pression de 7 kg environ.
- La partie à ogiver est seule engagée dans le four.
- Vis de serrage
- Dessus détampe
- Dessous délampe
- Fig. ç. — Dessin schématique du pilon à ogiver. L’obus se présente en face du pilon.
- Dès qu’elle a pris la température convenable (1000°) qui est celle du blanc naissant, sur une longueur d’environ 60 mm, l’obus est retiré et engagé dans la presse ou sous le pilon, selon les modes de fabrication.
- Voici (fig. 5) un modèle de presse qui façonne l’ogive en une seule opération. Sorti du four, le projectile est engagé verticalement dans un chariot mobile sur des galets pour en faciliter le déplace-
- ment. Dans le bâti inférieur de la presse se trouve un piston hydraulique que l’ouvrier actionne avec un levier pour amener la partie supérieure du projectile à l’intérieur de la matrice dans laquelle est i-reusé un trou de profil ogival. La pression est telle que les bords du cylindre épousent ce profil
- en quelques secondes, sans aucune secousse, sans aucun bruit. A ce moment l’ouvrier agit sur un deuxième levier qui provoque, hydrauliquement encore, la descente du piston supérieur de la presse. Celui-ci est armé d’un poinçon de même profil que la lumière du projectile.
- Ce poinçon pénètre à la partie supérieure de l’ogive et écarte le métal. Les pistons reprennent leur position de repos; le chariot libéré amène le projectile qu’un ouvrier saisit et jette sur le sol où il achève de se refroidir.
- D’autres presses effectuent également le même travail en une seule chaude (fig. 4 et 5), mais la manipulation est un peu plus longue. On voit
- Avant emboutissage Après emboutissage Après ogivage
- Z
- Fig. io. — Les trois phases successives de la fabrication de l’obus par le procédé emboutis-sage-ogivage.
- sur ces dessins que l’obus est enchâssé dans une bague A ne le laissant sortir que de 70 mm. Sur le porte-marteau est fixée comme précédemment l’étampe C donnant le profil de l’ogivage. Un seul coup de mouton de 1200 kg tombant de 1 m. 20 à 1 m. 50 de hauteur suffit à façonner l’ogive. Puis, sans retirer l’obus conifié, on le coiffe d’une douille D ayant le même profil pour éviter les déformations.
- Fig. 8. — L’ogivage de l’obus préalablement embouti.
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- FABRICATION DES OBUS
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- Le tout est recouvert d’un poinçon E, guidé dans la douille D, qui d’un deuxième coup de mouton tombant d’une hauteur de 0 m. 80 à 1 m. donne la forme de la lumière et le profil définitif de l’ogive.
- L’extraction de l’obus se fait par le basculeurF. En une minute au maximum, les deux opérations sont terminées.
- Les deux dessins d’obus (fig. 4 et 5) qui accompagnent ceux des presses permettent de comprendre aisément le double travail que nous venons de décrire.
- Pour donner une idée à peu près complète de ce façonnage, qui constitue, d’ailleurs, la partie la plus intéressante de la fabrication, nous nous arrêterons encore quelque peu sur un autre procédé, moins rapide que les précédents puisqu’il nécessite deux chaudes successives, mais cependant employé dans beaucoup d’usines.
- L’obus, toujours chauffé dans les mêmes conditions, est introduit dans Une matrice surmontée d’une bague à profil spécial. Sur cet obus on laisse tomber un mouton qui pénètre partielle-
- sage au four, sous un second pilon que montre le dessin (fig. 9), l’obus étant serré, par son culot, dans un organe pourvu d’un volant que tient un ouvrier. Il est introduit sous le pilon dans
- une étampe ayant cette fois le profil de l’ogive et dont la partie supérieure est mobile. Le pilon frappe à petits coups pendant que l’ouvrier pousse l’obus dans l’étampe en lui communiquant un mouvement de rotation.
- Les faces 1, 2 prennent alors les positions 1' et 2', tandis que le métal constituant la face 3 est refoulé à l’intérieur de l’ogive pour renforcer l’épaisseur. En quelques coups de pilon l’ogive est terminée.
- L’obus a reçu sa forme définitive intérieure et sa forme approchée extérieure ; on le trempe ensuite, puis il passe au four à recuire, semblable à celui que nous avons décrit, mais dans lequel les obus sont entièrement enfermés côte à côte, pour donner à l’acier la-ductibilité nécessaire.
- Cette ductibilité est vérifiée à l’aide d’un appareil à bille dont nous parlerons plus loin.
- Fig. il. — La presse à ceinturer les obus.
- Figi i2. — Schéma d’un appareil à bille pour l’essai d élasticité.
- I 1111111 l.ullJJilxUJtLLllliLuJ-----------
- | 111, > 11,1 i 111 1111111 ! |,,, j |, g, ^--
- Fig. i3. — La règle permettant de lire instantanément le diamètre de l’empreinte laissée par la bille sur l'obus.
- ment à l’intérieur et recouvre la couronne supérieure de manière à lui imprimer un profil tout à fait particulier bien vdsible sur notre dessin. L’extrémité supérieure du futur projectile présente donc trois faces 1, 2, 5, s’éloignant tout à fait de la forme ogivale (fig. 10).
- Celle-ci sera donnée, après un nouveau pas-
- La troisième série des opérations commence par l’ébauche de la lumière (mise aux dimensions de la lumière et du fossé), puis l’obus passe de nouveau au tour, dans certains ateliers à la meule, pour la rectification de l’ogive et du culot qui suit celle de la partie cylindrique. La lumière est ensuite filetée à la molette qui creuse tous les filets en un
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- FABRICATION DES OBUS
- seul tour de l’outil; ce procédé n’est pas plus rapide que le procédé ordinaire, mais il donne, paraît-il, un meilleur résultat.
- Puis le logement de la ceinture est creusé et gravé à l’aide de deux molettes à stries horizontales et verticales; les molettes, diamétralement opposées en face de l’obus, sont serrées fortement sur le fond de la gorge qui vient d’être tracée et l’obus en tournant permet l’impression très accentuée des stries des deux molettes qui se. croisent, laissant des aspérités régulières très prononcées dans lesquelles la ceinture de cuivre sera fortement engagée.
- C’est alors qu’a lieu l’essai à la pression hydraulique destiné à s’assurer qu’aucune fuite n’existe et que l’obus est suffisamment résistant. .
- On vérifie le gonflement après cet essai, puis l’obus est ceinturé à la presse.
- Ici encore l’opération se fait dé plusieurs manières, le projectile étant placé verticalement ou horizontalement.
- Dans tous les cas la ceinture est entourée de masses d’acier sur lesquelles appuie la presse qui est presque toujours une presse à balancier.
- L’opération qui nécessite deux coups exige une pression si considérable que parfois le culot du projectile, incapable de la Supporter, se brise sous le choc.
- Cette ceinture est ensuite tournée à ses dimensions définitives, puis l’obus est marqué d’initiales et de chiffres indiquant la provenance de l’acier, la fabrication et les essais, disposés dans l’ordre suivant : F.
- C. S.
- A. N.
- N° 7. — 1400.
- Ce qui veut dire : obtenu par forage; acier de provenance Creusot-Schneider ; nom du fabricant; lot n° 7 soumis à la pression de 1400 kilogrammes.
- L’obus, convenablement paré, admis par la Commission de contrôle, est alors envoyé dans des caisses à l’atelier de pyrotechnie où il recevra sa charge d’explosif et sa fusée.
- Vérification du projectile. — Il serait très désavantageux, pour le fabricant, d’attendre la fin
- Fig. 14. — Presse hydraulique utilisée pour l’épreuve de résistance au gonflement.
- de toutes les opérations, c’est-à-dire le moment de la livraison au contrôle militaire, pour procéder à la vérification des obus. L’usinier a, au contraire, tout intérêt à contrôler chaque opération en s’assurant que le projectile n’a subi aucune déformation de nature à entraîner sa mise au rebut. Cette manière de procéder immobiliserait beaucoup trop de personnel sans grand profit, d’ailleurs, surtout lorsque l’obus passe simplement d’un tour à un autre.‘
- En généra], on se contente de vérifier ses dimensions après la sorlie de l’ogivage et pendant les rectifications; mais les épreuves essentielles se rapportent à l’étude de la matière qui est d’abord soumise à un examen microscopique sur une cassure ménagée à la base du culot et par la suite à des essais de ductibilité et de résistance au gonflement.
- La Commission militaire intervient ensuite, à :1a fin de la fabrication, avec un matériel très complet de calibres qui lui permettent l’exploration rigoureuse de toutes les courbes, de toutes les épaisseurs. Cet arsenal des vérificateurs a été assez long à établir parce qu’il est constitué par des instruments de précision nécessitant une fabrication très attentive. Ces calibres, dont nous ne parlons que pour mémoire, admettent une tolérance nécessaire mais inférieure dans tous les cas à une faible fraction de millimètre. Il doit en être ainsi, l’obus étant destiné à circuler dans l’âme de la pièce sous l’action d’une violente déflagration de poudre. La partie centrale, qui est cylindrique, possède un diamètre légèrement inférieur à celui du renflement de l’ogive qui sert de guide au projectile à l’intérieur du canon ; le culot est également un peu renflé pour permettre le sertissage sur la gargousse; enfin, on sait que la bague de cuivre rouge est d’un diamètre supérieur à celui de l’âme du canon; elle épouse, sous la puissante poussée des gaz dégagés par l’explosion, les rayures de la volée pour communiquer au projectile un mouvement hélicoïdal qui lui permettra de conserver une position rectiligne sur toute l’étendue de sa trajectoire.
- Après la trempe a lieu l’essai d’élasticité du
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- FABRICATION DES OBUS ...............__ 71
- mêlai qui s’effectue sur des appareils de divers modèles. Les uns sont des vérins dans lesquels on introduit sous pression une certaine quantité d’huile; le liquide agita la fois sur un balancier chargé de poids et sur un piston terminé à sa partie inférieure par une bille d’acier. Une dérivation conduit une partie de l’huile dans un manomètre qui indique les pressions atteintes. L’essai se fait à 3000 kg pendant 10 secondes environ. L’obus est placé sous la bille et celle-ci laisse une empreinte dont le diamètre varie avec la ductibilité du métal. On mesure ce diamètre à l’aide d’une réglette en verre sur laquelle sont.gravées, dans le sens de la longueur, deux lignes obliques portant une graduation. L’ouvrier promène cette règle sur l’em-
- Fig. i5. — Le balourd permettant de. vérifier l’excentricité des obus.
- preinte jusqu’à ce que celle-ci soit tangente avec deux lignes graduées; il lit l’indication portée qui correspond au degré de ductibilité du métal.
- Un appareil très simple est représenté schématiquement par notre figure 12. Il est constitué par un levier articulé en A et comportant en G un point d’appui que termine la bille d’essai. Les distances AG et CB sont dans le rapport de 1 à 10; si on place en B un poids de 300 kg, la pression exercée en C sera de 3000 kilogrammes.
- Les essais de cette nature ont lieu après l’ogi-vage, tandis que ceux relatifs à la résistance du projectile s’opèrent presque à la fin de la fabrication, avant le ceinturage. Plusieurs systèmes d’appareils sont également utilisés dans les usines, mais tous doivent exercer, à l’intérieur de l’obus, une près sion de 1400 kg qui se lit encore au manomètre.
- Ce sont des presses à piston plongeur avec joint à pression hydraulique. L’obus, bien rempli d’eau, se place sous la tête portant le joint; on envoie ensuite de l’eau dans le vérin et en même temps on appuie sur un levier pour amener le cuir ou le caoutchouc au contact de la couronne terminant l’ogive.
- Le piston plongeur descend alors, en appuyant sur un levier, à l’intérieur de l’obus; l’eau étant incompressible, sa pression monte jusqu’à 1400 kg et elle est maintenue à cette valeur pendant une dizaine de secondes. Il s’en écoule une faible quantité entre le piston plongeur et le cylindre, mais elle est récupérée en faveur du joint qui se trouve ainsi soumis constamment à la même pression que
- le projectile; aucune fuite n’est possible. Certaines presses sont pourvues d’un miroir qui permet au contrôleur de vérifier le dessous de l’obus sans être obligé de se baisser. Sous cette énorme pression, l’obus se gonfle d’une certaine quantité qui est mesurée et ne doit pas excéder la tolérance admise. Quelquefois le projectile se fend sur toute sa hauteur.
- Voici encore un appareil original, le balourd, qui sert à déterminer l’exéntricité du projectile. C’est un mai'bre en acier maintenu dans une position parfaitement horizontale. Il porte deux réglettes sur lesquelles peut rouler le projectile couché. Au moment de l’arrêt on charge le culot, extérieurement, d’un léger contrepoids, l’appareil qui maintient le contrepoids étant fixé horizontalement. Si l’obus est bien construit, les quelques grammes qui viennent d’être ajoutés suffisent à le faire tourner sur lui-même jusqu’à ce que l’appareil occupe la position verticale.
- Nous arrêterons là l’étude générale de la vérification des obus. La Commission militaire, composée d’officiers d’artillerie, prélève vingt projectiles sur le lot de 1000 qui lui est présenté et son examen détaillé porte sur chacun d’eux. Si l’un de ces projectiles présente un défaut, tout ce lot doit être remanié; une nouvelle révision du mêmë lot a lieu ensuite et si un seul des projectiles choisis est encore reconnu défectueux, le lot entier est vérifié obus par obus. On extrait encore des lames
- Fig. iô. — L’obus terminé. A gauche, coupe; à droite, aspect extérieur dèfinilij.
- de quelques projectiles et on les soumet à des essais de ployage ; enfin douze obus sont pris dans le lot et essayés à vide sur un champ de tir. Recherchés ils sont examinés au point de vue des déformations qu’ils ont pu subir.
- Ce n’est qu’à la suite de tous ces essais* de toutes ces expériences, que le lot est accepté et envoyé à l’atelier de pyrotechnie.
- Il ne suffit pas, en effet, de construire des projectiles; il faut encore que cette fabrication soit absolument parfaite, car le moindre défaut peut entraîner une catastrophe.
- Nous n’avons parlé ici que du projectile de 75 mm monobloc, ceux des autres pièces, même des grosses pièces de siège ou de marine, sont cons-
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- 72 = UTILISATION DE L’ALUMINIUM DANS L’ART MILITAIRE
- truits à peu de chose près de la même manière, mais les ateliers nationaux, fortement outillés, procèdent rarement au forage; on emboutit les lopins à la presse, opération qui, ainsi que nous l’avons vu, réduit fortement le temps de l’usinage.
- On fabrique également des obus à ogive rapportée, vissée sur le projectile ; ce sont les shrap-nells dans l’intérieur desquels des balles sont introduites.
- Ajoutons encore que dans la plupart des usines mobilisées, on fabrique encore des fusées taillées directement dans des barres de cuivre; une machine unique livre l’enveloppe extérieure de la fusée complètement terminée.
- L’outillage qui vient d’être créé pour la fabrica-
- tion des obus exercera une influence considérable sur notre produciion industrielle nationale après la guerre.
- Toutes ces machines-outils permettront une production intense à laquelle il faudra des débouchés nouveaux.
- Si nos commerçants et nos industriels savent profiter de la dure leçon que nous aurons reçue, les marchés, désormais perdus par les Allemands, seront aisément conquis par nous et la France reprendra dans le monde la place à laquelle la qualité de ses produits lui donne droit. Le relèvement de notre industrie nationale sera dû à la mobilisation de nos ateliers (*).
- Lucien Fournier.
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- Tout dernièrement, le Daily Mail annonçait qu’un chargement de 170 tonnes d’aluminium, venant d’un pays neutre et allant à un pays neutre, pour échouer finalement en Allemagne, avait été saisi par les autorités norvégiennes. Cette saisie est un des nombreux épisodes de la lutte entamée pour mettre fin au trafic des contrebandiers de guerre qui, malgré l’étroit blocus des flottes alliées, réussissent trop souvent encore à approvisionner l’Allemagne. Par la Suisse et par Gênes, après avoir quitté Barcelone, sont entrées en Allemagne des centaines de tonnes d’aluminium et, dans la mer du Nord, sont aujourd’hui soigneusement épargnés par les sous-marins allemands, les bateaux chargés de cuivre ou d’aluminium, alors que ces pirates n’hésitent pas à couler des voyageurs inoffensifs ou des cargaisons sans utilité pour eux.
- Les Allemands ont besoin d’aluminium et, à ce point de vue, la hausse du prix de ce métal est significative. Dans les premiers jours de cette année, le prix de la tonne se maintenait aux environs de 2000 fr. à 2100 fr., prix fixé par le syndicat international.
- Ce syndicat international a été fondé, comme on le sait, en 1908, au moment où les producteurs français dénonçaient l’ancien cartel, qui assurait la domination de l’usine germano-suisse de Neühausen, accaparée par les Allemands.
- Le prix de l’aluminium s’est élevé successivement à 2350 fr. pour atteindre 3500 fr, à la fin de juin, Cette élévation ne paraît pas être le fait des puissances alliées qui utilisent peu l’aluminium pour les besoins militaires actuellement de beaucoup et les plus pressants, et les plus importants. Elle ne profite pas aux producteurs français liés par leurs engagements, mais aux intermédiaires, qui majorent les prix de risques problématiques.
- Par ses propriétés mécaniques, l’aluminium pur ne semble pas devoir attirer l’attention. Il est très mou, peu résistant, et sa grande légèreté semble-
- rait même le rendre inutilisable dans la construction des engins d’artillerie. En France, où, grâce aux beaux travaux d’Henri Sainte-Claire Deville, est née l’industrie de l’aluminium, ce métal a été essayé pour la fabrication des douilles et des fusées de nos obus, des douilles de cartouches et ensuite pour la confection des ustensiles de campement et de petit équipement, afin d’alléger le fantassin. Définitivement abandonné par le service de l’artillerie, en France, l’aluminium n’a pas encore été adopté par le service de l’Intendance, pour les raisons que nous allons voir; aussi n’apparaît-il pas, de notre côté, sur les champs de bataille.
- Et cependant, nous autres Français avons, les premiers, utilisé l’aluminium dans l’art militaire. Parmi les usages fondés sur la légèreté spécifique de l’aluminium, Henri Sainte-Claire Deville n’a pas osé prévoir, au début, à cause du prix élevé du métal, préparé alors — 300 fr. le kilogramme — la fabrication d’ustensiles de cuisine pour les soldats; mais, en 1858, déjà, des instruments de marine, des sextants, des lunettes de guerre ont été construits avec l’aluminium. En 1870, les aigles d’un certain nombre de nos drapeaux étaient en aluminium pour les alléger.
- C’était d’ailleurs pour alléger le fantassin que l’on se proposait surtout, en France, d’utiliser l’aluminium. Deux Commissions militaires ont été chargées de déterminer le métal à employer.
- La première Commission adopta un alliage à 3 pour 100 de cuivre. Avec cet alliage furent construits les objets emportés par le corps expéditionnaire de Madagascar. Mais cet alliage s’altérait spontanément et les altérations, qui prenaient ainsi naissance, présentaient des aspects divers: feuilletis
- 1. Nous adressons nos remerciements aux Etablissements Darracq et Cie, Louis Renault, Delahaye-Morane, qui ont bien voulu nous permettre de visiter leurs ateliers et nous documenter sur leurs procédés de fabrication des obus.
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- sans résistance, chancres désagrégeant peu à peu le métal, piqûres le trouant dans toute son épaisseur.
- Cette maladie ou ces maladies, dont la cause ou les causes sont encore mal connues, amenèrent la première Commission à abandonner l’alliage à 3 pour 100 de cuivre. Ce fut l’oeuvre de la dernière séance de cette première Commission.
- Quelques années plus tard, en 1911, sous l’impulsion de M. Ducru, l’étude de ce métal fut reprise et confiée à une seconde Commission, qui comptait au nombre de ses membres des savants comme MM. Le Chàtelier et llanriot. Dès le début, se dessina dans la Commission une majorité en faveur de l’aluminium pur. La présence d’un métal étranger ou d’impuretés, rend, en effet, l’aluminium plus altérable.
- La Commission se proposa, d’une part, de rechercher les causes des maladies de l’aluminium et, d’autre part, de pousser les industriels à produire le métal le plus pur possible. La première partie du programme est du domaine de la science pure et tout le monde sait que les recherches scientifiques, pour être couronnées de succès, doivent être méthodiques et sont par suite lentes. Quant à la seconde partie, la Commission a suivi la tradition de l’artillerie qui par le contrôle des forges, par l’analyse des produits bruts et par l’essai des produits finis, est arrivée peu à peu à exciter l’émulation des industriels, à augmenter les exigences et à collaborer ainsi utilement au magnifique développement de l’industrie métallurgique. Pour atteindre ce but, il fallait établir un cahier des charges, déterminer quelles étaient les impuretés les plus dangereuses, et quelle proportion il fallait tolérer, par suite, élaborer des méthodes d’analyse irréprochables et choisir, au milieu des divers essais physiques et mécaniques, ceux qui révéleraient le mieux les qualités ou les défauts du métal ou des produits fabriqués. En possession du métal ou de l’alliage convenable, la Commission avait en outre les épaisseurs à fixer, le mode de travail (laminage, emboutissage, étampage, etc. ) à examiner, les procédés de recuit à étudier. Toutes ces questions ont été traitées méthodiquement dans les séances mensuelles d’une sous-Commission présidée par M. llanriot et soumises ensuite à l’approbation de la Commission. Malgré les occupations multiples des membres de cette sous-Commission, les travaux se poursuivaient sans arrêt grâce au zèle de son savant président, et, cependant, cette sous-Commission n’avait à sa disposition que 1000 francs par an et, faute de crédits, elle ne put réaliser après l’avoir adoptée, la proposition d’un de ses membres, capitaine d’artillerie, consistant à modifier, par emboutissage, l’épaisseur des parois, en renforçant les parties soumises aux grands efforts, comme il arrive dans la confection des douilles, et cela, afin d’obtenir le maximum de légèreté.
- Cet exposé rapide d’un côté de la préparation de
- notre défense nationale montre que la France ne préméditait pas la guerre. Alors que l’un des problèmes les plus troublants pour nos généraux, rendement maximum du fantassin pour le combat, était posé indirectement à la Commission de l’aluminium, aucun budget spécial ne lui était accordé, au :un allègement n’était apporté à la lourde besogne de chacun de ses membres, aucune prescription impérieuse ne venait du Ministre pour hâter vies travaux poursuivis en toute tranquillité.
- Au contraire, de l’autre côté du Rhin, l’aluminium était employé et accaparé. L’accroissement de production mondiale de l’aluminium est dû aux approvisionnements énormes, préparés par l’Allemagne et l’Autriche, en vue d’une guerre prochaine.
- La production mondiale de l’aluminium a été, en effet, approximativement la suivante, depuis 1900, époque où apparut une application intéressante de ce métal, l’aluminothermie, lui donnant une vogue nouvelle :
- Années. Tonnes. Années. Tonnes.
- 1900. . . 7 300 1907. . . 18 800
- 1901. . . 7 500 1908. . . 19 600
- 1902. . . 7 800 1909. . . 24 200
- 1903. . . 8 200 1910. . . 44 200
- 1904. . . 9 500 1911. . . 46 800
- 1905. . . 11 500 1912. . . 61 100
- 1906. . . 14 500 1913. . . 70 000
- L’essor de l’industrie automobile accroît en six années la production de l’aluminium de 4000 t. tout au plus et, en même temps, se développent les applications anciennes du métal. A partir de 1905 (conférence d’Algésiras), la production s’élève malgré la crise éprouvée par l’industrie automobile; après le coup d’Agadir (1999), la production déjà considérable d’un métal nouveau, qui avait doublé en moins de 5 ans, augmente encore de près de 25 000 t. en deux ans, sans que l’on puisse justifier, par des emplois nouveaux consacrés aux arts de la paix, ce brusque accroissement. L’industrie automobile se relève lentement de sa crise; les canalisations électriques utilisent fort peu encore l’aluminium. La sidérurgie emploie des alliages renfermant de l’aluminium préparés directement sans passer par le métal pur; les bronzes aluminium et les autres alliages d’aluminium ne sont pas adoptés comme alliages monétaires.
- La soudure autogène et la soudure électrique concurrencent l’aluminothermie. L’aluminium n’a pas encore acquis droit de cité dans toutes les cuisines.
- Il est au contraire facile de s’expliquer pourquoi l’aluminium a été produit en aussi grandes quantités, en étudiant quelles applications en ont fait à l’art militaire Allemands et Autrichiens. En dehors de quelques emplois spéciaux que nous étudierons rapidement, nos ennemis se servent et se sont
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- servis, depuis nombre d’années, de l’aluminium surtout pour ;
- 1° La confection des fusées pour leurs obus;
- 2° La fabrication des ustensiles de campement et de petit équipement : marmite, bidon, quart;
- 5° La construction de l’armature de leurs zeppelins.
- Les fusées à double effet à composition fusante ou à mouvement d’horlogerie sont les unes, entièrement en aluminium, les autres, en laiton et en aluminium, enfin quelques-unes renferment des parties en fer. En admettant qu’il entre 400 gr. d’aluminium dans chaque fusée et en prévoyant un approvisionnement minimum de 3000 coups par canon pour un nombre total de 5000 canons nous serons au-dessous de la vérité et, cependant, nous arrivons ainsi à avoir, sous forme de fusées construites, un poids de 7000 t. d’aluminium pur. Il faut admettre que dans la fonte et dans l’usinage les déchets ont été, même en les utilisant au mieux, de 10 pour 100 environ. Ces 7000 t. correspondent à 7800 t. de lingots. Pour renouveler le stock des fusées, il a été prudent d’emmagasiner au moins le double, sinon plus, et nous pouvons nous fier en cela aux qualités indéniables de méthode et de prévoyance de nos barbares ennemis, qui ne possèdent ni bauxite, ni chutes d’eau importantes, qui utilisent un métal dont l’usage date de quelques années, alors que celui du cuivre et de ses alliages est séculaire et dont la principale usine, Neuhausen, est en Suisse — tout près de la frontière du Grand-Duché de Bade, il est vrai.
- Nous obtenons donc un chiffre rond de 24 000 t. d’aluminium, rien que pour le service de l’artillerie, chiffre qu’il conviendrait certainement de majorer fortement.
- Après l’artillerie, un gros consommateur d’aluminium est l’intendance. Sous forme de marmite individuelle, de bidon et de quart, elle fournit à chaque homme 700 gr. d’aluminium; en admettant que la préparation de la guerre n’ait songé qu’à équiper cinq millions d’hommes, chiffre que nous savons être fortement dépassé aujourd’hui, il a fallu employer 3500 t. provenant, en tenant compte des déchets de laminage et d’emboutissage, de 5900 tonnes.
- La quantité de métal employé pour former la carcasse de leurs gros sacs à gaz, dénommés zeppelins, est, d’après M. Marchis, le distingué professeur en Sorbonne, le tiers à peine de la force ascensionnelle (30 pour 100 assez exactement). Celle-ci s’élève de 20 000 m3 à 30 000 m3 suivant la date de la construction et le poids de l’aluminium varie de 6 t., 5 à 9 tonnes. Dans cette marine spéciale, 30 unités ont été construites. Le chiffre des unités à construire n’est pas assez nettement connu pour en tenir compte; néanmoins 250 t. d’aluminium ont été utilisées. Quelles sont les réserves, préparées soit pour la construction de nouveaux dirigeables, soit pour équiper les
- hommes? Nul ne peut le dire d’une manière certaine.
- D’autres applications de l’aluminium à l’art militaire étaient à l’étude. Quelques mois avant la déclaration de la guerre, le Ministère de la Guerre allemand étudiait le duralumin, alliage à 3 pour 100 de cuivre avec 1 pour 100 de magnésium dont les propriétés mécaniques sont remarquables (résistance 4 fois plus grande que celle de l’aluminium pur avec un allongement supérieur à 50 pour 100), grâce à l’écrouissage fourni par un travail mécanique bien conduit. Cet alliage a servi à préparer des douilles d’obus et même des cartouches. Plus tard, deux ou trois mois avant de déchaîner la guerre, l’Allemagne se proposait d’adopter un bouclier d’infanterie, construit en Autriche et fort ingénieux. Il se composait de deux plaques, l’une en acier dur, l’autre en duralumin qu’assemblaient entre elles des rivets. Une toile pouvait être fixée encore, soit à l’avant, soit à l’arrière. Deux brassards permettaient de le tenir avec l’avant-bras gauche et de le déplacer facilement pour se protéger.
- Un tel bouclier était moins lourd que le sac à terre employé par nos fantassins et se maniait avec un seul bras laissant les deux mains libres ; il était surtout plus efficace, parce qu’il réalisait le type des plaques blindées en acier harveyé, dur du côté de l’impact, plastique du côté opposé pour arrêter les balles déformées par le premier choc.
- Mais c’est surtout dans la confection de casques que le duralumin aurait été intéressant! Combien sont tombés pour toujours, le crâne ouvert par les balles des shrapnells, qui n’auraient été qu’étourdis?
- En laissant de côté ces essais qui n’ont pas exigé la mise en œuvre d’une grande quantité de métal et les emplois absorbant l’aluminium d’une manière normale, nous arrivons cependant à un minimum de 30 000 t., bien inférieur à la réalité.
- De l’étude de la statistique de l’aluminium se dégage donc une accusation formelle contre les Allemands; ils ont préparé hâtivement la guerre, après Algésiras, ils l’ont voulue après Agadir et ils ont acheté, usiné, mis en réserve l’aluminium qui sert à leur artillerie, métal altérable, métal dont il n’existe aucune réserve comme pour le cuivre accumulé pendant des siècles, parce que d’apparition trop récente et de conservation douteuse, métal dont ils ne possèdent pas le vrai minerai, la bauxite, métal dont ils n’ont pas, sur leur territoire national, d’usines productrices importantes.
- Quelque considérable qu’en soit la consommation, les Allemands songeraient encore à substituer l’aluminium au cuivre dont ils ont un pressant besoin.
- Malgré l’exploitation à outrance des mines du Mansfeld, qui arriveront à produire 50 01)0 t. par an, malgré le pillage de la malheureuse Belgique et de nos départements envahis, dans la
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- région de la Dinanderie, où la chaudronnerie de cuivre est si abondante, malgré la contrebande de guerre et l’utilisation de leurs stocks préparés en vue d’autres industries ou amassés dans la longue suite des siècles, nos ennemis commencent non pas à manquer de cuivre, mais à se préoccuper de s’en procurer par tous les moyens.
- Aussi ont-ils essayé de substituer l’aluminium au cuivre, puisqu’à poids égal, l’aluminium occupe plus de trois fois le volume du cuivre. Des obus auraient été retrouvés porteurs d’une ou deux ceintures en aluminium. Plus mou que le cuivre, l’aluminium pur présenterait le double inconvénient d’amener le franchissement des rayures et l’encrassage des pièces. Il est possible d’éviter le franchissement des rayures en durcissant le métal. Quant à leur nettoyage, il sera facile à réaliser à l’aide d’une solution de soude caustique chaude, alors que le désencuivrage chimique ou mécanique n’est pas toujours obtenu sans déformer le tracé des rayures. L’aluminium pourrait être substitué au laiton dans les fusées, malgré la différence de poids et il n’y aurait pas à craindre le renversement de l’obus en le lestant avec du plomb ; le bruit caractéristique des marmites n’est point dû, comme on l’a affirmé, à un renversement, mais à ce que le son augmente d’intensité, en même temps que sa hauteur s’abaisse de près d’une tierce, suivant l’effet Doppler. D’ailleurs les shrapnells de 13 cm du poids de 40 kg, ceux de 15 cm modèle 1903 du poids de 50, ou modèle 1907 du poids de 41,2, comme ceux de 21 cm modèle 1904 de 96 sont munis de fusées modèle 1908 à mouvement d’horlogerie et par conséquent de fusées légères presque évidées.
- L’approvisionnement en aluminium de toutes façons préoccupe nos ennemis. Vers la fin de 1914, le professeur Otto N. Witt(1) rappelait que l’industrie de l’aluminium utilisait surtout la bauxite française et qu’il serait nécessaire de recourir à un minerai analogue provenant de Dalmatie. Il suggérait l’idée de traiter le kaolin par le procédé Ottokar Serpek pour obtenir l’azoture d’aluminium et ensuite l’alumine. L’ammoniaque dégagée pendant la préparation de l’ammoniaque au moyen du nitrure et fixée à l’état de sulfate d’ammoniaque, servirait d’engrais ; il serait alors possible de réquisitionner tous les stocks de nitrates du Chili, destinés à l’agriculture.
- Aluminium et alumine ou même bauxite sont encore introduits en contrebande, soit pour préparer de nouveaux engins, soit pour alimenter les fours électrolytiques dont le nombre et la production ont pu être augmentés malgré l’absence de chutes d’eau par l’utilisation dans des usines thermiques de la houille provenant des pays occupés et de la diminution des exportations. En terminant cette étude sur l’aluminium et comme suite à la manifestation de
- 1. Cheiriiker Zeitung, 19M, p. 1117-1130.
- « Kultur )) des intellectuels allemands, je tiens à rappeler la délicatesse d’Henri Sainte-Claire Deville. Dumas, en annonçant à l’Académie des Sciences, la découverte du grand savant français, avait eu soin de rappeler l’antériorité de Wœhler comme l’avait fait Sainte-Claire Deville lui-même. Quelques semaines après, au mois d’avril, un M. Schratz réclame, en faveur de son oncle, le chimiste Wœhler, en affirmant que le procédé employé par Sainte-Claire De-ville ne diffère en rien de celui utilisé par son oncle et que, de plus, le métal obtenu des deux côtés est identique aux points de vue des propriétés physiques et chimiques.
- Dumas prit la défense de Sainte-Claire Deville et, sans contester les droits de priorité de Wœhler à la découverte de l’aluminium qu’avait si nettement indiqués le chimiste français,“^il fit ressortir que le métal obtenu par Sainte-Claire Deville pouvait se fondre et se couler sans s’oxyder, qu’il se travaille bien, en un mot qu’il est un métal industriel. Si l’attention, ajoutait Dumas, ne s’était pas portée plus tôt sur l’aluminium, c’est que d’après les travaux de Wœhler, de 1827 à 1846, l’aluminium résistait sans fondre à la température d’un essai de fer; aussi est-on en droit de croire que l’aluminium réfractaire de Wœhler diffère de celui préparé par Henri Sainte-Claire Deville parce que ce dernier est pur.
- Fort ému de cette réclamation, que Wœhler n’avait pas cependant osé formuler personnellement, Sainte-Claire Deville fit frapper, avec l’un des premiers lingots qu’il obtint, une médaille sur laquelle était l’inscription suivante, entourant la tête du chimiste allemand, — A Wœhler, l’inventeur de l’aluminium, 1827. — Toutes les lignes que le grand savant français a consacrées dans son livre (1) à l’historique mériteraient d’être citées, pour montrer son exquise modestie, caractéristique de nos savants, et l’opposer à la « Kultur » tapageuse, qui publie sans relâche, afin de pouvoir toujours affirmer une priorité, dans tous les domaines de la science.
- « Je dirai avec plaisir que je considère comme une fortune inespérée d’avoir pu faire quelques pas de plus dans une voie qu’a ouverte l’illustre successeur de Berzelius en Allemagne. Il fallait, en effet, que la question présentât des difficultés d’un ordre tout spécial pour qu’elle ne sortît pas épuisée des mains de M. Wœhler; et tout ce que j’ai vu de plus que lui, et c’est peut-être bien peu de chose, vient de ce que j’ai opéré sur des masses plus considérables de métal que les travaux de MM. Brunner, Mitscherlich, Donny et Mareska, sur le potassium, m’ont seul permis de me procurer. »
- Et l’aluminium classé par Sainte-Claire Deville au rang des métaux industriels sert surtout aux Allemands!! Nicolas Flamel.
- Docteur ès sciences,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- 1. De l’aluminium. Mallet-Bachelier, 1859, p. 3 et p. 17.
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- LES FLÈCHES EMPOISONNÉES
- Il est assez curieux de constater que les Germains, avec le peu de scrupules qu’ils apportent à la guerre, n’aient pas encore fait appel, pour détruire les alliés, aux armes empoisonnées qu’emploient ou ont employées longtemps lesjpeuplades sauvages. Si l’utilisation des flèches qu’elles supposent a une portée assez restreinte; par contre les substances toxiques qu’elles permettent d’employer sont très variées : c’est ce qui résulte d’une savante étude que MM. Em. Perrot et Em. Yogt (*) viennent d’effectuer et qui éclaire singulièrement la question, jusqu’ici horriblement embrouillée.
- Les flèches empoisonnées sont employées par les sauvages contre les peuplades ennemies et, surtout, dans la chasse des animaux. Elles doivent leurs propriétés toxiques, suivant les cas, à des venins animaux, aux produits de la putréfaction, à de véritables cultures bactériennes, et, dans la majorité des cas, à des sucs végétaux. Avec un flair étonnant on, plutôt, par une sélection longuement poursuivie, les pmplades primitives ont su découvrir, précisément, les plantes les plus vénéneuses de leur région et s’en servir pour empoisonner leurs engins de jet. Il est aussi à remarquer que tous les poisons utilisés par eux agissent très vite, de manière à paralyser Pennemi ou le gibier, presque instantanément, de manière à les mettre à leur merci. Dans ce but, lesdits poisons, quelle que soit leur origine, présentent ce caractère commun d’agir sur les fonctions essentielles de l’organisme ; comme le remarque M. Glejvce sont des substances arrêtant le cœur o.u„ abolissant l’activité du système nerveux, soit qu’elles provoquent des convulsions violentes, soit qu’elles paralysent les centres ou les nerfs moteurs.
- 1. Poisons des Flèches et Poisons d’Epreuve, Vigot, édit.
- En Afrique, les plantes employées pour l’empoisonnement des flèches sont très nombreuses, mais les plus fréqtientes sont les « Strophantus », les « Acocanthera » et les plantes xérophiles.
- Les « Strophantus » sont employés dans tout l’Ouest africain, depuis la Guinée jusque dans l’Angola, et, à l’Est, dans la région du Zambèze. Les peuplades de l’Ouest africain jusqu’à la Nigeria inclusivement se servent surtout du « Strophantus hispi-dus » ; celles du Cameroun et du Gabon, surtout du « Strophantus gratus », mais y ajoutent toujours divers ingrédients, tels que des têtes de serpents, du pétrissage de crapauds, des plantes à latex, du sangcorrompu, etc. Le mode de préparation diffère suivant les localités. En général, on fait bouillir dans de l’eau, pendant 24 à 30 heures, les fruits du Strophantus coupés en menus morceaux, puis on fait réduire le liquide jus-qu’à consistance épaisse. A ce moment on y trempe les fers des flèches, puis on les fait sécher au soleil. Quelques mois après, il est nécessaire de recommencer l’opération parce que l’enduit, à la longue, s’écaille et, en tout cas, perd de son activité. L’action du poison est très violente : la mort d’un homme arrive en 10 à 15 minutes. « Dans les 3 ou 4 premières minutes qui suivent la blessure, le malade ne paraît nullement incommodé, puis il s’agite, et surviennent des convulsions; à cette phase, le blessé î'ousse de grands cris et paraît souffrir beaucoup. Puis, tout cela s'apaise, le malade retrouve 2 ou 3 minutes de calme, pousse un soupir et meurt. » tA. Lahille.)
- Les « Acocanthera », qui fournissent le poison sagittaire aux tribus de la Somalie, sont des arbustes dont les feuilles et les branches peuvent être
- Fig. i. — Pointes de flèche : i, flèches africaines; 2, flèches océaniennes (Nouvelle Guinée); 3, flèches sud-américaines ; 4, pot à curare de Colombie; 5, pot à curare de la Guyane; 6, tube à curare, en bambou du Brésil.
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- LES FLÈCHES EMPOISONNEES
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- Fig. 2. Strophantus hispidus.
- sert plutôt à la chasse. « C’est avec son aide qu’ils capturent les Autruches. Les chasseurs se tapissent dans de hautes herbes, dans lesquelles ils ont semé et jeté des graines préférées par les Autruches; celles-ci s’approchent sans défiance, et, au moyen d’un arc très petit, sans viser et à une simple portée, le Somali lance sur l’Autruche une petite flèche lonsue de 40 cm, dont le fer triangulaire et effilé, présentant deux ailettes latérales, se maintient bien dans la plaie. L’animal, non poursuivi par les chasseurs, s’éloigne tranquillement, puis tombe à une petite distance sous l’influence de l’absorption du poison. L’effet est rapide; souvent l’animal est simplement paralysé. » (Boinet.)
- !r Quant aux plantes « xérophiles », c’est-à-dire adaptées à la sécheresse, elles consistent surtout en ces volumineuses Euphorbes grasses rappelant
- les Cactus qui sont si curieux dans les régions désertiques, et dont, par des incisions, on extrait un latex, d’ailleurs assez peu toxique.
- Les poisons des flèches asiatiques et océaniens peuvent être classés en cinq groupes principaux : les Anémones, les Aconits, les Ipohs, les Poisons cadavériques, les Poisons microbiens.
- Les Anémones sont utilisées, faute de mieux, par les primitifs de l’extrême nord de l’Asie septentrionale, où la flore est très pauvre. On y trouve les Anémones « altaica », « parviflora », et même des espèces de France, comme F « Anémone
- Fig. 3. Acocanthera schimperi.
- broutées sans inconvénient par les animaux, mais dont les alcaloïdes sont, par contre, très toxiques quand ils pénètrent dans une plaie. Pour préparer le poison, le «waba », comme ils l’appellent, les Somali se servent de la racine. « Ils coupent le bois en menus morceaux et le font bouillir avec de l’eau, dans des marmites en terre, pendant des heures et même des journées, jusqu’à ce que l’extrait ait la consistance de la poix. Certains ajoutent d’autres substances toxiques, comme des têtes de serpents venimeux, mais ces additions ne paraissent pas augmenter beaucoup la toxicité de l’extrait. Pour essayer la force du poison, le préparateur se fait une égra-tignure au bras, de manière à faire couler le sang; puis il tient une parcelle de waba à la partie inférieure du petit flot de sang. Si la coagulation de ce dernier se fait de bas en haut, le poison est regardé comme bien préparé. On en enduit alors les pointes des flèches en fer, qu’on enveloppe ensuite avec des lanières de peau de chèvre ou des fibres ^végétales, pour éviter que le poison ne se détache. Ces lanières ne sont enlevées qu’au moment de se servir des armes.
- Quand les Somali se piquent accidentellement avec une flèche, ils circonscrivent aussitôt la plaie par une profonde incision et enlèvent la partie atteinte. Comme antidote, les Somali utilisent le waba lui-même en en plaçant un peu sur la langue. Pour cet usage, ils en portent toujours une petite quantité sur eux, tout au moins quand ils sont en guerre. » (Perrot et Vogtj. Le poison
- Fig. 4. Strychnos toxifera.
- Fig. 5. Euphorbia cereiformis.
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- 78 r;. —.... LE ZUYDERZÉE ET LA HOLLANDE
- ranunculoides », que l’on peut, par exemple, cueillir à Fontainebleau. « Les blessures sont incurables et deviennent sur-le-champ livides; la chair s’enfle autour de la plaie, et, au bout de deux jours, le malade méurt infailliblement, à moins qu’on ne retire le poison en suçant la plaie » (Krachenini-kow).
- Les Aconits constituent des plantes de prédilection pour les Asiatiques recherchant des poisons sagittaires. On a signalé leur emploi au nord de l’Inde, du Cachemire, à travers le Népaul, le Sik-kim, le Boutan, l’Assam, la Birmanie; jusqu’au Yunnan et au Setchouan : l’espèce la plus recherchée, dans ces contrées, est Y « Aconitum ferox ». Les indigènes s’en servent surtout pour attaquer les Éléphants et les Buffles. Les premiers meurent en quelques heures et les seconds presque instantanément; les chasseurs se contentent de retrancher la partie blessée et ils consomment le reste de l’animal sans être incommodés.
- Les poisons de flèches, connus, sous le nom général d’Ipohs, sont des extraits très complexes, qu’utilisent les Aborigènes de la presqu’île de Malacca et de la plupart des îles de la Malaisie; la base en est généralement formée par lè Jatex de 1’ « Antiaris toxicaria », parfois remplacé par des « Strychnos », voisins.de la Noix vomique, et renfermant de la strychnine.
- Dans plusieurs tribus de l’Asie septentrionale, comme une partie des sauvages insulaires de la Mélanésie et de Polynésie, on a l’habitude de plonger les armes dans des cadavres en putréfaction.
- Enfin, pour avoir terminé ce qui a trait aux Asiatiques et aux Océaniens, disons que les Mélanésiens trempent leurs flèches et leurs sagaies dans la vase des marais pestilentiels dans le but, dont ils ne se rendent d’ailleurs pas compte,'de les enduire de cultures microbiennes. « Cette terre, comme l’a constaté Le Dantec, contient deux microbes pathogènes, le Vibrion septique et le Bacille du tétanos. La dessiccation au soleil tue rapidement le Vibrion septique. Il ne reste donc que le Bacille de Nicolaïer, qui, grâce à ses spores, peut résister des mois et peut-être des années. Le poison s’atténuant de plus en plus, les
- vieilles flèches finissent par devenir inoffensives. Cette diminution progressive de virulence caractérise' les flèches de l’Océanie. Si les flèches sont anciennes, le Vibrion septique peut avoir disparu, ët elles donneront le tétanos aux animaux en expérience. Si elles sont récentes, le Vibrion septique peut persister dans le poison et provoquer une septicémie mortelle au bout de 12 à 15 heures. »
- Dans le Nouveau Monde, les naturels de l’extrême Nord, qui ont la même origine et les mêmes coutumes que ceux de l’Asie septentrionale, se servent également des mêmes poisons sagittaires que ces derniers, et, notamment, du suc des Anémones.
- Les tribus indiennes qui vivent au sud des Etats-Unis, au Mexique et dans l’Amérique Centrale, empoisonnaient leurs flèches avec les produits de putréfaction, auxquels ils associaient, et, parfois, employaient seuls, des venins animaux.
- Mais, c’est surtout dans l’Amérique du Sud que les poisons de flèches sont employés : ils sont extraits d’un Strychnos à curare, substance extraordinaire qui paralyse les mouvements sans entraîner la mort. « Cette liane, coupée en tronçons et broyée, donne un suc laiteux abondant et très âcre. Les tronçons écrasés sont mis en macération dans de l’eau pendant 48 heures ; puis on exprime et on filtre soigneusement le liquide, qui est soumis à une lente évaporation jusqu’à concentration convenable. Alors, on le répartit dans plusieurs petits vases de terre, qui sont eux-mêmes placés sur des cendres chaudes, et l’évaporation se com tinue avec plus de soin encore. Lorsque le poison est arrivé à la consistance d’extrait mou, on y laisse tomber quelques gouttes de venin recueilli dans les vésicules des serpents les plus venimeux, et l’opération se trouve achevée, lorsque l’extrait est parfaitement sec. Dans cet état, et préservé du contact de l’air humide, le curare peut se conserver, à ce qu’assurent les Indiens, pendant un temps indéfini. » (Goudot).
- Le curare ne sert plus guère, aujourd’hui, en Amérique, qu’à empoisonner les fléchettes lancées à la sarbacane et destinées à tuer les animaux sauvages, les Oiseaux en particulier.
- v-;i : Henri Coupin.
- LE ZUYDERZÉE ET LA HOLLANDE
- La Hollande, par sa position géographique, joue dans la «uerre actuelle un rôle particulièrement délicat. Seule voie par laquelle les Allemands peuvent espérer pouvoir se ravitailler, elle forme un îlot perdu au milieu de la tourmente.
- Non moins résolue que la Belgique à défendre par tous les moyens son indépendance contre l’Allemagne acculée, elle n’a pas hésité à envisager, comme un moyen suprême, la rupture des digues qui contiennent la mer et l’inondation de tout le territoire patiemment conquis sur les flots.
- La possibilité de cette mesure héroïque, à laquelle les Belges ont déjà eu recours, a ramené l’attention sur la question de l’assèchement des polders et des lacs intérieurs, plutôt que des mers, qui donnent à la Hollande son aspect caractéristique.
- Parmi les projets les plus importants auxquels l’opinion publique s’est passionnément attachée en Hollande figure, l’assèchement du Zuyderzée.
- Nombreux sont les projets qui, depuis 1849, ont été étudiés et discutés, mais sans qu’on ait pu aboutir à une solution définitive.
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- LE ZUYDERZÉE ET LA HOLLANDE —..—.. 59
- Entre temps, le DrLely, ingénieur du Waterstaat, prépara un projet qui, après examen d’une Commission royale, fut approuvé, en 1894, par cette Commission, mais n’eut pas de suite immédiate. C’est ce projet que nous allons décrire brièvement qui vient d’être repris et soumis aux Etats généraux.
- La principale difficulté du projet est la construction du barrage en sable de 29 400 m. de longueur devant relier Wieringen, en Nord-Holland, à Flamm, dans le Friesland, et isoler ainsi une partie du Zuyderzée de la mer du Nord (V. fig.). Ce barrage doit être construit dans une profondeur d’eau qui est, en moyenne, de 3 m. 60 au-dessous des basses mers, sauf dans l’Amsteldiep, entre Wieringen et la province de Nord-Holland où la profondeur d’eau atteint 10 mètres.
- La crête de ce barrage doit être à 5 m. 40 au-dessus des hautes mers. Une ligne de chemin de fer à double voie et une voie carrossable seront installées sur cette crête et du côté du Zuyderzée. Toutefois, avant d’entreprendre la construction de ce barrage le sol sur lequel il doit reposer devra être consolidé afin d’éviter les érosions au mo -ment de la fermeture de ce barrage lors de son achèvement.
- Trente-trois vannes régulatrices d’une longueur cumulée de 300 m. seront installées à l’extrémité de ce barrage, près de l’île de Wieringen.
- Elles ont pour but de régulariser le niveau'- de l’eau dans le lac ainsi formé en amont du barrage. De plus, près de ces vannes, deux écluses à sas, une grande et une seconde plus petite, permettront le passage des navires entre la mer du Nord et le Zuyderzée ou inversement.
- Comme le montre la figure, on se propose d’assécher, en amont de ce barrage, quatre polders :
- Le premier, celui du Nord-Ouest, d’une superficie de 24 500 hectares, dont 21 000 en sol argilo-sableux.
- Le second, celui du Sud-Ouest, d’une superficie de 35 500 hectares, dont 31 500 en sol argilo-sableux.
- Ces deux polders confinent à la Nord-Holland.
- Le polder Sud-Est qui touche à la province de Gelder-land a une superficie de 121 200 hectares, dont 103 500 sont en sol argilo-sableux.
- Enfin, le polder Nord-Est qui touche à la province de Friesland a une superficie de 57 200 hectares, dont 56 000 sont en sol argilo-sableux.
- La surface totale de ces polders sera donc de 238 000 hectares, dont 211800 seront en sol argilo-sableux. Cette superficie de terre fertile représente une surface égale à onze ou douze fois celle obtenue lors du dessèchement du lac de Harlem.
- Le niveau des polders se trouvera à 4 m. 50 au-dessous du zéro de l’échelle d’Amsterdam, c’est-à-dire à une profondeur un peu moins grande que celle du polder de Harlem.
- Un lac, la mer d’Yssel, d’une superficie.de 261 200 hectares sera conservé entre ces quatre polders. Ce lac dont le fond est de sable et, par suite, peu fertile, doit servir de réservoir pour les eaux de la rivière Yssel et de celles des autres rivières qui ont leur débouché dans celui-ci.
- Sa surface doit donc être suffisante pour obtenir ce résultat, sans une trop grande variation dü niveau des eaux, même lorsque les marées s’opposent à l’écoulement des eaux du lac dans la mer du Nord par les vannes de Wieringen. - ,
- Dans ces conditions, la mer d’Yssel deviendra un lac d’eau douce au grand bénéfice des provinces dont il baigne les rives.
- Pendant l’été, en effet, une partie de la province de Nord-Holland doit s’alimenter avec les eaux saumâtres
- du canal de la mer du Nord et, l’autre partie, celle du Nord, avec les eaux salées du Zuyderzée. Ces eaux sont pernicieuses pour le bétail et pour la fabrication du fromage.
- Pendant cette même saison la province de Friesland n’a aucune alime ntation en eau douce.
- Par suite du défaut d’herbages et d’eau, le bétail doit rester dans les étables au grand détriment de la production du lait. Il n’êst pas douteux que les eaux douces de la mer. d’Yssel, dont le niveau, sera maintenu à une hauteur relativement constante, obvieront à ces graves inconvénients.
- On estime à 33 années la durée des travaux dont 9 pour la construction du barrage. Quant à la dépense totale on estime qu’elle atteindra la somme de 375 millions de francs, y compris celle résultant de la défense militaire, celle due aux dragages qu’il y aura lieu de faire dans la mer d’Yssel et celle due aux indemnités à donner aux pêcheurs. Quant aux frais annuels d’entretien on pense qu’ils varieront entre 12 et 14 millions de francs.
- Les terres^ des polders ainsi desséchés seront la propriété de l’Etat qui, ensuite, les revendra par lots sur des bases qui ne; sont pas encore arrêtées.
- Comme nous l’avons dit, ce projet, dont l’utilité est incontestable et rendra un grand service à la population hollandaise, a été soumis aux États généraux. Reste à savoir si lés circonstances actuelles en permettront la réalisation prochaine.
- R. Bonmn.
- Vue à vol d'oiseau du Zuyderzée indiquant les travaux en projet.
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- TRAINS AUTOMOBILES AVEC ROUES A RAILS MOBILES
- La campagne d’hiver 1914-1915 de la guerre actuelle a montré quelles difficultés inouïes il y avait à surmonter pour le ravitaillement, en vivres et munitions, des masses énormes de troupes.
- Le passage sur des routes, défoncées par des pluies incessantes, des interminables convois a été des plus laborieux; mais lorsqu’il fallait quitter les routes, si mauvaises fussent-elles, pour atteindre les dépôts de vivres et de munitions souvent cachés dans les bois, les difficultés devenaient presque insurmontables.
- Le train automobile, représenté ci-dessous, a été utilisé en Australie dans le but de transporter de lourdes charges dans une région où il n’existe pas de routes et a été construit par laWilfleyC0 de Londres.
- Les contrées comprennent de grandes étendues de
- le camion et 25 pour la charge dudit camion. Les autres 10 tonnes étaient placées sur la plate-forme arrière du tracteur où se trouvait aussi la cabine pour les deux hommes composant le personnel du train.
- Les roues sont munies de séries de chemins-porteurs faisant l’office du rail continu. Le dispositif est entièrement nouveau. La roue est divisée en deux parties par une bride centrale.et quatre porteurs sont montés à 90° siir chaque partie. Chaque porteur a une surface suffisante pour supporter la charge et est fixé par trois câbles, deux attachés en avant, le troisième en arrière, au moyen de crochets et d’yeux. Lorsque la roue tourne, une section de la première partie repose sur le solet supporte le poids du tracteur, et une section de la deuxième partie quitte le sol pendant que la section voisine com-
- Train automobile à rails mobiles utilisé en Australie.
- sable, de sol friable d’où émergent des monticules pierreux; la roue à rails mobiles a permis de surmonter ces difficultés ; elle a d’abord été employée pour niveler des landes et préparer le sol pour les agriculteurs. La machine à vapeur munie de telles roues remorquait derrière elle des rouleaux de 1 m. 50 à 1 m. 80 de diamètre et de 12 à 16 m. de largeur ; le poids de ces rouleaux atteignait environ 10 tonnes. Ce procédé, employé par les gouvernements de l’Australie-Ouest et de Victoria, a montré quelle stabilité donnait aux roues l’adaptation de rails mobiles.
- Le tracteur a été construit pour la Compagnie de mines de Mont Gunson pour ses gros transports. Les mines sont situées à environ 150 km de Port-Augusta.
- Il était nécessaire que le tracteur emportât son combustible et son eau pour un voyage aller et retour d’environ 500 km. Le train était construit pour porter une charge de 55 tonnes de matériel divers. Le poids total atteignait 68 tonnes dont 25 pour la machine et ses approvisionnements, 8 pour
- mence son contact qui devient parfait lorsque le porteur correspondant commence à se relever.
- Les roues motrices ont 2 m. de diamètre et 1 m. de largeur et il y a deux séries de rails à chaque roue.
- L’usure des câbles et de leurs connections est raisonnable parce que il n’y a aucun effort pendant les périodes où le rail n’est pas en contact avec le sol. îNalurellement la vitesse est faible (4 km. environ à l’heure), mais on peut transporter des charges énormes dans les terrains les plus désavantageux.
- Le moteur a 2 cylindres et une puissance de 40 chevaux. Le voyage d’essai a été de 400 km avec une consommation de 1500 litres de benzine.
- Le coût total, comprenant graissage, combustibles et salaires, a été de 0 fr. 25 par tonne-kilomètre, tandis que dans ces pays le transport par chevaux ou à dos de chameau revient à 1 fr. environ par tonne-kilomètre. On voit donc quels avantages résulteraient pour les services de la guerre de l’emploi d’un pareil procédé de transport dans les régions dévastées. L. Bayette.
- Le Gérant : P. Massok. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N' 2184.
- 7 AOUT 1915.
- LA GRANDE PÊCHE AU CHALUT
- Les dangers que les sous-marins allemands font courir aux bateaux se livrant à la grande pêche, ont attiré l’attention du public sur les petits navires à qui est aussi dévolu un rôle très important en cas de guerre, comme le prouvent tous les jours les comptes rendus de nos opérations navales aux Dardanelles.
- Ces bateaux pratiquent la pêche au chalut, d’où le nom de chalutiers sous lequel ils sont universellement connus (trawlers en anglais). Les chaluts sont constitués par de grands sacs triangulaires dont les mailles sont plus ou moins serrées, suivant la taille des poissons pêchés. Le filet, remorqué par le bateau, est traîné sur le fond ou, plus rarement, entre deux eaux et même à la surface.
- La flotte chalutière française comprend environ 250 vapeurs. C’est en Angleterre que ce genre de bateau s’est surtout développé; les ports de Hull, Grirnsby, Aberdeen, Leith, Loweshoft, etc., mettent en ligne plusieurs milliers de chalutiers à vapeur ou à moteur. C’est cependant en France qu’existent
- Les navires employés, tous à hélice, sont généralement en acier et jaugent de 200 à 600 tonneaux bruts, soit 550 à 1050 tonneaux de déplacement. L’équipage comporte de 20 à 40 hommes ; la machine verticale alternative à vapeur qui actionne le propulseur a une puissance de 400 à 800 chevaux indiqués. Dans ces dernières années, on a construit, surtout en Hollande et en Danemark, un grand nombre de chalutiers dont l’hélice est commandée par un moteur à combustion interne ou à gaz pauvre.
- Fig. i.
- Chalutier Anthony-hope {de Hull).
- les plus beaux et les plus grands chalutiers et nous décrirons de préférence des bateaux construits sur nos chantiers nationaux, à Dunkerque, à Nantes, au Havre, à Boulogne, etc. En effet, une loi bienfaisante a prescrit que les chalutiers neufs devaient être aménagés de manière à assurer aux hommes du bord des conditions parfaites d’hygiène.
- Nos navires à vapeur de grande pêche sont très solides, munis de fortes machines leur assurant une vitesse de 10 à 12 nœuds, éclairés à l’électricité et chauffés à la vapeur. Quelques-uns sont munis d’installations frigorifiques et d’appareils de T. S. F. On a en France une tendance heureuse à employer des chalutiers de grandes dimensions déplaçant environ 1000 tonnes. Un des plus beaux de nos chalutiers français est Y Élisabeth-Marie construit en 1915 par les ateliers et chantiers de Bretagne (Nantes) pour le compte de la Société Nou-
- 6. — 81
- 43e Année.
- 2* Semestre.
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- LA GRANDE PÊCHE AU CHALUT
- velle des Pêcheries à vapeur d’Arcachon qui l’emploie pour la pêche de la morue sur les bancs de Terre-Neuve et en Islande.
- U Élisabeth-Marie est un des premiers chalutiers français construits suivant le système « Isherwood ». Grâce à l’adoption de ce mode d’établissement de la coque, ce navire présente une solidité remarquable, et particulièrement précieuse, car il est appelé à naviguer au milieu des glaces par tous les temps.
- La coque, entièrement construite en acier, a 57 m. 20 de longueur totale (53 m. 20 entre perpendiculaires), 8 m. 50 de largeur maxima et 4 m. 70 de creux au pont principal (4m. 95 au pont surélevé). En charge,
- YÉlisabeth-Marie déplace 1070 tonneaux avec un tirant d’eau correspondant de 5 m. 12 à l’arrière; la jauge brute peut être évaluée à 650 tonneaux. La quille est constituée par une bande de tôle, haute de 205 mm avec 50 mm d’épaisseur. La coque est divisée en six compartiments étanches par cinq cloisons transversales. Une réserve d’eau de 50 tonnes est contenue dans le double fond et assure au navire le maintien facile des meilleures, conditions de navigabilité. Il existe un seul pont surélevé de 25 cm, depuis l’àvant du rouf, jusqu’à l’arrière.
- L’hélice, à quatre ailes, a un diamètre-de 3 m. et 5 m. 15 de pas; elle est actionnée par une machine verticale type pilon, à triple expansion, pouvant dè'vélopper une puissance de 800 chevaux indiqués. Les trois cylindres IIP, MP et BP ont respectivement les diamètres de 590 mm, 630 mam et
- 1 m. 020, avec une course commune de 660 mm. Le cylindre BP échappe dans un condenseur par surface de 95 mètres carrés.
- L’hélice tournant à 155 tours imprime au navire une vitesse de 11 nœuds.
- La vapeur à 12 kg est fournie par une chaudière cylindrique, type marine, en acier ' doux, à une seule façade. Les trois foyers ont une surface de grille totale de 7 m2 12. La chaudière, dont la surface de chauffe est de 215 m2, fonctionne au tirage naturel et les foyers évacuent dans une cheminée dont le sommet débouche à 15 m. au-dessus des grilles.
- Le navire est entièrement éclairé à l’électricité au moyen d’une dynamo de 9 kilowatts qui débile du courant continu à 110 volts. Parmi les machines auxiliaires, signalons de puissantes pompes de cale ayant un débit horaire de 50 tonnes. L’équipage est de 32 hommes logés dans deux postes séparés situés l’un dans le gaillard, l’autre immédiatement au-dessous du premier sous le pont principal.
- Dans le grand rouf, sur le pont principal, on trouve à l’avant la chambre du patron de pêche, le carré des officiers et la cuisine; à l’arrière sont deux cabines pour le premier mécanicien et son second ; à l’arrière, sous le pont, existe un poste à quatre couchettes. Sur le grand rouf sont installés la chambre du capitaine, le poste de télégraphie sans fil et la cabine de l’opérateur. Les trois embarcations de sauvetage sont du type ordinaire, dit des pêcheries.
- L’état-major et l’équipage disposent donc d’amé-
- J ouïe trains rerjTk
- Tunnel de.
- Fig. 4. — Le vapeur de grande pêche Afrique construit par les chantiers Baheux frères.
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- LA GRANDE PÊCHE AU CHALUT
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- nagements spacieux • et confortables, condition indispensable à remplir quand il s’agit d’établir un grand chalutier destiné à une navigation aussi dure.
- Les cales à poissons et à engins de pèche n’ont d’ailleurs pas été sacrifiées et sont très vastes pour un navire de cette classe.
- On remarque, d’après notre photographie, les formes fines et élégantes de Y Élisabeth-Marie qui est cependant un navire très solide, susceptible de résister aux gros temps, tout en étant un rapide marcheur. Son avant présente un aspect fin et puissant qui rappelle ceux des plus beaux paquebots à voyageurs. . ' •
- MM. Baheux frères, de lloulogne-sur-Mer, ont également construit, notamment pour le comptoir Poret et Lobey, un certain nombre de chalutiers de 1000 à 1100 tonnes ayant environ 50 m. de longueur et actionnés par des machines à vapeur développant de 650 à 750 b
- chevaux (Portugal, ~ ^
- Afrique, N or cap er,
- Amérique, Europe).
- Tous ces grands chalutiers pêchent en Irlande de février à juin (morue salée), à Terre-Neuve de juillet à la mi-octobre (morue salée), et au Maroc de la mi-octobre à fin janvier (pêche fraîche glacée dans la baie d’Agadir) . Contrairement aux goélettes, les chalutiers à vapeur fonctionnent constamment et embarquent les produits de leur pêche sur des voiliers, dits chasseurs, qui les transportent en Europe : ils ne rapportent à leur port d’armement que leur dernière pêche pour repartir aussitôt sur de nouveaux bancs. Cette rotation continue entre les divers lieux de pêche, assure aux chalutiers à vapeur une excellente utilisation, rendue nécessaire par leur prix d’achat élevé qui varie de 400000 à 500000 francs. Les chaluliers sont très bien commandés et tout l’équipage touche une part d’intérêt (1 pour 1000 à 4 pour 100) sur le produit net de la vente du poisson. Les matelots gagnent ainsi de 1500 à 3000 francs par an; les patrons de pêche se font de 6000 à 12 000 francs.
- L’équipage comporte en général un patron et un sous-patron de pêche, des matelots, un chef mécanicien aidé d'un soutier et de plusieurs chauffeurs.
- L’engin de grande pêche le plus employé est le chalut dit à plateaux, formé d’un grand sac triangulaire profond d'une trentaine de mètres. Ce sac comprend trois éléments : le dessous ou ventre frottant sur le fond, les côtés ou ailes, et le dessus ou dos. Le ventre est renforcé, par des fils supplémentaires intercalés entre les mailles afin de parer
- aux déchirures que pourrait causer le frottement sur le fond.
- A l’extrémité du sac est un réceptable (cul), en mailles fines, dans lequel le poisson s’accumule en y pénétrant par le tambour, sorte de filet conique intermédiaire qui laisse pénétrer le poisson et s’oppose à sa sortie. Le navire remorque le chalut au moyen de deux câbles en acier nommés funes, déroulés par un treuil placé sur le pont dans la partie médiane du navire. Le filet est fixé à une ralingue dont une partie renforcée porte le nom de ralingue de dos (ou raban de dos). A chaque" extrémité de la ralingue sont maillés des plateaux en bois de 3 m.xl m. 40 qui -servent de point d’attache aux funes. Le chalut est muni d’un bourrelet constitué d’un câble d’acier garni d’une chaîne, fourré de chanvre et affectant la forme d’un arc de cercle; on place ce bourrelet à la partie inférieure de l’ouverture du chalut et on y ajoute, quelquefois, des rouleaux d’orme qui permettent
- au chalut de rouler sur le fond pour franchir plus facilement les obstacles.
- Les chalutiers sont munis sur chaque bord de deux jeux complets de chaluts dont les plateaux sont suspendus par les funes passées dans des poulies à émerillons fixées sur des potences (fig. 7). En pratique, on ne mouille à la fois qu’un seul chalut, supposons par exemple que ce soit le chalut de droite.
- La première fune partant du tambour de gauche du treuil est guidée par deux rouleaux verticaux N et passe successivement dans une poulie de retour située au pied de la potence de droite, puis dans la poulie à émerillon de cette potence; de là elle retourne vers l’arrière, longe la lisse du navire de F en O et passe finalement par le chien de rapprochement des funes D. •
- La deuxième fune part du tambour de droite du treuil, contourne les rouleaux K et J, longe la lisse du navire de J à E, passe dans la poulie à émerillon B de la potence arrière de droite et aboutit au chien de rapprochement des lunes D. Ce chien est constitué par un cadre de fer articulé de
- ! Cuir
- Fig. 5. — Le chalut à plateaux : A, bourrelet (chaîne garnie de filets et de trous) (5 m. xo m. i5); B ^planches ou plateaux (3 m. X i m. 40); D, Raban, de ventre (filin de 20 mm); G, câbles d’acier de o m. 02 5; G, cul du chalut (filets doubles garnis en dessus de plusieurs doiibles de cuir); E, poche;
- F, tambour. . .. ;
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- LA GRANDE PECHE AU CHALUT
- 2 m. de côté et placé sur l’arrière en dehors de la lisse; il maintient les funes rapprochées à portée de la main d’un pêcheur expérimenté qui tâte constamment les funes afin de surveiller la marche du filet et d’éviter les avaries. S’il se produit des trépidations ou des secousses très fortes, cet homme fait ralentir ou stopper le navire.
- Pendant les grandes traversées, le chalut est rangé le long du bordage, le filet restant à l’intérieur sur le pont. Quand il est arrivé sur les lieux de pêche, le patron s’assure par de nombreux sondages que la profondeur et la nature du fond permettent de chaluter.
- Pour mettre les filets à l’eau, on stoppe la machine et on Jette au vent à la mer la poche de filet
- vilesse limite de sécurité permise avec les appareils de pêche.
- Le mouillage et le relevage des chaluts s’effectue au moyen de treuils mécaniques. Un treuil se compose de deux tambours tournant sur un arbre commun et pouvant être rendus fous sur cet arbre au moyen de deux débrayages. On emploie des treuils permettant diverses longueurs de drague suivant le modèle (500, 1200 ou 1800 m.). Un
- qui s’étale, ainsi que le plateau avant, en filant douze brasses de fune. On met ensuite le deuxième plateau à la mer et on file ensemble les deux funes de manière à mettre à la mer 24 brasses de chaque fune.
- Les plateaux s’écartent sous Faction de la faible vitesse restante du navire et la poche se gonfle. On fait ensuite machine en avant à la vitesse convenable pour que le chalut drague le fond sans se détériorer; on file les funes à la longueur qu’exi-
- Potence
- Fig. 6. — Chalutier à vapeur remorquant son chalut.
- cadre, placé à l’avant, est mû par un train à crémaillère et pignon portant des rouleaux verticaux avec guides pour les funes. De cette manière les brins se juxtaposent au fur et à mesure que les funes s’enroulent sur le tambour et cet enroulement s’opère régulièrement.
- Il existe des treuils dont le tambour admet jusqu’à 2000 m. de funes.
- La durée de la traîne (Iraict) varie de 5 à 6 heures suivant la profondeur du fond, les dimensions des chaluts employés et la saison.
- Pour remonter le chalut à bord, une fois le dragage terminé, on fait machine en arrière et on déclanche la poulie dans laquelle les câbles sont passés à l’arrière du navire.
- Après avoir débrayé le chien on met le treuil à la vitesse voulue pour enrouler les funes sans à-coups.
- Potence
- Fig. 7. — Disposition des funes (câbles de halage) sur un chalutier 'à vapeur.
- gent la profondeur du fond et la vitesse de la traîné.
- Le navire marche lentement pendant que les funes se déroulent, et, quand le chalut atteint le fond, il étale son ventre en écartant les ailes, grâce à la position verticale et oblique des plateaux.
- On choisit en général pour draguer au chalut des fonds dont la profondeur varie de 50 à 250 m. ; on drague surtout dans le sens des courants à une vitesse inférieure à 5 nœuds, ce qui est la
- On stoppe la machine et le navire décrit un demi-cercle : on hisse alors le chalut au vent le long du bord, le cul en bas, les plateaux touchant la lisse.
- On accroche, dès qu’on le peut, le croc de la verrine à un des parpaillots. Les parpaillots sont formés de quatre câbles qui rapprochent les ^mailles du filet près de son embouchure (goule)
- , comme les plis d’une jupe. On réalise de cette manière un sac fermé que l’on hisse au moyen
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- LA GRANDE PÊCHE AU CHALUT
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- A) Le navire après être venu vent arrière décrit un demi-cercle.
- Fig. 8. — Différentes phases du releOage du chalut.
- B) Le navire vient debout au vent mouillé pour ainsi dire sur son chalut.
- C) Le navire tombe en travers au vent et le chalutest halé auvent.
- E) Fermeture au moyen de parpaillots de la partie supérieure de la poche et hissage de cette poche au moyen d’un palan.
- F) Fin de l’opération. On détache le grelin fermant le fond de la poche et le poisson tombe sur le pont.
- d’un palan de flèche frappé à l’extrémité du mât.
- On défait les ligatures qui retiennent les mailles à la pointe de ce réceptacle et le poisson tombe sur le pont.
- Pour pêcher le maquereau, on marche sur le fond, à la vitesse de cinq nœuds, en filant très peu de câble, pour que le chalut ne pèse pas trop sur le fond, car le maquereau ne s’y tient pas complètement. Pour certaines espèces de fond (soles, raies, dorades, etc.) on file au contraire beaucoup de câble.
- Dans la pêche à la morue on peut soit traîner le chalut sur le fond, soit draguer entre deux eaux.
- Le remontage du chalut est une opération délicate et doit être effectué avec précaution.
- En effet, pour certains grands chaluts à plateaux l’effort à produire au relevage dépasse 2000 kg (profondeur de 250 m.), car on remonte, outre le poisson, un grand nombre de pierres arrachées au fond.
- La bonne vitesse de dragage correspond à environ trois milles à l’heure pour les fonds habituels de 100 m. environ.
- On estime la vitesse au moyen de bouées repères, car le loch, influencé par les courants, comme le navire lui-même, ne fournit que des indications vagues.
- Le relevage des mines sous-marines est analogue à la pêche au chalut et le remontage des engins exige dans ce cas spécial d’infinies précautions. Les alliés disposent heureusement, dans les Dardanelles, d’une très belle flottille de puissants chalutiers qui peu à peu ont purgé la mer des mines et des torpilles dormantes dont ces parages étaient infestés. Les chalutiers qui n’ont pas été réquisitionnés ont également une importante besogne à remplir, car ils alimentent de poissons frais les marchés des grandes villes anglaises ou françaises; ils apportent ainsi un précieux concours au difficile problème de l’alimentation des armées et des populations civiles en temps de guerre.
- Les figures 6, 7 et 8 de cet article sont extraites de La technique des grandes pèches maritimes, par G. Massenet. (Challamel, éditeur, Paris.)
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- LES JOUETS FRANÇAIS
- La vente annuelle des jouets en France monte environ à la somme de 40 millions de francs sur lesquels le bénéfice du détaillant est d’environ 50 pour 100. Les fabricants encaissent donc une somme de 26 à 27 millions de francs. D’autre part, l’Allemagne a importé en France, en 1913, des jouets pour une somme de 8,5 millions de francs, soit à peu près le tiers de notre consommation annuelle. 11 n’est donc pas vrai de dire, ainsi que le fait remarquer M. d’Avenel dans un article fort intéressant de la Revue des Deux Mondes j1) e. comme on le répète souvent, que tous nos jouets viennent d’Allemagne. Celle-ci, il est vrai, fabrique annuellement pour 190 millions de francs de jouets, c’est-à-dire dix fois plus que nous, mais elle en exporte la plus grande partie aux États-Unis, en Angleterre, dans les colonies britanniques et en Australie. Nous ne sommes donc qu’un de ses moindres clients. En dehors de l’Allemagne nous importons pour 1,5 million de francs de jouets dont les raquettes et balles de tennis venant d’Angleterre forment la plus grande part. C’est donc pour 16,7 millions de francs que nous fabriquons de jouets, c’est-à-dire environ 65 pour 100 de notre consommation. Cette production est déjà importante et il y a tout lieu de penser que l’essor qui, depuis quelques années, commence à se produire, s’accentuera davantage après la guerre et que nous cesserons complètement d’être tributaires de l’Allemagne.
- Certains objets tels que les dés, les dominos, les jetons et la tabletterie d’os sont fabriqués chez nous depuis le xvne siècle et Méru-sur-Oise, qui est le marché central, y occupe 5 à 4000 ouvriers et le travail ne cesse d’y progresser.
- Nous pouvons également citer la fabrication du bébé, créée en 1875, par Jumeau, perfectionnée par lui et qui, à l’Exposition de 1889, fut reconnue sans rivale. Malheureusement son prix était élevé et la concurrence allemande se fit aussitôt sentir à tel point que l’exportation aux États-Unis diminua de moitié en quelques années. C’est alors que, pour lutter, les principaux fabricants de Paris fondèrent, en 1900, un trust sous le nom de Société' française de Bébés et Jouets, société qui, en 1913, occupait 2000 ouvriers, faisait pour 5 millions d’affaires et distribuait un dividende de 9 pour 100. Cependant, elle se trouvait toujours dans l’obligation d’importer d’Allemagne pour 1 million de francs de matières premières et de marchandises. C’est de cette obligation qu’il fallait, s’affranchir. Ainsi le carton pour le corps et les pieds du bébé est bien meilleur marché en Allemagne qu’en France. Grâce à une modification dans la préparation de la matière première et à la transformation complète d’une ma-
- 1. Yov, le numéro de la Revue des Deux Mondes du 15 mai 1915 : Jouets français contre jouets allemands, par d’Avenel.
- chine bavaroise, l’usine de Montreuil a pu accroître la production et, par conséquent, diminuer le prix. Un ouvrier qui, auparavant, faisait 24 corps de bébés à l’heure en fait aujourd’hui 400. Aussi, pour éviter que le niodèle de cette ingénieuse machine soit pris par les Allemands au moment où ceux-ci menaçaient d’envahir Paris, on eut la précaution de la démonter complètement.
- Nous ne pouvons détailler tous les perfectionnements apportés par l’usine de Montreuil à la fabrication des différents éléments qui constituent le bébé Jumeau et que M. d’Avenel développe dans son article. Cependant nous ne pouvons passer sous silence les nouveaux fours construits par la Société des Bébés pour la cuisson du biscuit de porcelaine qui sert à la fabrication des têtes de bébés. Un ouvrier peut aujourd’hui couler 1200 à 1500 têtes jpar jour et, grâce à ce progrès, on pouvait penser que nous n’avions plus de rivaux à craindre. Malheureusement, notre kaolin, qui sert à la fabrication de ces têtes, cuit à une température de 200° supérieure à celle du kaolin employé en Allemagne, d’où accroissement de dépense de combustible et, par conséquent, de prix. Aussi est-ce dans ces conditions avantageuses que travaille, en Allemagne, en nous faisant une concurrence sérieuse, une usine importante installée à Sonnberg et qui appartient à une famille française dont le chef, vers 1830, était venu en Saxe-Meiningen.
- Les yeux de la poupée qui, autrefois, se faisaient en porcelaine émaillée, puis ensuite en verre plein, se font aujourd’hui en verre spécial suivant des procédés perfectionnés qui font qu’à l’usine de Montreuil, trois ouvriers en font aujourd’hui 14000 par semaine. Malgré cela, le prix de revient est encore chez nous supérieur à .celui obtenu en Allemagne, en Thuringe principalement, où le travail se fait en famille et où la femme qui s’en occupe se contente d’un salaire de 1 fr. par jour.
- Reste maintenant à revêtir le bébé d’un costume qui entre pour à peu près la moitié du prix de la poupée et qui occupe un monde d’ouvriers. Bottes et guêtres en peau, souliers en satin sont fournis par des cordonneries qui ne travaillent que pour la Société des bébés. Plus de 200 chemisières sont occupées dans ses ateliers pour la. fabrication des chemises depuis 8 fr. en surah et fine batiste jusqu’à 5 centimes la pièce.
- En présence de la concurrence internationale la question des centimes devient, comme on le voit, d’une importance capitale pour la vente des poupées, comme, du reste, des autres jouets. Depuis une quinzaine d’années le prix a baissé de moitié. Les deux types se rapportant aux grandes quantités se vendent 1 fr. 45 et 2 fr. 95, prix qui sont supérieurs à ceux de la mignonnelte allemande, par suite d’abord de l’extrême bon marché, en Allemagne, des tissus et, surtout, à cause de la tête en
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- COMMENT LES ALLEMANDS S
- porcelaine qui, pour les raisons indiquées plus haut, reviennent rendues franco à Paris à 1 fr. 50 la douzaine. La lutte contre les fabricants du Nuremberg est donc très âpre. Ajoutons, déplus, que tous les services de table pour poupées viennent également d’Allemagne. Espérons, comme le dit M. d’Avenel, que la Société des Bébés avec son expérience et ses grandes ressources pourra, après la guerre, doter la France d’une mignonnette française.
- Il nous faut donc, à tout prix, lutter contre la concurrence étrangère et la Ligue des jouets qui a été créée dans ce but a déjà commencé à obtenir des résultats importants en stimulant les doigts inventifs de nos ouvriers et de nos ateliers de famille. C’était, du reste, le but que désirait atteindre M. Lépine en créant, il y a quelques années, Y Association des petits fabricants et inventeurs qu’il soutint, au début, de sa bourse et qui, en 1912, avait 100 000 fr. de réserve. C’est parmi ces petits fabricants que se fournissent les camelots qui vendent le soldat français jonglant avec la tête de Guillaume, vente qui, sous différentes variétés, atteindra plus de 2 millions d’exemplaires. Quelques-uns même de ces petits fabricants ont fait fortune, comme l’inventeur du cri-cri qui, après avoir gagné 50000 fr. avec ce jouet, fonda une industrie de menus, objets en métal dont jusqu’ici Nuremberg avait eu le monopole et mourut dix fois millionnaire.
- La base du jouet en métal est, comme on sait, le fer-blanc. Or, ce métal qui est importé d’Angleterre, par suite des droits de douane, coûte 15 fr. plus cher par quintal en France qu’en Allemagne, différence très importante pour certaines usines comme celle des jouets de Paris qui en consomme annuellement 500 quintaux, et où le prix de revient de tous les objets en métal doit être établi à un centime près pour lutter contre la concurrence allemande. Ainsi, le prix de revient d’une locomotive, son tender et les deux voitures qui se vendenL vingt centimes doit être examiné avec autant de
- COMMENT LES ALLEMANDS
- La guerre actuelle fait une consommation si énorme d’explosifs, les résultals stratégiques ne pouvant être obtenus que par un déluge de projectiles, que la question de la fabrication de ces explosifs est devenue capitale. Or, tous les explosifs modernes, toutes les poudres nécessitent l'emploi d’acide azotique ou de nitrates pour leur préparation. . .
- Les poudres les plus ordinaires, les poudres noires, contiennent du salpêtre, c’est-à-dire du nitrate de potasse. Quant aux poudres sans fumée, ce sont des nitrocelluloses. Les explosifs, sans exception, sont, tous des dérivésnitrés : trinitroglycé-
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- soin que s’il s’agissait d’une locomotive valant 150 000 francs. Jusqu’ici nous sommes, en grande -partie, tributaires de l’Allemagne, pour tous les jouets en fer et, surtout, ceux mécaniques et scientifiques. Une grande partie de ces jouets sortent d’une usine de Nuremberg dont le propriétaire qui, avant la guerre, faisait plusieurs millions d’affaires, est un ingénieur français, sorli de l’École Centrale qui, venu en Allemagne, il y a trente-trois ans, s’y était fixé, ce qui ne l’a pas empêché, comme le dit M. d’Avenel, de venir à cinquante ans, avec ses deux fils, combattre dans les rangs de l’armée française, tandis que son usine était séquestrée.
- C’est donc le bon marché des jouets allemands qui nous tue et ce bon marché est surtout dû à l’extrême bas prix de la main-d’œuvre allemande. Dans les campagnes, autour de Sonnberg, des familles de huit à dix enfants travaillent à des prix de famine et fabriquent en bois blanc des poupées et des animaux de tous genres au prix de 50 centimes la douzaine.
- Nous pourrions avec M. d’Avenel citer d’autres articles qui nous viennent d’Allemagne et que, cependant, avec quelque effort, nous pourrions fabriquer chez nous. Nous avons, du reste, commencé depuis quelque temps. Ainsi les trompettes d’enfant que nous achetions en Allemagne sont, depuis 1912, fabriquées par un industriel français qui même en exporte en Angleterre. Les jeux de patience, que 'l’Allemagne nous avait enlevés, ont repris pied chez nous, grâce à un syndicat d’industriels français qui ont évincé la concurrence étrangère.
- Le soldat de plomb, de bois, de carton et de fer-blanc, ainsi que le fusil d’enfant dont la vente pendant la période antimilitariste n’avait été que de 150000 francs par an, pour s’élever à un million en 1915, lors du vote de la loi de trois ans, nous venaient, le plus souvent, d’Allemagne. Aujourd’hui tons ces objets sont fabriqués en France, ainsi que le 75 en réduction, le browning à 5 francs la douzaine et le canon à deux sous de Ménilmontant.
- B. BoxN IN.
- E PROCURENT LES NITRATES
- rine, trinitrotoluène, trinitrophénol, etc. L’acide azotique apparaît donc comme le produit fondamental et c’est sa production qui règle la fabrication des explosifs. D’où le tire-t-on?
- En temps de paix, lorsque le commerce mondial est libre pour tous, ce sont les nitrates naturels, provenant surtout du Chili, qui les fournissent en presque totalité. Traités par l’acide sulfurique, iis donnent un sulfate et l’acide azotique. Mais si considérables que soient leurs gisements, si intense que soit leur exploitation, l’industrie et l’agriculture modernes font une consommation tellement grande d’acide nitrique que les nitrates naturels,
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- COMMENT LES ALLEMANDS SE PROCURENT LES NITRATES
- dont il faut d’ailleurs prévoir l’épuisement, ne peuvent suffire. C’est par milliers de tonnes que l’agriculture emploie le nitrate de soude comme engrais, ce sont des milliers de tonnes d’acide nitrique que la grande industrie chimique des matières colorantes transforme en nitrobenzine, base de toutes les matières colorantes d'aniline.
- 11 a donc fallu, de toute obligation, recourir à l’inépuisable réservoir d’azote qu’est l’air, en faisant entrer cet élément dans des combinaisons chimiques. Le problème semble insoluble à première \ue, l’azotje ayant toujours passé pour un gaz inerte.
- Heureusement il n’en est rien ; au contraire, à haute température, l’azote se combine à un grand nombre d’éléments chimiques et ses réactions sont facilitées par la présence des catalyseurs. Bien que ces connaissances nouvelles rie datent que de quelques années seulement, plus de 600 millions de francs sont déjà engagés soit dans les usines, soit dans des laboratoires. Un grand nombre d’établis^-sements scientifiques étrangers se sont consacrés presque exclusivement à cette question (*) et nous devons déplorer, une fois de plus, qu’én France, ni les grandes Sociétés chimiques, ni les savants, ne se préoccupent des problèmes fondamentaux de l’industrie moderne.
- Parmi les nombreux
- procédés actuellement d'acide
- employés pour produire l’acide nitrique de synthèse, le plus séduisant et aussi le premier en date est le procédé Birkeland et Eyd qui consiste à faire combiner directement, en présence de l’arc électrique, l’azote et l’oxygène de l’air . Mais il est nécessaire de refroidir excessivement rapidement les gaz qui ont réagi pour que le bioxyde d’azote ne puisse se décomposer. On y arrive en employant un arc alternatif soufflé par un champ magnétique. On sait,
- (1) En particulier les laboratoires scientifiques de M. Guye, à Genève ; Haber, d’abord à Carlsruhe, maintenant à l’Académie ‘Wilhelm, à Dhalern, près de Berlin ; les laboratoires industriels de la Société Norvégienne de l’azote et de la Badîsche Anilin und Soda Fabrik.
- en effet, que si l’on produit un arc dans un champ magnétique, et dans une direction normale au champ, l’arc se noue suivant un arc de cercle qui se déplace constamment vers la périphérie, donnant à l’œil l’impression d’un demi-disque. Si l’arc est alimenté par du courant alternatif, on réalise un disque entier. L’arc saute rapidement d’un côté à l'autre, et si l’on dirige un courant d’azote et d’oxygène normalement au plan du disque lumineux, la durée du refroidissement de l’oxyde azotique formé sera infiniment courte et par suite sa décomposition insignifiante.
- La figure 7 donne une vue schématique des fours employés. On y voit la chambre à flamme, sorte de boîte circulaire aplatie, verticale, de 10 cm d’épaisseur et 2 m. de diamètre, on y voit également les électro^ai-mants produisant le champ magnétique et les canaux par lesquels arrive l’air et s’échappent les gaz. Les électrodes, non représentées, sont disposées horizontalement, perpendiculaires au plan de la figure. Elles sont en cuivre et refroidies intérieurement par un courant d’eau.
- D’après les renseignements que l’on possède, la teneur en oxyde d’azote est de 4,5 pour 100 environ, soit 50 milligrammes environ par litre d’air.
- La première usine hydro-électrique fut établie à Notodden; elle des usines productrices , , zeennn u
- nitrique. absorbe 45 000 chevaux
- et actionne des forces à courant alternatif sous 10 000 volts. De nombreuses usines sont en cours d’achèvement, en voici la liste :
- Svælgfoe . . . 40 000 chev.
- Lienfos. . . . . . 15 000 —
- Rjukan . . . . . . 227 000 —
- Wamma. . . . . . 55 000 —
- Tyin . . 81 000 -
- Matre . . 85 000 -
- Soit au total 501 000 chevaux-vapeur.
- Comme on obtient un rendement voisin de 600 kg d’acide nitrique par kilowatt-an, en supposant une fabrication exclusive de nitrate de chaux, les usines, //une fois en service, auront une capacité de produc-
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- COMMENT LES ALLEMANDS SE PROCURENT LES NITRATES-89
- tion de 280 000 tonnes par an, soit seulement un septième de la consommation actuelle du nitrate de soude.
- Il faudrait donc, pour suppléer aux gisements chiliens par un procédé analogue au procédé Bir-keland, un équipement de 3 500 000 chevaux. On comprend donc qu’il y a place pour d’autres procédés. Aussi les études ont-elles été poussées dans diverses directions, d’ahord en vue du perfectionnement du procédé Birkeland, ensuite dans des voies entièrement différentes où les surprises heureuses et les déboires ont d’ailleurs été nombreux.
- Un perfectionnement intéressant a été proposé par M. Schlœ-sing. Il consiste à absorber les va-p'eurs nitreuses par voie sèche en les faisant passer sur de. la chaux à 300°, ce qui permet d’ob-tenirdirectement le nitrate de chaux.
- Non seulement l’absorption est totale, mais on supprime les volumineuses tours de granit, les opérations dè neutralisation et de concentration du nitrate.
- Une autre amélioration, suggérée par M. G.
- Claude, est l’enrichissement de l’air en oxygène.
- En effet, la théorie indique que le rendement est optima lorsque le coulage gazeux initial contient, en parties égales, l’oxygène et l’azote, proportion qui est loin d’être réalisée dans l’air atmosphérique.
- Naturellement cet enrichissement ne peut être réalisé qu’avec de l’oxygène produit à très bon compte, c’est-à-dire que les procédés basés sur la liquéfaction de l’air sont les seuls admissibles.
- A Patsch, en Autriche, fonctionne une usine de 15 000 chevaux alimentant 24 fours et 450 kilowatts et qui utilise le procédé Pauling. Ce procédé consiste à faire éclater un arc alternatif de grande
- puissance entre deux électrodes E E' en fer, recourbées dans un plan vertical comme les électrodes des parafoudres à cornes. Un courant d’eau circulant à l’intérieur des électrodes assure leur refroidissement.
- Sous l’action d’un courant d’air violent sortant d’une tuyère T parallèle à la flamme de l’arc, celui-ci s’allonge et s’étale jusqu’au sommet des cornes. Deux petites électrodes b b', mobiles en forme de. couteau, dont on peut rapprocher les extrémités, permettent la mise en marche. C’est grâce à la
- vitesse de circulation des gaz que leur refroi-dissementinstan-tané est assuré.
- D’autres procédés, plus chimiques celte fois que physiques dans leur conception, ont aussi été étudiés pour réaliser la synthèse des nitrates. Dans toutes les combustions,, une partie de l’azote de l’air est entraînée dans l’oxydation et, lorsque la combustion est complète, on trouve des composés oxygénés de l’a-, zote. Le mécanisme est le même que sous la flamme électrique.
- La quantité d’azote oxydé est d’autant plus grande que la température est plus élevée. Deux procédés fonctionnent en Allemagne sur ce principe : celui de Hausser dans lequel on réalise une combustion avec explosion, celui de Bender où, au contraire, la combustion est progressive.
- C’est en étudiant les corrosions qui se produisent dans les cylindres des moteurs à gaz que Hausser a été conduit à employer ce mode de production de l’acide nitrique. Une petite usine d’expérience fut installée à Nuremberg. Le combustible était le gaz de ville que l’on faisait détoner avec un excès d’air ou mieux avec de l’air contenant un tiers en oxygène du volume du gaz d’éclairage. 11 est nécessaire, pour
- Fig. 2. — La chute de Rjukan,
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- que la réaction marche bien, que la pression se maintienne, au moment de l’explosion, un temps suffisant à une valeur élevée. 11 suffit pour cela que le volume de la bombe dans laquelle se produit l’explosion soit assez grand. Dans i’appareil d’essai ce volume était de 100 litres.
- D’un autre côté, il faut éviter qu’au moment du refroidissement, le bioxyde d’azote formé ne se décompose.
- À cet effet se produit, aussitôt la réaction terminée, une détente brusque des gaz par l’ouverture d’une soupape appropriée ou une injection de vapeur d’eau.
- La température baisse excessivement rapidement et la zone d'instabilité du bioxyde d’azote est ainsi traversée assez vile pour qu’il n’y ait pas de décomposition notable.
- À la bombe de Nuremberg étaient adjoints 4 compresseurs : l’un pour le gaz, l’autre pour l’air, le troisième pour l’oxygène, un quatrième servant à envoyer un courant d’air balayant la bombe apres l’explosion
- La vitesse de fonctionnement était de 15 explosions par ^minute, c’est-à-dire que la durée de chaque opération est de 4 secondes. Le mélange gazeux était comprimé à 5 atmosphères avant l’explosion. A leur sortie, les gaz passaient dans un long serpentin ; l’eau provenant de lu combustion s’y condensait et donnai I, avec les vapeurs ni treuses, une solution très diluée d’acide nitrique.
- Par mètre cube de gaz à la sortie on a obtenu 9,8 gr. d’acide azotique en opérant avec l’air et 15,3 gr. en sur-oxygénant le mélange.
- La Deutsche Stickstoff-Industrie-Gesellschaft de Dortmund, qui avait subventionné les essais de Nuremberg, a fait construire à Hamm (Westphalie) une usine annexée à la cokerie Wendel qui doit traiter 6000 m3 de gaz par jour avec un nombre restreint d’ouvriers, 8 à 10. D’après un calcul de Haüsser, l’Allemagne qui produit 240 millions de mètres cubes de gaz de four à coke pourrait en tirer 40000 tonnes d’acide nitrique.
- Le procédé Bender consiste à brûler sous pres-
- sion, dans des becs Bunsen, le gaz naturel qui s’échappe de Kissarmas, en Transylvanie. C’est donc un procédé local, mais étant donné que le débit de la source gazeuse qui est resté.absolument constant et voisin de 1 million de mètres cubes de méthane pur par jour correspondant à 1000 tonnes de houille, ce procédé est loin d’être négligeable. On peut évaluer à 12500 tonnes d’acide azotique la production annuelle des usines de Kissarmas lorsqu’elles seront terminées.
- Tels sont les principaux procédés qui permettent d’obtenir directement l’acide nitrique ou les nitrates. Mais il en est d’autres qui, par une voie plus détournée, conduisent au même produit final. Ce sont les procédés de préparation de l’ammoniaque. En effet, s’il est possible de passer de l’acide azotique à l’ammoniaque par l’action de certains ferments, il est beaucoup plus intéressant de faire l’inverse.
- Il suffit d’envoyer un courant d’air d’abord dans une solution ammoniacale, puis dans un tube légèrement chauffé et contenant un catalyseur tel que la mousse de platine.
- C’est le procédé Ostwald, autour duquel on a fait tant de bruit dans la Fig. 5.
- presse, comme Coupe du four
- autour d’une dé- Blrkeland.
- couverte sensationnelle de guerre. A Gerthe, près Bochum, la Gesellschaft des Stelnkohlenberg werks Lolhringen applique le procédé depuis longtemps et produit 180 tonnes d’acide nitrique par mois.
- A Vilvorde, près Bruxelles, une 'partie de l’ammoniaque produit par le procédé à la cyanamide dont nous dirons plus loin quelques mots est transformé par le procédé Ostwald, qui fonctionne aussi en Autriche, à Aussig.
- Quels sont donc les procédés de préparation synthétique de l’ammoniaque? Ce sont les procédés à la cyanamide, ïïaber, Serpek pour ne parler que des procédés chimiques.
- La cyanamide est un corps obtenu par l’action au rouge du carbure de calcium sur l’azote. La réaction est particulièrement rapide lorsqu’on opère sous pression à une température de 180°. Les usines de Niagara Falls, aux États-Unis, produisent actuellement 24000 tonnes de cyanamide et sont, paraît-il, en voie de transformation pour atteindre une production de 200 000 tonnes. En Europe, une
- Fig. 3.
- Schéma du fonctionnement d’un arc alternatif soufflé.
- Fig. 4.
- Les électrodes 'et la tuyère utilisées dans le procédé Pauling.
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- COMMENT LES ALLEMANDS SE PROCURENT LES NITRATES = 91
- partie du carbure de calcium fabriqué à Odda est transformé en ammoniaque à l’usine de Vilvorde. La quantité de cyanamide préparée y atteindrait 80000 tonnes. Haber et Le Rossignol ont essayé de produire l’ammoniaque par combinaison directe de l’azote et de l’hydrogène en présence d’un catalyseur qui fut d’abord l’osmium, puis le carbure d’uranium, puis finalement le fer. Les difficultés a vaincre furent considérables au début, car pour avoir un rendement acceptable, il fallut élever la pression dans l’appareil à 200 atmosphères environ. À Carlsruhe, une petite installation fournit 90 gr. d’ammoniaque liquide à l’heure, la température de marche étan t de 550° et la pression de 175 atmosphères. Le rendementatteint 8 pour 100 avec le carbure d’uranium comme catalyseur.
- La Société badoise, qui s’est consacrée à la solution de ce problème, semble être arrivée à abaisser la pression du mélange gazeux à 50 atmosphères.
- Près de Ludwigs-hafen, à Oppau, elle installait avant la guerre une usine pour la préparation de 50000 tonnes de sulfate d’ammoniaque.
- L’hydrogène devait être produit à l’aide du-procédé Linde Frank et Garo, fondé sur la séparation de l’oxyde de carbone dans le gaz à l’eau par liquéfaction. L’appareil en construction correspondait à une fabrication^ 200 m3 d’hydrogène à l’heure. Peut-être actuellement sert-il à gonfler les Zeppelins!
- Quant au procédé Serpek, c’est le triomphe de l’imprévu. Si on chauffe à 1800° un mélange d’alumine et de charbon dans un courant d’azote, il se forme un azoture d’aluminium, tandis que le carbone et l’oxygène s’en vont à l’état d’oxyde de carbone. En présence d’un catalyseur convenable, la température peut d’ailleurs êtfe notablement abaissée-. La réaction est très active et complète en quelques minutes.
- Traité par l’eau, l’azoture d’aluminium donne de l’ammoniaque et de l’alumine pure. Ce dernier corps sert à préparer l'aluminium et le nouveau procédé,, beaucoup moins coûteux que le procédé Bayer actuellement employé et qui consiste à atta-
- quer la bauxite par une lessive d’aluminale. de soude, est appelé à abaisser sensiblement le prix du métal. En France, la Société des Produits chimiques d’Alais et de la Camargue, s’occupe de la mise au point du procédé Serpek. Pour réaliser le chauffage de l’alumine et du charbon, on a adapté aux conditions spéciales de la réaction, et particulièrement à la haute température (1800°) à laquelle les matières réfractaires ne résistent plus, les grands fours tournants utilisés depuis longtemps dans l’industrie du ciment. Le four comprend 2 cylindres tournants disposés l’un au-dessus de l’autre et légèrement inclinés en sens inverse pour permettre l’écoulement des matières. Ces cylindres débouchent par une de leurs extrémités dans une chambre fixe. Au centre du cylindre inférieur se trouve disposé 'un four électrique à ^résistance.
- Labauxite versée dans le premier cylindre descend peu à peu, par suite de la pente et du moue ciment de rotation, clans la chambre fixe où elle se mélange avec le charbon provenant d’une trémie. Le mélange s’engage alors dans le deux iè-me cylindre, et, à la hauteur du four électrique, rencontre le gaz d’un gazomètre. La réaction se produit alors.
- Tels sont les principaux procédés à l’aide desquels on peut suppléer aux gisements de nitra tes et fabriquer synthétiquement l’acide nitrique et les nitrates. Comme on l’a vu, par le court exposé qui précède, c’est malheureusement en Allemagne que se sont développés les nouveaux procédés. C’est qu’en effet — nous devons reconnaître loyalement nos défauts — en France les industriels se désintéressent trop souvent des recherches, et les savants, isolés dans leurs laboratoires, ignorants des besoins des praticiens qui les tiennent d’ailleurs en suspicion, n’ont ni les moyens pécuniers, ni la possibilité de s’attacher à résoudre un problème ou de faire une expérience industrielle. De l’autre côté du Rhin, c’est tout le contraire qui se produit, et si, pour la question de l’azote comme pour bien d’autres, nous devons nous résigner à nommer surtout des procédés allemands, ce n’es't pas que leurs chi-
- Fig. 6. — Vue intérieure d’un four électrique à azote. Les électrodes et le disque de flamme.
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- 92 --- COMMENT LES ALLEMANDS SE PROCURENT LES NITRATES
- Fig. 7. — Une salle des fours à Notodden.
- mistes soient supérieurs aux nôtres, loin de là, c’est simplement parce qu’ils ont plus de moyens d’action, parce qu’ils sont soutenus, encouragés moralement et pécuniairement par les syndicats industriels. M. Le Chatelier a mené bien souvent une campagne pour faire cesser en France cet état de choses lamentable, mais la tâche est ardue; malgré sa grande autorité nous n’osons espérer qu’il arrive à vaincre deux oppositions si tenaces : suspicion des industriels pour les savants, indifférence des savants pour les questions pratiques.
- Un exemple particulier, tout récent, nous a montré cet état d’esprit regrettable. Un produit intéressant la défense nationale, dont la fabrication fut entièrement mise au point dans le laboratoire, fut confié pour la fabrication intensive à trois de nos plus grandes firmes de produits chimiques. Sans vouloir tenir compte des indications précises de l’étude au laboratoire, les industriels montèrent une fabrication qui échoua et le produit fut abandonné.
- Quoi qu’il en soit, et quel que puisse être l’avenir, les„Allemands, avec les procédés qu’ils ont mis au point et les usines actuellement existantes peuvent préparer au moins 50000 tonnes d’acide nitrique par un, sans compter ce que peuvent leur fournir la Suède et la Hollande dont la neutralité est toute théorique. A quelle quantité d’explosifs correspond cette quantité d’acide nitrique, et est-elle suffisante pour assurer longtemps encore le déluge d’obus que nous envoient nos ennemis ? Si on tient
- compte des pertes de fabrication, on peut dire qu’une tonne d’explosif nécessite pour sa préparation environ une tonne d’acide nitrique. On arrive donc à la conclusion que les Allemands peuvent fabriquer annuellement 50 000 tonnes d’explosifs, soit 200 tonnes par jour.
- Or, un obus de 77 renferme environ 700 gr. d’explosifs, c’est donc 500000 obus de 77 par jour que pourraient charger les Allemands si tous leurs explosifs servaient à ce chargement. Mais les gros calibres dont ils font un emploi si fréquent consomment beaucoup plus.
- Un 210 contient une quarantaine de kilogrammes d’explosif, et un 105 dix kilogrammes environ. On peut donc admettre que les disponibilités en obus de tous calibres de nos ennemis ne doivent guère dépasser 70 à 80000 par jour en moyenne, à répartir sur trois fronts. C’est peu, mais il faut tenir compte, ce que nous n’avons pas fait dans ce calcul destiné seulement à fixer un ordre de grandeur, des stocks existant avant la guerre, de l’intensification de la production d’acide nilrique, des nouvelles usines qui ont pu être montées, et de l’apport considérable de la contrebande de guerre. Même en doublant les nombres ci-dessus, on voit que les disponibilités de l’Allemagne ne sont pas si formidables qu’on pourrait penser et que les alliés arriveront facilement à cette « suprématie des munitions » qui, d’après lord Kitcliener, doit assurer la victoire. X"*.
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- LES ARBRES BLESSÉS PAR LES BALLES
- Les violents combats qui ont lieu (dans les bois — par exemple ceux aux noms maintenant familiers delà Gruerie, Le Prêtre, etc. — font que nombre d’arbres son t atteints par les obus et les balles. C’est une chose, paraît-il, lamentable que de voir ces pauvres végétaux déchiquetés par la mitraille et criblés par les éclats des « marmites ». Un certain nombre de ces arbres sont morts à jamais, mais bon nombre aussi subsisteront et, à la longue, nos belles forêts seront régénérées. Il est, en effet, dans la nature des végétaux de posséder une résistance remarquable aux blessures; celles-ci leur sont même souvent salutaires, fait qui est exploité par les jardiniers dans la taille voulue de certaines branches.
- Ce fait provient que, sur toute plante existe en abondance des « bourgeons dormants » qui, tant que la végétation se poursuit normalement, demeurent dans un calme
- tout au moins, arrêter une perte d’eau très sensible qui, par une évaporation rapide, aurait vite fait de dessécher le végétal.
- Les arbres sont très bien outillés pour cicatriser leurs blessures et, plus heureux que nous, un pansement antiseptique s’y applique presque automatiquement. D’autre part, à peine la lésion a-t-elle eut lieu que le végétal réagit à l’endroit blessé; sa respiration, en ce point, s’accélère et, en même temps, les matières protéiques y affluent. De tout cela résulte une vitalité plus grande et, par suite, une puissance plus intense pour résister aux causes d’affaiblissement.
- Il est à noter que bon nombre de végétaux sont pourvus de canaux sécréteurs, remplis de matières plus ou moins collantes, qui, aussitôt la blessure faite, se répandent à la surface de la section et la protègent. Ce pansement, sommaire, mais
- Fig. i. — Coupe en travers d’une portion de bois blessé (vue au microscope). Au milieu on distingue un large vaisseau dont Vintérieur commence à être oblitéré par des thylles provenant de la prolifération des cellules qui l’entourent.
- Fig. 2, 3, 4. — Coupes transversales dan» une branche blessée ' et dont la blessure disparaît progressivement.
- absolu, même pendant des années. Vient-on, au contraire, à couper une branche ou bien l’arbre est-il lésé en un endroit où, dès lors, la vie est momentanément ralentie, aussitôt les bourgeons situés au loin se réveillent, s’allongent, s’épanouissent, les jeunes rameaux se couvrent de feuilles et, bientôt, les branches, nouvellement formées, remplacent — et au delà — celles qui avaient en partie péri.
- Mais pour que ce résultat favorable soit obtenu, ou, du moins, soit durable, il ne faut pas que la plaie devienne une source de maladies pour la plante; il convient qu’elle se cicatrise le plus vite possible pour éviter l’introduction de microorganismes destructeurs, d’insectes malfaisants ou pour,
- Fig. 5. — Coupe transversale d’une branche atteinte par un éclat d’obus (en noir) et dont la lésion commence à se cicatriser. Tout autour du corps étranger se forme un fort bourrelet et au contact de l’éclat et du bois, apparaît la « gomme de blessure » représentée ici par des hachures.
- très efficace, est particulièrement net chez les Conifères — Pins, Sapins, Mélèzes, etc., — où la résine, s’étalant très vite, constitue un enduit imperméable à l’abri duquel le végétal peut réfléchir tout à son aise à la fragilité des choses humaines.
- Chez les arbres qui ne sont pas aussi bien outillés pour la lutte, un autre processus intervient. Les tissus blessés et en partie nécrosés, jaunissent, puis brunissent. Ce changement de teinte est surtout dû à l’apparition de ce que l’on a appelé la gomme de blessure, qui paraît être constituée par un mélange de gommes et de divers tanins. Cette gomme cicatricielle est particulièrement nette dans les vaisseaux ligneux, où elle a été surtout
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- 94 :...-.. L’INDUSTRIE DE L’HUILE DE COTON
- étudiée par M. Mangin et d’autres botanistes : elle apparaît sous forme de boules sur la paroi interne des vaisseaux, qu’elle emplit peu à peu et finit par obturer entièrement, faisant le même office que les pinces hémostatiques que les chirurgiens appliquent à nos vaisseaux sanguins.
- Un autre mode de cicatrisation des végétaux, du moins dans les régions superficielles — l’écorce notamment — est la transformation de quelques cellules en liège, substance dont l’imperméabilité aux liquides et aux gaz est bien connue. Cette modification s’effectue facilement par les membranes des cellules, qui s’imprègnent de sube'rine et le contenu même des cellules, qui, disparaissant, est remplacé par de l’air (d’où la légèreté du liège). Une telle apparition d’une plaque protectrice de liège a lieu parfuis sur place par la transformation des cellule-s presque superficielles. Plus souvent, elle s’opère aux dépens de plaques cellulaires, qui, au-dessous de la partie lésée, se sont d’abord divisées activement : cette prolifération aboutit alors à l’apparition d’un bourrelet, ainsi qu’il est facile de le voir à la surface de nombre de branches d’arbres,'bourrelet qui finit par recouvrir les corps au contact avec l’écorce, par exemple les menus éclats des obus, où nos descendants les retrouveront.
- Ce que je viens de dire est surtout relatif aux blessures les plus superficielles. Lorsqu’elles sont plus profondes, c’est-à-dire lorsque, traversant
- l’écorce, elles arrivent jusqu’au bois, les choses sont un peu plus compliquées. Dans les vaisseaux ligneux se montrent des thylles (fig. 1), provenant de la prolifération dans leur cavité des cellules qui les entourent, ce qui a pour conséquence d’arrêter l’écoulement de la sève. En même temps, l’écorce fabrique du liège. Enfin, la région génératrice (cambium), qui se trouve entre l’écorce et le bois, divise activement ses .cellules et donne, à la fois, du nouveau bois (pour la conduction de la sève brute) et du nouveau liber (pour la conduction de la sève élaborée).
- Alors de deux choses l’une. Ou bien la plaie est peu importante et, alors, tous les nouveaux tissus, venant au contact les uns des autres, faisant résorber les plus malades, se soudent si bien que la lésion disparaît entièrement et que la branche revient presque à l’état normal (fig. 2, 5,4).Oiibien la plaie est large et alors, tandis que la surface du bois devient plus ou moins nécrosée et pétrie de gomme de blessure, la nouvelle écorce et le nouveau bois forment un énorme bourrelet (fig. 5), toujours plus développé à la partie supérieure qu’à la partie inférieure (par suite de l’afflux de la sève élaborée ou descendante) et le végétal continue à vivre ainsi, tout aussi bien qu’auparavant, quoique un peu abîmé au point de vue esthétique, ce dont il se moque sans doute autant que nos poilus revenant du front, souvent détériorés, mais toujours stoïques et souriants. Henri Coopin.
- L’INDUSTRIE DE L'HUILE DE COTON
- Naguère — il y a de cela une quinzaine d’années envi- . ron — la graine du cotonnier était considérée comme un sous-produit sans aucune valeur commerciale et elle était, abandonnée sans qu’on en tirât parti. Depuis lors, cette graine est traitée industriellement et elle donne de gros bénéfices, L’industrie de l’huile de coton est peut-être, parmi les grandes- industries pratiquées aux États-Unis, line des moins connues en France et même en Europe. Elle a pris, dans les Etats de l’Union américaine, une extension excessivement rapide et son importance s’explique par ce fait que la graine représente plus de quatre fois le poids net du coton récolté. De plus, on estime qu’avec 1000 kg de graines sorties de l’égreneur, on. obtient, en moyenne, 125 à 155 kg d’huile, 565 à 570 kg de pâte ou tourteaux, 445 à 490 kg de cosses ou écorces constituant un excellent combustible, et U) kg de fibres de coton pouvant être filé (indépendamment du coton proprement ditï. Les usages de l’huile de coton sont nombreux : l’huile extraite à froid, épurée, décolorée, conservée à l’abri de l’air est utilisée dans l’alimentation; elle est souvent mélangée à l’huile d’olive. L’huile brute sert à la fabrication des savons et des bougies et comme huile de graissage; la majeure partie des grandes fabriques de conserves ali-, mentaires l’emploient en grande quantité pour la fabrication de la margarine ; on s’en sert comme succédané de l’huile de. lin dans la fabrication des couleurs, des vernis, de l’encre d’imprimerie ; enfin, épurée, on
- l’emploie pour l’éclairage. Le procédé d’extraction de l’huile de la graine du ’ cotonnier est relativement récent; malgré cela on compte actuellement plus de 600 usines dans les États du Sud américain. La- plus importante de ces usines est située à Shermann (Texas) ; elle traite, en moyenne, 450 tonnes de graines par jour; à l’huilerie sont annexés des raffineries, des savonneries, des fabriques de tonneaux, des parcs à bestiaux, etc.
- Les résidus de l’extraction de l’huile, c’est-à-dire les tourteaux, servent à l'alimentation du bétail et à la fertilisation des terres en culture. C’est celte huile de coton qui, expédiée de. New-Orléans et de Galveston à Gênes, est réexportée sous le nom d’huile cle Lvca. On l’expédie aussi, à moitié purifiée, sur Marseille, où elle est raffinée et livrée à la consommation.
- Pour extraire l’huile de la graine du cotonnier, cette dernière est d’abord passée à l’égreneuse et soumise à un tamisage qui élimine les derniers filaments de coton, le sable et autres matières étrangères; puis elle passe aux machines dites Linders, formées d’un grand nombre de scies très fines, qui font disparaître la cosse ou enveloppe dure, ligneuse; de puissants aimants attirent les particules de fer qui pourraient se trouver mélangées aux graines et empêcher le bon fonctionnement des scies. Après décortication à l’aide de machines spéciales, les amandes passent entre deux cylindres triturateurs qui, comprimant la niasse, la réduisent en farine et en
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- UNE ENTREPRISE ALLEMANDE EN EXTRÊME-SIBÉRIE ........ 95
- extraient l’huile de première pression. Le résidu passe ensuite dans une grande chaudière à vapeur, où il est soumis à une pression -variant entre 50 et 100 livres. Une forte presse hydraulique sépare, après cuisson de la pâte, la dernière partie de l’huile contenue dans la masse. Les pays les plus forts consommateurs d’huile de coton fabriquée aux États-Unis sont l’Allemagne et l’Angleterre; vient ensuite la France, puis l’Italie. Depuis cinq à six ans, l’huile de coton tend à supplanter l’huile
- d’arachides sur les marchés européens, et à concurrencer aussi l’huile d’olive. La méthode de Sleimann permet de déceler une quantité même très faible de cette huile de coton dans les mélanges d'huiles. La présence de l’huile de coton est caractérisée par la coloration rouge intense que prend un mélange d’alcool amylique et de sulfure de carbone renfermant 2 pour 100 de soufre (réactif d’Halphen), quand on le chauffe au bain-marie avec l’huile à examiner. Henri Blix.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 juillet 1915.
- Sur un mode de soutirage des liquides en lames minces dans le cas de stérilisation par les rayons ultraviolets. — Afin d’obtenir que l’eau passe en mince couche aussi près que possible des rayons, M. Billon-Taguerre opère le puisage de l’eau stérilisée à la surface même de la lampe, point précis où l’action stérilisante acquiert sonmaximun et effectue ce puisage à l’aide d’un tube en quartz pur et transparent en forme de T faisant fonction de pipette.
- Coups de foudre sur les lignes télégraphiques. — M. Ziller a fait un très grand nombre d’observations montrant que les poteaux télégraphiques ne sont pas foudroyés au hasard et qu’on peut éviter ces accidents. Nous reproduirons en détail ses remarques qui intéresseront nos lecteurs : 1° les poteaux des lignes ne supportant qu’un fil sont plus particulièrement foudroyés. La situation topographique ne paraît, au contraire, jouer aucun rôle; 2° sur les lignes chargées de fils il n’y a jamais d’accident en ligne courante et seuls sont frappés les poteaux qui servent de point de dérivation a un fil du service de la voie ferrée se détachant de la ligne, principale pour aller aboutir, soit à un disque ou signal voisin, soit à une halte ou guérite très rapprochée et munie d’un appareil quelconque relié à la terre ; 5° l’effet du coup de foudre est toujours le même. L’isolateur est décapité avec une cassure nette; le bois du poteau est fendu à partir de l’extrémité inférieure de la console en fer de l’isolateur et la fente va en s’élargissant vers le pied du poteau. Pratiquement, pour éviter les accidents,
- il faut introduire, dans le circuit des conducteurs prenant terre dans le voisinage de la ligne, tels que les fds se détachant aux disques, un dispositif offrant une séll'induction, quelque petite qu’elle soit : par exemple un boudin de fil de fer à spires écartées de plusieurs millimètres d’un diamètre de 2 cm à 2,5 cm et comportant au moins 50 ou 60 spires.
- Les premiers stades de l'évolution des lésions dans les blessures par projectiles de guerre. — MM. Policard et A. Phélip ont constaté que, jusqu’à la cinquième heure après une blessure, aucune réaction des tissus ne se manifeste; il y aune phase de sidération. Puis, de la cinquième à la neuvième heure, les signes de réaction apparaissent. De la neuvième à la douzième heure, on commence à constater la présence de microbes en bâtonnets qui font penser au Bacillus perfringens et au B. capsulatus aerogcnes. A partir de la douzième heure, ces bacilles se multiplient, il y a afflux de leucocytes et altération des leucocytes qui se transforment en globules de pus. Ces phénomènes s’accélèrent de plus en plus et amènent parfois, vers la quarante-huitième heure, de la crépitation gazeuse. La conclusion pratique est qu’il faut enlever, le plus tôt possible, au moins les débris vestimentaires et que les interventions chirurgicales de propreté doivent être faites hâtivement. Il faut également se défier des antiseptiques, dont l’emploi intensif a pour effet de diminuer encore les réactions de défense déjà si minimes des tissus environnant la blessure.
- UNE ENTREPRISE ALLEMANDE EN EXTRÊME-SIBÉRIE
- Il apparaît de plus en plus clairement que la principale raison de l’agression allemande est d’ordre économique, surtout industriel. Des chiffres documentés ont été cités dans diverses revues. Il est donc intéressant de considérer de près certains détails de la manière de faire allemande dans ce domaine. On y saisira une méthode absolument opposée à la nôtre. Elle consiste à produire à outrance, à coups de millions, des métaux et du matériel, sans se soucier de leur écoulement, dans le but général d’envahir le monde et de tuer toute concurrence. C’est le contraire du système économique français qui étudie les débouchés et tient compte des autres. L’Allemagne veut évincer les autres ; elle se tient pour supérieure, ne reconnaît pas le droit des autres à se développer. Le monde doit être à elle.
- Dans son ouvrage sur les Richesses minérales de l’Asie,
- M. le professeur L. de Launay cite les mines de cuivre de Kedabek au Caucase, où la maison Siemens a dépensé 20 ou 50 millions en trente ans d’efforts, et qui sont une affaire médiocre. Les mines de Tétiuhé en Extrême-Sibérie, que je connais parfaitement, me permettront de démonter les rouages de ces combinaisons énormes. A 400 km de Vladivostok et 40 km seulement de la mer, se trouvait une ancienne mine chinoise de plomb argentifère. Un ingénieur français qui visita ce gîte en 1905 y découvrit un autre minerai, que sa situation rendait exploitable de suite à peu de frais, la calamine riche en zinc. Cependant; connue la quantité parut limitée, et les frais de transport élevés, le propriétaire s’adressa à une compagnie allemande pour mettre la mine de zinc en valeur. On fit les premiers travaux, puis la guerre du Japon arrêta l’entreprise. Elle reprit en 1908. Il existe
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- en Allemagne des firmes d’achat de minerais et métaux, intéressées dans des mines, spéculant sur les cours qu’elles influencent, et possédant d’énormes capitaux. L’argent afflua à Yladivostok, et les travaux réunirent des milliers d’ouvriers et d’employés. On eût dit qu’il s’agissait de richesses inépuisables. On fit un chemin de fer de 40 km; on creusa un port; on bâtit 150 maisons, un hôpital, une école, une église, des bains, Un hôtel, etc. Les travaux de mine comprenaient un câble aérien de 5 km, une profusion de tunnels décelant à eux seuls une incompétence absolue du' genre de mine à exploiter. On expédia du minerai dès la première année, en 1909. Ensuite on arriva à une production annuelle de 20 000 tonnes valant en Europe environ 2 millions de francs, ce qui
- Le principal bénéfice prévu élait le suivant. Une fois les installations achevées, et le plomb argentifère répandu sur le marché, une nouvelle Société devait être créée avec un capital de 25 millions, qui achèterait les mines. Le public, ébloui devant les résultats, prendrait les actions de confiance en Angleterre ou en France, et les vendeurs réaliseraient un beau bénéfice, après avoir eu de bons intérêts. En attendant, pendant la période préparatoire, l’Allemagne avait reçu du beau et bon minerai dont avaient profité ses usines et qu’elle avait vendu sous forme de machines. Bien mieux, tout le matériel, les machines, les fournitures même de mobilier, de vêtements d’ouvriers, de provisions, de conserves, etc., venaient d’Allemagne et rentraient peut-être déjà sous forme d’especes
- Le chemin de ter de Tèliuhè (Extrême-Sibérie) long de 40 versles (42 km, 5).
- n’empêchait pas les dettes de dépasser chaque année ce même chiffre. Quand on vit le minerai de zinc s’appauvrir, on songea au plomb argentifère et on commença le projet d’une grande usine de concentration. Pour résumer, on avait produit, en juillet 1914, pour plus de 9 millions de minerai, et la dette avait atteint 12 millions de francs. Ni les installations, ni le matériel n’étaient amortis, le zinc était épuisé comme minerai riche; et quant au plomb, les quantités mises à jour étaient loin de justifier une grande usine. De plus il était certain que la vente du plomb et de l’argent était incapable de couvrir les frais d’une exploitation montée sur un pied aussi colossal. Toute mine ne supporte pas une installation grandiose ; il y a des mines de mineurs et des mines de capitalistes. En Allemagne tout est sur le pied capitaliste. Comment expliquer maintenant une manière de faire aussi extravagante, et d’où pouvait-on espérer la rémunération du capital?
- Le procédé consistait à écrémer la mine en tirant des minerais extraits tous les bénéfices accessoires pour la repasser ensuite, à peu près vidée, à d’autres.
- dans la poche des obligataires. Ce qui restait en Sibérie était le minimum.
- Chaque année, sur une dépense de 2 millions pour la production de 20 000 tonnes de calamine, plus cîe la moitié revenait en Allemagne.
- C’est pourquoi l’Allemand regarde avec dédain nos petites affaires, honnêtes et françaises, notre souci d’économie, notre vue mesquine des choses.
- Yoici donc une affaire, en apparence ruineuse, qui a pourtant contribué à la prospérité allemande et qui, sans la guerre, laissait ses créateurs en bénéfice. Je pense que la Russie prendra ces mines à son compte après la paix. Quant au résultat définitif de pareilles méthodes, les chiffres cités par les revues montrent qu’il est au fond désastreux pour l’Allemagne. Us amenaient une telle surproduction, et les débouchés se fermaient si bien, que, pour en créer de nouveaux aux Indes, en Afrique, etc., il fallait employer la force. Alors il a fallu que la force prime le droit, et l’Allemagne a déclaré la guerre. Elle peut dire que la guerre lui a été imposée, mais par elle-même. Aibert Bordeaux.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2185.
- 14 AOUT 1915.
- LES CENTRES DE L’INDUSTRIE MILITAIRE EN ALLEMAGNE
- Les deux raids d’utilité inégale de nos aviateurs sur Ludwigshafen, puis sur Karlsruhe, donnent une actualité d’un intérêt patriotique de premier ordre à l’étude économique des villes et des éta- I
- Pour y parvenir il n’est pas indifférent de voleter ici ou là au-dessus de telle ville ou de telle autre, le long de la vallée du Rhin. Il faut se <Jirige>r avec précision vers des buts déterminés.
- Fig. i. — Vue à vol d’oiseau de Mannheim et Ludwigshafen.
- blissements industriels du Rhin moyen, où se fabrique certainement la plus grande quantité d’explosifs, de projectiles et d’engins de destruction de toute l’Allemagne.
- La puissance de production des usines situées. dans cette région est formidable et l’on ne s’aperçoit que trop, et de. plus en plus, que le nerf de la guerre est la mise en œuvre par l’art de l’ingénieur des ressources de la technique la plus avancée, et la plus amplement outillée qui soit au monde. A rien ne sert de s’indigner contre cette perversion barbare de la science appliquée; mieux vaut incendier les guêpiers où elle élabore ses produits.
- Mannheim-Ludwigshafen avec 340 000 habitants est à la capitale badoise Karlsruhe ce que la populeuse et industrielle métropole Amsterdam est à
- La Haye, capitale politique de la Hollande.
- En survolant les deux premières villes on a la chance d’anéantir pour 500 millions d’usines fabriquant du matériel de guerre, et pour autant de denrées alimentaires ; à bombarder Karlsruhe on ne peut que tuer une vieille grande-duchesse, une reine de Suède et détruire un palais ducal rempli d’objets d’art français du xvme siècle, un musée de peinture et d’ethnographie, une vaste usine de parfumerie, plusieurs ateliers de bijouterie, et de nombreuses fabriques de meubles.
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- 2” Semestre.
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- 98 LES CENTRES DE L’INDUSTRIE MILITAIRE EN ALLEMAGNE
- Fig. 3. — Gummi- und Celluloïd-Fabrik à Neckarau.
- r
- Les deux seuls points qui puissent attirer là nos aviateurs sont la gare principale avec ses nombreuses bifurcations et une vaste cartoucherie située à 5 ou 6 km au sud-ouest de la ville.
- Mannheim et Ludwigs-hafen ne sont séparées que par la largeur du Rhin qui est ici d’environ 400 m. et elles sont reliées par un pont de fer monumental qui donne passage à la fois à une double voie ferrée et à la circulation publique.
- Tandis que Mannheim (250 000 habitants) est ba-dois, Ludwigshafen (90 000 habitants) appartient au P a-latinat bavarois.
- (Peu de villes, même en Allemagne, ont bénéficié d’un accroissement aussi rapide que ces deux agglomérations; car si nous remontons seulement à un demi-siècle en arrière, nous ne trouvons à Mannheim que 40000 et à Ludwigshafen que 5000 habitants.
- deux
- Cet énorme développement est uniquement dû à l’industrie et au commerce que favorise leur situation privilégiée sur le Rhin. Nous avons donné, dans le numéro de la Na-ture du 13 mars 1915 sur la Navigation du Rhin, un aperçu de l’importance de Mannheim comme port fluvial. Je parlerai aujourd’hui des villes jumelles au point de vue des grandes
- installations industrielles et des entrepôts de denrées alimentaires qu’elles renferment ou qui les entourent.
- Fig. 4. — Le bord du Rhin à Mannheim {au fond la Badische).
- Le rang de Mannheim-Ludwigshafen, par rapport aux autres grandes places de commerce allemandes, était précisé à la fin de 1910 par les chiffres suivants de trafic total :
- Millions de tonnes. Duisbourg-Ruhrort. . . 41,5 Hambourg: . . . . : . 36,5
- Berlin................28,3
- Mannheim-Ludwigshafen. 17,9
- Brème..................9‘,6
- Cologne.................7,4
- La ville primitive, aujourd’hui le centre de Mannheim, est construite rigoureusement en forme de damier, dont toutes les cases sont carrées et égales entre elles. Ce serait d’une rare monotonie, si les nouveaux quartiers n’avaient rompu avec cette conception géométrique. Dans l’ensemhle la cité est superbe. Située au confluent du Neckar et du Rhin on a déplacé à. la fois le lit du fleuve et de son affluent, pour agrandir la ville et établir les six bassins inlé-
- Fig. 5.
- Silos à grains et minoterie.
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- rieurs qui forment le port. Ainsi que je l’ai dit, à propos de la navigation du Rhin, certains de ces bassins sont affectés au trafic des marchandises (Verkerhafen) , les autres sont des sortes d’embranchements navigables pour les grandes usines (ïndustriehafen).
- Mais cet ensemble grandiose n’a pas suffi et, dans ces dernières années, une Société privée est allée créer à 8 km en amont de Mannheim de nouveaux bassins de trafic et d’industrie qui ont pris le nom de Rheinan-hafen (25 000 habitants) (voir le plan).
- Les grands établissements industriels, reconnaissables à leurs groupes de cheminées, sont à peu près tous en dehors de la ville. Les plus remarquables sont :
- Les ateliers de constructions de chaudières, machines, locomobiles agricoles et locomotives de H. Lanz, les plus importants de l’Allemagne ; ils se trouvent droit au sud de la ville près du Rhin, dans le faubourg de Lindenhof, où ils absorbent
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- Fig. 7. — Minoterie.
- une superficie de 42 hectares, dont la moitié est couverte de bâtiments ; ils occupaient normalement 7000 ouvriers. L’outillage de ces immenses halls, tant au point de vue du travail des métaux que des manutentions, est absolument moderne et perfectionné. Il en sortait dans les dernières années pour 30 à 35 millions de machines.
- Nul doute que ces ateliers ne travaillent aujourd’hui jour et nuit pour la guerre. 1 La puissance de production d’une telle usine est véritablement effrayante.
- Les ateliers de constructions d’automobiles et de moteurs à explosion Benz et Cie, au capital actions, obligations et réserves de 55 millions de francs, qui occupent 32 hectares et emploient également 7000 ouvriers; ils sont situés au nord-est.
- La fabrique de compteurs à gaz et à eau, de pompes, de robinets de Bopp et Beuther où travaillent 1500 ouvriers et 200 techniciens et employés.
- Les constructeurs de .grues, de bas-
- Fig. 6. — Silos à grains.
- cules et de balances de précision Mohr et Federhoff.
- La Schiffs- und Maschinen-Bau Act. Gesellschaft (construction de bateaux et de machines) ; VUnion-werke, spécialisée dans le matériel de brasserie.
- Plus importante est la firme Brown-Boveri et Cie, autrefois suisse, et maintenant allemande, avec sa principale usine à Mannheim, pour la construction des turbines à eau et à vapeur et des appareillages électriques, qui occupe plus de 2000 ouvriers.
- Enfin la Süddeutsche Kahelwerke (fabrique de câbles), au capital d’une vingtaine de millions, complète la liste des principaux ateliers mécaniques.
- A côté d’eux se dressent plusieurs fabriques de caoutchouc (Hutchinson), d’é-bonite, de cuir, d’amiante et de celluloïd. Cette dernière passe pour la plus importante du monde entier (Rheinische Gummi- und Celluloïd Fahrik), à Neckarau à 2 km au sud de Lindenhof.
- Les industries chimiques sont représentées aussi par de nombreux établissements qui fabriquent les grands acides, puis la quinine, la santonine, l’éther; au travers desquels il faut citer -particulièrement l’usine C. Weyl et C°, qui extrait le benzol, le phénol, le toluol, la naphtaline, etc., en un mot les matières premières de tous les
- Fig. 8. — Silos et minoterie.
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- explosifs de la série aromatique. Cette usine est située, comme Lanz, à Lindenhoff.
- Quand on -parcourt la ville, du sud-ouest au nord-ouest, et qu’on s’engage sur l’unique pont qui traverse le Neekar, on a à sa droite (rive gauche
- Les silos à grains, d’une hauteur de 25 à 40 m., les puissants élévateurs et transporteurs et les grandes minoteries sont presque tous le long du Mulhau-hafen ou entre ce dernier bassin et le Rhin (voir le plan) ; ce sont des établissements giganttsques dont
- Fig. 9. — Usines de la Badische Anilin und Soda Fabrik.
- du Neekar), d’immenses batiments tout neufs, c’est la station centrale et la remise des tramways, puis, presque en face (rive droite), des constructions nombreuses éparses dans une forêt, c’est le nouvel hôpital de la ville, à peine achevé à cette heure.
- A Waldhoff, au nord de la ville, émerge d’une forêt une très grande usine, avec sa cité ouvrière. Il importe de la soigneusement repérer afin de respecter la glacerie de notre puissante Société française de St-Gobain.
- Quelle que soit l’importance, au point de vue qui nous occupe, des installations dont j’ai cité les principales, celles qui ont trait à l’alimentation sont encore plus dignes d’attention.
- Il ne faut pas oublier que Mannheim est le grenier de toute l’Allemagne du Sud-Ouest.
- Qu’il me suffise de copier ce passage de mon dernier livre (*) :
- « Sa situation de tête de ligne de la navigation sur le Rhin en a fait un entrepôt obligé de charbon, de pétrole, de grains et le siège des plus puissantes minoteries d’Allemagne. »
- Plus de 14 millions d’hectolitres de blé débarquent actuellement à Mannheim, sans compter le maïs, les orges, les huiles minérales et végétales.
- 1. Les derniers progrès de VAllemagne (p. 81).
- la niasse imposante domine une partie de la ville. Il n’est pas rare qu’il y ait dans les entrepôts de Mannheim pour 500 millions de denrées alimentaires qui y sont importées de Rotterdam par le Rhin. Une seule firme (H. Hildebrand et fils) moût annuellement 1300 mille sacs de froment.
- II apparaît donc manifestement que Mannheim présente à nos aviateurs un inépuisable objectif de fructueux exploits.
- Mais plus décisifs encore seraient les coups qu’ils pourraient porter à Ludvvigshafen. Car cette dernière ville est le siège de la plus célèbre fabrique de produits chimiques du monde entier, la Badische Anilin und Soda Fabrik. Ici, c’est l’usine qui a créé la cité.
- Ce fut la découverte de la fuchsine, extraite du goudron de houille par le chimiste lyonnais Yerguin (1861), qui donna "naissance a la Badische. En 1865 quelques chimistes allemands entreprirent des recherches méthodiques sur les dérivés du goudron et leurs transformations a l’aide de substances d’une diversité infinie en colorants de toutes sortes et de toutes nuances.
- Les principaux furent l’aniline, la résorcine, puis, le premier grand succès, l’alizarine artificielle qui
- Fig. 10. — Type de réservoir à eau des générateurs des usines allemandes.
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- s’attaquait directement à notre garance française et l’anéantissait, en même temps qu’elle rendait notre armée tributaire de l’Allemagne pour la cou leur rouge de ses pantalons.
- Bientôt vinrent s’ajouter à l’alizarine artificielle d’importants dérivés, les bleus, verts, orangé, marrons, noirs d’alizarine, etc.
- Un nouveau groupe de colorants dérivés de l’an-thracène fit son apparition en 1901; bleu, vert-bleu, violet d’anthraquinone.
- Parallèlement la Badische Fabrik poussait ses recherches sur d’autres réactifs carbonés, puis dans le domaine des colorants azoïques qui donnent une foule de teintes : noirs, rouges, orangés.
- Enfin elle a opéré la synthèse de l’indigo, découverte qui rejettera bientôt dans le néant, comme la garance, l’indigo naturel. De même l’orseille disparaîtra devant l’azocarmin, lecurcuma devant le jaune solide ou auramine; les noirs d’alizarine concurrencent déjà le campêche.
- Les conséquences économiques de ces résultats furent immenses. En 1897, la culture de l’indigo jetait sur le marché pour 100 millions de ce végétal, réduits aujourd’hui à 14 millions, et appelé à disparaître. L’Allemagne, qui en importait pour 16 millions, n’en achète plus; bien au contraire elle vend à l’étranger pour plus de 50 millions d’alizarine artificielle.
- Mais la recherche des synthèses industrielles des matières organiques dont l’initiateur- est notre grand Berthelot, semble bien le but des recherches les plus passionnées de la chimie allemande; elle a déjà été réalisée pour les parfums, la soie, le tanin et enfin l’ammoniaque et les composés nitreux.
- Je touche ici à la découverte sans laquelle l’armée
- allemande serait depuis plusieurs mois sans doute hors de combat. Elle a réussi à produire avec l’azote de l’air un succédané du salpêtre naturel du Chili, dont le blocus anglais l’a privée et c’est la Badische Anilin und Soda Fabrik qui a résolu le problème en combinant les procédés successifs de Ostwald et de Ilaber. Appliqués d’abord et sur d’énormes quantités à la Badische, ils ont été propagés en maintes autres usines et l’on peut dire qu’aujourd’hui la quantité d’explosifs nitrés que peut produire l’Allemagne est indéfinie.
- 11 faut avoir parcouru cette cité industrielle qu’est la Badische pour se rendre compte des proportions que peut atteindre une usine allemande de nos jours. Couvrant 120 hectares, sur lesquels s’élèvent 536 bâtiments, occupant 11 000 ouvriers, plus de 250 chimistes et autant de techniciens et distribuant près de 20 millions de francs de dividende à ses actionnaires, elle représente une des grosses puissances économiques du monde moderne ; de même que Mannheim est pour l’Allemagne une des principales sources de l’alimentation publique.
- Telle est la situation extraordinairement suggestive de ces deux villes qui sont à moins de 140 kilomètres de notre frontière de l’est.
- On ne peut s’empêcher de faire cette réflexion qu’une bombe bien placée à travers les bâtiments des chaulîeries ou des machines peut arrêter pour de longs mois la plus formidable usine. Or, les chaudières et les moteurs sont généralement proches voisins des réservoirs d’alimentation toujours haut juchés sur des pylônes en brique ou en ciment armé, et ainsi faciles à repérer.
- Forcer la Badische Anilin à un tel chômage équivaudrait à une grande victoire. Victor Cambon.
- Ingénieur E. C. P.
- LES COMMUNICATIONS ENTRE LA RUSSIE ET L’EUROPE OCCIDENTALE
- PAR LA SCANDINAVIE
- Isolée de l’Europe occidentale par la masse compacte des empires du centre qui obstrue l’Europe dans toute sa largeur, de la Baltique à l’Adriatique, la Russie ne communique plus avec ses alliés qu’au moyen de deux voies ferrées excentriques contournant le bloc austro-allemand, l’une par le Sud, l’autre par le Nord. La première part d’Odessa, traverse la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie, pour atteindre Salonique; de là, après un court trajet par mer, elle emprunte le rail grec jusqu’à Patras, d’où une seconde navigation amène à Brindisi. La seconde se détache du réseau russe à Pétrograd même, contourne par la Finlande et la Suède le golfe de Bothnie, puis, franchissant la Norvège, aboutit aux côtes de l’océan Glacial ou de la mer du Nord. La ligne du Sud non seulement est très longue, mais encore oblige fréquemment à rompre charge; de plus son point de départ se trouve éloigné de 1500 km de Moscou, c’est-à-dire du centre de l’Empire. De beaucoup préférable est
- la voie du Nord. D’abord elle établit des relations presque directes entre la capitale de la Russie et l’Angleterre; en second lieu, elle est plus courte et ne comporte que deux transbordements; aussi bien sert-elle au transport de la poste comme du courrier d’Extrême-Orient par le Transsibérien. Mais il s’en faut de beaucoup encore que cette ligne puisse satisfaire aux nécessités actuelles et constitue une communication facile entre la Russie et l’Europe occidentale.
- Sur les côtes Ouest et Sud-Ouest de la péninsule Scandinave, cette route possède cinq têtes de lignes : Narvik, en face les îles Lofoten, Trondhjem, Bergen, Kristiania et Gothembourg (fig. 1). De ces cinq ports partent autant de voies ferrées allant rejoindre le Nord-Sud suédois, la grande artère qui traverse la Suède dans toute sa longueur, de son extrémité méridionale dans la Baltique à sa frontière septentrionale au delà du Cercle polaire. Par ces différentes voies ferrées, voyageurs et marchan-
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- dises en provenance de l’Europe occidentale et à destination de. la Russie arrivent à la frontière russo-suédoise, tracée par le cours inférieur du Torne elf, à l’extrémité du golfe de Bothnie. Là un long transbordement devient nécessaire pour passer du réseau suédois qui s’arrête sur la rive droite du fleuve à celui de Finlande situé sur l’autre rive; il faut d’abord traverser le Torne elf en barque ou en bac, puis effectuer un trajet en voiture. Après
- quoi, à la gare de Torneâ, on remonte en wagon et on roule ensuite sans changer de train jusqu’à Pétrograd, par Uleâborg, Garnie Karleby, Tammer-fors et Yiborg; depuis la frontière, un trajet de 1274 km, à 1 kilomètre près, la distance de Paris à Gênes par Marseille !
- Cette solution de continuité entre les réseaux suédois et finlandais a été créée par la politique, et cela afin de mettre obstacle à des communications faciles entre les deux pays.
- Depuis plusieurs années l’Allemagne travaille à éveiller la défiance de la Suède à l’égard de la Russie; par la plume comme par la parole, ses agents s’efforcent de persuader aux Suédois que leur puissant voisin de l’Est ne rêve rien moins que la conquête de la Scandinavie septentrionale afin de s’assurer un débouché sur la mer libre. Donc par mesure de prudence, le gouvernement de Stockholm s’est longtemps opposé à la jonction des deux réseaux,
- et, au lieu d’amener sa ligne du Nord à proximité du rail russe, l’a arrêtée sur la rive droite du Torne elf, à Karungi, à 26 km au Nord-Nord-Ouest du terminus russe, dans un véritable désert. Autour de la gare suédoise il n’existe ni village, ni même de hameau, simplement deux maisons et une Chapelle.
- Aussi bien, grands furent l’encombrement et le désarroi, lorsqu’au début d’août 1914, des centaines de voyageurs et des milliers de colis affluèrent d’un côté à Karungi, de l’autre à la gare de Torneâ pour passer de Suède en Russie ou vice versa. Dans ces deux stations, impossible d’abriter ni même de nourrir cette foule ; avec cela une main-d'œuvre insuffisante pour la manutention des bagages et seulement de rares véhicules pour les transports entre les gares. Ajoutez à cela que les deux terminus ne se trouvaient point équipés en vue d’un trafic intense et ne possédaient ni les voies de garage, ni les installations nécessaires. De chaque côté de la frontière on se mit alors au travail avec autant d’ardeur que de bonne volonté. En toute circonstance l’appât du gain devient d’ailleurs le stimulant le plus actif. Attirés par l’élévation des salaires, de nombreux indigènes arrivèrent de 50 et 40 lieues à la ronde et même de plus loin pour louer leurs bras et leurs attelages. En même temps, autour de la gare de Karungi, s’élevèrent des hôtels, des restaurants, des
- Fig. i. — Carte générale des voies ferrées de la péninsule Scandinave servant au transit entre la Russie et l’Europe occidentale.
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- entrepôts avec leur cortège habituel d’agences d’ex- semaines, le transport des marchandises demeura pédition et de commission en douane. Un industriel pour ainsi dire suspendu, faute d’une cavalerie suf-
- Koungounl,
- Petrognai
- *0 o Moscou
- 'Paris V >
- Fig. 3. — Itinéraire actuellement pratiqué pour joindre le Transsibérien.
- entreprenant installa même un cinéma ! Avec la même rapidité que poussent en Amérique les « cités-champignons », une bourgade en planches sortit de terre au milieu de cette solitude nordique. Enfin, pour abréger le transbordement, le gouvernement russe fit construire un embranchement partant de la garé de Torneâ et aboutissant au hameau finlandais de Karunki, sur la rive gauche du Torne elf, en face Karungi suédois (fig. 2). Le 26 janvier dernier, ce tronçon était terminé; dès lors la solution de continuité entre les deux voies ferrées se trouvait réduite à la largeur du fleuve et des marais qui le bordent, soit à 5 km et demi, et, sur le solide plancher de glace qui recouvrait le Torne elf, un va, et vient relativement rapide put être établi. Avec le printemps, malheureusement, cette situation favorable prit fin. La débâcle et l’inondation qui la suivit rendirent le fleuve infranchissable et supprimèrent toute communication entre les deux rives. Pour parvenir à la gare finlandaise, dès lors, on n’eut d’autre ressource que de suivre la roule de la rive droite du Torne elf jusqu’à Haparanda et de traverser ensuite l’èstuaire. Pendant cette période qui se prolongea plusieurs
- fisante pour en assurer le transit. A grande peine la gare de Karungi parvenait à expédier cent voitures par jour, si bien que, pour éviter T encombrement, les arrivages durent être suspendus. A plusieurs reprises il devint même nécessaire d’interrompre le service postal.
- Entre temps, une grande amélioration a été réalisée. Pendant l’hiver dernier, dans un esprit de conciliation qui lui fait honneur, le gouvernement suédois a enfin réglé avec la Russie la jonction des deux réseaux. Il a été convenu que la ligne suédoise serait prolongée jusqu’à Haparanda et un pont construit sur le Torne elf en aval de cette petite ville. Dès la fonte des neiges, les travaux ont été poussés avec une telle diligence que les trains ont pu arriver à Haparanda dans les derniers jours de juin et que, le 1er juillet, les rails ont été posés jusqu’au port. De longtemps le pont ne sera pas terminé; en attendant, les transports se font en bac à travers l’estuaire ; pour éviter l’encombrement à la gare de Torneâ, une partie des marchandises est dirigée par mer vers Kerni, à une vingtaine de kilomètres plus à l’est. Le chemin de fer russe dispose ainsi de deux gares de rechargement.
- ÉÉlKarundi
- Haparanda'
- Fig. 2. — Carte des environs de Haparanda et de Torneâ montrant la solution de continuité entre les réseaux ferrés suédois et russe.
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- Quoi qu’il en soit, au début de l’hiver, lors de la prise du fleuve et au printemps, au moment de la débâcle, les communications entre les deux rives resteront encore soumises à des interruptions.
- Le transbordement à la frontière n’est pas le seul obstacle qui s’oppose 'a la rapidité des transports entre la Suède et la Russie. Les réseaux suédois et finlandais n’étaient nullement préparés pour un trafic aussi intense que celui que la guerre a développé dans ces deux pays, et, le service de l’exploitation n’a pu faire face aux besoins. Le matériel roulant notamment est tout à fait insuffisant. En mars dernier, sur les chemins de fer suédois le déficit de wagons par jour s’élevait à pas moins de 6000!
- Par suite, à différentes reprises, le port de Gothembourg, le principal centre d’exportation et de distribution de marchandises en Suède, s’est trouvé engorgé et l’hiver dernier ses quais et entrepôts sont demeurés encombrés de montagnes de colis.
- De plus, toutes les lignes Scandinaves ne possèdent qu’une seule voie ; cinq lignes venant converger dans le Nord-Sud suédois ; de tels encombrements s’y sont produits que le trafic a dû être arrêté afin de permettre l’écoulement des wagons accumulés dans les embranchements. Grâce aux habitudes d’ordre et de ponctualité des cheminots suédois, on n’a eu néanmoins aucun accident à déplorer.
- Quels avantages et quels inconvénients offrent les diverses lignes affluentes du Nord-Sud, c’est ce que nous allons examiner maintenant.
- La plus septentrionale est le Translapon, construit, il y a une dizaine d’années, pour permettre l’exportation des minerais de fer de Gellivara et de Eirunavara. Partant de Narvik, port norvégien situé en face l’archipel des Lofoten, et toujours libre de glace malgré sa haute latitude, il franchit le relief Scandinave à l’altitude de 520 m., à une distance de 39 km de l’Océan, pour joindre le Nord-Sud, à Boden. Sur une partie du versant suédois la traction électrique est employée. Cette route présente de très grands avantages : d’ahord elle est la voie ferrée la plus courte entre Pétrograd et la mer libre (distance de Pétrograd à Narvik : 1852 km égale à celle de Compïègne à Rome par Paris, Marseille et Gênes) ; en second lieu elle réduit au minimum le trajet à effectuer sur le Nord-Sud, par suite les risques de retard causés par l’encombrement sur cette ligne (distance de Boden à Karungi : 141 km). Enfin, par cette route, les marchandises susceptibles de voyager sans inconvénient à l’air libre et à destination de la Russie ne sont point exposées à être retardées par le défaut de matériel roulant, les trains qui apportent le minerai à Narvik remontant à vide vers l’Est.
- Actuellement deux compagnies de navigation entretiennent un service régulier entre ce port et l’Angleterre.
- La seconde transversale part de Trondhjem, traverse le relief Scandinave au seuil de Meraker (592 m.) et par Ôstersund rejoint le Nord-Sud à. Bræcke. Elle sert au transport des marchandises débarquées à Trondhjem par la Wilson line qui entretient un service régulier entre ce port et Hull.
- Lorsque l’Allemagne eut déclaré le bois contrebande de guerre et torpillé ou saisi plusieurs navires suédois chargés de planches, la Suède songea à exporter par cette voie les produits de ses forêts, mais le manque de wagons ne permit pas de développer ce trafic.
- Cette route comporte un trajet par terre notablement plus long que la précédente. De Trondhjem à Pétrograd, on compte par rail pas moins de 2383 km, 60 km de plus que la distance de Dunkerque à Naples par Paris, Marseille, Gênes. Le parcours à effectuer sur le Nord-Sud est de 770 kilomètres.
- La troisième route, celle partant de Bergen, escalade d’abord le relief norvégien, très large dans cette région ; pendant plus de 50 km le rail court à une altitude supérieure à 900 m. et monte finalement jusqu’à 1300. Les montagnes franchies, le train arrive à Kristiania, puis continue vers l’Est par la ligne de Stockholm jusqu’à Kil ou jusqu’à llallsberg, d’où des embranchements le conduisent sur le Nord-Sud, le premier à Storvik, le second à Krylbo. De Bergen à Pétrograd, la distance par rail s’élève à 2930 km via Hallsberg, et à 5430 via Kil. Par cette voie passent la poste à destination de la Russie et les voyageurs. Durant les cinq derniers mois de 1914, le chemin de fer de Bergen a transporté pour le moins 50 000 voyageurs se rendant en Russie ou en venant (*). Cette route présente, en effet, de très grands avantage^,: d’abord ceux de la plus courte traversée entre l’Angleterre et la Norvège, et d’un service maritime quotidien. Tous les jours d’excellents paquebots passent dans chaque sens en 36 heures de Newcastle à Bergen. En second lieu, entre Bergen et Karungi un train direct avec wagons-lits a été organisé.
- Par cette ligne, en une semaine, on effectue le voyage de Londres à Pétrograd. Quittant la capitale du Royaume-Uni à 5 -h. 30 du soir, le voyageur s’embarque à minuit à Newcastle, et, dans l’après-midi du troisième jour, arrive à Bergen, d’où il continue par un train de nuit sur Kristiania; le quatrième jour à 9 h. 1/2 du soir, il atteint le Nord-Sud suédois à Krylbo, et, le sixième jour à 8 h. du matin, arrive à Karungi. Le départ de Torneâ
- 1. La ligne de Bergen est surtout alimentée par les touristes. Or, en 1914, année où ils ont pour ainsi dire fait défaut, le nombre des voyageurs transportés s’est élevé à 156 810, total qui n’avait jamais été atteint depuis l’ouverture de la ligne. En 1915 et en 1912 on avait compté seulement 98 773 et 84 481 voyageurs. En mars 1915, les recettes de la ligne accusent une plus-value de 1 120 000 francs par rapport à celles du même mois en 1914.
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- a lieu le même jour à 5 h. du soir et le lendemain à 10 h. du soir le train entre en gare de Pétrograd.
- De Pétrograd, les voyageurs à destination de Sibérie continuent vers l’est par la grande transversale ferrée qui coupe le nord de la Russie, du fond du golfe de Finlande à Perm au pied de l’Oural, par Yologda et Yiatka, et, de Perm, par Koungour et îekaterinebourg, rejoignent le Transsibérien à Tché-liabinsk.
- La quatrième ligne affluente du Nord-Sud suédois part de Kristiania et se confond à partir de cette ville avec la ligne venant de Bergen.
- La cinquième a pour tête de ligne Gothembourg, le grand port de la Suède ; elle est formée dans le Sud par deux embranchements se greffant sur la route Bergen-Karungi, l’une à Kil, l’autre à Laxâ près d’Hallsberg.
- C’est par Kristiania et Gothembourg que sont acheminées la plus grande partie des marchandises, non seulement parce que ces deux ports sont fréquentés par de nombreux services de navigation, mais encore parce qu’en raison de son profil accidenté, la ligne Bergen-Kristiania ne peut guère être utilisée pour le transport des poids lourds. Par la ligne Gothembourg passe le courrier de Russie à destination de l’Europe occidentale.
- Le transit russe à travers la Suède utilise non seulement les chemins de fer, mais encore la voie de mer par le golfe de Bothnie. Ce golfe se trouve pour ainsi dire complètement isolé du reste de la Baltique par l’archipel d’Aland; entre ce fouillis
- inextricable d’îles, d’îlots, de récifs, prolongement de la Finlande au milieu de la mer, et la côte suédoise il n’existe qu’une grande passe, large d’une vingtaine de milles au plus, la mer d’Âland, réputée pour ses dangers. Dans ces eaux semées d’écueils, où la moindre fausse manœuvre entraîne une catastrophe, les navires de guerre allemands ne s’aventurent guère; de temps à autre seulement un de leurs sous-marins se faufde à travers les îles ou un de leurs poseurs de mines va semer de ces dangereux engins les approches des ports finlandais.
- Nonobstant ces risques, des vapeurs font la navette entre les deux rives du golfe. Comme le montre la carte (fig. 1), sur la côte de Suède comme sur celle de Finlande, au Nord de Stockholm et d’Abo, s’échelonnent de nombreuses petites villes toutes reliées par des embranchements au Nord-Sud suédois et à la grande artère ferrée de Finlande : Gefle, Sundsvall, Hernosand, Luleâ, à l’ouest ; Uleâborg, Gamle-Karleby, Vasa, Mântyluoto, Raumo, à l’Est, pour ne citer que les principales. A la première occasion favorable, de tous ces ports, des navires font route, pour la rive opposée, et contribuent ainsi à alléger le trafic sur une partie du Nord-Sud.
- Dans ces entreprises hardies, plusieurs vapeurs ont été coulés par des mines notamment autour d’Abo, mais les vaillants marins finlandais et suédois, habitués à la navigation dans ces parages périlleux, ne sont point arrêtés par la menace d’un nouveau danger. Charles Rarot.
- L’ALLEMAGNE CRIMINELLE ET L’ALLEMAGNE BELLIGÉRANTE
- Au spectacle des crimes de toute nature dont se sont souillées les armées allemandes, on s’est demandé parfois si l’on n’était pas en présence d’une dégénérescence rapide d’un caractère national, déterminée par les transformations économiques qui, en moins de cinquante ans, ont métamorphosé une société jusque-là surtout rurale, où les grandes villes industrielles se comptaient, en une société surtout urbaine où les deux tiers de la population vivent de l’usine et du comptoir. On a interrogé la statistique criminelle en vue de voir si elle ne nous révélerait pas, mieux que l’histoire et la politique, le secret d’actes qui contrastent si fort avec toutes les espérances des philanthropes.
- Au premier abord, la réponse qu’elle nous fait semble équivoque. La criminalité allemande a empiré au cours de la transformation industrielle, mais cette aggravation n’est pas en rapport avec l’intensité et la profondeur de la mutation imprimée aux mœurs.
- Le tableau suivant exprime les variations criminologiques de l’Empire pendant les vingt dernières années du xixe siècle, c’est-à-dire au cours de la période où l’on a assisté à l’accroissement le plus rapide de la production et de la population ainsi qu’à l’immigration des ruraux de l’Est dans les grandes agglomérations urbaines du Centre et de l’Ouest.
- Nombres moyens.
- Infractions Infractions Statistique
- Années. nu code pénal. aux lois spéciales. Total spéciale de l'homicide
- 1882-1885 311.772 22.518 537.290 * 299
- 1886-1890 335.807 28.416 562.223 259
- 1891-1895 595.473 53.550 428.823 281
- 1896-1899 429.912 59.221 469.153 266
- Pour 100 000 habitants.
- 1882-1885 679,5 48,6 727,9 0,6
- 1886-1890 695,5 59,0 752,0 0,5
- 1891-1895 779,1 65,7 844,9 0,5
- 1896-1899 803,4 75,5 876,7 0,5
- Le crime dont la fréquence dénote le plus sûrement une violence barbare des mœurs est sans
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- 106=== L’ALLEMAGNE CRIMINELLE ET L’ALLEMAGNE BELLIGÉRANTE
- aucun doute l’homicide. Mais à cet égard, l’Allemagne occupait un rang très honorable parmi les peuples européens. Alors que pour un million d’habitants on comptait 96 homicides en Italie ; 76 en Espagne; 75 en Hongrie; 40 en Roumanie; 23 en Portugal; 16 en Suisse; 15 en France et 14 en Belgique, la statistique n’en enregistrait que 10 en Allemagne. Celle-ci ne le cédait qu’à l’Angleterre et à la Hollande (5).
- N’est-il pas possible d’arriver à une réponse plus claire? Notre histoire ne nous rend que trop aisée l’application d’une méthode plus sûre que celle qui consiste à s’appuyer sur les données brutes de la statistique comparée. Au début comme au terme de l’évolution industrielle de l'Allemagne se place une invasion allemande en France. Plus courte que celle de 1914-1915, celle de 1870-71 a eu une plus grande extension. En comparant l’attitude des armées allemandes dans les deux cas, on peut faire la part des perversions récentes et celles des dispositions permanentes, dans la genèse des atrocités.
- Ouvrons les Souvenirs de Campagne, que Gabriel Monod publiait en 1872, et où se dévoilent déjà les qualités d’historien impartial dont il devait donner la preuve dans sa longue et brillante carrière.
- La lecture attentive de ces pages est de nature à éclairer ceux qui croient à une modification récente du caractère allemand. « Ce qui révoltait dès l’abord dans l’armée allemande, écrit Monod, c’était, la dureté systématique, la cruauté réglementaire. S’il y avait des soldats qui accomplissaient à regret les ordres de destruction, d’autres y trouvaient une joie détestable. Aux rigueurs du système venaient se joindre les brutalités individuelles. Le pillage, rare au début de la campagne et puni parfois avec une certaine rigueur, avait dégénéré en habitude et les officiers n’osaient plus s’y opposer. Les soldats volaient pour revendre aux Marketender (cantiniers), qui suivaient l’armée et rachetaient tout à bas prix. C’est ainsi que s’expliquent les vols les plus bizarres (1). »
- G. Monod note la conduite différente des troupes selon leur provenance. « La conduite des Allemands variait beaucoup suivant la province d’où venaient les troupes.... Malheur à qui tombait entre les mains des Poméraniens, des Polonais, des Silésiens, des Prussiens orientaux, des Bavarois 1 J’ai vu ces derniers à l’oeuvre dans les Ardennes ; beaucoup d’entre eux sont doux et bons, mais ils sont souvent ignorants, grossiers et pillards; ils brisaient tout avec une sorte de plaisir stupide. J’ai vu, au contraire, les habitants du Brandebourg, de la Saxe, du Hanovre, des provinces rhénanes traiter avec douceur les populations au milieu desquelles ils se
- 1. G. Monod : Allemands et Français. Souvenirs de campagne. Sandoz et Fischbacker, 1872, p. 54.
- trouvaient. Les Saxons surtout se faisaient remarquer par leur humanité. » (Ibid. pp. 62-63.)
- Nous ignorons si les Saxons de 1914 mériteraient le même éloge, mais nous savons de bonne source que les Prussiens et les Bavarois, ces derniers surtout, ont confirmé leur triste réputation. Or, ici, la statistique criminelle est d’accord avec l’observation directe. Tandis que la moyenne des condamnations pour coups et blessures est de 183 pour 100000 habitants dans l’ensemble de l’Allemagne, elle est de 326 pour la Bavière, de 289 pour les provinces polonaises, de 228 pour la Prusse orientale, de 205 pour la Silésie. Dans ces régions, les violences contre les personnes sont en progrès. De 1883 à 1897 le chiffre des condamnations s’élève de 189 pour 100 000 habitants à 265 en Prusse occidentale, de 401 à 591 dans le Palatinat bavarois, etc.
- Il est un point surtout où la transformation du caractère allemand dans le sens de la dégénération est notable. « Le respect des Allemands pour les femmes est le trait le plus remarquable de cette campagne, écrivait Monod. Il peut y avoir eu des crimes individuels commis, mais en sept mois de campagne, je n’en ai pas constaté un seul, ni entendu raconter un seul d’une manière positive. J’ai vu, au contraire, les femmes traitées avec un véritable respect. » (1bid.,\>. 65). Voilà certes un éloge que l’histoire impartiale ne décernera pas aux Allemands de 1914!
- La statistique criminelle pouvait faire prévoir cette grave altération du caractère national. Déjà dans les vingt dernières années du siècle précédent, le nombre des crimes contre les mœurs croissait de cinq en cinq ans avec une effrayante régularité.
- ANNÉES
- 1882-1885
- 1886-1890
- 1891-1895
- 1896-1899
- Nombre moyen pour 100 000 annuel. habitants.
- 5179
- 3.581
- 4-298
- 5.024
- 6,9
- 7.4
- 8.5 9,4
- L’Allemagne de 1870 faisait déjà la guerre de façon à laisser soupçonner que pour sa conscience nationale, les principes de la justice, de l’humanité, du droit, n’ont de valeur que dans les limites du groupe ethnique. Ce trait de caractère, qui atteste la persistance de la barbarie morale, n’a pas été effacé ou corrigé par un progrès économique qui a mis les Allemands en relations d’affaires avec le monde. Ils n’ont, semble-t-il, trouvé dans la civilisation urbaine et industrielle qu’une école de criminalité voluptueuse et, comparés à leurs ancêtres, ils ont perdu ce respect de la femme que déjà les historiens latins se plaisaient à honorer, en y voyant une des causes de la vigueur morale et physique de leur race. Gaston Richard.
- Professeur de Sciences sociales à l’Université de Bordeaux.
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- L’INDUSTRIE DE LA CHICOREE A CAFE
- La préparation de la chicorée est une des industries qui a le plus souffert de la lutte actuelle, car les champs où l’on cultivait cette plante ainsi^ que les usines dans lesquelles on transformait sa racine en succédané du café se trouvent sur le territoire belge ou dans les départements français envahis. Aussi son prix de vente est-il passé de 1 fr. 20 le kilogramme à 2 fr. 60.
- Notre ami Henri Coupin a indiqué récemment (*) par quels mélanges plus ou moins hétéroclites on la remplace depuis la guerre; nous nous contenterons de décrire ici sa culture et les métamorphoses qu’elle doit subir avant de pouvoir singer le moka.
- La chicorée se cultive sur une vaste échelle principalement dans.les départements duNord, du Pas-de-Calais, de l’Oise, des Ardennes, en Belgique et en Angleterre. Bien qu’en France la surface des champs emblavés avec cette plante dépassait 8000 hectares en 1913. Les sols argilo-siliceux ou argilo-calcaires, profonds et un peu frais conviennent parfaitement à cette plante et en particulier nos côtes de la frontière belge jusqu’à Calais constituent une région très favorable sous ce rapport.
- Les chicorées peuvent se rattacher à deux espèces principales : la chicorée sauvage (C. inlybus) et la chicorée endive (C. enclivia). La chicorée à café est une plante vivace à racine grosse, pivotante et fusiforme dont on mange les feuilles en salade.
- Lorsqu’on la fait pousser dans les caves sans lumière, à une température moyenne, ses feuilles s’étiolent, blanchissent. On a alors la barbe de capucin. Quant à la chicorée endive elle est originaire de Chine et du Japon.
- Parmi les chicorées à café, on en distingue deux variétés principales : la tête d anguille ou Palingkop à feuilles frisées et la Magdebourg améliorée Comme le remarque l’abbé J. Yan Seynhaeve, professeur à l’Institut
- * La Nature, n° 2163 (13 mars 1915), 182-183.
- Fig. i. — Chargement des racines de chicorée arrachées.
- Fig. 2. — Chicorée à café. Racines et tige fleurie.
- agricole Saint-Jean Berchm ms à Àvelghem (Belgique), ces deux variétés ont fourni (par^ hybridation un grand nombre de sous-variétés aux qualités culturales et indus-trielles plus ou moins appréciées selon les localités. La Palingkop se caractérise par sa racine régulière, ses feuilles découpées à nervures rougeâtres. Les cultivateurs belges la préfèrent bien qu’elle donne un rendement brut moins élevé que la Magdebourg; en revanche, elle sèche plus facilement et fournit un produit manufacturé très coté. De plus, les racines de la Magdebourg subissant dans le touraillage une : diminution de poids plus considérable, ses cassettes conservent une teinte blanchâtre même après la torréfaction; aussi se vendent-elles 10 pour 100 moins cher que celles des Pa-liogkop. Malgré cela, la plupart des agriculteurs français la cultivent tandis qu’en Allemagne, on rencontre surtout la chicorée de Brunsw ick ou chicorée betterave, variété à feuilles très découpées et frisées se rapprochant de la Tête d’anguille ; elle convient aux terrains moins profonds ou ayant un sous-sol médiocre.
- Quelle que soit la variété choisie, du 5 au 25 mai, on sème généralement les graines en lignes à raison de 5 à 5 kg à l’hectare, au moyen d’un semoir spécial dit « à cuillères ». Dans cet instrument, les graines s’écoulent des compartiments où on les a placées, par une ouverture ménagée à leur partie inférieure, puis de petites cuillères les reprennent pour les verser dans des tubes à entonnoir d’où elles tombent finalement dans les sillons tracés par les socs. Des chaînes recouvrent les graines dont on achève l’enfouissement complet par un passage au rouleau.
- Huit ou dix jours après l’ensemencement, la graine lève et aussitôt que les feuilles cotylédo-naires apparaissent on donne un premier sarcl âge à la main ou avec une binette à cheval. Quelques jours plus tard, c’est-à-dire lorsque s’épanouit la
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- L'INDUSTRIE DE LA CHICORÉE A CAFÉ
- quatrième feuille, on se livre au démariage et peu après au plaquage, en espaçant les pieds de 16 à 50 cm dans les lignes. Après la mise à distance, M. J. Sterme recommande de passer encore plusieurs fois la houe, vers la fin de juin ou le commencement de juillet, tant que la végétation permet de circuler entre les lignes, car la propreté du sol a beaucoup d’influence sur le développement des racines. On enlève, en outre, les chicorées montées qui donnent des cossettes ligneuses dépréciant les produits torréfiés.
- En France, on récolte la chicorée du 25 septembre au 25 novembre soit à la main, soit à la charrue. Au fur et à mesure de l’arrachage par
- bac en tôle d’acier de 1 m. de large sur 5 m. de long et à fond perforé. Dans ce réservoir, tourne un arbre muni de bras qui agitent les racines dans l’eau constamment renouvelée. La boue passe à travers la tôle perforée et s’évacue par un déversoir fermé par une vanne.
- Du lavoir, les racines se déversent sur une table à secousses dont le fond est également troué et où elles s’égouttent tout en cheminant vers une chaîne à godets qui les monte à l’étage supérieur. Là, un plan incliné les amène dans deux coupe-racines à berce ou coupeuses belges. Cette machine se compose d’une trémie divisée en deux par une cloison verticale et au fond de laquelle se meut un couteau
- Fig. 3. — Déchargement des voitures et wagons de chicorée dans Vusine.
- ligne, on réunit les racines en tas après séparation des feuilles du collet et on les nettoie sommairement.
- On les dirige alors soit par voitures, soit par chemin de fer jusqu’aux usines où on les décharge au-dessus de caniveaux recouverts de petites claies en bois. Là, elles attendent qu’on les travaille. A ce moment, les ouvriers n’ont plus qu’à enlever les claies au fur et à mesure, puis à faire tomber les racines dans le caniveau qui sert de transporteur hydraulique comme dans les sucreries. Les chicorées arrivent delà sorte, partiellement débarrassées de la terre qui y adhérait encore, jusqu’à la vis d’Archimède destinée à les monter dans le laveur. Parvenues au sommet de cette vis hélicoïdale, les racines tombent dans l’appareil qui se compose d’un
- horizontal à double lame porté de part et d’aulre par un montant fixé aux pieds de la table. Ce porte-couteau oscille autour des points d’attache grâce à une bielle, mue par un axe de transmission qu’actionne lui-même une poulie. En dessous du couteau horizontal se trouvent fixés une multitude de petits couteaux verticaux qui déterminent la grosseur des cossettes. Entre ces derniers organes et la partie inférieure de la cloison de séparation, des crochets encastrés dans le bâti de la machine et nettoyés par des lames verticales au cours du travail forcent les chicorées, débitées en morceaux parallélépipédiques, à tomber dans un élévateur qui les transporte dans les lourailles. Ces séchoirs spéciaux sont à un, deux ou trois étages. En ce dernier cas, les cossettes arrivent sur la tôle perforée
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- formant le sol de l’étage le plus élevé de la tou-raille, elles y restent 12 heures environ, puis des ouvriers, à moitié nus, les font tomber par des trappes sur la tôle perforée du deuxième étage où elles restent le même temps ; elles descendent ensuite, par un moyen identique, sur le plateau du premier étage où s’achève leur dessiccation et, une fois refroidies, on les ensache.
- Là se terminent les différentes opérations des cossetteries. Ces usines agricoles possèdent en général de 6 à 18 feux. Le travail journalier d’un feu correspond à la dessiccation de 3000 à 3500 kg de racines vertes. Ainsi pour alimenter la cosset-terie de M. Alphonse Leroux à Fretin (Nord), qui comporte 5 batteries de chacune 6 foyers allumés normalement pendant 5 mois, et où les photographies ci-jointes ont été prises, il faut 200 hectares de chicorées au rendement moyen de 50 000 kg à l’hectare. Ces 6 millions de kilogrammes de racines fournissent environ 1500000 kg de cossettes séchées.
- De ces sécheries, les cossettes arrivent en sacs ou en vrac chez le fabricant dont le premier soin est de les nettoyer. A la brûlerie d’Orchies (Nord) par exemple, on les décharge dans un élévateur à la sortie duquel elles passent dans des cloisons en chicanes reliées à un aspirateur puissant qui enlève la paille, les poussières, etc.; de là', elles tombent dans une bluterie qui les débarrasse du sable plus lourd et les classe par grosseur.
- Les cossettes les plus fines serviront à la fabrication des chicorées ordinaires. Les plus grosses donneront les qualités de choix.
- Vient ensuite la torréfaction qui s’exécute dans des sphères en tôle de 1 m. de diamètre tournant sur des foyers de coke.
- Les brûloirs doubles de Confiant comprennent deux foyers et quatre boules pouvant torréfier 5000 kg par jour. Cet appareil permet de réaliser une notable économie de combustible : deux sphères tournant pour brûler pendant que deux autres se refroidissent. Le mécanisme est des plus simples, car une courroie et une poulie suffisent pour actionner trois batteries de quatre boules.
- Ainsi que l’indique M. Camille Guyot dans son ouvrage si documenté sur La Chicorée (1911),l’opération se termine d’ordinaire à froid, c’est-à-dire qu’on retire l’appareil du feu et qu’on le laisse tourner quelque temps.
- Avant et pendant la torréfaction, on additionne les cossettes de substances grasses qui, tout en les lustrant, diminuent leur amertume.
- Une fois refroidies, les cossettes, devenues cassantes et friables, passent dans une série de concasseurs formés de disques à dents ou de cylindres crénelés.
- Après chaque concassage, les produits broyés traversent une bluterie-diviseuse qui les déverse dans d’autres appareils tamiseurs destinés à les calibrer en quatre grosseurs : semoule gros grains, semoule grain moyen, semoule ordinaire ou petit grain en poudre. Enfin les semoules subis-
- Broyage des cossettes à la meule.
- sent une ultime manipulation, le blondissaye, consistant à les enrober de poudre de chicorée impalpable qui leur communique une teinte régulière et diminue leur pouvoir hygrométrique en bouchant leurs pores.
- Les systèmes employés pour pratiquer le blon-dissage varient énormément, mais.le plus répandu consiste à réduire en poudre les résidus du concassage au moyen de moules en granit tournant dans un bassin.
- Au sortir des meules, on tamise la poudre à blondir, puis on la mélange à raison de 15 à 20 pour 100 aux semoule.s et on blutte à nouveau.
- La chicorée se présente alors sous l’aspect d’une
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- blonde semoule parfaitement enrobée et débarrassée delà poudre enexces. Ilneresteplus qu’à empaqueter la chicorée soit à la main, soit mécaniquement.
- ri Dans les machines dites « à tampon », après avoir façonné le sac autour d’un tube en fer-blanc, l’ouvrier y verse la chicorée, puis la presse à l’aide d’un piston qu’un levier lui permet d’actionner. Il enlève ensuite le tube et passe le paquet à une ouvrière qui le ferme et le met dans une caisse. D’autres femmes l’habillent d’une seconde enveloppe et l’étiquètent.
- S-, Les paquets placés enfin dans des caisses en bois de peuplier iront attendre les acheteurs sur les rayons de quelque épicerie française ou étrangère, car avant la guerre les produits de nos brûleurs faisaient prime sur le marché mondial. Nul douté, d’ailleurs, qu’une fois nos fabriques de chicorée remises en activité, leur renommée ne se maintienne. Jacques Boyer.
- LES POISONS D’ÉPREUVE
- Donner à un accusé un poison et tirer de la manière dont il le supporte des preuves pour ou contre sa culpabilité, pour ou contre sa nature de sorcier, c’est une singulière manière de rendre la justice. Elle est cependant extrêmement répandue chez les peuplades sauvages, mais tend de plus en plus à disparaître devant les progrès de la civilisation, qui s’efforce de l’interdire comme par trop barbare et, naturellement, sans fondement.
- Ces « poisons d’épreuve » sont très variés et diffèrent d’un pays à un autre, ce qui se comprend facilement puisqu’ils sont presque tous tirés du règne végétal, dont les espèces changent suivant les régions. Citons-en quelques-uns.
- Au Sénégal, en Guinée, au Soudan, la plante la plus employée est une Légumineuse 1’ « Erythrophlœum guineense », grand arbre dont on utilise, dans ce but, l’écorce, parfois aussi les feuilles et les fruits. On ajoute à la préparation « du sang humain, le cœur des hommes morts dans l’année, plus les cervelles, avec le foie et le fiel ; on met ce hideux mélange dans une cuve, et on l’y laisse infuser et fermenter pendant un an ». Pour les justiciers, c’est la partie « humaine » de la préparation — le lali, comme on l'appelle — qui est la partie principale.
- Les indigènes n’en sont pas trop effrayés et se font même une joie d’ètre admis à l’ingurgiter, ce qui prouve, une fois de plus, que tous les goûts sont dans la nature.
- Le voyageur Boyé a, dans le pays des Balantes, recueilli d’intéressants détails sur 1’ « opération », pour laquelle les « patients » offrent même des cadeaux pour pouvoir y participer. Pour être admis à boire le tali, il faut
- payer une redevance à celui qui l’a préparé; ce n’est jamais un Balante qui est chargé de ce soin. Les futures victimes restent complètement étrangères à sa préparation.
- C’est ordinairement un féticheur de race diola, procuré par un chef de village de même race, qui en est le préparateur et le distributeur. Les cadeaux offerts comme prix du tali sont divisés en trois paris : l’une pour le féticheur, l’autre pour le chef du village diola qui a servi d’intermédiaire, le troisième enfin pour le chef d’un village quelconque, rétribution dont l’origine et le but ne sont pas connus. La valeur moyenne de la redevance à payer par individu, pour recevoir la dose de tali, correspond à environ 2 fr. 50 de notre monnaie ; les plus pauvres font leur possible pour se la procurer. Il y en a qui vont mendier dans les villages voisins, d’autres qui vont travailler chez les traitants oü les blancs et reviennent quand ils ont obtenu la somme suffisante. Le plus souvent, cette somme n’est pas payée en argent; la plupart apportent du riz, des bandes de soie, des pagnes ; quelques-uns se réunissent pour 'acheter une chèvre. Les plus riches, ou ceux qui ont une nombreuse famille, offrent un bœuf. Le jour de l’épreuve du tali est précédé de grandes fêtes; les tam-tams résonnent jusqu’au dernier moment. La plupart ont déjà préparé les chèvres, les bœufs et les porcs qu’ils égorgeront pour fêter leur triomphe. La cérémonie se passe dans la brousse, dans une clairière éloignée du village, le matin, à la première heure. Les Balantes arrivent en chantant, se groupent en cercle autour du féticheur diola qui distribue le poison et déposent devant lui leurs offrandes. Le féticheur a revêtu ses pagnes les plus riches et est couvert de gris-gris et
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- de colliers de cuivre. Le poison, contenu dans une grande calebasse placée devant lui, est, successivement, •distribué à tous. Au fur et à mesure qu’il a bu le tali, chaque Balante s’en va en courant dans la brousse et s’assied au pied d’un arbre. Les uns sont pris de nausées et de vomissements et rendent le liquide toxique ; ceux-là sont sauvés. Les autres meurent dans l’espace de quelques heures, sans convulsions. Les morts deviennent •l’objet de la haine publique ; ils sont accusés de tous les malheurs qui ont pu s’abattre sur le village. Le mari qui :a perdu sa femme, le père qui a perdu ses enfants, les invective avec rage; ils sont dépouillés de leurs vêtements, jetés dans la brousse et abandonnés sans sépulture aux hyènes et aux vautours. Les survivants regagnent leurs villages en chantant; des grandes fêtes sont données, les tam-tams reprennent, les animaux sont •égorgés (les pauvres bêtes n’y sont, cependant, pour rien), le féticheur est comhlé de cadeaux, et tous, pauvres et riches, célèbrent dans des festins le départ •des sorciers, convaincus que c’est la fin des malheurs qui fondaient sur le village, et que tous ces morts, qui, quelques heures avant, étaient leurs amis ou leurs parents, n’étaient que des sorciers venus sous cette forme pour les détruire et les dévorer.
- Cette « purification'» collective coûte, environ, le quart de la population, mais l’influence française a mis un frein à ces hécatombes partout où elle a pu les atteindre.
- 11 en est de même pour les indigènes de la Côte de Calabar qui employaient autrefois, mais qui n’y font plus appel aujourd’hui, à la graine bien connue, dite Fève de Calabar, d’une liane, le « Physostigma venenosum ». Ce poison d’épreuve, dit djiron ou éséré, était très redouté. D’après ce qu’en dit Collet, l’épreuve était subie, au Vieux-Calabar, devant le roi et les principaux habitants réunis en une sorte de cour de justice, devant laquelle on introduisait les individus accusés d’un crime, surtout de celui de sorcellerie. Presque toujours •elle équivalait à une sentence de mort; aussi les indigènes craignaient-ils beaucoup d’y être soumis et prenaient-ils souvent la fuite pour y échapper. Si quelques-uns demandaient parfois à démontrer publiquement leur innocence par l’épreuve du djiron, c’est qu’il y avait eu entente préalable entre le juge chargé de la préparation du poison et eux : ils savaient que le toxique n’aurait que peu ou pas d’effets et qu’il n’en résulterait qu’un léger malaise devant disparaître rapidement.
- Ces ententes avec les fabricants de poisons d’épreuve, sont, d’ailleurs, très répandues et expliquent, jusqu’à un certain point, la manière variable dont ils agissent avec les divers « coupables ». A noter aussi que les natures « sensibles » les rejettent rapidement par la voie buccale et les mettent ainsi hors, d’état de nuire : elles sont sauvées par leur propre bouche, alors que, chez nous, elles le sont parfois par celle de leur avocat....
- Au Congo, on employait, jadis, sous le nom de M’Boundou, un poison d’épreuve tiré d’un arbuste, le « Strychnos Icaja ». D’après les observations recueillies par le marquis de Compiègne, la plante est arrachée, sa racine coupée est raclée avec soin, de façon à en détacher complètement l’écorce externe. Une poignée de cette poudre est mise à macérer dans près d’un litre d’eau.
- Quand la liqueur a pris une teinte rougeâtre, le poison est prêt. Le féticheur trace alors une raie sur le
- sable, à dix pas devant le patient, auquel il tend ensuite la coupe remplie de M’Boundou. Celui-ci doit l’avaler d’un trait, puis, à un signe du féticheur, se mettre en marche. Déjà le poison commence à produire son effet; les yeux s’injectent de sang et semblent prêts à sortir de leurs orbites, la figure se contracte et une torpeur invincible s’empare de l’accusé. Et cependant il rassemble toute son énergie dans un suprême effort et cherche à marcher en avant, car malheur à lui, s’il tombe avant d’avoir franchi cette raie tracée sur le sable par le grand féticheur : sa culpabilité sera prouvée aux yeux de ces barbares, et une foule altérée de sang l’égorgera, arrachera ses entrailles et coupera son corps en petits morceaux.
- Si, au contraire, ses forces ne l’ont pas trahi tout de suite, s’il passe la ligne fatale, il est déclaré innocent et la colère du peuple retombera alors sur son accusateur, qui sera condamné à la même épreuve.
- Dans une autre région du Congo, chez les Batékés, on fait appel au N’Kassa ou Cassa, qui n’est pas encore identifié au point de vue botanique. Si l’accusé vomit, il est déclaré innocent et reçoit la forte somme de son accusateur; les femmes s’y soumettent volontiers, car, munie de cette dot, elles se marient sans difficulté....
- A Madagascar, avant la conquête, on s’adressait au Tanguin, fourni par les graines d’une Apocynacée, le « Thanghinia venenifera ». Dans un travail de MM. Perrot et Yogt(1), dont la précieuse documentation nous sert pour cet article, on trouve, d’après M. Ramisiray, quelques détails sur l’exécution elle-même. L’accusé commençait par boire de l’eau de riz, puis il avalait, sans les mâcher, trois morceaux de peau de poulet, de la dimension d’un dollar; on lui administrait ensuite le tanguin râpé et mêlé à du jus de bananier ou du suc de cardamome.
- L’exécuteur posait alors sa main sur la tête de l’accusé et adressait au génie du Tangena une prière pleine d’imprécations terribles. L’-idée dominante est la sommation adressée au dieu de rendre le crime manifeste, s’il y a eu acte de sorcellerie, mais de faire vomir, intacts, par l’effet du poison, les trois morceaux de peau, si l’accusé était innocent. Le temps laissé entre l’absorption du riz, de l’eau de riz et du Tangenia pouvait, d’après sa durée, modifier le résultat de l’épreuve, et cela dépendait de la volonté de l’exécuteur. Si les trois morceaux ne se trouvaient pas intacts dans le riz rejeté par le vomissement, le malheureux était assommé avec un pilon à écraser le riz. Son corps était souillé, enseveli rapidement ou- abandonné aux chiens. L’épreuve était faite en grande solennité, afin d’inspirer au peuple ignorant e superstitieux une crainte illimitée à l’endroit de l’esprit qui était censé résider dans la noix vénéneuse.
- Comme on le voit par ce rapide aperçu —- abrégé — Jes poisons judiciaires sont très fréquents en Afrique. Par contre, il ne semble pas y en avoir ni en Asie, ni en Océanie, ni en Amérique (2). Un « chic » à l’humanité de ces trois parties du monde ! Hekri Coupix.
- 1. Poisons de flèches et Poisons d'épreuve, Yigot, édit.
- 2. En Europe, on ne semble jamais avoir employé de poison dans un but judiciaire, mais nous avons eu, au moment de l’Inquisition, les épreuves du fer, du feu, de l’eau bouillante, de l’immersion, etc., qui ne valaient guère mieux. A noter cependant que, dans certaines « ordalies », jusqu’au moyen âge, on fit appel au sang du taureau, dont le mode d’action n’apparaît pas très clairement, à moins d’admettre, ce qui est probable, que l’on y dissolvait diverses substances toxiques.
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- NIVEAU A MERCURE SYSTÈME BROCA
- Parmi les appareils de précision dont l’usage est le plus répandu, il faut citer le niveau à bulle qui permet d’avoir un plan horizontal. Le plan horizontal en effet joue, dans la vie et la science, un rôle fondamental. On a besoin de lui, aussi bien pour régler un billard ou une balance que pour installer une lunette équatoriale. Malheureusement, les niveaux très sensibles, dont la précision atteint une fraction de seconde d’arc, sont d’un emploi très délicat.
- Dans le niveau Broca à mercure et glycérine, l’équilibre est atteint instantanément; la capillarité n’intervient pas, et même les écarts de température s’annulent très rapidement dans la chambre bien close contenant les liquides, et dont l’enveloppe en métal épais constitue la plus efficace des protections.
- Le nouveau niveau Broca à bulle, construit par les établissements Lacour-Ber-thiot et étudié avec la collaboration de leur directeur M. Ch. Florian, est un niveau sphérique indiquan t une fraction de seconde d’arc.
- On avait pensé, il y a du reste longtemps déjà, à employer le mercure comme liquide indicateur de niveau, mais on était arrêté par l’existence d’un ménisque très accentué d’une part et surtout par la mobilité extrême du mercure. Il fallait chercher à garder les qualités précieuses du mercure, en particulier celle qu’il a de former un miroir parfaitement réfléchissant, tout en supprimant sa mobilité (mais non pas sa sensibilité) qui ride la surface et empêche la formation des images. M. Broca y est arrivé en surmontant le bain de mercure par un bain de glycérine, complètement enfermé sous le plan de verre qui surmonte les liquides. Ce bain de glycérine forme frein en empêchant le mercure d’osciller et d’obéir aux vibrations de trop faible amplitude. Le mercure et la glycérine sont placés dans une cuvette métallique à fond ondulé de façon à permettre la libre dilatation des liquides.
- La figure donne une coupe schématique de l’appareil. La lumière passant par une fenêtre F éclaire un réticule R, formé de 4 fds croisés. Un objectif donne de ce réticule une image sur la surface du
- bain de mercure. L’image réfléchie par cette sur^ face est reçue [par l’œil placé à la fenêtre de l’oculaire 0, grâce au prisme à réflexion totale P qui permet aussi la vision directe du réticule R.
- Dans ces conditions, l’œil voit donc simultanément le réticule et son image. Si ces deux réseaux de fils coïncident,: c’est[[que la bisseclrice de l’angle des rayons directs et réfléchis est verticale, c’est-à-dire que la surface du bain de mercure, et par suite la surface qui porte l’appareil, sont horizontales. Pour avoir de bonnes images, il est nécessaire que la face supérieure de la lame de verre soit bien travaillée. Mais la différence d’indice du verre et de la glycérine étant extrêmement faible, si le verre estconvenablementchoisi, les réfractions à la face inférieure sont négligeables et cette face n’a besoin ni d’être plane, ni d’être très exactement parallèle à la face supérieure.
- Des soins particuliers ont été pris pour la construction de ce niveau destiné primitivement aux mesures et aux réglages de précision. Les parois de la cuvette épousent la forme du ménisque du mercure de façon que toute là surface libre utile est bien plane., Le tube qui porte le réticule et le système d’observation est mobile pour permettre la mise au point et la collimation. L’appareilrepose sur 5 vis calantes terminées par de petites billes d’acier. On réalise ainsi une définition parfaite du plan de base, car on sait exactement ce qu’est le plan tangent à une sphère, tandis que l’extrémité d’une pointe est quelque chose de très mal connu. La sensibilité de l’appareil est extrême, de 1 ordre de la seconde. Placé sur le rebord en pierre d une fenêtre, il permet de suivre les mouvements minuscules de la construction. Sur le bâti d’une machine à vapeur en marche, il indique les flexions du support. Son amortissement est tel qu’il revient instantauément à sa position d’équilibre entre chaque coup de piston. Plus d’oscillations, plus de tâtonnements comme pour les niveaux ordinaires ; l’apériodisme est parfait.
- La technique s’estdonc enrichie d’un appareil d’une extrême sensibilité, d’un maniement très simple et très rapide dont l’emploi est par suite tout indiqué dans un grand nombre d’industries. X...
- iF
- .Mercure
- Vue en coupe du niveau Broca.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2186.
- 21 AOUT 1915.
- LES RÉCENTES DÉCOUVERTES DE HOUILLE
- en Allemagne, Belgique et Pays-Bas.
- On ne saurait trop insister sur l’importance économique, sociale et, par contre-coup, politique, des récentes découvertes houillères faites chez tous nos voisins du Nord-Est ou de l’Est et sur l’infériorité croissante où elles nous placent vis-à-vis d'eux, si nous ne parvenons pas à y remédier. Le public sait vaguement que, vers la fin du xixe siècle et le commencement du xxe, il a été exécuté une grande campagne de sondages sur les deux rives du Rhin et, ici. même, nous nous sommes attachés à diverses reprises à en signaler brièvement les résultats; mais qu’il y ait eu là une transformation
- trée par puits ou sondages sous des épaisseurs de terrains stériles, crétacés ou tertiaires qui, peu à peu, à mesure- qu’on s’est enhardi, sont arrivés à dépasser 1000 à 1500 mètres.
- On voit ainsi comment un sillon houiller qui se termine en pointe dans l’Artois et qui s’atrophie complètement à l’Ouest de Fléchinelle, parcourt ensuite, jusqu’à Aix-la-Chapelle, une longueur de 270 km, avec une largeur moyenne assez faible qui n’atteint guère, dans les zones les plus élargies, une quinzaine de kilomètres. Puis, brusquement, quand on dépasse Aix-la-Chapelle et Maëstricht, tout
- Fig. i. — Carte d’ensemble des Bassins houillers du Nord, de Belgique, de Hollande
- et de Westphalie.
- totale des conditions anciennes, un doublement, un triplement des richesses connues, pourtant déjà si considérables, c’est ce que nous devons nous attacher à montrer par une description un peu plus précise.
- Sur notre figure 1, nous avons représenté le bassin houiller français du Pas-de-Calais et du Nord, son prolongement en Belgique, l’ancien bassin westphalien de la Ruhr, et enfin, dans l’intervalle, les nouveaux champs houillers découverts dans la vaste zone comprise entre Aix-la-Chapelle, Anvers, Nimègue et Munster. La figure 2 montre plus spécialement la région nouvelle du Rhin. Les affleurements du terrain houiller ayant été signalés par un figuré spécial, on peut se rendre compte aussitôt de la part considérable prise ici par les investigations à grande profondeur entreprises sur la foi des. théories géologiques. En somme, la presque totalité du houiller utilisable a été rencon-
- 43' Année. — 2' Semestre.
- change, et l’on assiste à un épanouissement du bassin houiller qui étale ses taches éparses, sur une superficie totale de 180 km de long et 100 km de large.
- Là se trouvent les nouveaux bassins belges du Limbourg et de la Campine, les bassins hollandais du Limbourg et du Brabant, les bassins allemands de Wurm-Inde, de Bruggen et de la rive gauche du Rhin. Mais ce n’est pas tout et l’impression que produit déjà cette simple carte s’accroît encore quand on examine le problème de plus près. Car, dans la zone française et la vieille zone belge de Mons-Charleroi-Namur et Liège, le sillon houiller remplit une poche rigoureusement limitée. Tout ce que l’on a pu faire en France comme trouvailles depuis quelques années a consisté à explorer plus complètement le fond de ce sac dans sa partie méridionale, où il pénètre sous un couvercle de terrains carbonifères et dévoniens renversés. De
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- même, les petits bassins de Dinant sont sans lien avec le bassin de Namur. De même encore, la limite Sud du bassin de la Ruhr est, à peu de chose près, une limite absolue. Mais il n’en est pas de même au Nord, où l’on a été seulement arrêté, jusqu’ici, par l’approfondissement des couches et par des impossibilités d’exploitation industrielle, destinées probablement à disparaître un jour. Dans ce sens du Nord, il est impossible de dire jusqu’où s’étendent les couches houillères. S’en vont-elles vers le Nord-Ouest, par dessous la Manche, rejoindre les grands bassins du Centre de l’Angleterre qui en sont la continuation théorique? Ont-elles, d’autre part, un prolongement très profond sou< l’Allemagne du Nord vers Hannovre, Brunswick et Magdebourg pour aller rejoindre le bassin silésien qui, théoriquement aussi, peut y être rattaché : pures hypothèses, dont on doit se borner à dire aujourd’hui qu’elles ne sont pas invraisemblables, mais qui, pourtant, au lieu d’opposer, comme dans notre bassin français, un mur infranchissable aux espoirs, laissent le champ encore ouvert aux plus vastes possibilités. Et, en même temps, pour la même raison, les couches, qui sont déjà plus étendues, deviennent souvent plus régulières et, par suite, quand une fois on a résolu de problème délicat d’y accéder, d’une exploitation directe plus facile.
- Cela tient à ce qu’ici la lagune où se sont accumulés et transformés en houille les végétaux de l’époque carbonifère s’étalait plus librement vers la mer plus proche. D’autre part, sa situation plus septentrionale l’a laissée davantage à l’abri des derniers plissements hercyniens partis en moyenne du Sud qui, en France, ont fortement plissé, renversé et disloqué les couches de houille.
- Westphalie. — En commençant par l’Est, notre croquis divise le bassin westphalien en quatre zones : les affleurements très anciennement connus; la zone déjà atteinte et exploitée par puits; la zone seulement reconnue jusqu’ici par des sondages; et enfin, au Nord, la zone inconnue que l’on n’a pas jugé nécessaire d’explorer, ayant déjà du charbon en quantités largement suffisantes pour des siècles.
- Notre coupe verticale, figure 5, montre l’allure de cette série houillère dans le sens du Sud au Nord. On voit qu’elle plonge peu à peu en pente assez douce, mais qui, néanmoins, dépasse 2000 m. en 60 km. Cette descente, qui crée de gros problèmes techniques lorsqu’on s’éloigne un peu des affleurements, n’a pas lieu régulièrement, mais avec une série d’ondulations et de dénivellations en sens contraire tenant aux accidents géologiques postérieurs. En moyenne, la partie la plus méridionale est fortement plissée ; plus on va vers le Nord ou vers le Nord-Ouest, plus les plissements prennent de l’amplitude et sont remplacés par une série de failles parallèles traversées par des accidents orthogonaux qui découpent l’ensemble en écailles allongées, lantôt abaissées, tantôt surélevées.
- La zone atteinte, et dès à présent exploitée par puits, couvre 1532 km2 ; la zone des sondages 1728. Enfin, la zone inexplorée au Nord contient certainement duhouiller sous un couvercle stérile qui est de 1300 m. à sa limite Sud; sa superficie est de 2910 km2. En faisant le calcul des réserves en houille contenues dans ces diverses zones, on peut indifféremment compter en mètres cubes ou en tonnes. Les 27 pour 100 de supplément qui résultent de la densité sont compensées par une perte équivalente à l’abatage. Quant à la qualité des charbons, on a très nettement, en s’approfondissant sur une même verticale : d’abord des charbons à gaz, puis des charbons gras et enfin 4es charbons maigres. Plus on envisage une zone profonde, plus la proportion des matières volatiles est faible. Cela posé,on obtient, en milliards de tonnes:
- Zone Zone Zone
- des puits. des sondages. inexplorée.
- jusqu’à 1000 m. 52 15 0
- 1000 à 1200 — 4 15 0
- 1200 à 1500 — 8 17 26
- 1500 à 2000 — 9 26 62
- Total : ~55~ ~69~ ~88
- Dans cette évaluation qui aboutit à un total de 215 milliards de tonnes, sont comprises toutes les couches de plus de 30 cm d’épaisseur. Si l’on réduit ce chiffre pour tenir compte des conditions actuelles d’exploitation, on trouve encore, jusqu’à 1500 m. de profondeur, 76 milliards de tonnes représentant au taux actuel de l’exploitation 760 ans d’assurés. C’est là un très gros chiffre, surtout si l’on tient compte de toutes les autres possibilités déjà signalées; c’est, en Europe, le cas le plus favorable. Néanmoins, il est permis de remarquer en passant que, surtout si la progression de la consommation, au lieu de s’interrompre comme le suppose le calcul précédent, continuait à suivre la même loi, cet avenir, si beau qu’il nous semble par comparaison, resterait encore, pour la vie d’une nation, fort limité.
- Ouest du Rhin. — A l’Ouest du Bassin westphalien, on supposait, depuis longtemps, qu’il y avait continuité avec les affleurements de la région d’Aix-la-Chapelle et, par suite, avec le bassin belge; mais, si vraisemblable que fût cette idée, ce n’était qu’une supposition; c’est, au contraire, devenu une certitude; et non seulement on a trouvé la houille théorique, mais on a rencontré abondamment la houille exploitable jusqu’à une distance où l’on n’aurait pas osé l’attendre. Dans cette région, où l’on traverse en réalité le prolongement de la fosse effondrée du Rhin, la structure des couches prend de plus en plus l’allure des compartiments faillés et peu plissés que je signalais tout à l’heure. Ces compartiments, dont l’allongement moyen est, comme celui des failles rhénanes, N. N. W.-S. S. E., se divisant en deux groupes principaux : les zones surélevées et, par conséquent, rapprochées de la superficie (massifs
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- saillants ou Horsts) et les zones affaissées (Graben). Un mouvement d’oscillalion les a irrégulièrement dénivele'es les unes par rapport aux autres, changeant parfois, suivant les mouvements, le sens de leurs déplacements relatifs. Postérieurement au début de ces dislocations dont l’origine remonte presque aussitôt après le dépôt de la houille, l’érosion a donné ses coups de rabot sur l’ensemble pour le transformer en pénéplaine : elle a alors tout naturellement détruit de préférence les saillies en ménageant les creux, où la série géologique est par conséquent demeurée plus complète. Pendant cette série d’oscillations, il s’est produit, sur la plaine abrasée, des relours de la mer, des transgressions qui, suivant les régions, ont eu lieu à diverses époques. Enfin, les mouvements d e dislocation ont atteint une phase de paroxysme au moment des soulèvements alpins, pendant le tertiaire. Le résultat d’une telle histoire géologique ne peut manquer d’être complexe.
- Ainsi, pour considérer les terrains de recouvrement stériles, le crétacé qui cache tout notre bassin français n’existe pas partout ici et atteint au maximum 120m. d’épaisseur dans les bassins de la rive gauche du Rhin. Mais, parfois, on voit s’intercaler, avant lui, une épaisseur de trias salifère qui peut atteindre 900 m. dans le district de Crefeld.
- Et, d’autre part, le tertiaire peut arriver à 700 m. dans le district d’Inde-Wurm au N.-E. d’Aix-la-Chapelle. Son épaisseur dépend des oscillations verticales auxquelles je viens de faire allusion. Ce tertiaire a une importance pratique consi-
- dérable. Il abonde, en effet, en niveaux sableux, qui constituent des nappes aquifères très difficiles à traverser pour la misé en exploitation. D’autre part, il existe des régions étendues où le houiller productif semble complètement absent, comme la zone de Crefeld entre les massifs utilisables de Geldern
- et de Bruggen.
- Comme cubage, on estime le cube reconnu dans le district de Geldern-Brefeld, jusqu’à 1200 m., à 7 milliards de tonnes; dans celui de Bruggen et Erkelenz jusqu’à 700 m. à 4,7 et dans celui de Wurm-Inde jusqu’à 1000 m. à 1,6. C’est donc une dizaine de milliards de tonnes qui sont venues s’ajouter là aux richesses déjà connùes.
- Pays-Bas. — La Hollande est devenue, elle aussi, depuis cette campagne de sondages récents, un pays charbonnier. Les champs miniers qui y ont été découverts se trouvent sur le prolongement du massif allemand de Bruggen dans la région du Peel, à l’Est d’une grande fosse remplie de sédiments tertiaires, la fosse de Roertal, qui va de Duren à Boermond, Weert et Eindhoven. Des deux côtés de cette fosse, une saillie
- du sous-sol l’approche le terrain houiller de la surface. A l’Ouest, c’est la Wurm ; à l’Est, Bruggen. Une colline souterraine va de Erkelenz vers Helenaveen. Sur ce relèvement, le houiller n’est qu’à 280 m. de profondeur près de la frontière hollandaise à Dalheim.
- Plus loin, vers le Nord, il descend assez rapidement vers Ylodrop pour atteindre 1000 m. à Griendtsveen, ou une faille coupe en travers le bloc houiller. Une quinzaine de kilomètres plus au Nord, le houiller semble assez re-
- Fig. 2. — Carte montrant le raccord de la région nouvelle du Rhin avec l’ancien bassin de Westphalie.
- Nord Superficie Sud
- O 5 10 15lun
- Fig. 3. — Coupe transversale Nord-Sud du bassin houiller de Westphalie.
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- LA TURBINE MARINE A ENGRENAGES
- monté vers la surface pour redevenir utilisable.
- Tout cela est encore très neuf, puisque les premiers sondages datent seulement de 1904. Quelques mines ont été organisées (Emma, Wilhelmina, Hendrick, mine domaniale, Beeringen, Ilelena-veen). On estime dès à présent le cube reconnu à plus de 4 milliards de tonnes.
- Belgique. — Enfin, en Belgique, le grand bassin de la Campine et du Limbourg a été découvert, depuis 1901, dans une longue bande Nord-Ouest, large de 20 km, longue de 80, qui va depuis les environs de Maestricht jusqu’à ceux de Anvers. Au Sud, la limitation de cette zone houillère est absolue ; un large seuil primaire, composé surtout de siluro-cambrien, vient limiter le houiller suivant une ligne droite passant par Hasselt, Diest et Kessel. Au Nord, au contraire, la limite peut n’être que provisoire. On l’a tracée suivant une longue faille grossièrement parallèle à la frontière hollandaise, qui fait apparaître le permo-triasique et le jurassique, en rejetant le houiller à une profondeur pratiquement inutilisable. Ainsi, à Molen-beersel, près de la frontière, le tertiaire à lui seul remplit une fosse qui a plus de 1000 m. d’épaisseur. Le Bassin de la Campine ainsi reconnu est actuellement l’objet d’une mise en exploitation active. 12 puits de mines constituant six sièges étaient, il y a peu de temps, en creusement. La superficie concédée atteint 315 km2, 195 restant en réserve. M. Denoel évaluait, en .1903, le cube dans la province de Limbourg à 7 milliards de tonnes, dont 5,6 milliards de houilles à plus de 30 pour 100 de matières volatiles, 2,9 de houilles à coke (18 à 30 pour 100 de matières volatiles) et 0,5 de houilles demi-grasses. La province d’Anvers renfermerait, en outre, 1 milliard de tonnes de houilles à coke ou surtout demi-grasses. Au total, on arrive, jusqu’à 1500 m. de profondeur, à 8 milliards de tonnes pour le nouveau Bassin de la Campine, ou à 4,5 jusqu’à 1000 m.
- Conclusions. — En résumant les chiffres précédents, on voit que, depuis 20 ans, le travail des
- géologues et des sondeurs a fait reconnaître, en milliards de tonnes, jusqu’à 1500 m. de profondeur.
- Westphalie...............45
- Ouest du Rhin............10
- Hollande ................ 4
- Belgique (Campine)... 8
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- Pour montrer aussitôt quelle est l’importance pratique d’un tel chiffre, ajoutons seulement que les réserves totales de la Westphalie dans la zone atteinte par puits étaient auparavant de 55 milliards. Quant au grand bassin belge Haine-Sambre-Meuse, dont l’exploitation remonte jusqu’à l’époque néolithique, on a pu en sortir au total, jusqu’ici, 1,25 milliards de tonnes et il peut en rester 3 milliards. Enfin, en France, les réserves connues du bassin de Valenciennes sont évaluées à 3,5 milliards, auxquelles s’ajoutent 8,4 de réserves probables, ou, au total 12,2. Le total, pour toute la France, est estimé à 17,6 milliards. Le total, avant les recherches, était, pour la France, l’Ouest de l’Allemagne et la Belgique, de 53 milliards. Il a donc été plus que doublé. Malheureusement, tandis que nos voisins s’enrichissaient, les recherches effectuées en France ne reconnaissaient aucune extension notable du terrain houiller. Comme, dès à présent, nous fournissons à peine les deux tiers du charbon qui nous est nécessaire, il y a là une situation sur laquelle l’attention doit être vivement attirée.
- Les moyens d’y remédier, que je n’envisagerai pas ici, et que je me contente d’énoncer, sont de deux natures : 1° campagne de sondages dans des régions toutes nouvelles, où les risques financiers à courir sont tels qu’un changement d’orientation politique à l’égard des demandeurs en concession en serait le prélude nécessaire; 2° conditions imposées à l’Allemagne après la guerre, aboutissant à l’annexion indispensable du bassin de la Sarre et à la main mise, comme gage provisoire, sur les mines domaniales de Westphalie.
- L. de Launay.
- LA TURBINE MARINE A ENGRENAGES
- et les autres modes de transformation de la vitesse sur les navires à marche rapide
- Les batailles navales auxquelles a donné lieu jusqu’ici la guerre actuelle ont mis en lumière l’importance de la vitesse pour les navires de guerre. Le combat du Dogger Bank a été une poursuite acharnée des croiseurs de bataille allemands par les batlle-cruisers anglais. Le Blücher, dont la vitesse était inférieure de plusieurs nœuds à celle de ses compagnons d’escadre, a été forcé à la course et a succombé sous les coups de la grosse artillerie ennemie. Tous les navires qui ont pris part à cet engagement étaient munis de plusieurs hélices actionnées non par des machines verticales alternatives, mais par des turbines à vapeur de
- grande puissance développant au total jusqu’à 70 000 chevaux. Les navires anglais ont pu, grâce à leur A'itesse de 50 nœuds, rejoindre l’escadre allemande et ouvrir le feu à 16 000 m. tout en continuant de marcher à grande vitesse, supériorité qui leur a donné la victoire.
- Il y a vingt ans environ que la première application d’une turbine à vapeur à un navire fut tentée par un ingénieur anglais aujourd’hui connu du monde entier, G. À. Parsons. Ce bâtiment d’expérience, nommé La Turbinia, avait 30 m. de longueur et déplaçait 45 tonneaux. Il fallut des années d’essais au persévérant inventeur pour créer la
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- pratique de la turbine marine : nombre et forme des hélices, distance des propulseurs, obtention de la marche arrière et des vitesses réduites, diminution de la consommation de vapeur d’abord exagérée, etc. En 1897, la Turbinia, munie de neuf hélices réparties sur trois arbres, donna une vitesse moyenne de 51 nœuds, 5 pendant un essai de deux heures.
- Quand on songe qu’il a fallu près d’un siècle pour amener la machine à pistons à son état de perfection actuel, on peut dire que la turbine à vapeur a progressé à pas de géant.
- A partir de 1900, lés applications se développèrent avec une telle rapidité que, dès 1905, la Compagnie Cunard mettait en chantier le Lusitania et le Man-retania, navires de 50 000 tonnes actionnés par quatre groupes de turbines de 18 000 chevaux chacun et auxquels leurs quatre hélices donnèrent une vitesse de 25 nœuds. On comptait en 1915
- une dizaine de nœuds, ne sauraient en effet être munis de turbines et ce mode de propulsion reste jusqu’ici consacré aux bâtiments rapides.
- Ne pouvant dans les limites d’un article étudier les divers systèmes de turbines, nous exposerons le fonctionnement de la turbine Parsons et la solution que l’on donne actuellement aux problèmes compliqués que sou lève son emploi, à savoir la réduction de la vitesse du rotor et laréalisationdela marche arrière. En effet, l’hélice donne son rendement maximum à une vitesse qui correspond au contraire à un mauvais rendement de la turbine; la nécessité d’un organe de réduction de vitesse s’impose donc d’une, manière absolue.
- Interrogez un chef mécanicien à boid d’un cuirassé moderne ; il vous dira que la turbine Parsons est une turbine axiale parce que la vapeur y est introduite, non à la périphérie des roues mobiles
- Roue
- mobile.
- Roue
- mobile.
- Roue
- fixe.
- Fig. i. — Coupe schématique des ailettes d'une turbine Parsons.
- Fig. 2. — Arbre d’acier forgé et rotor
- plusieurs millions de chevaux à bord des navires munis de turbines.
- Actuellement il existe de nombreuses turbines à vapeur marines; les principaux systèmes sont ceux de Parsons, Rateau, Curtis, Tosi, etc. Le système Parsons est celui qui peut mettre en ligne les applications les plus nombreuses en ce qui concerne les paquebots à voyageurs et les navires de guerre. Les cargo-boats, dont la vitesse ne peut dépasser
- d’une turbine marine de noo chevaux.
- comme dans la turbine de Laval, mais parallèlement à l’arbre creux qui supporte ces roues. Continuant sa définition, le technicien classera l’appareil Parsons dans les turbines mixtes.
- La turbine de Laval est dite à action directe, ou à impulsion, parce que, dans ce type de moteur, la vapeur se détend dans l’ajutage, y acquiert une grande vitesse, puis agit par choc sur les ailettes d’une roue mobile clavetée sur l’arbre moteur.
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- Dans les turbines dites à réaction, la vapeur traverse une série de distributeurs et d’ailettes réceptrices dans lesquels elle se détend progressivement; l’effort moteur se produit par répulsion (réaction) quand la vapeur quitte l’ailette.
- La turbine Parsons (fig. 1) est h la fois une turbine à action et une turbine à réaction, parce que la détente de la vapeur s’y effectue d’une manière continue aussi bien dans les distributeurs fixes que dans les aubages mobiles ; c’est pourquoi on la considère comme un appareil mixte.
- . Afin d’utiliser autant que possible toute l’énergie contenue dans la vapeur, les machines marines verticales à pistons comportent une série de deux,
- Fig. 3. — Montage à queue d’aronde des ailettes d’une turbine Parsons à deux couronnes construite par la maison Franco Tosi de Legnano {Italie).
- trois et même quatre cylindres de diamètres croissants dans lesquels la même vapeur se détend successivement. Ces machines sont dites compound, à triple expansion ou à quadruple expansion.
- La turbine à vapeur serait inférieure à la machine à pistons au point de vue thermique, si elle ne pou-, vait s’adapter au mode de détente de la vapeur. On a réalisé la turbine, dite compound, en montant sur le même arbre moteur, une série de roues mobiles dont les diamètres croissent de manière que chacune d’elles développe sensiblement le même effort moteur que la précédente, malgré la diminution de la pression de la vapeur qui agit sur elle. La vapeur traverse donc une turbine Parsons dans toute sa longueur, d’une manière continue, et détermine directement la rotation de l’arbre moteur, sans qu’il y ait nécessité de transformer un mouvement rectiligne alternatif en mouvement circulaire
- continu comme dans le cas de la machine à pistons.
- Un moteur à turbines présente donc en hauteur, un encombrement inférieur à celui d’une machine verticale alternative; cet avantage est très précieux sur les navires de guerre, car il permet de loger entièrement les moteurs sous les ponts cuirassés, comme s’il s’agissait d’une machine à vapeur à cylindres horizontaux. Sur les paquebots, l’économie de hauteur facilite le développement des cabines sur toute la longueur du navire, d’où une augmentation des recettes d’exploitation.
- Grâce à l’emploi de métaux appropriés on est arrivé à réaliser de puissantes turbines à vapeur dont le poids par cheval indiqué est inférieur à celui des machines alternatives.
- On a pu aussi diminuer les dépenses de combustible. et de graissage parce que les turbines à vapeur peuvent être maintenues facilement à leur vitesse de régime pour laquelle le rendement thermique est maximum. La diminution du nombre des organes à lubrifier permet de simplifier le graissage et d’employer l’huile dans un circuit fermé continu, ce qui procure une économie considérable de matières et de personnel. '*
- La turbine se prête très bien à Tutilisation de la vapeur surchauffée parce que le fluide moteur se propage d’une manière continue à travers les roues sans subir aucun changement de milieu comme le passage d’un cylindre à un autre.
- Afin d’utiliser toute la détente de la vapeur, on la fait travailler dans des turbines successives dites à haute, à moyenne et à basse pression, qui diffèrent par le diamètre de leurs roues, diamètre qui va naturellement en croissant au fur et à mesure que diminuent la température et la pression du fluide moteur.
- L’examen plus détaillé des organes de la turbine Parsons nous en fera connaître les principaux inconvénients, car ceux-ci résultent surtout du mode de construction de l’appareil.
- La partie mobile de la turbine ou rotor, est un arbre à gradins sur lequel sont calées une série de couronnes, parallèles entre elles et perpendiculaires à l’arbre moteur axial ; à la périphérie des couronnes sont encastrées les ailettes mobiles; entre deux couronnes mobiles consécutives est disposée une couronne d’ailettes directrices qui assurent la direction du courant de vapeur et qui sont fixées à la paroi interne du cylindre creux ou stator formant l’enveloppe de la turbine.
- Il s’agit donc d’empêcher les ailettes de s’arracher des roues sous l’influence de la force centrifuge ou de se déformer par suite de la température subie par le métal. Les ailettes sont encastrées dans les rainures du cylindre au moyen de queues d’aronde, mode de fixation rigide et sûr. On emploie surtout comme métal des alliages cuivre (70 pour 100) et zinc (30 pour 100); les bronzes d’alumi-
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- nium ne donnent pas de très bons résultats, non plus que les aciers au nickel (25 pour 100) qui se corrodent dans la vapeur.
- Il faut que l’arbre soit assez rigide pour empêcher que les ailettes viennent buter contre l’enveloppe, par suite d’une réduction exagérée du jeu que l’on doit, cependant, réduire au minimum possible, afin de limiter la consommation de vapeur au strict nécessaire. Dans le même but, les paliers doivent également résister aux efforts susceptibles de décentrer l’axe. Il ne faut pas oublier que le rotor peut tourner dans deux sens et que les ailettes peuvent se coucher les unes sur les autres si le jeu devient insuffisant. C’est la fameuse salade d’ailettes si redoutée des mécaniciens de navires et dont nos premiers dread-noughts munis de turbines n’ont pas été exempts.
- On a aussi été amené à maintenir l’écartement des ailettes entre elles au moyen de liens métalliques plus ou moins rigides, surtout quand il s’agit des ailettes de grande longueur qui garnissent la périphérie des roues debassepression.
- Il existe des turbines de marche avant et de marche arrière.
- Au moment où s’accomplissent les manœuvres nécessaires pour passer d’une marche à l’autre il se produit souvent des coups d’eau dangereux. En effet, l’eau entraînée dans un sens doit alors changer brusquement de direction et le choc de l’eau entraîne l’élargissement et la déformation des ailettes qui s’accrochent alors entre elles.
- L’un des problèmes les plus ardus qu’a soulevés l’application des turbines à la navigation, consiste dans la réduction de leur grande vitesse de rotation à la vitesse moindre que réclame la bonne utilisation des hélices.
- Trois solutions de ce problème ont été proposées. L’une, d’origine allemande, comporte la compli-
- cation des appareils mécaniques provenant d’outre-Rhin, mais, offre l’avantage de la réversibilité; c’est le transformateur hydraulique Fottinger breveté par le chantier naval Yulkan (Stettin-Hambourg). La seconde est l’emploi d’un turboalternateur.
- Les constructeurs anglais donnent la préférence à la troisième solution, théoriquement plus simple, qui consiste à interposer entre la turbine motrice et l’hélice un jeu d’engrenages réducteurs analogue aux changements de vitesse des automobiles.
- Le transformateur hydraulique Fottinger (1) avait
- été appliqué au Kônigin Luise, paquebot allemand de 40 000 chevaux qui appartenait à la Compagnie Hambourgeoise américaine. Transformé en mouilleur de mines au moment de la guerre ce bâtiment a été coulé en 1914 dans la mer du Nord par un croiseur bri-tannique. Ce transformateur (fig. 4) se compose de deux groupes de turbines hydrauliques distinctes calés l’un sur l’arbre moteur, l’autre sur l’arbre récepteur ; on peut ainsi transmettre à ce dernier un mouvement de rotation ralenti et réversible alors qu’au contraire l’arbre moteur tourne toujours dans le même sens.
- On voit à gauche les turbines de marche avant et à droite celles de marche arrière. Toutes ces turbines fonctionnent dans une enveloppe commune et leurs paliers, à très longue portée, sont refroidis par une circulation d’eau; les turbines sont clavetées en porte à faux, sur leurs arbres respectifs.
- La vitesse et la pression nécessaires sont communiquées à l’eau qui circule dans le circuit fermé du groupe de turbines de gauche (marche M) par une roue génératrice A qui refoule directement cette eau dans une première roue motrice B 1. Yoy, Lci Nature, n° 1970.
- Fig. 4. — Coupe longitudinale du transformateur Fôttinger. — I, transformateur de marche avant; II, transformateur de marche arrière; T, arbre de la turbine à vapeur; Y, arbre de l’hélice.
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- calée sur l’arbre Y. Cette dernière roue est une turbine à réaction pure ; elle décharge l’eau dans une couronne d’aubes fixes C dont le profil est établi de façon à transformer en vitesse une fraction de l’énergie encore contenue dans l’eau.
- Cette vitesse est en dernier lieu utilisée dans une seconde roue motrice D, reliée à B d’une manière rigide et boulonnée sur une bride qui fait partie de l’arbre conduit. En sortant de la roue D, qui fonctionne comme turbine centripète, l’eau rentre directement dans la roue A et le cycle des circulations indiquées ci-dessus se reproduit indéfiniment.
- Dans le groupe des turbines-de droite (marche æ)
- Les quatre roues des turbines réceptrices du transformateur constituent donc un bloc directement solidaire de l’arbre récepteur conduit, tandis que les turbines génératrices À et E sont clavetées séparément à l’extrémité de l’arbre moteur.
- Entre les deux groupes de turbines et de chaque côté de ces groupes existent des conduits qui entraînent l’eau s’échappant par les joints existant entre les aubes fixes et les aubes mobiles des turbines, par des joints à labyrinthe, par les extrémités de l’arbre ou entre les portées des roués E et G. Pour remplacer l’eau ainsi perdue on refoule dans le circuit des turbines, par des conduits spéciaux, de
- Fig. 5. — Rotor d’un- turbo-transformateur de 10 ooo chevaux système Fôttinger.
- une seule roue génératrice E communique à l’eau sa vitesse initiale ; entre la roue E calée sur l’arbre T et la première roue réceptrice F est intercalée une couronne d’aiibes directrices fixes; la direction dès veines d’eau est ainsi modifiée de manière à imprimer à la roue iF un mouvement de rotation en sens inverse de celui des roués B et D. Grâce à une deuxième couronnes d’aubes fixes, l’eau reçoit, avant son entrée dans la roue G, une vitesse suffisante pour que cette dernière soit entraînée avec une vitesse égale à celle de F.
- Les roues F et G sont fixées rigidement l’une à l’autre et tournent librement sur des portées ménagées sur le moyeu de la roue E; elles sont en outre boulonnées, par l'intermédiaire d’une bride, sur la roue B de la turbine de marche M.
- l’eau fournie par une pompe qui sert également à transporter l’eau d’un des groupes de turbines à l’autre quand on veut changer le sens de la marche.
- On donne aux aubages directeurs du groupe de marche Æ une forme telle qu’ils Conservent une sec-^ tion de passage constante sur la majeure partie de leur longueur. On réduit ainsi les pertes par frottement et les aubages ne sont rapprochés qu’à leur extrémité de façon à produire la vitesse désirée. Toutefois, ces aubages ne transforment pas en énergie cinétique la totalité de l’énergie potentielle de l’eau qu’ils débitent, parce que l’on doit maintenir à l’entrée des* roues D et G une pression suffisante pour vaincre la force centrifuge développée dans ces roues.
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- La pompe centrifuge qui fournit au transformateur l’eau nécessaire à la compensation des fuites, doit avoir un débit égal au cinquième ou au quart
- permettre le remplissage d’un des groupes de turbines.
- La pompe, installée dans le bac à eau dis-
- Fig. 6. —. Vue d’un des groupes de turbines à engrenages du, transatlantique anglais à deux hélices Tuscania. Les enveloppes des rotors et des engrenages sont démontées pour montrer l’agencement des mécanismes.
- Fig- 7. — Turbines à engrenages du steamer à deux hélices Normannia appartenant à la Compagnie du London et South Western Railvay. Groupe moteur de l’hélice bâbord développant 25oo chevaux à 3oo tours. Le rapport de réduction est d’environ 14,5.
- de la quantité d’eau qui passe par ufre section déterminée des turbines pendant l’unité de temps. Toutefois, ce débit doit pouvoir être triplé pour
- posé sous le transformateur est une pompe centrifuge à double orifice d’entrée et à axe vertical constamment noyée; elle est commandée directe-
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- 122 LA TURBINE MARINE A ENGRENAGES
- ment par une turbine Curtis à axe vertical, à trois rangées d’aubes mobiles.
- Les organes ' de commande du changement de marche du transformateur se composent essentiellement de deux tiroirs mobiles d’admission et d’échappement que l’on manoeuvre à la main au moyen d’un troisième tiroir. Dans leurs deux positions extrêmes les tiroirs d’admission et d’échappement mettent l'un des groupes de turbines en relation avec la pompe centrifuge pendant que le circuit de l’autre groupe est ouvert sur le réservoir d’eau ; la transmission fonctionne alors dans le sens de marche correspondant au groupe de turbines qui se trouve en relation avec la pompe centrifuge.
- Quand les tiroirs occupent leur position intermédiaire, les deux groupes de turbines sont reliés à l’échappement au lieu de communiquer avec la pompe centrifuge; le transformateur tourne alors à vide et ne transmet aucun mouvement à l’hélice. On peut ainsi arrêter le propulseur sans toucher à la turbine à vapeur; celle-ci est munie d’un régulateur de vitesse qui l’empêche de s’emballer au moment du débrayage ou pendant l’opération du changement de marche.
- Le transformateur hydraulique a l’avantage d’être réversible et de ne pas posséder de pièces en contact direct, puisque la puissance est transmise uniquement par l’eau en mouvement; de plus, il permet de réaliser les plus fortes puissances sans subdivision de la turbine de commande d’un arbre.
- Le rendement de l’appareil varie de 90 pour 100 à 95 pour 100; le rendement des engrenages atteint 98 pour 100, moins une perte de 0,5 pour 100 dans le palier de butée et une perte de 2 pour 100 par ventilation dans les aubages de marche Æ.; finalement, on peut évaluer à 4,5 pour 100 la supériorité des réducteurs à engrenages par rapport au transformateur hydraulique.
- La longueur d’arrêt d’un navire muni du transformateur hydraulique est inférieure d’environ 40 pour 100 à celle que permet d’atteindre l’emploi du réducteur à engrenages. D’autre part la mise en service du circuit de marche Tt s’opère en 5 ou 4 secondes par la simple manoeuvre du levier de changement de marche qui est instantanée.
- On obtient ainsi des qualités de manœuvre de premier ordre qui donnent une grande sécurité sur un navire souvent exposé à stopper par brume et à manœuvrer pour entrer et sortir de ports dangereux comme ceux de la Manche.
- L’extrême simplicité du réducteur à engrenages lui a acquis la faveur des constructeurs anglais qui ont su amener cet appareil à un haut degré de perfectionnement malgré les difficultés d’èxécution qu’il comporte.
- Nos illustrations (fig. 6 et 7) montrent clairement la disposition des engrenages, qui est très simple. La
- difficulté a surtout consisté à réaliser des engrenages hélicoïdaux suffisamment solides pour résister aux puissances qu’il s’agissait de transmettre, car les roues dentées ordinaires ne se prêtent nullement à la transmission des grandes vitesses ou des grandes puissances. On y est parvenu en perfectionnant les machines à tailler les engrenages, et en employant des aciers à haute résistance dont l’usure est très faible.
- Les engrenages ont un diamètre de 2 à 5 m. et une largeur qui atteint 1 m. 1 /2 ; les pignons n’ont guère que 50 cm de diamètre et on conçoit quelle doit être leur solidité pour qu’ils puissent réduire à 120 tours la vitesse de 1500 tours d’une turbine de 9000 chevaux. Les engrenages hélicoïdaux ont l’avantage de maintenir les dents toujours en prise sur l’axe même qui joint les arbres, ce qui supprime entre ces derniers tout effort de répulsion et toute vibration. Dour éviter que les roues n’aient tendance à se déplacer le long de leurs axes, on emploie des dentures à chevrons formées de dents hélicoïdales tracées par deux hélices enroulées en sens inverse de chaque côté du plan médian de la roue. La fabrication de ces engrenages exige des soins méticuleux.
- L’amiral Melville et l’ingénieur américain Mac Alpine ont imaginé des supports spéciaux, sur paliers équilibrés oscillants, pour éviter les fatigues anormales. M. Parsons préfère employer des supports rigides avec des dentures taillées très soigneusement. On fait le pignon très petit pour réduire au minimum la vitesse des dents et pour faciliter leur usure, mais alors le pignon subit une torsion et on arrive à une limite assez proche avec les engrenages actuels.
- Le Vespasian, et quelques autres navires équipés par Parsons avec des turbines à engrenages, ayant donné de bons résultats, la Compagnie Cunard a adopté ce système de réduction sur le Transylvania, navire de 11 000 chevaux, construit pour elle par M. Scott, de Greenock, ainsi que sur un navire de même puissance, le Tuscania, sorti des chantiers Alex. Stephen, de Linthouse. Nos photographies représentent les principaux réducteurs à engrenages actuellement en service.
- La Nature a déjà signalé les appareils électriques de réduction établis par la Compagnie Westinghouse et par la General Electric, en Amérique, ainsi que par MM. Mavor et Durtnall, en Angleterre. Ces applications sont encore peu nombreuses et l’on peut dire en terminant que, grâce aux efforts des architectes navals anglais, notamment de MM. Cam-mell Laird, de MM. Alex. Stephen et de tant d’autres, la turbine à engrenages a pris le pas sur la solution allemande de ce problème délicat. Nos navires de guerre français sont également munis de turbines à engrenages qui leur assurent à la fois une vitesse considérable et des qualités manœu-vrières de premier ordre. H. Véron.
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- LA PÊCHE MARITIME FRANÇAISE
- La pêche maritime française, si elle n’a pas la même ampleur que chez nos voisins, occupe, cependant, une place importante dans le trafic d’un certain nombre de nos ports et est, en même temps, d’un profit non négligeable pour nos réseaux de chemins de fer qui transportent le poisson des ports aux divers points de consommation. Elle occupe un personnel nombreux digne du plus grand intérêt, aujourd’hui en grande partie mobilisé, soit à bord de nos navires de guerre, soit à bord des chalutiers servant de relève-mines. Il nous semble donc intéressant de dire quelques mots de celte
- pêche maritime en France, valeur à laquelle il y a lieu d’ajouter l’industrie des huîtres et des autres coquillages dont la valeur est de 28 millions de francs. C’est donc à une somme totale de 165 millions de francs que monte le produit de la pêche en France. On voit qu’il est loin d’être négligeable.
- Quoi qu’il en soit ce développement de la pêche maritime qui, comme nous venons de le voir, a, surtout, été très accentué de 1860 à 1865, n’a pas atteint, dans ces dernières années, celui sur lequel on aurait pu compter et.qui s’est produit dans d’autres I pays, en Angleterre, par exemple, ainsi qu’en Alle-
- Ilarengs Barbue
- Cungre Daurade
- industrie et d’en montrer les développements successifs.
- En 1810 on estimait à 11 millions de francs la valeur du produit de la pêche en France. En 1850, avec un accroissement régulier, cette valeur atteignait le chiffre de 25 millions de francs pour passer, vers 1860, à la somme de 51 millions de francs. Ce saut brusque était dû au développement des chemins de fer qui venaient faciliter le transport du poisson. A partir de cette époque le progrès s’accentue. En 1868, le produit de la pêche qui atteignait le chiffre de 57 millions de francs passait, en 1890, à 95 millions. De 1890 à 1900, pour des raisons qu’il est difficile d’expliquer, la pêche maritime subit un arrêt qui eut pour résultat qu’en 1900 le produit de la pêche n’avait atteint que le chiffre de 98 millions, soit la faible augmentation de 5 millions de francs pendant ces dix ans. Mais, à partir de 1900, le développement s’accentue pour atteindre en, 1915 la valeur de 155 millions de francs. Telle est la valeur actuelle du produit de la
- magne. Il est certain que certains ports tels que Boulogne, Fécamp, La Rochelle ont fait des progrès indiscutables, mais l’industrie de la pêche, dans son ensemble reste stationnaire. Les bateaux de pêche qui, pour la plus grande partie, appartiennent à des particuliers n’ayant pas le capital nécessaire pour les améliorer ou en construire de nouveaux munis de moteurs à vapeur, restent ce qu’ils étaient il y a une cinquantaine d’années et se trouvent, par suite, dans un état d’infériorité en face de nos voisins qui ont transformé et rendu plus moderne leur outillage de pêche.
- Personnel et matériel de pêche. — On estime à 160000 le nombre des pêcheurs en France; mais, en réalité, il n’y en a guère que 110000 qui s’occupent activement de la pêche. A ce nombre il y a lieu d’ajouter les 50 000 personnes, hommes et femmes, qui, sur les côtes de France, pêchent à basse mer et vendent ensuite le produit de leur pêche qu’on estime à 6 millions de francs.
- Le nombre total des bateaux affectés à la pêche
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- maritime, soit sur les côtes, soit en haute mer, est d’environ 50000 dont la majeure partie est composée de bateaux à voile de faible tonnage. Celui des bateaux de pêche à vapeur n’est, en effet, que de 280, c’est-à-dire presque insignifiant comparé au nombre total de bateaux de pêche. Le tonnage total de ces bateaux à vapeur est de 56 000 tonnes, soit une moyenne de 150 tonneaux par bateau. Quant à leur valeur elle est estimée à 28 millions de francs, soit une moyenne de 100 000 francs par bateau. Les bateaux de pêche à voile dont le tonnage total est de 197 000 t., soit une moyenne de 7 t. par bateau, ont une valeur de 57 millions de francs, ce qui représente un peu moins de 2000 francs par bateau. C’est ce trop faible tonnage de la majorité de nos bateaux de pêche et la trop minime quantité de nos. bateaux de pêche à vapeur qui est, comme nous l’avons dit plus haut, une des causes principales de l’infériorité de l’industrie de la pêche en France si on la compare à celle des ports anglais.
- Ce n’est que vers 1900 qu’on a commencé, en France, à reconnaître la supériorité des bateaux de pêche munis de moteurs à vapeur ; mais, comme nous venons de le dire, le nombre en est encore très restreint puisqu’il se chiffre par 280 bateaux seulement. On en trouve 110-à Boulogne, 40 à Arcachon, 15 à la Rochelle, autant à Saint-Jean-de-Luz, 20 à Lorient et 12 à Dieppe. Les grands bateaux de pêche à vapeur sont, le plus généralement, construits en fer. Ils sont munis d’un moteur à vapeur de 500 chevaux et leur tonnage varie entre 3 et 400 tonneaux. Leur équipage se compose de 20 à 30 hommes. En arrière du mât se trouve le réservoir pour recevoir le poisson et, en avant est placé le cabestan servant à l’embarquement de celui-ci. Sur certains bateaux on installe des réservoirs à glace et des appareils frigorifiques.
- Dans ces derniers temps, un certain nombre de navires de pêche ont été munis de moteurs à combustion interne, notamment ceux destinés à la petite : pêche. Des harenguiers sont. munis d’un moteur à combustion interne de 150 chevaux actionnant l’hélice et d’un second de 25 chevaux pour la manœuvre du cabestan. Un certain nombre: de bateaux pour la pêche du homard sont munis de moteurs à combustion interne de 50 chevaux à quatre. cylindres servant, en même temps à la manœuvre du cabestan. A ce sujet, nous citerons, d’après Engineering, un fait intéressant. Il y a quelques années on ne voyait dans les parages d’Ar-cachon que des petits bateaux de pêche à voile qui, pour aller pêcher la sardine, se servaient de rames pendant les accalmies de vent. Actuellement plusieurs centaines de ces petits sardiniers ont été munis de petits moteurs à combustion interne à up seul cylindre développant une puissance de 20 chevaux, ce même moteur servant à la manœuvre du cabestan. Ces petits bateaux d’un déplacement de 25 tonnes ont une longueur de 11 m. 10 entre perpendiculaires, une
- largeur de 4 m. 50 et un tirant d’eau de 1 m. 89. Leur vitesse est d’environ 7 nœuds.
- Comme on le voit, l’emploi du moteur, soit à vapeur, soit à combustion interne, tend à se développer depuis quelques années, mais l’évolution est encore très lente puisque, à l'heure actuelle, le nombre total de ces navires atteint à peine le chiffre de 300.
- Il nous resterait encore à parler des engins de pêche. Mais, comme cette question a déjà été traitée dans La Nature dans le numéro du 4 janvier 1915, nous y renverrons.
- Les terrains de pêche. — Comme le dit M. Heru-bel dans son intéressant mémoire sur la pêche en France, nos eaux littorales sont très favorables à la pêche.
- La Manche, dont les eaux sont peu profondes, se prête au chalutage, notamment la baie de la Somme, du Calvados et celle du Mont-Saint-Michel. Du côté de l’Atlantique se trouve un immense plateau qui, s’étendant du Sud de l’Irlande jusqu’au large d’Hendaye, est également très favorable à la pêche, surtout au Sud de l’entrée de la Manche et au Nord de la Gironde. Les rochers de la Vierge, des Sept-Iles, des Héaux, de Bréhat, de Saint-Quay, au Nord des côtes de Bretagne, sont également des refuges naturels où les pêcheurs peuvent faire ample moisson. Les espèces de poisson qu’on y rencontre sont nombreuses. On trouve les Raies, les Daurades et les Soles sur les fonds sableux aux accores des enrochements du large, tandis que le Turbot et la Barbue ne s’éloignent pas de terre. La Morue qui se trouvait jadis en abondance est deve nue rare et le Merlu qu’on pêchait autrefois près de la côte est aujourd’hui le poisson du grand chalutier en eau profonde. Le Merlan et la Limande se trouvent sur les fonds sablo-vaseux et même vaseux. Le Maquereau est nombreux dans la Manche dans la baie de Somme et, en hiver, on le trouve en abondance au large d’Etretat et du Cap d’Àntifer. D’octobre à janvier on capture dans la Manche, entre le Pas de Calais et le Cotentin, le ïlareng qui descend de la mer du Nord en immenses bancs. Quant à la Sardine on la trouve en bancs compacts entre Belle-Ile et Hendaye.
- Mais la pêche française n’est pas seulement limitée aux eaux littorales. Les pêcheurs de Groix vont chercher le Thon au large de la ligne reliant Ouessant au cap Finistère. Tandis que d’octobre à décembre on pêche le Hareng dans la partie Est de la Manche jusqu’à la ligne La Hague-Portland, du mois d’août au mois d’octobre les pêcheurs se rendent dans la mer du Nord jusqu’au Dogger Bank et de mars à mai ils travaillent au Nord de l’Ecosse, sur les côtes des Hébrides, des Orcades, des Shetland et des Féroé où, à ce moment, le Hareng est abondant. Lé Maquereau se pêche de mars à juin dans la mer d’Irlande, car, dès juillet, il pénètre dans la Manche.
- De mai à août les grands chalutiers français à vapeur pénétrant dans la mer du Nord sur le Dogger
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- Bank et le Fisher Bank, époque à laquelle on y rencontre de grandes quantités de Morues. D’autres travaillent également sur tout le plateau sous-marin qui s’étend du Sud de l’Irlande au cap Saint-Vincent
- ne trouve plus de Soles, de' Turbots, ni de Barbues. Dans l’Atlantique, vers 300 m. de profondeur, on ne trouve que quelques poissons plats et des Merlues. Enfin, entre 300 et 500 m., la faune subit une
- Maquereau Carrelet
- Vive Trigle lyre
- et vont même sur la côte du Maroc et de Mauritanie. Nous rappellerons, enfin, la pêche de la Morue à Terre-Neuve, dans l’estuaire du Saint-Laurent et en Islande.
- transformation radicale et on ne trouve plus de poissons comestibles. Les terrains de pêche ne peuvent donc s’étendre au delà de 300 m. et ce sont
- Mulet rouge Dorée
- Morue cabillaud Sardines
- Une question importante s’était posée depuis longtemps. Quelles sont les limites des terrains de pêche exploitables? Une mission dont fut chargé le navire la Vienne a permis de répondre à cette question. Il en résulte qu’au delà de 150 m. de profondeur on
- les fonds en deçà de 150 m. qui sont pratiquement exploitables. On peut en conclure, dit M. Herubel, que le stock inépuisable des poissons comestibles se trouve dans des régions facilement accessibles.
- Une autre question s’est posée dans ces dernières
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- années. La mer du Nord,- comme nous l’avons dit, est un terrain de pêche très propice où se donnent rendez-vous tous les- chalutiers anglais, français, allemands et autres. L’Angleterre et l’Ecosse seules y ont dragué, en 1911, 136 000 tonnes de poisson de fond. Cette pêche intensive s’y fait, en grande partie, avec de grands chalutiers munis de filets de grandes dimensions (otterstrawl) dont la partie inférieure vient gratter le sol sous-marin. Quelle a été l’influence de cette pêche intensive sur le dépeuplement des fonds? De 1906 à 1911 on a constaté une diminution constante du poisson de fond sur les bancs de la mer du Nord et la pêche y devient chaque jour de moins en moins productive. Aussi les grands chalutiers commencent-ils à chercher
- tarifs et, notamment, par un tarif spécial, font, malgré cela, que le prix de transport d’une tonne de marée de Boulogne à Paris revient à 42 fr. 50 et de Lorient à Paris à 80 fr. 95, prix notablement supérieur à celui qu’on obtiendrait en appliquant les tarifs adoptés, en Grande-Bretagne, pour le transport du poisson. A ces prix déjà élevés viennent s’ajouter les inconvénients résultant des retards dus aux délais accordés aux différents points de transit, ainsi que ceux de livraison. Enfin, il y a les droits d’octroi qui, pour certaines villes, atteignent 25 pour 100 de la valeur de la marchandise. On s’explique ainsi comment il se fait que le kilogramme de poisson qui, au port de débarquement, vaut un prix de ... est payé chez le détaillant un prix de
- Merlans Bar
- Raie bouclée Eperlans
- dans d’autres parages ce que la mer du Nord ne peut plus leur fournir. Tels sont les faits qui, contrairement à l’opinion généralement admise, semblent prouver que le chalutage avec Y otterstrawl a été une des causes du dépeuplement des fonds de la mer du Nord.
- Obstacles au développement de la pêche maritime. — Nous disions, au début, «que le développement de la pêche maritime en France n’a pas atteint, dans ces dernières années, celui sur lequel on aurait pu compter. Les causes en sont nombreuses et les développer nous entraînerait trop loin.
- Nous nous contenterons de les résumer. Il y a, d’abord, la trop faible quantité de navires de pêche de grand tonnage et le trop petit nombre de chalutiers à vapeur. Nous l’avons dit. Il y a aussi l’élévation du prix de détail, dût aux nombreux intermédiaires entre le producteur et le détaillant. Puis, il y a les frais de transport entre le port de pêche et le point de consommation qui, régis par différents
- 200 pour d00 supérieur. Ceci explique également pourquoi le poisson de mer n’est pas un aliment aussi développé en France qu’il l’est ailleurs. Si, à Paris, comme le faisait remarquer M. Anthony au Congrès de Bordeaux, chaque habitant consomme, en moyenne, 13 kg de poisson par an, si à Beauvais, Nice, Le Havre, cette consommation est de 20 kg, à Cherbourg et à Nantes de 20 à 15 kg, à Saint-Nazaire, Orléans, Tours, Avignon de 10 à 5 kg, elle se réduit de 5 à 1 kg à Montpellier, Lille, Grenoble, Nancy, Lyon, Nevers, Roanne.
- La pêche en France et la guerre. — Depuis le début des hostilités un grand nombre de chalutiers à vapeur ont éLé réquisitionnés dans les différents ports de pêche français. Ainsi le port de Boulogne n’en a plus aujourd’hui que 5 sur 110 qu’il possède et encore est-il question de les réquisitionner.
- Cette diminution considérable desbateaux de pêche à vapeur a eu pour conséquence une diminution très sensible des envois de poissons. Pendant les
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- cinq premiers mois de 1915 ces envois ont été réduits à 9581 tonnes de poisson au lieu de 14852 t. dans les cinq premiers mois de 1914, soit une réduction de 55 pour 100. Pour le port de Boulogne seul les envois qui, en mai 1914, représentaient 875 t. de poisson sont tombés, en mai 1915, à 280 t., soit une réduction de 68 pour 100. Il en est résulté une élévation de 50 pour 100 sur le prix de vente du poisson.
- Le syndicat des mandataires à la vente en gros du poisson s’est ému de cet état de choses et vient
- de s’adresser aux pouvoirs publics pour demander d’étudier les moyens de parer à une situation qui menace de devenir très grave. Il propose que douze chalutiers à vapeur soient mis à la disposition du port de Boulogne et que pour les autres ports on en mette à leur disposition une quantité proportionnelle au nombre des inscrits. Dans le cas où les patrons de pêche feraient défaut il demande que le ministre de la guerre veuille bien réaffecter à la marine les quelques patrons indispensables. R. Bonnin.
- LA GUERRE ET LA QUESTION DES ORDURES MÉNAGÈRES DES VILLES
- Les conditions les plus essentielles de la vie sociale de nos cités ne pouvaient qu’être profondément troublées par la mobilisation, et pour ne parler que de certains de leurs services communaux : hygiène publique, voirie, alimentation en eau potable, etc., une quasi désorganisation devait s’y produire par suite du départ d’une partie du personnel spécialisé, de la réquisition de chevaux et de véhicules et ensuite de la difficulté de se procurer le matériel de toute, sorte ou de se débarrasser des déchets, etc.
- Il est du devoir des municipalités de ces villes de tout faire pour que l’état de guerre non seulement n’aggrave pas semblable situation, mais même la maintienne. Ilne faut pas qu’elles hésitent à prendre en plus des mesures ordinaires de prophylaxie relevant de la thérapeutique, des mesures ou des précautions d’ordre physico-mécanique. Plus qu’en tout autre moment, elles doivent veiller à ce que l’on observe, les prescriptions de leurs règlements sanitaires alors encore que la plupart ont vu affluer quantité de réfugiés, que des troupes y sont caser-nées ou cantonnées en plus grand nombre que jadis, que des hôpitaux complémentaires y ont été installés dans des conditions plus ou moins favorables, parfois aussi des dépôts de chevaux malades ou non, etc.
- Comme exemple de précaution qu’elles peuvent prendre pour assurer la parfaite salubrité de la population en une circonstance pareille, l’on peut citer celle qu’a adoptée la ville de Clichy à l’égard des ordures ménagères qui constituent, comme on le sait, d’excellents terrains ou milieux tétanigènes.
- Les usines de traitement des ordures ménagères de Paris, qui traitaient également les gadoues vertes de certaines agglomérations de la banlieue parisienne, ne pouvant plus marcher dans les conditions normales, l’archltecte-voyer et directeur du bureau d’hygiène de la ville de Clichy, M. Sincholle, afin d’éviter l’accumulation en un point de la commune de ces déchets de nature à devenir une cause grave d’insalubrité alors même que l’emplacement serait des mieux choisis, a imaginé le dispositif suivant que l’on peut voir fonctionner dans file des Ravageurs, entre Clichy et Asnières.
- On enfonce dans le sol un pylône formé de quatre cornières de 40 mm d’aile environ (fig. T). Ces quatre cornières forment, pour ainsi dire, une cheminée à section carrée dont le côté est de 0 m. 40. Pour maintenir cet écartement, on dispose haut et bas trois feuillards sur chaque face. On l’entoure d’un grillage mécanique, dont les mailles ont 5 ou 4 cm environ. Ce grillage commence, à 0 m. 40 environ au-dessus du sol,'pour s’arrêter à 0 m. 90 ou 1 m. de l’extrémité supérieure des cornières.
- La cheminée est enfoncée de. O m. 50 à 0 m. 60 dans le sol, ce qui fait qu’elle*s’élève au-dessus du sol de 5 m. 30 à 5 m. 40 et: que le grillagé métallique occupe une hauteur de 2 mètres., : . >
- Une fois mise en place, on dispose sur le sol et en forme de croix, quatre carneaux en briques creuses de 0 m. 30X0 m. 15x0 m. 107 (fig. 2);. Les extrémités de ces carneaux s’ouvrent à :1a base et sur les faces de la cheminée prismatique dressée verticalement. Leur longueur est de 2 m. et leur section, par conséquent, de 0 m. 16 x0 m. 15. Les briques qui couvrent ces carneaux ne sont pas posées jointives, mais séparées entre elles de 0 m. 02 environ.
- Telle est l’installation fort simple de ce genre de fours ou d’incinérateurs en plein air, qui ressemble assez à ceux que l’on exécute en forêt pour la fabrication du charbon de bois.
- Pour les mettre en marche, on remplit dès lors le fond, de la cheminée avec des matières sèches, papier, brindilles, copeaux, débris de bois, etc., et on charge immédiatement avec les ordures ménagères. On obtient ainsi un cône dont la base a un diamètre de 4 m. 40 et la hauteur de 2 m. 40, ce qui représente 10 à 12 m3 de gadoues vertes.
- La durée de la combustion est assez variable. Elle est au maximum de neuf jours, mais si le vent souffle un peu, elle peut s’elîectuer en trois. Quand elle est terminée, on démolit le four qui, du reste, est complètement tassé et on dispose les cendres en cavalier.
- L’ouvrier qui procède à ce travail cherche à la fourche les matières qui ne sont pas complètement
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- incinérées — il y en a fort peu — et il les rejette sur le four à côté.
- En moyenne, la production journalière de la ville de Glichy en ordures ménagères est de 50 m5. Deux lignes de fours (fig. 5) ont donc été établies à une distance de 15 m., ce qui permet aux tombereaux de manœuvrer aisément.
- On a de cette façon une allée bordée à gauche et à droite par 18 incinérateurs séparés chacun par 6 m. 50 d’axe en axe.
- Ces 56 fours qui suffisent amplement à la destruction des ordures de la ville nécessitent seulement la présence de trois ouvriers.
- Les cendres, analysées par le directeur du laboratoire de la Société des agriculteurs de France, M. René Guillin, ont donné le pourcentage suivant :
- Chaux. . . . . . . . . . . 10,25 pour 100
- Acide phosphorique........... 1,15 —
- Potasse' ................... 2,00 —
- Le reste, silice, etc. ,
- Ainsi qu’on peut s’en rendre compte, ces cendres, riches en matières fertilisantes, conviennent parfaitement à la culture maraîchère, très en honneur dans la petite et la grande banlieue parisienne. Sans doute cette incinération à l’air libre ne donne pas et ne peut donner les résultats de l’incinération au moyen de fours à vent forcé, mais elle constitue pour une agglomération importante un procédé simple et économique pour se débarrasser, en une période troublée ou en des circonstances anormales, de déchets qui mis seulement en tas pourraient être un danger pour la santé publique.
- Cette installation de fortune de la ville de Clichy nous paraît même être un dispositif à recommander aux villes de petite ou moyenne importance qui, de plus en plus, éprouvent de la difficulté à vendre à l’agriculture leurs gadoues noires et aussi parce que leurs modestes finances ne peuvent leur permettre d’envisager la construction et l’exploitation d’une usine de broyage ou d’incinération industrielle.
- On n’a seulement qu’à choisir un emplacement hors de la ville de telle sorte que les fumées et les
- Carneau
- Fig. i. — Elévation et cou-pe d’un four à air libre.
- odeurs ne puissent, plus que ne le ferait un simple dépôt, incommoder les fermes ou les habitations rurales situées dans le voisinage. Cette crainte, au surplus, ne doit pas être aussi grande qu’on pourrait le croire puisque appelé à l’examiner, M. Marquez, membre du Conseil d’hygiène du département de la Seine ('), ne note pas que l’installation de Clichy ait donné lieu à des réclamations.
- Il est bien entendu qu’on doit mettre de côté tout corps non combustible comme tessons de verre, débris de porcelaine, boîtes de conserve, objets en tôle émaillée, etc. ; il y a là d’ailleurs un intérêt au point de vue industriel.
- En effet, on peut retirer l’étain des boîtes en fer-blanc soudées pour qu’ensuite il soit dans des usines converti en sels métalliques, le fer-blanc étant lui, livré à des fonderies. Les boîtes ou récipients emboutis, mis en paquets, après avoir été pilonnes dans le but de diminuer leur volume et de faciliter aussi leur transport, trouveront acquéreurs parmi les artisans qui font les jouets bon marché.
- Quant aux tôles émaillées, des façonniers en détachent l’émail qu’ils pulvérisent pour le vendre à des émail-leurs.
- Enfin le fer et le feuil-lard sont, par l’intermédiaire • de chiffonniers, envoyés aux fonderies voisines.
- Pour se faire une idée de la valeur de ce tri, voici pour Clichy et pour une période de près de trois mois (août 1914 à octobre 1914), le pourcentage des différents objets non incinérés :
- Fer-blanc. 18 m5 64
- Tôle galvanisée. ........................ 7 m3 26
- Tôle émaillée........................... 6 m3 00
- Fer, feuillard...........................19 m3 00
- Verre, porcelaine, faïence...............28 m3 05
- Os, chiffons. .......................pour mémoire.
- Ainsi, bien triées, puis incinérées, même à l’air libre, les ordures ménagères des villes un tant soit peu importantes ne peuvent être que tout profit pour la commune, l’agriculture et l’industrie. M. Bousquet,
- ingénieur-architecte.
- 1. Revue d’hygiène et de police sanitaire, janvier 1915.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahbhe, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2187. -—...-... - .-..- -.... 28 AOUT 1915.
- LE PORT DÉ NANTES DEPUIS LA GUERRE
- Fig. i. — Vue générale de Nantes, vers Vamont, prise du pont transbordeur. (Phot. E. Poussard.)
- Fig. 2. — Transport anglais passant sous le pont transbordeur.
- Depuis le commencement de la guerre, Nantes contribue puissamment au ravitaillement de la France et son rôle serait encore plus important si les nouveaux quais, dont M. l’ingénieur Kauffmann
- dirige la construction avec tant de compétence, eussent été achevés (d).
- Durant le premier mois des hostilités, le tonnage 1. Yoy. La Nature du 46 sept. 1914 et 46 nov. 4942.
- 9. — 429
- 43' Année, — 2“ Semestre.
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- 130 =========== LE PORT DE NANTES DEPUIS LA GUERRE
- du port baissa considérablement par suite de l’arrêt des affaires occasionné par la mobilisation, mais il ne tarda pas à reprendre sa valeur normale et même à dépasser les moyennes mensuelles de 1913, qui atteignaient 134277 tonnes pour les importations et 29 365 tonnes pour les exportations.
- Le tableau suivant indique les tonnages mensuels
- . js * -K 3V »*>»••
- • !
- Fig. 3 — Débarquement et mise en wagons des à projectiles.
- Les marchandises importées se décomposaient en :
- Houille............. 705.852 tonnes.
- Fers et aciers. . . . 117.904 —
- Céréales et farines. . 112.085 —
- Engrais............. 55.508 —
- Pyrites............. 20.605 —
- Naturellement les exportations de minerais, qui provenaient des environs (Châ-‘ 7 teaubriant, Ségré) et se diri-
- j geaient sur la Hollande, cessèrent complètement tandis - - qu’on n’exportait presque plus
- £ , que des matières alimentaires.
- - ^ - a- D’autre part, la suppression
- ^ „ jrli des transactions pendant les
- premiers mois de la guerre et | ti, 1 l'établissement d’une base de
- ravitaillement de l’armée anglaise à Nantes accrurent encore les difficultés. La vie normale du port reprit seulement dans le courant de décembre. Dans les premiers mois de 1915, le trafic moyen ;> L'PjiMjj mensuel se chiffra par 205 565 tonnes, dépassant de 24 pour 100 la moyenne de 1914 ; il se composaitde houille, de barres barres d'acier d’acier pour projectiles, de
- céréales et de matières diverses destinées surtout aux besoins
- des marchandises embarquées dans le port de Nantes depuis le 1er août 1914.
- Indication Tonnage de jauge (Entrées et sorties Importa- Exporta- Tonnage total des
- des mois. réunies). tions. tions. marchandises.
- Août 1914. . 81.476 t. 59.963 l. 3.918 t. 63.881 1.
- Septembre . 432.287 178.822 7.107 185.929
- Octobre. . . 197.054 89.851 18.339 108.190
- Novembre. . 162.386 110.998 17.884 128.882
- Décembre. . 151.101 116.065 8.627 124.692
- Janvier 1915. 188.595 169.952 11.107 181.059
- Février. . . 203.375 196.197 -13 329 209.526
- Mars .... 223 745 206.681 12.200 218.881
- Avril.... 227.072 184.348 20.448 204.796
- Complétons ces statistiques, d’après les renseignements qu’a bien voulu nous communiquer le service de la navigation de la Loire.
- En 1913, les principaux éléments du tonnage se répartissaient de la façon suivante :
- Houille. ...... 679.977 tonnes.
- Minerais................. 160.142 —
- Pyrites...................116.101 —
- Blés. ................... 137.527 —
- Mais la guerre modifia profondément les conditions d’exploitation de ce port. Du lfcr août 1914 au 30 avril 1915, le tonnage total qu’on y manutentionna, s’éleva à 1 425 836 tonnes dont 1 512 877 tonnes pour l’exportation.
- de l’armée. Pour les charbons, en particulier, la moyenne mensuelle des importations fut de 108 926 tonnes durant les quatre premiers mois de 1915 alors que la moyenne correspondante de 1914 atteignait seulement 68 234 tonnes.
- Sur les 1280 navires, qui entrèrent dans le port de Nantes durant cette période, 355 battaient pavillon anglais, 110 pavillon norvégien et 54 pavillon espagnol. Les houilles, fers et aciers venaient principalement d’Angleterre, les céréales d’Amérique, les engrais chimiques partie de Tampa (Etats-Unis) et partie de Sfax (Tunisie). Ces marchandises se déchargeaient sur une longueur de quais de 4910 m., grâce à un outillage public comprenant 30 grues à vapeur de 1500 kg; 25 grues électriques dont une de 50 tonnes; 2 grues sur ponton de 5 tonnes et une grue à mâter de 60 tonnes.
- On remplaça les 1500 débardeurs employés en temps ordinaire et presque tous mobilisés, par des réfugiés belges ou des soldats. En ce moment, on utilise 400 civils et 900 militaires pour manutentionner les marchandises. Les autorités nantaises songent même à recourir à la main-d’œuvre des prisonniers de guerre afin d’accélérer le déchargement des navires qui, faute de place, doivent attendre aujourd’hui leur tour, parfois près d’une semaine. Pour remédier à cet encombrement du port de Nantes, on est en train de construire des
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- LE COMMERCE FRANCO-ALLEMAND
- 13Î
- estacades destinées à recevoir des élévateurs ensacheurs, qui permettront la manutention rapide des céréales attendues d’Amérique. Après avoir préalablement mis ces grains en gabares à Saint-Nazaire, on les déchargera au quai nouveau, car l’emplacement disponible pour l’exécution rapide des installations nécessaires se trouve dans une partie accessible seulement à la navigation fluviale. Au moyen des ouvrages déjà en service (juin 1915), on peut
- décharger 750 tonnes par jour et la chambre de commerce va installer prochainement des bascules automatiques afin de suppléer à l’effectif réduit des équipes employées au déchargement des blés ou des avoines.
- Aussi, grâce à ces heureuses initiatives, Nantes constitue un rouage important de la défense nationale et satisfait, depuis la guerre, à toutes les exigences de la situation. Lvcques Boyer.
- LE COMMERCE FRANCO-ALLEMAND
- Nos échanges commerciaux les plus importants sont ceux que nous faisons avec l’Angleterre. Ils s’élèvent, pour 1915, à la somme totale de 2565 millions de francs. Vient ensuite l’Allemagne où ces mêmes échanges, pour 1915, montent àla somme de 1956 millions de francs. Mais si l’Angleterre, en 1915, a importé en France pour 1109 millions de francs, nous avons envoyé en Angleterre des marchandises pour une somme de 1456 millions de francs. Nos importations en Angleterre ont donc dépassé de 547 millions de francs les importations d’Angleterre en France. Pour l’Allemagne, au contraire, celle-ci a importé en France, en 1915, des marchandises pour une somme de 1069 millions de francs, tandis que nous n’en n’avons expédié en Allemagne que pour 867 millions de francs. D’où une différence de 202 millions de francs représentant l’excédent des importations d’Allemagne en France.
- Cet excédent d’importations d’Allemagne en France n’est-il que passager ou a-t-il subi une loi d’accroissement régulière depuis un certain temps? Le diagramme (fig. 1), que nous extrayons d’un ensemble de tableaux graphiques fort intéressants publiés récemment par l’Agence économique et financière, va nous permettre de nous en rendre compte. Ainsi que l’indique ce diagramme jusque vers 1910 les exportations de France en Allemagne ont toujours été supérieures aux importations d’Allemagne en France. En 1904 cet excédent était de 128 millions de francs. Mais, à partir de 1910, les importations d’Allemagne en France suivent une loi d’accroissement très rapide et, en 1915, nous retrouvons l’excédent de 202 millions de francs que nous indiquions tout à l’heure, des importations d’Allemagne en France.
- Se demander à quoi tient cet excédent d’importations allemandes, c’est en réalité se poser tout le problème économique dont est en grande partie sortie la guerre actuelle. Les Allemands ont eu, dans ces dernières années, deux avantages principaux sur nous qui s’accroissaient de jour en jour : la houille à bien meilleur marché par suite du développement énorme qu’ont pu prendre leurs mines et une main-d’œuvre beaucoup plus économique parce que plus nombreuse. Il faut ajouter que nos commerçants répugnaient de plus en plus
- à engager des relations avec un pays hostile, donc à exporter en Allemagne, tandis que les Allemands n’ont jamais eu les mêmes susceptibilités et les > mêmes scrupules. Je ne parle pas de certaines qualités commerciales que pouvaient compenser de notre côté des qualités différentes. Maintenant cet état de choses durera-t-il? Il n’est pas douteux, comme le dit M. Yves Guyot dans la petite notice qui précède les tableaux dont nous avons parlé, que la guerre apportera des modifications profondes dans l’organisation de l’empire allemand, mais que, cependant, ses 68 millions d’habitants ne disparaîtront pas tous, que les besoins d’échange persisteront et que des luttes commerciales très rudes en seront la conséquence. Il est donc de toute nécessité d’examiner de près quels sont les objets sur lesquels ont principalement porté ces excédents et quels sont les moyens dont nous pouvons disposer pour y faire face. C’est ce que nous allons essayer de faire succinctement d’après les tableaux graphiques dont nous avons parlé.
- Afin de faciliter cet examen nous diviserons en trois catégories les différents articles faisant l’objet des transactions commerciales entre la France et l’Allemagne : 1° les objets d’alimentation; 2° les objets nécessaires à l’industrie; 5° les objets fabriqués.
- Objets d alimentation. — Le diagramme (fig. 2) montre les variations des importations et des exportations de ces objets de l’année 1904 à l’année 1915. On voit encore ici que, jusqu’en 1910, les exportations de France en Allemagne ont toujours été supérieures aux importations d’Allemagne en France. En 1904, cet excédent était de 51 millions de francs. Mais, à partir de 1909, les quantités de marchandises venant d’Allemagne ont suivi une progression rapide et, en 1915, l’Allemagne importait en France pour 115 844 milliers de francs d’objets d’alimentation tandis que nous n’en exportions en Allemagne que pour 76 640 milliers de francs, soit une différence de 57 204 milliers de francs représentant l’excédent des importations allemandes en F’rance sur nos exportations en Allemagne comme objets d’alimentation.
- Quels sont les objets dont l’importation en France est la plus considérable? Le tableau graphiqute4
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- LE COMMERCE FRANCO-ALLEMAND
- nous renseignera à ce sujet. Il nous montre que l’Allemagne nous a envoyé, en 1913, pour 87 millions de francs dè céréales et de farines, tandis que nous n’en avons expédié en Allemagne que pour 57 000 francs. Cette importation représente 77 pour 100 des importations allemandes en France comme objets d’alimentation et qui, comme nous venons de le dire, est de 114 millions de francs.
- Comme autres objets principaux d’échange dans la même catégorie, nous avons les eaux-de-vie et esprits dont nous exportons en Allemagne pour 758 000 francs, soit 65,8 pour 100 de l’échange total de ce produit, les vins dont nous exportons en Allemagne pour 19166 milliers de francs, ô’est-à-dire 99,09 pour 100 de l’échange total, les fruits de table que nous exportons en Allemagne pour une somme de 21051 milliers de francs, c’est-à-dire 95,9 pour 100 de l’échange total de ce produit.
- Malgré l’importance de l’exportation de ces derniers produits qui représente 53 pour 100 des objets d’alimentation que nous exportons en Allemagne et de quelques autres produits secondaires, elle ne suffit, cependant, pas pour compenser les importations en France de céréales et de farines, puisqu’il reste, comme nous venons de le dire, un excédent de 37 millions de francs des importations allemandes en France sur nos exportations en Alle-
- était encore de 87 millions de francs. Mais, à partir de cette époque, avec quelques fluctuations, les importations allemandes en France ont encore suivi une loi d’accroissement rapide et, en 1913, l’Allemagne importait en France 352 239 milliers de francs de matières destinées à l’industrie, tandis que nous n’en exportions en Allemagne que pour 546 548 milliers de francs, d’où un excédent de 5691 milliers de francs des importations allemandes en France sur nos exportations en Allemagne.
- Comme pour les objets d’alimentation le tableau 5 indique d’une manière très claire, pour les principaux objets destinés à l’industrie, la valeur en milliers de francs de l’échange de chacune de ces marchandises, soit comme importation en France, soit comme exportation de France. Il donne également le rapport des importations et des exportations de chacun de ces mêmes objets au montant total des échanges pour chacun d’eux, c’est-à-dire le pourcentage. Mais ce qu’il est également intéressant de connaître, c’est le rapport des importations en France de chacun des principaux objets d’échange au total des importations en France des matières destinées à l’industrie et qui, comme nous venons de le dire, monte à la somme de 352 millions de francs, ainsiquece même rapportpour les principales marchandises exportées de France en Allemagne.
- EXPORTATONS ET IMPORTATIONS
- Chiffres qlobaux des dix dernières années 1904-1913
- (En millions de francs)
- Importations d'Allemagne ..
- Exportations de France
- 1904 1905 1306 1907 1900 1309 1900 1911 1912 1313
- Fig. i.
- Importations et Exportations de 1904- à 1913
- (En millions de Francs.)
- OBJETS D'ALIMENTATION MATIERES NECESSAIRES A L'INDUSTRIE OBJETS FABRIQUES
- .... Importations d'Allemagne ....... Exportations de France
- 1904 1905 1806 1907 1908 1909 1910 1911 1912 1913
- 1904 1905 1906 1907 1908 1909 1910 1311 1912 1913
- Fig. 2.
- 1904 1905 1906 1907 1908 1909 1910 1911 1912 1913
- magne. Mais il est douteux qu’après la guerre l’Allemagne puisse continuer à nous envoyer en aussi grande quantité des céréales et des farines qu’elle l’a fait en 1915.
- Principales matières nécessaires à l’industrie. — Le diagramme (fig. 2) montre que, jusque vers le milieu de 1912, les exportations de France en Allemagne de ces objets a toujours dépassé les importations d’Allemagne en France. En 1910 la différence
- Ainsi, au point de vue des importations d’Allemagne en France, nous remarquons que l’importation de la houille en France, qui s’élève à une somme de 165 millions de francs, représente 46 pour 100 des importations allemandes comme matières destinées à l’industrie.
- Viennent ensuite, mais pour des valeurs bien inférieures, les peaux et pelleteries brutes, les laines et déchets de laine, les cotons en laine et
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- LE COMMERCE FRANCO-ALLEMAND ..... 133
- déchets qui ne représentent respectivement que des valeurs de 24 millions de francs, 21 millions de francs et 5 millions de francs, soit 6,8 pour 100, 5,9 pour 100 et 1,4 pour 100 de l’importation totale en France des matières destinées à l’industrie.
- Le cuivre ne représente que 4,5 pour 100 des
- l’avons dit, de 546 millions de francs. Il n’est pas douteux que, dans l’avenir, il nous sera possible d’accroître l’échange de ces matières premières.
- Quant au minerai que nous exportons en grande partie des mines de Meurthe-et-Moselle, nous en avons vendu en Allemagne, en 1915, pour 27 mil-
- PRINCIPALES MATIERES NECESSAIRES A L'INDUSTRIE
- Valeurs exprimées en milliers de francs
- Peaux Laines et • „
- if* Pnllotanînr rU^rU-c- UOtüll 61)131116
- — EXPORTATIONS —
- et Pelleteries déchets brutes de laine
- 75.539 57.725
- (76,2%) (73,2%)
- et déchets
- 51.584
- (90,6%)
- 'Houillecrue Minerais Cuivre
- Graines e[Vfê,7;Ifps raTe engrais à ensemenser^^^j^^deCelIulose organiques
- Tabacs
- Pâte Engrais
- 429
- (0,3%)
- 27.013
- (76,6%)
- 2.304
- (13,3%)
- 16.883
- (68,9%)
- 187
- (9-,3%)
- 175
- (12,8%)
- 142
- (27%)
- Houblon etlupuUne * de houblon
- Néant
- 23.646
- (23,8%)
- 21.177 ,
- (26,8 %)
- 5.393
- m%)
- 164.958
- (99,7%)
- 8.289 14.666 7.534 ,
- (23,8%) (86,7%) (31,1%)
- — IMPORTATIONS —
- 4.193 ,
- (95,7%)
- 1.230,
- (87,6%)
- ,5.137 , (97,3%)
- 10.208.; ( 100 °/o)
- Fig. 3.
- importations allemandes, le houblon 2,8 pour 100.
- C’est donc, en somme, la houille expédiée du bassin de Westphalie qui est l’appoint principal des importations allemandes en France et il y a lieu de penser que les besoins de ce produit, si nécessaire à l’industrie française, ne diminueront pas.
- lions de francs, soit 8 pour 100 de l’exportation totale. Après la guerre cette exportation de minerai augmentera certainement, puisqu’au bassin minier de Meurthe-et-Moselle viendront s’adjoindre les bassins situés en Lorraine annexée.
- Objets fabriqués. — Ici, comme le montre la
- Fruits de Table
- 21.031 (95,9%)
- Exportations
- 898 (8,1%)
- OBJETS D'ALIMENTATION.
- Valeurs exprimées en milliers de francs
- Vins
- 19.166 (99,09%)
- Exportations
- 176 (0,91%)
- Eaux-de-Vie et Esprits
- 738 (65,8%)
- Exportations
- 342 (38-,2%)
- Céréales (grains etfarines)
- .y compris le malt
- 57 (0,1%)
- 86.660 (99,9%)
- Caséine
- Caséine durcie et si mil.
- 5.72I (100%)
- Exportations
- Néant
- Fig. 4-
- Si, maintenant, nous examinons nos exportations de France en Allemagne, nous voyons que nous expédions en Allemagne pour 194 millions de francs de peaux et pelleteries brutes, de laines et déchets de laine, de cotons en laine et déchets, soit 55 pour 100 des exportations totales en Allemagne, des matières destinées à l’industrie qui sont, comme nous
- figure 2, depuis 1904, contrairement à ce qui s’est produit pour les deux catégories précédentes, les importations d’Allemagne ont toujours été supérieures aux exportations de France en Allemagne. Mais cependant, à partir de 1910, les importations allemandes ont encore suivi une loi d’accroissement très rapide. En 1915, l’Allemagne importait en
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- 134 ' . LE COMMERCE FRANCO-ALLEMAND
- OBJ ETS FABRIQUES
- Valeurs exprimées en milliers de francs
- Machines et Mécaniques
- Exportations
- 8,151
- (5,8%)
- Importations
- 131.996
- (3 ¥, 2 %)
- Produits chimiques
- Exportations 39.944
- (36 %)
- Importâtîons 71.323
- (6¥ °/o)
- Outils, Ouvraqes en métaux
- Exportations 6.155
- (12,7%)
- Importations
- 41.94-5
- (87,3%)
- Exportations
- 2443
- (6%)
- fausse
- Importations 37 716
- (9¥°/o)
- Poteries, Ver res et Cristaux
- Exportations 4.661 (71 °/o)
- Importations 37 710 (89 %)
- Pelleteries préparées
- Exportations
- 32.410
- (¥5,¥%)
- Importations 38.973 (53-, 6%)
- Papier et ses applications
- Exporta tions 14.343
- (32%)
- Importations 29.994
- (68 °/o)
- Ouvrages en caoutchouc
- Exportations
- 4.857
- (20,6%)
- Importations
- 18.754
- (79,3-%)
- Instruments scientifiques
- Exportations
- 3.963
- (¥3,7 %)
- Importations
- 5 018
- (56,3 %)
- France des objets fabriqués pour une somme de 602 717 milliers de francs, tandis que nous n’en exportions en Allemagne que pour 445578 milliers de francs. D’où un excédent de 159 159 milliers de francs des importations allemandes en France sur nos exportations en Allemagne, c'est-à-dire 79 pour 100 de l’excédent total des importations allemandes sur nos exportations en Allemagne qui, comme nous l’avons dit, est de 202 millions de francs C’est donc sur les objets fabriqués que porte principalement l’excédent des importations allemandes.
- Le tableau ci-joint (fig. 5) donne les principaux objets fabriqués servant d’échange entre la France et l’Allemagne. Il donne également les mêmes renseignements que les tableaux précédents.
- Les objets fabriqués servant d’échange entre la France et l’Allemagne étant très nombreux, nous nous attacherons plus spécialement à ceux dont l’importation en France est la plus importante et, par conséquent, ceux sur lesquels notre attention doit être, surtout, attirée.
- En première ligne nous trouvons les machines et les appareils mécaniques. L’Allemagne nous en envoie pour une valeur de 152 millions de francs, soit 22 pour 100 des importations allemandes des objets fabriqués, tandis que nous n’en exportons en Allemagne que pour 8 millions de francs, c’est-à-dire 1,9 pour 100 de nos exportations en Allemagne d’objets fabriqués.
- Viennent ensuite les produits chimiques qui entrent en France pour une valeur de 71 millions de francs, soit 12 pour 100 de l’importation totale d’objets fabriqués. Mais, contrairement à une idée généralement reçue, il faut remarquer que nous exportons, en Allemagne, pour 59 millions de francs de ces produits, desquels il y a, toutefois, lieu de déduire un certain nombre de produits chimiques fabriqués en France par des usines allemandes installées chez nous.
- Les outils et ouvrages en métaux nous viennent d’Allemagne pour une valeur de 42 millions de francs, soit 7 pour 100 de l’importation totale allemande en France des objets fabriqués contre 6 millions de francs, valeur des mêmes objets que nous exportons en Allemagne.
- La bijouterie fausse entre en France pour une valeur de 58 millions de francs, soit 6,5 pour 100 de l’importation totale des objets fabriqués contre une valeur de 2 millions de francs représentant notre exportation de France de ces mêmes objets.
- Nous recevons d’Allemagne pour une valeur de 58 millions de francs de poteries, verres et cristaux, tandis que nous n’en exportons en Allemagne que pour 5 millions de francs
- L’Allemagne nous envoie pour 58 millions de francs de pelleteries préparées et nous en exportons en Allemagne pour 52 millions de francs. Il y a presque compensation.
- Le papier et ses applications nous est envoyé d’Allemagne pour une valeur de 50 millions: de
- Fig. 5.
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- PROJECTEURS VIVANTS :............ 135
- francs contre une valeur de 14 millions de francs représentant l’exportation en Allemagne de ce même produit. Mais il faut remarquer que les papiers que nous recevons d’Allemagne sont, surtout, des papiers de bois à bon marché.
- Nous citerons encore les objets en caoutchouc et gutta-percha dont l’Allemagne nous envoie pour une valeur de 19 millions de francs contre une valeur de 5 millions de francs de ces mêmes objets que nous exportons en Allemagne. Les importations en France et les exportations en Allemagne des instruments scientifiques se compensent à peu près exactement.
- En résumé, ce sont les machines et appareils mécaniques, les produits chimiques, les outils et ouvrages en métaux et la bijouterie fausse qui sont les objets formant l’appoint le plus important de l’importation en France des objets fabriqués. Us représentent 48 pour 100 des importations allemandes des objets fabriqués. C’est donc sur ces objets que doit porter principalement notre attention.
- Si, des 1069 millions de francs, montant des importations allemandes, nous retranchons celles des machines et appareils, des produits chimiques et des ouvrages en métaux, il reste, comme importations allemandes, une valeur de 826 millions de
- francs, inférieure à celle de notre exportation, en 1913, qui était de 867 millions de francs.
- Pour une grande partie de ces objets fabriqués c’est leur bon marché en Allemagne qui est la principale cause de leur importation considérable en France. Nos usines fabriquent aussi bien, sinon mieux, que leurs concurrentes en Allemagne. Mais, c’est grâce à ce bon marché joint à une organisation technique et. commerciale très méthodique que l’Allemagne arrive à lutter avantageusement contre notre industrie. Si, comme le dit M. Henry Le Chatelier dans une note récente sur le rôle de la science dans la lutte contre l’industrie allemande, nos industriels français veulent lutter contre la concurrence allemande, il faut qu’ils se décident à imiter ses méthodes de travail. La science française a toujours marché en tête du progrès et devancé l’Allemagne. Pourquoi nos industriels français ne prendraient-ils pas une situation analogue vis-à-vis de leurs concurrents allemands?Mais pour cela, ajoute-t-il, il faut absolument arriver à former chez nous des chefs d’industrie rompus à l’usage des méthodes scientifiques de travail, familiers avec la pratique du laboratoire. Faute de cette formation il est impossible d’utiliser avantageusement un personnel scientifique en sous-ordre, de taire rendre les laboratoires. R. Borwra.
- PROJECTEURS VIVANTS
- Les projecteurs lumineux que l’armée emploie pour éclairer les positions ennemies durant la nuit ou pour fouiller les nuages à la recherche des aéroplanes ou des dirigeables, ne sont pas, comme on pourrait le croire, des « productions» du domaine exclusif de l’espèce humaine. Certains animaux en possèdent, tout aussi puissants — proportionnellement — tout aussi bien conditionnés, semblables, en un mot, à ceux que nous fournit l’industrie, mais en différant par ce fait essentiel qu’ils font partie intégrante de leur corps, Ces organes singuliers se rencontrent seulement dans trois groupes zoologiques : les Mollusques Céphalopodes, les Crustacés et les Poissons, alors que la faculté de produire de la lumière pure et simple est beaucoup plus répandue.
- Un assez grand nombre d’êtres vivants ont, en effet, la faculté d’émettre des rayons lumineux, mais ils peuvent l’effectuer de quatre façons différentes.
- Dans un premier cas, la production de lumière est diffuse, c’est-à-dire se manifeste par toute la .surface du corps, aussi bien en dessus qu’en dessous, aussi bien en avant qu’en arrière : c’est ce qui se rencontre.chez les Bactéries lumineuses, dont il existe plusieurs espèces dans la mer et qui se développent parfois sur la viande de boucherie ou sur les poissons morts. -
- Dans un second cas, la clarté ne se montre que sur certains points de la substance du corps et apparaît, un peu sans ordre, comme des étoiles brillant au milieu d’une belle nuit. Le fait est facile à constater, au microscope, chez les Noctiluques, protozoaires auxquels est dû généralement le phénomène de la phosphorescence de la mer, et, au microscope, chez les « Phyllirhoe », mollusques marins nageurs, dont le corps plat et transparent est parsemé de petits points qui, sous l’influence d’une excitation nerveuse, deviennent producteurs de lumière.
- Dans un troisième cas, les organes phosphores-ce nts sont beaucoup mieux limités, on peut en suivre le contour, les dessiner nettement, les isoler par la dissection ; ainsi se comportent ceux des Vers luisants qui, la nuit, brillent dans l’herbe, des gentilles Lucioles, qui, dans le Midi, traversent l’air de leur trajectoire éclairée, des Pholades, mollusques marins taraudeurs de rochers qu’il n’est pas bien rare de rencontrer sur nos côtes.
- Enfin, dans un quatrième cas, l’organe lumineux est encore plus « concentré » et, à la source de clarté, s’adjoignent des réflecteurs et des lentilles convergentes, qui en font de véritables projecteurs lumineux, des sortes de lanternes de bicyclettes ou d’automobiles leur servant, sans doute, à éclairer leur chemin, à faciliter les relations des sexes diffé-
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- 136 .........rm PROJECTEURS VIVANTS
- rents et à repérer leurs ennemis et leurs futures proies. .
- Ces productions singulières sont particulièrement nettes chez certains Céphalopodes, mollusques de même aspect général que les Pieuvres, les Sèches et les Calmars. Chez l’un d’eux, VEuno-ploteuthis clia-dema, par exemple, il y a vingt-quatre lanternes: deux à chacun des grands bras préhenseurs, cinq autour de chaque œil, le reste régulièrement disposé sur la face ventrale du corps. Ces appareils, dit M. Raphaël Dubois, dans son récent ouvrage sur la Vie et la Lumière, émettent des feux incom-paraldes en beauté à tout ce que l’on connaît. On croirait que le corps est paré d’un diadème de pierreries de couleurs variées et de la plus belle eau. Les plus médians des organes brillent d’un bleu d-outre-mer et les latéraux offrent des éclats nacrés. Les organes ventraux antérieurs envoient des rayons rouge . rubis, tandis que les postérieurs sont blanc de neige ou nacrés, à l’exception du plus médian qui brille d’un bleu céleste. Ce bel animal a été pêché par le naturaliste Çhun dans la région de Bouvet par 1500 m. de fond, lors de l’expédition de la Valvidia. Il put être photographié dans l’obscurité, grâce à sa propre lumière.
- Un I autre * Céphalopode tout aussi curieux est YHistioteuthys Rüppelli,- animal d’un mètre de long,üdont les huit bras sont réunis, à la base, par
- une membrane d’un beau rouge, et que le zoologiste Yérany récolta dans les parages de Nice, à plusieurs centaines de mètres de profondeur. « Je fus appelé, raconte-t-il, par un pêcheur qui m’en
- montra un cramponné au fdet; je le fis saisir et plonger dans un baquet d’eau. C'est dans ce moment que je jouis du spectacle étonnant des points brillants qui parent la. peau de ce Céphalopode, déjà si extraordinaire par ses formes ; tantôt c’était l’éclat du saphir qui m’éblouissait, tantôt c’était l’opalin des topazes qui le rendait plus remarquable; d’autres fois ces deux riches couleurs confondaient leurs rayons magnifiques; pendant la nuit les points opalins projetaient un éclat phosphorescent', ce qui fait de ces: mollusques une des plus brillantes productions de la nature. »
- Depuis cette observation, le nombre des Céphalopodes lumineux n’a fait que s’accroître et il est, actuellement, d’une quarantaine ; il est à remarquer que chez tous (sauf un, le Melano-teuthis . lucens) les appareils lumineux sont situés exclusivement sur le pourtour des yeux et sur la face ventrale, n’éclairant ainsi que les objets placés en avant et au-dessous de lui.
- M. Louis Joubin^ qui a étudié la structure de ces organes photogènes, a constaté qu’ils sont, chacun, munis, par-dessus la région sécrétant la substance lumineuse, d’une lentille transparente — quelquefois plusieurs — qui concentre les rayons lumi
- Fig . i. —Systellaspis debilis.
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- Fig. 3. — En haut, Eunoplolheulis diadema; en bas, Hislioleulhys Rüppelli.
- Fig. 4. — En haut, Malacosteus niger; à gauche, Idiocanthus fasciola; en bas, Inops Murrayi.
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- Fig. 5. — Coupe en long d’un organe lumineux chez un poisson des grandes profondeurs de la mer (très grossi).
- neux sur un miroir concave tapissé par une membrane lamelleuse noire. L’animal, grâce à son système nerveux, peut éteindre et allumer à volonté ses fanaux, ce qui lui permet de faire des économies d’énergie.
- Chez les Crustacés, on peut rencontrer des organes analogues, où ils furent considérés d’abord comme des yeux accessoires : ce sont des perles, habituellement rouges, pouvant être placées sur la carapace, les mâchoires, voire même dans l’œil lui-même, disposition qu’envierait un ophtalmologiste au cours d’une consultation.... « Beaucoup de ces Crustacés qui ressemblent à des Crevettes, dit M. Joubin, dans son livre sur la Vie dans les Océans, vivent en troupes immenses, surtout dans les mers froides, où ils viennent scintiller à la surface comme : des nuages de petites étoiles.
- Mais il en existe d’autres qui vivent dans les grandes profondeurs où ils nagent perpétuellement; ils peuvent atteindre de grandes dimensions et présenter des couleurs vives, notamment des rouges intenses. »
- Un type bien curieux de Crustacé est VOplo-;phorus Grimaldii, qui a été pêché à 4800 m. de profondeur et que le Dr Richard a vu, à plusieurs reprises, lancer par deux petits orifices situés près de la bouche, le liquide d’une glande, lequel, au contact de l’eau de mer, donnait une lueur d’un beau bleu pâle : c’est un phare à éclipses. Singulier aussi est un Crustacé des grandes profondeurs de l’océan Indien, le Parapagurus pilosimanus qui, n’étant pas lumineux par lui-même, a trouvé un moyen indirect de l’être, en tolérant sur sa carapace la présence d’une grande quantité de petites Anémones de mer phosphorescentes, qui, ainsi, lui servent à éclairer sa route. Un bon point à ce débrouillard !
- Il ne reste plus, maintenant, pour avoir traité notre sujet, qu’à parler des Poissons à projecteurs lumineux. C’est exclusivement dans les grandes profondeurs qu’on les rencontre. Leurs organes phosphorescents sont régulièrement disposés tout le long de la face ventrale ou sur les côtés, occupant le même emplacement que ce que les zoologistes appellent la ligne latérale, ligne que l’on peut voir chez n’importe quel poisson
- Fig. 6. — Coupe en long d’un projecteur lumineux d’un céphalopode THi stioteuthys bonnelliana (grossi).
- Fig. 7. — Coupe en long d’un projecteur lumineux situé à l’intérieur même de l’œil d’un crustacé /eNematoscellisros-trata (très grossi).
- servant à notre alimentation. La structure de ces organes lumineux varie d’une espèce à l’autre, mais la partie fondamentale en est une glande à mucus recouverte d’une lentille, le tout étant enfermé dans une cupule noire en dehors, argentée en dedans et se prolongeant par un réflecteur extérieur.
- « La glande à mucus est la partie productrice de lumière ; elle est formée de cellules groupées en travées rayonnantes vers la partie centrale de l’appareil ; tantôt il y a un petit canal qui évacue au dehors le mucus produit, tantôt la'glande est close et la sécrétion lumineuse ne peut se répandre au dehors. Le réflecteur est formé de lamelles de tissu conjonctif transparent qui recouvrent intérieurement la couche pigmentée. Ce réflecteur se prolonge en une lame brillante qui a la même structure. La lentille est formée de cellules cartilagineuses transparentes formant une masse plus ou moins sphérique et biconvexe. Ce petit organe est habituellement enchâssé dans le trou d’uneécailledelalignelatéraleetrecouvertparlapeau devenue transparente.
- Mais on peut en trouver jusque dans la gueule de certains Poissons et même dans l’intérieur de l’œil.
- Il arrive quelquefois que deux organes s’accolent pour former un appareil lumineux double ; c’est le cas du Diplophos Ténia.
- Ailleurs, la membrane pigmentée externe peut devenir très longue et se rabattre comme un volet mobile par-dessus l’ou verture de l’appareil, mas-quantla lentille ; la lumière se trouve donc interceptée suivant que l’animal ouvre ou ferme cet écran mobile .Un Poisson fort curieux,capturé par le prince de Monaco, Y lîalosaurop-sis macrochir, est pourvu de ce singulier appareil. » (L. Joubin). Il n’est, d’ailleurs, pas prouvé que les organes lumineux servent à leur faciliter la vision de leurs proies ou de leurs ennemis. Ainsi, YInops Mur-rayi possède sur la tête deux grandes plaques transparentes illuminées par-dessous au moyen d’un appareil très compliqué, et, cependant, par lui-même, n’ayant pas d’yeux, il est aveugle. Henri Coupin.
- Fig. 8. — Coupe en long d’un projecteur d’un céphalopode , /’Histioteu-thys Rüppelli (grossi).
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- LES MOTEURS A GAZ DE HAUTS FOURNEAUX
- Leur origine et leur développement.
- Notre intention n’est pas de décrire dans ses détails le moteur à gaz de hauts fourneaux. Ce serait sortir du cadre de cet article. Ce que nous voulons indiquer ce sont les raisons qui ont amené les métallurgistes à créer ce moteur, son développement et, surtout, son origine qui est due à l’initiative et à la persévérance des ingénieurs de la puissante Société belge Cockerill et, principalement, à son directeur, M. Greiner qui, par sa science technique et son activité, a su faire de cet
- soit, par heure et par tonne de fonte, 168 750 calories, c’est-à-dire 266 chevaux-heure théoriques, en admettant une consommation de 655 calories par cheval-heure. Or, la production mondiale annuelle de la fonte est de 80 millions de tonnes. C’est donc une puissance théorique de 21 280 millions de chevaux qui se perdraient dans l’atmosphère si on n’y prenait garde. AuSsi, depuis longtemps, a-t-on cherché à utiliser ces gaz coûi-hustibles. On les a d’abord employés au chauffage
- Fig. i. — Moteur à gaz de hauts fourneaux, de la Société Cockerill, à quatre cylindres (deux en tandem)
- d’une puissance totale de gooo chevaux.
- établissement une des premières usines métallurgiques et mécaniques de l’Europe.
- Voyons d’abord pourquoi on s’est trouvé amené à créer ce moteur. Si nous prenons un haut fourneau de 500 mètres cubes de capacité qui est celle généralement admise et, si nous admettons une production de 400 kg de fonte par 24 heures et par mètre cube de capacité, ce haut fourneau produira, pendant ce même laps de temps, 200 tonnes de fonte. Pendant la fusion de cette fonte il se dégagera par le gueulard et par tonne de fonte produite 4500 mètres cubes de gaz combustible, soit, pour les 24 heures, 900 000 m5. Ce gaz combustible composé d’oxyde de carbone, d’acide carbonique et d’azote a une puissance calorifique moyenne de 900 calories. Ce sera donc, pour ces 200 tonnes de fonte produite, 810 millions de calories qui sortiront du gueulard par 24 heures,
- de l’air pour le soufflage du haut fourneau. Les premiers essais furent faits, vers 1850, en Angleterre, puis vinrent successivement, vers 1870, les appareils perfectionnés de Whitwell et de Cowper qui ont permis, tout en augmentant la quantité de fonte produite, de réduire la consommation de combustible. Actuellement, grâce à ces appareils, on arrive à ne brûler qu’une tonne de coke par tonne de fonte produite et même moins dans certains hauts fourneaux de grande capacité.
- Le chauffage de l’air de soufflage n’emploie qu’une partie des gaz combustibles (60 pour 100 environ) sortant du gueulard du haut fourneau. Il fallait donc utiliser le reste. Dans ce but on s’en est servi pour le chauffage des chaudières produisant la vapeur nécessaire aux moteurs servant au soufflage de l’air chaud dans le haut fourneau, ainsi qu’aux divers moteurs de l’usine. Mais, par
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- 140 : LES MOTEURS A GAZ DE HAUTS FOURNEAUX
- suite.de l’accroissement constant du rendement du haut fourneau résultant, comme nous venons de le dire, d’une meilleure utilisation du coke pour la' réduction du minerai et la fusion de la fonte, il en est résulté que le gaz combustible sortant du haut fourneau est devenu à peine suffisant pour le chauffage de l’air et la production de la vapeur nécessaire pour le soufflage de cet air chaud dans le haut fourneau. Il a donc fallu aviser et libérer l’industrie métallurgique de l’obligation d’employer un grand nombre de chaudières à faible rendement et occupant beaucoup de place. C’est alors qu’on a pensé à utiliser ces gaz combustibles dans des moteurs à explosion. Le problème était d’autant plus difficile que les gaz de hauts fourneaux ont une faible capacité calorifique (900 calories par mètre cube), qu’ils contiennent beaucoup de poussières et qu’il s’agissait de construire des moteurs d’une puissance de beaucoup supérieure à celle que produisent les moteurs à gaz.
- C’est, comme nous l’avons dit au début, la Société Cockerillde Seraing, à l’instigation de son directeur, M. Grei-ner, qui entreprit la première la solution du problème. Vers.
- 1895, ainsi que l’indique M. Hubert dans son mémoire lu le 15 mai 1915 à Vlron and Steel In-stiiute, elle fit des essais sur un petit moteur à gaz de hauts fourneaux d’une puissance de 8 chevaux. À la suite de ces essais qui furent très encourageants elle mit en service, en 1898, le premier moteur à gaz de hauts fourneaux dont la puissance était de 200 chevaux. Ce moteur, soumis à des essais très complets, donna comme résultat une consommation de gaz de 5,529 m5 par cheval-heure dont la capacité calorifique a été trouvée de 981 calories. Le rendement thermique de ce moteur était donc de 20 pour 100, et, par suite, de beaucoup supérieur à celui des moteurs à vapeur qu’il était appelé à remplacer. En 1900, M. Greiner exposait à Paris un moteur à gaz de hauts fourneaux à quatre temps et un seul cylindre dévelop pant une puissance de 600 chevaux pour lequel la Société Cockerill obtenait le grand prix.
- Pendant que la Société Cockerill poursuivait ses essais de 1895, les ingénieurs de l’usine métallurgique allemande de Hoerde suivaient avec la plus grande attention ces essais et, en 1898, c’est-à-dire au moment où la Société Cockerill construisait son
- moteur à gaz de hauts fourneaux de 200 chevaux, l’usine de Hoerde construisait, de son côté, un moteur à gaz de hauts fourneaux à deux temps du système Ochelhauser d’une puissance de 150 chevaux. Deux ans plus tard elle construisait un moteur du même type de 600 chevaux mais à deux cylindres, soit 500 chevaux par cylindre.
- De son côté, la Société allemande Deutz exposait à Paris, en 1900, un moteur à gaz de hauts fourneaux d’une puissance de 500 chevaux. Mais cette Société qui suivait aussi attentivement les essais de la Société Cockerill soutenait, cependant, qu’il n’était pas possible de construire des cylindres de moteurs à gaz de hauts fourneaux d’une puissance supérieure à 560 chevaux. Elle établit donc ce moteur avec quatre cylindres dont chacun ne produisait qu’une puissance de 125 chevaux, tandis que le moteur exposé par la Société Cockerill n’avait qu’un seul cylindre de 600 chevaux.
- En résumé, malgré tous les efforts faits en Allemagne pour démontrer sa priorité dans la construction des moteurs à gaz de hauts fourneaux, c’estbien à l’usine Cockerill qu’est due l’initiative de ce nouveau moteur. Comme toujours l’Allemagne n’a fait que mettre à profit cette initiative belge.
- Dans ces dernières années ia Société Cockerill n’a cessé de perfectionner, aussi bien dans son ensemble que dans ses détails, le moteur à gaz de hauts fourneaux et, en 1914, elle mettait en service un moteur à quatre temps double effet et quatre cylindres (deux en tandem) développant une puissance effective totale de 7000 chevaux, soit 1750 chevaux par cylindre. Cette machine, qui est certainement le plus puissant moteur à gaz en service (fig. 1), sert à actionner des dynamos. Chaque cylindre a un diamètre de 1 m. 40 et une course de 1 m. 60. Le nombre de tours est de 90 par minute. Cette machine pèse 750 tonnes sans les dynamos, soit 109 kg par cheval effectif. Sa consommation est de 2150 calories par cheval effectif, ce qui correspond à 2,588 m3 de gaz d’une capacité calorifique de 900 calories. Son rendement thermique est donc de 29 pour 100 et son rendement mécanique de 89 pour 100. La consommation d’eau de refroidissement et d’huile de graissage est respectivement par cheval effectif de 60 litres et de 1,1 gramme.
- La comparaison de ces derniers chiffres avec
- Fig. 2. — Chaudière utilisant la chaleur des gaz d’échappement des cylindres des moteurs à gaz de hauts fourneaux.
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- LE PROBLEME DE LA POTASSE AUX ETATS-UNIS ====141
- ceux obtenus avec les moteurs construits antérieurement par la Société Cockerill est intéressante et montre clairement les progrès réalisés. Le moteur de 200 chevaux dont nous avons parlé plus haut consommait, par cheval effectif, 5,329 m3 de gaz au lieu de 2,388 m3, soit une réduction de 28 pour 100, 100 litres d’eau au lieu de 60 et 18 gr. d’huile au lieu de 1,1 gr. Le moteur de 600 chevaux de l’Exposition de 1900 pesait 127 tonnes, soit 210 kg par cheval au lieu de 109 kg. Les progrès sont donc, comme on le voit, très sensibles.
- Voyons maintenant quel développement a pris le moteur à gaz de hauts fourneaux en dehors du continent Européen. Aux Etats-Unis, après beaucoup d’hésitations, les ingénieurs américains sont entrés hardiment dans cette voie et, aujourd’hui, un certain nombre de moteurs de ce système sont en service.
- En Angleterre, par suite de ses idées conservatrices et probablement aussi à cause du bon marché du charbon, malgré l’installation par Thwaite d’un moteur à gaz de hauts fourneaux d’une puissance de 50 chevaux aux usines de Wishaw en Écosse et qui, destiné à l’éclairage, avait donné d’excellents résultats, les ingénieurs n’ont, tout d’abord, vu qu’avec une certaine indifférence l’emploi du moteur à gaz de hauts fourneaux. Cependant, dans ces dernières années, un certain nombre de grandes usines
- de construction mécanique ont entrepris la construction de ces moteurs suivant les types adoptés sur le conlinent. Quelques-unes même y ont apporté des modifications intéressantes.
- Avant de terminer, nous indiquerons succinctement un dernier perfectionnement apporté au moteur à gaz de hauts fourneaux. Malgré le refroidissement intense, par circulation d’eau, du cylindre, du piston et de sa tige, les gaz combustibles sortent du cylindre à une température voisine de 500° et on estime à 650 calories par cheval-heure la quantité de chaleur contenue dans ce gaz. Jusqu’à ces derniers temps cette chaleur se dissipait dans l’atmosphère sans utilisation.
- Dans le but de récupérer cette perte d’énergie, la Société Cockerill entreprit, en 1909, différents essais qui l’amenèrent à construire un type de chaudière dont l’eau serait vaporisée par ces gaz non utilisés (fig. 2).
- A la suite de ces essais elle vient d’installer quatre de ces chaudières utilisant la chaleur des gaz qui s’échappent des cylindres de quatre moteurs à gaz de hauts fourneaux développant une puissance totale de 5000 chevaux. Ces chaudières qui réem pèrent environ 55 pour 100 de la chaleur des gaz sortant des cylindres produisent, à la pression de 8 kg, une quantité de vapeur suffisante pour alimenter une turbine de 650.chevaux. B***.
- LE PROBLÈME DE LA POTASSE AUX ÉTATS-UNIS
- La question de la potasse est un gros problème industriel, qui ne date nullement de la guerre, mais auquel la guerre est venue donner une acuité toute particulière. Si les Allemands encerclés dans leurs frontières manquent de bien des substances minérales indispensables telles que les minerais d’aluminium, de nickel et de cuivre, le manganèse, le pétrole, etc., ils détiennent, par contre, le quasi-monopole mondial de la potasse et du brome : ce qui ne laisse pas de créer quelques difficultés aux alliés et même aux neutres. Les deux seuls grands gisements de potasse connus se trouvent, en effet, en Allemagne : l’un à Stassfurt, et l’autre à peine entamé, qui, il faut l’espérer, nous reviendra bientôt, aux environs de Mulhouse. Les gisements espagnols, qui ont suscité de grands enthousiasmes, ne sont pas encore assez mis en valeur pour qu’on puisse les faire intervenir. Ceux de Kalusz en Galicie sont insignifiants. Les Américains, -obligés d’importer chaque année pour 50 millions de francs de potasse allemande, se sont préoccupés de cette situation qui est humiliante pour leur immense pays, accoutumé à pouvoir en tout se passer des autres : et ils ont, depuis quelques années, multiplié les missions et les études pour rechercher chez eux de la potasse. Nous avons déjà parlé de cette question, et, notamment, le 25 janvier 1913, nous avons étudié les moyens chimiques proposés aux États-
- Unis pour extraire la potasse de minéraux qui en contiennent peu. Un mémoire récent de J. A. Udden est consacré à de véritables gisements de potasse que l’on vient de découvrir au Texas (*). Ce mémoire,- écrit en pleine guerre, commence par remarquer que, depuis l’ouverture des hostilités, les importations allemandes de potasse aux Etats-Unis se sont trouvées pratiquement interrompues : d’où une très grande gêne pour les industriels et les agriculteurs. Comme la même difficulté se pose évidemment pour la France, il y a intérêt à connaître les ressources dont peuvent disposer les pays qui nous sont ouverts.
- Jusqu’ici, on avait cherché la potasse américaine au Nevada et en Californie. Dans la Vallée de la Mort en Californie, on a rencontré des eaux salées à 3,43 pour 100 de potasse. A Columbus Marsh en Nevada, l’existence d’une source tenant 25 p. 100 de potasse a déterminé à faire un forage, dans lequel on a rencontré, vers 20 m. de profondeur, des échantillons potassiques. De même dans le Bassin de Railroad Valley, Nevada, à Jesse Lake dans l’Ouest du Nebraska, et enfin à Star Ranche, dans la même région, où on a atteint une teneur maxima de 35, 85 pour 100 de potasse dans l’eau (2). Je ne
- 1. Bulletin of the University of Texas. Bureau of Economie geology, 20 mars 1915; Ibidem, Bulletin n° 363.
- 2. Voy. Bulletin n° 540. Part. I. United States Geolo-gical Survey, 1914.
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- LE PROBLEME DE LA POTASSE AUX ÉTATS-UNIS
- crois pas que, sur aucun de ces points, il en soit résulté encore une mise en exploitation. Les découvertes faites au Texas sont plus importantes parce qu’on paraît y avoir trouvé : non pas seulement des eaux mères de concentration superficielle dans une dépression de pays désertique, mais un gisement de sels solides ayant une certaine extension.
- L’attention des géologues a été attirée sur cette région par deux sources potassiques, situées : l’une à 33 km N. W. d’Àmarillo dans le comté de Potter, l’autre à 24 km S. W. de la même ville dans le comté de Randall (Voir la carte ci-jointe, fig. 1).
- Des sondages y avaient été faits pour chercher du pétrole ou de l’eau.
- En examinant ultérieurement les produits extraits de ces trous de sonde, M. Udden y a reconnu l’existence de minéraux potassiques. Coordonnant alors toutes les observations, il est arrivé à conclure qu’il doit y avoir là un bassin potassique profond, situé au Sud et un peu à l’Ouest de Boden, Miller Well et Adriau. Les coupes tracées au moyen des sondages-déjà exécutés
- (fig. 2) conduisent à penser que, dans le fond de la cuvette, le gisement atteint la profondeur de 600 m., au delà de laquelle il ne serait plus « payant ». Dès les premiers sondages exécutés à Spur, on parait y avoir rencontré de la carnallite sous la forme d’une substance
- Tucumcarr
- Fig. i. — Carte du Texas.
- Glenrro Adrian
- Boden
- Fig. 2. — Coupe géologique de Tucumcarï à Childress.
- tenant 14 pour 100 de chlorure de potassium. Des minéraux analogues existent à Adrian, Miller et Boden. Ce sel se présente associé avec des sels de sodium
- au milieu des couches rouges du permien dans des conditions par conséquent très analogues à celles de Stassfurt. Cette analogie est une raison de plus pour que nous donnions à ce propos quelques détails.
- La région dont il s’agit est située dans celte enclave que forme le Nord du Texas entre le Nouveau Mexique et l’Oklahoma et n’a aucun rapport avec les gisements pétrolifères situés tout au Sud du pays à la frontière de la Louisiane, près du golfe du Mexique dans des terrains géologiques totalement différents d’àge éocène; mais il existe
- aussi du pétrole plus ancien vers l’Est dans l’Okla-homa et dans les terrains indiens et c’est en recherchant ce pétrole que Ton a trouvé la potasse. Il suffit de regarder une ancienne carte de ces pays désolés pour y voir multipliées les mentions : « lacs salés, plaines salées, fortes sources », etc. Une dizaine de sondages ont été exécutés jusqu’ici, notamment par des sociétés de recherches pour pétrole, l’Àmarillo Petroleum and Gas company,
- P Adrian Oil and Gascom-pany. Le mémoire de M. Udden en donne le détail. Dans tous on trouve des couches de gypse, d’anhydrite, de sel, avec des argiles bleuâtres, des grès et des schistes rouges et quelques petits bancs calcaires : le tout représentant le permien au-dessous du trias, qui lui-même est recouvert par de minces dépôts postérieurs (tertiaires ou pléistocènes). Les résultats des sondages, d’accord avec les observations superficielles, semblent prouver l’existence d’un important synclinal dans le Llano Estacado(Staked Plains), à l’Est des Montagnes du Nouveau Mexique. Ce synclinal, où se serait formé un bassin d’évaporation de l’époque permienne, aurait été replissé après coup. Comme dans la plupart des formations semblables, il est difficile d’identifier entre eux les résultats des divers sondages: les phases de l’évaporation, qui a pu être poussée localement jusqu’au dépôt de la carnallite ou de la polyhalite, ayant dii varier d’un point à l’autre. Notamment, le sondage de Childress semblerait représenter une zone salifère inférieure à celle des autres (Voy. coupe, fig.2) s’il n’y a pas un accident géologique dans l’intervalle. Dans le sondage de Boden, on a une série presque continue de lits salifères contigus entre 190 m. et 450 m. de profondeur, puis une recrudescence vers 500 m. La zone salifère traversée a 270 m. d’épaisseur à Adrian, 180 m. à Boden, 270 m. à Miller, 120 m. à O’Dell et 95 m. à Childress. Plusieurs fois, les sondages ont ramené des parcelles de sels potassiques. Bien que leur exiguïté et leur déliquescence ordinaire
- Millet Ban ch
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- rendent les résultats seulement approximatifs, une série d’analyses portant sur des sels rouges saumon ont donné de 0,50 à 1 pour 100 de potasse dans la partie soluble. Les plus riches ont été recueillis à au moins 500 m. du jour dans le sondage de Miller, où on à trouvé, en particulier, dans del’anhydrite, à 515 m. deprofondeur un sel incolore tenant 10,50 de potasse.
- Il est à noter que la découverte de la potasse à Boden, à Miller et à Adrian a eu lieu tout à fait fortuitement dans des recherches ayant un autre but,
- soit le pétrole, soit l’eau potable ; de telle sorte qu’on n’a pas, sur le moment, apporté à l’examen des échantillons l’attention voulue. L’affaire n’en est donc pas encore à la phase industrielle, mais seulement à la période scientifique. Il faudra, pour dém ontrer l’existence d’un gisement réellement utilisable, une série de sondages systématiques de 5 à 700 m. Nul doute que les Américains, avec leur esprit d’initiative habituel, n’aient d’ici peu tranché la question. L. De Launay.
- L’AÉROPLANE GÉANT DE SIKORSKY
- S’il est une arme qui ait fait d’immenses progrès pendant ces onze mois de guerre , c’est bien l’aviation.
- Au début des hostilités, nous n’étions pas prêts à tirer de la cinquième arme tout ce qu’elle peut donner. Soucieux surtout de la vitesse, nos avions ne pouvaient guère effectuer que des reconnaissances stratégiques. Appareils rapides, c’est-à-dire appareils légers, ils ne pouvaient rien emporter en dehors du pilote, de l’observateur et de leur approvisionnement en combustible. Le poids utile, c’est-à-dire la charge que l’avion enlève, y compris l’huile et l’essence, ne dépassait guère, pour le plus grand nombre,
- 250 kilogrammes.
- Mais bientôt on se rendit compte que les aéroplanes pouvaient faire mieux et plus que de jouer le rôle passif d’appareils d’observation. A côté des avions de chasse et de reconnaissance qui sont à l’heure actuelle les monoplans Morane-Saul-nier, les biplans Nieuport et Caudron, et qui peuvent emporter une mitrailleuse et ses munitions, soit un poids minimum de 25 kg, se sont multipliés les appareils dits de bombardement, plus lourds, plus puissants, mais moins rapides, les biplans Voisin et Farman dont la silhouette aperçue dans le ciel provoque la terreur de nos ennemis. La charge utile, en effet, est si grande que l’on a pu installer sur ces avions des canons de 37 mm dont le poids est de 150 kg y compris les munitions. A défaut de canons, ces avions, outre leur mitrailleuse de protection, peuvent emporter 8 ou 10 obus de 90; 2 de 155 (poids 45 kg pièce) et 2 ou 3 obus de 90; ou enfin un obus de 220 (poids 130 kg environ). Qui eût dit cela, il y a onze mois alors qu’une des plus hautes personnalités de l’aviation militaire refusait toute espèce de valeur offtnsive aux avions!
- Mais la guerre évolue, et maintenant que les combattants sont invisibles, terrés dans des casemates souterraines, c’est aux avions d’aller, loin en arrière de la barrière infranchissable des lignes,
- semer la terreur et la désorganisation dans les usines de guerre allemandes. Rothweil, Garlsruhe, Mannheim et Ludwigshafen, en attendant mieux, ont été visités par des flottilles aériennes et les résultats obtenus ont été considérables. Les avions canons, qui survolent les pays occupés par l’ennemi
- Fig. i. — Aéroplane Ilia Mourometz en plein vol.
- arrêtent les trains en bombardant les locomotives et jettent ainsi la perturbation dans les services de l’arrière. Aussi tous les constructeurs cherchent-ils à augmenter la vitesse des appareils et surtout leur charge portante. Nous en sommes actuellement aux avions munis de 2 moteurs actionnant 2 hélices. Les Parisiens ont pu voir ces appareils sillonnant le ciel le soir, et apprécier leurs qualités de manœuvres, mais ce qu’ils ne savent pas c’est le poids considérable, 500 ou 600 kg que ces avions peuvent enlever. Les résultats obtenus sont si encoura géants que l’on envisage actuellement la constructi on d’avions à 4 moteurs et 4 hélices, véritables dread-noughts aériens, dont la valeur militaire serait infiniment supérieure à celle des Zeppelins si colossaux qu’ils puissent devenir.
- Ainsi l’aviation évolue vers les machines v olantes géantes et le tjpe de l’avenir a été réalisé il y a déjà plusieurs années par l’aviateur russe Sikorsky dont Y Ilia Mourometz a déjà rendu à nos amis russes d’importants services.
- De toutes les performances établies jusqu’en 1 915, Sikorsky est le seul qui ait réussi à s’enlever le 25 fé-
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- L’AÉROPLANE GÉANT DE S1KORSKY
- vrier de la meme année avec 8 passagers à la hauteur de 500 m. et, après un long parcours, arriver à Poulkowo sans accident et gagner à nouveau son point de départ d’où il s’embarquait avec quatre autres personnes et son chien, tenant l’air pendant 6 minutes.
- tVprès un nouvel atterrissage, il prenait 5 nouveaux passagers, soit en tout 16 personnes, faisant un vol de 17 minutes. Le poids emporté était alors de 1248 kg.
- Plus tard, s’élevant la nuit avec 10 passagers à 2000 m. en lh 26m il tint l’air 6h 55m, ce fut désormais son triomphe.
- À tous ceux qui le félicitaient il ne cessait de
- munitions. Puis une vaste cabine éclairée par un petit lustre pour les vols de nuit, cette cabine est munie à l’heure actuelle de canons de 37 mm; de là on passe par un corridor de chaque côté duquel se trouve une cuisine, un petit cabinet et une pièce pour la dynamo; la sortie se trouve exactement sur le second balcon qui se trouve à barrière.
- Cet aérobus est actionné par 4 moteurs de 500 H. P. de la maison française Salmson et la surface de son aile est cinq fois plus grande que celle d’aucun autre aéroplane; disons en terminant que sa charpente d’acier a 66 pieds de long (soit 20 m. environ).
- Au point de vue militaire , cet appareil a rendu de très appréciés services sur le front de Galicie par des
- Fig. 2. — Vue de la cabine et des moteurs.
- répondre que tout constructeur-aviateur devait avant tout chercher à agrandir le volume de ses appareils. « L’aviation, disait-il, traverse les mêmes stades d’évolution que la navigation. Après les chaloupes fragiles et instables du début, il faut passer aux grands vaisseaux aériens munis de plusieurs moteurs, méprisant les orages et la tempête. »
- Les événements qui suivirent donnèrent raison à l’inventeur et les vols d’essais de PIstrébitiel et de Vllici Mourometz prouvèrent son indifférence pour le vent.
- De nos jours, emportant 20 passagers, VIlia Mourometz peut voler sans atterrir pendant 15 et 20 heures, couvrant une moyenne de 100 km à l’heure, répondant à une distance de 2000 km sans escale. L’aménagement intérieur de l’aérobus est très curieux; derrière le balcon antérieur se trouvait la salle a manger des pilotes, aujourd’hui magasin à
- bombardements incessants, par des prises de clichés relevant les positions ennemies et pour le réglage des tirs d’artillerie.
- Au début de la guerre, la Russie a eu à déplorer la perte d’un avion de ce genre en bombardant des ravitaillements autrichiens; la témérité de l’aviateur lui avait permis d’approcher à une distance de 200 m. d’un train de munitions, quelques bombes eurent tôt fait de détruire en partie ce convoi, mais la lenteur ascensionnelle de l’appareil l’avait fait repérer et détruire.
- Des modifications importantes sont faites à l’heure actuelle pour doter d’une vitesse plus grande ces aéroplanes géants et, dans un avenir très proche, il nous sera permis de voir ces colosses faire la police des airs et donner, par la puissance de leur armement et de leur vitesse, aux Zeppelins et aux taubes la leçon qu’ils méritent. II. M.
- Le Gérant : P. Masso.v. — Imprimerie L.uiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N0 2188.
- 4 SEPTEMBRE 1915.
- Depuis que les Italiens ont entrepris l’attaque de Gorz (Goritz, Gorizia, la Nice autrichienne par son climat, ses Heurs et ses fruits), les communiqués et les journaux entretiennent quotidiennement le public dans une erreur matérielle qu’il importe de rectifier.
- Gette erreur consiste à appeler bataille du Karsl (Carso) la lutte en cours au Sud-Ouest de Gorizia, et à présenter les avances italiennes comme s’effectuant sur le Carso. Car nos amis ne sont pas même parvenus encore au pied du Karst proprement dit; ils se battent pour la possession d’un tout petit massif triangulaire crétacé, formant, si l'on veut, un ergot ou sentinelle avancée du Karst, mais complètement séparé de l’extrême pointe de ce plateau par une dépression appelée Vcil-lone : à l’Lst de Mon-falcone et de Doberdo cette dépression comporte les cotes 44, 87,
- 58 (à Yisintini), 74 88 m.,
- massif à l’Ouest culmine à 277 m. (au Mont San Michèle) et que le vrai Karst se dresse tout de suite à l’Est par des altitudes de 292, 276,
- 455, 644 m. (M. Ters-telj).
- Dans ce défilé de Val-lone passe du Nord au Sud la route de Duino à Gorizia (par Rupa et Merna) ; elle est rejointe, à Devetaki cote 71, par une autre chaussée oblique venant de Ronchi et de Doberdo. C’est là ce que les journaux appelaient récemment les routes de Doberdo à Rupa.
- A la fin d’août les Autrichiens circulai nt encore dans ce couloir, stratégiquement très utile pour eux entre Duino et la rivière Wippach (à Merna) ; avec l’évident objectif non seulement de défendre l’accès Sud de Gorizia, mais aussi de menacer Monfalcone et ses ports par l'Est, par les terrains bas des bouches du Timavo. Ils s’abritaient derrière les hauteurs médianes du triangle 165, 11 i, 209 m., etc. C’est pour les déloger de ce fossé naturel que les Italiens tiennent tant aux positions fortifiées duMont-St-Michele (250, 277, 275), de San Martino (199), et deSei-Busi (116 m.). A peu près au milieu du triangle, le village de Doberdo (100 m.) doit donner son nom au massif; malgré la nature
- les accidents caverneux naturels (dolines, grottes, ravins sans eau, lac sans écoulement de Doberdo, altitude 9 m.) de ce dernier, il est absolument abusif de le dénommer Carso (Ç : c’est prendre la partie, — et une infime partie — pour le tout. Le champ clos compris entre Monfalcone, Sagrado et la fin de la Wippach (à Rupa) doit s’appeler bataille de Doberdo comme le massif. Autrement quel nom donnera-t-on aux futurs combats, singulièrement plus difficiles, qui se dérouleront sur le vrai Karst?... quand les Italiens auront réussi à l’escalader, bien à l’Est de Gorizia même, pour s’en prendre à Trieste par le Nord, à revers, du seul coté où une attaque puisse être tentée !
- Sur les bonnes cartes (75 000e de l’Élat-Major autrichien ; 250 000e du club alpin a 11 e m a n d-aulrichien) le village de San-Martino (199 m.) est dénommé ainsi tout court. C’est seulement dans une petite carte du guide Bædeker qu’on le trouve appelé San-Mar-tino-del-Carso : si cette désignation est devenue la vraie depuis la publication des cartes officielles, elle a le grave inconvénient de faire croire à l’installation des Italiens sur le plateau du Karst. Or, le massif de Doberdo, on ne saurait trop le répéter, n’est même pas le marche-pied du grand plateau, puisque la coupure du Vallone l’en a profondément séparé. Il est nécessaire que les Italiens occupent toute la ligne de Duino, Vallone, Merna, Goritz pour pouvoir s’élancer à l’assaut du Karst.
- Et voici ce que sera cet assaut ,*
- Dans la direction du Sud-Est, vers la Trieste ambitionnée, deux chemins de fer et plusieurs routes grimpent rapidement; la première voie ferrée (vieille ligne de Venise à Trieste) s’élève progressivement (en passant derrière Duino), —aux flancs du talus même du Karst, abruptement taillé sur la mer (fig. 2) — jusqu’à la station de Nabresina’ (169 m.) ; en dessous de celte dernière un embranchement descend à Trieste (par Miramar et Barcola) ; serré
- 1. On a récemment employé le terme de Carso Gorizicn ; c'est déjà moins fautif, mais insuffisant comme correctif.
- 10. _ 145 *
- TRIESTE ET LE KARST
- ;éologique et
- et
- tandis que le
- 43* Année. — 2* Semestre,
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- entre la mer et la forte déclivité du plateau, il sera inutilisable pour les assaillants, soit que les Autrichiens l’aient nais hors de service, soit qu’ils le battent avec leurs canons, alignés trois ou quatre cents mètres plus haut sur les bastions naturels du rebord du Karst. De Nabresina la voie principale (qui est
- celle de Laibach et de Vienne) atteint le plein et vrai Karst à la station suivante, Prosecco (258 m.), puis 511 m. à celle d’Opcina (ou Obcina; retenons bien ce nom).
- La deuxième ligne, récente, puisque ouverte seulement le 23 juillet 1906 (*), vient des Alpes par les grands tunnels des Tauern (8526 m.) et de Wochein (6565 m.) ; elle a mis Munich a 400 km seulement de Trieste et frôle Tolmino à Santa-Lucia, avant de descendre l’Isonzo.
- Juste à l’amont de Goritz, à Salcano, elle traverse l’Isonzo sur un des trois plus beaux ponts de pierre connus (avec ceux de Luxembourg - et Plauen) (longueur 220 m., dont 85 m. pour l’arche centrale, et 56 m. de hauteur; voy. fig. 5). Il est certainement détruit à l’heure actuelle.
- Au Sud-Est de Goritz cette nouvelle ligne traverse d’abord obliquement la plaine d’aliuvions quaternaires déposées entre l’Isonzo et son affluent la Wippach, puis franchit celle-ci à Dornberg (68 m., embranchement vers Heidenschaft) et gravit en rampe, sur la rive gauche de la Branica (par Reifenberg) le talus septentrional du Karst, où elle débouche au-dessous de San-Daniel (538 m.). De là tournant au Sud-
- 1. Yoy. n0 1768, 15 avril 1907, notre article sur les nouveaux chemins de fer des Alpes Autrichiennes.
- Sud-Ouest, elle parcourt le Karst Triestin entre 250 et 570 m., recoupe à Opcina la ligne de Vienne et rachète enfin les 3II m. de différence de niveau, qui la font redescendre à Trieste, par des courbes et des tunnels qu’indique notre figure 4.
- Quant aux routes, il en est plusieurs : celle du littoral, suivant le premier chemin de fer, n’est pas plus utilisable que lui puisqu’elle monte même jusqu’au village de Prosecco (250 m.) sur le bord du Karst avant de descendre à Trieste : de puissantes batteries doivent la surveiller. D’autres chaussées partent du Vallone et monter, par Oppacchiasella et Iiostanjeviéa, ainsi que de la Wippach par Komen, etc.
- Mais les Autrichiens, dont la grosse artillerie insoupçonnée a fait tant de mal à notre cause, à Maubeuge comme à Varsovie, ont dû barrer avec des pièces de 505 les débouchés sur Trieste de toutes ces voies, ferrées ou non. Il est même probable que, dès les hauteurs de Duino jusqu’au Sud de Trieste, la crête du rempart naturel que le Karst forme en tombant brusquement dans la mer, sur 200 à 400 m. de hauteur, est hérissée de puissants ouvrages à double effet ; l’un vers l’Adriatique, pour empêcher le débarquement, virtuellement rendu impossible par l’allure du littoral, l’autre
- — Pont de Salcano sur l’Isonzo près Gorizia.
- vers le Karst même, pour entraver la prise à revers. La position est d’autant plus avantageuse que celte crête du rempart est un vrai bourrelet, dominant, par places, de plus de 100 m. le plateau même du Karst (voy. fig. 6).
- On devine ce que sera la lutte pour emporter ces ouvrages, dont les défenseurs n’ont d’autre recul disponible que la chute dans la mer, pour ainsi
- Fig. 2. — Talus du Karst sur la mer vu de Trieste.
- Fig. 3.
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- dire. C’est à cette lutte, des derrières de Trieste au Yallone et à la basse Wippach, qu’il faut, sous peine d’invraisemblance géographique, réserver le nom de bataille du Karst. Et je ne dis rien de ce
- San-Daniele, Zverinz, etc. Voy. la carte). Là aussi court vers le Sud-Est un puissant rempart calcaire, qui peut battre la basse Wippach et tous les trains grimpant la rampe de la Branièa.
- Chemins de fer PSoTces)de riy,éres
- Terrain en courbes de 250,750 et 1250 m.
- Fig. 4. — Carie du Karsl.
- que les Italiens, après avoir emporté Plava, Pod-gora et définitivement occupé Goritz, auront à démêler, avec la crête (certainement fortifiée aussi) de la forêt de Ternova (Monte Santo, San-Gabriele,
- On voit que la conquête de Trieste n’est point aisée : après l’assaut du Ivarst par derrière, il y aura la ruée de haut en bas, pour descendre d’Opcina dans la grande ville; osera-t-on l’entre-
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- prendre ayant d’avoir réduit ou emporté d’autres positions défensives, que les Autrichiens n’ont pas dû manquer d’établir dans le secteur Sud-Est, de Muggia à Herpelje, secteur où ils ont à défendre les deux chemins de fer d’Istrie, vers Parenzo et Pola! (Yoy. ci-après). La nature aussi se mêlera de multiplier les obstacles, notamment par les accidents de terrain, le manque d’eau et le climat.
- F ' •
- rivières (goules et sources), les mêmes grottes et gouffres (avens) qui font de leurs sols un vrai crible (1).
- En réalité le nom de Karst tout court, le vrai Karst triestin, doit être réservé au triangle de terrain compris entre Fiume au Sud, Trieste à l’Ouest, la Wippach au Nord-Ouest et la source de la Laibach au Nord-Est (voy. carte, fig. 4). Dans
- Fig. 5. — Plateau du Karst.
- Et c’est ici qu’il y a lieu de rappeler les particularités singulières et la physionomie toute spéciale du Karst, pays si étrange pour ses gigantesques phénomènes d’hydrologie et son cavernement formidable.
- Géologiquement le Karst est composé de bandes alternantes de calcaires fissurés et perméables (crétacé supérieur à capro-tines, rudistes et radio-lites et nummulitique éocène) et de grès du flysch imperméables (éocène). L’orientation générale est du Sud-Est au Nord-Ouest. La partie Nord-Est du Karst (de Zirknitz à Laibach) est même en calcaire du Trias. Au Nord il est prolongé par les plateaux d’Idria moitié trias, moitié jurassique.
- La même formation géologique et la même apparence extérieure se poursuivent au loin, dans la direction méridionale, la péninsule de l’Istrie [Karst istriote), le Sud-Ouest et le littoral de la Croatie (Karst liburnien), la Dalmatie, l’Ouest de la Bosnie, l’Herzégovine, le Monténégro, la Serbie (Kucaj), l’Albanie et la Grèce même; en un mot toutes les régions côtières de l’Adriatique orientale possèdent les mêmes pertes et réapparitions de
- Siphon
- Fig. 6. — Coupe du Karst à l’est de Trieste.
- cette dernière direction, on est forcé d’y adjoindre le district triasique de Zirknitz, parce que ses eaux souterraines contribuent à former la Laibach. Entre les sources (réapparitions plutôt, ou résurgences) de la Wippach et de la Laibach, les plateaux du Birnbaumer-Wald (1315 m. au Nanos) et du Terno-vaner-Wald (1508 m. au Modrasovec, 1496 m. au Goljak) doivent une individualité distincte à leur altitude; celle-ci y a rendu fréquentes les glacières naturelles, c’est-à-dire les gouffres et cavernes pleins de neige ou glace permanente (à Pa-radana, Prevalo, etc.).
- On peut dire que le Karst propre monte progressivement de 200 à 250 m. à partir du Vallone, jusqu’au delà de 800 m. au Sud-Est. Dans cet angle il est dominé par les massifs du Javornik (1268 m.), qui le sépare de son annexe de Zirknitz, et par celui du Schneeberg (1796 m.). Le Karst est limité au Sud-Ouest par une bande de calcaire crétacé qui va de Trieste au golfe de Fiume
- 1. V. E.-A. Martel. Les Abîmes, 1894 (Paris, Delagravc, épuisé), p. 432-490 pour la description du Karst et des recherches que j’y ai effectuées en 1893.
- iiphon?
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- (Abbazia) : elle a reçu le nom particulier de Tschitschenboden et domine notablement le plateau, depuis le Slavnik (1029 m.) jusqu’au Monte Maggiore (1596 m.). Au delà, vers le Sud, le Ivarst Istriote occupe toute la presqu’île jusqu’à Pola.
- Tout en méritant bien son nom de plateau, le Karst n’est pas une table uniformément horizontale comme les Causses de France.
- Tandis que ses plus creuses dépressions descendent à un peu moins de 250 m.
- (angle Nord-Ouest vers Ko-men), la plus élevée des Bosses qui le parsèment monte à 1027 m.
- (Uremsica, entre les stations d’embranchement de Divazza et St-Pe-ter), soit 800 m de dénivellation extrême. Pour fixer les idées on peut admettre que son altitude moyenne correspond à 500 m.
- Au Sud-Est, les monts de Fiume l’unissent à la Kapella et aux Alpes Dinariques; au Nord-Est le seuil d’Adelsberg (608 m., porte des Hongrois) fait descendre le chemin de fer de Vienne, le long de la Laibaeh, dans la vallée de la Save; et au Nord les plateaux d’Idria (célèbres par leurs gisements de mercure) attachent le Carso aux Alpes Juliennes.
- L’angle Nord-Ouest, saillant pointu du triangle, est le plus caractérisé par sa chute brusque, non pas en à pics verticaux comme des murailles de canons, mais en pentes assez raides pour empêcher l’escalade par les routes ou pour les forcer à d'immenses contours. C’est ce bastion à trois faces que les Italiens doivent enlever pour livrer la bataille du Carso, et voici ses proportions et dispositifs : au-dessus de la rive gauche de la Wippach, née à 104 m. et tombant dans l’Isonzo à 40 m., le rebord du Karst s’abaisse de 675 m. (Mont-Dor) à 542 m. (Velkbi-Vrh).
- De ces 542 m. aux 276 du Stara, c’est une com-
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- mande de 500 à 200 m. que la digitation extrême du Karst exerce sur le Valloue.
- De là à Trieste, le parapet du rempart ou rebord du plateau reste d’abord distant de la mer de 5 à 7 km, après des saillies de 276 à 560 m. (en avant desquelles le Hermada fait bastion isolé à 525 m.); déprimé à 201 m. à Gorjansko, il se relève à 401 m.
- au mont Saint-
- ' ’ATTfA Laurent domi-
- nant la gare de Nabresina.
- Derrière celle-ci, le plateau se creuse en une gouttière qu’a utilisée la voie ferrée (169, 215, 258 m.), puis,
- sur le bord occidental, décrivant un crochet soudain, qui le i*end limitrophe de l’A-dria tique , il forme vraiment muraille (*) à partir d’Auresina (aqueduc de Trieste). C’est de là que s’allonge et s'élève vers le Sud-Est la longue courtine qui servira si efficacement à défendre Triesle (fig. 1) : les communiqués futurs ne manqueront pas de mentionner fréquemment les points stratégiques dominants suivants, dont quelques-uns seulement ont pu trouver place sur la carte. Cote 156 entre la mer et la voie ferrée — Babiazza 201 — Santa-Croce 208 — San-Primus 279 — Prosecco 250 — Contovello 252 — Gur-ka 270 — Opcina 597; ici est le point de vue célèbre sur Trieste et sa rade avec la commande de l’ancienne route (accédant au Karst par 546 m.) et du nouveau chemin de fer. D’Opcina la crête du Karst s’in-Uéchit en quart de cercle en arrière de Trieste en s’écartant jusqu’à 8 km de 1. Pour rendre le relief du Karst un peu plus aisément compréhensible que sur les cartes d’Atlas, j’ai figuré, sur la carte ci-contre, son pourtour de hase par la courbe de niveau de 250 m. Malgré ce que ce système a de conventionnel, il est suffisamment adéquat à l’aspect réel du relief. Pour faire ressortir le caractère de plateau, je n’ai reproduit que 2 autres courbes, celle de 750 m. faisant saillir les bosses et celle de 1250 m. répondant à la vraie montagne. Celte carte a été dressée d’après les feuilles du 75 000° de l’État-Major autrichien, complétée par des documents récents.
- Fig. 8. — Dolines du Karst (d’après la carte de l’État-Major autrichien).
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- la mer : B elvédère, 451, — Pod-Krase 455, — mont Cal 448, — mont Spaccato 406, —San-Lorenzo 400, — mont Kras 458 dominant le chemin de fer dePola; — San-Servolo 454, — Grusle 444, —Anti-gnono 372, etc., font couronne, assurément frangée
- d’artillerie, autour de Trieste; la banlieue immédiate s’étage même aux flancs de deux longs tentacules du plateau, Rivoltella 256 in. (sous lequel le chemin de fer descendant d’Opcina passe en un tunnel de 1267 m.) et Monte Bello 269 m., qui feront parler d’eux s’il y a combats dans les faubourgs. Au Sud, enfin, la presqu’île de Muggia possède deux affûts formidables, le mont Castelliér 246 m. et le mont San Michèle 202 m.
- Si toute cette circonvallation naturelle a été armée par les Autrichiens pour une résistance acharnée, il faut se demander avec terreur ce que coûtera l’attaque de Trieste.
- On ne saurait mieux comprendre le dispositif du Karst derrière Trieste, qu’en le comparant à la ceinture de hauteurs qui se développe derrière Toulon, avec cette différence que Trieste n’a pas la belle rade de notre grand port militaire.
- Sur le Karst même, les accidents du sol (fig. 5) hérisseront les manœuvres, transports et combats de difficultés à peu près insurmontables. Le fragment ci-contre, du 75 000e (fig. 8j montre, précisément autour d’Opcina, combien sont rapprochées les unes des autres les dolines du Karst ; au nombre de plusieurs milliers ce sont des dépressions circulaires fermées, de un à plusieurs hectomètres de diamètre et décamètres de profondeur, pareilles aux cloups et aux sotchs des Gausses françaises; en zigzags les chemins les contournent ; elles feront un obstacle terrible aux mouvements de troupes et d’artillerie. D’autant que, si la plus grande partie d’entre elles sont occupées par des cultures mises ainsi à l’abri des vents (fig. 9), un grand nombre servent d’orifice à des abîmes à pic des plus dangereux (fig. 10); deux de ces gouffres celui de Trebiê (321 m.) et celui de la Kaena-Jma (305 m.) sont les plus profonds qu’on ait explorés dans le monde entier (on en connaît deux plus creux en France (500 m.) et en Italie (460 m.), mais où l’on n’a pas pu des-
- cendre). Ce sont des regards percés sur le cours de la Recca souterraine. Quantités d’autres dépassent 200 mètres.
- D’avance, les dolines ont donc parsemé le Karst. de tranchées, de marmites et d’entonnoirs colossaux, qui rendront, à mon sens, la lutte quasi impossible.
- Et le manque d’eau? Pour toute la surface à disputer, il est absolu • parce que le Karst entier ne possède dans sa moitié sud-orientale que deux demi-rivières, la Recca et la Piukà (voir la carte). Je dis demi puisque leurs eaux ne coulent que quelque temps sur les formations de grès imperméable du Flysch et s’engloutissent en d’immenses cavernes dès qu’elles arrivent au calcaire.
- La Recca, qui naît entre le Schneberg et Fiume, disparaît, après 60 km de cours (fig. 7) dans les colossales cavernes de Saint-Canzian, où elle forme une des plus formidables rivières souterraines que l’on connaisse.
- La Piuka, dont la source se trouve à la base occidentale du Schneberg, est peut-être le plus étrange cours d’eau du monde; elle s’enterre d’abord dans la fameuse et admirable caverne d’Adelsberg (10 km
- Fig. io. — Abîme du Karst au fond d'une doline.
- d’un seul tenant) ; puis elle revoit le jour pour quelques kilomètres seulement dans la grande grotte de Planina, à l’intérieur de laquelle elle a reçu, par un grandiose confluent souterrain, l’émissaire du lac intermittent de Zirknitz, alimenté et vidé lui-même par une multiplicité de cavernes et de pertes de ruisseaux. Au sortir de Planina, la
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- TRIESTE ET LE KARST ...... —.....r: "=zr 151
- Piuka prend le nom d’Unz, et ne tarde pas à se perdre une seconde fois dans d’autres canaux souterrains incomplètement explorés. Enfin, elle sort définitivement de terre à la source de la Laibach, qui est son troisième nom....
- Dès 1748, on a exploré très sérieusement le sous-sol du Karst et on peut évaluer à bien près d’un millier le nombre des cavernes et abîmes déjà visités. Il en reste un beaucoup plus grand nombre à découvrir. Mais, depuis une trentaine d’années surtout, on a suffisamment débrouillé, au moins dans ses grandes lignes, le labyrinthe de ce sous-sol, pour parvenir aux conclusions suivantes :
- Outre la Recca et la Piuka, toutes les pluies (très abondantes, 755 à 1400 millimètres par an), tombées sur le Karst, s’infiltrent dans les fissures, grandes ou petites du plateau, soit directement dans les
- Risano (au Sud de Trieste), où renaissent tous les ruisselets perdus au pied oriental des Tschitschen-Boden dans la plaine de Matteria. C’est là surtout qu’on a fait les plus récentes belles trouvailles, notamment à la grotte Dimnice, rivale d’Adelsberg; 5° au Sud-Est enfin la Recina de Fiume dont la résurgence est fort peu éloignée des sources de la Recca.
- Malgré l’abondance énorme de ces cinq exutoires, le Karst est un vrai pays de la soif, sauf aux bords de la Recca et de la Piuka. Si on a pu atteindre en plusieurs gouffres quelques petits rameaux de la circulation souterraine des eaux, cela n’a été qu’au profit des explications scientifiques ou des curiosités touristiques. Quant aux applications d’ordre pratique, rien ou presque rien n’a pu être utilement réalisé jusqu’à présent, et Trieste même n’a
- Fig. ii. — Vieux
- abîmes et crevasses, soit après avoir formé de très nombreux mais très courts ruisseaux temporaires, qu’absorbent les cavernes et les dolines ; comme les Causses, le Karst est donc un immense château d’eau, mais dont les grands déversoirs connus à la base périphérique sont singulièrement peu nombreux. En effet, on ne peut en citer que 5 principaux : résurgences ou sources vauclusiennes d’un débit considérable; savoir : 1° au Nord-Est la Laibach issue de la Piuka et de Zirknitz (ait. 295 m.) ; 2° au Nord la Wippach (104 m.) dont le bassin ramène au jour les pertes de Lueg (voy. couverture) (Nord-Ouest d’Adelsberg) et les infiltrations de la forêt de Birrbaum. 5° au Nord-Ouest le puissant Timavo (27 m3 par seconde) où réapparaissent la Recca (après 55 km d’enfouissement) et toutes les eaux des abîmes au Nord de Trieste (’); 4° à l’Ouest le
- 1. Plusieurs petites sources du littoral, notamment celles d'Aurcsina, ne sont que des dérivations du cours souterrain Rccca-Timavo.
- port de Trieste.
- pas encore résolu le problème de son alimentation en eau potable.
- A diverses reprises nous avons parlé de tout cela dans La Nature et nous ne pouvons que renvoyer à nos précédents articles (Q. On s’est demandé si les milliers de dolines et les centaines d’excavations naturelles aux noms baroques (schlund, Irichter, schacht, jamas, foibas, etc.) ne seraient pas transformables en casemates, réduits, magasins, etc. Pour quelques-unes, voisines de la surface du sol et de parcours facile, cela pourrait être, et il n’y aurait rien d’invraisemblable a ce que certaines grottes eussent été aménagées même en fourneaux de mines. J’estime toutefois que ces sortes d’utilisations seront exceptionnelles; en effet, presque
- 1. Voy. nos 776, Gouffre de Trebiciano; — 1088, Grotte d’Adelsberg; — 1274, Foiba di Pisino ; — 1676, Les deux plus grandes cavernes d’Europe ; — 1775, Supplément : Cavernes du Karst;— 1799, Nécropole préhistorique de Santa-Lucia; — 1895, Grotte géante; — 1897, Le problème du Tima.vo.
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- 152 LE PAIN K EN FRANCE AU XVIIIe SIÈCLE
- toutes les cavités du Karst sont si difficiles à parcourir ou descendent si profondément dans le sol, qu’on ne saurait vraiment les employer pour la lutte. Les étroits abîmes où l’on ne peut descendre qu’avec 150^ à 300 m. d’échelles de cordes, les pertes de rivières où il faut pénétrer dans l’eau des cascades, les torrents souterrains où l’on doit naviguer au moyen de petits bateaux démontables ne paraissent vraiment pas applicables aux procédés actuels de la guerre, si diaboliques que soient les adaptations auxquelles on est parvenu.
- Enfin, le climat du Karst est mauvais : très pluvieux et neigeux il est caractérisé par la fréquence du vent du Nord-Est, la terrible Bora, encore plus pénible à supporter que notre mistral.
- Par conséquent il faut être bien convaincu que la future bataille du Karst, la vraie, et non pas le
- petit prélude de Doberdo, se présentera effroyablement compliquée, grâce au rempart naturel que le plateau forme derrière Trieste, — à l’existence de dolines et gouffres ouverts presque à chaque pas, — à l’irrémédiable manque d’eau — et aux intempéries.
- On doit prévoir, en outre, que les Italiens seront contraints de s’assurer au préalable la maîtrise des six voies ferrées venant de Monfalcone, de la Wippacli, de Laibach et de Fiume (à Divazza et S. Peter), de Pola(à Herpelje),et de Parenzo (à Capo d’Istria). C’est l’investissement complet qu’il faudrait combiner avec le blocus par mer, pour écarter de Trieste toute espèce de ravitaillement : et cela sur un plateau parsemé de pièges, aride, à peine habité et privé d’eau.
- De vive force, l’entreprise n’est pas près de sa fin. E.-A. Martel.
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- Au moment où les pouvoirs publics discutent la question du pain de riz, et du pain de pommes de terre, il n’est pas sans intérêt de remarquer que l’on continue ainsi à cent ans de distance, l’œuvre entreprise par un Français.
- Les Allemands, en effet, n’ont pas découvert le Kriegskartoffelbrod en 1915, ils ont simplement mis en pratique les indications fournies par Parmentier dans un opuscule édité par l’imprimerie Royale en 1779 et qui a pour titre Manière de faire le pain de pommes de terre sans mélange de farine.
- Parmentier ne réussit pas tout d’abord, parce qu’il ne put « développer dans la pomme de terre la faculté fermentative ». Cependant il obtient dès 1773 quelques résultats, qu’il énonce dans son Mémoire qui a remporté le prix des arts au jugement de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besançon.
- Au mois de juillet 1775, Scévole de Sainte-Marthe, procureur du roi à Argenton en Berry, publiait, dans les Affiches du Poitou, plusieurs notes recommandant au public le pain de pommes de terre. D’autres amis de* Parmentier prêchaient pareillement dans tous les coins de la France, mais sans trop de succès, semble-t-il. Parmentier lui-même publiait des recettes en 1777 dans son Avis aux bonnes ménagères, en 1786 dans son Mémoire sur les avantages que la province de Languedoc peut retirer de ses grains. Il faisait une démonstration publique à l’hôtel des Invalides « avec une sorte d’appareil et en présence de M Le Noir, de M. Francklin, de M. le baron d’Es-pagnac, de M. de La Ponce et de plusieurs officiers de l’état-major ». Le pain qui en résulta fut présenté à Louis XVI.
- En novembre 1778, suivant Bachaumont, M. d’Espagnac donna un grand repas auquel
- participèrent « M. le prince de Montbarrey, M. Amelot, M. Necker, M. Le Noir, M. Franklin, enfin beaucoup de grands, des académiciens, des économistes et autres amateurs; on y a servi à table d’un pain fait de ce farineux, et tout le monde l’a trouvé aussi beau, aussi léger, aussi blanc, aussi excellent que le meilleur pain mollet : chacun en a pris et emporté.... »
- A quelque temps de là, la Gazette de France faisait savoir à ses lecteurs que le pain entièrement composé de pommes de terre ne revenait pas à plus de 5 liards la livre. Mais, écrit encore Bachaumont, « il est éclairci aujourd’hui qu’un pareil pain reviendroit à plus de dix sols la livre, et on fait de graves reproches au Ministère d’avoir laissé inséré dans un papier, renommé du moins pour la véracité, un calcul aussi étrangement erroné ». Voilà donc nos ancêtres se plaignant déjà de la censure, mais pour lui reprocher sa mansuétude!
- Deux autres passages de Bachaumont prouvent que la renommée du nouveau pain franchit les mers pour atteindre les « Isles d’Amérique », où est à l’étude un biscuit de pommes de terre, et qu’en France même la question prend de plus en plus les proportions d’une affaire d’État :
- Le gouvernement songe sérieusement à tirer parti de la culture de la pomme de terre en France. Différents intendants de province ont envoyé des hommes intelligents aux Invalides pour suivre sous le sieur Parmentier, le nouvel auteur de la transformation de ce farineux en pain, les divers détails de cette manipulation. Tout récemment encore, il en a été fait une nouvelle expérience devant M. Bertin, le ministre, M. le Directeur général des Finances, le lieutenant général de police et autres grands seigneurs et divers magistrats. Cette manie a tellement gagné nos intendans avides de nouveautés, ainsi que le ministère, que plusieurs, pour se mettre mieux au fait, font actuellement un cours de boulan-
- gerie.
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- Mais voici la grande Révolution, ses guerres et leur cortège de disettes. Parmentier, que sa faveur auprès du roi rend un peu suspect aux Sans-Culotte, agit maintenant plus discrètement et comme en secret, mais il ne cesse pourtant d’agir pour le bien du peuple. M. Isnard, archiviste de la ville de Marseille, a dernièrement exhumé une curieuse délibération prise par le Conseil municipal de cette ville, le 16 nivôse an II (5 janvier 1794) :
- ...Le citoyen Guinot... fait part au Conseil de l’heureuse découverte de transformer la pomme de terre, mélangée avec du blé, en une nouvelle espèce de pain abondante et salubre. La Commission sur sa demande a délibéré de faire établir chez tous les boulangers les machines propres à la manipulation de ce nouveau pain...
- D’importants approvisionnements furent faits du précieux tubercule, mais il fallut, un mois après, se débarrasser du stock à vil prix, car les Marseillais boudaient complètement au nouveau pain, d’un goût sans doute incompatible avec le fumet des bouillabaisses. Un peu partout le même essai fut tenté, évidemment à l’instigation de Parmentier, qui sut y intéresser officiellement le Comité de Salut Public : celui-ci fit publier le procédé dans toute la France par voie d’affiches : nous avons retrouvé le texte de l’une d’elles reproduit dans un journal de Toulouse : Y Anti-Terroriste ouJounicil des Principes, du 24 février 1795. Tous ces efforts furent vains.
- Le plus curieux, c’est que tout le monde se disputait avec âpreté le mérite d’avoir découvert un aliment que personne ne voulait manger. Noire malheureux Parmentier, qui se donna tant de mal pour .. ne pas réussir à faire avaler son médiocre pain, prit au moins autant de peine pour prouver qu’il en était bien l’auteur. De longues pages de son opuscule sur la Manière de faire le pain de pommes de terre sont consacrées à cette polémique. Et le pharmacien philanthrope, après avoir passé en revue, non sans colère, quelques recettes pitoyables de ses « rivaux », s’arrête lassé en disant: « S’il falloit insérer ici les diverses réclamations faites au sujet du pain de pommes de terre et les réponses qu’elles ont nécessairement occasionnées, un volume ne suffiroit pas. »
- Quelle était donc, d’après lui, la bonne recette, celle que lui avaient fait découvrir les patientes recherches qu’il avait poursuivies avec l’aide de son confrère et ami Cadet le jeune? *
- La voici telle qu’il l’a consignée dans son Mémoire pour le Languedoc :
- « Pour préparer du bon pain de pommes de terre, il faut que ces racines s’y trouvent dans la proportion de parties égales avec la farine des autres grains.
- « Pour cet effet, on fera cuire les pommes de terre dans l’eau; on en ôtera la peau, on les écrasera bouillantes avec un rouleau de bois, de manière qu’il ne reste aucuns grumeaux et qu’il en résulte une pâte unie, tenace et visqueuse; on prendra la moitié de la farine destinée à la pâte, dont on préparera le levain d’une part, de l’autre les pommes de terre évasées et broyées sous un rouleau de bois; on mêlera l’un et l’autre avec le restant de la farine, et ce qui sera nécessaire d’eau chaude. Quand la pâte sera suffisamment levée, on l’enfournera, en observant que le four ne soit pas autant chauffé que de coutume, et on aura soin de la laisser cuire plus longtemps. »
- Parmentier donne aussi la recette du pain de pommes de terre sans mélange. La panification est un peu plus compliquée, parce qu’il faut commencer par transformer en amidon la moitié des pommes à employer : ensuite, on opère à peu près comme dans le cas précédent, cet amidon remplaçant la farine de grain.
- Mais que l’on adopte l’un ou l'autre système, l’aliment qui en résulte, insistait toujours notre inventeur, n’a heureusement rien de commun avec cette « masse lourde et indigeste », cette « galette noire et détestable » qu’on fabrique en Allemagne et dans les autres pays « où la boulangerie est encore au berceau » : et cela lui rappelle l’amer souvenir du temps où, suivant les armées du roi comme apothicaire, il était tombé aux mains de nos perpétuels ennemis : « Prisonnier de guerre en Westphalie, j’ai vu et mangé de ce soi-disant pain; mon palais s’en rappelle encore le souvenir. Le pain noir, mat et amer de sarrasin, placé à côté, auroit pu passer pour du pain mollet ! »
- E.-H. Guitard,
- secrétaire général de la Société d'histoire de la Pharmacie.
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- Le commandement a toujours cherché à augmenter la puissance militaire des combattants; mais la machine humaine a besoin de se protéger contre les intempéries, de se reposer et assez souvent de se nourrir. Aussi après avoir, tout d’abord, fourni à l’homme l’armement indispensable pour l’attaque, fusil et cartouches, les instruments pour se creuser des abris ou pour former des abatis et après avoir augmenté le plus possible la puissance offensive et défensive du soldat, le commandement s’est-il préoccupé, tout en lui laissant de quoi se
- vêtir et les vivres nécessaires pour attendre les services d’approvisionnement, d’alléger le matériel de cuisine ou les récipients renfermant les liquides alimentaires afin de rendre et la marche plus facile et l’attaque plus prompte. A cause de l’aluminium, l’attention s’est peu portée sur les effets d’habillement, en drap ou en cuir, qui auraient certainement pu être allégés, ni même sur la crosse du fusil qui aurait pu être évidée ponr renfermer cartouches ou chargeurs.
- Les instruments culinaires, employés il y a vingt-
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- Fig. i. — Bidon individuel.
- cinq ans, étaient tous en tôle. Or, l’aluminium, préparé par les procédés Héroult et Mail, est devenu un métal industriel, parce que peu coûteux; sa faible densité 2,6»environ, presque le tiers de celle du fer, a incité de suite les stratèges à chercher l’allègement du fantassin dans la substitution de l’aluminium au fer. Toutes les parties métalliques portées par le soldat, sauf celles qui devaient résister à des efforts considérables — fusil, baïonnette — furent construites-en aluminium et à côté des marmites, des gamelles ou des quarts, on vit des boutons, des casques, des fourreaux en aluminium et autres objets apparaître, a
- pour être définitivement abandonnés.
- Un des gros*' inconvénients de l’aluminium est sa faible résistance mécanique. C’est un métal mou qui résiste à 10 kg environ par millimètre carré, quand il n’a pas été écroui. L’écrouissage élève sa résistance jusqu’à 18 kg, mais cette résistance ne peut pas être conservée, quand il s’agit d’instruments, allant au feu comme les marmites et subissant par suite un recuit.
- Les instruments en aluminium pur trop légers se déforment au moindre choc; sous la pression des courroies du sac, les marmites à quatre s’équar-rissent, craquent sur les bords et se déchirent ensuite, comme le ferait du carton. Aussi est-on entraîné à adopter des épaisseurs trop fortes.
- Allié à un autre métal, l’aluminium devient plus résistant, mais aussi plus altérable. Tout le monde connaît, grâce à M. le Dr Le Bon, l’action du mercure sur le métal pur ; les alliages de l’aluminium avec l’étain ou l’antimoine décomposent l’eau à froid.
- D’autres alliages tombent d’eux-mêmes en poussière.
- Aussi s’explique-t-on, en partie, le rôle de certaines impuretés dans ration du métal.
- Avec le cuivre, l’aluminium semble mieux se comporter; la résistance du métal pur est doublée, par la présence de 3 pour 100 de cuivre, sans que la densité soit notablement accrue. Cet alliage, très intéressant au point de vue mécanique, paraît résister aux divers agents atmosphériques et aux liquides alimentaires ; et il existe encore aux magasins de Billancourt, des ustensiles, en excellent état, après quinze ans de fabrication. Aussi avait-on, dès le début, songé à cet alliage pour construire marmites, bidons et quarts.
- Malheureusement, pour des raisons encore mal connues, cet alliage s’altère et de façons diverses.
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- Fig. 2. — Quart allemand.
- l’alté-
- Le plus souvent, il prend l’aspect schisteux et les couches superposées ne présentent plus de résistance ; d’autres fois, les cellules métalliques se déchaussent comme les pierres d’une mosaïque. M. Henry Le Chàtelier a montré en plaçant à l’anode dans une solution de chlorure de sodium, un aluminium allié au cuivre que l’alliage était sain quand l’attaque ne faisait pas apparaître de cellules ; au contraire, dans un métal en voie d’altération ou sujet à s’altérer apparaissent déjà les lignes suivant lesquelles se détacheront les cellules métalliques. Dans ce cas, l’aspect du métal est le même que t celui de l’alliage sain placé à la cathode ou attaqué par une solution alcaline. Sur l’aluminium pur, ces altérations ne se rencontrent pour ainsi dire pas. Aussi a-t-on cherché à utiliser l’aluminium pur et le plus pur possible; et c’est ce métal que les Allemands ont adopté pour construire les marmites, les quarts et les bidons.
- Ils n’ont pas réussi, ou n’ont pas cherché à renforcer les parties qui devaient supporter le plus d’efforts pendant le travail d’emboutissage. L’épaisseur delà tôle employée est de huit dixièmes de millimètre. Cette épaisseur est à peu de chose près la même partout dans les ustensiles. Mais les Allemands, pour éviter la déchirure des bords, là où le métal peut s’écraser, ont renforcé avec un soin remarquable, au moyen de bourrelets, tous les bords, soit par matage, soit par apport de métal.
- Quart. — L’emploi de cet instrument est trop connu pour insister sur l’origine de son nom; il est porté par les Allemands à la ceinture au moyen de deux boucles en aluminium, formées d’un fil de 3 mm de diamètre, s’engageant dans une plaque, maintenue par 6 rivets. La forme est celle d’un cylindre à section ovale. Le fond, dont les deux axes ont respectivement 80 et 52 mm, est raccordé par une courbe à rayon assez grand (4 mm environ) pour éviter de déchirer ou d’amincir trop le métal pendant l’emboutissage. Le grand axe de la partie supérieure est un peu plus grand que celui de la partie inférieure (88 mm au lieu de 80) pour faciliter le travail. Vers l’avant se trouvent deux marques correspondant respectivement-au 1/4 et au 1/8 de litre. Le bord du quart est renforcé au moyen d’une bande en aluminium soigneusement sertie. Le métal est même refoulé sous cette bande.
- Malgré ce renforcement, la plupart des quarts que j’ai vus, étaient déformés à la partie supérieure, mais assez légèrement. Presque tous portaient la
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- Fig. 3. — Ancienne gamelle
- marque suivante du fabricant Wihl. Berg. Aucun ne portait de traces d’oxydation, mais des taches rouges laissées par le vin.
- L’épaisseur est de huit dixièmes de millimètre, sauf pour la bande rivetée, maintenant les deux anses, qui n’a que cinq dixièmes. Le poids est de 51 gr. et notre quart pèse 76 gr. Sous la pression des doigts l’instrument ne se déforme pas.
- Bidon. — Le bidon est embouti et d’une seule pièce (fig. 1, a). Plus encore que dans la construction du quart, l’observateur est frappé du soin avec lequel les Allemands ont cherché à protéger le métal contre les chocs ou les déchirures. Les bords du goulot sont extrêmement renforcés, par refoulement et par apport du métal.
- Le poids du bidon est de 151 gr., alors que celui porté par nos soldats pèse 328 gr. ; il convient d’ajouter que la contenance du bidon allemand n’est que de 750 cm3 alors que le nôtre contient un litre.
- Le bidon est enveloppé d’une étoffe couleur bure, après laquelle est cousu un téton métallique pour fixer la courroie destinée à porter le bouton. L’enveloppe est fermée sur le côté et en haut aü moyen de quatre boutons pression. Malgré le poids de ces petites pièces métalliques qui n’existent pas dans l’enveloppe de notre bidon, l’enveloppe allemande pèse un peu moins que la nôtre.
- Du côté du corps, le bidon porte une dépression qui permet au soldat de l’appliquer contre lui (fig. 1, b).
- Presque tous les
- bidons portent la marque suivante inscrite sur le goulot :
- BASSE ET FISCHER LÜDEiNSCHEID
- Marmites et gamelles. — Le même ustensile sert aux deux fins et chaque homme est muni de l’un des types suivants, dont voici la photographie.
- Le type le plus ancien et de plus grande capacité pèse 398 gr., il contient deux litres et demi. Il est donc possible d’y mettre deux litres pour aller au feu. Gomme le type de notre marmite Choumara, vue d’en haut, elle a la forme d’un
- Fig. 4. — Une gamelle allemande ancien modèle.
- haricot. Elle se compose de deux parties, le corps de la marmite et le couvercle.
- Les deux sont peintes en noir au moyen d’un vernis mat au noir de fumée. Sur le corps de la marmite et de chaque côté se trouvent deux oreilles rivées; par le trou de chacune d’elles passe une anse formée d’un fil de fer. C’est la première fois que nous rencontrons dans un instrument en aluminium un métal étranger. Mais l’allération qui provient de l’action électrolytique due au contact de deux métaux étrangers est ici fort peu à craindre, tandis qu’il se produirait une désagrégation et même une fusion du fil d’aluminium, quand on place la marmite sur le feu. Tout le monde sait, que peu avant son point de fusion, l’aluminium perd toute cohérence et tombe en poussière au moindre choc.
- Sur l’avant se trouvent marqués des traits horizontaux pour indiquer la capacité. Chacun d’eux correspond à une contenance d’un demi-litre.
- Le couvercle sert de gamelle, et en même temps de poche, par suite du dispositif suivant Un manche (fig. 3) peut lui être adapté; ce manche en aluminium est formé d’une partie cylindrique coupée par le milieu, sauf sur une certaine longueur pour pouvoir le prendre facilement dans la main. Aux extrémités se trouvent deux parties planes, l’une redressée à angle droit et l’autre rabattue parallèlement à l’âxe de ce cylindre creux. L’une ou l’autre de ces parties planes s’engage dans un espace ménagé entre le couvercle et une bride en aluminium rivée dans la partie concave, de telle sorte que le couvercle peut être soulevé dans les positions indiquées par les figures 3, a et b.
- Le manche pèse 25 gr. environ ; le couvercle pèse 106 grammes.
- Le second type de marmite (fig. 5), de date plus récente, comme nous le verrons tout à l’heure, a une capacité moindre que le précédent (un peu plus de deux litres) ; son poids est cependant plus élevé (487 gr.) et cela pour deux raisons : Le manche est fixé d’une manière définitive au
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- couvercle (fig. 5, & et d) et sert à le maintenir énergiquement contre le fond de la marmite, afin d’éviter qu’il ne s’en détache trop facilement et ne se perde; à l’intérieur se trouvent une cuiller et une fourchette en fer tournant autour d’un rivet qui réunit leurs manches. Les deux pièces, réunies en une seule, pèsent 75 gr. et se placent à l’intérieur de la marmite à l’aide d’un taquet en aluminium sur lequel s’appuie la pointe a
- de la cuiller et d’une encoche située à la partie diamétralement opposée dans laquelle s’engage le manche commun (fig. 5, a).
- Le poids du couvercle est de 158 grammes. La marmite proprement dite pèse 254 grammes.
- A titre de comparaison, la gamelle de grande taille, utilisée pour nos troupes montées, pèse 483 gr. ; et il faut y ajouter le poids de la cuiller et de la fourchette.
- Il est à noter en outre que la gamelle ne peut servir à la cuisson.
- La contenance du couvercle est très légèrement supérieure au demi-litre. Il sert de grande cuiller comme dans le modèle précédent, en est détenteur ne risque
- IL__L
- Fig. 5. — Nouveau type de gamelle.
- mais
- le soldat qui pas de perdre le manche, ni de voir le couvercle se séparer de la marmite.
- Ce second modèle mieux étudié que le premier est aussi de date postérieure. Sur le premier type, le plus grand, se trouvent le plus souvent, avec les indications réglementaires du corps, de la compagnie, du matricule les marques
- E. T. A. G.
- TlIALE a/ll
- . Sur l’autre tYpe, l’inscription suivante :
- E. T. A. G.
- THALE a/H
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- indique que le modèle nouveau a été adopté après Agadir.
- Mais les marmites du premier type sont de b beaucoup les plus nom-
- breuses. Et, à voir avec quelle facilité les soldats allemands abandonnent leurs ustensiles en aluminium dans la retraite, on sent que leur préoccupation va ailleurs et qu’en cas de besoin, l’aluminium, mis en réserve pour équiper l’armée serait absorbé par l’artillerie.
- En Lorrains, lors de notre offensive vigoureuse, dans tous les champs et notamment près du malheureux village de Parux, où ne restaient debout qu’une chaumière, près de l’église, et une maison, les ustensiles d’aluminium gisaient en tas, percés, cabossés, et, au milieu, se trouvaient les débris d’une musique bavaroise avec des cartons où étaient gravés — Sambre-et-Mense, la Marseillaise, — qu’ils s’apprêtaient à jouer dans nos villes, comme ils jouèrent la Marseillaise sur la place de la Concorde en 1871 pendant leur courte occupation. ^ La plupart de ces instruments trouvés en Lor-
- Fig. 6.
- Vue d’une gamelle de soldat allemand, nouveau modèle.
- ou
- ou encore
- WIHL. BERG
- BASSE ET FISCHER
- I.ÜDENSCHEID
- Sous cette dernière sont* inscrits très souvent les chiffres 07, 08, les premiers prédominent. Ces chiffres indiquent certainement le millésime. Ces ustensiles ont été fabriqués après Àlgésiras.
- rame, comme ceux recueillis après la bataille de la Marne, n’avaient pas été sur le feu.
- Les marmites fonctionnaient simplement comme gamelles. Pour alléger encore les combattants et pour ménager leurs forces, des cuisines roulantes suivaient les régiments; à l’arrivée à l’étape, pas de cuisines à installer, pas de bois à chercher, la soupe toute prête et la viande cuite, pas de lueurs non plus trahissant la présence.
- Et grcàce à cette préparation de la guerre, certaines armées ont pu fournir des étapes supérieures à 50 km, et cela pendant plusieurs jours de suite. Nicolas Flamel,
- Docteur es sciences, ancien élève • de l’Ecole polytechnique.
- '/ ' ' ‘
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- CE QUE COUTE VRAIMENT LA GUERRE
- Notre budget de guerre est de 20 milliards par an. En ajoutant à ce chiffre le manque à gagner, les destructions de propriétés et de.capital humain, un écrivain anglais estimait récemment que la guerre coûte annuellement 40 milliards à la France. Ce chiffre est impressionnant et n’a pas été contesté ; or, il est très exagéré et c’est un devoir de réagir contre des considérations aussi injustement décourageantes. A défaut d’opinions plus autorisées dont j’ai en vain attendu l’expression, je me permets d’intervenir avec l’intention moins de donner des chiffres précis que d’indiquer une méthode d’évaluation à des personnes mieux documentées que moi.
- Il n’y a aucune relation entre le budget guerrier — qui correspond pour la plus grande part à des virements à l’intérieur du pays — et ce que la guerre coûte réellement à la France, considérée dans son ensemble, personne morale la plus belle au monde, a-t-on dit — comparable à certains égards et du point de vue strictement économique, à une société commerciale a\ec un bilan annuel de production et de consommation et un solde, bénéficiaire ou déficitaire, positif ou négatif.
- A notre époque le solde était en temps de paix bénéficiaire, atteignant plusieurs milliards, 3 ou 4, disent les économistes. La France s’enrichissait de 5 ou 4 milliards par an, malgré une balance défavorable du commerce extérieur. Cet enrichissement était surtout le résultat des constructions nouvelles, des créations d’entreprises commerciales ou industrielles dont bon nombre représentées par des émissions de titres nouveaux, etc., et représentait l’ensemble des économies annuelles du pays.
- Un effet de la guerre a été évidemment de supprimer ces économies, et les créations qui en résultaient. C’est là le manque à gagner de la guerre qu’il importerait de préciser pour chiffrer ce que coûte la guerre. Est-ce 5 ou 4 milliards comme le disent les économistes? Peu importe; ce qu’il est plus utile de savoir c’est combien de temps la France, riche à 250 milliards, peut « tenir ». C’est-à-dire de combien elle s’appauvrit par an.
- Elle s’appauvrit d’abord de tout ce qu’il nous faut acheter extraordinairement à l’étranger soit comme munitions, matériel de guerre, objets pour l’armée, etc., soit pour, combler les déficits extraordinaires de nos industries, les unes paralysées ou gênées par la mobilisation, les autres, hélas! occupées par l’ennemi comme la moitié de nos houillères ou de nos tissages et les quatre cinquièmes de notre sidérurgie. Cette perte se mesure avec précision par l’aggravation de notre balance commerciale extérieure déjà déficitaire en temps de paix. A défaut de documents précis sous les yeux, j’estime cette aggravation à 4 milliards pour l’année de guerre qui s’achève.
- Une autre cause d’appauvrissement se mesure au
- chiffre des allocations diverses aux familles nécessiteuses, 2 milliards environ, représentant vraisemblablement la somme nécessaire actuellement à la population peu fortunée pour équilibrer ses modestes budgets qui, en temps de paix, s’équilibraient seuls tant bien que mal. Cette somme mesure le déficit créé par la guerre dans la balance économique de nos laborieuses populations vivant de leur travail à peu près au jour le jour.
- Quant aux classes plus aisées, si elles gagnent beaucoup moins, elles dépensent aussi beaucoup moins. Elles épargnaient beaucoup avant la guerre ; cette épargne qui représentait l’enrichissement de la France est actuellement supprimée, comme nous l’avons remarqué plus haut; c’est entendu; mais pour le surplus les dépenses se sont comprimées dans la même mesure que les recettes pour boucler les budgets individuels ; les banquiers pourraient dire dans quelle faible mesure leurs clients ont besoin d’avances pour vivre. Cet esprit français d’économie, cette faculté de proportionner ses besoins à ses ressources, est une grande force de notre pays dans la crise actuelle.
- Tous comptes faits, nous arrivons donc à un total de 6 milliards pour l'appauvrissement annuel de la France.
- Il faudrait ajouter à ce chiffre celui des destructions de propriétés. Mais il s’agit là moins d’une dépense annuelle que d’une dépense « une fois faite ». L’estimation en est très variable suivant les auteurs, depuis M. Leroy-Beaulieu, qui parle de 680 ou 800 millions, jusqu’à d’autres estimations vraisemblablement fort exagérées et atteignant 4milliards. Quoiqu’il en soit cette perte non renouvelable ne peut plus influencer le temps pendant lequel « tiendra » la France réduite à sa frontière de tranchées actuelle, c’est-à-dire diminuée, en puissance économique, de 10 pour 100, réduite par conséquent en richesse à 225 milliards environ.
- L’appauvrissement annuel que nous estimons ainsi à 6 milliards peut donc se répéter, sans, dommage vital, un nombre d’années assez grand pour que nous cessions de nous préoccuper sérieusement du point de vue financier, contrairement à ce qui paraît être la tendance générale. Cette estimation paraîtrait optimiste si nous n’avions, pour la contrôler, certains points de repère que voici.
- Il n’y a que peu de chômeurs dans le pays ; au contraire, on a appelé au travail une foule de personnes qui sans la guerre ne produiraient rien ou peu de chose. Les femmes, les enfants, les retraités sont devenus des sources de productions nouvelles, suppléant au chômage des mobilisés. Ceux-ci, au nombre de 3 millions et demi environ, je suppose, sont pour moitié des ruraux, suppléés complètement puisque la récolte de 1915 est aussi belle que la précédente; l’autre moitié n’a été remplacée qu’en
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- partie, mais le nombre des activités irrémédiablement perdues et non remplacées ne dépasse sans doute pas 1 million, ce qui, à raison d’une productivité moyenne de 5000 francs par individu, représente un manque à produire de 5 milliards environ. D’autre part, les régions envahies correspondent à un manque à produire qui est à peu près le dixième de la production industrielle française, soit 5 milliards, dont 800 millions pour les houillères et la sidérurgie. Le manque à produire atteindrait donc 8 milliards pour l’ensemble du pays, auquel il faut ajouter les consommations extraordinaires spéciales à la guerre. On retombe donc aux environs de ce chiffre total d’une dizaine de milliards qui, déduction faite des 3 ou 4 milliards d’enrichissement pacifique annuel, laisse bien 6 milliards comme appauvrissement réel.
- On comprend ainsi que le budget de guerre de 20 milliards correspond en grande partie à des virements intérieurs pour le pays. La moitié de la population française est aujourd’hui peu ou prou fournisseur de l’armée, chefs d’industrie, ouvriers, paysans, intermédiaires de toutes sortes. C’est au profit de cette moitié qu’ont lieu les virements, sans qu’il en résulte pour le pays d’appauvrissement réel.
- Il resterait à évaluer, d’un point de vue strictement économique, la perte en capital humain -, correspondant à une perte d’hommes parmi les meilleurs de la nation et au nombre probable de plusieurs centaines
- de mille. Un tel calcul est pratiquement impossible. On peut bien essayer de préciser la perte économique que fait une famille privée de son chef qui avait telle ou telle situation pécuniaire; mais, pour le pays considéré dans son ensemble, il y a, dans cet ordre d’idées aussi, des « virements ». Voici, par exemple, un élablissement financier qui a perdu plusieurs employés, parfois de fonctions élevées ; il s’y produira un mouvement d’avancement, un rajeunissement de certains cadres qui n’aura pour conséquence aucune diminution de productivité économique de cet établissement. Dans un pays aussi cultivé que la France, on ne manquera jamais de chefs et d’états-majors. Par contre, on peut craindre une pénurie de certaines mains-d’œuvre spécialisées; pour la main-d’œuvre commune, on pourra recourir plus largement qu’autrefois à nos colonies ou à certains pays étrangers ; pour les mains-d’œuvre spécialisées, il y aura pendant longtemps un trouble profond, jusqu’à ce qu’une organisation d’apprentissage ait paré à leur déficit. Au total on doit surtout prévoir de ce fait des lenteurs dans la remise en train normale de l’activité économique générale. Mais, si la paix est bien assise, que de compensations !
- En définitive, il convient d’être optimiste quant aux considérations financières connexes de cette guerre et d'y trouver notamment une leçon de patience. L. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 juillet 1915.
- La dynamique d’Aristote. — Aristote et ses disciples ont, pendant vingt siècles, admis que chaque corps possède dans l’espace sa place naturelle dont il ne s’écarte que par la violence : position immobile pour tout corps matériel formé par les quatre éléments, position sur une orbite circulaire uniformément décrite pour les corps célestes. M. Boussinesq montre comment cette dynamique inexacte a pu résister à vingt siècles d’expérience. L’univers présente une certaine, stabilité générale, nécessaire à l’existence des êtres vivants et les écarts violents ne s’y produisent momentanément que dans la région inférieure voisine de la terre, tandis que les astres gardent leur symétrie harmonieuse. A la surface même de la terre, tout mouvement tend à se régulariser par des résistances et des frottements que les disciples d’Aristote considéraient comme négligeables en eux-mêmes et dont ils voyaient seulement l’effet : mouvement régulier d’un navire poussé par le vent ou traîné par des haleurs, d’un char attelé à un cheval, etc. On est ainsi ramené en apparence à la stabilité supposée par Aristote.
- Volcans japonais. — M. Deprat décrit les deux volcans actifs les plus puissants du Japon, l’Aso-San et l’Asama-Yama, et les compare à des volcans anciens de Sardaigne. Ce sont deux volcans andésitiques. Dans l’Aso-San, un cratère de 20 km de diamètre, semblable à un cirque lunaire, renferme une série de cônes, les
- uns actifs, les autres éteints entre lesquels l’activité se déplace et qui sont formés de laves moins acides que le cratère extérieur. A l’Asama-Yama, un dôme d’andésite s’est élevé à 2480 m. et a fait explosion à diverses reprises en continuant à croître après chaque explosion, mais en se rétrécissant. Il est ainsi formé d’une accumulation incohérente de brèches, .blocs soudés et lapilli s qui oppose un obstacle de plus en plus grand en dégageant des gaz volatiles et qui pourra un jour provoquer une explosion finale. Sa constitution rappelle la Montagne Pelée.
- La putréfaction. — MM. Bordas et Bruère étudient la putréfaction des petits animaux enfouis dans le fumier et montrent que 456 heures de séjour suffisent à liquéfier 620 gr. de matière organique, par la seule action des germes extérieurs à l’animal enfoui.
- L’adrénaline. — M. Marc Tiffeneau étudie les diverses adrénalines et les compare d’après leur action sur la pression artérielle chez le chien atropinisé.
- La glucosidification de la glycérine. — MM. Bour-quelot, Bridel et Aubry ont montré que la glycérine, alcool trivalent, peut donner naissance, avec un même glucose, à cinq glucosides différents. Ils étudient à cet égard, l’action du glucosidase a, enzyme, qui se trouve dans la levure de bière basse, séchée à l’air.
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- LA « TERRE D’INFUSOIRES » ET LA DYNAMITE
- C’est une destinée vraiment singulière pour des organismes placides des temps anciens, les plus pacifiques connus, peut-être, que de servir, dans les temps modernes, à entrer dans la composition des plus formidables explosifs que l’homme ait ja-mais inventés. Tel est le cas, cependant, de ceux qui, devenus fossiles, ont constitué ce que l’on appelle la « terre d'Infusoires » et que l’on utilise pour la confection de la dynamite et de ses dérivés. Le terme d’« Infusoires » est, d’ailleurs, très impropre et date de l’époque où tout ce qui était petit et microscopique rentrait dans la catégorie indécise des « Infusoires »
- Actuellement on réserve ce nom à de très petits animaux, de l’embranchement des Protozoaires, qui abondent dans les eaux, surtout croupissantes, et se composent d’une seule cellule molle et aucun moyen de protection.
- Lorsque les Infusoires meurent, ils se fondent dans le milieu ambiant, disparaissent [dans le grand Tout, ce qui fait qu’on ne les retrouve presque jamais à l’état fossile. En réalité, la terre dont nous parlons est constituée, non par des Infusoires, mais par des Algues très petites pourvues d’une carapace siliceuse, d’un dessin souvent très élégant, des Diatomées.
- Ces organismes, qui vivent aussi bien dans les eaux douces que dans les eaux marines, sont si nombreux en certaines régions que, après leur mort, leurs carapaces s’accumulant dans les fonds, finissent par constituer des roches, parfois compactes, plus souvent friables. Ce sont ces carapaces qui constituent la « terre d'infusoires », tantôt dans sa totalité, tantôt partiellement lors- ‘ qu’elles sont plus ou moins mélangées de sédiments inorganiques.
- Les propriétés industrielles de ces terres d’infusoires varient d’un endroit à un autre, suivant que les Diatomées y sont à l’état pur, que les sédiments étrangers sont abondants, qu’ils sont imprégnés de sels de fer, que les espèces auxquelles elles doivent leur origine sont plus ou
- Une diatomee (coscinodiscus) provenant de la « terre d'infusoires » de Lakdar, près Or an, Gross. : 3oo.
- presque sans
- Une dialomée fossile (Triceratiuml de Oamam (Totara).
- moins grosses. Ce dernier point est particulièrement recherché et la raison en est facile à comprendre. Les carapaces des Diatomées sont, en effet, formées à la fois de cellulose ce qui indique leur nature vé-étale — et de silice qui l’imprègne.
- Lorsqu’elles deviennent fossiles, la cellulose, corps organique, disparaît et la silice subsiste seule pour durer des éternités. Celte silice, par suite du départ de la cellulose, reste à l'état poreux, et cela, d’autant plus que la carapace était plus épaisse.
- C’est cette porosité qui donne à la « terre d’infusoires » son pouvoir absorbant et la fait employer dans la dynamite, où elle s’imprègne des substances (nitroglycérine) devant faire explosion sous l’influence d’un choc.
- La « terre d’infusoires » est une sorte de poudre blanche rappelant à la fois la farine et la poudre de riz, quand elle est très fine, semblable à du plâtre pulvérisé quand elle est plus grossière, parfois de teinte ocre quand elle est imbibée d’oxyde de fer. Tantôt d’origine marine, plus souvent d’origine saumâtre ou d’eau douce, elle se trouve généralement dans les terrains tertiaires.
- En France, surtout en Auvergne (*), on en a de précieux dépôts : on l’appelle, tantôt farine fossile — à cause de son aspect — tantôt, randannite, du nom de la localité — Randanne — où se trouve l’un des meilleurs gisements.
- On en trouve aussi, chez nous, à Ponteix, à Ceyssat et( aux Rouilhas, trois dépôts où les valves des Diatomées sont particulièrement épaisses, ce qui leur donne un pouvoir absorbant ‘allant jusqu’à 80 pour 100 de leur poids. On en exploite encore à Eger et à Ebsdorf, en Allemagne,
- 1. Les Diatomées d’Auvergne ont été surtout étudiées par Paul Petit, le Frère Joseph Iléribaud et M. Peragallo. Les photographies que - nous en donnons ont été exécutées par H. Hégot dont nos lecteurs ont déjà pu apprécier l’excellence de la collaboration de sa chambre noire et de son microscope.
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- LA « TERRE D’INFUSOIRES » ET LA DYNAMITE
- à Degerfors en Finlande, à Santa Fiora en Toscane, à Florence, à Oran, etc. '
- On trouve, d’ailleurs, des Diatomées dans bien d’autres terrains et, comme on le voit par une de nos photographies, généralement très bien p conservées et aussi belles que les espèces actuelles.
- De l’examen des espèces, on peut en conclure — jusqu’à un certain point — que les dépôts où on les rencontre sont d’origine dulçaquicole, saumâtre ou marine, ce qui est précieux pour la science géologique et donne les notions sur son mode de formation.
- On a, en effet, reconnu qiule développement des Diatomées et des autres organismes siliceux est favorisé par une température relativement basse et par la présence d’une eau contenant en suspension des particules argileuses.
- Les Diatomées ne se « silicitient » pas, en effet, comme on pourrait le croire aux dépens de la silice soluble, laquelle est en trop petite quantité (1/200 000e cà 1/500 000°
- pour l’eau de mer) fournir la matière première, mais aux dépens de l’argile, qui est un silicate d’alumine.
- On peut le démontrer facilement, comme l’ont fait Murray et Irving, en cultivant des Diatomées, les unes dans une eau pure, les autres dans une eau renfermant de l’argile extrêmement divisée : dans ce dernier cas seulement, elles se développèrent avec exubérance.
- Ce fait explique aussi leur pullulement dans les mers froides, où, par suite de la
- Choix de diverses diatomées fossiles de Moron (Espagne).
- pour leur
- Laie diatomée (Navicula) fossile, provenant de la « terre d'infusoires » des Queyrades (Puy-de-Dôme). Gross. : 400.
- Terre d'infusoires de Lakdar, commune de St-Lucien (Oran), grossie 110 fois (origine marine).
- salure extrême, l’argile reste longtemps en suspension dans le liquide et peut être ainsi ’ facilement assimilé
- par elles.
- La « terre des Diatomées » — nous pouvons maintenant lui donner sa véritable dénomination — ne sert pas seulement à la fabrication de la dynamite.
- On a proposé d’en faiie des briques plus légères que l’eau (Pline, Strabon et Yilruve en parlent dans eurs écrits), mais je ne sais ce que le projet est
- devenu.
- On s’en sert beaucoup comme produit calorifuge, — en quoi,
- paraît-il, elle 11’a pas sa pareille — comme poudre à polir, iïv sous le nom bien connu
- de Tripoli, enfin pour confectionner des « bougies filtrantes » extrêmement efficaces pour arrêter les microbes, mais malheureusement un peu fragiles, surtout lorsque par suite de l’encrassc-ment qui résulte d’un long usage, il faut les stériliser à la chaleur.
- Certains industriels trouvent, enfin, dans la Terre d’infusoires, d’abondants matériaux pour faire de jolies préparations microscopiques qui se vendent fort cher et demandent, d’ailleurs, de leur part, un véritable travail de bénédictin. Avec une patience de Chinois, ils isolent de la gangue générale — traités par des acides forts — les espèces les plus jolies et, au microscope, à l’aide d’un cheveu, les placent, côte à côte, avec une régularité parfaite, sur une lame de verre badigeonnée de baume de Canada.
- Hejsri Coupin.
- Le Gérant : P. Masson.
- lmp. Laiiure, à Pans.
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- I SEPTEMBRE 1915
- LA NATURE. — N° 2189.
- CHARBONNAGES ANGLAIS ET PAYS DE GALLES
- Les États-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne sont, par ordre d’importance, les trois plus grands pays producteurs de combustibles minéraux du monde entier. Les États-Unis, qui atteignent le total énorme de 450 millions de tonnes, n’ont jusqu’ici
- Royaume-Uni. Les chemins de fer de l’Etat égyptien ont commandé aux États-Unis 60 000 t. (Cif)à 55 s. (75 fr. 55 au change de 27 fr. 40) qui seront fournis par la Consolidation Coal C°.
- L’Allemagne extrait plus de 150 millions de
- Fig. i. — Vue à vol d’oiseau du port de Cardiff montrant la disposition des anciens et des nouveaux bassins, des docks de Penarth et des voies ferrées qui les desservent.
- exporté que très peu de houille en Europe, bien que le bassin des Apalaches fournisse à lui seul 116 millions de tonnes de charbon d’une qualité satisfaisante, dont 72 millions pour la Pennsylvanie.
- On annonce cependant l’arrivée, en Europe, de quelques chargements de houille américaine. En effet, la hausse des frets et des assurances pour les combustibles de provenances anglaises est telle, que l’équilibre s’est rétabli à 2 francs près entre les prix des houilles provenant d’Amérique et du
- houilles proprement dites (non compris 70 millions de tonnes de lignites) dont 90 millions pour le bassin de la Ruhr; malgré cette respectable production, l’Angleterre importe outre-Rhin près de 10 millions de tonnes de charbons de navigation et de houilles à gaz.
- Le Royaume-Uni vient en effet au second rang avec un total de 287 millions (1915), dont le Sud du Pays de Galles a fourni environ un cinquième (56 850000 t.). L’exportation totale anglaise a
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- 43” Année. — 2* Semestre.
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- représenté, en 1915, 76 millions de tonnes et alimente presque totalement certains pays importants comme l’Italie qui achète près de 10 millions de tonnes dans les différents bassins anglais, principalement dans celui de Cardiff, le plus important du Pays de Galles.
- Si Ion considère la qualité des houilles, la Grande-Bretagne occupe la première place dans le monde, car le Sud du Pays de Galles renferme un grand nombre de couches d’anthracite et de charbons à vapeur (steam coal) de première qualité, caractérisés par leur faible dégagement de fumée ; leur teneur en matières volatiles ne dépasse pas 14 pour 100 tandis que celle des houilles bitumineuses varie de 25 pour 100 (houilles à coke) à 52 pour 100 (houilles à gaz). Cependant les tout venants doivent être vendus avec au moins 60 pour 100 de gros charbon (grille de 51 mm), car les fines sont difficiles à brûler dans les foyers ordinaires.
- Dans ce bassin abonde, en couches puissantes, régulières, presque horizontales, peu profondes, une houille d’excellente qualité qui donne lieu à une exportation considérable dans tous les pays du monde.
- La guerre actuelle n’a fait qu’augmenter l’im-
- portance commerciale du bassin de Cardiff, car toutes les flottes alliées en sont tributaires, plus encore qu’en temps de paix. C’est par commandes de 1 500 000 t. à la fois . que les amirautés anglaise, française, russe, italienne placent ordinaire-
- ment dans le bassin de Cardiff leurs ordres pour la fourniture des charbons spéciaux à vapeur. En plus des dix millions de tonnes prises par l’Italie, l’Angleterre fournissait avant la guerre 6 millions de tonnes à la Russie, 12.5 millions de tonnes à la France et 9 millions de tonnes à l’Allemagne elle-même, car les houilles des bassins allemands, sales et très chargées de matières volatiles, sont inférieures au Cardiff pour les besoins de la navigation militaire ou commerciale.
- Parmi les principaux marchés conclus par l’étranger pendant le premier semestre 1914, on relève 750 000 t. achetées par les chemins de fer de l’État italien (Fob. à 20 fr. la tonne de houille Monmouthshire) et 110000 t. pour la marine française (Fob. Nixon’s Navigation à 22 fr.).
- En 1907, l’importation des houilles anglaises en Allemagne avait dépassé 42 millions de tonnes, soit 9,10 pour 100 de la consommation intérieure de l’Empire ; 4 à 5 millions de tonnes de houilles britanniques
- Monmouth
- mtypool
- Navigatioiî, /
- WPORT
- r erphilly
- Bridgèm.
- BRISTOL
- Fig. 2. — Carte des principales concessions du Bassin de Cardiff,
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- étaient importées par la seule maison Stinnes. Hambourg reçoit pour sa part près de 5 millions de tonnes, bien que les importations soient tombées à 9 200 000 en 1915 par suite des efforts faits par le bassin silésien pour chasser les houilles anglaises des ports de la Baltique.
- On comprend donc que le gouvernement allemand ait fait de grands efforts pour fomenter une grève dans le Sud du Pays de Galles afin de paralyser l’action des flottes et la production des fabriques de munitions alliées. Des émissaires, partis de Berlin, ont réussi à faire arrêter le travail dans tout le bassin pendant une semaine, mais les mineurs gallois se sont ressaisis et l’intervention énergique de M. Lloyd George, ministre anglais des munitions, a eu vite raison des meneurs socialistes. Il est cependant regrettable que les Trade Unions anglaises aient cru devoir jusqu’ici résister au courant d’opinion, qui voudrait leur voir adoucir les règles trop strictes présidant à l’organisation du travail dans les divers bassins houillers de la Grande-Bretagne.
- Une telle mesure, qui aurait pour effet immédiat d’augmenter notablement la production des puits et de permettre une alimentation normale des flottes ainsi que des industries de guerre des alliés, équivaudrait à une augmentation de 100 000 hommes pour l'effectif des mineurs anglais. La dernière grève du Pays de Galles n’a duréjque sept jours, mais elle a coûté à P Angleterre plus de 60 millions de francs; les mineurs, les ouvriers des docks et des usines arrêtées faute de combustible ont perdu 13 millions de salaires non touchés ; le commerce d’exportation de son côté a perdu à lui seul plus de 15 millions de francs de commandes annulées par des clients non servis dans les délais prévus par les marchés en cours.
- Le bassin du Sud du Pays de Galles (South
- Wales), le second du Royaume-Uni comme superficie (le premier est celui de la Clyde en Ecosse) est le troisième comme production ; il avait fourni en 1915 environ 57 millions de tonnes alors que le bassin du Nord (Northumberland et Durham) avait extrait 59 millions de tonnes et le bassin du Yorks-hire (y compris le centre Nord) 75 millions de tonnes.
- Le bassin du Yorkshire se développe beaucoup et un capitaliste allemand, JVI. Hugo Stinnes, grand exploitant de mines en Weslphalie, avait acquis en 1914 une propriété houillère de 720 h. pour l’exploitation de laquelle il avait constitu" une Société anglaise au capital de 12.5 millions. Moyennant un forfait de 5 millions, la Rheinisch Westfâlische Schachtbau d’Essen avait été chargée d’installer la mine suivant des plans et des méthodes exclusivement allemands.
- Fig. 4. — Élévateur basculeur Fielding et Plaît servant à décharger les wagons de houille dans les cales des navires (Alexandra Dock, Newport).
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- En 1914, l’extraction du Pays de Galles a diminué de 5 millions de tonnes par rapport à 1913.
- Ce bassin, divisé par la baie de Carmarthen en deux parties inégales, s’étend de Pontypool à Saint-Bride sur les comtés de Brecon (778 385 t.), Carmarthen (2 589 589 t.), Glamorgan (38 035080 t.), Monmouth (3 505 724 t.) et Pembroke (55 045 t.) avec une superficie totale de 2337 km2. Cette vaste cuvette s’allonge de l’Ouest à l’Est sur plus de 117 km; les couches affleurent au Sud où elles sont découpées par les baies de Swansea et de Carmarthen ainsi qu’au Nord. L’ensemble du terrain houiller proprement dit, qui présente dans le Monmouthshire une épaisseur de 3500 m., est constitué par une alternance de schistes avec minerai de fer et grès; le nombre des couches ayant plus de 60 cm de puissance dépasse 25 (épaisseur totale des 80 couches :
- 36 m.). La teneur en matières volatiles augmente de l’Ouest à l’Est ; la même couche fournit de l’anthracite dans le Carmartens-hire, des charbons à v'apëur dans le Gla-morganshire et des charbons à gaz dans le Monmouthshire. L a production totale d’anthracite atteint 4 853159 t. et celle de houille 56 830 000 t.
- (1913). Remarquons en passant que notre bassin du Pas-de-Calais ne fournit que 24 millions de tonnes pour une superficie de
- 1400 km2. Dans le Sud du Pays de Galles, l’exploitation et les transports ont été grandement facilités par l’existence d’une série de vallées d’orientation Nord-Sud, perpendiculaires au rivage, qui ont servi de passage aux voies ferrées. Les principaux cours d’eau sont les suivants : le Rhymney, l’Ebbv et l’Usk à l’Est; la Neath, la Taff et la Rhondda son affluent coulant de Merthyr-Tidfil à Cardiff par Pont-y-Pridd ; la Tawe allant de Colbren et Aberavon vers Landore et Swansea; la Loughor qui descend de Llandilo à Llanelly.
- Le bassin de Cardiff fournit des gros charbons en blocs durs et résistants donnant de 4 à 8 pour 100 de cendres et contenant 80 pour 100 de carbone fixe; la teneur en matières volatiles est inférieure à
- Fig. 5. — Couloir de chargement assurant le criblage de la houille. Le gros est chargé dans une benne anticasse et le menu tombe dans la cale d’un navire.
- 14 pour 100, et celle en soufre à 0,75 pour 100. Les menus contiennent 15 pour 100 de cendres et on mélange ces deux catégories pour obtenir les reconstitutions demandées par les clients qui prennent aussi beaucoup de produits lavés (dulîs, beans,nuts).
- Les cendres des charbons de Cardiff sont en général inîusibles; les séries supérieures, qui fournissent les charbons à coke (Rhondda), ont des cendres légèrement fusibles (mâchefers poreux) ; les charbons à vapeur, marque « Navigation » ont des cendres réfractaires à l’état de menus et fusibles à l'état de gros (sulfures de fer).
- Dans le district de Newport les cendres, liés peu fusibles, forment des mâchefers très poreux, laissant passer l’air, ce qui permet à la houille de bien brûler.
- Le bassin de Swansea exporte des gros (8 pour 100 de cendres), des menus (12 pour 100 de cendres), des tout venants naturels à50 pour 100 de gros (natural uns-crèened) à 10 pour 100 de cendres environ et enfin des anthracites calibrés (concassés ou lavés). Les charbons à vapeur de cette région ont des cendres fusibles formant des mâchefers vitreux.
- A peu près seul en Angleterre, le bassin du Pays de Galles fournit des briquettes et trouve ainsi un facile écoulement de ses fines qui servent également à fabriquer des agglomérés dans les usines situées le long des côtes de France, d’Espagne et d’Italie. Les briquettes de Cardiff donnent 9 à 10 pour 100 de cendres infusibles, avec 17 à 18 pour 100 de matières volatiles : les principales marques sont : Crown (5 kg 500). Arrow (3 kg 800), Ànclior, Star, etc. Les agglomérés de Sw'ansea donnent des cendres fusibles et sont impropres à la navigation; les principales marques de ce bassin sont Merthyr (3 kg 500), Pacific, Atlantic, Welsh, etc. La Commission officielle de 1904 a estimé à 26 milliards de tonnes les réserves utiles de houille du Pays de Galles (Glamorganshire, Carmarthenshire et Breconshire surtout) ; la moitié de ce tonnage représente des charbons à vapeur type amirauté et le
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- quart correspond à des anthracites. C’est par centaines que se comptent les Sociétés exploitant les couches de combustibles du Pays de Galles. La liste des puits agréés par l’amirauté comporte une trentaine de firmes parmi lesquelles les marines et les compagnies de chemins de fer étrangers choisissent aussi leurs fournisseurs. Notre carte (fîg. 2) indique les noms et la situation des puits de ces principaux exploitants.
- Le nombre d’ouvriers employés en 1913 dans les mines anglaises était de 1 110 884 dont 895 857 au fond. Le Pays de Galles occupait 233 134 mineurs dont 198123 au fond avec une production moyenne annuelle de 287 t. par ouvrier du fond. Le nombre
- compagnies de chemins de fer, sont presque introuvables. Le Pays de Galles est favorisé par sa situation géographique qui le met à l’abri des dangers de navigation que comporte la mer du Nord. Pendant les premiers jours des hostilités, les exportations à destination des pays européens, sauf la Russie (exception faite des ports de la Baltique), la France, l’Espagne et le Portugal furent interdites. Cette mesure fut ensuite restreinte aux charbons à vapeur gallois de première qualité et levée pour l’Italie et la Norvège. De nombreuses maisons européennes d’importation de houilles anglaises sont devenues peu à peu gênées dans la conclusion de nouvelles affaires par l'importance de leurs créances
- Fig. 6. — Navires charbonniers amarrés devant les postes de chargement dans un des bassins
- du port de Cardiff.
- de mines en activité était de 609, dont 392 dans le Glamorganshire.
- Le bassin de Cardiff, affecté en juin 1914 par la grève des- mécaniciens de la marine marchan le britannique qui avait influencé les cours des frets en raréfiant les naüres disponibles pour l’exportation avait ensuite repris toute sa puissance de production. Pendant le mois de novembre 1914, le seul port de Cardiff a embarqué 900 000 t. de houille et de coke à destination de l’étranger, non compris les fournitures militaires.
- Depuis cette époque, le recrutement pour l’armée a éclairci les rangs des mineurs et a rendu la production inférieure de 20 pour 100 à la normale. Au 1er janvier 1915, pus de 30 000 hommes s’étaient engagés (152 000 sur 1 133 743 mineurs anglais en décembre 1914). Les briquettes, très demandées pour les diverses marines et par les
- immobilières; le montant des sommes dues par l’étranger à la place de Cardiff atteignait au 1er janvier 1915 près de 38 millions. Pour donner une idée des besoins de l’amirauté britannique, signalons qu’elle a affrété à demeure plus de 500 steamers jaugeant brut environ 1 700 000 tonnes.
- A l’heure actuelle, l’exportation ne peut avoir lieu que sur la production d’un certificat spécial même quand il s’agit des pays alliés dont la consommation est assurée cependant par l’Angleterre, aux termes d’ententes spéciales.
- Le contrat fixant les salaires de base pour les bassins houillers du Pays de Galles, qui expirait le 30 juin 1915, a été renouvelé à cette date, à titre provisoire, après de laborieux pourparlers. Afin d’éviter un arrêt du travail, le conseil exécutif de la Fédération des mineurs du Pays de Galles du Sud a accepté les conditions suggérées par le gou-
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- vernernent et énergiquement appuyées par M. Run-ciman, président-du Board of Trade. Les nouveaux salaires de base sont ceux de 1879 augmentés de 50 pour 100, sans maximum, ni minimum et les postes de nuit sont payés à raison de six pour cinq. Le salaire de base des ouvriers du jour a été élevé de 5 sli. 4 d. à 5 sh. D’ailleurs, depuis mai 1915, une augmentation de salaires, dite prime de guerre, variant de 10 à 15 pour 100, a été consentie cà tous les mineurs du pays, mais l’entente complète se fait lentement à cause de la complexité des questions soulevées par le travail de nuit et par les exigences des ouvriers du jour. Les leaders ouvriers avaient pris solennellement Rengagement qu’aucune grève ne se produirait pendant la guerre; on a vu plus haut que les émissaires allemands ont pu fomenler une grève malgré cette promesse. Les bénéfices des houillères ne semblent pas être considérables danslePays.de Galles.
- Pour 79 firmes qui ont fait expertiser leur comptabilité, les bénéfices nets de 1914 ressortent à 45 millions environ, soit un peu plus de 1 fr. 25 par tonne extraite.
- Ces 79 mines représentaient une production de 35 983 829 t. et occupaient 121 722 ouvriers. Les résultats ci-dessus tiennent compte des intérêts payés sur les obligations, actions de préférence et emprunts de toute nature, qui ont été déduits du bénéfice brut.
- L’exportation en France des houilles du Pays de Galles donne lieu à un mouvement maritime très actif qui a augmenté depuis l’ouverture des hostilités, malgré tous les efforts des sous-marins allemands.
- De grands efforts ont été faits pour accélérer les manutentions et pour diminuer les surestaries dont l’importance réduisait à néant les bénéfices des importateurs. Dans certains ports, des navires chargés de houilles ont attendu pendant deux mois une place à quai. Rouen est le plus grand port d’importation et le mieux outillé actuellement.
- Pendant les six premiers mois de 1915 la France a reçu 8 460 000 t. de houilles anglaises (contre 6 420 000 en 1913); pendant le seul mois de juin 1915 les arrivages ont atteint 1 550 000 t. (au lieu de 1 060 000 en 1913). l’our l’ensemble du monde, il y a une diminution de 10 millions de tonnes dans les achats de houilles anglaises pendant les six premiers mois de 1915 (16 millions au lieu de 26 pour les seuls charbons à vapeur). La Russie n’a pris que 20 000 t. au lieu de 2 millions de tonnes en 1913
- et en 1914. Les cours des sortes commerciales sont, d’ailleurs, très bas et purement nominaux pour les gros et les menus, à l’exception des gros a vapeur de première qualité, accaparés par l’Amirauté anglaise qui alimente directement les autres flottes alliées. Cette situation est due surtout à la hausse anormale du fret qui a passé de 6 fr. 50 à 17 fr. des ports du Pays de Galles à Rouen; le frêt Cardiff-Marseille a triplé (25 fr. au lieu de 8). Les assurances coûtent également fort cher; les affaires se traitaient autrefois par cargaisons complètes, le prix à payer à l’arrivée par le client comprenant l’achat de la houille au port de départ, le fret et l’assurance (Cif). Aujourd’hui on traite franco bord au port d’embarquement (Fob).
- En juin 1914, les gros Amirauté bon ordinaire et 2e qualité se vendaient respectivement 25 fr. et 24 fr. 55 au lieu de 35fr. 75 à 56 fr. actuellement. Les menus, l,e qualité, ont passé de 13 fr. 75 à 25 fr. et les briquettes de 25 fr. à 47 fr. Les principaux ports d’importation des houilles anglaises en France sont (1914): Rouen(2742805t.) Dieppe, Le Havre (481 507 t. ), H o n fl e u r, Caen (720 757), Cherbourg, Saint-Malo, Saint-Nazaire ( 752178 t.), Nantes (699 719 t.), La Rochelle, Roehefort, Bordeaux (1 528 202 t.), Bayonne, Cette, Marseille (885 557 t.), Alger.
- Les principaux ports d’embarquement des houilles galloises sont, par ordre d’importance : Cardiff (y compris Barry Dock et Penarth Dock), Newport, Svvansea, Port Talbot, Port Brilon Ferry, Llanelly.
- En 1915, Cardiff a exporté 20 millions de tonnes, non compris environ trois millions de tonnes embarquées comme charbon de soute sur des navires qui ont fait leur plein à Cardiff, ainsi que .2 750 000 de trafic côtier.
- A Cardiff même (200 000 hab.), les Bute Docks, propriété du marquis de Bute, comprennent plusieurs bassins dénommés West Dock, East Dock, Boath Dock, Roath Basin, Queen Alexandra Dock; leur surface totale est de 165 acres (70 hect.), avec
- 11 km de quais et une profondeur maximum de
- 12 m. 80. Cet ensemble de bassins est desservi par un réseau de 210 km de voies ferrées reliées aux rails de plusieurs grandes Compagnies de chemins de fer : London and North Western Ry, Great Western Ry. Midland Ry et de Compagnies secondaires telles que : Cardiff Ry, Taff Yale Ry, Rhymney Ry. Les Bute Docks offrent aux chargeurs 62 postes
- Fig'. 7. — Grue pivotante Lewis limiter avec benne anticasse (Roath Docks à Cardiff).
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- d’embarquement desservis par des grues hydrauliques spéciales système Armstrong, ou par des élévateurs basculeurs de wagons à commande hydraulique (tips).
- Les Bute Docks étant devenus rapidement insuffisants, d’autres grands bassins plus modernes ont été créés aux environs de Cardill : tels sont Barry Dock et Penarth Dock. La grande ligne du Gréai Western dessert la Rhondda Valley qui est reliée par un embranchement au Talf Vale Ry ; une autre ligne se dirige vers Cardiff et rejoint la ligne du Talï Vale à Penarth Dock ; il existe de plus des jonctions avec les chemins de fer Rhymney Valley et Brecon and Merthyr Rl On peut donc charger facilement à Barry les navires qui transportent les célèbres charbons des mines de Rhondda et d’Aber-dare. Les docks ont une surface totale de Tl4 acres (50 bect.) et environ 6 km de quais. Les cargo-boats peuvent entrer dans le bassin à toute heure, et très rapidement, grâce à une grande écluse qui mesure 197 m. de longueur, 19 m. 80 de largeur et 18 m. de profondeur. L’entrée qui précède l’écluse a 24 m. de largeur avec une profondeur d’eau variant de 8 m. 80 à 10 m. 40. Les docks de Barry sont armés de 37 hasculeurs élévateurs à wagons ou « tips » commandés hydrauliquement et munis chacun d’une grue Lewis Hunter. Sept de ces tips sont mobiles sur rails, ce qui permet de charger en même temps par tous les panneaux d’un navire. Des ponts bascules enregistreurs sont placés sur chaque voie d’arrivée des wagons ; des garages ayant plus de 160 km de développement avoisinent les gares. En 1912 on a chargé piès de 10 millions de tonnes de houille à Barry et on pourra y manutentionner facilement 13 millions de tonnes par an, caron vient de mettre en service le premier appareil d’une nouvelle série de « tips » armés de grues auxiliaires de 5 t. avec bennes anticasse de 5 tonnes.
- A Penarth Dock aboutissent les voies du Taff Vale Rv qu’empruntent les houilles des mines Fernrlale, Aberdare, Rhondda et Merthyr. On y trouve 26 élévateurs hauts de 21 m. 50 et permet-tant. d’embarquer jusqu’à 2000 t. à l’heure et par poste dans les cales d’un navire. La vitesse de levage est de 54 m. par minute pour les appareils récents.
- Il est très important de ne pas briser le gros charbon quand on le met en cale afin de ne pas diminuer sa valeur marchande. Il faut donc éviter autant que possible de laisser tomber la houille d’une hauteur supérieure à 1 mètre.
- On employait autrefois à cet effet des bennes anticasse de petite capacité, avec ouverture à déclic, qui donnaient des résultats assez satisfaisants.
- Aujourd’hui, les Compagnies de chemins de fer anglaises qui exploitent les docks à Cardiff, à Swansea, etc., emploient soit des grues munies de-grandes bennes anticasse contenant jusqu’à 12 t., soit des élévateurs hydrauliques à wagons avec cou-lottes spéciales.
- Souvent on embarque les 300 premières tonnes
- à la grue, au moyen de bennes, afin de constituer dans la cale un cône d’éboulement assez haut pour que l’on puisse ensuite appuyer le bec de la gouttière d’un élévateur. On a pu ainsi faire passer la capacité d’embarquement d’un poste de 75 t. à l’heure à 2000 tonnes.
- La benne Lewis Hunter, employée à Cardiff, est une boîte en tôle d’acier suspendue par deux chaînes el munie d’un fond mobile conique maintenu par une chaîne. Quand la benne est remplie, la grue la soulève au moyen d’une troisième chaîne et l’amène dans la cale près du tas en formation. On soulève alors le corps de la benne en tirant sur les chaînes de suspension et le charbon, glissant sur le fond conique que le poids du charbon sépare du corps de la benne, s’écoule doucement. On embarque ainsi environ 400 t. à l’heure. Pour vider les wagons de 10 t. dans la benne, on les amène sur des plates-formes à charnière dont le côté libre est soulevé par un cylindre hydraulique. Ce système est supérieur à celui qu’on employait autrefois à Cardiff et qui consistait à soulever un wagon plein et à le faire basculer devant l’écoutille. La chute de cette masse de 10 t. jusqu’au fond de la cale produisait une quantité considérable de poussier.
- Newport (200 000 hab.) est un autre point très important pour l’embarquement des houilles du Pays de Galles. Les Alexandra Docks de Newport comportent trois grands bassins avec 6500 m. de quais et une superficie de 125 acres (56 hect.) ; la grande écluse dernièrement construite (305 m. de longueur et 30 m. de largeur) donne accès aux bassins et notamment au dock Sud dont on a augmenté la surface d’eau et les capacités de chargement. Il existe à Newport 21 élévateurs Fielding et Platt dont quelques-uns peuvent enlever à 18 m. de hauteur une charge de 30 t. bien que les wagons, tarés à 8 t. ou 10 t., ne contiennent guère que 15 t. à 20 t. de houille, soit en tout 231. à 30 t. Newport exporte environ 4 millions de tonnes de houille, Swansea 5 millions, Port Talbot 1 200 000, Port Briton 150 000 et Llanelly 200 000, soit un total de 25 millions de tonnes pour le Pays de Galles. De Cardiff sorlent également 570 000 t. de briquettes; Newport en embarque 120 000 t. et Swansea 640 000 t. Les chemins de fer français et notre flotte consomment une grande partie de ce combustible spécial';;
- Le transport des charbons sur les réseaux anglaise vers les marchés de l’intérieur ou vers les pôrtS; d’embarquement, nécessite un immense matériel de locomotives et de wagons. Les machines affectées à ce service spécial sont à 6 ou à 8 roues accouplées (Minerai ClassJ avec ou sans tender. ;
- . Les wagons, en bois ou en tôle et fer profilés’ contiennent de 6 à 15 t. et 20 t. ; il n’y a que peu de matériel à grande capacité (supérieur à 8 t.) parce que les installations anciennes empêchent de modifier l’écartement des essieux et les charges tolérées pour les ouvrages d’art, plaques tournantes, etc.
- I II ne faut pas chercher dans le Pays de Galles les
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- grandioses équipements de puits qu’on admire dans le Nord de la France et en Allemagne. La houille très propre ne nécessite ni lavages ni criblages compliqués; la profondeur des couches d’extraction, encore faible, n’exige pas les puissantes machines de nos puits de Lens ou de ceux des sièges doubles de la Ruhr.
- Il est à souhaiter que le travail ne soit plus troublé dans le Pays de Galles, ni pendant la durée des hostilités, ni après la conclusion de la paix, car le bon fonctionnement d’une pareille industrie est une question vitale pour l’Angleterre et pour ses alliés. Ch. Véron.
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- Au cours de l’hiver dernier, alors que le canon tonnait sans interruption sur les cimes des Vosges, un grondement presque continu était perçu en divers points de la Suisse, fort éloignés des champs de bataille. À Zurich, par exemple, le phénomène était constant. Il était plus rare au voisinage de la Jungfrau ou sur les sommets des Alpes glaron-naises; encore y fut-il perçu par des observateurs peu sujets à l’illusion; et, comme, en présence d’un fait bien constaté, on ne saurait, sans exagérer la manie du doute, s’enquérir de sa possibilité, il ne reste plus, afin que notre curiosité soit satisfaite, qu’à en chercher l’explication.
- Pour celui qui nous occupe, une circonstance accessoire l’a singulièrement favorisé. Le vent soufflait de l’ouest et du nord-ouest, emportant avec lui les ondes sonores. C’est là un fait universellement connu, que le vent favorise, dans la direction où il souffle, la perception du son. Mais regardons-y de près, et nous verrons surgir une difficulté imprévue.
- Comparée à la vitesse du son, celle du vent est toujours faible; et pourtant l’effet en est notable. Au Pavillon de Breteuil, où j’habite, nous savons si le vent souffle du nord ou du sud, non point en voyant s’agiter les feuilles des arbres, mais en écoutant sonner les heures aux églises voisines. 11 nous arrive d’entendre avec force Bellevue, sans pouvoir même soupçonner Saint-Cloud, ou inversement. Pour que ce signe acoustique nous indique à lui seul la direction du vent, il faut que la vitesse de celui-ci soit faible, certainement inférieure à 5 m. par seconde, ou à 1/66 de la vitesse du son. Doublons pour tenir comple de la différence extrême, et doublons encore puisque l’intensité du son s’affaiblissant, dans un milieu homogène en repos, avec le carré de la distance, le transport apparent de la source qu'effectue le vent doit renforcer ou affaiblir le son dans la double proportion. Nous n’arrivons encore qu’à 1/16 environ, alors que pour qu’un son chqr soit amené au-dessous de la limite perceptible, il faut que son i ntensité soit affaiblie des milliers de fois.
- Assurément, la vitesse du vent augmente à mesure de l’éloignement du sol; mais, lorsqu’il atteint le dixième de la vitesse du son, il souille déjà en tempête. Ce n’est donc pas à l’idée simple de son transport sur les ailes du vent que nous pouvons rapporter l’explication désirée. Pourtant, le vent agit de façon indubitable. >ous en chercherons dans un instant le secret; mais, avant de le découvrir, nous lerons, au travers de l'acoustique, une excursion
- au cours de laquelle nous apparaîtront avec plus de clarté bien des notions généralement assez confuses.
- Diffraction et diffusion. — La texture d’une surface est liée, pour nous, au procédé que nous appliquons à son investigation. Les doigts délicats de la dentelière ou de l’aveugle découvriront des rugosités là où le terrassier trouvera une surface parfaitement lisse.
- De même, aucune image visuelle ne pourra se former par réflexion contre une surface susceptible d’engendrer un écho. La longueur d’onde du mouvement observé est, ici, la condition même du phénomène. Pour les lumières visibles, les longueurs d’onde sont de l’ordre du demi-millième de millimètre; pour les sons que perçoit notre oreille, elles peuvent être de 20 m., ou descendre jusque vers le centimètre. Pour la lumière, une surface ne sera parfaitement réfléchissante que si ses rugosités sont d’un ordre au plus égal au dix-millième de millimètre. Pour les sons les plus aigus, l'écho se produira si les rugosités atteignent quelques millimètres, et quelques mètres pour les sons très graves. Un mur en pierres brutes est, pour les sons ordinaires, un miroir parfait; un rideau d’arbres est un miroir médiocre, analogue, peut-on dire, à ce que serait, pour la lumière, un verre dépoli. Ainsi, les grandes ondes sonores ignorent les rugosités, que fouillent les minuscules ondes lumineuses.
- Cette conséquence des longueurs réelles des ondes par lesquelles se propagent les sons ou les rayons de lumière entraîne pour nous cet autre résultat, que peu d’images visuelles nous parviennent, alors que les sons, renvoyés par mille obstacles, nous arrivent en foule.
- Mais la physique nous enseigne d’autres consé-quencesnon moinscurieusesdumêmefaitprimordial.
- Au bord d’un obstacle, une onde se rcploie, ou se diffracle, comme disent les physiciens, et cette diffraction est d’autant plus intense que la longueur d’onde du mouvement est plus grande; de telle sorte que, pour les ondes lumineuses, le phénomène est pour ainsi dire exceptionnel, alors qu’il forme la règle pour les ondes acoustiques. Plus exactement, pour percevoir la diffraction des ondes lumineuses, il faut être averti et disposer l’expérience en vue de la faire apparaître, et il faut également réaliser artificiellement les conditions d’investigation, pour que la diffraction des ondes acoustiques ne couvre pas complètement le phénomène observé. La lumière, le plus souvent, suit son
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- chemin rectiligne, le son, au contraire, remplit tout l’espace ambiant.
- Mais il est une autre notion, à laquelle on pense rarement, peut-être parce qu’elle est de simple bon sens, et ne fait aucun appel à des connaissances scientifiques. La perception d’une image implique une simultanéité, celle d’une mélodie ou d’un discours, une succession. Dans une salle obscure, des projections faites sur un écran placé derrière les spectateurs seront perdues pour eux. Mais, si ces projections sont limitées à des éclairements successifs par des lumières diversement colorées, ils percevront la succession de ces lumières, et pourront en nommer la couleur. Pour cela, la diffusion sur l’écran et sur le plafond de la salle ou sur ses parois donneront aux observateurs une documentation complète.
- Si donc,pour voir un paysage, par exemple, il nous suffisait de percevoir successivement des couleurs, le domaine de la vision serait immensément accru.
- Tel est le cas pour le domaine, très privilégié, de l’audition. Le fait que celle-ci se produit par une succession d’impressions et non par leur simultanéité permet de recueillir toutes les actions diffuses qui nous parviennent, et non seulement celles qui peuvent former pour ainsi dire une image.
- Voilà donc les raisons pour lesquelles le son peut sc répandre utilement pour nous dans l’espace, alors que la lumière en est non seulement empêchée par sa moindre diffraction, mais encore nous est peu utile lorsqu’elle ne forme pas une image, c’est-à-dire une simultanéité, bien ordonnée dans l’espace, d’impressions lumineuses.
- La limitation de l'atmosphère. — Le son OU la lumière se répandent, dans un espace homogène, en s'affaiblissant proportionnellement au carré de la distance. Mais, lorsque le milieu n’est pas homogène, la loi d’affaiblissement se modifie. Ainsi, en conduisant des sons faibles par un tuyau acoustique les guidant sans qu’ils puissent s’échapper, nous les transportons à des distances auxquelles ils ne parviendraient pas à l’air libre.
- Un son intense est perceptible sans artifices à plusieurs kilomètres; or, pour de semblables distances, l’atmosphère n’est plus un milieu indéfini ;
- elle est limitée par le haut et par le bas, et le son s’y propage comme dans une lame plus ou moins épais«e. Après 20 ou 30 km, la lame peut être considérée presque comme si elle était mince. L’onde sonore s’épanouit non plus en une sphère, mais en un cylindre. La décroissance de l’intensité n’est plus alors proportionnelle au carré de la distance; elle obéit à la loi simple de la distance. Si donc le son a parcouru une centaine de kilomètres, il ne faudra pas trop s’étonner de lui en voir franchir cent autres ; si aucun phénomène accessoire n’intervient, il s’affaiblira seulement de moitié.
- C’est ainsi qu’en 1883, l’onde provoquée par l’explosion du Krakatoa s’inscrivit, à Paris, sur les barographes de l’Observatoire : une fois après le
- parcours direct, par l’Asie et l’Europe, l’autre fois par une voie plus longue, à travers l’Amérique et les Océans.
- Onde d'explosion et onde de choc. — C’est là une question entièrement différente de celles que nou^ venons de traiter. Il y a une trentaine d’années, les capitaines (aujourd’hui généraux) Journée, de La-bouret et Sou-chier, de l’École de tir de Châ-lons, découvrirent un singulier phénomène, qu’ils énoncèrent en disant que les projectiles à grande vitesse transportent l’explosion. Le phénomène était bien observé, mais l’explication en était insuffisante. En fait, un projectile, dont la vitesse est sensiblement supérieure à celle du son, produit, à son passage, un claquement sec, que l’on peut assimiler à un éclatement.
- Analysons ce qui se passe autour du projectile. Sa brusque arrivée en un point quelconque de la masse d’air ambiante produit un refoulement, qui se propage en ondes sphériques, dont l’enveloppe est un cône de révolution autour de la trajectoire. C’est ce cône, dont les admirables photographies de Mach, de Boys, de Broca et Kiliani, nous ont fait connaître les particularités, et que représentent, en une section axiale, les lignes partant de la tête et du culot de la balle, dans la photographie ci-jointe, queM. C.-V. Bo\sm’aremiseily a plus de vingt ans.
- Quelques détails relatifs au procédé par lequel a été obtenue cette extraordinaire image, ne seront
- Balle de fusil prise au vol (photographie de M. C.-V. Boys). La balle, touchant deux fils de plomb, provoque l’éclatement d’une étincelle, qui projetlesur laplaque photographique, en même temps que l’image de la balle, celle des ondes aériennes qu’elle engendre par son passage.
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- point inutiles. Il ne saurait être question d’appliquer, à la photographie d’un projectile, les méthodes ordinaires de la prise dite instantanée. Pour qu’une balle saisie au vol donne une image nette, il est nécessaire que, pendant la durée de la pose, son déplacement soit, au plus, de l’ordre du dixième de millimètre. Si, pendant ce parcours, on devait découvrir et recouvrir un objectif dont l’ouverture fût seulement de 10 mm, l’obturateur devrait posséder une vitesse moyenne 200 fois supérieure à celle de la balle. Il constituerait donc lui-même un projectile extrêmement destructeur.
- La photographie ci-dessus a été obtenue par la simple projection de la balle passant devant la plaque photographique, et provoquant l’éclatement d’une étincelle électrique. Pour cela, la halle touche simultanément deux fils de plomb, prolongeant les fils de cuivre du circuit, dont elle annule ainsi un des intervalles. L’étincelle éclate dans l’autre intervalle, étincelle de faible puissance, réalisée de telle sorte que celle qui éêlate nécessairement contre la balle ne puisse pas voiler la plaque. Mais cette étincelle suffit pour en provoquer une deuxième, dans un circuit ayant, en commun avec le premier, l’intervalle dans lequel éclate l’étincelle excitatrice! La deuxième étincelle est puissante, car elle décharge une forte capacité; elle est de courte durée, le circuit ayant été fait, à dessein, aussi peu inductif que possible.
- La photographie de la halle, en dehors de la difficulté vaincue, ne présente, en elle-même, aucun intérêt; tous les phénomènes curieux sont ceux qui se passent dans l’air ambiant.
- D’abord, à l’arrière du projectile, un sillage analogue à celui que forment les bateaux; puis, surtout, en tête et en queue, comme il vient d’être dit, les enveloppes coniques des ondes subitement provoquées dans l’air par l’irruption du projectile.
- Considérons une section perpendiculaire à la trajectoire. Elle fait apparaître une zone circulaire dans laquelle l’air, refoulé par la b.dle, possède une’dènsité supérieure, et, par conséquent, un indice de réfraction plus élevé que celui de l’air ambiant. Un rayon lumineux abordant cette zone à sa limite inférieure ou supérieure est réfracté vers l’intérieur, et laisse apparaître, par son éloignement du bord de la zone, la ligne noire qui possède sur la photographie une si remarquable netteté; ët la lumière renvoyée vers l’intérieur y produit, au contraire, en contact avec la ligne noire, une bande claire qui l’accompagne dans toute sa longueur.
- Au bas de la figure, ainsi que dans l’angle supérieur droit, on voit la silhouette de feuilles de tôle, disposées de manière à créer des obstacles à la propagation des ondes. Le dernier est abordé sensiblement à angle droit, et n’engendre aucun phénomène nouveau. Le premier, au contraire, a brisé les ondes, qui se réfléchissent suivant les lois ordinaires. Au bord de l’écran, on remarque une diffraction bien nette.
- Un projectile passant au voisinage d’un obser-
- vateur, si sa vitesse est supérieure à celle du son, signale sa présence en un point déterminé de l’espace, avant que l’ébranlement produit dans l’air en aucun point antérieur de la trajectoire ait pu rejoindre le projectile ou aucun point voisin. Ces ondes émises antérieurement arriveront plus tard, et on croira entendre un projectile siffler en retournant vers l’arme d’où il est issu. Le même phénomène se produit pour les points de la trajectoire atteints ultérieurement. Ainsi, le projectile serm blera naître en un point de l’espace et se diviser en deux morceaux, qui parcourent la trajectoire en sens inverse; mais, du point où il est apparu d’abord, viendra à l’observateur un claquement que l’on pourra prendre pour une explosion.
- C’est ainsi que notre regretté ami E. Durand-Gréville expliqua, dès l’année 1886, l’apparente explosion des bolides, fréquemment affirmée, avec cette particularité que, dans un parcours qui pouvait comprendre plusieurs dizaines dekilomèlres à faible distance du sol, chaque observateur avait distinctement entendu l’explosion au-dessus de sa tète, et, de chaque endroit une partie du bolide, d’ailleurs invisible, était retournée en arrière.
- Ce phénomène n’iniervient qu’indirectement dans la question de la propagation à grande distance, qui nous a occupés jusqu’ici; il fallait néanmoins le mentionner, en disant que, dans l’audition des coups de fusil, il a été la source de nombreuses illusions.
- Le mirage. — Nous nous sommes éloignés beaucoup du bruit du canon et de sa propagation lointaine ; il est temps d'y revenir.
- Le vent, ai-je dit, favorise certainement la propagation du son, mais un calcul élémentaire nous a montré que l’hypothèse d’un simple transport est certainement insuffisante.
- Souvenons-nous toutefois que la vitesse du vent s’accroît régulièrement à.mesure que l’on s’éloigne du sol. Il doit en résulter ce fait, qu’une onde marchant avec le vent, et dont le front est primitivement vertical, doit gagner à sa partie supérieure de manière à s’infléchir vers le bas. C’est exactement le phénomène du mirage, non point suivant l’explication longtemps classique de Monge, mais conforme à ce que les physiciens admettent aujourd’hui.
- ür, .la direction de la propagation est perpendiculaire au front de l’onde. Un rayon acoustique marchant avec le vent, et primitivement parallèle au sol, est rejeté.vers le bas. Si, au contraire, il se propage dans le sens opposé au vent, il est renvoyé vers le haut.
- Que faut-il en conclure? Certainement ceci : lorsque le vent porte .le son, les observateurs au sol le perçoivent avec une intensité grandement accrue; lorsqu’il se propage contre le vent, il est rejeté vers la haute atmosphère (*).
- 1. Une vérification serait intéressante : un observateur en ballon devrait percevoir mieux les sons marchant contre le vent que ceux que celui-ci emporte. Le mouvement même du ballon, supposé libre, élimine en plus grande partie l’effet du transport élémentaire.
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- Mais le mirage du son peut avoir une autre cause. Sa vitesse dépend de la température du gaz, et augmente de 1/546 de sa valeur à 0° pour chaque degré dont cette température s’élève. Un écart de température de 10 degrés correspondra donc à un vent de 6 m. par seconde environ, avec cette différence que l’action du vent s’inverse, comme nous venons de le voir, avec son sens par rapport à celui de la .propagation du son, alors que, dans des couches d’air de température croissante ou décroissante, le sens de l’inllexion du son est toujours le même, quel que soit le sens de sa propagation. Un son parti horizontalement descendra si la température de l’air s’élève lorsqu’on s’éloigne du sol, et inversement. L’importance du vent pour le rabattement des ondes sonores, rapprochée des nombres qui viennent d’être rappelés, nous donne à penser que la répartition de la
- température dans l’atmosphère est un facteur souvent capital du mirage des sons. Les gens du front savent que, dans les jours de grand soleil, le son du canon n’est entendu qu’à faible distance; ce qui vient d'être dit en rend parfaitement compte.
- Nous tenons maintenant l’explication cherchée : diffraction des sons, utilisation des phénomènes diffus, limitation de l’atmosphère, qui la fait agir comme une lame mince pour des sons de grande intensité, enfin rabattement vers le sol par le vent favorable ou par uoe répartition particulière de la température de l’air.
- Puisse ce délicat problème, comme tous ceux que la guerre pose à nos esprits, n’être bientôt plus, pour nous, qu’un douloureux souvenir.
- Ch.-Ed. Guillaume,
- Correspondant de l'Institut.
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- Les fils de fers barbelés jouent un rôle important dans la lutte qui ensanglante l’Europe, et les communiqués officiels y font de fréquentes allusions. On attribue l’invention de ces engins de défensive militaire, à un vétéran de la guerre de Sécession, le colonel Elbridge. D’après le récit d’un de ses amis, cet Américain aurait réalisé pratiquement son « bar-bed-wire » au moyen des épingles à cheveux de sa femme. Mais il en gaspillait tant, au cours de ses essais, que sa compagne lui reprochait souvent une aussi inutile dépense.
- « Ne crie pas, répon-dit-il, ces épingles nous conduiront à la fortune ! » En effet, après de pénibles débuts, son invention eut un succès considérable auprès des fermiers des États-Unis pour clôturer leurs champs et leurs pâturages. Aussi, lors de la fondation du trust de l’acier, Pier-pont-Morgan racheta au colonel Elbridge ses usines et ses brevets pour 50 millions de francs.
- Toutefois le mérite d’avoir appliqué, pour la première fois, cette ronce artificielle aux usages des armées en campagne, revient aux commandos boers du Transvaal. En Mandchourie, Russes et Japonais s’en servirent couramment. Plus près de nous, dans les guerres balkaniques, les Ottomans comme les Bulgares eurent recours à ces fils de fer tordus et
- hérissés de pointes métalliques, de place en place, afin de retarder l’élan de leurs ennemis.
- Aujourd’hui devant les tranchées et autres fortifications passagères de Belgique, de France, de
- Russie, de Serbie, d’Italie et de Turquie, on a tendu des milliers de kilomètres de ronce artificielle qui, combinée avec des trous de loups, des troncs d’arbres abattus, des chevaux de frise, des grillages et autres obstacles constituent des pièges dans lesquels les combattants s’empêtrent au cours des attaques. Si l’artillerie n’a pu les détruire, il leur faut les cisailler pour pouvoir passer et pendant cette opération, les mitrailleuses déciment les soldats à bout portant.
- Voyons donc comment se confectionnent ces en-
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- gins. Les tréfileries livrent le fil en bottes ou en couronnes aux fabricants, et, lors de son arrivée dans leurs usines, ils le mettent sur le dévidoir conique de la machine à bobiner. Un petit chariot alternatif disposé au-dessous de la bobine conduit le fil dans toute la longueur de celle-ci. Ces bobines ainsi préparées fournissent un des fils nécessaires à la fabrication de la ronce ou du grillage mécanique. La préparation du deuxième fil nécessite la machine, dite « à ressorts montés » en termes techniques, parce qu’avgc elle on réalise des boudins à plusieurs spires superposés constituant
- Durant près de 25 ans, les manufacturiers anglais monopolisèrent cette fabrication, mais aujourd’hui la France les concurrence sérieusement. En principe, les rouages de ces machines produisent le grillage grâce à deux fils de fer qui se lordent alternativement à droite et à gauche pour former des mailles dont les grandeurs courantes varient entre 10 et 70 millimètres.
- La marche des divers modèles de ces métiers peut se résumer de la façon suivante. Chacune de ces machines se compose d’un solide bâti portant à une de ses extrémités un arbre de couche sur
- Fig. 2. — Machine à fabriquer la ronce artificielle ou fil de fer barbelé.
- magasins. Ces boudins se font suivant leur destination au moyen du fil en botte ou déjà bobiné. Un chariot sert à régulariser l’avance du fil au fur et à mesure de son enroulement sur une tringle. La grosseur de ces boudins varie, du reste, selon les méliers à grillages qu’ils doivent alimenter. De leur côté, les bordures ou câbles à deux fils, qu’on met aux extrémités des rouleaux de grillage afin de les rendre rigides, se fabriquent avec des machines spéciales.
- Quant aux métiers qui produisent le grillage mécanique à trois torsions qu’on dispose sur le rebord des tranchées pour se garantir des grenades à mains, ils sont d’invention récente puisque les premiers brevets remontent seulement à 1855.
- lequel viendra s’enrouler le treillage. Sur le derrière du métier, dans des broches fixées sur un plancher, l’ouvrier dispose des bobines en nombre proportionnel à la largeur du grillage désiré, en ayant soin de remplacer le premier et le dernier fil par de la bordure dont nous avons décrit précédemment le mode d’obtention, f ils et bordures passent d’abord dans un peigne et dans des rouleaux compensateurs situés sous le châssis, puis dans des pièces mobiles ou pignons que supportent en haut et en bas, des traver>es appelées glissières et ils rejoignent finalement le deuxième fil placé à l’avant sous forme de ressort. Des tubes mobiles maintiennent ce boudin entre les glissières.
- Pour commencer un de ces grillages, qui protè-
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- FILS DE FER BARBELÉS ET GRILLAGES POUR TRANCHÉES =z 173
- gent nos fantassins contre les bombes et les grenades à mains, on attache les fils et bordures sur des fiches fixées au rou'eau entraîneur. L’écartement de ces dernières correspond à la grandeur de la maille choisie. Cela fait, l’ouvrier met le métier en mouvement. A chaque tour, le rouleau entraîne les fils d’une longueur de mailles. Alors, pendant un court arrêt convenablement calculé et qui se renouvelle à chaque tour, les pignons tournent sur eux-rnêmes en enroulant trois fois les fils. Après sa fabrication, on galvanise le grillage afin de souder toutes les mailles entre elles et d’empêcher l’oxydation.
- Regardons fonctionner cette machine afin de nous rendre mieux compte de son original mécanisme. Suivons le petit couteau qui détermine le placement du picot sur l’un des fils de la ronce. Un excentrique amène le fil de picot dont une sorte de doigt provoque le double enroulement, puis le sectionne en biais afin de former la pointe piquante. Durant le mouvement continu de torsion, le fil contenant le picot avance de 5 ou de il centimètres (ronce rapprochée ou ordinaire), à l’aide d’une came, tandis que le picot suivant ne s’enroule sur le même fil que quand ce dernier a parcouru la distance d’écartement voulue.
- Fig. 3. — Disposition des Jbobines sur le derrière du métier à grillage.
- Avant la guerre, le grillage mécanique à trois torsions s’employait surtout pour les clôtures de jardins, de basses-cours, des chasses, etc. Pour les entourages de champs et de pâturages, on lui préférait la ronce artificielle qu’on attache sur des poteaux en bois ou en fer. Cette ronce se fait au mojen d’une machine fort ingénieuse ayant pour but de câbler trois fils galvanisés. Deux d’entre eux constituent le corps; le troisième sert à faire les picots, c’est-à-dire le nœud piquant. En cours de marche, ces picots s’enroulent automatiquement sur l’un des fils qui, grâce à des galets, va rejoindre le second. La torsion s’opère alors et la ronce terminée s’enroule sur un cadre, qui facilitera son déroulage ultérieur.
- La destruction des fils de fer barbelés est une des conditions essentielles d’une attaque de tranchée : c’est le rôle de l’artillerie et surtout des bombes de tranchées, obus Dumézil et autres, que de petits crapouillots envoient à 400 ou 500 m. et qui contiennent 30 kg d’explosif.
- Dans le cas particulier des fils de fer, il est inutile d’avoir des obus à parois épaisses, car c’est l’effet de souffle de l’explosif qui agi! et non les éclats métalliques.
- Un obus Dumézil nettoie un réseau de fils de fer sur une largeur de 50 m. environ ; c’est la brèche par laquelle l’attaque devra passer.
- Pour rendre plus difficile cette destruction des défenses avancées des tranchées, on a, depuis quel-
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- FILS DE FER BARBELES ET GRILLAGES POUR TRANCHEES
- ques mois, généralisé l’emploi des réseaux Brun dont la ligure 5 montre un des éléments.
- Fig. 4. — Organisation d’un village de Lorraine par nos soldats immédiatement après sa capture.
- Imaginez deux boudins, de très large diamètre, de 1 m. 5 parfois, en fil de fer de 3 mm, enroulés en sens inverse et enchevêtrés. Il y aura évidemment des points de croisement des spires inverses des deux boudins. En ces points, on fait une ligature ; le réseau est constitué.
- On fixe la première spire devant la tranchée par un piquet spécial que nos poilus ont baptisé « grenouille » et saisissant l’autre extrémité du boudin, on l’étend parallèlement à la tranchée en tirant légèrement dessus et on le fixe de distance en distance au sol par des « grenouilles » Fl%‘
- intermédiaires.
- La manœuvre est
- très analogue à celle que l’on fait lorsque saisissant un faible ressort à boudin, on l’allonge par traction. On place devant la tranchée deux ou trois de ces boudins et on a constitué ainsi en quelques
- minutes, gros avantage, une défense de tout premier ordre. En effet, l’action de l’artillerie et des
- explosifs est toute différente sur les réseaux Brun, de ce qu’elle est sur les réseaux à. fil de fer barbelé ordinaires.
- Plus l’ennemi hache ces défenses par la mitraille plus les divers tronçons s’enchevêtrent, formant un fouillis inextricable sur lequel viennent se briser les attaques ennemies.
- Le fil de fer barbelé coûte environ 8 francs les 100 mètres et si on songe à la multiplicité des réseaux tendus sur tous les fronts des armées alliées ou austro-allemandes, on voit que ce minime acces-encore fort cher aux
- soire de défense revient belligérants.
- Organisation de la défense d'une tranchée allemande enlevée par nos soldats.
- Quant au grillage pour tranchées, son prix est naturellement beaucoup plus élevé, mais il s’emploie en bien moins grande quantité.
- Jacques Boyer.
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- ARMEMENTS ET INVENTIONS D’APRÈS LA PRESSE ÉTRANGÈRE
- Les mitraillleuses dans la guerre actuelle. — L’aviation russe.
- Les dirigeables anti-zeppelins. — Les torpilles d’aviation.
- - 'L’attention de tout le monde civilisé est en ce moment fixée sur le formidable'conflit européen et les colonnes des journaux étrangers sont occupées par des réflexions, des informatiqns plus ou moins sensationnelles sur l’armement présent et futur des belligérants. Il est intéressant de les parcourir,- car ceux qui sont loin de la fournaise voient souvent plus juste et ont une liberté d’action et d’information qui nous manque trop souvent.
- C’est ainsi que le Daily ' Mail a publié récemment un très intéressant article de M. V. -Williams sur. la mitrailleuse dans .la guerre actuelle. .
- On a dit, avec raison, que :'lés: Anglais tenaient les tranchées avec l’infanterie, les Français avec l’artillerie ; les Allemands avec les mitrailleuses. La méthode de guerre la plus économique au point de vue des vies humaines est celle qui réduit 1’elïectif dans les tranchées de première ligne, au minimum capable d’arrêter une attaque d’infanterie. Les guerres précédentes ont donné naissance au fusil à longue portée, à tir très rapide, pouvant arrêter net une attaque à courte distance. La mitrailleuse équivaut à une centaine de fusils réunis en une seule machine simple et deux hommes armés d’une mitrailleuse peuvent arrêter toute une brigade. Le correspondant de guerre du Frankfurter Zeitung a donné à ce sujet des renseignements très intéressants sur le rôle des mitrailleuses adjointes à la cavalerie allemande pendant la marche sur Paris.
- Après la chute de Liège, deux bataillons de chasseurs à six compagnies, dont une compagnie cycliste et une compagnie de mitrailleuses furent adjoints à la cavalerie.
- Les corps des mitrailleurs sont attachés aux brigades comme le sont les divisions d’artillerie, ce qui accroît singulièrement leur utilité, puisque leurs mouvements sont dirigés par les besoins généraux de toute la situation et qu’elles peuvent être jetées en grand nombre dans la bataille au point où il convient d’arrêter l’ennemi à tout prix. C’est ainsi qu’à Cattenières, dans le Nord, un seul bataillon de chasseurs employa 21 mitrailleuses sur un front de 1 km pour arrêter un bataillon anglais.
- La.milrailleuse n’est cependant pas le dernier mot de la balistique moderne. Le fusil automatique la surpasse dans la même proportion que les canons surpassent le fusil ordinaire. C’est en fait une petite mitrailleuse capable de tirer 250 à 5.00 coups à la minute et assez légère pour pouvoir être portée par un homme seul dans une avance d’infanterie. Une vingtaine d’hommes par bataillon, armés de fusils automatiques, augmenteraient considérablement la puissance d’attaque et pourraient se rendre maîtres des mitrailleuses sur lesquelles les Allemands comptent exclusivement pour arrêter l’ennemi.
- En Amérique, les questions d’armement qui passionnent le plus l’opinion publique, sont celles relatives à la guerre sous-marine (nous en avons déjà parlé lors de la description du sous-marin de Simon Lake) et à la guerre aérienne.
- Dans le Army and Nuvy Journal du 7 août, nous détachons les très intéressants renseignements suivants sur l’aviation allemande comparée à l’aviation russe.
- Au début de la guerre, il y avait environ 800 aéroplanes en Russie et 1000 en Allemagne. Mais l’Allemagne avait environ 1000 aviateurs bien entraînés, tandis que la Russie n’avait guère ue 4(J0 pilotes dont beaucoup
- ignoraient ce que doit savoir un aviateur militaire. Les aéroplanes russes étaient de nombreux types différents, de sorte que les pilotes ne pouvaient monter tous les appareils. Beaucoup aussi étaient des monoplans légers qui n’avaient que des moteurs de 50 chevaux qu’il fallut immédiatement réformer. Pendant un certain temps on ne put utiliser un certain nombre de grands aéroplanes Sikorsky parce qu’il leur fallaitde vastes terrains pour s’élever ou atterrir. — Les aviateurs russes, mauquant d’expérience, ne sortaient que rarement et voyaient peu de' choses ; les aviateurs allemands patrouillaient sans cesse et rapportaient, sur les positions russes, des renseigne-, ments détaillés.
- Actuellement, la situation s’est améliorée pour nos amis, qui disposent de grands biplans blindés, transportant un pilote, un observateur, une mitrailleuse et un chargement de bombes à 150 km à l’heure. En Amérique on construit pour la Russie un certain nombre d’hydravions type « America ». . -
- La défense contre les zeppelins a fait l’objet de nombreuses inventions dont la dernière, celle de l’Américain Thomas Rutherford Macmechan, mérite d’être signalée.
- C’est un destroyer aérien de 70 m. 15 de long, dont la charpente est en bois et il a l’apparence d’une grande torpille, marchant, à 96 km à l’heure et tirant une torpille aérienne.
- Ces petits dirigeables sont munis de 2 moteurs légers et ne portent que 4 hommes d’équipage. Ils sont destinés à la défense du territoire britannique. Leur rayon d’action est relativement faible, 120 km, et la durée du vol ne pourra dépasser 2 heures. Chacun d’eux sera dirigé entièrement par le pilote qui disposera à cet effet d’une série d’appareils de manœuvre agissant sur les gouvernails et les moteurs. La nacelle n’est pas suspendue en dessous du dirigeable, mais fait partie intégrante de la charpente de bois qui recouvre 14 ballonnets remplis d’hydrogène. La charpente longitudinale est recouverte de minces lames de bois de pins du Canada et d’une étoffe imperméabilisée imprégnée d’une substance métallique qui lui donne au soleil un éclat qui rend l’appareil très peu visible et-difficile à prendre comme cible.
- Vers le milieu, de juillet les journaux américains annonçaient l’invention par l’amiral Ficke d’une torpille aérienne très puissante qu’on pourrait lancer d’un aéroplane et diriger au moyen d’ondes hertziennes. Plus récemment la Compagnie Willonghby, à Newport, à construit un hydravion spécialement établi pour porter les engins de l’amiral.
- Cet avion, de grandes dimensions, est muni de 2 flotteurs èt son hélice est à l’avant. Entre les deux flotteurs se trouve le logement de la torpille. L’appareil volera aussi près que possible de la surface de la mer et on libérera les deux extrémités de la torpille à la fois, ce qui, paraît-il, permettra d’avoir plus de justesse. L’avion aura un moteur de 80 chevaux et une envergure de 14 m. •
- A ceux qui seraient tentés de mépriser ces inventions il suffit de répondre que la guerre est une grande inspiratrice et qu’il y a sept ans seulement que Wright, pour la première fois, réalisa un vol de quelques mètres avec un plus lourd que l’air.
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- LES NOUVEAUX TELEPHONES SANS FIL MARCONI
- des navires de guerre italiens
- La radiotélégraphie rend de nombreux services aux belligérants pour leurs opérations navales. Les sous-marins allemands, communiquent soit entre eux, soit avec leurs centres de ravitaillement, au moyen des appareils qu’ils portent tous. Les navires de la flotte italienne sont très bien outillés sous le rapport radiotélégraphique : Marconi dirige en personne les services de télégraphie et de téléphonie sans fil militaire de l’autre côté des Alpes, sous les ordres du duc des Abruzzes. Le grand physicien bolonais a récemment imaginé un nouveau téléphone sans (il, qui permet de transmettre les ordres, à travers l’espace et de vive voix, aux diverses unités de l’escadre. La réalisation d’un tel
- une si grande portée. Son téléphone sans fil ne fonctionne qu’aux petites distances, entre des navires en mer distants de 30 milles et porteurs d’antennes aériennes de 30 mètres environ. A l’inverse des appareils ordinaires dont le mince diaphragme provoque des distorsions de la voix, le téléphone sans fil Marconi reproduit très clairement la parole et augmente même l’intensité des sons émis. Le transmetteur se compose d’une soupape spéciale en dérivation avec les condensateurs que l’on aperçoit sur la figure et les bobines de self-induction et qui détermine une succession d’oscillations. L’énergie ondulatrice produite dans le circuit de haute fréquence est d’amplitude constante, onn’en-
- appareil ne fut pas chose aisée, car le problème de la téléphonie par ondes hertziennes apparaît singulièrement plus complexe que celui de la télégraphie sans fil. L’organe émetteur des ondes entretenues très rapprochées ou d’une succession d’ondes ininterrompues, ne doit ni déformer ni altérer le son fondamental qui constitue le fond de la parole articulée et l’ensemble des harmoniques accompagnant ces mêmes sons. Ce transmetteur se compose de deux parties principales : un générateur d’ondes entretenues et un système capable d’épouser les variations de la radiation électromagnétique de l’antenne selon les modulations de la voix afin d’en permettre la reproduction lointaine.
- Poulsen obtint des ondes entretenues au moyen de l’arc électrique et, il y a deux ans, Yanni, en utilisant le principe du générateur à eau découvert par son compatriote Moretti,-parvint à transmettre la parole et le son d’un microphone de Rome à Tripoli (1000 km environ) avec une puissance d’un kilowatt seulement.
- Le nouvel appareil de Marconi ne possède pas
- tend aucun son dans le récepteur en temps normal.
- La variation nécessaire pour transmettre les modulations de la parole se réalise au moyen d’un microphone ou amplificateur de sons. En outre, un système de connection spécial permet de placer cet instrument et le récepteur téléphonique dans la chambre du capitaine ou dans la salle des cartes tandis que l’appareil lui-même reste dans la cabine de télégraphie sans fil. Le commutateur se manœuvre à distance et après chaque opération, on peut, grâce à lui, remettre l’instrument dans la position d’attente de la prochaine transmission.
- Un accumulateur de 80 ampères-heure, disposé pour un débit à bas voltage, sert à chauffer les filaments des soupapes et 4 piles sèches réunies en série élèvent le courant au moyen d’un transformateur à la tension de 500 volts nécessaires pour faire le vide dans la soupape de transmission; 10 à 20 milliampères suffisent à assurer le fonctionnement habituel, pour usage intermittent.
- Jean de la Cerisaie.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2190. ... 18 SEPTEMBRE 1915.
- LA VIANDE CONGELÉE DANS L’ALIMENTATION DE NOS TROUPES
- La viande constitue la base de l’alimentation des armées. En temps de paix, le troupeau national fournit une quantité largement suffisante de viande fraîche, d'autant plus que l’absorption des viandes de conserve, peu prisées, il est vrai, du troupier français, contribue à réduire les besoins journaliers.
- Mais la situation s’est modifiée totalement depuis la déclaration de la guerre; on a d’abord procédé à des abatages considérables de bœufs et de moutons, puis on s’est aperçu que cette façon de procéder entraînerait la disparition rapide du cheptel et c’est au nom de sa conservation que l’Administration militaire a entrepris l’introduction des viandes congelées en France. Dans le camp retranché de Paris, des installations prévues dès le temps de paix dans les industries du froid : brasseries, glacières, etc., étaient mis en état de fonctionner en vue de la congélation et de la conservation i de la viande congelée, avant la fin du mois d’août 1914.
- Mais les besoins du camp retranché de Paris ne représentaient | qu’une part re- j lativementbien faible de l’alimentation générale. C’est I celle-ci qu’il fallait assurer.
- Or, seuls quelques entrepôts militaires : un dans le camp retranché de Paris et quelques autres dans les principales places fortes de l’Est pouvaient faire de la congélation et de la conservation.
- L’Administration de la Guerre s’est mise au travail à la fin du mois d’août 1914 et, dès le 1er novembre suivant, les envois sur le front ont commencé. Ils ont pris rapidement une importance telle qu’actuellement 600 tonnes de viandes congelées sont journelhmerit expédiées et consommées. Ces viandes proviennent en grande partie de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l’Amérique du Sud; le Canada, Madagascar et le Sénégal fournissent le complément. Elles sout apportées presque toutes par la flotte frigorifique anglaise, constituée depuis longtemps, et capable d’importer par mois au moins 60 000 t. L’armement français n’intervient dans ces transports qu’avec cinq vapeurs des Chargeurs Réunis apportant seulement environ 1200 t. par mois et trois navires de la Compagnie Havraise n’apportant que 200 t. à peine tous les deux mois.
- Les apports étant assurés et les contrats passés avec les fournisseurs, il fallait organiser la réception des viandes et leur expédition aux armées. Pour les recevoir, dans les ports pouvant donner accès aux vapeurs frigorifiques, qui sont en général de très grands navires, il était nécessaire de posséder des entrepôts frigorifiques suffisants. Trois ports seulement ont pu satisfaire à ceLte condition : encore a-t-il été nécessaire d’exécuter d’importants travaux pour augmenter et améliorer les entrepôts frigorifiques qui s’y trouvaient, et dans lesquels on peut emmagasiner actuellement 2000 t. de viande.
- Les expéditions ont pu se faire, au cours de l’hiver, dans des wagons ordinaires, et, pendant ce temps, il a fallu se préoccuper de la création du matériel indispensable pour les transports de l’été. Des études et des expériences ont été poursuivies
- dans ce but depuis le mois d e décembre 1914 jusqu’au mois de mars 1915, sous la direction de M. le général Abaut aidé par M. Bénard, professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux, et l’ingénieur Pi t-tiot, afin d’établir un type de wagon convenable et les conditions de son emploi. Le wagon dont la construction a été décidée est complètement isolé par une couche de liège ou de tourbe desséchée, de 15 cm d’épaisseur, renfermée dans une double paroi protectrice des côtés, extrémités, du plancher et de la toiture, ainsi que la porte elle-même qui possède, en outre, un mode de fermeture hermétique. Dans les wagons de ce modèle, les viandes congelées peuvent se conserver pendant 5 ou 4 jours, même pendant les grandes chaleurs, sans décongélation sensible.
- Néanmoins, pour être en mesure d’augmenter encore celte durée si cela était nécessaire, l’Administration de la guerre a pris des dispositions pour refroidir les wagons, avant de les charger, soit au moyen d’un courant d’air à — 14° ou —15°, soit, pour certains d’entre eux, par une circulation de saumure dans des radiateurs. On pourrait ainsi augmenter d’au moins 48 heures la durée du transport sur voies ferrées. De plus, afin de rendre cette durée pour ainsi dire pratiquement illimitée, il a été organisé, dans des conditions qui seront
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- Fig. i. —
- Fig. i. — Dépôt de viande frigorifiée.
- 43” Année. — 2’ Semestre.
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- LA VIANDE CONGELEE DANS L’ALIMENTATION
- indiquées plus loin, des trains entiers dans lesquels les wagons peuvent être constamment maintenus à une température inférieure à 5° au-dessous de zéro. On a ainsi de véritables entrepôts frigorifiques sur roues.
- Dans ces conditions, les viandes arrivent sur le front, quelles que soient les circonstances atmosphériques, en parfait état] de congélation. Elles sont immédiatement déchargées et placées sur des voitures automobiles qui les transportent dans les cantonnements où les voitures régimentaires viennent les prendre.
- Cette organisation fonctionne actuellement avec son plein effet, à tel point que l’on n’a pas hésité à proposer la fourniture de la viande congelée à la population civile. La Chambre des Députés avait accepté le projet présenté par le Gouvernement, puis la Commission sénatoriale l’a rejeté. Le différend résidant uniquement dans les moyens à
- employer il est certain qu’un accord interviendra rapidement ('). Nous devons désirer, en effet, le prompt aboutissement de ce projet, bien que la population civile, mal renseignée, ait manifesté jusqu’ici une certaine répugnance pour la viande congelée. Cependant en Angleterre, depuis plus de 20 ans, le public absorbe des viandes réfrigérées, sans en ressentir le moindre malaise et sans éprouver le moindre dégoût
- Fig.
- Type de wagon isolé avec ouverture d’entrée de l’air froid.
- puisque ces viandes sont aussi belles, aussi saines et aussi fraîches que celles qui viennent d’être abattues. Au point de vue économique la comparaison Fig. 3. est tout entière en faveur des viandes
- congelées puisque actuellement, le kilogramme de bœuf revient à 1 lr. 60. Nos soldats, qui en con-
- 4. Un essai vient d’être tenté récemment par le Comité de l’alimentation de Paris. Il a porté sur une soixantaine de tonnes de viande qui a été offerte au public sans avoir donné lieu à une décongélation méthodique. Dans la plupart des cas ces viandes se sont décongelées sur l’étal du boucher. Il suffit d’une expérience malheureuse pour compromettre l’avenir de cette si intéressante entreprise. Nous croyons qu’une entente avec l’administration militaire est nécessaire parce qu’elle a en main, actuellement, le matériel de transport : navires frigorifiques, wagons réfrigérants et les entrepôts qui sont indispensables.
- somment deux jours sur trois, sauront les faire apprécier dès leur retour au foyer.
- La préparation des viandes par le froid. — Rendons d’abord hommage à Tellier, le génial créateur de l’industrie du froid. Ses premières expériences relatives à la conservation de la viande par les procédés qu’il avait imaginés eurent lieu à Auteuil en 1873 et 1874. Le brillant succès obtenu décida Tellier à faire construire un navire, qu’il
- appela Le Frigorifique, pour tenter la traversée de l’Atlantique entre l’Europe et la République Argentine. Lenavire quitta Rouen au mois d’août 1876 avec diverses viandes qui arrivèrent à Buenos-Âyres dans un état de conservation parfaite. L’année suivante, Le Frigorifique ramena, à Rouen, plusieurs milliers de kilogrammes de viande abattuedansla République Argentine et qui fut trouvée aussi fraîche, aussi saignante, que quelques heures après le sacrifice.
- Les États-Unis et l’Angleterre, vivement intéressés par cette mémorable expérience sans' lendemain en France, constituèrent des sociétés d’exploitation qui construisirent de véritables flottes de navires frigorifiques pour apporter en Europe les produits de l’élevage américain. En France, l’industrie du froid a été appliquée principalement à la conservation des viandes frigorifiées dans les abattoirs, à celle des fruits, des légumes et du gibier. Quelques boucliers ont cependant poussé la hardiesse jusqu’à livrer à leur clientèle riche, sans qu’elle s’en doutât, des aloyaux congelés. C’est à cela que se borne l’utilisation du froid dans les quelques entrepôts frigorifiques installés chez nous.
- La conservation de la viande par le froid peut être réalisée de deux manières différentes : par la réfrigération et par la congélation.
- La réfrigération est un simple refroidissement de la masse. La viande est soumise, dans un courant d’air, à une température initiale de + 8° pendant environ 12 heures dans une antichambre, puis à une température de -f- 5° dans la chambre froide. La durée de conservation est de 4 à 6 semaines pendant les-
- Principe du fonctionnement d’une machine à froid.
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- LA VIANDE CONGELÉE DANS L’ALIMENTATION == 179
- quelles la viande acquiert des qualités supérieures à celles de la viande fraîche. Dans la pratique, on se contente généralement de conserver ces viandes pendant quelques jours afin de n’être pas obligé de les livrer au public trop fraîchement abattues. Les quartiers doivent être suspendus dans les chambres froides afin d’éviter le contact des morceaux entre eux et refroidis obligatoirement par la ventilation.
- Dans la République Argentine, la viande frigorifiée est ensuite fonnolée pour lui assurer une durée de conservation de 2 à 5 mois. Après abatage et refroidissement dans les entrepôts, on expose les viandes aux vapeurs de formol qui pénètrent très peu à l’intérieur des morceaux. Descendues ensuite à fond de cale dans les navires frigorifiques, elles subissent encore un séjour de quelques heures dans une atmosphère formolée, puis un courant d’air débarrasse cet air du produit aseptique. La température est ensuite maintenue constamment dans les environs de 0° à —2° et la viande peut être livrée dans des conditions parfaites de conservation. Le Gouverne-
- réduire ainsi l’importance des chambres de congélation. Les blocs sont ensuite enveloppés d’un tissu de coton destiné à empêcher la formation des moisissures et recouverts de jute, puis entassés dans les chambres frigorifiques des dépôts refroidies à — 6° ou — 8°, jusqu’à ce que l’embarquement ait lieu.
- Le transport des viandes congelées s'effectue dans les navires frigorifiques qui ne sont que des entrepôts flottants. Les machines et appareils frigorigènes occupent le centre du navire et des tuyauteries portent le froid dans toutes les chambres aménagées à l’avant et à l’arrière. Les machines peuvent appartenir à un type quelconque qui dépend du choix des Compagnies de transports. Celle que représente notre figure 6 est un type Duplex de la Société Fixary, installé sur plusieurs navires de la Compagnie générale Transatlantique.
- Parvenues aux ports destinataires, les viandes congelées pourraient être dirigées immédiatement dans des wagons ordinaires pendant l’hiver, jusqu’aux lieux de leur utilisation; mais en été il faut
- WAGQIM FRIGORIGENE
- WAGON FRIGORIFIQUE
- WAGON CITERNE
- Condenseur
- Ventilateur 'chassant les
- Moteur à Essence |
- lerant
- Tableau des manomètres
- crd'ammoniaoue-s—*
- de compensatu
- ’ à Saumure
- Dérivation deau pour le refroidissement du moteur —J / Pompe de circulation dbau
- Isolation en liège
- Fig. 4. — Les éléments d’un train frigorifique.
- ment français a interdit ce procédé, parce que l’on a craint que l’absorption du formol, cependant en quantités infinitésimales, devînt nuisible à la santé. Aucune observation de ce genre n’a été faite en Angleterre où on consomme journellement de la viande formolée.
- Actuellement les viandes que l’armée livre aux soldats sur le front et dans les dépôts, sont conservées par la congélation qui transforme les quartiers de bœuf et les carcasses de mouton en blocs solides, Ce procédé demande plus de main-d’œuvre et de froid que le précédent, mais il présente sur lui l’énorme avantage de permettre la conservation de la viande pendant plusieurs mois sans qu’elle perde aucune de ses qualités. Au bout de six mois de congélation la viande est aussi saine et aussi appétissante que si elle était fraîche.
- La congélation doit s’opérer très lentement jusqu’à ce que la température du cœur du morceau ait atteint environ — 5°. De 10 à 12 jours d’exposition sont nécessaires si la température ambiante est de — 5° seulement. Couramment on fait intervenir des températures de—20° qui permettent d’obtenir le même résultat en 3 jours : on peut
- recourir à des wagons spéciaux convenablement isolés qui permettent le maintien rigoureux de la température nécessaire à la conservation à l’état solide des blocs de viande. Lorsqu’ils arrivent aux gares de ravitaillement, on ne peut les entamer qu’à la hache ou à la scie. Ce n’est qu’à partir de l’instant où ils sont retirés des wagons et pendant le parcours entre Jes gares et le lieu de consommation, qu’ils subissent une décongélation partielle. Cette décongélation en plein air donne aux viandes un aspect quelque peu déplaisant, mais il ne faudrait pas en conclure qu’elles sont avariées. Au début, il s’écoule généralement un liquide rougeâtre, puis la coloration se modifie, la surface prend une teinte plus ou moins-grisâtre, mais la qualité de la viande reste toujours la même.
- Les simples wagons isolés, dont nous avons parlé précédemment, peuvent être refroidis par un courant d’air lorsque, par suite d’une station prolongée dans une gare, en plein soleil, leur température intérieure s’est trop relevée; en général, leur chargement de viande congelée suffit à maintenir la température convenable. Dans certains cas, cependant, lorsque par exemple, le train chargé de viande
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- 180 ------~ LA VIANDE CONGELÉE DANS L’ALIMENTATION
- doit séjourner pendant de longues heures en différents points de son parcours pour laisser la voie libre aux trains d’hommes, de blessés ou de munitions, il devient nécessaire de refroidir les wagons.
- C’est alors que sont nés les trains frigorifiques comportant des wagons frigorigènes, véritables usines ambulantes productrices du froid, dont l’étude va nous perméttre de rappeler les principes sur lesquels repose la production du froid artificiel.
- Le train complet comporte un wagon frigorigène, un wagon réservoir d’eau et dix ou quinze wagons frigorifiques. Tous les appareils intervenant dans la production du froid sont groupés dans le wagon frigorigène; ils comprennent : un moteur à essence de 55 chevaux actionnant le compresseur et deux pompes rotatives, un réfrigérant et un condenseur (*). Il existe plusieurs méthodes de production du froid artificiel ; celle qui est employée ici n’offre rien de particulier; nous allons rappeler le principe du fonctionnement théorique d’une machine à froid.
- Lorsqu’un liquide volatil passe à l’état de vapeur, il produit du froid; au contraire, lorsqu’il revient à l’état liquide, il y a dégagement de chaleur. Pour faire passer un liquide à l’état gazeux, il suflit d’augmenter le volume du récipient A (fig. 5), qui contient ce liquide en le mettant en communication avec la tubulure d’aspiration d’une pompe en mouvement. L’aspiration provoque la vaporisation du liquide et eu même temps la production du froid.
- La pompe aspirante est réalisée par l’aspiration du compresseur B. A chaque aspiration il s’évapore un poids de liquide égal au poids du gaz aspiré; par conséquent, plus le compresseur tournera vite, plus on augmentera la production de froid. Mais la quantité de liquide contenue dans le récipient ne larderait pas à s’épuiser; il est donc nécessaire-dé le renouveler. Ou utilise alors un réservoir G rempli du même liquide (ammoniaque) et un robinet régleur D; ce dernier est ouvert de manière à laisser pénétrer dans A une quantité de liquide suffisante pour, maintenir un niveau constant dans ce récipient.
- . T. Les trains ont été aménagés par la Société de Moteurs à gaz et d'industrie mécanique (Fixary).
- Les gaz ayant produit le froid sont alors refoulés par le compresseur dans le réservoir C (condenseur) sur lequel on laisse tomber de l’eau fraîche. Sous l’action de la pression et de la température, les gaz se condensent et le liquide, traversant le robinet régleur, fait retour au récipient A ou réfrigérant.
- La théorie indique que le réfrigérant doit être rempli aux deux tiers; si le niveau monte, il y a entrainement de liquide avec la vapeur aspirée et le compresseur refroidit trop; si le niveau descend, les vapeurs n’entraînent plus que du gaz sec et le compresseur chauffe comme chauffe la pompe de bicyclette quand on comprime de l’air dans les pneus. Il faut donc produire des vapeurs humides; le robinet régleur intervient utilement pour réaliser le fonctionnement normal de l’installation en laissant passer un poids de liquide égal au poids du gaz enlevé par l’aspiration kdu compresseur.
- Si le_ réfrigérant est entouré d’air, cet air peut être envoyé dans des chambres et provoquer leur refroidissement ; on peut également l’entourer d’un liquide in-congelable (eau salée), que l’on transportera par des tuyaux dans les mêmes chambres d’utilisation du froid. C’est ce dernier procédé qui a été utilisé dans les nouveaux trains du Ministère de la Guerre.
- Le réfrigérant est une caisse pleine de saumure contenant un serpentin rempli aux deux tiers de liquide ammoniaque. L’aspiration du compresseur produit le refroidissement de la saumure et le refoulement envoie le gaz dans un condenseur a ruissellement. Celui-ci est également constitué par des faisceaux tubulaires sur lesquels ruisselle en permanence de l’eau provenant du wagon citerne. Le gaz se liquéfie et fait retour au réfrigérant par l’intermédiaire du robinet régleur. Ce robinet est fixé sur un tableau comportant encore deux manomètres donnant . : l’un la pression d’aspiration, l’autre celle de refoulement. Ajoutons que le compresseur comporte deux soupapes d’aspiraiion et deux, soupapes de refoulement de manière à aspirer sur une face du piston pendant que l’on rëfoule sur l’autre face.
- L’eau du condenseur refoulée par la pompe s’écoule par un tuyau percé de trous, ruisselle sur
- Fig. 5. — Vue d’un condenseur.
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- LA VIANDE CONGELEE DANS L’ALIMENTATION
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- l’élément tubulaire et tombe dans un bac inférieur dans lequel la
- pompe puise directement. Le bac est alimenté par le wagon citerne; une canalisation terminée par un llot-teur maintient un niveau constant à l’intérieur du bac. Une dérivation branchée sur le refoulement de cette pompe envoie de l’eau au moteur à essence pour le refroidir.
- Cette eau est ensuite rejetée au dehors.
- Enfin, un ventilateur expulse les buées qui se forment à l’intérieur du condenseur.
- La saumure, refroidie, est refoulée par la seconde pompe rotative dans une canalisation géné-ralequi parcourt toute la longueur du train et fait retour au réfrigérant, les tubes de chaque wagon étant reliés entre eux par une tuyauterie souple. À Lavant et à l’arrière de ces wagons est disposé un faisceau de tubes à ailettes qui sont parcourus par la saumure, le froid est ainsi distribué sur toute la longueur du train et les viandes, entassées sur des claies peuvent y séjourner avec autant de sécurité qu’à l’intérieur des entrepôts puisque la température intérieure se maintient à — 3°.
- Le train livre son chargement à la gare régulatrice, où des entrepôts peuvent le conserver encore, ou bien il constitue lui-même l’entrepôt où l’intendance vient puiser directement.
- En temps de guerre, la viande n’est pas décongelée; transportée dans des véhicules quelconques jusqu’à son point terminus, elle se décongèle quelque peu en cours de route, puis elle est mise à cuire presque aussitôt. Dans les instructions rédigées par
- Fig. 7.
- Compresseur du train frigorifique militaire.
- Fig. 6.
- Type de compresseur pour navire
- frigorifique.
- le Ministère de la Guerre relatives au traitement des viandes congelées, un paragraphe spécial est réservé au mode d’emploi, c’est-à-dire à la cuisson. 11 11’existe aucun inconvénient, y est-il dit, à faire cuire la viande congelée, quel que soit son degré de décongélation. Elle se prête à tous les procédés de préparation de la viande fraîche (soupe, ragoût, rôti), mais on doit éviter de laisser les morceaux séjourner dans les plats où s’écoule une partie des sucs nutritifs ; la cuisson doit donc suivre le découpage aussi rapidement que possible. Pour les bouillons et les ragoûts on évitera une ébullition trop rapide, les viandes décongelées ayant une tendance à se désagréger plus facilement que les viandes fraîches. Pour les rôtis et grillades, au contraire, il faut procéder à une cuisson extérieure rapide qui empêche la viande de perdre une partie de son jus. Pour l’alimentation civile, une décongélation méthodique s’impose. Celte opération doit s’effectuer lentement, dans un courant d’air sec et en chambre de température légèrement supérieure à zéro degré. On admet à peu près partout le procédé Nelson qui consiste à chauffer la chambre par une canalisation inférieure contenant de la vapeur à 15 ou 18°, tandis que lé plafond de la pièce est parcouru par un tuyautage de saumure à — 20°. Les viandes sont suspendues sans contact entre les quartiers; l’air chaud, en montant, enlève l’humidité et la dépose sur la canalisation supérieure; pendant ce temps l’air froid tombe et vient se réchauffer au contact de la tuyauterie de vapeur. 11 s’établit ainsi un va-et-vient au cours duquel la viande abandonne peu à peu toute son humidité. La décongélation des
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- quartiers de bœuf s’effectue en quatre jours et celle des carcasses de mouton en deux jours.
- Ajoutons, pour rassurer tout à fait les futurs consommateurs, que les viandes congelées ne doivent pas être confondues avec les viandes conservées dans les glacières par les bouchers ; ce ne sont pas non plus des viandes glacées, les blocs ne contiennent aucune parqelle de glace; ce sont des
- viandes fraîches durcies par le froid, conservées dans le froid et qui reprennent leur aspect primitif de viandes fraîches dès que l’atmosphère froide cesse de les entourer. Une expérience personnelle sur deux côtelettes de mouton d’Australie nous a convaincu et rallié fortement au principe de l’usage de la viande congelée dans l’alimentation civile.
- Lucien Fournier.
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- LA GUERRE DE GLACIERS ET LA POSSESSION DE L’ORTLER
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- Dans l’article sur la frontière austro-italienne (n° 2175,-5 juin 1915), nous avons indiqué la haute vallée de l’Adda italienne comme protégée par « le massif infranchissable de FOrtler ».
- C’était compter sans l’agilité et l’entraînement des troupes alpinistes, aussi bien de l’Autriche que de l’Italie (fig. 1)-
- Car voici que par deux fois déjà, les glaciers de l’Ortler et plusieurs de ses hauts som-mets viennent d’être franchis ou escaladés par les militaires ascensionnistes.
- Les Autrichiens d'abord, le 12 août, montant du Val di Sole et du Val Martell. ont cherché par les cols de Viôz (355:7 m.) et de: Cevedale: (Zu-fall, en allemand), Fig. _ Passages dll Tonale, oudeLangenlerner . : leurs accès et
- (.3267 m.). à sur- > :
- prendre les Italiens dans le Val Furva, et à s’emparer de Bormio pour couper la route de S tel vio. Mais les Bersaglieri et; les Cacçiatori Alpini veillaient à l’hôtel Buzzi. ou; del Forno et à-la cabane Cedeh (refuge alpestre),:et quand les Autrichiens commencèrent à dévaler dans des nevés • des glaciers de Forno et de Cedelv ils ne tardèrent pas, après combat dans les crevasses et la rièige, à être rejetés dans les ravines du Val Pejo et la tête du Val Martell.
- On trouvera ces noms sur la carte schématique ci-contre (fig. 1), qui montre comment, dans le puissant massif de l’Ortler (5902 m.), un des plus beaux de toutes les Alpes, la frontière austro-ita-
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- lienne suit la crête principale de partage entre l’Adda et l’Adige ; au-dessus même du coldu Stelvio (Stilfser-Joch, 2760 m.), cette frontière, à la cote
- 2845, se dédouble, car la Suisse vient y appuyer sa pointe du Val Münster.
- Dans la nuit du 16-17 août, les Italiens à leur tour ont pris l’offensive parmi les glaces de l’Ortler. Partant du fond du Val Zebru (tributaire du Val Furva), à la cabane refuge Milano (2877 m.), ils ont employé des cordes et piolets pour franchir, juste en deçà de la crête-frontière, le difficile col dei Camsci (3201 m.); ainsi le glacier (italien) de Campo (fig. 5) les a menés sur deux hautes cimes (à mi-distance de l’Ortler
- D . même et du Stel-Stelvio, Arlberg et Brenner ; . . . m .
- débouchés. ^ luckett
- (3458 m.) et le pic de Madatsch postérieur (5452 m.), où ils ont surpris et délogé des détachements autrichiens.
- Ces hauts, faits ne doivent pas être pris pour des fantasias de dilettantes; ils ont pour objectif la possession du Stelvio; en effet, de ce col aupicTuckett, les glaces sont assez doucement inclinées et dépourvues de Crevasses (sur le versant autrichien, car l’italien est très escarpé), pour porter, entre le pic Nagler et le glacier à très forte pente de Madatsch, le nom caractéristique de Eben-Ferner (glacier plat) ; sur son flanc droit la calotte déprimée du Monte-Livrio (3177 m.) domine en entier le col même et les 56 lacets de sa route sur le versant tyrolien. Très facile à atteindre depuis le Stelvio, le Livrio
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- Fig. 2. — Kônigs-Spilze. Ortler, Sulden-Spitze et glacier de Cedeh (à g.), vus du col Cevedale (Phot. édit. Fusetti, Milan).
- Fig. 3.— Val Trafoi et face nord de V Ortler (à g.); glaciers de Madatsch, Eben et Monte-Livrio (à dr.).
- constitue certainement un point stratégique important, et c’est, sans aucun doute, pour s’en emparer à revers, que les Italiens viennent d’opérer leur
- escalade. Elle ne saurait leur servir à autre chose à cause de la forte pente et du crevassement des glaciers de Madatsch, Trafoi, Ortler descendant aü
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- Fig. 4. — Carte des glaciers de l’Ortler et du Stelvio.
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- Val Trafoi (fig. 4). D’ailleurs, la maîtrise du massif de l’Ortler leur est nécessaire pour, agir à la fois sur Bozen et sur Innsbruck; c’est-à-dire sur les deux débouchés, (Adige et Inn) du chemin de fer du Brenner (1370 m.); contourné au Nord par la route du Stelvio, l’Ortler l’est au Sud par celle du Tonale (1884 m.) : toutes deux conduisent de Lombardie (Valteline de la rivière Adda et Val Camo-nica de la rivière Oglio) à Bozen.
- En Autriche, la chaussée du Tonale descend le Val di Sole et parvient à Bozen par,Clés et Fondo (avec embranchement sur Trente); celle du Stelvio rejoint l’Adige naissant à Spondinig, suit la fertile vallée du Vintsehgau et passe à Méran, la belle station climatique, si favorisée du soleil que ses riches vignobles et vergers contribuent à sa prospérité. Par ces deux routes donc, l’Italie cherchera à rejoindre à ou par : Bozen ses troupes remontant le Trentin !
- Là surprise autrichienne de liane à Bormio aurait coupé en deux, en cas de réussite, les efforts italiens autour de l’Ort-ler,.: elle a été prévue et déjouée. , ;
- Mais il y a plus et mieux.
- De Spondinig la route du Vintsehgau tournant au Nord (et. laissantàgau'che, à Glurns, la route de Suisse par TQfen-Pass, 2155 m.), continue,à remonter jusqu’aux sources mêmes de l’Adige, à.la Reschen Scheideck (1511 m.), un des passages les. plus bas et des. plus faciles de toutes les Alpes;; au delà, vers le Nord, on redescend à la vallée dé l’Inn par le défilé- étroit de Finstermüntz (fort Nauders) où des combats sont inévitables : car cette route conduit à
- Landeek, et Landeek c’est: le chemin ' de fer de l’Arlberg.
- Il faut que l’Ilalie s’empare de Landeek pour barrer l’Arlberg et arrêter les renlùrts et ravitaillements allemands venus de Constance, Friedricbs-hafen et Lindau.
- De là, elle pourra prendre. Innsbruck par. l’Est et même essayer de pénétrer en sol bavarois (si la guerre s’est décidée entre elle et l’Allemagne) par le col de Fern (1210 m.) et le seuil de Seefeld (1185 m.) où elle coupera aussi le nouveau chemin de fer des lacs bavarois (dont nous parlerons prochainement).
- Si elle parvient ainsi à Innsbruck et à Bozen, l’Italie pourra songer a pousser vers l’Est : par le chemin de fer du Pusterthal qui lui fera donner la main à ses alpins opérant dans les Dolomites, et par
- la voie ferrée du Pinzgau qui gagne Salzbourg, la Styrie et l’Autriche propre, c’est-à-dire les plus germaniques des provinces de François. Joseph.
- Mais pour parvenir à ces buts encore lointains, il importe au premier chef que, par les monts rteigeuxj alors qu’ils sont encore Accessibles, nulle brisure ne soit effectuée dans ses positions de l’Oglio et de l’Adda. C’est pourquoi voici l’Italie engagée dans la guerre de glaciers ,ou ses alpins sont d’ailleurs passés maîtres,
- U se pourrait même que, au Sud du Tonale, on entendît parler d’entreprises semblables dans les hauts massifs frontières de la Presanella (5564 m.) et de l’Adamello (3548 m.). à l’Ouest de Trente,
- E.-A, Martel.: • .
- Fig. 5. — Troupes alpines italiennes, en montagne. (Pliot. édit. Fusetti, Milan.)
- LE RAVITAILLEMENT DE L’ALLEMAGNE
- La guerre atroce dans laquelle l’Allemagne s’est si témérairement lancée a pris un aspect très différent de celui auquel on s’était d’abord attendu. Des problèmes se posent aujourd’hui auxquels on ne songeait guère au début des hostilités. On sent maintenant que c’est d’une autre façon que celle qu’on pressentait alors, que se terminera le formidable conflit dont le monde entier suit avec passion les péripéties.
- Si bien préparé qu’ait été le peuple allemand, si résolu que puisse être Te gouvernement impérial: à lutter tant quil le pourra,Tl ri’est pàs: possible’que la guerre se prolonge indéfiniment.,Là résistance d’une nation quelle qu’elle soit, surtout lorsqu’elle sacrifie tant de vies humaines; ne peut être illimitée. Il est de toute impossibilité qu’un pays puisse’utiliser, pour sa défense nationale plus d’un septième de sa population, ce qui correspond pour
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- l’Empire allemand à un chiffre un peu supérieur à 9 millions d’individus. Il y a aujourd’hui plus du tiers de cet effectif qui est définitivement hors de combat. Les pertes de nos adversaires ont été considérables et ce sont leurs meilleures troupes qui ont disparu peu à peu. Nous avons sans doute à déplorer bien des morts. On peut affirmer cependant que chaque jour qui s’écoule est un avantage pour nous, un affaiblissement pour nos ennemis. On pourrait presque mathématiquement calculer le moment où l’Allemagne, à bout de forces, serait obligée de déposer les armes (*).
- Qu’il nous soit permis de rappeler que la population de l’Allemagne et de l’Autriche réunies n’atteint pas 420 millions d’habitants. La population des pays alliés, en ne tenant compte que de la population européenne, est de 290 millions d’habitants. Par la force des choses les Austro-Allemands seront plus vite usés que les alliés.
- L’Allemagne lutte habilement et se défend avec beaucoup de méthode. Il faut même reconnaître qu’avec les qualités d’organisation dont ils font preuve dans tous les domaines, les Allemands savent remarquablement utiliser les hommes d’un certain âge, impropres au service militaire proprement dit. N’oublions pas tout de même que les officiers les plus compétents (et ils ne s’étaient pas trompés) avaient nettement déclaré avant la guerre qu’une attaque brusquée pouvait seule assurer à l’Allemagne la victoire. C’est en vain que le gouvernement impérial, très adroit pour déguiser la-vérité, s’efforce de faire croire que la situation est excellente. L’épuisement du pays est indéniable. Il ressort notamment de la difficulté qu’on éprouve à trouver de la main-d’œuvre pour un grand nombre d’industries. Le Berliner Tage-blatt du 1er mai donne, à propos du fonctionnement des caisses d’assurances pour la maladie, des statistiques fort instructives, statistiques d’où il résulte que le nombre des hommes employés dans les ateliers va sans cesse en diminuant. Là où en 1909 il y avait 2953 ouvriers, ce chiffre est tombé au mois de mai a 1425. Les industries allemandes qui travaillent pour les besoins de la guerre utilisent le mieux qu’elles peuvent les vieillards, les femmes et les enfants. Mais il y a des travaux qui requièrent l’emploi d’ouvriers vigoureux : on ne pourra s’en passer.
- C’est probablement par son épuisement en hommes que l’Allemagne sera un jour dans l’impossibilité de continuer la lutte.
- La question du ravitaillement est aussi pour elle un grave problème. En prévision d’une lutte qu’elle était décidée à rendre impitoyable, elle avait fait, l’été dernier, des provisions considérables, mais ces provisions sont vraisemblablement épuisées. Il ne peut être question sans doute d’« affamer » une
- 1. Leurs évaluations les plus modérées permettent de croire que les pertes mensuelles de1 l’Allemagne ne sont pas inférieures à 250 000 hommes.
- contrée aussi vaste que l’Allemagne et l’Autriche réunies, qui ont une superficie totale de 1170 000 km2, et qui renferment des régions très fertiles. En outre nos ennemis sont fortement aidés par les pays neutres, pays où il y a un grand nombre d’Allemands (quelques-uns ont été mobilisés sur place en raison des services qu’ils rendent), qui font tout ce qu’ils peuvent pour procurer à leur mère patrie les choses dont celle-ci a besoin.
- Les Suisses (1) reconnaissaient naguère qu’ils avaient livré à l’Allemagne et à l’Autriche en échange du sucre qui leur est nécessaire pour la fabrication du chocolat et la préparation des laits concentrés, une quantité considérable de riz. Ils avouent avoir reçu pendant les quatre premiers mois de l’année 15 807 quintaux de pommes de terre au lieu de 2838 pendant la période correspondante de 1914. Ils reconnaissent aussi que le transit entre l’Italie et l'Allemagne a été intensif à travers leur pays par wagons plombés, jusqu’au moment où l’Italie a déclaré la guerre à l’Autriche. Ce transit, notre neutralité, disent-ils, nous obligeait à le respecter (2).
- La Hollande a été aussi pour l’Allemagne un centre d’approvisionnements de toute sorte. Les statistiques hollandaises prouvent à quel point les exportations de Hollande en Allemagne ont augmenté. On relève des accroissements considérables par rapport aux chiffres de l’exercice précédent sur les fromages, la viande, les fruits, les poissons, la graine de lin, la farine, les gâteaux et l’huile de graine de lin, le coton, etc. Amsterdam est plein d’Allemands, grâce auxquels la contrebande est merveilleusement organisée.
- On peut en dire autant des pays Scandinaves. Il y a même à Stockholm un bureau spécial qui centralise les demandés de l’Allemagne et parvient à y répondre dans une large mesure.
- Les statistiques prouvent l’énorme développement des exportations américaines en Scandinavie. Les quantités importées au mois de mars ont été, pour certaines catégories de produits, 10 fois supérieures à celles correspondantes au mois de mars 1914. C’est ainsi que Lubeck et Stettin sont aujourd’hui les plus grands ports de l’Allemagne. La Tribune, de New-York, a même publié dernièrement un article donnant les noms des Allemands qui ont organisé un service régulier de marchandises destinées à l’Allemagne et transportées sur des bâtiments neutres (3).
- La Roumanie a envoyé beaucoup de blé et du
- 1. Il ne faut pas oublier qu’il y a en Suisse, d’après les statistiques suisses elles-mêmes, 220 000 Allemands.
- 2. Le correspondant à Zurich du Gioriiale d’Italia constatait que les Allemands avaient offert des prix fabuleux pour les matières premières servant à la fabrication des munitions. Il est convaincu que les Allemands auront beaucoup de peiné à soutenir une seconde campagne d’hiver.
- 3. Lés statistiques relatives à l'exportation du coton des États-Unis prouvent que les pays neutres ont acheté cette année trente fois plus de coton américain que l’année dernière.
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- blé qui venait en partie de Russie. Il est pénible de penser que les Russes ont ainsi conti’ibué à alimenter leurs ennemis.
- Il ne faut pas oublier cependant que l’Allemagne est loin de pouvoir se suffire à elle-même. Même dans les années les plus fertiles, elle ne peut nourrir, au maximum, que 50 millions d’habitants. Une grande partie du sol estconstituée par des grèsou des schistes anciens, au moins dans les régions montagneuses du sud et de l’ouest. La grande plaine du nord se compose essentiellement de sables et de graviers d’origine glacière. Les landes et les tourbières, bien que leur étendue ait diminué, couvrent encore un dixième du territoire. Les forêts en occupent le quart. Le territoire agricole productif ne comprend en somme que les deux tiers de la superficie totale. Et encore ne se prête-t-il souvent qu’à des cultures maigres : seigle, avoine, pommes de terre. On n’obtient de bons résultats que par l’emploi intensif des engrais chimiques dont la consommation correspond à une dépense d’au moins 500 millions de marks par an.
- Aussi l’Allemagne est-elle obligée d’acheter bon an mal an pour 5 milliards de produits alimentaires (1500 millions de céréales, 600 millions de bétail et de viande, 1 milliard de denrées alimentaires diverses). La sécheresse ayant été très grande au printemps elle ne pourra peut-être nourrir cette année que la moitié de ses habitants! On est arrivé jusqu’ici, grâce à des mesures très rigoureuses, à de bons résultats. Au mois de novembre dernier, quand on a vu que la guerre allait se prolonger, on a pris de grandes précautions pour éviter tout gaspillage et régulariser la consommation. Le gouvernement n’a pas hésité à constituer un monopole d’État des grains et à rationner la population. En dépit des efforts qui ont été faits pour calmer les appréhensions, ces mesures provoquent de vives doléances. Nous savons, par les correspondants des journaux des pays neutres, que les classes populaires, bien qu’on ne fasse pas une grande consommation de pain en Allemagne, se plaignent amèrement de l’insuffisance de blé et de farine et s’ingénient à découvrir les meilleurs moyens de se procurer du pain à l’étranger. On se plaint aussi du manque de seigle, d’orge et d’avoine. Comme l’entretien de l’armée passe avant toute autre préoccupation, l’alimentation des chevaux dans certaines contrées est devenue très difficile, et Berlin va être obligé de limiter sa consommation de bière : les brasseries ne sont plus autorisées maintenant à livrer que 40 pour 100 de ce qu’elles rendaient avant la guerre.
- Le retour de la belle saison a diminué la pénurie des légumes. Nous constatons cependant, quoique l’Allemagne produise beaucoup de pommes de terre, que le prix de celles-ci est toujours très élevé. On a dù renoncer à l’idée de les monopoliser, il eût été impossible de parvenir à réquisitionner tous les stocks et même de savoir approximativément
- combien il y en avait dans le pays. On a diminué le nombre des consommateurs en sacrifiant un grand nombre de porcs : on a tué près de la moitié du troupeau. Mais ce « sacrifice » n’a eu qu’un temps et c’est maintenant un problème difficile à résoudre que celui de la viande, car les Allemands en mangent beaucoup. Bien que l’élevage ait fait de grands progrès, et qu’il y ait plus de 20 millions de bêtes à cornes, le pays n’a pas en temps normal assez de viande pour la consommation de ses habitants. On en a beaucoup acheté dans les pays Scandinaves, en Hollande et en Suisse. Et pourtant, malgré les précautions qu’on a prises, le renchérissement des prix est considérable. Les doléances de la population se sont fait jour* dans les entretiens qui ont eu lieu entre le Président de l’Association des bouchers et le Secrétaire d’État à l’Intérieur. La saisie des fourrages, décrétée par le Bundesrat le 51 mars dernier, a eu de graves conséquences. Le Bulletin du Syndicat agricole de Bavière prouve que la situation n’est pas brillante. Les stocks de la récolte de l’an dernier, dit le Vor-wârts, à propos des pommes de terre, sont en quantité insuffisante et au point de vue de la qualité satisfont à peine aux plus modestes exigences. Il y a beaucoup de Butzen (trognons), qui ne sont propres ni à la consommation ni à la semence. Et les pommes de terre de bonne qualité se paient jusqu’à 15 M. les cent kilos !
- Les chimistes allemands ont-ils réussi à créer, comme on l’a prétendu, avec du sulfate d’ammoniaque, du sucre et de la levure, un fourrage riche en albumine pouvant faire face à tout, c’est ce que nous ignorons. Ce qui est certain, c’est qu’on cherche, en répandant des nouvelles de ce genre, à calmer les inquiétudes des populations. Elles se sont fait jour au Conseil de l’agriculture le 14 mai dernier. La disette de fourrage a eu de graves conséquences. Beaucoup de chevaux ont été atteints de maladies, notamment de coliques qui ont déterminé la mort de la moitié environ des animaux atteints. Le prix du lait a aussi beaucoup augmenté. Ces difficultés réagissent sur l’esprit public. Les socialistes, qui s’étaient montrés au début de la guerre si enthousiastes, commencent à récriminer. Les députés de ce parti ont, à la dernière séance du Reichstag, représenté au gouvernement que son devoir était de prendre d’urgence des mesures pour l’abaissement du prix des vivres. Ils ont protesté contre l’interdiction des réunions publiques où ces questions pourraient être discutées.
- L’appel adressé récemment au Reichstag par les femmes socialistes est particulièrement significatif. Considérant que les classes populaires souffrent cruellement, que l’insuffisance de l’alimentation a dés conséquences fâcheuses pour les santés, et accroît le mécontentement (tandis que certaines personnes font des bénéfices considérables), les femmes des ouvriers demandent qu’on fixe des prix maxima pour les denrées les plus importantes, et
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- que la vente soit faite par les soins du gouvernement ou des communes. Elles déplorent les spéculations qui ont valu des profils scandaleux aux marchands de blé, de seigle et de pommes de terre, aux fabricants de saucisses et de conserves, et font observer que le renchérissement du prix du lait a les plus graves inconvénients (*).
- Des mécontentements analogues se sont manifestés parmi les syndicats chrétiens.
- Au dire de la Gazette de Cologne, les Christliche Geiverkschaften de l’ouest de l’Allemagne ont demandé au gouvernement d’augmenter la ration de pain et de farine en établissant une échelle des rations d'après le revenu des consommateurs et le travail fourni. On a fait valoir que cette mesure était devenue nécessaire étant donné que la viande, le lard, les légumes atteignent des prix qui sont ruineux pour les classes ouvrières. Une discussion a eu lieu dernièrement au Conseil municipal de Francfort. Plusieurs membres ont fait remarquer qu’après les déclarations du gouvernement sur les provisions en farine, il était incompréhensible que la ration quotidienne fut diminuée. Puisque le prix de la charcuterie a doublé, et que celui des pommes de terre est encore si élevé, a dit l’un d’eux, on ne doit pas rationner le pain à ce point. Il faut au contraire en donner davantage à la population.
- M. Scheidemann s’est élevé avec force contre les fabricants, les propriétaires fonciers et les commerçants qui exploitent le peuple encore plus qu’en temps de paix. C’est pour qu’il ne puisse se défendre, qu’on a muselé la presse et interdit les réunions ! M. Scheidemann s’est attiré du général, directeur de la censure, une réponse caractéristique : « Vous ne vous figurez pas, parce que vous êtes député, que vous puissiez faire des réclamations à Berlin. Cela nous est bien égal, personne ne peut nous atteindre! »
- La Commission du budget de la Chambre prussienne a déclaré que le plan économique pour l’avenir devait être basé sur la prévision d’une nouvelle année de guerre, que les prix mixima devaient être maintenus, et toutes les céréales réquisitionnées.
- Nous devons, dit la Gazette de Cologne, être prêts à tous les sacrifices nécessaires. Il faut que les non-combattants donnent plus encore qu’ils ne l’ont fait. Les besoins sont immenses. Seul, le plus grand esprit de sacrifice dans tous les domaines permettra au peuple allemand « aux abois » d’atteindre le but qu’il poursuit.
- On cherche, par tous les moyens possibles, à faire croire au peuple que si la lutte est plus longue qu’on ne l’avait d’abord supposé, la victoire n’en est pas moins certaine. On soutient que l’Allemagne, grâce à son organisation, lassera la patience
- 1. On s’est occupé d’organiser méthodiquement l’alimentation; des bureaux ont été constitués dans chaque commune, leur travail est centralisé par des bureaux régionaux, au-dessus desquels on a placé un Bureau de compensation, armé de pouvoirs étendus de réquisition. On a fixé des prix maxima et toute exportation de denrées alimentaires a été interdite.
- de ses adversaires. L’intervention de l’Italie, déclarait naguère le comte de Reventlow, ne fera qu’augmenter en nous la volonté de vaincre, elle affirmera l’unité du peuple et sa force de sacrifice. « Jamais, écrivait la Gazette de Cologne le 25 mai, notre cause n’a rayonné d’un plus pur éclat. Il ne faut pas s’imaginer, en voyant augmenter le nombre de nos ennemis, que le grand revirement est proche, que la victoire va abandonner nos drapeaux. Nos adversaires se sont accrus en nombre, mais nous, nous avons acquis une force plus puissante que la force du nombre. C’est maintenant que nos coups vont devenir plus furieux, que nos muscles vont être en acier, notre résistance va égaler le granit, a C’est par des articles de ce genre qu’on cherche à entretenir les illusions du peuple. Les journaux qui ont essayé de montrer un peu de sens critiqueront été réprimés, plusieurs ont même disparu. Le peuple allemand, écrivait naguère le correspondant du Handelsblad d’Amsterdam, accepte tout ce qu’on lui dit. Aussi n’a-t-il pas une notion exacte de la guerre. Il n’a pas la moindre idée de la manière bestiale dont les armées allemandes se sont conduites en Belgique. La grande majorité du public ne se rend pas compte que la presse est paralysée par la censure. On ne sait pas que les journalistes allemands reçoivent des communications et des ordres tout comme s’ils étaient mobilisés j1). C’est ainsi qu’on est arrivé à mettre dans l’esprit des ouvriers, cette idée qu’ils luttent pour la défense de leur foyer et de leur vie. Et on leur répète sur tous les tons que c’est « malgré elle » que l’Allemagne est en guerre.
- Mais les dirigeants connaissent la gravité de l’heure présente, ils sentent que l’Allemagne ne peut plus remporter la victoire. Ils mettent leur suprême espoir dans une sorte de lassitude des alliés. Mais nous assistons à un spectacle singulier, c’est celui des belligérants qui se prétend victorieux qui demande la paix. C’est le soi-disant vaincu qui n’en veut pas !
- L’étude de la situation actuelle de l’Allemagne doit nous laisser en définitive une impression réconfortante. Le gouvernement impérial est sans doute décidé, tant qu’il restera un souffle au pays, à ne pas s’avouer vaincu. Mais c’est en vain que les journaux, dociles aux injonctions gouvernementales, s’efforcent de dissimuler la vérité et de faire croire que tout va bien. Nos adversaires ont chaque jour
- 1. Aux affirmations des journaux prétendant que l’Allemagne ne manque de rien on peut opposer beaucoup de fragments des lettres trouvées sur les prisonniers. Voici ce qu’on lit, dans une de celles qu’a récemment publiées le Novoie Vremia : « Par crainte de la censure je n’ose pas dire tout ce que je pense. Quand finira cette guerre et quand pourrai-je te revoir? La vie devient intenable. On en est réduit à compter avec chaque morceau de pain que l’on mange, et on songe avec effroi qu’on en manquera peut-être bientôt.... Bientôt nous n’aurons plus la force de supporter ces souffrances, surtout ceux qui ont peu de ressources et n’ont pas fait d’approvisionnements. Notre pauvre pays se trouve dans une bien triste situation. »
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- L’OR EN MEDECINE
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- à lutler contre des difficultés nouvelles. L’énergie avec laquelle leurs armées, déployées sur un front immense, se défendent ne fait que retarder le jour de la retraite définitive. Leur résistance est comparable à celle d’une digue qui, sous l’action incessante des vagues, s’effrite peu à"'peu et finit par laisser passer les flots. Avec l’orgueil qui les caractérise, les Allemands se montreront intraitables, tant qu’ils se croiront les plus forts; ils ne résisteront pas aux désillusions qu’ils éprouveront bientôt. La guerre sera virtuellement terminée le jour où un recul caractérisé se produira. Ceux qui sont encore aujourd’hui terrorisés par eux com-
- prendront alors qu’il s’agit de mettre dans l’impossibilité de nuire l’ennemi déloyal qui, pour satisfaire des prétentions abominables, s’est lancé dans une guerre odieuse. Comme le disait naguère M. Bou-troux, dans la lumineuse préface qu’il donnait à un livre prophétique publié en 1912 par le professeur Sarolea, il apparaîtra que désormais, lorsqu’on traitera avec l’Allemagne, il sera impossible d’admettre que ce pays ait conservé le sentiment de la justice, de l’équité ou de l’intérêt de l’humanité. La générosité à l’égard d’un pareil peuple serait une imprudence. 11 faudra que les Allemands soient mis hors d’état de pouvoir recommencer. G. Blondel.
- L’OR EN MÉDECINE
- Ni plus ni moins que l’histoire, la médecine n’est qu’un perpétuel recommencement. A tout instant, les thérapeutes ressuscitent en les transformant des médications de jadis.
- C’est qu’en matière de remèdes, ceux vraiment inédits sont des plus rares, même quand ils se présentent sous les apparences les plus modernes. En ces dernières années, nous avons vu prendre une place'importante dans notre thérapeutique par l’héliothérapie, c’est-à-dire par la médication par le soleil. Les anciens la pratiquaiènt régulièrement, tout comme ils pratiquaient systématiquement la gymnastique et le massage que nos spécialistes actuels, qui en ont codifié les applications, préconisent sous la dénomination générale de kinésithérapie ou thérapeutique par le mouvement.
- Voici une vingtaine d’années, nous avons vu naître Topothérapie qui devait recevoir progressivement tant de belles et fécondes applications et qui, en réalité, est une médication de tous les pays et dont l’origine se perd dans la nuit des temps.
- Ainsi en ‘ est-il encore pour la « chrysothérapie » ou médication par l’or. Celle-ci, dont s’opère en ce moment même une triomphante résurrection, grâce à l’emploi de l’or colloïdal, était aussi pratiquée par les anciens.
- Pline, l’un des plus vieux auteurs qui en fasse mention, le déclare expressément au chapitre XXV du XXXIIL livre de son histoire naturelle. « L’or, dit-il, en effet, fournit plusieurs remèdes : on l’appliqué aux blessés et aux enfants, pour diminuer la puissance des maléfices. Lui-même il agit comme. maléfice, surtout sur les poussins et les jeunes agneaux, lorsqu’on en passe sur leur tête. Le remède alors est de donner un lavage au métal, et d’en asperger ensuite ceux qu’on veut guérir. » Et plus loin, Pline ajoute encore : le résidu — de l’or torréfié avec deux fois son poids de sel et trois fois son poids de misy (?) — est une cendre qui, « détrempée dans l’eau, est bonne pour dessécher les dartres de la figure. On doit ensuite se laver avec une décoction de fèves. La même cendre guérit les fistules et les hémorroïdes. En y ajoutant
- de la pierre ponce broyée, on dissipe les ulcères purulents et fétides. Bouillie dans le miel avec du mélanthium, et appliquée en liniment sur le nombril, elle forme un laxatif doux. Selon Yarron, l’or guérit les verrues. »
- De même, Pedacius Dioscoride, qui vivait à Anazarbe 56 ans avant Jésus-Christ, précise un certain nombre d’emplois thérapeutiques de l’or.
- Ceux-ci, si nous nous en rapportons à André Matthiolus (*), son commentateur, étaient fort divers. Ainsi, rapporte-t-il, l’or est « fort propre à maintenir la personne saine et de longue vie, par l’esjôùissance de sa seule couleur ». Ce n’est point du reste sa seule vertu. En réalité, il porte en lui-même de puissantes qualités qui se manifestent indépendamment de toutes autres influences. « L’or pris par la bouche, soit qu’on le sache ou qu’on l’ignore, ne fait aucun mal à la personne, ainsi que [font plusieurs autres métaux ; ains resjouit le cœur, et fortifie les esprits vitaux. Toutes lesquelles choses ont esté rapportées des philosophes à l’influence du soleil. »
- De pareils mérites lui étant attribués, l’or ne pouvait manquer de recevoir de multiples emplois et voici ceux qu’on lui réservait au temps du maître d’Anazarbe. « On met l’or és médicamens préparez pour évacuer les humeurs mélancoliques. Item, pour faire un cautere souverain, il le convient faite d’or : car la playe qu’il fera et l’ulcère en seront plustôt guéris. L’or tenu en la bouche, rend l’haleine bonne : la limaille d’or broyée sur un marbre est bonne és médicamens ordonnez à faire renaistre le poil tombé par la pelade, et aux dartres et feux volages, la prenant par la bouche, et l’appliquant en dehors. Quand elle est si bien broyée qu’on ne la sent point sous, le doigt, .elle est bonne pour esclaircir. la veuë, ]a . mettant dans les yeux. On la boit aussi contre les 1. Les commentaires de M. P. André Matthiolus, médecin danois, sur les sioc. livres de Pedacius Dioscoride} anazarbéen, de la matière , médicinale :r traduit de laiin en français, par M. Antoine du Pinet, etc..., Lyon, chez la veuve de Claude Rigaud, et Pierre et Claude Rigaud fils, rue Mercière, à l’enseigne de la Fortune, MDCXLII.
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- 190 ======= A PROPOS DE LA FABRICATION DES NITRATES
- accidens et tristesses qui adviennent au cœur. »
- Plus tard, les médecins arabes, Avicenne en tête, inscrivent l’or dans leur pharmacopée. Viennent ensuite les alchimistes et Paracelse qui, respectueux de l’adage latin, corpora non agunt nisi solula, — les corps doivent être dissous pour exercer leur action — s’efforcent de trouver l’or potable — qui doit faire vivre « autant que Mathu-salern» — et que Paracelse, son découvreur, désigne sous le nom d’élixir de longue vie, ce qui ne l’empêche pas lui-même de mourir à l’âge peu avancé de moins de 60 ans.
- Au xvne siècle, on ne croit plus guère aux grandes vertus de l’or potable. Et cependant, Nicolas Lemery, de l’Académie royale des sciences et docteur en médecine, — qui écrit dans son Dictionnaire universel des drogues « l’or potable des alchimistes n’est qu’une chimère »,— note dans sa Pharmacopée universelle, à propos du « prétendu » or potable, « cette teinture est un bon cardiaque, à cause de l’essence de canelle et de l’esprit-devin. La dose en est de deux gouttes jusqu’à cinq. »
- Quant à Pomet, marchand épicier et droguiste, auteur d’unéHistoire générale des drogues simples et composées, qui a longtemps fait autorité, il mentionne une sorte d’or en feuille « que les apo-ticaires mettent dans plusieurs poudres ou confections, tant pour leur donner quelque vertu que pour l’ornement », et, à propos de l’or fulminant ou safran d’or, il écrit en toutes lettres : « Cette préparation d’or est un sudorifique fort convenable i à ceux qui ont la petite vérole, donné depuis deux '
- grains jusqu’à six, il est aussi propre pour apaiser le vomissement, et à réprimer la trop grande action du mercure ».
- M. Hauser, dans son récent livre l’0?* (Paris, Nony) rappelle (p. 286) que la solution de chlorure d’or a été employée contre les morsures de serpent, — que l’or s’administre, dans certaines maladies de la moelle épinière, et que « le bon roi Louis XII buvait, pour se rendre des forces, l’or potable des alchimistes ».
- Au xvme siècle et au siècle dernier, l’or est souvent utilisé par les médecins comme traitement spécifique et, en 1811, l’on peut voir, à peu près simultanément, Chrestien (de Montpellier) et Mittchill (de New-York) préconiser son emploi.
- Cette dernière renommée devait être éphémère et, bien que des médecins éminents, comme Trousseau, reconnussent à l’or des qualités actives manifestes, son usage thérapeutique ne tarda pas à disparaître à peu près complètement.
- Son utilisation à l’état colloïdal a rendu à l’or, en ces temps derniers,- une vogue nouvelle, très justifiée, semble-t-il.
- Nos chirurgiens, aujourd’hui, l’utilisent avec grand avantage pour lutter contre les septicémies si fréquentes chez les blessés de la guerre actuelle, et, tout récemment, à l’Académie de médecine, le professeur Letulle insistait vivement sur les bénéfices qu’il retirait de son emploi dans le traitement de la fièvre typhoïde.
- Et ceci nous montre que la carrière thérapeutique de l’or est bien loin d’être close. Fagon.
- A PROPOS DE LA FABRICATION ÉLECTRIQUE DES NITRATES
- EN ALLEMAGNE
- Comme complément à l’étude publiée le 7 août 1915 dans La Nature sur la production des nitrates en Allemagne, signalons un perfectionnement apporté en 1909 par Schœnherr et qui est caractérisé et réalisé par le procédé Schœnherr, dans lequel on provoque un arc électrique ayant une de ses électrodes constituée par une masse de fer isolée, disposée dans l’intérieur et à l’extrémité d’un tube en fer, l’autre électrode étant le tube en fer lui-méme.
- On insuffle le courant d’air tangentiellement à la section transversale du tube. Dès qu’on lance le courant électrique, il se produit alors, entre la masse de fer isolée et le point le plus rapproché de l’intérieur du tube métallique, un arc assez court, lequel, immédiatement allongé par le courant d’air, ne tarde pas à atteindre l’autre extrémité du tube en fer. On obtient ainsi une colonne lumineuse qui suit uniformément, sans le moindre écart, l’axe du tube. L’air insufflé se transforme alors, pour une partie, en bioxyde d’azote, lequel, par suite de son contact permanent avec la couche d’air extérieure, se trouve rapidement refroidi et échappe ainsi à la décomposition.
- Le progrès que réalise ce procédé sur celui de Birkeland et Eyd réside dans le dispositif à la fois simple et durable, fonctionnant avec des tubes ordi-
- naires en fer, il ne nécessite aucun organe mobile, aucun électro-aimant dispendieux; il présente une grande sécurité de fonctionnement, et on peut faire passer au travers d’un seul tube des quantités considérables d’énergie.
- Par exemple, dans un four de 1000 chevaux, l’arc atteint une longueur de 7 mètres, la quantité d’air que l’on peut insuffler dans cetube s’élève àll00m3par heure.
- Les gaz s’échappant du tube contiennent une fois et demie à deux fois plus de bioxyde d’azote que dans le procédé Birkeland et Eyd et le rendement, au point de vue électrique, est meilleur.
- Lorsque la température des gaz est tombée au-dessous de 600°, le bioxyde d’azote commence à s’oxyder en présence de l’oxygène atmosphérique en excédent, et il se transforme en peroxyde d’azote. Il ne reste plus alors qu’à utiliser le produit obtenu pour fabriquer de l’acide nitrique ou des nitrates suivant les méthodes ordinaires.
- Ajoutons que, d’Allemagne, l’application de ce procédé perfectionné est passée en Norwège. Sur le Rjukan, des usines ont été construites spécialement pour son exploitation; l’une d’elles utilise, depuis 1911, une force de 140 000 chevaux au moyen de 10 turbines ayant, chacune, une puissance de 14 000 chevaux. C’est là, assure-t-on, l’un des plus grands progrès accomplis dans la fabrication électrique des nitrates. Henri Blin.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 19 juillet au 2. août 1915.
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- Pain pour les prisonniers de guerre. — M. Fleurent signale un moyen de conserver le pain sans altération. Au sortir du four, le pain encore chaud est enveloppé dans deux feuilles de papier fort, ficelé et remis pendant 15 à 20 minutes dans le four après que la température de celui-ci est descendue à 120°-150°. Il garde alors pendant plus d’un mois les qualités du pain rassis.
- Catalyse de l'eau oxygénée en milieu homogène avec les acides et les alcalis. — M. Georges Lemoine montre que la décomposition de l’eau oxygénée est retardée par les acides, accélérée par les alcalis dans des proportions numériques très considérables qu’il s’attache à préciser. Il donne de ces catalyses une interprétation rationnelle.
- Correspondance de l’astronome Delisle. — M. Bi-gourdan signale l’intérêt de cette correspondance astronomique inédite dont il va publier des extraits. Pour la science du xviue siècle qui manquait de moyens d’infor-rhation, elle constitue une ressource précieuse. Delisle (1688-1768) avait, en effet, rassemblé de nombreux documents pour un Traité complet d’uslronomie exposée historiquement.
- Balance cl’induction pour la recherche des obus. — M. Gutton a combiné un appareil qui permet de reconnaître par une sonnerie d’appel les objets métalliques enfouis dans les champs et notamment les projectiles, même enterrés profondément.
- La dynacnique d’Aristote. — M. Boussinesq, continuant ses études de philosophie scientifique sur Aristote, montre comment la science incomplète d’Aristote a permis au génie hellène d’asseoir la notion d’un ordre universel, révélant dans le monde une œuvre d’art, l’œuvre d’une intelligence. C’est ainsi que la doctrine
- d’Aristote, en faisant ressortir les deux idées capitales de l’Unité et de la Beauté, a pu jouer un si grand rôle dans le développement de la théologie chrétienne au moyen âge.
- La correspondance d’Euler avec Delisle. — M. Bi-gourdan publie des extraits de cette intéressante correspondance astronomique. Dans une de ces lettres de 1748, Euler croit arriver à démontrer la présence d’une atmosphère sur la lune.
- Les orbiloïdes de l’île de la Trinité. - M. Douvillé étudie ces organismes fossiles qui ont pris, depuis quelques années, une grande importance pour la détermination des terrains. Les couches étudiées vont, dans le tertiaire, du lutétien au burdigalien.
- La géologie de la région de Castellane. — MM. Ki-lian et Lanquine ont reconnu l’extension d’une grande nappe de terrains secondaires charriés, d’origine pyrénéo-provençale, ultérieurement remaniée, rompue et reprise par des poussées alpines. La rencontre de ces deux systèmes de plissements a déterminé des conséquences intéressantes.
- La température en Afrique occidentale et équatoriale. — M. Chudeau résume et groupe les observations faites dans de nombreuses stations pendant une dizaine d’années. Il montre l’influence de la grande forêt et modifie les formes jusqu’alors attribuées aux isothermes d’Afrique entre 25 et 55°.
- Suppression cle la suppuration dans les plaies de guerre. — M. AVallich a obtenu d’excellents résultats par la combinaison d’une asepsie méticuleuse, la suppression tempestive des drains et l’emploi d’un pansement salé.
- LE POLÉMOSCOPE
- La guerre actuelle a pris, sur le front occidental, un caractère inusité. De la mer du JNord à la Suisse, les deux adversaires se trouvent immobilisés dans une double ligne de tranchées, et, d’un côté comme de l’autre, les positions d’en face sont si bien repérées et si attentivement surveillées que nul ne peut risquer un oeil au-dessus de l’abri sans être immédiatement visé. Il faut donc, de part et d’autre, être constamment aux aguets et observer ce qui se passe vis-à-vis, sans cependant s’exposer à servir de cible. De là l’usage continuel du périscope, soit pour étudier le terrain, soit pour épier les mouvements de l’ennemi.
- On pourrait évidemment utiliser, dans les armées de terre, l’une des combinaisons optiques appliquées aux périscopes des sous-marins : nous les avons précédemment décrites (‘). Néanmoins, il est préférable de s’en tenir à des dispositions mieux appropriées aux circonstances.
- Le périscope de sous-marin doit être enfermé
- I. Voy. n° 2478, du 2lî juin 1915, p. 409.
- dans un tube étanche, et, pour le rendre aussi peu visible que possible, on est amené à réduire le diamètre des lentilles et la largeur des prismes, si bien que l’instrument n’a pas toujours la luminosité désirable. Ces conditions 11e sont pas nécessaires, dans le périscope terrestre. Sans doute, un instrument trop large serait pour l’ennemi une cible trop apparente, et le poids en rendrait le déplacement difficile. La visibilité et le poids sont pourtant singulièrement diminués, si l’on supprime le tube, que rien n’empêche de remplacer par deux ou trois tringles assurant la liaison des différents éléments de la combinaison optique.
- On a cherché à réaliser des périscopes dont la longueur pût varier, suivant la hauteur de l’obstacle, sans changer le grossissement. Ce n’est évidemment pas là un problème insoluble, pour nos opticiens ; mais c’est une complication, et les lentilles interposées entre l’objectif et l’oculaire pour réaliser les conditions requises alourdissent l’appareil et diminuent sa clarté, à tel point que les observations
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- 192 ... ...^ LE POLEMOSCOPE
- deviennent pénibles, sinon impossibles, sous bois ou dès que. le jour commence à baisser.
- Ces inconvénients sont aisément évités par l’emploi du polémoscope (du grec 'jiûXep.oç, guerre, et o-xotoco, je vois). Cet ancêtre du périscope de tranchée, sim-
- de l’observateur, soit une lunette simple, soit une jumelle. La réalisation du périscope binoculaire n’est pas sans offrir quelques difficultés, comme nous l’avons déjà indiqué, dans l’article précité. Elle est pourtant rendue bien simple, si
- Fig. i. — Le polémoscope pendant la guerre d'Italie, d'après une figure de G. Tissandier.
- plement constitué par deux miroirs inclinés à 45 degrés, est probablement fort ancien, car, si jamais aucune armée n’a remué autant de terre qu’on ne l’a fait depuis un an, l’usage des retranchements (parapets, épaulements, fascines, mantelets, gabions, etc.) est aussi vieux \
- que la guerre elle-même. Il y a donc tout lieu de supposer que la combinaison de deux miroirs a dû être inventée à plusieurs reprises et retomber ensuite dans l’oubli, sitôt la paix conclue. Quoi qu’il en soit, nous la voyons mise à profit par nos officiers du génie et de l’artillerie, pendant la guerre d’Italie, en 1859.
- La figure 1 est la reproduction d’une gravure empruntée aux Merveilles de la photographie, de Gaston Tissandier.
- Dans la deuxième édition de cet ouvrage, publiée en 1874, le fondateur de La Nature signalait déjà l’application du polémoscope à la photographie militaire, et nous allons voir qu’en effet il se prête à tous les modes d’observation actuellement usités. Le schéma ci-joint (fig. 2) montre que l’observateur placé en U aperçoit les objets réfléchis par les miroirs M et N, absolument comme s’il se trouvait situé au-dessus de l’obstacle. Yeut-on distinguer des objets éloignés, on n’a qu’à interposer, entre le miroir N et les yeux
- Fig. 2. — La marche des rayons lumineux dans le polémoscope.
- l’on associe au polémoscope une stéréo-jumelle à prismes.
- Enfin, les images transmises par les miroirs M et N seront facilement fixées par la plaque photographique, en disposant en 0 une chambre noire.
- Le téléphot multiple que nous avons décrit l’année dernière (*) permet d’obtenir plusieurs reproductions à des échelles différentes et de recueillir ainsi des vues d’ensemble et des documents détaillés.
- Il va sans dire que, pour avoir des images nettes et sans déformations, les miroirs M et N doivent être optiquement dressés, parfaitement polis et argentés sur la face extérieure.
- On remarquera que rien n’est plus facile que de faire varier la distance entre les deux miroirs, soit que l’un d’eux repose sur des colliers glissant le long des tringles, où des vis de serrage les immobilisent, soit que les tringles se composent de tubes coulissant les uns dans les autres. Les objets observés sont assez éloignés pour qu’un changement de distance entre les miroirs ne modifie pas sensiblement les dimensions de l’image.
- Ernest Coustet.
- -I. Yoy. n° 2145, du 4 juillet 1914, p. 103.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2191.
- 25 SEPTEMBRE 1915
- NOS GRANDES INDUSTRIES DU NORD
- V
- I. — LES INDUSTRIES TEXTILES
- La filature, la retorderie, la corderie mécanique.
- L’industrie textile est sans contredit la plus importante de toutes celles de la région du Nord. Elle y embrasse, en effet, le travail de tous les filaments classiques sans exception : la laine, le coton, le lin, le chanvre, le jute et même la soie, puisqu’un établissement Roubaisien de haute importance s’est spécialisé dans la filature de la schappe.
- Pour préciser d’une façon claire sa situation dans le Nord, nous diviserons cette rapide revue en trois parties : la première dans laquelle nous étudierons d’une façon sommaire les grands centres textiles du Nord, Lille, Roubaix, Tourcoing, Armentières,
- lin proprement dite, il faut placer Lille, le chef-lieu. Sur les 500 000 broches de filature de lin que possède la France entière, l’arrondissement de Lille en possédait avant la guerre plus des trois quarts, et sur les 22 000 métiers mécaniques à tisser la toile et les 22 000 métiers à la main, il en comptait plus du tiers. Tous les établissements textiles de cette ville sont épars non seulement dans la cité elle-même, mais surtout dans ses faubourgs : pour donner une idée de l’importance textile de ce grand centre, nous préciserons qu’on y relevait, toujours avant la guerre, 25 filatures de lin ou d’étoupes, 8 fabriques
- Fig. i. — Vue d'un atelier de filature du lin (préparation, 3 passages).
- Fourmies, Le Cateau, Cambrai, Dunkerque, Caudry et les régions qui les avoisinent; les deux autres dans lesquelles nous passerons en revue les deux grandes branches de l’industrie textile du département : la filature d’abord, rapportée à chacun des textiles qui la concernent, avec les établissements annexes ou préparatoires qui en dépendent, peignages, retorderies, corderies, etc. ; le tissage ensuite, avec les usines qui le complètent, teintureries, blanchisseries et établissements d’apprêts de tous genres.
- I. Les grands centres textiles. — Au point de vue de l’industrie textile, le Nord peut être divisé en deux grandes régions assez strictement délimitées : celle de l’industrie du lin et celle de l’industrie de la laine. On ne saurait attribuer dans les mêmes conditions de région spéciale à l’industrie dit colon, car le travail de ce textile se trouve englobé dans les deux régions précédentes, bien que plus concentré cependant, comme nous le verrons plus loin, sur certains points que sur d’autres.
- Au premier rang des centres de l’industrie du
- de fil à coudre en lin, 59 lissages faisant principalement la toile, 21 filatures et. retorderies de coton, 1 filature de jute, 4 fabriques de tulle et 9 teintureries et ateliers d’apprêts.
- Mais Lille se trouve géographiquement entouré d’une foule de localités où l’industrie du lin domine. Parmi celles-ci, il faut placer absolument en dehors, en raison de son importance, le centre d'Armentières, siège principal de la fabrication de la toile en France, puisqu’il comptait avant les hostilités 45 tissages en activité, dont quelques-uns d’une importance exceptionnelle, auxquels il faut joindre 4 filatures de lin, 5 filatures de coton, 5 corderies mécaniques, 1 retorderie de coton, 1 filature de jute; 3 crémages et blanchisseries, 1 teinturerie et un établissement d’apprêts.
- Autour de Lille et dans l’arrondissement, les principales communes où domine l’industrie du lin sont Halluin (18 tissages, 1 filature de coton, 1 de lin et 5 blanchisseries) ; Lomme (2 tissages, 1 filature de lin, 1 de coton, 1 corderie et 2 teintureries); La Madeleine-lès-Lille (4 filatures de lin, 2 de coton,
- 13 — 193.
- 43' Année. — 2' Semestre.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- 4 tissages) ; Comines (6 retorderies de fil de lin et 4 fabriques de rubans de fil) ; Se'clin (5 filatures de lin) ; Wervicq (4 tissages de lacets) ; Roncq (3 tissages, 1 filature de lin) ; La Gorgue (11 tissages) ; Quesnoij-sur-Deule (2 filatures de lin, 1 tissage, 1 blanchisserie); Bailleul (11 tissages mécaniques et à la main) ; La Bassée (2 tissages) ; sans compter Hellemmes, Haubourdin, Lannoy et divers autres qui tous comptent un ou plusieurs établissements relatifs au travail du lin. Autour d’Àrmentières, il faut surtout relever les petites localités d’Houplines (3 filatures, 1 tissage, 1 blanchisserie) et de Nieppe (5 tissages et 3 blanchisseries). Plusieurs de ces petits centres se sont spécialisés dans des fabrications de tissus déterminées, que nous indiquerons
- et 1 blanchisserie et non loin de cette ville se trouvent Avesnes-lès-Aubert qui compte 23 établissements textiles du meme genre, Saint-Hilaire-lès-Cambrai qui en a 7, Saint-PyIkon 4 et Solesmes 3. Valenciennes de son côté a 5 fabriques de batistes, 3 de bonneterie, 2 établissements d’impressions sur linons et 2 câbleries, et autour d’elle sont les petits centres textiles d’Aulnoy-lès-Valenciennes (2 tissages) et Marly-lès-Valenciennes (2 tissages). Dans l’arrondissement de Douai, l’industrie du lin n’est guère représentée que dans cette ville elle-même par une filature de lin et une corderie.
- Bien que, comme nous l’avons dit, l’industrie du coton ne soit pas très délimitée dans le Nord, il est une branche spéciale qui s’y rapporte et qui doit
- ' Fig. 2. — Métier à gazer les fils de colon avec tuyaux d'évacuation des gaz et des poussières.
- lorsque nous aurons à nous occuper du tissage proprement dit.
- Mais en dehors de l’arrondissement de Lille, l’industrie du lin a encore dans les autres parties du département d'importants représentants.
- Dans l’arrondissement de Dunkerque, par exemple, c’est le travail du jute et la fabrication des sacs et des toiles à voile qui absorbent avant tout l’activité des établissements textiles; cette ville elle-même compte 5 filatures de jute et 3 tissages, et autour d’elle rayonnent les petites localités de Coude-kerque-Branche (3 filatures et 1 tissage) et Saint-Pol-lès-Dunkerque (1 filature de jute et 1 tissage).
- L’arrondissement de Cambrai représente plus spécialement avec celui de Valenciennes la fabrication des batistes, linons et mouchoirs, à la mécanique ou à la main. Cambrai compte 13 tissages
- être particulièrement retenue dans l’industrie textile du département, c’est celle de la fabrication du tulle et des dentelles mécaniques dont le siège principal se trouve à Caudry. Cette petite ville comporte 216 fabriques de cette spécialité et un certain nombre d’établissements d’apprêts qui s’y rapportent. Cette fabrication se trouve également représentée dans le Nord par Inchy (45 fabriques), Bertry (12), Ligny-en-Cambresis, Audencourt, Beauvois, etc. La fabrication de la passementerie a son siège principal à Bermerciin.
- Nous arrivons à la région de la laine.
- Le centre principal est ici Roubaix, dont la notoriété, au point de vue qui nous occupe, est bien connue. Faut-il citer quelques chiffres suggestifs?
- En 1911, a eu lieu dans celte ville une Exposition internationale textile à l’occasion de laquelle ont été
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- citées quelques statistiques qui n’ont rien perdu de leur saveur.
- En 1844, Roubaix produisait 518 695 pièces de tissus divers représentant une valeur de 55 millions; pour 1861, on accuse 8 980057 kg; en 1871, 25117000; en 1901, 26 619 000; enfin aujourd’hui il y en a près de 40 millions d’une valeur globale de 550 millions. Il y avait à celte date 75 tissages mécaniques comprenant 25 000 métiers faisant l’article robe et la draperie et 4000 métiers pour l’ameublement, 20 fabricants faisaient exclusivement tisser à la main, 170 mécaniquement, 20 par les deux procédés. On dénombrait 22 filatures de laine peignée comptant 850000 broches et exportant plus de 9 millions de kilogrammes de fils, plus 6 ülatures de laine cardée, 12 filatures de coton actionnant 650 000 broches à filer et 150 000 à retordre, et une filature de schappe ou déchets de soie.
- Cinq énormes peignages alimentent en outre un millier de pei-gneuses de divers types et on compte 40 teinturiers et 21 apprêteurs.
- Détail typique ; le chiffre d’affaires annuellement traité à Roubaix n’est pas inférieur à un milliard de francs.
- Tout près de Roubaix se trouve Tourcoing, séparée d’elle par une voie de 5 km environ, bordée de maisons reliant cette ville à l’autre; la succursale de la Banque de France, commune aux deux localités, a été installée dans cette
- rue sur le point de jonction de leurs territoires. Tourcoing est moins important que Roubaix, mais sa notoriété au point de vue textile est encore considérable puisqu’on y comptait avant la guerre 29 filatures de laine tant en peigné qu’en cardé, 12 retorderies de laine, 17 filatures de coton, 17 fabriques de bonneteries, 24 tissages de draperies et nouveautés, et un certain nombre d’autres usines textiles parmi lesquelles il y a lieu de relever 8 fabriques de tapis-moquette, spécialité de la cité.
- Autour de Roubaix et Tourcoing foisonnent nombre de communes où l’industrie de la laine est encore très représentée. Tel est le village de Wai-trelos qui compte 5 filatures de laine, 2 filatures de coton, 1 tissage, 1 teinturerie et 1 blanchisserie.
- Quand nous disons « village » nous employons une
- Fig. 3. — Machine système
- expression exacte, mais le terme qu’elle représente est très relatif, car la commune est de 15 000 habitants, chiffre supérieur à celui de plusieurs chefs-lieux de départements. Il nous serait facile de citer nombre d’exemples de ce genre dans le département du Nord, mais pour ne pas encombrer nos statistiques, nous nous abstenons de mentionner les chiffres de la population des communes que nous nommons.
- Près de Roubaix et Tourcoing également se trou vent Croix (1 peignage de laines, I teinturerie,
- 2 tissages); Wasquehat (1 filature, 1 tissage, 2 teintureries) ; Hem (4 teintureries et ateliers d’apprêt et une fabrique de tapis), etc.
- Passons à l’autre bout du département, dans l’arrondissement d’Avesnes et le Cambrésis. Nous y trouvons Four mie s, petite cité située sur le chemin de fer d’Aul-noye à Hirson et baignée par l’Helpe mineure. Elle est lé centre =d’un rayon îainier dit de Fourmies qui embrasse non seulement un certain nombre de communes du département du Nord, mais aussi quelques communes de l'Aisne.
- Le Nord comprend : Anor, Avesnelles, Avesnes, Beauvois, Boussières, Biastre, Le Catèau, Etroeungt, Fel-leries, Glageon, Mas-nières, Neuvilly, Bohain, Poix, Sains-du-Nord, Semeries, Solre-le-Châ-teau, Saint-Souplet, T réion, Villers-sire-Nicole et Wignehies.
- Du côté de l’Aisne, nous avons Any-Martin-Rieux, Bohéries, Bouhé, La Capelle, Effry, Esqueheries, Le Gard-d’Étreux, Saint-Gobert, Guise, Marie, Saint-Michel, Mondrepuis, Le Nouvion, Proisy, Sains-Richaumont et Sous-Chatillon. Toutes ces localités s’avoisinent à tel point en formant une agglomération si rapprochée de filatures de laines et de tissages qu’il est difficile de les séparer les unes des autres. Quelques communes du Nord, par leur importance exceptionnelle, doivent dans cette agglomération, être particulièrement mises en vedette.
- Nous ne parlons pas seulement de Fourmies qui à lui seul compte 17 filatures de Jaine où domine le peigné et 5 tissagesj pli de sa voisine Wignehies où l’on relève 5 filatures et 1 tissage, mais encore Le Cateau où l’on relève 5 tissages et 6 fabriques de tulles et broderies, Sains-du-Nord
- à peigner la laine, Noble.
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- qui compte 5 filatures, Avèsnes-sur-Helpé 2 feu-treries et 3 filatures, Avesnelles 4 filatures, etc.
- Ces données établies, nous passons à l’étude des
- Fig. 4. — Filature de coton Henri Loyer à Lille.
- industries textiles proprement dites de ces régions.
- II. Filature et retorderie du lin et de ses succédanés. — Nous avons déjà dit plus haut que la presque totalité des broches de filature de lin en France appartenait au département du Nord; le reste se trouve dans le Pas-de-Calais, la Somme, la Seine-Inférieure et le Calvados. Les fils provenant de ces établissements sont en moyenne partie consommés par les tissages de toile de l’intérieur, car nous importons, en outre, d’Angleterre des fils d’Irlande en numéros très fins pour la fabrication des batistes et des services de table fantaisie.
- Mais les succédanés du lin tiennent une certaine place dans cette fabrication. Nous ne parlons pas des fils de chanvre qui ne se font plus que rarement dans le Nord et y sont remplacés par les fils de lin jaunes fabriqués avec les filasses dont la couleur est le plus franchement blonde; mais la
- Fig. 5. — Filature de coton Walïaert jrères à Lille.
- filature du jute, importée en France par M. Carmi-chaël en 1846, est représentée ici par d’importants établissements de'Dunkerque, Lille et Armentières. On sait que ce textile vient exclusivement des Indes par le port de Calcutta ; la maison Saint frères a
- tenté de le cultiver dans nos colonies, notamment en Indo-Chine, mais les dépenses énormes qu’elle a faites pour y arriver n’ont pu réussir à .déplacer cette culture. Il en vient annuellement en France 72 millions de kilogrammes.
- Par contre, nul n’ignore combien est importante la culture du lin dans le Nord. Les lins récoltés dans le département sont en majeure partie rouis à l’eau courante dans la rivière la Lys, mais il en est qui sont rouis à l’eau dormante dans le petit lac de Flines, près Douai, et d’autres sur pré dans l’arrondissement d’Ilazebrouck. On semble avoir tenté avec succès dans ces dernières années dans le Nord le rouissage artificiel en usine et, au moment de la déclaration de guerre, trois établissements y fonctionnaient avec succès, par trois procédés différents.
- Mais le lin employé dans les filatures de Lille, à l’exception de ceux pour les numéros fins qu’on y envoie de l’intérieur du pays et de la Belgique, vient surtout de Russie. Ce pays nous en envoie
- Fig. 6. — Filature de coton F. Delesalle, au Marais-de-Lomme.
- annuellement une moyenne de 70 millions de kilogrammes sans compter 25 millions de kilogrammes de chanvre. Toutes les grandes maisons de Riga et de Petrograd faisant le commerce du lin qu’ils vont récolter dans les campagnes russes ont à Lille leurs représentants qui visitent à tout instant la clientèle des filateurs et dans les magasins desquels se trouve toujours un certain stock où l’on peut échantillonner ses commandes. D’autre part, avant la guerre, un certain nombre de négociants en lin de la ville avaient pris l’habitude d’aller s’approvisionner de lins belges au marché hebdomadaire de Gand. Filateurs, marchands de lin, courtiers, tisseurs, se réunissaient tous les mercredis à l’heure de midi à la Bourse de Commerce de la ville.
- Une Association très ancienne, le Comité linier de France, dont le siège est aujourd’hui à Lille, mais qui a été fondée à Paris en 1849 et exista dans cette ville jusqu’en 1862 sous la présidence deM. Feray, d’Essonnes, s’est donné pour mission, d’après ses. statuts, « de veiller aux intérêts de l’industrie qu’elle représente et d’améliorer la culture et
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- la fabrication du lin ». Ce mot de fabrication est un terme local qui signifie transformation du lin en paille en filasse, d’oîi il suit que celui qui opère cette transformation porte dans les campagnes de Flandre le nom de fabricant de lin. Le Comité linier se compose d’un nombre limité de négociants en lin, filateurs et fabricants de toile, élus au scrutin secret par leurs pairs; il distribue annuellement et en séance solennelle des récompenses aux meilleurs cultivateurs liniers et encourage le développement et l’amélioration de la culture et du travail du lin par tous les moyens.
- La retorderie de lin, en d’autres termes la fabrication des fils à coudre en lin, porte dans la région le nom caractéristique de filterie et les industriels et ouvriers qui y sont occupés sont dénommés
- qu’avec les fils au rouet; ce fut en 1868 seulement qu’un industriel, Delespaul.aîné, employa le premier dans cette fabrication les produits du métier à filer proprement dit; peu à peu au moulin à la main succéda le métier à retordre actuel et l’ancienne machine à faire des pelotes fut construite en fer au lieu de bois.
- Enfin la corderie est représentée dans le Nord par quelques établissements mécaniques d’importance moyenne à Roubaix, Lille, Dunkerque, etc., et par une foule de petits cordiers à la main dans un grand nombre de localités. La plupart des établissements sont des ficelleries et corderies, mais les câbleries proprement dites ne se trouvent qu’à Dunkerque; sans avoir l’importance des établissements similaires qu’on voit dans la Somme, les
- Fig. 7. —: U atelier de carderie.
- Les diverses opérations de la filature et du retordage de la laine à Roubaix, Tourcoing et Fourmies.
- (iltiers. Cette industrie n’existe que dans l’arrondissement de Lille et n’est pas connue dans le reste de la France où l’on ne retord pour la couture que le coton ou la soie. Avant 1855, cette spécialité ne se vendait qu’en écheveaux aux couturières, tailleurs et confectionneurs ; mais depuis cette époque on a adopté l’enroulement en pelotes, bobines ou cartes ; elle occupe à Lille et 'Comines, les deux seules villes où on la trouve, environ 15 maisons, totalisant ensemble 40 000 broches à retordre sur continu, employant à peu près 2500 ouvriers et faisant un chiffre d’affaires de 25 à 30 millions. Un «. syndicat des fabricants de fils de lin à coudre » est chargé de défendre les intérêts de la corporation. Ajoutons que, bien que cette industrie soit séculaire dans le Nord, il n’y a pas bien longtemps qu’elle existe à l’état mécanique; on crut longtemps à Lille qu’on ne pouvait faire de fils de lin à coudre
- Bouches-du-Rhône et le Maine-et-Loire, ces indus- 0 tries méritent d’êfre mentionnées.
- Retenons enfin que dans les régions linières du Nord existent un certain nombre d’institutions d’ordre spéculatif où b s industries du lin sont étudiées ou enseignées : la Société industrielle du Nord de la France, fondée en 1874, l’une des plus fécondes et des plus considérées de celles de province; l’Institut industriel du Nord, établissement d’enseignement départemental à Lille; l’École professionnelle d’Armentières, et d’autres que nous oublions.
- 111. Filature et retorderie du coton. — L’industrie de la filature du coton 11’est pas monopolisée par le Nord comme celle du lin aussi nous semble-t-il préférable, en parlant de celle de ce département, de prendre comme point de comparaison l’ensemble, de l’industrie cotonnière de notre pays
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- afin de mieux préciser l’importance de celle de la Flandre française.
- La totalité de broches de coton françaises est, d’après la statistique du 1er janvier 1914, de 7144 958. Or, il y a dans l’industrie de la filature de ce textile dans notre pays trois régions bien distinctes formant autant d’agglomérations séparées l’une de l’autre : le Nord, les Vosges et la Normandie; le reste est répandu un peu partout en France, mais notamment dans la région de Tarare (Rhône).
- Voici quel est le nombre des broches de ces trois régions :
- Nord....................2.015.728 broches.
- Vosges................. 1.976.612 —
- Normandie.............. 1.296.708 —
- plus chaude de la flamme d’un bec de gaz dont l’ensemble forme une rampe sur le devant de la machine, pour de là s’enrouler à l’arrière sur d’autres bobines à vitesse périphérique constante. Ce genre de fils, qui ne se fait en dehors du Nord qu’en Angleterre et en Alsace, est destiné avant tout à entrer dans la fabrication de la bonneterie dite de fit ou de lin. Il y a longtemps, en effet, qu’en dépit des dénominations erronées de la douane, le fil de lin qui se durcit rapidement au lavage, n’est plus employé pour les objets de tricot — bas, chaussettes, mitaines, etc., — dits de fil et se trouve remplacé par le fil de coton gazé.
- Mais il est une spécialité, également concurrencée par l’Alsace, dans laquelle la région de Lille se
- Fig. 8. — Les métiers de préparation.
- Les diverses opérations de la filature et du retordage de la laine à Roubaix, Tourcoing et Fourmies.
- Le Nord vient donc pleinement en tête dans cette industrie comme dans celle du lin.
- On ne fabrique guère de fils de gros numéros dans le département, mais surtout des numéros moyens et fins. Etant donné que les deux premiers genres se font avec le coton d’Amérique et les numéros fins avec le coton jumel d’Egypte, la statistique suivante a pu être dressée à la même date :
- Broches Broches
- en coton en coton
- d'Amérique jumel. Total.
- Lille 494.142 714.238 1.208.3S0
- lloubaix, Tourcoing . 766 856 40.492 807.548
- Lille file donc plus de numéros fins que Roubaix. Une certaine quantité de ceux-ci est passée à la machine à gazer les fils, dont le but est de faire disparaître les duvets qui recouvrent ces fils en les faisant traverser rapidement et un à un la partie la
- trouve également au premier rang-en France, c’est celle de la retorderie, autrement dit de la fabrication des fils de coton à coudre, résultant de l’assemblage et de la torsion de plusieurs fils simples en un seul.
- Ces fils sont renfermés par douzaine de pelotes ou bobines dans des boîtes de carton, souvent confectionnées à la mécanique par le retordeur lui-même et portant, ainsi que chaque pelote, la marque du fabricant. Ces fils à coudre comprennent eux-mêmes un très grand nombre de spécialités — cordonnet pour crochet, coton à repriser, coton câblé, ondé, crépé, pour tulle, etc., — variables également, non seulement d’après le nombre de fils simples qui les constituent et qui donnent lieu à un numérotage spécial, mais aussi d’après le traitement qu’on leur fait subir : blanchiment, teinture, mercerisage, glaçage, câblage, etc. : d’où il suit
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- que leur fabrication ne laisse pas que d’être assez complexe.
- Les intérêts de l’industrie cotonnière du Nord sont défendus par deux associations distinctes : le syndicat des fdateurs et retordeurs de coton de Lille et le syndicat des fdateurs de coton de Roubaix-Tourcoing, ayant leurs sièges respectifs à Lille et Roubaix.
- IV. Filature et retorderie de la laine. —Ce sont surtout les laines étrangères qui alimentent les filatures du Nord : les trois quarts des quantités que celles-ci reçoivent viennent, en effet, de l’Australie et principalement de l’Uruguay et de la République Argentine. Les laines australiennes sont vendues périodiquement aux enchères du Wool Exchange de Londres où les fdateurs vont les acheter et bien peu viennent dans le Nord du marché d’Anvers ; quant aux laines Argentines, elles arrivent directement à Dunkerque, d’où elles transitent immédiatement à Roubaix et Tourcoing.
- Mais arrivées là, il est rare qu’elles se rendent directement chez le filateur, à moins que celui-ci les fasse peigner chez lui. Il préfère confier ce soin à des établissements spéciaux indépendants qu’on appelle des peignages, ce qui leur vaut d’économiser un magasinage coûteux. Il en résulte que les peignages de Roubaix et Tourcoing sont obligés d’annexer à leur industrie des magasins de grande étendue où sont entassées les halles de laine en attendant d’être travaillées ; c’est là que les Allemands les ont réquisitionnées pour les envoyer chez eux; ils auraient ainsi volé, a-t-on dit, pour 300 millions de laine, ce qui est exagéré d’un tiers. Mais on se tromperait si l’on croyait que les peignages se bornent uniquement à peigner la laine : tout au contraire, comme celle-ci leur arrive en toisons, ils sont obligés de lui faire subir, avant de la livrer aux filatures, une foule de manipulations avant et après le peignage proprement dit ; triage, battage, lavage, dégraissage, séchage, ensimage, cardage, échaudonnage, défeutrage, et après le peignage : lissage, gillboxage, doublage et étirage. Les rubans de laines sont alors seulement dirigés vers les filatures. Les machines à peigner sont, suivant les laines et les usines, de types essentiellement divers — Ileilmann, Delettre, Holden-Lister, Offermann-Ziegler, Meunier, etc., — mais l’outillage qui les constitue et le matériel de préparation qui les entoure sont, contrairement à la filature de coton, en majeure partie de construction française.
- Le chiffre total des laines étrangères qui arrivent en France et dont la majeure partie est absorbée par le Nord a été en moyenne, dans ces dernières années, d’environ 200 millions de kilogrammes représentant une valeur d’environ 700 millions de francs.
- La filature de laine française se divise en deux grandes branches : la filature de laine peignée et la filature de laine cardée, non compris la retorderie des fils produits par ces deux catégories. Le total
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- des broches françaises en peigné, d’après une statistique de 1913, est de l'997196 à filer et 368 412 a retordre; et en cardé de 684619 à filer et 27 786 à retordre. La part de la région du Nord dans cet ensemble est considérable, mais les statistiques dressées par groupes régionaux ont compris dans l’un de ceux-ci les broches appartenant aux quelques localités de l’Aisne qui, comme nous l’avons dit, constituent la région lainière dite de Fourmies. Voici ce qu’elle est pour la filature en peigné :
- Production Valeur Broches Broches en kilogr. en francs, à filer, àretordre.
- Fourmies, Cambré-
- sis, Avesnes et
- Aisne............. 22.803.000 13O.633.n0O 912.210 80.000
- Tourcoing .... 11.894.000 83.262,000 474.7S6 135.414
- Roubaix........... 7.516.tOO 54.016 000 50S.660 100.750
- Pour se rendre compte de l’importance de ces chiffres, il faut savoir que la production de la Marne, qui vient immédiatement après, n’est plus que de 5800000 kg d’une valeur de 26 640000 fr. avec 152 000 broches à filer et 13 000 à retordre.
- La filature de laine cardée est représentée comme suit dans le Nord :
- Production Valeur - Broches
- en kilogr. en francs. à filer.
- Fournies, Cambrésis,
- Avesnes et Aisne , 480.000 1.920 O00 12.000
- Roubaix et Tourcoing. 5.600.000 22.4u0.000 140.0U0
- Les filatures delà Seine-Inférieure et de l’Eure, qui viennent directement après, ne représentent plus (jue 116 489 broches en cardé.
- La filature de laine peignée est donc dans le Nord beaucoup plus importante que celle de laine cardée. En outre, un grand nombre de filatures de la région de Fourmies travaillent à façonponr les tissages de Pioubaix. ...
- En raison des propriétés hygrométriques de'la laine et pour ne pas acheter de l’eau pour (le la fibre, le filateur fait passer le textile par les établissements de condition, qui en ramènent le poids sur échantillon moyen à la siccité absolue; mais on admet, sous le nom de reprise qu’on ajoute à la facture, un tdiiffre d’humidité normal qui pour la laine a depuis longtemps été fixé à 18 1/4 pour 100. Chacune des villes de Fourmies, Roubaix et Tourcoing, possède au moins un établissement de condition, dont les revenus appartiennent aux municipalités ou Chambres de commerce. Celui de Fourmies a été fondé par la Société du commerce et de l'industrie lainière de la région de Fourmies, dont le siège est dans cette ville.
- Il existe à Tourcoing une Société industrielle et commerciale pour la défense des intérêts de la région et une Ecole professionnelle pour l’industrie du pays, création de la Chambre de commerce. A Roubaix, l’enseignement textile se donne dans trois établissements : l'Ecole des arts industriels, l'Institut technique, et l'Institut Turgot.
- Dans un prochain article, nous étudierons la fabrication des tissus Alfred Renouard.
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- LE TUNNEL SOUS LA MANCHE
- La guerre doit logiquement avoir pour conséquence la réalisation de ce fameux projet depuis longtemps pratiquement exécutable et qui n’avait été écarté par l’Angleterre que pour des raisons politiques (*). 11 semble précisément que les raisons politiques doivent au contraire devenir désormais les plus pressantes en sens inverse.
- Le splendide isolement insulaire de nos alliés est pour eux en ce moment un fort grave inconvénient, il rend particulièrement sensible leur vulnérabilité aux sous-marins allemands qui gênent à la fois leur trafic commercial et leurs transports de guerre. On peut se demander ce qu’il en serait advenu si l’Allemagne avait disposé de moyens d’action assez nombreux et assez étendus.
- Avoir les avantages de l’insularité sans en avoir les inconvénients, telle est la situation exceptionnellement favorable qu’apporterait à la Grande-Bretagne l’exécution d’un tunnel sous la Manche qu’il lui serait facile de tenir à son gré ouvert ou fermé. La France est vouée pour longtemps à l’alliance anglaise. On ne voit donc pas venir le cas où la fermeture du tunnel pourrait s’imposer.
- Le débit d’une telle communication serait pratiquement illimité car, autant il peut être difficile ou coûteux d’établir une première galerie dans les conditions dont il s’agit, autant il sera simple d’en percer une deuxième ou même plusieurs, une fois la première terminée grâce à la faculté de multiplier les points d’attaque. Le prix de revient par unité de longueur d’une deuxième galerie serait à peu près celui de nos tunnels courants les plus modestes, ce qui ferait environ 50 millions pour cette deuxième galerie supposée même à double voie; c’est insignifiant dans l’espèce.
- Par contre le prix de revient de la première galerie avec.ses accessoires serait beaucoup plus élevé, et, bien que sa longueur ne doive guère dépasser le double des tunnels continentaux les plus longs construits à ce jour, son évaluation est difficile à préciser. En tout, s’agirait-il même de plus de ”200 millions, que l’impor-
- CONSÉQUENCE DE LA GUERRE
- tance des avantages à réaliser dépasse certainement toute considération de dépenses possibles.
- En envisageant la création de deux tunnels parallèles, on a parfois songé à affecter l’un d’eux à la circulation des automobiles. Je crois que cette solution serait d’un rendement médiocre. Ce qui fait le rendement d’une voie quelconque c’est surtout la possibilité, pour les véhicules quels qu’ils soient, de se succéder bien régulièrement et de très près. La discipline nécessaire à une succession régulière et rapide ne pourrait être obtenue d’automobilistes quelconques.
- Le meilleur moyen de leur faire traverser souter-rainement le détroit sera certainement de charger leurs voitures sur des trains de chemins de fer. 11 suffira de prévoir à cet effet le minimum de temps et de formalités.
- Deux tunnels, chacun à double voie, auraient un rendement vraisemblablement suffisant pour les besoins à satisfaire même pour les périodes les plus critiques d’un temps de guerre.
- Ainsi, par exemple, avec une exploitation bien réglée, chacun des deux suffirait à transporter environ quatre corps d’armée par jour; c’est-à-dire qu’en une semaine une armée anglaise de 60 corps d’armée pourrait franchir le détroit et venir reprendre à notre gauche, s’il le fallait, le bon combat de 1915.
- En supposant, comme tout autorise à le croire, l’Angleterre décidément acquise à ce « militarisme » qui ne peut connaître que la cure homéopathique, la concentration anglaise vers la Belgique ou le Rhin serait à peu près aussi rapide que la nôtre, condition essentielle pour éviter de futurs Charleroi.
- Quant au ravitaillement de la Grande-Bretagne, il serait, bien entendu, désormais hors d’atteinte.
- En définitive la question du tunnel sous la Manche paraît devoir constituer un des plus grands problèmes de demain.
- Il n’est donc pas prématuré d’y songer du moins dans les termes généraux et vagues du présent article.
- L. B.
- CE QUE VOIENT
- Il est difficile, évidemment, de savoir ce que les Poissons pensent des bateaux que, depuis quelques mois, ils voient tomber comme crevettes mortes au fond de la mer, mais, sans avoir la prétention de résoudre ces grandes questions, presque diplomatiques, on peut, néanmoins, chercher à se rendre compte de leurs sensations visuelles et du temps pendant lequel elles persistent dans leur mémoire. C’est précisément ce que vient de faire Mlle Marie Goldsmith, dans un travail qui lui a servi de thèse de doctorat es sciences. Ses expériences ont été effectuées à Roscoff, au laboratoire de M. Delage, et ont porté sur de petits Poissons faciles à élever
- 1. Nous avons donné une étude complète sur cette importante question, n° 1717, 21 avril 1906, par Gustave Dollfus.
- LES POISSONS
- dans des bacs, notamment le Gobius, les Epinoches, les jeunes Plies, etc.
- Une des premières questions qui se posent à l’esprit est celle de savoir si les Poissons distinguent les couleurs et, en cas d’affirmative, durant combien de temps ils s’en souviennent. Pour la résoudre, Mlle Goldsmith s’est surtout servi de pinces diversement colorées — mais de forme et de grandeur identiques — plongées dans l’eau, l’une avec une proie au bout, l’autre vide. Si le Poisson s’habitue à venir de lui-même à la pince colorée de telle couleur, on peut en conclure qu’il a vu celle-ci. Voici, à titre d’exemple, le détail d’une expérience. Placé dans une cuvette, un Gobius s’habitue, à la suite d’un apprentissage ayant duré quatre jours, à
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- CE QUE VOIENT LES POISSONS
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- prendra sa nourriture à l’extrémité d’une pince peinte en rouge. L’association entre la perception de la pince et celle de la nourriture s’établit aussitôt que le poisson est suffisamment apprivoisé pour manger de cette façon : le troisième jour, il saute sur la pince vide deux heures après avoir eu de la nourriture; le cinquième jour, il se comporte de même après un intervalle de 24 heures. On complique alors l'expérience et, après avoir donné au Poisson quelques proies avec la pince rouge, on lui présente, 48 heures après, deux pinces : l’une rouge, l’autre verte, toutes les deux vides, de même forme et plongées à la même profondeur. Le Gobius saute immédiatement sur la pince rouge. On répète cette expérience, en mettant des intervalles de plus en plus longs, d’abord de 2 jours, puis de 3, 4, 5,
- 6 jours, entre la prise de la nourriture, toujours donnée avec la pince rouge, et la présentation de deux pinces vides ; la durée de 7 jours a paru être, dans cette expérience, la limite extrême de la persistance de ce souvenir.
- D’autres expériences analogues montrent nettement que les Gobius peuvent distinguer les couleurs (celles expérimentées ont été le rouge, le bleu, le vert et le jaune) et les retenir dans leur mémoire.
- Le temps approximatif nécessaire pour que la connaissance et l’habitude d’une couleur s’établissent s’est montré de 3 à 5 jours; la durée pendant laquelle le souvenir se manifeste comme persistant a été de 7 à 13 jours.
- Les Gobius distinguent non seulement les couleurs, mais encore les différentes teintes de chacune d’elles. Pour s’en rendre compte on emploie des petits tubes de verre colorés et dans lesquels on met des couleurs d’aniline plus ou moins dilués. Le résultat est toujours positif, lorsque, bien entendu, les nuances sont assez éloignées les unes des autres. Les expériences faites avec de jeunes Plies et des Épinoches amènent, d’ailleurs, à des conclusions analogues.
- On peut se rendre compte aussi que les Poissons se souviennent, outre la couleur des objets, de leur forme. On découpe, par exemple, dans une lame de verre deux objets, que l’on teint ensuite de la même couleur verte : un triangle allongé ayant la même base que la partie la plus large de la pince habituelle et la même longueur, c’est-à-dire représentant assez tidèlement l'aspect d’une pince fermée et un rectangle très allongé ayant la
- même largeur que la base de cette pseudo-pince, la même longueur que lui et terminée par un triangle (fig. 1). Cinq jours après avoir donné des proies à l’extrémité d’une pince verte à deux Gobius adultes et un certain nombre de jeunes, on leur présente les deux objets. Tous les Gobius y viennent indistinctement et à plusieurs reprises. On les retire alors et on les plonge, quelques instants après, mais en remplaçant le second objet par une lame rectangulaire allongée, en verre également et de même couleur. Les deux Gobius adultes et quelques jeunes viennent aussitôt heurter celle des deux lames de verre qui est taillée en forme de pince fermée. Un des Gobius regarde aussi la lame rectangulaire, mais ne s’en approche pas; les autres n’y font aucune attention.
- Les expériences avec des Epinoches ont donné des résultats analogues. On s’est servi avec elles, non seulement des objets que nous avons décrits plus haut, et, en outre, de lames à extrémités bifur-quéesou se terminant soit par un disque arrondi, soit par une sorte de roue dentée (fig. 2). MlleGolds-mith a ainsi constaté que les Epinoches sont capables de distinguer une extrémité carrée d’une extrémité pointue, cette dernière se rattachant pour, eux à la forme de la pince, associée à la perception de la nourriture. Ainsi, entre une lame rectangulaire et une lame bifurquée, cette dernière présentant des pointes, elles choisissent les pointes; de même entre une forme pointue et une forme terminée par un disque arrondi. Elles sont aussi capables de percevoir les différences entre les pointes, car elles choisissent entre la pointe unique de la pince et les deux pointes de la lame bifurquée, la première forme les attirant davantage.
- Enfin, dans un autre ordre d’idées, les expériences de Mlle Goldsmith sur la mémoire topographique des Poissons, lui ont montré que cette mémoire existe bien réellement, que le souvenir en persiste pendant un temps variable (le plus long délai, constaté chez de jeunes Gobius, a été de 18 jours) et que l’apparition de cette mémoire est plus ou moins précoce chez les différentes espèces : elle est conditionnée par des données sensorielles, visuelles et en partie motrices; parmi les données visuelles, les conditions de distribution de la lumière et de l'ombre et la réflexion delà lumière dans le milieu transparent paraissent occuper la première place.
- Henri CocriN.
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- Fig. i. — Formes des lames ayant servi à l’étude de la mémoire des Gobius.
- Fig. 2. — Les formes que les épinoches reconnaissent.
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- LES USINES « FRIEDRICH-ALFRED » ET « GERMANIA »
- DE LA SOCIÉTÉ KRUPP
- Dans un récent article très instructif (19 juin 1915), La Nature a donné des renseignements très circonstanciés sur le bassin houiller et métallurgique de la Ruhr qui, certainement, est la principale source d où. l’Allemagne tire sa richesse industrielle. Dans ce même article sont indiquées les diverses usines métallurgiques construites en différents points de ce bassin et des détails fort intéressants sont donnés sur l’usine Krupp, installée à Essen, au centre même de ce bassin. Mais cette usine d’Essen, malgré son immense développement, ne pouvait plus, depuis un certain temps, suffire à la production intense à laquelle elle devait faire face. Aussi la Société Krupp s’est-elle trouvée, depuis quelques années, dans la nécessité d’établir, en dehors de ce bassin ou près de celui-ci, de nouvelles usines ou seraient fabriquées les fontes et les aciers devant servir à alimenter l’usine d’Essen. Elle a même été amenée à construire à Kiel un chanlier destiné à la construction des navires, soit de guerre, soit marchands, ainsi qu’à celle des sous-marins. C’est de ces usines dont nous avons l’intention de dire quelques mots, en nous attachant plus spécialement à l’usine Friedrich-Alfred de Rheinhausen, près de Duisburg, qui fournit, non seulement à l’usine d’Essen la plus grande partie de l’acier que celle-ci met en oeuvre, mais aussi en vend à l’industrie privée. Cette usine métallurgique de Rheinhmsen est, sans contredit, la mieux installée de l’Allemagne et peut rivaliser avec les plus grands établissements similaires de l’Europe. Nous dirons également quelques mots des chantiers de construction navale Germania de Kiel dont nous venons de parler. Mais, auparavant, nous croyons intéressant de citer les autres usines métallurgiques moins importantes appartenant à la Société Krupp et qui servent également à alimenter l’usine d’Essen.
- La première est l’usine Mulhofener achetée, en 1865, par la Société Krupp et située près d’En-gers, sur le Rhin. Quatre hauts fourneaux y sont installés avec leurs accessoires. Ils produisent différentes sortes de fonte, ainsi que du spiegeleisen et du ferro-manganèse.
- La seconde est l’usine métallurgique Hermann, près de Neuwied sur le Rhin achetée, en 1871, par la Société Krupp. Trois hauts fourneaux y fabriquent la fonte et du spiegeleisen.
- La troisième est la très ancienne usine Sayner, à Sayn, qui, en 1865, fut achetée par la Société Krupp. Les hauts fourneaux qui y existaient ont été éteints en 1876-78 et aujourd’hui cette usine ne contient plus qu’une fonderie de fonte et un atelier mécanique.
- Enfin, la quatrième est l’usine Johannes, près Duisburg, achetée, en 1872, par la Société Krupp. Les hauts fourneaux de cette usine ainsi que ceux des usines précédentes ont, pendant longtemps,
- suffi à l’alimentation des usines d’Essen; mais, depuis quelques années, ils devenaient insuffisants et c’est pour cela que la Société Krupp s’est trouvée amenée à créer l’usine métallurgique Friedrich-Alfred à Rheinhausen dont nous avons parlé plus haut et que nous allons décrire succinctement.
- Usines Friedrich-Alfred de Rheinhausen.— Cette usine porta tout d’abord le nom à’Usines métallurgiques de Rheinhausen, mais, en 1904, en souvenir de Friedrich-Alfred Krupp qui l’avait fondée, ce nom fut changé en celui d’usine métallurgique Fjûedrich-Alfred.
- Hauts fourneaux. —- Elle comprend neuf hauts fourneaux d’une production annuelle de 1 250 000 tonnes de fonte. Quatre de ces hauts fourneaux ont une capacité de 500 m3 et produisent principalement de la fonte Bessemer. Les cinq autres hauts fourneaux de 600 m3 de capacité chacun, produisent de la fonte pour les convertisseurs Thomas. Le minerai est amené à l’usine, soit par eau, soit par rails. Celui provenant de Bilbao ou de Suède est transporté jusqu’à Rotterdam par des navires appartenant à la Société Krupp d’ou il est transbordé sur des chalands qui l’amènent à Rheinhausen par le Rhin. La castine, le coke et le charbon viennent par rails.
- Un quai de 640 m. de longueur construit sur le bord d’un bassin en communication avec le Rhin (fig. 2) sert au déchargement des chalands amenant le minerai et à l’embarquement des produits fabriqués qui doivent être expédiés par eau. Un remorqueur à vapeur sert à l’entrée et à la sortie des chalands du bassin. Le minerai est déchargé au moyen de neuf transporteurs dont chacun d’eux a un rendement de 50 tonnes à Fheure. Ce minerai est déchargé, soit dans des wagons qui le transportent au lieu d’emploi, soit dans des dépôts pouvant contenir 110 000 tonnes.
- Les hauts fourneaux, d’une hauteur de 51 m., sont fermés à leur partie supérieure par un obturateur du système Parry (cup and cône), et sont chargés au moyen de monte-charges verticaux pour les hauts fourneaux de 500 m3 de capacité et inclinés pour ceux de 600 m3. Pour ces derniers, l’air de soufflage est introduit dans l’ouvrage au moyen de douze tuyères de 0 m. 22 de diamètre tandis que, pour les hauts fourneaux de 500 m3, il n’y a que huit tuyères de 0 m. 20 de diamètre. Les laitiers sont mis en dépôt, mais la plus grande partie sert à fabriquer du ciment. A chacun des hauts fourneaux de 500 m3 sont adjoints quatre appareils Cowper pour le chauffage de l’air de soufflage; il y en a cinq pour ceux de 600 m3.
- L’air de soufflage est fourni aux neuf hauts fourneaux au moyen de dix-huit machines soufflantes actionnées par des moteurs à gaz de hauts fourneaux, chacune de ces machines soufflantes
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- produisant 1000 m. cubes d’air par minute. En cas d’avarie de ces moteurs, quatre machines soufflantes actionnées par des machines verlicales à vapeur peuvent produire chacune 840 m’ d’air
- 25 m5 à la pression de 50 atmosphères. Deux autres compresseurs horizontaux fournissent chacun 50 m3 à la minute à la pression de 5 atmosphères. Cet air comprimé sert à la manœuvre des appareils
- Fig. i. — Vue de la grande cale sèche couverte des ateliers « Ger mania » (*)•
- par minute. La pression normale d’air de soufflage est de 0,75 atmosphère et la pression maximum peut atteindre 1,5 atmosphère. L’air comprimé nécessaire pour la mise en marche des moteurs à gaz de hauts fourneaux est fourni par deux compresseurs verticaux disposés près de la machine soufflante et peuvent fournir chacun par minute
- Parry servant d’obturateurs aux gueulards des hauts fourneaux.
- Le gaz des hauts fourneaux pris au-dessous du gueulard est d’abord amené dans un épurateur à sec, à la sortie duquel il contient encore 1) à 10 gr.
- 1. Les figures qui illustrent cet article sont extraites de Y Engineering qui en a autorisé aimablement la reproduction.
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- de poussières par mètre cube. Il est ensuite amené dans un laveur à la sortie duquel la quantité de poussière est réduite à 0,3 gr. par mètre cube. La consommation d’eau de cet appareil est d’emiron un litre par mètre cube de gaz. Ce gaz, ainsi purifié, sert au chauffage des chaudières à vapeur et des appareils Cowper pour le chauffage de l’air de soufflage des hauts fourneaux. Le gaz destiné aux moteurs à gaz passe une seconde fois dans un laveur à la sortie duquel sa contenance en poussière est réduite à 0,02 gr. par mètre cube. L’eau qui sort de ces laveurs- est d’abord amenée dans des réservoirs où les matières en suspension se déposent. L’eau une fois clarifiée sert à nouveau dans le laveur et les poussières ainsi que celles qui proviennent des épurateurs à sec, mélangées
- sous-produits qu’on vend ensuite à l’industrie. Les eaux provenant de la récupération de l’ammoniaque sont recueillies dans des réservoirs et les matières qui s’y déposent et qui contiennent une grande quantité de chaux servent pour les lits de fusion des hauts fourneaux. Les réservoirs à sulfate d’ammoniaque peuvent contenir 1000 tonnes. Les gaz des fours à coke qui ne servent pas à leur chauffage sont utilisés pour chauffer les fours Martin, ainsi qu’au chauffage de deux batteries de chaudières composées chacune de 10 chaudières de 90 ms de surface de chauffe. Ces chaudières peuvent également, en cas de besoin, être chauffées au moyen des gaz de hauts fourneaux.
- Convertisseurs Thomas. — Il y a dans l’usine cinq convertisseurs basiques ayant chacun une capa-
- Vue des hauts Journeaux des ateliers Krupp à Rheinhausen.
- Fig. 2. —
- avec du minerai de fer en poudre, servent à fabriquer des briquettes dont la production annuelle est d’environ 50000 tonnes.
- Afin d’obtenir une plus grande homogénéité de la fonte produite dans les différents hauts fourneaux, celle-ci est d’abord versée dans deux mélangeurs de 900 tonnes de capacité chacun, puis reprise dans ces mélangeurs et versée dans le convertisseur.
- Fours à coke, r— L’installation des fours à coke, très importante, se compose de deux batteries de chacune 60 fours du système Otto. Leur production journalière totale est d’environ 800 tonnes. Le charbon destiné à la fabrication de ce coke provient des mines de la société Krupp et est amené par rails à Rheinhausen. Après avoir recueilli le goudron et les eaux ammoniacales contenus dans les gaz on en extrait, dans l’usine même, tous les
- cité de 25 tonnes. L’addition du ferro-manganèse, du spiegel et de la chaux se fait suivant les méthodes usuelles. Le ferro-manganèse est chauffé dans des fou-s installés au-dessus du convertisseur et le spiegel est fondu dans deux creusets au-dessus de cette même plate-forme. L’acier produit dans ces. convertisseurs est coulé en lingots de 5 tonnes.
- L’air nécessaire aux convertisseurs est foürni par une machine à vapeur horizontale compound et cà condensation faisant 60 tours à la minute et produisant à la minute 900 m3 d’air à la pression de 2 ou 2,5 atmosphères. Une seconde machine semblable sert de secours en cas d’avarie de la première.
- La produclion annuelle de l’acier Thomas est de 620 000 lonnes; elle peut être portée à 780 000 t.
- Un atelier spécial est affecté à la fabrication des
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- briques de dolomite qui servent au revêtement du convertisseur et des fours Martin; il peut produire 100 tonnes de ces briques par jour.
- Fours Martin. — À côté des convertisseurs Thomas se trouvent trois fours Martin basiques de 35 tonnes chacun et trois autres également basiques de 45 tonnes. Ces fours sont chauffés par un mélange de gaz des fours à coke, de gaz de hauts fourneaux et de gaz provenant de dix gazogènes installés près des fours. La production annuelle des fours Martin est de 120 000 tonnes pouvant être portée à 140 000 tonnes.
- Laminoirs. — Les lingots provenant des convertisseurs ou des fours Martin et dont le poids est de
- est portée dansdes fours à réchauffer, puis, ensuite, amenée aux trios qui les transforment en rails, en cornières ou autres pièces.
- L’atelier des laminoirs est très vaste, très bien éclairé et parfaitement ventilé. Sa production moyenne est de 600000 tonnes par an et peut être portée à 720 000 tonnes.
- Une fonderie de fonte très importante et un atelier pour la fabrication des modèles sont adjoints à l’usine.
- Usine électrique. — Une usine électrique fournit du courant continu à 525 volts. Ce courant sert à la production de force et à l’éclairage de l’usine, des bureaux et des habitations des ouvriers. Il est pro-
- Fig. 3. — Vue du dépôt des minerais.
- 4 à 5 tonnes sont transportés, au moyen de wagons remorqués par une locomotive, des puits de coulées aux puits Gjers installés au-dessous du plancher de l’atelier où se trouvent les laminoirs et dans lesquels ils sont descendus au moyen de grues électriques d’une puissance de 7,5 tonnes. Lorsque le lingot a été réchauffé à la température voulue il est sorti du puits Gjers au moyen de la grue électrique et amené au laminoir dégrossisseur. Ces laminoirs, au nombre de deux, ont des cylindres de 1 m. 15 de diamètre et de 2 m. 80 de longueur. Ils sont actionnés par une machine 'a vapeur compound réversible de 7000 chevaux, Les lingots ainsi ébauchés sont conduits ensuite sous une cisaille hydraulique qui les coupe en tronçons de longueur déterminée. Une partie de ces bloonis sont mis en dépôt pour être vendus à l’industrie privée, l’autre partie
- duit au moyen de deux dynamos de 205 kw chacune, de six de 680 kw et de deux de 750 kw, toutes actionnées par des moteurs à gaz de hauts fourneaux. Comme machine supplémentaire on a installé deux dynamos de 187 kw chacune actionnées par un moteur à vapeur de 200 chevaux.
- Alimentation d’eau. — L’usiné est alimentée en eau potable au moyen de 35 puits forés à une distance de 60 à 90 m. du bord du Rhin. Des pompes refoulent l’eau de ces puits à une hauteur de 55 m. dans deux réservoirs placés au sommet d’une tour. L’un de ces réservoirs a une contenance de 500 m3, l’autre, une contenance de 1000 m3. Deux pompes centrifuges, l’une produisant 6 m3 par minute et l’autre 12 m3 pompent dans le Rhin l’eau nécessaire pour la condensation des moteurs à vapeur.
- Laboratoire d essai. — Un, bâtiment à deux
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- étages contient les appareils destinés aux essais des matériaux et à côté de lui se trouve un atelier pour les essais au choc. Il se compose d’un mouton tombant d’une hauteur de 12 m. Les machines d’essai, sont du type ordinaire et comprennent une machine de 100 t. pour les essais de traction, de compression et de flexion et une autre d’une puissance de 50 t. Ces appareils fonctionnent avec de l’huile à la pression de 150 atmosphères fournie par des pompes et des accumulateurs.
- Chantier de construction navale « Germania » de Kiel. — Lorsque l’Allemagne se décida à mettre à exécution sa fameuse devise : « Notre avenir est sur la mer », les usines métallurgiques Krupp se mirent immédiatement en rapport avec les chantiers de construction navale allemands et, même, avec quelques chantiers étrangers, pour leur fournir les canons, les plaques de blindage, les arbres d’hélice, les grosses pièces d’acier ainsi que les tôles pour la construction ds ces navires. Mais, vers 1890, lorsque les usines d’Essen purent fabriquer sur une grande échelle de l’acier basique, celles-ci prirent le parti d’entreprendre elles-mêmes la construction des navires et, pour cela, elle résolut d’acheter un chantier situé près d’un port militaire allemand. Elle jeta son dévolu sur le chantier de construction navale « Germania » situé dans la baie de Kiel qu’elle prit d’abord en location, en 1896, pour l’acheter définitivement en 1902. Ce chantier, fondé en 1865, et qui avait changé plusieurs fois de propriétaire, se trouvait dans une position financière très peu satisfaisante, ce qui le mettait dans l’impossibilité de faire face aux commandes de plus en plus importantes de la marine allemande. Aussi, après l’acquisition de ce chantier par la Société Krupp, celle-ci dut-elle, de 1898 à 1902, faire des dépenses considérables pour en renouveler l’outillage et y faire les agrandissements nécessaires.
- La surface occupée actuellement par ce chantier de construction navale est de 23 hectares et sa longueur le long de la baie de Kiel est de 800 m., c’est-à-dire double de celle qui existait précédemment. C’est sur une partie de ce front de mer que sont construites les cales de construction dont nous dirons un mot tout à l’heure.
- Le chantier de construction navale « Germania », tel qu’il est aujourd’hui, peut être considéré comme un modèle du genre où tout a élé coordonné de telle sorte que les matières servant à la construction du navire passent directement du dépôt de matériaux aux ateliers mécaniques, puis aux ateliers de montage et, finalement, aux navires en construction dans les cales. Le cadre de cet article ne nous permet pas de décrire, même brièvement, les divers ateliers qui constituent cette usine. Nous nous attacherons plus spécialement aux ateliers pour la construction des chaudières et aux cales de construction qui en forment la partie la plus importante.
- Atelier des chaudières. — Cet atelier de 166 m.
- de longueur et de 65 m. de largeur est divisé longitudinalement en trois baies, une baie centrale de 23 m. de largeur et deux latérales. Les baies latérales sont desservies chacune par une grue mobile électrique de 15 t. et la baie centrale par deux grues de 50 t., une de 75 t. et une de 40 t. Ces deux dernières sont spécialement destinées à la manœuvre des chaudières au moment de leur rivetage hydraulique. L’eau sous pression nécessaire pour ce rivetage hydraulique qui s’applique jusqu’aux rivets de 40 mm de diamètre et qui est d’un emploi général dans l’usine est fournie par des pompes actionnées par des moteurs à vapeur. Quant aux machines-outils elles sont, pour la plupart, actionnées par l’air comprimé. Tous les tubes qui entrent dans la construction des chaudières à tubes d'eau sont, sans exception, galvanisés, avant leur emploi, par la méthode électrolytique.
- Dans cet atelier, la Société Krupp construit des chaudières cylindriques et des chaudières à petits tubes système Schulz qui, du reste, ne sont qu’une modification des chaudières Jarrow.
- Cales de construction des navires. — Ces cales, au nombre de sept, ont une longueur variant entre 116 m. et 193 m. Les quatre premières ont une largeur de 22 à 24 m., la cinquième une largeur de 16 m., la sixième de 54 m. et la septième de 26 m. Cette dernière peut recevoir des navires de 225 m. de longueur. Une huitième cale, faisant suite aux sept premières, peut recevoir des navires de 250 m. de longueur et de 40 m. de largeur. Toutes ces cales, dont l’inclinaison des tins est de 1/18, et qui se prolongent du côté de la mer jusqu’à une profondeur de 2 m. 50 à 3 m. au-dessous du niveau des eaux, sont fermées par un bateau-porte.
- Quatre de ces cales sont couvertes d’une toiture vitrée dont la charpente est supportée de chaque côlé par des colonnes en fer (fig. 1). Quant aux côtés également vitrés ils restent libres à leur partie inférieure pour permettre l’entrée des pièces servant à la construction du navire. Une grue électrique mobile, placée de chaque côté de ces cales, sert à soulever et transporter à l’endroit voulu du navire les différentes pièces servant à sa construction. Les autres cales ne sont pas couvertes.
- Toutes les pièces en acier coulé arrivent de l’usine d’Essen complètement usinées et prêtes à être mises en place. Il en est de même des plaques de blindage et des tourelles destinées à recevoir les canons de gros calibre.
- Les chantiers a Germania » qui occupent, en temps normal, 7000 ouvriers, ont, depuis la prise de possession par la Société Krupp, construit un grand nombre de cuirassés de la marine allemande. Ils ont également construit, pour cette même marine, nombre de croiseurs, de torpilleurs et de sous-marins. Il n’est pas douteux que, depuis le commencement de la guerre, cette activité ne s’est pas ralentie. R. Bonnin.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 août 1915.
- Le parasitisme des graines. — M. V. Galippe montre que les graines normales, en une proportion considérable, peuvent contenir un plus ou moins grand nombre de parasites. Ces parasites préexistent dans les anthères, sur le pollen, et sur le stigmate, dans l’intérieur du style et dans l’ovaire et ont été introduits au moment de la fécondation. On sait qu’un parasite peut, non seulement faire apparaître dans des Heurs à sexe unique le sexe manquant, mais encore, d’une façon générale et dans des cas beaucoup plus nombreux, rendre la fleur stérile. M. Galippe indique que l’on pourrait, en cherchant dans cette voie, dissiper l’obscurité entourant la nature des causes externes des mutationsbrusques de Yries. M. Edmond Perrier fait remarquer à ce propos que les variations brusques ont été signalées en 1867 par Naudin, bien avant de Yries auquel on les attribue, ét que Naudin est également le véritable auteur des lois dites de Mendel.
- Les mouvements propres des étoiles. — M. Comas Solà a examiné simultanément au stéréoscope deux photographies prises à trois ans de distance dans une région de la Voie lactée. La finesse physiologique de nos yeux donne, on le sait, des sensations de relief ou de creux par l’effet de très faibles déplacements. Cet examen lui a montré aussitôt 200 étoiles en mouvement propre, dont
- certains groupements et alignements d’étoiles ayant un mouvement propre commun. La plupart de ces trajectoires forment un angle considérable avec la ligne moyenne de la Voie lactée. Les mouvements les plus rapides appartiennent, dans cette région du ciel, aux étoiles les plus brillantes.
- Emploi de l'aluminium comme anti-tartre. — M. 1. Pouget a constaté, qu’un bain-marie de laboratoire, peint intérieurement avec de la peinture à l’aluminium, avait pu fonctionner, d’une manière presque continue, pendant trois ans, sans nettoyage. Diverses expériences lui ont prouvé que l’aluminium métallique agit comme anti-tartre, surtout lorsqu’il est en poudre comme dans cette peinture où l’aluminium était délayé dans de l’essence de térébenthine additionnée de résine.
- Les eaux de Beciucens (Hautes-Pgrénées). — M. F. Garrigou a constaté dans ces eaux sulfurées, qualifiées de cicatrisantes, la présence de divers métaux empruntés aux calcaires schisteux dévoniens qui encaissent leur griffon : plomb, zinc, antimoine, arsenic, étain, cuivre. Il leur attribue une influence dans les propriétés curatives. Cette source est en même temps radioactive. Ces deux propriétés la rapprochent de la source vieille des Eaux-Bonnes et de Tercis (Landes).
- UN MOTEUR A VAPEUR DE MERCURE
- Une conséqenee, à première vue incroyable, à laquelle conduisent les principes de la thermodynamique concerne le rendement des machines thermiques. D’après le théorème de Carnot, le rendement est indépendant du fluide qui évolue dans la machine et dépend uniquement des températures de la source chaude (la chaudière) et de la source froide (le condenseur). Si on représente par T et t les températures de ces deux sources, le rendement maximum auquel puisse prétendre une machine idéale, sans frottements ni pertes accessoires de chaleur, est donné par la formule :
- T___l
- R —!—L.
- T+ 273
- Comme on le voit, cette formule ne tient pas compte de la nature du fluide employé. Que l’on se serve d’eau, ou d’éther infiniment plus facile à vaporiser, si les températures T et t sont les mêmes, le rendement des deux machines sera rigoureusement égal.
- La formule précédente permet de se rendre compte de la valeur des différents modes de génération thermique d’énergie. Prenons d’abord une machine à vapeur simple : la température de la chaudière sera par exemple de 150° correspondant à une pression de 5 atmosphères, et la température du condenseur, l’air en général, sera voisine de 20°. Le rendement théorique sera de :
- 150 — 20 1 + 25
- 0,30.
- Si, au contraire, on utilise la surchauffe, à 500° par exemple, le rendement devient :
- R
- 500 — 20
- 573
- 0,48
- on a donc gagné énormément.
- Enfin, si on considère un moteur à gaz où la température au moment de l’explosion est voisine de 2000®, le rendement est :
- 2000 — 20 2273
- 0,86.
- Il y a cependant intérêt, au point de vue pratique, à remplacer l’eau par le mercure comme l’a montré M. Emmet malgré les indications de la thermodynamique. En effet, le mercure bout à 530° environ sous l’almosphère, tandis que pour atteindre la même température dans une machine à vapeur ordinaire, il faudrait que celle-ci résistât à des pressions intérieures de 35 kg, ce qui est inadmissible. En résumé, la nature du liquide de la chaudière n’intervient que parce que la marche à une température très élevée est rendue possible.
- Un autre avantage du mercure, signalé par M. Emmet, est le suivant : il permet de mieux utiliser la chaleur produite par la combustion du charbon.
- La machine qu’a construite M. Emmet utilise donc le mercure à deux fins : d’abord pour la production de la force motrice, par la vapeur de mercure
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- 208 — : :. :: UN MOTEUR A VAPEUR DE MERCURE
- fonctionnant comme la vapeur d’eau dans les turbines ordinaires ; ensuite comme source auxiliaire de chaleur, le mercure se condensant à 255° dans un vide de 771 mm de mercure.
- Le fonctionnement de l’installation d’essais d’une puissance de 100 chevaux, est représenté schématiquement figure 1.
- Le mercure vaporisé dans une chaudière chauffée par un foyer ordinaire passe, à une pression voisine de la pression atmosphérique, dans une turbine. De là, il se rend aune chaudière condenseur où il se condense sur la surface externe des tubes d’eau. La chaleur absorbée par l’eau est suffisante pour la vaporiser et on peut se servir de cette vapeur pour actionner d’autres machines.
- Comme la vapeur de mercure est beaucoup plus chaude que la vapeur d’eau, les gaz quittent la chaudière à mercure à une température supérieure à celle qu’ils auraient à la sortie d’une machine à vapeur. Aussi s’en sert-on pour chaufferie mercure liquide qui retourne à la chaudière après condensation.
- M.' Emmet ne se dissimule pas ce qu’une pareille installation présente de difficultés de construction.
- Il reconnaît que le mercure a contre lui son prix de revient élevé, sa nocivité et la difficulté de réaliser des récipients pour le contenir ainsi que sa vapeur; Mais par contre, au point de vue thermodynamique, ses avantages sont considérables :
- 1° Son point d’ébullition aux pressions désirées convient bien;
- 2° Sa densité rend possible l’alimentation par action de la pesanteur seule;
- 3° Aux températures considérées, il est complètement neutre vis-à-vis de l’eau, de l’air, du fer et des matières organiques avec lesquelles il peut être mis en oontact;
- 4° Il ne contient en dissolution aucune substance
- qui puisse adhérer aux surfaces de chauffe ou les détériorer, en sorte que l’intérieur de la chaudière restera toujours propre ;
- 5° Sa densité de vapeur est tellement élevée qu’elle donne une vitesse très faible d’écoulement par les tuyères d’où la possibilité d’utiliser un type de turbine très simple, à marche lente ;
- 6° Il ne mouille pas la surface des ailettes de turbines et nè produit pas d’érosion;
- 7° Son volume aux températures pratiques de condensation est tel qu’il peut être employé dans les turbines sans hauteur excessive des aubages. On sait que l’une des principales limitations dans la construction des turbines à vapeur est la grande surfacenéces-saire a la détente efficace de la vapeur à basse pression; avec le mercure, cette difficulté n’existe pas ;
- 8° Aux températures considérées, la chaudière de condensation est très petite et simple comparativement à une chaudière à vapeur.
- En admettant des rendements identiques pour les appareils moteurs, on trouve que l’augmentation du rendement en travail par kilogramme de combustible brûlé au foyer serait de 45 p. 100.
- M.. Emmet estime qu’il ne faudrait pas plus de 50 francs de mercure par kilowatt de puissance de la turbine à mercure et que l’application en grand de son procédé ne produirait pas une hausse permanente des cours par suite des stocks existant actuellement.
- Quel que soit l’avenir de ce procédé, il montre que bien des perfectionnements peuvent encore être apportés aux procédés de génération de l’énergie. La question de la meilleure utilisation des combustibles est à l’ordre du jour, aussi bien en Angleterre, qu’en Amérique. En France, nous devons reconnaître que savants et industriels semblent par contre s’en désintéresser. X...
- Conduite de vapeur de mercure y| Turbine a vapeur d'eau
- Générateur
- d’électricité
- Condenseur de la vapeur d'eau
- Turbine a vapeur de mercure Bêchauffeur a vapeur de mercure Surchauffeur à vapeur d’eau Chaudière à vapeur de mercure
- Fig. i. — Vue d'ensemble de la machine à vapeur de mercure indiquant le cycle parcouru par le mercure.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahijre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N“ 2192. ="..............................;.... ..........i.:::..:::.;;:::..::;.:::: 2 OCTOBRE 1915.
- LE TRACTEUR AUTOMOBILE MILITAIRE
- La guerre actuelle a consacré le triomphe de la traction automobile appliquée à la remorque des équipages militaires de toutes catégories.
- Grâce aux systèmes de primes instituées en faveur des propriétaires de camions mécaniques, la plupart des armées européennes ont pu se procurer jusqu’ici assez facilement un nombre important de véhicules porteurs en vue de leurs transports de vivres et de munitions d’infanterie ou d’artillerie légère. L’emploi des batteries d’artillerie lourde à propulsion mécanique a, au contraire, soulevé
- roues motrices. On a jugé avec raison que les fortes primes devaient être réservées aux appareils puissants permettant de traîner l’artillerie lourde ; aussi l’importance des allocations correspondantes a-t-elle été portée à 11000 francs environ.
- On sait que, pour avoir droit aux primes du Ministère de la guerre, les tracteurs et les camions mécaniques, présentés par les constructeurs, doivent satisfaire au programme des épreuves d’endurance annuelles publié par le Journal Officiel. D’après le dernier programme (J. Officiel du 28 octobre 1915)
- Fig. i. — Groupe de canons de jao longs attelés a des tracteurs Latil.
- nombre de problèmes dont la solution ne pouvait être obtenue que par de longues études techniques ou pratiques et par une appropriation toute spéciale du régime des primes.
- Pour assurer la remorque des pièces de gros calibres et de leurs colonnes de munitions, le service de l’artillerie ne peut pas employer les véhicules dont se servent un grand nombre d’industriels, c’est-à-dire les tracteurs porteurs à deux roues motrices avec remorque. Ces engins sont, en réalité, de gros camions, et bien que dotés autrefois de fortes primes, ils restaient à peu près inutilisables pour la mobilisation.
- A partir de 1914, l’autorité militaire a supprimé les tracteurs porteurs de son règlement qui n'admet plus que les tracteurs à adhérence totale ou à quatre
- 43* Année. — 2* Semestre.
- le poids mort des tracteurs à adhérence totale a été limité à 5500 kg. La charge utile doit être au moins de 1500 kg et le poids total en charge est inférieur à 8000 kg, sans qu’aucun essieu puisse porter plus de 4750 kg. Dans la pesée à vide, on ne fait état ni du poids du conducteur ni de celui des rechanges et de l’outillage.
- Pour le rendement de traction, le rapport du poids total remorqué au poids mort du tracteur doit être au moins égal à 2.
- Les roues, à bandages jumelés en caoutchouc plein, doivent être toutes interchangeables et leurs jantes lisses ont soit 850 mm 6, soit 1 mètre de diamètre. Cette dernière dimension a été reconnue avantageuse pour ies tracteurs puissants.
- Comme pour les camions, on emploie sur les
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- 210:-:~-- --- LE TRACTEUR AUTOMOBILE MILITAIRE
- Fig. 2. Tracteur Renault et ses remorques.
- tracteurs les chaînes antipalinantes fixées au moyen de goujons ; les anneaux, au nombre d’une douzaine par roue, embrassent la jante avec un peu de mou, ce qui facilite beaucoup leur adhérence au sol.
- Le tracteur isolé, portant sa charge utile maximum, doit être capable de gravir une rampe de 18 p. 100. Sur une route légèrement accidentée, présentant des rampes maximum de 8 p. 100, il fournira une vitesse moyenne de 15 km à l'heure, sans dépasser jamais la vitesse instantanée de 25 km.
- Avec remorques et charge roulante d’au moins 15 tonnes, le tracteur atteint la vitesse minimum de 12 km à l’heure en palier et de 5 km sur des rampes de 6 p. 100. Enfin il doit pouvoir gravir des rampes de 12 p. 100 sur des routes, pavées ou empierrées, en bon état.
- Le treuil est calculé de manière à pouvoir haler la remorque de 15 tonnes sur une rampe de 15 p. 100.
- Il est important que les tracteurs puissent circuler avec leur remorque sur des routes en très mauvais état et sortir des chemins empierrés pour passer à travers champs, en franchissant tous les •obstacles, tels que fossés, levées de terre, etc.
- Nos photographies représentent des tracteurs de diverses constructions soumis à des épreuves d’endurance de ce genre, franchissant des talus, passant des fondrières et grimpant des rampes très accentuées, voire même des sortes d’escaliers, lin service normal, on emploie de petits ponceaux portatifs que l’on engage sous les roues pour leur faire franchir les ruisseaux ou les ornières trop profondes.
- Il ne faut pas croire que le remorquage des véhicules sur roule soit une chose nouvelle, car la machine à feu de Cugnot (1770) était destinée au transport des voitures et surtout de l’artillerie. Elle fut expérimentée à ce
- dernier point de vue sous la direction du célèbre Gribeauval et traîna un canon de 48,avec son affût, à l’allure de « cinq quarts de lieue » à l’heure, ainsi qu’en témoigne Bachaumont dans ses mémoires. L’in-venteur fut d’abord traité
- de visionnaire ainsi qu’il est de règle pour les prophètes scientifiques qui ont le tort d’êtie de plus d’un siècle en avance sur leurs contemporains.
- Celte question ne fut jamais abandonnée depuis celte époque. On peut citer les tracteurs à vapeur anglais de Dance (1831), de Hancock (1836), les trains à vapeur belges de Dietz père, qui fonctionnèrent entre Bruxelles et Anvers (1837). En France, Ch. Dietz construisit, en 1833, un train sur route articulé dont les remorques étaient obligées de passer sur la trace du tracteur, disposition indispensable, disait Séguier dans son rapport à l’Institut de France, pour permettre à un long convoi de circuler dans de bonnes conditions sous la seule conduite du conducteur monté sur le tracteur.
- Successivement Lotz à Nantes (1856), Cail à Paris, Albaret à Liancourt, construisirent des locomotives routières pour le transport des matières pondéreuses, telles que les betteraves à sucre. Ces machines ressemblaient assez à des rouleaux compresseurs de macadam, mais elles détérioraient rapidement les routes. Elles disparurent après 1870, mais on conserva seulement en service quelques routières, systèmes Aveling et Porter ou Cail qui furent seulement mises définitivement à la réforme vers 1909.
- Fig. 3. — Tracteur Renault sur forte pente.
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- LE TRACTEUR AUTOMOBILE MILITAIRE .211
- En 1855, l’armée anglaise opérant en Crimée faisait circuler des canons lourds traînés par des locomotives routières, système Boydel, munies des fameuses ceintures de roues qui devaient faire, environ cinquante-cinq ans plus tard, l’objet de brevets Erupp. On peut citer parmi les tracteurs à vapeur modernes que construisirent tour à tour, Amédée Bollée (1875-1880), de Dion-Bouton, (1897) Scotte,LeBlant,
- Turgan et tout récemment Renard.
- L’invention du moteur à essence devait orienter les recherches des inventeurs dans une nouvelle voie.
- De nombreux essais avaient été faits avant la guerre, en France et à l’étranger, en vue de réaliser des batteries d’artillerie lourde présentant une mobilité analogue à celle de l’artillerie de campagne. Vers 1905, la maison Schneider et Cie du Creusot avait établi pour le gouvernement portugais, sur les plans de l’ingénieur Brillié, un tracteur de 6500 kg capable de remorquer quatre obusiers de 154 mm pesant chacun 5500 kg; le tout formait une batterie destinée à la défense mobile du camp retranché de Lisbonne. En 1911, un tracteur Daimler traînait en Autriche les voitures de 5500 kg du mortier de 240 mm, mod. 98. Plus tard, on réussit dans le même pays à organiser les fameuses batteries automobiles composées de mortiers de 505 mm qui ont fait tant parler d’elles en Belgique, en France et en Pologne. Toutefois la véritable solution du problème ne fut rendue possible que par l’introduction du tracteur à quatre roues motrices dû au constructeur français Latil. Le seul tracteur porteur à adhérence totale, présenté au concours d’endurance de 1915, était un appareil Blum Latil de 4500 kg, avec charge utile de 2500 kg, actionné par un moteur de
- 55 chevaux. Pour tous les véhicules militaires, les combustibles imposés sont l’essence, le benzol et l’alcool carburé avec une consommation limite de 0 1. 06 par tonne kilométrique (7 gr. pour le lubrifiant). En pratique les consommations réalisées sont inférieures à ces chiffres, surtout pour les tracteurs
- qui ont à fournir un parcours total de 2500 km par étapes de 100 km.
- La route tracée par Latil a été suivie par de nombreux constructeurs français et étrangers parmi lesquels nous citerons les maisons Renault, Panhard, Jeffries (Amérique), etc.
- Dans les véhicules à un seul essieu moteur, on perd le bénéfice de la moitié de l’effort tracteur total utilisable. Soit P le poids total d’un tracteur à un seul essieu moteur, p la charge sur son essieu porteur et p' la charge sur son essieu moteur.
- Si l’on désigne par f le coefficient d’adhérence maximum du caoutchouc des roues sur la route, l’effort de traction maximum a pour valeur p'f. Supposons que le poids supporté par l’essieu moteur soit de 4750 kg, ce qui est le maximum toléré par le règlement du concours de 1914. Si l’on prend pour f une valeur égale à 0,5, l’effort maximum de traction utilisable serait d’environ 2400 kg.
- Au contraire, avec les quatre roues motrices, l’effort de traction est égal à P f. Comme le poids maximum d’un tracteur atteint 8 tonnes, l’effort de traction correspondant dans les mêmes conditions sera de 4000 kg.
- D’autre part, la hauteur maximum de l’obstacle qui peut être franchi par une roue de diamètre donné est plus grande pour les roues motrices que pour les roues porteuses. Donc, un tracteur à quatre roues motrices peut franchir facilement un obstacle qui arrêterait le même véhicule s’il ne possédait qu’un seul essieu moteur. Le tracteur puissant permet de plus de traîner directement sur le sol des
- Fig. 5. — Tracteur Latil passant un gué.
- Fig. 4. — Sortie d’une mare.
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- charges importantes telles que des canons et des affûts de siège qu’il est impossible de charger sur un véhicule.
- Le tracteur Blum-Latil dérive des camions à avant-train moteur que cette maison construisait depuis longtemps, l/essieu arrière a simplement été établi sur le même modèle que l’essieu avant ; les roues sont commandées par un arbre longitudinal au moyen d’un renvoi à vis sans fin ; de plus, l’essieu arrière est directeur en même temps que moteur.
- Le moteur de 35 chev. (1000 tours), graissé par barbotage, comporte quatre cylindres 110x160 coulés d’un seul bloc.
- Les soupapes, place'es du côté gauche, sont commandées par un seul arbre à cames. Le vilebrequin, qui repose sur trois roulements à double rangée de billes, porte à l’avant un petit pignon commandant l’arbre à cames et la magnéto, par l’intermédiaire d’une chaîne silencieuse. La circulation de l’eau de refroidissement est obtenue par thermo-siphon et le radiateur, placé derrière le moteur, a une très grande capacité.
- Le carter du moteur forme bloc avec celui de la boîte de vitesses; entre les deux carters est placél’embraÿage à cône de cuir, du type inverse.
- La boîte de vitesses à trois trains baladeurs comporte quatre vitesses de marche avant et deux vitesses de marche arrière ; la troisième vitesse, obtenue en prise directe, se fait par griffes à l’avant de la boîte.
- La quatrième vitesse, surmultipliée, est employée seulement pour la marche à vide ou à faible charge. Un troisième arbre porte un baladeur spécial qui commande le treuil.
- Deux arbres à cardan transversaux vont attaquer un pignon denté extérieurement calé sur les roues. Les joints à cardan sont à dés du côté du milieu du tracteur et à noix du côté des roues.
- Les tracteurs militaires sont tous munis d’un dispositif de bloquage du différentiel. En effet, quand une des deux roues motrices d’un même essieu se trouve sur un terrain gras ou cesse d’être en contact avec le sol (ce qui arrive fréquemment en terrain accidenté), l’effort moteur de cet essieu tout entier devient nul ; la roue adhérente reste en effet immobile, tandis que l’autre tourne folle à une vitesse double de celle qu’aurait l’essieu tout entier si les deux roues tournaient également. Il faut donc de toute nécessité qu’on puisse à ce moment rendre les deux roües motrices solidaires l’une de
- l’autre en bloquant le différentiel. Dans le tracteur Latil, ce résultat est obtenu en rendant solidaires par un embrayage, la boîte du différentiel et l’un de ses pignons planétaires.
- Les quatre roues étant à la fois motrices et directrices, le tracteur peut, pour un même angle de braquage, tourner dans un cercle de rayon moitié moindre que celui qu’il faut à un véhicule ordinaire à deux roues directrices.
- Les deux essieux avant et arrière du tracteur sont rigoureusement interchangeables, aussi bien comme roues que comme tambours de freins, couronnes dentées, barres de direction, etc.
- Un frein à pédale agit sur un tambour calé sur l’arbre secondaire de la boîte de vitesses. Les deux différentiels répartissent donc également l’effort sur les quatre roues motrices qm portent, en outre, chacune un tambour de frein. Les tambours sont attaqués par quatre freins identiques, tous actionnés au moyen de câbles par le levier à main. Une
- béquille, articulée sur l’essieu arrière, empêche, le cas échéant, toute dérive intempestive en arrière.
- Les ressorts droits sont fixés au châssis de telle manière que les ressorts avant tirent, tandis que les ressorts arrière poussent.
- Il peut arriver que le tracteur se présente devant une rampe tellement forte qu’il lui soit impossible de la gravir en tirant sa remorque. Le personnel peut alors faire gravir cette rampe aux remorques (séparées de leur tracteur) au moyen d’un cabestan placé à l’arrière du véhicule et que commande par vis sans fin un arbre spécial, parallèle à l’arbre moteur. On dételle le tracteur qui grimpe seul la rampe trop raide; il s’arrête en haut et haie ses remorques au moyen d’un câble qui s’enroule sur le cabestan. Dans l’axe et à l’arrière du véhicule se trouve un crochet monté sur un ressort à boudin. On y attelle les remorques au moyen de barres de longueur bien déterminée et elles suivent exactement les mêmes ornières que le tracteur même dans des virages très courts. Le tracteur, suivi de trois remorques, ferme complètement le cercle.
- Tous les tracteurs militaires devant satisfaire à un programme identique, on conçoit que les divers véhicules présentés par les constructeurs se ressemblent forcément beaucoup. Les tracteurs Renault sont actionnés par un moteur de 45 chev. (1000 tours) à quatre cylindres jumelés de 130 X160, avec régulateur agissant sur un boisseau d’admission. L’allu-
- Fig. 6. — Tracteur Schneider et Cie passant un fossé au moyen de ponceaux.
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- LE TRACTEUR AUTOMOBILE MILITAIRE: 213
- mage se fait par magnéto à haute tension, le refroidissement par thermo-siphon et ventilateur et l’embrayage par cône inverse avec cuir. Le changement de vitesses est à quatre vitesses avec marche arrière et cabestan. Les vitesses sont échelonnées comme suit : 2 k. 55, 5 k. 7, 9 k. 6 et 15 k. 7 pour mille tours du moteur. La transmission est à cardan.
- La conduite des tracteurs automobiles demande des soins réguliers et méthodiques, car il faut découvrir les avaries dès qu’elles ont lieu, et autant que possible avant qu’elles aient pu se produire.
- On s’assurera tous les jours, avant le départ, que les réservoirs d’eau et d’essence sont pleins, que les graissages prescrits ont été faits, que les carters du moteur du changement de vitesse et du cabestan contiennent la quantité d’huile normale et quela courroie du ventilateur n’est ni trop lâche, ni trop tendue.
- A chaque arrêt on vérifie qu’aucune pièce impor-
- laquelle on fait dissoudre 50 p. 100 de potasse.
- Le principal obstacle à la bonne marche d’un convoi est le manque d’adhérence des roues du tracteur principalement sur les fortes rampes.
- Dès que le sol devient glissant ou peu résistant, on monte les chaînes antipatinantes sur les bandages. Les anneaux placés aux extrémités des éléments ou anneaux de chaînes viennent se placer sur des crochets de fixation portés par la jante.
- Quand le sol est très gras, on bloque immédiatement le différentiel pour que les roues ne creusent pas le sol en patinant. Pour bloquer le différentiel, le conducteur amène le levier dans la position indiquée, ce qui arme le ressort placé sur le manchon d’accouplement. Ce manchon vient alors en prise avec le boîtier du différentiel et l’on met en marche pour faciliter l’entrée en prise.
- Etant donné que le verrouillage du différentiel
- Fig. 7. — Tracteur dit
- tante de la machine n’a souffert. La température des organes en mouvement est toujours supportable à la main s’ils sont bien graissés. On graisse abondamment les pièces chaudes et l’on démonte immédiatement toutes celles qui tapent, car un organe qui chauffe ou qui fait du bruit est toujours menacé d’une destruction rapide.
- Tous les huit jours on procède à une visite détaillée du tracteur en vérifiant les écrous ainsi que le fonctionnement des organes importants, et le réglage des commandes de frein, de direction, etc.
- Si le véhicule doit rester quelque temps sans rouler, on graisse soigneusement tous les organes et on suiffe les soupapes du moteur. On vide complètement le réservoir d’eau, surtout par temps froid pour éviter les ruptures par la gelée. En hiver, on rend l’eau du radiateur incongelable en l’additionnant de 22 p. 100 d’alcool ou de 10 p. 100 de glycérine pure neutralisée par du carbonate de soude. On évite les incrustations du radiateur causées par la dureté de l’eau, en le nettoyant avec de l’eau dans
- Chenille » à adhérence totale.
- rend les quatre roues solidaires l’une de l’autre, on doit éviter d’exécuter un virage avec les différentiels bloqués. Car le frottement des roues sur le sol rendrait la direction très dure et fatiguerait inutilement les arbres.
- 11 faut bloquer le différentiel avant d’engager le tracteur dans un mauvais passage afin de ne pas laisser les roues creuser de profondes ornières en patinant. On doit toujours laisser traîner la béquille dans une forte montée et, si l’adhérence n’est pas assez forte, malgré toutes les précautions prises, on dételle les remorques et on essaie d’atteindre ou de passer l’endroit difficile avec le tracteur seul.
- Quand on est obligé de dételer les remorques on arrête le tracteur à une certaine distance limitée par la longueur du câble qu’on possède, puis on haie les remorques séparément ou ensemble suivant la pente et la résistance du terrain.
- On haie les remorques de préférence par l’arrière. À cet effet, on déroule le câble porté par le tambour et on fixe l’œil ou le crochet du câble sur la
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- 214 . LE TRACTEUR AUTOMOBILE MILITAIRE
- remorque. On enroule ensuite le câble sur le cabestan dans le sens convenable en faisant plusieurs tours pour obtenir une adhérence suffisante.
- On embraye le cabestan en plaçant le levier dans l’encoche de la grille correspondante. Le conducteur embraye progressivement en donnant les gaz. Un ou plusieurs aides tirent sur l’extrémité du câble après son enroulement sur le cabestan. Aucun accident n’ést à craindre au moment de l’embrayage parce que le cabestan et le changement de vitesse sont commandés par le même levier.
- Quand on haie les remorques, on cale soigneuse-mentle tracteur enlaissant tomber la béquille si on haie par l’arrière ; dans tous les cas on immobilise les roues avec les cales dont le tracteur est muni à cet effet.
- Si la résistance du terrain est trop grande pour haler les remorques directement, on opère un mou-flage. A cet effet, on fixe le crochet à l’extrémité du câble après l’un des crochets de remorque du tracteur. On fait passer le câble sur la poulie de mouflage fixée après la remorque et l’extrémité libre du câble est alors amenée au cabestan.
- Quelquefois le tracteur est engagé sur un mauvais terrain et l’on peut être obligé de le haler lui-même au moyen du cabestan. Dans ce cas on fixe le câble par exemple sur un arbre situé en avant du tracteur et on le haie en faisant passer le câble sur une des poulies de renvoi.
- Dans la plupart des cas il est préférable de procéder immédiatement au mouflage, pour éviter de rompre le câble, surtout quand le tracteur est embourbé. En règle générale, dès que le tracteur seul manque d’adhérence, il faut lé haler au cabestan sans retard, pour éviter la formation de profondes ornières qui pourraient nuire au passage des tracteurs suivants et même le rendre impossible.
- Malgré toutes les précautions prises, le tracteur ou les remorques peuvent se trouver embourbés jusqu’aux moyeux. Il est alors préférable de dégager le sol autour des roues au moyen d’une pioche et de placer des planches sous les roues, en travers et non en long, parce que dans ce dernier cas elles pourraient se renverser et augmenter encore les difficultés provenant de la nature du terrain.
- Quand le tracteur est embourbé jusqu’aux essieux dans une montée, il est préférable de ne pas creuser de suite sous les roues vers l’avant avant de commencer le halage. En effet, dans la plupart des cas, on démarre en marche arrière et l’on fait reculer le tracteur d’environ 1 m. ; on comble alors les trous creusés par les roues et on démarre en avant plus facilement avec le cabestan.
- Avant de s’engager sur des terrains mous où l’on doit parcourir une certaine distance, on prépare un chemin de roulement avec des branches d’arbres placées en travers de la route. On peut aussi employer de grands paillassons rendus plus solides au moyen d’une armature de fils de fer.
- Ces paillassons constituent des chemins de roulement passables; on les enlève au fur et à mesure
- que le tracteur avance, pour les replacer à l’avant.
- En règle générale, on ne doit pas hésiter à employer le cabestan dès que l’adhérence commence à devenir insuffisante et à recourir au mouflage quand le tirage à un seul brin commence à être trop pénible.
- La maison Panhard a également présenté un tracteur d’artillerie étudié par elle de concert avec la Compagnie des Forges de Châtillon-Commentry dont le conseil technique est le colonel Déport si connu par l’invention du canon de campagne 75 mm. auquel l’armée italienne doit une partie de ses succès dans la campagne actuelle.
- Dans le tracteur Châtillon-Panhard on a résolu d’une manière originale le difficile problème résultant de la nécessité où l’on se trouve de répartir la vitesse angulaire et l’énergie entre les deux essieux moteurs, comme on les répartit déjà entre les deux roues d’un même essieu par le différentiel.
- Au lieu d’accoupler les roues d’un même essieu en leur laissant la faculté d’accorder leurs déplacements par l’intermédiaire d’un différentiel, on accoupla les roues latérales du tracteur Châtillon-Panhard. On leur imprimait ainsi rigoureusement le même mouvement; dans ces conditions il suffisait d’employer un seul différentiel ayant pour fonction de coordonner la marche des deux couples latéraux de roues motrices, droit et gauche, et d’équilibrer leurs efforts entre eux.
- Les quatre roues devenues ainsi motrices et directrices étaient toutes organisées et commandées de manière identique, de telle manière que la commande de direction leur imprimait des mouvements de braquage également identiques sur un terrain plan. La voiture parfaitement symétrique évoluait avec une facilité remarquable et sa moitié arrière suivait exactement la même pi ste que sa moitié avant. Le tracteur Châtillon-Panhard peut ainsi faire demi-tour dans un cercle de 4 m. 50 de rayon.
- Ce tracteur présente la plupart des caractéristiques bien connues qui ont fait lé succès des véhicules de tous genres, construits par cette grande maison française. Il a d’ailleurs pleinement satisfait à tous les essais officieux et officiels auxquels il a été soumis depuis plusieurs années.
- Tous les tracteurs actuellement en service permettent de remorquer des batteries d’obusiers ou de gros canons ainsi que les caissons de munitions correspondants. Il est à souhaiter que leur nombre devienne de plus en plus grand, même s’il faut recourir pour cela à des commandes directes indépendantes du système des primes. En général, les particuliers ne peuvent guère employer ce mode de traction que dans des cas assez limités : transports de betteraves, de briques, etc. Dans aucun cas il ne faudra admettre que notre artillerie lourde puisse être privée du seul moyen de remorque susceptible de lui donner son maximum d’efficacité, même s’il doit en résulter une dépense en apparence élevée mais qui n’est rien auprès des pertes immenses pouvant résulter d’une défaite. Capitaine XXX.
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- UNE ANNÉE DE GUERRE AÉRIENNE
- Les intérêts de la Défense nationale nous imposent, le devoir de n’aborder l’histoire de la guerre aérienne que d’une manière tout à fait superficielle. La cinquième arme, devenue une arme à la fois offensive et défensive, est actuellement constituée par des appareils merveilleux servis par des pilotes et des observateurs de grande valeur qui accomplissent chaque jour, avec une audace et une énergie rares, les plus brillants exploits. Cependant, nous ne pouvons parler des uns et des autres qu’avec beaucoup de cir conspec-tion; l’ennemi incapable de lutter avec nous sur le vaste champ de la bataille aérienne, serait trop heureux de recueillir toute indication concernant nos formations aériennes ou la technique de nos avions. Nous sommes donc fortement limités dans notre exposé qui ne peut être considéré que comme une préface à l’histoire de la guerre aérienne.
- Pendant les quelques années qui précédèrent les hostilités entre la France et l’Aile magn e , notre service de l’aéronautique militaire avait imposé aux constructeurs d’aéroplanes des conditions de réception auxquelles tous, ou à peu près, étaient capables de satisfaire. Elles se résumaient en quelques obligations peu draconiennes, comme le transport d’un poids limité, l’élévation à une hauteur déterminée en un court espace de temps, le décollage sur une faible longueur et des vols de quelques heures consécutives. Pour ce qui concerne le côté pratique on paraissait vouloir s’en rapporter à l’habileté des pilotes qui s’entraînaient à placer des bombes dans des cibles dessinées sur le sol et à faire des voyages de plus en plus longue durée pour s’entraîner aux reconnaissances aériennes.
- La guerre éclate. Les défauts de i’organisati n pacifique apparaissent en même temps que l’insuf-
- fisante qualité des avions. Sur ce point nos ennemis ont de l’avance; ils en profitent pour faire des démonstrations au-dessus de Paris. Gela n’empêche pas, d’ailleurs, nos avions et même nos dirigeables, de survoler l’armée envahissante et de recueillir de si précieuses indications, que la bataille de la Marne peut s’engager victorieusement d’après le rapport d’un de nos pilotes signalant une large fissure entre deux des armées ennemies. Nous saisissons rapidement le côté pratique de l’aviation ; les types d’appareils se précisent, et quelques constructeurs seuls demeurent les fournisseurs delà guerre. Tout le reste disparaît du firmament, malgré l’auréole de gloire que la paix avait tissée à certains d’entre eux.
- La pratique de la guerre a permis de constituer une sorte de classement par catégorie des avions militaires. Ce sont les avions de reconnaissance qui vont au delà du front, à l’intérieur des territoires envahis, étudier les mouvements des armées ennemies, les emplacements des parcs, des dépôts de munitions; les avions d'observation affectés au réglage du tir de l’artillerie et que complète le service d’observation organisé sur tout le front par une ligne ininterrompue de ballons cerfs-volants ; les avions de chasse, armés de mitrailleuses, formant des barrages aériens que les appareils ennemis ne peuvent franchir pour étudier notre organisation de l’arrière; ils accompagnent, dans leurs raids, les avions de bombardement, armés de bombes, d’obus de 90 et de 155, de canons de 57 mm, et dont les exploits nous sont contés, laconiquement il est vrai, par les communiqués officiels.
- D’autre part, les hydravions, affectés à la surveillance des côtes, aux reconnaissances maritimes et au bombardement des ouvrages militaires établis
- Fig. i. — Principaux raids des avions alliés pendant la première année de guerre.
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- UNE ANNÉE DE GUERRE AÉRIENNE
- sur les rivages, ont rendu et rendent encore chaque jour d’immenses services aux navires de guerre dont ils sont, en même temps, les éclaireurs.
- ' Des reconnaissances aériennes, on peut seulement dire qu’elles dépendent de l’officier qui accompagne le pilote’; elles exigent une connaissance complète des formations militaires ennemies et une éducation qui se fait d’ailleurs très rapidement; les renseignements les plus précis sur l’importance des troupes en mouvement sont recueillis chaque jour par nos officiers.
- Le réglage du tir d’artillerie dispose de méthodes
- devant laquelle s’éclipsent prudemment les plus hardis pilotes allemands.
- L’armement de circonstance est la mitrailleuse, que les Allemands ne possédaient pas au début de la guerre.
- Cela tient à l’emplacement de l’hélice, située en avant dans leurs appareils et qui empêchait le tir, tandis que dans nos biplans, dont l’hélice est à l’arrière, l’emplacement de la mitrailleuse tout à fait à l’avant de la nacelle est particulièrement favorable.
- Pendant longtemps, les Allemands n’ont pu s’armer que de revolvers ou de fusils a répétition; ce n’est que plus tard qu’ils sont parvenus à installer jusqu’à trois mitrailleuses sur leurs appareils.
- Dans les monoplans, la difficulté due à la présence de l’hélice, a été solutionnée de diverses manières.
- Dans certains appareils la mitrailleuse est placée très haut, à l’avant, et le tireur, debout, est protégé par un bouclier d’acier qui s’abaisse en temps ordinaire.
- Parfois le pilote est seul à bord et manœuvre son avion tout en actionnant sa mitrailleuse. C’est ainsi que
- Fig-. 2. — Un Voisin armé d’une mitrailleuse.
- nouvelles absolument remarquables, servies par la T. S. F. et permettant de régler le tir d’une batterie en trois coups de canon, la fumée dégagée par l’éclatement des projectiles indiquant avec précision le point de chute de ces projectiles de réglage. Un communiqué officiel du 16 février,, résume lés opérations aériennes de cette journée : « Sur tous les points où des actions ont été engagées par nos troupes, l’artillerie a trouvé dans les avions et dans les ballons captifs une très utile collaboration. Des batteries ennemies ont été découvertes et réduites au silence, tandis que les aviatiks et les taubes qui cherchaient à survoler nos lignes, où, par leur tir, nos batteries étaient obligées de révéler leur emplacement, ont tous été contraints de faire demi-tour. » Le lendemain un seul aviateur parvenait à découvrir 21 batteries ennemies et, le surlendemain, une batterie lourde, immédiatement repérée, était mise dans l’impossibilité de nuire.
- L’avion de chasse convient plus particulièrement au caractère français.
- Nos pilotes ont acquis, dans ce sport, une maestria
- sur certains appareils français de chasse, deux mitrailleuses placées à l’avant à poste fixe sont mises en action automatiquement à travers l’hélice, l’aviateur braque son appareil tout entier vers l’objectif à attaquer.
- Cette façon d’opérer nécessite une habileté toute particulière de l’aviateur.
- Mais dans les appareils extra-rapides il y a un intérêt primordial à diminuer le poids emporté et par suite à réduire le personnel. Garros et Pégoud, qui excellaient dans la poursuite, étaient toujours seuls à bord.
- Le problème qui consiste à jeter efficacement des bombes sur un objectif avait été étudié anté-
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- rieurement ; chacun se souvient du Concours Michelin institué à cet effet, mais la guerre lui a apporté des solutions nouvelles permettant le bombardement précis même à grande hauteur.
- Les bombes ne sont plus jetées à la main, mais abandonnées à un moment précis, par des appareils spéciaux, dans une position qui leur permet de décrire une trajectoire bien définie et de tomber la pointe en bas.
- Les aviateurs allemands atteignent rarement un but parce qu’ils se tiennent prudemment hors de la portée du canon.
- Ils jettent leurs bombes sur une ville avec la certitude d’atteindre sûrement quelque chose. Chez nous la guerre aérienne revêt une forme plus pratique et moins barbare. Toujours, sauf le seul bombardement de Karlsruhe qui fut un acte de représailles, nos aviateurs ont un objectif militaire : gares, casernes, trains de ravitaillement, voies ferrées, parcs d’artillerie, hangars aéronautiques, etc. Et les obus de 90 et de 155 qu’ils laissent tomber atteignent très souvent le but.
- C’est que nos aviateurs sont servis par des appareils de visée très précis, et surtout par une audace inouïe, descendant parfois à une centaine de mètres au-dessus de l’objectif, au milieu de la mitraille qui éclate autour d’eux. Cependant le nombre de ceux qui ne reviennent pas de ces expéditions est toujours très faible.
- L’avion de bombardement est devenu un énorme et puissant engin mû par des moteurs de 100 à 220 chevaux. La. valeur offensive de l’appareil s’en est trouvée accrue à un tel point que certains de ces avions emportent de véritables pièces d’artillerie aérienne. Ce n’est pas là un des côtés les moins pittoresques de cette guerre, que de voir des avions-canons tirant au visé, avec une précision
- redoutable, des projectiles de 57 mm permettant la destruction complète des buts sur lesquels ils s’acharnent.
- Mais le succès de ces entreprises, nous ne saurions trop le répéter, réside principalement dans les qualités de nos pilotes qui n’hésitent pas à se rapprocher du but autant qu’ils le jugent nécessaire. Pour cette raison, les bombardements de
- nuit sont devenus tout à fait à la mode, oserons-nous dire, dans notre cinquième arme. Les avions partent sans être aperçus, naviguent à quelques centaines de mètres, se rapprochent des objectifs et laissent tomber leurs bombes qui produisent toujours des dégâts considérables. Aussi agiles que les plus rapides oiseaux de la nature, ils savent échapper aux projecteurs lorsque ceux-ci parviennent à les découvrir, en
- décrivant des virages rapides, en s’élevant ou en
- plongeant avec une vitesse telle que les faisceaux lumineux sont incapables de les suivre dans
- leurs évolulions.
- • Les fléchettes
- constituent éga--, lement une arme
- redoutable pour les troupes en groupe. Un soldat allemand atteint à l’épaule par une d’elles fut traversé de haut en bas. D’autres ont été littéralement cloués sur le sol par les pieds. C’est par une fléchette que fut tué le général von Meyer. Il faut les lâcher par paquets, ce qui est facile, d’ailleurs, leur faible poids permettant d’en emporter de grosses quantités. Un de nos aviateurs en « distribua » 18 000 en une seule journée, indépendamment de 52 bombes dont il s’était également chargé. Ce beau travail fut exécuté en huit voyages.
- Dans certains cas, l’avion est utilisé comme gardien des routes aériennes pour défendre aux aéroplanes ennemis l’entrée de certaines parties
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- du territoire; il peut encore intervenir comme organe de liaison, entre une place forte assiégée et le territoire. Un exemple de cette utilisation nous fut donné par les Autrichiens assiégés dans Przemysl ; les avions assuraient leur liaison avec Cracovie.
- Les exploits accomplis par nos avions ont été si nombreux au cours de cette première année de la
- guerre qu’il est impossible de les signaler tous, quelque passionnante que puisse être cette narration pleine de faits glorieux.
- Nous rappellerons seulement les grands raids au-dessus d’Essen, de Fribourg-en-Brisgau, de Carlsruhe, de Metz, de Mulhouse, de Mulheim, de Friedrichshafen, Cuxhaven, ën particulier, qui eurent un retentissement énorme dans le monde. Combien de fois les établissements militaires allemands de la côte Belge, n’ont-ils pas été bombardés ! Le succès a été tel que nos ennemis ont jugé prudent de reporter vers l’intérieur quelques-uns de leurs hangars de dirigeables et d’avions qui étaient particulièrement visés. C’est au cours d’un de ces raids que le lieutenant anglais Warneford détruisit brillamment un zeppelin. C’est aussi pendant cette belle campagne aérienne que fut bombardé le quartier général allemand à Thilt, près de Dixmude, que la Badish-Aniline de Ludwigshafen reçoit 65 obus de 90 et 2 de 155, que toutes les gares militaires, tous les camps, tous les hangars, tous les dépôts de munitions, reçoivent à tour de rôle, sans trêve ni repos, la visite d’escadrilles de plus en plus puissantes, de mieux en mieux outillées et exercées, qui se retirent presque toujours au complet non sans avoir causé d’importants dégâts chez l’adversaire.
- il est bien difficile de parler des appareils eux-mêmes dont la construction est poussée avec
- vigueur dans tous les pays belligérants. En dehors des monoplans et biplans classiques, de plus en plus puissants, on étudie de tous côtés le problème des multiplans. Sur ce qui se fait en France, malgré de nombreuses publications dans des journaux étrangers, nous ne pouvons actuellement rien dire. Les Russes possèdent le type Sikorsky, avion géant construit avant la guerre et que La Nature a décrit; actuellement, on veut le surpasser : l’Allemagne étudierait un type de biplan à 8 moteurs de 180 chevaux, capable d’emporter 4 canons et 20 personnes. D’autre part, la Gazette de Lausanne assure que l’on procède en Allemagne à l’essai d’un appareil qui combinerait le ballon avec l’avion. Ce serait un gigantesque avion, portant à sa partie supérieure un ballon fusiforme, sorte de zeppelin, gonflé à l’hydrogène, assurant la sustentation et servant d’équilibreur. 11 permettrait — théoriquement — à l’appareil de rester à peu près immobile dans l’air, avantage capital pour le bombardement aussi bien que pour l’observation. Cette nouvelle nous surprend d’autant moins que le système mixte (dirigeable et aéroplane) a été longuement étudié en France.
- Nous avons décrit ici même l’appareil Malécot qui réalise parfaitement la conception allemande actuelle et dont les qualités attirèrent l’atten-
- Fig. 7. — Monoplan Morane.
- tion de notre service de l’aéronautique militaire. Nous avons toujours ignoré pour quelle raison Malécot ne reçut que des encouragements platoniques. Ses travaux méritaient une meilleure récompense et peut-être y aurait-il lieu de les reprendre.
- Les dirigeables ordinaires peuvent d’ailleurs rendre les mêmes services parce que, actuellement, ils ne peuvent plus être considérés comme de vulgaires bouées aériennes s’élevant par la chute de
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- lest et s’abaissant en abandonnant de l’hydrogène. Ce sont de vrais engins mixtes servis par des plans construits comme ceux des avions et quelquefois par’ des hélices horizontales leur permettant de s’élever et de descendre sans dépense de provisions.
- Le rôle qu’ils ont joué jusqu’ici n’a été ni très actif chez nous, ni très brillant chez nos adversaires. Nous n’avons à enregistrer que quelques reconnaissances effectuées par le Fleurrn qui s’en fut bombarder la gare de Trêves dans la nuit du 20 au 21 août 1914; un autre, au mois de novembre, laissa tomber des bombes sur la gare de Tergnier où il détruisit des locomotives et du matériel roulant allemand. Le 17 décembre le dirigeable Conté bombarda, pendant la nuit, la gare de Sarrebourg; dans la nuit du 2 au 3 avril un autre atteignit la gare et les hangars d’aviation de Fribourg-en-Brisgau. U Adjudant-Vincenot a effectué une reconnaissance du 12 au 13 avril au-dessus de Tournai, Courtrai, Valenciennes, Bohain, puis une autre le 15 avril. Dans la nuit du 15 au 16 avril le Conté recommençait le bombardement de la gare de Fribourg-en-Brisgau et des hangars de l’Àviatik. 520 kg de projectiles furent lancés. Strasbourg reçut également au mois d’avril, la visite d’un dirigeable français.
- Les dirigeables allemands ont montré plus d’activité, mais leurs expéditions ne peuvent être considérées que comme des crimes puisque, en aucun cas, ils n’ont eu des objectifs militaires. Il semble que nos ennemis ne veuillent leur demander que de répandre la terreur parmi les populations. L’Angleterre est particulièrement visée par eux et toujours leurs victimes sont des non-combattants, des femmes et des enfants. Nous pouvons signaler à leur actif : les bombardements d’Anvers (nuit du 24 au 25 août), d’Ostende, de Bielostock en Russie (29 septembre), de Varsovie (22 décembre), de Nancy (26 décembre), de Yarmouth et King’s Lynn (19 janvier), de Calais (21 février et 17 mars), de Paris (21 mars) par quatre zeppelins dont deux seulement purent arriver au-dessus de la ville. Puis, les mêmes faits sé renouvellent à des dates plus ou moins rapprochées au-dessus des mêmes objectifs : Nancy (11 avril), Angleterre (15 et 16 avril, 29 avril, 17 mai, 26 mai, 51 mai) ; les Allemands atteignirent la banlieue de Londres au cours de ce dernier bombardement. Le 5 juin, nouveau raid sur l’Angleterre.
- Toutes les expéditions ne se terminent pas d’une manière très heureuse et beaucoup de dirigeables y laissent leur carcasse. Un zeppelin fut abattu par nos troupes près de Badonviller le 23 août. Voici la liste connue de ceux que l’Allemagne a perdus. 29 août, Mlava (Russie) un zeppelin; 8 septembre, Seradz (Russie) un zeppelin; 28 septembre, Modlin (Russie) un zeppelin; 10 octobre, au hangar de Dusseldorf, un zeppelin; 25 novembre, près de Maestricht, un zeppelin détruit par la tempête; 28 janvier, Libau ^Russie) un Parseval capturé; 19 février, au Jutland, un zeppelin détruit par la tempête et aux îles Fanoe un zeppelin échoué;
- 26 février, à Pola, un zeppelin détruit par la tempête; 2 mars, à Tirlemont, un zeppelin détruit par la tempête; 5 mars, un zeppelin perdu dans la mer du Nord; 12 mars, un Parseval échoué; 21 mars, destruction d’un des zeppelins ayant bombardé Paris; 15 avril, à Thielt, un zeppelin détruit; 17 avril, un Parseval; 22 avril, un zeppelin près de Bruges; 26 avril, un zeppelin dans l’aérodrome de Gontrode; 16 mai, un zeppelin abattu entre Gand et Bruxelles; 26 mai, un zeppelin sur la mer du Nord; 7 juin, un zeppelin à Bruxelles; 8 juin, un zeppelin près de Gand. Combien d’autres ont disparu au cours des bombardements de leurs hangars par nos avions? L’Allemagne nous le dira peut-être un jour !
- A côté des dirigeables et des avions, dont les prouesses excitent l’enthousiasme populaire, l’armée utilise encore d’autres engins aériens connus et décrits depuis longtemps, qui rendent de très grands services sur le front, pour l’observation des lignes ennemies, Ce sont les cerfs-volants et les ballons captifs. Nos lecteurs savent que le capitaine Sacconey est l’organisateur de ce service d’observation par les trains de cerfs-volants montés; partout où ils ont été installés ils rendent les plus grands services. Les ballons sphériques captifs paraissent, par contre, se montrer inférieurs aux ballons-cerfs-volants dont nous avons parlé récemment. Ils cèdent peu à peu la place à ces derniers qui se comportent très vaillamment sur tout le front et complètent admirablement le service d’observation qu’effectuent les avions; mais, retenus à plusieurs kilomètres à l’arrière de la ligne de feu, leurs services se limitent à l’observation d’une bande de territoire de quelques kilomètres de largeur sur le front allemand où ils règlent rapidement et avec précision le tir de nos batteries.
- Les exploits accomplis par ces escadrilles permettent d’envisager le développement intense de la cinquième arme ; des romanciers comme Wells, n’hésitent pas à voir des Hottes de 2000 avions et plus, allant porter la destruction dans les usines qui approvisionnent l’armée ennemie. Pratiquement, il serait bien difficile à une escadre de cette importance de se mouvoir dans l’atmosphère malgré son immensité. Les avions ne peuvent se rapprocher de très près les uns des autres sans risques mortels ; il n’est pas possible de voir 2000 avions au-dessus d’une ville ; tout ce que l’on peut désirer c’est la succession presque ininterrompue d’attaques ne laissant pas à l’ennemi le temps de réparer les pertes matérielles subies.
- Nous pouvons, actuellement, manifester une confiance absolue en nos aviateurs qui détruiront, à l’arrière du front allemand, les gares, les trains, les usines, les approvisionnements et empêcheront le ravitaillement sur le front d’une manière telle que notre artillerie prendra rapidement un avantage marqué sur celle de nos ennemis.
- Lucien Fournier.
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- LES MINES DE POTASSE D’ALSACE
- LEUR ÉVALUATION ET LEUR NATIONALISATION ÉVENTUELLE
- Les gisements potassiques d’Alsace ont déjà été étudiés ici (1) et nous sommes revenus à diverses reprises sur la question de la potasse qui présente un intérêt mondial considérable en raison du monopole que détenaient les Allemands avant la dernière guerre (2). Nous nous contentons de rappeler que toute la potasse consommée par l’agriculture et par les industries chimiques dans le monde entier est, jusqu’à ces dernières années, venue exclusivement de Stassfurt en Anhalt. Depuis quelques années, on a découvert, dans les terrains tertiaires des environs de Mulhouse, le gisement dont il va être question ici ; on a commencé à explorer un gisement espagnol situé près de Barcelone et le gouvernement des États-Unis a fait, sans grand succès, des efforts persévérants, que nous avons signalés récemment, pour découvrir de la potasse sur son vaste territoire. Le rattachement attendu de l’Alsace-Lorraine au territoire français va donc poser, à ce propos, un gros problème, dont l’importance peut se chiffrer par milliards. Ce gisement de Mulhouse, que l’Allemagne dominait de toute la puissance de son Étatisme, va se trouver en mesure, d’engager la lutte contre le tout-puissant « Kalisyndicat » de Stassfurt. Dans ces conditions, il nous a paru utile de demander à un spécialiste bien connu de la région lorraine, M. L. B., une mise au point de la situation actuelle. Bien que certaines considérations financières développées dans sa réponse sortent un peu du cadre habituel de ce recueil, elles ne pourront manquer d’intéresser vivement nos lecteurs. N. D. L. R.
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- M. Jean Buffet, l’éminent banquier nancéien, qui connaît bien le gisement alsacien pour en être un des plus distingués pionniers, disait fort justement dans une récente conférence : a On en a beaucoup parlé en ces derniers temps. Je ne dis pas qu’on en ait trop parlé, mais les estimations qui ont été données de sa valeur sont excessives, en tous cas très hasardées..
- « Les chiffres prestigieux que j’ai lus dans certains journaux ne sont d’ailleurs pas nécessaires pour prétendre qu’il s’agit là d’une véritable puissance économique. Le tiers en appartient, environ, bien que sous la forme d’une société de régime allemand, à des capitaux français, les deux autres tiers à un trust allemand, mais dans lequel les intérêts alsaciens et français sont loin d’être négligeables.... »
- On avait écrit, en effet, dans diverses publications à peu près ceci : « Le gisement potassique alsacien vaut plusieurs dizaines de milliards ; il appartient
- L Yoy. n° 1862 du 30 janvier 1909.
- 2. Yoy. n° 2187 du 28 août 1915.
- à des Allemands ; donc l’État français devra s’approprier cette immense richesse ». Syllogisme fort simple, trop simple, et dont les prémisses sont erronées.
- Ce gisement ne vaut pas des dizaines de milliards, mais probablement deux ou trois milliards seulement, ce qui est déjà fort coquet, et, pour 45 pour 100, il est la propriété d’Alsaciens-Lorrains et de Français. Sa nationalisation éventuelle ne serait donc ni aussi légitime, ni aussi séduisante qu’on l’a prétendu.
- C’est une erreur fréquente que d’estimer un gîte minier en multipliant son tonnage par la valeur marchande de la tonne extraite, ou même par le bénéfice unitaire réalisé sur cette tonne. La valeur d’un tel gîte est fonction de ses débouchés commerciaux beaucoup plus que de sa puissance. C’est toujours le débouché commercial qui limite au début et pendant longtemps l’importance des ventes et le taux des bénéfices.
- Qu’importe l’immensité du tonnage si l’on ne peut en vendre qu’une infime partie ? Voici quelques exemples.
- 11 y a une vingtaine d’années, on nous annonçait du haut de la tribune du Sénat, que les cinq milliards versés antérieurement à l’Allemagne étaient retrouvés sous la forme d’un gisement phosphatique dans le département de Constantine. Or, même aujourd’hui, la valeur vénale de cette richesse ne dépasse pas quelques dizaines de millions.
- Le plus beau de nos bassins miniers, celui du Pas-de-Calais, renferme pour 100 milliards de houille; or, malgré une mise en valeur intensive demi-séculaire et des conditions économiques exceptionnellement favorables, ses bénéfices annuels ne dépassent pas cent millions, sa capitalisation en bourse 2 milliards, sa valeur vénale par hectare utile 50 000 francs, un peu moins que celle des terrains les plus médiocres de la banlieue d’une grande ville.
- Le bassin minier de Briey contient 2 milliards de tonnes de bon minerai, se vendant 5 francs avec un bénéfice de 2 francs. Il ne vaut cependant, ni 10 milliards, ni même 4 milliards. Quand il sera en pleine exploitation, — ce sera bientôt — il produira annuellement plus de 50 millions de tonnes par an, laissant un bénéfice bien net de 60 millions, correspondant à une valeur en capital de 1200 millions, c’est-à-dire encore à 50 000 francs environ par hectare utile du bon gisement.
- Et qui a fait la valeur de ce bassin, complètement négligé il y a vingt ans à peine, et que certains demandeurs en concessions, hésitaient alors à payer à raison de 500 francs par hectare ? C’est — il ne faut pas que ceux qui le savent cessent de le répéter — l’initiative intelligente, le
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- LES MINES DE POTASSE D’ALSACE
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- sens commercial d’un petit nombre d’hommes, au premier rang desquels figure M. Cavallier, l’éminent maître de forges, qui ont créé les débouchés nécessaires en arrachant à notre lourde machine administrative, des réductions de tarifs de chemins de fer se montant en moyenne à 2 francs par tonne, chiffre précisément égal au bénéfice unitaire qui rémunère actuellement les capitaux considérables que cette sage mesure a fini par y attirer. Est-on bien sûr — soit dit en passant — que la nationalisation du bassin de Briey aurait eu pour conséquence une aussi heureuse initiative ?
- Le bassin potassique de Mulhouse renferme, sous 20 000 hectares de superficie utile, 2 milliards de tonnes d’un produit valant, sur le carreau de la mine, environ 30 fr. par tonne, avec un bénéfice distribuable, net de toutes charges financières, de 15 francs.
- Cependant ce gisement ne vaut ni 60 ni même 50 milliards, parce qu’il serait évidemment impossible de vendre immédiatement ces 2 milliards de tonnes, même si l’on pouvait les extraire instantanément. Le régime économique très spécial de cette industrie, s’il permet de hauts prix de vente et de gros bénéfices unitaires, réduit par contre le tonnage de ventes de chaque mine d’Alsace à peu près au dixième de sa capacité de production.
- Chacun des 15 puits alsaciens, outillé pour extraire facilement 800 000 t. par an, ne pouvait en vendre que 80 000, et 150000 de ces tonnes suffiraient à la consommation potassique actuelle de la France tout entière ! La part réservée à l’Alsace dans le Kalisyndicat de Stassfurt tendait vers le taux de 10 pour 100 seulement des. ventes totales, malgré des avantages naturels qui sous le
- régime d’une libre concurrence eussent justifié un quantum plus élevé.
- Il ne faut pas oublier, en effet, que — malgré les associés puissants et d’ailleurs fort loyaux que les Franco-Alsaciens, inventeurs du gisement, avaient dû rechercher en Allemagne après avoir été repoussés par la finance française — l’Alsace avait été quelque peu traitée en suspecte par la Commission administrative d’arbitrage des quantums, la loi d’Empire de 1910 ayant été d’ailleurs élaborée autant contre elle que
- contre les intrusions américaines qui avaient un instant mis en péril le maintien du Kalisyndicat.
- En fait, avant la guerre, chacun des 15 puits d’Alsace était ou allait être doté d’un quantum représentant un chiffre de ventes de 2 millions 1/2 de francs, correspondant à une extraction d’environ 80 000 t. avec des frais d’exploitation de 600 000 francs, des charges financières d’intérêt, d’amortissements et de réserves, également de 600 000 fr. et un bénéfice distribuable de 12 à 1 500 000 francs.
- Comme, d’autre part, la mise en valeur rationnelle et complète du gisement est à peu près assurée par les 15 puits existants, on peut dire que, sous le régime allemand, le gisement alsacien ne pouvait guère procurer qu’un bénéfice actuel distribuable de 20 millions de francs environ, susceptible, il est vrai, de progression continue assez rapide.
- La consommation mondiale de la potasse augmente, en effet, avec une rapidité et une régularité singulières.
- C’est surtout la conséquence du développement pratiquement illimité de la consommation agricole.
- Voici le tableau de l’extraction des sels bruts
- Regisheim
- Unaersheim o -600/
- Sou I z
- Sennheii
- Wittelsheim
- Sausheim
- '-200
- HOUSE
- Do ma ch
- N iedermarschweiler
- Heimsbrunn
- Carte de la région des sels de potasse en Alsace. Les lignes de niveau représentent la surface des schistes qui occupent la base de la couche potassique. Les points noirs représentent les sondages.
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- LES MINES DE POTASSE D’ALSACE
- en Allemagne depuis l’origine de leur exploitation exprimée en tonnes :
- 1864. . 113.498
- 1871. . 572.574
- 1878. . 770.274
- 1885. . 929.050
- 1892. . 1.360.978
- 1899. . 2.485.862
- 1906. . 5.311.555
- 1913. . 12.000.000 (env.)
- Cette extraction a donc, avec une régularité presque mathématique, doublé tous les sept ans sans que l’allure de la courbe ait aucune tendance à ralentir.
- En vertu du principe de la continuité des phénomènes économiques basée sur l’exigence de l’immuable nature, on peut raisonnablement o extrapoler » cette courbe de la consommation mondiale et admettre, tout au moins pour l’avenir immédiat d’une vingtaine d’années, que la progression continuera de la même façon.
- D’autre part, on peut également admettre sans invraisemblance que, d’ici vingt ans également, les sources de production de la potasse minérale resteront à peu près les mêmes. La découverte de nouveaux gisements sérieux est en effet difficile.
- Depuis un demi-siècle les clients de l’Allemagne, stimulés par les prix élevés qu’ils devaient au monopole, ont déjà cherché partout à peu près en vain.
- Seul le gisement catalan très irrégulier, soupçonné depuis quelques années, peut intervenir pratiquement au cours de la période prochaine de vingt anneés, base de nos calculs; mais, en fait, il reste encore à le découvrir ou du moins à l’explorer; les lenteurs espagnoles aidant, il est invraisemblable que, dans cette courte période, il parvienne à faire une concurrence sérieuse aux mines d’Alsace et d’Allemagne.
- Ce sont donc ces mines qui bénéficieront à peu près exclusivement des débouchés nouveaux des deux prochaines décades, dont la progression peut se prévoir presque mathématiquement. Toutes autres choses restant égales, on peut en conclure que le bénéfice moyen des mines alsaciennes, pendant cette période, atteindrait environ le triple du chiffre actuel, c’est-à-dire 60 millions au lieu de 20.
- Même sans tenir compte des plus-values ultérieures , cela représenterait une valeur vénale actuelle de 1200 millions.
- On peut compter, il est vrai, que les conditions futures seraient plus avantageuses à l’Alsace que celles d’avant la guerre. Libre de discuter d’égal à égal avec le Kalisyndicat, le syndicat alsacien, qui ne manquerait pas de se constituer, pourrait ,revendiquer légitimement, non seulement le marché français, mais encore la moitié du marché international neutre, le marché allemand étant bien
- entendu réservé entièrement au Kalisyndicat de Stassfurt.
- Sur ces bases rationnelles, la part de l’Alsace dans les débouchés totaux passerait de 10 pour 100 à 25 pour 100 environ, celle de Stassfurt restant de 75 pour 100. Une telle modification multiplierait par 2,5 l’estimation qui précède, de sorte qu’en définitive, la valeur du gisement alsacien varierait, suivant les circonstances, entre 1200 millions et 3 milliards, soit en moyenne 2 milliards, ce qui est précisément la valeur du gisement du Pas-de-Calais. Nous sommes bien au-dessous des dizaines de milliards prétendues.
- Malgré la réduction qu’il faut donc faire subir aux chiffres « prestigieux » qui ont paru exciter certaines ardeurs étatistes, l’affaire reste d’importance.
- En dehors de la nationalisation proprement dite par achat ou expropriation, l’État aurait peut-être à songer à certaines mesures qu’il ne serait pas opportun d’exposer ici. La question mérite d’être suivie et elle le sera. Pour s’en tenir à la nationalisation qui a été préconisée, on doit tout d’abord signaler la nécessité de certains ménagements imposée par la participation d’intérêts franco-alsaciens particulièrement respectables, jusqu’à concurrence de 45 pour 100 du total de la propriété des mines et envers lesquels une expropriation forcée se justifierait difficilement. Même la reprise des parts sociales purement allemandes — qui sont du reste nominatives et faciles à distinguer — ne saurait ressembler à une confiscation ; la France conservera en Alsace, envers ses adversaires de la veille, le plus grand respect de la propriété privée.
- Dans ces conditions, l’affaire ne serait séduisante pour le fisc français que si le prix d’acquisition des participations allemandes laissait une marge intéressante par rapport à l’estimation de 2 milliards qui vient d’être esquissée.
- Cette estimation globale de 2 milliards pour 15 mines correspond à 130 millions pour chaque puits, entouré des 12 ou 1300 hectares de son champ d’exploitation, soit donc 100 000 francs par hectare.
- Il n’est pas douteux que, au lendemain de la guerre, des transactions amiables très amples pourront se faire sur des bases bien inférieures à ces chiffres.
- Les capitaux français auront donc la faculté d’intervenir avantageusement sans qu’il soit nécessaire de brandir le glaive à deux tranchants de l’expropriation.
- Tels sont, en tout cas, les chiffres qu’il convient d’envisager dans un projet de nationalisation éventuelle des propriétés potassiques allemandes d’Alsace et sans prendre parti quant au principe même de cette mesure discutable. L. B.
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- LA LAMPE A INCANDESCENCE « DEMI-WATT »
- La lampe à filament de tungstène, dont les débuts datent de 1906, consommait environ 1,3 watt par bougie; la dépense s’abaissait presque à 1 watt, dans les lampes de grande intensité (1000 bougies et au-dessus), et c’était là un progrès appréciable sur les autres sources de lumière à incandescence, car il fallait jadis, pour 1 bougie, 4,4 watts avec les lampes à filament de bambou, 3,5 watts avec le filament de carbone artificiel et 1,5 watt avec les filaments d’osmium ou de tantale.
- Cependant, la température à laquelle était porté le filament de tungstène restait notablement inférieure à son point de fusion, qui est d’environ 3000°. On avait bien reconnu qu’en survoltant la lampe jusqu’à un degré voisin de cette température, on pouvait arriver à ne plus consommer que 0,2 watt par bougie; mais l’expérience ne durait que quelques secondes, car le filament se désagrégeait aussitôt. Même en se contentant d’un rendement de 0,5 watt par bougie, l’ampoule noircissait rapidement et devenait inutilisable après une trentaine d’heures. En admettant une dépense de 0,8 watt par bougie, la durée utile n’était encore que de 350 heures environ.
- C’est ce noircissement trop prompt qui est resté pendant près de 8 ans le principal obstacle à l’amélioration du rendement de la lampe au tungstène. La cause en avait d’abord été attribuée à des traces de vapeur d’eau dans l’ampoule.
- En éliminant avec soin la vapeur d’eau, le noircissement diminuait, mais n’était pas entièrement supprimé; il devenait d’ailleurs plus rapide, dès qu’on essayait d’augmenter le rendement par survoltage. Ce noircissement résulte de la volatilisation du tungstène. Aux températures élevées, le mouvement rapide des molécules métalliques tend à leur faire perdre leur force de cohésion, et, quand rien ne s’oppose à leur déplacement, elles s’échappent en ligne droite jusqu’aux parois de l’ampoule.
- La volatilisation se ralentit, lorsqu’on remplit de gaz l’espace qui entoure le filament. Ce fait avait été déjà constaté dans les lampes à filament de carbone : en introduisant dans l’ampoule un gaz non comburant, tel que l’azote, on retardait sensiblement le noircissement du verre. On avait pourtant renoncé à cette solution, parce qu’il en résultait une diminution très apparente du rendement lumineux, à la température que ne peut pas dépasser le fil de charbon. En effet, la présence d’un gaz à une pression relativement élevée entraîne des pertes de chaleur par convection : il s’établit dans la lampe des courants de gaz qui échauffent les parois du verre et refroidissent le filament; de telle sorte que, pour maintenir ce dernier à une température déterminée, il faut une plus grande quantité d’énergie électrique.
- Cependant, cet inconvénient s’atténue, à des températures plus élevées. Les pertes par convec-
- tion sont approximativement proportionnelles à la puissance 3/2 de la température absolue, tandis que les pertes par rayonnement croissent proportionnellement à la puissance 4,7 de cette température. On arrive ainsi, en poussant suffisamment le voltage, à un rendement meilleur que celui de la lampe dans laquelle on a fait le vide.
- Toutefois, la température qui serait nécessaire pour atteindre ce résultat est si élevée que les filaments ordinaires de tungstène (fils rectilignes ou en zigzags) n’y résisteraient pas longtemps : avec un rendement de 0,6 watt par bougie, la durée en serait limitée à 300 heures au plus. On est arrivé à réduire la dépense à 0,5 watt par bougie, tout en étendant la durée de la lampe à 1000 heures, en modifiant la forme du filament.
- La perte de chaleur par convection est à peu près proportionnelle à la longueur du filament : si l’on enroule celui-ci en spires parallèles serrées, le rayonnement continue à se faire sur toute sa longueur, mais la perte de chaleur se produit sur une surface beaucoup plus faible. Par exemple, si un filament de 1 m. de longueur est enroulé en une spirale de 10 cm de longueur, l’expérience démontre que la perte de chaleur devient 7 fois moindre.
- La lampe à spirale de tungstène a été créée, en Amérique, par la General Electric C°, en 1915, et M. A. Trolleren avait décrit les premiers modèles(l) construits pour de grandes intensités, 1500 à 5000 bougies. On est parvenu à réaliser des foyers de moindre puissance, sans diminuer le rendement, et ces perfectionnements sont actuellement appliqués à la lampe Mazda, que la Compagnie Thomson-Houston construit en France, dans son usine de Neuilly-sur-Marne. Cette lampe se distingue des précédentes, non seulement parla forme du filament (fig. 1), roulé en spirale et disposé en guirlande sur 6 tiges parallèles, mais aussi par la forme de l’ampoule, dont le col est d’une longueur inusitée.
- Cette forme n’a pas été suggérée aux fabricants par des considérations d’esthétique; ils y ont été conduits par les raisons techniques suivantes. L’ampoule contient de l’azote à la pression de 0,6 atmosphère. Ce gaz n’est pas complètement indifférent au tungstène chauffé à blanc ; les vapeurs métalliques dégagées du filament donnent naissance à du nitrite de tungstène, qui tend à se déposer sur le verre, en une couche brunâtre. Ce dépôt aurait diminué, peu à peu, le rendement lumineux, si l’on n’y avait remédié d’une manière aussi simple qu’ingénieuse. Le courant ascendant d’azote chauffé par le filament entraîne les particules volatiles dans le col de la lampe : ce col étant très allongé, sa partie supérieure est suffisamment froide pour que les vapeurs de nitrite s’y condensent. Le noircissement du verre est ainsi limité à la partie de la
- 1. Yoy. n° 2115, du 22 novembre 1913, p. 421 et n° 2125, du 31 janvier 1914, p. 168.
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- LA LAMPE A INCANDESCENCE « DEMI-WATT »
- lampe qui ne sert pas à la transmission des rayons lumineux.
- La température du filament paraît être supérieure d’environ 300° à celle des filaments de lampes à 1 watt par bougie. Elle est donc voisine de 2600°. C’est à cette haute température que la nouvelle lampe doit son rendement élevé (un demi-watt par bougie) et la couleur de sa lumière, d’un blanc éblouissant. La spirale de tungstène fournit environ
- 10 bougies par millimètre carré : cet éclat, quoique beaucoup plus faible que celui de l’arc,, ne peut être supporté par l’œil ; mais
- 11 suffit d’interposer un globe opalin très clair, qui n’absorbe pas plus de 7 pour 100 de la lumière émise.
- La résistance à froid du tungstène étant 10 fois moindre que celle du filament chauffé à 2600°, un courant très intense tend à s’établir, au moment de l’allumage ; mais cet à-coup ne dure qu’un centième de seconde et n’oiïre aucun danger pour les canalisations.
- Les essais de durée ont montré que l’intensité lumineuse des lampes Mazda ne commence à baisser de 20 pour 100 qu’après plus de 800 heures d’éclairage.
- Le rendement économique de la lampe Mazda avait déjà été atteint et dépassé, depuis longtemps, avec les lampes à vapeurs de mercure et avec les tubes à luminescence de Moore et de G. Claude; mais il faut bien reconnaître que ces sources de lumière sont encombrantes, d’un prix assez élevé et d’un emploi beaucoup moins commode que lampe à filament métallique allumage spécial, soupape et
- Fig. i. Filament et support d'une lampe Mazda iooo bougies, n5 volts.
- : tensions réservoir
- la
- élevées, de gaz,
- toutes ces complications sont supprimées par l’incandescence.
- Quant à la lampe à arc, elle dépense encore moins d’énergie pour la même quantité de lumière ; seulement, le prix d’achat et d’entretien du régulateur, le coût des charbons et les frais qu’entraîne leur remplacement quotidien doivent entrer en compte.
- Les Américains l’ont si bien compris qu’ils ont déjà commencé à substituer aux arcs des lampes à filament de tungstène dans l’azote. Pour n’en citer qu’un exemple, à Chicago, 800 lampes de 600 bou-
- Fig. 2 et 3.
- Lampes de ioo bougies à basse tension (8 à 12 volts).
- gies consommant 500 watts sont actuellement en service dans divers quartiers, et leur nombre doit être augmenté de 5000 à 10 000 unités, au cours , de cette année. Il a été reconnu qu’en réalisant une répartition plus uniforme de la lumière, leur rendement dépassait de 50 pour 100 celui des lampes à arc. En fait, les lampes à azote de 600 bougies .remplacent des arcs en vases clos qui consommaient 450 watts. Le service de surveillance et de remplacement est assuré à raison d’un homme pour 1200 lampes. Ce surveillant circule en automobile et parcourt ainsi 72 km par jour. Un autre agent est exclusivement chargé du nettoyage : il s’occupe de 750 lampes et en nettoie 50 par jour. Avec les lampes à arc, il fallait un agent pour entretenir 330 foyers et un inspecteur pour en surveiller 500. L’économie de personnel ressort ainsi à 48 p. 100.
- Il serait à désirer que la lampe « demi-watt » soit également substituée aux petites ampoules à incandescence dans le vide, car c’est surtout pour les faibles intensités que nous manquons de sources lumineuses économiques. Malheureusement, le filament représenté figure 2 n’est applicable qu’à des intensités de 600 à 2000 bougies. Au-dessous de 6U0 bougies, la tension de 110 volts, qui est la plus usitée, exigerait un filament beaucoup trop fin. Pour réduire l'intensité lumineuse sans perte de rendement, on est amené 'a raccourcir le filament, saris en changer l’épaisseur. On arrive ainsi à construire des lampes de 100 bougies, mais elles ne s’appliquent qu’à des tensions très inférieures à 110 volts. Les figures 2 et 5 reproduisent deux de ces lampes, destinées aux phares d’automobiles. Le filament de tungstène y est roulé en unè seule spirale cylindrique de quelques millimètres et ne supporte que de basses tensions, de 8 à 12 volts. Ces lampes sont néanmoins employées sur desréseaux à courants alternatifs, avec de petits transformateurs statiques. Bien entendu, la transformation ne s’accomplit pas sans une légère perte. La lampe « 1/2 watt » de 10 à 20 bougies ri est pas encore réalisée, mais les résultats obtenus permettent d’espérer qu’elle sera réalisée dans un avenir prochain. Ernest Coustet.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2193. ‘ ' . ' ------------- 9 OCTOBRE 1915.
- LES MINES ET LA MÉTALLURGIE EN LORRAINE
- La guerre actuelle se transforme de plus en plus en une concurrence industrielle d’armements et de munitions. Sauf en Russie, où les munitions ont manqué à nos alliés, les mouvements de troupes ont été réduits au minimum. Les deux adversaires sont restés un an en présence, tirant le canon et attendant que l’un des deux fût en état d’infériorité. Les « nœuds vitaux », dont la possession peut influer sur le résultat final, sont moins les grandes villes ou même les capitales, que les centres de mines et d’usines. Telles, par exemple, pour l’Allemagne, la Lorraine, la région rhénane, la West-phalie et la Silésie. Entre toutes, la région lorraine joue, en ce moment, par ses minerais de fer, un rôle que suffirait à préciser cet aveu contenu dans le grand manifeste récent des industriels allemands : « Si nous n avions pas les minerais lorrains, nous ne pourrions pas résister. » Et cela se comprend aisément. Il est inutile de démontrer la nécessité du fer et de l’acier dans une guerre comme celle-ci. Or, il se trouve que le plus grand bassin ferrugineux d’Europe, et presque du monde entier, se trouve en Lorraine, partagé entre la Lorraine annexée, la Lorraine française et le Luxembourg.
- Les Allemands le détiennent actuellement tout entier. Comme nous le préciserons bientôt plus exactement, presque les !) dixièmes du fer extrait en Allemagne et en France venaient de là avant la guerre. Le jour où ses mines lorraines lui ont manqué, la France a pu y suppléer par la possibilité d’importer des produits anglais, des minerais d’Espagne ou d’Algérie. L’Allemagne, privée de la Lorraine, se trouverait réduite aux minerais de Suède et ne pourrait plus continuer sa fabrication intensive de canons et d’obus. Occuper une bande de 50 km au delà de Longvvy ce serait, sans passer le Rhin, sans pousser à Berlin, le moyen assuré de terminer la guerre. Cette question de l’industrie du fer lorrain pré-
- 43” Année. — 2” Semestre.
- sente donc un intérêt de premier ordre et mérite, à ce titre, d’être étudiée ici avec quelques détails (R.
- Historique et statistique. — Deux mots d’historique d’abord, quoique cette histoire commence à être bien connue.
- Les minerais de fer lorrains sont exploités activement depuis 80 ans. Mais ce sont des minerais phosphoreux qui restèrent inutilisables pour la
- métallurgie de l'acier jusqu’à la découverte du procédé Gilchrist en 1878. Et ce sont aussi, malgré les milliards que représententaujourd’hui leurs gisements, des minerais pauvres, tenant en moyenne 58 pour 100 de fer et ne valant guère plus de 5 francs la tonne. Ces deux défauts, pauvreté et teneur en phosphore, sont les causes pour lesquelles nous avons pu garder, après la guerre de 1870, la plus belle partie du gisement. Quand il s’agit, en effet, de tracer la frontière en 1871, les Allemands, avec leur méthode ordinaire, firent étudier ces gisements par des spécialistes et englobèrent dans le territoire annexé tout ce qui leur parut alors avoir de la valeur. Mais les géologues consultés ne pouvaient prévoir la transformation complète que devait plus tard subir la métallurgie. En matière de gisements métallifères, il n’y a pas de limite absolue, mais seulement une limite industrielle entre le minerai utilisable et le stérile. Les savants consultés virent bien des couches qui, partant de l’Allemagne, s’enfonçaient sous le territoire français; mais ils considérèrent qu’à partir du moment où ces couches d’un minerai défectueux seraient envahies par les eaux souterraines des terrains calcaires, elles deviendraient sans valeur, d’autant plus, qu’on admettait alors un appauvrissement rapide à partir des affleurements et c’est ainsi que Bismarck se trouva amené à nous abandonner la partie ouest
- 1. Nous avons déjà donné (no,;1805, 28 déc. 1907), une description détaillée du bassin/jÉ’ Briev. par M. Nicou.
- ^ 15 — 225.
- Fig. i. — Mines et usines du bassin de Briex et de la Lorraine allemande.
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- 226 ====== LES MINES ET LA MÉTALLURGIE EN LORRAINE
- des gisement?. Quand, après la découverte de Gil-christ, on commença à se jeter sur les minerais phosphoreux, on fit en France, dès 1882, mais surtout de 1894 à 1902, des recherches par sondages, qui ont donné au bassin de Briey sa valeur actuelle.
- C’est ainsi que le bassin de la « minette lorraine » (on appelle ainsi ce minerai) s’est trouvé divisé entre la Lorraine française, la Lorraine annexée et le Luxembourg, sans parler d’une enclave insignifiante en Belgique (fig. 1 et 2). Parmi les causes de la guerre actuelle, le désir ouvertement reconnu de conquérir tout ce gisement de premier ordre a certainement eu une très grande influence.
- L’Allemagne, en effet, qui regorge de charbon, n’avait pas, dans la partie annexée, qui constitue son seul gisement de fer sérieux, les minerais nécessaires pour alimenter une sidérurgie montée sur Un pied de plus en plus colossal.
- Il fallait donc nous prendre ce qui était à portée de sa main et ce qui lui manquait!
- Quelques chiffres précis vont, en effet, montrer le rôle actuel de la « minette » dans les métallurgies de France et d’Allemagne.
- En 1870, Meurthe-et-Moselle produisait 1 200000 t. sur 2600000 pour l’ensemble de la France. En 1905, on était à 6 400 000 sur 7 400 000. On a atteint (la production des aulres mines variant peu) 15,2 millions de tonnes en 1910,
- 17,2 en 1912, 19,5 en 1913 sur 21,7 et ce n’était que le commencement d’un essor, interrompu momentanément par la guerre.
- Lorraine des couches sédimentaires d’inclinaison faible et peu faillées qui s’intercalent dans le jurassique (toarcien).
- Suivant les régions, le nombre des couches est plus ou moins grand comme nous allons le voir. Il arrive à 7 par endroits. Le minerai est composé par l’agglutination de tout petits grains arrondis, ou oolithes, cimentés par une gangue stérile.
- Des différences de valeur s’introduisent par la nature de cette gangue. Ainsi le nouveau bassin de Briey doit une grande partie de sa richesse à ce qu’on y trouve des gangues calcaires, qui permettent, par mélange, de fondre les minerais trop siliceux d’autres régions. Pour équilibrer les teneurs et fournir aux métallurgistes des minerais bien homogènes et constants qu’ils désirent, on a construit, sur les mines, de vastes réservoirs ou accumulateurs qui atteignent 12 à 16000 tonnes.
- Distribution géographique. — Nous allons étudier successivement la Lorraine française, la Lorraine annexée et terminer par une brève mention du Luxembourg.
- En Lorraine française, on peut distinguer, du Nord au Sud, les trois bassins de Longwy, Briey et Nancy, qui présentent certains caractères différents et dont nous examinerons séparément la constitution et l’exploitation pour revenir, ensuite sur l’ensemble des usines.
- La production du département de Meurthe-et-Moselle se détaille comme suit entre ces trois bassins :
- Fig. 2. — Carte du bassin de Nancy'.
- Déjà Meurthe-et-Moselle produisait les neuf dixièmes du minerai de fer français. L’industrie s’étant développée parallèlement, elle produisait les trois quarts de notre fonte et plus de la moitié de notre acier.
- Ainsi la France avait pu devenir un exportateur de minerais de plus en plus important, alors que l’Allemagne était arrivée à en importer plus de 12 millions de tonnes.
- Nos exportations ont dépassé 8 000000 de tonnes en 1912, dont 4400000 allant en Belgique et 2 000 000 en Allemagne.
- L’Angleterre, si conservatrice et même réactionnaire qu’el!e se soit montrée dans l’emploi des minerais phosphoreux, a également commencé à en importer et ne pouvait qu’en acheter de plus en plus.
- Géologie. — Je crois inutile d’insister sur la géologie. Il suffira de rappeler que l’on exploite en
- Bassins. 1912 1913
- tonnes. tonnes.
- Nancy....................... 1 975.9S6 1.911.889
- Longwy (mines et minières). . . 2.697.631 2.734.312
- Briey .'.................... 12.699.210 15.147.371
- 17.370.858 19.815.572
- Bassin de Longwy. — Le bassin de Longwy comporte 24 concessions dont 14 seulement en exploitation et 8 abandonnées. A part quelques centaines d’hectares très médiocres, toute la surface utile est concédée (7539 h.). On évalue les réserves de ce bassin à 254 millions de tonnes, y compris les minières.
- Près de Gorcy et de Longwy il n’existe qu’une seule couche de minerai de 1 m. à 55-56 p. 100 de fer (15 p. 100 de silice et 5 p. 100 de chaux). A Villerupt, on voit cinq couches ayant 15 m. de puissance totale et le minerai le plus riche (couche rouge) contient de 35 p. 100 à 58 p. 100 de fer
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- (15 p. 100 à 16 p. 100 de silice et 7 p. 100 à 8 p. 100 de chaux). Ces cinq couches sont le calcaire ferrugineux et les couches rouge, jaune (non exploitable), grise et noire généralement siliceuses et tenant de 52 p. 100 à 59 p. 100 de fer, 15 p. 100 à 24 p. 100 de silice et de 5 p. 100 à 10 p. 100 de chaux.
- Le prix de revient de la tonne extraite (2 fr. à 2 fr. 80) est moins élevé autour de Longwy que dans le bassin de Nancy (5 fr. 20 à 4 fr. 20). Le salaire journalier moyen s’élève à 7 fr. (fond et jour) pour les deux bassins avec une production variant de 1110 t. par an (Longwy), à 900 t. (Nancy) pour le total du personnel (fond et jour). Le calcaire ferrugineux du bassin de Longwy (25-25 p. 100 de fer) se vend 2 fr. 50 la tonne; le minerai siliceux de Longwy atteint 5 fr. 75.
- Production Propriétaires
- Concessions. Superficie. 1912 ou exploitants.
- Saulnes.................. 97 h. 4455 641 Marc Hatv et F. de
- Saintignon.
- Pulvcnteux........... 216 1i. 159.944 Stè Lorraine .des Mines
- de 1er.
- Moulame ..... 571 h. 180.896 Aciéries de Longwy.
- Villerupt............... 526 h. 147.410 Stè d’Aubrives Ville-
- ru pt.
- Micheville.............. 400 b. 285.705 Aciéries de Micbeville.
- llussigny.............. 206 b. 585.885 Providence et Aciéries
- de Longwy.
- Godbrange.............. 952 b. 450.155 Sté des Mines de God-
- brange.
- Tiercelet............... 769 h. 526.557 Sté des Mines de Tier-
- celet.
- Bassin de Briey. — 11 existe, dans le bassin de
- Briey, 46 concessions (42527 h.), dont 17 exploitées, 2 en préparation et 27 en réserve. Nous avons vu que l’exploitation actuelle est de 15 millions de tonnes. On peut prévoir qu’elle sera doublée; mais alors la période d’activité serait réduite à 80 ans en évaluant les réserves à 2400 000 000 tonnes. Là se trouve, dans les régions de Briey et de Tucquegnieux-Landres, le maximum de richesse et d’épaisseur de notre gisement lorrain.
- Les mines principales sont :
- 1912 1913
- tonnes. tonnes.
- Auboué . 1.791.150 2.008.470
- llomccourt . 1.840.991 1.785.252
- I'ienne . 1.090.959 1.151.184
- Tucquegnieux . l.OU.t.54 1.112.854
- Landres 955.972 1.087.900
- Amennont-Dommary. . 916 129 1.068.151
- Moutiers 805.700 919.845
- .loudreville 721.501 885.800
- J œuf . . 706 280 765.655
- Sancy 584.565 688.000
- La Mourière 429.000 684.000
- Ce bassin sè subdivise en quatre régions ou sous-bassins élémentaires de l’Orne, de Tucquegnieux, de Landres et de la Crusnes. La formation ferrugineuse (19 à 55 m. de puissance, y compris le toit) comporte six couches : les deux couches rouges, la jaune, la grise, la brune, la noire et la verte.
- La couche grise existe partout avec une puissance de 1 m. 80 à 9 in. 60; le toit excellent est constitué par un banc coquillier très compact
- (crassin) qui permet de supprimer le boisage. On exploite, en général, aussi la deuxième couche rouge, la jaune (qui manque souvent), la brune quelquefois trop alumineuse, et la noire ou la verte. Sur une grande partie du bassin (1/5) on n’exploite qu’une seule couche. La puissance totale de la formation, y compris le toit, varie de 19 à 55 m. et la production totale du bassin s’est élevée à 15147 571 (1915) en avance de 2 430 000 sur 1912.
- Dans le bassin de l’Orne, le premier en date, on exploite partout la couche grise de qualité calcaire.
- A Jœuf, Homécourt, Moutiers, Auboué, Giraumont, Jarny, elle a 3 m. 50 à 4 m. de puissance et la teneur en fer varie de 57 à 59 p. 100 (avec 4 à 5 p. 100 d’alumine, 14 p. 100 de chaux, 4,5 à 6,5 de silice et 1,50 d’acide phosphorique. On rencontre aussi les couches jaune, verte et noire sous forme de lentilles ou de couches peu puissantes.
- Le bassin de Tucquegnieux s’étend au nord du précédent jusqu’aux failles de Bonvillers, Norroy et Audun-le-Roman. La couche grise y atteint, dans la zone axiale, jusqu’à 6 à 7 m. de puissance, avec une teneur moyenne de 50 p. 100 de fer, 14 p. 100-de chaux et 6 p. 100 de silice. Les premiers puits de cette région (200 à 250 m.) datent de 1900 et 1904 et produisent chacun environ 100 000 t. par mois.
- Le bassin de Landres, situé à l’ouest de celui de Tucquegnieux, est le plus riche de la Lorraine, bien qu’on n’y exploite que la couche grise dont la teneur varie de 57 à 41 p. 100 de fer. L’exploitation a lieu par puits dans les mêmes conditions que dans le bassin de Landres.
- Le bassin de la Crusnes est encore pour la majeure partie en réserve et on y exploite seulement du minerai siliceux que l’on mélange avec avantage aux minerais calcaires. Une concession a été accordée en 1914 pour l’exploitation du minerai à Bazailles.
- Les conditions d'exploitation du bassin de Briey sont caractérisées surtout par deux points : profondeur des gisements qui a nécessité des installations de puits au lieu des galeries à ciel ouvert employées à Longwy et à Nancy et très fortes venues d’eau qui atteignent à Jarny 9 m5 par nrnute et qui, en moyenne, représentent 2 tonnes d’eau à extraire pour chaque tonne de minerai.
- Suivant les difficultés dues à la consistance du terrain, aux venues d’eau, etc., le coût d’établissement d’un siège double, extrayant 100000 t. par mois (200 à 250 m.), et occupant un millier d’ouvriers, varie de 10 à 14 millions de francs. Néanmoins, le prix de revient varie de 2 fr. 60 à 3 fr. 75. Les ouvriers abattent 1334 t. par tête (fond) et touchent de 7 fr. 50 à 10 francs par jour.
- L’exploitation débute naturellement par un abatage souterrain. Cet abatage se fait à la poudre comprimée dont les mines emploient chaque jour de 1000 à 1500 kg; les poudrières ont donc des capacités de plusieurs milliers de kilogrammes. On
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- 228 LES MINES ET LA METALLURGIE EN LORRAINE
- utilise beaucoup les marteaux perforateurs électriques travaillant sans affûts et tenus à la main. En général,- les chantiers sont vastes, propres, aérés (température 14 à 15°). Les mineurs travaillent huit heures par jour, en deux postes, de 5 à 14 heures et de 14 à 25 heures.
- Il faut ensuite extraire et épuiser.
- Les sièges d’extraction comprennent deux puits de 4 m. 50 à 5 m. 50 de diamètre creusés à 30 ou 40 m. l’un de l’autre; un des puits sert pour l’extraction, l’autre étant affecté à l’aéralion, à l’épuisement de l’eau et quelquefois à la circulation du personnel. Autour des puits sont groupés les bâtiments ren fermant les services annexes : pesage et emmagasinage du minerai, bains-douches, vestiaires des ouvriers, stations centrales électriques, ateliers, magasins, poudrières, bureaux, infirmeries, etc.
- L’extraction est prévue pour 4000 t. par jour et par puits, mais on peut la pousser jusqu’à 6000 t. et même 70001. en extrayant par deux puits comme à Homécourt (4puits) etàAuboué(5puits).
- Les parcs à minerais sont aménagés mécaniquement pour recevoir des stocks de 100 <300 t., à raison de 400(1 à 6000 t. par jour. Les grandes mines possèdent un nombre important de silos ou d’accumulateurs métalliques pouvant contenir chacun de 6000 à 12 000 t. (Sancy) et même 16 000 t. de minerai (Landres).
- La question de l’épuisement entraîne, nous l’avons vu, des frais supérieurs à ceux de l’extraction. Pour parer aux fortes venues d’eau on emploie des pompes de jour ou de fond (à vapeur, électriques, etc.), calculées pour enlever en moyenne 20 m3 par minute. La capacité des pompes est de 56 m5 par minute à Auboué et de 30-40 m3 à Landres. L’importance du pompage annuel atteint 20 millions de tonnes par an dans le bassin de Briey.
- Pour fournir la force mécanique à tout ce travail, les sociétés minières ont installé des centrales électriques individuelles de 2000 à 5500 chevaux, ou des usines élevées à frais communs. De plus, la Société Energie-Eclairage vend le courant électrique dans la région; ses feeders couvrent aujourd’hui toute l’étendue des bassins de Longwy et de Briey.
- La question du personnel a été une très grosse difficulté dans le bassin de Briey. Brusquement, il a fallu convertir un pays agricole et un pays industriel ; construire des cités ouvrières où il n’y avait que des champs, appeler de tous côtés une population étrangère qui, au début, ne fut pas toujours recrutée dans une élite : Italiens, Belges, Luxembourgeois et, trop souvent, Allemands.
- En 1912, on employait dans le bassin de Briey, 12 284 mineurs, dont 5242 Français (26,4 p. 100), 7558 Italiens, 755 Allemands et 749 divers.
- Chaque ouvrier représentant 4 ou 5 personnes, la population des districts miniers s’élève à plus de 85 000 personnes. Cet effectif considérable de travailleurs s’augmente des ouvriers métallurgistes employés dans les immenses aciéries d’Ho-mécourt (545 000 t.), Miche-ville (510 000 t.), Jœuf (ôôOOOO t.), etc.
- Le bassin de Nancy. — Le bassin de Nancy dont le rôle, plus ancien, tend à se réduire, comprend 44 concessions (15 754 h.), dont 25 sont exploitées (20) ou préparées (5); sur les 21 autres, 4 sont épuisées ou mauvaises et les 16 autres constituent des réserves. Il reste encore de 1500 à 2000 h. de gîtes médiocres à concéder et on évalue à 177 millions de tonnes les ressources de minerai existant dans ce bassin. La production était, en 1915, de 1975986t., ce qui représente environ 80 ans d’avenir assuré. La formation ferrugineuse présente, dans le bassin de Nancy, une épaisseur de 7 m. à 15 m. ; elle renferme trois séries de bancs riches (couche inférieure, couche moyenne, couche supérieure) donnant dans les parties exploitables 0 m. 90 à 2 m. de minerai séparé par des bancs stériles plus épais que ceux qui s'étendent entre chacune des trois séries.
- En général, pour chaque point considéré, une seule des couches présente les conditions voulues d’exploitation (richesse en fer, composition moyenne favorable, puissance), tandis que les autres ont une teneur en fer ou une épaisseur trop faible. Dans quelques concessions, on exploite deux couches; mais l’épaisseur utile dépasse rarement 5 m. Le minerai contient de 30 à 56 p. 100 de fer, 7 à 17 p. 100 de silice, 5 à 14 p. 100 de chaux, 6,5 à
- Fig. 3. — Chevalement métallique d’un puits à Tucquegnieux(Meurthe-et-Moselle) où d’importantes usines de fer sont exploitées par les Aciéries de Longwy, la Société des Mines d’Anderny, Che-villon, etc.
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- 8 p. 100 d’alumine. Les proportions de silice et d’alumine tendent à augmenter en profondeur et l’on est arrivé à corriger cette composition de plus en plus défavorable des minerais du bassin de Nancy en les mélangeant avec les minerais calcaires du bassin de Briey. La couche inférieure, la plus constante (54 à 55 p. 100 de ferj, est surtout siliceuse; la couche supérieure est plutôt calcaire ; quant à la couche moyenne, en-grande partie épuisée, elle n’est généralement plus exploitable.
- Le tableau suivant donne le détail de la production du bassin de Nancy en 1912 pour les quinze
- U sines sidérurgiques. —L’énorme accroissement qui s’est produit depuis 20 ans dans la production des minerais a entraîné, en Lorraine, un développement correspondant de l’industrie sidérurgique, avec la multiplication des hauts fourneaux d’abord, puis la création d’aciéries géanles comme Ilomécourt. Neuves-Maisons, Senelle, Rehon, venant s’ajouter aux anciennes : Mont-Saint-Martin, Pompey, Jœuf, Micheville, etc.
- A Mont-Saint-Martin, la Société des Aciéries de Longvvy (capital environ 40 millions) occupait, en 1915, 6744 ouvriers et exploitait 9 hauts four-
- l
- Fig. 4. — 'Vue de quatre hauts "fourneaux en montage aux usines Thyssen à Hagondange. Les carcasses supportent le poids des monte-charge inclinés, desservant les gueulards, tandis que la charge de la cuve en maçonnerie et de son contenu s'appuie sur des colonnes de cuve spéciales. On distingue, en arrière des carcasses, les appareils réchauffeurs de vent système Cowper.
- concessions ayant produit plus de 50 000 tonnes.
- fi Désignation Produel ion Propriétaires
- des concessions. Superficie. 1912 ou exploitants.
- Chavigny-Yamlœuvré. 787 h.
- Marbache.............. 5SS h.
- Bouxiôres-aux-Üames. 522 h.
- Chavenois............. 450 h.
- Avant-Garde........... 277 h.
- Boudonville........... 450 h.
- Maxéville............. 295 h.
- Custines.............. 201 h.
- Bois du Four .... 255 h.
- Fontaine des Boches . 186 h.
- Saint-Jean............ 150 h.
- Ludres................ 416 h.
- Maron Val de For . . 2005 h.
- Amance................1180 h.
- Sexey-aux-Forges . . 584 lu
- Faulx................. 654 lu
- Vieux-Château .... 155 h.
- 202.851 F. et Aciéries du Nord et de l’Est.
- 90.575 II. F. et Fonderies de Pont-à-Mousson.
- 170 610 ut f°n(ter^es de Monlataire.
- 55.140 II. F. de Maxéville.
- 66.894 F orges de Sarrebrück.
- 54.158 IL F. et Fond de Pont-à-Mousson.
- 78.680 MarcelloL et C''.
- 56.850 Sté de Donain-Armn.
- 91.656 Sté des Mines de Sexey.
- 68.092 Aciéries de Pompey.
- 715.567 Cliatillon - Commeutry Neuves-Maisons.
- 64.019 II. F. de Maxéville.
- 85.092 Mines de Sexey.
- 64.247 Aciéries de Pompey.
- 55.085 H. F. et Fond, de Pont-à-Mousson.
- neaux (378 000 t.), 6 convertisseurs Thomas et o fours Martin à grande capacité (3 fours oscillants de 60 t.). Quatorze laminoirs ont servi à transformer une grande partie des 314 234 t. d’acier produites en rails (25 349 t.), en profilés (85 791 t.), en produits marchands (198 580 t.) et en tôles (28 268 t.). La Société a vendu comme sous-produits 104042 t. de ballast, 11363 t. de briques, 77 543 t. de scories de déphosphoration pour engrais et 18 828 t. de scories de fours et de battitures.
- La Société des II. F. et Fonderies de Pont-à-Mousson a installé 5 hauts fourneaux à Pont-à-Mousson et 3 à Auboué, qui ont produit au total, en 1915, 485000 t. de fonte.
- On a installé, en 1915, à Pont-à-Mousson, la première batterie de fours à coke de Meurthe-et-
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- Moselle (80 fours à pilonneuses). Parmi les autres grands producteurs de fonte et d’acier du département de Meurthe-et-Moselle citons les suivants :
- La Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et â'Homécourt (42 millions de capital), dont l’usine d’Homécourt comporte 6 hauts fourneaux en activité sur 7, alimentés par quatre mines (2810 h.). La Compagnie des Forges de Chàtillon, Commentry et Neuves-Maisons (35,5 millions) exploite à Neuves-Maisons une grande aciérie alimentée par des hauts fourneaux neufs de 500 t., auxquels le minerai est surtout fourni par
- ville et de Maxéville, de Saulnes, de Ilussigny, etc.
- Il existe en tout 25 usines avec 78 hauts fourneaux en activité, 56 convertisseurs Thomas et 9 fours Martin. En 1912 le département a produit 257 000 t. de rails, 370 000 t. de poutrelles, et 260000 t. d’aciers et profilés marchands. En 1913 il a produit 2 682 150 t. de fonte Thomas.
- Nos vues (Og. 5 à 8) donnent une idée de quelques-unes de ces installations.
- Lorraine annexée. — Le bassin de la Lorraine annexée (43 000 h.) comprend trois régions situées : 1° au Nord de la Fentsch (plateau d'Aumetz-
- Fig. 5. — Pont de coulée électrique casse-fonte des aciéries Thyssen à Hagondange. Ce pont de açm. 5o de portée est muni de deux aimants de levage guidés rigidement et peut porter ii tonnes. Le marteau casse-fonte, monté sur un chariot roulant, est animé d'un mouvement de montée
- et de descente.
- ses mines de Maron-Yal-de-Fer (1625 h.). L’usine de Jœuf (de Wendel et Cie) travaille avec 8 hauts fourneaux en marche, 6 convertisseurs Thomas et 4 grands trains de laminoirs à rails, poutrelles, etc. En 1913, on y a produit environ 400 000 t. de fonte et 330000 t. d’acier avec un personnel de 2400 ouvriers.
- A Michevüle fonctionnent 6 hauts fourneaux, 4 convertisseurs et 6 trains de laminoirs produisant 390 000 t. de fonte et 510 000 t. d’acier avec 3000 ouvriers. Les autres usines principales sont celles de Senelle, de Rehon (Providence), de Pom-pey, les fonderies de tuyaux de Pont-à-Mousson et d’Aubrives-Villerupt, les hauts fourneaux de Jar-
- Astxveiler) ; 2° entre l’Orne et la Fentsch ; 3° au Sud de l’Orne.
- La Lorraine allemande (30 000 mineurs), fournissait en 1913 plus de 21 millions de tonnes de minerai de fer, c’est-à-dire plus des trois quarts de l’extractiort totale de l’Allemagne, et ses réserves sont évaluées à 1770 millions de tonnes. Ces minerais allemands sont très siliceux et d’une teneur souvent inférieure à ceux que fournissent les exploitations françaises.
- C’est pourquoi les Allemands avaient, avant la guerre, cherché à s’assurer, par tous les moyens, des minerais français. Dans la Lorraine française, 6000 h. environ appartiennent à des sociétés allemandes et
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- Fig. 6. — Électro-aimants de levage pouvant soulever chacun 65oo kg pour la manutention des gueuses de fonte magnétiques au moyen d’un pont roulant circulant au-dessus des aires de coulée.
- 2500 h. à des firmes belges. Sur ces 6000 h., la Westphalie possède les 800 h. de la mine de Jarny (Hoesch, Hœrde, Se-nelle, Maubeuge, Union de Dortmund). Gelsenkirchen et Thyssen consomment dans leurs usines lorraines et du Sud-Ouest tout le minerai français dont ils peuvent disposer.
- La plus grande partie des mines est naturellement possédée en Allemagne comme en France par des sociétés métallurgiques.
- Le domaine de la firme de Wendel, le plus vaste de tous, couvre un quart de la superficie totale, soit 9000 h. La partie principale, acquise avant 1870 sous le régime français, et représentant 5000 h., compris entre l’Orne et la Fentsch, s’est ensuite augmentée de concessions situées au Nord de la Fentsch et au Sud de l’Orne où la propriété est partagée avec les usines de Burbach et avec ia firme Metz-Le Gallais.
- Vient ensuite le domaine, très divisé, du groupe S tu mm, formé des trois firmes : Gebrüder Stumm, usines de Dillingen-sur-Saar et Bocking Halbert. Les autres propriétés, également très divisées, appartiennent aux firmes Rombach, Gelsenkirchen, Rochling, Gutehoffnungshütte, Phœnix. En résumé, sur les 42 000 h. de la Lorraine allemande, les usines du Sud-Ouest en possèdent 52 000, celles de la Westphalie 7000; 5000 autres appartiennent à divers.
- Les plus grandes usines métallurgiques de la Lorraine allemande sont situées à Hagondange (Thyssen) (fig. 4 et 5), Aumetz-la-Paix, Rombas, Échange (Stumm), Maizière-lès-Metz, Moyeuvre-Grande et Ilayange (de Wendel).
- La Société des Hauts Fourneaux lorrains, à Aumelz la Paix-Knutange, emploie des minerais de fer provenant de cinq exploitations (Aumetz, Fontoy,
- Knutange, Murville, Yilvange) dans ses quatre usinés sidérurgiques situées à Fontoy, Knutange, Vilvange et Algrange. Le groupe Gewerkshaft Deutscher Kaiser-Thyssen et Cie de Bruckhausen a installé à Hagondange une immense usine alimentée par ses mines du pays. Les plus grandes usines de la Lorraine allemande sont (avec Hagondange) les aciéries de Hayange et de Moyeu vre-Grande qui sont aussi les plus anciennes du pays. Cette firme exploite en Lorraine annexée les houillères de Petite Rosselle (1 800 000 t.) et d’autres puits situés dans le bassin de la Ruhr (Hamm, Polkum, Wiescherhoien, etc.)
- Les Rombacher Hüttenwerke possèdent à Ronibas et à Maizières-lès-Metz deux grandes usines qui traitent des minerais provenant des concessions de Moyeuvre-Grande, Montois-la-Montagne, Rombas, Rosselange et Sainte-Marie-aux-Ghênes. La production atteint 650 000 t. de fonte, près de 500 000 t. d’acier et environ 200 000 t. de coke.
- Les frères Stumm ont ajouté à leurs grandes usines de Neunkirchen (Sarre) et de Hombourg (Palatinat) une nouvelle aciérie située à Uckange. Cette firme produit 457 000 t. de fonte, 580 000 t. d’acier, 722 000 t. de houille et 250 000 t. de coke.
- A Ottange Rumelange sont situées d’importantes usines appartenant à la Société des hauts fourneaux et aciéries de Rume-lange-Saint-Ingbert qui possède des mines de fer à Fillières et à Ottange. La Société Gutehoffnungshütte d’Oberhausen poursuit l’installation à Thionville d’une très grande usine avec hauts fourneaux pour traiter sur place les minerais des concessions lorraines qui lui appartiennent en tout ou en partie.
- Toutes ces usines ont produit, en 1915, 2 100 464 t. de fonte Thomas et 11 025 t.
- Fig. 7. — Vue du marteau d’un casse-fonte monté sur un pont roulant; ce marteau brise en morceaux une coulée de 25 000 kg de fonte grise dure moulée en coquille (durée de l’opération 25 minutes).
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- Fig. 8 — Mélangeur cylindrique de 1000 tonnes à basculage électrique. Les mélangeurs reçoivent la fonte de plusieurs hauts fourneaux et la versent dans les poches roulantes desservant les aciéries qui sont ainsi alimentées de métal homogène.
- de moulages d’acier basique : au total 2 286 554 t. d’acier.
- Le nombre de hauts fourneaux en activité était de 56 avant la guerre et de 26 en janvier 1915.
- Les chiffres de participation dans le Syndicat allemand de l’acier des principales aciéries lorraines étaient, au 1er juillet 1913, les suivants : Hauts fourneaux lorrains 247 271 t. (3,87 p. 100), de Weridel et Cle, 346 200 (5,41 p. 100), Rombas, 348472 t. (5,45 p. 100) sur un total de 6 459515 tonnes.
- La production mensuelle de fonte a diminué en Allemagne d’un bon tiers en 1915.
- Luxembourg. — Le Luxembourg, sur lequel nous n’insisterons pas, est en décroissance depuis 1917 (7 491000 t.) et n’a extrait en 1912 que 6554000 tonnes.
- Conclusions. — L’importance économique du bassin lorrain ressort assez de tous les chiffres que nous avons donnés. Quelques conséquences économiques et financières le mettront encore mieux en évidence.
- Le développement de l’industrie sidérurgique lorraine a été un véritable coup de fortune pour la Compagnie des chemins de fer de l’Est, comme d’ailleurs pour les banques locales et, en général, pour tout le commerce du pays.
- En 1912, les lignes de l’Est ont transporté 13 800 0U0 t. de minerai de fer avec une recette de
- 24 000 000 de fr. et, depuis un certain nombre d’années, cette Compagnie a vu ses recettes s’accroître régulièrement d’une douzaine de millions par an.
- En 1908, le trafic des produits sidérurgiques, sur les mêmes lignes, était de 5 195 000 t. (21 500 000 fr. de recettes); en 1912, ce chiffre est monté à 4965 000 t. avec plus de 53 millions de recettes.
- De grandes gares de triage ont été installées à Confïans-Jarny, Baroncourt, Longuyon; les gares de marchandises d’Iloméeourt, Jœuf, Villerupt et Mont-Saint-Martin sont devenues, au point de vue du trafic, les plus importantes du réseau.
- En 1873, la succursale de la Banque de France à Nancy occupait le 22e rang pour l’importance des opérations et le 9e pour celle du bénéfice avec 65 923 900 fr. d’opérations productives et 141153 fr. de bénéfice. En 1915, cette même succursale a fait 884 millions d’opérations productives, ce qui l’a amenée au 6e rang et elle a réalisé un bénéfice de 5 609 000 fr., ce qui lui assure le premier1 rang à ce dernier point de vue.
- S’il en a été ainsi avec la partie qui nous avait été laissée en 1871, les plus vastes espérances sont permises dans l’avenir. Le gisement de fer lorrain nous a appartenu tout entier, sauf la partie luxembourgeoise dont on peut prévoir l’épuisement rapide. Il est destiné à nous appartenir de nouveau. Ce
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- jour-là, nous serons les maîtres du marché du 1er en Europe et les vendeurs presque uniques de minerais à bon marché. JNous pourrons alors, étant surabondamment fournis, recommencer à vendre du minerai aux Allemands, aux Alfred Thyssen et autres qui commençaient à nous envahir, et nous achèterons, en échange, du charbon de Westphalie, dont nous n’aurons jamais assez, quelque surprise heureuse que puissent causer un jour les charbonnage. de Lorraine. Mais c’est surtout en vue d’une guerre future (toujours malheureusement à prévoir) que cette question est appelée à jouer un rôle capital.
- Le jour où l’Allemagne voudrait nous déclarer cette guerre nouvelle, notre frontière serait naturellement fermée aux exportations et je suppose que le champ de mines aurait été mis en état de
- défense de manière à le préserver contre tout envahissement.
- L’Allemagne serait alors très rapidement amenée à manquer de cet engin de guerre indispensable qu’est l’acier. Nous avons pu suppléer, depuis un an, aux minerais que nous a fait perdre la chute de Longwy par les 10 pour 100 de production que représente le Bassin de Nancy, par les 11 pour 100 qui viennent de Normandie, des Pyrénées ou d’Algérie (et, dans l’avenir, la Normandie est même appelée à nous donner davantage). En outre et surtout, la liberté des mers nous a permis d’importer tout ce dont nous avions besoin.
- L'Allemagne devrait se suffire à elle-même et ne le pourrait pas. C’est donc la meilleure défense que nous puissions nous assurer contre ses brutalités futures.
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- Un projectile, schématisé, est un corps qui va d’un point A jusqu’en un point B par la seule force qui lui a été communiquée à son départ et qui, durant sa trajectoire, reste isolé dans l’espace.
- < , I / .,
- S-
- Fig. i, — Moufette ou skungs poursuivie par un chien dont elle se débarrasse par l’émission d'un liquide à odeur infecte.
- Sous la forme simple que nous venons de dire il n’est pas très difficile de le rencontrer chez les Animaux ou les Végétaux.
- Le meilleur exemple que l’on en puisse citer est celui du Fourmi-lion, insecte très curieux qui n’est
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- pas rare chez nous et que l’on rencontre même I grandes. Cette larve disgraciée confectionne un fréquemment dans la forêt de Fontainebleau, les | piège très astucieux : c’est un entonnoir large.
- Fig. 2. — Larve du fourmi-lion jetant du sable sur une fourmi; a, larve grossie; b, fourmi-lion adulte.
- Landes, etc., partout, en somme, où le sol est sablonneux et plus ou moins sec. Tandis que le mâle et la femelle sont pourvus d’ailes et volent
- creux, situé à la surface du sol — tel celui fait par un obus de gros calibre — et dont elle occupe le sommet, enfoncée dans le sable, duquel on ne
- Fig. 3. — Brachine lançant son venin caustique à un carabe doré qui l’attaque.
- dans l’espace, la larve est une sorte de grosse punaise sans trace d’organes alaires et à la tête garnie de deux mandibules arquées, relativement très
- voit émerger — et, encore, en regardant [bien — que sa tête. Lorsqu’une Fourmi (ou n’importe quel autre insecte) vient à passer sur le bord de l’en-
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- Fig. 4. — Fruit d’Ecbalium lançant ses graines par l’ouverture placée au point d’attache du pédoncule.
- la partie postérieure de son corps, jaillissent des jets d’une vapeur jaune et caustique qui le met en fuite.
- Ces projections sont accompagnées d’un bruit très
- tonnoir, la déclivité de la paroi la fai généralement chuter de quelques centimètres ; mais, reprenant bientôt ses esprits, elle cherche, par. une fuite rapide, à grimper sur le parapet sauveur. C’est alors que le Fourmi-lion intervient. De son repaire, avec sa tête faisant l’office d’une catapulte, il projette des pelletées de sable — véritables projectiles
- — sur la bestiole, qui, sous cette avalanche, roule dans l’entonnoir, et, arrivée au sommet, est saisie par les mandibules du Fourmi-lion, qui, dès lors, ne la lâche plus et, l’entraînant dans le sous-sol, la dévore — ou, plus exactement, en aspire les sucs nutritifs
- — tout à son aise.
- Un autre Insecte, le Bra-
- chine, ne fait pas usage de projectiles solides, mais de vapeurs asphyxiantes tirées de son propre corps. Lorsqu’il est poursuivi par un ennemi, de
- Fig. 5. — Balsamine des jardins : a, fruit avant la déhiscence; b, fruit déhiscent lançant ses graines
- perceptible, d’un véritable coup de canon minuscule, qui lui a fait donner le nom pittoresque de « Bombardier ».
- Les Brachines — il y en a plusieurs espèces — appartiennent au groupe des Coléoptères carabiques,
- où se rencontrent aussi les jolis Carabes qui font la joie des col lectionneurs. Ces gros insectes ne se font pas faute, dans certaines circonstances, d’avoir recours au même stratagème pour se débarrasser de ceux qui veulent les capturer ; l’un d’eux, par exemple, que je poursuivais un jour pour m’en emparer, m’envoya, dans l’œil, un jet de liquide corrosif si puissant que la douleur en persista pendant plusieurs jours de suite et finit même par faire tomber une partie de la peau de ma paupière. Le petit misé-
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- râble s’était bien défendu. Mais, aussi, de quel droit voulais-je le priver de sa chère liberté?
- Des animaux plus élevés en organisation peuvent aussi faire usage de projectiles. Ainsi les Singes ne se font pas faute d’envoyer sur leur agresseur des pierres, des fruits et jusqu’à des noix de coco, qui finissent par le mettre en fuite.
- De même, certains Mammifères pourvus de glandes à odeur forte (Mouffette), en envoient, parfois, jusqu’à '2 mètres de distance, sur celui qui les poursuit, ou, du moins, en augmentent la sécrétion quand ils se sentent en danger.
- Enfin quelques animaux; la gentille Rainette, par exemple, envoie le jet de son urine — dont elle a toujours ample provision — sur celui qui veut s’en emparer et profite de son étonnement momentané pour prendre la clef des champs.
- Il est, en outre, des bêtes — à malice — qui emploient, comme matériaux de jets, simplement de l’eau, agissant ainsi comme les pompiers qui, appelés pour disperser une manifestation intempestive, envoient, sur les perturbateurs bruyants, le contenu de leurs lances à incendie. Ce cas se rencontre chez le poisson-cracheur, qui vit dans certaines rivières des pays chauds.
- Lorsque cet animal aperçoit sur une herbe de la rive un insecte dont il veut se délecter et qu’il ne peut atteindre directement, il se remplit la bouche d’eau, puis, contractant brusquement ses ouïes, envoie une véritable douche sur la bestiole, qui, sous cette avalanche, dégringole dans l’eau et devient, ainsi, facilement, sa proie.
- C’est un poisson très amusant; aussi, au Japon, et je crois, en Amérique, l’élève-t-on dans des aquariums d’appartement pour le voir darder son jet d’eau sur les mouches qu’on lui présente et qu’il atteint avec autant de sûreté que Guillaume Tell lorsqu’il abattit la pomme sur la tête de son fils.
- Plus pacifiques sont les projectiles des végétaux.
- Ainsi, chez le Concombre sauvage ou Ecbalium, le fruit est supporté par un pédoncule recourbé en forme de crosse d’évêque, de telle sorte que le point d’attache est tourné vers le haut. Lorsqu’il est mur, le fruit se détache de son support et, par l’ouverture béante ainsi produite, projette avec une très grande force, jusqu’à une distance de 1 à 2 mètres, les graines qu’il contenait au milieu d’un liquide mucilagineux. Ce végétal « cracheur » est exploité par les enfants pour faire cà leurs cama-
- Fig. 6. — Fruit du Sablier.
- rades une plaisanterie déplacée en dirigeant le jet sur leur visage....
- ; Tout le monde connaît la Balsamine que l’on cultive dans les jardins comme plante d’ornement pour la beauté de ses fleurs. Son fruit est extrêmement curieux.
- Quand il est mûr il se fend suivant cinq lignes longitudinales et, en même temps, les cinq valves ainsi séparées se tordent brusquement sur elles-mêmes, lançant, de toutes parts, les graines qui y étaient attachées peu solidement.
- Un peu avant que la maturité soit parachevée, la rupture se fait immédiatement au moindre attouchement ; c’est pour cette raison que l’on donne souvent à la Balsamine le nom bien expressif d’ et Impatiente, n’y-touchez-pas », que les botanistes ont traduit en latin : Impatiens noli-tangere. Toutes les autres espèces de Balsamines se comportent d’ailleurs de la même façon.
- Non moins singulier est le Sablier (Ultra crepi-tans), grand arbre de l’Amérique, dont le fruit, garni de côtes et extrêmement dur, a l’aspect extérieur d’une tomate.
- A la maturité, ce fruit s’ouvre brusquement en produisant un bruit aussi fort que celui d’un coup de pistolet et projetant au loin les valves et les graines.
- Dans les collections, pour conserver le fruit du Sablier on est obligé de l’entourer de plusieurs tours de fil de fer et l’on cite des exemples désastreux où la force du fruit a été assez grande pour rompre ces liens et pour briser de ses éclats les vitrines qui le contenaient.
- Dans les trois cas que nous venons de rapporter, les projectiles étaient des graines et l’envoi au loin était lié à la nécessité de leur dissémination. Il peut arriver aussi qu’ils soient constitués par du pollen, poussière fécondante des végétaux supérieurs.
- Le fait est facile à constater sur le moindre mur, pourvu qu’il soit un peu délabré, ce qui a pour conséquence d’y laisser croître une plante banale par elle-même, la Pariétaire. Qu’à l’aide d’une épingle, on touche les étamines des fleurs fraîchement épanouies, aussitôt on les voit se redresser brusquement comme des ressorts et envoyer tout autour leur pollen, qui apparaît sous la forme d’un léger nuage et s’envole au loin pour aller jusqu’aux stigmates des autres fleurs voisines afin d’assurer la fécondation et, par suite, la bonne transformation des ovules en semences fertiles.
- Henri Coupin.
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- L’OBSERVATION AÉRIENNE ET L’ARTILLERIE
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- Le raisonnement et l’expérience s’accordent pour démontrer l’énorme importance des réglages de tir d’artillerie, par l’observation aérienne.
- Le problème que doit résoudre l’artilleur, se présente, en effet, sous deux aspects : 1° recherche de l’objectif à battre; 2° réglage du tir sur cet objectif. Seule la vision aérienne, soit par draken, soit par avion est susceptible de donner à ces deux problèmes une solution complète; surtout à l’heure actuelle, où les distances du tir deviennent chaque jour plus considérables, où la préoccupation de l’invisibilité et du défilement ne cesse pas, même un instant.
- Les batteries ennemies ne se décèlent guère que par des lueurs fugitives, et seul l’observateur aérien peut les situer sur la carte. Il en est de même en ce qui concerne les points d’éclatement des projectiles amis.
- Emploi des drakens. — Il s’en est manqué de très peu avant la guerre, que le ballon captif ne fût mis au rang des instruments quasi-préhistoriques. Ce ballon rond, malgré son peu de stabilité dans les rafales, constituait cependant un moyen d’observation incomparable, et son emploi combiné à celui du téléphone pouvait rendre les plus éminents services. Les Allemands, avec leur prévoyance coutumière, en avaientbien compris l’utilité guerrière et, malgré notre mépris pour ces espèces de grands saucissons jaunâtres, qu’ils avaient baptisés du nom de drakens, nous avons dù convenir de leur utilité. Notre front désormais en est avantageusement pourvu.
- Comment se fait en draken l’observation d’artillerie?
- Par des travaux préliminaires, reconnaissances d’avions, relevés topographiques, le commandement établit un plan détaillé de la zone, que doit observer le draken. Sur ce plan, appelé plan directeur, se trouve reporté tout ce que l’on connaît des positions ennemies : toute position nouvelle sera définie grâce à ce plan par ses deux coordonnées numériques. Le téléphone permet la transmission rapide de ces deux chiffres et par conséquent l’ouverture du feu.
- Observaiion par aéroplane. — La solution fournie par le draken est cependant bien loin d’être complète.
- L’immobilité du ballon réduit singulièrement son champ d’action : par son déplacement arbitraire, l’avion au contraire supprime tous les avantages d’un défilement, qui ne saurait être que relatif.
- Par l’allilude à laquelle il vole, le cercle de visibilité se trouve considérablement élargi, en même temps d’ailleurs que les effets de perspective s’amoindrissent.
- Un avion qui s’élève à 5000 m. perçoit le terrain, à la façon d’une carte, et rien ne lui est plus facile que de situer exactement le point observé.
- L’avion en lui-même est donc un instrument merveilleux de découverte, de reconnaissance d’objectifs. Mais ce n’est là, nous l’avons vu, que la première partie du problème de l’artilleur.
- Ne pouvait-on utiliser l’avion, non seulement pour la recherche des objectifs, mais encore pour le réglage rapide du tir qui doit les détruire? La question était
- délicate, et sa résolution s’est faite par étapes, non sans difficultés d’ailleurs.
- L’une des premières idées fut la suivante : l’avion qui découvrait une batterie devait planer au-dessus d’elle, en décrivant autant que possible un cercle, dont le centre se serait projeté sur la batterie.
- Deux observateurs amis À À', reliés par téléphones à la batterie B observent l’avion, et par des mesures angulaires effectuées rigoureusement à la même époque déterminent les coordonnées de trois points a p y de la trajectoire circulaire. Ces coordonnées sont indiquées à la batterie B, qui situe sur le plan directeur les points a p y correspondants. Le cercle passant par ces trois points peut être ainsi tracé, son centre définit la position de la batterie ennemie.
- Il est inutile d’insister sur la complexité de la méthode, dont l’application cependant ne fut pas sans présenter un grand intérêt, surtout dans la découverte et l’attaque des batteries lourdes situées à grande portée et hors des vues.
- Le réglage du tir se déduisait des évolutions de l’aéroplane, observées des points A et B, évolutions auxquelles une signification conventionnelle était antérieurement attribuée.
- L’emploi de fusées-signaux, dont les Allemands d’ailleurs furent les premiers à nous donner l’exemple, permit de simplifier très sensiblement la méthode. L’avion, au moment ou il survolait la batterie ennemie, lançait une fusée, dont la combustion laissait dans le ciel une traînée presque verticale, sur laquelle les pointeurs pouvaient pendant plusieurs secondes se repérer.
- Par des fusées fournissant un ou plusieurs nuages de fumées, l’avion faisait ensuite connaître les écarts en direction et en portée.
- Le problème était désormais presque complètement résolu.
- La possibilité cependant d’installer à bord des avions des appareils légers de télégraphie sans fil, a achevé de donner à l’observation aérienne toute son importance et toute sa valeur.
- Nous n’entrerons pas dans la technique détaillée de la méthode : cette technique est le résultat d’une mise au point aussi complexe que fructueuse : qu’il nous suffise de dire qu’à l’heure actuelle la méthode par T. S. F. s’est complètement généralisée dans nos armées : il a été loisible à un même avion de régler trois tirs sur trois batteries différentes. II est possible à plusieurs avions de travailler simultanément dans le même secteur, sans qu’il en résulte la moindre gêne réciproque.
- Conclusion. — Il a été parlé bien souvent de l’indispensable liaison des armes; l’aide puissante qu’apportent à l’artilleur aussi bien le ballon captif de nos pères que la toute récente machine aérienne est une preuve nouvelle de cet axiome.
- Cette assistance d’ailleurs est d’autant plus précieuse que la consommation d’obus dans la guerre actuelle est tout bonnement formidable. L’observation aérienne permet d’augmenter la proportion de travail utile correspondant à une même dépense de projectiles : cela suffit a préciser son importance.
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- DE QUELQUES TENTATIVES D’EMPLOI DE L’ALUMINIUM
- DANS L’ART MILITAIRE
- Dans une précédente étude (*) sur l’utilisation par les Allemands de l’aluminium dans l’art militaire, j’ai indiqué les principaux emplois de ce métal et signalé quelques tentatives qui seront sans doute refaites au cours de cette guerre et qui, peut-être, aboutiront à des résultats utiles, comme le bouclier portatif.
- Je crois bon de rappeler quelques autres essais, après avoir, toutefois, rectifié des erreurs matérielles qui se sont glissées dans l’article précité. La production pour les années 1910, 1911, 1912 et 1915 est respectivement de 34 200, 40 800, 41100 et 50 000 tonnes au lieu des quantités inscrites (2). Quelques lignes plus loin, le lecteur changera sans peine le laps de temps de deux ans, après le coup d’Agadir en celui de cinq ans. Ces rectifications ne changent d’ailleurs en rien les conclusions que j’ai tirées. Il est à noter aussi que dans le n° 2188 la cote 128 de la figure n° 5 est erronée. La longueur exacte de la cuiller repliée sur la fourchette est de 158.
- Dans les essais exécutés par la maison Krupp, de 1892 à 1897, essais qui amenèrent les Allemands à adopter le canon de campagne-de 77 mm, à tir accéléré, bien inférieur à notre 75 mm à tir rapide, on chercha à réaliser un matériel de campagne à la fois puissant et léger. Pour ce faire, on songea à employer l’aluminium dans la construction des coffres de caissons. Mais la tôle d’aluminium dut être abandonnée, comme le dit le major Schott (5), aussi bien pour la construction des cadres séparant les munitions que pour les parois des coffres même. La résistance du métal n’était pas suffisante, ni au point de vue mécanique, ni au point de vue chimique. L’humidité l’altérait facilement.
- Les douilles métalliques dont l’emploi augmentait la rapidité du tir puisqu’il n’était plus nécessaire d’introduire successivement obus et gargousse, et que surtout, il devenait inutile d’écouvillonner à chaque coup, pour enlever toute trace de matière en ignition, étaient très lourdes au début. Elles pesaient le tiers de l’obus. En même temps que l’on cherchait à diminuer le poids de la planche de laiton et celui de la poudre, on songea à employer l’aluminium. L'économie de poids ainsi réa-
- lisée fut des deux tiers. Mais l’aluminium ne fut pas adopté à cause de son prix de revient trop élevé et de l’impossibilité de faire resservir les douilles après réfection. Le nombre de tirs que pouvait supporter une douille en aluminium était beaucoup plus faible que celui supporté par les douilles actuelles en laiton. En outre, la vitesse initiale augmentant sans cesse, il arrivait que sous les fortes pressions produites, les douilles d’aluminium brûlaient à leur tranche antérieure. Le chargement devenait difficile ensuite, et il était impossible de réfectionner de semblables douilles.
- Parmi les plus curieuses applications de l’aluminium, en laissant de côté l’enrobement du sodium dans certains obus et les combinaisons aluminothermiques remplissant les engins incendiaires ou les obus Skoda destinés à fondre les ponts cuirassés des navires, je tiens à parler des balles en aluminium, dont la force de pénétration est remarquable. Je me hâte de dire que ces balles ne sont pas en aluminium seul.
- En Angleterre, en 1913, un nouveau fusil fut distribué à trois régiments à titre d’essai. Il devait remplacer le Lee-Enfield court, modèle 1905. Ce fusil tirait une cartouche adoptée deux ans avant sous la désignation modèle VII et dont la balle pointue était formée d’un noyau recouvert d’une enveloppe.
- L’enveloppe en maillechort recouvrait un noyau formé de deux parties, l’une antérieure en aluminium, l’autre postérieure en plomb. Le centre de gravité de cette balle se trouvait reporté vers l’arrière, comme dans la balle Yelopex fabriquée en Hollande en 1906. Celle-ci avait également un noyau formé de deux parties, la partie antérieure était en bois et quelquefois en aluminium. Malgré cette construction, en apparence peu propre à percer les obstacles résistants, à 450 m. la balle anglaise traversait, d’après les essais effectués de 1911 à 1915 une plaque d’acier de 9 mm, plus épaisse que nos boucliers de 75, la vitesse initiale de la balle
- étant de 750 m. Nicolas Flamel,
- Docteur ès sciences, ancien élève de l’Ecole Polytechnique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du g au n3 août igi5.
- Emploi du radium sur les cicatrices vicieuses des blessures de guerre. — M. A. Laborde a constaté que le traitement au radium peut donner de bons résultats pour libérer les nerfs ou les tendons inclus dans un tissu de cicatrice.
- Surdité consécutive à des blessures de guerre. — Divers cas d’hypoacousie ont été, d’après M. Marage, déterminés, soit par une lésion de la boîte crânienne en un point plus ou moins éloigné de l’oreille sans lésion du cerveau, soit par l’éclatement à faible distance d’un obus de gros calibre. Certains effets sont caractéristiques des lésions de l’oreille moyenne ; d’autres sont ceux qu’on rencontre chez les sourds-muets. M. Marage en conclut que la surdi-mutité de naissance est généralement due
- 4. Voy. N° 2183, p. 72.
- 2. Voy. N° 2183, p. 72.
- 3. Krieqstechnische Zeitung, 9 et 10, 1898.
- à une chute de la mère pendant la gestation ayant produit un choc qui s’est transmis intégralement par l’intermédiaire du liquide amniotique à toute la surface du cerveau du fœtus non encore protégé par une boîte crânienne ossifiée.
- La phototropie du sulfure de calcium. — Le sulfure de calcium change de couleur, presque toujours du blanc au rouge violacé, sous l’influence de la lumière. Cette propriété, d’après M. José-Rodriguez Mourelo, tient à la présence constante du manganèse et varie avec sa proportion. Elle ne s’accompagne pas, en général, de phosphorescence. La phototropie se développe aussitôt que les systèmes sont soumis à l’influence d’une forte illumination sans insolation et elle atteint bientôt son intensité maxima. A la lumière diffuse, les systèmes reprennent à l’instant leur couleur blanche. Tout le phénomène, avec ses phases, se passe dans 5 minutes au plus.
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- CHEMIN DE FER ET LÉGENDE DE LA MARTINSWAND (TIROL)=239
- La présence du bismuth, en très petites proportions, sert à exalter l’intensité de la phototropie, mais n’a pas d’influence sur les couleurs obtenues.
- Procédé permettant d’apprécier rapidement la quantité de nickel déposée sur des objets nickelés. — La méthode de M. E. Pontis repose sur l’action combinée de l’eau oxygénée et des acides minéraux au contact du fer et du cuivre. Quand on immerge un objet nickelé dans une dissolution froide d’acide chlorhydrique étendu et d’eau oxygénée, il y a pénétration du mélange oxydant jusqu’au métal sous-jacent et l’apparition des sels de fer et de cuivre indique le terme de la réaction.
- Le co-volume des gaz dégagés par les matières explosives. — Dans les conditions réalisées lors de la détonation des explosifs, l’équation caractéristique des gaz parfaits doit être corrigée en déduisant du volume un terme correctif dit co-volume qui, d’après Sarrau, est environ la millième partie du volume spécifique occupé par le gaz à 0° et sous la pression atmosphérique. M. Daniel Berlhelot montre que cette valeur du co-volume est seulement exacte pour les gaz dont la température critique est sensiblement égale au quadruple de la pres-
- sion critique. Il fait voir à ce propos que la température critique et la pression critique varient dans le même sens, au lieu d’être indépendantes l’une de l’autre comme on pourrait le croire. En particulier, les gaz dont le point critique est bas (lesquels sont tous mono-atomiques ou diatomiques) ont aussi une faible pression critique. Le cas extrême est celui de l’hélium qui a pour température critique 5°,25 et pour pression critique 2 atm. 26.
- Les eaux souterraines en Afrique Occidentale. — M. Henry Hubert montre comment, dans le Sénégal, toute la région calcaire, qui occupe une grande partie de la superficie, présente un niveau particulièrement bas des eaux souterraines, en sorte que celles-ci forment une sorte de cuvette à partir du rivage où elles se tiennent entre 0 et 10 m. d’altitude, pour descendre dans la partie centrale jusqu’à 50 m. au-dessous de la mer et y constituer par conséquent à la surface une zone désertique. Leur descente en profondeur dans les calcaires fissurés s’est continuée là jusqu’à ce qu’elles aient rencontré une strate imperméable, ou du moins un niveau de drainage déterminé par l’existence de semblables strates.
- CHEMIN DE FER ET LÉGENDE DE LA MARTINSWAND (TIROL)
- Avant 1912, Munich, c’est-à-dire la Bavière et le Sud de l’Allemagne, étaient fort mal reliés à Inns-brück (Tirol) et, par le Brenner, au Trentin et aux voies d’accès vers la Vénétie. Entre les sources du Lech et la percée de l’Inn à Kuf-stein, les Alpes Orientales calcaires du Nord, sur 190 km depuis le lac de Constance, ne se trouvaient franchies par aucune voie ferrée. Des cimes de 2655 m.
- (Kro ttenkopf dans les Alpes de l’Algau), 5038 m.
- (Parseier-Spitze des Alpes du Lech), 2968 m.
- (Zugspitze des Alpes Bavaroises),
- 2766 m. (au Speckkar-Gebirge d’Innsbrück), constituaient là un fort complexe rempart entre la Bavière et la vallée de l’Inn en Tirol. Ne possédant que quelques petits glaciers, ce rempart sectionné en divers chaînons parallèles est formidable d’aspect à cause de la nature de ses roches; les escarpements et la dénudation l’ont rendu presque partout d’abord difficile; et la fron-
- tière politique ne suit pas ses principales crêtes, presque toutes allongées en territoire autrichien. Trois passages bas, le col de Fera (1210 m.), celuide
- Seefeld (1185m.) et le seuil (960 m.) du lac Achen (920 m.), entaillent ces Alpes calcaires Tirolo-Bavaroises.
- C’est la coupure du milieu qu’on a choisie, comme la plus proche d’Inns-brück, pour y faire passer une nouvelle ligne inaugurée à la fin de 1912.
- Sous prétexte de faciliter le trafic touristique des pittoresques Alpes bavaroises — où l’on visite la région des lacs, — Oberam-mergau et ses célèbres représentations décennales de la Passion— Partenkirchen et Garmisch, centres d’excursions alpines, surtout à la belle cime de la Zugspitze, — Mittenvvald et ses fabriques villageoises d’instruments de musique, etc. (*) —- les
- i. Yoy. n° 2053, 11 mai 1912. Un village de luthiers en Bavière.
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- Fig. i. — Chemins de fer allemands de Munich à Innsbrück.
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- CHEMIN DE FER ET LÉGENDE DE LA MARTI NSW AND (T1ROL)
- 240:
- Allemands ont en réalité créé une voie complémentaire pour le transport des troupes vers le Brenner et le Trentin. Il ne s’agissait pas, en effet, de raccourcir le trajet,, et d'éviter le coude vers l’Est par Rosenheim et Kufstein en remontant la vallée de l’Inn (175 km), car, en raison des contours imposés
- Fig. 2.
- Klausen sur le chemin de fer du Brt
- par l’altitude, le nouveau parcours (157 km) n’est plus court de Munich à Innsbrück que de 16 km; on ne comptait pas non plus sur un trafic de marchandises dans une région sans industrie; on voulait surtout créer une nouvelle ligne en face du Brenner. Et il est bien certain que l’Allemagne l’utilise en ce moment pour expédier troupes et matériel à Innsbrück au secours de l’Autriche contre l’Italie.
- Projetée depuis plus de 50 ans, décidée en 1905, la ligne n’a été commencée qu’en 1910; elle est à voie normale, ce qui démontre bien sa préméditation stratégique. Bien qu’elle parte de Partenkirchen à 722 m., monte à 1185 m. au seuil de Seefeld et redescende à 570 m. à Innsbrück, sa plus forte rampe n’atteint qu’à 56,5 pour 1000. Pour la traction électrique, l’usine d’énergie motrice est au pont Saint-Étienne près Innsbrück sur le Ruetzbach.
- Afin de racheter la subite descente de 600 m. dans la vallée de l’Inn, de grands travaux d’art et notamment des tunnels courbes ont été nécessaires derrière les parois verticales de la Martinswand entre Zirl et Innsbrück : il y a là une belle muraille de 500 m. de hauteur, célèbre par l’aventure quasi-tragique de l’empereur Maximilien Ier en 1484 (ou le lundi de Pâques 1490) avant son accession à l’Empire (1495). Selon la
- tradition le grand-père de Charles-Quint, égaré sur la Martinswand à la poursuite d’un chamois, perdit pied et roula au précipice : une saillie rocheuse l’arrêta miraculeusement et lui permit de gagner une grotte profonde de 19 m. d’où il ne pouvait plus ni remonter ni descendre; on l’aperçut en si périlleuse posture que, d’en bas, le pasteur de Zirl vint lui présenter le Saint-Sacrement et lui donna l’absolution. Mais, après trois jours de péril, un pâtre, chasseur de chamois, nommé Hollauer (et dont la légende a voulu faire un ange envoyé du Ciel) réussit, par des corniches connues de lui seul, à sauver le monarque, qui l’anoblit sous le nom de Hollauer von Hohenfelsen (i) ; depuis, on a créé et entretenu, à l’usage des pèlerinages historiques, un sentier vertigineux amélioré en 1885, pour atteindre depuis Zirl l’excavation à 259 m. ner' au-dessus de l’Inn.
- Aujourd’hui, dans l’intérieur de la falaise, où aurait failli périr le Kaiser, qui fonda la puissance autrichienne à la fin du xve siècle, son successeur prussien du xxe, rêvant d’empires encore plus amples, fait rouler en hâte
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- Fig. 3. — Innsbrück.
- ses soldats-sicaires et ses canons asphyxiants à la rescousse de Vienne, menacée par Rome !
- E.-A. Martel.
- 1. En 1890, M. S. Prem a publié, dans Y Annuaire du Club alpin allemand-autrichien (1890, p. 183), une étude : Die Legende vom Kaiser Max auf der Martinswand, pour établir que toute cette histoire n’est qu’un roman iorgé au xvie siècle.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — Ne 2194.
- 16 OCTOBRE 1915.
- LA MARINE DE COMMERCE ALLEMANDE
- Il ne sera question ici que de la navigation commerciale. Mais avant d’en entreprendre la description je voudrais comparer entre elles les principales flottes du monde dans les 25 dernières années.
- Le graphique de la page 245 montre les accroissements respectifs des marines anglaise, allemande, norwégienne, française, nord-américaine et japonaise. On peut remarquer que, malgré l’augmentation extraordinaire de la marine commerciale allemande, l’Angleterre a non seulement maintenu sa prodigieuse prépondérance, mais encore accru son tonnage plus rapidement que son envahissante rivale, surtout dans les toutes dernières années. La
- 10 milles tonnes. Ces vapeurs sont au nombre de :
- 15G pour l’Angleterre avec tonnage moyen de............14 000 t.
- 44 pour l’Allemagne................."...............1 s 000 t.
- 16 pour la France....................................13 400 t.
- 10 pour les Etats-Unis...............................15 8uO t.
- 9 pour les Pays-Cas................................. 15 800 t.
- 8 pour le lapon..................................... 12 200 t.
- 3 pour le Danemark.................................. 10 700 t.
- 2 pour la iNorwège.................................. 10 7u0 t.
- 2 pour l'Espagne.................................... 10 200 t.
- 1 pour l’Autriche-Uongrie........................... 19 500 t.
- 1 pour la Russie.................................... 11 000 t.
- Ainsi les plus grosses unités appartiennent à l’Allemagne; cette tendance de nos ennemis vers les navires géants, qui correspond si bien à leurs aspirations mégalomanes, se retrouve dans toute leur flotte. La moyenne de jauge des vapeurs de toutes
- Fig. j. — Les quais de la Hamburg-Amerika à Hambourg.
- France, longtemps stationnaire, s’est laissé dépasser par les États-Unis et la Norwège; néanmoins, depuis 1910, le tonnage de notre flotte marque un sensible progrès.
- Le plan de la page 242 représente la situation comparative en 1914 des principales flottes du monde, en hauL les vapeurs au-dessus de 100 t., en bas les voiliers au-dessus de 50 tonnes.
- L’examen des chiffres officiels, donnés par le répertoire général et les tableaux annuels du bureau Veritas, offre en outre d’intéressantes constatations. Il met en évidence le fait général bien connu de la déchéance continue de la navigation à voile, déchéance surtout accentuée dans le pays où le mouvement maritime est le plus actif ; il montre que le tonnage individuel des unités à vapeur va toujours en augmentant ; enfin, il contient le tableau comparatif de tous les paquebots d’une jauge supérieure à
- sortes naviguant sous les divers pavillons est de 3270 tonneaux pour l’Allemand, 5000 t. pour le Hollandais, 2970 t. pour l’Anglais, 2620 t. pour le Français, 2155 t. pour l’Américain, 1970 t. pour le Japonais, 1585 t. pour le Norwégien.
- Un autre élément de la plus grande importance dans l’appréciation d’une flotte est constitué par l’àge des bateaux, autant si l’on considère leur prix, amortissement déduit, que leur rendement économique, attendu que la machinerie moderne, en se perfectionnant chaque jour, dépense de moins en moins de charbon par cheval-vapeur. Sur ce point la marine allemande tient la tête avec un âge moyen de 10 années, l’Angleterre vient au second rang avec 12 ans et 5 mois, la France 15 ans et 1 mois, le Japon 18 ans et les États-Unis 18 ans et 8 mois. 11 ne s’agit toujours que des navires à vapeur.
- Bien que la puissance d’une marine de commerce
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- 43’ Année. — 2’ Semestre.
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- LA MARINE DE COMMERCE ALLEMANDE
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- réside beaucoup plus dans la capacité globale de sa flotte que dans le nombre de ses unités, disons néanmoins) que l’Angleterre en 1914 possédait (en ne comptant que les navires au-dessus de 100 tonneaux) 6735 vapeurs, l’Allemagne 1549, l’Amérique 1114, la Norwège, 1299, la France 710, le Japon 855.
- Si l’on veut demander aux chiffres de nous dire quel est le goût comparatif de chaque peuple pour la navigation, en cherchant le rapport entre le nombre des habitants et le tonnage de leur flotte, ils nous répondront que pour posséder 100 tonneaux brutes de flotte commerciale (vapeurs au-dessus de 100 t. et voiliers au-dessus de 50, réunis) il faut 14 Norwégiens, 21 Anglais, 57 Hollandais, 41 Suédois, 122 Allemands, 162 Français, 200 Italiens, 290 Américains du Nord, 843 Russes, etc.
- Donc, la marine allemande ne menace pas, malgré ses énormes progrès, l’hégémonie navale anglaise, je dirai plus loin pourquoi elle lui est cependant une rivale redoutable. En tout cas elle se préparait visiblement à faire disparaître le pavillon français des mers lointai-
- nes ; à quoi elle était aidée par sa propre activité et le vigoureux élan que lui donnait sa législation, alors que notre réglementation surannée conduisait tout doucement l’armement français à la ruine.
- Il a été publié, de 1906 à 1912, par un de nos vice-consuls à Hambourg, M. Dussol, deux ouvrages remarquablement documentés sur la marine de commerce et la construction navale en Allemagne. Quiconque veut s’instruire sur ces questions vitales, auxquelles il faudra bien que nos pouvoirs publics apportent une attention plus éclairée que par le passé, devra se pénétrer avec soin de la substance de ce beau travail qui est la synthèse des volumineux écrits et plans germaniques sur ce sujet. Et il serait grandement à souhaiter que nous eussions sur tous les domaines de l’activité ennemie une documentation analogue.
- Ce qui fait la force de cette marine ce n’est pas tant le nombre de ses navires que la puissance, l’organisation et la liaison entre elles de ses Compagnies de navigation. Ces Compagnies sont peu nombreuses en regard de la multitude des armateurs britanniques, mais elles les dépassent, chacune, par le tonnage de leurs flottes, leur impeccable organisation et l’ubiquité de leurs services. Tandis que le Veritas compte plus de 2000 armateurs anglais, il ne relève que 175 Compagnies d’armement allemandes, dont les principales sont les suivantes :
- Hambourg : La Hamburg-Amerïka Unie.
- Brême : Le Norddeutscher Lloyd..
- Brème : La Dampfschifffahrts Gesells. « Neplun ». Hambourg : La Wormann Linie.
- Brême : La Deutsche Dampfschifffahrts Ges. a Ilansa ». Hambourg : La Hamhurg Sud Amerikanische Dampf. Ges.
- Brême : La Dampf. Gesell. « Argo ».
- Hambourg : La Deutsche Dampf. Ges. « Kosmos ». Hambourg : La Deutsche Levante Linie.
- Hambourg : La Deutsche Australisch. Dampf. Ges. Hambourg : La Deutsche Ost-Afriha Linie.
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- LA MARINE DE COMMERCE ALLEMANDE
- 243
- régulier et.
- La Hamburg-Amerika était, avant la guerre, de beaucoup la plus importante Compagnie de navigation du monde, aussi bien par le nombre et le tonnage de ses navires, que le chiffre de son capital et la multiplicité de ses lignes.
- Fondée en 1847, pour assurer un modeste service à voile entre Hambourg et l’Amé rique du Nord, elle ne lança qu’en 1856 ses deux premiers paquebots à vapeur.
- Ses débuts furent difficiles; pendant plusieurs années, à diverses reprises, elle côtoya la faillite.
- Fn 1867 elle ne pouvait encore mettre en ligne que 10 vapeurs.
- Après la guerre de 1870, elle réussit à porter son capital à 15 millions de marks.
- Mais, pendant la période de 1875 à 1878, de nouvelles difficultés entravèrent son essor.
- C’est vers 1880 qu’entra dans le Conseil Albert Ballin, qui devint plus tard directeur général et à qui on attribue unanimement le développement et la réussite extraordinaire de cette entreprise.
- A partir de cette époque les accroissements marchèrent à pas de géant. Le capital social de 15 millions de marks fut porté successivement à 47, puis à 75, à 100, à 125, et enfin, en 1915, à 150 millions de marks. Elle a, en outre, 72 millions de marks d’obligations et 52 millions de marks de réserves.
- Le bilan présenté par le Conseil d’adminis-
- tration en 1915 accuse un bénéfice de 57 millions de marks (71 millons de francs). Le]tonnage de la flotte s’élevait en 1915 à 1 507 000 tonnes, le nombre de ses navires de mer à 207, et elle avait alors 505 000 tonnes de navires:en construction! Enfin le nombre de qu’elle desservait était de 67.
- C'est la tlin'rirg-imrik. i (la H A P A G), qui a lancé en 1900 le Deutschland
- de 16 000 tonneaux, qui tint pendant plusieurs années le record de vitesse parmi les paquebots transatlantiques jusqu’au jour où il lui fut enlevé par le Mauretania et le Lusitania (52 000 t.) de la Compagnie Cunard, de Liverpool.
- Depuis lors, la H A P A G a renoncé à lutter pour la vitesse ; mais elle s’est lancée dans la construction des plus grosses unités que l’Océan ait encore vues. L’Imperator de 52 000 t. (1912), le Vater-land55000t.(1913) etleBismarck 58000t. (1914).
- L’exploitation de la H AP A G, grâce à ses 67 lignes, s’étendait presque à tous les points du globe, conformément à sa devise Mein Feld ist die ivelt (mon champ d’action est le monde) ; et c’est en cela que résidait sa suprématie économique. Car, si l’on compare ses itinéraires à ceux des lignes anglaises concurrentes, on voit qu’aucune de ces dernières ne possède une ubiquité mondiale comparable à celle de la rande compagnie ham- , 19.988.950 ANGLETERRE bourgeoise. Tout au contraire les sociétés anglaises sont pour ainsi dire spécialisées sur certaines directions : la Cunard et la White star
- /.NGLETERRE 8.043B72.
- lignes diverses
- O
- Progression comparative des principales f/ottes de commerce à vapeur du monde
- de 1830 à 191 4-.
- ALLEMAGNE 930.754 FRANCE . 805983,'
- ETATS-UNIS 53333 3,' ftORWÈGE 245000-JAPON 123279
- 5.072.993 ALLEMAGNE
- 2.380.303 ETATS-UNIS _1.914.000 NORWEGE >,1.861.333 FRANCE '4.680.561 JAPON
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- Fig. 2. — Nouveaux paquebots du type Cap Finisterre de i6 5oo tonnes faisant le service de l’Amérique du Sud.
- passait parfois un million de têtes, dépassait aussi pour les deux entreprises 50 millions de recettes. .Gênes et Naples, dont elles avaient fait des têtes de lignes allemandes, leur fournissaient, en outre, l’appoint des émigrants méditerranéens. Cette mainmise sur l’émigration européenne était si puissamment favorisée par les pouvoirs publics de l’Empire qu’elle était presque devenue un monopole allemand.
- Il y eut à maintes reprises entre Brême et Hambourg, c’est-à-dire entre le Norddeutscher Lloyd et la Ham-burg-Amerika, des rivalités qui s’élevèrent jusqu’à la concurrence aiguë.
- Une sur l’Amérique du Nord, la Peninsular sur les Indes, l’Orient Line, sur l’Australie, la Fioyal Mail et la Pacific Steam, sur l’Amérique du Sud. De telle sorte que chacune d’elles était vulnérable par la concurrence allemande; une guerre de tarifs sur un parcours donné pouvait être très dangereux aux lignes anglaises qui l’assuraient, sans compromettre sensiblement la II AP A G qui avait 66 autres services travaillant à en compenser les pertes :
- Les accroissements de la IIA P A G ont été constitués pour autant par des achats de Compagnies concurrentes que par la construction ininterrompue de nouveaux navires.
- La rivale allemande de la Uamburg-Amerika est le Norddeutscher Lloyd de Brême qui alignait en 1914 une Hotte de plus de 820000 tonneaux.
- Plus jeune de 10 ans que la Ilamburg-Amerika, le Lloyd l’a suivie pas à pas dans ses progrès et leurs courbes de développement présentent un parallélisme remarquable.
- En dehors de sa grande ligne postale sur New-York, le Lloyd est le principal trait d’union entre l’Allemagne et l’Extrême-Orient, où il a créé, comme satellites de sa ligne principale, une série de lignes secondaires. On peut le considérer comme l’agent le plus actif de l’influence allemande en Chine. Il possède également un service intense vers l’Australie. La plupart de ses navires sont d’un fort tonnage et leur âge moyen n’atteint pas 7 ans. Le dernier construit, 1 eColumbns, jauge 55000tonnes (1914).
- Ces deux compagnies avaient habilement orienté et canalisé vers leurs paquebots d’Amérique le flot toujours montant de l’émigration. Elles avaient créé, l’une dans la banlieue de Hambourg, l’autre à Bremerhaven, deux véritables villes d’attente pour les émigrants, et cette clientèle, recrutée surtoutparmi les Polonais, les Russes et les Hongrois (il y a longtemps que l’Allemand n’émigrait plus), qui dé-
- Ainsi en arriva-t-il en 1915, où, au cours de l’été, on pouvait se rendre d’Allemagne en Amérique, en 5e classe, pour 50 marks. Mais pendant que l’exploitation bataillait ainsi, les chefs négociaient, et il était sorti de leurs entretiens, deux ou trois mois avant la guerre, un accord qui réunissait les deux sociétés pour ainsi dire en une entreprise unique. Ce trust formidable, qui avait profondément inquiété les Compagnies de navigation anglaises et autres, a été étouffé dans l’œuf par les événements autrement plus formidables encore qui bouleversent le monde.
- Quelques chiffres feront juger de l’importance comparée de ces compagnies et des principales Sociétés de navigation transocéanique en 1915.
- Hambourg : La Uamburg-Amerika a une flotte de . . 1 307 000 f.
- Brême : La Norddeutscher Lloyd................. 820 000 t.
- Londres : VEllermann Line...................... 563000 t.
- Londres : La British India steam............. 553 000 t.
- Londres: La Peninsular and oriental C°......... 559 000 t.
- Liverpool : La White star Line ................ 491 000 t.
- West-Hartepool : La Furness Line............... 485 000 t.
- Brême : La Deutsche Dampfschiff'fahrt.......... 410 000 t..
- Liverpool : La Cunard Line ...................... 579 000 t.
- Tokio : La Mppon Yusen Kaisa.......... . . 560 000 t.
- Paris : La Compagnie Générale transatlantique. . 359 000 1.
- Londres: L’Union Caslle ..................... 352000 t.
- Hambourg : La Uamburg Sud-Amerika........... 551 000 t.
- Liverpool : Elder Dampster.................. 528 000 t.
- Liverpool : T. et G. tiarrison.............. 314 000 t.
- Liverpool : Leyland and C°.................. 288 000 t.
- Paris : Les Messageries maritimes.............. 287 000 t.
- Hambourg : La Deutsche-Austratische............ 285 000 t.
- Giascow : La Elan Line......................... 269 000 t.
- Fig. 3.
- Paquebot Burdigala de la Compagnie Sud-Allan tique construit à Hambourg.
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- Avant de passer en revue les principales autres Compagnies allemandes, il importe de redresser une erreur qui revient souvent en France sous la p’ume de ceux qui écrivent sur la marine; ils croient que le gouvernement allemand favorisait sa marine marchande par de fortes subventions.
- Sauf deux exceptions que je signalerai plus loin, il n’en est rien. Ces deux exceptions représentaient en 1904 7 millions 950 mille marks (9 800 000 fr.), tandis que la même année le gouvernement français avait octroyé à notre flotte commerciale — moins forte de moitié—25224300 fr.
- Seulement il le faisait avec un manque d’à-propos qui n’a d’égal que le judicieux discernement des Pouvoirs publics allemands dans l’octroi des encouragements dont je vais parler (1).
- Les deux seules Compagnies qui soient subventionnées étaient — temporairement — le Lloyd et ÏOst-Afrika Unie; le premier reçoit 5590000 marks comme subvention postale pour ses deux lignes d’Extrême-Orient et d’Australie ; la seconde touche 1 350 000 marks, sous la même rubrique, pour ses lignes du tour de l’Afrique.
- En dehors de oela l’Etat allemand n’accorde des avantages qu’aux marchandises et non aux armateurs. Ces avantages désignés sous le nom de tarifs combinés entre chemins de fer allemands et paquebots de certaines Compagnies, notamment de la Deutsche Osl-Afrika Unie et de la Deutsche Levante Linie, consistent en une importante réduction de prix de transport des marchandises circulant sur les chemins de fer de l’Empire à destination des navires de ces Compagnies.
- Si l’on compare la subvention française qui s’appliquait au nombre de milles parcourus par le navire quel que soit son chargement — même si le chargement est nul, ce qui s’est vu
- Fig. 5.
- L’Imperator.
- Schéma des 9 ponts.
- Fig. 4. — Chapelle et jardins de la ville des émigrants à Hambourg.
- procédé allemand qui ne favorise que la marchandise bien et dûment embarquée, on comprendra sans peine que l’arinateur allemand multipliait les efforts pour recueillir du fret, tandis que son collègue français avait pour première préoccupation de faire parcourir à son navire le plus grand nombre possible de milles marins avec, ou au besoin sans marchandises. Que d’étonnements a causés depuis quarante ans dans tous les ports du monde l’indifférence de nos armateurs pour le fret !
- La Deutsche Ost Afrika Linie, fondée en 1890, a pour objectif tout le continent africain et accessoirement l’Ilindoustan quelle dessert à l’aide de quatre lignes principales partant de Hambourg; l’une de ces lignes fait le périple du continent en passant par Lisbonne, Tanger, Marseille, Naples, Suez, la côte orientale d’Afrique, le Cap et retour par la côte Ouest et les Canaries ; l’autre accomplit le même parcours en sens inverse. La flotte de cette entreprise réalise un tonnage total de 112000 t.
- La ligne Wœrmann (Hambourg), aujourd’hui étroitement syndiquée avec la précédente après l’avoir énergiquement concurrencée, est affectée spécialement à la Côte occidentale d’Afrique; la puissance de sa flotte dépasse 130 000 tonneaux; elle ajoutait à son exploitation maritime un commerce considérable dans l’Hinterland africain.
- La Deutsche Levante Linie a été le propagateur du commerce et de l’influence germanique dans l’Orient méditerranéen et la mer Noire ; elle a considérablement grandi depuis sa fondation qui remonte à 25 ans. Le nombre de ses vapeurs est de 60 et leur capacité totale de 170000 tonneaux.
- La ïïamhurg Sud-Amerikanische Dampf-schifffahrt Gesellsch. (Hambourg), dessert depuis 1871 l’Amérique du Sud; cette compagnie
- 1. Voir les rapports de M. Lefèvre, consul général de France à Hambourg.
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- est étroitement unie à la Hamburg-Amerika. Elle a mis en service depuis quelques années les plus gros navires qui aient jamais paru dans les mers du Sud. Le Cap Finisierre de 15000, le Cap Tra-falgar de 19 000 tonnes, le Cap Poloni de 20 0001. De plus, elle a inauguré en 1907 un service entre New-York et le Brésil. Sa flotte se compose d’une soixantaine de gros navires jaugeant 330 000 tonnes.
- La Deutsche « Ilosmos » (Hambourg), fondée en 1870, navigue également vers les ports de l’Amérique du Sud, franchit le détroit de Magellan et remonte la côte du Chili, l’Amérique centrale,le Mexique, la Californie, jusqu’à San Francisco, à l’aide d’une trentaine de paquebots de 5000 à 8000 tonneaux.
- La Darnpf-schifff'ahrts « Argo )) (Brême) qui date de 1896 fait communiquer Brême par des services régu-liers de petits vapeurs avec Londres, Hull,
- Rotterdam, Pé-trograd, et aussi Anvers, le Havre,
- Gênes, Livourne,
- Naples, Messine et Palerme.
- La Deu(sch-Australische Dampf. Gesell-sch. (Hambourg), comme son nom l’indique,a 50 navires d’un tonnage de 4000 à 8000 tonneaux qui desservent l’Australie, les îles océaniennes et l’archipel de la Sonde. Fondée en 1888, le nombre de ses navires a exactement doublé depuis 1905.
- La Neptun de Brême est une Compagnie de moindre importance qui avec environ 60 petits vapeurs de 500 à 1600 tonneaux fait du grand cabotage dans les ports de la Baltique, sur les côtes de Norwège et de Hollande et les ports européens de l’Atlantique jusqu’à Cadix. Elle jouait un rôle des plus actifs dans l’envahissement progressif des produits allemands à travers le vieux continent.
- Telles sont les principales compagnies maritimes allemandes dont les accords, les combinaisons de
- parcours et surtout la pénétration, à travers tous les continents, à l’aide d’agents nombreux, entreprenants et soigneusement préparés à leur mission, décuplaient la puissance.
- Leur allure n’était pas celle d’un fleuve qui s’accroît de distance en distance par des affluents paisibles, mais celle d’un torrent furieux subitement accru par des pluies diluviennes ; déluge de la production allemande, des matières premières nécessaires à son industrie des besoins alimentaires de sa population croissante.
- Mais il reste à examiner, avec quelques détails,
- par quels moyens l’Allemagne s’était procuré une flotte aussi, nombreuse et aussi remarquablement conditionnée.
- Au début de son développement ses constructions navales furent presque toutes confiées aux chantiers anglais; mais peu à peu d’abord, puis rapidement ens uite, des chantiers similaires se dressèrent à Danzig, Stettin, Kiel, Hambourg, Bre-merhaven.
- La progression en est intéressante à retenir. En 1870, l’Allemagne faisait construire 15000 tonnes d e vapeur à peu près tous en Angleterre; en 1881, 56 000 t. dont 25 000 à l’étranger; en 1890, 89 000 t., dont 35 000 en Angleterre; en 1900, 258000 t. dont 95 000 en Angleterre; en 1911, 265 000 t., dont 25000 seulement au dehors, et en 1912, 580 000 t. dont 46000 dans les chantiers anglais.
- La puissance actuelle de production des chantiers allemands nous est extrêmement utile à connaître, car elle donne la mesure des efforts que nos adversaires sont capables de développer depuis l’ouverture des hostilités; elle appelle donc une prochaine description.
- Victor Cajibon.
- Ingénieur E. C. P.
- Fig. 6. — Vue de l'avant de la coque du Vaterland pendant sa construction dans les chantiers de Blohm et Foss.
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- COTON-POUDRE ET POUDRES B
- Il faut, pour la fabrication des munitions de guerre, un assez grand nombre de produits chimiques. De ceux-ci, malheureusement l’Allemagne est richement pourvue, mais il en est un, fondamental, qui lui fait défaut.
- Gomme l’a dit Sir William Ramsay, au cours de la campagne qu’il a menée inlassablement jusqu’à ce que le coton fut déclaré contrebande de guerre, « lorsqu’on arrive à la cellulose à base de coton, on ne peut rien trouver qui la remplace. La pulpe de bois pourrait être employée pour fabriquer une sorte de nitro-cellulose. On peut en dire autant du chanvre et de la paille, mais aucune de ces matières n’a la même puissance balistique que le coton. Elles ne pourraient projeter la balle ou l’obus à une assez grande distance : pour y arriver, il serait nécessaire d’agrandir l’âme du fusil comme celle du canon.
- Or, nos ennemis sont en guerre, et il leur est matériellement impossible d’opérer une telle modification. Il est vrai qu’ils pourraient se contenter de matériel ayant une force de propulsion moins grande, mais dans ce cas il leur faudrait changer les hausses de leurs canons et de leurs fusils. Ceci est également impossible pendant la guerre actuelle.
- L’emploi de draps, de chemises, etc., si les difficultés initiales étaient surmontées dans le reco-lement de ces objets, ne donnerait qu’une poudre de qualité inférieure, parce que le coton qui a été fréquemment lavé n’a pas la même valeur pour la fabrication du coton-poudre que le coton brut.... Puis que deviendraient les millions d’Austro-Àllemands? Que porteraient-ils?
- Il n’y a aucun doute que du coton a été introduit en Allemagne. Dans quelques cas, il est venu de Suède, du Danemark, etc., et dernièrement de Hollande en Suisse et de là en Allemagne. Depuis le début de la guerre, les Suédois ont reçu vingt-neuf fois la quantité de coton qu’ils importent normalement. Qu’en ont-ils fait? Actuellement, le coton se vend en Allemagne à raison de 2 sh. 6 d. la livre et à Liverpool 6 deniers. La destination est donc certaine.
- Mais tout cela ne doit pas continuer, car la quantité de coton employée par l’Allemagne et l’Autriche pour la fabrication de munitions de propulsion est énorme.
- Je crois que je suis au-dessous de la vérité en disant que 1000 tonnes de coton sont consommées journellement. Un seul canon de !6 pouces consomme une balle de coton de 400 livres. Une balle permet de tirer 50 coups avec un canon de 12 cm. Une balle de coton donne 80 000 coups de fusil.
- Quant à la totalité possédée par l’Allemagne lorsque la guerre commença, on l’évalue à
- 250 000 tonnes; à raison de 1000 tonnes par jour, l’Allemagne aurait épuisé ses ressources depuis longtemps. En admettant qu’elle ait économisé le coton pendant quelque temps la guerre devrait approcher de sa fin.
- Cette lettre met parfaitement au point la question : elle signale l’énormité des besoins en coton de l’Allemagne qui se fournissait de coton américain acheté à la Nouvelle-Zélande et préparé à Spandau dans une usine d’État, elle indique en même temps qu’il y a coton et coton de guerre, et que les conditions exigées sont toutes particulières. Quelles sont-elles?
- En France, le service des poudres et salpêtres utilise deux variétés de coton :
- 1° Les déchets de coton comprenant les cotons nn 1 blanchis constitués par les déchets provenant des cotons à longues fibres d’Amérique et d’Égypte convenablement dégraissés, et les cotons n° 2 provenant de coton neuf dits « bouts fins » et non blanchis ;
- 2° Les linters constitués par les fibres courtes qui restent sur la graine du cotonnier après la récolte des longues fibres destinées aux filatures.
- Les conditions de réception de ces matières sont des plus sévères.
- Les déchets ne doivent pas contenir plus de 2 pour 100 de leur poids de triure (débris divers, ficelles, brins coton, fragments de bris et fibres autres que celles du coton) et le poids de cendre après combustion doit être inférieur à 0,6 pour 100 ou 1 pour 100 du poids de matières sèches suivant qu’il s’agit des déchets n° 1 ou n° 2.
- La quantité de graisse ne doit pas dépasser 0,4 pour 100 du poids des déchets n° 1 sec, ou 0,7 pour 100 pour les déchets n° 2.
- Ceci a pour but d’éviter, au moment de la nitration, les prises de feu provoquées par la présence d’une proportion notable de graisse.
- Les linters doivent être absolument purs, le poids des triures doit être inférieur à 1/5000 du poids du coton sec.
- Cette condition a pour but d’éviter la présence des déchets capable de conduire, après nitration, à une nitro-cellulose inférieure.
- La teneur en graisse doit être inférieure à 0,5 pour 100 et le taux d’humidité à 6 pour 100 du coton sec.
- La teneur en chlorures doit ne pas dépasser 0,05 pour 100 du poids de matière sèche et la présence du chlore ou des composés oxygénés du chlore est proscrite.
- Toutes ces conditions, si nombreuses qu’elles puissent paraître, sont indispensables. C’est qu’en effet, la cellulose n’est pas une matière unique bien définie chimiquement : certains cotons sont constitués par une cellulose non encore arrivée à
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- 248 : . v COTON-POUDRE ET POUDRES B
- maturité qui contient de l’oxycellulose et de l’hydro-cellulose qui peuvent fournir des dérivés nitrés de composition variable et instable. Lors des catastrophes de Vléna et de la Liberté, toutes les causes d’erreurs possibles furent étudiées avec soin et les recherches conduisirent à l’introduction dans le
- cahier des charges des clauses que nous venons d’indiquer.
- Si l’on se rappelle maintenant que la cellulose pure donne jusqu’à 11 dérivés nitrés différents dont on n’utilise que deux en poudrerie, on conçoit que les Allemands bluffent con-Fig. i. — Cylindre sécheur. sidérablement lorsqu’ils prétendent pouvoir se passer de coton américain et faire de la poudre avec du bois.
- Ils courent, si cela est vrai, au-devant d’accidents terribles, et les poudres qu’ils fabriqueront seront si instables, si irrégulières comme puissance balistique, que nous n’avons rien à craindre de ce côté.
- Nous venons de parler de la matière première, le coton, qui forme l’élément fondamental des poudres modernes, il nous reste maintenant à dire pourquoi on fut conduit à renoncer aux anciennes poudres noires et comment on traite le coton pour le transformer en poudre B.
- Historique. — L’origine des poudres B et des
- Fig. 2. — Pile dèfileuse : coupe AB de la pile dèfileuse.
- explosifs à base de nitrocellulose se trouve dans les expériences de Braconnot, en 1855. Celui-ci, en faisant agir l’acide nitrique concentré sur l’amidon, les fibres ligneuses et d’autres substances analogues, obtenait des corps excessivement combustibles qu’il appelait « xyloïdes »
- Pelouze, en 1858, reprit ces expériences et étendit ses recherches au coton, au papier et aux substances végétales en général. Mais c’est Schônlein qui trouva, en 1845, le moyen de fabriquer le coton-poudre en traitant le coton par un mélange d’acides nitrique et sulfurique.
- L’idée vint, tout aussitôt, de subshtuer dans les armes à feu le coton-poudre ainsi préparé à la poudre noire, seule utilisée jusqu’alors; au point de vue balistique, ces expériences donnèrent les résultats les plus favorables. La méthode de fabrication était malheureusement par trop sommaire pour donner un produit vraiment stable; des explosions spontanées se produisirent, et l’emploi du coton-poudre, alors appelé « pyroxyle », paraissait définitivement abandonné, lorsque Abel imagina de déchiqueter le coton-poudre, qui venait d’être nitré au moyen d’une machine de papeterie. L’instabilité de l’ancien produit était due à des traces d’acide que le coton conservait par capillarité; le déchiquetage suffisait à éliminer ces traces.
- Le coton-poudre reçut dès lors des applications pratiques et, sous la forme humide en particulier, fut employé au chargement des torpilles.
- Quand on chercha cependant à utiliser le coton-poudre plus ou moins comprimé pour la propulsion des projectiles, on observa de grandes irrégularités dans la combustion, et, par suite, de nombreux écarts dans les résultats.
- Les recherches, entreprises sur le sujet, par M. Vieille, ingénieur des Poudres et Salpêtres, de 1884 à 1886, aboutirent à la possibilité d’utiliser les nitro-celluloses sous forme colloïdale; les poudres sans fumée étaient désormais créées, et leur emploi dans les bouches à feu ne tarda guère à prendre une extension générale, aussi bien en France qu’à l’étranger.
- I. Les nitro-celluloses. Le coton-poudre. —
- a) Définition et classification des nitro-celluloses. — On appelle nitro-cellulose le produit plus ou moins azoté obtenu par trempage d’une cellulose quelconque dans de l’acide nitrique pur ou mieux dans un mélange d’acide nitrique et sulfurique. Une nitro-cellulose est caractérisée par son « taux de nitrification », ce taux de nitrification étant mesuré par le nombre de centimètres cubes de bioxyde d’azote AzO, dégagés lorsqu’on chauffe 1 gr. de la nitro-cellulose considérée avec un mélange de sulfate de fer et d’acide chlorhydrique (méthode de Schlœsing).
- Les nitro-celluloses provenant de la nitration du coton correspondent aux différentes catégories suivantes :
- coton.
- poudre
- Epuration
- Fig. 3. — Bac épurateur.
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- COTON-POUDRE ET POUDRES B
- 249
- 1° Cotons-poudres proprement dits, dont le taux de nitrification correspond à 200 cm3 au moins de AzO, dégagé par gramme;
- 2° Collodions, donnant de 170 à 195 cm3 de AzO par gramme;
- 5° Cotons friables, à degré de nitrification inférieur à 170 cm3 de AzO par gramme.
- Le coton-poudre proprement dit est insoluble dans le mélange d’alcool et d’éther, alors que les collodions sont solubles dans ce même mélange; nous verrons plus loin que ces propriétés de solubilité sont à la base même de la fabrication des poudres B.
- b) Fabrication du coton-poudre.
- — Cette fabrication comporte les opérations suivantes :
- 1° Préparation mécanique et purification de la matière première ;
- 2° Nitration;
- 5° Lavage el déchiquetage. Fig. 4. — Appareil de
- Ce coton est ensuite cardé et en- déshydratation du coton-poudre roulé à la sortie de la machine à carder en rouleaux cylindriques, que l’on sèche d’une façon quasi parfaite dans des cylin-
- armé de dents. Au-dessus de ce plateau touche un cylindre, armé lui-même de dents, entre aû/„sy lesquelles vient passer la matière.
- La pâte ainsi préparée est lavée et filtrée dans un épurateur (fig. 5), où Vr!mê_ eqe traverser de bas en haut un tamis T, animé d’un mouvement de trépidation rapide. Elle est ensuite égouttée sur une toile contenue dans une cuve G. La pâte est ensuite essorée à la turbine.
- c) Propriétés du coton-poudre. — Le coton-poudre ainsi obtenu se présente sous forme d’une poudre blanche, contenant environ 30 pour 100 d’humidité; c’est sous cette forme qu’il sera envoyé aux ateliers de fabrication, où il est destiné à être transformé en poudre B.
- S’il doit être utilisé comme explosif brisant, on le comprime à la presse sous forme de disque de coton-poudre humide (chargement des torpilles), ou bien on le sèche à l’étuve à 40°, seul ou humecté avec de l’alcool, pour obtenir le coton-poudre sec. Le coton-poudre sec, en petite quantité, brûle très
- IL.-: : —vV -
- F/7ière
- B
- Fig. 5. Malaxeur. — Fig. 6. Appareil à étirer : A, pot de presse; B, piston ; C, grille; D, Filière; E, toile sans fin. — Fig. 7. Filière et grille pour l’ctirage de la pâte.
- ta
- ai
- Grille
- dres sécheurs, chauffés à la vapeur (fig. 1).
- Le coton ainsi préparé est placé dans des auges de trempage, en fonte, où ilj entre en contact avec le mélange acide ; on le retire, au bout de quelques minutes, pour le mettre sur une grille où il
- s’égoutte.
- La nitrification continue sur ces grilles, puis dans des pots en grès, grâce à l’acide dont le coton est imbibé.
- Au bout de 12 heures on l’essore à la turbine, et, pour enlever toute trace d’acide libre, on procède au lavage et au déchiquetage.
- Le lavage s’effectue successivement à l’eau froide et à l’eau bouillante, et dure environ 24 heures. Quant' au déchiquetage, on le pratique à l’aide de « piles défileuses », analogue à celle qu’on utilise en papeterie (fig. 2).
- La matière est placée dans une auge annulaire elliptique, dont le fond porte un plateau ah cde f,
- ^A/WW JkA*W
- Vi
- U)
- vivement à l’air libre au contact d’un corps en ignition, sans faire explosion. En grande quantité, ou renfermé dans un vase à parois résistantes, il détone brusquement. Le coton-poudre humide brûle avec d’autant moins de facilité qu’il contient plus d’air.
- 11 peut cependant détoner, sous l’action d’une charge de coton sec, enflammée par une amorce de fulminate, ’a la condition qu’il y ait bourrage.
- À la teneur habituelle de 30 pour 100, à laquelle on le travaille dans les poudreries, il est ininflammable et insensible aux chocs.
- 11. La fabrication des poudres B.
- Fig. 8. — Appareil à découper les poudres en bandes.
- — Pour régulariser la combustion du
- coton-poudre et permettre leur application à la propulsion des projectiles, M. Vieille découvrit qu’il suffisait de dissoudre, ou plutôt de « gélatiniser » la nitro-cellulose,
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- 250 .::.—.... — COTON-POUDRE ET POUDRES B
- pour en former par compression une pâte homogène compacte brûlant régulièrement par couches parallèles.
- La décomposition de ces explosifs ne donnant pas de produits solides, se faisait avec une absence totale de fumée, d’où le nom de « poudres sans fumée » sous lequel ils furent désignés. Plus puissants que les poudres noires, ils étaient cependant moins brisants et leur vivacité pouvait être facilement réglée. Ces poudres sans fumée, à base de nitro-cellulose, furent adoptées pour la première fois en France, en 1886.
- Le dissolvant employé pour la gélatinisation de la nitro-cellulose est un mélange d’alcool et d’éther. Or, le coton-poudre est insoluble dans ce mélange, alors que le collodion est soluble. En malaxant convenablement des proportions convenables de ces deux sortes de nitro-cellulose, on obtiendra la gélatinisation du mélange.
- La fabrication des poudres B comporte 4 phases principales :
- a) Traiter par un dissolvant un mélange de nitro-eelluloses solubles et insolubles pour en former une pâte homogène et compacte ;
- b) Mettre cette pâte en rectangles d’épaisseur et de largeur convenables et lui laisser prendre une certaine solidité ;
- c) Découper les rectangles en bandes ou en grains ;
- d) Enlever l’excès du dissolvant et l’humidité.
- a) Formation de la pâte. — On a vu que le coton-poudre était expédié aux fonderies à l’état humide, à 30 pour 100 d’eau. Il importe de le déshydrater, avant malaxage. A l’heure actuelle, la déshydratation s’effectue par lavage à l’alcool, alcool à 80° d’abord, à 95° pour terminer.
- L’opération s’effectue dans des turbines essoreuses (fig. 4), pouvant tourner à 1000 tours par minute : on y place les charges de coton-poudre et de collodion et on recouvre. Par pression d’air, on amène sur la charge soit de l’alcool à 80°, soit de l’alcool à 95°. La durée de chaque arrosage est de 5 à 6 minutes ; il est suivi d’un essorage obtenu en faisant tourner la turbine à grande vitesse pendant 5 minutes.
- L’alcool de lavage est repris et rectifié, en vue d’un nouvel emploi.
- Après déshydratation, le colon-poudre est placé dans une espèce de pétrin cylindrique (fig. 5) à fond mobile, où l’on verse le mélange dissolvant alcool-éther. A l’intérieur du pétrin, tourne un arbre muni d’une palette, qui avance dans le sens de l’axe en même temps qu’elle tourne.
- b) Étirage. —- La pâte ainsi malaxée est mise en plaques par laminage sous pression à travers une espèce de filière. Au sortir de la filière (fig. 6), elle est recueillie par une toile sans fin, dont le mouvement est convenablement réglé.
- On obtient ainsi un long ruban, qu’on laisse
- sécher et durcir à l’air libre. Ce séchage s’effectue dans de grandes chambres, munies de planchers à claire-voie.
- Les vapeurs lourdes d’éther se condensent sur le sol ; on les recueille par des lavages à l’huile ; celle-ci les absorbe et les rend ensuite par simple chauffage.
- La matière ainsi séchée est portée au découpage.
- c) Découpage. — La bande de poudre est passée à la machine à découper et strier (fig. 7), sorte de laminoir dont l’un des cylindres coupeur et strieur présente des couteaux circulaires, entre lesquels sa surface est striée ; l’autre cylindre est lisse, avec des rainures pour le passage des couteaux du premier.
- La bande passant entre les deux cylindres est découpée en bandes gaufrées dans le sens de la longueur. Ces bandes sont immédiatement coupées à la longueur voulue.
- Les stries facilitent l’inflammation de la poudre et régularisent sa combustion.
- Les poudres en grains sont découpées à partir de la bande, par des procédés mécaniques du même genre. Le découpage est simplement suivi d’un criblage au tamis rotatif.
- d) Élimination de l'excès du dissolvant et de rhumidite'. — Si la poudre était mise en service, sans plus, le dissolvant en excès se volatiliserait peu à peu dans les magasins, il en résulterait des variations sensibles dans les propriétés balistiques de la poudre.
- Cette élimination du dissolvant en excès se fait par lavages successifs, a l’eau froide et à l’eau chaude, et par séchage à 55 ou 60°, en étuve spéciale.
- Conclusion. — Toutes les puissances étrangères ont, après la France, substitué à la vieille poudre noire, les poudres sans fumée colloïdales.
- La plupart des États européens, l’Allemagne en particulier, ont adopté, comme nous, la poudre à base de nitro-cellulose pure, fabriquée à partir du coton par des procédés rigoureusement identiques aux procédés utilisés en France.
- Certains pays cependant, l’Italie, l’Angleterre, le Japon, ont accordé leurs préférences à des poudres composées d’un mélange de nitro-cellulose et de nitroglycérine (dynamite). La cordite, poudre réglementaire anglaise, contient par exemple 58 pour 100 de nitro-glycérine, 37 pour 100 de coton-poudre à haut degré de nitration et 5 pour 100 de vaseline. Les poudres à base de nitro-glycérine présentent-elles sur les poudres B proprement dites des avantages vraiment marqués?
- Malgré les expériences multiples de la guerre, la question ne semble pas susceptible d’une réponse bien ferme. Le temps n’est plus d’ailleurs aux discussions oiseuses. L’essentiel est pour l’instant d’avoir tout simplement de la poudre bien sèche et d’en avoir beaucoup.
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- LES CONSERVES DE VIANDE AUX ARMÉES
- La sagesse des nations a, depuis un temps immémorial, reconnu que la -viande était un aliment indispensable à l’homme, et les physiologistes ont expliqué ce besoin en introduisant dans la science la notion du « minimum obligatoire de substances protéiques » au-dessous duquel il y a dépérissement de l’individu, quelle que soit la quantité de matières hydrocarbonées ingérée d’autre part. Le poids de viande, l’aliment azoté par excellence, qui doit entrer dans la ration journalière, est extrêmement variable et dépend d’un grand nombre de facteurs : climat, tempérament propre du consommateur, nature des autres aliments qui accompagnent la viande, etc....
- L’administration de la guerre l’a fixé, en tenant compte de multiples considérations qui ne sauraient être développées ici, à 300 gr.(*) pour la ration dite de « paix ».
- Au début de la guerre ce chiffre a été porté à 500 gr., taux très exagéré, qui a été dès le mois de mai 1915 ramené à 400 gr.
- La distribution de la viande aux troupes en campagne a toujours été pour l’Intendance un très gros souci. C’est qu’en effet les troupes en mouvement n’ont pas toujours en temps utile, immédiatement à leur portée la viande fraîche nécessaire à leurs besoins ; d’autre part, le problème du transport de la viande est soumis, notamment sous le rapport de la durée, à des exigences strictes auxquelles il n’est pas toujours possible de souscrire. C’est dans ces cas, très fréquents au cours de la guerre actuelle, que la conserve rend d’inappréciables services.
- Par définition, c’est la ration de viande présentée sous le plus faible volume possible, cuite, assaisonnée, prête à être mangée en tout lieu, en toute circonstance. Denrée devenue impérissable par suite de la stérilisation dont elle a été l’objet, elle se soucie complètement des retards dans les envois, ainsi que des conditions atmosphériques qui président à ceux-ci. Enfin, elle possède à très peu de chose près, les mêmes qualités alihiles que la viande fraîche.
- La fabrication des conserves de viande a fait l’objet, dès le temps de paix, d’une mise au point particulièrement soignée, et elle a été, au cours de ces quinze dernières années, l’objet de perfeclion-
- 1. Dans tout ce qui va suivre, et sauf indication contraire, la viande fraîche est comptée avec os, ces derniers figurant pour la proportion de 90 pour 100.
- nements importants, qui ont fait disparaître la mauvaise renommée, justement attribuée autrefois au « singe » américain.
- Nous étudierons ici, dans ses grandes lignes, la préparation de la boîte individuelle contenant net 300 gr. de conserve.
- Parlons d’abord des usines. Celles-ci sont naturellement situées dans des pays d’élevage : Bretagne, Vendée et régions du Sud-Ouest; les principaux centres sont à Nantes, Cholet, Bordeaux et Toulouse (*). Pourvues du matériel spécial, qui, en temps de paix, leur permettait la fabrication dans les limites fixées par l’administration (environ 25000 quintaux pour la période novembre-mars) elles se sont mises automatiquement en marche à la mobilisation, en vertu des conventions qui liaient les entrepreneurs et l’État, et elles ont pu arriver à produire sans à coups les quantités prévues.
- A l’heure actuelle notre stock est au complet et
- le travail des usines a pu être très notablement diminué. Il est juste de dire que pour ménager notre cheptel national quelques achats ont été faits en Amérique; cet appoint aux approvisionnements eût très certainement pu être fourni par nos usines fonctionnant à plein rendement.
- La fabrication des conserves est constituée par une suite d’opérations très simples et elle parait facile à réaliser. En réalité, dès qu’on veut produire de grosses quantités, on se heurte à de nombreuses difficultés desquelles on ne se tire qu’en déployant beaucoup d’habileté et d’ingéniosité. A cet égard, certains industriels méritent des éloges. On peut poser en principe que le secret de la réussite réside dans ces deux principes : propreté méticuleuse, rapidité dans la fabrication.
- Les industriels ne sont d’ailleurs pas livrés à eux-mêmes et sont tenus de se conformer à des règles précises contenues dans un cahier de charges. Ce document renferme une partie administrative et une partie technique ; considéré à ce dernier point de vue, c’est presque un manuel de fabrication suffisamment détaillé pour servir de guide aux profanes.
- Le cahier des charges commence par nous dire ce que doit être la conserve de viande.
- « La conserve doit être le produit intégral de la
- Il existe également un groupe important à Madagascar; trois usines fonctionnent actuellement dans la région de Diégo-Suarez ; une autre est à Tamatave.
- Fig. i. — Boite de conserve règlementaire de Varmée.
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- cuisson de la viande fraîche employée à sa préparation, et renfermer tous les éléments constitutifs de cette viande, à l’exception des os, des tendons, des pelotes ou masses graisseuses apparentes, des écumes du bouillon, et d’une certaine proportion d’eau, éliminés au cours de la fabrication. »
- Par viande fraîche on entend celle qui provient des bovidés, bœufs, vaches et taureaux à employer dans les proposions suivantes : trois huitièmes de
- sommable (entérite, météorisation, septicémies, pyélo-néphrite, tuberculose, etc...) et les viandes trop maigres manquant de qualité et insuffisamment alibiles. Les quartiers propres à la fabrication sont estampillés et après un ressuage variable, d’une durée maximum de 24 heures, sont prêts à être utilisés.
- Ils sont livrés d’abord aux désosseurs qui, ainsi que leur nom l’indique, procèdent au désossage et passent la viande aux découpeurs. Ceux-ci la découpent en fragments de 500 gr. environ et exécutent en même temps un premier parage qui a pour but l’élimination du suif et des gros tendons.
- La viande découpée passe alors au blanchiment. Chargée dans des paniers en tôle perforée, elle est introduite dans de vastes cuves où l’on porte de l’eau à l’ébullition. La durée du blanchiment dure de 5/4 d’heure à \ heure. On blanchit trois charges successives dans le même bain ; après quoi, la viande blanchie est portée au refroidissement dans un courant d’air lancé par
- Fig. 2. — La viande est débitée avant la préparation des conserves.
- (Usine L. Font aine.)
- bœuf, un quart de vache au maximum, le reste peut être du taureau. L’âge des animaux est fixé, en France, entre 5 et 8 ans pour les bœufs et vaches, et entre 2 ans et demi et 5 ans pour les taureaux. Quant à la qualité exigée, elle correspond sensiblement à la deuxième qui est caractérisée principalement par la couverture des rognons. Les animaux destinés à la fabrication sont présentés à un vétérinaire militaire, attaché en permanence comme officier surveillant à l’usine. Celui-ci les examine sur pied et marque les bêtes qu’il juge en état d’être acceptées. L’abatage qui a lieu le lendemain se fait presque toujours dans l’usine même. La tuerie particulière présente, en effet, un gros avantage sur l’abattoir municipal et évite les transports de viande, toujours dangereux à cause des souillures possibles. Le vétérinaire assiste à toutes les phases de l’abatage et de rhabillage; il élimine les sujets atteints d’affections qui pourraient rendre la viande incon-
- un ventilateur. Elle est alors soumise à un second parage rendu très facile par l’aspect que prennent alors la graisse et les parties tendineuses, que des paveuses éliminent au couteau. On la place alors dans les boîtes à raison de 240 gr. pour chacune d’elles avec une petite quantité d’un assaisonnement composé de sel, poivre et girofle.
- Pendant que se déroulent ces opérations, le bouillon de blanchiment est concentré au moyen d’appareils de types divers, soit à la pression ordinaire, soit dans le vide, de telle façon qu’il trouve place dans les boîtes en totalité, en compagnie de la viande blanchie. Ce résultat est atteint quand le bouil-
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- Ion marque environ 7U B. à la température de 15°.
- Il existe un certain nombre d’appareils destinés à bouillonner les boîtes. Un des plus ingénieux est celui de l’ingénieur Bollée dans lequel l’opération se fait automatiquement par le vide. Le bouillonnage à la main est employé dans les usines de faible production, il est généralement exécuté avant le sertissage du fond.
- Au contraire, le bouillonnage mécanique s’opère postérieurement au sertissage. On ménage alors dans le couvercle une petite ouverture destinée au passage du bouillon et qu’on obture par la suite.
- Les boîtes ainsi remplies et fermées sont prêtes pour la stérilisation. C’est l’opération la plus importante de la fabrication, car c’est grâce à elle que sont détruits les germes revivifiables qui souillent la denrée et s’opposeraient à sa conservation ultérieure. Elle se pratique dans des autoclaves à une température de 115° pendant 1 h. 1/2. Au bout de ce temps, on décharge les appareils, on laisse les boîtes refroidir. Un ouvrier spécialiste les examine alors
- une à une pour reconnaître les fuites elles éliminer. Il ne reste plus qu’à emballer les boîtes et à les expédier aux magasins de l’administration où elles sont l’objet d’une série d’épreuves de réception visant la qualité de la denrée et le poids net qu’elle ren-
- ferme effectivement. La boîte finie renferme 240 gr. de viande et 60 gr. de bouillon correspondant sensiblement à 600 gr. de viande fraîche.
- Telle est la conserve réglementaire. Comme nous
- l’avons déjà dit, elle représente le maximum d’albuminoïdes nutritifs sous le plus petit volume possible. C’est au point de vue économique la solution la plus logique; et c’est avec raison que l’administration a toujours refusé d’enlrer dans la voie d’achats de conserves mixtes, composées de viande et de légumes. Ces produits, séduisants au premier abord, présentent à la réflexion beaucoup d’inconvénients ; il est nécessaire de les faire chauffer avant de les consommer, ce qui leur retire une des qualités essentielles de la conserve; ils obligent le soldat à transporter un poids mort non négligeable (légumes avec leur eau) ; enfin ils sont très onéreux parce qu’il est d’une mauvaise économie de consacrer des frais de labrica-tion élevés pour mettre en boîtes des légumes dont la valeur vénale est petite, le pouvoir alimentaire presque nul et que l’on peut se procurer sous une autre forme.
- Notre conserve actuelle pourrait-elle être améliorée? Cela n’est pas douteux. On pourrait modifier la fabrication et amener le produit à ne présenter
- Fig. 4. — Le sertissage des boites de conserves et leur mise dans le panier de l'autoclave. (Usine L. Fontaine.)
- Fig. 5. — Les autoclaves servant à stériliser les boîtes de conserves. (Usine Saupiquet.)
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- LES GRANDES VITESSES DES NAVIRES DE GUERRE
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- aucune différence avec la viande sortant de la marmite. Mais ce ne serait pas sans des risques de mécomptes qu’il vaut mieux ne pas courir en ce moment.
- Rappelons-nous que le mieux est l’ennemi du bien,
- que la conserve de l’armée française est unanimement appréciée des soldats et qu’elle est supérieure à toutes celles qui existent. C’est une vérité que l’on ne saurait trop répéter. G. Blanc,
- Docteur ès sciences, directeur du Laboratoire des viandes conservées de l'armée
- LES GRANDES VITESSES DES NAVIRES DE GUERRE
- Moyens de les obtenir
- C’est vers les grandes vitesses des navires de guerre, cuirassés, croiseurs cuirassés et torpilleurs, que tendent aujourd’hui toutes les marines militaires. C’est grâce à ces grandes vitesses jointes à une puissante artillerie que sont dus les succès récents de la flotte anglaise contre les navires allemands. Il faut donc, pour ces navires, des turbines de grande puissance dont le rendement soit aussi grand que possible, c’est-à-dire utilisent le maximum possible d’énergie contenue dans la vapeur se détendant de la pression de la chaudière au vide du condenseur. La pression dans la chaudière étant limitée, pour des raisons d’ordre pratique, entre 14 et 16 kg absolus, c’est le vide dans le condenseur qu’on cherche à rendre aussi grand que possible. Nous reviendrons sur cette question importante. De plus, pour rendre maximum le rendement d’une turbine, celle-ci doit tourner avec une grande vitesse périphérique, c’est-à-dire faire un grand nombre de tours à la minute, tandis que, au contraire, l’hélice actionnée directement par la turbine voit son rendement diminuer à mesure que sa vitesse de rotation augmente. 11 y a donc contradiction entre le fonctionnement de la turbine et celui de l’hélice. On se trouve ainsi amené à admettre une sorte de compromis en acceptant une perte de rendement pour la turbine et pour l’hélice, en faisant marcher la première à une vitesse inférieure à celle qui lui convient et la seconde à une vitesse supérieure à son maximum de rendement. Ce compromis a une importance considérable pour les navires de commerce comme les cargo-boats dont la vitesse ne dépasse pas 10 à 12 nœuds, et voici pourquoi. Le poids et l’encombrement d’une turbine actionnant directement l’hélice, croissent en raison inverse du carré du nombre de tours qu’elle fait par minute par suite de l’augmentation du nombre des étages de pression. Us deviennent donc considérables lorsque la vitesse du navire diminue. Si on compare le poids d’une turbine avec celui d’une machine à vapeur alternative actionnant directement l’hélice on trouve que, pour des vitesses de 22 à 25 nœuds et au-dessus, le poids de la turbine est inférieur à celui de la machine alternative, mais qu’au-dessous d’une vitesse de 16 nœuds le poids de la turbine va constamment en croissant pour atteindre vers la vitesse de 15 nœuds un poids environ double de celui de la machine alternative. C’est vers 16 ou 17 nœuds que s’établit l’équilibre de poids entre la turbine et le moteur alternatif. C’est ce fait qui amène les armateurs à ne faire emploi que de machines alternatives pour les navires à faible vitesse comme les cargos ou les navires similaires. Aussi est-ce pour remédier à ce grave inconvénient et pour bénéficier des avantages indiscutables de la turbine que dans ces derniers temps on a appliqué aux navires à faible et moyenne vitesse des turbines munies d’engrenages dont La Nature a parlé récemment (n° 2186) et qui permettent de donner aux turbines et aux hélices des vitesses plus en rapport avec leur rende-
- ment maximum tout en diminuant leur poids. Si, pour les navires à vitesses supérieures à 22 nœuds l’emploi de la turbine à engrenage est d’une importance relativement moins grande, il n’est, cependant, pas moins vrai qu’elle permet encore de donner à la turbine une vitesse se rapprochant de celle de son rendement maximum, tout en conservant à l’hélice la vitesse qui lui convient le mieux. D’où meilleur rendement global, et, par suite, augmentation de puissance et de vitesse.
- Revenons maintenant à la question importante du vide au condenseur, question capitale pour le bon fonctionnement de la turbine qui, contrairement à ce qui se passe avec la machine alternative, peut bénéficier du vide maximum qu’il est possible d’obtenir au condenseur.
- Avec les appareils de condensation habituels on ne peut obtenir qu’un vide de 68 à 70 cm de mercure donnant un écart de 8 à 6 cm avec le vide absolu. Or, à la température de 50° G., à laquelle peut être facilement amenée l’eau de condensation, la tension de la vapeur est de 5,15 cm de mercure. Il est donc possible, en soustrayant complètement l’air, d’obtenir un vide de 72,85 cm de mercure (0 kg. 042 par cent, carré). Mais, pour cela, certaines dispositions sont nécessaires et, dans ces derniers temps, on a étudié, dans ce but, deux appareils, l’un étudié par Parsons et qui porte le nom d'augmenteur de vide, et l’autre dû à M. Maurice Leblanc. Nous allons en indiquer succinctement le principe.
- L’appareil Parsons se compose d’un éjecteur alimenté par la vapeur vive de la chaudière.
- Celui-ci aspire l’air et la vapeur du condenseur et le refoule dans un condenseur auxiliaire, puis sous les clapets de la pompe à air. Un tuyau horizontal et recourbé qui relie le condenseur avec la pompe à air est rempli d’eau de condensation, laquelle eau s’oppose au retour vers le condenseur de l’air aspiré par l’éjecteur. Ce dispositif qui permet d’augmenter notablement le vide au condenseur donne d’excellents résultats sur les navires anglais. Son seul inconvénient est de nécessiter la dépense d’une quantité relativement importante de vapeur pour le fonctionnement de l’éjecteur.
- La pompe Leblanc est basée sur le principe de la trompe. Elle se compose d’une turbine à injection partielle actionnée par un moteur qui lui imprime un mouvement de rotation inverse de celui qu’elle prendrait si on l’abandonnait à elle-même. Par suite de la rotation de cette turbine le vide se produit à l’intérieur de celle-ci. L’eau est alors amenée par aspiration au distributeur, puis dans les aubes de la turbine d’où elle sort en gerbes formées d’une succession de lames minces enrobant l’air compris entre elles et aspiré du condenseur. Le tout est alors entraîné vers un diffuseur et expulsé au dehors.
- Cet appareil est en service sur nombre de navires de ::jla marine militaire française. Il permet d’obtenir facile- ment un vide de 3 cm de mercure. R. Bonnin.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ier septembre 1915.
- Les vanilles de Tahiti. — MM. Costantin et Bois rappellent que nos colonies produisent les deux tiers de la vanille commerciale : soit 187 000 kg en 1912. Tahiti est actuellement le premier producteur de vanille, au moins comme quantité. Cette vanille de Tahiti a été introduite de Manille par l’amiral Hamelin en 1848. Bans l’ensemble, toutes les vanilles commerciales se rattachent à six espèces. Celle de Tahiti est la Vanilla plami-folia. Pratiquement et pour la vente, des experts spéciaux classent les vanilles en se fondant sur le parfum, la couleur et la longueur des fruits.
- Sur l’histoire de l’astronomie française. — M.Bigour-dan montre comment, dès le xive siècle, on se préoccupa en France de réformer le calendrier; puis les grandes expéditions navales tournèrent les esprits vers les phénomènes célestes. Les navigateurs avaient, pour déter-
- miner la position du navire, des procédés qu’ils s’efforcaient de tenir secrets et dont M. Bensaube a donné récemment un exemple dans son « Astronomie nautique au Portugal à l’époque des grandes découvertes ».
- L’œuvre de W. Taylor. — M. H. Le Chatelier montre l’actualité des travaux de Taylor sur l’Organisation scientifique. Après la guerre, avec toutes les ruines à réparer et le défaut de main-d’œuvre, un grand effort d’organisation sera nécessaire. Le système Taylor permet, dans certains cas, de tripler la capacité de production d’un travailleur sans accroître sa fatigue. Les objections socialistes, qui ont attaqué cette méthode, comme elles l’ont fait pour tous les progrès du machinisme en prétendant qu’il en résulterait une dépréciation du travail, se trouveront levées par la demande surabondante de travailleurs.
- VOITURES DE BANLIEUE EN ACIER DU GRAND TRUNK CANADIEN
- Le Grand Trunlt canadien est un trust très important de voies ferrées qui a réuni sous son contrôle un grand nombre de lignes dont le développement total dépasse 7660 km.
- Sur cet immense réseau circulent 1200 locomotives, voitures à voyageurs et 40 000 wagons à marchandises. Etant données les importantes chutes de neige qui se produisent chaque hiver au Canada, un matériel de 75 wagons-charrues est réparti sur les points du réseau les plus exposés aux amoncellements de neige susceptibles d’intercepter la circulation des trains.
- Pour intensifier le service des trains de voyageurs sur ses lignes de banlieue, autour des grandes villes que dessert son réseau, comme Montréal, le Grand
- Trunk a mis récemment en service un certain nombre de voitures spéciales, à inlercommunieation et
- à couloir, qui mesurent 25 m. 40 de longueur hors tampons. La caissea22m.560 de longueur, entre ses panneaux extrêmes, et pèse en service 62 tonnes, y compris les deux boggies, munis chacun de six roues d’acier à centre plein.
- Ces voitures sont entièrement construites en acier, comme une grande partie du matériel neuf mis en service pour les grandes Compagnies de chemins de fer américaines depuis quelques années. Leur originalité consiste en ce que les panneaux intérieurs et extérieurs sont en bois et non en tôle d’acier. Cette solution mixte a été adoptée après des études et des essais prolongés dont le but était de recher-
- jFig. 1. — L’intérieur du wagon métallique.
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- VOITURES EN ACIER DU GRAND TRUNK CANADIEN
- cher le meilleur moyen d’assurer aux voyageurs le maximum de confort et de securité, tout en réduisant au minimum les dépenses d’entretien du matériel. •
- La carcasse d’acier de la caisse ne fait qu’un avec le châssis de la voiture, au lieu d’être reliée à ce châssis par l’intermédiaire de boulons d’assemblage, comme dans les véhicules à voyageurs de construction ancienne. Ce dispositif nouveau, qui
- rend la caisse absolument solidaire du châssis, présente de grands avantages techniques et pratiques, qu’augmente encore l’habitude nouvellement introduite de construire les vestibules des voitures à intercommunication entièrement en acier. En cas de déraillement ou de collision, l’action retardatrice du frein s’exerce ainsi sur la caisse, aussi bien que sur le châssis, et même sur les boggies qui sont solidement reliés au reste de la voiture par une traverse spécialement étudiée à cet effet.
- Ce dispositif rend tout télescopage impossible en cas de collison.
- D’autre part, le centre de gravité de l’ensemble du véhicule se trouve notablement abaissé, puisque le poids des deux boggies (18000 kg) vient s’ajouter à celui de la caisse qui ne peut pas se déverser en cas de déraillement.
- Enfin l’action du frein peut toujours continuer à s’exercer, même en cas de collision ou de déraillement; en effet, quoiqu’il arrive, chaque boggie est solidement maintenu à la place qu'il doit occuper sous la voiture.
- Ce matériel, qui est muni du chauffage à vapeur et de l’éclairage électrique Stone (dynamos actionnées par la rotation des essieux), est pratiquement incombustible.
- En effet, dans les voitures à voyageurs, les garnitures, les sièges et autres accessoires destinés
- à augmenter le confort, sont certainement beaucoup plus facilement inflammables que le placage de bois dont sont revêtus les panneaux intérieurs et extérieurs. La peinture et le vernis s’enflamment d’ailleurs très vite, même dans un véhicule dont tous les panneaux sont en tôle d’acier.
- Les voitures à carcasse d’acier, avec panneaux de bois, sont plus chaudes en hiver, et plus fraîches en été que celles qui sont entièrement construites en acier ou en bois.
- De plus, on peut réparer ces véhicules mixtes dans un atelier quelconque de la Compagnie propriétaire, aussi facilement que les voitures entièrement établies en bois.
- On évite ainsi les dépenses d’achat de machines-outils et de matières premières spéciales qui seraient nécessaires pour effectuer l’entretien de voitures dont les panneaux intérieurs et extérieurs seraient en tôle d’acier, comme la carcasse de la caisse et le châssis.
- Afin de rendre le roulement de ce matériel aussi sourd que possible, on garnit les surfaces en contact de la caisse et des boggies du châssis de matière isolante (feutre). Les planchers sont creux et comportent, dans le même but, deux couches d'air, deux
- couches de matière isolante et une couche de papier épais spécial.
- La caisse est très haute et surmontée d’un lan-lerneau d’aération ; tout le décor intérieur est exécuté en acajou massif. De chaque côté d’un large couloir intérieur sont disposées deux files de vingt-quatre sièges en rotin, à dossier basculant, qui peuvent recevoir 96 voyageurs assis. Le poids mort par voyageur, atteint environ 600 kg par place assise, ce qui dépasse de beaucoup la limite admise en France pour le matériel de banlieue. Ces voitures de luxe ont été construites au Canada dans les ateliers de la Canadian Car and Foundry C°, à Montréal.
- Fig. 2. — Vue d’ensemble du wagon. Les panneaux extérieurs sont en bois.
- Fig. 3. — Vue de l’ossature métallique du nouveau wagon.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiidre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2195.
- 23 OCTOBRE 1915.
- TRACTION MÉCANIQUE ET MOTOCULTURE
- Expériences récentes de labourage mécanique.
- La fabrication intensive des canons et des projectiles de tous genres employés sur le front n’est pas la seule préoccupation qui incombe aux pouvoirs publics pour nous assurer la victoire. Ces troupes qui combattent depuis des mois, il faut en même temps que les armes, leur procurer des vêtements commodes ou chauds et une nourriture abondante, donc besoin
- L’agriculture
- d’encouragements
- gence qu’il y a pour eux à changer au plus vite leurs anciennes méthodes de travail s’ils ne veulent pas ruiner par leur inertie et eux-mêmes et la France.
- Le développement des grandes villes dû à celui de l’industrie retire, en effet, chaque année des campagnes des effectifs de plus en plus grands de travailleurs agricoles indigènes. Dans toute la France, les semailles, les labours, les récoltes ne se font qu’à grand’peineetgrâceàunemain-d’œuvre étrangère onéreuse et turbulente qui contribue à faire sortir du pays une importante quantité de numéraire.
- La guerre actuelle va accentuer d’unemanière intense cette raréfaction du travailleur agricole et créer d’autres difficultés que la culture mécanique permettra seule de résoudre.
- Le stationnement prolongé des troupes de toutes armes et surtout de l’artillerie dans une zone très étendue en arrière du front, provoque un tel tasse-
- et de soins autant que l’industrie.
- Bien avant la guerre, la ques^-tion de la motoculture avait attiré l’attention du gouvernement et des sociétés d’agriculture. Avant 1912 des concours avaient été organisés par des comités régionaux dans diverses localités de France et d’Algérie, telles que Creil,
- Bourges, Chaumont-en-Yexin,
- Amiens, Sétif, Maison-Carrée,
- Soissons. En 1912, la Société des Agriculteurs de France comprenant l’intérêt national de cette question prit l’initiative d’un grand mouvement auquel s’associèrent la Chambre syndicale des constructeurs de machines agricoles et diverses sociétés agricoles. D’importantes subventions qui avaient manqué lors des premiers concours permirent d’instituer des expériences prolongées d’ordre mécanique et cultural. Pour comparer les nouvelles machines à cultiver aux anciens appareils à traction animale, il fallait procéder à des essais comparatifs sur de grandes surfaces de terres homogènes, fertilisées et ensemencées dans des conditions identiques et atteindre la récolte pour comparer les résultats obtenus. Il faut intéresser les agriculteurs français et les convaincre de l’ur-
- Fig. i et
- 43" Année.
- 2" Semestre,
- — Tracteur Bull à 3 roues traînant un bisoc.
- ment des terres arables que le labourage sera totalement impossible avec les “ anciennes charrues 1 rainées par des bœufs ou par des chevaux.
- D’ailleurs, des milliers de bêtes de trait ont été tuées ou mises hors de service depuis le début de la campagne; il faudrait des années et des milliards pour reconstituer les ressources dont les agriculteurs auraient besoin pour assurer le fonctionnement de leurs anciens appareils de culture d’après des anciennes méthodes.
- La motoculture résoudra d’un seul coup ce triple problème : remplacer les hommes et les chevaux disparus et intensifier la production de manière à
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- rendre la culture du sol suffisamment rémunératrice pour attirer de nouveau vers les campagnes les paysans cjui les avaient abandonnées.
- Le métier d’agriculteur comporte de grandes fatigues et n’est tolérable que si le paysan en retire un bénéfice proportionné au mal qu’il se donne. Or, depuis de longues années, ce bénéfice a toujours été en diminuant; les cultivateurs découragés se sont faits artisans au lieu de rechercher des moyens scientifiques capables de rendre de nouveau leur métier rémunérateur.
- C’est qu’en effet il faut pour étudier la motoculture et pour faire entrer dans la pratique réelle ses appareils encore imparfaits, des connaissances techniques et des ressources financières que le cultivateur possède rarement. Malgré tout l’intérêt que présente le problème au point de vue agricole et social, il ne pouvait être résolu que par des associations puissantes encouragées et aidées par les pouvoirs publics.
- S’inspirant de leurs propres études des recherches faites à l’étranger, notamment en Amérique, nos constructeurs de machines agricoles ont réalisé des appareils utilisables pratiquement qui donnent des résultats intéressants.
- Les instruments mécaniques employés pour le labourage et pour les autres travaux de la culture appartiennent à deux catégories très distinctes : ou bien ils sont automobiles, c’est-à-dire qu’un même moteur assure à la fois leur avancement sur le sol et le fonctionnement de leurs organes; ou bien ils sont remorqués par un tracteur qui agit vis-à-vis d’eux comme le ferait une bête de trait. Quel que soit le système employé, il importe d’obtenir un bon travail sans dépasser le prix de revient limité au delà duquel le cultivateur cesserait de réaliser un bénéfice suffisamment intéressant.
- Cet intérêt, qui doit imposer au paysan l’emploi de la machine, existe également pour le constructeur ainsi que pour le capitaliste disposé à investir des sommes importantes dans les entreprises de fabrication et de location de matériel mécanique agricole. Le machinisme, qui a rendu possible la grande industrie moderne, jouera le même rôle vis-à-vis de l’agriculture. Pendant un certain nombre d’années tout au moins, les ateliers qui se chargeront de constituer le parc de la motoculture française réaliseront d’importants profits grâce à l’énorme clientèle qu’il leur faudra satisfaire.
- Les concours de motoculture ont donc une grande importance: ils ont pour résultat de familiariser les cultivateurs avec les nouvelles méthodes et de rendre possible la réunion des données techniques nécessaires aux progrès rapides qu’il s’agit de réaliser en ce qui concerne la construction et l’emploi des appareils.
- Le premier concours réellement scientifique de motoculture fut celui qu’organisa le Ministère de l’Agriculture sur les terres de l’École nationale de Grignon pendant l’automne de 1915. D’importantes sociétés avaient répondu avec empresse-
- ment à l’appel du Ministre notamment la Société nationale d’Agriculture, la Société des Agriculteurs de France, la Société nationale d’Encou-ragement à l’Agriculture, l’Automobile Club et le Comité français de culture mécanique. Il s’agissait non seulement d’étudier le nouveau matériel au point de vue mécanique et économique, mais aussi de déterminer les conditions d’emploi des appareils proposés par les constructeurs.
- Le vaste domaine de Grignon renferme des terres de nature très variée. On put ainsi comparer la valeur des tracteurs à palettes et sans palettes d’ancrage, des tracteurs treuils, des charrues-balance, etc., dans des sols de diverses consistances. Des expériences sur des terres de grande surface eurent lieu en même temps grâce à l’obligeance de M. E. Pluchet, agriculteur éminent dont la vaste exploitation est située à Trappes dans le voisinage de Grignon.
- Le programme du concours était le suivant :
- lre Catégorie. Épreuves obligatoires :
- 1. Labour d’hiver, en vue d’une culture de betteraves, à une profondeur comprise entre 0 m. 25 et 0 m. 35, avec enfouissement du fumier. — 2. Labour d’hiver, en vue d’une culture de betteraves, à une profondeur comprise entre 0 m. 25 et 0 m. 35 sans enfouissement de fumier. — 5. Labour d’hiver, après blé, à une profondeur de 0 m. 20 à 0 m. 25. — 4. Labour aussi léger que possible à une profondeur maximum de Dm. 10, pour blé après betteraves ; les feuilles de betteraves devront être enfouies.
- 2e Catégorie. Épreuves facultatives :
- 5. Labour d’hiver sans enfouissement de fumier, à une profondeur pouvant atteindre 0 m. 35, avec fouillage simultané de 0 m. 10 à 0 m. 20. — 6. Labour d’hiver de 0 m. 25 à 0 m. 35 avec enfouissement d’une culture dérobée. — 7. Labour de défrichement de prairies artificielles. — 8. Essais au choix des intéressés, et comprenant notamment l’une des opérations suivantes : scarifiage, hersage, roulage, cultures d’entretien et travaux de récoltes (céréales, racines, etc.). Les constatations d’ordre cultural portaient notamment sur la nature, la quantité et la qualité du travail effectué par les machines.
- Dans chaque parcelle, une bande de dimensions déterminées était réservée pour être cultivée avec les instruments et les attelages de l’exploitation.
- L’ensemencement des parcelles travaillées était effectué par les soins de l’administration.
- Pour permettre la comparaison entre la culture mécanique et la culture faite au moyen d’attelages, tous les travaux habituels de culture courante étaient exécutés sur les diverses parcelles aux mêmes époques et dans des conditions identiques.
- La préparation des récoltes et les pesées étaient effectuées sous la surveillance du jury,; les concurrents pouvaient assister à ces travaux.
- Les appareils étaient divisés en trois sections, d’après les surfaces (de 0 à 1 hectare, de 1 à 2 hectares, plus de 2 hectares) qu’ils peuvent labourer
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- en 10 heures, à la profondeur de 0 m. 20, dans des terres de consistance moyenne et en bon état de culture.
- Les expériences proprement dites, dirigées par M. Ringel-mann, comportentplusieurs séries de recherches et de constatations diverses qu’on peut résumer comme suit :
- a) Expériences mécaniques de laboratoire; étude du moteur et des transmissions de la machine.
- b) Expériences mécaniques sur le terrain ayant pour but la détermination de la capacité de travail, de la consommation en fonctionnement normal à diverses profondeurs et en terres variées, ainsi que de la consommation en roulement à vide dans les champs et sur routes.
- c.) Expériences culturales, servant à déterminer la valeur agricole des travaux exécutés par les différentes machines, en comparaison avec les résultats fournis par les procédés habituels de culture.
- On fixa ainsi diverses données d’ordre cultural qui devaient servir à diriger les études ultérieures. On reconnut notamment que les tracteurs munis de palettes d’ancrage semblent convenir pour les labours d’environ 15 à 20 cm de profondeur, tout en occasionnant des frais plus élevés que d’autres appareils. Les tracteurs, dont la pression des roues motrices sur le sol assure la plus grande partie de l’adhérence, donnent lieu à la même observation. Le tracteur semble plus avantageux quand il tire une charrue multiple effectuant le labour en planches; mais, dans ce cas, les fourrières sont fortement tassées par les passages répétés du tracteur
- lourd, ce qui peut présenter de graves inconvénients culturaux dans certaines terres. L’emploi d’une charrue-balance, pour effectuer les labours à plat, conduit à des manœuvres fastidieuses de décrochage et d’accrochage à chaque extrémité de raie.
- Le tracteur-treuil est manifestement l’appareil le plus avantageux pour les labours dépassant 30 cm de profondeur, et surtout pour les labours de défrichements avec fouillage, dont la profondeur totale approche de 40 cm. Ce système ne nécessite qu’un mécanicien et un aide.
- Le tracteur-toueur semble avantageux pour les labours dont la profondeur est comprise entre 20 et 30 cm, au point de vue de la dépense de combustible. Cependant, les risques de glissement du câble sur lequel le toueur se haie, les déplacements des ancres à chaque rayage exigent des manœuvres continuelles et la présence d’au moins trois hommes.
- Le déplacement du matériel d’un champ dans un autre exige du personnel et des attelages, mais cet inconvénient disparaîtrait avec un toueur automobile servant de tracteur pour déplacer le matériel et pour diminuer le temps employé à l’installation du chantier de labourage.
- Les charrues automobiles, qui ne nécessitent qu’un mécanicien, sont les plus économiques pour les labours dont la profondeur est comprise entre 10, 20 ou 25 cm; au delà, d'autres systèmes sont plus avantageux. Ces charrues automobiles ne peuvent bien fonctionner que sur des sols ressuyés. Dès que la résistance
- Fig. 4. — Molo-aratrice Pavesi et Tolotli.
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- dépasse une certaine limite, due à la profondeur de la culture ou à la nature de la terre, ces appareils patinent, abîment le sol et présentent les mêmes inconvénients que les tracteurs. Quant aux appareils à pièces travaillantes rotatives, le jury de Grignon a estimé que les frais très élevés du travail, même pour les seconds labours, ne peuvent se justifier que s’il en résulte une augmentation de récolte.
- Les praticiens, qui ont le souci bien justifié de ne pas détériorer leurs terres par le passage de lourds véhicules, surtout lorsque le sol est humide et compact, recherchent un appareil dont ils puissent avoir l’entière disposition, s’adaptant à différents travaux, leur permettant de simplifier la main-d’œuvre et fournissant un travail à meilleur compte que celui qu’ils obtiennent si difficilement par leurs attelages.
- Les expériences de Grignon ont permis de constater que les gros tracteurs ne peuvent satisfaire à ces conditions. Après leur passage, ils laissent la
- placer une partie de leurs attelages disparus et pour actionner les machines de culture d’usage courant. Ces petits tracteurs légers paraissent appelés à rendre de très grands services à la petite et à la moyenne culture, en France. Grâce à L'initiative de M. le comte Frédéric Pillet-Will, un certain nombre de ces nouveaux tracteurs furent importés et expérimentés du 12 au 15 juin 1915 sur les
- Fig. 5. — Tracteur Scluveilzer lyfe Bull.
- Fig. à. — Charrue automobile Touraud-Derguesse.
- terre tassée et en mauvais état physique ; dans les récoltes semées après le labour qu’ils ont effectué, on constate des parties moins belles ou médiocres, précisément sur les points où les roues ont passé. Aux États-Unis et au Canada, ces lourds engins de labourage mécanique ne sont employés que pour mettre en culture d’immenses étendues de terres légères, et d’un seul tenant.
- L’industrie américaine construit, surtout depuis 1914, de petits tracteurs réclamés depuis longtemps par beaucoup de moyennes exploitations pour rem-
- terres de la ferme Laurent, à Allainville (Seine-et-Oise).
- Bien que l’on ait opéré dans des terrains en état de sécheresse exceptionnelle, ce qui a nui à la régularité des labours, ou a pu démontrer l’efficacité de ces tracteurs, avec lesquels ont été actionnées diverses machines de culture de la ferme d’Allainville :
- Le tracteur Bull n° 1 est pourvu d’un moteur de 10 HP donnant 5 IIP à la barre d’attelage, moteur horizontal, à deux cylindres ; deux grandes roues, dont une motrice supportant le cadre et une petite roue directrice à l’avant. Ce tracteur, qui a 5 m. 50 de longueur, 1 m. 50 de largeur, pèse 1600 kg, a actionné une charrue brabant double bisoc, a la vitesse de 1 m. à la seconde, soit 3600 m. à l’heure ; largeur du labour, 48 cm ; profondeur moyenne, 78 cm; consommation, 6 litres d’essence à l’heure, soit, pour un labour de 1 hectare et demi par journée de 9 heures de marche, une consommation de 38 litres à l’hectare, représentant une dépense de 19 francs d’essence comptée à raison de 0 fr. 50 le litre. Pour diminuer le prix de revient, on pour-
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- rait employer du pétrole lampant ou du benzol.
- Le tracteur Bull n° 2 a un moteur de 45 HP, donnant 7 1/2 HP à la barre d’attelage; la longueur est de 4 m., la largeur de 1 m. 80. Ce tracteur, pesant 2000 kg, a actionné successivement deux charrues :
- a) Une déchaumeuse brabant Bajac à trois socs, largeur du labour, 72 cm ; profondeur moyenne, 18 cm, soit 2 hect. 1/5 par journée de 9 heures de marche et une dépense de 50 litres à l’hectare ;
- b) Une déchaumeuse à 5 socs, largeur du labour,
- 1 m. 20; profondeur moyenne, 15 cm, soit 4 hectares par jour, avec une consommation de 7 litres 1 /2 par heure ou 17 litres par hectare, représentant une dépense de 8 fr. 50.
- Ces deux types de tracteur ont pu accomplir, à plusieurs reprises, tout le parcours du champ sans autre guide que la roue motrice à crampons et la roue avant marchant au fond du sillon; normalement un seul homme suffit pour conduire a la fois le tracteur et là cliarrue. La catégorie des tracteurs à chaîne motrice portante était représentée notamment par un tracteur BullockBaby, sans roues, d’une très grande mobilité et n’exerçant qu’une minime pression sur le sol, en raison de sa grande surface portante; on peut ainsi l’atteler à un train d’ameublissement comprenant un scarificateur, un cultivateur, un rouleau Crosskill et un rouleau lisse, sans qu’il laisse trace de son passage sur la terre labourée; cet avantage permettrait d’intercaler, au moment des semailles, un semoir entre les appareils d’ameublissement. La force normale de ce tracteur est de 15 HP, donnant 10 HP à la barre d’attelage; il a pu actionner également une charrue brabant trisoc et une déchaumeuse à cinq socs.
- En résumé, les expériences d’Allainville ont démontré que les petits tracteurs agiûcoles actuellement répandus dans les fermes américaines peuvent convenir en • France, aux moyennes exploitations, permettre à l’agriculteur de labourer, ensemencer, moissonner, battre les céréales et elfe' tuer les charrois, en lui laissant la faculté d’utiliser, suivant les circonstances, le matériel courant de la ferme soit mécaniquement, soit au moyen des attelages.
- Les avantages pratiques et économiques, offerts
- par ces nouveaux engins de l’agriculture progressive, apparaissent d’une importance telle que, certainement, à la fin des hostilités, alors qu’il faudra surmonter les grandes difficultés résultant du manque de bras et d’attelages, les petits tracteurs seront appelés à jouer un très grand rôle dans l’ueuvre de relèvement de notre agriculture.
- Les essais de motoculture si bien commencés ne purent se poursuivre en 1914 à cause des hostilités. Ayant compris l’importance capitale que présente pour l’agriculture française tout moyen ayant pour objet d’augmenter la main-d’œuvre trop rare dont elle peut disposer, le Gouvernement a fait reprendre, au début de septembre 1915, les études publiques de motoculture à Grigny (Seine-et-Oise). Le Ministre de l’Agriculture, M. Fernand David, a tenu à marquer l’importance de cette manifestation en venant
- encourager de sa présence les nombreux constructeurs et propriétaires qui avaient répondu à son appel. Les terres nécessaires aux essais avaient été mises à la disposition des deux commissaires généraux du Concours, MM. Ringel-mann et Obry, par M. Godefroy, propriétaire à Grigny.
- Un nombre important de constructeurs français et étrangers avaient exposé à Grigny des appareils en général élablis ou perfectionnés d’après les données pratiques qu’ont fournies les résultats des concours précédents. En plus des petits tracteurs américains, ayant déjà figuré à Allainville (voir plus haut), présentés par les maisons Schweitzer et Caze, la motoculture française, les maisons Lefebvre (Rouen), Touraud-Derguesse (Levallois), Gougis (Auneau) avaient envoyé divers appareils dont le fonctionnement a démontré que le prix de revient de la culture mécanique a déjà sensiblement baissé depuis deux ans. Parmi les constructeurs étrangers, citons la Moto aratrice de Milan, les maisons anglaises C. I. M. À. et Sanderson, ainsi que la firme américaine Pii ter. La Moto aratrice exposait notamment deux modèles de charrues automobiles, système Pavesi e Tolotti (types M et G) pouvant labourer avec 1, 2 jusque 6 socs dans des terrains de toutes grandeurs et de toutes consistances. Le tracteur de 50 chevaux étudié par les mêmes ingénieurs ne pèse que 5700 kg et peut remorquer des charrues à 16 socs en terrain lourd.
- Fig. 7. — Moto-aralrice à trois socs.
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- Le modèle moyen, type M, établi pour les terrains ordinaires et pour les profondeurs moyennes, donne son rendement maximum en labourant avec trois socs ; il peut travailler dans des terrains plus forts et labourer à une plus grande profondeur en utilisant seulement un ou deux socs. Dans les terres légères on peut au contraire ajouter des socs.
- La machine est supportée par trois roues (fig. 4) ; celle d’avant est directrice, tandis que la roue arrière de droite est motrice ; la troisième roue est simplement porteuse. La roue motrice passe dans le sillon tracé par le dernier soc; les deux autres roues passent toujours sur le terrain à labourer pour faire les premiers sillons, de même que pour tracer les derniers.
- La roue motrice en acier fondu d’une seule pièce consiste en une couronne étudiée de manière à pouvoir supporter des palettes extérieures radiales en acier dur que l’on peut facilement changer. La roue est montée sur des coussinets à rouleaux et son axe fixé au châssis porte un excentrique relié aux palettes par des bielles. Afin d’éviter le mouvement oblique des palettes mobiles par rapport au sol, celles-ci ne font qu’y pénétrer par la pointe à peu près verticalement. Quand on n’a pas besoin d’une grande adhérence et qu’on doit avancer sur un sol très dur, on fait renlrer les palettes à l’intérieur de la roue qui devient ainsi une roue ordinaire striée. Cette transformation s’obtient facilement en déplaçant le centre d’une excentrique au moyen d’un levier. Les roues et le siège sont montés sur des ressorts et l’appareil peut servir aussi à traîner des chariots sur les routes et des machines agricoles dans les champs (moissonneuses, faucheuses, lieuses).
- Le modèle M pesant 1800 kg avec trois charrues est actionné par un moteur à deux cylindres de 16-20 chevaux. Il consomme 280 gr. d’essence et 0 fr. 025 d’huile par cheval-heure. Le coût par hectare avec trois socs est d’environ 21 fr. 50.
- Le tracteur « Bijou » de 10 chevaux et le tracteur « xxe siècle » de 20 chevaux présentés par la maison Schweitzer correspondent aux deux types d’appareils que nous venons de décrire, mais le premier ne pèse que 450 kg et le second 2500 kg.
- Le loco-tracteur Tourand-Derguesse est une machine à deux essieux, d’une puissanoe de 50 chevaux au maximum, dont le principe diffère peu de celui des motoculteurs Meyenburg ou de la labou-reuse bien connue Vermond et Quellennec.
- On trouve ici encore, à l’arrière du châssis, un arbre horizontal, parallèle à l’essieu, sur lequel sont fixées les pièces travaillantes; mais celles-ci, au lieu d’être des pioches rigides ou des griffes élastiques, sont des lames de cultivateur canadien dont les pointes, légèrement déviées vers l’extérieur, de chaque côté de l’axe longitudinal de la machine, doivent projeter la terre ameublie sur une largeur supérieure à la longueur de l’organe de labourage. Cette machine ne peut exécuter que
- des travaux très superficiels. On voit qu’on a éliminé aujourd’hui les appareils gigantesques des précédents concours qui pesaient jusqu’à 10 000 kg et même plus.
- Le tracteur à chemin de roulement articulé dit « Caterpillar » ou tracteur à chenille est un appareil d’origine américaine avec lequel le public français est déjà familiarisé, car il a pris part aux concours de Soissons et on l’a appliqué à la remorque de convois militaires, que l’on peut voir circuler sur nos routes de ravitaillement.
- Tout le mécanisme est supporté par un châssis métallique dont les roues d’acier se déplacent sur deux voies de roulement sans fin. Ces dernières sont faites de plaques d’acier articulées entre elles et comportent à l’intérieur deux barres rectilignes formant une partie du double rail. Les barres reliées par des boulons rapprochés constituent une sorte de chaîne sans fin que le moteur actionne à l’aide d’une roue dentée. Une barre de longueur réglable sert à maintenir la chaîne constamment tendue.
- Pendant la marche les barres ci-dessus en se plaçant sur le sol les unes après les autres forment un double rail sur lequel un des côtés du châssis repose par l’intermédiaire de galets de roulement.
- Les plaques d’acier juxtaposées offrent avec le sol une surface de contact considérable qui a 2 m. de longueur et 0 m. 50 de largeur. Ces plaques réalisent une chenille de chaque côté du châssis et la surface portante totale atteint près de 2 m2. Bien que le tracteur pèse environ 10 000 kg, la pression par centimètre carré de sol est donc très faible.
- Le châssis est en outre supporté par une roue directrice placée à l’avant. Grâce à une nervure qui augmente l’adhérence et facilite la direction, cette roue maintient la voie directe quand les charrues travaillent, mais elle appuie trop peu sur le sol pour que son action soit suffisante, surtout dans les virages.
- Pour virer au bout du champ on rend folle la commande delà chenille intérieure et l’on maintient la chenille extérieure embrayée, ce qui permet de tourner très court et même sur place au besoin.
- Ce principe de progression a été appliqué par plusieurs constructeurs de matériel mécanique agricole qui en ont tiré des résultats très intéressants.
- De nouvelles difficultés — celles-ci d’un ordre économique et social — se sont élevées depuis l’an dernier en ce qui concerne l’emploi des appareils traction mécanique dans l’agriculture.
- Les ressources dont disposent les petits et les moyens cultivateurs sont trop modestes pour qu’ils puissent acquérir dans de bonnes conditions un matériel à grande production dont ils n’auraient l’emploi sur leurs terres que pendant une courte période.
- Étant donné le prix élevé des machines, il faut donc procéder comme on le fait pour les batteuses et pour les moissonneuses que des Syndicats de propriétaires ou des entrepreneurs mettent à la disposition de la culture pendant un temps limité. Au
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- LES TORPILLES AÉRIENNES
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- début et surtout pour la reconstitution des fermes dans les départements du Nord et de l’Est, les pouvoirs publies devront intervenir et aider matériellement les agriculteurs dans l’achat des machines.
- Beaucoup de fermiers ont été tués et un grand nombre d’entre eux ont reçu aux bras et aux jambes de graves blessures qui les laissent estropiés. Les appareils de la motoculture française
- seront donc conduits soit par des femmes, soit par des agriculteurs mutilés qui pourront ainsi continuer l’exercice de leur profession. On a pu constater qu’un unijambiste avait fort bien pu remplir les fonctions de mécanicien d’une fouilleuse et qu’un manchot était parfaitement à même de diriger une laboureuse mécanique sans danger ni pour lui ni pour personne. • B. et L.
- LES TORPILLES AÉRIENNES
- Sous le nom de torpilles aériennes, on tend de plus en plus à désigner, non pas tous les obus, mais seulement les obus explosifs lancés par les canons de tranchée. Ces obus lancés à courte distance par un canon spécial, munis d’un empennage qui les dirige et les redresse dans leur chute, diffèrent, il est vrai, des autres obus qui tournent rapidement sur eux-mêmes grâce aux rayures des bouches à feu ; mais ils ne ressemblent en rien aux torpilles marines. Il y a entre eux une différence capitale, ils ne sont pas automoteurs.
- Ils sont, il est vrai, dirigés de manière à ne point basculer sur leur trajectoire. Cette direction est assurée très simplement par la tige qui sert au lancement comme, par exemple, dans les grenades de M. Feuillette. Cet inventeur, après avoir développé par ses ingénieuses machines, l’industrie linière en France, s’est engagé pour la guerre ; il a réussi à lancer au moyen des fusils, et sans les déformer, des grenades fort meurtrières. Il faut surtout être reconnaissant au général Dumézil d’avoir, si heureusement, rénové le vieil appareil Moison, en lui substituant les bombes à ailettes et en créant les canons de tranchée. Tout d’abord, les premiers canons n’avaient point de plate-forme; le recul était absorbé brutalement. Maintenant ils possèdent plateforme, frein, appareil de pointage. Aussi leur tir est-il devenu des plus précis et les Allemands ont été les premiers à apprécier les progrès de cette artillerie portative. Les distances de 500, de 600, de 800, et bientôt de 1000 m. sont atteintes avec des bombes pesant 16 et 45 kg et renfermant, les unes 7 kg d’explosif, et les autres 25 kg. Les parois du canon de 58 de tranchée ont dû être renforcées pour lancer ces dernières (11g. 1, 2 et 5).
- D’anciennes pièces ont été modifiées, comme le
- vieux crapouillot de bronze de 15 cm qui ne lançait qu’à 150 m., et le vieil appareil Moison, qui lance maintenant à 400 m. des bombes de 16 kg du système dit à cornes (fig. 4). Le plus puissant de ces engins actuels est le canon de 80 de montagne qui lance des bombes de 58 kg, de 78 kg, et des grosses de 105 kg (fig. 5). Mais cette artillerie se développera encore et ménagera plus d’une surprise à nos ennemis. Tous ces engins se char gent pa la bouche comme dans l’ancienne artillerie. Leur direction est assurée par la queuo qui s’engage plus ou moins profondément dans Je canon afin d’obtenir une impulsion suffisante et surtout par les ailettes, qui forment l’empennage, rappelant les bombes d’artifice japonaises. Grâce à leurs ailettes, ces obus retombent verticalement sur la pointe et leur fusée fonctionne, avec ou sans retard, suivant qu’il s’agit de démolir des abris ou de faire une brèche dans les réseaux de fils de fer.
- Mais, une fois lancés, tous ces projectiles obéissent aux lois de la pesanteur et subissent 1’intluence de la résistance d’air sans pouvoir les modifier par une propulsion automatique, comme le font les torpilles sous-marines. Fulton créa d’ailleurs le nom de torpilles et appela ainsi les mines que l’on pouvait projeter dans l’eau contre la coque des bateaux; elles étaient actionnées au début par un mouvement d’horlogerie. On connaît les progrès réalisés dans la construction de cet engin. Tout dernièrement, on a essayé de le diriger plus sûrement avec les ondes hertziennes. Peut-être même suffira-t-il de placer une aiguille aimantée ou un solénoïde qui conduira sûrement la torpille sur le cuirassé ou le sous marin, dès que celle-ci sera entrée dans la zone d’influence magnétique des bateaux ennemis, quelles que soient leurs évolutions. On voit donc
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- LES TORPILLES AÉRIENNES
- combien sont souples les torpilles automotrices.
- Primitivement, le mot torpille servait à désigner les mines dormantes ou dérivantes; et ainsi se révélait mieux leur analogie avec l’animal aplati au fond des eaux et terrassant sa proie ou se défendant par une brusque décharge électrique.
- Bien des fois, on a conçu l’idée d’un projectile lancé par un canon et récupérant, par une chasse analogue à celle des fusées ordinaires d’artifice, sa vitesse primitive qu’amortissent rapidement et la résistance de l’air et la pesanteur.
- Mais la seule véritable torpille aérienne qui, à ma connaissance, ait jamais existé est le boulet-fusée expérimenté à Yincennes en 186o. Il était constitué par un obus ogival, muni à l’arrière d’un cylindre creux dans lequel se trouvait tassée la composition fusante. Ce cylindre était fermé du côté opposé à l’obus par un culot portant une espo-lette, qui n’est pas autre chose qu’un porte-retard.
- Le projectile était tiré dans un canon rayé pour assurer la direction de l’obus dont la longueur était de deux calibres et demi et qui, sans cette précaution, aurait basculé à la sortie de la pièce. L’espo-lette prend feu au départ et au bout d’un certain temps, elle communique le feu à la composition tassée dans le cylindre; celle-ci, en brûlant, restitue à l’obus une partie de la vitesse perdue sous l’action de la résistance de l’air et de la pesanteur. Ce projectile, qui avait donné naissance aux plus Brillants espoirs, puisqu’il semblait réunir les avantages de l’artillerie rayée, dont les •débuts étaient des plus encourageants, aux succès incontestables remportés par les pièces •dans la guerre de Crimée, avait été appelé le projectile de /’Empereur.
- Tant qu’il fut tiré à faible charge il se comporta bien et actuellement, dans la guerre de tranchées, il serait certainement d’un secours précieux pour venir lui aussi, avec une pièce légère, coucher à plat sur
- les réseaux de fils de fer des pétards allongés et à forte charge. Mais quand on voulut atteindre les portées que l’on rêvait, plusieurs kilomètres, il fallut augmenter peu à peu la charge de départ et alors le culot ne résistait plus à la pression des gaz, toute la masse prenait feu et éclatait dans la bouche à feu.
- En réalité, il n’y a actuellement d’employées sur le front comme torpilles aériennes que des fusées. Ces fusées, tirées déjà à plusieurs milliers sur tout le front de nos armées, s’appellent « fusées Nico-lardot » du nom de l’officier d’artillerie qui, à la fin d’octobre dernier, les construisit en quelques jours et apporta ainsi le premier élément de lutte efficace contre les tranchées.
- La fusée est un engin de guerre qui eut ses jours de gloire et dont l’existence est antérieure à celle du canon, puisque les Grecs de l’Empire byzantin les utilisaient déjà. Elle est un projectile automoteur comme la torpille; mais elle diffère encore de cette dernière en ce qu’elle part d’elle-même, sans être lancée par un engin. Elle comprend un cartouche, une armure et une baguette de direction et, pour le départ, elle est placée sur un chevalet.
- Le cartouche ou corps de fusée peut être en cartonnage ou en tôle. Il renferme une composition fusante renfermant les trois corps constitutifs de la poudre noire— nitrate de potasse, soufre et charbon — dans des proportions voisines de six, as et as, vieille formule des anciens poudriers. Cette poudre était employée à l’état pulvérulent, les recherches exécutées au siècle dernier amenèrent les artificiers à grener la poudre en grains plus ou moins gros, suivant qu’ils voulaient obtenir
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- LES TORPILLES AERIENNES
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- Fig. 4.
- un départ plus ou moins rapide de la fusée.
- Le cartouche de forme cylindrique est formé, tantôt de cartonnages encolés, tantôt d’une feuille de tôle. Quand les parois sont en carton, il est nécessaire de les laisser sécher avec soin pour éviter toute déformation. La tôle qui sert à former les cartouches métalliques doit être exempte de lous défauts. Un rectangle de tôle est découpé dans la feuille et enroulé en cylindre dans le sens où la feuille a passé au laminoir. L’épaisseur varie naturellement avec la quantité de poudre. Il importe que cette partie de la fusée soit exécutée avec beaucoup de soin. Aussi les grands côtés du rectangle sont-ils martelés en biseau, puis, quand l’enroulement est obtenu, ils sont rivés ou brasés l’un sur l’autre. Par prudence pour les forts calibres, ils étaient brasés et rivés. Si jamais la fabrication de gros engins était reprise, il faudrait utiliser des tubes étirés sans soudure. Avant de charger le cartouche, on place la gorge qui sert à étrangler l’orifice de sortie des gaz. Pour les fusées puissantes, on resserre rarement le cartonnage. C’est par ce dernier procédé que sont préparées toutes les fusées d’artifice. Si les parois sont en tôle de fer ou d’acier, le culot est brasé, rivé ou maintenu par des prisonniers. Si la gorge est en terre, on la maintient par un serLis>age. On engage ensuite la broche (fig. 6) dans l’ouverture centrale après avoir maintenu le cartouche dans son moule puissant, divisé en deux parties, qui l’empêche de se déformer pendant le chargement.
- La poudre grenée que l’on emploie maintenant de préférence au pulvérin pour éviter les accidents est versée à l’intérieur du cartouche au moyen d’une main spéciale, appelée lanterne (fig. 7). La poudre est tassée tout autour au moyen de la baguette à charger (fig. 8) qui possède un vide correspondant à la broche. La baguette est généralement en bronze. Elle porte une tête évidée afin de pouvoir loger une masse en bois <|ui amortit les chocs en les répartissant sur toute la masse de poudre, quand la fusée est chargée à coups de mouton ou de marteau.
- La poudre est en effet tassée dans le cartouche par chocs répétés à l’aide de marteaux ou de mouton quand on opère suivant les vieux procédés. Ce mode de ^ — chargement, qui n’est pas exempt de dangers, même actuellement, était surtout à éviter quand
- Appareil Moison armé de son projectile à corne.
- la poudre était utilisée sous forme de pulvérin. Le chargement à la presse hydraulique est préférable à tous les points de vue. La fabrication de la fusée est à la fois plus sure, plus régulière et plus rapide.
- Au-dessus du vide, appelé âme, se trouve une masse de poudre continue, plus ou moins haute, appelée le massif. Quand le massif brûle, la fusée cesse d'être projetée, elle n’avance plus qu’en vertu de la vitesse acquise; à la fin de la combustion du massif, le feu est communiqué à Y armure. Celle-ci peut être constituée par un artifice éclairant, masse agglomérée sous forme de cylindre et suspendue en l’air à l’aide d’un parachute qui se déploie et ralentit la chute, un artifice incendiaire ou une masse explosive. Le feu est communiqué par une espoletle soit à une chasse de poudre qui dégage le parachute et la combustion éclairante (on évite ainsi qu’ils ne soient entraînés dans la chute de la fusée) ou qui projette les brûlots, soit à un détonateur qui entraîne l’explosion de la masse explosive porLée par l’armure.
- Le cartouche, pour être terminé, doit être amorcé. A la base du cartouche, du côté de la gorge, sont placés des brins de mèche à étoupille répartis au moment du chargement sur tout le pourtour de l’ouverture et groupés ensuite. Leurs extrémités ainsi réunies peuvent être allumées au moyen de boute-feu, d’étoupille-lance ou de frotteurs analogues à ceux placés sur les côtés des boîtes d’allumettes et jouant le même rôle.
- Pour être guidée dans l’air,, la fusée doit être munie d’une baguette. Celle-ci est formée d’une tige légère, aussi rigide que possible et présentant une grande surface. Elle est fixée par le cartouche
- du côté opposé à
- Fig. 5.
- une baguette
- /A.
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- „ fa * ’f. V v '
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- Canon de 8o de montagne avec sa bombe de ro5 kg.
- l’armure et généralement sur le côté le long d’une génératrice. Il serait préférable d’utiliser toujours
- axiale (fig. 9).
- La fusée doit être placée sur un appareil de lancement que l’on appelle généralement un chevalet. Le capitaine Rouge qui, au siècle dernier, étudia spécialement les fusées et trouva la mort au cours de ses recherches, avait imaginé
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- Fig. 6. Broche.
- Fig. 7. Lanterne.
- Fig. 8. Baguette à charger.
- divers appareils pour le lancement. Pour le tir des fusées par salves, tir le plus efficace à cause de l’imprécision de l’engin, la caisse employée poulie transport avec son couvercle servait de chevalets. Quand il s’agis sait de lancer une seule fusée et en recherchant le m a x i-mum de précision, on utilisait l'affût trépied à tube représenté ci-contre (fig. 10).
- Dans la guerre actuelle où il importe avant tout de ne pas être vu, le chevalet employé est très portatif, il peut se placer dans toutes les tranchées, et, avec ses deux pieds d’appui, il permet de suivre une ligne de tirailleurs indiquant à l’artillerie, par le départ ou l’arrivée, les progrès de l’action. Il a été construit par l’inventeur de la
- fusée tirée actuellement sur le front.
- La fusée présente de nombreux avantages : très grande légèreté de l’appareil de lancement pour une masse d’explosif atteignant actuellement 1 kg et pouvant être portée, si besoin en est, à plusieurs kilogrammes, facilité d’emploi, prix de revient peu élevé..., mais, en plus des accidents qui peuvent se produire et qui se produisaient autrefois et sur lesquels je vais revenir, elle présente l’inconvénient de laisser, le jour, la trace visible de son départ, surtout quand il n’y a pas de vent. Aussi est-il préférable de les tirer de nuit, par salves et par surprise, sur les postes de guetteurs ou sur les équipes de travailleurs. Et la chose est possible puisqu’au départ, elle ne peut être différenciée d’une fusée éclairante ou d’un signal.
- Les accidents les plus fréquents sont le dépotement ou l’éclatement ; ils se produisent quand la tension des gaz devient, à l’intérieur du cartouche, supérieure aux limites de résistance du cartouche ou de la jonction du cartouche ripusée avec l’arrnure- Il y a éclatement quand munie de sa le cartouche se déchire et cet accident baguette, est certainement le plus rare; le dépotement est dû à la séparation de l’armure et du cartouche, quand ce dernier, et c’est le cas général, résiste à l’accroissement de pression des gaz.
- L’armure se trouve projetée en avant et la fusée revient parfois en arrière. Cette augmentation
- subite de pression des gaz est due à bien des causes : tassement irrégulier des grains de poudre avec lormation de vides, fendillement de la charge par suite de chocs répétés, obstruction accidentelle de la gorge, exposition à l’humidité de l’air, rochage de la poudre....
- Mais ces accidents ne présentent dans la guerre
- Affût trépied pour lancement des fusées.
- Fig. 10.
- actuelle aucun danger pour les tireurs parce que le parapet des tranchées abrite suffisamment, même si le dépotement a lieu au départ et parce que ces engins sont toujours tirés des tranchées de première ligne, afin d’augmenter leur efficacité. Il y a seulement à craindre que le tir soit trop rasant parce qu’une fusée peut piquer et changer de direction.
- Par tous les moyens on a cherché à améliorer la précision des fusées et tout a été essayé dans le siècle dernier.
- Au moment où apparurent les canons rayés, réellement utilisés, parce que l’artillerie rayée date de 1742, on chercha à communiquer aux fusées un mouvement de rotation, tout d’abord avec leur baguetle, mais il arriva ce qu’il était facile de prévoir, la fusée tourna autour de son centre de gravité placé entre l’armure et la gorge du cartouche et la fusée s’en alla en décrivant deux cônes dans des directions tout à fait imprévues.
- On essaya ensuite d’imprimer le mouvement de rotation à la fusée sans baguette, en utilisant l’échappement des gaz soit avec un empennage hélicoïdal, soit avec des évents hélicoïdaux, au besoin même en imprimant à l’avance un mouvement de rotation à la fusée. Tout a été essayé.
- Mais actuellement, à de faibles distances et de nuit, la précision et la sécurité de tir des fusées sont très satisfaisantes et leur effet considérable parce qu’instantané. La figure 11 représente au vingtième de sa grandeur l’ancienne fusée de 12 court armée de la bombe de 22.
- Nicolas Flamkl,
- Docteur ,ès sciences, ancien élève de l’École Polytechnique.
- Fig. 11. Fusée de 12 court armée de la bombe de 22.
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- LA BACTERIOLOGIE DES PLAIES DE GUERRE
- L’heure n’est pas aux recherches de science pure, et d’ailleurs, presque tous les laboratoires sont fermés, leurs travailleurs aux armées. Mais celles-ci n’ont pas tardé à reconnaître l’utilité, la nécessité même d’avoir des laboratoires bactériologiques pour toutes les multiples et complexes questions d’épidémies et d’hygiène. Peu à peu sont apparus, même et surtout au front, des groupements de savants, improvisés un peu selon les hasards des rencontres, qui se sont mis à la besogne, utilisant leur bagage de connaissances théoriques, leur savoir lentement acquis pour trancher les questions urgentes, celles d’un intérêt présent, d’une utilité immédiate.
- Je ne parlerai pas aujourd’hui du service immense rendu en supprimant toute épidémie par ces laboratoires improvisés, parfois mal pourvus et souvent campés à quelques kilomètres du front dans des locaux qui ne se prêtent guère à de telles installations.
- Outre cette lutte quotidienne, de tous les instants, contre l’épidémie constamment jugulée et sans cesse menaçante, nos laboratoires se sont occupés d’une autre série de recherches, celle de l’infection des plaies et des moyens d’y remédier. Aujourd’hui, la liste de ces travaux est déjà longue. Dans l’impossibilité où je suis de les connaître tous et de les dénombrer, je vous dirai provisoirement ceux qui m’ont particulièrement frappé ou que j’ai pu immédiatement utiliser dans les formations sanitaires où j’ai passé.
- L’infection des plaies. — Les premiers blessés que nous vîmes, au début du mois d’août de l’année dernière, avaient presque tous été touchés, en Belgique, par des balles de mitrailleuses. Un grand nombre d’entre eux guérirent rapidement, sans suppuration, leurs plaies se fermant « par première intention ». La vue de ces blessés inspira même à un auteur célèbre une parole malheureuse ; il baptisa la balle des fusils à tir rapide « une balle humanitaire ». Humanitaire, elle ne le fut pas longtemps !
- Nos premiers blessés venaient d’aller au feu. C’étaient des hommes jeunes, bien portants, pas encore fatigués, dont le corps et les vêtements étaient propres. Beaucoup étaient blessés à longue distance par des balles de fusil, toutes conditions qui diminuent le nombre des plaies septiques.
- Dès la bataille de la Marne, l’aspect des plaies changea. Nous reçûmes des hommes fatigués par de longues journées de marche, les vêtements souillés de terre, pansés parfois tardivement et évacués lentement. Le nombre des plaies aseptiques diminua brusquement. Et l’on vit apparaître le triste cortège des infections souvent graves : abcès, phlegmons, gangrène, septicémie, etc.
- Depuis, la guerre de tranchées a fourni encore un grand nombre de plaies suppurées. Si les soins de propreté assurés aux hommes dans les cantonnements de repos, si la bonne organisation des premiers soins et la rapidité des évacuations ont fait
- diminuer largement le nombre des infections graves — le tétanos a presque disparu et la gangrène est devenue rare — par contre, la souillure des vêtements par la boue et surtout la multiplicité des blessures par les projectiles d’artillerie : éclats d’obus et shrapnells ont donné de très nombreuses plaies suppurées, dont on arrive heureusement aujourd’hui à se rendre maître plus facilement f1).
- La guerre balkanique avait d’ailleurs montré déjà les mêmes faits. Le Dr Laurent, de Bruxelles, dont La Nature a signalé en son temps les intéressantes observations (n° 2119), avait constaté (2) que les plaies par balles étaient moins souvent infectées que celles par shrapnells (balles : 5, 10 et 28 pour 100; shrapnells 40 pour 100) ; que les plaies gravement infectées devinrent moins nombreuses à mesure que la guerre se prolongea; que l’infection était plus fréquente d’un cinquième aux membres inférieurs, par suite de la souillure plus grande des vêtements et des chaussures et du manque de propreté corporelle.
- La balle de fusil est généralement aseptique, par suite de la haute température à laquelle elle a été portée dans le canon du fusil. Niais lorsqu’elle arrive à destination, elle n’est plus assez chaude pour stériliser son trajet dans le corps. Or, elle peut déterminer l’infection par entraînement dans la plaie soit de débris de vêtements plus ou moins gros (on retire fréquemment des plaies suppurées des morceaux de drap de capote, de toile de chemise, de cuir de chaussure, etc.), soit des couches superficielles de la peau toujours septiques, ou en traversant des cavités du corps chargées de microbes : tube digestif, voies respiratoires, etc.
- Les projectiles d’artillerie, d’un volume plus considérable et animés d’une plus faible vitesse que les balles, produisent plus souvent des plaies en cul-de-sac au fond desquelles s’accumulent les débris infectés.
- Tout projectile qui a touché terre avant de faire une blessure est souillé et c’est presque toujours ainsi que se produisent les cas de tétanos.
- L’état général du blessé et notamment son état de fatigue, d’épuisement actuel, son état de santé antérieur, interviennent pour déterminer la durée et la gravité de l’infection.
- Enfin, la rapidité et la qualité des soins qu’on lui donne sont aussi un important facteur de sa guérison.
- Voyons ce qu’une année de guerre nous a appris à ces divers points de vue.
- Mécanisme de l’infection. — Comment l’infection se produit-elle et quelle est sa marche habituelle?
- 1. Je ne parle, bien entendu, que de ce que j’ai vu. On ne peut songer en ce moment à établir une statistique, ni à tenter de décrire ce qui s’est passé dans l’ensemble. Chacun de nous n’a pu connaître que' le tout petit coin où le hasard l’a placé.
- 2. Dr O. Laürekt. La guerre en Bulgarie et eu Turquie. Onze mois de campagne. Paris, 1914.
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- 2ô8==£=LA BACTÉRIOLOGIE DES PLAIES DE GUERRE
- Une communication de Policard et Phélip à la réunion médicale delà VIearmée(1), le 21 juillet 1915, nous a fourni à ce sujet des renseignements intéressants. Nous les exposons ici d’après le compte rendu qu’en a donné la Presse Médicale.
- MM. Policard et Phélip ont pu étudier sur une série de blessés les phénomènes histologiques qui se déroulent depuis le moment même d’une blessure par éclat d’obus jusqu’à la trentième heure environ. L’examen microscopique était fait sur les débris de tissus traumatisés ramenés par la curette au moment de la toilette de la plaie, à l’arrivée du blessé. Ces recherches ayant été poursuivies dans une ambulance du front, dans un cantonnement bombardé, les stades les plus précoces de l’évolution des lésions, avant tout traitement, ont pu être observés et c’est d’eux seuls qu’il s’agit.
- D’une façon générale jusqu’à la cinquième heure environ après le traumatisme, phase de sidération des tissus : aucun phénomène réactionnel du côté du tissu conjonctif et des éléments leucocytaires. De la cinquième à la neuvième, dixième heure, phase de’i réactions tissulaires initiales : apparition de leucocytes polynucléaires, de macrophages, de cellules conjonctives du type lymphocyte : le caractère essentiel de cette réaction défensive est son peu d’intensité. À partir de la neuvième et dixième heure, le phénomène dominant est la poussée microbienne : les germes, uniquement des bâtonnets ,(B. perfrin-gens?), commencent à pousser à partir des débris de vêtements, d’abord dans le coagulum de sang qui entoure ces débris, puis ensuite dans les tissus traumatisés qui réagissent d’une façon exIrêmemenl faible. De la douzième à la vingtième heure, on assiste à la marche concurrente de deux processus : d’un côté multiplication microbienne notable de bâtonnets et aussi de cocci (phase polymicrobienne) et sécrétion par ceux-ci de toxines d’une grande activité si on en juge par les phénomènes de cyto-lyse observés; de l’autre côté, réactions tissulaires un peu plus considérables, mais toujours bien peu intenses : cette faiblesse de la réaction défensive est caractéristique et s’oppose à l’activité de la poussée microbienne. Les modalités de ces deux phénomènes opposés conditionnent les caractères que présentera la blessure vers la trente, trente-sixième heure, à ce stade que l’on pourrait qualifier d’adulte, au moment où le blessé arrivera à l’hôpital où il sera traité.
- Ces observations histologiques justifient, avec les réserves qui s’imposent, quelques données d’ordre pratique. L’une, incontestée : la nécessité d’une toilette extrêmement précoce de la plaie (ablation des débris de vêlement et débridement). L’autre,
- 1. Dans chaque armée, le personnel du corps de santé a pris l’habitude de se réunir à certains jours alin d’examiner les questions médicales et chirurgicales intéressant le service de l’avant. A ces réunions, véritables consultations médicales, un grand nombre de cas médicaux et chirurgicaux ont été exposés, et discutée la conduite à tenir, les soins à donner pour chacun d’eux.
- qui ouvre le champ à des discussions d’ordre pratique : la nécessité d’un emploi rationnel et discret des antiseptiques tout à fait au début de ces blessures, pour ne pas gêner les réactions de défense déjà si faibles des tissus sains.
- Pronostic de l’infection. — Le blessé arrive dans l’hôpital d’arrière, l'infection établie, il s’agit pour le médecin d'arrêter cette dernière, de faire cesser l’écoulement du pus.
- S’il s'agit d’un projectile resté dans les chairs, un examen radiologique le montrera, permettra de le localiser à la face exacte qu’il occupe et par suite de l’extraire. Si la plaie est peu profonde, un cureLtage extraira les débris de vêtements, les souillures qui entretiennent la suppuration.
- Mois si la plaie est très profonde, ou située dans une région où toute intervention est grave, le chirurgien pourra se trouver embarrassé. Les méthodes de laboratoire viendront alors l’aider à se décider pour l’intervention ou l’expectative.
- La méthode la plus simple est l’examen bactériologique du pus : examen direct sur lame et culture microbienne. Cette première recherche pourra indiquer quels sont les microbes de la suppuration, mais elle est insuffisante. Il n’est pas rare de trouver dans une plaie des Bac il lus perfringens sans qu’il y ait gangrène, du pyocyanique sans que le pus soit bleu. Comme l’a lait remarquer M. Delbet, « certains blessés constituent une classe particulière de porteurs de germas.; ils portent dans leurs tissus des agents pathogènes qui y vivent un certain temps sans produire les lésions dont ils sont coutumiers ».
- C’est que la suppuration ne tient pas seulement au microbe, mais aussi à l’organisme qui lutte contre l’infection. La culture dépend de la graine et du terrain.
- Pour tenir compte de ces deux facteurs, on peut employer une autre méthode de laboratoire : la recherche de l’indice opsonique.
- En 1902, Wright a montré que le sérum du sang contient des substances solubles qui favorisent la phagocytose des microbes par les leucocytes ; il a donné à ces subs'auces favorisantes le nom d’opsonines. On peut mesurer la qualité des opsonines d’un sang donné : cette opération est la recherche de l’indice opsonique.
- Voici comment on opère. On pique le, doigt du patient à examiner et l’on recueille quelques gouttes de son sang. Ce sang, centrifugé avec soin, se sépare en sérum qui surnage, leucocytes qui forment la couche intermédiaire, et globules rouges qui tombent au fond. On a, d’autre part, une culture microbienne de 24 heures, riche en microbes bien vivants. On mélange le sérum, les leucocytes et les microbes et l’on porte ce mélange à l’étuve à 57°. Au bout de quelque temps, on examine au microscope ce qui s’est passé. Les leucocytes ont phagocyté les microbes en plus ou moins grande quantité. Si l’on compte le nombre des micrones ingérés par un nombre déterminé de leuroe\tes, 50 ou .100, on peut savoir le coefficient phagocytaire ou pouvoir opsonique du
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- LA BACTERIOLOGIE DES PLAIES DE GUERRE ===269
- sang considéré pour l’espèce microbienne donnée.
- Coefficient phagocytaire ou pouvoir opsonique
- __ nombre de bacilles ingérés
- nombre de leucocytes numérés
- En faisant la même opération avec le sang d’un homme sain, on obtient par comparaison, l’indice opsonique du sang du malade.
- Indice opsonique
- __pouvoir opsonique du sérum suspect
- pouvoir opsonique du sérum normal'
- Avant la guerre, la méthode de Wright avait déjà été utilisée dans un but diagnostique, en recherchant l’indice opsonique d’un sang suspect pour diverses espèces microbiennes. Une augmentation de l’indice pour une espèce donnée indique que l’organisme est en lutte contre cette espèce et que, par conséquent, celle-ci existe dans l'organisme. On peut diagnostiquer ainsi la fièvre typhoïde, la tuberculose, la méningite cérébro-spinale, etc. Cette mêmemélhodepeut servir à établir un pronostic par des analyses répétées, l’indice opsonique variant au cours d’une infection en même temps que l’organisme faiblit ou triomphe.
- Depuis la guerre, on s’est servi de la méthode de Wright pour pronostiquer la gravité des suppurations des plaies.
- Récemment, M. Delbet a imaginé, dans le même but, une nouvelle méthode à laquelle il a donné le nom de pyoculture (1). Partant de cette idée que l'issue de la lutte entre l’organisme et le microbe dépend non seulement de la virulence de ce dernier et de l’état général du blessé, mais aussi de l’état local de la région où le microbe a pénétré, chaque tissu ayant chez le même individu une résistance différente à l’infection, M. Delbet fait intervenir ces trois facteurs dans sa recherche. Pour cela, il cultive le pus lui-même, avec tout ce qu’il contient : microbes, leucocytes, sécrétions de la plaie.
- « La technique de la pyoculture est simple, dit M. Delbet, voici comment je procède :
- « Je prélève du pus de la plaie suivant la technique habituelle. Avec le contenu de la pipette, je fais un frottis sur lame, un ensemencement sur bouillon peptoné, puis je referme la pipette à la lampe et en la préservant de l’évaporation qui pourrait être une cause d’erreurs, je la place à l’étuve en même temps que le tube ensemencé.
- « Vingt-quatre heures après, je fais des préparations avec le contenu de la pipette et avec le bouillon. C’est, de la comparaison de ces trois préparations que l’on peut tirer des renseignements précieux sur le pronostic et partant sur les indications opératoires.
- « Dans les cas les plus graves, la première préparation, celle qui est faite immédiatement après la prise, montre une quantité incroyable de microbes. C’est la purée de microbes. Elle commande une intervention immédiate : il n’y a pas besoin d’attendre le résultat de la pyoculture.
- « Les variétés de microbes que l’on trouve dans ces cas sont très nombreuses : divers staphylo-
- 1. Presse Médicale, Tr juillet 1915.
- coques, streptocoques, sarcines, perfringens; vibrions septiques; très souvent colibacille, vibrions de Metchnikoff, pyocyanique, etc.
- « Dans d’autres cas, les microbes sont plus ou moins nombreux et variés sur la première préparation. On n’en peut rien tirer ni au point de vue du pronostic ni au point de vue des indications opératoires. C’est la pyoculture qui fournit les renseignements.
- « Ses résultats peuvent être très différents. Dans certains cas, les microbes se multiplient abondamment dans le pus. La pyoculture est positive.
- « Ce caractère positif, surtout si le développement des microbes est plus abondant dans le pus que dans le bouillon, comporte un pronostic sérieux et commande les débridements.
- « Dans d’autres cas, les microbes ne se développent pas dans le pus, tandis qu’ils se développent bien dans le bouillon. La pyoculture est nulle. Ceci indique que le malade lutte utilement. La thérapeutique doit se borner à aider cette lutte sans la troubler.
- « Enfin, dans un dernier groupe de faits, la pyoculture est négative; non seulement le nombre de microbes n’augmente pas dans la pipette, mais il diminue. Les humeurs sont non seulement bactéricides, mais bactériolytiques. Le malade guérit tout seul par autovaocination. La thérapeutique ne pourrait que troubler cet heureux processus, il faut savoir s’abstenir. »
- Nous avons eu l'occasion d’appliquer ces méthodes : la recherche de l’indice opsonique et la pyoculture, pour éclairer le chirurgien hésitant sur l’urgence d’une intervention sanglante. Bien que ni l’une ni l’autre ne soit parfaite, elles nous ont fourni souvent d’utiles renseignements.
- La difficulté qu’on rencontre le plus souvent en utilisant ces méthodes est la multiplicité des espèces microbiennes d’une seule plaie. Or, la mesure de l’indice opsonique n’a de signification que pour une espèce microbienne donnée, et l’on n’opère pas toujours avec le microbe qui est réellement la cause de l’infection. La pyoculture est parfois positive pour une espèce (souvent m’a-t-il semblé, une variété de pyocyanique) et négative pour les autres, ce qui rend difficile l’interprétation des résultats.
- Quoi qu’il en soit, ces méthodes de laboratoire peuvent dans certains cas indiquer une intervention urgente que la clinique ne décide pas nettement, ou, inversement, commander l’abstention dans des cas où l’opération semble cependant nécessaire et où elle serait tout au moins inutile.
- Traitement de l’infection. — Reste la question du traitement des infections. C’est une question très difficile, au sujet de laquelle les opinions semblent évoluer rapidement en ce moment.
- On sait que depuis longtemps deux théories sont en présence, l’asepsie et l’antisepsie. L’asepsie se contente d’éviter l’introduction de microbes dans la plaie et laisse à l’organisme le soin de se défendre
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- 270 . LA BACTÉRIOLOGIE DES PLAIES DE GUERRE
- par ses moyens naturels contre l’infection. On l’applique aujourd’hui rigoureusement à toutes les interventions chirurgicales, mais elle est tout à fait insuffisante pour les blessures de guerre, profondes, largement souillées, survenant dans des organismes fatigués. L’antisepsie est donc nécessaire tant sur le champ de bataille que dans les formations sanitaires de l’arrière.
- Au début de cette campagne, on considérait la teinture d’iode comme le préservatif idéal del'iflfec-tion. On en abusa même, à tel point que nous vimes parfois des brûlures et des phlyctènes après application trop abondante d’une teinture d’iode trop concentrée. Aujourd’hui, on l’emploie toujours mais on sait qu’elle ne désinfecte que les bords et le pourtour de la plaie, sans agir sur les suppurations profondes.
- Comment arrêter ces dernières? Depuis Lister, le nombre des antiseptiques dont nous disposons est devenu considérable : acide phénique, sublimé, eau oxygénée, iode, formol, permanganate, hypo-chlorites, éther, leurs composés, leurs dérivés, etc.
- Seulement, tous les antiseptiques s.ont des destructeurs de la matière vivante et attaquent aussi bien nos cellules que les microbes qui nous infectent. En même temps qu’ils tuent les microbes, ils altèrent profondément les leucocytes qui sont la principale défense de l’organisme si bien qu’ils ont un rôlè double et contradictoire.
- L’idéal serait un antiseptique spécifique contre les microbes, inoffensif pour les leucocytes. Malheureusement il n’est pas encore connu. Suivant les cas, suivant l’éducation ou les habitudes du chirurgien, on emploie indifféremment telle ou telle substance, sans réussir le plus souvent à tarir la suppuration.
- Divers essais ont été tentés en ces derniers mois pour nous armer d’un antiseptique plus parfait. Leur apparition est encore trop récente pour qu’on puisse se faire une opinion raisonnée de leur valeur.
- Le 26 juillet dernier, M. Henry D. Dakin a présenté à l’Académie des Sciences une note recommandant certaines substances chlorées. Après avoir rappelé que le choix d’un antiseptique doit être basé : 1° sur son pouvoir germicide; 2° son pouvoir de pénétration et d’absorption ; 3° la faiblesse de sa toxicité et de son action irritante locale, M. Dakin rejette pour ces raisons la plupart des substances habituellement employées et préconise les hypochlo-rites préparés d’une certaine façon. Dans 10 litres d’eau, on fait dissoudre 140 gr. de carbonate de soude, puis on ajoute 200 gr. de chlorure de chaux. Le mélange est agité, puis décanté et filtré. Le liquide obtenu est rigoureusement neutralisé par l’acide borique en présence de phtaléine du phénol. Cette solution de Dakin, employée par Carrel, a donné de très bons résultats. Je connais quelques ambulances où on l’a également utilisée avec succès, mais la rapide évacuation des blessés vers les hôpitaux de l’arrière n’a pas permis de juger des effets éloignés de son action
- Dakin a également étudié divers dérivés chlorés de la série aromatique, notamment le para-toluène-sulfo-chloramidc, très antiseptique et très peu toxique qui tue le Bacillus perfringens dans l’eau à la dose de un dix-millionième, et n’a pas d’action irritante sur les plaies même en solution à 4 pour 100.
- Tout récemment j1), MM. Pierre Delbet et Kara-janopoulo ont fait connaître les premiers résultats de leurs recherches sur cette même question du traitement des plaies infectées. Eux aussi signalent le danger de beaucoup d’antiseptiques qui tuent à la fois microbes et tissus et même souvent des tissus mieux que les microbes, si bien qu’en altérant les cellules ils fournissent un bouillon de culture aux bactéries survivantes.
- Des expériences de laboratoire faites en ajoutant divers antiseptiques à des mélanges de microbes et de phagocytes leur ont montré que le pouvoir microbicide de ces substances est très inégal (par ordre décroissant : acide phénique, formol, éther, sublimé, solution de Dakin, liqueur de Gram (iodo-iodurée), liqueur de Labarraque, oxycyanure de mercure, eau oxygénée) et leur action toxique sur les globules blancs différente également (par ordre décroissant : éther, permanganate de potasse, liqueur de Labarraque, liqueur de Dakin, formol, acide phénique, liqueur de Gram, cyanure de mercure, eau oxygénée). Aucun de ces antiseptiques ne favorise la phagocytose autant que le simple sérum physiologique (solution de chlorure de sodium à 8 pour 1000) qui ne tue pas les cellules, leur est isotonique et permet même leur bonne conservation.
- MM. Delbet et Rarajanopoulo en concluent qu’il y a un intérêt capital à n’employer que des liquides isotoniques qui protègent les globules blancs si précieux dans la lutte contre l’infection et à remplacer la vieille notion d’antisepsie par celle de cytophy-laxie.
- Au cours de leurs recherches, MM. Delbet et Rarajanopoulo ont même découvert un autre fait singulièrement intéressant. C’est que la solution de chlorure de magnésium à 12,1 pour 1000 provoque dans un mélange leucocytes-microbes, une phagocytose extrêmement intense, beaucoup plus que le sérum physiologique. Cette nouvelle donnée n’a pas encore reçu d’application pratique, mais les considérations théoriques que j’ai pu déduire, en ces dernières années, de recherches personnelles sur l’action des sels de métaux bivalents me font penser qu’elle pourrait avoir un intérêt pratique considérable. Pourra-t-on l’utiliser avant la fin de la guerre?
- Tel est le bilan des recherches actuellement entreprises et venues à ma connaissance depuis le début de la campagne. Je m’excuse si j’ai oublié quelque fait important, mais nous sommes aux armées et non dans une bibliothèque.
- Elles suffisent à montrer l’effort accompli par notre corps de santé pour soulager toujours plus efficacement les glorieux blessés de cette guerre. R. M.
- 1. Presse Médicale, 27 septembre 1915.
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- UNE NOUVELLE VOITURE DE RADIOLOGIE DE L’ARMÉE FRANÇAISE
- Fig.
- La préparation à la guerre du service de santé militaire, faite en temps de paix, a révélé certains inconvénients que la pratique a permis de supprimer complètement. Les constructeurs avaient surtout attiré l’attention des officiers sanitaires sur des avantages supposés, entraînant des complications de matériel qui n’existent plus actuellement. C’est ainsi que pour ce qui concerne les voitures de radiologie il a fallu se contenter de construire des voitures qui ne sont pour ainsi dire que des camions de transport comportant un groupe électrogène réservés spécialement à l’usage de la radiographie, tandis qu’au-paravant les voitures étaient aménagées en salles d’opération, le moteur de la voiture fournissant le courant nécessaire. La voiture se présentait donc sous l’aspect alléchant d’un laboratoire de radiologie complet, capable de fonctionner sur tous les points où ses services étaient nécessaires. De plus elle accompagnait des formations sanitaires complètes qui en ont été heureusement détachées.
- On est revenu à une conception autre parce qu’il est impossible de pratiquer des opérations dans un local aussi exigu que celui que peut donner une voiture et aussi et surtout parce que les trépidations du moteur rendent tout travail impossible.
- Actuellement la voiture radiologique est utilisée d’une manière très différente.
- Amenée aussi près que possible du local opératoire, c’est-à-dire de la salle disposée à cet effet dans un local quelconque, les appareils sont sortis de la voiture dans leurs caisses et transportés à bras dans la salle; le groupe électrogène est alors relié à ces appareils par un cable mobile enroulé normalement sur une bobine. Les opérations peuvent se faire dans les conditions requises, à l’abri des trépidations du moteur, les radiographies également, et le travail terminé, la voiture réembarque son matériel pour courir plus loin vers un autre local où ses services sont demandés.
- Tous les services sanitaires ont d’ailleurs bénéficié d’une foule d’observations qui ont permis de les réduire à leur plus simple expression et par conséquent d’augmenter leur utilité.
- La nouvelle voiture radiologique mérite une étude assez détaillée parce qu’elle peut être considérée
- i. — Vue de la disposition intérieure de la voiture radiologique.
- Fig. 2. — Mode de fixation des rideaux.
- comme résumant les progrès accomplis en présence des événements; elle est le résultat de l’ex|)érience pratique donnée par la guerre au service de santé qui s’est trouvé aux prises avec les plus grandes difficultés, avec les tâches les plus imprévues.
- Le châssis est un châssis quelconque pourvu d’une voie large afin d’assurer sa stabilité. La carrosserie est une caisse divisée par une cloison verticale B en deux compartiments. Celui d'avant renferme un groupe générateur de courant D et un tableau de commande E ; un dispositif de protection permettant la marche en rayons X, un interrupteur pour la bobine d’induction et un rhéostat de vitesse accompagnent cet interrupteur. Enfin des prises H servent au départ du courant. Sous le plateau portant le groupe générateur se trouve un coffre dans lequel est située une bobine J tournant librement sur son axe et sur laquelle est enroulé le câble, relié au lableau par l’une de ses extrémités. C’est ce câble, qui, déroulé, relie la voiture à la chambre noire où se fait l’examen radioscopique, cette chambre pouvant être l’une des pièces d’une habitation quelconque. L’armée italienne, qui a également adopté cette voiture, a demandé qu’une tente pût être dre'sée à l’arrière afin de servir de chambre noire dans le cas où Tonne disposerait pas d’un local pouvant être aménagé dans ce but. Le gouvernement français n’a pas cru devoir utiliser ce dernier dispositif.
- Le compartiment avant est fermé par des volets articulés ; le premier se soulève et s’accroche à la face interne du toit; le second s’abaisse sur le siège. Cette disposition permet le libre accès des appareils et objets placés dans ce premier compartiment. Le second compartiment, celui d’arrière, auquel on a accès par une porte située à l’extrémité de la voiture, comporte une table M pour le développement des clichés radiographiques disposée contre la cloison B; cette table est munie d’un trou pour recevoir le panier laveur. L’eau nécessaire aux diverses manipulations est contenue dans un réservoir fixé à la cloison, au-dessus du trou. Des casiers reçoivent les paniers laveurs et les cuvettes photographiques.
- Contre la paroi de droite de la voiture est fixée une autre table affectée aux manipulations sèches : au-dessus d’elle est pratiquée, dans la cloison, une
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- petite fenêtre fermée par un verre rouge. Une autre fenêtre semblable est aménagée dans la cloison B pour éclairer la table sur laquelle se fait le développement des clichés. Dans le reste du compartiment sont disposés, contre les parois latérales de la voiture, les pièces détachées du pied porte-ampoule, de la table radiologique, une armoire avec caisses et tiroirs, la bobine d’induction, le rhéostat, etc.
- Lorsque la porte du compartiment est fermée, celui-ci forme une chambre noire permettant les manipulations photographiques pour le cas où il serait impossible ou seulement difficile d’installer un
- Lorsque ces tiges sont développées pour former la tente, l’arceau est supporté par deux tiges métalliques verticales amovibles fixées d’une part à cet arceau par des écrous et reliées d’autre part à des longerons en bois disposés sur le sol dans le prolongement de la voiture et maintenus par des crampons.
- Chacun de ces longerons comporte, sur sa face supérieure, celle opposée au sol, par conséquent, une rainure destinée à recevoir le bord inférieur des rideaux (fig. 2). Ce bord inférieur comporte un ourlet dans lequel est engagée une règle en bois V qui maintient rigidement le bord du rideau. Les
- Fig. 3. — Vue de la voiture radiologique et installation de la table d'examen.
- laboratoire provisoire à côté de la salle de radiographie, ce qui arrive fréquemment. La partie centrale du compartiment demeure parfaitement libre et permet l’accès facile de la table de développement et de tous les objets dont on a besoin.
- Ainsi que nous l’avons dit plus haut, le Gouvernement italien a adopté la tente qui s’installe très rapidement à l’arrière de la voiture et qui permet, ne supportant aucune des vibrations du moteur en action, d’effectuer des photographies en toute sûreté. Cette tente es t constituée par des rideaux de couleur sombre soutenus par une armature ingénieusement imaginée.
- Sur les deux côtés de la voiture et au-dessus du toit sont fixés des tubes horizontaux. dans lesquels peuvent coulisser des tiges métalliques reliées entre elles par un arceau, à leur extrémité arrière.
- règles entourées par le tissu des rideaux s’engagent dans les rainures des longerons U afin de maintenir solidement les rideaux. Ceux-ci sont supportés à la partie supérieure de la tente par des lattes de bois reliant l’arceau d’arrière à des gaines fixées sur le bord arrière du toit de la voiture.
- Le montage et le démontage de la tente se font avec une très grande rapidité. Il suffit alors de sortir les appareils et de les installer sur place, la bobine prenant place sur le marchepied de la voiture.
- Ajoutons que le moteur du groupe électrogène a une puissance de 1 IIP 1 /2 seulement ; il est à refroidissement par eau, ce refroidissement s’effectuant non par un radiateur ordinaire, mais par un volant à ailettes sur lequel tombe l’eau et qui la renvoie dans la chambre du moteur. Lucien Fournier.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Pleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — Na 2196.
- 30 OCTOBRE 1915.
- NOS GRANDES INDUSTRIES DU NORD
- VI
- II. — LES INDUSTRIES TEXTILES
- Le tissage, la teinture, les apprêts.
- La fabrication des tissus dans le Nord peut, comme celle des fils, être divisée en trois catégories, correspondant aux trois genres de fibres qu’elle travaille : lin, coton et laine. Chacune de ces spécialités, du reste, a son siège dans les mêmes régions que la filature correspondante des mêmes textiles.
- I. Tissage du lin. — De temps immémorial, la Flandre française a été le siège de la fabrication de la toile. Cette industrie est principalement établie
- tant le nom de blanchisseries — terme qui leur est commun avec ceux où se pratique le simple nettoyage du linge usagé et qu’il ne faut pas confondre avec eux — une série de manipulations mécaniques et chimiques dans le détail desquelles nous ne saurions entrer et qui communiquent au tissu la gamme des blancs industriels classiques, du quart-blanc au blanc-parfait. Le blanchiment sur pré, que pratiquent un certain nombre de ces
- préparer le tissage Bobinoir.
- aujourd’hui dans les deux grands centres de Lille et d’Armentières et rayonne autour d’eux sur une étendue assez considérable. La fabrication de ces deux villes cependant, tout en étant la même, diffère par certains côtés que nous indiquons plus loin.
- D’une manière générale, les toiles y sont tissées soit en fils écrus, c’est-à-dire conservant la nuance naturelle du lin et tels qu’ils sont fournis par la filature, soit en fils crèmes, c’est-à-dire ayant subi ce demi-blanchiment que les Anglais appellent creaming, couleur de crème, résultant d’un lessivage au carbonate de soude, suivi d’un lavage, d’un passage au chlorure de chaux suivi d’un autre en acide et d’un lavage, — traitement donné dans dès établissements spéciaux et indépendants portant le nom local de crémages. Les toiles ainsi tissées portent le nom de toiles crémées.
- Ces toiles sont parfois blanchies. Elle subissent alors dans d’autres établissements industriels por-
- blanchisseries, les oblige à s’installer dans les faubourgs des villes ou à la campagne, là où le terrain est meilleur marché et où les poussières industrielles peuvent être plus facilement évitées.
- Les variétés de toiles résultant de la fabrication proprement dite sont nombreuses. Citons les crémées-cartons, coutils, treillis, toiles-tailleur, serviettes à liteaux, toiles à matelas, toiles à drap sans couture grande largeur (2 m. 40 à 4 m. 20), toiles de ménage, toiles pour chemises, linge de table damassé, etc.
- Le tissage est principalement mécanique, mais la fabrication à la main et à domicile sous la direction d’un fabricant est très étendue dans un grand nombre de communes. C’est ainsi qu’on fabrique à Bailleul les essuie-mains et torchons à à la main, à Roncq la toile à blouse, dans les environs d’Hazebrouck la toile d’emballage, etc.
- Prise comme unité, Armentières a plus de tis-
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- 43e Année. — 2" Semestre.
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
- sages mécaniques de toiles que Lille, mais celle-ci, chez laquelle l’ensemble de l’industrie textile est plus varié et étendu en vend cependant tout autant et peut-être davantage, d’abord parce que nombre de fabricants des localités environnantes ont établi de préférence un dépôt de vente de leurs toiles au chef-lieu sous la direction de gérants commissionnés; puis, parce que Lille transforme beaucoup plus la toile que ne le fait Armentières par la teinture et la confection et qu’elle achète en dehors de sa fabrication à Armentières même les genres qui conviennent à ces autres industries.
- La teinture qui domine est celle ^de l’indigo de cave, mais il s’y manipule également des toiles vertes pour tabliers de sommeliers et couvertures de tapis, des toiles à bâches imperméabilisées au sulfate de cuivre qui leur donne une nuance vert clair, des toiles ardoisées pour reliure, etc. Il y a quel-quequaranteans, l’enseigne « Toiles et sarraux » se lisait sur la façade d’un très grand nombre de maisons de commerce de Lille, mais de plus en plus le sai'rau, blouse bleue très portée autrefois à Lille, est supplanté comme vêtement de travail par le veston et le pantalon de toile bleue ou de velours. Aujourd’hui, des maisons spéciales de grande importance font, dans la ville même, le vêtement de toile bleue en toutes dimensions, la confection suivant le terme consacré ; ce sont pour la plupart de véritables établissements industriels, munis d’un outillage spécial pour la coupe et les
- Fig. 3. — Machine automatique Northrup avec chargement vertical des canettes.
- appropriations des vêtements et dont quelques-uns possèdent des centaines de machines à coudre.
- Lille, nous le savons déjà, est séparée d’Armen-tières par une voie de quelques lieues. Quotidiennement, d’immenses voitures fermées pleines de Fig. 2. — Métier toiles, portant le
- à tisser les calicots nom local de ca-forls• lanclres, partent
- d’Armentières pour les maisons de négoce de Lille ou pour les maisons qui, à leur fabrication, ajoutent à Lille le négoce, et sillonnent la route d’un perpétuel va el; vient. Mais si Armentières fournit Lille d’une partie de ses toiles, cette dernière ville par contre, qui possède plus de filatures de lin que la première et aussi plus de maisons de dépôt de fds étrangers, envoie ses fils à Arment ères dans des voitures de même genre; de sorte que sur la route
- qui sépare ces deux localités, les calandres chargées de fils venant de l’une croisaient journellement avant la guerre les voitures de toiles envoyées par l’autre etdonnaientainsi naissance à une animation caractéristique des phjspittoresques. A ces expéditions il y a lieu d’ajouter bien entendu les expéditions journalières par chemin de fer à destination de l’intérieur et même de l’étranger, qui ont toujours été considérables. Lille et Armentières fabriquent également quelques toiles de jute — un succédané du lin dont nous avons parlé dans le précédent article — mais c’est surtout Dunkerque et ses environs qui tissent les fils de ce textile. Les tissus de jute ont principalement deux destinations : la fabrication des
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- sacs, et celle des emballages, donnant naissance à une industrie de confection des plus importantes qui a son siège dans la même ville. Celle-ci qui, on le sait, est un port important, fabrique également la toile à voile, la toile à bâche pour les diverses administrations de la guerre, de la marine et des chemins de fer, la toile à bannes, etc.
- Entre ces divers grands centres, la petite localité de Comines et celle de Werwicq qui l’avoisine se sont spécialisées de temps immémorial dans la fabrication des rubans de fil de lin en trois genres, autrefois faits à la main, aujourd’hui à la mécanique : galons pour la mercerie, bolducs, ceintures de robes, sangles pour articles de chasse et militaires, articles;de sellerie, tirants pour malletiers, etc.,
- fabrication de ces tissus. L’industrie du tissage de coton pur est surtout concentré en France, en Normandie, dans les Vosges, et dans une partie du département du Rhône.
- Mais les fils de coton s’allient admirablement en tissage à ceux des autres textiles, et alors la fabrication des tissus dans lesquels ils entrent revêt dans le Nord une importance considérable. C’est ce qui rend si difficile la statistique officielle des métiers à tisser, un grand nombre de ceux-ci tissant le coton avec les fils de lin, de laine ou même de soie, soit habituellement, soit pour répondre aux exigences de la mode, et se trouvant compris parmi ceux fabriquant habituellement les autres textiles.
- Dans la région linière tout d’abord, le coton entre
- Fig. 4. — Un coin d’un établissement de teinture. La teinture en pièces.
- auxquels, accessoirement, elle a ajouté la fabrication de certains coutils.
- D’un autre côté, d’autres localités, d’une certaine importance, fabriquent plutôt le linge de table damassé et fantaisie, comme Halluin et Merville.
- Enfin Valenciennes et Cambrai continuent la fabrication à la main, séculaire chez elles, de la batiste, des linons, mouchoirs et tissus fantaisie.
- II. Tissus de coton. — Si l’on ne considérait que le tissage du coton pur, cette industrie serait dans le Nord assez peu importante. Rares, en effet, sont les établissements dans lesquels les fils de coton sont tissés seuls ; ceux-là se sont spécialisés dans quelques articles : calicots forts, toiles à voiles pour yachts, serviettes-éponge, linge de table en coton, certains genres de linge ouvré, lastings, tissus pour corsets, etc., sans qu’il soit possible de déterminer une agglomération spéciale de la
- dans la fabrication des toiles dites métis, trame coton et chaîne lin, de plus en plus demandées dans ces dernières années parce que, tout en ayant l’apparence de la toile de lin pur, elles sont d’un prix moins élevé. C’est'encore le fil de coton teint en rouge turc qui forme la matière des liteaux des essuie-mains-et serviettës unies, des damiers colorés de certaines nappes de fil et des fantaisies dont elles sont parfois ornées, et cette fabrication ne laisse pas que d’en employer encore des quantités appréciables.
- L’article de Roubaix dit mélangé absorbe également de son côté une grande quantité de coton; celui-ci se croise parfaitement avec les fils de laine ou encore ceux de soie naturelle ou de soie artificielle, pour former ces articles pour robes ou ces draperies fantaisie bien connues,' dont la réputation n’est plus à faire. Dans ces dernières années, un
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- certain nombre de fabricants de cette ville ont encore tenté la fabrication du velours de coton uni et y ont pleinement réussi : cette nouvelle branche de l'industrie cotonnière a pris rapidement une place solide à côté des autres spécialités si variées, comme nous le verrons tout à l’heure, de la fabrication roubaisienne.
- Enfin la fabrication du tulle, dont le siège principal du Nord est Caudry, absorbe une quantité considérable de fils de coton. Cette ville n’a assurément pas pour ces articles l’importance de Calais, dans un département voisin, mais elle vient directement après elle. Il nous faudrait entrer dans le détail de cette fabrication délicate, — ce qui n’est pas ici le cas — pour faire ressortir l’activité qu’elle engendre. Avant d’arriver au métier à tulle proprement dit, machine assez complexe dont certains spécimens coûtent jusqu’à 30 000 francs et plus, les dessinateurs et metteurs en carte d’une part, les wheeleuses et wapeuses d’autre part, préparent le sujet à reproduire, les bobines et les rouleaux ourdés; puis, après la confection du tulle, une nuée d’ouvrières finisseuses l’approprient et lui donnent un aspect marchand, jusqu’à ce qu’il soit finalement blanchi, azuré, teint au besoin de nuances à la mode (crème, vieil or, ficelle, etc.), pour être finalement mis en boîte et paré pour la clientèle. Si l’on veut bien considérer que toutes ces manipulations se font dans Caudry même et aux environs, et que c’est également dans cette petite ville que se répare l’outillage en activité et que se fabrique le matériel accessoire, on conviendra que le nom de ce centre textile méritait ici d’être retenu.
- III. Tissage de la laine. — Nous arrivons au centre de tissage le plus important de la région du Nord, formé par l’agglomération Roubaix-Tourcoing.
- Roubaix n’était, au commencement du siècle dernier, qu’un village pour ainsi dire insignifiant. C’est aujourd’hui une ville de près de 135 000 habitants et l’une des plus manufacturières de France. Pour donner une idée de sa fabrication actuelle, il faut savoir que de tout temps ses principaux concurrents ont été l’Allemagne et l’Angleterre. Or, il est nécessaire de parcourir dans ces deux pays dix ou douze villes pour trouver les articles produits dans cette grande cité du Nord. En Allemagne, il faut aller à Géra pour les lainages classiques unis, à Glaucau pour la nouveauté, à Meerane pour la fantaisie, à München-Gladbach pour les tissus chaîne coton, à Aix-la-Chapelle pour les draperies et à Cheinnitz pour les lainages. En Angleterre, il faut se rendre à Bradford pour les tissus en laine dure et les chaînes coton, à Glascow pour la nouveauté, à Leeds pour la draperie. Roubaix produit tout cela et même exporte dans ces pays les lainages qu’ils ne savent qu’imiter.
- Les manufacturiers sont fiers de cette diversité. Il y a même à ce point de vue entre eux et leur personnel, un esprit de solidarité pour la réputation
- de leur ville qu’on signale rarement ailleurs. Un industriel rencontre-t-il dans ses chefs de service des employés capables et intelligents, non seulement il n’hésite pas à se les attacher comme « intéressés » ainsi qu’il est coutume de le faire dans les autres villes du Nord, mais encore il les commandite et les aide à fonder à ses côtés une nouvelle fabrique, sans craindre le moins du monde, ni la concurrence, ni l’emploi de secrets qui lui sont propres. C’est ainsi que feu Alfred Motte, chef d’une maison universellement connue, a créé neuf filiales dont huit à Roubaix même et que plusieurs autres, également avec l’aide de leur personnel, ont créé des tissages d’articles de Roubaix à l’étranger, qui en Pologne russe, qui en Italie, qui aux Etats-Unis, etc.
- Le tissu est avant tout le produit roubaisien par excellence, et l’idée qu'un industriel est toujours supposé se livrer à cette industrie est tellement entrée dans les mœurs que le seul qualificatif qui est donné aux manufacturiers pour désigner leur profession est celui de fabricant. Tout tisseur à la suite de son nom inscrit ce seul mot sur sa porte, sur ses factures ; et dans le langage usuel son industrie est comprise sous un seul mot : la fabrique. Le mot est aussitôt compris.
- Ces tissus sont extrêmement variés. Chaque fabricant se spécialise autant que possible dans un genre déterminé. Celui-ci fait la draperie peignée et de ses ateliers sortent toutes sortes d’étoffes pour costumes de dames ou vêtements d’hommes teints en pièce ou en fil ; cet autre fait les satins de Chine, les articles nouveautés, les doublures; celui-ci s’est spécialisé dans la haute nouveauté : effets jacquards, brochés mohair et soie, façonnés et fantaisies laine et coton; celui-là a plutôt entrepris les carreaux et rayures ; puis en voici encore qui fabriquent la popeline, l’amazone, le satin laine, les fantaisies noires pour deuil, en un mot tout ce que le jacquard ou le métier à armures permettent de produire avec la laine ou en alliant les fils de ce textile à ceux des autres.
- Tourcoing, près de Roubaix comme nous l’avons déjà dit, touche à la frontière belge : sa population actuelle n’est pas loin de 100 000 habitants. L’industrie de la laine y remonte fort haut, car déjà au xiie siècle elle possédait des fabriques d’étoffes ; des incendies successifs et des guerres l’ont plusieurs fois minée de fond en comble, mais toujours elle s’est relevée par l’énergie et la persévérance de ses habitants. Comme Roubaix, elle est fière de sa fabrication, et il y existe perpétuellement et à ce point de vue, entre ces deux villes, une saine et constante émulation, Elle a organisé en 1909, pour montrer sa force, une Exposition internationale textile; immédiatement, trois ans après, Roubaix en a organisé une semblable dont on se rappelle le succès.
- Tourcoing est cependant, sans contredit, moins important que Roubaix comme pays de fabrication. Mais tout ici est relatif, car les tapis de cette ville, moquettes, carpettes et foyers, s’exportent dans
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- LES INDUSTRIES TEXTILES
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- l’Europe entière et meme au delà des mers; et ses étoffes pour ameublements, flanelles, molletons, tartans, draperies peignées et cardées pour vêtements, unis et fantaisie, sont tout aussi recherchées que celles de Roubaix. Certaines de ces maisons de fabrication sont tout aussi importantes : la firme Charles Tiberghien par exemple, pour en citer une, comprend un peignage de 80 peigneuses, une filature de 50 000 broches, un tissage de 1050 métiers et 12 métiers de tulle-guipure, le tout couvrant une superficie de 85 000 m2.
- Mais en dehors de Roubaix et Tourcoing, la fabrication des tissus de laine a encore dans le Nord des représentants notoires. Fourmies, par exemple, que nous avons citée dans notre précédent article comme un grand centre de filature, renferme éga-
- mer et surtout dans leurs environs, des usines de teinture et à.'apprêts complètent heureusement l’industrie proprement dite de la fabrication du tissu. Elles forment des établissements considérables, et ce qualificatif n’est pas exagéré. À Wasquehal,, près Roubaix, par exemple, nous pouvons citer l’une d’elles qui couvre 50 hectares de terrains et dans laquelle travaillent 5000 ouvriers traitant annuellement 650000pièces d’étoffe! Dans ces divers établissements, les méthodes sont étudiées et perfectionnées sans relâche, les procédés ne cessent d’être constamment améliorés et des combinaisons nouvelles sont créées pour augmenter la valeur des tissus et offrir à la fabrique les ressources dont elle a besoin pour son exportation. Les uns sont spécialisés dans la teinture d’un seul
- Fig. 5. — Dernière manipulation des tissus. L’apprêt.
- lement, bien que sur une moins grande échelle, quelques fabriques de tissus laine et coton, nouveautés laine et soie, draperies et armures, d’assez grande importance. Près de cette ville, Wignehies tisse les mérinos, cachemires, rayures soie et laine, amazones et diagonales. Cambrai, qui par sa situation appartient à la même région, bien que d’un autre arrondissement, fabrique des mousselines de laine, flanelles, salins, sergés, popelines, corkskrews, crêpe-lines, etc. Citons enfin Caleau où la firme Seydoux et Cie constitue l’une des manufactures lainières les plus importantes de France, comprenant un peignage de près de 100 machines, une filature de 75 000 broches, et divers tissages dans la ville et environs réunissant plus de 2000 métiers, fabriquant des mérinos, barèges, flanelles et articles de draperie façonnés, dont elle fait une exportation considérable.
- Dans toutes les villes que nous venons de nom-
- genre d’étoffe; d’autres, divisés par sections qui y forment en quelque sorte autant de petites usines, teignent un grand nombre de tissus différents. Ici se traite « la robe », là « la confection », de ce côté la draperie pour hommes et dames ; de cet autre la doublure, l’ameublement, le velours et la peluche, etc., tous genres qui demandent autant de manipulations différentes auxquelles il faut souvent en ajouter d’autres supplémentaires : détachage, dégraissage, épaillage, etc. Certaines teintureries ne font que le tissu de laine pure; d’autres le tissu mélangé qui demande des soins d’autant plus spéciaux que la teinture, on le sait, produit avec les mêmes drogues et mordants des effets divers suivant les textiles. Enfin, certains établissements ne traitent pas le tissu, mais le fil seul, et d’autres la matière première elle-même, laine ou coton, alors filée teinte : la teinture y est parfois remplacée par le
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- 278 :..-—: ———- L’AGRICULTURE PENDANT LA GUERRE
- chinage, l’impression dite Vigoureux sur peigné, etc.
- Beaucoup d’usines englobent la teinture et l’apprêt, mais quelques-unes ne font que l’apprêt seul, sec ou mouillé.
- Pour certains genres, le matériel d’apprêt est tellement considérable, qu’un traitement dans des usines spéciales s’impose en quelque sorte.
- Telle est analysée rapidement, cette industrie
- textile du Nord dont l’importance esl légendaire. Aujourd’hui entre les mains des rapineurs étrangers, elle traverse de douloureuses épreuves, les plus cruelles peut-être qu’elle ait jamais subies; mais, nous en avons la certitude, bientôt libérée de l’ennemi, elle fera encore l’admiration du monde et retrouvera à bref délai son activité et sa vaillance traditionnelles. Alfred Renouard.
- L’AGRICULTURE PENDANT LA GUERRE
- Gomme toutes les branches de l’activité nationale, l’-agriculture a été profondément atteinte par la guerre terrible que la France soutient depuis plus d’un an. Les épreuves que cette guerre entraîne sont toujours calamiteuses; ici leurs conséquences s’accroissent de la masse énorme de population qu’elles frappent et de la répercussion qu’elles exercent sur la vie de toute la nation.
- On peut dire hautement que, dans ces jours de crise, l’agriculture française a fait tout son devoir. Les cultivateurs, à quelque catégorie qu’ils appartiennent, ont donné, sans hésiter, leur sang le plus pur et le plus généreux ; à la campagne, il n’y a qüe bien peu d’embusqués, si même il en existe. Ceux que leur âge a maintenus dans leurs foyers, les vieillards, les femmes, les adolescents, les enfants, ont rivalisé de zèle, sans oublier un seul instant que l’agriculture a pour mission de nourrir le; pays et que le sol national ne doit pas tomber en friche. Maintes et maintes fois, justice leur a été rendue; il est donc inutile d’insister à cet égard^ mais il est bon de rappeler ce qui a été fait et d’in-diquer comment on peut assurer l’avenir.
- ‘La guerre a éclaté au moment où, en août 1914, la moisson, à peu près achevée dans la région méridionale, se poursuivait dans les autres régions du pays- Grâce aux efforts de la population restée sur place, grâce à la solidarité qui a soudé celle-ci dans un effort commun, la moisson a été achevée, quoique lentement, dans des conditions à peu près normales. L’invasion ennemie dans les régions du Nord et du Nord-Est a entraîné la perte delà récolte dans quelques-uns de nos départements où la production a la plus grande intensité ; néanmoins, la France a pu disposer, d’après les statistiques du ministère de l’Agriculture, de 101 millions d’hectolitres ou près de 79 millions de quintaux de blé pour son alimentation. La conséquence en a été que, pour satisfaire aux besoins de la population, elle n’a dû recourir à l’importation que dans des proportions relativement restreintes.
- Les difficultés ont pris un caractère aigu au moment des semailles d’automne.. Les réquisitions militaires avaient enlevé le plus grand nombre des chevaux de culture, les perturbations dans les transports ont empêché les approvisionnements en engrais de s’opérer dans des conditions normales. Il était inévitable qu’il y eût une réduction dans les
- surfaces habituellement ensemencées. Pour le blé, par exemple, les surfaces consacrées à cette culture ont été inférieures de 800000 hectares environ à celles qui avaient été enregistrées dans les dernières années normales, et si l’on y ajoute celles appartenant aux régions encore occupées par les armées allemandes, c’est à 1 million d’hectares environ qu’on peut évaluer l’étendue qui a été perdue à l’automne 1914 pour la production du blé.
- A mesure que les saisons se succédaient, les fermes se trouvaient dans des conditions plus précaires. Les appels sous les drapeaux, d’abord des jeunes classes 1915 et 1916, puis des classes de territoriaux qui, dans un certain nombre de régions, furent d’abord laissées dans leurs foyers, réduisaient de jour en jour le nombre des travailleurs disponibles pour les travaux des champs. L’énergie de ceux qui étaient restés ne faiblit pas devant la tâche de plus en plus lourde, et la période critique des travaux de printemps fut traversée sans trop de défaillances.
- Toutefois, il était impossible que ces difficultés n’eussent pas une influence directe sur l’ensemble de la production agricole. Si l’on s’en tient aux évaluations publiées par le Ministère de l’Agriculture, c’est à plus de 2 millions d’hectares que s’élèvent les réductions opérées dans les ensemencements d’automne et de printemps, en tenant compte, bien entendu, des parties du territoire encore occupées par l’ennemi. Ces diminutions ont porté sur toutes les cultures, dans les proportions suivantes : 1 700 000 hectares environ pour les céréales, dont 840 000 pour le blé et 540 000 pour l’avoine, 228 000 hectares pour les pommes de terre, plus de 550 000 pour les autres cultures sarclées, dont 4 88 000 pour les betteraves à sucre et celles de distillerie.
- A cette première cause de diminution dans la production, d’autres, non moins inéluctables, se sont ajoutées. L’insuffisance delà préparation des terres, l’impossibilité de se procurer en proportions nécessaires les quantités d’engrais habituellement employées, l’insuffisance des façons culturales à raison de la pénurie de main-d’œuvre, ont eu pour conséquence un affaiblissement dans les rendements normaux. On connaît aujourd’hui les résultats de la récolte des céréales. La production totale du blé n’a pas dépassé 104 millions d’hectolitres ou 65 mil-
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- lions de quintaux; celle de l’avoine a été de 79 millions d’hectolitres ou 37 millions et demi de quin-taux. Ces rendements sont exceptionnellement faibles. Pour le blé, la . production moyenne par hectare n’atteint pas 15 hectolitres, alors qu’elle avait varié entre 17 et 18 pendant la période des dernières années qui ont précédé la guerre. Quant à l’avoine, le rendement moyen par hectare n’est que de 23 hectolitres ; c’est le plus faible qui ait été constaté depuis une quinzaine d’années.
- Il ressort de ces faits que la récolte des principales céréales, du blé, en particulier, présente un déficit important par rapport aux besoins. On évalue la consommation annuelle du blé à 94 millions de quintaux. Au premier abord, il semblerait que la dernière récolte laisserait une insuffisance de 30 millions de quintaux. Mais, au moment delà moisson, il existait encore des stocks relativement importants, qu’on peut évaluer, autant qu’il est possible de le savoir, à une.dizaine de millions de quintaux. Il n’y aurait donc à trouver qu’environ 20 millions de quintaux. Or, cette quantité sera facilement disponible dans les pays neutres avec lesquels la France est en rapports commerciaux constants, et elle sera disponible à des prix très raisonnables. Il ressort, en effet, d’une enquête de l’Institut international d’agriculture qui siège à Rome, que la production du blé dans les pays d’exportation a atteint cette année des proportions inconnues jusqu’ici ; cette abondance a déjà provoqué dans les prix une baisse dont nous ne pourrons que profiter. On peut donc avoir la certitude que le prix du pain en France ne risque pas de s’élever. Dès lors, il est permis d’espérer que le Gouvernement abandonnera les procédés arbitraires, souvent maladroits, qu’il avait adoptés depuis un an pour atteindre ce but. On ne parlera plus, espérons-le, des méthodes bizarres préconisées par quelques-uns sous le prétexte d’économiser les quantités de blé nécessaires dans la panification.
- Après les céréales, la pomme de terre est la principale plante alimentaire. On a, vu plus haut que cette culture a diminué de plus de 200 000 hectares cette année. Quant au rendement, il se montre très « jaloux », suivant l’expression consacrée; tandis que, dans quelques régions, il serait normal, ailleurs il a été notablement réduit par les intempéries et les maladies qui attaquent cette plante. Or, ces dernières régions sont les plus étendues. Il y aura, de ce fait, une autre cause de diminution dans la production. Mais ce serait une exagération manifeste que de pronostiquer la disette. Il suffit que la prohibition d’exportation édictée dans les premiers mois de la guerre soit maintenue et qu’elle soit rigoureusement appliquée, ce qui a fait parfois défaut.
- Pour les plantes sarclées qui jouent un rôle de premier rang dans la région septentrionale, les betteraves à sucre et celles de distillerie, la situation affecte un caractère exceptionnellement pénible. Du fait de l’invasion, déjà en 1914 la production du sucre a atteint à peine 300 000 tonnes ; cette année,
- elle sera encore plus faible. La végétation de la betterave a été affectée par plusieurs causes qui réduiront le rendement à la moitié à peine de ses proportions normales. On devra donc continuer à recourir à l’importation du sucre de canne pour répondre aux besoins de la consommation. Quant à la betterave de distillerie, son sort est réglé d’avance, toute la production d’alcool étant réquisitionnée pour les besoins militaires.
- A quelques exceptions près, la récolte des fourrages a été bonne, parfois très bonne. On doit s’en féliciter hautement, car il est de la plus haute importance d’avoir d’abondants aliments pour donner une impulsion active à la production du bétail. De toutes les branches de l’agriculture nationale, l’élevage est celle qui a été atteinte dans les plus fortes proportions par la guerre. Des réquisitions excessives, surtout inconsidérées, ont élé faites depuis un an et se poursuivent encore. Mais le problème est trop délicat et trop complexe pour être traité sommairement; il fera ici l’objet d’une étude spéciale.
- La vigne occupe, comme chacun sait, une très large place dans un grand nombre de départements français, parfois même une place prépondérante. Sa culture exige les soins les plus minutieux pour combattre les maladies parasitaires et les insectes qui l’attaquent. Il était donc fatal qu’elle aurait à souffrir de la réduction dans la main-d’œuvre provoquée par la mobilisation. A cette cause primordiale, une autre est venue s’ajouter : dès le début du printemps, une attaque exceptionnellement violente de mildiou s’est abattue sur le vignoble, et elle s’est répétée à plusieurs reprises. Les traitements aux bouillies cupriques n’ont pu être exécutés à temps et en nombre suffisant. La récolte a été réduite dans d’énormes proportions : elle sera une des plus faibles qui aient été enregistrées depuis longtemps; on a tout lieu d’espérer que le vin sera d’excellente qualité, mais c’est une compensation insuffisante.
- Par contre, la récolte des pommes à cidre est exceptionnelle en Bretagne, en Normandie et dans les autres régions où le pommier occupe une place importante. Cette abondance provoque des embarras. Dans les dernières années, l’exportation en Allemagne, aujourd’hui fermée, servait à écouler les excédents de production. La distillation pour les besoins militaires apparaît comme le meilleur moyen d’utiliser de fortes proportions de fruits qui sont menacés de pourrir sur place.
- Il est impossible d’entrer dans des détails sur les cultures secondaires ; néanmoins il n’est pas inutile d’appeler l’attention sur l’extension à donner à la production des légumes, surtout des légumes verts. On réclame pour les armées, soumises à une alimentation carnée intensive, des proportions de plus en plus élevées de ces légumes. Des efforts sont poursuivis pour accroître cette précieuse ressource.
- Cette revue sommaire appelle une conclusion.
- L’activité agricole a été profondément troublée
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- par la guerre ; la réaction a été énergique, elle a été tout à l’honneur des populations rurales. Il est de justice élémentaire de constater que le Gouvernement s’est empressé de prendre les mesures qu’il pouvait adopter pour leur venir en aide. Sur l’initiative de M. Fernand David, ministre de l’Agriculture, et de son dévoué et énergique collaborateur M. François Berthault, ces mesures se sont succédé régulièrement. Ce fut d’abord la prorogation des baux de fermage et de métayage pour les mobilisés. Ce fut la distribution de semences, d’attelages, d’engrais, de machines, dans,les villages des départements envahis, où tout, avait été détruit; grâce à ces secours, on a vu, dans les départements de la Marne,, de la Meuse, de Meurthe-et-Moselle et ailleurs aussi, les travaux des champs se poursuivre presque sous la pluie des obus. Ce fut ensuite l’allocation de permissions temporaires aux territoriaux et aux indisponibles des dépôts pour les semailles de printemps, pour la fenaison, la moisson et la vendange,
- FORTIFICATION J. .........'..............—
- pour les travaux d’automne, pour l’exploitation des bois; mais on doit reconnaître que ces permissions n’ont pas toujours, pour des motifs variés, donné les résultats qu’on' en pouvait attendre.
- Aujourd’hui la situation s’est aggravée. Aux motifs déjà indiqués s’est ajoutée la lassitude de fermières et de métayères exténuées par l’effort surhumain qu’elles ont dû déployer; un certain nombre tendent à abandonner les fermes. Or, il est indispensable que la production de la terre ne soit pas interrompue; c’est nécessaire à la fois pour le présent et pour l’avenir. La coercition serait impuissante à réagir contre ce découragement. Ce qu’il faut faire, c’est procurer de la main-d’œuvre temporaire par des équipes militarisées, envoyées dans les divers cantons, suivant les besoins. On a des ressources suffisantes en hommes disponibles pour obtenir ce résultat ; il s’agit seulement de vouloir sérieusement, et d’agir sans retard.
- Henry Sagnier.
- LA CRISE DE LA FORTIFICATION
- La chute rapide de Liège, de Namur, d’Anvers, de Maubeuge, n’a pas été sans jeter dans les esprits quelque discrédit sur la valeur des fortifications permanentes et sur l’opportunité même d’en construire.
- En regard de ces forteresses construites à grands frais, où l’on a, tout à l’aise, accumulé les parapets les plus résistants, les cuirassements les plus solides, et qui pourtant ont succombé si vite, on a vu au contraire de simples retranchements de campagne, improvisés, formant une ligne d’obstacles à peu près continus sur les deux fronts des armées adverses, de la mer du Nord à la frontière suisse, et qui paraissent infranchissables; en sorte que, de cette comparaison, on est tenté de conclure que la fortification permanente a fait son temps, que cette forme surannée de défense est appelée à disparaître et qu’il ne faut plus recourir aujourd’hui qu’aux retranchements de campagne, construits au moment du besoin.
- . Conclusion simpliste assurément, et qui a le défaut de toutes les solutions trop radicales. Tout d’abord, une tranchée qu’on creuse à la hâte n’est quun abri
- rudimentaire, et ce n’est qu’à la longue, lorsqu’on a eu tout le loisir de l’améliorer, d’organiser des emplacements de mitrailleuses, des batteries, des abris solides, des boyaux de communication et des^ lignes de repli, qu’on peut espérer la rendre inviolable. Tout cela est affaire de temps. Une forteresse, au contraire, est une sentinelle vigilante, constamment prête contre la surprise d’une agression imprévue; nulle improvisation ne peut la remplacer, mais il ne faut pas lui demander ce qu’elle ne peut
- donner ; obstacle matériel immobile, elle ne saurait résister indéfiniment. Il y a longtemps qu’on a dit : ville assiégée, ville prise L’essentiel est qu’elle ne succombe qu’après avoir rendu les services qu’on en attend, et retarde suffisamment l’a gresseur dans sa marche.
- Sans les places fortes de Belgique, si courte qu’ait été leur résistance, la petite armée de nos amis, surprise par une injustifiable attaque avant que d’être complètement rassemblée, aurait été bousculée avec une telle rapidité que les troupes françaises se seraient trouvées prises en flanc, sans que leurs pré-
- Fig. i. — Destruction d’une coupole cuirassée.
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- Fig. 2.
- paratifs de riposte fussent achevés. La soudaineté de l’agression excluait d’ailleurs la possibilité d’organiser ce que l’on appelle des ouvrages du moment.
- Ces considérations suffisent à démontrer la nécessité d’avoir, longuement préparées, dès le temps de paix, des places fortes permanentes. Quand bien même l’expérience de la guerre actuelle démontrerait l’insuffisance des places existantes, ce ne serait pas une raison pour renoncer à toute fortification ; mais il y aurait lieu de rechercher les dispositifs nouveaux susceptibles de lui rendre son efficacité.
- Cette nécessité des places fortes, nous la retrouvons dans le rôle joué jusqu’ici par celles qui barrent notre frontière de l’Est. N’ont-elles pas démontré leur utilité par cela même que leur seule présence a déterminé l’ennemi à violer la neutralité de la Belgique plutôt que de les aborder de front?
- N’est-ce pas à l’abri de leurs remparts que la mobilisation et la concentration des armées françaises ont pu se poursuivre en toute sécurité?
- Certes ce résultat n’a pas été obtenu sans l’intervention et la vaillance de nos incomparables troupes de couverture ; mais on n’a jamais dit que — dans l’état actuel du matériel de guerre et de l’artillerie moderne, plus encore que par le passé — une fortification dût être abandonnée à elle-même, et il a suffi que les troupes actives trouvassent de solides points d’appui sur leurs flancs et sur leurs derrières, pour qu’on pût constater que, dès la première phase des hostilités, les places de Verdun,. Toul et Belfort ont donné ce qu’on attendait d’elles.
- Elles n’ont pas, il est vrai, subi les opérations d’un siège régulier, tel que l’on a coutume de le concevoir, et leurs ouvrages, sans doute, n’ont pas été soumis aux feux systématiques de pièces de gros calibre ; il est donc impossible de dire comment elles se comporteraient en pareille occurrence; mais une forteresse ne joue pas son rôle uniquement quand elle est assiégée : elle est tout aussi utile lorsqu’elle oblige l’ennemi à s’en détourner.
- Après cette phase préparatoire à la guerre, c’est encore une sorte d’action de présence qu’exerce Verdun, par exemple, sur la solidité de notre front de Lorraine. A ne considérer que le dispositif de nos troupes autour de cette place, et à grande distance, on pourrait être tenté de croire que ce sont ces troupes qui la protègent et qu’elles n’en tirent aucun soutien. Il semble au premier abord qu elles se seraient cramponnées au sol tout aussi énergiquement, quand bien même elles n’eussent pas eu de fortifications derrière elles, ce qui n’est pas exact cependant, la présence d’un réduit capable
- d’étayer leurs manœuvres et de protéger leur retraite en cas d’échec n’étant pas négligeable.
- Sur le théâtre oriental, on ne saurait tirer une conclusion bien nette
- Tourelle terrestre pour deux i55 de la Société de Saint-Chamond.
- sistance des Autrichiens dans Przemysl, en Ga-licie.
- Ce siège, en effet, a surtout pris figure de blocus, et les Russes n’y ont point fait concourir un matériel aussi puissant que celui des Allemands en Belgique. Mais il en allait autrement des places fortes polonaises qui ont bien montré au contraire les services que des forteresses peuvent rendre aux armées en campagne, lorsque celles-ci se trouvent dans une position critique. Leur rôle est ingrat. C’est un sacrifice douloureux que de les évacuer sans combat, comme le furent Varsovie et Ivangorod, comme l’avaient été les forts de Laon et de Reims, en France. Il est également pénible de les abandonner à leurs seules forces, dans la retraite, car on sait bien qu’elles sont vouées alors à une destruction rapide; mais elles auront joué leur rôle si elles ont retenu l’ennemi, retardé ses progrès et permis à l’armée de se replier à loisir. Ce rôle d’arrière-garde, les places de’Novo-Georgiewsk, d’Ossovietz et de Kowno l’ont rempli complètement et ont permis le redressement si difficile de l’armée russe qu’il s’agissait de sauver à tout prix.
- Il est difficile de savoir exactement dans quel état se trouvaient cës forteresses; mais eussent-elles reçu les derniers perfectionnements réalisés dans l’art de fortifier avant cette guerre, on peut considérer qu’elles étaient destinées à succomber rapidement aussitôt qu’une armée de campagne ne îës appuyait plus.
- L’erreur des ingénieurs a été de croire que l’artillerie de siège, telle que nous la connaissions, avait atteint son maximum de puissance et qu’il ne serait jamais possible, par suite dès difficultés de transport, de tramer derrière une armée des bouches
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- à feu d’un calibre énorme, capables de bouleverser complètement les ouvrages et de ruiner les cuirassements les. plus résistants. Or, les voies ferrées et la traction automobile elle-même sont intervenues, en même temps qu’un bon aménagement mécanique des pièces et de leurs affûts. Certes il n’est pas facile de transporter des 305 autrichiens ou des 420 allemands, avec leurs projectiles; ce sont des canons d’une durée éphémère, par la violence même de leur tir; mais il suffit d’un petit nombre de ces monstres, réservés pour les tâches les plus brutales et que l’on transporte d’un objectif à l’autre, au gré des besoins.
- Il n’est plus question des opérations méthodiques d’un siège régulier et pied à pied, mais d’assauts furieux, succédant à l’ouragan des obus.
- Les moyens de défense découlent de la méthode d’attaque; Il faut que les ouvrages soient de simples points d’appui, où ne se concentrent pas tous les engins de la lutte et en dehors desquels opère une armée de manœuvre. Cette armée fût-elle trop réduite pour s’en éloigner à de grandes distances, elle doit pratiquer ce que l’on a appelé la défense extérieure, dont le général Meusnier a posé les principes à Mayence, il y a plus d’un siècle, et qui a immortalisé le nom du défenseur de Belfort, en 1870. La ruine des ouvrages ne suffit pas alors à faire tomber la place, tant que les troupes ont conservé leurs moyens de résistance.
- L’utilité, la nécessité même des fortifications ne sont donc pas en cause; mais il convient de se demander s’il est possible, en présence des modernes engins de destruction, de modifier les principes de leur organisation et de leur permettre de rester debout et agissantes.
- Ce n’est pas la première fois que le problème se pose. Chaque progrès des procédés d’attaque entraîne une évolution dans les procédés de défense ; mais, précisément parce que l’on attend toujours pour réaliser les modifications nécessaires que les premiers se soient montrés supérieurs, on peut dire que la défense est toujours en retard d’un progrès.
- Dans l’histoire de l’architecture navale, on a souvent parlé de la lutte, avec ses alternatives, du canon et de la cuirasse ; le conflit est le même entre la fortification et l’artillerie, chacun des deux organes cherchant à gagner l’autre-de vitesse.
- Or, l’organe résistant — la cuirasse du bateau, d’un côté, et de l’autre le rempart —- est le plus mal partagé des deux dans cette course de vitesse.
- Il suffit d’un petit nombre de canons très puissants, préparés dans le mystère et que l’on garde cachés dans les arsenaux, pour que l’attaque ait conquis la supériorité, tandis que toutes les places fortes doivent être constamment tenues au même
- état de résistance, puisqu’on ne peut prévoir celles qui seront attaquées. Un type de canon n’est pas plutôt mis au point, qu’on en peut usiner, sans dépense excessive, autant qu’il en faut pour atteindre le résultat. La fortification, au contraire, comporte des ouvrages permanents, immobiles sur des emplacements imposés par le site même. Parce qu’un engin nouveau vient d’être inventé, dont on soupçonne à peine la puissance pendant longtemps, on ne peut songer à faire table rase, à tout démolir pour tout reconstruire à nouveaux frais : aucun budget d’Etat n’y pourrait suffire.
- L’ingénieur militaire s’ingénie alors aux modifications nécessaires, aux transformations les plus essentielles. Solution toujours boiteuse, faite de compromis entre ce qui existe et l’idéal où l’on voudrait atteindre.
- Certes, dans ces remaniements, on essaiera tout au moins d’aller au-devant des progrès futurs de l’artillerie; mais pour combien d’années? Brial-mont, l’illustre auteur des fortifications de Liège et de Namur, s’y était efforcé; ces places datent de 1888-1889 seulement, et elles se sont trouvées insuffisantes en 1914. Il s’agissait pourtant de constructions entièrement neuves, où il était possible d’appliquer intégralement les systèmes les plus nouveaux. Que l’on juge des perplexités qui se présentent à l’esprit lorsqu’on est, au contraire, en présence d’ouvrages depuis longtemps construits ; est-il étonnant que l’on hésite à s’engager dans des remaniements coûteux pour suivre l’incessante évolution de l’artillerie?
- A chaque manifestation de ses progrès, on s’empresse de déclarer que c’en est fini de l’art de fortifier et que la défense a définitivement le dessous. De là à proclamer qu’il ne faut plus de places fortes, il n’y a qu’un pas. Et pourtant l’histoire montre que l’ingénieur militaire a toujours réussi, après les premiers moments de désarroi, à se ressaisir et à reconstituer un type nouveau, susceptible de résister. Il en sera de même aujourd’hui sans doute.
- Cette évolution porte à la fois sur le dispositif même de la construction, et en second lieu, sur l’emploi tactique de la fortification, c’est-à-dire sur la manière de l’utiliser et de la défendre, en tenant compte des modifications tactiques de l’attaque.
- Au début, une place forte se suffisait à elle-même. Une enceinte solide et bien close, à l’abri de l’escalade; des pièces de rempart établies à demeure, plus puissantes que celles de l’attaqüe, en raison même des difficultés de transport, obligeant l’ennemi à s’établir à distance et à ne cheminer que lentement, en creusant des parallèles et des boyaux de communication; puis, surtout, des organes de flanquement rigoureusement disposés pour la der-
- Fig. 3.
- Fort d’Anvers.
- Plan d’un réduit avec coupole (Fort n° 3).
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- nière phase de la lutte, où, des brèches étant ouvertes dans le mur d’escarpe et à travers les parapets, l’agresseur se ruait dans le fossé et cherchait à donner l’assaut.
- C’était le beau temps du siège classique, de la lente attaque pied à pied, à laquelle était si bien appropriée la fortification bastionnée de Yauhan, le plus illustre des ingénieurs militaires. Pas un des plans du glacis n’était en angle mort ; pas un coin des fossés n’était à l’abri des feux partis des flancs de ses bastions. Les pièces lisses de l’époque ne pouvaient tirer efficacement que de plein fouet sur des buts visibles et, pour ouvrir la brèche, il les fallait amener jusqu’au sommet du chemin couvert qui couronnait la contrescarpe. Ah! les beaux sièges où tout était mesuré, chronométré, jusqu’à la durée totale des opérations !
- L’apparition du canon rayé a bouleversé tout cela. La nécessité de maintenir les batteries de l’attaque à de longues distances et d’éviter le bombardement des villes qui formaient le noyau central des places fortes, conduisit à jeter au delà de l’enceinte primitive, une nouvelle enceinte discontinue, constituée par des forts. C’étaient autant de petites places exclusivement militaires, se prêtant un mutuel appui; mais on admettait que le siège de chacun de ces forts se poursuivrait suivant les méthodes classiques. La justesse du tir, toutefois, l’emploi de projectiles à balles ou à mitraille, éclatant en l’air et arrosant le terrain d’une gerbe meurtrière, rendirent bientôt impossible de maintenir, pendant le tir, les défenseurs et le matériel à découvert sur lé. rempart des ouvrages. Pour l’infanterie, on créa des abris d’où elle pouvait sortir et garnir les crêtes, au moment critique où l’adversaire cessait le feu des canons afin de ne pas atteindre les colonnes d’assaut. Quant aux grosses pièces de la défense, on reconnut bien vite la nécessité, ou de les protéger sous d’épais cuirassements,
- Fig. 5. — Schéma de la coupole Schumann-Griison de Cotroceni (i885). A, Bâti suspendu à la calotte supportant la pièce; B, Contrepoids de la pièce; P, pivot destiné à soulever un peu le bâti et par suite la calotte pour la rotation ; L, Prise des leviers pour faire tourner l’ensemble; V, verrou à ressort et galet tampon; T, trou d’homme; C, Caisse pleine de sable pour contre-balancer le poids des pièces.
- Fig. 4. — Fort principal de Bucarest (d’après un projet de Brialmont (iS83) modifié par les Roumains {1887). a, coupole à 2 canons de i5 cm; b, 1 obusier
- de 240; c, T. R. 53 mm; d, 1 obusier de 120.
- ou de les mettre en dehors des ouvrages fortifiés, c’est-à-dire de les disperser dans les intervalles des forts, sur des positions faciles à dissimuler, difficiles à repérer, dans des conditions analogues, enfin, à celles des pièces de l’attaque, qui perdaient ainsi l’un de leurs avantages.
- Nous voyons donc apparaître deux tendances nouvelles dans l’art de fortifier, aboutissant soit à la fortification cuirassée, soit à la fortification dispersée.
- En France, l’École des successeurs de Vauban s’est toujours inspirée d’un sage éclectisme, ayant pour principe supérieur que la fortification doit avant tout se plier au terrain, sans parti pris dogmatique. On y estime, en particulier, qu'il ne faut pas considérer l’emploi des cuirassements comme une solution générale qui répond à tout. Ces cuirassements s’imposent, lorsqu’il s’agit d’un fort isolé, destiné à barrer une route importante, un défilé en montagne, et l’on est bien forcé d’enfermer alors dans son enceinte, tout son matériel de défense ; mais lorsqu’on envisage, au contraire, un camp retranché comportant un grand nombre d’ouvrages se flanquant les uns les autres, on conçoit qu’on pourra laisser dans chacun de ces ouvrages, quelques grosses pièces, ayant des objectifs bien définis et que l’on abritera sous des coupoles métalliques ; leur armement principal; composé de pièces de moyen calibre destinées au flanquement des ouvrages voisins et de leurs intervalles, pourra être plus facilement dissimulé et la plus grande partie de la grosse artillerie, pour la lutte lointaine, sera dispersée entre les forts.
- Les coupoles coûtent fort cher, et c’est encore une raison d’en réduire le nombre au strict nécessaire.
- A l’étranger, ces considérations ont plié devant la confiance que les cuirassements ont inspirée, et presque toute l’artillerie a été disposée sous coupoles ou dans des batteries cuirassées.
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- De 1870 à 1885, cette question des cuirassements et de la protection des bouches à feu par des carapaces de métal fut l’objet de nombreuses études et de solutions concrètes dont Schumann, en Allemagne, et le commandant Mougin, en France, furent les principaux protagonistes.
- À la 'fin de cette période, des expériences très sérieuses furent poursuivies sur des tourelles ou coupoles dues à ces deux ingénieurs. Ces expériences eurentlieuenRoumanie, aupolygone deCotroceni, en vue de la construction des fortifications de Bucarest.
- Les résultats furent très encourageants. Ils montrèrent notamment que, contre les canons de l’époque, ces cuirassements offraient une résistance suffisante, ce qui permettait d’espérer que, sous eur abri, on pourrait maintenir les pièces en état de tirer, non seulement pendant la lutte d’artillerie lointaine, mais jusqu’au moment de l’assaut.
- Malheureusement tout allait être remis en question par un fait nouveau : l’apparition de l’obus-torpille très allongé et contenant une énorme charge d’explosif brisant, dont les effets destructifs furent mis en évidence, dès 1886, au polygone allemand de Cumersdorf.
- Sous le choc de pareils projectiles, comment allaient se comporter les organes généraux de la fortification?
- N’allaient-ils pas traverser les remblais de terre de 3 m. d’épaisseur qui protégeaient les voûtes des casemates, et crever ces voûtes elles-mêmes malgré leur épaisseur de 1 m.? Pour sortir de perplexité, on résolut chez nous de sacrifier à des expériences à outrance un des ouvrages du groupe fortifié de Laon, le fort de la Malmaison, malgré qu’il fût de création récente (1874).
- Les résultats semblèrent effroyables. Dans les terres argileuses qui composaient les remblais, les gros projectiles pénétraient de 4 m. 50, quelquefois jusqu’à 6 m. 50, déblayant des entonnoirs de 3 à 4 m. de diamètre. Les voûtes de maçonnerie ordinaire s’effondraient; les escarpes se disloquaient. En éclatant en arrière des escarpes ou des contrescarpes, les obus renversaient les murs épais sous leur souffle puissant. Dans la cour intérieure, les blindages en bois qui protégeaient les ouvertures des casemates étaient traversés par les éclats. Enfin on put constater que le seul souffle dû à l’explosion d’un projectile éclatant dans une case-
- mate suffisait à renverser les murs et à arracher les cloisons voisines (J).
- Ce fut tout d’abord une véritable impression de stupeur. On craignit d’avoir mal interprété ces résultats, et de nouvelles expériences, à Bourges, permirent, en effet, de constater : 1° qu’en substituant un remblai rocailleux à la terre argileuse, on réduisait beaucoup la pénétration des gros projectiles; 2° que l’on augmenlait sensiblement la résistance des voûtes par l’emploi du béton de ciment, sous grosses épaisseurs, au lieu de la maçonnerie ordinaire.
- Dès lors, tout un programme de transformations nécessaires fut appliqué au remaniement des ouvrages existants, et l’on s’efforça en même temps de perfectionner les cuirassements. Les progrès de l’industrie métallurgique conduisaient à des aciers spéciaux extrêmement résistants. On créait des tourelles à éclipse rapide n’apparaissant au-dessus de la collerette bétonnée que juste le temps nécessaire au tir de leurs canons. Les pièces de flanquement et les mitrailleuses étaient mises également sous coupoles à éclipse. Des abris blindés protégeaient les guetteurs et les projecteurs. Quant aux grosses pièces à mettre dans les intervalles des forts, pour les mieux dissimuler et empêcher qu’elles fussent facilement repérées, le commandant Mougin proposait de monter leurs affûts à éclipse sur des trucs faciles à déplacer sur voie ferrée. Schumann à son tour créait des coupoles transportables pour pièces de petit calibre.. Dans toute cette évolution, le tracé lui-même des ouvrages ne laissait pas que de subir de profondes transformations.
- Déjà l’on pouvait prévoir que les sièges pied à pied des ouvrages deviendraient de plus en plus rares, faisant place à un véritable duel des deux artilleries à longue portée, jusqu’à ce que, celle de la défense faiblissant, un des ouvrages étant bouleversé, écrasé, réduit à un informe chaos par un déluge de projectiles explosifs, les troupes de l’attaque, pour s’en emparer, n’auraient plus qu’à se précipiter dans un assaut effréné. C’est sensiblement la méthode préconisée sous le nom d’attaque brusquée, par le général allemand von Sauer, il y a longtemps déjà, à une époque pourtant où l’at-
- 1. Voir : Fortifications cuirassées, par L. Piarron de Mo\-désir, P-colonel du Génie breveté. 0. Doiti, éditeur, 1909.
- Coupe A B
- Coupe C D
- Fig. 6. — Type de fort Liège et Namur (1887-i8çi). a, coupoles 2 canons i5 cm L; b, 2 canons 120 L; c, 1 canon 57 TR; d, ï obusier 2/ cm; e, 1 obusier 21 cm; f, 1 mortier 21 cm; g, Phare électrique cuirassé.
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- : LA CRISE DE LA FORTIFICATION
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- taque ne disposait point d’un matériel aussi puissant que celui que nous vojons mis en œuvre à l’heure actuelle. Dès lors à quoi bon tout subordonner à la lutte rapprochée, avec un grand développement de crêtes d’infanterie vouées à la destruction avant que de servir, avec le minutieux tracé destiné à assurer le ilanquement de l’ouvrage par l’ouvrage lui-même? Le seul flanquement efficace, ce sera celui qui proviendra des ouvrages voisins, moins maltraités.
- Ainsi dégagé des sujétions d’antan le fort se fait plus petit pour se mieux dérober aux feux ; son tracé se simplifie, et, aux grands ouvrages d’autrefois, pentagonaux ou en trapèze, Brialmont, par exemple, à Liège et à Namur, de 1887 à 1891, et d’autres ingénieurs à sa suite, substituent des forts triangulaires, où, pour assurer la garde des fossés contre toute surprise, on établit un seul coffre de flanque ment logé dans la contrescarpe, au saillant, tournant ainsi le dos à l’ennemi qui ne peut le contrebattre directement. Les fossés eux-mêmes sont-ils bien indispensables? Quelques novateurs songent à les supprimer; un fort ne serait plus qu’un massif énorme de béton renfermant dans ses lianes les stricts locaux nécessaires aux servants de ses coupoles et à ses munitions. Les seuls points délicats, ce sont précisément ces grosses lentilles de métal
- et c’est peut-être, en effet, dans ces propositions qui semblaient anticiper l’avenir, que l’on sera conduit à puiser pour reconstituer de nouvelles forteresses après la guerre. Mais il est toujours difficile toutefois de déraciner des doctrines consacrées, et les novateurs ont toujours passé pour des utopistes, de sorte que les projets dont nous parlons, jugés subversifs, n’ont pas été appliqués jusqu’en leurs der-
- Fig. 8. — Coupe d’un fort Mou-gin.
- qui émergent à peine de la carapace, mais dont quelques coups heureux pourraient paralyser le mouvement de rotation et arrêter le tir.
- En fait d’obstacles, des réseaux de fil de fer, des trous de loup, des grilles. Quelques partisans ennemis parviendraient-ils jusque sur cette masse inerte, dont l’entrée se fait par un puits creusé à grande distance en arrière, que pourraient-ils pour sa destruction? Telles sont les idées générales préconisées depuis longtemps déjà par le commandant Mougin et quelques autres ingénieurs.
- C’était, disaient-ils, la fortification (le l'avenir,
- Fig. p.
- Tourelle portative allemande.
- nières conséquences ; ils ont réagi néanmoins sur la conception des travaux entrepris pour moderniser les places les plus importantes.
- Les lecteurs de La Nature n’ont pas oublié la description détaillée des fortifications récentes qui font de la place de Metz, le camp retranché le plus formidable, sans doute, où sont appliqués les principes qui déroulent de ce qui précède j1).
- Nous n’y reviendrons pas, et, d’ailleurs, nous ne saurions en faire ici une étude objective au point de vue qui nous intéresse aujourd’hui. La lutte n’est pas terminée. Si des forteresses sont tombées, il en reste :— et ce sont les plus importantes, — qui jusqu’à présent n’ont point donné la mesure de leur force. Témoins muets de la tragédie qui se déroule sous nos yeux et où elles interviennent pourtant par leur seule présence, quel est le rôle qui leur est réservé et ne contribueront-elles pas à renverser les conclusions trop hâtives qu’on serait tenté de formuler prématurément avant le dénouement? X...
- 1. Yoy. n° 2172, du 15 mai 1915.
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- J.-HENRI FABRE
- Le célèbre entomologiste est mort le 14 octobre, dans son ermitage de Sérignan, à l’âge de 91 ans. Ses débuts, des . plus modestes, parmi les fleurs sauvages de Saint-Léons, dans le haut Rouergue, son professorat à Avignon, sa découverte du principe colorant de la garance ont été racontés, il y a cinq ans, à l’occasion du cinquantenaire de sa réclusion volontaire dans cet aride harmas, où s’est élaborée, en tête-à-tête avec la nature, son œuvre qui est à la fois celle d’un savant, d’un philosophe et d’un poète.
- Déjà, Charles Darwin, dans son ouvrage retentissant sur Y Origine des Espèces, avait qualifié d’« observateur inimitable » celui que Victor Hugo devait plus tard surnommer 1’ « Homère des insectes » et dont Maurice Maeterlinck a dit :
- « Henri Fabre est une des plus hautes et des plus pures gloires que possède, en ce moment, le monde civilisé, l’un des plus savants naturalistes et le plus merveilleux des poètes au sens moderne et vraiment légitime de ce mot.... C’est une des admirations les plus profondes de ma vie. »
- Il ne fut pourtant connu que d’une élite, pendant la plus grande partie de son existence. Fait chevalier de la Légion d’honneur par Napoléon III, en 1867, au cours d’une audience où l’avait amené, après beaucoup d’insistance, Victor Duruy,r alors ministre de l’Instruction publique, Fabre ne* reçut la rosette qu’en 1912. Son caractère répugnai^ à toute intrigue, et, loin de rechercher les honneurs, il les fuyait obstinément. N’avait-il pas refusé la chaire que Duruy lui offrait à Paris, pour retourner en Provence et y travailler dans la solitude et la pauvreté? Malgré tout, sa valeur avait fini par s’imposer, et sa vieillesse a connu la popularité qu’il avait toujours dédaignée. Son jubilé fut célébré avec quelque éclat, en avril 1910; le gouvernement lui offrit une pension, et le solitaire vit venir dans son harmas, d’abord un minière, M. Thierry, puis, quelques mois après, le Présiuent de la République, M. Poincaré, à son retour d’Espagne.
- C’est dans cette retraite qu’IIenri Fabre a tant observé et tant médité. 11 a aussi beaucoup écrit, d’abord de petits livres de science à l’usage des écoliers, des traités élémentaires de physique, de chimie, d’astronomie et, bien entendu, d’histoire naturelle. Plus tard, il composa pour le public la Vie des Insectes, les Mœurs des Insectes, les Ravageurs, les Auxiliaires, etc. Il laisse aussi des vers, ciselés avec art, dans la langue provençale; mais son œuvre capitale se trouve dans les dix volumes des Souvenirs entomologiques. C’est là surtout que s’affirment la sagacité pénétrante, la patience inlassable du chercheur, et aussi le souple talent de l’écrivain et la profondeur de pensée du philosophe.
- Que de mystères a percés ce grand historiographe de l’insecte ! Prenons au hasard un exemple, dans les découvertes auxquelles l’ont conduit ses merveil-
- leuses facultés d’observation. Pour assurer la vie à leurs larves, qu’elles ne doivent jamais voir éclore, les guêpes font, dans le terrier où elles enfouissent leurs œufs, une ample provision de gibier : grillons,' araignées, chenilles ou coléoptère quelconque, puis en ferment l’entrée qu’elles ne franchiront plus. Et, dès son éclosion, pendant les jours de sa croissance, la jeune guêpe, née à l’état de larve, se nourrira de ce gibier. Or, il faut que la proie échappe à la dessiccation et à la pourriture ; mais il faut aussi qu’elle ne puisse pas se débattre, car elle meurtrirait la débile créature qu’elle est destinée à nourrir. Problème difficile que la guêpe mère a su pourtant résoudre : la victime sera percée par le dard venimeux, non pas en plein corps, car elle en mourrait, mais en des points déterminés, au siège des invisibles ganglions dont le mécanisme commande les divers mouvements. Ainsi, la proie est devenue paralytique : elle vivra, mais dans l’immobilité, et la guêpe naissante pourra impunément s’en repaître ; elle mordra en pleine chair vive, et la victime restera impuissante à se défendre.
- Et, quand le naturaliste a bien vu et noté froidement ces horribles détails, l’homme s’émeut devant l’âpreté de la lutte pour l’existence, féroce, sans merci, le droit à la vie partout conquis par le pouvoir de donner la mort, avec, parfois, des raffinements d’adresse et de cruauté à faire frémir :
- « En méditant sur cette lutte fatale, implacable, que la nature impose, pour leur conservation, à ces divers êtres, tour à tour possesseurs et dépossédés, tour à tour dévorants et dévorés, un sentiment pénible se mêle à l’admiration que suscitent les moyens employés par chaque parasite pour atteindre son but; et oubliant un instant le monde infime où ces choses se passent, on est pris d’effroi devant cet enchaînement de larcins, d’astuces et de brigandages qui rentrent, hélas ! dans les vues de Yaima parens rerum ! (*). »
- Et voici deux passages qui prennent, dans les circonstances actuelles, un relief tout particulier :
- « La force prime le droit, dit la brute, ou plutôt, de droit, il n’y en a pas chez elle. Le monde de la bête est une cohue d’appétits sans autre frein que l’impuissance. Seule capable d’émerger des bas-fonds des instincts, l’humanité fait le droit, le crée lentement à mesure que se clarifie la conscience. De ce lumignon sacré, si vacillant encore, mais accru d’âge en âge, elle fera resplendissant le flambeau qui mettra- fin, chez nous, au principe des brutes et changera de fond en comble, un jour, la face des sociétés (2). »
- Cependant, cet espoir est fragile', et d’autres observations sont commentées avec un certain pessimisme :
- 1. Souvenirs entomologiques. (Ch. Delagravc, éditeur), t. II. p. 512.
- 2. Ibid., t, IX, p. 162.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- « Hélas! le brigandage sous 'toutes ses formes fait la loi dans la mêlée des vivants. Du moindre au plus élevé, tout producteur est exploité par l’improductif. L’homme lui-même, qui,) par son rang exceptionnel, devrait être en dehors de ces misères, excelle dans ces apretés de fauve. Il se dit : « Les « affaires, c’est l’argent des autres », comme le moucheron se dit : « Les affaires, c’est le miel de l’Ha-« licte » Et pour mieux brigander,il invente la guerre, l’art de tuer en grand et de faire avec gloire ce qui, fait en petit, conduit à la potence.
- « Ne verrons-nous jamais la réalisation de ce sublime rêve qui se chante le dimanche dans la moindre église de village : Gloria in excelsis Deo, et pax in terra hominibiis bona voluntatis! Si la guerre concernait l’humanité seule, peut-être l’avenir nous réserverait-il la paix, tant les généreux esprits y travaillent;.mais le fléau sévit aussi chez la bête, qui, la têtue, n’entendra jamais raison. Du moment qu’il est imposé comme condition générale, le mal est peut-être incurable. La vie dans l’avenir, c’est à craindre, sera ce qu’elle est aujourd’hui, un perpétuel massacre (4). »
- Sans jamais se lasser, le savant s’inquiète pourtant, à certaines heures, devant l’inanité de ses recherches, l’impossibilité de creuser à fond les énigmes qui restent sans solution définitive pour sa curiosité. A l’hypothèse succède l’hypothèse, et la vérité fuit toujours. Néanmoins, le dernier volume
- ACADÉMIE E
- Séances du i5' au
- Essai rapide des substances employées contre les gaz nocifs. — M. Kohn-Abrest décrit un petit appareil qui permet d’étudier rapidement l’effet de diverses substances employées contre le chlore, à commencer par le simple coton imbibé d’eau distillée et en continuant par les carbonate ou hyposulfite de soude.
- Traitement des myoacousies consécutives à des blessures de guerre. — M. Marage montre les résultats du traitement, qui a donné 68 pour 100 de guérisons pour des sourds dont quelques-uns paraissaient incurables. Dans les cas de commotion cérébrale, on a moitié de succès; dans les cas d’otite moyenne avec commotion cérébrale, 76 pour 100 de guérisons et, quand il n’y a que des lésions de l’oreille moyenne, on guérit toujours.
- Action stimulante des sels de magnésium. — MM. Pierre Delbet et Karajanopoulo ont étudié l’action sur les cellules de l’organisme des diverses solutions employées comme antiseptiques, afin de voir lesquelles d’entre elles réduisent et lesquelles, au contraire, exaltent la propriété phagocytaire des globules blancs, si précieux dans la lutte contre l’infection. Us ont constaté que les antiseptiques proprement dits altèrent profondément les globules blancs et tuent les cellules sans réussir à tuer les microbes. Ces antiseptiques sont, par conséquent, nuisibles (éther, permanganate, liqueur de Labarraque), et, au contraire, on obtient des résultats favorables avec certaines solutions non antiseptiques
- 1. Souvenirs entomologiques, t. VIII, p. 123.
- des Souvenirs envisage avec plus de sérénité les perspectives futures, et l’optimisme reparaît, dans cette page caractéristique :
- « De tous nos signes graphiques, le mieux conforme à ce qu’il signifie est le point d’interrogation. En bas, un atome rond. C’est la houle du monde. Au-dessus se dresse, énorme et roulé en crosse, le lituus antique, le bâton augurai questionnant l’inconnu. Je verrais volontiers dans ce signe l’emblème de la science, en perpétuel colloque avec le comment et le pourquoi des choses.
- « Or, si haut qu’il se dresse pour mieux voir, le bâton interrogateur est au centre d’un étroit horizon ténébreux, que les sondages de l’avenir remplaceront par d’autres plus reculés et non moins obscurs. Au delà de tous ces horizons, péniblement déchirés un à un par le progrès du savoir, au delà de toutes ces obscurités, qu’y a-t-il? La pleine clarté sans doute, le pourquoi du pourquoi, la raison des raisons, enfin le grand a; de l’équation du monde. Ainsi nous l’affirme notre instinct questionneur, jamais satisfait, jamais lassé; et l’instinct infaillible dans le domaine de la bête ne peut l’être moins dans le domaine de l’esprit (*). »
- Et au-dessous de ces lignes, en guise de cul-de-lampe, un gigantesque point d’interrogation termine le chapitre.
- Tel est le savant, tel est le penseur dont la longue et laborieuse carrière est un bel exemple de fière indépendance et de droiture. Ernest Coustét.
- 't.gîj
- S SCIENCES
- 3 septembre j^15.
- utilisées pour le traitement des plaies, notamment avec le chlorure de sodium. Enfin, les résultats donnés par le chlorure de magnésium sont remarquables; cette substance augmente la proportion des phagocytoses dans la proportion de 75 pour 100 par rapport au chlorure de sodium, qui lui-même en donne 63 pour 100 de plus que la liqueur de Labarraque. Le maximum est atteint pour la solution à 12 pour 100. M. Charles Richet remarque, à ce propos, qu’il a obtenu le même résultat d’excitation avec une solution de chlorure de magnésium à la même dose dans le cas des fermentations lactiques. Il y a une coïncidence intéressante, qui mériterait d’être suivie : cette dose paraissant favorable, d’une façon générale, à la vie des cellules, aussi bien des cellules leucocytaires phagocytantes que des cellules de ferment lactiques, productrices d’acide lactique.
- Destruction des mouches par le fumier domestique. — Le fumier de cheval est le milieu de développement par excellence de la mouche domestique. La ponte ne se fait que sur le fumier frais et la fermentation l’arrête au bout de 24 heures. On peut utiliser la chaleur de fermentation d’un tas de fumier pour la destruction des larves qu’il contient. Il suffit de le brasser le lendemain du dépôt et de renouveler l’opération les deux jours suivants : ce qui équivaut à chauffer le fumier frais à 50° ou 60° sans aucune dépense d’appareil ni de combustible. La méthode èst très simple et très efficace.
- 1. Ibid., t. X, p. 214.
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- LE DERNIER MOT DU CUIRASSE
- Action des rayons ultra-violets sur les sels de mercure. — Par la lumière ultra-violette, les solutions de sublimé corrosif s’allèrent très rapidement avec formation de calomel. La réaction est réversible, le calomel formé donnant lui-même par photolyse Hg Cl- et Hg. Les sels parfaitement secs résistent mieux.
- Les troubles de la circulation artérielle en rapport avec les circonstances de guerre. — M. A. Moutier a
- observé que tous les sujets revenant du champ de bataille présentent une hypotension radiale, qui est la conséquence d’une vaso-dilatation périphérique, compensatrice d’une vaso-constriction interne. Il est, en outre, fréquent d’observer, au niveau d’un membre ayant été le siège d’un traumatisme de guerre, des troubles de circulation artérielle qu’on ne rencontre pas sur le même membre du côté opposé.
- LE DERNIER MOT DU CUIRASSÉ
- La propulsion électrique.
- L’arairautë des États-Unis a établi les plans et fait actuellement construire une série de 5 cuirassés dont le premier porte le nom de California et qui seront remarquables par deux particularités.
- La première est qu’ils déplaceront 52 000 tonnes, chiffres qui n’a encore été égalé dans aucune marine pour un bâtiment de guerre, sauf en Rassie où les 4 cuirassés du type Borodino atteignent 32 500 tonnes.
- La seconde est qu’ils seront les premiers navires de guerre de gros tonnage uniquement mus par l’électricité. En effet, la marine américaine, après de longues et probantes expériences effectuées sur un navire charbonnier, le Jupiter, dans le Pacifique, a décidé d’appliquer en grand, l’expérience de la propulsion électrogène.
- Les bâtiments de combat du type immédiatement précéden t ,Penn syl-vania et Arizona, reçoivent leur vitesse d’un système de turbines à vapeur, caractérisé par la présence d’une turbine spéciale transmettant son mouvement à l’arbre de couche au moyen d’un engrenage, cette turbine étant utilisée pour la marche de croisière, c’est-à-dire à allure moyenne. On obtient par l’emploi de l’engrenage une réduction du nombre de tours de l’hélice, et en somme une diminution notable de l’énorme consommation de charbon qui frappe tout navire muni de turbines directement couplées sur les arbres d’hélice, alors que ces turbines ne travaillent pas constamment à leur maximum de puissance.
- À bord du California et des autres navires de cette dernière série, le système de propulsion sera uniquement électrique. Tout d’abord, on estime
- que l’utilisation dans les hélices de l’énergie produite s’élèvera à 75 pour 100 pour une vitesse de 21 nœuds, et il est certain que ce sera un résultat
- extrêmement remarquable. Les 4 hélices tourneront à 160 révolutions par minute, chacune d’elles étant attelée à un moteur électrique de 8000 chevaux, soit 52 000 chevaux de puissance totale.
- L’énergie électrique nécessaire aux moteurs sera produite par 2 turbines à vapeur à grandes vitesses, chacune tournant à 3000 révolutions et actionnant un générateur électrique à courant alternatif triphasé.
- Jusqu’à la vitesse de 19 nœuds, il suffira d’employer une seule des deux turbines pour les 4 hélices, et on réalisera de ce fait, pour une vitesse encore très belle, une grosse économie de combustible.
- 11 faut remarquer encore, à l’éloge du système nouveau, que la grave question du renversement de la marche est résolue le plus aisément du monde, puisqu’il suffit de changer, de la passerelle même, au moyen de simples commutateurs, le sens de la marche des moteurs électriques, sans toucher aux turbines à vapeurs qui continueront à fonctionner dans le même sens et aux conditions les plus économiques.
- L’importante décision, prise par le Secrétariat de la marine américaine, mérite d’appeler l’attention la plus vive. Elle pourrait bien, en effet, constituer la solution définitive, pour un long avenir du pror blême de la propulsion des navires (1).'
- Du Verseau.
- 1. Renseignements tirés du Naval and Military Record. Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiitjre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- Un nouveau cuirassé type California.
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- LA NATURE. — N° 2197.
- = 6 NOVEMBRE 1915.
- LES LABORATOIRES DE LA GUERRE
- I. — Les polygones d’artillerie.
- Des canons! Des munitions! Ce cri de ralliement patriotique, se répercutant longuement à travers notre pays, depuis le jour où l’on a compris la durée possible de la guerre, a été entendu par tous ceux dont les efforts pouvaient contribuer à accroître les moyens d’attaque de nos armées.
- A côté de nos arsenaux et de nos grands établissements de l’industrie privée, qui se consacrent dès le temps de paix aux fabrications d’armement, d’innombrables « usines de guerre » ont surgi sur
- incessants, parvienne de plus en plus à affirmer sa maîtrise sur celui de l’ennemi.
- Cette longue et délicate mise au point n’est pas faite, comme pour les découvertes de la physique, de la chimie ou de la mécanique, entre les quatre murs de quelque mystérieux laboratoire. Les laboratoires de l’artillerie ce sont les polygones, installations parfois considérables, où canons et munitions sont expérimentés dans les conditions les plus diverses.
- Afin de donner aux lecteurs de La Nature une
- Fig. i. — Polygone des Établissements Schneider à la Villedieu. (Usine du Creusot). Tirs d'essai d’un canon de bord de 340 ntm.
- le sol de France. Partout, on a adapté, transformé l’outillage existant, on a créé de nouveaux moyens d’action et, sans avoir encore atteint la limite désirée, la production s’est développée dans des proportions dépassant de beaucoup les premières espérances.
- Les articles des journaux et des périodiques ont permis à la nation de suivre cette marche en avant ; des illustrations nombreuses ont reproduit des vues d’ateliers où s’alignent des canons, où s’entassent d’interminables piles d’obus de tous calibres. On a ainsi largement conscience de l’effort nécessaire au point de vue fabrication et construction; on se rend peut-être moins compte des recherches, des essais, des épreuves, des vérifications nécessaires pour que cet immense matériel de guerre réponde à tous les besoins du combat, et, par des progrès
- idée de l’organisation de ces polygones et des expériences que l’on y réalise sans relâche, nous avons obtenu de visiter les champs de tir que nos grands établissements Schneider possèdent près de leurs usines du Creusot et d’IIarlleur. Sans trahir aucun secret de la Défense Nationale, nous espérons pouvoir montrer la complexité du labeur qui s’y poursuit.
- Toutes les expériences d’artillerie n’ont pas à être effectuées à distance de combat. Quand il s’agit d’expérimenter les munitions, leur trajectoire, leurs effets sur les troupes, sur le matériel ou sur les fortifications ennemies, il faut, bien entendu, pouvoir procéder au tir avec des portées analogues à celles que l’on devra atteindre sur le front. Mais, pour étudier le meilleur mode de construction des matériels, la résistance des canons et des affûts, leur stabilité et mille autres caractéristiques, il suffît
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- 43' Année. — 2” Semestre.
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- LES LABORATOIRES DE LA GUERRE
- de disposer d’emplacements plus réduits : les projectiles sont alors tirés dans des sortes de cibles, placées à quelques centaines de mètres au plus du canon. Ces cibles, appelées « chambres à sable », sont formées par des masses de matières sablonneuses contenues entre des parois maçonnées et dans lesquelles s’amortit la force vive restante des projectiles.
- Il peut donc y avoir, suivant la nature des problèmes à étudier, deux sortes de polygones, des polygones à longue portée et des polygones à courte portée, qui comportent d’ailleurs un certain nombre d’installations communes. A proximité des ateliers d’artillerie du Creusot se trouvent les deux polygones de la Ville-dieu et de Saint-Henri, champs de tir à courte portée, destinés aux essais de balistique intérieure et aux épreuves des cuirassements.
- Le polygone de la Villedieu a environ 400 m. de longueur et 100 m. de largeur.
- Il est entouré par des murs de soutènement et par des buttes ou « parados », en terre gazonnée, qui assurent une sécurité complète aux terrains du voisinage.
- Les canons à affût fixe; canons de bord ou de côtes, sont montés sur une série de plates-formes, disposées en ligne à une extrémité du polygone.
- Ces plates-formes, à rainures, dites plates-
- formes universelles, permettent le montage de pièces de calibres variables et d'affûts de formes très différentes. Deux plates-formes, plus importantes et de grandes dimensions, sont réservées aux matériels de très gros calibre. En avant de celles-ci, on a établi des aires cimentées pour prévenir les dégradations du sol que causerait le souffle du tir : c’est, en effet, une véritable trombe de gaz que projette de la bouche du canon avec une extrême violence la déflagration de la charge d’un obus de 340 ou de 380. De plus, pour éviter toute chance d’accident fortuit, possible au cours de tirs d’épreuve, on place autour des matériels d’énormes voussoirs en béton armé, leur constituant une véritable carapace d’où émerge seule la volée des canons. On conçoit la puissance des engins nécessaires pour
- Fig. 2. — Polygoiie des Établissements Schneider à Saint-Henri (Usine du Creusot). Tirs d’essai aux grands, angles d’un matériel d’artillerie lourde.
- desservir ces plates-formes, étant donné que certains canons pèsent actuellement, sans leurs affûts, de 60 à 70 tonnes. C’est au moyen de ponts roulants à portiques de 50 et de 100 tonnes que l’on monte et démonte canons, affûts et voussoirs de protection.
- Les matériels sur roues sont placés, pour les tirs, sur une série d’emplacements aménagés en avant des plates-formes universelles et représentant les principales natures de terrain que l’on peut rencontrer en campagne : terrains pavés, sols de prairie, terrains sablonneux, remblais de scories, terrains argileux.
- A l’extrémité opposée du polygone sont édifiées
- les chambres à sable. Ce sont de longues voûtes, construites en pierre ou en béton armé, et leurs parois, ainsi que les talus de terre qui les recouvrent, sont suffisamment épais pour prévenir tout accident. Ces voûtes sont remplies, sur toute leur profondeur, de sable dans lequel viennent. se perdre les projectiles.
- On conçoit qu’il faille un matelas extrêmement épais pour arrêter des projectiles pesant plusieurs centaines de kilogrammes et tirés avec des vitesses initiales atteignant 700 à 800 m. à la seconde.
- De temps en temps on enlève le sable pour retirer tous les projectiles qui s’y accumulent; des dispositifs mécaniques spéciaux facilitent les manutentions.
- Le polygone de la Villedieu comprend trois grandes chambres à sable ; deux d’entre elles sont assez profondes pour permettre d’expérimenter les matériels des plus gros calibres avec des projectiles ogivaux de profil normal. (Pour certains essais on peut en effet employer des projectiles cylindriques sans ogive, qui ont le double avantage d’être plus économiques et d’avoir une force de pénétration moindre dans le sable des chambres). En dehors de ces grandes chambres, utilisables seulement pour les tirs à l’horizontale, de petites chambres de divers types permettent d’effectuer des tirs sous des angles variant de —10° à -+- 30°.
- Quand on veut essayer au tir la résistance des plaques de cuirassement, on les place à proximité
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- et en avant des chambres à sable, et on les entoure de pare-éclats en béton ai’mé, qui ajoutent leur effet protecteur à celui des boucliers en bois dont on les munit. Des puits maçonnés ou en béton peuvent être aménagés pour le montage des coupoles qui effectuent leurs essais dans les conditions de service.
- Une ligne de tir spéciale est réservée pour les essais au fusil des tôles de masques, boucliers et autres organes de protection. Des collections de fusils de tous les modèles en service dans les principales puissances servent à étudier la résistance des métaux à la pénétration des balles.
- A l’abri des parados sont construites des pou-
- avant et après tir, ou renferment tous les appareils que nous aurons à examiner au sujet des essais eux-mêmes.
- Le polygone est parcouru par les voies ferrées du réseau général de l’usine, sur lesquelles on amène les canons qui ne sont pas montés sur roues. Ces derniers sont manœuvrés au moyen de tracteurs automobiles.
- Le polygone de la Villedieu ne permet d’effectuer les essais des canons qu’à l’horizontale ou sous de faibles angles de tir. Or, il est souvent intéressant et même indispensable de pouvoir étudier les caractéristiques d’un matériel et de vérifier ses propriétés
- Fig. 3. — Polygone des Établissements Schneider à Harfleur. Une des batteries de tir. Canons de campagne et d’artillerie lourde en essais.
- drières, renfermant des approvisionnements de poudres des catégories les plus variées, grâce auxquels on peut exécuter sur le champ tous les essais désirés, faire varier la vitesse initiale, la pression de tir, etc. Près des poudrières se trouvent des salles, où des ouvrières procèdent au bottelage des poudres sans fumée et à la préparation de toutes les charges de tir. Des magasins de douilles et de projectiles contiennent en réserve des éléments de munitions de tous calibres.
- Des casemates, aménagées dans les parados, servent à abriter le personnel pour certains tirs spéciaux, le feu étant mis aux pièces électriquement. D’autres salles servent à la vérification et aux mesurages des différents éléments des matériels
- au point 'de vue de la balistique intérieure, sous les angles maxima permis par l’affût. Pour ces catégories d’essais, l’usine du Creusot possède un deuxième polygone, celui de Saint-Henri, établi dans les excavations d’anciennes carrières de grès rouge, exploitées à flanc de coteau.
- Dans ces carrières on a aménagé un cirque de forme générale elliptique, auquel on accède par un passage étroit et dont les parois assez abruptes ont une vingtaine de mètres de hauteur. Au fond de ce cirque on a construit, à flanc de rocher, une chambre à sable verticale en maçonnerie, à Pavant de laquelle une ouverture, qui se développe en hauteur,'est fermée par des planches formant cible ; derrière ces planches sont entassés des fagots
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- LES LABORATOIRES DE LA GUERRE
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- de fascines destinés à empêcher les éboulements pendant les tirs. La chambre est entièrement remplie d’un mélange sablonneux que l’on charge par une trémie placée à la partie supérieure. Grâce à ce dispositif on peut effectuer des tirs sous des
- angles de 70° environ avec des matériels d’artillerie lourde des plus gros calibres. Dans une autre carrière voisine, relie'e à la première par un tunnel, ont été installées les salles d’artifices où sont apprêtées les munitions. Pour les essais exigeant que l’on puisse tirer à distance de combat, soit sur terre, soit en mer les Établissements Schneider possèdent les deux polygones du Hoc et d’Harfleur.
- Le polygone du Hoc est installé à l’entrée de l’estuaire de la Seine, afin de permettre les tirs à longue portée en mer et en rivière. Destiné à la seule expérimentation des matériels fixes de bord et de côte, il ne comprend que des batteries de tir à plates-formes universelles, l’une pour les matériels de gros calibre, l’autre pour les matériels de petit et de moyen calibre. Les tirs sont effectués dans des secteurs de direction et d’ouverture déterminées, pendant des périodes précisées par un règlement.
- Les services maritimes en sont informés et, de plus, avant chaque tir l’horizon est fouillé au moyen d’appareils optiques, afin de vérifier qu’aucun bateau ne se trouve dans la zone dangereuse.
- En arrière des batteries sont édifiés des parados surmontés d’une plate-forme d’observation. Dans ces parados sont aménagés, comme à la Villedieu, des abris pour le personnel et en arrière sont cons-
- truits des magasins , à projectiles, des poudrières, des salles d’apprêtés et des salles pour les appareils enregistreurs.
- Une chambre à sable a été établie pour le cas où l’on voudrait procéder à des expériences à courte portée.
- Le plus important de tous les poly-~1 gones Schneider est celui d’Harfleur, destiné aux tirs à terre et qui s’étend sur des kilomètres et des kilomètres ; de terrains absolument plats, au bord i de l’estuaire de la Seine. Il permet de réaliser tous les tirs de balistique extérieure et d’expérimenter les types de munitions les plus divers; on y procède à l’établissement des tables de tir des nouveaux matériels aux essais de précision à grande distance, aux tirs d’explosifs et à l’étude pratique de tous les artifices.
- Les batteries se développent sur un front de 500 m. et comprennent de nombreuses plates-formes pour l’exécution des tirs dans des conditions extrêmement variées : plates-formes à rainures pour canons de forteresse ou de côtes, plates-formes oscillantes pour canons de bord, plates-formes à échelons pour tirs de matériels sous de grands angles, plates-formes en sable, en pavés, en béton, en terrains naturels, en terrains inclinés. Des parados régnent le long et en arrière des batteries; ils sont couronnés par une galerie d’obser-
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- vation couverte d’où l’on découvre l’ensemble du champ de tir et qui est munie de tous les appareils Optiques nécessaires.
- Une batterie casematée est spécialement réservée aux essais d’obus à explosifs pour l’expérimentation des types d’explosifs nouveaux et des nouveaux modèles de projectiles. Lé canon est placé dans la
- Fig. 4 — Essais de projectiles à explosif dans un obusier de campagne à la batterie casematée du polygone d’Harfleur.
- Fig. 5. — Essais, sous de grands angles de tir, d’un canon de campagne sur une plate-forme bétonnée à fosse au polygone d’Harfleur.
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- casemate, dont les blindages - et les parados sont assez épais pour qu’une explosion ne puisse pas causer d’accident, et le feu est mis à distance par les servants, qui, avant le tir, s’abritent dans un réduit blindé. Les observateurs se trouvent dans une salle blindée voisine et notent les résultats du tir par d’étroites meurtrières.
- Des lignes de tir sont balisées sur toute la longueur du polygone, de manière à permettre de repérer facilement les distances. Des voies ferrées courent parallèlement aux lignes de tir et desservent les abris échelonnés de distance en distance pour l’observation des effets des projectiles. Des embranchements de ces voies ferrées, perpendiculaires aux lignes princi-
- pales, servent à la mise en place ou à la construction des objectifs sur les lignes de tir, au transport du matériel et des munitions.
- Un wagon obseï*-vatoire blindé peut être amené sur un point quelconque des voies ferrées pour observer les tirs.
- Les abris observatoires sont bétonnés, blindés et recouverts d’épaulements
- en terre. Les observations sont faites par des meurtrières pratiquées dans les parois blindées. Ces abris sont tous en communication téléphonique avec les batteries et avec les stations d’appareils enregistreurs
- A proximité des batteries se trouve une chambre à sable pour certains essais à courte portée. Le polygone comporte également, en arrière de la zone de tir, des pistes de roulage dont nous aurons à reparler et qui servent à étudier la résistance des matériels dans des conditions analogues à celles de la guerre.
- Une station météorologique possède toute une collection d’appareils : baromètres, thermomètres, hygromètres, anémomètres. Les phénomènes atmosphériques ont en effet une répercussion plus ou moins importante sur les diverses caractéristiques du tir, et il faut en tenir un compte rigoureux dans l’établissement des tables de tir et la vérification de la pré-
- Fig. 6. — Abri d’observation bétonné et blindé sur le polygone d'Harfieur.
- cision des ma-, tériels.
- Comme dans les autres polygones, des salles d’appareils enre^ gistreurs et vérificateurs, des poudrières, des dépôts de douilles et de projectiles, des salles d’apprêtés, des salles d e présentation des matériels complètent les installations.
- Ce court exposé permet d’avoir un aperçu de l’étendue et
- de l’importance des installations nécessaires pour l’étude, la mise au point et la réception des canons et des munitions. Dans un prochain article nous décrirons une partie des essais qui y sont effectués.
- LES BLESSURES DES NERFS PAR PROJECTILES DE GUERRE
- La fréquence des blessures des nerfs a été une des surprises de la guerre actuelle. C'est au point que dés le mois d’octobre 1914, le Service de Santé de l’armée a été dans la nécessité de créer, dans plusieurs régions de France, des centres sanitaires spécialement consacrés aux « blessés nerveux » et placés sous la direction de médecins neurologistes.
- Cette judicieuse innovation a déjà rendu les plus grands services et ne manquera pas d’en rendre longtemps après la cessation des hostilités, car les blessures des nerfs ont des conséquences qui se prolongent à longue échéance.
- D’où vient la fréquence de ces blessures des nerfs?
- On a incriminé la vitesse de rotation des balles
- des fusils modernes et aussi leur degré de chaleur. Mais ce dont il faut surtout tenir compte, c’est de l’extrême vulnérabilité du tissu nerveux, quelle que soit la nature du traumatisme. D’ailleurs, si nous sommes mal renseignés sur les lésions des nerfs observées au cours des guerres récentes (russo-japonaise, balkaniques) où cependant les projectiles étaient de même nature, par contre, dans la guerre de Sécession, un neurologiste américain, Weir-Mitchell, avait observé et décrit un certain nombre des conséquences des blessures nerveuses que nous voyons aujourd’hui, et il s’agissait alors de projectiles tout différents. Au surplus, dans les blessures actuelles, les effets des balles rondes de shrapnells ne diffèrent pas sensiblement de celles des balles
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- cylindro-coniques de fusil ou de mitrailleuse.
- Grâce aux progrès de la neurologie depuis ces 50 dernières années, grâce surtout au labeur incessant des neurologistes français depuis le début de la guerre, la nature et les conséquences des lésions des nerfs sont aujourd’hui infiniment mieux connues. Il en est de même de leur traitement. Aussi peut-on dire que, malgré la gravité souvent très grande de ces blessures nerveuses, le nombre des infirmes incurables sera moins important qu’on ne l’avait tout d’abord redouté.
- Les nerfs le plus souvent lésés sont ceux des bras et ceux des jambes. Lorsque la blessure porte sur les nerfs crâniens, elle est généralement si grave qu’elle entraîne la mort.
- Quand un nerf est atteint par un projectile, la douleur au niveau de la plaie est en général peu vive ; c’est, disent les blessés, comme un coup de bâton ou le choc d’une pierre; par contre, ils éprouvent rapidement, quelquefois même instantanément, des sensations d’engourdissement, de fourmillement, de « décharges électriques surtout accentuées aux extrémités des membres. Presque tous ont l’impression que leur membre est devenu subitement inerte, quelques-uns même croient que ce membre a été supprimé.
- C’est qu’en effet les nerfs des membres sont des nerfs mixtes, à la fois sensitifs et moteurs : aussi leurs lésions s’accompagnent-elles de troubles de la sensibilité et de la motilité.
- Ce sont les variantes dans la localisation de ces troubles qui permettent de déclarer que tel ou tel nerf est lésé, bien entendu après qu’on a éliminé les impotences dues aux fractures, aux ankylosés, aux lésions musculaires ou tendineuses, sans oublier les adhérences cicatricielles. 1
- I. — Au membre supérieur, l’innervation des muscles est assurée par trois nerfs principaux : le
- médian, le radial et le cubital. Suivant que la lésion porte sur l’un ou l’autre de ces trois nerfs, on voit se produire trois types différents de paralysie.
- 1° Paralysie radiale. — Le nerf radial est le plus souvent lésé dans la région où il contourne l’humérus, qui lui-même est fréquemment brisé par le projectile. La paralysie radiale apparaît instantanément et elle est caractéristique. La main
- tombe, inerte, s u r l’avant-bras; le blessé ne peut plus la relever, il ne peut étendre ses doigts ni écarter son pouce. Parconire, il peut encore fermer les doigts ; mais les mouvements de préhension sont cependant gênés en raison de l’inertie des muscles extenseurs et releveurs de la main, dont l’action antagoniste est nécessaire au bon équilibre fonctionnel.
- Les paralysies radiales s’accompagnent très rarement de phénomènes douloureux. Nous avons constaté, avecM. Pierre Marie et M. Henry Meige, que le nerf radial était de tous les nerfs celui dont les blessures étaient les moins douloureuses. Les troubles de la sensibilité qu’on observe sont peu accentués et peu étendus, souvent même ils n’occupent pas tout le territoire de la peau tributaire de ce nerf.
- 2° Paralysie cubitale. — La caractéristique des lésions de ce nerf est l’apparition, souvent instantanée, d’une rétraction des deux derniers doigts de la main à laquelle on a donné le nom de griffe cubitale. Il n’est pas rare que l’index et le médius soient un peu entraînés dans cette attitude de flexion. Le mécanisme de cette déformation est assez complexe. Il tient, d’une part, à ce que les muscles lombricaux des 2 derniers doigts sont seuls innervés par le cubital (ceux des 2 premiers étant innervés par le médian) et, d’autre part, à la paralysie des petits muscles interosseux de la main, qui, tous, sont innervés par le cubital.
- Fig-{ 2. — Paralysie radiale. Main tombante. Impossibilité de relever la main et les doigts ;; mais les mouvements de flexion des doigts sont possibles.
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- Cette paralysie des interosseux se traduit par l’impossibilité où se trouve le blessé d’.écarter et de rapprocher les doigts les uns des autres. Elle s’accompagne rapidement d’une atrophie musculaire, facilement visible grâce aux dépressions qui se creusent entre les métacarpiens sur le dos de la main et à l’aplatissement de Ja paume à la base du pouce et du petit doigt.
- Cette « main en griffe », émaciée sur le dos, excavée sur sa face palmaire offre un aspect tout à fait caractéristique.
- Souple au début et facilement réductible, la griffe cubitale ne tarde pas à devenir permanente et irréductible par suite de la rétraction des tendons fléchisseurs. La sensibilité est généralement très atteinte. Au niveau de la peau innervée par le cubital, le blessé ne sent plus le contact, la piqûre, ni souvent aussi la chaleur ou le froid. Et cependant les douleurs sont fréquentes sur le trajet du nerf cubital. Elles sont réveillées par la pression sur le bord interne de l’avant-bras.
- 50 Paralysie du nerf médian.
- — Une lésion du nerf médian s’accompagne d’une paralysie des muscles fléchisseurs communs des doigts, en particulier du pouce, de l’index et du médius (les IVe et Ve doigts ayant en plus d’autres fléchisseurs innervés par le nerf cubital).
- En outre, il y a paralysie avec atrophie des muscles de 1! « éminence thenar », cette épaisse masse charnue qui forme, dans la paume de la main, la base du pouce. De là résulte 1’impôssibilité d’opposer le pouce aux autres doigts et de porter sa base vers la paume de la main.
- Telle est la forme classique de la paralysie dù médian. Les plaies de guerre la réalisent quelquefois. Mais le plu s souvent, la blessure du médian revêt une forme spéciale, dite « forme douloureuse » dont il a été fréquemment parlé dans ces derniers temps (1).
- Dans cette forme clinique, ce sont les phéno-mènés douloureux qui prédominent et qui présen-
- 1. M. Pierre Marie et Mme Athanassio-Bénisty. « Une forme douloureuse des blessures du nerf médian par plaies de guerre. » Académie de médecine, 16 mars 1915.
- tent une importance et des particularités exceptionnelles.
- La main que le blessé soutient avec précaution est plus fine que celle du côté sain. Les doigts sont allongés et souvent animés d’un léger tremblement. Les ongles sont bombés, la peau est rose, avec des plissements transversaux à la paume, et un aspect macéré particulier dû au perpétuel enveloppement dans des linges humides (main de blanchisseuse).
- Les douleurs s’installent dix à quinze jours après la blessure, elles vont en s’exaspérant pendant plusieurs semaines, atteignent un summum qui peut durer plusieurs mois, puis vont en décroissant, mais avec une grande lenteur.
- Elles présentent leur maximum d’intensité à la paume de la main, et au niveau de la pulpe des doigts et de leurs talons. Ce sont des sensations de trans-fixion, de piqûres, d’écrasement et surtout de brûlures, extrêmement intenses, empêchant le sommeil et nécessitant trop souvent le recours aux stupéfiants, tels que la morphine. Leur caractère le plus constant est d’être exaspérées par la chaleur sèche. Elles sont provoquées ou exagérées par le plus léger contact, non seulement de la main malade, mais aussi de la main saine, voire même de toute autre partie du corps. Ces malheureux blessés ne peuvent toucher les objets qui les entourent, qu’après avoir mouillé leur main valide et ils supplient les médecins qui les examinent de se mouiller les doigt s avant de les palper.
- Ces douleurs sont encore réveillées par une inspiration profonde, par la toux, le rire, la marche, et, fait singulier qui est constant, par les émotions, notamment la vue d’une personne (qui manque de tomber, le fait de se pencher à une fenêtre, de descendre un escalier, de marcher sur un parquet glissant; une porte qui se ferme, une lumière qui s’allume, un bruit subit, un cri, la musique, et jusqu’à la simple vue d’une gravure impressionnante produisent le même fâcheux effet.
- Heureusement, cette forme douloureuse des
- Fig. 3. — Griffe cubitale. Rétraction en crochet des deux derniers doigts à la suite d’une lésion du nerf cubital.
- Fig. 4. — Aspect de la main dans la forme douloureuse de paralysie du nerf médian. Douleur cuisante (çausalgie), calmée par les applications froides.
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- blessures du nerf médian a tendance à s’amender spontanément, et, au bout de plusieurs mois, les douleurs deviennent tolérables, puis disparaissent.
- Un même projectile peut atteindre plusieurs nerfs du bras, notamment dans la région de l’aisselle, sorte de carrefour où passent juxtaposés tous les nerfs du membre supérieur.
- On observe alors des paralysies et des anesthésies occupant les différents territoires où se distribuent les nerfs lésés. Il en est de même lorsque la blessure plus haut située, vers la base du cou, atteint les branches nerveuses qui, partant de la moelle épinière, s’entrecroisent pour former le plexus brachial. Ces « paralysies vlexuelles)) sont d’un diagnostic délicat, mais leur pronostic est peut-être moins grave qu’on ne peut le supposer au premier abord.
- Dans ces mêmes régions du cou et de l’aisselle ne passent pas seulement les gros troncs nerveux; accolés à eux se trouvent les vaisseaux, artères et veines, qui irriguent le membre supérieur. Et il est fréquent que le projectile atteigne à la fois nerfs et vaisseaux. L’existence de lésions artérielles o u veineuses aggrave les accidents en déterminant des troubles circulatoires surtout à l’extrémité du membre; nous y reviendrons bientôt.
- II. — Au membre inférieur deux nerfs principaux sont chargés de distribuer la motilité et la sensibilité, le nerf sciatique et le nerf crural. Les lésions de ce dernier sont relativement rares. Il n’en est pas de même pour le sciatique, ce large ruban nerveux qui sorti du bassin descend sur la face postérieure de la cuisse, se bifurque un peu
- au-dessus du genou en deux branches : sciatique poplité interne et sciatique poplité externe, l’un se distribuant aux muscles postérieurs et internes de la jambe, l’autre aux muscles antéro-externes. Ce sont ces branches qui commandent à tous les mouvements du pied.
- Suivant que le projectile atteint le tronc du nerf
- sciatique ou l’une ou l’autre de ses branches on voit se produire des paralysies totales ou localisées. Cependant il peut arriver que le grand nerf sciatique soit simplement o encoché ». Dans ce cas la paralysie n’apparaît que dans les muscles dont les fdets nerveux ont été lésés. Le traumatisme fournit alors une preuve de l’existence de ces localisations dans les troncs nerveux, que la fréquence des blessures de guerre a permis de mieux préciser au cours de ces derniers mois.
- Quand le grand nerf sciatique est complètement sectionné ou détruit au niveau de la cuisse, tous les mouvements du pied sont abolis. Celui-ci est ballant, sa pointe tombe et pour marcher le blessé est obligé de soulever fortement le genou. On dit qu’il « steppe ». Si, au contraire, la lésion ne porte que sur le nerf sciatique poplité externe, le malade peut encore fléchir le pied et tourner la pointe en dedans; mais il ne peut le soulever ni le tourner en dehors. L’aLtitude qui en résulte est beaucoup plus gênante pour la marche que dans le cas précédent. Ainsi, quelque paradoxal que cela puisse paraître, la paralysie de tous les muscles de l’extrémité du membre inférieur apporte moins de gêne à la marche que la paralysie de quelques-uns de ces muscles seulement.
- Fig. 5. — Paraylsie du nerf médian (forme douloureuse). La peau est amincie, plissée. Les mouvements de flexion des doigts sont affaiblis.
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- Les lésions des nerfs du membre inférieur s’accompagnent naturellement, elles aussi, de troubles de la sensibilité : anesthésie, hypoesthésie, hyperesthésie, répartis sur la peau dans des territoires limités correspondants à la distribution cutanée des branches sensitives lésées. On observe également des douleurs dont on peut s’imaginer l’intensité
- S.p.î -
- Fig. 7. — Distribution des nerfs du membre inférieur sur la peau de la jambe et du pied (face antérieure et face postérieure). C, nerf crural, et sa branche, S. i, saphène interne;
- - S. p. e, nerf sciatique poplité externe (branche du grand nerf sciatique); P. S, petit nerf sciatique; S. p. i, nerf sciatique poplité interne (saphène externe), branche du grand nerf sciatique; T. a, nerf tibial antérieur.
- si l’on connaît celles de la névralgie sciatique survenant sans traumatisme. Il existe même une forme douloureuse de la paralysie sciatique consécutive aux blessures de guerre, tout à fait comparable à celle du nerf médian, présentant les mêmes caractères de cuisson, de brûlure, exaspérée par la chaleur, les émotions, calmée au contraire par les applications froides. Certains blessés sont même obligés de tenir constamment leur pied plongé dans une cuvette d’eau fraîche.
- Fréquemment aussi le pied tend à se déformer, les orteils se recourbant en griffe, en même temps que la jambe se replie vers la cuisse et bientôt s’ankylosé dans cette position.
- La paralysie, les modifications de la sensibilité, l’atrophie des muscles ne sont pas les seuls symptômes que l’on observe à la suite des lésions des nerfs. La peau subit souvent des changements de coloration et de consistance; tantôt elle est plus rouge, de teinte violacée, tantôt elle devient sèche, écailleuse. Il n’est pas rare de voir les poils pousser
- exagérément sur un membre paralysé, les ongles s’incurver, se déformer, et devenir cassants. Souvent aussi la sudation est plus abondante, et presque toujours l’extrémité est plus froide. Les tendons et les muscles ont tendance à se rétracter et il peut en résulter des déformations incurables. Ces troubles vasomoteurs et trophiques surviennent surtout dans les lésions du nerf médian et du nerf sciatique.
- On admet généralement que c’est la lésion nerveuse elle-même qui détermine cette altération des tissus, mais une série de faits très significatifs nous ont permis de montrer, avec M. Henry Meige, que les lésions des artères sont fréquentes et entraînent par elles-mêmes de graves troubles circulaires et nutritifs (*). On peut s’en assurer en constatant la différence entre le pouls des deux extrémités, ou à l’aide d’appareils permettant de calculer la pression artérielle, tels que l’oscillomètre de Pachon.
- On devra toujours soupçonner une lésion vasculaire associée à la lésion nerveuse, lorsqu’on sera en présence de troubles trophiques de quelque importance, comme la teinte violacée intense des téguments, la diminution notable de la température, l’existence d’ulcérations, notamment au bout des doigts, l’infiltration fibreuse du tissu sous-cutané, la rétraction de certains muscles dont le corps charnu s’indure jusqu’à prendre une consistance ligneuse.
- Pour l’étude des paralysies d’origine nerveuse, l’examen électrique est d’un grand secours. Depuis Duchenne (de Boulogne) on sait que, sous l’influence d’un courant faradique (courant interrompu), les muscles se contractent différemment suivant qu’ils sont sains ou malades.
- L’excitation électrique d’un nerf, dans les régions où il est le plus superficiel, détermine également une contraction de tous les muscles innervés par ce nerf en aval du point électrisé. L’excitation de chaque muscle en particulier entraîne la contraction de ce muscle qui exécute le même mouvement que lorsqu’il se contracte volontairement.
- Lorsqu’un nerf est sectionné, en général au bout de quelques jours son excitation au-dessous de la lésion ne produit plus aucune contraction musculaire. On dit alors que les muscles dépendant de ce nerf ont perdu leur excitabilité électrique en totalité ou en partie. De même lorsqu’on fait usage d’uu courant
- 1. M. Henry Meige et M““ Athanassio-Be'nisty. De l’importance des lésions vasculaires associées aux lésions des nerfs périphériques dans les plaies de guerre (Soc. méd. des hôpitaux, 12 mars 1915).
- S.i
- Fig. 8. — Nerfs de la peau de la plante du pied. P. i, nerf plantaire interne; S. i, saphène externe; T. p, tibial postérieur; P. e, plantaire externej
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- galvanique (courant continu) les muscles réagissent différemment à l’état normal et à l’état pathologique. La recherche de la contractilité électrique à l’aide des courants faradique et galvanique permet de constater un ensemble de phénomènes qui constitue la réaction de dégénérescence, en abrégé la D. R.
- Voici comment on peut la résumer. Le nerf lésé ne réagit plus ni au courant faradique, ni au courant galvanique. Les muscles tributaires de ce nerf sont inexcitables au courant faradique. Ils réagissent encore au courant galvanique, mais très faiblement; un courant bien plus fort est nécessaire pour déterminer la contraction des muscles paralysés.
- D’autre part la secousse musculaire est lente au lieu d’être brusque. On peut observer en outre une inversion de la formule polaire, c’est-à-dire que le muscle se contracte plus fortement à la fermeture du pôle positif qu’à la fermeture du pôle négatif,-contrairement à la règle normale.
- Les renseignements fournis par l’examen électrique permettent de se rendre un compte exact de la validité des différents groupes musculaires. Et c’est même un procédé précieux pour dépister la simulation chez les sujets — ils ne manquent pas, hélas! — qui se prétendent incapables d’exécuter tel ou tel mouvement. Mais les renseignements fournis par l’examen électrique ne permettent pas d’apprécier pleinement la nature ni la gravité d’une lésion nerveuse. Ge n’est qu’en mettant le nerf à nu qu’on peut se rendre un compte exact de son état.
- On a beaucoup discuté sur l’utilité de l’intervention chirurgicale dans les blessures des nerfs. Au début, la plupart des chirurgiens furentabstentionnistes, puis la plupart devinrent interventionnistes, peut-être même à l’excès.
- Ce qui est certain, c’est que grâce à l’asepsie, on peut aujourd'hui aborder les nerfs dans les meilleures conditions possibles. Bien entendu, toute intervention de ce genre doit être pratiquée à la suite d’un examen minutieux fait par un neurologiste. i
- Au cours même de l’intervention, la faradisation
- directe du nerf mis à nu peut être faite au moyen d’électrodes stérilisables, selon uneméthode employée par MM. Pierre Marie et Henry Meige. Si le nerf ne réagit pas électriquement, fùt-il d’apparence saine, c’est qu’il existe une lésion, et il faut la chercher plus haut ou plus bas que le point dénudé.
- Les lésions des nerfs, visibles à l’œil nu au cours de ces opérations, sont en allant des plus graves aux moins graves les suivantes :
- a) La section complète du nerf, les deux tronçons sont rétractés et distants de plusieurs centimètres, ou bien ne sont réunis que par un mince pont de tissu d’apparence fibreuse. Généralement les deux extrémités séparées sont renflées en « baguettes de tambour ».
- b) La section incomplète, où une partie des fibres nerveuses conservent leur continuité.
- c) Les fibromes ou névromes, renflements indurés le long du tronc du nerf.
- d) Enfin des modifications plus légères de l’aspect du nerf : congestion, induration, etc.
- Dans l’immense majorité des cas, autour du nerf blessé, existent des adhérences fibreuses qui l’étranglent etle fixent aux organes voisins, muscles, aponévroses, etc. Le premier objet de l’acte opératoire est de libérer ces adhérences : c’est ce que l’on appelle « faire la toilette du nerf ».
- Dans les cas de section complète ou incomplète, le tronc du nerf étant mis à nu avec d’infinies précautions (car rien n’est plus vulnérable que le tissu nerveux), le chirurgien procède à la résection des parties malades et à la suture après avivement des deux extrémités du nerf.
- Si au cours de l’opération, la faradisation du nerf a permis d’observer quelques contractions dans les muscles qu’il commande, on se contentera de la simple toilette du nerf ou d’un très léger « hersage » des parties renflées pratiqué à l’aide de plusieurs petites incisions longitudinales.
- L’excision ou le hersage des renflements qu’on observe sur les nerfs lésés a pour but de faciliter la régénération nerveuse. On sait, en effet, qu’un
- Fig. y. — Paralysie de la jambe gauche consécutive à une lésion par balle du nerf sciatique. Atrophie musculaire, déformation du pied, rétraction des orteils.
- Fig. io. — Troubles trophiques de Vextrémité des doigts et des ongles consécutifs à des lésions des nerfs médian et cubital; en '.outre, Vartère humérale avait été complètement détruite par le projectile.
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- nerf se compose essentiellement d’un certain nombre de filaments appelés cylindraxes, isolés les uns des autres par une substance graisseuse appelée la myéline, le tout enfermé dans une gaine conjonctive.
- A cet égard le nerf est tout à fait comparable à un câble électrique composé de plusieurs fils métalliques entourés de gutta-percha. Les blessures des nerfs ont pour effet de déterminer aux extrémités créées par la section et tout spécialement à l’extrémité supérieure une prolifération cellulaire qui porte surtout sur le tissu conjonctif et qui ne tarde pas à former un renflement pouvant dépasser de beaucoup le calibre du nerf normal.
- Or, on admet que la régénération nerveuse se
- Il serait encore prématuré de formuler des conclusions sur les résultats définitifs des interventions chirurgicales sur les nerfs. Certaines d'entre elles sont franchement encourageantes, mais il est prudent de ne pas généraliser.
- Cependant dans tous les cas où le nerf est comprimé par une virole fibreuse (ce qui est fréquent à la suite des longues suppurations) et surtout si le nerf est sectionné ou encore englobé en totalité ou en partie dans le cal osseux d’une fracture voisine, il semble bien que l’opération soit indispensable.
- La thérapeutique des blessures des nerfs à la suite de projectiles de guerre n’est pas seulement chirur-
- Fig. ii. — Principaux types de lésions des nerfs par projectiles de guerre (figure demi-schématique). — A. Section complète : les deux bouts du nerf sectionnê>sont renflés en massues, mais surtout le bout supérieur, par suite d’une prolifération conjonctive cicatricielle. On voit les cylindraxes déformés en vrilles. Le courant nerveux est interrompu. Paralysie totale; — B. Section incomplète en apparence, mais complète en réalité; les deux bouts du nerf lésé sont réunis par un tractus fibreux où ne passe aucun cylindraxe, et par suite aucun influx nerveux; — C. Névrome provoqué par un projectile. Le nerf présente un renflement fusiforme induré constitué par du tissu fibreux qui comprime et disloque les cylindraxes, interrompant partiellement ou totalement la conductibilité nerveuse; — D. Plusieurs nèvromes sur un même nerf lui donnent l’aspect dit « en intestin de poulet »; — E. Section incomplète. Une partie seulement des fibres nerveuses est sectionnée. Les muscles innervés par ces fibres sont paralysés, mais non les muscles innervés par les fibres respectées (paralysie dissociée); — F. Nerf engainé dans du tissu fibreux cicatriciel qui peut l’étrangler jusqu’à interrompre la conductibilité.
- fait par la croissance en longueur des cylindraxes sectionnés, notamment de ceux du bout supérieur. On a même calculé la vitesse de leur accroissement : elle pourrait atteindre un millimètre en 24 heures.
- Toutes réserves faites sur l’exactitude de ce chiffre, il n’en reste pas moins que la poussée des cylindraxes se trouve enrayée par la prolifération trop active des éléments conjonctifs qui les entourent. On s’en rend bien compte sur des coupes de nèvromes, où les cylindraxes apparaissent flexueux, contournés sur eux mêmes à la façon des racines d’une plante qui rencontrent un obstacle dans leur accroissement. Il semble donc logique de frayer un chemin à travers le tissu conjonctif épaissi.
- gicale. Dans la majorité des cas, on obtient des améliorations considérables, souvent même des guérisons complètes, en utilisant le massage, la mécanothérapie, la gymnastique passive et active et enfin l’électrothérapie.
- L’électricité, en effet, n’est pas seulement une aide précieuse pour le diagnostic des lésions nerveuses; son emploi judicieux active les restaurations mo triées.
- Lorsqu’on ne constate pas de réaction de dégénérescence, le traitement classique est le suivant : premier temps : galvanofaradisation de tout le membre blessé. Deuxième temps : faradisation au tampon successivement de tous les muscles lésés.
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- Dans le cas où les nerfs et les muscles lésés présentent la réaction de dégénérescence : premier temps, galvanisation de tout le membre blessé; deuxième temps, galvanisation au tampon par un •courant rythmé.
- On peut encore ajouter au traitement électrique,
- Fig. 12. — Appareil pour « main tombante » [paralysie radiale). Une gouttière d’aluminium fixée par un large bracelet de cuir maintient la main sur le prolongement de l’avant-bras, permettant la flexion des doigts. Le « pouce tombant » est écarté et relevé par une bague de cuir que tire un ressort à boudin.
- les douches d’air chaud, les bains de lumière, l’hydrothérapie, etc.
- Enfin dans un grand nombre de cas, il est indispensable d’avoir recours à des appareils orthopé-
- liMÈÈm
- Fig. i3. — Appareil de soutien à charnière
- permettant de maintenir la main dans ta position désirée en faisant varier son angle d’inclinaison avec l’avant-bras. Gouttière d’aluminium fixée par un large bracelet de cuir à l’avant-bras.
- diques qui ont pour double but d’enrayer l’apparition d’attitudes vicieuses et de faciliter le retour des mouvements.
- C’est ainsi que dans la paralysie radiale, il im-
- Fig. 14.—Appareil à ressorts destiné à corriger l’impotence des muscles extenseurs de la main et des doigts dans la paralysie radiale. L’appareil est fixé à l’avant-bras par un long bracelet de cuir. Il permet les mouvements de flexion des doigts et de la main [qui sont conservés) et la préhension des objets. Une bague de cuir fixée à un ressort à boudin écarte le pouce.
- porte de soutenir la main à l’aide d’une attelle qui la maintient sur le prolongement de l’avant-bras, afin d’éviter la rétraction des fléchisseurs, obstacle principal à la récupération des mouvements des extenseurs.
- On peut aussi suppléer dans une certaine mesure à l’impotence de ces derniers à l’aide de ressorts ou d’élastiques qui soulèvent les doigts tout en permettant les mouvements de flexion. De nombreux appareils ont été construits dans ce but; les plus simples et les moins coûteux sont les meilleurs.
- Dans les paralysies du pied, on utilise également des ressorts qui, au cours de la marche, ramènent le pied dans une position correcte.
- Un bon appareil ne doit pas comprimer les muscles en voie de restauration.
- S’il est presque impossible d’agir utilement sans exercer une certaine compression dans les paralysies du membre supérieur, on peut arriver au contraire à éviter cet écueil dans les paralysies du membre inférieur. Notamment dans les cas de lésions du sciatique poplité externe, on parvient à corriger presque complètement la difficulté de la marche, à l’aide d’un appareil très simple, imaginé par M. Henry Meige.
- Une sangle qui passe en sautoir par-dessus l’épaule opposée au pied malade, se
- Fig. i5. — Appareil pour « pied tombant » (paralysie du nerf sciatique poplité externe). Un baudrier supportant une jarretelle élastique fixée au bord externe de la chaussure. La pointe du pied est soulevée et portée en dehors par la traction élastique qui supplée à l’impotence motrice, corrige le steppage et empêche de buter.
- continue au niveau de la taille par une jarretelle élastique qui vient s’attacher au bord externe de la semelle de la chaussure. L’élasticité peut être obtenue très facilement à l’aide d’anneaux de caoutchouc ou de petits ressorts à boudin ; elle a pour effet de soulever pendant la marche la pointe du pied et de la porter en dehors. Le « steppage » se trouve ainsi corrigé, sans fatigue pour le blessé et d’une façon inapparente, l’appareil se trouvant tout entier dissimulé sous les vêtements et dans le pantalon.
- Ce qu’il importe de bien savoir, c’est que la guérison des blessures nerveuses est toujours lente.
- Il faut compter en général, plusieurs mois, de 5 à 10, avant qu’un nerf sérieusement blessé, puisse commencer à donner les premiers signes de restauration.
- Il faudra même, dans certains cas, attendre plus longtemps encore pour le retour à l’état normal. Mais la pratique, acquise depuis le début de la guerre, permet d’affirmer qu’à la suite des blessures
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- nerveuses on comptera moins d’infirmes qu’on n’aurait pu l’appréhender.
- Enfin, nul ne devrait ignorer qu’une condition essentielle des progrès réside dans la volonté de guérir.
- Ceux qui subissent leur traitement d’une façon toute passive, sans faire des efforts personnels soutenus pour activer leur guérison, ceux là ris-
- quent fort de s’éterniser dans une demi-impotence.
- Ceux, au contraire, qui cherchent toutes les occasions d’exercer leurs forces renaissantes, qui tentent par tous les moyens d’assouplir leurs membres malades et de perfectionner les plus minimes acquisitions, ceux-ci mettent de leur côté les meilleures chances de réussite.
- Mme Athanassio-Benisty,
- interne à la Salpêtrière.
- LES OBJECTIFS PHOTOGRAPHIQUES DE FABRICATION FRANÇAISE
- Avant la guerre, nous achetions à l’Allemagne beaucoup d’objectifs photographiques, les uns de tout premier ordre, d’autres moins bons ou même médiocres : il eût été facile de trouver en France aussi bien, sinon mieux, et à meilleur compte; mais il y a des préjugés tenaces, et une publicité habile entretenait soigneusement l’opinion avantageuse que l’optique d’outre-Rhin avait su donner de sa supériorité.
- Cette supériorité, il faut d’ailleurs le reconnaître, s’était bien réellement affirmée, à l’époque où Zeiss lançait ses premiers anastigmats, fabriqués avec les verres de Schott. Jusque-là, les opticiens avaient cru impossible de concilier une grande ouverture avec l’amplitude du champ : les objectifs rapides ne donnaient des images nettes que dans une zone très limitée, et les objectifs à grand angle étaient peu lumineux.
- La raison en était que les rayons pénétrant dans une lentille sous une incidence très oblique ne viennent pas tous converger au même foyer, de sorte que l’image d’un point se trouve représentée, non par un point, mais par deux lignes dont les foyers se forment dans deux plans différents. Il n’est donc pas possible, semble-t-il, d’obtenir dans ces conditions la reproduction exacte d’un point, d’où le nom d'astigmatisme (a privatif, et cmyua, point) donné à ce défaut, et, pour s’en affranchir, les opticiens devaient choisir entre deux solutions : ou limiter l’image à une surface peu étendue, ou diaphragmer de manière à éliminer les rayons trop obliques et à accroître la profondeur de foyer. En réduisant l’ouverture, on agrandissait bien le champ de netteté, mais au détriment de la rapidité.
- Cependant, la théorie indiquait le moyen de corriger l’astigmatisme sans abuser du diaphragme ; seulement, les formules établies par les mathématiciens étaient considérées comme inapplicables par les industriels, parce qu’elles prévoyaient l’emploi de verres à la fois peu réfringents mais très dispersifs, ou inversement, deux propriétés qui paraissaient s’exclure l’une l’autre.
- Quand les verriers surent préparer des fontes possédant les qualités requises, on peut dire que le problème de l’anastigmatisme se trouva presque entièrement résolu. Ces matières, dont le pouvoir
- dispersif n’est plus étroitement lié au pouvoir réfringent, sont généralement désignées sous le nom de veri'es cl'léna, bien qu’elles aient d’abord été fabriquées à Paris : les carnets de fabrication de Feil, successeur de Guinand, attestent que, dès 1864, l’usine que dirige actuellement M. Parra-Mantois avait essayé d’incorporer aux verres d’optique des proportions variées de baryte.
- En Allemagne, des essais analogues ne furent entrepris qu'en 1881, par Schott, qui réussit à fonder, trois ans plus tard, une verrerie dont l’importance s’accrut rapidement, avec l’appui et les subsides du gouvernement impérial. Il faut encore constater ici ce qui a été déjà dit si souvent, à propos d’autres industries allemandes : l’organisation du travail, l’importance du rôle attribué aux recherches de science pure, l’union étroite entre le laboratoire et l’usine. Toute une série de cristaux nouveaux furent créés, en faisant méthodiquement varier la composition des fontes; on substitua àja chaux des doses croissantes de baryte et d’oxyde de zinc, on y ajouta toutes les substances capables de former un mélange isotrope : didyme, urane, bore, manganèse, arsenic, et les propriétés optiques de chaque échantillon étaient minutieusement analysées.
- La première application des nouvelles matières fut faite aux microscopes que construisait une autre usine d’Iéna, celle de Zeiss, d’après les calculs d’Abbe. Les résultats en furent très remarqués et, dès 1886, M. G. Fabre signalait, dans le Bulletin de la Société française de photograjihie, l’importance que présentaient les verres à la baryte pour la construction des objectifs photographiques. En effet, l’année suivante, Ross, à Londres, les utilisait dans un objectif symétrique à quatre lentilles, le Concentric lens, et Miethe,.en 1888, combinait un instrument analogue, auquel il donnait le nom d’Anastigmat.
- Pourtant, ces deux objectifs laissaient encore à désirer, sous le double rapport de la rapidité et de l’àplanétisme. En réalité, le problème ne fut pleinement résolu que par la collaboration systématique des deux grands établissements d’Iéna. Un savant technicien de l’usine Zeiss, le DrP. Rudolph, indiquait les types de verres nécessaires, et Schott s’en rapprochait progressivement. En même temps,
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- d’autres spécialistes perfectionnaient les méthodes primitivement en usage pour donner aux lentilles les courbures voulues et pour les centrer. Opticien et verrier travaillant ainsi de concert, les premiers modèles étaient rapidement améliorés, et chaque nouvelle série marquait un nouveau progrès.
- Les premiers anastigmats de Zeiss, mis sur le marché en 1890, pouvaient être qualifiés de « grands-angulaires extra-rapides », deux termes qui semblaient auparavant contradictoires. Il y eut véritablement, chez nos opticiens, un moment de désarroi. Gomment auraient-ils pu lutter efficacement contre une concurrence qui les prenait au dépourvu? Les nouveaux instruments exigeaient des soins inusités dans la taille du verre et dans le réglage des montures ; il fallait créer tout un outillage et dresser le personnel à un travail délicat; il fallait surtout se procurer les matières premières nécessaires à la fabrication, et aucune verrerie française ne se trouvait alors en mesure de les fournir. Feil venait de mourir, et son associé, Man-tois, d’abord destiné au notariat, paraissait peu préparé par ses études antérieures à soutenir la lutte avec la verrerie d’Iéna. Il n’hésita pas néanmoins à s’engager dans la voie dont M. Wallon lui affirmait l’importance. Assisté d’un chimiste éminent, le DT Yerneuil, il reprit les anciens essais de Feil et réussit, au prix de beaucoup d’efforts et de persévérance, à replacer son industrie au rang qu’elle avait occupé autrefois. La qualité des nouveaux verres français ne tardait pas à êtreiappré-ciée, même à l’étranger, sans en excepter il’Alle-magne,( qui en consommait, ces dernières années, de grandes quantités.
- La plupart des objectifs a^tr-ophotographiques employés à la confection des cartes du ciel sont taillés dans des verres de Maqtois, ainsi que le grana objectif astronomique de l’Observatoire Yerkes, de 1 m. 05 de diamètre, celui de l’Observatoire Lick, de 0 m. 97, et celui du grand sidé-rostat de 1 m. 25 exposé à Paris en 4900. Cette même année, Mantois mourait, laissant à son beau-frère, M. Parra, ancien élève de l'École Polytechnique, le soin de continuer son œuvre.
- Les opticiens n’étaient pas restés inactifs. Résolus à regagnerje terrain perdu, sans cependant copier les modèles déjà créés, ils avaient dû transformer profondément leur industrie, se livrer à de longues et coûteuses recherches, organiser un nopveau matériel et un nouvel apprentissage. Ils y réussissaient si bien que leurs instruments obtenaient bientôt la priorité, en plusieurs circonstances, sur la fabrication étrangère.
- C’est ainsi qu’en 4900, au concours ouvert par le Génie pour la photographie aérostatique militaire, la première récompense était décernée â Fleury-Hermagis. En 1904, Bertillon, après avoir soumis à des essais minutieux, pour sa photographie métrique, les meilleurs objectifs du monde entier, confiait à M. Lacour le soin d’établir la trousse à
- foyers multiples dont il avait besoin. Le même constructeur était également chargé de lui fournir un grand-angulaire couvrant 50 X 30 cm avec une distance focale de 10 cm seulement (ce qui représente un angle de 150° environ), et l’instrument établi sur ces données particulièrement difficiles à réaliser fut jugé de tout point satisfaisant. Enfin, au Concours international institué par le Ministère delà Guerre, en 4912, les établissements Lacour-Berthiot obtenaient le premier prix, et, à la section de téléphotographie, les objectifs Krauss étaient classés premiers, à l’unanimité, par la Commission chargée d’examiner les instruments présentés par les meilleurs constructeurs. L’avance que nos opticiens avaient un instant laissé prendre à leurs rivaux a donc cessé depuis longtemps, et la primauté, indiscutable mais éphémère, de l’optique allemande n’a plus qu’un intérêt historique.
- Nous ne décrirons que les principa’es combinaisons créées dans les ateliers français; cependant, il n’est pas inutile de noter que plusieurs instruments sortis des usines Zeiss, notamhient le Planar (fig. 1) et le Tessar (fig. 4), sont également fabriqués à Paris, par M. Krauss, qui en avait acquis la licence. Et M. Wallon constatait même que les anastigmats produits par l’usine parisienne ne le cédaient en rien à ceux qui venaient d’Allemagne, mais, qu’au contraire, d’une façon générale, la monture des premiers était plus élégante et plus légère.
- M. Krauss a voulu avoir aussi des modèles d’objectifs qui lui fussent propres.
- Il construit un objectif à 3 lentilles qui donne d’excellents résultats.
- Son anastigmat à 4 lentilles est dédoublable : en dévissant l’élément antérieur, on a un objectif dont la longueur focale est un peu supérieure à 3/2 fois celle de l’instrument complet. Il est construit en deux séries, dont l’une est utilisable à F : 5,5 et l’autre à F ; 6,3.
- Les Stellors, de Lacour-Berthiot, sont également construits en deux séries, caractérisées chacune par la plus grande ouverture utilisable. Le Stellor F : 3,5 (fig. 5) fournit une image rappelant celle des anciens objectifs à portraits, mais dont la correction s’étend sur un angle de 35°. Le Stellor F : 4 donne, sur un champ de 50°, une image homogène, d’une grande netteté et très brillante. La définition et l’éclairage ne subissent pas d’atténuation sensible, du centre aux bords de la plaque.
- L’Olor (fig, 5) s’emploie pour les scènes animées, le portrait, les groupes, le paysage, la reproduction, la microphotographie, la cinématographie et la stéréoscopie. À l’ouverture de F : 5,7, son champ s’étend sur un angle supérieur à 60°. Les images sont assez fines pour supporter de forts agrandissements. Cet objectif est si bien corrigé des diverses aberrations, qu’il donne son maximum de netteté à sa plus grande ouverture : le diaphragme ne sert dès lors qu’à augmenter la profondeur de foyer.
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- . UEurygraphe (fig. 6) est formé de deux couples symétriques composés chacun dé trois verres collés ensemble. La plus grande ouverture utilisable Ararie, suivant les séries établies par le constructeur, entre F : 6 et F : 12:. La netteté s’étend sur un ehamp.de 50° environ à toute ouverture , et atteint 80° en diaphragmant Les deux couples étant séparément corrigés de toute aberration, l’onjectif peut être dédoublé et fournir ainsi des images deux fois plus grandes.
- Le Périgraphe (fig. 7) est un grand-angulaire
- Fig. i. — Planar.
- particulièrement remarquable, car il offre un champ plan et anastigmatique embrassant un angle de 115°. Le rapprochement des lentilles, poussé à l’extrême limite (le diaphragme iris a dû être remplacé par une mince lamelle), a permis de réaliser une égalité d’éclairage inconnue dans les autres combinaisons à très grand angle. L’absence de toute distorsion en fait un objectif très apprécié
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- plaque. Le n° 5, de 200 mm de foyer, amené dans cette position, permet encore un décentrement de 4,5 cm dans chaque sens. Le cercle nettement couvert s'étend alors sur une surface égale à 11 fois celle de la plaque 13 X 18.
- L’Aplanastigmat (fig. 2) de Fleury-Hermagis, fournit des images très brillantes et uniformément éclairées, sur un champ de 56° à toute ouverture (F : 6,8 à F : 7,7 suivant les numéros) et de 90° à F : 14. L’objectif étant composé de deux lentilles achromatiquesisolémentcorrigées, onpeutle dédoû-
- Fig. 2. — Aplanastigmat.
- hier et utiliser seulement l’un des deux éléments.
- L’Anti-spectroscopique (fig. 8) de M. Roussel, est également de construction symétrique et dé-doublable, pour là reproduction des sujets éloignés. -Il doit son nom au soin apporté par le constructeur ' à réaliser un achromatisme parfait et couvre, à F : 6, un angle de 85°.
- Il y aurait encore à citer bien d’autres instru-
- Fig. 3. — Olor. Fig. 4. — Tessar. , Fig. 5. — Stellor.
- pour la métrophotographie, et il est appliqué dans les services judiciaires de tous les pays qui ont adopté le système Bertillon. L’emploi du Périgraphe est indiqué dans tous les cas où le recul est limité, vues d’intérieurs ou monuments très rapprochés; on l’utilise aussi avantageusement pour les groupes nombreux et dans les appareils d’agrandissement dont il réduit.notablement les dimensions. On aura une idée des services que peut rendre cet instrument dans les reproductions de machines, modèles ou détails d’architecture, en sachant qu’avec le n° 4, de 150 mm de foyer, utilisé pour plaque 13x18, on peut amener, parle décentrement, le centre de perspective sur chacun des angles de la
- ments *: les maisons d’optique Barberon, Jarret, Pipon^Degen, Zion, etc., ont combiné de nouveaux types qui soutiennent la comparaison avec ceux des meilleures marques. Tous donnent, à grande ouverture et dans un champ plus ou moins large, suivant leur destination, des images homogènes et nettes, jusqu’aux angles du format prévu, et même au delà, ce qui permet de décentrer.
- Ce sont là, certes, des avantages précieux dans la photographie documentaire; mais il y a aussi des cas où l’on demande à l’objectif des effets tout différents, et les qualités qu’exigent la photogram-métriaou la reproduction des cartes de géographie ne sont pas toujours celles que réclame la photo-
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- graphie d’art. Il est facile de remarquer, en parcourant un musée, que tous les degrés de la définition se montrent tour à tour, suivant la nature du sujet et suivant le tempérament du peintre : il y a loin, entre le fini méticuleux de Terburg ou la touche parfois microscopique de Meissonier et le flou vaporeux de Corot, la moelleuse morbidesse de Henner et la manière nébuleuse de Carrière.
- Aussi, pendant que les opticiens allemands visaient exclusivement à la sèche et froide précision, des savants français, mieux doués de goût et de sens artistique, tiraient un merveilleux parti de certaines propriétés optiques : « N’est-ce pas
- grande pitié, écrivait le commandant Puyo, de voir tant d’hommes occupés uniquement à détruire, sans distinctions ni nuances, ces forces naturelles baptisées du nom injurieux d’aberrations ? »
- Déjà, en 1892, le comte d’Assche avait préconisé l’emploi de simples verres de bésicles, et c’est ainsi qu’avait été mise dans le commerce la Trousse artistique de Demaria, composée de six lentilles
- Fig. 8. — Anti-spectroscopique.
- simples ayant des distances focales respectives de 25, 30, 40, 50, 60 et 70 cm, permettant de faire varier la grandeur de l’image sans changer le point de vue. L’inconvénient de ces verrés, c’est qu’ils ne sont corrigés d’aucune aberration et ne peuvent guère être employés qu’avec un diaphragme assez étroit, qui prolonge trop la durée de la pose. Ce défaut a été évité par des combinaisons optiques partiellement corrigées et ne conservant que des résidus d’aberrations. En 1894, MM. L. de Pulligny et C. Puyo créaient VAnachromatique, qui donne, à grande ouverture (F : 5), une image non déformée, mais douc'e et estompée, où la fermeté des traits est néanmoins respectée. Le foyer des rayons chimiques ne coïncidant pas avec celui des
- rayons visibles, il est nécessaire, après la mise au point, de raccourcir le tirage de 1/50.
- Pour éviter la correction que nécessite l’objectif précédent, Ilermagis a songé à utiliser, non plus l’aberration chromatique, mais l’aberration de sphéricité. Son Eidoscope, qui date de 1904, donne à F : 5 des images enveloppées et harmonieuses, sans nécessiter aucun réglage supplémentaire. L’ouverture du Nebulor (fig. 9), construit en 1915 par Lacour-Berthiot, est F : 4,9. Cet objectif est bien corrigé des aberrations chromatique et astigma-tique : le fondu de l’image est donné par l’aberration sphérique. En raison de la planéité de son
- Fig. 7. — Pèrigraphe.
- champ, il réalise un enveloppement régulier sur toute l’étendue de la surface couverte.
- Ces mêmes principes ont été appliqués au téléobjectif, dans le but de modifier à volonté les dimensions de la reproduction sans déplacer le point de vue. L’Adjustable landscape lens, de Pulligny, est composé de deux verres simples, l’un plan-convexe et l’autre plan-concave : en faisant
- varier leur écartement de 25 à 15 mm, la distance focale passe de 40 à 65 cm. Deux diaphragmes iris servent à graduer la netteté.
- La Trousse anachromatique d’atelier du commandant Puyo, se compose de deux combinaisons : l’une est un téléobjectif destiné aux études de tête à grande échelle et au portrait mi-corps; l’autre, formée de deux lentilles convergentes, convient aux portraits mi-corps et aux portraits en pied. f
- Si variées que - soient aujourd’hui les applications de la photographie, les objectifs que nous venons de passer en revue suffisent amplement à tous les cas.' Nous ne trouverions pas mieux à l’étranger. Ernest Coustet.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2198.
- 13 NOVEMBRE 1915.
- LE COTON AUX ÉTATS-UNIS
- Si le coton est une matière indispensable à l'artillerie moderne il n’est pas moins utile à la vie civile. Sa consommation croît chaque jour très rapidement et même, depuis quelques années, la demande dépasse la production qui, cependant, croît elle-même. De nombreuses circonstances ont été la cause de cet accroissement de consommation et, parmi celles-ci, nous en citerons une qui, si elle n’est pas la principale, en est tout au moins une des plus importantes. La civilisation en se développant pénètre de plus en plus dans nombre de contrées
- Production mondiale du coton. — Quelle est donc la production mondiale du coton? En 1913-1914 cette production mondiale était de 27 703000 balles pesant chacune 227 kg, soit 6288581 tonnes de coton. Cinq ans auparavant, c’est-à-dire en 1908-1909 cette production était de 22 271 000 balles et, en 1905-1904, c’e't-à-dire cinq autres années auparavant, elle était de 17 015 000 balles. L’augmentation pour cinq ans a donc été, en moyenne, de 27 pour 100.
- Les principaux pays producteurs de coton sont :
- Fig. i. — Zone de culture du colon aux États-Unis.
- restées jusqu’ici à l’état presque sauvage et leurs habitants, subissant cette influence, réclament chaque jour des vêtements de coton. Or, sur une population mondiale de 1 500 000 000, on estime qu’une moitié de cette population est à demi vêtue et que 250000000 ne portent aucun vêtement. On voit donc que, de ce côté, la demande de vêtements de coton est presque illimitée. En ajoutant à cette augmentation delà consommation du coton, d’autres circonstances qui ont fait que celui-ci a trouvé, dans ces dernières années, des nouveaux emplois, il n’est pas surprenant que la demande du coton soit arrivée à dépasser la production, comme nous le disions tout à l’heure.
- l’Amérique du Nord qui, en 1913-1914, a produit 14 614 000 balles, soit 55 pour 100 de la production mondiale, les Indes qui ont produit 5 201 000 balles, l’Égypte 1537 000 balles, la Russie 1 015 000 balles, la Chine 4 000 000 balles, enfin les différents autres pays producteurs 1340000 balles.
- Si la production mondiale a augmenté, le prix du coton a également subi une augmentation rapide dans ces dernières années, augmentation due à l’accroissement constant de la demande dont nous Venons de parler. Àimi de 1894 à 1898 le coton américain valait sur le marché régulateur de Liver-pool 0 fr. 85 le kilogramme, de 1899 à 1905 il valait 1 fr. 20, de 1904 à 1908, 1 fr. 28 et de
- 20 — 305.
- 43" Année. — 2° Semestre.
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- 306 :...:..........— LE COTON AUX ETATS-UNIS
- 1909 à 1915, 1 fr. 58. Au moment de la déclaration de la guerre le prix était de 1 fr. 60 le kilogramme.
- Ainsi que nous venons de le voir ce sont les Etats-Unis d’Amérique qui sont les plus grands fournisseurs de coton, puisqu’ils produisent 55 pour 100 de la production totale. Il est donc intéressant d’examiner cette production américaine du coton, au point de vue géographique, agricole et économique. C’est ce que nous nous proposons de faire aussi succinctement que possible, en ajoutant à nos renseignements personnels ceux fournis par M. Todd dans son récent ouvrage The world's Coiton Crop.
- Historique de la culture du coton aux Etats-Unis. — Il n’est pas douteux que Christophe Colomb et les explorateurs Espagnols et Portugais trouvèrent le coton dans l’Amérique du Nord et du Sud. Mais, comme plante cultivée, ce n’est que vers 1621 qu’on en aperçoit la trace dans l’État de Virginie et, en 1755, dans les États de Géorgie et de la Caroline du Sud. Les premières exportations de coton en Angleterre datent de 1759 et de 1747, quoique encore très faibles et ce n’est qu’à la fin du xvme siècle qu’elles commencèrent à prendre une certaine importance, surtout à la suite de l’emploi des esclaves comme ouvriers. En 1826 un million de balles étaient produites, deux millions en 1859 et trois en 1851. La dernière récolte avant la guerre de sécession, en 1861, avait été de 4500000 balles. Pendant cette guerre la production du coton tomba presque à rien. En 1864 elle n’était que de 300 000 balles. A la fin de la guerre les Etats du Sud se trouvèrent complètement ruinés et ce n’est que progressivement qu’ils sont parvenus à reprendre leur situation normale. Ainsi, en 1865, la récolte n’était que de 2 314000 balles et, en 1869, elle n’était que de 3 000000 balles pour atteindre six millions de balles en 1880.
- Production du coton dans ces dernières années. — En 1890 la surface cultivée en coton aux États-Unis était de 9 229 000 hectares produisant 8 656 000 balles de coton. En 1900 cette surface cultivée qui était passée à 11191000 hectares produisant 10425000 balles atteignait, en 1910, 14581000 hectares produisant 12132000 balles. Enfin, en 1913-1914 cette surface cultivée était de 16490000 hectares ayant produit 14614000balles de coton. De 1890 à 1913-1914 la surface cultivée a donc augmenté de 81 pour 100, tandis que la production du coton ne s’est accrue que de 69 pour 100 dans le même laps de temps, par suite de la diminution de rendement. Ainsi, ce rendement qui était, en 1890, de 212 kg de coton à l’hectare était, en 1900, de 207 kg et, en 1910, de 184 kg pour remonter à 194 kg en 1913. Pendant les 24 dernières années le rendement moyen par hectare a été de 202 kg.
- Quant aux prix du coton ceux-ci ont passé de 1 fr." 13 le kilogramme, èn 1900, au prix de 1 fr. 61 en 1915-1914, soit une augmentation de
- 43 pour 100, augmentation très sensible et beaucoup plus rapide que celle correspondant à l’accroissement de la production dans le même laps de temps. Le fait confirme, du reste, ce que nous disions plus haut à propos de la production mondiale, à savoir que la demande du coton aux États-Unis dépasse sa production actuelle. Nous reviendrons sur cette question.
- Voyons maintenant quelles sont aux États-Unis les régions de culture du coton. Mais auparavant nous pensons utile de donner quelques indications sur le coton.
- Deux sortes de coton sont cultivées aux États-Unis : le coton Sea Island dont les fibres atteignent une longueur minimum de 50 mm et le coton Upland dont la longueur des fibres n’atteint que 25 mm de longueur. Pour le fdateur, ainsi qu’il est facile de le comprendre, la finesse, la résistance et, surtout, la longueur des fibres, sont d’une grande importance pour certaines industries cotonnières, comme la fabrication de la dentelle. Aussi est-ce le Sea Island que ceux-ci recherchent pour cette industrie en le payant un prix presque double du Upland. Malheureusement sa production aux Etats-Unis est faible.
- Un ennemi implacable du coton est le Bail weevil, insecte originaire du Mexique et qui fit son apparition au Texas en 1892. Depuis il s’est rapidement répandu aux États-Unis et, en 1913, il occupait une surface de 767 417 km2 sur une superficie totale cultivée de 1 813 000 km2. Inutile de dire que des efforts ont été faits pour la destruction de cet insecte, mais sans succès jusqu’ici.
- Régions de culture du coton aux États-Unis. — La région de culture (coiton Belt) s’étend sur une surface de 1813 000 km2 et occupe 18 États sur les 45 qui constituent l’Union Américaine. Mais la surface occupée par là culture du coton ne couvre guère que 165000 km2, c’est-à-dire environ le dixième du coiton Belt. Le Texas qui vient en tête a produit, en 1913, 3 949 000 balles, la Géorgie 2 457 000, l’Alabama 1 528 000, la Caroline du Sud 1 465 000, le Mississipi 1 513 000 et l’Arkansas 1 079 000. Les autres États n’ont produit qu’un nombre de balles dé coton inférieur à 1 million.
- Le cotton Belt peut se diviser en trois sections qui sont les suivantes : 1° les États de l’Est et des bords de l’Atlantique comprenant la Caroline du Nord et du Sud, la Géorgie et la Floride desservis par les ports de Norfolk, de Wilmington, de Charleston, puis, plus au Sud, ceux de Savannah et de Jackson-lille. Ces différents États produisent à la fois les variétés de coton les plus opposées : le coton Upland dans les régions les plus éloignées de la côte et le Sea Island sur les bords de la mer. Ainsi que nous l’avons dit précédemment, la production du Sea Island est très limitée et sujette à de grandes variations. Ainsi, en 1913, sur une production totale de coton dans ces différents États de 4 864 000 balles, la production en Sea Island n’a été que de 82 227 balles.
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- 2° Les États du golfe du Mexique : l’AIabama, le Mi'sissipi, la Louisiane, le Texas qui produisent ensemble la moitié de la production des Etats-Unis. Mais de tous ces Etats, le plus grand producteur est le Texas qui, en 1913, a fourni 5 949 000 balles de coton sur 7 219 000 produites par ces quatre États.
- Les ports qui, sur le golfe du Mexique, desservent cçs quatre États sont : Pensacola, Mobile, la Nouvelle-Orléans et Galves-ton. Mais la Nouvelle-Orléans qui, autrefois, était un centre cotonnier très important a perdu aujourd’hui une grande partie de cette importance à la suite de l’invasion du Boll weevil. De nombreux champs de colon qui jadis entouraient la ville ont aujourd’hui disparu et le centre le plus important d’exportation de cette région est devenu Galveston plus rapproché du Texas.
- 3° La partie Nord du Texas, ainsi que les Etats du Nouveau Mexique, d’Oklahama et de la partie Ouest de l’État d’Arkansas peuvent être considérés comme formant une 3e section du Belt. En effet, par suite de l’invasion du Boll iveevil, unè nou-
- velle répartition de la production du coton s’est opérée dans ces dernières années. Des États de Louisiane et de la partie Sud de ceux du Mississipi et d’Alabama où la production du coton autrefois très considérable est actuellement très limitée, celle-ci s’est portée plus à l’Ouest vers le Texas et dans les
- parties Nord des Etats cenlraux d’Arkansas, de Mississipi et de Tennessee, régions non encore envahies par le Boll weevil. C’est dans cette région entre le fleuve Mississipi et la rivière Yazoo, près de Yick-burgh, à 400 km au Nord de la Nouvelle-Orléans
- - Champ de coton dans le Sud du Texas.
- que se trouve une région encore de peu d'étendue où, depuis quelques années, on cultive le coton Upland à longues fibres qui est une sorte d’intef-médiaire entre le Upland a courtes fibres et le Sea Island et qui commence à faire concurrencé à ce dernier sur le marché européen.
- A ces trois grandes régions productrices de coton et qui constituent Vamerican cotion Belt, il y a lieu d’ajouter deux autres districts qui, quoique encore de faible étendue, sont certainement appelés à un grand développement dans l’avenir. Il s’agit de deux régions où exceptionnellement le coton est cultivé par irrigation : la vallée du Sait River dans l’Arizona et Y Impérial Valley en Californie.
- En résumé, sauf sur les bords de l’Atlantique où le Sea Island est cultivé et le petit district près de Vicksburgh où s’exploite une variété intermédiaire entre le Upland à courte fibre et le Sea Island à longues fibres, c’est le Upland à courtes fibres qui est cultivé sur la presque totalité de la région cotonnière des États-Unis.
- Récolte du coton et sa préparation pour son transport. — L’époque de la récolte du coton varie
- Fig. 2.
- Fig. 3. — Machine Price Campbell à récolter le coton.
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- du milieu de juillet dans le Sud du Texas à la fin de septembre dans les autres régions. Mais il arrive souvent qu’on est obligé de la retarder jusque pendant Phiver par suite du manque de main-d’œuvre. La récolte se fait partout à la main par des ouvriers (pickers) qui, en passant entre les rangées de cotonniers, recueillent la graine recouverte de coton dans des sacs placés sur leur dos. Ce sac est d’un emploi général au Texas mais ce sont des paniers que l’on emploie dans les États de l’Atlantique. Lorsque ces sacs ou ces paniers sont pleins on les porte à une des extrémités du champ de coton où on les pèse afin de déterminer le prix à payer aux pickers. Au Texas, la graine-coton est versée directement dans des véhicules qui la transportent à
- A la sortie du gin le coton séparé de la graine est amené par aspiration dans un conduit à l’extrémité duquel se trouvent les presses servant à la comprimer pour en faire des balles. Quant à la graine elle est recueillie dans des réservoirs séparés. Il y a quelques années ces graines étaient considérées comme inutilisables et sans valeur, sauf comme engrais et, dans quelques cas, comme combustible. Aujourd’hui ces graines ont donné naissance à une nouvelle industrie Mont les profits, pour tous les pays producteurs de coton, sont estimés à 2.50 millions par an. On extrait de ces graines de l’huile, des graisses et de nombreux sous-produits.
- Les balles de coton une fois comprimées et emballées sont transportées dans une des villes où se
- l’usine où s’opère la séparation du coton de la graine (ginnerg). Dans certaines autres régions il est emmagasiné dans de petites cabanes où il reste en dépôt jusqu’à ce qu’il y en ait une quantité suffisante pour en faire une balle de 675 kg qu’on transporte ensuite à la ginnerg. Beaucoup de planteurs estiment que le coton s’améliore par un emmagasinement d’une durée d’un mois avant son transport à la ginnerg, mais cette opinion est très controversée.
- A la ginnerg le coton, comme nous venons de le dire, est séparé de la graine au moyen d’une machine spéciale appelée gin. Il y a quelques années il y avait dans un grand nombre de villages des régions de culture du coton des gins très rudimentaires mis en mouvement par des chevaux. Aujourd’hui ces appareils sont remplacés par d’autres plus modernes actionnés soit par des machines à vapeur, soit par l’électricité.
- trouve un marché de colon. Dans le cas de vente immédiate, elles sont ensuite transportées vers le port le plus voisin pour y être embarquées après avoir subi, avant l’embarquement, une nouvelle compression donnant à la balle les dimensions conventionnelles pour le transport.
- Améliorations à apporter. — Ainsi que nous l’avons vu, la demande du coton aux États-Unis dépasse sa production actuelle. Une augmentation de production s’impose donc si l’on veut éviter une crise. Cette augmentation de production dépend de deux choses : de la surface cultivée et du rendement en coton par hectare. Il es>t évident que des milliers d’hectares restent encore libres aux États-Unis. Mais, d’un autre côté, la population augmente et, par suite, la consommation de produits agricoles. 11 faut donc aussi trouver de nouveaux terrains pour cette culture, terrains dont le revenu sera supérieur
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- à celui résultant de la culture du coton. Il y a aussi à tenir compte de la main-d’œuvre qui devient de plus en plus coûteuse aussi bien du côté du travailleur blanc que du côté du travailleur nègre. 11 en résulte que la culture du coton ne se fait pas avec tout le soin nécessaire et, ce qui est plus important, que le planteur se trouve souvent amené à retarder, comme nous l’avons dit, cette récolte jusque pendant l’hiver et cela au grand détriment de sa valeur. Des engins de culture mécaniques ont été essayés, mais sans succès. Par suite de ces différentes circonstances, on estime que, sur une terre qui produit 200 kg de coton par hectare, le prix de revient du kilogramme de coton est de 1 fr. 17 et que, pour tenir compte de la part qui revient de droit au propriétaire du terrain, ce même kilogramme doit être vendu 1 fr. 33, tandis que sur le marché anglais le prix du coton n’est que de 1 fr. 62 ne laissant ainsi qu’une faible marge entre le prix de production et de vente.
- Si l’augmentation de la surface
- sur une production totale de 14 614 000 balles de coton, 9 522 000, soit 65,2 pour 100, ont été exportées et 5092 000 ont été employées dans les filatures américaines. Sur ces 9 522 0U0 balles exportées, 3 582 200, soit 37,7 pour 100, ont été exportées en Grande-Bretagne; 2 884000, soit 30,2 pour 100, en Allemagne; 1 139 000, soit 12 pour 100, en France, et le reste, en quantités plus faibles, en Belgique, en Espagne, en Russie, en Autriche-Hongrie et Hollande où, pour ce dernier pays, l’ex-
- -» 3
- # Fig. 5. —7Train chargé
- ' ; de coton à Memphis.
- Fig. 6. — Déchargement au Havre du coton arrivant d’Amérique. (Phot. A.-W. Cuttler.)
- cultivée présente des difficultés, c’est du côté du rendement par hectare que le planteur doit se tourner et c’est ce qu’il fait depuis quelques années.
- Il y a beaucoup à faire. Mais, pour cela, il faut une culture plus soignée, l’emploi d’engins mécaniques suppléant à la main-d’œuvre, l’emploi d’engrais et, surtout, un choix plus judicieux des graines de semence, ce qui, jusqu’ici, sauf chez quelques planteurs, était complètement négligé.
- Exportation du coton aux États-Unis. — Depuis l’année 1904, les États-Unis ont exporté, en moyenne, les deux tiers de leur production. Ainsi, en 1913-14,
- portation, en 1915-14, n’a été que de 35000 balles. En résumé,.5 590 000 balles de coton ont été • exportées sur le continent Européen, soit56,5 p. 100 de l’exportation totale.
- Les 550 000 balles qui restent, soit 5,8 pour 100, sur les 9 522 000 balles exportées, ont été exportées : au Japon 353 000 balles, au Canada 151 000 balles, au Mexique 35 000 balles. Toutes ces balles de coton pèsent 227 kg.
- Depuis 19041’exportationdu coton en Grande-Bretagne a été en décroissant. De 3967 000 balles en 1904, elle était de 3582000 en 1913-14. En Allemagne, au contraire, elle a augmenté et passé de 2 012 00 0 balles, en 1904, à 2 8 84 000 en 1913-14. En France de 818 000 balles en 1904. l’exportation est passée en 1915 à 1 159 000.
- Quant à la consommation intérieure des États-Unis elle n’a, pour ainsi dire, pas varié depuis 1904. Elle a été, en moyenne, de 4 732 000 balles.
- R. Bonnin.
- N. B. La carie en tète de cet article ainsi que les figures 2, 3 et 6 ont été reproduites d’après le très intéressant ouvrage anglais The World’s Cotton Crop de John Todd. Black, éditeur. London.
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- LA FABRICATION DES MATIÈRES COLORANTES ARTIFICIELLES
- PENDANT LA GUERRE
- Depuis plus de trente ans, on peut dire que l’Allemagne a en quelque sorte accaparé la fabrication des matières colorantes dérivées du goudron de houille. En se référant à la simple statistique, on y compte vingt-deux usines; mais ce nombre, qui a priori semble peu élevé, représente une force considérable pour qui veut bien considérer la puissance de Ces fabriques, toutes supérieurement outillées, autour desquelles gravitent des milliers d’ouvriers et employés, dotées de laboratoires où travaillent des nuées de chimistes tous pourvus de diplômes de l’enseignement supérieur. Ce qu’il faut en outre retenir dans cet ensemble manufacturier, c’est son organisation commerciale : dans toutes les régions industrielles du monde entier, en effet, d’intelligents dépositaires de colorants allemands, autant que possible nationaux de chaque pays, ont été installés, chargés de faire visiter ou de visiter eux-mêmes la clientèle des contrées qu’ils habitent ; en outre, un service de publicité dont on n’a pas idée, fait connaître partout, à l’aide d’envois de cartes d’échantillons et souvent par la publication de véritables volumes distribués gratuitement et écrits dans la langue du pays, les nouveautés produites et les résultats obtenus dans les laboratoires. Enfin des filiales des maisons-mères allemandes ont été ostensiblement établies dans divers pays, en France notamment, dans les parties du territoire les mieux désignées pour l’emploi de certaines spécialités.
- Que peuvent opposer à cette formidable organisation les autres pays producteurs? La France possède onze fabriques, dont il faut défalquer la moitié qui sont des maisons allemandes, l’Angleterre en a également onze en activité paraissant être soutenues par des capitaux anglais, les États-Unis neuf, l’Autriche et la Suisse chacune quatre. En dehors de cela, on en compte deux en Hollande, deux en Russie, une en Bulgarie, une en Grèceet une en Italie.
- Il semble dès lors, tout naturel, qu’aussitôt les hostilités commencées, là plupart des pays belligérants et même les autres se soient préoccupés de la situation anormale que leur créait l’état de guerre. Voici les États-Unis par exemple, principaux importateurs, qui, en 1913, ont reçu d’Allemagne 13 855 tonnes de couleurs d’aniline, 2064 de couleur d’alizarine, 493 de rouge d’alizarine et 3461 d’indigo artificiel ; l’Angleterre, après eux, qui a absorbé également d’Allemagne 10 793 t. de couleurs d’aniline, 430 de couleurs d’alizarine, 1493 de rouge d’alizarine et 1180 d’indigo artificiel. La France vient très loin après ces pays avec 1301 t. de couleurs d’aniline, 124 de couleurs d’alizarine, 98 de rouge d’alizarine et 525 d’indigo artificiel.
- Pour tous les pays, à l’exception- de l’Amérique, le marché des matières colorantes allemandes s’est donc trouvé radicalement fermé et, même en Aile-/
- magne, la production de ces matières a été réduite des quatre dixièmes, les manufactures ayant tourné toute leur activité du côté de la fabrication des explosifs. Avec les États-Unis un arrangement a été aussitôt conclu : une Société germano-américaine représentant l’ensemble des fabriques allemandes, a continué à assurer les besoins courants sur la base de 75 pour 100 de la consommation de 1915, sous condition que les importations ne pourraient être faites que sur navires américains, ces derniers s’engageant en outre à ne comprendre dans leur cargaison aucun produit explosif. Mais, la situation, pour les autres pays, était nouvelle, et il élaitnaturelqu’ellefûtl’objetdeleurs préoccupations.
- En France, tout d’abord, on sait que les pouvoirs publics ont envisagé, non pas la question particulière des matières colorantes qui nous occupe, mais celle des produits de tout genre appartenant au domaine de la chimie et de la pharmacie. Un Office spécial, dit des produits chimiques et pharmaceutiques, y a été créé pour la durée de la guerre, sous la direction de M. Béhal, professeur à l’École supérieure de Pharmacie, et on lui a adjoint un Comité de direction composé de huit membres, sous la présidence effective de l’Office, chargé d’orienter les travaux de celui-ci vers des directions déterminées. Il est regrettable, à notre avis, que des industriels spéciaux n’aient pas été compris dans ces deux groupes, composés uniquement de fonctionnaires, d’hommes politiques et de savants.
- Aussi, les industriels se sont-ils préoccupés de leur côté de trouver une solution de la question. Celle-ci semble, en effet, plus complexe qu’elle ne paraît au premier abord. Les chimistes, en effet, ne manquent pas dans notre pays, mais assez peu se sont spécialisés dans les fabriques de matières colorantes, où ils ont trouvé, semble-t-il, leur science acquise insuffisamment rémunérée. D’autre part, la création de manufactures de colorants artificiels ne se comprend pas sans de grands capitaux, qu’il n’est pas toujours facile de réunir. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que l’expérience acquise et la puissance de production des fabriques allemandes continueront après la guerre à constituer une force qu’on rencontrera à tout instant sur son chemin et que l’organisation des trusts et cartels qui leur est familière, pourra arriver à faire baisser les prix dans des proportions telles, qu’elle pourra rendre dans certains cas sinon impossible, du moins fort difficile, la fabrication française de certains produits. Ces considérations ont été établies dans une foule de discussions privées ; mais nous devons dire, à la louange de nos industriels, qu’elles ne les ont pas rebutés et que déjà, à l’heure actuelle, des résultats importants sont en voie d’être acquis. Tout d’abord, la Société des matières colorantes et produits chimiques de Saint-Denis, l’une des plus an-
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- -.............::..: LA FABRICATION DES
- demies et des plus importantes manufactures françaises de cette spécialité, a réuni ses actionnaires et décidé, par ses propres moyens, des agrandissements considérables. De son côté, un industriel teinturier, M. Blondel, président du Comité de chimie de la Société industrielle de Rouen, a pris l’initiative de convoquer, en assemblée plénière, les Chambres de Commerce, les industriels et les chimistes de la région, pour discuter la question : une Commission d’action a été nommée, et son premier soin a été de faire une démarche auprès d’une usine locale de produits chimiques pour la décider à adjoindre à sa fabrication celle de l’indigo artificiel : l’affaire semble en voie d’exécution. La Chambre de Commerce de Paris a convoqué pour l’étude de la situation un certain nombre de teinturiers et de consommateurs de sa circonscription. Enfin, à Lyon, un ingénieur des Mines, M. Platon, a pris l’initiative de former une Société d’études pour la fabrication de matières colorantes dans là région et il semble que le résultat doive être à bref délai la création d’une usine nouvelle à Lyon ou dans les environs.
- Les Anglais, eux aussi, n’ont pas voulu être pris au dépourvu; mais, chose curieuse, dans ce pays habitué aux solutions pratiques rapides, aucune conclusion n’a encore été donnée à l’heure actuelle aux multiples délibérations qui se sont produites à propos de la question des matières colorantes au sein des nombreuses sociétés industrielles ou scientifiques du Royaume. Faut-il attribuer ce résultat à ce que, comme l’a dit M. Forster, la profession de chimiste n’est en Angleterre ni rémunérée, ni appréciée à sa valeur et encouragée comme elle l’est en Allemagne, ou à ce que, comme l’a affirmé M. W.-A. Tilden, les chimistes anglais ont, de parti pris, presque tous absolument négligé le département de la chimie organique? Et cependant, c’est en Angleterre qu’a été découvert le violet d’aniline, dont la fabrication a été en quelque sorte le point de départ de l’industrie moderne des matières colorantes!
- Quoi qu’il en soit, le principe admis par les teinturiers anglais pour solutionner la situation a été celui d’un effort national aidé par le gouvernement dans des termes à déterminer. C’est dans ces conditions que la question a été posée par le Dr Perkin à la Society of Dyers and Colourists de Bradfort. Nomination d’un Comité au sein de cette Société, mise en rapport direct avec le président du Comité des produits chimiques du Board of trade, intervention du Board lui-même, et réunion définitive provoquée par celui-ci de vingt-deux associations de chimistes-coloristes et maisons de teinture et de fabrication ; tel fut le résultat de cette première étape. De la discussion qui suivit émergea avant tout cette idée, qu’il était nécessaire de constituer une société à fort capital, dont le montant minimum serait fixé à 75 millions et dont les principaux souscripteurs seraient les industriels fabricants, des teinturiers, leurs clients et le gou-
- MAT1ÈRES COLORANTES : 311
- vernement, ce dernier devant exercer un contrôle et garantir l’intérêt sur un chiffre et pendant un nombre d’années déterminé.
- Voilà qui était fort bien comme début, mais restait la question d’application, sans contredit la plus difficile et la plus délicate à résoudre; dans quelles conditions la société se constituerait-elle? Combien de temps durerait la garantie de l’État et sur quel chiffre porterait-elle? Les pouvoirs publics auraient-ils des représentants au sein du Conseil d’administration et oeux-ci jouiraient-ils du droit de véto? enfin cette entreprise fixerait-elle des prix à sa guise aux consommateurs de colorants et ne serait-elle pas dans ces conditions non pas un stimulant, mais un concurrent insoutenable pour les fabriques en activité? Toutes ces questions furent posées, étudiées, et finalement leur solution confiée à un British Dye committee composé en majeure parliedes principaux représentants des Associations coloristes du Royaume (Calico printer's Association ; Bradford Dyer’s Association-, United Turkey red C°; English sewing Cotton Association, etc.), auxquels s’adjoignirent les chefs des maisons de fabrication ou teinture les plus importantes (John Crossley and sons ; Pullar and sons ; G. Marchetti, etc.), et chargé de donner son avis.
- Cet avis fut formulé dans un Mémorandum agreement envoyé à tous les intéressés. Dans cette circulaire, on promettait notamment aux teinturiers de leur fournir les matières colorantes à un « prix raisonnable )>. Ce mot malheureux, qu’il semblait du reste difficile de préciser autrement en raison de l’incertitude de la situation, fit momentanément crouler tout l’édifice. Prix raisonnable, déclara aussitôt la Huddersjield Master Dyer’s and Finisher’s Association, doit-il être entendu par comparaison avec des produits semblables ou analogues que des producteurs rivaux pourraient offrir? Pourquoi un monopole nouveau, dit à son tour la Dyerwares Supply Inquiry Commission de la Society of Dyers and Colourists, de Bradford, vous ne pourrez que nuire à vos concurrents, vous les empêcherez de vivre et les forcerez de disparaître. Nous préférerions, dit à son tour la Bradford Dyers’ Association, à cette subvention gouvernementale donnée à une société unique un concours pécuniaire immédiat à toutes les fabriques existantes au prorata de leur importance et en exigeant d’elles une plus grande extension. Ces divergences d’opinion ont remis tout en question. Comme dernier renseignement pratique, la British Dyer Ld a fait jouer une option qu’elle avait pour l’acquisition de l’importante maison Read Uolliday and sons, à laquelle elle se propose de donner une importance plus considérable.
- L’Italie, qui ne possède qu’une unique fabrique de colorants, très insuffisante malgré son importance, puisqu’elle était obligée de compléter ordinairement sa production par des importations qui pour les seules couleurs d’aniline se sont élevées
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- LA FABRICATION DES MATIÈRES COLORANTES -
- en 1915 à 4097 t. de provenance allemande, a du à son tour se préoccuper de la question sitôt qu’elle eût décidé de combattre aux côtés de la Quadruple-Entente. Des réunions successives de chimistes et teinturiers se sont tenues à Milan : la décision a été l’accroissement finalement décidé de la firme De Angeli, au capital de 25 millions de lires.
- Le Japon, pays importateur par excellence et ne possédant qu’un rudiment de fabrication des moins importants, a dû à son tour forcément porter son attention sur la pénurie de matières colorantes résultant pour lui de l’état de guerre. A la suite de diverses réunions, les teinturiers principaux du pays étudient en ce moment les moyens d’installer une fabrication des principaux produits intermédiaires et synthétiques dans la maison Mainichi, d’Osaka.
- La Russie, dont la guerre a momentanément fermé les frontières aux provenances d’Europe, n’a pas perdu de temps pour étudier la question et trouver une solution. Les principaux consommateurs de colorants de l’Empire ont été convoqués a Moscou et ont immédiatement décidé de constituer au capital de 5 millions de roubles une Société russe pour l’industrie chimique dont le siège serait dans le gouvernement du Donetz et qui, avec les éléments techniques disponibles du pays et des contrées amies, s’occuperait avant tout de la fabrication des matières colorantes artificielles. Le capital social a été rapidement souscrit par les principaux consommateurs de colorants du pays, les Prokoroff, Danilowo, Albert Hubner, N.-N. Kou-schine, Zundel, etc., qui avec un entrain tout patriotique l’ont immédiatement constitué.
- Enfin les États-Unis, dont la situation vis-à-vis de l’Allemagne est sujette aux incertitudes que l’on sait, ont jugé bon de se préoccuper à leur tour de la question très importante pour eux de la fabrication des matières colorantes artificielles. Celle-ci fut examinée dans de nombreux mémoires publiés dans les Revues scientifiques du pays ou adressés aux sociétés industrielles américaines. A vrai dire, la note générale a été dans l’ensemble plutôt pessimiste. Les uns, comme le Dr Hesses dans le Metal-Jui'gical and Chemical Engineering, ont mis surtout en vedette les énormes difficultés de création qu’exigerait la fabrication d’une quantité aussi considérable de produits colorants que celle que l’Allemagne jetait, annuellement sur le marché (700 pour la campagne 1915-1914), et dont il n’était pas un qui ne fût d’une manipulation complexe et surtout soignée. Cet autre, comme le directeur de la Benzol products C° dans une lettre au Textil colourist, faisait ressortir combien serait « herculéenne » la tâche de ceux qui voudraient, au cours des hostilités ou après la guerre, créer en Amérique des manufactures de matières colorantes en présence de la production allemande, et il ne voyait de salut pour eux que dans l’établissement de droits prohibitifs absolus sur les colo-
- rants de l’usage le plus courant, pour empêcher les agissements du consortium allemand tels qu’ils s’étaient produits quelques années auparavant, en provoquant sur l’aniline une série de baisses successives auxquelles les usines américaines n’ont pu résister! Même note dans la section de New-York de Y American Chemical Sociely où le président fait observer que la plupart des gros colorants artificiels le plus couramment employés ne sont plus brevetés et qu’une industrie sur ces bases peut être établie et prospérer « pourvu que le gouvernement la maintienne à l’aide de droits de douane dans une situation égale à celle des produits étrangers ». A son tour M. Mac Cormack, industriel d’importance, trouve que l’installation de nouvelles fabriques de colorants peut difficilement se faire étant donné le caractère américain : celui-ci veut des résultats très rapides et, il n’est pas de fabrication qui soit plus lente et minutieuse, il désire surtout se servir d’hommes pratiques mis par lui à l’épreuve et, pour lui, les hommes de science nécessaires à cette fabrication ne réalisent pas cet idéal ; il se résoudra enfin difficilement à faire participer comme le font les Allemands un simple inventeur à ses bénéfices commerciaux. Cet égoïsme en dit long. L’avis de M. H. Campbell, dans Y Engineering Magazine, n’est guère plus encourageant : c’est une question de salaires, conclut-il, les appointements des docteurs allemands sont minimes par rapport à ceux que nous sommes obligés de donner en Amérique et les employés ont malgré cela un entrainement technique meilleur : jamais nous ne pourrons nous résoudre à payer une rémunération supérieure pour avoir de moindres résultats. Et cependant, dit M. Stone de Y American Chemical Society — celui-là est plus optimiste — nous avons pour nous la matière première, le goudron, et les Allemands ne sont pas certains le moins du monde de conserver indéfiniment leur monopole, puisqu’il a suffi, à la suite d’une tentative de fabrication d’huile d’aniline aux États-Unis, d’élever sur ce produit le droit de douane de 10 :pour 100 pour amener une réduction équivalente dans le prix de vente du consortium allemand. Ici encore la mentalité économique américaine ne voit qu’un sauveur : le droit de douane.
- Mais il ne faudrait pas connaître les industriels d’outre-Atlantique pour croire qu’en présence de cette campagne ils aient été découragés. Ils ont commencé par extraire de leurs pétroles bruts le benzol et le toluol, et non plus comme auparavant des résidus des usines à gaz et des fours à coke, et c’est là une innovation d’où peut cerlainement résulter pour eux une plus grande activité dans f ur fabrication nationale de matières colorantes. Ils ont en outre édifié, depuis le commencement de la guerre, six manufactures nouvelles de produits intermédiaires. Pour eux la question reste entière et ils ont pleine confiance en l’avenir.
- Alfred Renofard.
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- LA SIDÉRURGIE ITALIENNE
- L’Italie, privilégiée de la nature sous tant de rapports, est un pays pauvre en combustibles minéraux ainsi qu’en minerais de fer. Sa sidérurgie n’est parvenue qu’au bout d’un long effort à atteindre une production suffisante pour les besoins de la guerre, de la marine et des industries nationales de ce grand pays qui a une population de 35 600 000 habitants. En 1912, l’Italie a extrait 663 812 t. de houille, d’anthracite, et surtout de lignite. Elle a dû importer d’Allemagne et d’Angleterre 10 810 860 t. de bouille, dont la moitié environ provenaient du Pays de Galles.
- On a fabriqué la même année, au moyen de ces houilles,
- 876 565 t. de briquettes et 437 706 t. de coke. En 1913, le port de Gênes a reçu 1500000 t. de combustibles gallois (Cardiff et New port). Les hauts fourneaux ont fourni, en 1913,426 755 t. de fonte en gueuses. En 1912, l’Italie a dû acheter 221 697 t. de fontes étrangères et 326 136 t. de riblons, le tout destiné aux aciéries et aux fonderies de deuxième fusion. On compte en Italie une soixantaine de fours Martin ayant une capacité de 15 a 60 et même 90 t. L’acier ouvré figure pour 846 000 t. et le fer pour 145 000 sur les statistiques de cette même année. Les chiffres suivants s’appliquent aux produits finis :
- 1912 1913
- Tôles de fer et d’acier. . . 121.695 t. 85.226 t.
- Fers-blancs 28.916 29.186
- Tôles zinguées et plombées . 10.110 9.118
- Rails 150.067 175.560
- Tubes soudés 18.700 15.500
- Tubes sans soudure 6.125 12.850
- Ressorts 2.679 • 2.502
- La production des tôles varie avec la consomma-
- lion des chantiers de constructions navales. Les
- 37 000 t. de différence entre 1912 et 1913 représentent les tôles nécessaires à la construction des superdreadnoughts du programme de 1912 (Caio Duilio, Andrea Doria, etc.), el de paquebots à voyageurs de fort tonnage destinés aux services reliant Gênes ou Naples aux grandes villes maritimes des deux Amériques. Les chemins de fer italiens se fournissent de rails dans le pays pour la majeure partie de leur consommation, mais ils brûlent des houilles étrangères (2 millions de tonnes par an).
- Le manque de minerai de fer est donc l’une des principales causes du faible développement. de la sidérurgie italienne. Les mines de fer de la péninsule ne produisent qu’envi-ron 582 000 t. par an (1912) dont 500 000 t. pour les seules mines de i’île d’Elbe qui fournissent des minerais de toute première qualité.
- Les gisements de l’ile d’Elbe ne sont cependant pas les seuls de rilalie. On exploitait autrefois le 1er dans le val Brembana et on a trouvé à Lenna des traces de hauts fourneaux, de pilons et de maisons ouvrières. Sous Napoléon Ier les usines de cette région exécutaient des canons et des projectiles. Cette industrie fut ruinée par la domination autrichienne. Ces gisements pourraient être restaurés avec profit car ils consistent en couches de carbonates mesurant 0m. 25 ;i 2 m. 50 d’épaisseur. On peut citer les mines Venina (Valteline), celles de Carisole et du Monte Sasso. On pourrait facilement obtenir plus de 20 000 t. par an d’un minerai à 45-55 pour 100 de protoxyde de fer susceptibles de donner 12 000 t. d’excellente fonte exempte de phosphore et de soufre. Le nouveau chemin de fer électrique de Bergame donnera un nouvel essor à celte industrie.
- On trouve aussi des gîtes de fer d’origine filo-nienne sur le versant occidental des Apennins, dans
- Fig. i. — Principaux centres métallurgiques en Italie.
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- les districts de Vérsilia, Campiglia Marittima, Mass» Maritlima, Orbetcllo, Civïtta Vecchia.
- Le premier renferme des gisements encore mal connus (Monte Arliccio et Forno Volasco). Les gisements du second district représentent environ 200 000 t. (Monte Rombalo et Monte Yalerio).
- La mine du Val d’Aspra (5e district) peut fournir par an 100000 t. de minerai à 49 pour 100 qu’on transporte par voie ferrée au port de Follonica. À ce gisement se rattachent ceux de Poggio Sciamagna, Carbononi, Rio Torto, pauvres ou peu connus.
- élevés. On a par contre reconnu 1 700 000 t. de minerai à 42-49 pour 100 au gisement de la Murra au N.-O. de la Sardaigne. Le minerai extrait (150 000 t. par an) est envoyé à Piombino. Des gisements plus abondants (avec lignites) ont été prospectés à Ogliastra près du golfe de Cagliari. Tout cet ensemble ne constitue pour l’Italie qu’un présent assez difficile sans grand espoir pour l’avenir.
- Depuis 1902 les hauts fourneaux d’Elba installés à Portuferraio, port très sûr de Pile d’Elbe, traitent ces minerais sur place. La Société Elba a
- Fig. 2. — Fours à gazogène pour recuire les plaques de blindage. Aciéries de Cornigliano Ligure
- près Gênes (Gio Ansaldo et 6-ie).
- On pourrait sortir chaque année 60 000 t. de la mine de fer et manganèse du Monte Argentario (10 pour 100 à 40 pour 100 de Mn). On en a extrait, depuis 1880, 600 000 tonnes de minerai qui ont été embarquées au port de Santa Liberata. Il reste environ 1 300 000 t. à enlever. En résumé, ces différentes mines ne représentent guère plus de 5 millions de tonnes, ce qui est peu.
- On a repris depuis 1910 l’exploitation de mines abandonnées en Sardaigne. Le groupe San Leone, près Cagliari, fournissait annuellement 15 000 t. de minerai magnétique. D’autres filons (San Àntonia, Azuddia, Yieddu Bittu) représentent en tout moins d’un million de tonnes et les frais d’extraction sont
- obtenu du gouvernement italien la concession d’exploitation des gisements de l’ile par un bail de longue durée; le charbon vient d’Angleterre ou de Westphalie et l’installation de l’usine au bord de la mer permet l’exportation immédiate et économique des produits fabriqués.
- L’usine d’Elba possède une batterie de 154 fours à coke Semet-Solvay ayant une capacité de production de 420 t. par jour.
- Les deux hauts fourneaux fournissent en moyenne chacun 200 t. de fonte quotidiennement. Ils ont 23 m. 50 de hauteur et 6 m. de diamètre au ventre. Sept appareils Couper, de 30 m. 50 de haut sur 6 m. de diamètre extérieur, servent au chauffage du vent
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- LA SIDÉRURGIE ITALIENNE
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- provenant d’une soufflerie à vapeur de 1200 chev. et de deux machines soufflantes à gaz de 600 chev. système Delamarre-Cockerili. Deux monte-charges élèvent, par journée de 24 heures, 2500 t. de minerai, de castine et de coke à la hauteur de 28 mètres.
- La Société des Hauts Fourneaux, Fonderies et Aciéries de Terni (fondée en 1884), exploite des usines sidérurgiques qui sont les plus puissantes d’Italie. Terni est placée au centre de l’Italie vers les premiers contreforts de l’Apennin et n’est située ni à proximité de la mer ni dans le voisinage d’aucune mine de 1er ni de houille. On comptait au début se servir de bois provenant des grandes forêts de l’Ombrie, car en Italie, après la guerre de
- mais le prix du bois augmenta rapidement, tandis que celui de la fonte baissait. En 1876, on éteignit les hauts fourneaux et on monta une fonderie de tuyaux marchant en deuxième fusion. Les usines actuelles, au capital de 22 500 000 fr., reçoivent la fonte brute des hauts fourneaux de l’île d’Elbe et de ceux de la Société Ilva près de Naples.
- Terni fabrique les produits du commerce : rails, profilés, moulages, tôles, etc., mais son objectif principal est le matériel de guerre.
- La Société de Terni, qui cherche de plus en plus à étendre ses fabrications d’ordre militaire, a construit une vaste installation moderne pour la production d< s blindages, et elle a augmenté de 50000 m2 la superficie de ses ateliers d’artillerie
- Fig. 3. — Presse à forger de ioooo tonnes des aciéries de Gio Ansaldo et Cie à Cornigliano Ligure.
- 1870, la fonte se vendait jusqu’à 450 fr. la tonne. Lu véritable raison du développement actuel de l’usine est l’utilisation des puissantes chutes d’eau qu’on a aménagées dans son voisinage immédiat, ainsi que la situation géographique de Terni qui met ce grand arsenal privé à l’abri de toute attaque de l’ennemi en cas de guerre. On a pu capter les eaux de la rivière Nera et utiliser lar chute de 165 m. par laquelle les eaux du Yelino se jettent dans la Nera (cascade artificielle delle Marmore). On n’a utilisé encore qu’une partie des 150 000 chevaux disponibles sur le faible parcours qui sépare la chute de la ville de Terni.
- En 1875, le gouvernement italien avait commencé à Terni la construction d’une importante manufacture d’armes. Deux hauts fourneaux au bois de 15 t. fonctionnaient à Terni depuis 1873,
- (canons et projectiles). Elle s’est de plus intéressée dans les chantiers de construction navale Orlando (Livourne) etOdero (Sestri-Ponente et Gènes-la-Foie).
- La Société de Terni s’est assuré le concours financier et technique des puissantes usines anglaises Vickers-Maxim (de Sheffield-Barrow) pour l’élude du matériel d’artillerie jusqu’alors construit en Italie par la seule maison Armstrong (de Pouzzoles). L’établissement Yickers-Terni à Spezia, qui fournit d’excellents canons, compte 150 000 m2 d’ateliers couverts.
- La puissance hydraulique actuellement absorbée par les usines de Terni est de 24 000 chev., ce qui constitue une particularité presque unique, car l’absence presque totale de foyers à houille donne aux ateliers un aspect de propreté incomparable.
- On emploie comme moteurs des roues Pelton ou
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- Girard à axe horizontal et à admission partielle. Les compresseurs d’air sont actionnés par six moteurs à colonne d’eau de 550 chev., à deux cylindres.
- Trois installations électriques, comportant une quinzaine de groupes hydro-électriques, fournissent du courant de force motrice alimentant les ateliers de finissage des canons et des blindages, le réseau d’éclairage et le grand train à blindages qui peut passer des lingots de 100 tonnes.
- Deux aciéries Martin Siemens, installées pour une production de 500 t. par jour, comprennent deux grands fours acides de 29 t., trois de 40 t., deux de 50 à 60 t. et treize gazogènes Lackner marchant au lignite ou au splint d’Écosse. Les fours passent en grande partie du fer puddlé produit dans des fours tournants Danks-Bouvard (de 24 t. par jour). La Société possède et exploite à Spoleto deux mines de lignite produisant 7001. par jour et reliées à Terni par un embranchement de 15 kilomètres.
- Des ponts roulants de 120 t. et d’autres moins puissants servent aux manutentions de ces aciéries.
- L’aciérie au creuset (110 t. par mois), contient deux fours à 57 creusets de 25 kg et fournit surtout des aciers au chrome, au vanadium, au tungstène, etc.
- L’usine renferme un train pour rails et profilés moyens (turbine de 500 chev.), pouvant passer 55 t. par 24 heures; un train pour petits profilés (turbine de 150 chev.), produisant 50 t. par jour, un trio Lauth pour tôles ou blindages (turbine de 1000 chev.), avec une table longue de 5 m. 200, un train à bandages de roues de locomotives et de véhicules de chemins de fer et un train pour blindages, à commande hydro-électrique, construit en 1911 par MM. Schneider et Cie, du Creusot. C’est un puissant duo réversible dont les cylindres d’acier
- ont 4 m. 500 de table et 1 m. 250 de diamètre et pèsent 52 l. chacun. L’écartement maximum des cylindres est de 1 m. 250. Les lingots à laminer circulent sur 19 grands rouleaux d’acier longs de 2 m. 400 (diamètre 800 mm), tournant avec une vitesse tangentielle de 0 m. 950 par seconde.
- Les mécanismes auxiliaires, tous placés au-dessus du niveau du sol, sont commandés par une paire de moteurs électriques. Les cylindres sont actionnés par deux moteurs électriques développant environ 6000 chev., mais dont la puissance maximum peut
- atteindre 16 000 chev. pour un effort momentané. Le démarrage se fait au moyen d’un groupe auxiliaire de 5500 chev. auquel l’énergie est fournie par 2 roues Pelton commandant 5 dynamo s débitant 3600 ampères avec des pointes possibles de 10 000 ampères. Un volant de 50 t. et un accouplement semi-élastique assurent la sécurité du fonctionnement. Ce laminoir peut passer des lingots de 100 t. en acier Martin de 100 à 110 kg de résistance.
- Les grosses forges disposent de deux presses (6000 t. et 1200 t.) pour le gaba-riage des blindages , de deux presses à forger Davy (2000 et 5000 t.) et d’une grosse presse à emboutir pour la fabrication des projectiles de gros calibres. L’ancien pilon à vapeur de 108 t. ne sert plus actuellement.
- On a installé une presse horizontale de 1000 t. et une presse Aerticale de 500 t. ainsi qu’une presse à emboutir toutes trois consacrées à la fabrication des projectiles de gros calibres.
- La trempe des canons se fait dans trois bâches à huile ayant des diamètres de 2 m. 100 à 2 m. 200 et 5 m. avec 6 m. 500, 12 m. 600 et 25 m. de profondeur; ces bâches sont desservies par 4 fours verticaux à gaz et par 2 ponts roulants électriques
- Fig. 4. — Four et fosse à tremper les canons de gros calibres installés par la maison Slein frères de Paris à l’aciérie de Cornigliano Ligure appartenant à MM. Gio Ansaldo et Cle.
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- (20 t. et 60 t.).
- Cette installation est complétée par des fours servant à recuire après trempe et à cémenter les éléments de canons ou les blindages et par une série de bâches contenant jusqu’à 165 t. d’huile avec 9 m. de profondeur.
- Un laboratoire d’essais physiques et chimiques comprenant un cabinet de métallo-graphie très bien outillés permettent de suivre toutes les phases de la fabrication des pièces d’artillerie et des cuirassements.
- L’atelier de finissage des blindages des canons et des projectiles (2000 t. d’obus) est pourvu de machines-outils modernes et puissantes, notamment de deux meules Tasker destinées au finissage et à la retouche des angles des blindages déjà trempés, dont le métal trop dur ne peut être travaillé à la machine-outil. Les essais de tir s’effectuent sur un polygone situé dans l’usine même. La construction des tourelles a lieu dans un nouvel atelier spécial.
- Terni produit par an environ 12 000 t. de blindages type Krupp ou Yickers-Terni, un grand nombre d’éléments de canons et de gros projectiles et des moulages d’acier très importants fabriqués dans un atelier spécial alimenté par un four Martin de 12 t. Citons encore les moulages de fonte (tuyaux, etc.), les pièces pour matériel de chemins de fer, automobiles, etc., et surtout les tôles, étraves, étambots, cadres de gouvernails de navires. Les Aciéries, reliées aux voies des chemins de fer de l’État, donnent lieu à un trafic de 4000001. par an.
- Les usines Armstrong, situées à Pouzzoles (7kmdeNaples), occupentunfront de mer de 1500 m. et renferment également toutes les installations nécessaires aux fabrications d’artillerie, notamment une grue trépied de 160 t. permettant de
- placer directe-mentlestourelles cuirassées à bord des navires de guerre . Leur aciérie Martin con-tientquatre fours (dont deux de 50 t.) pouvant couler ensemble des lingots de 90 t. ainsi que tout l’outillage nécessaire à la trempe et au finissage des canons et des tourelles. La forge dispose d’une presse de 40001. desservie par deux grues hydraulique et éleclrique de 100 t. Les usines occupent près de 4000 ouvriers et couvrent 61 acres (25 hect.) ; on y compte plus de 800 machines-outils.
- La puissante maison de constructions navales, Gio Ànsaldo et Cie, occupe . aujourd’hui plus de 10 000 hommes, tant dans ses chantiers que dans ses deux grandes aciéries de Sampierdarena et de Cornigliano Ligure. Ces usines sont outillées pour fournir aux chantiers tous les mécanismes, tous les canons, blindages, tourelles, toutes les tôles et profdés qui leur sont nécessaires, voire même l’équipement électrique, les moteurs Diesel, les turbines Parsons. On construit également à Sampierdarena des locomotives très appréciées des connaisseurs. Il est à noter que les usines Ansaldo livrent des canons de tous calibres, entièrement finis et non’simplement des éléments de pièces. Les trois aciéries Martin, avec leurs fours de 50 t. et de 90 t., leurs presses à forger de 10 000 t. et à gabarier de 15 000 t., les installations de trempage et de recuit, figurent parmi les plus puissantes et
- les plus perfectionnées de l’Europe. La maison Stein frères, de Paris, a fourni pour les nouvelles aciéries de Cornigliano Ligure, des fours de toutes grandeurs et une fosse à tremper qui sont des modèles du genre. On trouve dans ces immenses ateliers des laboratoires rappelant ceux de
- Fig. 5. — Batterie de onze gazogènes alimentés au splinl d'Êcosse. Ces appareils de construction française fonctionnent dans l’usine de Cornigliano Ligure (Gio Ansaldo et Cio).
- Fig. 6. — Installation pour le trempage des plaques de blindage par aspersion d’eau à la surface après chauffage dans un four.
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- Ivrupp et des fours électriques pour la production de l’acier, système Girod. L’usine consomme des minerais-anglais, suédois ou italiens (Ile d’Elbe).
- Les chantiers ont ainsi pu livrer, entièrement terminés, des dreadnoughts complets tels que le Leonardo da Vinci italien, muni de tourelles triples armées de canons de 54 cm. Bien d’autres usines métallurgiques italiennes sont à citer, telles que celles de la fonderie Milanaise qui s’est fait une renommée mondiale pour la fabrication des grosses pièces d’acier moulé, pesant jusqu’à 50 t. Cette dernière usine produit son acier au four Martin, au four électrique Stassano et surtout au moyen d’une série de petits convertisseurs dont les produits sont déversés dans des mélangeurs spéciaux. La création des hauts fourneaux d’ilva à Ragnoli,
- près de Naples, sur le bord de la mer, a doté le Sud de l’Italie d’un établissement métallurgique de premier ordre. Un traité spécial de longue durée assure à l’usine une participation de 200 000 t. palan dans la production des mines de fer de l’Ile d’Elbe. Le parc à combustibles, alimenté par les houillères anglaises et allemandes, peut contenir 50 000 t. ; le coke nécessaire est produit par une batterie de 60 fours fournissant chacun 5 t. par jour. Dix silos à minerais de 500 t. chacun constituent une réserve en cas d’interruption des arrivages par mer. Le plan prévoit six hauts fourneaux de 25 m. de haut dont deux seulement ont été construits. La centrale, très puissante, renferme deux soufflantes à gaz de 1500 chev., deux souffleries à vapeur de 1500 chev., un moteur à 4 cylindres de 1500 chev., deux moteurs à gaz à deux temps de 750 chev., deux moteurs à vapeur développant en-
- semble 1000 chevaux et un moteur à gaz à deux temps de 1700 chev. L’aciérie dispose de cinq fours Martin de 55 t., type américain, et d’un mélangeur de 500 t. Cette installation, qui sera doublée ultérieurement, est complétée par deux laminoirs bloo-ming de 7000 chev. et par un train dégrossisseur de 10 000 chev. L’usine occupe environ 1800 hommes.
- L’Italie, qui soutient actuellement une lutte sévère aux côtés de ses puissants alliés, a besoin de toutes les ressources de sa métallurgie pour la fabrication des canons et des projectiles. Outre les grands établissements dont nous venons de parler, elle dispose heureusement d'un grand nombre d’usines peut-être un peu moins puissantes, mais très bien outillées et conduites par d’excellents techniciens.
- La Sociélé sidérurgique de Savone occupe 5000 ouvriers dans ses fonderies et ses ateliers (12 hectares) qu’alimente une grande aciérie contenant sept fours Martin (cinq de 50 t., un de 18 t. et un de 15 t.). La halle de laminage renferme un blooming de 6000 chev., un train à rails de 6000 chev. et un train moyen de 5500 chevaux.
- L’usine de la Magona d’ftalia à Porto Vecchio di Piombino (1500 ouvriers) produit par semaine 1250 t. d’acier fournies par trois fours Martin acides.
- Parmi les établissements spécialement consacrés aux fournitures d’artillerie nous citerons la Société métallurgique de Turin dont les trois usines (Turin, Sestri-Ponente et Barriera di S. Paolo) fournissent des canons et des projectiles; avant la guerre elles ont construit notamment les pièces Krupp qui constituent encore à l’heure actuelle une partie de l’armement italien.
- La Société Ane Gio Andrea Gregorini, à Lovere, (1200 ouvriers, Bergame), produit dans ses trois fours Martin et dans son four électrique Kjellin des aciers qu’elle transforme en maténel de guerre; de même, la Société Ane pour la Fabrication des projectiles (Turin), produit des projectiles au moyen de presses genre Ehrardt.
- Un autre établissement métallurgique important (1600 ouvriers) produit et transforme chaque année 70 000 t. d’acier dans ses quatre fours Martin et ses laminoirs de Sestri-Ponente et de Bolza-neto (Gênes).
- Une des plus anciennes usines d’Italie (1854), est la Ferriere di Voltri qui possède de nombreuses succursales à Udine, Darfo, Oneglia, etc.
- La Société métallurgique italienne (Rome et
- Fig. 7. — Vue de la turbine de 35oo chevaux actionnant les appareils de démarrage du grand train à blindages hydro-électrique de toooo chevaux installé par la maison Schneider et Cie (Le Creusot) aux aciéries de Terni.
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- .......- LA TÉLÉGRAPHIE
- Livourne) fabrique 500000 cartouches par jour.
- Enfin, parmi les grandes usines capables d’aider en cas de guerre les arsenaux italiens, on peut encore nommer la Société de travaux de Savigliano (1800 ouvriers) et les divers chantiers de constructions navales tels que ceux d’Odero, de Pattison, etc.
- L’Italie a déjà étudié la métallurgie électrique et en a fait de bonne heure des applications. Il est à prévoir qu'elle utilisera dans cet ordre d’idées un
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- certain nombre de ses cascades des Alpes, ce qui compensera partiellement le manque de combustible dont le pays souffre tant au point de vue métallurgique.
- On voit que notre alliée peut soutenir la guerre d’usines aussi bien que la guerre de tranchées sans craindre de voir faiblir sa puissance de production en canons, en projectiles, c'est-à-dire en armes ou en munitions de tous genres.
- 3§'5^<^sc,§îj
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 27 septembre au 4 octobre 1915.
- Lignites pliocènes des Basses-Pyrénées. — M. Welsch étudie des lignites situés au niveau de la marée haute vers Bidart, au Sud de Biarritz et montre qu’il a existé là, dès l’époque pliocène, de grandes vallées s’ouvrant à l’Ouest comme celles d’aujourd’hui. Le niveau de la mer ne paraît pas avoir varié sensiblement depuis cette époque.
- Hétérogénéité des aciers. — MM. Henry Le Chate-lier et Jules Lemoine étudient notamment la répartition du phosphore dans les aciers de bonne qualité, où cette étude est difficile parce qu’ils en. renferment fort peu.
- Avec un mélange de chlorure cuivrique et de chlorure
- de magnésium, ils ont pu mettre en évidence des bandes rayées de composition variable, soit en phosphore, soit en silicium, manganèse, nickel ou chrome. Les différences de qualité des aciers, dont la composition chimique moyenne est semblable, doivent tenir en grande partie aux écarts plus ou moins forts de ces raies.
- Traitement an radium. — MM, Debierne et Regaud proposent d’employer l’émanation de radium condensée en tubes clos à la place des composés radifères. L’avantage serait que le radium ne circulerait plus et ne sortirait plus des établissements ; les appareils d’utilisation pourraient être très variés ; enfin tout médecin pourrait se procurer l’agent actif sans acquérir la substance mère.
- LA TELEGRAPHIE SANS FIL DIRIGEE
- On sait que l’antenne de la télégraphie sans fil rayonne des ondes dans tout l’espace environnant, de sorte que toutes les stations réceptrices, situées dans la zone où son action se fait sentir, recueillent les transmissions qui en émanent. Fort gênante en temps normal, cette propriété devient un énorme défaut en temps de guerre. Tout se passe comme lorsque dans une pièce, plusieurs personnes éloignées parlent à haute voix deux par deux : toutes entendent. Or, actuellement, il y a beaucoup d’oreilles ennemies, connues, comme les grandes stations terrestres, et surtout inconnues, nouveaux postes installés en pays envahis, sous-marins sournois errant sur la mer à la recherche d’un assassinat à perpétrer, navires maquillés épiant les mouvements des flottes alliées, etc.... Il importe donc, autant que possible, d’assurer le secret des communications intéressant la défense nationale.
- Parmi les nombreux procédés successivement pré-( conisés par MM. Marconi, Brown, Blondel, de Porest,' Braun et Sigsberg, Ferrié, Garcia, Artom, etc., il
- Fig. 1. — Schéma du système de direction des ondes Bellini Tossi.
- faut spécialement mentionne!- celui de MM. Bellini et Tossi, expérimenté en 1908 entre Le Havre, Dieppe et Honfleur. La solution trouvée par eux est l’application aux communications radiotélégra-phiques du principe bien connu de la composition des vecteurs. Leur système d’antennes émettrices est constitué par deux couples d’antennes verticales, ou deux cadres égaux, perpendiculaires. Si l’on excite un seul des circuits, la transmission se fera principalemént suivant son plan, si on excite les deux circuits simultanément, l’émission se produira suivant la diagonale du parallélogramme construit sür les projections horizontales des antennes et dont les côtés sont représentés par des vecteurs proportionnels aux excitations de ces antennes. On conçoit donc que si l’on fait varier le rapport des deux excitations, la diagonale change d’orientation, et, par suite, la direction de transmission variera elle aussi.
- Pour arriver à ce résultat, MM. Bellini et Tossi utilisent un radiogoniomètre spécial (fig. 5) dont le principe est le suivant : soient deux bobines égales et
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- LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL DIRIGÉE
- perpendiculaires a, als b, bi (fig. 1), réunies à chaque système d’antennes et, dans leur centre commun, une troisième bobine D très petite, mobile au-
- mum pour cette position. Quand les deux antennes sont excitées, leurs actions se composent, et l’intensité de réception sera maxima lorsque la bobine
- Fig. 2. — Nouvelle station de télégraphie sans fil.
- tour du diamètre commun des deux bobines. Quand cette bobine est parcourue par le courant de décharge d’un condensateur par exemple, les deux bobines fixes et les antennes correspondantes deviennent le siège de courants induits, produisant, dans l’espace, des ondes, é 1 e c t r om agnétiques.
- On démontre que le champ résultant coïncide toujours avec le plan d’un roulement de la bobine mobile.
- Par suite, pour transmettre suivant une direction donnée, il suffit de disposer une aiguille solidaire de la bobine mobile en regard de la graduation (orrespondante d’un cadran.
- Pour la réception, l’appareil est identique : quand le poste émetteur que l’on veut exciter se trouve dans le plan de l’antenne ÀAj, celle-ci vibre, tandis que l’antenne BBj n’est pas influencée. La bobine a,av parcourue par un courant, produira un effet maximum sur la bobine mobile lorsque celle-ci lui sera parallèle, et, par suite, l’intensité de réception sera maxi-
- mobile sera disposée dans la direction du poste émetteur.
- La possibilité de déterminer ainsi la direction
- d’un poste a une conséquence immédiate, celle d’en pouvoir déterminer la position par deux observations simultanées faites dans deux postes de position connue. On réalise ainsi une trian-gulation radiotélé-graphique, et quand le poste dont on reçoit les signaux est un bateau, on peut en déterminer la route et la vitesse.
- On conçoit, par ces quelques indications, les services que peut rendre le système Bell in i-Tossi et on comprend que, grâce à lui, la police des mers soit assurée par des postes qui peuvent ainsi déterminer exactement la position des correspondants, recueillant les renseignements et les ordres que se transmettent nos ennemis, et souvent, hélas, les signaux de détresse des torpillés.
- X...
- Fig. 3. — Radio goniomètres de réception et de transmission.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2199. —... ....... 20 NOVEMBRE 1915.
- L’INDUSTRIE MINIÈRE ET MÉTALLURGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- I
- américains pour fournir au groupe des puissances de la Quadruple-Entente les matériels de tous genres dont elles avaient un impérieux besoin pour lutter à armes égales contre l’industrie allemande, depuis longtemps mobilisée en vue de cette guerre injuste et préméditée.
- Les États-Unis sont la première puissance du monde au point de vue de la production minérale et métallurgique, et l’année 1915 avait marqué
- au aenut ae la guerre actuelle, 1 Italie restait neutre et l’Angleterre n’avait pas encore compris l’immensité de la tâche que lui imposait la lutte entamée contre le militarisme allemand. Ces pays ont ainsi pu livrer en 1914, à la France et à la Russie notamment, une grande quantité de fournitures militaires. Depuis que l’Angleterre a porté son armée à plusieurs millions d’hommes, et que l’Italie est entrée dans la lutte, les États-Unis sont
- Vue générale de l’atelier de montage n° 2 des usines de Bethlehem ('*).
- Fig. 1. —
- devenus à peu près les principaux pourvoyeurs de l’Europe en ce qui concerne les métaux bruts, les canons, les armes à feu, les projectiles, les explosifs, etc.
- L’attention a donc été attirée une fois de plus vers ce grand pays dont la puissance agricole, industrielle et commerciale s'accroît avec une vitesse parfois déconcertante. Nous étudierons dans un premier article les moyens d’action dont les États-Unis disposent au point de vue métallurgique en tant que minerais de métaux divers, combustibles et voies de transports, en insistant particulièrement sur certaines grandes installations et groupements industriels. Dans un deuxième article nous mettrons en lumière l’activité déployée par les industriels
- pour l'Union, à ce point de vue, un maximum de prospérité. Mais, d’une façon générale, la tension politique et commerciale prolongée qui avait précédé la déclaration de guerre a déterminé au début de 1914 une crise très aiguë, qui s’est prolongée et aggravée pendant les premiers mois des hostilités. Actuellement la prolongation des hostilités et l’accentuation des demandes européennes permettent aux Américains de relever leurs prix.
- Notamment, au point de vue sidérurgique, l’année 1914 a donc été très mauvaise aux États-Unis, car il y a eu à la fois une importante diminution de la production et une forte baisse des
- 1. Un récent incendie vient de détruire un des plus importants ateliers de cette usine.
- 43" Année. — 2' Semestre.
- 21 — 52t.
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- prix. Au cours de Tannée 1915 les prix sont devenus rémunérateurs.
- Houille et anthracite. — La production de houille et d’anthracite avait atteint, en 1915, 516 millions de t. métriques, dont 85 millions de t. d’anthracite fournies exclusivement par la Pennsylvanie qui occupe également le premier rang pour l’extraction de la houille (158 millions de t.). bes autres Etals produisant annuellement plus de 10 millions de t. sont l’Àlabama, le Colorado, l'Illinois, l’Indiana, le Kentucky, l’Ohio et la Virginie Occidentale. Une grande partie de la houille extraite (46 millions de t.) est transformée en coke, notamment en Pennsylvanie. Cet État, où se trouvent les grandes installations de fours â coke de Connelsville, a produit 29 millions de t. en 1915.
- La valeur des charbons sur le carreau des mines a augmenté deO fr. 40 par tonne depuis 1906, mais elle n’atteignait cependant que 6 fr. 65 en 1915.
- Le prix du coke a, au contraire, baissé de 14 fr. 25 à 10 fr. 85 du 1er janvier au 51 décembre 1914.
- Dans la région de Pittsburgh, et dans certains districts de l’Ohio, de la Virginie occidentale et de l’Oldahoma, les prix de revient de la métallurgie peuvent être abaissés, grâce à l’emploi des gaz naturels dont on a capté en 1915 environ 16,5 milliards de mètres cubes, au prix moyen de 2 cent. 1 /2 le mètre cube.
- Ces conditions favorables sont encore améliorées par l’existence de réserves de combustibles estimées à près de 4 trillions de t.
- Minerais de fer. — L’importance de l’extraction de ces minerais suit les fluctuations de la production métallurgique, c’est-à-dire celles des cours qu’influencent à leur tour les circonstances politiques.En 1915, la production de minerais de fer avait atteint près de 65 millions det., tandis qu’en 1914 la crise l’a fait îetomber à environ 42 millions de t.
- Sur cette énoime quantité de minerai, les gisements du Lac Supérieur, notamment ceux d’Old Range, de Hibbing et du Mesabi, produisaient 55 millions de t. en 1915. La teneur de ces minerais dépasse 50 p. 100 et on recherche surtout aujourd’hui ceux qui conviennent pour le traitement au four Martin à grande capacité. Le minerai pour le traitement au Bessemer ne représente plus aujourd’hui que 57 p. 100 de l’extraction au lieu de 65 p. 100 en 1902.
- Les minerais Martin à 51,5 pour 100 de fer, provenance Old Range, reviennent à 15 fr. 60 la t., franco bord dans les docks des ports du Lac Erié (Cleveland, Buffalo, etc.). Des lignes de navires spéciaux munis de cales de grande capacité et des voies ferrées à grand débit ont été aménagées par les grandes Sociétés métallurgiques de la Pennsylvanie, de l’Ohio, etc., pour le transport économique des minerais du Lac Supérieur jusqu’au gueulard des hauts fourneaux installés à proximité du carreau des mines ; 800 steamers sont affectés au transport des minerais sur les Grands Lacs; 100 de ces steamers appartiennent à une filiale du Trust de l’acier.
- Sidérurgie. — La production de la fonte et de l’acier est naturellement en rapport avec les chiffres précédents. Bien que l’Allemagne ait fait de formidables progrès depuis dix ans et qu’elle ait dépassé l’Angleterre en ce qui concerne la production de la fonte et de l’acier, elle est encore placée à ce point de vue bien loin derrière les États-Unis qui sont les plus forts producteurs du monde entier.
- Voyons d’abord la fonte. Il y avait en juin 1915 205 hauts fourneaux à feu, dont 92 en Pennsylvanie et 69 dans l’Ohio; 215 hauts fourneaux étaient éteints pour des causes diverses.
- Parmi les appareils en fonctionnement, un grand nombre, de construction récente, sont munis de monte-charge électriques à grande vitesse et marchent à une allure très rapide qui permet de pousser la production au delà de 500 t. par jour. Cet énorme outillage a fourni, en 1914, 51,5 millions de t. de fonte dont 12 757592 t. de fonte basique et 11 775440 t. de fonte Bessemer. La Pennsylvanie fournit à elle seule plus de 40 pour 100 de la production totale.
- En août 1915 les hauts fourneaux des États-Unis ont produit 2 779 647 t., ce qui correspond à près de 90 000 t. par jour. Depuis mai 1915 un pareil chiffre n’avait pas été atteint, ce qui est un bon indice de reprise.
- Si nous passons à l’acier, les principales aciéries étaient autrefois groupées surtout autour de Pittsburgh où sont situés les établissements célèbres de Carnegie. Depuis une dizaine d’années, il s’est fondé dans un grand nombre d’États de puissantes aciéries, qui ont un matériel très perfectionné.
- Le Trust de l’acier. — La situation de la métallurgie de l’acier aux États-Unis est dominé par ce-fait, qu’un Trust immense (United States Steel Corporation) a pu accaparer la moitié de la production. Ce Trust occupait, en 1915, plus de 250 000 ouvriers et possédait 150 usines exploitant 125 hauts fourneaux, 55 convertisseurs Bessemer, 500 fours Martin et 660 trains de laminoirs. Le capital total (actions et obligations) e?t d’environ 8 milliards de francs, mais les bénéfices nets sont très variables. De 710 millions en 1915, ils sont tombés à 572 en 1914, les recettes brutes ayant baissé de 4128 millions à 2895 millions. Bien que le Trust ne représente que la moitié de la production américaine, il a accaparé la presque totalité des exportations d’acier. Les résultats de 1915 seront certainement supérieurs à ceux de 4914; le carnet de commandes qui ne comportait que 5 524 592 t. au 50 novembre 1914 était, en effet, remonté à 4 264 598 t. au 51 mai 1915 et à 4 908 455 t. au début de septembre.
- Le Trust de l’acier a fait construire à Gary (In-diana), à quelques kilomètres de Chicago, une gigantesque usine connue sous le nom d'Indiana Steel C°. Cette aciérie qui, une fois terminée, doit être la plus grande du monde, possède 8 hauts fourneaux en marche produisant 5600 t. de fonte par
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- L’INDUSTRIE MINIÈRE ET MÉTALLURGIQUE AUX ÉTATS-UNIS 323
- Fig. 2. — Vue panoramique des usines de Bethlehem s'étendant sur une longueur de 6 kilomètres.
- jour. La force motrice est fournie par 17 moteurs à gaz de hauts fourneaux pouvant développer de 50 000 à 75 000 chevaux. L’aciérie comporte 4 ateliers Martin contenant chacun 14 fours pouvant traiter de 60 à 90 t., ce qui donne une capacité de 13 500 t. d’acier par journée de 24 heures, huit mélangeurs de 300 t. dont 4 de réserve alimentent les fours Martin de fonte liquide. Le chauffage est assuré par 280 gazogènes absorbant quotidiennement 5200 t. de charbon et produisant plus de 11 millions de mètres cubes de gaz.
- Le laminoir électrique à rails, de Gary, le plus important du monde entier, est actionné par 6 alternateurs ayant une puissance totale de 24 000 chevaux. Il existe aussi à Gary un laminoir à blooms de 22 000 chevaux. Le laminoir à essieux de voitures et wagons avec forges et ateliers de finissage peut fournir un millier d’essieux par 24 heures. Les 5 trains à fers marchands produisent environ 60 000 t. par mois.
- Le Trust a englobé les puissantes usines Carnegie situées près de Pittsburgh qui comprennent, sous le nom de Carnegie Steel C°, les hauts fourneaux deCarrie et de Clairlon, les aciéries et hauts fourneaux de Duquesne, les aciéries Edgar Thompson, la fabrique d’essieux d’Howard, les usines Schœn pour la fabrication des roues d’acier, etc.
- Les aciéries de Y Illinois Steel C°, à South Chicago, la Tennessee Coallron and Railroad C°, des usines h tubes (National Tube C°), des fabriques de fil de fer (.American Wire C°), font également partie du Trust qui a installé récemment à Morgans Park, près de
- Duluth, la Minnesota Steel C°, aciérie alimentée par 2 hauts fourneaux pouvant produire 280 000 t. par an, soit plus de 750 t. de fonte par jour de marche et par appareil. L’aciérie comporte 10 fours Martin à grande capacité.
- Pour donner une idée de la puissance des aciéries américaines disons, qu’en 1.914, il y avait 46 fours Martin en construction avec une capacité annuelle de 2 530 000 tonnes.
- Le Trust est d’ailleurs concurrencé par de très fortes aciéries parmi lesquelles on peut citer Pennsylvania Steel C° de Sleelton (Pa), qui a installé en 1914 2 fours oscillants de 200 t., la Gambria Steel C°, à Johnstown (Pa) où fut construit le premier convertisseur Bessemer ayant fonctionné aux États-Unis, la Maryland Steel C°, la Lackawanna Steel C°, etc.
- Cette dernière (à Buffalo) qui a un capital élevé, a encaissé, en 1914, 84 millions de francs de recettes contre 155 en 1915. Le compte de profits et pertes s’est soldé par un déficit de 5 500000 fr., alors que le bénéfice de 1913 avait dépassé 15 500000 fr.
- Aciéries de Bethlehem. — L’acier destiné à la fabrication du matériel de guerre est surtout fourni par les aciéries de Bethlehem et de Midvale.
- La Société des aciéries de Bethlehem (Bethlehem Steel Corporation) est une des plus anciennes usines métallurgiques des États-Unis, car sa fondation remonte à 1857. Elle constitue aujourd’hui un groupement analogue aux grandes usines européennes Schneider, Krupp, etc., car elle a réuni sous un même contrôle ses usines de Lehigh, de Saucon et de South Bethlehem près Philadelphie,
- Fig. 3. — Vue de la mine de la Montagne de Fer de Hibbing (Minnesota).
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- les trois chantiers navals de la Fore River Shipbuil-ding C° à Quincy Massachusetts), de Y Union Iron Works à San Francisco (Californie) et de la Harlan and Hollingsworth Corporation à Wilmington (Delà ware); à ces derniers sont attenants de grands ateliers pour la construction du matériel de chemins de fer.
- Les fonderies et ateliers de macliines de la Samuel L. Moore and Sons Corporation à Elizabeth-port (New Jersey) appartiennent aussi à la Société, ainsi que les Forges de Titusville. Jugeant que son mode d’approvisionnement de minerais ne lui donnait pas toute satisfaction, la Société de Bethlehem n’a pas hésilé, sous l'impulsion éner-
- exécutés au polygone de Redington où sont essayées les pièces d’artillerie livrées par la Société ; les obus de gros calibres sont remplis d’explosifs puissants à Carneys Point près Philadelphie, dans un établissement spécial comportant un grand nombre de pavillons indépendants, légèrement construits pour éviter de graves accidents en cas d’explosion.
- Les fabrications de la Société de Bethlehem embrassent toutes les branches de la grosse métallurgie de l’acier. Elle produit annuellement environ un million de t. de fonte et un million de t. d’acier Martin, 500000 t. de rails et un tonnage égal de poutrelles et de laminés, 150000 t. d’acier en barres de qualités diverses, 50 000 t. de pièces forgées,
- Fig. 4. — Trains de plaques de blindage quittant l1usine de Bethlehem à destination de l’Europe,
- avant le début de la guerre.
- gique de M. Schwab son président, à acquérir à Cuba et au Chili d’immenses mines de fer. Une flotte de steamers spéciaux transporte les minerais du Chili (mines de Toto) à Philadelphie vià Panama; un chemin de fer et des appontemenls ont été créés pour embarquer 10000 t. par jour.
- La Compagnie de Bethlehem a récemment dépensé près de 40 millions de francs pour construire à Saucon quatre hauts fourneaux neufs, deux convertisseurs Bessemer de 20 t., deux mélangeurs de fonte de 450 et 250 t. et un atelier de dix fours Martin pour la fabrication de l’acier par le procédé Duplex qui consiste à traiter la fonte successivement au convertisseur et au four Martin. A South Bethlehem, plus de 25 millions ont été dépensés pour installer un nouveau laminoir en vue de la production des rondins d’acier. De grands travaux ont été
- 15000 t. de plaques de blindages, 60000 t. d’aciers ouvrés qui sont livrés sous forme de canons, de projectiles et de machines diverses. L’usine principale de South Bethlehem occupe en ce moment 20000 ouv-riers et couvre plus de 500 hectares.
- Les deux aciéries Martin qui occupent des bâtiments de 250 et 275 m. de longueur sur 26 m. de largeur renferment 22 fours acides et basiques dont 12 de 50 t. et 6 de 40 t. On peut y couler des pièces en acier pesant jusqu’à 150 t.
- L’aciérie au creuset produit par mois environ 600 à 700 t. d’aciers fins spéciaux pour outils ou pour projectiles (aciers au chrome, au tungstène, au vanadium, etc).
- Bien qu’elle produise, comme on l’a vu, une grande quantité de métaux commerciaux la Société de Bethlehem s’est créée une réputation mondiale
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- L’INDUSTRIE MINIÈRE ET MÉTALLURGIQUE AUX ÉTATS-UNIS = 325
- pour les cuirasses et le matériel d’artillerie. Ses canons de marine de gros calibre (505 jusqu’à 581 mm.) arment un grand nombre de cuirassés américains et étrangers (grecs, argentins, etc.). L’atelier des blindages comporte une presse de 14000 t. desservie par deux ponts roulants hydrauliques de 200 t. chacun alimentés d’eau à 5 kg par centimètre carré par une pompe de 15 000 chevaux. Une presse à cintrer les blindages de 7000 t. complète cette installation.
- Les ateliers d’artillerie occupent une superficie de 45 000 ni2. On y fabrique des canons et des affûts de tous genres : obusiers, pièces de campagne et
- atelier de blindages qui renferme des machines-outils formidables fournies notamment par la Niles Benont Bond C°.
- Cuivre. — La production du cuivre américain s’annoncait pendant le premier semestre de 1914 comme devant être supérieure à celle de 1915. La déclaration de la guerre eut pour effet de décider les principaux Etats producteurs de cuivre à réduire de 50 pour 100 l’activité de leurs mines et de leurs usines.
- Les Etats-Unis fournissent à l’Europe environ la moitié du métal rouge qu’elle consomme. Le tableau suivant donne le détail de la production
- Fig. 5. — Un des cinq tours de 2 m. 5 de la Midvale Steel C°. Chaque tour pèse i5o tonnes.
- de montagne, canons de côte, de forteresse, etc.
- Bethlehem construit aussi des tourelles simples, doubles ou triples pour canons de marine et de côte de gros calibre, actionnées par un mécanisme hydroélectrique à la fois souple et puissant. Le principe de ce système consiste dans l’emploi d’un moteur électrique qui commande une pompe à huile; ce fluide sous pression actionne à son tour un moteur hydraulique polycylindrique. Des tourelles, armées de deux canons de 550 mm, peuvent ainsi tirer deux coups par pièce et par minute bien qu’elles soient manœuvrées et servies à la main, ce qui simplifie beaucoup le mécanisme tout en exposant moins le tir à être interrompu par le feu de l’ennemi.
- Les grandes aciéries de Midvale, situées à Nice-town près de Philadelphie, possèdent un puissant
- dans les divers États pendant les trois dernières années.
- 1912 1913 1914
- tonnes. tonnes. tonnes.
- Arizona..........162 152 181 151 169 590
- Montana.......... 140 089 129 257 105 563
- Michigan .... 104927 72 225 71 161
- Utah...... 59 648 66 859 68152
- Nevada ..... 57 586 38 361 27 071
- Autres États. . . 58 516 48 783 54124
- 562 518' 556 616 495 461
- L’Arizona tient toujours le premier rang, car les productions du Montana et du Michigan (Lac Supérieur) ont fléchi; celle de l’Utah a augmenté à cause de l’exploitation de nouveaux gisements por-phyriques.
- Les exportations ont diminué de 550 278 t. à
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- 332 -186 t. pendant les dix premiers mois de 1914 qui comprenaient les trois premiers mois de la guerre.' L’exportation en Allemagne était tombée de 117 426 t. à 80 045 t.
- Il y avait augmentation des expéditions de cuivre américain en Italie, en Russie et en Grande-Bretagne et diminution des exportations vers l’Au-triche-Hongrie, la Belgique, la France et la Hollande.
- Les prix avaient d’abord fléchi pendant les premiers mois de 1914. Le métal, qui valait 71 liv., 741 en janvier 1913 (par tonne de 1016 kg à Londres), était à 60 liv., 540 en juillet 1914 et à 53 liv., 227 en novembre de la même année. Le cours actuel de 250 fr. les 100 kg. est très favorable à la réouverture d’anciennes mines,
- non payantes au-dessous de 64 livres, circonstance qui se reproduit invariablement à chaque hausse suffisamment prolongée.
- D’ailleurs, la production mondiale a également diminué. Le Mexique, où règne l’anarchie, a fourni en 1914 55 436 t. contre 73 617 t. en 1912; l’Australie 53 762 t. contre 47 235 en 1915; le Japon 60058 t. au lieu de 75 152 t. en 1913; l’Espagne et le Portugal 47 500 t. contre 54 696 t. Le Chili est resté à peu près stationnaire (58 270 t. en 1914). L’Afrique et Cuba, en faible augmentation, ont livré 52 528 t. au lieu de 26 251.
- Plomb. — Les États-Unis possèdent de très riches gisements de plomb notamment dans l'Idaho où l’on exploite à Cœur d’Alêne, près ’de la frontière canadienne, un des gîtes les plus riches du monde (168 000 t. en 1914).
- La demande de plomb est très active et la production a augmenté de 125000 tonnes depuis deux ans. Les minerais de plomb argentifères et antimonieux des Montagnes Rocheuses sont en pro-gres'ion marquée de même que ceux du Missouri (177 000 t.), de l’Utah (91 000 t ). La production totale du plomb américain a été, en 1914, de 558 540 t. de 2000 livres anglaises contre 490 550 t. en 1915.
- Les usines n’ont pu importer suffisamment de minerais mexicains sinon la progression eût été encore plus marquée.
- Le cours du plomb a passé de 15 liv., 977 en mars 1913 à 19 liv., 097 en décembre 1914 et à 772 fr. 25 en septembre 1915. 11 faut remonter jusqu’à l’année 1877 pour relever un prix moyen annuel supérieur à 20 livres.
- Zinc. — La production du zinc est très importante depuis quelques années dans plusieurs États de l’Union.
- En 1914.
- Illinois ... 150 788 tonnes.
- Oklahoma . . 91 595 —
- Etats de l’Est. 77 424 —
- Par contre, il y a eu un fléchissement de la production dans le Missouri et dans le Kansas qui ont fourni 55087 t. en 1914 au lieu de 11 761 en 1912.
- Vers le milieu de l’année 1914 l’Europe avait un stock de zinc d’environ 100 000 t. entreposé principalement en Allemagne. Au moment de la déclaration de la guerre, la Grande-Bretagne, qui avait une réserve très faible, s’adressa aux États-Unis qui n’avaient que 64 000 t. de stock. La crise fut ainsi évitée et le prix du zinc est actuellement remonté à 235 fr. les 100 kg alors que la chute des cours avait été de 250 fr. par lonne entre le 1er janvier 1913 et le 1er juillet 1914.
- INous ne parlerons pas ici de la production de l’or et de l’argent qui a cependant conservé une grande importance aux États-Unis.
- Pétrole. — La demande de pétrole et d’essences de toutes densités est très forte depuis le début de la guerre parce que la circulation des navires chauffés au pétrole, des automobiles et des avions a augmenté dans d’énormes proportions tandis que plusieurs grands centres de production ne pouvaient plus faire d’expéditions vers l’Europe occidentale. La Galicie est envahie par les Allemands qui accaparent la production des puits que les
- Fig. 6. — Raboteuse pour plaques de blindage de la Midvale Steel C°. Cette machine pèse 25o tonnes. Elle rabote simultanément les 4 angles et une face d’une plaque de blindage de 8 m de long, 4 m. de large et de 28 cm d’épaisseur.
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- L’INDUSTRIE MINIERE ET MÉTALLURGIQUE AUX ÉTATS-UNIS r==r 327
- Russes n’ont pas détruits pendant leur retraite.
- La Russie ne peut exporter à cause de la fermeture des détroits et de ses besoins particuliers. La Roumanie, qui a beaucoup livré aux États du Centre, semble avoir modifié son attitude, mais ne pourra fournir de'pétroleaux puissances de la Quadruple-Entente qu’après l’ouverture des Dardanelles.
- Les États-Unis sont au point de vue du pétrole les plus importants producteurs du monde. Les livraisons se font en barils de 190 litres environ (42 gallons).
- La production de 1914 a dépassé de 40 millions de barils celle de 1913. Elle se décompose comme suit :
- Californie................
- Kansas, Oklahoma ....
- Appalaches................
- Illinois..................
- Texas ....................
- Louisiane.................
- Divers....................
- Les principaux districts producteurs de la Californie sont ceux de Midway Sunset et de Whittur Coyote qui ont augmenté leur extraction de 15 millions de barils en un an. Les anciens bassins des Appalaches et de Lima (Ohio et Indiana) sont en décroissance marquée, tandis que les gisements de l’Ouest ont beaucoup augmenté, notamment la Californie qui a passé de 75 millions de barils à 100 millions en quatre ans. Il en est de même du Texas et de la Louisiane.
- Pour le pétrole, comme pour les minerais, la guerre a enrayé la baisse qui avait atteint 5 fr. par baril en août 1914 par rapport à la même date de 1915.
- Une puissante Société, la Standard Oil C°, contrôle la majeure partie de la production du pétrole aux États-Unis. De retentissants procès et des amendes formidables n’ont pu abattre l'influence de la Standard OU C°. Le fameux financier Rockefeller, récemment victime d’un attentat provoqué par le parti allemand aux États-Unis, possède également d’énormes intérêts dans les exploitations de pétrole.
- Le Mexique commence à produire beaucoup depuis quelques années, mais actuellement ses exportations sont gênées par l’état d’anarchie qui règne dans ce pays.
- Chemins de fer. — Les États-Unis comportent actuellement environ 410 000 km de chemins de fer possédés par plusieurs centaines de Compagnies privées dont quelques-unes (Pennsylvania Bd,
- New-York Central and Hudson River, etc.)"sont très puissantes, tandis que beaucoup d’autres, ^ présentant environ 80000 km de lignes, sont sous séquestre. Quelques-uns des gros capitalistes américains, tels que MM. Gould, P. Morgan, etc., sont à la tête de réseaux considérables formés par la réunion d’un grand nombre de lignes de valeurs très inégales, tels que YÀtchison Topeka and Santa Fe Kd, qui exploite près de 20 000 km de voies ferrées dont beaucoup sont à voie unique.
- Le matériel des chemins de fer américains comporte environ 65 000 locomotives, 55 000 voitures à voyageurs, 2 450 000 wagons à marchandises et 150000 wagons de service. Plus de 1 700000 agents permanents sont à la solde des Compagnies, dont le capital total représente à peu près 100 milliards. Les recettes brutes dépassent 20 milliards et laissent un bénéfice d’environ 8 milliards.
- Pour donner une idée de la puissance de certaines Compagnies de chemins de fer américaines, disons que le réseau du Pennsylvania Rail-road dessert 15 États sur 48, c’est-à-dire un territoire comportant près de 50 millions d’habitants, soitenviron la moitié de la population de l’Union (52 pour 100). Le développement des lignes est d’environ 22 000 km, avec 4500 stations. Le réseau compte une vingtaine de villes de plus de 100000 habitants parmi lesquelles figurent New-York, Chicago, Jersey, City Philadelphie, Pittsburgh, Buffalo, etc. Le personnel dépasse 250 000 agents ; le parc de matériel compte 7560 locomotives, 6900 voitures à voyageurs, 282 000 wagons à marchandises et 68 steamers ou ferry boats. Les recettes annuelles totales des 8356 km situés à l’est de Pittsburgh se montent à environ un milliard de francs.
- En une seule année le Pennsylvania Railroad commande plus de 160000 t. de rails d’acier et répartit cet ordre entre un petit nombre de fournisseurs.
- En résumé, l’industrie minière et métallurgique américaine est caractérisée par une puissance considérable adaptée aux immenses besoins du pays. En fournissant aux alliés du matériel à profusion, les Etats-Unis ont pu remédier en grande partie à la crise terrible qu’avait provoquée l’arrêt des commandes de l’Europe en 1914. Nous examinerons, dans un prochain article, comment et dans quelle mesure l’Europe a pu profiter des ressources des manufactures américaines au point de vue de la fourniture des munitions, du matériel de chemins de fer, des métaux bruts, des machines-outils, etc.
- Barils.
- 100 000 000 97 400 000 23 800 000 21 500 000 20 500 000 16 000 000 8 000 000 287 200 000
- Fig. 7. — Groupe de hauts fourneaux et récupérateurs à Bethlehem.
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- A PROPOS DE LA PÉNURIE DES SOUS
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- La pénurie des sous, que l’on constate un peu partout en France et dont l’origine provient, sans doute, des réserves cachées de thésauriseurs timorés, a obligé certaines municipalités à émettre des bons de 5 et 10 centimes; ailleurs même, ce sont les commerçants eux-mêmes, qui, par une entente commune, ont fabriqué, pour leurs usages personnels, des tickets et des jetons n'ayant rien de protocolaires, mais utiles pour les transactions, dans la localité elle-même, bien entendu.
- Il est curieux que la guerre nous ramène ainsi presque à l’état primitif ou à celui de certaines peuplades sauvages.
- L’emploi des pièces de monnaie ne semble avoir véritablement commencé, en Europe, que vers le vne siècle avant notre ère.
- Dans les temps anciens, on faisait appel, d’abord, presque exclusivement, au troc, où. le vendeur et l’acheteur échangeaient directement les objets de leur convoitise. « Donne-moi de quoi qu’ t’as, j’te donnerai d’quoi qu’ j’ai », comme disent les Normands. Mais on ne tarda pas à s’apercevoir que ces transactions étaient peu faciles et l’on fut ainsi amené à donner au vendeur une « chose » ayant une certaine valeur, soit qii’il l’employât directement, soit qu’il pût ensuite l’échanger contre ce qu’il viendrait à désirer. C’est là l’origine de la monnaie, telle qu’elle a existé longtemps chez nous et qu’elle se retrouve encore chez de nombreuses peuplades sauvages.
- Ces « valeurs monétaires » sont extraordinairement variées. Durant longtemps elles furent représentées par des bestiaux, et c’est même de là qu’est venu le mot pecunia, valeur pécuniaire, etc. (de pecus, troupeau). Aux bestiaux, qui constituent encore la monnaie de certains sauvages, ceux-ci ont adjoint des esclaves, pratique qui, heureusement, sous l’influence de la civilisation, tend à disparaître.
- Plus souvent, les valeurs en question ont une forme plus maniable. Ce sont, parfois, des objets comestibles, tels que les graines de cacao des anciens Mexicains, les graines de riz des anciens Coréens et des indigènes modernes des Philippines, les gâteaux de sel de l’Abyssinie et du Laos, les briques de thé du Laos. C’est, peut-être, de leur emploi qu’est venu l’euphémisme si connu — trop connu ! — dé a manger son argent .» (sans garantie...).
- Les monnaies peuvent aussi affecter une autre forme utilitaire, par exemple de pièces d’étoffes d’une longueur proportionnée à leur valeur (Thibet, Mongolie, Chine, Afrique, etc.), de pelleteries (peuples sibériens), de meules énormes. Ce dernier cas se rencontre dans l’île de Yap, voisine des Pelau, d’où l’on en importe de si grandes que deux hommes arrivent à peine à les remuer. Ces meules peuvent, sans doute, servir à broyer certains objets,
- mais les plus orgueilleux les laissent à la porte de leur demeure pour que chacun puisse être témoin de leur opulence. Vanilas vanitatum et omnia vanitas !
- Bien plus généralement, les monnaies des sauvages sont des ornements ou des objets rares, par exemple des perles en obsidienne ou en porcelaine (îles Pelau), des prismes en terre cuite (même localité), des blocs d’aragonite (île de Yap), des plumes, des perles, des dents de cerf Wapiti (Indiens Chordones et Bannock d’Idaho et de Montana), des crânes d’animaux (chez les Michmi), des morceaux de peaux, véritables pièces de monnaie des anciens Carthaginois et des Scandinaves. Mais les objets ornementaux de beaucoup les plus employés pour faciliter les transactions sont les coquilles marines. On utilise surtout le Dental (Dentalium entalis), qui a la forme d’une corne creuse, chez les Indiens du nord-ouest de l’Amérique; la « Venus mercenaria », telle quelle ou transformée en perles ( Wampum), chez les Indiens de la côte Atlantique des Etats-Unis, et, surtout les cauris, c’est-à-dire deux espèces de coquillages rentrant dans un genre qu’en français on appelle « porcelaine » (à cause de leur aspect luisant) et qui appartiennent à deux espèces : Cyprea moneta et Monetaria annulus. Ce mot de Cauri ou Cotory semble être une corruption du sanscrit Iiaparda, Kapardika, d’où, en dialecte Mahralti, on a fait Iiavari; il change, d’autre part, avec les localités et ce sont les mêmes objets que l’on appelle Boudgi (Portugais), Boli (Maldives), Bios (Siamois), ouadda (Arabes). La première des deux espèces citées plus haut est plus répandue en Asie et la seconde en Afrique, tandis que les deux coexistent dans tout l’Océan Indien. On le récolte abondamment aux îles Maldives (à l’ouest de Ceylan) et aux îles Soulou (entre les Philippines et Bornéo). « La vraie zone de circulation du cauri, dit M. J. Deniker, est cependant l’Afrique tropicale; le fait s’explique par sa rareté; car, la coquille n’étant pas connue dans l’Atlantique, c’est uniquement par des relations commerciales qu’elle_ a pu se propager de l’est à l’ouest à travers le continent, depuis Zanzibar jusqu’au Sénégal ; et ces relations commerciales doivent remonter bien loin, car Cada-mosto et d’autres voyageurs portugais du xve siècle signalent déjà l’emploi du Cauri parmi les « Maures » du Sénégal. Le taux du Cauri est beaucoup plus élevé en Alrique qu’en Asie, ce qui indique que celte coquille est un objet importé. C’est probablement par les Arabes que le Cauri fut introduit sur la côte Est de l’Afrique. Plus tard, les Européens se sont aussi emparés de ce commerce. » Les Cauris s’emploient tels quels ou enfilés en chapelets. C’est aussi sous cette dernière forme que l’on utilise les fragments d’une grande coquille terrestre, YAchan-tina monetaria, chapelets que l’on fabrique sur-
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- .^ , =r LA MER NOIRE
- tout dans l’intérieur du pays de Bengouela (1).
- Un peu partout, les monnaies que nous venons de citer ont été plus ou moins détrônées par les métaux. Dans l’Égypte pharaonique, l’or, l’élec-trum, l’argent, le cuivre, le plomb, lé fer, furent employés sous formes de pépites brutes ; de petits sacs contenant de la poudre et des paillettes; de briques, tuiles, barres ou plaques obtenus par fusion; d’anneaux ou tabnous, forme particulièrement fréquente. La valeur de ces monnaies était d’abord appréciée à la balance, mais, plus tard, on leur donna des dimensions réglementaires qui permettaient de les estimer à la vue seule. Chez les Chaldéens et les Assyriens, on constate la même progression. Chez les populations palestiniennes, le poids étalon des métaux était le sicle, mot qui veut dire à la fois compter et peser. Et, aujourd’hui même, chez les Chinois, tout petit marchand
- LA MER NOIRE
- En 1854-1855, la France et l’Angleterre ont fait des efforts longs et coûteux pour fermer la mer Noire. En 1914-1915, la France et l’Angleterre font
- ET SES PORTS r-:--.......:.— ....... = 329
- est encore muni d’une balance, pour connaître la valeur de la poudre, des fils, des lingots, que certains lui donnent en payement.
- Des plaques de métal sont encore répandues en Afrique comme monnaie, par exemple chez les « Loggo » des BongOj de même que les pointes de lances (chez les Djour), les pièces de bronze en forme d’X du Congo. Les minces baguettes de 14 à 15 cm que l’on employait, il y a une quarantaine d’années au Cambodge, semblent avoir aujourd’hui disparu, de même que les pelles, houes, pioches, couteaux plus ou moins informes, que l’on utilisait un peu partout et qui servaient à la fois comme instruments et comme valeurs fiduciaires, forme sous laquelle ils arrivaient généralement ébréchés et, parfois, usés jusqu’au manche, triste emblème de la richesse, ou, plutôt, de la pauvreté.... Henri Codpin.
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- aggraver nos désastres de 1870. Gallipoli doit contribuer à les réparer. Cette grosse question de la mer Noire se pose de la manière suivante. L’im-
- des efforts longs et coûteux pour l’ouvrir. Sébastopol, en nous aliénant la Russie, a contribué à
- 1. Au Siam et au Laos, il y a quelques années, 20 ou 50 cauris valaient un centime ; au Bengale 2400 à ‘2560 cauris équivalaient à une roupie, 10 pour un centime. Quant aux chapelets à’Acanthina, il y a une trentaine d’années, ceux longs de 50 centimètres valaient 50 centimes à 1 fr. 50 chacun.
- mense Russie étouffe sur ses deux continents, sans moyen pratique et assuré d’exporter ses blés, d’importer ses munitions. Elle a cependant accès sur quatre mers. Mais l’une, le Pacifique, est à l’autre bout de l’Asie ; la seconde, la mer Blanche, est gelée une grande partie de l’année; et les deux
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- dernières, la Baltique et la mer Noire, sont des lacs, dont une puissance étrangère détient le goulet d’émission. Un moment, la Russie a cru pouvoir développer son issue asiatique; mais la guerre russo-japonaise a arrêté son élan dans ce sens. Dans la Baltique, le mal est irrémédiable. Reste donc, seulement l’issue de la mer Noire en occupant ou neutralisant Constantinople. Malheureusement pour la Russie, l’Allemagne souffre à un degré moindre du même mal. Dans la mer du Nord, la suprématie de l’Angleterre la paralyse. D’où le rêve pangermanisle d’aboutir à la mer des Indes par le Berlin-Bagdad, en absorbant ou vassalisant la Bulgarie et la Turquie. Entre tant d’autres problèmes posés, la guerre actuelle est appelée à dire si la Russie possédera une issue sqr la Méditerranée, ou si l’Allemagne lui coupera définitivement la route. Aux premiers jours, quand l’aventure du
- impériale russe de géographie et l’Association russe des sciences naturelles.
- Les trois canonnières Tchernomoretz, Üonetz et Zaporojetz (le Donetz a été coulé par les Turcs dans le port même d’Odessa dès les premiers jours des hostilités actuelles avec la Russie) y furent employées.
- Ces recherches de 1890-1891, conduites par MM. de Spindler, de Wrangell, Androussow, Ostrou-mow, etc., firent connaître que le fond de la mer Noire est un bassin presque plat environné de talus très raides; la profondeur moyenne est de 1859 m. et la plus grande de 2500 à 2600 m. On reconnut comme imaginaire le creux de 3600 m. qu’on disait exister au large du Caucase, la sonde étant descendue au maximum à 2618 m. vers le milieu de la partie méridionale, par la longitude de Sébastopol (voir la carte).
- Fig. 2. — Château d’Euxinograd à Varna, appartenant au tsar Ferdinand de Bulgarie et récemment détruit par la flotte russe.
- Gœben et du Breslau a ouvert tous les yeux, il eût été sans doute facile d’imposer la solution que nous désirons aujourd’hui. Malheureusement, notre diplomatie, ailleurs si admirable, n’a pas vu assez vite (ou n’a pas assez rapidement démontré à d’autres) l’incurable duplicité et la germanisation définitive des Turcs, qui se sont jetés dans la gueule du loup teuton pour garder Constantinople, comme s’y jettent les Bulgares dans le vain espoir de l’obtenir. C’est pourquoi nous sommes forcés de tourner les yeux, plus que nous ne le voudrions, sur la mer Noire et sur les événements qui s’y passent.
- Nous allons donc étudier cette mer, en indiquant d’abord rapidement ses particularités physiques et passant ensuite à la description de ses côtes, dont nous envisagerons surtout l’intérêt militaire et économique.
- Physiographie de la mer Noire. — Une étude scientifique spéciale des mers Noire, d’Azoff et de Marmara a été effectuée , en 1890-1891 par le Ministère de la marine impériale russe, la Société
- En été, la température s’élève à 20°-26° C. à la surface de l’eau; dans la zone de 45-90 m. elle tombe à 7°,2 (ce qui est la moyenne de toute la mer Noire); à 185 m. elle remonte à 8°,7, puis à 9°-9°,5 vers le fond. Parmi les mers de plus de 2000 m. de creux, on n’en connaît que trois (mer Rouge, Méditerranée et mer de Soulou) qui soient plus chaudes. En hiver, les parties Nord gèlent plus ou moins. De Tchihachtcheff a décrit, en 1855, 18 cas de congélation totale ou partielle de la mer Noire depuis l’année 401 (le plus complet en 762) sans aucune périodicité et sans relation avec les grands hivers européens.
- Le caractère physique le plus spécial de la mer Noire est la faiblesse de sa salinité. Tandis que celle des autres mers varie de 3,2 à 5,9 pour 100, celle du Pont-Euxin est, en moyenne, de 1,85 pour 100, du moins à la surface; l’apport des grands fleuves et la faiblesse de l’évaporation en sont la cause. Près des bouches du Danube se rencontre la plus faible salure superficielle; mais, à 35 m. de
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- profondeur elle est déjà plus grande que vers-le Bosphore, où elle atteint 5,38 pour 100 à 72 ni. de profondeur dans un courant 1res étroit, qui vient de la mer de Marmara; dès 1881-1882, Makarofï avait reconnu ce courant, ainsi que celui de la surface, qui s’écoule aù contraire vers le Sud, vers Constantinople avec moins de densité.
- La plus grande salinité est sur la côte d’Asie Mineure, où ne débouchent que les trois petits fleuves du Jeschil-Irmak, Kizil-Irmak et du Sakaria. Mais, à partir de 183 m. la salinité s’élève de 2,14 à 2,25 pour 100 jusque vers le fond; à 2200 m. on a même noté 5,58 pour 100.
- Cette faible teneur en sel ne laisse à la mer Noire qu’une densité moyenne de 1,014, tandis que celle de la Méditerranée est de 1,0275 à 1,0293. C’est pourquoi le Bosphore, profond seulement de 50 m., est parcouru à sa surface par un courant venant de la mer Noire à la vitesse de 4 à 8 km par heure ; tandis qu’au contraire, un courant inférieur apporte à la mer Noire les eaux plus salées et plus denses de Marmara et de la Méditerranée, mais en quantité très restreinte. Ainsi on peut presque dire que, par le Bosphore et les Dardanelles, le Danube, le Dniester, le Dnieper, le Don, etc., achèvent de s’écouler dans la mer Egée. Ce courant de surface n’a pas été sans constituer une gêne dans nos opérations navales contre les Dardanelles, notamment par la manière dont il entraînait les mines flottantes vers nos navires.
- D’après M. Androussow, la mer Noire, assez pauvre en oxygène, est à peu près privée de faune pro-
- Fig. 3. — Port de Batoum et monts du Lazistan (vus de la mer Noire),
- fonde. Entre 200 et 360 m., la vie sous-marine semble arrêtée par une forte proportion d’hydrogène sulfuré, provenant de la décomposition des cadavres d’animaux tombés de la surface, et peut-être aussi de mofettes sous-marines d’hydrogène sulfuré.
- Bien que la mer Noire soit dépourvue de marées, son niveau, comme celui de la Baltique, varie légèrement avec les saisons par suite des différences de débit des fleuves. C’est en mai et juin que le niveau s’élève de 10 à 15 cm au-dessus du niveau moyen, tandis qu’il s’abaisse de 8 à Tl cm au-dessous de ce niveau de septembre à mars.
- D’une façon générale, le niveau de la mer Noire
- n’a cependant pas varié depuis 2000 ans; cela résulte notamment de l’état parfaitement conservé et de la situation sur le rivage même du curieux-fort construit par Mithridate Eupator, roi de Pont, vers 85 av. J.-C. au pied du Caucase à Gagri, pour se défendre contre les Bomains.
- Ports de la mer Noire. — Le nœud vital de la mer Noire, c’est la porte du Bosphore gardée par Constantinople. Nous partirons donc de là pour faire le tour de ses côtes, en remontant d’abord au Nord pour revenir par le Sud. On sait que nous rencontrerons, chemin faisant, quatre pays : la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Russie et, de nouveau, la Turquie.
- Fig. 4. — Rostow-sur-le-Don et les radeaux du Donetz.
- Sur les côtes très courtes de la Turquie d’Europe, ne voulant pas étudier ici le Bosphore, nous n’avons que peu de chose à dire. On n’y trouve pas un seul bon mouillage. Derkos est à l’intérieur des terres et la fameuse Midia, où l’on avait annoncé un moment un débarquement russe, ne paraît pas s’y être prêtée. La Bulgarie est un peu plus favorisée et nous n’avons pas attendu longtemps, pour apprendre le bombardement de Bourgas, d’Euxino-grad et de Varna.
- Bourgas, au fond d’une belle rade, est encore un très petit port, terminé seulement en 1902, qui n’a d’intérêt que par ses mines de cuivre, elles-mêmes de médiocre valeur. Le mouvement actuel n’y dépasse guère un million de tonnes, bien que ce soit le débouché naturel pour les blés du Sud. Mais la Bulgarie s’est beaucoup attachée à développer Varna, où se tient sa flottille de guerre, qu’a dirigée longtemps un officier français. Cette flottille comprend 6 torpilleurs de 100 tonnes filant 26 nœuds construits au Creusot, 1 croiseur de 720 tonnes construit à Bordeaux et 2 yachts de 125 et 250 tonnes, auxquels sont venus s’ajouter, dit-on, 4 sous-marins allemands. La situation de Varna est importante. Le port, exécuté de 1895 à 1905 sous la direction d’ingénieurs français, a été approfondi à 8 m. 50 sur 21 hectares et reçoit un millier de navires par an. Le jour où les navires de guerre russe y sont apparus, ils ont touché bien aisément un point sensible au cœur du roi Ferdinand : son château d’Euxinograd, qu'il a embelli avec amour et où il se tient une partie de l’été (Voir notre vue).
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- riches habitants de la ville doivent y reconstruire leurs villas emportées par les écroulements.
- Odessa, grande ville, trop jeune (un peu plus de 100 ans), mais très prospère, est le principal port d’expédition des blés russes, un des plus vastes entrepôts de céréales du monde ; ses eaux ne sont entravées par les glaces que trois semaines par an environ. C’est pourquoi, lorsqu’il a pu être un moment question d’une avancée allemande dans ce sens, le danger a paru inquiétant.
- Sur l’emplacement de l’antique Olbia (illustrée p ir la fâcheuse histoire de la tiare de Saïtapharnès), Nicolaïeff, sur le Bug, dans l'intérieur des terres, est un arsenal maritime; Cherson, dans l’estuaire du Dnieper, reçoit toute la batellerie descendue de
- Depuis la guerre de 1915, Varna touche à la frontière roumaine. On entre là dans cette Dobroudja qui a -laissé de si mauvais souvenirs aux Français de 1854. Le grand port roumain, c’est Constantza (Kustendje), qui se développe de jour en jour et contre lequel Varna voudrait bien pouvoir lutter. Parla se font le mouvement des voyageurs, l’exportation des céréales et du pétrole. Galatz et Brada, situés à 150 km dans les terres sur le delta du Danube, sont deux grands entrepôts.
- Après le Danube, on pénètre en Russie, dans la Bessarabie, province enlevée en 1878 à la Roumanie qui la regrette toujours et que ce regret n’a pas peu contribué à tourner autrefois vers les Empires du Centre.
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- Fig. 5. — Lejond de la mer Noire vu des collines du couvent du Nouvel-Athos pris Soukum-Kalé, (à gauche, le Caucase ; à droite, le Lazistan.)
- Jusqu’à la Crimée la côte est basse, bordée d’étroites langues de terre sableuses, qui séparent la mer des Limans.
- Les limans sont d’anciens estuaires. Chaque année, leurs bourrelets de sable s’accroissent si bien que l’eau de mer ne peut plus s’infiltrer en quantité suffisante pour contre-balancer l’évaporation, Le niveau des limans fermés est donc en contre-bas de la mer Noire (de 5 m. à Kouyalinik). Plusieurs limans possèdent des sources boueuses thérapeutiques analogues à celles de Dax en France.
- Le Dniester et le Bug viennent des terres noires (tchernoziom) des plaines de Podolie, le grenier à blé de la Russie. Akkerman est le port du premier lleuve. Les falaises argileuses des Grandes Fontaines précèdent Odessa. La destruction marine de ces falaises hautes de 25 m. est l’une des plus rapides que l’on connaisse. Environ tous les 20 ans, les
- Kiew et exporte les bois du sud de la Russie, ainsi que les charbons et les produits sidérurgiques du Donetz. Mais les gros navires n’y peuvent remonter et ses eaux gèlent 80 jours par an. Les estuaires du Dnieper et du Bug fournissent aux pêcheurs les esturgeons, sterlets et harengs.
- Sur la côte Ouest de Crimée, Eupatoria, où débarquèrent en 1854 les armées française et anglaise, est entourée de malsaines lagunes; c’est en pleine mer que la manipulation des marchandises s’y opère au moyen d’incommodes felouques.
- Sébastopol ne laisse guère utiliser son immense rade, triste faute de verdure, que par la marine militaire.
- Là commence la muraille calcaire magnifique qui, tombant abruptement de 1000 à 1500 m.. dans les flots bleus du Ponl-Euxin, est une des beautés du monde. C’est la côte très découpée du Sud-Est de la
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- Crimée; plusieurs petits ports lont surtout le commerce des excellents vins du pays.
- Livadia et d’autres résidences impériales avoisinent la belle Yalta, qui est le Nice et le Monaco de la Crimée. Presque tout le commerce de la région s’en va par Féodosie, Théodosia des Grecs et Caspa des Génois. Le Gæben et les vaisseaux turcs ont jeté des bombes sur tous ces havres, avant d’être réduits au silence.
- La mer d’Azow, où l’on entre par le détroit de Kertch se glace 4 mois par an, elle est cependant très poissonneuse (pêcheries de sterlets, mais avec peu d’espèces marines, car la salure descend à 1,19 pour 100). Les houilles du Donelz et les blés du Tchernoziom approvisionnés à Kharkowy gagnent Rostow-sur-le-Don, le second port russe après Odessa; c’est un immense village spécialisé dans l’exportation des seigles.
- L’extrémité orientale de la mer Noire, d’Anapa à
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- Au voisinage de la frontière turque, Poti et Ba-toum sont, pour ainsi dire, jumeaux et reliés chacun par voie de fer à Routais et à la ligne de Tiflis-Bakou ; mais le premier est dans les pestilentiels marais du Rion, le Phase antique, où les Argonautes allèrent chercher la Toison d'Or de Colchide. Batoum, prise aux Turcs en 1877, est bien plus prospère; son climat permet la culture du thé. C’est aujourd’hui une grande ville, devant sa prospérité au commerce du naphte de Bakou qui lui arrive non seulement par des trains de pétrole, mais aussi par de longues conduites qui traversent la Transcaucasie. Le manganèse, le bois et les tapis chargent aussi ses nombreux navires. C’est une proie tentante que les Turcs voudraient bien recouvrer.
- La côte Nord de l’Asie Mineure est dépourvue de bons ports, exposée aux tempêtes du Nord. Samsoun seule a quelque importance. Rizeh, Trébizonde,
- Fig 6. — Vue générale de Trébizonde.
- Batoum, au pied du Caucase occidental, a reçu, depuis une quinzaine d’années, un développement considérable parce que la douceur de son climat a permis d’en faire une véritable côte d’azur russe spécialement autour des deux localités de Sotchi et de Gagri. Là, en effet, l’hiver se passe parfois sans gelées parce que le Caucase occidental, avec des cimes de plus de 5000 m., longe la côte de tout près et la protège contre les vents du Nord(1).
- Novorossiisk, très voisin de la mer d’Azow, est devenu, grâce à sa baie sure, un port florissant pour le commerce des vins et celui des céréales (*). Mais, à partir de là, jusqu’à Soukum, il n’y avait, sur 570 km, que des grèves sans abri, où les tempêtes empêchaient souvent l’arrêt même des paquebots de voyageurs. La manutention des marchandises ne se faisait que par des felouques. La situation vient d’être améliorée par la création du port de Tuapsé, à 125 km au Sud-Est de Novorosiisk.
- 1. La Nature. Voir n° 1660 du 18 mars 1905 et Martel, La côte d'azur russe, Paris, 1909.
- 2. Voy. La Nature, n° 1708. 7 lévrier 1906.
- Sinope ne servent qu’un commerce local. La disposition des chaînes montagneuses qui longent la mer à faible distance y gène, en oulre, le trafic. Cependant, ne fùt-ce que par ses richesses minérales, ce littoral serait susceptible de prendre du développement ('). Sans rappeler les placers épuisés de la Colchide, on y trouve, en effet, les gisements plus durables de cuivre et de fer qui furent, chez les Chalybes, le berceau de la métallurgie antique et qui fournirent à Mithridate un moyen .de défense contre les Romains. Les Turcs, aidés et commandés par les Allemands, exploitent encore, autant que peuvent le faire des Turcs, les mines de Gumush-Hané, au Sud de Trébizonde celles de Bakir Ivuressi (au Sud d’Ineboli), et, d’une manière générale, une foule de petits gisements cuprifères, situés dans Carrière-pays de Trébizonde et de Sinope, qui doivent actuellement fournir le métal pour les l'usées et les ceintures des obus tirés contre nous. Pittoresquement, ces petits ports turcs, situés pour
- 1. Voir à ce sujet : L. De Launay. Richesses minérales de l’Asie. Paris, Béranger, 1911.
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- la plupart sur des roches volcaniques accidentées aux couleurs sombres, présentent souvent un aspect agréable.
- Rizeh reçoit assez de soleil pour s’entourer de jardins de citronniers et d’orangers, au pied des hautes montagnes du Lazistan (5600 m.) qu’on distingue admirablement par beau temps, des hauteurs de Soukum à 200 km au Nord. On prétend que c’est la patrie des fruits, notamment de la vigne et du poirier.
- Un peu plus à l’Est, derrière Trébizonde, sur des sommets de 2900 m., les archéologues placent le mont Théchès, d’où les 10000 Grecs de Xénophon auraient enfin aperçu la mer.
- La vieille Trébizonde, datant de 27 siècles, a une mauvaise rade, dans une situation des plus pittoresques. Malgré la grande route qui la réunit à Erzeroum, elle a vu presque tout son commerce détourné par Batoum.
- Samsoun, au contraire, banale et sale, a une meilleure rade et fait grand trafic avec la Russie.
- L’admirable Sinope, encerclée de murailles sur un isthme étroit, est un des plus beaux sites de l’Asie. Elle exporte des fruits et du bois.
- Mais le point le plus important pour la Turquie sur toute cette côte est Eregli (l’ancienne Héraclée), ou plutôt le port moderne de Zoungouldak, où se trouve le seul gisement sérieux de charbon en
- Turquie, le seul qui puisse alimenter les chemins de fer et les arsenaux, avec les mauvais lignites bulgares de Plonik : un bassin d’ailleurs énorme et qui, malgré la qualité un peu défectueuse de la houille fournie par lui jusqu’ici, pourrait, entre les mains d’une puissance européenne, prendre une importance considérable. Livrée au caprice et à la vénalité des Turcs, la Société franco-belge d’Hé-raclée a eu une histoire qui semble peu en faveur de cet optimisme. Fondée en 1896 au capital de 10 millions, elle en avait, en définitive, en 1907, perdu définitivement au moins 5 sans avoir jamais donné aucun dividende et elle dut alors s’adresser a la Régie générale pour la construction et l’exploitation des chemins de fer qui prit l’exploitation à bail pour 25 ans. L’histoire de son quai d’embarquement, en particulier, est restée tristement célèbre. C’est néanmoins une grosse entreprise qui occupe près de 5000 hommes. Et il existe, sur le même bassin houiller, un certain nombre d’autres affaires, en sorte que la production annuelle de houille dépasse 800000 tonnes. L’activité de la flotte russe s’est exercée pour paralyser l’envoi de ce charbon à Constantinople : le port de Zoungouldag a été maintes fois bombardé et l’on nous a appris que les voiliers turcs chargés de houille avaient été coulés par centaines. E.-À. M. et L. D. L.
- LA GUERRE AUX GRANDES ALTITUDES
- Les armées qui luttent en ce moment dans le Trentin, le Cadore et la Carnie se trouvent aux prises avec de terribles difficultés naturelles. Des combats acharnés se livrent à des altitudes qui atteignent et dépassent 3000 m., et les exploits que l’on a racontés à ce sujet ont pu surprendre quiconque ne connaît pas les troubles physiologiques éprouvés par les ascensionnistes, du fait de la raréfaction de l’air.
- En respirant un air raréfié, on fait passer dans les poumons et dans le sang, à chaque inspiration, une quantité d’oxygène moindre que d’habitude. Il s’ensuit une accélération du mouvement respiratoire et de la circulation artérielle, inévitablement suivie d’un affaissement notable des forces physiques. Beaucoup de sujets éprouvent, en outre, des palpitations, des hémorragies, des nausées, des céphalalgies très douloureuses, ou une somnolence parfois irrésistible. La marche est fatigante et amène un rapide épuisement.
- Il arrive souvent, dans les excursions en montagne, que les marcheurs les plus robustes sont bientôt exténués, à bout de force et n’atteignent leur but qu’à la faveur d’un surcroît d’énergie morale. Mais, dans les Alpes du moins, ce n’est guère avant 3600 a 4000 m. que les gênes se manifestent. De Saussure, qui gravit le mont Blanc, le 2 août 1787, a rendu compte des malaises que ses compagnons
- et lui-même éprouvaient à une altitude supérieure de 500 à 800 m. à celle où opèrent actuellement les soldats italiens. À 3890 m., sur le Petit-Plateau où il passa la nuit, les guides robustes qui l’accompagnaient, pour lesquels quelques heures de marche antérieure n’étaient absolument rien, n’avaient pas soulevé cinq ou six pelletées de neige pour établir la tente, qu’ils se trouvaient dans l’impossibilité de continuer; il leur fallait se relayer à chaque instant ; plusieurs même se trouvèrent mal et furent obligés de s’étendre sur la neige pour ne pas perdre connaissance.
- « Le lendemain, ajoute de Saussure, en montant la dernière pente qui mène au sommet, j’étais obligé de reprendre haleine à tous les quinze ou seize pas ; je le faisais le plus souvent debout, appuyé sur mon bâton ; mais à peu près de trois fois l’une, il fallait m’asseoir, ce besoin de repos étant absolument invincible ; si j’essayais de le surmonter, mes jambes me refusaient leur service; je sentais un commencement de défaillance et j’étais saisi par des éblouissements tout à fait indépendants de l’action de la lumière, puisque le crêpe double qui me couvrait le visage me garantissait parfaitement les yeux. »
- Cependant, ces troubles ne sont que passagers. Et on les éprouve à une altitude d’autant plus élevée que le point de départ est lui-même plus haut placé.
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- Après une courte période d’acclimatation, l’homme ne tarde pas, s’il est parfaitement sain, à se faire à son nouveau milieu et à produire la même quantité de travail, musculaire ou mental, qu’aux basses altitudes. Les ascensionnistes du Mont-Blanc qui couchent au préalable à la cabane de l’Aiguille, du goûter à 5800 m. ou au refuge Vallot (4520 m.) sont bien moins vite atteints par le mal de montagnes que ceux qui ont passé la nuit aux Grands-Mulets à 5050 m. seulement. De même, tout individu, mineur, maçon, charpentier ou ingénieur, qui se rend aux mines de Cerro-de-Paso (Pérou), dont l’altitude est d’environ 5000 m., ou à celles de Quinza-Cruz, en Bolivie, n’échappe pas au sorrocho (malaise général causé par la raréfaction et l’extrême sécheresse de l’air) : mais il suffit de quelques jours pour qu’il vaque à ses occupations professionnelles, sans éprouver plus de gêne que s’il se trouvait sur la côte même.
- « Quand on a vu, dit Boussingault, le mouvement qui a lieu dans les villes comme Bogota, Micuipampa, Potosi, etc., qui atteignent 2600 à 4000 m. de hauteur; quand on a été témoin de la force et de l’agilité des toréadors dans un combat de taureaux à Quito, à 2908 m. ; quand on a vu des femmes jeunes et délicates se livrer à la danse pendant des nuits entières dans des localités presque aussi élevées que le mont Blanc, là où de Saussure trouvait à peine assez de force pour consulter ses instruments, et où ses vigoureux montagnards tombaient en défaillance; quand on se souvient qu’un combat célèbre, celui de Pichincha, s’est donné à une hauteur peu différente de celle du mont Rose (4600 m.), on accordera que l’homme peut s’accoutumer à respirer l’air raréfié des plus hautes montagnes. »
- La bataille à laquelle Boussingault fait allusion est celle qui fut gagnée sur les Espagnols, en 1822, par les troupes républicaines du général Santa-Cruz et décida de l’indépendance de la Nouvelle-Grenade. Elle est célèbre par l’acharnement qu’y montrèrent les deux adversaires, dont la vigueur, on le voit, ne fut nullement amoindrie par la raréfaction de l’air.
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- Quant aux armées admirablement entraînées qui opèrent sur les sommets des Alpes carniques et vénitiennes au-dessous de 5500 m., il est certain qu’elles auront moins à souffrir de la légèreté de l’atmosphère que de sa très basse température. Les chutes de neige vont d’ailleurs les arrêter.
- L’élévation au-dessus du niveau de la mer imprime à la température un décroissement mille fois plus rapide que la latitude. Pour trouver, dans les basses régions, un refroidissement de 1° centigrade, il faut se déplacer de 185 km, en moyenne, de l’équateur vers le pôle; tandis qu’il suffit de monter d’environ 180 m., pour observer un refroidissement égal. Un poète arabe a dit du Liban qu’il porte l’hiver sur son front, pendant que l’été dort à ses pieds.
- Entre l’Italie et l’Autriche, à partir de 1000 m. d’altitude, sur les versants du Sud, et de 700 m., sur les autres versants, la neige tombe en si grande abondance qu’elle forme, à la fin de la période hivernale, une couche de plus de 5 m. Il va sans dire que cette épaisseur augmente encore, progressivement, à des niveaux supérieurs. En 1856, la neige atteignit, dans le col du Monte-Croce, 20 m. 50 de hauteur. 11 est vrai que ce fut au cours d'un hiver exceptionnellement rigoureux. Néanmoins, il n’est pas rare que le thermomètre descende à 20° au-dessous de zéro, et la vivacité du froid est souvent aggravée par un vent violent, la boni.
- Ces conditions climatériques soumettent les combattants à de rudes épreuves ; mais les états-majors n’ont pas attendu la mauvaise saison pour faire construire de confortables abris et les pourvoir abondamment de combustible. La sollicitude de l’administration de la guerre est d’ailleurs admirablement secondée par l’initiative privée. Dans toute l’Italie, des comités se sont formés pour envoyer aux soldats des vêtements chauds, des couvertures, des lunettes pour éviter les ophtalmies, et même, ajoutant l’agréable à l’utile, des livres, des journaux et des jeux. Rien n’a été négligé de ce qui pouvait contribuer à adoucir l’hivernage. Ernest Coustet.
- NÉCROLOGIE
- Le Professeur Charles Bouchard. — Le
- Professeur Ch. Bouchard, qui vient de s’éteindre à l’àge de 78 ans, était une grande figure médicale; il a exercé sur ses contemporains une influence considérable: presque tous les médecins actuels ont été ses disciples, car, souvent même à leur insu, ils ont subi l’impression de ses idées et de ses doctrines.
- Né à Monlier-en-Der (Haute-Marne) le 26 septembre 1857, Charles-Jacques Bouchard commença ses études médicales à Lyon. Après y avoir conquis le grade d’interne des hôpitaux, il vint à Paris et franchit rapidement tous les degrés de la hiérarchie médicale. Externe des hôpitaux en 1861, interne
- l’année suivante il devenait docteur en médecine en 1866, et était nommé agrégé en 1869 et médecin des hôpitaux en 1870. En 1879, la Faculté de Médecine lui confiait la chaire de Pathologie générale qu’il occupa pendant trente et un ans. C’est là qu’il put donner l’essor à ses conceptions générales. C’est pendant cette période qu’il publia une série de travaux qui lui assurèrent une notoriété mondiale et le firent nommer membre de l’Académie de Médecine (1886), membre de l’Académie des Sciences (1887), président de la Société de Biologie, président de l’Académie des Sciences. 11 y a quelques mois, il avait été promu grand-croix delà Légion d’honneur.
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- 336 =r NOUVELLE LANTERNE POUR LA RECHERCHE DES BLESSÉS
- Citons ses travaux sur l’Herpès tonsurans, sur les Dégénérescences secondaires de la moelle, sur les Maladies par ralentissement de la nutrition, sur le Rôle des microbes pathogènes, sur les Néphrites infectieuses, sur le Choléra, sur les Poisons des urines qui l’ont conduit à la théorie des Auto-intoxications.
- Il dirigea de nombreuses publications collectives qui restent des monuments de la littérature médicale.
- Le champ de son activité scientifique fut immense et la postérité conservera certainement l’empreinte des idées qu’il a répandues et des conceptions qu’il a développées.
- UNE NOUVELLE LANTERNE POUR LA RECHERCHE DES BLESSÉS
- Les actes de barbarie commis par les Allemands au cours delà guerre actuelle ne se comptent plus; pour eux toutes les occasions ont été excellentes pour violer non seulement les traités, mais aussi, les uns après les autres, tous les articles de la Convention de Genève.Noussavons qu’ils tirent sur les blessés, sur les brancardiers, avec autant d’ardeur que sur les femmes et les enfants; tout ce qui bouge sur le front, tout être vivant qui paraît hors des tranchées, est pris pour cible ; on ne peut rien imaginer de plus abominable.
- En présence d’actes de cette nature, la recherche des blessés est devenue une entreprise particulièrement périlleuse. Pendant le jour, les brancardiers, aidés des musiciens, peuvent encore se permettre de courir aux blessés en se dissimulant derrière les ondulations de terrain ; mais lorsque la nuit arrive, la recherche ne peut être entreprise qu’en s’aidant de lanternes. Or, la moindre lumière aperçue provoque une décharge comme si les ondes qu’elle émet agissaient elles-mêmes. Il a fallu avoir recours à des lanternes spéciales, à feux intermittents pourrions-nous dire, afin de pouvoir se découvrir seulement en temps opportun.
- Le système, imaginé par M. Ponsevera, et adopté par le Ministère de la guerre, résout le problème de la recherche des blessés, pendant la nuit, d’une manière aussi complète qu’on pouvait la désirer. C’est une lanterne à acétylène, très robuste et très simplement construite, comprenant le récipient ordinaire à carbure qui plonge dans l’eau contenue dans la lanterne elle-même. La sortie du gaz s’effectue par un bec ordinaire qui brûle comme tous les becs à acétylène connus.
- L’invention réside donc, non dans la lanterne,
- mais dans le réflecteur qui la complète. Ce réflecteur se fixe instantanément sur la lanterne par une vis à main et le bec d’allumage pénètre au fond, librement, par un simple trou. Il est masqué par un grand volet, articulé à sa base, qui découvre toute
- la lumière quand on l’abaisse ; des leviers à contrepoids permettent de fixer le volet sur le projecteur quand on désire couvrir la lumière. La flamme est très puissante; elle permet d’explorer le terrain sur une distance de20 m. A la moindre alerte, les brancardiers relèvent le volet et rien n’apparaît plus au loin. Ils peuvent cependant continuer les recherches en soulevant le petit volet actionné par le bouton qui recouvre un verre violet et laisse passer encore suffisamment de lumière pour explorer le sol à quelques mètres de distance. Mais cette lumière n’est pas visible au loin et elle ne trahit sa présence par aucune projection sur le ciel parce que le volet reste obligatoirement horizontal.
- La lanterne peut être portée à l’aide d’une anse ou d’une poignée qui se replie quand on ne l’utilise pas.
- Cette petite invention apparaît bien modeste si on la compare à la plupart de celles qui se sont fait jour depuis le commencement de la guerre. Elle joue cependant un rôle énorme dans la grande tragédie puisque, grâce à elle, les blessés ont des chances d’être secourus rapidement et ramenés très vite au poste de secours le plus rapproché. Or, on sait que de la rapidité des secours dépend toujours la guérison ; la plus petite des inventions qui permettra de réduire le temps qui s’écoule entre la chute et les premiers soins, aura l’immense mérite d’avoir sauvé la vie à des centaines, peut-être des milliers de combattants. L. F.
- Le Gérant ; P. Masson.
- Imprimerie Pauvre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2200.
- 27 NOVEMBRE 1915.
- LE RÔLE DE L’OR DANS LA GUERRE ACTUELLE
- Le rôle économique de la monnaie métallique, et spécialement de l’or, ce rôle qui semble si simple à tout le monde par l’habitude, est, en réalité, quand on y réfléchit, bien singulier en tout temps, et presque paradoxal en temps de guerre. Voilà des petits disques d’un métal, qui possède des propriétés précieuses et qui serait susceptible de nombreuses applications industrielles. Au lieu de les convertir en bijoux, en orfèvrerie, en dorures, on se contente de les faire circuler de main en main sans les utiliser et cependant, à peu près dans le monde entier, les hommes sont d’accord pour en
- franco-anglais de 2 milliards et demi aux États-Unis, par l’exportation d’or européen qui y est associée et par le drainage qu’exerce en même temps l’État français, à l’exemple de l’Allemagne, sur l’or resté entre les mains des particuliers. Chacun, par patriotisme, apporte ses réserves d’or, dont plus d’un milliard a déjà été récolté en peu de temps. Et là encore (fort heureusement d’ailleurs) tout le monde croit comprendre, en sorte que personne ne raisonne inutilement. Les communiqués officiels ou officieux, dont se composent maintenant tous nos journaux, ont dit que la France avait besoin
- ANGLETERRE RUSS1E
- 2-/100, Milliards 4^ooW„îards
- AUTRICHE
- 1,^73 Milliard
- FRANCE 5, Milliards
- ALLEMAGNE
- 3 , M i I li ards
- Fig. 1. — Schéma des encaisses d’or des Banques d’Êtat des pays belligérants.
- désirer âprement la possession et en faire le symbole de la richesse, sinon du bonheur. Cela tient, chacun le sait, à ce que la monnaie d’or est un instrument d’échange, qui permet, par exemple, à un paysan de transformer ses bœufs, ses cochons, ses poules, son blé, son avoine, en vêtements, en machines, en rétribution au propriétaire du sol, etc., sans avoir à équilibrer difficilement toutes ces marchandises dans leur complexité réelle. Mais, en temps de guerre, le phénomène devient plus bizarre. La monnaie d’or ne circule plus du tout, elle s’enfouît dans les caves des Banques, où personne ne la voit; et, cependant, elle continue à remplir les mêmes offices, à exercer la même influence...,. L’attention publique se trouve aujourd’hui particulièrement attirée sur ces questions par l’emprunt
- d’or pour payer ses achats de blé ou de munitions en Amérique. Pour tout Français de cœur cela a suffi;
- Peut-être ne sera-t-il pas inutile de faire à ce sujet quelques réflexions, qui n’ajouteront rien à l’élan déjà donné, mais qui en préciseront le sens et qui montreront, en même temps, la complexité extrême des problèmes nouveaux posés par la guerre. Je rappellerai, d’abord, les notions classiques sur la monnaie métallique et sur la mom naie fiduciaire, en insistant sur le stock d’or que possèdent les belligérants et sur l’influence militaire que ce stock peut avoir; je montrerai ensuite les énormes ressources tirées par les Alliés de leur production aurifère toujours continuée, ainsi que de leur libre commerce avec le reste du monde.
- En temps normal, les moyens de payement sont
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- 43' Année. — 2‘ Semestre.
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- 338 " ..- LE RÔLE DE L’OR DANS
- nombreux et variés : monnaies d’or, d’argent, de cuivre ou de nickel, billets de banque, chèques, virements, effets de commerce, etc. On les accepte tous avec facilité, pourvu que l’on soit sûr de pouvoir les repasser à d’autres au même cours lorsqu’on en aura besoin. C’est l'a toute la question, qui se résume dans ces simples mots : la confiance ou le crédit. Et cette remarque s’applique à la monnaie, quelle qu’elle soit, aux métaux comme au papier, et à l’or même comme à l’argent, puisque l’or et l’argent sont des marchandises dont, en réalité, la valeur marchande, le pouvoir libératoire sont sujets à varier. En écu de 5 fr., dont la valeur oscille entre 2 fr. et 2 fr. 40, est accepté pour 5 fr. quand il porte, sous la forme de certaines estampilles, la signature de la France. Sans nous en douter, nous faisons confiance à l’or lui-même, quoiqu’il soit devenu l’instrument d’échange universel et semble par là échapper à cette observation. Si demain on devait nous refuser en payement nos pièces d’or et nous laisser seulement- la possibilité d’en tirer des boîtiers de montre ou des bagues, nous refuserions aussitôt de les accepter. C’est pourtant ce qui arriverait si, pendant que j’écris, par quelque invention analogue à la transmutation du radium, on réalisait la pierre philosophale. C’est ce qui se produirait encore plus simplement, si on découvrait à la fois au Canada, en Sibérie, dans l’Amérique du Sud, trois ou quatre gisements semblables à ceux du Transvaal. Et c’est, en effet, ce qui a eu lieu un moment quand, vers 1848, on a trouvé à la fois les champs d’or de Californie et d’Australie. L’or a subitement baissé de valeur. Mais, quand la confiance est générale, ceux-là seuls dont le métier est de prévoir et qui se souviennent d'inquiétudes passées, font des réflexions semblables et, si le public établit une différence entre les diverses monnaies métalliques ou fiduciaires, c’est surtout d’après l’usage qu’il veut en faire. On échangera de l’or contre des monnaies divisionnaires ou du billon si l’on a de petits payements à effectuer. On préférera des billets s’il s’agit de grosses sommes. On recherchera des traites sur Londres si on est débiteur en Angleterre.
- L’aspect de la question se transforme du tout au tout quand survient une de ces crises qui affectent périodiquement les marchés financiers, ou surtout quand la guerre éclate. Comme, petites ou grandes, les crises se renouvellent assez souvent, chacun, malgré tout, est amené, même dans la pratique journalière, à établir une certaine différence entre les monnaies, suivant les probabilités de risques à courir. Sans parler du papier douteux, la dépréciation de l’argent est aujourd’hui une notion assez vulgaire pour qu’on évite d’accumuler une somme importante en métal blanc. Il est également devenu de pratique courante que les billets de banque doivent être gagés par un encaisse métallique suffisant pour parer à une panique. Nous avons tous éprouvé qu’à certains moments la Banque de France recherchait l’or dans la circulation et prétendait
- LA GUERRE ACTUELLE ...............
- user de son droit abusif de nous payer en écus, c’est-à-dire en fausse monnaie légale, à la fois sans valeur et encombrante. Aussitôt chacun gardait son or et la disette s’en manifestait presque instantanément. Actuellement, en province, on ne peut plus se procurer de petite monnaie, parce que chacun, l’ayant vu fuir, la thésaurise. Il se produit, en effet, un phénomène bien connu des économistes : c’est que, plus une monnaie est douteuse ou mauvaise, plus elle circule, chacun cherchant aussitôt à s’en débarrasser; plus elle est bonne, plus elle se cache. La loi dite de Gresham s’énonce ainsi : « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». On apprend qu’il est difficile de se procurer de l’or, on se hâte d’effectuer tous ses payements en argent ou en papier, comme, au début des assignats, chacun achetait des terres pour écouler son papier.
- C’est parce que la circulation de la monnaie est essentiellement une opération de confiance et parce qu’elle intéresse la totalité du public, peu en mesure de savoir ou de raisonner, donc très impressionnable, que tout ce qui touche à cette matière est si délicat et demande tellement de doigté. Une fausse mesure, comme celle qui, au début de la guerre actuelle, a tué le crédit en autorisant d’abord les débiteurs de Bourse à ne pas payer leurs dettes, peut avoir des conséquences insoupçonnées. Un commerce, qui n’existe plus qu’au comptant, est paralysé. Et, le jour où la signature de l’État tombe à son tour en discrédit, où ses monnaies ne sont plus que des assignats, c’est la ruine générale.
- Nous sommes ainsi amenés à considérer l’état de guerre, avec ses conséquences de moratorium et de cours forcé. L’état de guerre introduit, dans les relations nationales et internationales, un trouble sur lequel il est inutile d’insister. Néanmoins il ne faut pas, je crois, s’imaginer que les conséquences économiques delà guerre actuelle, contre lesquelles nous nous débattons péniblement depuis un an, soient une suite nécessaire et inévitable des hostilités; il semble, au contraire, que, pour tout ce qui concerne l’intérieur du pays, elles eussent pu être évitées en grande partie si la mobilisation financière avait été tant soit peu préparée. Car le problème à résoudre se résumait simplement en ceci : inspirer la confiance au début, maintenir le crédit, tous les crédits, permettre aux engrenages de continuer à jouer pendant assez de temps pour que la machine conservât sa marche normale. J’ai dit plus haut que toute monnaie reposait sur lar confiance. II n’y avait pas, du fait de la guerre déclarée, raison suffisante pour que cette confiance disparût instantanément d’un bout à l’autre de la France. Le nombre des mauvais débiteurs pouvait s’accroître dans une certaine mesure; mais la grande majorité d’entre eux gardaient leur valeur commerciale, la signature de la France restait toujours aussi bonne et toute la circulation pouvait continuer à se faire, à la condition toutefois de ne pas couper les venues d’eau en un point critique
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- des canalisations.... On ne saurait traiter ce sujet sans toucher à la politique; mais il fallait au moins dire ici pourquoi l’état de guerre a paru, en France, entraîner nécessairement la suppression de tout crédit et, par conséquent, la disparition immédiate de l’or, seule monnaie restée bonne puisqu’elle conservait seule sa valeur “intacte pour tous les échanges internationaux. En d’autres pays, il n’en a pas été de même et l’or circule toujours abondamment en Angleterre, tandis que, au delà du Rhin, on a multiplié, jusqu’à l’excès, l’usage du crédit en mobilisant, sous la forme de papier, toute la fortune de la nation.
- Fort heureusement, chez nous, la confiance dans le succès de nos armes a été générale et constante. Le crédit, qui disparaissait dans les relations entre particuliers, chacun l’a attribué sans réserves à l’État considéré comme l’expression de la communauté. On a apporté au Trésor public, sous la forme de Bons et d’obligations, les milliards qui lui étaient nécessaires, créant ainsi des sortes d’assignats sans couverture métallique, gagés
- sur la richesse to- p-r— ^ ~ ^ __
- taie de la France: des assignats dont on a pu craindre récemment, quand ont été émises les coupures de 5 et 20 fr., qu’ils ne prissent incorrectement la place même des billets de banque.
- Enfin, le jour où l’État a exprimé le désir de recevoir de l’or, on lui en
- a apporté sans marchander plus d’un milliard.
- Actuellement, la situation en France est, en résumé, la suivante : il ne circule plus, dans le public, une seule pièce d’or et bientôt l’or qui se dissimule encore dans des cachettes aura achevé d’en sortir. Il se produira alors ce fait que je qualifiais en commençant de paradoxal : tout l’or de France concentré dans les caves de la Banque de France pour n’y rendre, au moins en apparence,
- Fig. 2. — Recherche de l’or dans l’Alaska.
- Fig. 3. — La prospeclion de l’or dans l’Alaska.
- aucun service. Voilà, ce semble, un procédé bizarre et comparable à celui d’Harpagon cachant sa cassette dans son jardin. Ces milliards d’or ont une valeur, ils sont susceptibles d’emplois, dont le principal est de se louer comme capitaux. Chaque milliard, qui dort dans les caves, représente, par an, 50à 60 millions d’intérêt totalement perdu. Cependant on les y conserve avec un soin religieux. Quand l’occasion pourrait venir de les utiliser pour des payements aux États-Unis, on évite avec non moins de soin de les exploiter, recourant plutôt à tous les palliatifs, récoltant les valeurs américaines dans le public français, contractant à New-York ou à Londres des emprunts coûteux et laissant en fin de compte le change s’élever à des taux inusités. Certains économistes se sont demandé si c’était bien logique. Ne serait-il pas plus simple de vendre ou faire circuler cet or et d’émettre simplement des billets gagés sur la richesse totale de la nation? Le jour où la France cesserait de payer ses dettes, le crédit de la Banque de France a beau en être
- théoriquement _ - ^ ^ -t,-7^ distinct, il tom-
- : '’&S'è a "J*. berait pratique-
- ment à peu de chose ; et ce n’est pas parce que le porteur de billets pourrait recevoir un dividende d’un quart ou d’un cinquième en or sur leur valeur que la faillite serait évitée. Telle est la thèse qui se présente assez naturellement à l’esprit. Mais, c’est
- en résumé, celle qui a conduit la Révolution à la débâcle des assignats et c’est aussi celle que les socialistes préconisent dès le temps de paix, lorsqu’ils veulent supprimer le capital pour remplacer la monnaie par des bons de travail. Il en est de cette chimère comme de celle du pacifisme et de bien d’autres, qui supposent seulement l’humanité composée d’individus tous parfaits, infiniment raisonnables, confiants et interchangeables. Sans doute*
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- 340 = LE ROLE DE L’OR DANS LA GUERRE ACTUELLE
- l’encaisse métallique est insuffisant pour payer immédiatement la dette de la Banque; mais il suffit et il est nécessaire pour parer à une crise, en satisfaisant aussitôt une proportion déterminée de peureux et d’affolés, de manière à tranquilliser les autres. On ne se fait rembourser les billets que si l’on craint l’impossibilité du remboursement. Du moment que la Banque paye un nombre suffisant de créanciers, les autres patientent.
- En ce moment, la situation n’est pas tout à fait celle-là, puisque le billet a cours forcé. Et bien plus, l’État, en interdisant (dans la mesure où il est capable de le faire) la sortie de l’or aux frontières, exagère encore ce cours forcé en interdisant de vendre la marchandise or à sa valeur réelle et en
- se constituant, de par sa volonté régalienne, le seul acheteur à un cours inférieur de 10, 15 ou 20 pour 100 à celui que comporte le mécanisme naturel des échanges. C’est là un impôt déguisé et arbitraire que chacun supporte par patriotisme et aussi parce qu’il le sait provisoire. Néanmoins il ne faudrait pas se dissimuler qu’en développant peu à peu la valeur internationale de l’or par rapport à celle des billets, on attribuerait bientôt un bénéfice trop tentant à une contrebande qu’avec une marchandise de ce genre, toute une armée de douaniers ne saurait éviter.
- J’arrive, en effet, à la question du change qui domine tout le problème. À l’intérieur du pays, l’État possède, ou s’arroge, un pouvoir discrétionnaire que tempèrent seules les révolutions. Mais, dès qu’on passe la frontière, ce pouvoir s’évanouit. Et aucune loi française ne peut déterminer un Américain à prendre pour 100 francs un billet de
- la Banque dè France si le cours en or de ce billet sur le marché n’est que de 90. Depuis la guerre, nous achetons beaucoup aux États-Unis, alors que nous y exportons peu de marchandises et que nous ne recevons plus de touristes américains à la ceinture chargée de dollars. Il est donc naturel que la valeur du dollar, plus demandé, se soit élevée par rapport à celle du franc. S’il s’élevait trop, le commerce entre les deux pays s’arrêterait, au détriment des États-Unis comme au nôtre. C’est afin de remédier à ce mal que la France vient de se faire ouvrir, sous la forme d’emprunt, un gros crédit à New-York, au moyen duquel elle payera désormais ses achats de métaux, de munitions, de machines, de blé ou de coton. Mais cet emprunt ne supprime pas la nécessité d’envoyer de l’or aux États-Unis, non pas parce que les États-Unis ont besoin d’or, mais parce que, pour le succès de l'emprunt, il faut qu’ils en aient trop. Car, par un paradoxe nouveau, si nous voulons que le public américain souscrive à cet emprunt, il faut que nous commencions par jeter dans sa circulation un flot d’or nouveau, qui ne lui était pas nécessaire et qu’il sera amené à employer directement ou indirectement à ce placement'dont la forme lui était jusqu’ici inusitée. Emprunter ainsi, c’est demander du crédit à des prêteurs américains bénévoles, au lieu de le demander à des fournisseurs du même pays qui ne pourraient le faire. Mais il faut commencer par fournir des capitaux à ces prêteurs eux-mêmes, qui n’en auraient pas si tous nos achats en Amérique étaient soldés uniquement en promesses. Cet or jouera, comme on l’a fait remarquer, le rôle de l’eau qui sert à amorcer une pompe.
- Dans d’autres pays moins riches en or que les États-Unis, l’envoi d’or sera plus directement néces^ saire pour solder les achats. Et, de toutes manières, nous arrivons à la conclusion que l’or accumulé à la Banque de France est une arme de guerre puissante : à la fois par la possibilité qu’il donne d’exporter réellement de l’or quand il le faut et par l’avantage bien plus grand encore qu’il possède de représenter du crédit.
- La guerre coûte cher. En laissant de côté les destructions de propriétés, qu’on estime déjà à 14 milliards, 70 milliards pour la restriction de
- t.Fig. 4. — Nègres au travail dans une mine d'or du Transvaal,
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- LE ROLE DE L'OR DANS LA GUERRE ACTUELLE r-~—. 341
- productivité et 55 milliards pour les vies humaines, en ne considérant que les seules dépenses de gouvernement, on compte que, dans la première année de guerre, la France a pu dépenser 14 milliards, l’Angleterre 18, la Russie 15 et la Belgique 1, soit 48 pour les alliés, contre 25 pour l’Allemagne et 14 pour l'Autriche-Hongrie, ou 57 du côté adverse. Une grande partie de ces dépenses faites à l’intérieur ne change rien au crédit de la nation : mais tout ce qui est acheté au dehors comporte, sous une forme quelconque, un appel aux réserves métalliques.
- Voyons donc très rapidement combien d’or possèdent les belligérants et combien d’or ils peuvent se procurer en outre chaque année. On constatera aussitôt à quel point notre supériorité sur ces deux points est écrasante.
- Et d’abord les réserves d’or. En chiffres ronds, on estime qu’il a dû sortir de terre depuis l’antiquité environ 90 milliards d’or, dont une cinquantaine peuvent subsister à l’état de monnaies, le reste ayant passé à des usages industriels. C’est à peine un cube de 10 m. de côté. Plus de 20 milliards sont amoncelés dans les seules Banques d’État. Le chiffre est gros en lui-même, mais faible à côté de 1000 milliards de titres négociables.
- Par exemple, la Banque de France avait, en 1901, 2540 millions d’or ; 5224 millions en 1911. Au 18 novembre 1915, cet encaisse s’est élevé à 5169 millions malgré un envoi de 500 millions en Amérique. On estime que la France peut posséder 6 à 7 milliards d’or, auxquels s’ajoutent 2 milliards d’écus et d’argent divisionnaire valant 800 millions.
- L’Angleterre use beaucoup mieux du crédit que nous : ce qui lui permet d’avoir moins d’or inutile. L’encaisse de la Banque a varié de 7 à 800 millions au xxe siècle. Il était de 950 millions à la veille de la guerre et s’est élevé à 2100 millions au 1er mai 1915 pour l’ensemble des États britanniques, à 1560 millions au 22 septembre pour la seule Banque d’Angleterre. Il peut exister dans le pays 5 à 4 milliards d’or.
- La Banque de l’État de Russie possédait 1885 millions en 1901 ; 5261 millions en 1911 ; 4650 millions avant la guerre, 4600 en mai 1915 ; 4500 en octobre. La fortune publique en or doit dépasser 5 milliards et demi. La Triple-Entente possède donc au mini-
- mum 16 milliards d’or, sans parler de l’or qui existe dans les colonies anglaises (surtout dans l’Inde), en Italie, en Serbie et au Japon.
- Du côté de nos adversaires, la Reichsbank d’Allemagne a passé de 601 millions en 1901 à 826 en 1911, 1255 avant la guerre. Par le drainage d’or qu’elle a opéré depuis la guerre, elle a élevé son encaisse à 1991 millions en décembre 1914 et environ 5 milliards aujourd’hui. Après tant d’appels si pressants on ne peut guère compter sur les 2 milliards d’or que les journaux allemands prétendent exister encore dans le public. L’Autriche avait monté de 971 millions à 1575 dans la même décade 1901-1911. Depuis la guerre, la Banque austro-hongroise n’a plus publié de bilan. Au total, nos adversaires ne doivent pas posséder plus de 6 à 7 milliards.
- Pour la production, notre situation est encore plus favorable. Laproduction de l’or dans le monde dépasse, depuis une dizaine d’années, 2 milliards par an. En 1911, elle était de 2426 millions; en 1912, de 2500. Cette production, qui n’a été que faiblement influencée par la guerre, afflue pour la plus grande part dans les pays alliés. Malgré la révolte boër de 1914, le Transvaal a encore produit, en 1914, 889 millions (contre 918 en 1912) et, pour les 8 premiers mois de 1915, on est arrivé à 652 millions; ce qui représen te pour l’année un record de 948 millions.
- En ajoutant la production des autres possessions britanniques, Australie, Indes, Canada, Rhode-sia, Ouest-Africain, Guyane, on dépa_sse 1500 millions par an. La Russie en produit 175, et la France, avec ses colonies, une trentaine. Au total, les alliés disposent, chaque année, de 1800 millions d’or nouveau, lès deux tiers de la production mondiale.
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- LE DANGER DES POUX, COMMENT S’EN PRÉSERVER
- L’appoint de l’Allemagne est à peu près nul et celui de l’Autriche-Hongrie d’une dizaine de millions !
- Ainsi, tandis que l’on se bat dans nos tranchées, des nègres de l’Afrique, des Indous, des Australiens,
- des Canadiens, des Sibériens travaillent dans les mines profondes ou sur les placer s gelés pour envoyer aux belligérants un flot d’or continu, qui contribuera à la victoire du Droit et à l’établissement durable de la Paix. L. De Launay.
- LE DANGER DES POUX — COMMENT S'EN PRÉSERVER
- ïc
- Peu de temps après le début de la guerre de tranchées, la question des poux s’est posée comme un des importants problèmes de l’hygiène aux armées. En effet, à côté des inconvénients que leur pullulation peut occasionner, ces parasites, agents exclusifs de propagation du typhus exanthé- * matique et de la fièvre récurrente, sont susceptibles de créer de véritables dangers.
- Lespoux sontdes insectes hémiptères devenus aptères par adaptation à la vie parasitaire.
- Il en existe trois variétés, dont l’ensemble forme la famille des Pédicu-lidés : Pediculus capitis, le pou de tète, Pediculus v es-timenti, appelé vulgairement pou de vêtement et Phlirius inguinalis ou pou de pubis.
- Les deux premiers ont une forme allongée :
- Pediculus vesti-menti, le plus grand, mesure 5 mm de long environ. Ils présentent à un degré assez accusé la curieuse faculté du mimétisme; on rencontre toutes les variétés de teintes de poux suivant les races humaines, particulièrement en ce qui concerne le pou de vêtement.
- Phtirius inguinalis se rapproche beaucoup moins des deux autres : sa taille plus trapue, ses longues pattes barbelées munies d’ongles puissants évoquent une image quelque peu fantastique de monstre japonais.
- Les trois variétés de poux diffèrent encore par leur résistance. Abandonnés, sans nourriture, dans un récipient aéré, les poux de vêtement subsistent
- Fig. i. — Pou du corps (pediculus vestimenti) femelle.
- 48 heures et plus, tandis que le pou de tête meurt au bout d’un jour et demi. Dans ces conditions Phtirius inguinalis vit à peine 24 heures. On constate les
- mêmes différences :-:i quant à la résis-
- I . I tance des diverses
- ’ - ! variétés vis-à-vis
- des substances toxiques dont les effets ont pu être essayés sur ces insectes.
- Tous ont besoin pour vivre, de notre sang qu’ils atteignent à l’aide d’un appareil piqueur et suceur. Mais la façon dont se nourrit le pou de corps est particulièrement curieuse. Beaucoup plus justement appelé pou de vêtement, il vit, en effet, accroché dans l’intérieur des habits ou dans le linge. Deux fois par jour, l’insecte se retourne à demi, les pattes postérieures restant agrippés au vêtement de dessous, tandis que l’avant-corps vient au contact de la peau. Le repas dure environ dix minutes, puis, d’un balancement inverse, le parasite reprend sa position première et reste immobile, digérant sa nourriture au milieu des émanations du corps humain indispeq-sahles à sa vie. Ges émanations sont à ce point nécessaires qu’il n’a pas été possible de réaliser loin d’elles un élevage de poux. Grâce à l’ingénieux dispositif suivant, un naturaliste anglais, M. Shipley, a pu récemment réussir de semblables élevages : quelques poux, placés sur un petit morceau de flanelle usagée, sont introduits dans un tube de verre fermé à ses extrémités par deux bouchons d’ouate ; le tout est porté dans une poche intérieure de façon que les bienfaisantes émanations humaines
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- LE DANGER DES POUX. COMMENT S’EN PRÉSERVER
- traversent constamment l’habitation des parasites. Deux fois par jour, le morceau de flanelle, retiré du tube, est placé sur le dos de la main, ce qui permet aux poux de se nourrir. En opérant ainsi, Shipley a pu établir une série de constatations intéressantes au sujet des diverses étapes de la vie des poux et de leur reproduction. En six à sept jours, l’œuf donne naissance à une larve mobile et très vorace; cette larve se transforme, après huit jours, en une nymphe, qui donne elle-même, au bout d’une semaine, l’insecte adulte capable de produire de nouveaux œufs. Il s’écoule donc 25 jours depuis la ponte de l’œuf jusqu’au complet dé-veloppement.
- Comme une femelle pond, en moyenne, pendant 25 jours, à raison de 5 œufs par jour, on peut, avec ces chiffres, calculer approximativement quelle serait, dans ces conditions, la descendance d’un pou femelle. En supposant une proportion de trois femelles pour deux mâles, ou atteindrait, en un mois et demi, au chilfre de 1500 descendants.
- Une autre constatation, d’un grand intérêt pratique, vient s’ajouter aux résultats de ces expériences.
- Dans des conditions de vie défavorables, les œufs peuvent encore éclore au bout de 40 jours.
- Ce fait explique la réapparition à long terme de parasites nouveaux alors qu’on les croyait tous détruits avec leurs œufs.
- Les résultats de ces expériences, qui ont porté sur la variété Pecliculus vestimenti, s’appliquent également à la variété Pediculus capitis. Les œufs de ces insectes ou lentes se trouvent comme enfilés au cheveu qui les porte, d’où la difficulté de s’en débarrasser, d’autant plus que leur enveloppe de chitine les protège parfaitement, car elle est imperméable à la plupart des substances toxiques pour le parasite. La remarquable prolixité des poux permet de comprendre comment ils arrivent à vivre, en nombre considérable, sur l’hôte qui ne veut ou ne peut s’en débarrasser. En temps ordinaire, les
- enfants sont les principales victimes des poux de tête. La croyance aux poux, indice d’un bon état de santé, est si profondément ancrée dans les milieux populaires, qu’elle rend parfois bien difficile la lutte contre les parasites et contre les manifestations cutanées, croûtes, gourme, qu’ils déterminent.
- Les poux de corps se rencontrent surtout chez des individus très misérables; ils déterminent, à la longue, une pigmentation spéciale brune bleutée de la peau, qui s’ajoutant aux lésions de grattage, a fait donner à la phtiriase du corps le nom de Maladie bleue ou Maladie des vagabonds. Connaissant les
- conditions de vie et F ~ de malpropreté né-
- cessaires à la pullulation des parasites, on comprend comment, aux armées, les poux deviennent rapidement un véritable fléau : obstacle au repos rare et précieux, lésions de grattage, secondairement plaies qui s'infectent, enfin transmission du typhus et de la fièvre récurrente, tels sont les inconvénients et les dangers qu’amène la vermine.
- C’est pourquoi il a été, ces temps-ci, du plus grand intérêt de rechercher quels pouvaient être les meilleurs moyens à employer, en vue de détruire les poux. Celte recherché a été faite dans un but pratique, mais elle a permis d’établir une série de constatations qui ont un intérêt général en ce qui concerne la toxicité de certaines vapeurs.
- Un insecte plongé dans une atmosphère toxique s’immobilise au bout d’un temps variable avec la nature des vapeurs. Remis assez rapidement à l’air, l’insecte se ranime en général. Si l’on prolonge, au contraire, le séjour dans l’atmosphère toxique, la mort survient. On définit donc ainsi, pour chaque substance, un pouvoir immobilisant (temps nécessaire à l’immobilisation) et un pouvoir mortel (temps de séjour nécessaire pour que l’insecte remis à l’air ne se railime pas).
- Cette distinction a sa valeur pratique. Un certain
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- nombre de substances, en effet, comme la benzine, le chloroforme, possèdent un pouvoir immobilisant puissant-, mais un faible pouvoir mortel. On comprend ainsi qu’une expérimentation peu- approfondie ait pu faire souvent conclure à l’activité de ces substances alors qu’elles agissent seulement en endormant momentanément le pou.
- Cesdeux propriétés bien distinctes : pouvoir immobilisant et pouvoir mortel, semblent, comme bien des actions pharmaco-dynamiques, se rattacher chacune à une fonction chimique déterminée. Chose curieuse, les substances étudiées arrivent à se grouper d’une façon qui correspond assez nettement aux analogies de constitution.
- En premier lieu, les hydrocarbures aromatiques du type de la benzine agissent sur le pou d’une façon immédiate.
- La benzine détermine par ses vapeurs (1 goutte dans 700 cm3) un raidissement du corps avec agitation qui se manifeste au bout de 10 minutes, et contracture des pattes.
- Le pou reste ensuite à peu près inerte pendant quelques heures ; puis il se ranime progressivement, et on le retrouve vivant le lendemain. En augmentant le volume du récipient, l’action toxique exercée sur le pou diminue ; elle disparaît pour 1 récipient de 3 litres. Si on augmente, au contraire, la concentration de l’atmosphère, on obtient finalement la mort dans un récipient de 100 cm5 où l’on prolonge le séjour pendant 10 heures. Le pouvoir mortel de la benzine est donc extrêmement faible et pratiquement nul.
- Le toluène, le xylol, hydrocarbures analogues au point de vue chimique, ont une action un peu plus intense quant au pouvoir mortel.
- ~ Le chloroforme, l'éther ordinaire, l’éther de pétrole, agissent seulement eux aussi en endormant momentanément le pou.
- L’acétate de benzyle, la ni trobenzine, ont à la fois une action immobilisante et mortelle assez puissante.
- L’anisol (phénol méthylé C6Hs0CH3) emprunte son pouvoir mortel considérable à la fonction phénolique; son pouvoir immobilisant est également intense. L’anisol est un liquide incolore, très mobile, à odeur puissante et diffusible. Il bout à 152° centigrades. En applications sur la;peau, il n’est nullement caustique. Les vapeurs dégagées par une goutte dans un récipient de 700 cm3 immobilisent le pou en 4 m. 50 s. La mort survient en 18 minutes : le pouvoir immobilisant et le pouvoir mortel sont donc tous deux fort élevés. Les manifestations observées sont violentes; rapidement le corps se raidit, s’incurve en arrière, puis se renverse sur le dos, les pattes agitées de secousses intermittentes. L’action est encore très rapide pour des atmosphères fort peu concentrées (dans 3 litres 700 : mort en 12 minutes; dans 10 litres : mort en 49 minutes), ce qui montre la possibilité d’employer l’anisol en solutions très diluées.
- A côté de ces substances, il est toute une catégorie de produits naturels dont l’action est fort intéressante à étudier sur les parasites : ce sont les essences.
- L’essence de le-mon grass (Andro-pogon citratus, herbequi croît dans les Indes Orientales) est parmi les plus actives. L’action de ses vapeurs se traduit, au bout d’un certain temps, par une vive agitation qui diminue ensuite jusqu’à ce que le pou s’immobilise et meure. Immobilisation et mort en viennent ici à se confondre, d’op l’intéressante remarque pratique à en tirer : si l’action des essences est plus lente que celle dés produits cités plus haut elle n’en est pas moins des plus sûres. L’effet de la citronnelle est presque identique.
- L’aspic, le thym, le bouleau, la lavande agissent moins rapidement.
- L’essence de girofle possède un pouvoir mortel plus faible que celui de la plupart des autres essences.
- Certaines vapeurs minérales comme le gaz sulfureux sont fort actives, mais demandent pour agir
- Fig. 3. — Phtirius pubis (femelle).
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- LA FOIRE DE LEIPZIG. PEUT-ON LA DÉRACINER? 345
- une installation un peu compliquée. Quant aux vapeurs de formol, elles sont fort peu efficaces sur les parasites.
- En définitive, comment résoudre pratiquement d’après les données précédentes, le problème de la destruction des poux?
- Les parasites doivent être détruits : 1° sur l’individu; 2° dans ses vêtements.
- La destruction à effectuer sur l’homme comprendra chaque fois qu’il sera possible, comme procédés préparatoires, des moyens mécaniques simples, excellents, quoique insuffisants à eux seuls, tels, le nettoyage à fond, de grands bains savonneux, suivi de la tonte des cheveux, en se précautionnant contre la dissémination des parasites. A la suite de ce nettoyage, il faut encore faire agir des substances actives pour détruire définitivement le parasite. Nombreux sont les produits dont on a proposé l’usage dans ce but. Nous en avons expérimenté un certain nombre en immergeant largement le pou,' dans quelques gouttes du liquide, pendant un temps suffisant. Les résultats nous ont montré l’inefficacité de la plupart malgré la confiance qui leur était généralement accordée : le sublimé acétique à 4 pour 1000, le naphtol B en solution alcoolique à 5 pour 100, l’huile camphrée à 1 pour 10, sont insuffisamment actifs.
- Quant à la benzine pure, elle possède une action trompeuse : elle immobilise rapidement le pou, mais l’insecte se ranime ensuite. Elle est, de plus, inflammable et irrite la peau : son emploi est donc à rejeter en pratique. Mêmes conclusions quant à l’emploi du chloroforme. Le formol du commerce à 40 pour 100 assez actif, est à rejeter tant ses vapeurs déterminent d'irritalion sur la peau et les muqueuses.
- Les essences (en applications directes) tuent les parasites. Mais il est nécessaire d’employer des solutions assez concentrées qui sont coûteuses et irritantes pour la peau. L’anisol, au contraire, n’est ni irritant, ni inflammable; sa puissance de diffusion et d’action permet de l’employer en solutions très diluées dont nous donnons le titre pour la désinfection des vêtements.
- . Quant aux pommades et poudres à base de soufre (pommade d’Elmerich, poudre de pyrèthre) elles n’agissent que très lentement.
- En ce qui concerne la désinfection des vêtements, il est certain que le passage à l’étuve constitue le meilleur procédé, mais nombreux sont les cas où on n’a pas d’étuve à sa disposition. La sulfuration, très active, demande aussi une installation souvent peu facile à réaliser : elle a de plus le gros inconvénient d’altérer les fibres et la couleur des tissus. L’emploi des solutions d’anisol en pulvérisations est des plus efficaces et des plus faciles à réaliser en pratique.
- Le titre des solutions hydroalcooliques est le suivant :
- Anisol...................... 5 cm5
- Alcool à 90°................45 cm5
- Eau . ......................50 cm3
- On utilisera de préférence un pulvérisateur assez puissant à l’aide duquel on asperge les vêtements, particulièrement au niveau des doublures et des poches. Aussitôt aspergés, ils seront empilés un à un dans une caisse bien étanche que l’on ferme hermétiquement, une fois remplie. Au bout de 2 heures — 5 heures au maximum — les vêtements retirés et secoués sont débarrassés de leurs parasites et en état d’être réendossés.
- Il résulte de tout ceci que le genre de vie des poux, leur développement rapide et intense, leurs moyens de défense, rendent bien délicate leur destruction; particulièrement en temps de guerre où il faut le plus souvent user de mojens de fortune. En résumé, les meilleurs parmi ces derniers consistent en l’utilisation de solutions désinfectantes : huiles essentielles (lemon grass, citronnelle, etc.), ou mieux encore anisol.
- L’anisol est, en effet, de beaucoup la substance la plus active en vapeurs comme en applications directes, Son emploi relativement peu coûteux, ses propriétés d’ininflammabilité, son innocuité, permettent aux mains les plus inexpérimentées de l’utiliser.
- Jusque dans la tranchée, un pulvérisateur de poche et une solution d’anisol permettront à nos soldats de lutter efficacement contre la dange-I reuse vermine. L.
- LA FOIRE DE LEIPZIG. —
- La France et l’Angleterre jettent un regard de convoitise vers le grand centre commercial et industriel qu’est Leipzig et cherchent par quels moyens son activité pourrait être déracinée, puis transplantée dans l’une ou l’autre des deux capitales. Le projet ne manque ni d’ampleur ni de hardiesse, car lutter contre Leipzig, c’est combattre la prospérité commerciale allemande dans sa forteresse la mieux défendue. Hambourg peut être anéantie; Leipzig ne saurait être réduite que par une très longue série d’efforts méthodiques.
- L’histoire de la célèbre foire complétée par de
- PEUT-ON LA DÉRACINER?
- remarquables aperçus sur les innombrables industries thuringiennes et franconiennes, a fait l’objet de rapports puissamment documentés de M. Louis Arqué, ancien consul de France à Leipzig, auxquels nous empruntons le sujet de cette étude.
- Les foires paraissent devoir leur existence aux cérémonies religieuses qui, à dates fixes, attiraient les pèlerins dans certaines localités privilégiées. Ces déplacements de fidèles firent naître les premiers échanges commerciaux; puis les pèlerins, se transformant en marchands, instituèrent de véritables foires aux denrées groupant sur un seul point une
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- 346 —— LA FOIRE DE LEIPZIG. PEUT-ON LA DÉRACINER?
- grande partie de l’activité commerciale d’une région.
- Pour ce qui concerne Leipzig, le côté religieux — en admettant qu’il eût jamais existé — ne tarda pas à disparaître. La prospérité de la foire est donc due à d’autres causes qui subsistent et dont les deux principales sont d’ordre économique et géographique.
- Située à proximité de régions ne se prêtant à aucune exploitation agricole rémunératrice, sauf celle du houblon en Thuringe, Leipzig vit de bonne heure arriver chez elle les produits des petites industries locales de ces régions. Les plaines de la Saxe du Nord, les massifs montagneux de la Saxe du Sud, la Thuringe, la Franconie, de plus en plus peuplées, expédiaient sur Leipzig, dès le moyen âge, leurs objets façonnés en bois, en étain et en cuivre dont ils tiraient la matière première de leurs forêts et de leurs mines ; ils en rapportaient obligatoirement des grains et des denrées alimentaires. Ce commerce régional s’étendit peu à peu et attira le grand commerce d’exportation représenté par des produits utiles d’abord, attrayants ensuite. Ce sont les poissons salés et séchés, les épices et les fruits, les fourrures, les draps fins, les métaux utiles ou précieux, que les commerçants de l’Allemagne du Nord, des pays Scandinaves, d’Autriche et d’Italie, de Russie, de France, de Hollande, d’Orient même, échangent avec ceux de l’Allemagne du Sud, créant ainsi, par leurs rencontres à dates fixes, des courants commerciaux entre tous les pays d’Europe.
- Les vieilles foires de Leipzig ont donc été le premier truchement des grands échanges internationaux. D’autres centres allemands ont cherché à détourner en leur faveur cette abondante source de richesse, mais tous ont été vaincus par Leipzig, qui a toujours subsisté malgré les tentatives favorisées par des mesures administratives, malgré les invasions et les occupations ennemies.
- La situation géographique de Leipzig est la cause principale de ces victoires. Leipzig est au centre de l’Allemagne, elle-même nation centrale européenne. Autrefois deux grandes routes se rencontraient là ; celle venant de Francfort-sur-le-Mein et celle partant de Ratisbonne, sur le Danube, pour aboutir à Magdebourg. « On a pu dire avec quelque raison, écrit M. Louis Arqué, que Leipzig était le centre de l'extériorisation, c’est-à-dire que quiconque, partant d’une patrie européenne pour voyager en Europe, devait passer par Leipzig. »
- La diversité des productions environnantes était bien faite pour susciter de vifs courants d’échanges : Nuremberg y déballait ses objets d’étain et de laiton, ses miroirs, ses poupées, ses couteaux; Augsbourg ses vases ciselés, son argenterie, ses horloges d’art ; l’Italie y envoyait ses soieries ; la Suisse ses toiles ; la Hongrie ses cuirs, ses vins; la Pologne ses cuirs, sa cire, sa laine; les Flandres leurs draps fins; le Brabant ses dentelles, enfin, et par-dessus tout, la Russie ses fourrures.
- Puis les négociants, venus de partout, se fixent
- peu à peu au centre même du négoce, soit par raison, soit par nécessité comme ces Flamands fuyant les persécutions du duc d’Albe, et, plus tard, les huguenots chassés par la révocation de l’Édit de Nantes. En même temps les électeurs de Saxe obtenaient pour Leipzig le Stapebrecht, privilège impérial en vertu duquel la ville était seule, dans un certain rayon, à pouvoir tenir foire et exiger que les caravanes passant à une certaine distance vinssent y mettre en vente leurs marchandises.
- Les guerres elles-mêmes respectent presque toujours la richesse commerciale de Leipzig, cependant en 1642 la ville est bombardée et pillée par les Suédois, mais elle souffre beaucoup moins que la plupart des villes voisines. Toujours, même pendant l’occupation de la ville par Charles XII, pendant les guerres avec la France, malgré l’hostilité de Frédéric le Grand qui fit en quelque sorte « pomper systématiquement la richesse de Leipzig », même pendant la période napoléonienne, les foires se tinrent régulièrement. Une seule n’eut pas lieu, celle de l’automne de 1813, qui céda la place, dans la plaine voisine, au formidable choc des nations.
- A partir du xvne siècle, toutes les grandes foires accusent un déclin très marqué, à la suite de l’accroissement des moyens de communication et de la plus grande sécurité des routes qui rend de plus en plus inutiles les déplacements par caravanes armées. Elles n’ont pu se maintenir que dans les pays où l’évolution économique a été très lente et où les moyens de transport se sont développés insensiblement. C’est le cas de celle de Nijni-Novgorod, aujourd’hui encore très prospère.
- La foire de Leipzig non plus n’est pas atteinte alors que toutes celles de l’Allemagne voient décroître leur prospérité. Bien mieux, au xvme siècle,
- « son éclat devient plus vif qu’il n’a jamais élé ». C’est que les causes qui l’ont fait naître continuent à subsister : l’activité industrielle des régions voisines augmente sans arrêt, cependant que les moyens de communication se multiplient difficilement et ne permettent pas aux produits de s’exporter par une voie plus commode que celle de la foire de Leipzig, à laquelle les populations ont toujours eu recours pour se réapprovisionner en denrées alimentaires et en objets de première nécessité.
- Intermédiaire entre l’Allemagne et l’Orient, la foire de Leipzig l’était devenue également entre l’Allemagne et la France alors en pleine vitalité économique. Puis les guerr s contrarient les relations : Leipzig commerce alors avec l’Angleterre dont la puissance industrielle augmente à vue d’œil*. L’Amérique intervient ensuite ; en 17 76 le rapporteur des foires signale que les colonies anglaises d’Amérique font maints achats à Leipzig par l’intermédiaire de l’Espagne. Les Hollandais interviennent dans le même sens, mais les grands commerçants leipsiens s’emploient à éliminer les uns et les autres, et, dès 1783, ils expédient directement des marchandises à Philadelphie et à Boston et importent
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- du tabac de la Virginie. Les progrès de la navigation ont permis cette recrudescence d’activité.
- Si la foire de Leipzig ne fut pas atteinte comme ses voisines par l’évolution économique qui se manifestait dans l’Europe occidentale, elle en subit néanmoins les effets. Du jour où les réseaux de chemins de fer commencèrent à envahir les nations, les producteurs de tous les pays s’entendirent pour commercer directement entre eux. On put croire à ce moment que la foire de Leipzig allait à son tour disparaître.
- L’industrie de la librairie, issue directement de la foire, devait, comme les autres, s’en émanciper à son tour, mais en lui laissant le meilleur d’elle-même. Cet abandon s’effectuait normalement lorsque se constitua, à Leipzig, un corps de commissionnaires en librairie, qui assumait la tâche de placer les livres chez les libraires détaillants de langue allemande, et auxquels ils envoyaient des catalogues donnant toutes les indications concernant le prix et le format de chaque volume. Les transactions s’opèrent alors comme si elles avaient été traitées sur la foire : on achète à condition, on rend les invendus et on paie à Pâques. C’est à la même date, à Pâques, que les commissionnaires règlent leurs comptes avec les éditeurs et ceux-ci n’hésitent pas à faire le voyage de Leipzig pour procéder à cette liquidation. Lue assemblée de réjouissances termine les entrevues, en souvenir, probablement, des beuveries traditionnelles qui clôturaient les marchés de l’ancienne foire.
- Pour d’autres raisons, le commerce des fourrures a contribué à maintenir à la foire de Leipzig la réputation qu’elle s’était acquise. Cette marchandise ne se prête pas à l’échantillonnage; il faut voir pour acheter, et pour voir c’est encore à Leipzig que se rendent les acheteurs, sûrs de trouver là, dans ces vastes magasins où sont empilées les fourrures de toutes provenances, un assortiment considérable dans lequel ils trouveront de quoi satisfaire sûrement leur clientèle. Le Brühl, quartier des fourrures, constitue donc une sorte d’exposition que l’on visite rapidement, comme une foire, au mois de janvier, à Pâques et à la Saint-Michel, comme autrefois. C’est ainsi que le commerce moderne des fourrures est demeuré concentré à Leipzig en vertu d’attaches plusieurs fois centenaires.
- Une autre cause a milité fortement en faveur du maintien du marché de fourrures à Leipzig. C’est que l'on n’y pratique pas seulement le tri, c’est-à-^ dire le commerce ; Leipzig a su créer l’industrie de la pelleterie à côté de la foire. Elle a ses tanneries, ses ateliers de lustrage et de couture des peaux; Ce dernier tra\ail a fait naître de vrais artistes à Markranstaedt et à Skheuditz, près de Leipzig, à Weissenfels, près de Weimar, minuscules artisans « dont l’habileté manuelle tient du prodige et dont la frugalité tient de l’ascète ». Seuls quelques artisans orientaux peuvent lutter avec ceux de la
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- Thuringe et de la Saxe pour la couture des peaux.
- La foire moderne de Leipzig qui continue l’ancienne tradition se tient deux fois l’an, quelque temps avant Pâques et à la Saint-Michel. Officiellement elle est devenue une Exposition de comptoirs d'échantillons réservée aux articles de céramique, de verre, de métal, de bois, de papier, de cuir, de caoutchouc, d’os, de celluloïd, aux objets d’art et de décoration, aux ustensiles de ménage et de cuisine, aux articles d’ornementation intérieure, jouets, articles de carnaval et de cotillon, fleurs artificielles, parfumerie, articles de voyage, de sport, instruments de musique, automates, instruments de sciences et des métiers.
- Par quel mécanisme ces objets, tout en se dégageant du vieux système de la foire aux marchandises, ont-ils donné lieu à cette solution mixte qu’est la foire aux échantillons?
- Se prêtant difficilement à l’échantillonnage, à cause soit de leur poids, soit de leur volume, ils ne peuvent être promenés d’une ville à l’autre par les vendeurs. Ceux-ci ont donc trouvé plus commode de faire venir à eux les acheteurs, lesquels n’ont d’ailleurs jamais oublié le chemin de Leipzig.
- D’autre part, le système industriel des régions environnantes ne saurait laisser aux producteurs la possibilité de se transformer en commerçants. Dans Lien des cas les artisans se sont prêtés à un régime de fabrication mixte (ouvriers à domicile et ouvriers appartenant à une fabrique), mais ils ont toujours opposé une résistance sérieuse à la centralisation de la production, à l’introduction du machinisme. 11 leur a fallu et il leur faudra toujours une foire pour écouler leurs produits, la grande industrie seule pouvant se permettre d’aller trouver la clientèle à domicile.
- Le caractère « artiste » de ces populations ne se prête nullement, d’ailleurs, au calcul du négoce. 11 en résulte une sorte de « débilité commerciale », qui s’accuse d’autant plus que, si la fabrication est simple, le commerce des articles est, au contraire, très compliqué, puisqu’il faut se mettre en rapport avec des clients très lointains. Enfin, la périodicité d’une production portée à son maximum pendant l’hiver s’accorde à merveille avec la période des foires.
- Le vieux système s’est donc adapté à l’organisation économique actuelle issue des moyens de transports rapides qui ont tué tant de vieilles choses. Cela s’est fait tout seul, petit à petit. On a constaté un beau jour que certains articles n’apparaissaient plus sur les foires, et que d’autres n’y étaient représentés que sous la forme d’échantillons. Le phénomène a été enregistré, on a observé son développement et les causes sont apparues d’elles-mêmes.
- Mais c’est toujours Leipzig qui reçoit ses échantillons, parce qu’une bonne partie des articles sont confectionnés dans ses « hinterlands ».
- Ce sont eux d’ailleurs qui avaient créé la foire. Bien qu’éclipsés pendant de longues périodes par
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- d’autres objets étrangers, ces articles n’en ont pas moins occupé une situation importante jusqu’au moment où le grand commerce, arraché aux foires par les moyens de transport, leur a laissé la place libre.
- Les grands magasins, les bazars, ont aussi contribué pour une bonne part au maintien de la foire de Leipzig où ils continuent à s’approvisionner parce qu’ils y trouvent tous les articles, tous les objets nouveaux que leur demande leur clientèle et dont ils doivent constituer un assortiment de plus en plus important.
- Enfin la visite de la foire par les acheteurs en gros permet à ceux-ci de prescrire différentes modifications à un article type. Le producteur peut se prêter de bonne grâce à des nécessités de cette nature parce que, dans la plupart des cas, il ne possède pas en magasin les quantités suffisantes. Un délai de livraison lui est consenti et il peut alors faire procéder « aux rectifications » qui lui sont demandées.
- La foire de Leipzig prospère sans cesse parce que les hinterlands ont pris plus d’ampleur, les artisans ayant appris à travailler de nouvelles matières, le carton moulé, le celluloïd par exemple. Ensuite le rayon d’action s’est élargi ; ces articles voisinent actuellement avec les produits de diverses villes et régions d’Allemagne et d’Autriche qui ont été pour ainsi dire « magnétiquement attirés à la foire ». Parmi ces recrues on peut mentionner la maroquinerie commune' d’Ofîenbach, la coutellerie de Solingen, la bijouterie commune de Pforzheim, les porcelaines de luxe de Berlin, de Copenhague, voisinant avec de nombreux articles diiïérents mais relevant toujours de l’industrie du luxe : verrerie artistique, objets d’art industriel en métal, éclairage, lustferie électrique, etc. Enfin lès importateurs de Hambourg y ont introduit les articles de Chine et du Japon.
- Par un curieux retour sur elle-même, la foire de Leipzig semble vouloir de nouveau absorber l’industrie mondiale du luxe. Alimentée à l’origine par les menus objets de bois et de métal de la Thuringe et de la Franconie, elle a su drainer pendant plusieurs siècles le commerce européen, puis, touchée par les moyens de communication rapides qui détruisaient ses rivales, elle s’est recueillie pendant quelques années à l’abri des artisans qui forent ses
- premiers et sont restés ses plus fidèles fournisseurs. Tout à coup, à la suite de circonstances spontanément écloses, et h la faveur de ces mêmes moyens de communication qui avaient failli la réduire, elle reprend une activité de plus en plus intense et, de nouveau, rêve du commerce mondial!
- Quelle étrange destinée que celle de cette foire universelle, foire de l’agriculture, du commerce, de l’industrie, des arts, des sciences, des lettres, des idées. Le secret de sa vitalité réside dans son organisation même qui a produit les plus grands commissionnaires du monde entier en librairie, en pelleterie, en jouets. Les librairies ont leur Bôrsen-verein der deulschen Buchlàndler, organisation formidable de documents, de fiches, de personnel, presque impossible à imiLer ; le quartier du Brühl aussi est une sorte de bourse mondiale des fourrures où toutes les grosses maisons de l’Europe et de l’Amérique ont des représentants.
- Peut-on la déraciner? Il appartient à nos commerçants de cesser dès maintenant les relations avec les commissionnaires de Leipzig et d’inviter tous ceux des pays alliés et amis à suivre ce mouvement. La fourrure, la librairie même, déserteront la foire insuffisamment alimentée pour s’acheminer vers Paris, centre intellectuel du monde et géographiquement situé pour devenir aussi le centre commercial. Plus pénible sera la tâche entreprise pour détourner de Leipzig la foire des échantillons. On ne détruira pas les industries régionales qui l’environnent, mais on pourra, par des mesures appropriées, les détourner de leurs voies normales, les attirer vers Paris, peut-être plus aisément vers Nancy ou Strasbourg (l) qui s’élèvent aux portes mêmes des régions productrices? Une action sociale habilement entreprise dans ces pays pauvres aura pour effet de sortir ces populations du servage dans lequel les tiennent les grands commissionnaires, de relever les tarifs et de permettre aux producteurs de venir eux-mêmes chez nous exposer leurs articles.
- En somme la lutte doit s’engager contre les grands commissionnaires, soutiens intéressés de l’énorme édifice, qui constituent une véritable féodalité commerciale et industrielle supérieurement organisée, dont le joug pèse lourdement sur les populations qui leur appartiennent et sur le négoce mondial. Lucien Fournier.
- LES NOUVEAUX CASQUES MÉTALLIQUES DE L’ARMÉE FRANÇAISE
- Dès les premiers mois de la guerre de tranchées, notre haut commandement fut frappé de la proportion très élevée des blessures à la tête dans l’armée française. Aussi, afin de préserver immédiatement nos soldats des éclats d’obus ou des shrapnells qui ne possèdent qu’une force de pénétration atténuée et des balles de fusil qui les atteignaient avec une vitesse restreinte par suite de la distance ou des
- ricochets, le service de l’intendance fit fabriquer des calottes en acier s’insérant entre la coiffe et le drap des'képis. Ces « cervelières » donnèrent d’excellents résultats; elles évitèrent ou amoindrirent les blessures de plus d’un de nos poilus, comme le prouvèrent les observations cliniques de nombreux
- 1. La ville de Lyon vient de prendre cette initiative; son éloignement et l’entrave suisse sont des obstacles à prévoir.
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- médecins-majors et une récente communication du professeur Le Dentu, àl’Académie de Médecine de Paris.
- Toutefois ces pare-balles ne conféraient aux combattants qu’une immunité relative. L’administration militaire résolut donc, au com-mencement de l’année 1915, de poursuivre à Bourges une série d’expériences pour trouver une coiffure protectrice plus efficace et on ne tarda pas' à solutionner le problème.
- Le modèle de casque adopté fut concu par M. Ad rian, sous-intendant militaire de lre classe au Ministère de la guerre et on l’a distribué maintenant à toutes les troupes du
- front. Réalisé en tôle d’acier de 7/10 de millimètre d’épaisseur, suffisamment résistante pour constituer
- une solide protection, quoique pesant seulement de 650 à 850 gr. suivant les pointures, il est garni à l’intérieur d’une coiffe en peau et pourvu d’un dispositif d’aération ; il s’adapte parfaitement à toutes les tètes.
- D’ailleurs l’inventeur n’a laissé aucune des parties de la nouvelle coiffure au hasard. Il a étudié les formes de la visière et du couvre-nuque, de manière à ne gê-. ner ni la marche avec le port du sac, ni le tir dans les diverses positions. D’autre part, le cimier qui couronne la
- Fig. i. — Les divers modèles de casques adoptés i>ar les troupes françaises.
- Fig. 2. — Atelier de montage des casques.
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- « bourguignotte » du xxe siècle, est aussi résistant que le reste et abrite l’orifice d’aération, en même temps qu’il orne le dessus de la bombe.
- Pour fabriquer les nouveaux casques, on commence par faire passer la tôle sous des machines à découper de 150 lonnes. En principe, chacune de ces presses se compose d’un bâti à arcade avec arbre vilebrequin commandant, au moyen d’une bielle, un coulisseau qui glisse dans des rainures verticales. Cette bielle élève ou abaisse le coulisseau pour adapter l’outil aux opérations de découpage. L'ouvrier commande le dispositif d’embrayage en appuyant légèrement sur la pédale placée au bas de la presse. Les disques qui sortent ainsi découpés de chacune de ces machines, à raison de 5000 par jour, subissent ensuite la première phase de l’emboutissage, qui leur donne la forme d’une calotte pourvue d’un large bord et réservant une certaine hauteur pour la seconde phase de l’opération. Celle-ci se fait avec une autre machine à emboutir spéciale pour les métaux minces avec serre-ilanc à ressort,
- Au sortir de cette presse, on tranche la partie inutile du métal restant au bord de la bombe, à l’aide d’un puissant emporte-pièce. La calotte possède alors la hauteur voulue et on en redresse les quelques aspérités en la tournant sur une forme. Au moyen d’une molette en acier qui lui permet d’exercer une forte pression sur la surface extérieure du casque, l’ouvrier écrase les défauts du métal dus à l’emboutissage. On lamine ensuite le bord de la bombe afin d’y moulurer un jonc sous lequel la visière et le couvre-nuque viendront s’ajuster.
- Après quoi la bombe passe entre les mains des ajoureuses qui, à l’aide de balanciers, y pratiquent les trous nécessaires pour l’aération, l’agrafage des cimiers et autres accessoires.. D’autre part, on découpe, à l’aide de divers emporte-pièces, dans des plaques de tôles d’acier de même épaisseur que la bombe, des croissants plats destinés à constituer la visière et le coùvre-nuque. Le bord .de ces croissants est rabattu pour former un cordon périphérique, puis ces deux pièces subissent un laminage pour leur donner un galbe qui leur permettra d’épouser la forme de la bombe. Sur une de nos illustrations, nous voyons des ouvrières en train de confectionner le cordon des visières au moyen de machines munies de molettes spécialement étudiées pour ce travail. Une femme peut moulurer, de la sorte, 12 000 visières par jour.
- Là visière se rattache au couvre-nuque au moyen de quatre rivets, puis s’ajuste sous le jonc mouluré à la base de la bombe et on la sertit en rabattant
- mécaniquement le bord de celle-ci. Après celte opération, vient l’ovalisage du casque, à l’aide d’un appareil qui introduit brusquement à l’intérieur de^ la bombe une pièce de bois ad hoc, de façon à donner la forme voulue. On doit alors procéder à la soudure des crampons à l’intérieur de la bombe, crampons destinés à fixer la coiffe et la jugulaire en cuir.
- Devant chaque ouvrière se trouvent des gabarits en bois qui maintiennent les casques et assurent la mise en place exacte des crampons; elle décape le métal et soude au chalumeau à gaz avec air soufflé.
- Fig. 3. — Sertissage des visières du casque.
- De l’atelier de soudure, les casques sont portés dans une autre salle, où des ouvriers y fixent les cimiers au moyen de quatre rivets en aluminium.
- On découpe ces cimiers à plats dans de la tôle d’acier, on les emboutit ensuite en deux phases et on les incurve de manière qu’ils s’appliquent exactement sur les bombes. Quant aux insignes estampés qui se placent sur le devant du casque pour distinguer les différentes armes : grenades (infanterie), canons croisés (artillerie), cors de chasse (chasseurs à pied), croissants (zouaves), etc., ils portent des agrafés soudées qui s’introduisent dans les ouvertures ménagées à cet effet.
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- Une fois les casques ornés de ces différents attributs. I à percer le cuir des jugulaires ou à y mettre des on les décape, on les essuie et on les peint à l’aéro- I oeillets. Au sortir de l’atelier de garnissage, le graphe en gris, de la couleur du canon de casque est digne d’orner le chef d’un poilu!
- 75 intérieurement et extérieurement. On ^ans celte courte description, il ne
- les passe ensuite au four à gaz afin de s’agit, bien entendu, que de donner
- donner plus de solidité à la teinture. un aperçu de cette fabrication car,
- D’autre part, pour permettre L ' -J pour être complet, il faudrait
- énumérer 64 opérations. Le
- l’aération du casque, on fixe à l’intérieur de la bombe sur les crampons qui servent à attacher la coiffe, de petites plaques ondulées en aluminium, destinées à laisser circuler l’air tout en facilitant en même temps l’établissement des diverses pointures.
- 11 ne reste plus maintenant qu’à poser les garnitures intérieures et la jugulaire. La coiffe, établie en peau de mouton avec turban de drap, est percée à la machine de trous correspondant aux pattes des crampons, qui maintiennent déjà les plaques d’aluminium, comme nous l’avons vu plus haut. Enfin la jugulaire de cuir se fixe au moyen de rivets en laiton à deux passants mobiles, placés à la partie inférieure des deux crampons sis aux ex trémités du petit axe du casque. Les appareils qu’on aperçoit fixés à la table devant
- Fig. 4.— Sùudure de la visière du casque.
- chaque
- ouvrière sont des presses à boutonnières destinées
- casque de l’armée française doit, en effet, passer entre 64 mains avant d’être expédié sur le front.
- Et malgré tant de complications techniques les 6 usines françaises, qui se livrent depuis cinq mois à leur confection, ont pu déjà casquer 2600000 soldats. Constatons pour terminer que le nouveau casqueÀdrian a fait ses preuves, qu’il a déjà protégé nombre de combattants des éclats d’obus, des balles de shrapnells et des éclats de grenades. Son efficacité est beaucoup moindre contre les balles surtout tirées à courte distance. Il ne faut pas oublier, en effet, que seules de véritables plaques de blindage de 7 mm d'épaisseur, en acier spécial, protègent effectivement contre les balles du fusil. Nos poilus, même casqués, ne doivent donc montrer leur tête qu’avec précaution. Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du
- Nécrologie. — Édouard Prillieux, mort le 8 octobre, s’était consacré à l’étude des maladies des plantes. Professeur à l’Ecole Centrale et à l’Institut agronomique, il a fondé un laboratoire de pathologie végétale qui a rendu de grands services. Il a étudié l’influence des parasites sur le développement des orchidées. Il était membre de l’Académie des Sciences (section de botanique) depuis 1899 et avait été sénateur du Loir-et-Cher.
- novembre 191 5.
- Philippe Hait, mort le 10 octobre, avait remplacé d’Abbadie en 1897 dans la section de géographie. Il s’était fait connaître par de nombreuses missions géographiques et hydrographiques : en 1861 à Alexandrie; en 1865 en Cochinchine; en 1874 à l’Ile Campbell pour le passage de Vénus; en 1878 dans les Montagnes Rocheuses pour le passage de Mercure. Il avait, depuis cette époque, publié une carte de la Corse et s’était consacré à l’étude des marées.
- PRÉCURSEURS AMÉRICAINS DE LA GUERRE SOUS-MARINE
- Le sous-marin joue un rôle important, sinon glorieux, dans la guerre actuelle. Toutefois pour l’amener à l’état d’engin de destruction navale redoutable, que de temps et d’efforts ne fallut-il pas au génie humain! Que d’inventeurs moururent à la peine avant de solutionner cet ardu problème! Notre intention n’est pas de rappeler ici ces tentatives infructueuses, mais la récente exhibition au « Brooklyn Navy Yard » de Y Intelligent Whale, primitif ancêtre des trop fameux U allemands, construit en
- 1866 par flalstead, nous invite à jeter un rapide coup d’œil sur les débuts de la navigation sous-marine aux États-Unis.
- Dès 1776, l’Américain David Bushnell concevait Y American Turlle, sous-marin assez ingénieusement combiné, avec lequel il tenta de détruire, sans y réussir, la flotte anglaise de l’amiral Hove mouillée dans la haie de New-York. Vingt-cinq ans plus tard, son compatriote, le célèbre Fui ton, réalisait un autre bateau du même genre, le Naulilus, qui fonc-
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- donna d’abord sur la Seine à Paris. Ce sous-marin ressemblait à un cigare complètement en bois, garni de cuivre et cerclé de fer; il mesurait 7 m. de longueur environ. Le dessus muni de hublots lenticulaires avait la forme d’un dôme et la quille constituée par une lourde barre métallique lui faisait contrepoids. Le propulseur, simple manivelle actionnant une roue à aubes elliptiques, se trouvait à l’arrière ainsi que le gouvernail. Le navire pouvait marcher en surface en déployant sa voilure. Pour plonger, on couchait le mât après avoir cargué la voile; on comprimait ensuite l’air dans la coque et, au moyen d’une pompe, on faisait pénétrer de l’eau dans la cale. La descente s’opérait alors aisément.
- À la suite de ces encourageants débuts, Fulton alla poursuivre ses expériences au Havre et à Brest où le Nautilus resta immergé plusieurs heures. Le
- étab'i d’après les plans du capitaine Hunley et monté par 8 hommes qui manœuvraient l’arbre coudé de l'hélice, parvint à torpiller YHousatonic, un des plus puissants navires de la marine des États-Unis d’alors (1864).
- Quant à Y Intelligent Whale, son constructeur, l’américain Halstead, le proposa sans succès à la France (1866); il reposait sur le même principe que la cloche à plongeur d’Alexandre Lambert essayée aussi de l’autre côté de l’Atlantique, une douzaine d’années auparavant. Cette « intelligente baleine » mécanique mesurait 9 m. de longueur et 3 m. de diamètre. Le trou d’homme, qu’on aperçoit à la partie supérieure, permettait l’introduction de l’équipage dans le sous-marin tandis que des réservoirs d’air comprimé rendaient l’atmosphère intérieur respirable. Des water-ballasts recevaient le lest liquide et deux poids, qu’on pouvait faire
- Fig. i. — L’Intelligent Whale, le précurseur des sous-marins expose au « Brooklyn Naval Yard ».
- 26 juin 1801, il réussit même «à faire sauter un vieux ponton, en attachant une torpille dans ses lianes.
- Mais Napoléon Ier considérait l’inventeur comme un charlatan, et, malgré les remarquables résultats obtenus, il se désintéressa de la question. Cependant, en bon Yankee, Fulton ne se découragea pas et prit peu après sa revanche en inventant la navigation à vapeur. Le savant ingénieur trouva enfin à New-York, le succès que lui avait si injustement marchandé le Vieux Monde !
- Plus près de nous, Je cordonnier Lordner D. Phillips, de Chicago, resta plongé un jour entier dans les eaux du lac Michigan (1851). Malheureusement il gérit au cours d’une seconde descente dans le lac Érié, avec son sous-marin qui affectait également la forme d’un cigare allongé, cylindrique au milieu et terminé par deux cônes.
- Durant la guerre de Sécession, les Étals confédérés du sud construisirent des Davids (1863), sortes de submersibles, qui pouvaient naviguer en surface à la vitesse de 7 nœuds. L’un d’entre eux,
- descendre sur le fond, et maintenaient le bateau en équilibre, Jors des plongées. L’hélice, mue à bras par 4 hommes, servait à la propulsion, le guidage se faisait au moyen d’un gouvernail vertical et de deux gouvernails horizontaux. D’autre part, un scaphandrier sortant de l’embarcation par une trappe, sise à la partie inférieure, portait les torpilles, en marchant sur le fond de la mer.
- Ainsi que celte description sommaire permet de s’en rendre compte, le sous-marin d’IIalstead ne pouvait avoir que des applications restreintes. Néanmoins le gouvernement des États-Unis l’acquit. Mais l’Amirauté l’oublia jusqu’en 1872, époque où elle procéda à une série d’essais officiels malheureux, qui, selon Delpeuch, causèrent la mort de 39 personnes et le firent reléguer dans quelque coin. Aujourd’hui comme les premiers types de sous-marins américains dus à John P.' Holland (1900) et à Simon Lake (1902), qui naviguèrent vraiment sous les flots de l’Atlantique, Y Intelligent Whale a pris ses invalides dans une des cours dii grand arsenal new-yorkais. J. de la Cerisaie.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2201.
- 4 DÉCEMBRE 1915.
- LES LABORATOIRES DE LA GUERRE
- II. — Les essais des canons et des munitions.
- Depuis le début de la guerre, tous les récits officiels ou privés venus du front parlent invariablement des qualités de puissance, de mobilité, de précision de nos canons, des terribles effets destructeurs de nos obus. Nous avons souffert, pendant un certain nombre de mois, de l’insuffisance numérique de nos bouches à feu et de leur faible approvisionnement en munitions : jamais la valeur même de l’armement n’a été mise en cause. Pour l’artillerie, comme pour beaucoup d’autres branches de l’activité scientifique, la France s’est trouvée à la tête du progrès. Notre 75, le premier canon de campagne à tir rapide mis en service, reste, au bout de 18 ans, un des meilleurs canons du monde et, depuis une quinzaine d’années, de nombreux concours d’artillerie ont affirmé, dans les pays les plus divers, la supériorité de nos canons Schneider sur les canons Krupp.
- La guerre des Balkans fut une première consécration vécue de la valeur des canons français ; l’immense conflit actuel en donne de nouvelles preuves. Mais l’expérience du champ de bataille doit être, en pareille matière, surtout une expérience de contrôle. Les essais qui ont pour but de vérifier les qualités'balistiques, la résistance, l’endurance des matériels sont œuvre du temps de paix.
- Ces essais sont réalisés dans les polygones, dont nous avons précédemment indiqué l’organisation
- est le chronographe Le Boulengé dont l’installation d’ensemble est représentée sur la figure 1 ci-jointe. En fait, cet appareil permet d’apprécier le temps T qui s’écoule entre les ruptures successives par le projectile, dans les cadres, de deux circuits électriques indépendants. Les cadres sont constitués par des châssis en bois sur lesquels sont tendus, horizontalement ou verticalement, des fils de cuivre formant un réseau, dont les intervalles ont moins d’un calibre d’ouverture. Ces cadres sont suspendus à des charpentes métalliques par des câbles. Ils peuvent être placés à des hauteurs variables suivant l’angle de pointage du canon, de manière que le projectile les traverse. Pour que le souffle de la pièce ne détériore pas le premier cadre, l’expérience
- Fig. i. — Installation théorique d’un chronographe Le Boulengé-Bréger pour la mesure des vitesses initiales.
- générale (*). Sans pouvoir, à divers points de vue, en préciser tous les détails, nous chercherons à donner quelques indications générales sur leur objet et sur les disposi'ifs employés pour leur exécution. Dans leur ensemble, les uns se rapportent en premier lieu à la détermination de la trajectoire du projectile et aux effets produits par celui-ci, les autres visent surtout la constitution du canon lui-même.
- Vitesse initiale des projectiles. — Pour la déterminer, on mesure le temps que met le projectile à parcourir l’intervalle de deux cadres, placés à faible distance de la bouche à feu(2). L’appareil employé
- 1 .Yoy. le numéro 2197 de La Nature du 6 Novembre 1915.
- 2. Dans la gravure représentant le polygone des Établissements Schneider au Hoc (V. La Nature du 6 nov., p. 289), on voit les cadres destinés à celte mesure des vitesses initiales.
- prouve que celui-ci doit être placé à une distance de la bouche à feu d’environ 250 à 500 calibres. La distance entre les cadres est variable, elle est en général de 20 à 50 m. Cette distance D étant mesurée avec précision, la vitesse initiale du projectile
- est donnée par la formule V = 5.
- Les deux circuits des cadres sont reliés au chronographe proprement dit (fig. 1), constitué par une colonne, que l’on doit rendre rigoureusement verticale, et de chaque côté de laquelle est installé un électro-aimant. L’un d’eux est activé par le courant qui passe dans le circuit du premier cadre et peut supporter une armature appelée chronomètre, formée d’un long tube en laiton portant à la partie supérieure un fer doux. Ce tube est revêtu d’une
- 25 — 553.
- 43' Année.
- 2' Semestre.
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- LES LABORATOIRES DE LA GUERRE
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- chemise amovible en cuivre. L’autre électro-aimant, activé par le courant qui passe dans le circuit du deuxième cadre, peut également supporter une armature, désignée sous le nom d’enregistreur, de même poids que le chronomètre, constituée par un cylindre court, muni comme le premier d’un fer doux à sa partie supérieure. Au moment du tir, le projectile coupe d’abord le premier circuit; le chro-
- Fig. 2. — Installation sur une culasse à obturateur plastique d'un appareil crusher servant à mesurer les pressions dans l’âme des bouches à feu.
- nomètre tombe vers le sol, librement, mais lorsque le projectile rencontre le deuxième cadre il coupe le deuxième circuit; l’enregistreur tombe à son tour et vient frapper un plateau horizontal, qui peut tourner autour d’un axe. La rotation de ce plateau libère un ressort que porte l’arrière d’un couteau ; ce couteau se trouve alors projeté sur la chemise du chronomètre et y fait une empreinte qu’il est très facile de reconnaître. L’intervalle compris entre un repère zéro, gravé à la base du chronomètre, et cette empreinte permet d’évaluer, au moyen d’une table de correspondance, le temps qui s’est écoulé entre la chute du chronomètre et celle de l’enregistreur, c’est-à-dire pendant la durée du trajet du projectile entre les deux cadres. On en déduit aussitôt la vitesse initiale du projectile, élément fondamental de la détermination de la trajectoire.
- Pression des gaz dans l’âme. —- Une autre épreuve importante est celle relative à la mesure de la pression des gaz de la poudre dans l’àme du canon, pression qui développe la vitesse initiale du projectile et pour laquelle, d’autre part, doit être calculée la résistance des parois du tube.
- Cette pression s’évalue par le degré d’écrasement de petits cylindres, en cuivre chimiquement pur, parfaitement calibrés, appelés crushers, sur une base desquels elle s’exerce (fig. 2 et 3).
- Pour la détermination de la pression maximum, l’appareil à crushers est installé sur la face avant de la culasse, dans les canons dont la charge est constituée par des gargousses, ou bien il est simplement
- placé au fond de la douille, pour les canons à cartouches unitaires. L’appareil à crushers peut aussi être placé sur un point quelconque de la paroi du tube, pour la recherche de la pression en ce point.
- L’appareil est fermé par un bouchon vissé, percé d’un trou central, dans lequel se déplace un piston en acier, surmonté d’un obturateur en cuivre qui reçoit la pression des gaz. Le cylindre crusher, guidé ' dans son logement par une bague en caoutchouc, est placé entre ce piston en acier et une enclume également en acier. Sous l’action de la pression, le cylindre s’écrase, et sa diminution de hauteur, mesurée au 4/100e de millimètre avec un palmer, permet de connaître, par une table de tarage, la valeur de la pression cherchée. La construction de la table se fait en exerçant sur une série de cylindres, identiques à ceux employés dans les essais, des pressions croissantes connues.
- Angle de relèvement. — La première partie de la trajectoire d’un projectile ne se trouve jamais sur le prolongement de l’axe de la pièce, c’est-à-dire que la tangente à la trajectoire à la bouche et l’axe de la pièce font entre eux un angle, appelé angle de relèvement de la trajectoire. Cet angle varie très peu quel que soit l’angle de tir ; il est dû à diverses causes, dont les principales sont l’élasticité de l’affût et la compressibilité de la plate-forme de tir.
- On le détermine (fig. 3), en installant à une distance connue D de la bouche à feu, un panneau vertical sur lequel on repère (à l’aide d’une visée effectuée à l’aide d’un œilleton et d’un réticule, portés par des cimblots fixés l’un à la bouche, l’autre à la culasse) l’intersection O du panneau et de Taxe de la pièce. D’autre part on a, par le tir, le point de rencontre C du panneau et de la trajectoire du projectile. Or, NC = l/2^!2 (g étant l’accélération due à la pesanteur et t le temps nécessaire au projectile pour franchir la distance D, temps
- Fig. 3. — Mesure de l’angle de relèvement d’un canon.
- quel’on peut évaluer au chronographe). On connaît, par mesure directe, la distance OC et, par suite,
- 01V
- 0N = NC—-OC, d’où l’on déduit /<70=: —et la valeur de l’angle 0.
- Efficacité des projectiles. — Pour vérifier l’efficacité des projectiles, on élève sur les polygones des cibles et des objectifs de nature très diverses. Nos figures 4, 5 et 6 en donnent quelques exemples. Les tirs de précision se font sur de
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- grandes cibles en bois ; les tirs d’efficacité à shrap-nels sur des panneaux ou sur des silhouettes représentant des troupes d’infanterie en position de combat. Pour vérifier l’action des obus à explosifs sur le matériel d’artillerie, on sacrifie même de vrais canons et de vrais caissons, que l’on charge au besoin de munitions. Pour se rendre compte de la puissance destructrice des explosifs sur des fortifications, on construit de véritables murs en béton, en briques et des ouvrages de fortification passagère. L’œuvre destructrice, représentée par nos figures paraît bien peu de chose en comparaison des vues prises à l’heure actuelle sur le front; en temps de paix elle aurait semblé fort impressionnante. En tout cas, on peut se rendre compte des frais énormes entraînés par de pareilles expériences fréquemment répétées.
- Pour les projectiles à explosifs, on vérifie également leur fragmentation, qui est un des éléments importants de leur action contre le personnel. Comme il ne faut pas songer, bien entendu, à retrouver quand un obus est tiré sur le sol, on provoque l’éclatement dans des caisses blindées, placées au centre d’un puits, spécialement aménagé pour éviter tout risque d’accident (fig. 7). Une fois l’explosion produite, on pénètre dans le puits et
- l’on retire de la caisse blindée tous les fragments dont on vérifie le nombre, le poids et la nature des sections.
- Les cahiers des charges spécifient qu’un projectile d’un calibre déterminé doit produire, par exemple, un certain nombre de fragments de plus de 5 gr. et un certain nombre de fragments de plus de 10 gr.
- Les éclats les plus déchiquetés et les plus biseautés sont ci ux qui produisent bien entendu, à poids égal, les effets les plus meurtriers. Notre couverture représente, à ce poii t de vue, une. fragmentation extrêmement intéressante d’un obus du calibre de 105, essayé au puits d’éclatement des usines Schneider du Hoc. Quand l’acier a la composition voulue, et quand le chargement en explosif a été soigneusement étudié, ce sont, comme on le voit, des centaines et des centaines d’éclats que produit l’explosion d’un seul obus.
- On effectue encore sur les polygones des séries de tirs d’essai ayant pour objet de déterminer les portées en fonction des angles de tir, d’étudier la dispersion des coups en profondeur, en hauteur, en largeur, de mesurer l’ouverture des gerbes d’éclatement, etc.
- Toutes les déterminations précédentes sont, complètement ou partiellement, extérieures au canon.
- Fig. 4. — Tir d’obus à explosif sur une batterie d’artillerie.
- Fig. 5 — Tir d’obus à explosif contre un mur en béton de 11 m. de longueur, de 4 m. de hauteur et 2 m. d’épaisseur, soutenu par trois contreforts. Aspect du mur avant tir.
- Fig. 6. — Le même mur après le deuxième coup. une fraction notable des éclats
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- Celles qu’il nous reste à signaler concernent la pièce elle-même.
- Étoilage. — L’étoilage consiste à vérifier l’indé-formabilité du tube sous la pression des gaz ou son usure après le tir d’un grand r — nombre de coups. ,
- Cette opération, dont on conçoit l’importance capitale, consiste dans un calibrage exécuté avant et après tir et s’effectue en mesurant, sur toute la longueur du tube, le diamètre de l’àme au fond de toutes les rayures et sur toutes les cloisons, dans des plans diamé- &*£• 7* traux parallèles équidistants.
- L’appareil utilisé, dit étoile mobile (fig. 8) se compose d’une tête à quatre branches, dont deux servent de portage, les deux autres, mobiles, étant sous la dépendance d’un coin en acier, rigoureusement rectifié. Cette tête est portée par une hampe, qui relie d’une façon rigide le coin de tête et une poignée-manchon. La pénétration plus ou moins
- profonde du coin dans l’étoile, en écartant la pointe des branches, assure leur contact contre les parois du tube. Le diamètre cherché, résultant de l'écart des pointes, est lu sur des échelles graduées avec approximation d’un centième de millimètre.
- Dépointages en hauteur et en direction. — Quand une pièce est bien « assise », résultat généralement acquis, avec les matériels actuels, dès le deuxième coup, il importe à la rapidité et à la précision du tir que, pointée sur un but déterminé, elle conserve ce pointage invariable ou avec des écarts minimes.
- Pour vérifier la constance du pointage en hauteur, on place sur des facettes, ménagées à la partie supérieure du manchon de culasse du canon, un niveau tel, par exemple, que celui en service depuis nombre
- Polygone Schneider du Hoc. Puits d’éclatement blindé pour essais d’obus à explosifs.
- Fig. 8. — Installation d’une étoile mobile pour mesurer le diamètre de l'âme des canons.
- Fig. ç. — Niveau de pointage modèle 1888-içoo.
- d’années dans l’armée française (fig. 9). La différence des lectures faites avant et après tir donne en minutes la valeur du dépointage.
- Pour évaluer le dépointage en direction, on utilise le gonio-
- :.-...... mètre de l’appa-
- reil de visée.
- | Avant le tir, la i ligne de mire est
- ! dirigée sur un
- repère; après le départ du coup, cette ligne de mire est ramenée, si cela est nécessaire, sur le repère choisi. Le déplacement go-niométrique indique le dépointage en direction.
- Stabilité pendant le tir. — Le dépointage en hauteur et en direction, qui ont
- une influence considérable sur le bon réglage du tir, sont fonction, en particulier, des déplacements A subis par l’ensemble
- de la pièce pendant le tir. Toutes choses égales, les dépointages sont d’autant plus faibles que la stabilité est meilleure. Dans notre 75 réglementaire, on a cherché à améliorer la stabilité par un dispositif d’abatage qui consiste à faire monter les roues sur les sabots des freins, reliés à des tiges pivotant autour des essieux. Les canons Schneider, de types plus récents, ont une aussi bonne stabilité sans cette complication de manœuvre, et l’on démontre parfois dans les polygones la parfaite immobilité de leurs roues en plaçant sur la partie supérioure du cercle delà jante une coupe de champagne qui ne se renverse pas pendant le tir.
- Pour vérifier la stabilité des affûts on emploie la méthode des panneaux (fig. 10). Par un moyen de fixation approprié, on dispose, sur les essieux des roues par exemple, une pointe traçante, en face de laquelle on place, dans un plan parallèle à l’axe de la pièce, un panneau enduit d’une couche fraîche de céruse. Le contact de la pointe et du panneau reste assuré
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- par un dispositif à ressort. S’il se produit des mouvements de l’affût pendant le tir, la pointe se déplace et trace sur le panneau une courbe qui donne tous les éléments du déplacement longitudinal et en hauteur (soulèvement, recul, lancer)
- (fig. 11). On pourrait employer un dispositif analogue pour la stabilité transversale.
- Lois du recul et du retour en batterie. —- On connaît les raisons qui ont fait adopter, dans la constitution des bouches à feu modernes, le
- long recul du canon sur son affût. La plupart des progrès réalisés dans l’artillerie, pendant ces vingt
- longueur
- Fig. 70.
- ces divers mouvements. La connaissance de ces lois implique en premier lieu la détermination de la totale du recul, puis le relèvement des longueurs de recul et de rentrée en batterie en fonction du temps, enfin la mesure des pressions développées dans le frein et le récupérateur. Pour déterminer la longueur du recul, on utilise une « aiguille de recul » simple pointe traçante installée sur une partie fixe,le berceau, et devant laquelle se meut la partie traîneau. On relève la course couche de céruse fraîche.
- — Installation des panneaux pour la détermination des soulèvements, du recul et du lancer.
- mobile qui est de l’aiguille sur
- le
- une
- Fig. ii. — Diagrammes tracés sur les panneaux par les aiguilles de soulèvement.
- dernières années, n’ont été que les conséquences de cette!? invention de nos officiers et de nos ingénieurs. On sait aussi comment la force vive, due à la réaction sur le matériel de la pression développée par la poudre dans l’âme du canon, est en partie absorbée par un frein qui limite le recul ; une autre partie de cette force vive est absorbée par un « récupérateur » qui la restitue pour ramener le canon en batterie; vers la fin de ce retour en batterie, un « modérateur de rentrée en batterie » empêche les chocs à fin de course et le « lancer » de la pièce. Il est de première importance de connaître les lois de
- Pour connaître les déplacements en fonction du temps, on a recours au « vélocimètre », pour l’emploi duquel il faut installer la bouche à feu sur un affût fixe (fig. 12). Cet instrument, qui doit enregistrer un phénomène dont la durée est de l’ordre du 1/100e de seconde, se compose essentiellement d’un diapason entretenu électriquement, monté sur l’affût fixe, et dont les branches sont munies d’un style. Les vibrations sont enregistrées sur une lame d’acier enduite de noir de fumée, reliée à la partie reculante et se déplaçant devant la pointe traçante du diapason. Les vibrations isochrones du
- ' ' -------U_> ' ,1 -Il ^
- Fig. 12. — Installation d’un canon pour les mesures au vèloci-mèlre. Vite du vélocimètre et diagramme de recul et de rentrée
- en batterie.
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- diapason ont une durée connue. On peut donc con-naître le temps écoulé depuis l’origine du recul ou j du retour en batterie jusqu’à l’instant de l’enregistrement de l’une d’entre elles, en observant le nombre des vibrations produites. D’autre part, l’enre- j gistrement a lieu à une distance de l’origine que l’on ! mesure directement. On obtient ainsi des relations i entre le temps et les espaces, d’où l’on déduit d’autres relations qui donnent la vitesse du recul et du retour en batterie à un instant déterminé. Un dispositif spécial de décalage empêche que les courbes
- de fusion varie graduellement. Ils sont ordinairement réunis au nombre de 12 et permettent de mesurer des températures échelonnées de 20° en 20° centigrades par exemple. Pour effectuer une mesure, on appuie une des pointes fusibles à l’endroit choisi, préalablement décapé, pour assurer un bon contact. Une demi-minute suffit pour vérifier s’il se produit une traînée liquide, indice d’un commencement de fusion. On vérifie le résultat avec le fusible voisin qui ne doit pas entrer en fusion.
- Roulage. — Des essais importants sont enfin
- Fig. i3 — Usine du Creusât.
- Manège actionné électriquement pour les essais de roulage.
- de vibrations du recul et de la rentrée en batterie ne se recouvrent.
- Pour obtenir la valeur de la pression dans le frein, on se sert d’un manomètre à ressort d’un type spécial. Par l’intermédiaire d’une pointe traçante, ce manomètre permet de relever sur une lame garnie de noir de fumée et fixée sur le berceau un diagramme des pressions aux différents moments du recul.
- Mesure des températures. — Il peut être utile de connaître les températures atteintes par le tube, à la suite d’un certain nombre de coups tirés à une cadence déterminée, notamment dans les tirs de résistance et dans les tirs de rapidité. Cette mesure s’effectue à l’aide de crayons fusibles. Ces crayons forment une gamme continue dont la température
- ceux destinés à vérifier la tenue en service des canons, des caissons et des munitions. Ces essais consistent à faire rouler le matériel sur des pistes, construites de manière à présenter des natures de sol variées et tous les accidents de terrain que l’on peut rencontrer en campagne et que le matériel doit pouvoir franchir sans avarie. Au fur et à mesure de l’allègement des affûts de canons et des caissons, recherché pour augmenter la mobilité sans diminuer la puissance, on a exigé des essais de roulage de plus en plus durs et de plus en plus prolongés. La distance parcourue est parfois de plusieurs centaines de kilomètres. Les pistes de roulage affectent des dispositions diverses. A l’usine du Creusot, nous trouvons un manège couvert, à sol empierré et pavé dans lequel les canons sont
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- attelés à des bras mus électriquement (fïg. 15). Aux usines Schneider d’Harlleur des pistes à ciel ouvert plus importantes présentent des sections de chaussée empierrée, de chaussée pavée, des fossés, des talus,
- Fig. 14. — Polygone d’Il arfleur.
- Piste de roulage : passage d’une voie ferrée.
- des voies de chemin de fer. Les canons et les caissons sont le plus souvent remorqués par une locomotive à laquelle ils sont attelés par un bras latéral. Nos figures 14 et 15 permettent de se rendre un compte assez exact de la violence des réactions subies par le matériel.
- La traction mécanique est d’ailleurs plus dure que la traction par chevaux : ce dernier mode de traction donne lieu à des essais spéciaux, soit sur les pistes de roulage, soit sur des routes, en particulier pour étudier la valeur des systèmes d’attelage et la limite du poids que l’on peut faire traîner aux chevaux sans entraîner une fatigue excessive de ceux-ci. Dans le même ordre d’idées, on
- fait subir des essais de portage sur mulets aux matériels de montagne.
- Cet exposé d’un certain nombre d’essais effectués dans les polygones des « Usines de guerre » est forcément à la fois incomplet et très sommaire. Iî permettra peut-être déjà cependant, de comprendre combien doivent être longues et méthodiques les études, combien il faut apporter de science et d’expérience pratique et de soins minutieux pour construire ces canons de tous calibres, que nous ne saurons trop accumuler sur notre front et sur ceux de nos alliés, pour doter ces canons de munitions aussi sûres qu’efficaces.
- Nous possédons aujourd’hui, soit dans les établissements de l’État, soit dans notre grande industrie les puissantes et délicates installations nécessaires pour résoudre ces complexes pro-
- blèmes : nos récentes victoires en Champagne donnent une nouvelle et réconfortante preuve de leur excellente réalisation.
- René Blaetot.
- LE PRINCIPE D’ORGANISATION
- La fameuse affirmation du professeur Ostwald : « L’Allemagne a découvert le principe d’organisation ; elle doit à cette découverte toute sa supériorité » a déjà fait couler beaucoup d’encre; elle nous a, en tout cas, rendu un fier service, en appelant notre attention sur une notion capitale, trop dédaignée jusqu’ici.
- En lait, l’Allemagne n’a rien inventé du tout, car le principe en question est aussi vieux que le monde. Il serait même, au dire du bon La Fontaine, connu des animaux. Sa fourmi a su, tout comme l’Allemagne, organiser ses approvisionnements; par contre, la cigale, après avoir chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. C’est précisément, à l’heure actuelle,
- notre malheureux sort ; cela mérite réflexion. Tâchons d’abord, si cela est possible, de nous débarrasser d’un préjugé. Le Français, né gobeur, se jette sur les clichés imprimés dans son journal, comme la grenouille saute sur le chiffon rouge accroché au hameçon. L’organisation, lui dit-on, nécessite la discipline, la discipline se confond avec le caporalisme prussien ; or, le Français a horreur de la tyrannie, il doit donc rejeter l’organisation. Pour faire sauter aux yeux l’absurdité de ce raisonnement, il suffit de le transposer et de dire : le raisin sert à faire l’alcool ; l’alcool sert à se griser, or, le Français a horreur de l'ivrognerie, il doit donc s’opposer à la culture de la vigne. Autant d’affirmations, autant d’inexactitudes. Si le raisin peut ser-
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- vir à faire du vin, il peut aussi être consommé à l’état frais. De même, si l’organisation nécessite parfois la discipline, elle se contente souvent aussi de la coopération volontaire. Quand des congressistes se groupent pour voyager à prix réduit, pour organiser des visites d’usine, impossibles à réaliser autrement, ils le font librement ; le caporalisme prussien n’a rien à voir en l’affaire.
- Après avoir fabriqué le vin, on peut le boire sans se griser ; bien des Français heureusement en sont encore capables. De même, on peut pratiquer la discipline sans excès, sans brutalité : nos compagnies de chemin de fer, nos usines et toute notre armée en donnent, Dieu merci, assez d’exemples.
- C’est enfin une exagération manifeste d’attribuer aux Français l’horreur de l’ivrognerie, si jalousement protégée par leurs élus. Ils n’ont malheureusement pas davantage l’horreur de la servilité. Il n’y a pas de pays, où le moindre chef de bureau, le plus petit sous-préfet fasse comme en France trembler les citoyens les plus éminents : savants, industriels et même officiers.
- Tout cela est un simple bluff. L’organisation est une bonne et belle personne; nous devons faire notre mea culpa de ne l’avoir pas fréquentée plus intimement dans le passé ; il faut se décider à faire sa connaissance et rattraper le temps perdu.
- Qu’est-ce donc que l’organisation? Son point de départ, comme le disait très justement notre confrère M. Branly, dans un récent interview, est la vision nette d’un but précis et bien délimité.
- La seconde étape est l’étude des moyens à mettre en œuvre pour atteindre le but poursuivi.
- La troisième est la réalisation de ces moyens reconnus nécessaires.
- Enfin, la quatrième et dernière, est la mise en action de ces moyens en vue d’obtenir le résultat cherché.
- C’est-à-dire au total, réflexion et action : réflexion en deux temps : le but d’abord, les moyens ensuite, et action en deux temps : les moyens d’abord, le résultat ensuite.
- Plutôt que de rester dans les abstractions et les généralités, je prendrai un. exemple concret; je rappellerai un souvenir qui m’est resté vivant dans l’esprit et m’a inspiré le culte de l’organisation.
- Il y a dix ans l’Association internationale pour l’étude des méthodes d’essais des matériaux de construction devait se réunir en Congrès à Bruxelles sous la présidence de M. Greiner, directeur des établissements Cockerill, à Seraing près Liège. M. Greiner avait accepté cette présidence avec une certaine hésitation, aurait-il le temps de s’occuper de son Congrès. Il dirige des usines comparables comme importance à notre Creusot. Grâce à une organisation parfaite, il les tient admirablement en main et trouve encore le temps, malgré ses 72 ans passés, d’être un homme du monde accompli. Il se décida, et nous donna rendez-vous à Bruxelles. Je me propose de raconter simplement l’organisation de ce Congrès.
- Un an avant la date fixée, M. Greiner fit un
- voyage à Paris, Londres et Berlin pour prendre contact avec les membres les plus actifs de l’Association. Lors de sa visite à Paris, il me posa la question suivante. « Tous nos Congrès doivent, d’après les statuts mêmes de l’Association, s’occuper des méthodes d’essais des divers matériaux de construction : acier, pierre, ciment, bois, etc. Mais chaque Congrès peut en outre avoir sa physionomie particulière, concentrer ses efforts sur tel ou tel point, préoccupant plus vivement à un moment donné l’opinion des ingénieurs. Quelles questions m’engagez-vous à mettre de préférence à Tordre du jour de nos réunions ? Quelles personnes croyez-vous disposées à prendre la parole ou à envoyer des communications sur ces questions? » Nous échangeâmes un certain nombre d’idées, mais nous tombâmes immédiatement d’accord sur la nécessité de faire masse dans un petit nombre de directions déterminées, d’éviter d’éparpiller les communications sur une infinité de questions différentes, sans aucun lien entre elles. Il acheva ensuite sa tournée d’interrogations, à Paris, Londres et Berlin. Un mois après, il nous envoyait la liste définitive des questions destinées à occuper une place prépondérante dans les discussions du prochain Congrès : essais à la bille de Brinell, essai au choc sur barreaux entaillés, décomposition des ciments à la mer, etc., et le sujet de la conférence d’apparat : La métallographie microscopique. Enfin, nous disait-il, je désire personnellement compléter ce programme par une innovation dont je voudrais faire le clou du Congrès de Bruxelles : la présentation aux congressistes et la mise en action sous leurs yeux des machines d’essais, dont il sera parlé dans les communications orales.
- La première partie de l’organisation, la vue nette et bien délimitée du but poursuivi était ainsi complètement atteinte. Passons maintenant à la seconde période de l’organisation : la recherche des moyens à mettre en œuvre pour arriver au résultat visé. Ne voulant pas entrer ici dans des détails trop nombreux, on se limitera à un seul point : la présentation des machines d’essais.
- M. Greiner m’écrivit : « Il y a plusieurs solutions à envisager pour la réalisation de ce programme. On pourrait, par exemple, s’adresser aux constructeurs de machines et leur demander de venir, comme dans les expositions, montrer leurs appareils et les faire fonctionner; mais cela est un peu banal et trop connu, j’aimerais mieux autre chose. On pourrait encore demander aux auteurs de communications d’apporter au Congrès les appareils dont ils se sont servis pour leurs études et de répéter devant leurs collègues les expériences citées dans leurs communications. Mais cela semble bien difficile à obtenir. La solution idéale serait de charger un ingénieur, bien au cou-^rant des méthodes expérimentales et possédant / l’esprit d’organisation, d’étudier la question et d’assumer la direction complète de cette partie du
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- Congrès, me déchargeant ainsi de tout souci de ce côté. Je désirerais autant que possible un ingénieur français, parce que vous avez inauguré dans ces dernières années des méthodes nouvelles et intéressantes, créé de beaux laboratoires d’essais. »
- Voici donc la seconde partie de l’organisation, la recherche des moyens à mettre en œuvre terminée; passons à la troisième partie : la réalisation de ces moyens.
- M. Guillet, alors directeur du laboratoire des usines de Dion et Bouton, aujourd’hui professeur à l’École centrale et au Conservatoire des Arts et Métiers, accepta la mission d’organiser la section des machines au congrès; M. Galopin, directeur du laboratoire de la manufacture d’armes d’Herstal (Belgique), voulut bien servir de collaborateur à M. Guillet pour l’installation sur place. Enfin les dispositions générales devaient être soumises à un comité consultatif composé deM. Mesnager, membre du comité directeur de l’Association, M. Saladin, ingénieur en chef au Creusot, M. Louis Le Chatelier, président du conseil d’administration de la Société française de constructions mécaniques et M. Henry Le Chatelier, professeur au Collège de France.
- Arrivons maintenant à la quatrième phase de l’organisation, la mise en action des moyens obtenus, c’est-à-dire à l’action personnelle deM. Guillet. Il dut réaliser de toutes pièces l’organisation de détail dont il était chargé et parcourir de son côté les quatre périodes normales de toute organisation, comme M. Greiner l’avait fait auparavant pour l’organisation générale du congrès.
- 1° Il fallait préciser le but à atteindre. L’idée générale était arrêtée, mais on pouvait la réaliser de bien des façons différentes. M. Guillet, pour donner plus de vie au groupement projeté des appareils, eut l’idée d’en faire un véritable laboratoire d’essai, fonctionnant normalement, c’est-à-dire acceptant les échantillons que lui remettraient les congressistes pour en déterminer les constantes. Les échantillons remis avant une séance du congrès seraient étudiés pendant la séance et à la sortie le propriétaire de l’échantillon recevrait une fiche lui donnant toutes les constantes mesurées.
- 2° Il fallait ensuite étudier les voies et moyens de réalisation. On choisit les essais les plus intéressants à mettre sous les yeux du public ; on élimina l’essai de traction trop connu de tous les ingénieurs et d’une réalisation difficile, en raison de la puissance des machines nécessaires, et on retint l’essai à la bille, l’essai de cisaillement, l’essai au choc sur barreaux entaillés, l’analyse thermique et la métallographie. On dressa alors la liste des constructeurs, des établissements scientifiques et industriels que l’on pourrait solliciter pour obtenir le prêt des machines nécessaires ; on chercha quels ingénieurs, chimistes, ou employés pourraient être chargés du fonctionnement sur place du laboratoire. On fit le devis des dépenses, on dressa le plan du laboratoire, etc.
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- 3° Le travail ainsi préparé, on fit les démarches utiles pour obtenir les concours nécessaires. Cela se fit rapidement et sans difficulté, en raison de la préparation antérieure. Les machines furent envoyées à Bruxelles et mises en place d’après le plan précédemment arrêté. Le congrès devait se réunir dans le palais des Académies à Bruxelles. L’entrée se fait par un grand passage voûté où donne un escalier monumental; c’est une sorte de salle des pas perdus. Le laboratoire fut installé des deux côtés de celte salle, de telle sorte que les congressistes passaient au milieu des appareils chaque fois qu’ils se rendaient aux salles de réunion, etc.
- 4° La quatrième phase enfin, c’est-à-dire la mise en action du laboratoire, se fit également sans accroc. M. Guillet s’était assuré le concours d’ingénieurs très expérimentés pour faire fonctionner les appareils, en expliquer le maniement aux visiteurs et effectuer les mesures demandées. M. Gunsbourg, ingénieur à la Société française de constructions mécaniques, M. Lucas, ingénieur au Creusot, M. Boudouard, préparateur au Collège de France et enfin M. Le Gris, photographe attaché aux laboratoires des usines de Dion et Bouton. MM. Guillet et Galopin s’occupaient de l’ensemble du laboratoire et recevaient les visiteurs de marque.
- Dès le premier jour, des fiches résumant les essais effectués furent remises dans les délais prévus; mais le lendemain le nombre des échantillons apportés fut si grand que le laboratoire se trouva débordé et les mesures promises ne purent être achevées qu’après la fin du congrès. Ce fut en somme un succès complet et ce succès fut la conséquence d’une bonne organisation.
- Revenons maintenant au congrès proprement dit. Un mois avant l’époque de sa réunion, M. Greiner écrivit à quelques-uns d’entre nous : a Vous seriez bien aimable de venir à Bruxelles 48 heures avant la date d’ouverture du Congrès, je voudrais causer avec vous de divers détails ; c’est à titre d’ami que je vous convoque, notre réunion n’aura rien d’officiel. » Nous nous trouvâmes là une douzaine d’ingénieurs de tous pays. M. Greiner nous demanda une série de renseignements confidentiels, utiles pour l’organisation finale de son congrès : quels seraient ^ les personnages importants de notre pays à recevoir et à honorer; quelles communications intéressantes à mettre en vedette; quelles personnes nommer présidents d’honneur pour les éloigner des fonctions actives, quels présidents effectifs choisir pour les différents groupes; quels orateurs étrangler en invoquant l’heure du déjeuner, etc. Nous arrêtâmes ainsi toutes les listes des présidents, secrétaires, le programme des différentes séances, etc.
- En sortant de là nous nous dîmes entre quelques amis : il n’est pas possible que ce brave Greiner ait tout prévu, il va falloir éplucher son congrès et tâcher de le prendre en défaut.
- Le lendemain, le Congrès s’oüvrit. Comment I allaient être acceptées les listes de présidents et de
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- 362 zz , : LE PRINCIPE D’ORGANISATION
- secrétaires préparées clandestinement? Qui prendrait l’initiative de les proposer? Rien de remarquable ne se passa, les nominations prévues se firent spontanément, par une sorte de consentement unanime, sans que l’on pût remarquer aucune intervention insolite. De même les communications se succédèrent en quelque sorte au hasard, mais le hasard fut favorable aux prévisions faites. Chaque personne et chaque chose se trouvèrent naturellement à leur place. M. Greiner ne s’occupait de rien. Une rose à la boutonnière, toujours galant avec les dames, il circulait, causait avec l’un et avec l’autre, comme un bon bourgeois qui a du temps à tuer et est heureux de Je faire en aimable compagnie.
- Si pourtant un agent de police avait suivi ses pas, il aurait remarqué ses colloques plus fréquents avec un petit monsieur tout rond, toujours courant, demandant à l’un si son lit était bon à l’hôtel, à l’autre s’il avait retrouvé des amis, au troisième si les communications étaient intéressantes. C'était l’aimable secrétaire particulier du président, M. de Gorsky, qui tissait autour de son chef une toile d’araignée dont les fils le reliaient à tous les points du Congrès et le tenait au courant de ce qui se passait.
- Malgré tous nos efforts, nous ne trouvâmes rien à critiquer. Cela me fut particulièrement pénible, au souvenir d’un congrès semblable tenu à Paris, où l’on avait eu l’idée géniale de s’en remettre, en fait d’organisalion, à l’agence Duchemin, dont les employés dirigeaient dans les excursions, les illustres étrangers que nous recevions, un bâton à la main, comme des toucheurs de bœufs conduisant un troupeau de bestiaux.
- Pour terminer, voici un dernier détail d’organisation de ce Congrès. M. Greiner nous prévint que le roi aurait beaucoup désiré donner une réception en notre honneur, mais qu’il était retenu loin de Bruxelles par les grandes manœuvres de l’armée belge. 11 reviendrait cependant le dernier jour du Congrès, pour donner audience à quelques-uns d’entre nous désignés par le président.
- À dix heures et quart, nous étions au palais pour l’audience fixée à dix heures et demie. On nous rangea de suite dans un salon, en cercle» à 1 m. de distance les uns des autres, dans un ordre fixé par avance. Le cercle présentait une solution de continuité regardant vers une des portes du salon. Notre président était le premier sur la coupure. A dix heures vingt-cinq, nous entendons une auto rouler dans la cour ; le roi arrivait des grandes manœuvres. À dix heures et demie, il faisait son entrée par la porte que nous regardions et s’avançant vers le président, il échangeait avec lui, à haute voix, quelques paroles aimables, comme on peut en dire en ces circonstances : félicitations pour les services que nous rendions à l’industrie et pour la valeur scientifique de nos travaux, remerciements de notre président pour la peine que le roi avait prise de venir de si loin nous recevoir. En tout trois minutes. La réception semblait terminée,
- c’était un peu court pour le dérangement occasionné à tout le monde. Mais le roi, entrant dans notre cercle, se mit à causer avec le voisin du président, conversation à voix basse, mais semblant très animée. Au bout de trois minutes, il passait au suivant et ainsi de suite, les conversations semblant toujours aussi faciles. Le roi des Belges nous connaissait sans doute tous, sauf moi pourtant. Que lui dirais-je bien^ J’entendis enfin la conversation avec mon voisin. C’était un ingénieur du génie maritime d’Espagne. Le roi lui demanda des nouvelles du roi et de la reine d’Espagne, il s’informa si la reine avait toujours le mal de mer; c’était bien malheureux de n’avoir pas le pied plus marin quand on avait un aussi beau yacht (ledit yacht avait I été construit sur les plans de l’ingénieur, son interlocuteur), puis la conversation s’orienta sur les qualités nautiques de ce yacht et le roi en discuta certains détails de construction, provoquant les répliques du constructeur. Toujours trois minutes. En m’abordant le roi me dit qu’il avait connu autrefois mon père (je crois que cela est tout à fait inexact). Ses études sur la contre-vapeur avaient rendu bien des services aux chemins de fer, il me félicitait de suivre la même voie. Mes études sur les ciments étaient tous les jours mises à profit par les fabricants belges. Mais mes recherches sur le grisou étaient peut-être plus populaires encore en Belgique Je ne savais peut-être pas que le corps des ingénieurs des mines belges avait installé à Frameries une station expérimentale pour l’étude des mêmes questions; je devrais aller la visiter, cela m’intéresserait. En fait, je la connaissais depuis longtemps et j’étais en relations personnelles avec les ingénieurs chargés de ces études. Sur ce terrain la conversation devenait très facile et aurait pu se prolonger longtemps. Mais elle fut coupée au bout des trois minutes réglementaires. J étais le dernier du cercle. Le roi nous salua, prit la porte et une minute après, il roulait de nouveau vers le camp. L audience avait duré 55 minutes. Mais ces 55 minutes avaient demandé des heures et même des journées d’organisation aux officiers du roi chargés de le documenter sur chacun de nous.
- Voilà donc trois exemples d’organisation fournis par M. Greiner, M. Guillet et le roi des Belges et ce sont la des exemples parfaits. Encore une fois, qu’est-ce que cela peut avoir à faire avec Je caporalisme prussien? En quoi peuvent se trouver diminués les officiers d’ordonnance du Roi, les collaborateurs de M. Guillet et nous autres qui avons apporté notre concours à M. Greiner? Je ne puis arriver à le comprendre.
- La vie dans un milieu organisé est belle et agréable, c’est la civilisation opposée à la barbarie. Si les Français d’aujourd’hui ne peuvent arriver à le comprendre, c’est qu’ils sont devenus réfractaires à tout sentiment d’élégance, ils n’ont plus le droit de se prétendre les héritiers des Grecs.
- IIejvry Le Chateliek,
- de l’Académie des Sciences.
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- LA NOUVELLE INDUSTRIE DU KAPOK
- Notre ami Henri Coupin a étudié ici même le Kapok au point de vue botanique('). Nous allons compléter son intéressant article en décrivant la nouvelle industrie textile, qui utilise comme matière première ce duvet soyeux, supérieur à la laine et au coton.
- Actuellement une cinquantaine d’exploitations récoltent à Java cette ouate végétale extraite des fruits de YEriodendron anfractuosum ou du Bombax Ceiba, tandis que cinq établissements seulement s’en occupaient, il y a une douzaine d’années. Le kapok javanais se présente sous la Forme de fils jaune clair, un peu soyeux, mesurant 15 à 50 mm de longueur. Au milieu des poils constituant la bourre, on trouve, quand on ne l’a pas égrenée, des graines de 25 à 50 mm de diamètre, de couleur brun noirâtre. En examinant ces poils au microscope, on voit qu’ils se composent de fibres unicellulaires de 15 à 50 mm de long, cylindriques sur leur plus grande partie ; leur paroi mince et lisse est légèrement cutinisée vers la base tandis que leur cavité remplie d’air leur communique une flottabilité très précieuse.
- Indépendamment de leur légèreté, les fibres du kapok possèdent une imperméabilité absolue à l’eau, imperméabilité due, d’après le Dr Galvel, à la présence d’une cire dont la membrane des filaments serait enduite. Selon M. Jean Mondamert de Saint-René, cette propriété tiendrait plutôt à la nature même de cette membrane qu’il considère comme une sorte d’ « huile solidifiée ». Quoi qu’il en soit, le kapok, par suite de son inaptitude à prendre l’eau et grâce à la facilité avec laquelle il sèche, ne pourrit pas. Il porte 50 à 55 fois son propre poids dans l’eau alors que le liège ordinaire soutient à peine 5 fois son poids. D’autre part, l’expérience a montré qu’un paquet de kapok qui portait 52 fois son poids, le jour de l’immersion, portait encore 26 fois son poids au bout d’un mois. Aucun autre végé tal connu ne possède une aussi grande flottabilité, qui semble l’apanage exclusif du duvet des Bombax.
- En raison de son élasticité et de sa légèreté, le kapok se prête admirablement au rembourrage des 1. La Nature, n" 2165 (27 mars 1915), p. 214-216.
- matelas ou coussins, emplois dans lesquels il remplace avantageusement la plume, la laine et le crin. Sa flottabilité le fait utiliser pour la confection des appareils de sauvetage tels que bouées, ceintures, etc.
- Généralement, on dispose les arbres à kapok à 5, 4, 5 ou 6 m. les uns des autres le long des routes, des plantations de caféiers et de cocotiers ou bien dans des champs, en les espaçant de 10 m. en tous sens (103 sujets à l’hectare). Bien qu’ils se reproduisent par bouture, on préfère les multiplier par semis, car ils poussent alors plus régulièrement. On les exploite vers 5 ou A ans à Java, à l’âge de 4 ou 5 ans en Indo-Chine. Au Cambodge, un Kapokier de 5 ans porte annuellement jusqu’à 400 fruits renfermant environ 7 gr. de bourre. La récolte se fait en avril et mai. Le plus souvent, les indigènes se contentent de ramasser les fruits mûrs tombés à terre, mais parfois ils les gaulent avec de longues perches de bambous terminées par un crochet et même ils doivent monter dans les arbres pour les atteindre. Les femmes et les enfants extraient le duvet des gousses et le mettent sécher au soleil sur des aires cimentées recouvertes de grillages afin que le vent ne l’emporte pas.
- Pour séparer la bourre des graines qu’elle a entraînées, on procède à Yégrenage qui s’opère à Java, à l’aide dé petits moulins en fer mus à bras. Chacune de ces machines fournit en moyenne deux piculs de duvet (122 kg 140) et nécessite quatre ouvrières. La graine constitue un déchet non négligeable, car elle renferme environ 20 pour 100 d’une substance oléagineuse qui s’emploie à Java pour falsifier l’huile d’arachide. Quant au duvet ainsi obtenu on le presse, puis on le met en balles, enveloppées de jute ou de paillasson. Ce pressage ne doit pas être trop accentué afin de ne pas détériorer les fibres qui perdraient leur élasticité.
- Dans les fabriques européennes, le nettoyage-égrenage s’accomplit dans une machine formée d’un cylindre en tôle de 1 m. 50 de longueur sur 0 m. 80 de diamètre (fig. 2). A l’intérieur se . trouvent des bras fixes montés sur les parois tandis qu’au centre tourne, à raison de 400 lours par
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- LA NOUVELLE INDUSTRIE DU KAPOK
- minute, un axe vertical portant des bras alternant avec les précédents. Par un double fond muni d’un grillage à sa partie inférieure et ménagé sur l’un des côtés de l’appareil, arrive le courant d’air d’un ventilateur. Gomme le montre une de nos vues (fig. 2) on peut ouvrir le cylindre suivant une de ses génératrices. Des ouvrières y introduisent le kapok qui subit le frottement des bras de l’égro-neuse. Au cours de la rotation, les graines tombent à la partie inférieure de la machine tandis que le duvet, chassé parla ventilation, sort par l’autre côté
- cédé réside en ce que les filaments préalablement ouverts et soufflés sur une carde, sont parallélisés entre les aiguilles de cette carde au moyen de brosses, qui, tout en réalisant le parallélisme des dites fibres, lès laissent entières et n’enlèvent rien à leurs qualités. Outre ce parallélisme, il produit aussi artificiellement la solidarisation des fibres qui ne comportent pas, comme la laine, de crochets naturels. Ce résultat s’obtient en soumettant la nappe cardée à un chauffage approprié, qui frise les brins et détermine leur enchevêtrement subséquent.
- Fig. 2. — Nettoyage, égrenage du kapok.
- où il passe dans une sorte de tarare qui finit de le débarrasser des dernières traces de matières étrangères.
- Il s’agit maintenant de convertir la bourre de kapok en nappes de différentes épaisseurs et largeurs pour l’obtention de l’ouate, ou bien en rubans qui constitueront le point de départ de la fabrication du fil. Jusqu’à présent, on n’avait pu y réussir parce que les machines à carder brisaient les fibres de kapok très ténues et les réduisaient plus ou moins en poussière.
- Après des essais infructueux poursuivis pendant plusieurs années, M. de Saint-René parvint à éviter ces inconvénients. Le principe essentiel de son pro-
- On verse le kapok préalablement égrené dans la trémie (fig. 4) qui surmonte deux caisses cylindriques 12,15, disposées l’une au-dessus de l’autre, communiquant entre elles et dans lesquelles tournent, en sens contraire, les bras 14, 15. Le kapok ainsi ouvert tombe dans une caisse inférieure 16, dans laquelle on injecte, par le tuyau 2 de l’air comprimé qui entraîne les filaments dans une buse 18, que termine une ouverture 19, de longueur correspondant à celle du tambour cardeur 4, mais de faible largeur. On peut remplacer les injecteurs 2 par des ventilateurs disposés en parallèle sur le circuit aérien. Les remous d’air produits de la sorte facilitent la répartition uniforme du
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- kapok sur touto la longueur du tambour cardeur. En outre, la buse 18 reçoit intérieurement des pointes disposées en quinconce, pour démêler les flocons du kapok.
- Les aiguilles de la carde possèdent une partie inclinée assez prononcée et sont plantées en quinconce sur une bande de tissu extrêmement souple et dans la formation duquel peuvent entrer des bandes de caoutchouc. La garniture de carde ainsi constituée est suffisamment flexible pour ne pas briser les fibres.
- Pendant l’insufflation du kapok, le tambour de carde 4 tourne lentement dans la direction d’inclinaison de ses pointes (sens inverse des aiguilles d’une montre) et cela à une vitesse angulaire appropriée. Après leur dépôt sur le tambour de carde, les filaments de kapok pénètrent entre les rangées d’aiguilles au moyen des brosses longitudinales rotatives 5, disposées à la périphérie et à la partie supérieure du tambour 4. Ces brosses 5 sont formées de préférence par des pinceaux en soies douces et flexi-
- cesser. L’écartement des brosses 5 de la carde 4 s’effectue au moyen d’un treuil formé par une poulie à gorge 24, fixée sur l’axe 22 autour duquel les segments 21 oscillent librement et qu’on peut faire tourner au moyen d’une manivelle 25.
- Contre le tambour 4 et diamétralement à l’opposé de la buse d’alimentation 18 du kapok, se trouve le peigne 6 s’étendant parallèlement le long dudit tambour et destiné à détacher la nappe de kapok pour l’étendre sur le tablier récepteur 7. Ce peigne se monte sur une barre, fixée elle-même aux extrémités de leviers pouvant osciller avec un axe 27 que supporte les coussinets fixés au bâti. Ce même peigne 6
- Fig. 3. — Machine à carder le kapok (vue en élévation).
- est soumis aux actions, d’uue part d’un ressort tendant à le maintenir éloigné du tambour 4 et, d’autre part, d’une came 28 qui tourne seulement, grâce à une transmission à chaîne, lorsque le tambour 4 se déplace en sens contraire.
- Après cetlë description de la machine à carder, , ^ son fonc t i o n n e-
- ment s’explique aisément (fig. 4).
- Lors du soufflage du kapok sur la carde, les brosse s 5 agissent
- Les axes de rotation de ces brosses sont* portés par des plaques segmentaires 21 (fig. 3), articulées entre elles par paires à chacune des flasques latérales du bâti 23 soutenant le tambour cardeur 4 et reliées entre elles par des tôles 17 qui, s’étendant longitudinalement au-dessus du tambour 4, constituent une sorte de chapeau au-dessous duquel se logent les brosses.
- Ainsi montées, les brosses 5 peuvent à volonté s’appliquer contre le tambour cardeur 4, ou s’en éloigner lorsque leur action sur celui-ci doit
- ger, entre les aiguilles de la garniture, les filaments et à les rendre parallèles entre eux. Il se forme ainsi une nappe dont l’épaisseur va en croissant au fur et à mesure que le tambour 4 s’alimente de kapok par sa rotation devant la buse 10.
- Pendant cette action de cardage, les flocons duveteux entraînés par les brosses, et qui se détachent du tambour cardeur, sont projetés par l’effet de la force centrifuge sous la tôle du chapeau porte-brosse 17, qu’ils suivent et tombent ensuite dans des récepteurs appropriés disposés aux extrémités dudit chapeau.
- Quand on juge l’épaisseur de la nappe suffisante,
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- LA NOUVELLE INDUSTRIE DU KAPOK
- on arrête le tambour 4, on éloigne les brosses 5 en agissant sur la manivelle 25 et on fait tourner le tambour 4 en sens inverse pendant un tour, à une vitesse angulaire plus faible que pour la marche avant, pour ne pas briser les fibres.
- Le peigne 6 est alors mis en marche et détache de la carde la nappe de kapok. On reçoit cette nappe sur un tablier sans fin 7, qui l’entraîne au-dessus du coffre 9 chauffé de toute manière appropriée à une température convenable. Les filaments qui avaient été mécaniquement ondulés, du fait de leur engagement entre les aiguilles quinconcées de la carde 4, se frisent sous l’action de la chaleur et s’accrochent mutuellement par leurs extrémités
- en ponctué sur le dessin fig. 5) et se trouve appliquée sur la nappe de kapok par les cylindres creux lamineurs 55 et 36, que guident des galets latéraux, 37, 38.
- Pour la réalisation des manœuvres précitées, le tambour 4 porte sur son axe, d’une part deux roues 40 et 41 de diamètres différents commandant, l’une les brosses 5 par l’intermédiaire de la chaîne 59, l’autre le peigne détacheur 6. En outre, la poulie 42 actionne le tablier sans fin 7 par une courroie croisée tandis que l’autre 43 agit sur les palettes 44 et 15 de l’appareil d'alimentation.
- Abordons, à présent, le filage du kapok qui dépend nécessairement du cardage. Sans celte opé-
- sans perdre leur parallélisme. En quittant le coffre 9, la nappe passe entre les rouleaux lisseurs et compresseurs 8, 10 qui lui donnent une certaine consistance.
- Pour permettre le transport facile de la nappe de kapok, on peut la placer entre les deux bandes 29, 5" (feuilles de mousseline, de papier, de tissu ou autre matière convenable) et provenant de deux bobines disposées, l’une 51 au-dessus, l’autre 32 en dessous du tablier transporteur 7. Si on le désire, on peut piquer ensuite la nappe ainsi enrobée ou la fixer par collage sur un support quelconque.
- Dans ce cas, la bande de mousseline ou la feuille de papier par exemple, provenant d’une bobine 33 vient en contact avec un rouleau encolleur 34 (tracé
- ration, en effet, pas de fil possible (fig. 5). On conçoit donc, d’après ce que nous avons dit plus haut, qu’on obtient aisément un fil, par le cardage tel que le pratique selon les procédés de M. de Saint-René, la Société industrielle du kapok, et c’est là ce qui différencie sa méthode de celles de ses prédécesseurs qui n’avaient pu réussir à parallé-liser les fibres. Après de multiples tentatives, cet habile technicien eut l’idée de s’adresser à un liquide qui, sans enlever à la fibre si ténue du kapok aucun de ses privilèges, lui permit de l’agglutiner et ainsi de l’allonger d’une façon presque illimitée, en même temps que de remplacer les crochets de la laine et du coton par une adhérence d’un poil à l’autre. Il put ainsi filer petit et gros fil avec une facilité très grande.
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- Une fois le fil obtenu, le tissage devient aise'. On a déjà expérimente' des tricots, des vestons flotteurs en tissus de kapok devant les délégués des Ministères français de la marine et de la guerre qui ont témoigné leur satisfaction à l’inventeur. De plus
- nombreux essais furent exécutés aussi en Angleterre et valurent à M. de Saint-René de précieux encouragements. L’avenir industriel de ce duvet végétal semble donc parfaitement assuré.
- Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26
- Préparation des nitrates alcalins. — La question des nitrates présente une actualité que chacun connaît. M. Le Chatelier avait été chargé au début de la guerre de trouver le moyen de préparer des nitrates alcalins en utilisant le nitrate de chaux fabriqué en Norvège. La question ayant perdu son intérêt national, il publie les résultats scientifiques du travail fait avec M. Bogitch. La rédaction chimique est très simple; mais la difficulté est de la réaliser pratiquement, en trouvant le moyen de filtrer le sulfate de chaux qui se forme en même temps et qui forme une pâte blanche compacte. Il a fallu arriver à faire cristalliser le sulfate de chaux en aiguilles volumineuses et, pour cela, chauffer en vase clos à 150°. Cette préparation du nitrate d’ammo-
- octobre 1915.
- niaque fournit un exemple typique du rôle prépondérant des phénomènes d’équilibre chimique et des retards aux transformations dans les opérations de chimie industrielle.
- Le procédé biologique de destruction des sauterelles. — M. D’IIérelle continue ses recherches sur un procédé de destruction des sauterelles basé sur la propagation artificielle d’une maladie causée par un cocco-bacille isolé d’abord au cours d’une épizootie naturelle au Mexique. En rassemblant des criquets morts et réduisant leurs cadavres en poudre, cette poudre délayée dans un peu d’eau et inoculée à des criquets sains détermine une maladie mortelle en 4 heures. Le procédé a déjà rendu de grands services en Tunisie.
- POUR LES AVEUGLES
- (La planchette scotographique).
- Ceux que, par un sort cruel, la guerre a plongés dans l’éternelle nuit, sont bien certainement les plus malheureux des êtres qu’elle a frappés dans leur intégrité. Cette affirmation contredit une croyance très répandue. Les aveugles, entend-on répéter, sont généralement gais, alors que les sourds sont tristes.
- C’est là une illusion. En société, l’isolement cesse pour l’aveugle, alors qu’il commence pour celui dont aucune voix ne frappe plus l’oreille. Mais le rapport se renverse dans la solitude. Relisons, de Rudyard Kypling, la Lumière qui s'éteint.
- Des bonnes volontés vont, aujourd’hui, en grand nombre, aux aveugles qui, hier encore, voyaient la lumière du jour. Du moins est-il bon qu’elles soient guidées, afin de s’employer utilement. Un petit livre leur servira beaucoup : Entre aveugles (*), où le Dr Emile Javal résuma la longue expérience acquise au cours d’une vie de fructueux labeur, dans une science dont il fut un des maîtres incontestés. Sen-
- 1. Un vol. in-12. Paris, Masson et G*°,
- tant sa vue faiblir, et lié conservant aucuné illusion sur le sort qui l’attendait, il utilisa les dernières lüeuts à préparer une existence qui ne fût pas trop décolorée. Puis, lorsque la cécité fut venue, il prit mieux conscience encore de ce qui pouvait lui causer peine ou joie, et c’est pour que son expérience servit à d’autres, qu’il écrivit ce petit livre, plus utile, hélas ! aujourd’hui que jamais.
- Car il l’écrivit de sa plume, grâce à un matériel qu’il avait imaginé, et dont l’emploi mérite d’être généralisé.
- Pour que l’aveugle puisse écrire sans le secours de personne, il faut qu’il possède un outillage spécial. Il peut toujours tracer la première ligne; mais les suivantes chevauchent entre elles ou laissent de trop larges espaces.
- La planchette scotographique évite ces inconvénients.
- Cetle planchette (fig. 1) est montée sur une glissière, qui la maintient par une sorte de crémaillère, jdans les dents de laquelle engrène un taquet poussé par un ressort. La glissière est
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- J66 Rue de Rennes Ffar/s
- Fig 1. — Planchette permettant aux aveugles d'écrire.
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- POUR LES AVEUGLES
- munie, à l’arrière, d’une armature où le scripteur appuie son coude. Sa plume est ainsi à une distance constante de l’extrémité de la glissière, et le papier vient s’y fixer de lui-même par des mouvements successifs, imprimés à la planchette à la fin
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- Frg". 2. — Spécimen de l’écriture du Dr Javal avant sa cécité.
- de chaque ligne, et qui la mettent en place pour la suivante. Une pince pour le papier est un accessoire indispensable. Pour la longueur de la ligne, le contact du petit doigt avec la planchette est un guide suffisant.
- Un œil averti reconnaîtra peut-être, au vu d’un document graphique, qu’il a été tracé à la planchette parce que les lignes présentent une légère courbure, dont le rayon est l’avant-bras du scripteur. C’est là un bien mince défaut.
- Il est intéressant de comparer les deux documents graphiques que présente nos figures 2 et 3. L’écriture, on le voit, esta peine modifiée. Elle conserve le caractère personnel qui est enlevé aux documents obtenus par des procédés plus mécaniques.
- La planchette fit, au Dr Émile Javal, un bon usage jusqu’à sa mort. Des hommes de moindre culture n’en tireront pas tout à fait le même parti. Il est utile, néanmoins, d’en proposer l’essai à tous les aveugles qui témoignent du désir de laisser eux-mêmes la trace de leur pensée.
- Car il est une recherche bien naturelle à la plupart des aveugles, celle d’être moins dépendants de leur ambiance, soit aient un réel besoin de conserver tout ce qui peut être sauvé de leur individualité, soit qu’ils désirent exonérer leur entourage d’une peine ou d’un labeur.
- Ceux qui partagent la vie d’un aveugle savent bientôt quelle douce joie on lui prépare, en se faisant le complice de ce besoin d’indépendance. Les sens qui restent à l’aveugle s’affinent, et, devenant, pour ainsi dire, des sens de remplacement, allègent la tâche de ceux qui veillent sur eux.
- À la promenade, ils sentent les obstacles de quelque dimension et savent les éviter.
- Mais s’il s’agit de monter sur un trottoir ou d’en descendre, un signe presque imperceptible d’une main appuyée sur leur bras les avertira de l’embûche.
- La conversation, en présence d’étrangers, renseignera l’aveugle sans qu’il y paraisse, et lui épargnera des questions rappelant son infirmité. C’est tout cela et bien d’autres choses, qu’il faut apprendre, et ce sont des appareils comme celui du I)r Javal qu’il importe de multiplier, si l’on
- 5.^Lut^<wa.(dta.^<MjLr-cnXcut^<ntT^.^KyÛA. {VI!')
- /.
- ^ 3>
- Fig. 3.
- Écriture du Dr Javal tracée avec sa planchette scotographique après sa cécité.
- qu’ils
- veut adoucir un sort malheureux, et rendre supportable, aux aveugles de la guerre, le grand sacrifice qu’ils ont fait à la Patrie.
- Cii.-Ed. Guillaume,
- Correspondant de l'Institut.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiuue, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2202. : -.....—... : H DÉCEMBRE 1915.
- LE COMMERCE DE LA LAINE PENDANT LA GUERRE
- Qu’on le veuille ou non, il y a aujourd’hui une question de la laine ; et personne ne le sait mieux que celles de nos ménagères qui tricotent pour nos soldats et se plaignent de trouver avec difficulté et de payer fort cher le fil qui leur est nécessaire. Et comme toutes se demandent les raisons de cette disette et de cette cherté, nous allons le leur dire.
- Causes qui ont amené le prix élevé de la laine.— Ces causes sont multiples et de deux ordres : provisoires et permanentes.
- Les provisoires tiennent toutes à l’état de guerre. L’envahissement momentané par l’ennemi de nos principales régions lainières de fabrication, l’anéantissement par suite des hostilités de quelques centres d’élevage importants, l’obligation de répondre aussi bien en France que chez nos alliés à une demande anormale de fils nécessaires à la fabrication des draps de troupe, ont amené de toute évidence une raréfaction des fils pour tricots qui sont passés au second rang et une surélévation de leurs prix.
- Mais ces causes disparaîtront avec la paix. 11 en est d’autres plus stables, qui tiennent à la cherté de la matière première elle-même, et pour l’explication desquelles nous devons entrer dans quelques détails.
- Ces détails se résument en quelque sorte dans cet aphorisme : la production indigène, étant insuffisante pour les besoins de l'industrie doit, être suppléée par celle des laines dites coloniales qui affluent en plus grande quantité sur nos marchés, et de cette importation absolument indispensable, il résulte que le cours des laines coloniales qui est en hausse commande celui des laines indigènes.
- Quelques chilîres précis fixeront les idées à ce sujet. Dans les dernières années précédant la guerre actuelle, la tonte française a été évaluée en moyenne à 55 500 000 kg, et comme la consommation de l’industrie de la filature et des spécialités secondaires "comme la garniture des matelas et des meubles en a exigé une moyenne de 240 millions de kilogs, il a bien fallu songer à importer le supplément pour permettre à nos manufactures de marcher. Ce supplément, on l’a trouvé dans deux
- sortes d’importations, les unes de laines fines et moyennes, fournies par trois pays « neufs » : l’Australie, la Plata (nom sous lequel on comprend dans l’industrie la République Argentine et l’Uruguay réunis) et le Cap ; les autres, de laines communes, provenant de l’Algérie et du Levant.
- Mais la grande place est ici occupée par les pays neufs. En 1912 par exemple, dernière statistique bien précisée avant la guerre, celle de 1915 n’étant encore que provisoire, les importations de laines australiennes en France ont été de 102 065 500 kg et celles de la Plata de 79 772 500, tandis que celles des pays d’Afrique et d’Orient n’atteignent que 6 550 500 kg. Atoutcela il faut ajouter 67105100 kg importés sur peaux qui ont été « délainées » dans la région
- de Mazamet.
- Or, toutes les laines coloniales ont haussé pour des raisons diverses : d’abord en raison, dans ces dernières années, de la stagnation de la production de l’Amérique du Sud et de l’extension de plus en plus étendue de la consommation industrielle de nos pays, puis, par le fait de la tendance qu’ont les contrées neuves dont nous parlons à restreindre l’industrie de l’élevage du mouton ; les unes, comme la République Argentine, parce qu’elles trouvent un profit plus grand à devenir agricoles plutôt que pastorales et qu’elles préfèrent d’année en année le blé, la prairie artificielle et la production de la viande à la plaine herbacée et sans limites où l’on ne produit que de la laine; les autres, comme tous les pays qui constituent l’Australasie, parce que l’élevage y est constamment à la merci des années de sécheresse diminuant d’un seul coup l’effectif des troupeaux dans des conditions inimaginables. Comme exemple de ce dernier cas, la sécheresse qui s’est exercée dans ces pays de 1895 à 1900 a fait tomber la statistique australienne des moutons de 100 millions de têtes à 71 millions; en 1908 elle n’était encore remontée qu’à 87 millions, et ce n’est qu’en 1910 qu’elle a pu se main-lenir, en y comprenant la production de la Nouvelle-Zélande, à 115450000, chiffre qui n’a progressé que très légèrement en 1911 (1 i6 190000) et en 1912(116 650 000).
- Fig. i. — Premier lot de brebis importées d’Argentine à Oklahoma City le 29 juillet dernier en vue de tenter l’élevage du mouton à laine aux États-Unis.
- 4-3“ Année. — 2° Semestre.
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- 350 LE COMMERCE DE LA LAINE PENDANT LA GUERRE
- L’industrie de la filature n’a pas seulement accru sa consommation en Europe dans ces dernières années, mais aussi dans les pays neufs. Elle s’est implantée notamment sur une assez grande échelle en Australie et au Cap, et cette absorption inattendue, jointe à la diminution d’une production difficile à remplacer, s’est continuée pendant la guerre. Pour faciliter les achats de l’industrie locale, des enchères publiques et périodiques de laines, fréquentées d’ailleurs par les importateurs européens, ont été établies à Sidney, Melbourne et Port-Elisabeth : les exportations en ont diminué d’autant.
- Nous avons d’ailleurs, à ce propos, un élément certain d’appréciation : ce sont les cours du marché à terme de Roubaix-Tourcoing, qui ne portent que sur les laines peignées coloniales. En prenant comme date extrême le cours du 1er août 1914, jour où ce marché a cessé en quelque sorte d’exister puisque l’invasion du Nord a eu lieu définitivement environ deux mois après et que la mobilisation a amené forcément un arrêt dans les transactions, et en comparant ce cours à ceux de la même date des années précédentes, nous trouvons 6,85 pour 1914 et seulement 6,30 pour 1913, 5,80 pour 1912, 5,90 pour 1911. Il y avait donc avant la guerre tendance à une hausse que les hostilités ont forcément accentuée, et c’est là un point que nous avons tenu à bien établir par les explications qui précèdent.
- “ Examinons maintenant un à un chacun des éléments dont nous venons de parler et passons successivement en revue ce que sont en France les laines de toisons et les laines de peaux et à l’étranger les laines dites coloniales. Nous terminerons cet article en examinant la question de savoir si la hausse a quelque chance, après la guerre, de faire place à une baisse générale sur la laine et les articles qui en dérivent.
- Les laines de toison de production française. — La laine qui, en France, doit être considérée comme d’une qualité notoirement supérieure à toutes est celle qui provient du type mérinos, acclimaté chez nous dans un certain nombre de départements. La toison du mouton qui la porte fournit un brin long, soyeux et fin ; son poids n’est guère inférieur à 3 kg et on l’a vu aller jusqu’à 14.
- De là à conclure qu’il y aurait intérêt à propager partout cette excellente race il n’y avait qu’un pas. Il a été franchi par quelques-uns qui ont commis, ce faisant, une erreur grossière. Le mouton mérinos, en effet, ne devient riche en laine que dans les pays où il peut s’acclimater sans contrainte ; transportez-le en Angleterre, dans les Flandres, en Bretagne, en Hollande, dans toute région humide et fraîche en un mot, il n’est plus à sa place et dépérit. A des pays de ce genre il faut des races spéciales et c’est ainsi que les Lincoln ou les Dishley qui sont les variétés anglaises de la race germanique, les Southdown ou autres représentants de la race des dunes, à toison plus ou moins rude mais se vendant
- fort bien, et qui conservent en outre leur aptitude à la production de la viande, ont été adoptées par la Grande-Bretagne qui y a trouvé son profit, et ne s’est servi des mérinos que pour certains croisements industriels jugés avantageux et qu’elle a pratiqués dans des stations généalogiques appropriées. De même les races d’Allemagne, d’Afrique et d’Asie, se sont adaptées à leur milieu.
- L’origine des mérinos français vient de ceux qui en 1776. ont été achetés en Espagne par Turgot : ceux-là ont servi de base à la variété de Bourgogne. D’autre part, le lot de reproducteurs acheté dix ans plus tard dans le même pays a été l’origine du fameux troupeau de Rambouillet qui a formé la souche des mérinos de Brie, de Beauce et du Sois-sonnais. Aujourd’hui on compte en France trois groupes de mérinos : celui de Champagne, Bourgogne et Lorraine, fournissant les meilleures laines ; celui du Yexin, de Brie, de Beaune et du Berry, produisant des laines de même type, mais de seconde qualité; et celui du Dauphiné et de Provence dont les toisons sont de troisième qualité.
- Comme dans les autres régions françaises il y a en quelque sorte impossibilité d’adaptation, d’autres races ont été élevées. Plus répandu que le mérinos est le type du Plateau Central, avec ses variétés d’Auvergne, de la Marche, du Limousin et de la Saintonge, dont on retire une laine à mèches pointues, sèche et cassante, blanche, noire ou rousse. Vient ensuite le type de petite taille du bassin de la Loire, fournissant les variétés berrichonne, solognote, comtoise, percheronne, angevine et bretonne, donnant une laine frisotée et de peu de longueur ; puis celle des Pyrénées, comprenant les variétés basquaise, béarnaise, landaise, gasconne, lauraguaise, des Causses, du Lot, de l'Albigeois et de l’Aveyron, donnant une laine grossière tachetée de brun ou de roux, et dont est dérivée une variété curieuse, celle du Larzac, uniquement élevée en vue de la production du lait pour la fabrication du fromage de Roquefort. Enfin on trouve encore sur les montagnes des Alpes et sur les collines de la vallée du Rhône les variétés de Millery, Sahune et Marthold, sujets errants du type sédentaire barbarin peuplant l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Cette diversité des laines indigènes est encore une des causes qui force l’industrie à employer des laines coloniales, dont elle trouve avec facilité de grandes quantités d’un seul type qui lui permet plus commodément d’unifier sa fabrication.
- La tonte d’un mouton — soit qu’elle se pratique à la mécanique, soit qu’on l’effectue à la main avec ces grands ciseaux que l’on appelle des forces et qu’on enfonce dans la fourrure d’un animal en éraflant souvent sa peau — se fait de façon à enlever la toison d’un seul coup, dos, têtes, pattes et queue, dont les brins collant ensemble par le suint conservent l’aspect de la bête. Mais, dans cette toison, les négociants en laine, voire même des fermiers, trouvent un très grand nombre de qua-
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- LE COMMERCE DE LA LAINE PENDANT LA GUERRE . 371
- lités : dans leurs magasins se fait ce qu’ils appellent le triage, autrement dit la séparation des diverses parties en qualités diverses, suivant la finesse du brin et la longueur de la mèche, différentes selon la place d’où on les enlève. La toison est étalée sur une claie en bois blanc et tout autour sont des paniers dans lesquels on jette les diverses qualités, au fur et à mesure qu’on les retire et qu’on distingue en extra-prime, prime, première, deuxième, troisième, quatrième qualités, pointes, abatspremiers, abats seconds, crotteux, rasons ou patelettes, têtards, colle-rets, etc. On subdivise encore ces qualités, dont plusieurs sont par similitude parfois réunies ensemble, en laines longues et fortes ou à chaîne et courtes et cassantes ou à trame.
- La vente des laines françaises par l’agriculture se fait de diverses manières et varie suivant les régions. Ne pou- F
- vant passer en revue toutes les façons de procéder, nous prendrons comme types deux territoires, la Champagne et la Bourgogne, sur les méthodes desquelles nous allons donner quelques indications.
- En Champagne, les toisons sont vendues soit en suint, c’est-à-dire telles quelles et à peine décrottées, soit lavées à fond, c’est-à-dire après qu’on a fail passer le mouton dans un étang ou une rivière et qu’on l’y a nettoyé : cette . opération qui fait perdre à la laine 40 à 50 pour 100 de son poids influe naturellement sur le prix de vente. Dans l’un ou l’autre cas, ces toisons sont roulées, liées avec de la grosse ficelle ou desliens de paille, et on les écoule de trois façons : 1° par les ramas-seurs, nom sous lequel on désigne les individus allant de ferme en ferme pour les enlever et les revendre au négoce ; 2° par les commissionnaires, qui font le même métier pour le compte des filateurs, 3° par la vente publique à la criée à la Bourse de Reims. Lorsqu’il s’agit d’achats à la ferme, le vendeur, après avoir visité le troupeau tondu, pour se rendre compte de l’état des animaux, examine les toisons disposées en tas, fait son prix et convient d’une gare expéditrice où le fermier doit conduire sa laine : c’est là qu’on pèse et qu’on règle, après un déjeuner offert habituellement par l’acheteur au vendeur. Quant à la vente publique, c’est un marché ouvert depuis 1891 à tous ceux qui
- viennent y apporter leur marchandise et qui fonctionne au dam des uns, à l’agrément des autres, suivant les hasards d’une vente dépendant de l’abondance des lots, de leur exposition plus ou moins avantageuse, d’une présentation plus ou moins favorable, etc. Le cultivateur vend au prix offert moyennant une commission au courtier vendeur, à moins qu’il ne préfère s’en retourner avec sa marchandise si le prix qu’il attend ne lui est pas offert.
- En Bourgogne, la façon de procéder est toute autre. La seule méthode que l’on y connaisse est à peu près la vente publique; mais celle-ci, instituée en 1906 par un syndicat par actions créé pour encourager l’élevage dans la région, s’est inspirée dans ses statuts, des intérêts du fermier avant tout. L’exposant envoie bien à ses frais, la laine au marché de Dijon, mais aussitôt une avance de 75 pour 100 en espèces lui est faite sur la base du cours moyen probable : on ne lui réclame que plus tard la commission du courtier vendeur et un intérêt de 6 pour 100 sur la somme avancée, mais il peut laisser ses toisons à la Bourse jusqu’à ce qu’elles soient vendues au prix qui lui convient et on lui prête les toiles d’expédition pour faire des balles de 30 à 40 toisons, en comptant à 1 fr. 35 pièce celles qui ne sont pas rendues. Les lots sont exposés en tas, portant un numéro correspondant à celui d’un catalogue de vente distribué par avance, les enchères se font à haute voix par 25 centimes dans l’ordre des lots et au kilogramme. Il est convenu que les toisons en suint, mêlées aux toisons lavées à fond, sont facturées à moitié prix de l’adjudication, et que tout lot peut être retiré s’il n’atteint pas la limite donnée. Le poids facturé est celui qui est constaté au moment même de l’achat. Le marché de Dijon existe toujours, mais celui de Reims a disparu, hélas! avec la guerre, ainsi que tous les centres d'élevage de la région. Déjà on se préoccupe de la reconstitution du cheptel champenois. Celui-ci est en effet séculaire dans la contrée; il suffit pour le constater de se rappeler cette historiette du temps des douanes intérieures : les moutons passant aux barrières étaient taxés à l’unité et plusieurs fermiers, qui d’ailleurs se firent prendre, voulant frauder un mouton par chaque centaine, donnèren
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- naissance à cette époque au dicton irrévérencieux qui veut que 99 moutons et 1 Champenois fassent 100 bêtes. Pareille appréciation ne saurait s’appliquer aux intelligents éleveurs de cette région.
- Les laines de peaux. — Celles-ci sont importées sur peaux en France, principalement par Bordeaux, et notamment expédiées dans le Tarn, à Mazamet et dans les localités environnantes (Saint-Amans, Labastide, Lacabarède, Labruguière, etc.) où elles sont industriellement retirées du cuir par l’opération du délainage. La peau ainsi dépouillée, dite cuirot, est envoyée pour être tannée à 8 km de Mazamet, dans la petite localité de Graulhet, d’où elle revient pour être vendue au centre d’où elle est partie.
- Il ne nous est pas possible d’entrer dans le détail des opérations du délainage. Le procédé le plus en usage, dit à réchauffe, en comprend dix qui portent les noms techniques de : trempage, sabrage, retrempage, étuvage, méjanage, pelage, séchage, classement des cuirs, lavage des laines et emballage. Le principe consiste à soumettre la peau en laine humidifiée à la chaleur d’une étuve dite « échauffe » et d’en détacher la fibre par raclage à l’aide du « couteau à peler ». Mais il est d’autres méthodes, comme par exemple le traitement à l’eau de chaux, dit déchaulage. Les laines enlevées du cuir sont dégraissées au carbonate de soude et au savon et livrées au commerce absolument dessuintées; mais, contrairement à ce qui se passe dans les peignages du Nord, où le suint qui en provient est calciné et sert à produire une « potasse de suint » très estimée pour la fabrication du savon, celui-ci est ici complètement perdu et jeté à la rivière dont il accentue la pollution.
- L’industrie du délainage a pris à Mazamet même dans ces dernières années une extension extraordinaire. Les arrivages de peaux de mouton a la gare de cette ville, qui n’étaient en 1880 que de 8 700 000 kg, ont été en 1904 de 54911 460 kg, en 1908 de 41 851 050 et en 1912 de 57 575 187 kg. Les laines délainées sont employées dans les filatures du pays et exportées en Angleterre, Russie, Italie, etc. D’autre part, des comptoirs d’achats de peaux ont été établis par les gros délaineurs. Maza-métois à Buenos-Ayres, Baliia, Montevideo, Sidney, Melbourne, Adélaïde, etc.
- Les laines coloniales. — Le principal marché est celui de Y Australie dont nous nous occupons seul dans les limites de cet article. Non seulement l’élevage du mouton y a prospéré, comme nous l’avons dit, mais des sociétés locales, notamment la Aus-tralian Sheephreeders Association, ont aidé à cette prospérité en instituant à époques périodiques des concours de reproducteurs dont les lauréats, vendus aux enchères, y obtiennent les prix les plus élevés. On cite toujours comme très remarquable la vente de 1885 dans laquelle un bélier primé, sir Thomas, fut acheté 5150 guinées ou 85000 francs.
- Le propriétaire d’un troupeau porte dans le
- pays le nom de squatter et se trouve à la tête d’un certain nombre d’hectares de prairies, loin de la côte, dans ce qu’on appelle le bush, auxquels on donne le nom de station. L’importance des troupeaux est variable, mais ceux de 500, 600 et 700 000 têtes sont communs et il y en a de 1 200 000. Les bêtes à laine y sont parquées sur de vastes étendues entourées de clôtures, gardées et entretenues par un personnel absolument hiérarchisé, où l’on commence par être general useful, pour passer ensuite bousidary rider, shepherd, station hand, overseer et enfin manager. Le croirait-on? l’ennemi le plus redoutable du mouton est le lapin, importé en 1862 sous prétexte que le gibier était rare en Australie, mais qui s’est multiplié depuis dans des conditions telles qu’il est devenu aujourd’hui une véritable vermine, mangeant l’herbe et forçant le mouton à mourir d’inanition.
- Il serait curieux, mais trop long, d’énumérer tous les procédés par lesquels on a essayé de s’en débarrasser : contentons-nous de dire que lorsqu’on en a diminué le nombre, les destructeurs ont eu à subir les sévices des exportateurs de peaux de lapin ; et la lutte dure encore.
- La tonte du mouton se fait sous de vastes hangars couverts en tôle, supportés par des pieux h quelques mètres du sol, au-dessus d’un plancher à claire-voie, ouverts sur le côté et pouvant abriter environ 2500 bêtes. Les tondeurs {shearers) payés 25 francs les 100 moutons enlèvent la laine à l’aide d’une tondeuse à air comprimé (sheep shearing machine). A côté des tondeurs opèrent des trieurs, classeurs, magasiniers, presseurs de balles, etc., c’est toute une fourmilière en travail qui fonctionne en plein désert rural. Les moutons dont on a obtenu un certain nombre de tontes sont considérés comme viande à abattre et exportés à l’état de produit congelé en Angleterre et en Amérique. Une flottille spéciale, comprenant plus de 100 navires, a été aménagée sur les côtes australiennes : les plus grands bateaux embarquent 70 000 carcasses; le point le plus important pour eux est d’éviter les tropiques.
- Quant aux laines, elles sont exportées à Londres et vendues aux enchères dans un grand bâtiment (Wool Exchange Building) situé 25, Coleman Street, dans la Cité. Ces ventes se font 4 fois l’an, chacune durant un mois, et tous les filateurs de l’Angleterre et du continent y ont des représentants. Un certain nombre d’industriels oependant exportent directement de l’Australie à leur usine.
- Comme nous l’avons dit, les laines australiennes sont avec les sortes argentines et celles du Cap les seules laines coloniales proprement dites. Depuis quelque temps, les États-Unis tentent l’élevage chez eux, ils ont récemment importé dans ce but dans la région d’Oklohama City des lots importants de moutons argentins, mais leurs essais n’ont pas jusqu’ici donné de résultats significatifs.
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- MATURATION DES DATTES ET DES BANANES . 373
- Le prix de la laine baissera-t-il après la guerre? Il n’est pas possible, sur une pareille question, de donner un avis absolu; mais tout porte à croire que la hausse se maintiendra. Peut-être un certain tassement, voire même un léger fléchissement, pourront-ils momentanément se produire par suite de la disparition des causes provisoires que nous avons nommées plus haut, mais comme les consommateurs de laines coloniales devront, faute de mieux, continuer à s’adresser aux mêmes sources, les causes permanentes indiquées ci-dessus exerceront encore leur influence.
- pays neufs, pourra se faire et se fera vraisemblablement dans des conditions telles que le développement de la production ne corresponde plus à un moment donné à celui de la consommation.
- Fig. 5. — U industrie du délainage à Mazamet. Le raclage des peaux étuvées pour en enlever la laine.
- Joint à cela, le développement incessant de l’industrie lainière de la filature, non seulement dans les vieux pays industriels, mais aussi dans les
- MÉTHODES POUR HÂTER LA MATURATION DES DATTES ET DES BANANES
- Fig. 4. — Un atelier de triage de la laine.
- Enfin, un facteur dont nous n’avons pas encore parlé, mais dont l’influence sur le prix des produits ruraux est indéniable, pourra intervenir et exercer son action : nous voulons parler del’ augmentation croissante de la production de l’or dans le monde,et cet afflux soudain et considérable du métal jaune, pour des raisons bien connues que l’économie politique nous enseigne, ne saurait manquer, s’il continue, d’exercer son effet sur le prix de la laine. Alfred Renouard.
- D’après un agronome américain, M. A.-G. Yinson, on peut, en recourant à un procédé — qui paraît constituer, en fait, un véritable forçage — accélérer la maturité des dattes au point qu’en moins de 5 jours on transforme une datte non encore mûre en un produit parfaitement commercial. La méthode, à vrai dire, n’est pas sans présenter quelque analogie avec la pratique employée, dans le même but, par les Arabes, laquelle consiste à entourer le régime de dattes d’un linge imbibé de vinaigre. Mais dans la méthode de M. Yinson, on soumet les régimes de dattes à l’inlluence de vapeurs d’acide acétique pendant douze à quinze heures. Au bout de ce temps, les fruits deviennent translucides et,
- dès lors, ils mûrissent naturellement, sans qu’on s’en occupe davantage. La chaleur et la lumière accélèrent la maturation; la saveur du fruit est excellente, et la maturation égale, ce qui n’est généralement pas le cas lorsqu’on laisse la nature agir seule.
- L’intérêt de ce procédé résiderait dans la possibilité d’expédier des fruits verts et de les faire mûrir une fois arrivés dans les centres de consommation. La datte mûre est un fruit très fragile, supportant mal le transport; elle se détériore vite, perd de sa saveur par i’inversion du sucre dont elle est le siège, inversion due à la libération d’un ferment, une invertase, au moment de la maturation.
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- LE RÔLE DES PRÉOCCUPATIONS MILITAIRES
- DANS LES PROGRÈS DE LA MÉTALLURGIE DE L’ACIER
- La guerre est parfois un puissant levier d’action sur les progrès scientifiques et techniques. Ainsi La Nature a rappelé, en son temps, combien les guerres de la Révolution et de l’Empire avaient été fécondes en inventions scientifiques.
- poser la typographie par le jeu des touches d’un clavier ; il découvre une nouvelle manière d’oblitérer les timbres-poste; enfin il met au point un procédé pour fabriquer mécaniquement les poudres à bronzer, la seule de toutes ses inventions qui lui rap-
- Fig. i, — Fabrication de l’Acier Bessemer à Shefjield (Angleterre) gravure extraite de La Nature, 1880, t. I, p. 169.
- L’histoire des progrès de la métallurgie moderne de l’acier est à ce titre bien curieuse à étudier. Sans prétendre entrer dans le détail des fabrications diverses d’aciers à canon et d’aciers à blindage, nous voudrions donner quelques renseignements sur la façon dont furent réalisés la plupart des progrès dans l’aciérie moderne depuis qu’elle joue un si grand rôle en technique militaire.
- Lorsqu’il s’agit de l’histoire moderne de l’acier, le nom de Sir Henry Bessemer se présente de suite à l’esprit. Bessemer est bien le type de l’inventeur-né. Dans sa jeunesse, il improvise en imaginant force détails des procédés de moulage, de fonderie, de galvanoplastie.
- Il fait ses débuts de technicien en inventant un procédé pour l’impression du velours de Gênes ; puis il combine une des premières machines à com-
- porte enfin de jolis bénéfices. Pendant les loisirs que lui laisse l’exploitation de son industrie, il élabore des projets pour la fabrication des verres d’optique, pour l’extraction du sucre des cannes... et enfin, au moment de la guerre de Crimée, il imagine un nouveau système de mortier lançant un obus à ailettes, lesquelles en pénétrant dans l’air, devaient faire tourner le projectile sur lui-même en régularisant sa trajectoire (fig. 2). Mais les officiers d’artillerie commis à l’effet d’examiner l’obus Bessemer, et se défiant sans doute de cet inventeur touche-à-tout, l’éconduirent en assurant que l’invention est admirable... mais pas pratique, le métal des canons n’étant pas suffisamment résistant pour permettre le lancer du nouveau projectile.
- Notre inventeur ne se décourage pas pour cela! La fonte étant plus dure que le bronze, il fera un
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- LES PROGRES DE LA METALLURGIE DE L’ACIER
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- canon en fonte, qu’il cherche par ailleurs à durcir davantage en faisant barboter de l’air dans la masse fondue. En 1851, il prend un premier brevet, ensuite suivi de beaucoup d’autres, il fait de nombreux essais... et, au lieu d’obtenir une fonte extra-dure, obtient un acier forgeable et malléable : l’acier Bessemer qui devait rapporter à son promoteur une notoriété universelle et une cinquantaine de millions, dont un certain nombre servirent à des essais moins heureux d’autres inventions.
- Remarquons d’ailleurs que l’acier fabriqué par Bessemer se trouva tout à fait impropre au moulage des canons. On en fit surtout des rails, des poutrelles et des tôles. Aussi l’inventeur abandonna-t-il son projet de nouvel obus. Mais il n’est pas moins vrai que Bessemer découvrit un procédé qui devait bouleverser la métallurgie de l’acier, préoccupé qu’il était par un projet tout militaire.
- D’autres métallurgistes que Bessemer devaient trouver d’ailleurs bientôt le moyen de couler en acier les plus gros canons, puis n’importe quelles grosses pièces de machines. Et ceci provoqua indirectement de nouveaux progrès dans la métallurgie de l’acier. Du-puy de Lomé avait, en effet, proposé en d845 de « cuirasser » des frégates avec des tôles superposées de manière à atteindre une dizaine de centimètres d’épaisseur, et la superbe résistance des premiers cuirassés au bombardement des batteries russes de Kim-burn (1855), avait prouvé l’efficacité du cuirassement. Mais la protection des navires était effectuée uniquement avec des plaques de fer. Or, en 1876, après la création des canons de 100 tonnes, les cuirasses en fer devinrent absolument inefficaces, force, fut de recourir à l’acier. C’est le début de la célèbre lutte entre la cuirasse et l’obus, lutte pacifique entre les grands métallurgistes du monde, qui devait être marquée par un progrès continuel donnant momentanément l’avantage tantôt à l’attaque, tantôt à la défense.
- Les premières cuirasses marines conçues à cette époque étaient en métal compound fabriqué surtout en Angleterre par le procédé Wilson : on coulait de l’acier Martin sur des plaques en fer, le tout étant laminé ensemble. Ainsi étaient obtenues des parois très dures à la surface pour résister aux projectiles et cependant non cassantes, à cause du fer sous-jacent. Toutes proportions gardées, il s’agissait de pièces semblables à celles usinées en construction automobile par exemple, avec du fer que l’on acière
- ensuite superficiellement par cémentation. D’ailleurs la cémentation devait être ensuite employée pour aciérer les plaques de blindage de manière progressivement croissante en allant d’un côté à l’autre : c’est l’acier luirweyé baptisé ainsi du nom de Harwey, le technicien américain, qui obtint le produit aux aciéries Carneggie (189d). Les plaques métalliques sont ainsi transformées par long chauffage dans des fours spéciaux, la face à cémenter étant soumise à l’action d’un lit de charbon, on a celle d’un courant de carbures d’hydrogènes gazeux.
- Les aciers à cuirasses devaient être ainsi constamment perfectionnés non seulement parce que les canons pouvaient résister aux efforts de charges de plus en plus grosses, d’explosifs de plus en plus puissants, mais parce qu’on fabriquait les obus avec des nouveaux aciers d’une dureté auparavant
- Fig. 3.
- Etapes successives de la forme des convertisseurs (D’après les brevets de Bessemer.)
- inconnue. C’est ainsi que, vers d880, furent « lancés » les projectiles en acier au tungstène, qui devaient perforer, comme en se jouant, les meilleurs blindages alors connus : au polygone de Gavres, ils traversent une cuirasse épaisse de 40 cm sans se déformer! On crée ensuite des projectiles en acier chromé, de semblable dureté (une mince tôle pour abri d’affût résiste à un effort de dOO kg par milli-j, mètre carré). Aussitôt les métallurgistes d’essayer ces aciers spéciaux pour la confection des blindages. Les techniciens luttent sans se connaître, cachant leurs secrets et Lâchant de pénétrer ceux de. la concurrence. Leurs batailles sont les concours internationaux ouverts par les puissances à propos d’adjudication de fournitures militaires ; et les historiens du blindage citent sans cesse les lieux de polygones d’essais : Gavres en France, Meppen chez Krupp, Annapolis aux États-Unis... absolument comme les historiens citent les noms de lieux où l’on s’est battu!
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- LES PROGRES DE LA METALLURGIE DE L’ACIER
- Les aciers au nickel, contenant 0,5 pour 100 de carbone et 3 pour 100 de nickel incorporé au fer liquide à l’état d’oxyde, très durs, très tenaces, non magnétiques et qu’on utilise par ailleurs pour faire des arbres d’hélice, des tôles de chaudières, etc., furent d’abord employés; aux essais d’Ànnapolis (1890), ils détrônèrent le com-pound. Mais si le nickel diminue la fragilité de l’acier, il n’augmente pas assez sa dureté; pour pallier cet inconvénient, les usines de Saint-
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- 80-75 70-65-60 -55" 50-
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- Fig. 4. — Influence de l’addition des divers métaux sur la résistance de l’acier.
- Ghamond lancent, en 1891, les blindages en acier nickel-chrome, puis les blindages en acier nickel-tungstène. Ces aciers spéciaux peuvent d’ailleurs être harveyés, ce qui en améliore encore les .qualités. On peut améliorer d’autant plus ces qualités par cémentation, que les aciers au nickel peuvent contenir plus de carbone que les aciers ordinaires sans devenir trop cassants : on peut de la sorte obtenir des aciers très durs, et les faire travailler près de leur limite d’élasticité. Toutes sortes de combinaisons sont possibles en raison même du nombre des « petits métaux » maintenant employés alliés à l’acier (fig. 4). Parallèlement aux progrès réalisés dans l’obtention d’aciers à propriétés spéciales, on ne cesse point, bien entendu, de réaliser des progrès mécaniques de toutes sortes, permettant la fabrication de produits parfaitement homogènes, en plaques pesant jusque 100 000 kg, voire davantage.
- Tous ces progrès furent difficilement acquis. Il fallut entreprendre des essais extrêmement coûteux étant donnée la nécessité de préparer pour les essais des masses considérables de chaque type d’alliage, et très longs à cause de la difficulté des recherches. « Un fabricant d’aciers spéciaux, écrit M. H. Le Chatelier, après avoir fait dans ses usines un grand nombre d’essais industriels, se trouve absolument désorienté par la discordance des résultats. La trempe augmente la dureté d’un acier, elle en adoucit au contraire un autre. Le chrome diminue dans un cas les allongements, les augmente dans un autre.... Dans le travail des usines, le ferro-nickelà 25 pour 100 de nickel avait d’abord semblé infiniment capricieux et n’obéir à aucune règle
- fixe ; il se montrait tantôt dur et fragile, tantôt malléable sans aucune raison discernable.... » En de semblables conditions, il n’était qu’un moyen de parvenir à vaincre tant de difficultés : étudier scientifiquement le problème. Aussi voit-on les grands établissements métallurgiques s’attacher de véritables savants, dont les publications et les découvertes sont d’importance comparable, même au point de vue science pure, à celles des plus notables professeurs. Les noms d’Gsmond, de Charpy par exemple sont intimement liés aux noms du Creusot et de Montluçon. Et la découverte, puis le rapide essor de la métallographie microscopique furent provoqués par les préoccupations en quelque sorte indirectement militaires.
- Autre possibilité de progrès due à ces mêmes causes : non seulement la guerre et la ma-m rine achètent par quantités énormes, mais elles n’hésitent pas à payer très cher n’importe quel acier dont les propriétés sont jugées suffisamment importantes. Ainsi Berthier avait fabriqué, dès 1820, des aciers chromés, par un procédé identique en principe aux méthodes modernes, et cependant ses travaux n’avaient eu aucune conséquence pratique, parce que le chrome était regardé
- comme d’emploi impossible en aciérie à cause de son prix très élevé. Pour faire des obus, au contraire, on peut employer le chrome, le tungstène, le vanadium et autres métaux rares; le prix de vente est assez rémunérateur.
- En se lançant dans cette voie, les métallurgistes sont parvenus à faire toutes sortes d’aciers à outils et d’aciers à machines destinées
- Fig. 5. — Le premier appareil industriel de Ressemer.
- plois a civils ». Mais encore les praticiens furent-ils souvent longs à se rendre compte de l’économie procurée par l’usage de ces aciers très chers. Et s’ils n’avaient eu que ce débouché en vue, les métallurgistes n’auraient vraisemblablement pas réalisé, dans la technique des aciers spéciaux, les ^ étonnants progrès maintenant acquis.
- A. Chaplet.
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- LES ANIMAUX QUI CONSTRUISENT DES TRANCHÉES
- La disparition de l’armée allemande dans le sol
- — une singulière manière de prouver qu’elle est « über » ailes — n’est pas un des faits les moins curieux de la singulière guerre que nous subissons du fait d’un peuple qu’une longue préparation a rendu évidemment très fort, mais qui, en l’espèce, manque un peu de panache (à l’avis, du moins, des nations restées chevaleresques) Sans vouloir nous appesantir sur la philosophie de la chose
- — les années à venir s’en chargent — contentons-nous, dans notre modeste sphère, de constater que non nombre d’animaux ont des mœurs analogues, mœurs qui,
- celui des Taupes, qui sont passées maîtres dans l’art de creuser le sol et de se dérober à la vue. Elles sont aidées dans le cheminement sous terre par leurs larges pattes de devant, garnies d’ongles puissants, qui agissent à la fois comme des pelles, des
- pioches et des râteaux. Qu’on en retire une de son repaire et qu’on la place sur la terre, elle creuse si vite le sol qu’elle y disparaît en un clin d’œil, puis établit un système de canaux souterrains très compliqués auprès desquels les « boyaux » de nos ennemis ne sont qu’un jeu. Vouloir l’y poursuivre est une chose très difficile et il ne faut rien moins
- Fig. 2. — i. Terrier à une seule enlree de la mygale de France.
- 2. Terrier à deux entrées de la Stothis astuta; 3. Terrier à trois loges de la Rhytidicolus structor
- [République Argentine)•.
- de même que pour les Germains, sont une des formes de la lutte pour la vie.
- Ces animaux fouisseurs appartiennent à tous les groupes du règne animal, depuis les plus élevés en organisation jusqu’aux plus humbles. Les Mammifères y occupent une place importante, aussi bien chez nous que dans les autres pays. Parmi les premiers, l’exemple qui vient tout d’abord à l’esprit est
- que la longue pratique des taupiers pour y arriver. La Taupe ne se contente pas d’établir des galeries rustiques ; en certains endroits, elle se ménage un « donjon » qui lui sert de quartier général. D’après ce qu’en dit Blasius, à l’intérieur du donjon, se trouve line chambre arrondie, de 8 à 10 cm de diamètre, servant de lieu de repos. Elle est entourée de deux conduits circulaires concentriques, disposés,
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- l’externe sur le même plan que la chambre, dont il est éloigné de 15 à 25 cm, l’interne sur un plan un peu plus élevé. De la chambre partent trois conduits qui, se dirigeant obliquement en haut, s’ouvrent dans le couloir circulaire interne; celui-ci se relie avec le couloir circulaire externe par cinq ou six couloirs obliques descendants, alternant avec les pri miers. De celui-là parlent huit à dix conduits rayonnants, alternes avec les couloirs précédents ; ils vont dans toutes les directions et suivent une courbe pour s’ouvrir dans le couloir principal. Un couloir de sûreté descend de la chambre, se recourbe en haut et vient aboutir au conduit d’aération.
- Les parois du donjon et des galeries sont épaisses, fortement comprimées et lisses.
- Dans la chambre, se trouve un lit rembourré de feuilles, d’herbes, de jeunes plantes, depaille, de fumier, de radicelles, que la Taupe a ramenés en grande partie de la surface de la terre. Si le danger la surprend par en haut, elle repousse cette couche et descend.
- Si elle est attaquée de côté ou par en bas, quelques-uns des couloirs communiquant avec le couloir circulaire interne lui restent ouverts.
- Le Renard, quoique plus avide du plein air, passe aussi une partie de son existence, surtout durant le jour, dans un terrier qu’il a creusé dans un endroit favorable et, souvent aussi, qu’il a « chipé » à un autre animal pour n’avoir plus qu’à l’aménager suivant son point de vue. Ce sont, en général, des chambres profondes, se ramifiant et aboutissant à un vaste cul-de-sac. Les chambres sont disposées autour du terrier principal, qui a une profondeur de 3 m., un périmètre allant jusqu’à 15 ou 20 m. et un donjon d’un mètre de diamètre; les galeries communiquent les unes avec les autres par des couloirs transversaux et ont diverses ouvertures servant en cas de fuite.
- Le Blaireau cherche aussi sa sûreté dans une existence presque souterraine. Comme le ditErehm,' la force dont il est doué lui permet de creuser la
- terre avec une rapidité surprenante; en quelques minutes il est complètement enseveli. « Ses pattes de devant, vigoureuses, à doigts complètement réunis et armés d’ongles solides, lui sont d’un grand secours. Quand la terre qu’il est obligé de déplacer l’arrête, il s’aide de ses pattes de derrière et la rejelte loin de lui; mais à mesure que l’œuvre avance, ces moyens sont insuffisants ; il marche alors à reculons, balayant ainsi toute cette terre et la jetant au dehors. De tous les animaux qui habitent des terriers, le Blaireau est celui qui donne à son habitation la plus grande étendue, et qui prend le plus de précaution dans l’intérêt de sa sûreté. Les couloirs ont tous de 7 à 10 m. de long, et leurs ouvertures sont éloignées d’une trentaine
- de pas l’une de l’autre; le donjon est à une proforldeur d’un mètre et demi sous terre ; s’il est sur une pente rapide, cette profondeur se trouve quelquefois être de 4 à 5 m. ; mais, dans ce cas, il y a à peu près régulièrement quelques conduits qui y aboutissent verticalement et qui servent à la ventilation. »
- Le Hamster creuse aussi à merveille en s’aidant de ses pattes et même de ses dents; il rejette la terre en arrière de lui et, quand la quantité en est suffisante, il marche à reculons pour la repousser jusqu’à l’orifice. Le Lapin, chacun le sait, vit de même en partie dans des terriers qui consistent chacun en un donjon d’où partent des nombreuses avenues étroites et enchevêtrées. La Marmotte, malgré son aspect lourd, est non moins habile à creuser; ses galeries, si étroites qu’on a peine à y passer le poing, conduisent à la demeure proprement dite, qui a la forme d’un vaste bassin. L’entrée se trouve quelquefois en plein gazon; mais, le plus souvent, elle est cachée au milieu des rochers ou sous des pierres. Les galeries vont en montant ou en descendant; elles sont simples ou divisées en plusieurs embranchements, dans lesquels la terre est si bien tassée et pressée que c’est à peine s’il a fallu en enlever pour les construire.
- Ce que nous venons de dire est relatif aux Mammifères de notre pays. Ailleurs, on pourrait en
- Fig. 3. — Renard Fenec.
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- trouver tout autant. C’est le cas, par exemple, du Cynomys de la Louisiane, dit aussi Chien des prairies, qui vit en sociétés nombreuses et sème la plaine où il vit de monticules — on pourrait dire aujourd’hui des blockhaus — si nombreux que les indigènes donnent aux régions occupées le nom de « villages ». D’après ce qu’en a dit Balduin, les monticules sont généralement éloignés l’un de l’autre de 5 à 6 m. ; le petit dôme qui est devant l’entrée de chacun d’eux et qui représente la valeur d’une brouette, est formé de la terre que les Cyno-mys ont rejetée de leurs couloirs souterrains. Ces habitations ont une ou deux ouvertures; un sentier battu va de l’une à l’autre.
- Un autre Mammifère exotique intéressant au point de vue qui nous occupe ici est le Fenec, qui vit dans les déserts du nord de l’Afrique. Ses couloirs sont ordinairement à ras de terre et son donjon n’est pas situé profondément. C’est un sapeur de premier ordre ; ses pattes de devant travaillent avec tant d’ardeur qu’on a peine à en suivre le mouvement des yeux. Cette aptitude à creuser vite lui sauve souvent la vie, car, en quelques minutes, il disparaît à la vue de son ennemi.
- Citons encore les Spermophiles, dont le donjon a plus d’un mètre de diamètre et duquel partent des couloirs à ras de terre; les Chlamydophores, dont les pattes de devant rappellent celles des Taupes, et qui creusent dans la terre de véritables grottes; l’Ornithorhynque qui pratique des terriers dans les talus des rivières et de telle sorte qu’il y a un orifice sous l’eau et un autre dans le talus.
- Que les Mammifères, qui ont quatre pattes armées de griffes solides, puissent creuser la terre comme de simples poilus, la chose n’est, en somme, pas trop extraordinaire, bien qu’en réalité ils soient plus faits pour vivre sur le sol que dessous. Mais il est singulier de voir que des mœurs analogues peuvent se rencontrer chez les Oiseaux, êtres cependant avides de grand air et, pour eux-mêmes, généralement frêles.... comme des Oiseaux.
- Un bon exemple à citer à l’appui de ce que nous venons de dire est celui du Cotyle de rivage, qui vit en colonies sur les rives escarpées et creuse des trous très profonds au-dessus du niveau des plus hautes eaux. Ainsi que le dit Naumann, on s’explique difficilement comment un petit oiseau, si faiblement organisé, peut arriver à exécuter un travail aussi gigantesque, et en aussi peu de temps.
- Fig. 4. — Hirondelle de rivage.
- En deux ou trois jours, un couple se creuse une cavité de 5 à 8 cm de dia-mètre à son ouverture, plus spacieux encore au fond, et à laquelle aboutit un couloir d’un
- mètre, quelquefois 2 m. de long. A ce moment l’activité de ces oiseaux est presque prodigieuse. On les voit péniblement ramasser avec leurs pattes la terre qu’ils ont détachée et la rejeter loin de leur demeure. Souvent, ils abandonnent une construction commencée; ils ont même achevé de disposer leur trou, et ils en recommencent à nouveau un autre. Quel motif les fait agir ainsi? Nous l’ignorons encore complètement. Ils sont si occupés à creuser que l’on pourrait croire qu’ils ont disparu de la contrée; mais il suffit de frapper le sol pour les voir se précipiter en dehors de leurs demeures. Le couloir, à environ 1 m. 30 de l’ouverture, aboutit à une chambre peu spacieuse, où se trouve le nid.
- Curieux aussi un autre Oiseau, le Géositte fouisseur, que les Espagnols appellent carita, c’est-à-dire petit maçon, et qui niche au fond d’un terrier étroit, s’étendant horizontalement à une distance de 2 m. « Quelques indigènes m’ont raconté, écrit Darwin, que des enfants ont souvent essayé de déterrer son nid et que jamais ils n’y sont .parvenus.
- « L’oiseau choisit, pour établir sa demeure, un petit talus, au sol sablonneux mais solide, sur les bords d’un chemin ou d’un cours d’eau. Ici (dans leBahia blanca), les murs sont construits en terre. Je remarquai que celui qui entourait la cour de la maison où je demeurais était percé en plusieurs endroits de trous ronds. J’interrogeai à ce sujet mon propriétaire; il me répondit en se plaignant amèrement des Géosittes, et, plus tard, je pus moi-même observer ces Oiseaux en train de travailler. Chose singulière, ils ne paraissent avoir aucune idée de l’épaisseur ; autrement, ils n’essayeraient point de creuser leurs terriers dans des murs d’argile, dont ils devraient connaître les dimensions, eux qui volent continuellement autour. Je suis persuadé
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- que quand, après avoir traversé le mur, l’oiseau se retrouve, tout .à coup à la lumière, il est rempli de stupéfaction, et ne sait comment s’expliquer un
- fait si’extraordinaire. » Je crois bien qu’en réalité ils ne cherchent aucune explication et recommencent leur travail de mineur ailleurs, là où l’homme n’est pas venu bouleverser la nature.
- Il n’est pas besoin d’aller dans les pays lointains pour trouver des Oiseaux creusant la terre. Une espèce bien connue, notre joli Martin-pêcheur, est assez habile dans cette opération. Pour le mettre à l’abri de ses ennemis, il établit son nid sur une rive sèche, escarpée. Là, à environ 50 cm au-dessus du bord supérieur, il creuse deux trous arrondis de 5 à 6 cm de diamètre, desquels partent deux longs couloirs qui se rejoignent en un boyau unique se terminant lui-même par une excavation arrondie de 6 à 8 cm de haut et de 11 à 14 cm de large. L’Oiseau met 2 ou 3 semaines pour creuser le terrain. Lorsqu'il rencontre des pierres, il cherche à les enlever avec son bec puissant ; s’il n’y réussit pas, il les laisse en place et creuse à côté d’elles, ce qui rend le couloir parfois très tortueux.
- Si habiles qu’ils soient, les Oiseaux ne le sont, cependant, pas autant que certaines Araignées, qui, dédaignant, pour une fois, les perfides filets tendus en plein:-air, vivent dans la terre, qu’elles savent aménager avec toute l’habileté d’un officier du génie. L’exemple classique est celui de notre Mygale qui sait creuser dans le sol des puits cylindriques verticaux ou un peu obliques dont l’orifice est recouvert d’un cla-
- pet mobile s’ouvrant comme le couvercle d’une boîte : la charnière en est faite avec de la soie, et, de plus, l’Araignée a soin d’y ménager de minuscules pertuis, où ses ongles peuvent pénétrer lorsque, menacée par un ennemi, elle tient à ne pas laisser violer son domicile. La Mygale maçonne a donc inventé, à la fois, la charnière et le verrou.
- Dans les pays lointains, il y a d’autres espèces de Mygales encore plus ingénieuses. L’une d’elles (Rhy-tidicolus structor), du Venezuela, très commune sur les talus des terrains sablonneux compacts, habite, comme M. Simon l’a décrit dernièrement, un terrier composé de trois chambres spacieuses successives. Ces chambres, un peu renflées, communiquent entre elles par des ouvertures étroites fermées chacune par un opercule à charnière, de sorte que si un ennemi arrive à franchir la première tranchée, il rencontre la seconde et enfin la troisième, ce qui
- Fig. 6. — Blairette et ses petits.
- fait beaucoup de probabilités qu’il n’atteigne pas le fond, dernier refuge de l’ingénieux sapeur à huit pattes.
- Une autre espèce de Mygale du Venezuela, le Stothis astuta, se met en sûreté d’une autrefaçon :
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- elle dispose son terrain en forme d’U et les deux extrémités, qui viennent s’ouvrir à la surface du sol, sont munies, chacune, d’un clapet. L’un des opercules étant forcé, la Mygale a encore, ainsi, la ressource de se « cavaler » en soulevant l’autre et de prendre la clef des champs.
- Il serait trop long d’énumérer les Insectes qui creusent des tranchées pour eux-mêmes ou pour leur progéniture.
- Qu’il nous suffise de rappeler les Courtilières, qui en profitent pour dévorer les racines des plantes (fig. o) que nous cultivons dans les potagers; les Grillons, du repaire desquels les gamins savent les faire sortir avec une paille ; les Vers hlancs et d’autres innombrables larves; les Termites, qui, en outre, élèvent de volumineuses demeures en terre solidement tassée,
- quoique très minée; les Fourmis, etc. Ces dernières méritent une mention spéciale en ce
- qu’elles sont très habiles à établir ces « boyaux de communication » qui, dans les tranchées actuelles, jouent un si grand rôle. La « Lasius niger »,
- Fig. 7. — Marmotte des prairies.
- par exemple, creuse des chemins à la surface du sol et utilise le plus souvent la terre de déblai, lorsqu’elle est humide, pour les recouvrir d’une voûte maçonnée — on pourrait presque dire bé-tonée.
- A certains endroits trop exposés, elle va percer des tunnels qui ressortent plus loin pour se continuer dans un nouveau chemin couvert.
- Lorsque le chemin passe en un endroit abrité, tel que le pied d’un mur, les Fourmis suppriment la voûte; il en est de même lorsque les « Lasius niger » traversent une grande route; elles essaient bien de faire des voûtes, mais elles sont constamment détruites. On comprend quel aspect varié et intéressant présentent ces chemins.
- Iluber, auquel nous empruntons ces détails, dit en avoir vu un qui était entièrement \oùté et fait en terre; il avait 1 ou 2 centimètres de large sur 1 centimètre à peine de haut et montait sur le pan d’un mur élevé; il traversait ensuite le sommet de ce mur et redescendait de l’autre côté jusqu’à terre; tout cela pour passer d’une cour dans un jardin.
- Les Fourmis sont en effet tenaces dans leurs idées. Henri Coupin.
- Fig. 8. — Renards.
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- LES RICHESSES MINIÈRES DE LA TURQUIE D’ASIE
- La Turquie d’Asie est riche en minerais de toutes sortes.-Aussi,- dans ces dernières années, de nombreux capitalistes étrangers ont-ils cherché à mettre en exploitation ces différentes ressources minières. Malheureusement les résultats ont été loin d’être encourageants. Une des causes principales de cette non-réussite est le manque de moyens de transport entre les lieux de production et les réseaux de chemins de fer souvent fort éloignés de ces lieux de production. Une seconde cause est le manque de main-d’œuvre, le travail des ouvriers étrangers étant trop coûteux et celui des ouvriers indigènes à peu près inutilisable. Une autre cause provient de ce que le gouvernement Turc non seulement ne fait aucun effort pour encourager les exploitants, mais, au contraire les frappe d’impôts énormes. Ainsi tout concessionnaire de mines est astreint à un impôt annuel de 2 fr. 25 par hectare pendant toute la durée de la concession, que la mine soit exploitée ou non. De plus le gouvernement frappe le concessionnaire d’un impôt de 1 à 5 pour '100 sur le produit des mines exploitées par puits ou par galerie et de 10 à 12 pour 100 les mines ou carrières exploitées à ciel ouvert. Ce sont ces conditions draconiennes qui, jusqu’ici, ont arrêté la mise en valeur des mines de la Turquie d’Asie qui, cependant, comme nous allons le voir, d’après Engineering, sont loin d’être négligeables.
- Mines de charbon. — Les mines de charbon les plus importantes sont celles d’Héraclée qui se composent de dix concessions. Leur production annuelle est de 800 000 tonnes. La qualité du charbon est variable mais, généralement bonne. La principale concession est celle de la Société Française d’Héraclée produisant annuellement de 520 à 570 000 t. de charbon. Il y a deux ans cette société a acheté la concession de Curdji qui produit annuellement 80000 tonnes.
- Asphalte. — L’asphalte est exploité dans l’Anti-Liban près de la côte ainsi qu’à Kerkuk à l’ouest de Bagdad.
- Pétrole. — Des dépôts importants de pétrole se trouvent dans le vilayet de Mossoul et de Bagdad en Mésopotamie, dépôts qui se prolongent jusqu’en Perse. Le dépôt le plus important se trouve sur le Tigre entre Mossoul et Bagdad et est connu sous le nom de Djebel-Hamrin. Il est traversé par le chemin de fer de Bagdad, L’exploitation des mines de pétrole en Mésopotamie date de 50 ans, mais, jusqu’ici, sans résultats appréciables par suite de conditions climatériques mauvaises, de difficultés politiques et, surtout, par suite des difficultés de transport. L’ouverture du chemin de fer de Bagdad améliorera les choses. Quelque temps avant la guerre il s’était constitué un syndicat, la Compagnie Turque de Pétrole, ayant pour hut l’exploitation de pétrole de Mésopotamie. La moitié du capital était anglais et le reste
- divisé entre une Société Hollandaise et la Deutsche Bank. Le groupe financier Anglais s’était adjoint la Compagnie Anglo-Persane qui exploite les mines pétrolifères de Maldan dans la Perse méridionale. La guerre a naturellement mis à néant cette combinaison.
- Mines de fer. —Du minerai de fer chromé se trouve en grande quantité dans le vilayet de Brousse, à Dagardi. On estime à '10 millions de tonnes la réserve de ces mines. Depuis 15 ans l’État extrait de ces mines environ 12 à 15 000 t. par an rapportant annuellement environ 1.125 000 francs. Le minerai est transporté à dos de chameau à la station du chemin de fer la plus voisine, Kutaiah, qui se trouve à 70 km. D’autres mines de fer chromé se trouvent dans le même vilayet de Brousse produisant annuellement de 6 à 7000 t. Ces minerais sont exportés en Angleterre et en Amérique. Des pyrites et du minerai de fer sont extraits en divers endroits, notamment sur la côte Sud-Est de la mer Noire entre Tireboli et Rize, dans le vilayet d’Erzerum et de Sivas, dans le Sud d’Aivalyk, en face de Pile de Mitylène et, surtout, à Zeitun à environ 150 km de la baie d’Alexan-drette. La production totale des mines de fer de la Turquie d’Asie a été, en 1911, de 100 000 tonnes.
- Manganèse. — On trouve le manganèse dans le district de Smyrne et de Makri ainsi qu’à Mercina et à Kerasunte, mais la production est très irrégulière. En 1908 celle-ci était de 14 000 tonnes.
- Plomb argentifère. — Le dépôt le plus important se trouve dans le voisinage de Karahissar, à Balia Karaidin dont le minerai contient du zinc. Ce dépôt est exploité par la Société anonyme ottomane des mines de Balia. En 1913, l’exploitation a produit 4125 000 francs. Quelques mines exploitées par le gouvernement Turc se trouvent dans le Taurus et ont produit un bénéfice net annuel de 90 000 francs.
- Zinc. — Les plus importantes mines de zinc sont celles d’Arghana entre Kharput et Diarbekir. Exploitées par l’Etat, elles ont rapporté, en 1912, un bénéfice net de 525 000 francs.
- M ercuTe. — On trouve le mercure dans le vilayet de Smyrne. A Kara-Burnu à 52 km de Smyrne, on a recueilli, en 1906-1907, 5000 bouteilles de ce métal pesant chacune 55 kilogrammes.
- Or. — On trouve de l’or, mais en très faible quantité, dans le vilayet d’Aidin-Smyrne.
- Antimoine. — On trouve de l’antimoine dans le vilayet de Brousse où plusieurs centaines de tonnes sont exploitées annuellement. On le trouve également dans le vilayet de Smyrne où la production annuelle varie entre 2 et 3000 tonnes.
- Borax. — Une compagnie anglaise exploite le borax dans Je vilayet de Khodavendikiar. R. Bonjüin.
- LA TRACTION ÉLECTRO-THERMIQUE
- Le système Pieper de traction électro-thermique est basé sur l’emploi d’un moteur à explosion, dont la puissance est suffisante pour assurer la marche du train, et d’une dynamo qui fonctionne en réceptrice dans les parties difficiles de la ligne, fournissant ainsi le complément de puissance nécessaire pour une marche à bonne vitesse, et qui, dans les parties faciles, fonctionne en génératrice.
- Une batterie d’accumulateurs, de puissance moyenne, est adjointe à l’ensemble moteur à pétrole-dynamo, et emmagasine ou débite de l’énergie suivant le profil de la ligne. Quand le train descend une rampe, la vitesse augmente, le voltage de la dynamo s’élève et lorsqu’il est supérieur à celui de la batterie, celle-ci se charge. On récupère ainsi une partie de la puissance vive du train. C’est le contraire quia lieu dans la montée d’une rampe.
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- LES PROJECTEURS DE CAMPAGNE ALLEMANDS —......... 383
- Ce système a été appliqué en Belgique, avant la guerre, sur un ensemble de lignes de tramways et de chemins de fer locaux. En France, la Compagnie des chemins de fer de grande banlieue, utilise 5 de ces voitures sur la ligne Poissy-Saint-Germain-en-Laye.
- La conduite des automotrices système Pieper se fait au moyen d’un con-troller comme pour les voitures électriques. Au moment du démarrage, on envoie le courant des accumulateurs dans la dynamo. Le moteur à benzol est ainsi mis en marche. En même temps un embrayage magnétique provoque le démarrage de la voiture. Le moteur à benzol étant lancé, la dynamo se trouve éliminée et ne fournira plus que les appoints d’énergie nécessaires pour maintenir la vitesse constante, é
- Le groupe moteur est donc, dans ces machines, indivisible, les deux parties le constituant étant calées invariablement sur le même arbre. Il en résulte que dans les descentes par exemple, toute l’énergie récupérée n’est pas utilisée à charger la batterie puisqu’il
- faut faire tourner à vide le moteur à explosion. Dans les modèles les plus récents dits à récupération totale, M. Pieper a disposé un embrayage magnétique entre le moteur et la dynamo de façon à pouvoir désolidariser
- les deux organes moteurs.
- Les résultats de l’exploitation sur la ligne Poissv-Saint-Germain sont les suivants : la consommation de benzol est de 25 gr. 9 par tonne-kilomètre ; la dépense d’huile est de 1,5 centime par kilomètre-train et l’entretien représente 6 à 7 centimes par kilomètre-train .
- Ce mode de traction est des plus intéressants : il présente les avantages de la traction électrique, sans en avoir les inconvénients. Le rendement est supérieur à celui de la machine à vapeur et même 'a celui de l’automotrice électrique et son emploi, tout indiqué pour les tramways et les lignes d’intérêt local, semble .même susceptible de s’appliquer aux grands réseaux comme l’ont montré des essais faits en Amérique.
- Vue d’une automotrice Pieper.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 novembre 1915.
- L’imperméabilisation des draps et tissus militaires. — Les procédés classiques d’imperméabilisation au moyen des savons d’alumine sont basés sur l’emploi des deux bains successifs : l’un contenant une dissolution d’alun ou de sulfate d’alumine, l’autre une solution de savon de soude ou de potasse. Mais on n’obtient pas ainsi une pénétration suffisante de la fibre, car les produits du premier bain ont tendance à resserrer les pores des fibres et à entraver la pénétration interne des produits imperméabilisateurs. M. G.-A. Le Roy a cherché un bain ne possédant pas cet inconvénient. Il a réalisé un bain unique de savon de soude et d’aluminate de
- soude. On obtient ainsi une solution sapo-alumineuse soluble que l’on stabilise par adjonction de platine. Un drap de laine « bleu horizon » qui vaut lü francs le mètre est suffisamment imperméabilisé par un dépôt de 20 gr. de précipité alumineux par mètre, ce qui n’augmente pas sensiblement son prix.
- Le système du monde. — M. Pierre Duhem offre le troisième volume de son remarquable ouvrage sur le système du monde, qui est consacré à l’astronomie latine au moyen âge et qui montre l’initiation des Barbares à la science sous l’influence de certains documents antiques néo-platoniciens.
- LES PROJECTEURS DE CAMPAGNE ALLEMANDS
- Nous avons passé en revue dans La Nature (n° 2170) les principaux systèmes de projecteurs en usage dans l’armée française. Grâce à notre victoire de Champagne, il est possible de contempler maintenant aux Invalides un des projecteurs de campagne pris aux Allemands. L’ensemble, analogue comme disposition à un canon de campagne, comprend un avant-train renfermant le groupe électrogène et un arrière-train avec un affût, analogue à celui du 77, le télescope remplaçant le canon.
- Ces appareils sont très simples comme principe : ils ressemblent beaucoup au point de vue de leur fonctionnement aux échelles de pompiers. Un gros, tube, dans lequel rentre un second tube portant le
- projecteur, est muni d’un collier A portant deux tourillons qui s’engagent dans des flasques solidaires du bâti de la voiture. C’est autour de cet axe que l’on fait osciller tout l’ensemble du projecteur.
- Pendant le transport, le phare est incliné sur la voiture ; lorsqu’on le met en batterie, à l’aide de la grande manivelle B on fait pivoter le tube autour de l’axe À.
- Deux galets c, c\ viennent s’encastrer dans deux chemins semi-circulaires D, Df fournissant deux points d’appui supplémentaires au tube.
- Pour élever le projecteur, une manivelle E lire sur un ruban d’acier que l’on aperçoit sur la photographie et qui commande l’extension de la fourche
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- LES PROJECTEURS DE CAMPAGNE ALLEMANDS
- télescopique, par l'intermédiaire du même renvoi que dans les échelles doubles des pompiers.
- Le tube télescopique se compose d’un premier
- Fig. i. — Vue du projecteur rabattu sur son affût : C, demi-cercles ; B, rouleaux s’encastrant dans les demi-cercles pour maintenir la fourche télescopique lorsqu’elle est dressée; A, Râteau de commande de la fourche.
- tube extérieur dans lequel coulissent trois autres tubes qui atteignent, lorsqu’ils sont tous tirés, une hauteur de 6 m. environ.
- Pour la montée du projecteur, deux hommes sont nécessaires; pour les manœuvres de pointage un seul homme suffit.
- Le projecteur est à miroir parabolique en verre argenté, de 60 cm de diamètre et 25 cm de distance focale. Les charbons, dont la durée de combustion est de 4 heures, absorbent 60 ampères sous 48 volts. L’obturateur est un diaphragme à iris commandé par 2 câbles métalliques flexibles.
- Une série de manettes et de volants permettent de donner au projecteur les inclinaisons et les rotations désirées.
- Sur deux tambours, placés de chaque côté du projecteur se trouve enroulé le fil qui le relie à la voiture d’électricité.
- Le groupe électrogène est installé à l’intérieur du caisson de l’avant-train. Il porte la marque À. E. G , comme le projecteur. Le moteur à 2 cylindres tourne à 1500 tours et est couplé directement sur la dynamo. Un régulateur' 'a boule agit sur l’admission des gaz. Ajoutons que l’équipe comprend cinq soldats, trois sur l’avant-train et deux sur l’arrière-train qui porte le projecteur même.
- fies projecteurs ont un avantage : ils peuvent très
- rapidement être montés ou enlevés, car ils ne nécessitent ni préparation du sol, ni établissement de câbles les arc-boutant. C’est la voiture elle-même qui remplace le sol. Ils ont, par contre, un gros défaut : le soldat qui le manœuvre et par suite l’observateur qui commande, sont au pied même du projecteur. Non seulement cette place est peu enviable puisque si le projecteur est repéré les obus éclateront dans son voisinage, mais encore elle est mauvaise au point de vue de la bonne visibilité des objectifs dans le faisceau du projecteur.
- L’expérience a, en effet, appris que l’observateur doit être légèrement sur le côté du faisceau lumineux pour voir avec le maximum de netteté.
- C’est pourquoi, dans tous nos projecteurs, les commandes sont faites à distance par servo- moteur. Le
- - s ;
- „ MÉI=
- a \,
- génératrice
- Fig. 2. — Vue du projecteur, la fourche télescopique en position de montée.
- foyer lumineux est seul, isolé au bout de son antenne, à 300 ou 400 m., de la voiture qui lui donne l’énergie et de l’observateur qui, d’un autre endroit, commande ses mouvements.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lauure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2203.
- 18 DÉCEMBRE 1915.
- USINES MÉTALLURGIQUES AUX ÉTATS-UNIS
- II. — Matériel de guerre.
- Après avoir étudié la production minière et métallurgique des États-Unis, nous allons exposer, d’après les rapports officiels des douanes et les comptes rendus de la presse industrielle, quelle a été l’importance des livraisons de matériel de guerre et de munitions faites aux "alliés depuis le début des hostilités par les manufactures de l’Union.
- Etant données la rareté et la cherté de la main-d’œuvre, les fabricants de machines et d’objets manufacturés emploient aux États-Unis des mé-
- ment circonstanciés pour décrire la série d’opérations et de machines-outils exigées même par une seule des fabrications d’artillerie dont les États-Unis se chargent pour les alliés. Nous donnerons cependant une idée exacte de la complexité des problèmes résolus par l’ingéniosité des mécaniciens américains, en montrant à nos lecteurs quelques-unes des machines utilisées pour la fabrication des canons, des plaques de blindages, des fusils, dans plusieurs des usines dont il sera question plus loin.
- Fig. i. — Vue de l’atelier dé tournage des canons de l’atelier de Washington.
- thodes de travail très différentes des nôtres. On ne peut en effet atteindre dans ces conditions un prix de revient commercial que grâce à la perfection de l’outillage mécanique qui est le trait caractéristique de l’industrie américaine.
- Aucune des opérations que comporte la transformation ou la préparation d’une matière quelconque ne s’opère à la main. Qu’il s’agisse d’automobiles, de fusils, de canons, etc., l’établissement de chaque unité est étudié dans ses moindres détails par des spécialistes qui déterminent le nombre des opérations nécessaires pour la fabrication. On fait ensuite construire des machines automatiques pour chaque travail ou pour chaque série d’opérations et la fabrication peut alors commencer.
- Nous ne pouvons donner ici des détails suffisam-
- 43' Année. — 2” Semestre.
- Les aciéries américaines pouvaient fournir aux États européens, soit des métaux bruts, soit des, produits finis.
- Une grande quantité de rondins d’acier d’environ 80 mm de diamètre sur 3 m. de longueur ont été expédiés .en Europe, notamment de Baltimore et de Philadelphie pour alimenter les arsenaux d’État et les usines privées chargées de la fabrication des obus de 75 mm et autres.
- En octobre dernier, les marchés sur le point d’être signés et les demandes de prix en examen portaient sur un total de 800 000 t. rien qu’en ce qui concerne les rondins pour obus.
- Les aciéries canadiennes de Sault-Sainte-Marie (.Algoma Steel C°j avaient pris 40 000 t. de rondins à elles seules et plus de 100000 t. étaient à
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- 386 ==±== USINES MÉTALLURGIQUES AUX ETATS-UNIS
- soumissionner de ' suite.
- Au fur et à mesuré que' les opérations se développaient sur tous les fronts, la consommation d’obus dépassa la production, aussi bien en Angleterre qu’en France et en Russie.
- Les Alliés durent acheter des obus vides ou chargés partout où ils purent en trouver, et notamment aux Etats-Unis.
- La Société des aciéries deBethlehem, qui a fourni une grande quantité de rondins pour obus, a également accepté un ordre pour plusieurs millions d’obus chargés; elle s’est fait aider pour l’exécution de cette commande par un certain nombre d’usines américaines, notamment par la Chicago Pnenmatic Tool C° qui a sous-traité 300000 obus. Les American Steel Foundries ont traité avec le gouvernement anglais pour une fourniture de matériel de guerre, notamment d’obus, se montant à plus de 100 millions de francs.
- Une puissante Société dont nous reparlerons plus loin, Y American Locomotive C°, de Schenectady, a reçu du gouvernement anglais une commande de 68 millions de dollars pour la fourniture de shrap-nells non chargés. La Société a exécuté la moitié de cette commande dans ses ateliers de Richmond et de Dunkirk; elle a sous-traité l’autre moitié à la Compagnie des freins Westinghouse et à la Société du frein New-York; cette dernière a rétrocédé la moitié de sa part, soit 8 500 000 dollars, à la Société de construction de signaux dite Union Switch and Signal C°. Une quantité considérable de machines-outils neuves ont été achetées en vue de l’exécution de cette commande pour équiper les usines de Y American Locomotive C° à Dunkirk et à Richmond. La Compagnie du frein New-York avait à exécuter, au début d’octobre 1915, un total de commandes supérieur à 100 millions de francs notamment comprenant surtout des douilles de cartouches et des obus chargés d’explosifs puissants.
- Une autre grande firme qui s’occupe spécialement de la construction des wagons pour chemins de fer, la Canadian Car arid Foundry C° de Montreal, a passé avec le gouvernement russe un marché pour la fourniture de 5 millions de shrap-nells chargés; les obus et là charge ont été expédiés séparément. Le total des commandes russes exécutées par cette Société dépasse actuellement 750 millions de francs; elle a d’ailleurs sous-traité d’importantes fournitures nécessaires à l’exécution de ces ordres aux nombreuses usines américaines
- ou canadiennes que la crise de 1914 avait privées de travail.
- La fabrication des armes à feu est très florissante aux Etats-Unis et tout le monde connaît les revolvers Colt de la Colt Patent F ire Arms Manu-facturing C°, à Hartford (Connecticut) ; les revolvers Smith et Wesson (Springfield, Mass.), les fusils à répétition de la Winchester Repeating Arms C°, à Newhaven (Connecticut). A Bridgeport (Connecticut) se trouvent les importantes usines de la Bridgeport Gun Inplement C° et de la New Haven Arms C° où des grèves ont été fomentées par les émissaires de l’Allemagne.
- La Société Westinghouse [Westinghouse Electric and Mann facturing C°) ayant accepté d’importantes commandes de fusils (environ 500 millions de francs), a acheté les usines d’automobiles Stevens-Duryea et celle de la manufacture d’armes Stevens, afin d’y fabriquer notamment un million de fusils pour le gouvernement anglais qui les paie 27 dollars 50 pièce et un million de fusils pour le gouvernement russe. Ces affaires ont été conclues par l’entremise de la Banque Morgan qui agit en qualité d’agent commercial du gouvernement anglais aux États-Unis. La même Société livre également des quantités considérables d’obus. (Total des commandes 420 millions.)
- Le chiffre de vente des ateliers de locomotives Baldwin de Philadelphie était descendu de 195 millions de francs (1915) à 71 millions (1914) ; le bénéfice net qui dépassait 20 millions en 1913 a été inférieur a 2 millions en 1914. En 1915, cette maison, dont le capital est de 200 millions, et qui occupe 10 500 ouvriers, sous la direction de M. S. Vau-clain, a reçu d’Europe d’importantes commandes de locomotives et de pièces détachées telles que roues, essieux, bandages et pièces de forge. Elle a fait modifier sa patente pour avoir le droit de construire du matériel de guerre. Au 1er octobre 1915 le total des commandes exécutées par elle pour les belligérants atteignait 700 millions de francs.
- Les ateliers Baldwin ont fait construire à Eddys-tone une usine nouvelle qui a été louée à la Société Remington pour la fabrication des armes et des munitions qui s’est chargée d’exécuter une commande de 1 500 000 fusils pour la Russie de concert avec YAmmunition Eddystone C°. Le nombre d’ouvriers employés atteint 25 000. La firme Baldwin touche une redevance de 5 fr. 20 par fusil fabriqué
- Fig. 2. — Un navire transportant un chargement de radeaux de sauvetage.
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- et rentrera en possession des bâtiments et de l’outillage après la terminaison des travaux, en réalisant un gain total supérieur à 15 millions de francs.
- La General Electric C° de Schenectady a pu, grâce à l’adjonction de capitaux anglais, s’équiper pour la fourniture du matériel de guerre; elle a reçu pour plus de 525 millions de commandes.
- La Société de Bethlehem dont nous avons décrit précédemment les puissantes installations métallurgiques et mécaniques a fait construire une nouvelle fabrique de fusées à 8 km de son polygone de Redington, une poudrerie à New Castle (Delaware) et une manufacture de douilles pour cartouches à Bethlehem. Le montant actuel des ordres exécutés par cette firme dépasse 800 millions de francs.
- Les journaux ont rendu compte de l’incendie qui a éclaté au début de novembre dans un des halls des aciéries de Bethlehem. Cet incident attribué à la malveillance ne peut enrayer que faiblement l’activité de cette colossale entreprise.
- Depuis le mois d’avril 1915, la fabrication des obus ayant pris un développement formidable aux États-Unis et au Canada, tous les tours disponibles ont été affectés à ce genre de travail. On sait que l’obus explosif est plus facile à obtenir que le shrap-nell qui convient surtout aux plaines de Russie. Les Américains disent couramment que la face des choses changera sur les champs de bataille de l’Europe quand leurs usines pourront livrer un million d’obus par jour.
- La Société du Pont de Nemours (Du Pont Pow-der C°) etVOElna Explosive C° ont obtenu pour environ 400 millions de commandes d’explosifs divers.
- On estime à 50 millions d’obus le total des projectiles livrés finis ou à l’état de rondins par les États-Unis.
- Les arsenaux des puissances alliées, ainsi que la plupart des usines civiles, créées ou appropriées en vue de la fourniture du matériel de guerre, ont acheté des quantités considérables de machines-outils américaines.
- Parmi les maisons qui ont le plus fourni à l’Europe dans cet ordre d’idées pendant la première année de la guerre, on peut citer la Niles Bernent Pond C°, qui a vendu des centaines détours de toutes dimensions pour l’usinage des canons de tous calibres, des presses à pro- ( jectiles, des machines à aléser et à rayer les canons. Les tours
- à obus ont été fournis par les maisons Potter, Gisholt, etc.
- La maison Pratt et Whitney, de Hartford, a équipé de machines-outils perfectionnées les manufactures d’armes du monde entier ; en France celles de Saint-Etienne, Bourges ; en Angleterre les usines et arsenaux d’Enfield, Birmingham, Woolwich; en Russie celles de Tula, Zlatoust, Lugansk (cartoucherie) et un grand nombre d'autres établissements similaires dans tous les pays du monde.
- En général, on s’arrache les machines-outils de provenance américaine depuis que les usines françaises et anglaises, tout entières consacrées à la fabrication des munitions, ne peuvent plus livrer d’outillage.
- Le monopole de la construction des locomotives dans l’Amérique du Nord appartient à un très petit nombre de puissantes sociétés. En temps de paix les nombreuses commandes passées par les Compagnies de chemins de fer des États-Unis, par l’Amérique du Sud et de quelques clients étrangers tels que le Japon, etc., sont partagées entre la maison Baldwin de Philadelphie, la Lima Locomotive Corporation, la Canadian Locomotive C°, de Montréal et le trust dénommé American Locomotive C°. Ce dernier groupement dirigé par l’ancienne Société de Schenectady, a réuni un certain nombre d’anciennes fabriques de locomotives qui se faisaient autrefois une concurrence désastreuse, notamment la maison Rogers de Paterson, les usines de Dunkirk et de Richmond, les ateliers Cooke, etc.
- En 1914, les usines de Schenectady et Cooke, de Y American Locomotive C° ont seules fonctionné. Cependant, au 30 juin 1915, la Société avait à livrer de grandes quantités d’obus et le montant de ses commandes de locomotives s’élevait à 30 millions au lieu de 22 millions au 30 juin 1914. Pendant l’exercice clos au 30 juin 1914, les recettes brutes ont été d’environ 48 millions au lieu de 155 en 1913 et de 285 millions en 1912.
- Pendant l’année 1915, la Société des Chemins de fer Madrid-Saragosse et Alicante a acheté en Amérique 25 locomotives à huit roues accouplées et à boggies et la Grèce vingt locomotives construites par l’i-merican Locomotive C°.
- La Russie, qui manquait de matériel pour la remorque de ses trains de troupes et de ravitaillement, a réparti une commande de 400 locomo-
- Fig. 3. — Scie à découper les plaques de blindage.
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- tives entre la maison Baldwin (250), Y American Locomotive C° (100) et la Canadian Locomotive C° (50). Les premières de ces machines étaient prêtes à embarquer dès le milieu d’août 1915 ; il a donc suffi de trois mois à peine pour exécuter une grande partie des dessins, pour construire les locomotives, les essayer, les démonter et les emballer en vue de leur expédition. Ces machines à cinq essieux couplés, construites pour la voie large des chemins de fer de l'État russe (1 m. 53}, peuvent remorquer des trains de mille tonnes sur une rampe de 8 p. 100, à une vitesse d’environ 15 à 20 km à l’heure. Elles pèsent environ 90 t. en ordre de marche, dont 80 t. de poids adhérent supporté par dix roues motrices de 1 m. 52 de diamètre. Le tender qui pèse 60 t. contient 8000 kg de charbon et environ 30 m3 d’eau ; il est monté sur deux boggies à quatre roues de 90 cm de diamètre. Les 250 machines exécutées par les ateliers Baldwin ont été payées 6 millions de dollars, soit 24000 dollars pièce. Cette première livraison de 400 locomotives a été
- dry C°, la Pressed Steel Car C° qui construit surtout du matériel en acier embouti analogue à celui que fabriquent en France les établissements Arbel de Douai, la National Steel CarC0, la Seattle Car and Foundry C°, YEaslern Car C° de New Glasgow (Nouvelle-Ecosse), etc.
- Le gouvernement russe avait besoin d’une grande quantité de wagons (environ 20 000) pour répondre à l’intensité des transports de troupes et des munitions destinées au service d’un immense front.
- Des négociations très longues furent engagées avec les constructeurs de wagons américains, en vue de la fourniture de ce matériel, par un comité de six fonctionnaires russes qui ont passé six mois aux États-Unis et au Canada à cet effet.
- Finalement une commande se montant à 21 400 véhicules (dont 12 900 à boggies) fut répartie comme suit. La Seattle Car and Foundry C° prit 8500 wagons à deux essieux, la Eastern Car C° 2000 wagons couverLs, Y American Car and Foun-
- Fig. 4. — État des agrandissements de l’usine Remington à Eddystone, 14 semaines après le commencement des travaux. L’usine couvre i5 acres.
- suivie d’une autre de 150 machines de même modèle.
- Le gouvernement russe a également commandé à la maison Baldwin, 30 locomotives compound Mallet chauffées au bois, à voie de 1 m. 07, destinées à sa ligne d’Arkhangel. La première de ces machines a été livrée le 21 décembre 1914, et la dernière le 6 janvier 1915; l’ordre avait été passé le 10 novembre 1914.
- Le gouvernement serbe s’était fait livrer par Y American Locomotive C° 10 locomotives à trains articulés système Mallet, 7 petites locomotives à voie étroite, et pour 250000 fr. de pièces de rechange.
- La Bulgarie a eu aussi recours aux usines américaines pour augmenter le matériel de traction de ses voies ferrées.
- Etant donné l’immense matériel roulant en service sur les lignes ferrées des États-Unis, la construction des voitures et des wagons occupe un grand nombre d’usines.
- Les principales sont la Pullman Car C° à Pullman City près de Chicago, Y American Car and Foun-
- dry C° 4100 wagons couverts, la Pressed Steel Car C° 4800 wagons à houille de 50 t. et 2000 wagons couverts. Cette dernière Société a reçu des ordres complémentaires qui ont porté sa commande russe à 9000 wagons. Tous ces véhicules chargés sur des steamers, notamment à Victoria et à Seattle, à raison d’environ 150 par bateau, ont été transportés à Vladivostok.
- D’autres gouvernements alliés onf passé des marchés se montant à plus de 10000 wagons avec la Standard Steel C° et la Canadian Car and Foundry C°.
- Le gouvernement anglais notamment a fait construire par la Canadian Car and Foundry C°, 1200 wagons couverts de 26 t. type belge à châssis d’acier de 7 m. 20 de longueur.
- La Russie a commandé pour compléter ses ordres précédents, outre un grand nombre de roues et de bandages, 57 400 essieux montés aux ateliers .Baldwin (livrables en 90 jours) et 52 000 sabots de freins à Y American Brake Shoe and Foundry C°.
- Le Transsibérien a absorbé plusieurs milliers de
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- tonnes de crampons d’acier qui ont été exécutés sur le modèle de ceux qu’emploie le service de la voie du Canadian Pacific Railway.
- On estime à 550 millions de francs l’ensemble des ordres reçus du gouvernement russe par les
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- chemins d'État, 70 000 t. de rails à deux usines canadiennes : la Dominion Steel C° et YAlgoma Steel Corporation (de Sault-Sainte-Marie) qui se sont partagé cette fourniture par moitié.
- La marine de commerce des États-Unis compte
- diverses aciéries américaines pour la fourniture de rails et par Y American Bridge C° pour l’exécution de ponts.
- Les chemins de fer de l’État russe ont reçu
- environ 1725 steamers (2605602 t.) et 1865 voiliers (1291480 t.) ; mais la flotte de guerre, déjà puissante, va être considérablement augmentée. Le plus ancien chantier privé des États-Unis est
- Fig. 6. — Machine à rayer les canons de gros calibre.
- 100000 t. de rails delà Cambria Steel C°et 600001. de la Lackawanna Steel C°.
- LTtalie a également acheté 20000 t. de rails pour ses chemins de fer.
- L’Union Sud-Africaine a commandé, pour ses
- la maison Cramp, de Philadelphie, qui a fourni des cuirassés complets, coque et machine, tels que le Wyoming (28 000 t.).
- La New-York Shipbnilding C°, possède de vastes chantiers et ateliers occupant 5000 ouvriers, à Gam-
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- den (New-Jersey). Cette Société a construit les grands cuirassés neufs Florida, Arkansas et Oklahoma.
- La Maryland Steel C°, qui possède un chantier commercial à Baltimore, a été rachetée par le groupe de Bethlehem.
- Les autres principaux chantiers sont ceux de la Compagnie de Bethlehem (Fore River, Union Iron Works, Ilarlan) et de la Compagnie de Newport News (5000 ouvriers), qui a construit le Texas (27 000 t.).
- La Lake Submarine Boat C°, à Bridgeport (Conn), construit des sous-marins de même que YElectric Boat C°, de Groton (Connecticut) (chantiers « Holland »). La Gas engine and Power ǰ, à Morris Heighles (N. J.), fournit des moteurs pour sous-marins. Ces Sociétés ont reçu d’Europe de très importantes commandes.
- La maison anglaise Yickers, de Sheffield-Barrow, a installé au Canada près de Montreal un très grand chantier moderne qui fournit actuellement au gouvernement britannique des navires et des moteurs de premier ordre.
- Jusqu’à présent, les Etats-Unis n’exportaient guère qu’environ 18 millions de tonnes de combustibles, exclusivement destinées au Mexique et au Canada, l’élévation du fret pour l’Europe empêchant tout développement des ventes de combustibles américains même dans les ports de l’Atlantique.
- Depuis quelque temps, la difficulté qu’éprouvent certains pays à s’approvisionner de charbons anglais a favorisé 1’exportatiùn américaine en Europe. En effet, étant donné le très bas prix des combustibles aux États-Unis, on arrive sensiblement au même total, en additionnant, pour la houille de Cardiff et pour celle de Philadelphie, les divers éléments du prix dans un port européen de l’Atlantique ou de la Méditerranée. Cette circonstance est due à l’augmentation du fret et des assurances dans les ports anglais.
- D’autre part, le transport de Philadelphie ou de Baltimore à Saint-Nazaire ou à Bordeaux peut se faire au moyen de gros cargo-boats dont l’exploitation est plus économique que celle des •petits navires charbonniers de la Manche. Les chemins de fer de l’État Égyptien ont notamment traité 60 000 t. de houille américaine au prix de 75 fr. 55. D’autres marchés importants ont été conclus notamment par la Consolidation Coal C°. En juillet 1915, le port grec de Patras a . reçu 6000 t. de « Pocahontas » expédiées de Norfolk dont 3400 t. achetées au prix de 15 dollars 07 la tonne par la Compagnie des chemins de fer Pirée-Athènes-Péloponèse. Actuellement l’Italie est presque exclusivement alimentée de houille par les États-Unis, qui expédient des tonnages considérables de Pocahontas à Naples, Civita Vecchia, Reggio de Calabre, Gênes, sur des navires partant de Norfolk, de Newport News, etc.
- Afin de développer l’importance des exportations
- de combustibles américains pendant la crise européenne, le bureau des mines à Washington a fait imprimer et distribuer, notamment dans l’Amérique du Sud, ainsi que dans l’Amérique centrale, des brochures rédigées en espagnol, en portugais et en anglais.
- Voici la liste des charbons offerts, avec l’indication des ports d’embarquement correspondants :
- Houilles de Pocahontas et de New-River (Virginie occidentale) . .
- Houilles de Maryland et Pennsylvanie orientale...................
- Houilles de Virginie, Kentucky et Tennessee .
- Houilles d’Alabama, Pennsylvanie occidentale, Illinois et Indiana.
- Houilles de Washington.
- Norfolk et Newport News.
- Baltimore ou Philadelphie. Hampton Roads ou Charleston.
- New-Orléans.
- Seattle.
- Dès le début de la guerre, l’exportation des voitures automobiles américaines avait fléchi de 14 millions de francs à 2 590 000 fr. en août et à 4 662 000 fr. en septembre 1914. A partir du mois d’octobre 1914, les alliés ont commencé à placer aux États-Unis des ordres très importants pour la construction de camions militaires de 3 à 5 t. de capacité, valant en moyenne 15 000 fr. pièce. De juillet 1914 à juin 1915 inclus, 14 000 camions valant plus de 200 millions de francs ont été exportés en Europe, ainsi que 24 000 voitures de tourisme représentant environ 110 millions. Pendant l’exercice 1913-1914 l’Amérique n’avait exporté que 800 camions facturés un peu plus de 6 millions et 28 500 voitures valant 132 millions. En mai et en juin 1915 l’exportation américaine correspond à 14 600 véhicules avec une valeur de 124 millions.
- La Russie a reçu à elle seule en 1915, pour 67 millions de francs de véhicules américains. L’exportation américaine en Angleterre a atteint, pendant l’exercice 1914-1915, environ 12 000 véhicules (87 millions). Les États-Unis ont construit 515 000 véhicules automobiles en 1913-1914, 700000 en 1914-1915; pour l’exercice en cours le million sera certainement atteint. Quant à la valeur totale des exportations de 1915 elle dépassera 520 millions.
- Il existe aux Etats-Unis 450 fabriques d’automobiles alors que les alliés n’en possèdent que 140 dont un grand nombre ne fonctionnent pas ou construisent pour l’Allemagne.
- On voit que la guerre a fourni aux États-Unis des éléments variés et importants d’activité industrielle. Toutefois l’ensemble du volume d’affaires de l’Union avec le monde entier reste inférieur à ce qu’il était en pleine paix et cette circonstance n’a pas été sans influer sur l’opinion américaine au sujet de l’agression allemande. Ch. Véron.
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- LA MÉTALLISATION A FROID
- Fendant tout un siècle, les dépôts galvaniques furent les seuls dépôts, obtenus à la température ordinaire, présentant les caractéristiques d’un dépôt adhérent. Tout récemment est apparu un procédé fort ingénieux inventé par un savant suisse, M. Schoop, décrit ici même (Q en partie permettant lui aussi, de métalliser à Froid.
- Au début, M. Schoop chercha à projeter un métal en fusion, comme les vapo- ^ 5
- risateurs de toilette pulvérisent les parfums. Les goul-
- sières métalliques, obtenues par battage. De plus, ces poudre® étaient imprégnées de matières grasses qui brûlaient et qui étaient un obstacle à l’adhérence du dépôt. Quand les poudres étaient préparées par pulvérisation au moyen d’un jet d’air, elles pouvaient être oxydées et le dépôt obtenu ne possédait ni une homogénéité, ni une adhérence suffisantes.
- 0 a Sous une troisième forme, le procédé devint réellement pratique. Le métal est sous la forme de fil. Le fil est poussé par le moyen d’une turbine à l’intérieur de la bused’unchalumeau. Le dard
- Fig. 1. — Schéma du premier dispositif Schoop à pulvérisation.
- telettes produites formaient un véritable brouillard métallique que l’air entraînait avec violence (fig. 1).
- Mais, une telle installation n’était point transportable. Aussi, M. Schoop songea-t-il à utiliser les poussières métalliques préparées à l’avance par un appareil fort analogue à celui qui vient d’être signalé, mais de dimensions plus réduites, car il ne s’agit plus de métalliser, mais seulement de réduire le métal en poussière. Les poussières ainsi obtenues et celles préparées par d’autres procédés, comme celui du battage de feuilles minces imprégnées de matières grasses, étaient introduites dans l’appareil du second type, imaginé par M. Schoop et appelé par lui, appareil Cyclone.
- Les poussières, entraînées par un violent courant d’air, sont réchauffées par un passage à travers la flamme d’un chalumeau et projetées ensuite avec violence.
- Au point de vue commercial, le procédé utilisant l’appareil cyclone était déplorable. On partait d’un produit coûteux, surtout quand il s’agissait de ppus-
- 1. La Nature, n° 2094, 1913.
- du chalumeau fond le fil au fur et à mesure qu’il avance, et le jet d’air qui enveloppe la buse pulvérise et entraîne le métal fondu sous la forme d’un brouillard. L’appareil présente l’aspect d’un pistolet (fig. 5 et 5) et se manie aisément d’une seule main.
- Il y a un peu plus d’un an, M. Schoop a mis au point un autre appareil, qui permet d’employer l’action du courant électrique. Les deux fils du même métal ou, dans certains cas, de métaux différents, sont amenés à l’aide de régulateurs, entraînés par des minuteries, en face l’un de l’autre et à angle droit. Dans la bissectrice de l’angle se trouve placée une buse. Un débit convenable de métal est assuré par l’avancement des deux fils dans le rapport de 1,4 (positif) à 1 (négatif) et parla trépidation constante de l’un d’eux sous l’action d’un électro-aimant. Dans ces conditions, l’arc ne se rompt jamais et le vent violent qui s’échappe de la huse entraîne une véritable pluie métallique. La figure 5 permet de comprendre aisément comment fonctionne ce nouvel appareil.
- D’autres substances que les métaux peuvent être également projetées, comme le verre ou les émaux;
- Fig. 2.
- Détail de l’extrémité du chalumeau.
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- 392 LA MÉTALLISATION A FROID
- il semble inutile de dire que, pour la fusion de ces corps non conducteurs, l’arc électrique ne peut être employé, ni même, pour d’autres raisons, le pistolet ordinaire à chalumeau. Le verre fondu est entraîné par un appareil spécial avec un courant de gaz chauds.
- Le côté le plus curieux de ce procédé, est la basse température à laquelle se produit le dépôt, surtout avec des métaux fusibles, comme le zinc ou même
- Fig. 3.
- Coupe du pistolet Schoop.
- l’aluminium. Des corps très combustibles comme le papier ou la paille, des corps très inflammables comme les poudres sans fumée, peuvent être recouverts de zinc, d’aluminium sans qu’il y ait prise de feu. Et c’est là ce qui est le plus intéressant dans la guerre actuelle, ainsi que nous le verrons plus loin.
- Il est naturel de se demander comment les métaux ne brûlent point, c’est-à-dire ne sont pas complètement transformés en oxydes, quand ils sont fondus et pulvérisés au contact de l’air. Line première réponse est fournie par la formation de dépôts de tous les métaux, d’aluminium, étendus et denses, èt même de magnésium. Tout le monde connaît ce-pèlïdant les résultats obtenus en aluminothermie avec l’aluminium en poudre et surtout l’utilisation du magnésium soit en poudre, soit en fil, pour la photographie instantanée ou pour un éclairage intense.
- L’oxydation ou combustion des métaux se produit néanmoins, mais en proportion très faible, 2 pour 100 tout au plus, même avec les métaux qui ne fondent qu’au-dessus de 1000.
- La composition des alliages est également modifiée et la teneur du plus oxydable d’entre eux diminue un peu celle du zinc, par exemple, dans le laiton ou le maillechort. Voici les modifications subies par un échantillon de laiton et un de maillechort (1) :
- Laiton.
- Cuivre .... . . 65,54 °/0 Cuivre .... . . 66,10 o/0
- Plomb .... . . 0,39 Plomb .... . . 0,39
- Zinc . . 34,03 Zinc . . 33,46
- Nickel. .... . . néant. Nickel ....
- Fer. . . Fer
- Étain . . — Étain . . —
- Oxygène . . . . . traces. Oxygène. . . . . . traces.
- Maillechort.
- Cuivre .... . . 60,29 o/0 Cuivre .... . . 62,38 °/0
- Nickel .... . . 23,01 Nickel .... . . 23,70
- Zinc . . 15,08 Zinc . . 12,50
- Fer . . 1,00 Fer . . 0,05
- Manganèse . . . . 0,44 Manganèse . . . . 0.43
- Plomb ... . . 0,10 Plomb .... . . 0,10
- Cobalt .... Cobalt .... . . traces.
- Silicium. . . . Silicium, . . . . . traces.
- 1. Conférences du capitaine Nicolardot. Soc. d’encouragement. Conserv. des Arts et Métiers. Soc. industrielle de Rouen.
- Ces variations de composition et les proportions d’oxyde formé changent avec la pression de l’air et la nature des gaz.
- Une seconde question se pose, celle de savoir quelle continuité peuvent posséder de semblables dépôts, formés par l’accolement et la superposition de petites vésicules métalliques, lancées, il est vrai, en très grand nombre et au hasard. Ces dépôts, tels quels, arrêtent cependant les gaz dans les réserves de cémentation, les rayons X avec les étoffes métallisées; mais dans le cas des liquides, à cause de la tension superficielle, il y a fort souvent pénétration et cela surtout avec les métaux fusibles et mous, comme le plomb, qui devraient, semble-t-il, s’étaler, se mouler plus facilement. À l’aide d’un brunissage à froid et surtout à chaud, les dépôts deviennent continus.
- Il est intéressant de constater, que, dans certains cas, il faut laisser au dépôt toute sa porosité, parfois même, il y a avantage à l’augmenter; les dépôts s’imprègnent de sels insolubles qui colmatent les vides et forment ainsi un ciment continu, solidement maintenu par une carcasse métallique.
- L’adhérence des dépôts est d’autant plus grande que la surface, sur laquelle le métal doit être projeté, a été mieux nettoyée et rendue plus rugueuse, et le meilleur moyen d’y arriver consiste à décaper au jet de sable. Sur une surface polie, le dépôt arrive à tenir, mais moins énergiquement. Cependant, avec l’appareil cyclone, il avait été possible d’étamer des glaces. Or, les dépôts électrolytiques de cuivre, effectués sur une surface polie, se
- Fig. 4.
- Appareil de pulvérisation) électrique.
- détachent très aisément, comme chacun sait, et, par ce procédé, il est possible d’obtenir avec une plaque d’un poli parfait des plaques d’un poli comparable et cela en nombre indéfini, alors que le polissage mécanique est long et coûteux.
- Le dépôt obtenu est lui-même plus ou moins rugueux, et ceci a une certaine importance, quand le dépôt doit être parfaitement poli, les frais de polissage augmentant avec la grosseur du grain. La finesse du grain dépend d’un grand nombre de
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- LES RACES EUROPEENNES
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- facteurs : diamètre du fd, vitesse de déplacement, forme du chalumeau, disposition de l’air autour de la buse, longueur du dard et surtout pression de l’air. L’habileté de l’opérateur y entre aussi pour une large part.
- Ces procédés ont pu être appliqués dans un très grand nombre d’industries et en ce moment même de production intensive de munitions, des obus peuvent être dissymétriques ou être tournés dans des barres renfermant des soufflures, parfois même de petites cavités. Or, rien n’est plus'simple que de remplir ces cavités ou de boucher ces pores par une pluie de zinc ou d’étain, même quand ils sont
- chargés de mélinite. La méli-
- Fig. 5.
- Pistolet à métalliser
- ni te aurait-elle même coulé à travers ces pores, qu’elle pourrait être métallisée sans aucun danger, d’abord par une couche d’étain pur, puis par un dépôt de cuivre. Il y aurait d’ailleurs intérêt, par excès de précaution, à soumettre les obus, avec une presse puissante, à l’action de l’huile de lin cuite qui dissoudrait l’excès de mélinite, fermerait déjà les pores et n’empêcherait pas de métalliser ensuite les obus, après léger flambage ou dessiccation, suivis ou non d’une métallisa-tion à froid On arriverait ainsi à utiliser des obus fabriqués avec des métaux, remplis de cavités, sans crainte d’éclatements prématurés, par suite de l’inflammation de la charge sous l’action des gaz de la poudre.
- L’ogive dissymétrique de certains obus pourrait peut-être être grossie dans la partie insuffisante avec du zinc, puis avec du cuivre, afin de former une couche plus résistante et aussi afin d’éviter de graisser l’acier des pièces. Les obus, après un nouveau tournage, seraient ainsi centrés et pourraient être utilisés comme les obus bien tournés; on éviterait des battements dans l’àme, dangereux pour la sécurité des pièces et du personnel. 11 y aurait intérêt même à ne pas polir le dépôt, peut-être même à le
- rendre rugueux, afin d’utiliser une observation de nos alliés les Anglais. En Angleterre^), vers 1913, les artilleurs ont cherché à réduire l’usure des canons, moteurs à explosion d’un rendement assez faible et d’une durée plus faible encore, et pour éviter d’user les cloisons, les obus ont été revêtus d’un enduit, empêchant, pendant le tir, tout contact entre le métal de l’enveloppe du projectile et celui de l’âme; au début, on s’est servi d’un lubrifiant, mais sans avantage. r-r, en Angleterre, des résultats intéressants auraient été obtenus avec une matière non lubrifiante. Si ces premiers résultats étaient confirmés, il y aurait là pour notre artillerie une donnée des plus intéressantes. Comme il est nécessaire que la surface de l’obus soit rugueuse pour que
- l’enduit adhère énergiquement et ne se décolle pas au moment du tir, il y aurait par suite intérêt à augmenter la grosseur du grain. Des milliers de projectiles dissymétriques pourraient être tirés, au lieu d’être laissés au rebut.
- Enfin, par la facilité de pulvériser tous les métaux, il est possible de revêtir les parois intérieures de certains obus spéciaux avec des métaux plus résistants que l’acier à l’action des produits, offerts aux Allemands, de les plomber par exemple, d’y déposer une couche d’aluminium ou d’émad.
- Nicolas Flamel.
- LES RACES EUROPÉENNES
- 11 est inexact de dire, comme on le fait souvent dans les quotidiens, que la guerre qui ensanglante l’Europe est une guerre de races, car, d’une part, il n’y a peut-être pas une seule puissance européenne — à part, peut-être, et encore jusqu’à un certain point, le Portugal— qui soit de race homogène et, d’autre part, la même race peut se rencontrer identique à elle-même et toute aussi pure chez des peuples, politiquement, très distincts. Les races européennes sont, en réalité, assez peu nombreuses et, parfois assez peu distinctes les unes des autres, ce qui n’a pas empêché, cependant, certains anthropologistes de les considérer comme de véritables espèces et de leur donner même des noms spécifiques, comme on le fait pour les animaux et les plantes (Homo europæus, Homo meridionalis, Homo
- alpinus, etc.), ce qui est certainement très exagéré.
- On a proposé de nombreuses classifications des races européennes et il serait fastidieux de les énumérer. L’une des plus rationnelles paraît être celle de M. J. De-niker, que nous suivrons dans cet article pour éclaircir un peu la question, terriblement embrouillée, sur laquelle les idées sont généralement vagues, en laissant de côté les autres races d’origine extra-européenne (turque, mongole, ougrienne, Japone, etc.) que l’on rencontre aussi sur le continent européen.
- Pour M. Deniker, il y a, en Europe, deux races blondes, une dolichocéphale (2), de. grande taille (race
- A. A rnis and Explosives, 1er nov. 1913.
- 2. La forme générale de la boîte crânienne, vue par-dessus, est celle d’un ovoïde plus ou moins globuleux ou allongé,
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- Nordique) et une sous-brachycéphale, assez petite (race Orientale), et quatre races brunes, deux de petite taille, dont l’une est dolichocéphale (race Ibéro insulaire), Pautre brachycéphale (race Occidentale) et deux de grande taille, l’une soup-iolichocéphale (race Littorale), l’autre brachycéphale [race Adriatique). Il y a aussi quatre races secondaires, deux se rattachant aux blonds, deux intermédiaires entre les blonds et les bruns.
- La Race Nordique, dite aussi race Kymnque (Broca) est presque exclusivement groupée dans le Nord de l’Europe : Suède, Norvège (sauf la côte Ouest), Danemark, Nord de l’Ecosse, Nord et côte Est de l’Angleterre, Irlande (sauf le Nord-Ouest), îles septentrionales des Féroë, Hollande (au Nord du Rhin), les pays Frisons, l’Oldenbourg, le Schleswig-Holstein, le Mecklembourg, les provinces Baltiques de la Russie, les Tavastes de la Finlande. Ses caractères principaux sont : une taille élevée (1 m. 73 en moyenne), des cheveux blonds, souvent roussàtres, ondulés ; des yeux clairs, généralement bleus; une tête allongée, dolichocéphale, dont l’indice, sur le vivant, varie de 76 à 79; une peau d’un blanc rosé ; une face allongée, avec un nez proéminent, droit.
- Il s’y rattache une race secondaire, dite Sub-Nordique, répandue surtout dans l’Allemagne du Nord, parmi les Letto-Lithuaniens, en Finlande, sur la côte Ouest de la Norvège ; cette race, blonde, mésocéphale, de grande taille, a la face anguleuse, le nez retroussé, les cheveux droits.
- La Race Orientale est représentée par les Blancs-Rus-siens, les Poliechtchouki des marais de Pinsk, certains Lithuaniens, et, plus ou moins mélangés, les Yéliko-rousses ou Grands Russiens du Nord et du Centre de la Russie, ainsi qu’en Finlande et en Prusse orientale. On la reconnaît à sa taille peu élevée (1 m. 63 à 1 m. 6-4 en moyenne), une tête modérément arrondie (82 à 83 d’indice céphalique sur le vivant), des cheveux droits, d’un blond cendré ou de filasse, la face carrée, le nez souvent retroussé, les yeux bleus ou gris. Il s’y rattache une race secondaire (Race Vistulienne), blonde, mésocéphale, de très petite taille, qui se rencontre fréquemment chez les Polonais et les Kachoubes.
- La Racé Ibéro-insulaire, qui se rencontre dans la presqu’île Ibérique, les îles de la Méditerranée occidentale, un peu atténuée en France (Angoumois, Limousin, Périgord) et en Italie (au Sud de la ligne Rome-Ascoli), présente une taille très petite (1 m. 61 à 1 m. 62), une tête très allongée (indice céphalique : 73 à 76), des cheveux noirs, parfois bouclés, des yeux très foncés, une peau basanée, un nez droit ou retroussé.
- La Race Occidentale, dite aussi Cévenole, qui n’est autre que la race Celtique ou Rhétienne, Celto-slave, Ligure, etc. (d’autres anthropologistes), est [bien nette dans l’extrême Ouest de l’Europe, dans les Cévennes, sur le Plateau Central, les Alpes occidentales; elle est
- caractère de premier ordre en anthropologie. Pour exprimer, mathématiquement, ces variations, on a recours à l'indice céphalique, qui est le rapport de la longueur du crâne à sa plus grande largeur. Le premier de ces chiffres étant réduit uniformément à 100, on a, pour les crânes très ronds, un indice de 85, 90, et même, parfois, 100 ; pour les crânes allongés, l’indice est de 70, (35, jusqu’à 58. Avec Broca, les crânes ayant des indices variant de 77,7 à 80 sont dits méso-céphales ; ceux dont les indices sont inférieurs aux précédents sont dits sous-dolichocéphales (jusqu’à 75) ou dolichocéphales (au-dessous de 75); enfin ceux dont l’indice céphalique est au-dessus de 80 sont dits tous-brachycéphales (jusqu’à 83,3) ou brachycéphales (au delà de 85,3).
- un peu atténuée en Bretagne (sauf le Morbihan), dans le Poitou, le Quercy, la moyenne vallée du Pô, en Ombrie, dans une partie de la Toscane, en Transylvanie ; on la retrouve aussi, mélangée à d’autres races, depuis le bassin de la moyenne Loire jusqu’au bassin du Dnieper, passant par le Piémont, la Suisse centrale et orientale, la Carinthie, la Moravie, la Galicie, et la Podolie, ainsi que dans l’Italie méridionale. C’est une race brune, très brachycéphale (indice céphalique : 85 à 87), de petite taille (1 m. 63 à 1 m. 64), aux cheveux bruns ou noirs, aux yeux d’un brun clair ou foncé, à la face arrondie, au corps trapu.
- La Race Littorale a une répartition singulière puisqu’on ne la trouve nulle part à plus de 200 ou 250 km de la mer. Elle est répandue, soit pure, soit mélangée, sur le pourtour de la Méditerranée, depuis Gibraltar jusqu’à l’embouchure du Tibre, et, aussi, sur plusieurs points du littoral Atlantique, en particulier de Gibraltar à l’embouchure du Guadalquivir, dans le golfe de Gascogne et dans la basse vallée de la Loire. Brune, mésocéphale (79 à 80 d’indice céphalique), de grande taille (1 m. 66), elle se remarque encore par la coloration très foncée des cheveux et des yeux. Il semble qu’on doive lui rattacher une race secondaire [Nord-Occidentale), répandue dans le Nord-Ouest de l’Irlande, le pays de Galles, l’Est de la Belgique, et caractérisée par sa grande taille, sa sous-dolichocéphalie, ses cheveux châtains.
- La Race Adriatique, dite aussi Dinarique, est bien caractérisée sur le pourtour de l’Adriatique du Nord, la Bosnie, la Dalmatie, la Croatie. « On la trouve aussi, dit M. Deniker, dans la Romagne, la Vénétie, parmi les Slovènes, parmi les Ladins du Tyrol, parmi les Romanches de la Suisse, ainsi que dans les populations du pays qui s’étend, du Sud au Nord, depuis Lyon jusqu’à Liège, entre la Loire et la Saône d’abord, puis sur le plateau de Langres, dans les hautes vallées de la Saône et de la Moselle, ainsi que dans les Ardennes. Dans tous ces pays, la race Adriatique apparaît avec ses caractères essentiels : taille élevée (1 m. 68 à 1 m. 72 en moyenne), extrême brachycéphalie (85 à 86 d’indice céphalique), cheveux bruns ou noirs ondulés; yeux foncés, sourcils droits; face allongée, nez fin, droit ou aquilin; teint légèrement basané. Les mêmes caractères, un peu atténués, se rencontrent chez les populations de la basse vallée du Pô, du Nord-Ouest de la Bohême, dans la Suisse Romande, en Alsace, dans le moyen bassin de la Loire, parmi les montagnards Polonais et Ruthènes des Carpathes, et, enfin, parmi les Malorousses ou Petits Russiens et, probablement, parmi les Albanais et les habitants de la Serbie. On peut rattacher à cette race principale une race secondaire, un peu moins grande (taille moyenne : 1 m. 66) et moins brachycéphale (indice céphalique moyen de 82 à 85), mais ayant les cheveux et les yeux plus clairs. Cette race, que l’on pourrait appeler Sub-Adriatique, issue probablement du mélange de la race principale avec les grands mésocéphales blonds (race secondaire Sub-Nordique), est répandue dans le Perche, ja Champagne, PAlsace-Lorraine, les Vosges, la Franche-Comté, le Luxembourg, la Zélande (Hollande), le pays Rhénan, la Bavière, le Sud-Est de la Bohême, l’Autriche allemande, le centre du Tyrol, et une partie de la Lombardie et de la Vénétie. ))
- On voit que si toutes ces races, ou même, seulement, quelques-unes, se faisaient la guerre, la conflagration actuelle ne serait, auprès d’elle, qu’un jeu d’enfant, et, rien qu’en France, nous aurions bien une bonne douzaine de conflits belliqueux. Henri Coüpix.
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- L’EAU POTABLE AU FRONT
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- L’alimentation en eaux potables est un problème d’une importance capitale. Depuis plusieurs années, l’eau est considérée comme le véhicule de nombreux germes pathogènes. Fièvre typhoïde, diarrhées rebelles, choléra, etc., auraient comme cause l’absorption d’eau souillée.
- En temps de paix, le problème de la captation et de l’épuration de l’eau est déjà malaisé. Cependant, dans chaque caserne, des filtres de divers systèmes, installés et surveillés, augmentent sa potabilité. Sur le front, des facteurs plus compliqués encore interviennent. Il faut : 1° se procurer de l’eau; 2° véri-
- leurs cités ouvrières alimentées en eau, stérilisée à l’usine. Ici tous les systèmes sont mis en œuvre. Bassins à sables filtrants, système Miquel et Gam-bier, action des rayons ultra-violets, etc. A l’usine Solvay (Dombasle, Meurthe-et-Moselle), on emploie un système particulier : l’eau, décantée dans, plusieurs bassins, est traitée par la chaux vive, résidu de fabrication. On fait passer dans le liquide un courant d’acide carbonique. La chaux précipite sous forme de carbonate de calcium. On introduit un léger excès d’acide carbonique destiné à laisser subsister dans l’eau la quantité de bicarbonate de calcium nécessaire à la rendre alimentaire.
- Sur le front, en dehors des grandes agglomérations, les difficultés deviennent considérables.
- C’est pourquoi l’alimentation des armées françaises en eau potable a été récemment et spécialement organisée et réglementée. Il ne nous est pas permis
- Fig. /.— Conduite d’eau potable dans les tranchées et lavabos pour la troupe.
- fier sa nature ; 3° l’assainir s’il y a lieu.
- Le premier point, si simple à première
- vue, est rempli de Fig. 2.
- difficultés. Les armées, cantonnées
- dans les villes et les villages près du front, s’alimentent aux mêmes sources que la population. Toutefois, dans la plupart des villages, les eaux captées ne sont jamais épurées ni même habituellement surveillées. Le mal, à première vue, ne paraît pas grand lorsqu’il s’agit de sources. Mais, à la suite des grandes batailles, les cadavres nombreux enterrés dans les champs ont pu polluer l’eau de ruissellement. Celle-ci contamine, en allant les grossir, les filets souterrains. D’autre part, il faut compter avec les fumiers que chaque villageois, même retiré de la culture, se croit, partout, obligé d’entretenir devant sa porte ; toutes ces eaux impures, captées ensuite dans des endroits très éloignés, peuvent être l’origine d’épidémies graves. 11 en va tout autrement dans les centres industriels comme ceux de 'l’Est. La plupart des Sociétés ont
- Abreuvoirs, pour les chevaux d’une division, alimentés par des pompes à vapeur.
- de faire connaître les détails de cette salutaire innovation; nous pouvons seulement déclarer qu’elle fonctionne avec intensité pour le plus grand bien de nos troupes combattantes et avec les plus utiles résultats.
- Les problèmes à résoudre pour fournir une quantité d’eau potable suffisante aux hommes et aux chevaux diffèrent selon la nature du sous-sol. On devine que, dans les sables et les dunes voisins de la mer du Nord, la manière de trouver de l’eau n’est pas la même que dans la craie de la Champagne. Il nous est interdit de décrire ces procédés; nous dirons simplement qu’on a déjà aménagé ou curé un très grand nombre de sources et puits entre Dunkerque et Belfort. Chaque eau captée doit être analysée séparément pour éviter des mécomptes. Il est arrivé qu’une source ayant été trouvée bonne à l’ana-
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- 396 .. . :. ...-.- L’EAU POTABLE AU FRONT
- lyse, fut mélangée avec des eaux non analysées. Tout ., le travail de captation était alors perdu, l’analyse de l’eau provenant du mélange des sources indiquant des propriétés purgatives nuisibles aux hommes.
- L’eau prise aux puits ou fontaines est amenée souvent au moyen de motopompes aux tranchées dans des foudres attelés de chevaux, déversée dans des tonneaux (fig. 1), et livrée à la consommation, après stérilisation préalable. On a dù se résoudre également aux transports d’eau, selon différents modes.
- Pour les localités où les ressources en eau souterraine étaient insuffisantes, nous citerons seulement celui qui a été offert et décrit par le Touring-Club de France. Cette Association a fourni à l’armée .cent vingt voitures portant un appareil de filtrage (’) à l’hypochlorite de soude.
- L’alimentation des. chevaux a présenté des difficultés particulières qui ont été heureusement résolues (fig. 2). On a même installé, chaque fois que .cela s’est trouvé possible, des bassins-piscines (fig. 4) :p,our faciliter aux hommes des ablutions complètes.
- Gomme la qualité des eaux rencontrées était rarement satisfaisante, des circulaires ont complété l’instruction ministérielle du 27 octobre 1914 pour l’épuration des eaux de boisson à l’armée.
- Le procédé le plus efficace est toujours l’ébullition de 10 à 15 minutes quand elle est praticable et quand le refroidissement peut être réalisé. Les procédés physico-chimiques sont au nombre de 5 : 1° Hypochlorite de soude (javellisation) ou de chaux ;
- — 2° Divers systèmes de filtres portatifs (Garret,etc.);
- — 3° l’Épuration par l’iode.
- Pour déterminer la potabilité de l'eau il faut la vérifier sous le triple point de vue : toxicologique, chimique, bactériologique.
- En outre, en prévision des ihouvements en avant, on a dû se préoccuper de l’empoisonnement des fontaines par l’armée ennemie se retirant sous la poussée de nos troupes. On a donc créé des Laboratoires mobiles de toxicologie. À juste titre la direction en a été confiée aux pharmaciens-majors choisis parmi les plus compétents, ayant reçu à Paris, au Val-de-Grâce, un enseignement complémentaire spécial. Ces chimistes sont, le plus souvent, attachés aux groupes de brancardiers de corps. Leur position est mal choisie. Ils sont là en première ligne, sous les obus, à la merci d’une contre-attaque, dans les plus mauvaises conditions possibles pour faire des analyses. Les toxicologues devraient être attachés aux médecins divisionnaires. Lors de l’occupation d’un village par nos troupes, un agent de liaison, à bicyclette ou motocyclette, apporterait l’eau à analyser. Le chimiste examinerait sa potabilité au point de vue alimentaire. Il rechercherait par l’acide chlorhydrique la présence du plomb et du mercure, par l’hydrogène sulfuré et le sulfhydrate d’ammoniaque la présence de l’arsenic, de l’anti-
- 1. Établies par M. Buron et coûtant 4800 fr. chacune. Voy. l’article du lieutenant-colonel Colmet d’Aage dans la Revue du Touring-Club de France, juillet-octobre 1915, p. 78.
- moine, du cuivre. La réaction du bleu de Prusse indiquerait la présence des cyanures. Les réactifs généraux lui permettraient de caractériser les alcaloïdes sans, bien entendu, en préciser la nature. En quelques heures l’analyse serait faite dans de bonnes conditions et les résultats transmis.
- Au point de vue chimique, les pharmaciens-majors des formations sanitaires (groupes de brancardiers de corps, de brancardiers divisionnaires, des hôpitaux, des ambulances, etc.) examinent si l’eau est potable. Ils ont à leur disposition les appareils et réactifs nécessaires ; pour réduire ces derniers au minimum, les plus usuels sont mis en comprimés titrés. Ces analyses succinctes sont très suffisantes pour permettre de dire si l’eau peut être consommée.
- D’autre part, il existe dans chaque région un laboratoire d’armée (fig. 3) à poste aussi fixe que possible, possédant le matériel nécessaire aux recherches les plus complètes. Il comprend comme personnel : un médecin chef de service et un médecin-major' pour les études bactériologiques; un pharmacien-major pour les études chimiques,'un médecin auxiliaire et un groupe d’infirmiers pour l’application des mesures prophylactiques. C’est là que sont examinées périodiquement et systématiquement les eaux des régions occupées par les troupes. Les prélèvements sont exécutés aux pompes, aux robinets ou aux points de captation par un des bactériologistes du laboratoire. Quelques spécialistes ensemencent sur place dans les milieux de culture. Nous pensons que la meilleure méthode est la suivante : recueillir l’eau dans des flacons, étiquetés, stérilisés, bouchés dans des tubes de fer-blanc; placés, une fois remplis, dans la sciure de bois et la glace pilée, rapportés rapidement au laboratoire, les déplacements se faisant en autos.
- Pour chaque échantillon, il . est alors procédé à la numération bactérienne, à la recherche et la numération du bacille coli communis d’Escherisch, la rencontre de cette espèce indiquant la possibilité de l’existence du Bacille typhique d’Éberth, et la présence de cette dernière espèce étant le plus souvent impossible à constater dans l’eau.
- Pour ces recherches nous employons la méthode simplifiée de Vincent.
- Une eau contenant par litre 4 000 coli est considérée comme mauvaise, 200 suspecte, 100 bonne.
- L’analyse chimique détermine la matière organique, le degré hydrotimétrique, le dosage des chlorures et la recherche des nitrites.
- Les résultats, envoyés aux directeurs de service de santé, sont transmis aux médecins divisionnaires. L’appréciation de la qualité de l’eau est exprimée par un seul mot : Bonne, suspecte, mauvaise, dangereuse. Elle est basée sur l’ensemble des recherches chimiques et bactériologiques. Toutefois, une eau considérée par le chimiste comme bonne et mauvaise par le bactériologiste, est rejetée et vice versa, fait rare, les résultats
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- L’EAU POTABLE AU FRONT
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- étant le plus souvent concordants. Dans le rapport, il est également fait mention des défauts de la captation, des causes de souillures (proximité de fumiers, de cadavres, etc.), des méthodes susceptibles d’y remédier. Les nettoyages et les travaux de protection exécutés, lesana-lyses suivantes montreront si une eau, de suspecte, est devenue bonne, ce qui arrive souvent. Lor>que l’analysecom-plète classe l’eau comme bonne, celle-ci peut être consommée en nature. Dans les pays où l’eau de la source ou du puits unique est suspecte,
- 11 faut chercher un moyen de rendre l’eau potable. Dans les premiers temps on employait la teinture d’iode, 2 à 5 gouttes par litre — le permanganate de potasse, 1 ou 2 cristaux pour rendre l’eau rosée, — ou mieux le permanganate de calcium, avec lequel la matière organique étant précipitée, l’eau est à peine colorée. La meilleure méthode de stérilisation serait, répétons-le, l’ébullition, malheureusement elle est difficilement applicable. Aujourd’hui on a recours à la javellisation dont la pratique a été expliquée par des instructions du service de santé des 26 juin et
- 12 juillet 191 o. L’eau est placée dans des tonneaux
- de nouveau ne présente aucun goût, peut être consommée de suite, et l'analyse faite immédiatement ne montre plus de bactéries. L’eau est ensuite placée dans des tonneaux abrités et surveillés sur lesquels on place l’étiquette « Eau potable ». Il faut
- Fig. 4. — Une piscine dans un cantonnement de repos.
- et clarifiée par décantation. On la traite ensuite par l’eau de Javel à 100°, à raison.de 3 gouttes par litre. Le liquide présente un léger, goût. On peut le faire disparaître en ajoutant, après quelques heures de contact, 2 gouttes par litre d’une solution d’hy-posulfite de soude à 10 pour 100. L’eau décantée
- Fig. 3. — Intérieur d'un laboratoire d’armée.
- renoncer à mettre l’indication « Eau javellisée », car les hommes ne la consomment alors qu’avec répugnance.
- Quant à la population, elle considère cette eau comme « trafiquée et même empoisonnée ». Dans nombre de localités le prix du vin, réglementé, permet aux poilus d’additionner leur eau de 0 pinard » comme ils disent. Or, il est aujourd’hui admis que dans l’eau rougie les bacilles pathogènes. ne vivent pas.
- Mentionnons enfin les poudres Lambert et Laurent au permanganate, recommandées par la circulaire ministérielle; le procédé à Yhypo-chlorite de calcium de Vincent et Gaillard.
- On voit par ce qui précède l’utilité de ces laboratoires : l’enrayement, la localisation des épidémies, circonstances auxquelles on doit l’excellent état sanitaire de nos troupes constaté durant toute la campagne.
- En résumé, on est en droit d’affirmer que, sur le front des armées françaises, la question de l’alimentation en eau potable est, depuis cet été, résolue de façon satisfaisante.
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- LA MORT PAR DÉCOMPRESSION
- Après chacune des batailles actuelles on constate que si la plupart des cadavres portent des traces de projectiles, d’autres au contraire, sans blessures apparentes, conservent l’attitude qu’ils avaient au moment où la mort les a surpris. On s’est demandé souvent à quelle cause rattacher ce phénomène, et les physiologistes les plus avertis avaient prudemment laissé le problème sans solution en attendant que la lumière vint se faire d’elle-même.
- 11 est un fait incontestable, c’est que les soldats ainsi atteints avaient été frappés à proximité du point de chute d’un projectile : l’obus brisant du 75, particulièrement, avait causé fréquemment de ces effets. Or il était impussible d’incriminer les gaz produits par l’explosion, car les explosifs employés ne dégagent que des gaz oxyde de carbone et cyanogène ne provoquant la mort que d’une façon relativement lente. On se contentait donc d’admettre, en la circonstance, la mort par foudroiement, provenant d’un arrêt instantané de la circulation du sang, sans parvenir à expliquer le mécanisme de ce curieux phénomène.
- Les choses en étaient là lorsque M. Àrnoux, prenant la parole à la Société des Ingénieurs civils de France, raconta à ses auditeurs qu’un officier supérieur français commandant sur le front, avait fait parvenir à un de ses amis un baromètre anéroïde de poche mis hors d’usage par l’explosion, dans son voisinage, d’un gros obus allemand chargé d’explosif brisant. En procédant à l’examen de ce petit baromètre, on s’aperçut qu’il était simplement dérangé. L’arrêt de son fonctionnement était dû à ce fait que l’un des deux leviers de transmission des mouvements de la boîte anéroïde à l’aiguille indicatrice, qui normalement appuie sur l’autre levier, avait passé sous ce dernier. Ce dérangement, qui n’avait pu se produire que par le gonflement anormal de la boîte anéroïde, était dû sans aucun doute à une dépression barométrique considérable et le petit instrument avait fonctionné comme un baromètre à minima.
- Les deux leviers furent remis dans leur position normale, puis l’instrument placé sous la cloche d’une machine pneumatique. La pression barométrique descendant peu à peu à l’intérieur de la cloche, l’expérimentateur constata que le surpassement des deux leviers se reproduisait lorsque celle pression descendait à 410 mm de mercure, pression correspondant sensiblement à celle que l’on observe au sommet du Mont Blanc dont l’altitude est de 4810 m.
- On pouvait logiquement en conclure que l’explosion de l’obus avait provoqué une dépression barométrique très brève, d’au moins 550 mm de mercure (760 — 410) correspondant, d’après les formules admises en aérodynamique, à une vitesse de refoulement de l’atmosphère de 276 m. par seconde et à une pression dynamique de 10 560 kg
- par mètre carré. Sous une telle pression tous les objets situés à proximité sont jetés sur le sol, et les êtres animés physiologiquement écrasés par ce violent déplacement d’air ; mais ceux placés à l’abri derrière un obstacle quelconque, ne peuvent être atteints que par la dépression statique de l’atmosphère ambiante.
- A la suite de cette première constatation, il était logique d’établir un rapprochement entre les effets de cette dépression sur le baromètre anéroïde et sur l’organisme humain. Or, on connaissait depuis longtemps les effets de la dépression barométrique sur l’homme pour les avoir observés en aéronautique. Une ascension trop rapide n’avait-elle pas causé la mort de Sivel et Crocé-Spinelli à bord du ballon le Zénith au mois d’avril 1875? On savait, en effet, que l’air et l’acide carbonique en dissolution dans le sang, dans une proportion d'autant plus grande que la pression atmosphérique est plus élevée, se dégagent du sang en formant de petites bulles gazeuses lorsque cette pression vient à diminuer. C’est exactement ce qui se produit lorsqu’on débouche une bouteille d’eau gazeuse ou de champagne. Mais alors que les bulles passent facilement par le goulot de la bouteille, elles sont arrêtées au contraire, en raison de leur volume, dans les vaisseaux capillaires qu’elles obstruent en arrêtant instantanément la circulation du sang.
- Le phénomène n’est dangereux que si la dépression à laquelle se trouve soumis l’organisme est suffisamment rapide, car de cette rapidité dépend le volume des bouchons gazeux; ces derniers peuvent être, en effet, très nombreux sans occasionner aucun trouble tant qu’ils restent de dimensions inférieures au diamètre des vaisseaux capillaires qu’ils peuvent alors parcourir sans difficulté. La mort par décompression n’est foudroyante et ne demeure définitivement acquise que parce que la dissolution de ces gaz dans le sang s’opère beaucoup plus lentement que leur libération qui est instantanée; elle s’effectue même très lentement, obstruant d’un seul coup tous les vaisseaux. C’est ce que l’on appelle la mort par embolie gazeuse.
- Le phénomène produit par l’éclatement des projectiles était donc connu depuis longtemps. Observé en aéronautique, il l’avait été également chez les scaphandriers dont plusieurs ont été les victimes de cette dépression. Travaillant parfois à des profondeurs de 25 à 50 m. et étant soumis par conséquent à des pressions de 2 1/2 à 5 atmosphères, leur retour à la pression normale ne peut se faire que très lentement afin de permettre aux gaz accumulés dans le sang par la forte pression subie, de s’échapper en petites bulles, de se libérer progressivement pendant la remontée. Certains ouvriers qui travaillent dans les chantiers à air comprimé à l’intérieur des caissons, et où cependant la pression dépasse rarement 2 atmosphères, observent parfois
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- ce phénomène qui n’est pas dangereux, mais peut les immobiliser pendant plusieurs jours. Si l’éclusage de sortie se fait trop rapidement une bulle de gaz reste en suspens dans un vaisseau et cause une vive douleur. Les chefs de chantiers parviennent souvent à dissoudre rapidement la bulle d’air en soumettant l’ouvrier à une nouvelle surpression suivie d’un retour très lent à la pression normale.
- En cas de surpression et de décompression violentes produites instantanément par la déflagration d’un explosif, l’embolie gazeuse atteint tous les vaisseaux de l’organisme et arrête instantanément tout travail musculaire, c’est, pourquoi les soldats ainsi atteints conservent l'attitude dans laquelle le double phénomène les a surpris. La mort est aussi foudroyante qu’un coup de foudre. L. 1
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- ÉCLAIRAGE EFFICACE DES RUES
- Ce n’est évidemment ni de Paris, ni de Londres qu’il s’agit, puisque par suite de la visite possible des zeppelins on y réduit l’éclairage au. strict minimum.
- Eclairer les carrefours ainsi que les endroits à mouvement intense, sans laisser filtrer la lumière vers le ciel, voilà le seul but qu’on y poursuit.
- Il est évident que, dès que la guerre sera terminée, la question du perfectionnement de l’éclairage public se posera de nouveau dans toute son ampleur. À mesure que les villes se développent, un bon éclairage des voies publiques devient une nécessité, de même que les bons pavés et les moyens de communication commodes. D’autre part, il faut tenir compte de ce que dans les grands centres industriels la vie sur les voies publiques ne s’interrompt pas pendant la nuit. La réparation des pavés, des lignes de tramway, le nettoyage des rues, l’arrivée des produits alimentaires aux Halles, etc., ont lieu pendant la nuit et exigent un éclairage intense.
- Dans l’heureuse Amérique, pour laquelle la guerre se traduit seulement par une augmentation de richesse, on continue à améliorer constamment l’éclairage des rues et les ingénieurs américains se sont appliqués à donner à chaque rue l’éclairage qui lui convient le mieux. M. Millar a fait à ce sujet à VAmerican Inslitule of Electrical Engineers, le 50 juin 1915, une communication très intéressante dont nous tirons quelques renseignements.
- Pendant les deux dernières années le rendement des appareils d’éclairage public a augmenté de 25 pour 100. Les lampes à incandescence (à ma-gnétite, à tungstène, consommant 0,5 watt par bougie) et les lampes à arc ont progressé simultanément. En même temps furent perfectionnés d’autres accessoires, notamment les diffuseurs. Les nouveaux diffuseurs à prismes permettent de régler à volonté la distribution et la répartition de la lumière. Leur défaut principal, dû à leurs faibles dimensions, est leur éclat excessif. Pour les globes diffuseurs on emploie actuellement des verreries spéciales translucides qui combinent une bonne diffusion avec une transmission élevée. Elles diminuent l’éclat des lampes et rendent l’aspect de la rue plus agréable. C’est la municipalité qui est chargée d’assurer l’éclairage public dont le bon fonctionnement nécessite des frais assez élevés et exige l’emploi de lampes ayant un rendement lumineux aussi intense
- que possible. Le mode de l’éclairage dépend naturellement de l’importance et du caractère de la rue : ainsi pour les voies principales élégantes et fréquentées, il faut un éclairage plus intense que pour les rues suburbaines bordées d’habitations privées.
- Mais, quoique les exigences des chauffeurs, piétons, agents de police ou négociants soient assez différentes, tous s’accordent à demander que :
- 1° Les grands objets, les irrégularités des obstacles delà chaussée et les trottoirs soient visibles;
- 2° La rue éclairée présente un bon aspect général. On distingue les objets dans les rues, pendant la nuit par leur contour, leur relief ou leur ombre. Le contour des objets est perçu lorsque leur luminosité est nettement différente de celle du fond sur lequel ils se détachent. Lorsque les objets sont plus sombres que le fond ôn les perçoit comme des silhouettes. Lorsque la surface d’un objet éclairé présente des aires de pouvoirs réflecteurs différents ou des parties plus ou moins favorablement inclinées par rapport aux rayons incidents, on a la sensation de relief. On perçoit les petits objets par leurs ombres quand ils interceptent des rayons lumineux très inclinés j1).
- La même rue, éclairée par des lampes installées dans l’axe de la voie (fig. 1) présente un tout auire aspect que lorsque les lampes sont installées sur la bordure des trottoirs (fig. 2). On a photographié les objets de différentes formes, mais de même couleur, placés successivement dans plusieurs positions par rapport aux lampes.
- Ainsi, la figure 5 représente les effets d’éclairage obtenus avec des lampes installées au milieu de la rue comme dans la figure 1. La figure 4 correspond à la figure 2 (lampes installées sur le bord des trottoirs). On voit bien, en comparant les figures 3 et 4, que les objets qu’on distingue le mieux reçoivent le moins de lumière et se détachent en silhouettes sur l’arrière-plan.
- Il existe quelques considérations importantes, mais malheureusement souvent négligées, telles que Yeffet de silhouette marqué dans tous les cas où les arrière-plans sont fortement éclairés et l’effet d'éblouissement, causé par le manque d’écartement entre la surface éclairée et la source de lumière. On voit très bien, d’après les figures 5 et 6, l’importance de ces effets. La réflexion par la surface des
- 1. Les ombres des grands objets ne sont pas utiles.
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- rues des images des lampes éloignées dépend de la nature du sol de ces dernières et donne parfois une impression d’uniformité d’éclairage.
- L’amélioration de la distribution de la lumière nécessite des accessoires d’éclairage perfectionnés, mais elle dépend aussi de l’emplacement des
- trical World, on a adopté à New-York les lampes à incandescence à tungstène, remplies de gaz, les substituant aux lampes à arc et les employant pour les installations nouvelles de l’éclairage. Pour les grands squares, les carrefours et les places, on a adopté les lampes de 750 watts, pour les voies à
- Fig-, 5. — L’automobile est visible non pas à cause de la lumière directe qui tombe sur elle, mais parce qu’elle forme une silhouette sur le fond brillant du sol éclairé au delà de la voiture.
- Fig. 6. —La vue est la même que celle de lafig. 5. Mais l’automobile apparaît moins nettement grâce à l’éblouissement produit sur l’œil par la source lumineuse visible. La voiture se distingue de mieux en mieux à mesure qu’on s’éloigne de l’image.
- lampes. Il faut éviter de laisser entre les lampes des espaces sombres ainsi que d’éclairer les objets par des lumières venant des directions différentes, car on diminue ainsi les contrastes et par suite la visibilité.
- Toutes ces considérations ont amené plusieurs municipalités de grands centres américains à effectuer des ehangements, soit partiels, soit complets, dans les appareils d’éclairage. Ainsi, d’après Elec-
- mouvement intense — celles de 500 watts, pour les autres rues — celles de 400 et de 500 watts. 600 lampes environ éclairant les ponts ont été remplacées par des nouvelles de 300 watts.
- Il est à espérer que les expériences d’Amérique ne resteront pas sans portée pour l’Europe, qui saura en profiter après la guerre. J. Vicilvuk,
- Ingénieur E. S. E.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Flcurus, 9, à Pans.
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- LA NATURE. — N8 2204
- 25 DÉCEMBRE 1915.
- LA HOUILLE BLANCHE EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE
- L'insuffisance de nos mines de charbon^) est heureusement compensée par l’abondance, dans notre pays, d’une autre source d’énergie, celle qu’Aristide Bergès avait surnommée la « houille blanche » et dont il avait admirablement pressenti l’avenir, en affirmant qu’elle éclairerait non seulement les rues des plus hauts villages alpins, mais aussi les chaumières des paysans et jusqu’à leurs étables.
- Du seul fait de leur altitude, les glaciers ont en puissance le travail mécanique et, par conséquent, l’électricité, la lumière, les actions chimiques et la
- Cependant, la plupart des chutes d’eau sont pratiquement inutilisables, parce qu’elles sont trop faibles ou trop inconstantes pour faire l’objet d’une fructueuse exploitation, et il n’y a pas grand’chose à attendre de forces intermittentes ou disséminées à l’excès. Mais, même en laissant de côté toutes les chutes incapables de fournir en toute saison un minimum de 200 chevaux, la richesse hydraulique de la France peut être évaluée à 5 857 000 chevaux. L’exploitation totale de cette houille blanche équivaudrait, avec les machines à vapeur actuelles, à la
- Fig. i. — Conduites forcées et canal
- chaleur. Les chutes d’eau, les torrents, les rivières et les fleuves qui ramènent à la mer l’énorme masse liquide que les radiations solaires avaient élevée au sommet des montagnes mettent en jeu des forces prodigieuses, indéfiniment renouvelées, et dont il ne tient qu’à nous de tirer parti.
- Chaque litre d’eau qui tombe de 1 m. de hauteur effectue un travail de 1 kilogrammètre, et la puissance de 1 cheval-vapeur représente 75 kilogram-mètres par seconde. Pour évaluer en chevaux-vapeur l’énergie qu’un cours d’eau est capable de fournir, il suffit donc de multiplier la hauteur de chute (exprimée en mètres) par le débit (en litres par seconde) et de diviser le produit par 75.
- 1. Yoy. n° 2175, du 22 mai 1915, et n° 2186, du 21 août 1915.
- de décharge de l’usine d’Avignonnet.
- consommation annuelle de 52 715 000 tonnes de houille noire, dont l’extraction aurait occupé plus de 150 000 mineurs. C’est plus que ne nous fournissent nos mines de charbon (40 millions de tonnes par an), et c’est presque ce que nous consommons actuellement (65 millions de tonnes).
- Il est intéressant de rapprocher notre situation à cet égard de celle de l’Allemagne : ce dernier pays ne dispose, en chutes d’eau, que de 1425 000 chevaux. Et son infériorité sera plus manifeste encore, si nous rapportons l’importance de ces forces à l’étendue des territoires à alimenter : l’énergie utilisable par mille carré est de 5,80 chevaux en France, tandis qu’elle n’est que de 1,18 cheval en Allemagne. La différence serait même beaucoup plus sensible, si nous basions notre comparaison
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- sur les chiffres des deux populations; mais quels sont aujourd’hui ces chiffres, et que seront-ils devenus, à la fin de la guerre ?
- Il convient d’ajouter que, sous le rapport des forces déjà mises en valeur, nos voisins sont actuellement plus avancés que nous : l’Allemagne utilise, dès à présent, près du tiers (54,2 pour 100) de ses forces hydrauliques, tandis que nous n’exploitons guère que 12 pour 100 des nôtres. Nous en prendrions volontiers notre parti, en songeant que nous avons en perspective de plus amples réserves pour l’avenir, s’il s’agissait de sources d’énergie susceptibles d’être conservées, à la façon de la houille noire. Mais la houille blanche qui n’est pas déjà captée est irrémédiablement perdue, et nous avons le plus grand intérêt à faire cesser sans plus tarder un regrettable gaspillage, ne serait-ce que pour ména-
- ger nos maigres provisions de combustibles. C’est d’ailleurs à quoi s’occupent activement les électriciens.
- Sans l’électricité, les forces dispersées de nos cours d’eau seraient demeurées pour la plupart stériles, parce que trop éloignées des centres d’utilisation, et seuls les courants à haute tension ont permis de réaliser économiquement le transport de l’énergie à de grandes distances.
- Jetons un regard sur la carte (fig. 2) dressée par la Société de l’Energie électrique du Littoral méditerranéen, qui a couvert de ses réseaux le Sud-Est de la France. Toutes les grandes usines hydrauliques établies dans cette région sont reliées les unes aux autres, de manière à assurer constamment le service de l’éclairage et de la force motrice dans les Alpes-Maritimes, le Var, les Bouches-du-Uhône, les Basses-Alpes, le Vaucluse, ainsi que dans une partie du Gard, des Hautes-Alpes et de la Drôme. Quatre cents communes, au moins, représentant une population de plus de 5 millions d’habi-
- tants, sont ainsi ou vont être à bref délai alimentées par les usines de Yentavon, de la Brillanne-Ville-neuve, de Saint-Sauveur, de Fontan, de laMescla, de Iffan-du-Yar, de la Siagne, du Loup, d’Aix et d’En-traigues, toutes raccordées à des sous-stations transformatrices et à quelques usines à vapeur de secours.
- D’autres usines hydro-électriques ont été construites, pour exploiter sur place la houille blanche, en vue d’applications métallurgiques ou électro-chimiques, et leur création a marqué l’éveil industriel d’une région jusque-là très pauvre et où presque aucune industrie n’avait pu auparavant prospérer ni même s’organiser.
- La fabrication électrolytique de la soude s’est concentrée dans les Alpes françaises, à proximité des savonneries de Marseille et des verreries de Lyon et de la Loire. Les hypochlorites décolorants,
- préparés dans la même région, suffisent largement aux besoins de notre industrie, et les chlorates et perchlo-rates y ont acquis une importance facilement explicable par la part qu’ils ont prise dans la composition de certains explosifs. C’est près de Chamonix, dans l’usine de Chedde, qu’est obtenue la checl-dite, en incorporant du chlorate de potasse à une solution de ni-tronaphtaline dans l’huile de ricin. Avant la guerre, ce produit était exporté, par grandes quantités, à l’étranger, notamment en Russie et en Allemagne. Il va sans dire qu’en ce moment l’usage en est réservé à nos propres armées.
- L’aluminium, extrait des bauxites du Var, occupe à présent plus de 700 ouvriers, dans l’usine de l’Ar-gentière-la-Bessée, qui' dispose d’une puissance de 49 000 chevaux empruntés aux eaux de la Durance et de la Gyronde. La production quotidienne de cet établissement est de 15 000 kg d’aluminium. Elle a notablement influé sur le cours de ce métal, qu’on nous importait encore d’Allemagne, en 1910, au prix de 5fr. 751e kilogramme. Le voici maintenant à 2 francs.
- Quant aux fabriques de carbure de calcium, elles s'étaient à ce point multipliées, que leur production en arrivait à dépasser de beaucoup la demande. Cette industrie était donc menacée d’une crise très grave, quand les chimistes ont trouvé à ses produits des applications nouvelles, qui lui ouvrent des débouchés presque illimités. Chauffé dans le foui-électrique, en présence de l’air, le carbure de
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- Lignes à So.ooo ou 3oooo v.
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- Cables souterrains
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- Usine hydraulique Usine a vapeur exploitée par ia société. a Usine a vapeur exploites _ par un client.
- — n Grand poste de transfor. ~ -mation.
- » Sous-station « Postedesectionnement . Poste de distribution communale.
- « Poste de client individuel.
- Fig-. 2. — Le réseau du littoral méditerranéen.
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- calcium absorbe de l’azote et donne ainsi naissance à la cyanamide calcique. Ce composé est un excellent engrais, un véritable « guano minéral », et son emploi ne se borne pas à l’agriculture, car il peut devenir la principale matière première de l’ammoniaque et des sels ammoniacaux. La cyanamide, chauffée avec de l’air, sous une pression de 8 atmosphères, fournit une ammoniaque plus pure que celle qui provient de la distillation de la houille.
- Nous ne ferons que rappeler la fabrication de l’acide nitrique par la combinaison de l’oxygène etdel’azote atmosphériques, dans le four électrique (*). C’est ainsi qu’à la Roche-de-Rame, près de Briançon, une puissance de 7000 chevaux est employée à la préparation des nitrates.
- Le public ne se rend pas exactement compte de l’importance de ces applications.
- Ce qui le frappe surtout, c’est le développement de l’éclairage et de la traction électriques. En fait, cependant, la puissance hydraulique actuellement utilisée en France se répartit à peu près également entre l’électro-chimie etl’électro-métal-lurgie, d’une part, et l’éclairage et la traction, d’autre part; soit environ 500 000 chevaux pour chacune des deux catégories.
- La carte de la Société de l’Énergie électrique du Sud-Ouest (fig. 5) montre que la Dordogne apporte un appréciable contingent de bouille blanche. L’usine de Tuihère est destinée à desservir quatre départements, la Dordogne, le Lot-et-Garonne, la Gironde et la Charente, en apportant un nouvel élément de prospérité à une riche contrée agricole et viticole.
- Les forces hydrauliques à capter dans la région
- i. Voy. n° 2184, du 7 août 1915. et n° 2190, du 18 septembre 1915.
- pyrénéenne ont été évaluées par M. Àder à un million et demi de kilowatts (chiffre qui semble exagéré) sur lesquels il n’y en a actuellement d’utilisés qn’un peu moins de 100 000. Les sociétés de transport de force et de lumière du Midi ont eu soin de s’entendre et de délimiter leurs zones respectives d’exploitation. La Société Biterroise, dans le pays compris entre Béziers, Frontignan, Clermont-l’Hé-rault et Bousquet-d’Ob, vend l’électricité à 59 communes, représentant 175 000 habitants, et ses
- lignes à haute tension (52000 volts) s’étendent sur plus de 400 km. La Sociélé Méridionale n’a pas installé moins de 1500 km de lignes, entre Béziers, Castelnau-dary, Nissam et Perpignan. Elle dessert tout le dé-partement de l’Aude, ainsi qu’une partie des Pyrénées-Orientales et de l’Hérault, en toutplus de 200 communes, peuplées de 255000 habitants. La Société de Bazacle, qui alimente uniquement Toulouse, n’a qu’une vingtaine de km de lignes à haute tension. La Société Électrique de Pau en a 44 km; l’Àgoût, 100 km; la Société Hydro-Électrique des Hautes-Pyrénées, 6 7 km. La Société Pyrénéenne d’Énergie électrique s’est réservé l’Ariège, la Haute-Garonne, le Gers, le Tarn-et-Garonne, le Tarn et l’Aveyron. Son artère principale, à 55 000 volts, s’étend d’Orlu à Toulouse (250 km), avec embranchements sur Lavelanet et Castres. Des lignes secondaires alimentent Yillemur, Castelsar-rasin, Yiterbe, Gaillac, Albi, Carmaux, et vont se prolonger jusqu’à Auch. Son réseau actuel comprend déjà plus de 1000 km de lignes, desservant 140 communes, dont la population totale dépasse 400000 habitants. Lorsqu’elle aura achevé ses travaux en cours ou en projet, cette entreprise dispo-
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- sera d’environ 45 000 chevaux et soutiendra la comparaison avec les grands réseaux de la région alpestre.
- Les usines des Pyrénées ne produisent ni la soude ni la cyanamide. En revanche, la préparation du carborundum et de l’émeri tend à s’y répandre tout particulièrement. Le carbure de' calcium y est fabriqué en grandes quantités, notamment à Cas-telet, où la puissance aménagée dépasse 2000 kw et dont la production annuelle est évaluée à 3000 tonnes. L’usine d’Àuzat, de beaucoup la plus importante de la région, occupe 350 ouvriers et jette journellement sur le marché 10 à 12 t. de 1
- dépenser, à volonté, sous forme de lumière, de chaleur, de travail chimique ou de puissance mécanique. Le moteur électrique se prête on ne peut mieux à la division de la force, au travail à domicile. Il tend, du reste, à remplacer aussi, dans les grands ateliers, dans les plus importantes manufactures, la machine à vapeur bruyante, encombrante et salissante.
- L’électrification des chemins de fer se poursuit avec une sage lenteur. Ce sera, nécessairement, une œuvre de longue haleine, car personne ne 1 songe à remplacer brusquement tout le matériel
- Fig. 4. — Vue de la salle des alternateurs à l'usine d’Avignonnet (io5oo chevaux, courant à 36oo volts).
- carbure, 6 à 7 t. de chlorates et 4 1/2 d’aluminium. L’usine de Pierrefitte fabrique le silico-man-ganèse, et celle de Maneioux des ferro-alliages. Enfin, les mines de zinc, de plomb, de sel, et les Carrières de marbre ont mis à profit le cours discipliné des gaves, et, si la région pyrénéenne n’a point encore atteint un développement industriel semblable à celui du Sud-Est, de grands projets y sont du moins en cours d’exécution, pour généraliser l'utilisation de la houille blanche dans le Midi français.
- Les Cévennes, le Jura, les Vosges et toutes les autres montagnes donnent également ou donneront un jour leur appoint. Tous les fleuves, tous les torrents de quelque importance sont appelés à céder une partie de leurs forces, que l’électricité transportera à des centaines de kilomètres, pour les
- roulant ni à établir en quelque mois les postes transformateurs et les lignes d’alimentation. Néanmoins, la traction électrique offre de tels avantages sur la traction à vapeur, qu’il est à prévoir que peu à peu la France tout entière se couvrira de réseaux encore plus serrés que ceiix qui figurent sur nos cartes du Sud-Est et du Sud-Ouest.
- À l’époque où ces réseaux commençaient à se dessiner, ce n’était pas sans quelque appréhension que les électriciens se risquaient à porter la différence de potentiel entre les feeders à 50000 volts. Cette tension, qui semblait irréalisable quelques années auparavant, est de beaucoup dépassée dans les récentes installations : la ligne de Tysse à Odda, en Norvège, est à 120000 volts ; les États-Unis possèdent plusieurs distributions semblables, et l’usine
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- de Big Creek, en Californie, transmet à Los Angeles, à 400 km de distance, un courant de 450000 volts, en quantité équivalente à la consommation annuelle de 8 millions de
- Lignes principales de So.ooo uo/ts et 73.5oo yo/ts. _ Lignes aenennes à 73.5oo yo/ts ... Lignes souterraines a 73.5o(T.i/olt.s Extensions en cours ••••,.
- Rochechoghrt
- 'La Rochefoucauld
- T E .•••' HT.EVIENNE
- Usine Génératrice
- Postes de transformation principaux, fbstes de coupure Sous - stations Stations transformatrices.
- Fig. 5. —Ensemble du réseau desservi par Vusine de Tuilière.
- tonnes de charbon. De pareils voltages permettent d’envisager la captation future de forces hydrauliques que l’on considérait naguère comme inutilisables , et nos sources d’énergie tendent ainsi à augmenter, plutôt qu’à décroître.
- Jusqu’ici, nous n’avons fait état que des courants d’eau douce; mais il existe aussi, le long d’une partie de nos côtes, d’autres mines de houille blanche dont il est légitime d’escompter
- l’exploitation plus ou moins lointaine. Deux fois par jour, sous l’influence de l’attraction lunaire, le niveau de l’Océan s’élève, pour s’abaisser fl heures plus tard. Que de forces perdues, dans cette perpétuelle oscillation! Pour la rendre productive, il suffirait de fermer par des jetées les replis des rivages, les baies profondes, de manière à créer de vastes réservoirs et à établir entre- eux et la pleine mer des courants qui seraient canalisés dans des turbines. Une installation de ce genre a déjà été tentée en Amérique, à Rocldand, où les eaux des marées sont introduites par un sas d’écluse dans un bassin de 2600 ms. Ce n’est là, il est vrai, qu’un modeste début, mais qui démontre pourtant la possibilité de faire tra-
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- Fig. 6.
- vailler la lune, de l’atteler en quelque sorte à nos dynamos.
- Sous ce rapport encore, notre pays est bien
- mieux partagé que l’Allemagne. Les marées sont généralement insignifiantes, dans les mers intérieures, et les oscillations delà Baltique ne paraissent guère plus utilisables que celles de la Méditerranée : nous pouvons donc nous borner à compa-rer l’énergie qu’est susceptible de fournir à l’Allemagne son littoral de la mer du Nord à celle dont dispose la France aux bords de la Manche et de l’Atlantique. Un coup d’œil sur une carte de l’Eu-rope fait voir
- immédiatement que, si l’on s’en tient à ces côtes, les nôtres offrent un développement au moins cinq fois supérieur à celui des rivages germaniques. Et
- ce n’est là qu’un des éléments de l’énergie mise en jeu; il faut, en outre, tenir compte des différences de niveaux réalisées par le mouvement des marées, et, à ce point de vue, l’avantage nous reste également. Il est facile de le vérifier, en consultant l’Annuaire du Bureau des Longitudes : quand la marée est de 4 m. 44 à Dieppe, de 3 m. 20 à Calais et de 5 m.
- 67 à Saint-Malo, elle est seulement de 1 m. 60 à Emden, de 1 m. 70 à Cuxhaven et de 1 m. 40 à Hambourg. La plus grande hauteur citée pour l’Allemagne est de 2 m. : c’est le chiffre attribué aux
- — Conduites forcées et reniflards (cheminées d’équilibre) de l’usine de Madiëres sur la Vis (5ooo chevaux).
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- marées de Wilhemshaven et de Bremerhaven.
- Ainsi, les moyens ne nous manquent pas de remédier à' une situation qui serait certainement devenue, tôt ou tard, inquiétante, sans les progrès de la science et de l’industrie électrique. Nous avons beaucoup moins de charbon que nos voisins, et cependant, tout compte fait, nous possédons de plus puissantes sources d’énergie, *qui jamais ne tariront et dont la captation se réalise dans des conditions infiniment moins pénibles, moins dangereuses et moins insalubres que l’extraction des combustibles entouis dans la terre. Le contraste s’impose, entre les cités noires, les sombres galeries, les boyaux dans lesquels les mineurs doivent souvent ramper, guettés par les éboulements, les inondations, le grisou, — et les claires campagnes, les pittoresques aqueducs, les vastes barrages, les confortables bâtiments où s’élabore la puissance hydraulique.
- La supériorité actuelle des pays riches en houille
- fossile n’est que temporaire : si abondantes que nous supposions les réserves de leur sous-sol, elles ne sont pas inépuisables, et, si lentement qu’elles se vident, un jour viendra où l’on n’y trouvera plus rien. Ce jour-là, les pays favorisés, comme le nôtre, en houille blanche seront vraiment les privilégiés. Leur avantage n’attendra d’ailleurs peut-être pas, pour s’affirmer, l’épuisement réel des gîtes carbonifères. Car, tandis que l’emploi de voltages toujours plus élevés tend à réduire les tarifs de vente de l’électricité, la profondeur croissante où il faut aller rechercher de nouveaux gisements en rend l’exploitation de plus en plus onéreuse, et le coût du charbon est encore majoré par la hausse incessante de la main-d’œuvre. Qui sait même si l’on trouvera toujours des ouvriers résignés au travail de la mine, pour des salaires qui permettent de livrer la houille noire à des prix abordables?
- Ernest Coustet.
- LA COMMANDE A DISTANCE PAR T. S. F.
- Une des applications les plus intéressantes de la télégraphie sans fil, mais aussi une des plus difficiles, est la commande à distance des organes mécaniques. Depuis de longues années, les inventeurs ont cherché en particulier à obtenir ainsi la direction des bateaux, des sous-ma-rins sans équipages et des torpilles.
- Pour ces derniers engins, aucun résultat pratique de quelque valeur n’avait été obtenu jusqu’à ces derniers temps. C’est qu’en effet les conditions à satisfaire sont multiples et que les torpilles, quels que soient les perfectionnements qu’on leur ait apportés ne peuvent, en plus de tous les organes de propulsion, renfermer dans leurs flancs un organisme aussi complexe que celui que nécessitera leur commande par T S. F.
- . Pour les bateaux, les difficultés sont beaucoup moindres et des résultats très intéressants ont été obtenus par M. Torrès y Quevedo, savant ingénieur espagnol, spécialiste des mouvements mécaniques, auquel on doit en particulier la conception des dirigeables Àstra-Torrès, une machine à résoudre les équations, de multiples appareils mécaniques, parmi' lesquels nous avons déjà décrit ici même (Q un automate joueur d’échecs, véritable machine pensante.
- Le problème à résoudre est tout autre que celui qui se présente dans la transmission de signaux Morse. Les dispositifs classiques ne permettent d’eflêctuer, avec les électro-aimants actionnés par les ondes, que deux commandes correspondant aux positions de repos et d’attraction de l’armalure.
- 1. La Nature,. n° 2142.
- Fig. i. — Schéma du principe du contact retardé par la commande de différents appareils par un seul levier.
- D’un autre côté, on ne peut songer à multiplier le nombre des électro-aimants sans une complication inadmissible des appareils et des difficultés à vaincre presque insolubles.
- M. Torrès y Quevedo a trouvé une solution très élégante qui permet de commander plusieurs appareils différents au moyen d’une seule aiguille ou levier se déplaçant sur un cadran. Il utilise ce qu’il appelle le contact retardé dont voici le principe : Quand on établit le contact électrique entre deux fils DE, à l’aide par exemple d’un appareil télégraphique avec ou sans fil, le courant va de a à b en passant par un électro-aimant K. Celui-ci attire un levier, armature I lequel commande par encliquetage une roue à rochet L actionnant un levier M qui se meut sur une couronne de plots. Par conséquent, àchaque émission de courant, le levier I fait tourner d’une dent la roue à rochet L et fait avancer le levier M (fig. 1).
- En même temps, ce levier 1 agit sur un levier J et le fait pivoter, en lui faisant ainsi quitter une butée G sur laquelle il repose normalement. Ce levier J, dès qu’il est abandonné à lui-même, tend à revenir sur sa butée G, clans la position indiquée par le dessin, mais il n'y revient que très lentement, soit parce que son inertie représentée par les deux masses FF est très grande par rapport à la force du ressort R qui le rappelle, soit parce que son mouvement est ralenti au moyen d’un frein quelconque.
- Or, pendant que l’on fait passer le levier M d’une position à une autre, le levier I oscille très rapi-
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- dement et le temps écoulé entre deux émissions successives de courant dans l’électro-aimant K n’est pas suffisant pour que le levier J puisse venir s’appuyer sur la butée G; le contact est donc interrompu entre J et G au moment même où le mouvement du levier M commence et ne se rétablit
- Fig. 2. — Schéma du fonctionnement et des connections du télékine.
- qu’après que ce levier est arrivé à une nouvelle position de repos. Dans ces conditions, aucune des manœuvres correspondantes aux plots sur lesquels le levier M est passé ne peut s’effectuer, et c’est seulement lorsque ce levier a été arrêté sur le plot correspondant à la manœuvre à exécuter que le courant peut passer dans les appareils commandant cette manœuvre.
- Ceci étant posé nous allons décrire le fonctionnement du téléldne, ainsi que l’appelle M. Torrés. i C’est un appareil qui, monté sur un bateau, permet J de le conduire à distance par télégraphie sans fil, commandant à la fois le moteur et le gouvernail. Chemin faisant nous rencontrerons encore divers mécanismes ingénieux dont la description mérite d’être faite, car ils sont susceptibles de solutionner élégamment des problèmes qui peuvent se présenter dans la construction des machines.
- L’appareil est représenté figures 4 et 5 et le schéma des connexions est indiqué figure 2. Dans ce schéma, PP' est la batterie auxiliaire actionnant le téléldne qui lui-même met en marche les divers servo-moteurs XYZU. K est le manipulateur qui ferme le circuit de cette batterie et qui est actionné à la main ou par la télégraphie sans fil.
- Supposons donc que nous ayons établi le contact en K, le circuit (1) PAEKP' est fermé. Le levier L est attiré et le doigt m avance d’un pas à chaque contact K. Pendant ce temps, l’électro-aimant E' a attiré, puis relâché son armature.
- Après un nombre n de signaux émis par K, on
- s’arrête et alors le contact retardé p s’établit•
- Considérons maintenantlecircuit(2) PaQpp F/BP'. L’électro E' attire son armature et change la position de la pièce cp établissant ainsi le contact p de façon àcouperle circuit 2. Pourtant l’électro-aimant E' continue à attirer son armature pendant que la manœuvre se réalise par suite de l’existence du circuit (5) PAOmaiPpE'BP'.
- La manœuvre terminée, le circuit (5) est rompu parce que la communication entre a* et (3 est coupée dansle servo-moteur. À ce moment l’électro-aimant E' lâche son armature.
- Il faut maintenant ramener au zéro l’appareil [ pour qu’il soit prêt à exécuter un nouvel ordre, j Dans le circuit intermittent (4) PAEH v</p.BP',
- | le contact p, qui est coupé quand E attire son arma-| ture, se rétablit dès que l’armature est lâchée et le mouvement alternatif de celle-ci se continue faisant avancer, à chaque oscillation, une dent de la roue 0.
- Quand la manivelle m est revenue à la position du dessin, s’établit le circuit PAOmE'BP'. En attirant son armature, E' coupe le circuit intermittent en v et ramène q à la position du dessin de sorte que l’appareil revient à la position normale, i On peut utiliser le même télékine pour commander autant d’appareils X, Y, Z, U, que l’on veut. Les choses se passent toujours de la même façon : on fait marcher la manivelle m jusqu’à la position voulue au moyen d’un certain nombre de signaux. Elle reste en place pendant que l’opération correspondante à cette position s’exécute et, l’opération finie, elle revient automatiquement à zéro.
- di o d
- Fig. 3. — Schéma de fonctionnement des appareils servo-moteurs exécutant les manœuvres commandées par le télékine.
- Pour effectuer les diverses manœuvres ainsi commandées, M. Torrès a réalisé un appareil auxiliaire, très ingénieux, qu’il appelle « disque » et dont nous allons donner le principe pour compléter la description du télékine. Ces disques sont visibles sur les photographies, à la partie inférieure de l’ensemble.
- Chacun des disques porte deux pièces métalliques (fig. 5) (1,(1^ qui peuvent venir en contact avec des
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- plots fixes. Dans la position représentée sur le dessin le courant arrivant au distributeur L passe par la pièce métallique cl dans le disque T, puis dans
- le disque T qui engrène avec elle. L’installation est faite de manière que, comme cela est dans le cas considéré, lorsque le courant passe par l’électro P,
- Fig. 4. — Vue d'ensemble de l'appareil de commande à dislance.
- l’électro P et revient à la pile par e. L’électroaimant P attire le levier N qui porte 2 pièces métalliques isolées 0, olt lesquelles viennent appuyer sur
- le disque tourne dans le sens indiqué par la flèche; il tournera dans ce sens tant que le plot f, qui est en ce moment en communication avec le pôle posi-
- Fig. 5. — Vue de dessus de l'appareil de commande.
- les bornes des quatre fils ni, n, p, q; la pièce 0 vient en contact avec les deux bornes supérieures et la pièce 0, avec les deux bornes inférieures. Dès que ces contacts sont établis, l’électro-moteur Q se met en mouvement et entraîne la vis sans fin U et
- tif, sera en contact avec le pôle positif et même il continuera sa rotation par la vitesse acquise après que le contact sera rompu ; mais alors le levier N reviendra à la position normale et ce sera le levier N, qui, étant attiré par l’électro P, viendra toucher
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- GUERRE, CARILLONS ET GROS SOUS
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- les bornes des fils ni, n, p, q ; les contacts établis par le levier N, mettront le moteur en marche, mais en sens inverse, parce que le sens du courant a changé dans l’inducteur tandis qu’il est resté le même dans l’induit. On voit donc que le disque P se placera de manière que le plot f qui reçoit le courant se trouve dans l’intervalle qui reste libre entre les deux pièces d, dv On peut ainsi agir sur autant de disques que l’on voudra et on comprend que chacun de ces disques peut commander un servo-moteur par les moyens indiqués ou par d’autres convenables.
- Le modèle construit par M. Torrès et dont nous donnons la photographie a été expérimenté par lui sur un bateau. Il permet de diriger à distance le gouver-
- nail et l’hélice marche avant et marche arrière à diverses vitesses. Déplus, comme un accident est toujours possible, pour éviter qu’à un moment donné, si le bateau n’obéit plus aux commandes par suite du dérangement du télékine, il ne continue à naviguer, ce qui pourrait amener son échouage et sa perte, un dispositif spécial avait été installé tel que si pendant un certain temps aucun ordre n’était transmis au navire, celui-ci s’arrêtait de lui-même.
- Les expériences de M. Torrès ne semblent pas avoir été poussées plus avant et le problème de la torpille suivant à distance les ordres de l’officier qui la dirige vers l’ennemi reste encore à résoudre.
- X...
- GUERRE, CARILLONS ET GROS SOUS
- On annonçait récemment que les évêques hongrois allaient tenir une conférence au cours de laquelle serait discutée l’opportunité de la cession au gouvernement des cloches de leurs églises. Si une semblable décision, était prise, l’airain sacré serait jeté au creuset et chargé de missions n’ayant guère de rapport avec sa destination. Il est d’ailleurs fort possibe que cette transmutation se fasse prochainement. Ce ne serait pas la première fois que l’on ferait appel, pour les besoins de la guerre, aux mines aériennes!
- Aux temps héroïques de la Convention nationale, nombre de cloches furent descendues, contribuant ainsi, à leur manière, aux exigences de la défense nationale.
- Il est évident que si les cloches nationales hongroises sont menacées d’un sort plutôt fâcheux, la plupart de celles des pays occupés par les Austro-Allemands ont dû déjà subir la réquisition des occupants. En pays conquis il n’est pas besoin de formes.
- Or, parmi ces pays, il en est un particulièrement intéressant au point de vue campanaire, c’est la Belgique. La Belgique est essentiellement, avec sa voisine la Hollande, le pays des carillons.
- Certains de ces carillons constituent des masses de bronze assez considérables et dont l’utilisation militaire ou industrielle peut paraître tentante. J’ai eu la curiosité de rechercher ce que pourrait représenter commercialement ou financièrement l’ensemble des orchestres campanaires classés sur le territoire belge et sur celui occupé par l’ennemi dans le Nord de la France.
- Sans avoir la prétention de faire un inventaire de tous ces carillons je ne crois pas me tromper beaucoup en estimant à 400 tonnes le poids du bronze que représentent leurs cloches.
- J’ai relevé dans le tableau suivant, en les classant par nombre de cloches, ceux de ces carillons qui possèdent plus de 20 notes. J’indique en regard du nombre de cloches le poids approximatif' de chaque carillon. Les poids marqués ont été tirés de
- documents officiels et authentiques, ou estimés d’après les dimensions des cloches connues.
- Carillons belges et français des régions occupées par l’ennemi.
- Cloches. kilogr. Cloches. kilogr.
- Namur 50 15 000 Ostende 40 5 200
- Courtrai 50 22 000 Cambrai (Miel de Ville). 58 4 500
- Bruxelles (Ilôtel de St-Amand-les-Eaux . 58 5 000
- Ville) 49 4 000 Saint'-Trond .... 57 » -
- Bruges 47 26 000 Turnhout 57 3(00
- Louvain (Sainte-Ger- Merville 57 5 600
- trude) 4(5 15 000 Tirlemont 56 4 500
- Malines ...... 45 55.000 Tongres 35 2 500
- Mons 44 17 000 Borgerhout .... 55 5 000
- Tournai.' 45 17 000 Ilerenthals 55 1 800
- Hasselt 42 8 000 Waes (St-Nicolas). . 55 4000
- Liège (Saint-Barlhc- Avesnes-sur-llelpe. 54 6 200
- lemy) 42 6 000 Verviers (Récollets). 55 5 000
- Lierre 42 5 500 Wynegem 53 7 000
- Alost 41 lo 000 Roulers OÙ 9 000
- Stenockerzeel . . . 41 1-000 Saint-Quentin . . . 30 800
- Anvers (Ville) . . . 40 25 000 Sottegem .... 29 12 000
- Anvers (Cathédrale). 40 S 15 000(?) Gand (Baudeloo) . . 27 »
- Audenarde 40 5 000 llall. 46 9 500
- Gand (Ilôtel de Ville). 40 16 500 Binche 26 3 500
- Louvain (St-Pierre). 40 10000 Douai 21 »
- Termonde 40 4 000 Binant 20 3 500
- Liège (Cathédrale) . 40 Liège (Palais) . . . 17 1500
- On remarquera les différences énormes que présentent souvent des carillons du même nombre de cloches. Ces différences proviennent essentiellement de la valeur des basses. Ainsi à Malines la plus grosse cloche utilisée dans le carillon ne pèse pas moins de 8884 kg, tandis que dans l’orchestre de Bruxelles porté sur la liste avec 49 cloches, la plus lourde ne dépasse pas 587 kg. La plus originale des sonneries belges est certainement celle de la petite commune de Stenockerzeel, dans le voisinage de Bruxelles, où l’on a réalisé ce tour de force de faire 4 octaves de cloches avec une seule tonne de bronze (*) !
- L’estimation du poids d’une cloche, lorsqu’on ne possède pas de document ou de certificat authentique de sa pesée, ce qui arrive très fréquemment, peut se faire assez facilement au moyen d’une formule empirique P = d5xC dans laquelle d repré-
- 1. Les diamètres des cloches varient seulement de 50 à 60 centimètres.
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- 410=== DES CANONS, DES MUNITIONS... POUR LES PETITS
- sente le diamètre à la base de la cloche et C une constante.
- Cette constante, il est vrai, n’est pas la même pour tous les fondeurs, ce qui est assurément un défaut assez grave pour une constante. Mais ce défaut est excusable puisque la cloche est un instrument de musique quelque peu anormal et dont la technique n’est pas tout à fait mathématiquement établie. Quoi qu’il en soit, j’adopte pour les calculs, qui ne demandent d’ailleurs pas une précision absolue dans le cas qui m'occupe ici, le chiffre indiqué par M. Thybaud, un accordeur de cloches suisse auquel une longue pratique a donné une dextérité remarquable. Ce chiffre est 605 kg. Par suite une cloche de 1 m. de diamètre d’ouverture pèsera 605 kg, et une cloche de 2 m., donnant l’octave grave, en pèsera 8 fois autant, soit 4840 kg.
- Cette variation des poids proportionnellement au cube du diamètre explique l’énorme accroissement de pesanteur à mesure que la note s’abaisse.
- La variabilité de la constante avec les divers fondeurs provient du fait que ceux-ci ne sont pas d’accord absolument sur l’épaisseur à donner aux cloches. Comme le fait remarquer avec beaucoup de justesse M. Thybaud, il y a pour chaque cloche une épaisseur optima en dessous de laquelle la note fournie est grêle, tandis qu’au-dessus elle s’assourdit et chaudronne.
- La plupart du temps, ces divergences d’épaisseur n’ont d’autre motif que la concurrence commerciale. Je me suis amusé jadis à dresser des tableaux de poids de cloches d’après les catalogues de tous les fondeurs que j’avais pu réunir. J’ai constaté de la sorte que le DO3, au-dessous du LA normal, peut peser, suivant le fondeur, de 1900 à 2300 kg. La différence de 400 kg est assez sensible au point
- de vue financier, puisqu’en comptant seulement le métal à 5 francs, l’écart de prix serait de 1200 francs !
- Pour le LÀ normal, qui devrait être une cloche particulièrement bien étudiée, voici les poids que j’ai relevés sur sept catalogues de fondeurs : 605, 496, 461, 458, 445, 400 et 580 kg (*) ! D’un extrême à l’autre il y a une différence de 60 pour 100 !
- Mais revenons à notre estimation d’ensemble.
- Que valent les 400 tonnes de bronze des campaniles belges et' nord français? 400 millions de grammes ou 40 millions de gros sous. Soit 4 millions de francs.
- Ce n’est pas le diable.
- Il est vrai que pour être bien exact il faudrait tenir compte non seulement des cloches, mais, en certains cas, des gros tambours métalliques servant au carillonnage automatique. Certains de ces tambours ont des dimensions et des poids fort appréciables. Celui de Bruges, par exemple, passe pour peser une dizaine de mille kg. Il y aurait donc, du fait des cylindres, quelques tonnes de métal à ajouter à celles résultant du poids des cloches elles-mêmes.
- Il semble toutefois douteux que, malgré la perspective d’en faire 40 millions de gros sous — ou 80 millions de petits sous — les Allemands se mettent à descendre les carillons. Il sera, en effet, bien plus simple pour eux de les utiliser à chanter la gloire de lèur kultur en piquant simplement sur les vieux cylindres les airs d’outre-Rhin ! Sous la grande Révolution, le carillonneur de Malines, Haverals, sauva son orchestre en lui faisant jouer la Marseillaise.
- Ce sera évidemment pénible pour les vieilles cloches patriotes des Flandres. Mais elles se rattraperont joyeusement quand le Teuton aura été bouté hors des frontières. . Léopold Reverciion.
- DES CANONS, DES MUNITIONS... POUR LES PETITS
- Un jour, il y a de cela un peu plus d’un an, des millions de Huns se précipitèrent sur notre beau pays après avoir ravage la Belgique; ils lui firent une morsure si profonde que leurs crocs, enfoncés dans notre sol, y demeurent encore engagés.
- Donnez-nous des canons et des munitions, s’écrièrent nos défenseurs! Depuis lors toutes nos usines, répondant à l’appel des héros, se sont mises à couler l’acier, à forger des canons et des obus pour nos soldats, les soldats du droit et de l’humanité.
- Donnez-nous des canons et des munitions, a répété l’écho des bouches enfantines, de ceux qui, plus tard, seront les gardiens du patrimoine national un instant compromis. Nous voulons, nous aussi, nous entraîner à la guerre.
- Leurs jeux, en effet, ne sont plus des jeux pacifiques. Nous les avons vus sur nos plages de la Manche et de l’Océan, construire de vraies tranchées sous la direction des soldats convalescents et répéter
- le drame qui se joue là-bas, si près, parfois, que les coups sourds du canon viennent mourir à leurs pieds, sur les vagues.
- Le jeu de la tranchée est né à l’heure de la plage, mais la guerre enfantine a été déclarée en même temps que l’autre; tout de suite nos petits hommes ont demandé pour eux, 'comme l’enfant du poète, un fusil et des balles- Hélas 1 ils n’ont pas de Ministre de la Guerre qui s’intéresse à leurs besoins ; on leur a pris tous leurs fournisseurs valides qu’aucun député ne demande à faire rentrer à l’atelier.
- 1. J’ai même trouvé ilans une étude sur les cloches publiée en 1882 par un horloger, Georges Collin, le chiffre de 350 kg. Il est vrai qu’on trouve sur l’art campanaire des choses assez fantastiques pour que rien ne doive étonner. J’ai lu dans une note d’une plaquette publiée à Namur il y a une vingtaine d’années, et d’ailleurs fort intéressante, l’explication suivante de la formule de détermination des poids dont il est question ci-dessus : le poids d’une cloche est au poids d’une autre comme le diamètre est au poids du cube de la première !
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- DES CANONS, DES MUNITIONS... POUR LES PETITS — - 411
- Alors les ateliers chôment; plusieurs sont fermés, d’autres ont fait appel à la main-d’œuvre féminine; mais la production demeure très inférieure aux demandes. D’autant plus que d’autres petits garçons, les petits anglais, surtout, ont pensé comme leurs alliés : eux aussi veulent des canons et des munitions. Et la France est seule à pourvoir aux besoins de tous, car les Allemands, qui étaient les grands fournisseurs du monde entier, ne s’amusent plus à faire des jouets. D’ailleurs ils leur resteraient pour compte.
- Le petit fabricant français s’est alors mis à la fabrication intense des canons en plomb. Certains, laissant momentanément de côté une industrie insuffisamment ravitaillée en matières premières,
- avantageusement dans un grand nombre de ses applications.
- L’industrie de l’étain, à Nuremberg, principalement, avait pris une énorme extension ; il n’est donc pas surprenant que la fabrication des poupées d’étain soit venue se greffer de très bonne heure sur celle des ustensiles de cuisine. Puis les jouets s’en dégagèrent et leur industrie atteignit son apogée aux xvme et xtxe siècles sous la forme des soldats d’étain et même de figurines représentant les personnages célèbres de l’époque. Naturellement tous les jouets d’étain suivirent l’évolution et leur industrie acquit une réputation mondiale.
- L’élain était tout qualifié pour entrer dans la
- Fig. i.— La salle d'ajustage des pièces des canons.
- ont installé dans les mêmes ateliers, une fonderie de canons qui est rapidement devenue très prospère.
- Avant d’entrer dans ces ateliers, nous croyons qu’il serait intéressant de rappeler l’histoire des jouets en plomb qui nous permettra une légère incursion dans l’industrie allemande.
- L'origine des jouets en plomb. — Le jouet de plomb tire son origine de la vaisselle d’étain. On sait qu’au Moyen Age l’étain a joué un rôle considérable. Dans la vie privée, il apparaît sous les formes les plus inattendues : assiettes, plats, couverts, timbales pour boire. On en fait également des saucières, des salières, des huiliers, des plaques de colliers, des fermails, des clous étamés ornant les ceintures, des appliques pour les meubles,, des enseignes figurées ou parlantes. Mais à partir du xvme siècle la porcelaine et le verre le remplacent
- confection des jouets à cause de ses qualités physiques d’abord et ensuite parce qu’il ne s’altère pour ainsi dire pas à la température ordinaire. Mais le prix de ce métal subissant peu à peu une augmentation résultant de la grande consommation, finit par le rendre prohibitif dans la fabrication des objets à bon marché et particulièrement dans celle des jouets. Peu à peu on assiste à l’incorporation du plomb dans le métal pur fondu et l’alliage devient si riche en plomb que l’étain finit par disparaître. Actuellement le plomb, allié à un peu d’antimoine, intervient à peu près seul dans cette fabrication.
- Chez le fabricant de canons en plomb. — À Nuremberg et dans plusieurs autres centres de la Thuringe, on produit des jouets de plomb à des prix défiant toute concurrence. En France, le fabri-
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- 412 —:......: DES CANONS, DES MUNITIONS... POUR LES PETITS
- cant de jouets de plomb est en général un petit industriel qui ne possède qu’une seule pièce pour lui servir d’ate-ier. Sa production est forcément limitée; aussi malgré le nombre de plus en plus important de ces industries, n’arrivons-nous à satisfaire qu’à une faible partiedesbesoins.
- Nous avons pu visiter en détail et photographier les ateliers de l’un de ces industriels parisiens, ouvriers géniaux qu’aucune adaptation ne rebute. Fabricant d’objets d’optique, notre hôte, M. Bournay, a eu l’excellente idée d’adjoindre à ses ateliers, qui chômaient par le manque de la matière première, un atelier de fabrication de canons en plomb. Il a établi un modèle en miniature du canon de 75, comprenant, non seulement le canon proprement dit, mais aussi le caisson qui s’attelle à l’arrière. Deux chevaux de belle allure complètent l’illusion.
- Une pièce est réservée à la fonte de tous les organes qui entrent dans la composition d’une pièce d’artillerie : canon, affût, roues, caissons, chevaux, etc. Deux fourneaux chauffés au coke, maintiennent, à la température voulue, le bain d’alliage qui remplit les marmites. Chacune de celles ci occupe le centre d’une table en tôle autour de laquelle sont assis ouvriers et ouvrières, les jambes contre la tôle du fourneau.
- Il y règne une température atroce, pour qui n’est pas entraîné. Fux et elles ne s’en plaignent pas; avec une résignation héroïque, ils puisent à la cuil-ler de petites quantités de plomb et le versent dans leurs moules. Celui-ci s’ouvre et laisse apparaître la pièce : canon, roues, cheval, brillants comme un objet d’argent.
- L’app|rentis-sage du fondeur de plomb est de courte durée, nous raconte le
- maître de céans ; la grosse difficulté réside dans la confection des moules. Nous ne les faisons pas nous-mêmes; des spécialistes s’en chargent, mais le modèle, l’objet premier à reproduire, est notre conception. Vous ne vous imaginez pas combien il est parfois difficile de se faire comprendre de l’ouvrier mouleur qui devient parfois un excellent collaborateur lorsqu’il est intelligent et aime son métier. Car, de l'étude du moule et de sa confection, dépend la rapidité du travail de l’ouvrier fondeur. Certains moules sont faits de deux parties seulement : celui du cheval, par exemple, celui du soldat, celui des roues; mais d’autres comprennent trois, quatre pièces, quelquefois davantage, que l’ouvrier doit assembler avant le coulage et démonter ensuite pour retirer la pièce fondue. Or, la plus petite perte de temps est très appréciable dans l’exécution de ces objets de peu de valeur.
- Les moules sont en fonte, chaque partie étant portée par un manche en bois afin que l’ouvrier ne puisse se brûler. Leur température est maintenue normalement à 200° environ, c’est-à-dire à une température se rapprochant sensiblement de celle de la fusion du métal.
- La coulée des pièces pleines peut être effectuée par l’enfant ou la femme le moins expérimenté. Dès que le liquide a rempli les cavités du moule, on ouvre celui-ci et la pièce est faite. Mais s’il s’agit de couler un cheval ou un soldat, par exemple, qui
- sont des pièces creuses tirées d’un moule bâti comme ceux destinés à faire des pièces pleines, le travail nécessite un tour de main spécial. On comprend, en effet, que l’industriel soit tenu à une économie de matière, sous la réserve que l’objet présente une ré-sistance suffisante aux chocs et aux chutes que
- Fig. 2. — Vue des moules et des différentes pièces des canons.
- Fig. 3. — La peinture des canons en « gris de 75 » par pulvérisation,
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- LE RÉSEAU DE 120 000 LIGNES
- lui réserve sa carrière. L’ouvrier procède d’ailleurs comme pour le coulage des pièces pleines, mais il a 'a peine versé le plomb qu’il le rejette en renversant le moule. Le métal remplissant le moule se solidifie instantanément sur toute la surface et sur une épaisseur d’environ un millimètre et demi. Mais l’intérieur de la masse se refroidissant moins vite peut être rejeté par l’ouverture d’entrée qui est suffisamment large; le cheval se trouve ainsi complètement vidé.
- Toutes les pièces ne sortent pas toujours parfaites de ces moules; l’ouvrier s’en aperçoit aussitôt, d’ailleurs, et rejette purement et simplement l’objet manqué à la chaudière de plomb où il retourne à l’état liquide.
- Les pièces bonnes se rassemblent sur la tablette ou dans des paniers placés à côté des ouvriers, puis elles sont transportées à un deuxième atelier, sur une vaste table autour de laquelle des ouvrières procèdent aux travaux définitifs.
- En premier lieu il convient d'ébarber les objets parce que la ligne de liaison entre les deux parties du moule laisse toujours une trace qui persiste même après l’ébarbage et que l’on distingue nettement sur tous les objets coulés. L’ébarbage avec une lame peu tranchante enlève toutes les coulées intempestives de métal. On peut alors procéder, selon les cas, au montage ou à la mise en peinture. Les jouets très bon marché ne sont généralement pas peints, on assemble les quelques pièces qui les composent et on les emballe tels quels. Les autres sont assemblés par groupes; ici, par exemple, on fixe les roues à l’affût et on met le ressort dans le canon; plus loin on monte le caisson, etc.
- Pour faciliter le montage et éviter le perçage de trous qui constituerait un travail supplémentaire, les pièces sont moulées avec les trous nécessaires. Les moules sont percés, aux endroits convenables, de petits trous qui les traversent de part en part et dans lesquels l’ouvrier engage, avant la coulée, de longues tiges de fer, comme des aiguilles à tricoter. Le plomb liquide respecte ces tiges et on sort les roues prêtes à recevoir leurs essieux, les chevaux avec les lianes perforés dans lesquels on engagera les brancards, etc.
- Il s’agit maintenant de peindre chaque objet avec sa couleur propre. L’application au pinceau est un
- LE RÉSEAU DE 120000 LIGNES
- Après douze ans de persévérant labeur, le professeur Michelson, de l’Université de Chicago, eu enlevant 120 000 filets parallèles dans une couche métallique très mince déposée sur du verre et large d’environ 15 cm, a construit un réseau de diffraction d’une extraordinaire sensibilité, qui lui permettra de mieux scruter les mystérieuses profondeurs de la voûte céleste.
- Afin de préciser la portée de ces recherches
- DU PROFESSEUR MICHELSON = 413
- procédé ancien, peu expéditif qui dispose très irrégulièrement le produit. Notre constructeur a modernisé son atelier en introduisant l’aérographe qui, sous l’action de l’air comprimé, réduit la peinture en un brouillard de gouttelettes et projette ce brouillard sur l’objet. La méthode est excellente, car le canon, tenu par une baguette engagée dans l’âme, est présenté au jet sur toutes ses faces et se couvre en quelques instants d’une couche de peinture très régulièrement distribuée.
- Les chevaux sont peints de la même manière, mais avec un produit rappelant la robe ordinaire des compagnons de nos soldats. Cependant, une ouvrière doit encore intervenir pour rehausser à la main et au pinceau, les tonalités trop uniformes de chaque objet. Le jaune d’or est particulièrement utile, dans ces cas, pour faire ressortir certains détails ; moyeux des roues, selle du cheval, etc. Il ne reste plus qu’à atteler les chevaux à l’avant-train, accrocher le caisson de munitions et à mettre le tout dans une boîte. Les pièces succèdent aux pièces, les caisses d’emballage s’en vont vers de lointaines destinations et le marchand vend le tout 1 fr. 45 aux petits patriotes.
- On fabrique également des canons en fer-blanc ; nous n’insisterons pas sur les procédés employés parce qu’il est très facile de comprendre que toutes les pièces, découpées, reçoivent ensuite leur forme à la presse à estamper que chacun connaît. Les ouvriers n’interviennent que pour alimenter les machines et pour assembler les pièces. Quant aux canons en bois, que très peu d’ateliers façonnent, ils sont simplement faits au tour. On fabrique ainsi de très belles pièces, se chargeant par la culasse, pourvues d’un système de détente original, et dont le prix peut atteindre 25 francs.
- Il y a des canons pour toutes les bourses, pour toutes les tables, oserons-nous dire, depuis celle de la salle à manger qui remplit en même temps les fonctions de champ de bataille, jusqu’à la table de jardin considérée dans ce cas, comme étant la plate-forme de la pièce.
- Souhaitons que cette intéressante industrie du jouet qui doit à la France toute son originalité, prenne' de profondes racines sur notre sol et qu’elle devienne une autre industrie nationale.
- Lucien Fournier.
- DU PROFESSEUR MICHELSON
- rappelons quelques notions de physique élémentaire.
- C’est Newton qui le premier réalisa, à l’aide d’un prisme de verre, l’analyse de la lumière blanche, qu’il crut composée de 7 couleurs fondamentales. Mais plus tard, en disposant une fente très fine devant le prisme, de façon à l’éclairer non plus avec un faisceau, mais avec un pinceau de lumière blanche, les savants constatèrent que la lumière1 est bien plus complexe que ne le supposait Newton; ce
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- ne sont pas sept couleurs qu’ils y trouvèrent, mais
- devoir échapper aux investigations, lorsque les phé-
- des milliers de radiations, de longueurs d’onde différentes,- formant des spectres de lignes ou de bandes caractéristiques de la lumière analysée.
- A. partir de ce moment la spectroscopie devint une science et, bien qu’ignorée dans ses détails du grand public, elle a permis d’arriver à des résultats de la plus haute importance. Non seulement elle renseigne sur la composition exacte d’astres si loin-
- nomènes de diffraction mieux étudiés, et surtout les moyens de réalisation matérielle plus puissants de l’industrie moderne, fournirent aux savants de nouveaux instruments de recherche infiniment plus puissants : ce sont les réseaux.
- Lorsqu’on examine un bec de gaz à travers un parapluie ouvert, on constate qu’autour du point central brillant de l’image, la lumière est irisée et décomposée en un spectre, c’est un -,, ^ phénomène de diffraction que l’on A observe là, et le modeste parapluie t.j joue le rôle d’un réseau.
- Un réseau, en effet, est un ensemble de traits parallèles et équidistants très rapprochés les uns des autres, formant un « grillage » (c’est ainsi qu’on appelle les réseaux en anglais) excessivement serré. Une étoffe de soie remplit ces conditions, les fils de la trame déterminent un réseau, ceux de la chaîne en constituent un autre. Comme l’expérience simple et quotidienne en temps de pluie, rappelée plus haut, permet de le constater, un réseau joue le rôle d’un prisme et permet d’analyser la lumière.
- Fig. i. — Le professeur Michelson 77 examinant une source lumineuse à l’aide de son spectroscope.
- tains que la lumière met des milliers d’années pour nous en arriver, mais encore elle a permis, plus qu’aucune autre science, de pénétrer dans le sein même de la matière et de suivre les perturbations qu’amènent, dans l’édifice atomique, les actions diverses que nous exerçons sur lui.
- Aussi a-t-oji cherché à perfectionner les moyens d’analyse de la lumière. La puissance d’un spectroscope réside dans sa capacité de séparation des différentes radiations. Plus il « étale » le spectre, plus il en sépare les multiples éléments, plus il est puissant. On sait, par exemple, que le sodium, dans le spectre visible, donne une raie jaune très intense; à l’aide de bons spectroscopes, on s’aperçoit que cette raie n’est pas unique, mais double, composée de deux radiations excessivement voisines, puisque leur différence de longueur d’onde n’est que de 5,9 cent-millionièmes de millimètre. Mais le pouvoir séparateur des prismes ne peut être indéfiniment augmenté; de plus ils absorbent et détruisent certaines radiations. Il semblait donc impossible de dépasser certaines limites, une partie des radiations que l’on soupçonnait exister semblait
- Plaque métallique sur laquelle est gravé le réseau.
- Mais ici l’avantage est considérable, car, plus les traits sont serrés, plus le réseau est dispersif, plus le spectroscope est puissant, et cela sans limite, comme l’indiquent et la théorie et l'expérience. De plus, on n’obtient pas qu’un seul spectre, comme avec le prisme, mais toute une série de spectres, de plus en plus étalés et dont le nombre dépend de la finesse du réseau. Tout revient donc à un problème mécanique, d’ailleurs très difficile : tracer sur une lame de verre par exemple, des traits parallèles et aussi rapprochés que possible. Des physiciens émérites, Word, Fabry, Michelson pour
- Fig. 2.
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- ne citer que les principaux, se sont 'attachés à sa résolution et sont arrivés à des résultats remarquables, tandis que, abordant le problème par une autre voie, Laur et Braggs ont cherché et trouvé dans la nature des réseaux parfaits que les procédés mécaniques ne permettraient jamais deréaliser.
- Comment tracer avec la pointe d’un diamant 120 000 lignes parallèles sur une surface mesurant exactement 6 pouces (15 cm, 24) de largeur sur 5 pouces (7 cm, 62) de hauteur? Comment graver des lignes séparées entre elles par un millième de millimètre environ?
- Le professeur Michelson essaya de dessiner un trait sur une lame de verre qu’il plongea ensuite de champ dans un bain de mercure, puis il ajouta une goutte de ce dernier, de façon à élever très légèrement le niveau du bain. Sur la tache laissée par le métal liquide, il aurait voulu inscrire la ligne suivante, replonger à nouveau la plaque dans le bain après y avoir laissé tomber une seconde goutte, recommencer l’opération précédente et ainsi de suite 120 000 fois. Heureusement, avant de pousser son travail si loin, l’habile physicien se rendit compte des défectuosités du procédé. Il ne pouvait pas évaluer la goutte de mercure, de façon assez précise en l’occurrence, quoiqu’il ait pris la précaution de maintenir toujours son laboratoire à la même température afin de n’avoir pas à s’occuper de variations thermiques si difficilement calculables.
- Après un grand nombre de tâtonnements expérimentaux, il abandonna donc cette méthode pour confier à une vis, d’un pas plus ténu qu’un fil, le
- soin de résoudre automatiquement le problème. Cette vis commandait le chariot d’une machine sur lequel on disposait la lame à régler et, en tournant un bouton, celle-ci s’avançait d’un cent-vingt millième de pouce (0 cm, 060127). Grâce à ce merveilleux instrument installé dans une chambre obscure et dont une tige portait une minuscule pointe de diamant le professeur Michelson parvint, au bout cle douze ans d’efforts, à couvrir de milliers de lignes infiniment ténues un décimètre et demi d’une mince pellicule métallique étalée sur une lame de verre ; le sagace et patient chercheur espère même battre prochainement ce record micrographique. En attendant, le remarquable réseau de diffraction qu’il réalisa lui permit de construire un spectro-scope excessivement puissant qui sépare des raies infiniment plus rapprochées que celles du sodium. Grâce à cet appareil le professeur Michelson espère approfondir un certain nombre de problèmes encore mal connus et obtenir d’intéressants résultats. Son passé scientifique nous garantit une ample moisson de découvertes. N’a-t-il pas comparé jadis, avec M. Benoit, le mètre à la longueur d’onde de la lumière rouge du cadmium, unité ne dépendant que des propriétés des atomes, c’est-à-dire « une des grandeurs les plus fixes de la nature ». Si donc tous les étalons métriques venaient à disparaître dans un cataclysme, on pourrait reconstituer notre système de poids et mesures, grâce à l’original labeur du physicien de Chicago que ses prochaines recherches d’analyse spectrale illustreront à nouveau.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du i5 au ii novembre 1915.
- La télégraphie sans fil à étincelles. — Pour assurer une émission musicale dans les circuits oscillants de télégraphie sans fil, M. Bouthillon constitue le circuit de charge par une machine à courant continu à haute tension et s’il y a lieu des bobines de self et des dispositifs amortisseurs de haute fréquence; dans le circuit de décharge il intercale un éclateur tournant. Il a constaté que la vitesse de la machine n’influe pas sur le fonctionnement et que l’émission est toujours parfaitement musicale. Les expériences ont porté sur des potentiels de charge de 15 000 à 100 000 volts et des puissances qui ont dépassé 100 kilowatts.
- Sur la présence de mylonites au sud de Rennes. — M. Kerforne a fait au sud de Rennes, vers Pontpéan et Pléchatel, cette observation intéressante que le contact des schistes algonquiens avec le cambrien est formé par une zone de roche écrasée ou mylonite, à faux galets. Ces contacts anormaux existent sur les deux bords du synclinal. Ce qui paraît montrer qu’il y aurait eu là des phénomènes de charriage dont, jusqu’ici, on ne soupçonnait pas la présence en Bretagne.
- Sur le pouvoir fermentaire des bactéries marines. — M. Henri Coupin a constaté la grande activité chimique de certaines bactéries marines, dont 4 seulement sur
- 45 espèces se sont montrées inertes. Il remarque, à ce propos, que toutes ces bactéries ont été isolées de l’eau de mer d’huîtres portugaises ou d’huîtres vertes et se demande si le pouvoir digestif qu’on attribue à ces mollusques comestibles ne serait pas dû à la présence de ces bactéries qu’on ingère avec l’eau qui les baigne.
- La résonance des corps sonores. — Le son fondamental rendu par les instruments de musique n’est pas, d’après les recherches de M. Gabriel Sizes, le vrai son fondamental. Ce n’est qu’un son prédominant, que notre oreille perçoit en général seul, sauf dans le cas des cordes vibrantes, le piano en particulier où l’on peut percevoir facilement les quatre premiers harmoniques impairs de l’échelle supérieure. La note fondamentale ne vibre pas à moins de 5 ou 6 octaves au-dessus de ce son prédominant. On doit donc, en acoustique musicale, reviser dans ce sens les .théories classiques. C’est ainsi, par exemple, que dans le cas du diapason ut0=r 32 vibrations le vrai son fondamental correspond à 0,333 vibrations par seconde, soit le fa — 7.
- U électrodiagnostic des maladies des nerfs. — M. Lapicque, qui s’est consacré à l’étude électrique des nerfs, a réalisé deux appareils très utiles dans le traitement de leurs blessures. On sait qu’il faut un certain
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- temps pour qu’un nerf obéisse à une excitation électrique. Ce temps qui est de l’ordre de 1 /2000e de seconde en temps normal peut s’élever à 1/200° et davantage lorsque le nerf est malade. Grâce au clironaximètre que M. Lapicque a construit, on peut se rendre compte, au cours d’un traitement, de l’état des réparations des nerfs blessés. D’un autre coté, l’introduction de capacités
- dans le circuit électrique a pour résultat de supprimer, dans le cas d’un nerf sain, l’efficacité du courant, tandis qu’au contraire cette efficacité n’est pas modifiée pour les nerfs malades. Par suite on peut, partant de cette observation, n’exciter que ces derniers, ce qui permet de les traiter sans que le malade soit soumis aux secousses désagréables causées par le courant électrique.
- ^ LE TURBO-GÉNÉRATEUR MONSTRE DE 35 000 KILOWATTS
- ( Q iq (45-0ôô--cliFvâLirx"ëffectifs) le plus grand du monde.
- L’installation moderne de la force motrice aussi bi^n dans les stations électriques importantes que sur les grands navires, nécessite l’emploi de moteurs puissants, permettant de résoudre des problèmes délicats de la technique et de réaliser de grandes économies.
- C’est la turbine à vapeur qui est, grâce à ses propriétés remarquables telles que l’unif ormité de la marche, les faibles consommation et encombrement, la facilité de prendre de fortes surcharges, etc., —l’objet de l’attention spéciale des constructeurs. Etant très demandée, elle est constamment perfectionnée et sa puissance unitaire croît toujours.
- En 1901, la puissance maximum d’un groupe turbo-généra-leur n’était que de 1000 kilowatts; en 1907, elle atteignait déjà 10 000 kw et à l’heure actuelle, on vient d’installer en Amérique à la Centrale électrique de Philadelphie un turbo-générateur de 35 000 kw (47 500 chevaux elfectifs), présenté sur la figure d’après Electriccil world du 9 octobre 1915. Ce turbo-générateur est un nouveau pas vers un groupe de 50 000 kw (67 500 chevaux effectifs), qu’on peut considérer dès à présent comme réalisable dans un avenir prochain.
- Le groupe générateur a une longueur totale de ‘21 m., une largeur de 7 m. et une hauteur de 5 m. La turbine proprement dite est à 13 étages de
- détente. La vapeur surchauffée à 80° se condense dans un condenseur à surface de 5000 m2, le plus grand qui ait encore été construit pour une machine à vapeur.
- Quant au courant électrique fourni, il est alternatif, triphasé ; l’intensité maximum qu’il atteindra,lorsque la turbine travaillera à pleine charge, sera de 1460 ampères par phase, sous 13 200 volts.
- 11 est intéressant de signaler à ce propos que la nouvelle station de la Compagnie parisienne de Distribution d’électricité, à Saint-Ouen, est une des plus puissantes du monde; elle possède des turbo-généra-teurs constituant 25 000 kw par élément. Au moment de leurs installations ils étaient les plus puissants du monde entier (1).
- Maintenant ils sont dépassés par de plus récents; mais, lorsqu’on sera obligé d’agrandir la centrale, il est probable qu’on installera un nouveau groupe qui battra à nouveau le record de la puissance. J. Yiciiniak.
- 1. La Nature les a décrits dans le n° 2122.
- — Imprimerie Laiiuke, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- Le Gérant : P. Masson.
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- LA NATURE
- QUARANTE-TROISIÈME ANNÉE — j9i5
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Aciers trempés aux températures peu élevées : déformations superficielles, 50.
- Aciers : leur hétérogénéité, 319. Adrénaline, 158.
- Aéroplane géant de Sikorsky, 145.
- Affûts des canons modernes, 58.
- Afrique occidentale et équatoriale : température, 191.
- — occidentale : les eaux souterraines,
- 259.
- Agriculture française depuis la guerre, 6.
- — pendant la guerre,. 278. Alimentation de l’armée : la viande congelée, 177.
- Allemagne : canon de 77 mm, 15.
- — : l’explosif (trinitrotoluol) des
- obus, 29.
- — : richesses minières des colonies,
- 4L .
- — : les centres de l’industrie mili-
- taire, 97.
- — criminelle et Allemagne belli-
- gérante, 105.
- — : récentes découvertes de houille,
- 115.
- — : le commerce avec la France, 151.
- — : les ustensiles militaires, 155.
- — : le ravitaillement, 185.
- — : à propos de la fabrication élec-
- trique des nitrates, 190.
- —: : Les usines « Friedrich-Alfred »
- et a Germania » de la Société Krupp, 202.
- — : marine de commerce, 241.
- — : la. foire de Leipzig, 545.
- — : projecteurs de campagne, 585. Aluminium son utilisation dans l’art
- militaire, 72.
- Supplément au n° 2201 de La Nature
- Aluminium : son emploi comme antitartre, 207.
- — : quelques tenLatives d’emploi
- dans l’art militaire, 258. Ampoules à rayons X : fabrication pendant la guerre, 51.
- Amputés et le travail (nos glorieux), 55. Angleterre : charbonnages et pâvs de Galles, 161.
- Animaux phosphorescents, 155.
- — : qui construisent des tranchées,
- 577.
- Anthropométrie comparative des populations balkaniques, 12.
- Arbres blessés par les balles, 95. Aristote (dynamique d’), 191. Armements et inventions d’après la presse étrangère, 175.
- Artillerie de marine, 49.
- — : l’observation aérienne, 257.
- — : les polygones, 289.
- Astronomie française : sur son histoire,
- 255.
- Automobile : tracteurs militaires, 209. Aveugles (pour les) : planchette scoto-graphique, 567.
- Aviation : une année de guerre aérienne, 215.
- B
- Bactéries marines : leur pouvoir 1èr-mentairc, 415.
- Bactériologie des Plaies de guerre, 267.
- Balance d’induction pour la recherche des obus, 191.
- Bananes : méthodes pour hâter leur maturation, 575.
- Belgique : récentes découvertes de houille 115.
- du 25 décembre 1915.
- Blessures des nerfs par projectiles de guerre, 295.
- — par projectiles de guerre : premiers stades de l’évolution des lésions, 95.
- Bouchard (Professeur Charles) : nécrologie, 555.
- Brasserie française pendant la guerre, 1.
- c
- Canon de campagne allemand de 77 mm, 15. .
- Caoutchouc : production et consommation, 47.
- Casques nouveaux de l’armée française, 548.
- Catalyse de l’eau oxygénée en milieu homogène, 191.
- Charbonnages anglais et pays de Galles, 161.
- Chemin de fer et légende de la Martins-wand (Tirol), 259.
- Chicorée à café : industrie, 107.
- Circulation artérielle : troubles en rapport avec les circonstances de guerre, 288.
- Cloches (La guerre et les), 409.
- Commande à distance par T. S. F., 406.
- Commerce franco-allemand, 151.
- — de la laine pendant la guerre, 369. .
- Communications entre la Russie et l’Europe occidentale, 101.
- Conserves de viande aux armées, 251.
- Coraux des grandes profondeurs : phénomènes de réparation après mutilation, 30.
- Colon aux États-Unis (Le), 305.
- Coton-poudre et poudres B, 247.
- 27
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- 418 :
- Croûte terrestre : refroidissement, 46. Cuirassé : propulsion électrique, 988. Cuivre : d’où les belligérants le tirent-ils? "60.
- D
- Danger des poux. Comment s’en préserver, 342.
- Delisle : sa correspondance astronomique, 191.
- Diatomées et dynamite, 159.
- Draps et tissus militaires : mesure de l’imperméabilisation, 46.
- — : imperméabilisation, 583.
- Dynamique d’Aristote, 158.
- E
- Eau potable au front, 395.
- — de Beaucens, 207.
- Éclairage efficace des rues, 399. Électrodiagnostic des maladies des nerfs,
- 415.
- Entreprise allemande en Extrême-Sibérie, 95.
- États-Unis : la culture du coton, 505.
- — : industrie minière et métallur-
- gique, 321.
- — : usines métallurgiques, 385. Étoiles : leurs mouvements propres, 207. Euler : sa correspondance avec Delisle,
- 191.
- Explosif (Trinitrotoluol) des obus allemands, 29.
- F
- Fabre (J.-Henry), notice nécrologique, 286.
- Fabrication des matières colorantes artificielles pendant la guerre, 310. Filature (nos grandes industries du Nord. V), 193.
- Fils de fer barbelés et grillages pour tranchées, 171.
- Flèches empoisonnées, 76.
- Foire de Leipzig. Peut-on la déraciner? 345.
- Formation de minerais au contact du granité, 30.
- Fortification (Crise delà), 281.
- Fusées cl torpilles aériennes, 263. Fusils : bois pour les crosses, 63.
- G
- Gaz nocifs : essai rapide des substances employées contre, 287.
- Géologie de la région de Caslcllanc, 191. Glycérine : sa glucosiditication, 158. Golfe Persique : essai de conquête par les Allemands, 26.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Guerre : ce qu’elle coûte à la France, 157.
- — de glaciers, 182.
- — aérienne (une année de), 215.
- — aux grandes altitudes, 334.
- H
- Hait (Philippe) : Nécrologie, 351.
- Hauts fourneaux (moteurs à gaz de), 139. Hollande et le Zuyderzée (La), 78. Houille : récentes découvertes, 113.
- — blanche en F’rance et en Allemagne (La), 401.
- Huile de coton : industrie, 94. Hydrocarbures du goudron de houille, 12 Hydrogène des ballons : épuration, 24.
- I
- Imperméabilisation des draps et tissus militaires, 383.
- Industrie du Kapok, 363.
- — minière et métallurgique aux
- États-Unis, 321.
- — du Nord : la Brasserie française
- pendant la guerre, 1.
- — du Nord : la chicorée à cale, 107.
- — du Nord : Industries textiles.
- I. Filature, retorderie, eordc-rie, 193.
- — du Nord : Industries textiles.
- II. Tissage, teinture, apprêts, 275.
- J
- Jouets français, 86.
- — pour les pelils, 410.
- K
- Kapok (L’industrie du), 363.
- Karst et Trieste (Le), 145.
- Krupp (Société) : usines a Friedrich-Alfred » et « Gcrmania », 202.
- L ,
- Laboratoires de la guerre :
- I. Polygones d’artillerie, 289.
- II. Essais des canons et des muni-
- tions, 353.
- Labourage mécanique, 257.
- Laine : commerce pendant la guerre, 569. Lampe à incandescence « demi-watt », 223.
- Lanterne nouvelle pour la recherche des blessés, 336.
- Lignes télégraphiques foudroyées, 95. Lignites pliocènes des Basses-Pyrénées, 319.
- Ludwigshal'en, centre de l’industrie militaire en Allemagne, 97.
- M
- Machines automatiques à couler les gueuses de fonte, 11.
- Mammouth (mousses trouvées dans l’estomac d’un), 63.
- Mannheim, centre de l’industrie militaire en Allemagne, 97.
- Marine : artillerie, 49.
- — de commerce allemande, 241. Matières colorantes artificielles : fabrication pendant la guerre, 310.
- — explosives (le co-volume des gaz
- dégagés par les), 239. Médecine : emploi de l’or, 189.
- Mer Noire et scs ports (La), 329. Métallisation à froid, 391.
- Métallurgie et mines en Lorraine, 225.
- — italienne, 315.
- — de l’acier (Le rôle des préoccu-
- pations militaires dans les progrès de la), 373.
- — : usines des États-Unis, 385. Mines : richesses minières de la Turquie
- d’Asie, 382.
- — des colonies allemandes : leurs ri-
- chesses, 41.
- — de potasse d’Alsace, 220.
- — et métallurgie en Lorraine, 225. Mort par décompression, 398.
- Moteur Diesel (difficultés pour obtenir de grandes puissances), 42.
- — à gaz de hauts fourneaux, 139.
- — à vapeur de mercure, 207. Motoculture, 257.
- Mouches : destruction, 30.
- — : (La guerre aux), 33.
- — : leur destruction par le fumier
- domestique, 287.
- Mylonites : sur leur présence au sud de Bennes, 415.
- Myoacousies consécutives à des blessures de guerre : Traitement, 287.
- N
- Nantes depuis la guerre, 129.
- Navires de guerre (moyens d’obtenir les grandes vitesses des), 254.
- Nécrologie : Le professeur Charles Bouchard, 335.
- — Édouard Prillieux. Philippe Hall, 351.
- Nerfs : blessures par projectiles de guerre, 293.
- Nickel : procédé permettant d’apprécier la quantité de nickel déposée sur des objets nickelés, 239.
- Nitrates : comment les Allemands se les procurent, 87.
- — : à propos de leur fabrication
- électrique en Allemagne, 190.
- — alcalins : préparation, 567. Niveau à mercure système Broca, 112.
- O
- Objectifs photographiques de fabrication française^ 501.
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- Observation aérienne et l’artillerie (I/), 237.
- Obus : fabrication, 65.
- Or en médecine, 189.
- — : son rôle dans la guerre actuelle, 337.
- — colloïdal : mode d’action, 46. Orbitoïdes de l île de la Trinité, 191. Ordures ménagères des villes (la guerre
- et la question des), 127.
- Organisation de la nation en temps de guerre, 45.
- P
- Pain K en France au xvme siècle (Le), 152.
- — pour les prisonniers de guerre, 191. Parasitisme des graines, 207.
- Pays de Galles : charbonnages anglais, 161.
- Pêche au chalut, 81.
- — maritime française, 123.
- Plaies de guerre : suppression de la suppuration, 191.
- — : (bactériologie des), 267. Planchette scotographique, 367.
- Poids et mesures : commission, 63. Poisons de llèches, 76.
- — d’épreuve, 110.
- Poissons : ce qu’ils voient, 200. Polémoscope (Le), 191.
- Polygones d’artillerie, 289.
- Ports de la mer Noire, 329.
- Potasse aux États-Unis (problème de la), 141.
- — : mines d’Alsace, 220.
- Poux : comment s’en préserver, 342. Préhistoire française (L’intervention allemande dans la), 15.
- Prillieux Édouard : nécrologie, 351. Principe d’organisation (Le), 359. Progrès de la métallurgie de l’acier : le rôle des préoccupations militaires, 373. Projecteurs vivants, 135.
- — de campagne allemands, 383. Projectiles des êtres vivants, 233. Propulsion électrique des cuirassés, 288. Putréfaction (La), 158.
- R
- Races européennes (Les), 393.
- Radium : son emploi sur les cicatrices vicieuses des blessures de guerre, 238. —• (Traitement au), 319.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Ravitaillement de l’Allemagne (Le), 185.
- Rayons ultra-violets : leur aclion sur les sels de mercure, 288.
- Rééducation fonctionnelle, 30.
- Réseau de diffraction de 120 000 lignes du professeur Michelson, 413.
- Résonance des corps sonores, 415.
- Russie : communications avec l’Europe occidentale, 101.
- S
- Salure des mers et la répartition géographique des êtres vivants (La), 62.
- Sangsues et la guerre (Les), 8.
- Sauterelles : procédé biologique de destruction, 567.
- Sels de magnésium : leur action stimulante, 287.
- Sidérurgie italienne, 313.
- Son du canon, 168.
- Sous : à propos de leur pénurie, 328.
- Sous-marin (Précurseurs américains du), 351.
- Soutirage des liquides en lames minces dans le cas de stérilisation par les rayons ultra-violets, 95.
- Spectres prismatiques loi de dispersion, 30.
- Stérilisation des cultures microbiennes sous couché mince, 30.
- Sulfure de calcium : saphototropie, 238.
- Surdité consécutive à des blessures de guerre, 238.
- Système du monde (Le), 383.
- T
- Tahiti : les vanilles, 255.
- Taylor (W.) : son œuvre, 255.
- T. S. F. avec un train en marche, 47.
- — (commande à distance par), 406.
- — dirigée, 319.
- — à étincelles, 415.
- Téléphones sans fil Marconi, 176.
- « Terre d’infusoires » et dynamite, 159. Tirol : chemin de fer et légende de la Martinswand, 239.
- Tissage dans le Nord, 273.
- Torpille et guerre navale, 17.
- — aérienne, 263.
- Tracteurs automobiles, 80.
- ..: -... = 419
- Tracteurs automobiles militaires, 209.
- Traction mécanique et motoculture, 257. — électro-thermique, 382.
- Trains automobiles avec roues à rails mobiles, 80.
- Tranchées : grillages et fils de fer barbelés, 171.
- Tremblement de terre du 18 février 1911, 46.
- Trieste et le Ivarst, 145.
- Tunnel sous la Manche, conséquence de la guerre (Le), 200.
- Turbine marine à engrenages sur les navires à marche rapide, 116.
- Turbo-générateur monstre le plus grand du monde, 416 .
- Turquie d’Asie : richesses minières, 382.
- U
- Usines « Friedrich-Alfred » et « Germa-nia » de la Société Krupp, 202. Ustensiles militaires de l’armée allemande, 153.
- V
- Vapeur de mercure (moteur à), 207. Viande congelée pour l’alimentation de nos troupes, 177.
- — : conserves aux armées, 251. Voitures de banlieue en acier du grand Trunk Canadien, 255.
- Voiture de radiologie de l’armée française, 271.
- Volcans japonais, 158.
- W
- Wagons en acier du grand Trunk Canadien, 255.
- Z
- Zuyderzée et la Hollande (Le), 78.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Atiianassio-Benisty (Mme). — Les blessures des nerfs par projectiles de guerre, 293.
- B. et L. — Traction mécanique et motoculture, 257.
- Bayette (L.). — Trains automobiles avec roues à rails mobiles, &0.
- Blactot (René).— La guerre navale et la torpille, 17. —Les laboratoires de la guerre, 289 et 353.
- Blanc (G.). — Les conserves de viande aux armées, 251.
- Blin (Henri). — Industrie de l’huile de coton, 94. — A propos de la fabrication électrique des nitrates en Allemagne, 190.
- Blondel (G.). — Le ravitaillement de l’Allemagne, 185.
- Bonnin (R.). — L’agriculture française depuis la guerre, 6.— Le moteur Diesel, 42. — Le Zuyderzée et la Hollande, 78.
- — Les jouets français, 86. — La pêche maritime française, 123. — Le commerce franco-allemand, 131. — Les moteurs à ghz de hauts fourneaux, 139. — Les usines « Friedrich-Alfred » et « Germania » de la Société Krupp, 202. — Les grandes vitesses des navires de guerre (moyens de les obtenir), 254. — Le coton aux États-Unis, 305. —Richesses minières de la Turquie d’Asie, 382.
- Bordeaux (Aldert). — Une entreprise allemande en Extrême-Sibérie, 95.
- Bousquet (M.). — La guerre et la question des ordures ménagères, 127.
- Boyer (Jacques). — La brasserie française pendant la guerre, 1. — La T. S. F. avec un train en marche, 47. — D’où les belligérants tirent-ils le cuivre, 60. — L’industrie de la chicorée à café, 107. — Le port de Nantes depuis la guerre, 129. — Fils de fer barbelés et grillages pour tranchées, 171. — Nouveaux casques métalliques de l’armée française, 348. — L’industrie du Kapok, 363.
- Cambon (Victor).— Les centres de l’industrie militaire en Allemagne, 97. —La marine de commérce allemande, 241.
- Capitaine XXX. — Le tracteur automobile militaire, 209.
- Cerisaie (J. de la). — Les sangsues et la guerre, 8. — Bois pour fusils, 63. — Les nouveaux téléphones sans fil Marconi, 176. — Précurseurs américains de la guerre sous-marine,. 351.
- Chaplet (A.). — Le rôle des préoccupations militaires dans les progrès de la métallurgie de l’acier, 373.
- Coupin (Henri). — La guerre aux mouches, 33. — La salure des mers et la répartition des êtres vivants, 62. — Les flèches empoisonnées, 76. — Les arbres blessés par les balles, 93. — Les poisons d’épreuve, 110. — Projecteurs vivants, 135. — La « terre d’infusoires » et la dynamite, 159. — Ce que voient les poissons, 200. — Les projectiles chez les êtres vivants, 233. — A propos de la pénurie des sous, 328. —Animaux qui construisent des tranchées, 377.
- — Les races européennes, 393.
- Coustet (E.). — Fabrication des ampoules à rayons X pendant la guerre, 31. — Le polémoscope, 191.— Lampe à incandescence « Demi-Watt », 223.— J.-Henry Fabre, 286.
- — Les objectifs photographiques de fabrication française,
- 301. — La guerre aux grandes altitudes, 534. — La houille blanche en France et en Allemagne, 401. .........
- Dehérain (Henri). — Essai de conquête du golfe Persique par les Allemands, 26.
- E.-A. M. et L. D. L. — La mer Noire et ses ports, 329.
- E. S. — L’explosif (trinitrotoluol) des obus allemands, 29.
- Fagon. — L’or en médecine, 189.
- Flamel (Nicolas). — L’utilisation de l’aluminium dans l’art militaire, 72. — Les ustensiles militaires de l’armée allemande, 155. — De quelques tentatives d’emploi de l’aluminium dans l’art militaire, 238. — Les torpilles
- aériennes, 263. — La métallisation à froid, 391.
- Fournier (Lucien). — Le canon de campagne allemand de 77mm, 13. — Nos glorieux estropiés et le travail, 53. —Fabrication des obus, 65. — La viande congelée dans l’alimentation de nos troupes, 177. — Une année de guerre aérienne, 215. — Nouvelle voiture de radiologie de
- • l’armée française, 271. — La foire de Leipzig. PeuUori la déraciner? 545. — Des canons, des munitions... pour les petits, 410.
- Guillaume (Ch.-Ed.). — Le son du canon, 168. — Pour les aveugles : la planchette scotograpliique, 367.
- Guitard (E.-H.). — Le pain K en France au xviu0 siècle, 152.
- H. M. — L’aéroplane géant de Sikorsky, 143.
- L. — Le danger des poux. Comment s’en préserver, 342. —
- L. B.— Ce que coûte vraiment la guerre, 157. — Le tunnel sous la Manche, conséquence de la guerre, 200. — Les mines de potasse d’Alsace, 220.
- L. D. L. — L’intervention allemande dans la préhistoire française, 13.
- L. F.—Nouvelle lanterne pour la recherche des blessés, 336.
- — La mort par décompression, 398.
- Launay (L. de). — Les récentes découvertes de houille, 113.
- — Le problème de la potasse aux Etats-Unis, 141. — Le rôle de l’or dans la guerre actuelle, 537.
- Le Chatelier (H.). — Le principe d’organisation, 359.
- Martel (E.-A.). — Trieste et le Karst, 145. — La guerre de glaciers, 182. — Chemin de fer et légende de la Martins-wand (Tirol), 239.
- P... — Les richesses minières des colonies allemandes, 41.
- R. M. — La bactériologie des plaies de guerre, 267.
- Rabot (Charles). — Les communications entre la Russie et l’Europe occidentale, 101.
- Renouard (Alfred). — Nos grandes industries du Nord : Industries textiles — lre partie, 193; —2e partie, 273. —> Fabrication des matières colorantes artificielles pendant la guerre, 310. — Le commerce de la laine pendant la guerre, 369.
- Reverchon (Léopold). — Guerre, carillons et gros sous, 409.
- Richard (Gaston). — L’Allemagne criminelle et l’Allemagne belligérante, 105.
- Sagnier (Henry). — L’agriculture pendant la guerre, 278.
- Véron. — La grande pêche au chalut, 87. — Là turbine marine à engrenages sur les navires à marche rapide, 116. — Charbonnages anglais et Pays de Galles, 161. — Usines métallurgiques aux États-Unis, 385.
- Yerseau (Du). — L’artillerie de marine, 49. — Le dernier mot du cuirassé : la propulsion électrique, 288.
- Viciiniak (J.).— Éclairage efficacejies rues, 599. — Le turbo-gènérateur monstre le plus grand du monde, 416.
- X... — Epuration de l’hydrogène des ballons, 24. — Les affûts des canons modernes, 38. — Comment les Allemands se procurent les nitrates, 87. — Niveau à mercure, système Broca, 112. — Un moteur à vapeur de mercure, 207. — La crise de la fortification, 281. — La télégraphie sans fil dirigée, 319. — Commande à distance par T. S. F., 406.
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- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- ARMEMENT
- Le canon do campagne allemand de 77mm (Lucien Fournier) .................................................... 13
- Épuration de l’hydrogène des ballons (X...)............. 24
- L’explosif (trinitrotoluol) des obus allemands (E. S.) . 29
- Les affûts des canons modernes (X...)..................... 38
- Fabrication des obus (Lucien Fournier).................... 65
- L’utilisation de l’aluminium dans l’art militaire (Nicolas
- Flamel).............................................. 72
- Trains automobiles avec roues à rails mobiles
- (L. Bayette). ......................................... 80
- L’aéroplane géant de Sikorsky (H. M.).....................143
- Les ustensiles militaires de l’armée allemande (Nicolas
- Flamel) . .............................................155
- Fils de fer barbelés et grillages pour tranchées (Jacques
- Boyer).................................................171
- Armements et inventions, d’après la presse étrangère. 175
- Le polémoscope (Ernest Goustet)...........................191
- Le tracteur automobile militaire (Capitaine XXX). . . 209
- Une année de guerre aérienne (Lucien Fourmer) . . . 215
- L’observation aérienne et l’artillerie....................237
- De quelques tentatives d’emploi de l’aluminium dans
- l’art militaire (Nicolas Flamel).......................238
- Coton-poudre et poudres B............................... 247
- Les torpilles aériennes (Nicolas Flamel)..................263
- La crise de la Fortification (X...)..................... 281
- Les laboratoires de la guerre : I. Polygones d’artillerie. — 289 II. Essais des canons et des munitions (Bené Blactot). 353 Nouvelle lanterne pour la recherche des blessés (L. F.). 336 Nouveaux casques métalliques de l’armée française
- (Jacques Boyer)........................................348
- Les projecteurs de campagne allemands................... 383
- La métallisation à froid (N. Flamel)......................391
- CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE
- La brasserie française pendant la guerre (Jacques
- Boyer). 1
- L’agriculture française depuis la guerre (R. Bonnin). . 6
- Fabrication des ampoules à rayons X pendant la guerre
- (Ernest Coustet). ...................................... 31
- La production et la consommation du caoutchouc. . . 47
- D’où les belligérants tirent-ils le cuivre? (Jacques Boyer) 60 Bois pour fusils (Jean de la Cerisaie). ....... 63
- Les jouets français (R. Bonnin)............................ 86
- Comment les Allemands se procurent les nitrates (X...). 87 Industrie de l’huile de coton (Henri Blin). ..... 94 Les centres de l’industrie militaire en Allemagne
- (Victor Cambon)...................................... . 97
- L’industrie de la chieorée à café (Jacques Boyer) . . . 107
- La pêche maritime française (R. Bonnin)....................123
- Le commercé franco-allemand (R. Bonnin.). ..... 131
- Le problème de la potasse aux États-Unis (L. de Launay). 141
- Le que coûte vraiment la guerre (L. B.)................... 157
- Charbonnages anglais et pays de Galles (Cn. Véron), . 161
- La viande congelée dans l’alimentation de nos troupes
- (Lucien Fournier).................................. 177
- Le ravitaillement de l’Allemagne (G. Blondel). . . . 185
- A propos de la fabrication électrique des nitrates en
- Allemagne (Henri Blin)...............................190
- Nos grandes industries du Nord. — Industries textiles,
- lre partie (Alfred Renouard) , . . . . .............193
- 2e partie (Alfred Renouard)..........................273
- Les mines de potasse d’Alsace (L.-B.)...................220
- Les mines et la métallurgie en Lorraine................ 225
- Les conserves de viande aux armées (G. Blanc) .... 251
- L’agriculture pendant la guerre (Henry Sagnier) .... 278
- Le coton aux États-Unis (R. Bonnin). ..................305
- Fabrication des matières colorantes artificielles pendant
- la guerre (Alfred Renouard). ........................310
- La sidérurgie italienne. ............................. 313
- L’industrie minière et métallurgique aux États-Unis. . 321
- Usines métallurgiques aux États-Unis (Cn. Véron). . . 585
- A propos de la pénurie des sous (Henri Coupin) .... 328
- Le rôle de l’or dans la guerre actuelle (L. de Launay). . 337
- La marine de commerce allemande (Y. Cambon) .... 241
- La foire de Leipzig. — Peut-on la déraciner? (Lucien
- Fournier) ......................................... 345
- La nouvelle industrie du Kapok (Jacques Boyer) . . . 363
- Le commerce de la laine pendant la guerre (Alfred
- Renouard)............................................369
- Le rôle des préoccupations militaires dans les progrès
- de la métallurgie de l’acier (A. Chaplet)...........573
- La houille blanche en France et en Allemagne (Ernest
- Coustet)........................................ 401
- Guerre, carillons et gros sous (Léopold Reverchon). . . 409
- Des canons, des munitions pour les petits (Lucien Fournier) ........................................... 410
- Pain pour les prisonniers de guerre........ 191
- CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET ETHNIQUES DE LA GUERRE
- L’intervention allemande dans la préhistoire française
- (L. D. L.) . . ................................. . 13
- Essai de conquête du golfe Persique par les Allemands
- (Henri Dehérain)................................ . 26
- Les richesses minières des colonies allemandes (P.) . . 41
- Le Zuyderzée et la Hollande (R. Bonnin)............... 78
- Une entreprise allemande en Extrême-Sibérie (Albert
- Bordeaux) ........................................... 95
- Les communications entre la Russie et l’Europe Occidentale (Charles Rabot).................................101
- Le port de Nantes depuis la guerre (Jacques Boyer) . . 129
- Trieste et le Karst (E.-A. Martel)......................145
- La guerre de glaciers (E.-A. Martel)....................182
- Le tunnel sous la Manche : conséquence de la guerre
- (L. B.)........................................ . 200
- Chemin de fer et légende de la Marlinswand (Tirol)
- (E.-A. Martel)..................................... 239
- La mer Noire et ses ports (E.-A. M. et L. D. L.) . . . 529
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- 422 — TABLE
- La guerre aux grandes altitudes {Ernest Coustet). . . Richesses minières de la Turquie d’Asie (R. Bonnin). .
- Les races européennes (Henri Coupin)..........
- Anthropométrie comparative des populations balkaniques.........................................
- CHIMIE.
- Les hydrocarbures du goudron de houille............
- L’adrénaline . . .................................
- La glucosülification de la glycérine...............
- Essai rapide des substances employées contre les
- gaz nocifs.........................
- Préparation des nitrates alcalins . ...............
- PHYSIQUE. - ASTRONOMIE
- La T. S. F. avec un train en marche (Jacques Boyer) .
- Niveau à mercure système Broca (X...)...............
- Le son du canon (Ch.-Ed. Guillaume). ...............
- Les nouveaux téléphones sans fil Marconi (Jean de la
- Cerisaie) . .....................................
- Lampe à incandescence «demi-watt» (Ernest Coustet).
- La télégraphie sans fil dirigée (X...)..............
- Éclairage efficace des rues (J. Vichniak)...........
- Commande à distance par T. S. F. (X...).............
- Le réseau de diffraction de 120000 lignes du professeur
- Michelson........................................
- Déformations des aciers trempés aux températures
- peu élevées......................................
- Loi de dispersion des spectres prismatiques. . . . Le tremblement de terre du 18 février 1911 . . .
- Le refroidissement de la croûte terrestre...........
- Commission des poids et mesures.....................
- Mode de soutirage des liquides en lames minces dans le cas de stérilisation par les rayons ultraviolets ...........................................
- Coups de foudre sur les lignes télégraphiques. . .
- Dynamique d’Aris’ote................................
- Catalyse de l’eau oxygénée en milieu homogène. . Balance d’induction pour la recherche des obus . .
- Correspondance de l'astronome Delisle...............
- Correspondance astronomique d Euler avec Delisle. Température de l’Afrique occidentale et équatoriale.
- Les mouvements propres des étoiles..................
- Emploi de l’aluminium comme anti-tartre ....
- La phototropie du sulfure de calcium................
- Procédé permettant d'apprécier la quantité de
- nickel déposée sur des objets nickelés...........
- Le co-volume des gaz dégagés par les matières
- explosives.......................................
- Sur l’histoire de T astronomie française............
- Action des rayons ultra-violets sur les sels de mercure ..............................................
- Hétérogénéité des aciers............................
- Le système du monde.................................
- La résonance des corps sonores . ...................
- La T. S. F. à étincelles............................
- MÉDECINE ET HYGIÈNE.
- Les sangsues et la guerre (J. de la Cerisaie). . . . .
- La guerre aux mouches (Henri Coupin)............... . .
- Nos glorieux estropiés et le travail (Lucien Fournier) .
- MATIÈRES
- La guerre et la question des ordures ménagères
- (M. Bousquet).......................................127
- L’or en médecine (Fagon) . ............................189
- La bactériologie des plaies de guerre (R. M.)..........267
- Nouvelle voiture de radiologie de l’armée française
- (Lucien Fournier)....................................271
- Les blessures des nerfs par projectiles de guerre
- (Mme Athanassio-Benistv). .............293
- Le danger des poux. Comment s’en préserver (L.). . . 342
- Pour les aveugles : La planchette scotographique
- (Cii.-Ed. Guillaume).................................567
- L’eau potable au front..................................595
- La mort par décompression (L. F.).......................398
- Rééducation fonctionnelle............................... 50
- Destruction clés mouches ............................... 50
- Mode d’action de l’or colloïdal......................... 46
- Premiers stades de l'évolution des lésions dans les blessures par projectiles de guerre. ....... 95
- Suppression de la suppuration dans les plaies de
- guerre., .......................................... 191
- Emploi du radium sur les cicatrices vicieuses des
- blessures de guerre..................................258
- Surdité consécutive à des blessures de guerre . . . 258
- Traitement des myoacousies consécutives à des blessures de guerre....................................... 287
- Action stimulante des sels de magnésium.................287
- Destruction des mouches par le fumier domestique . 287
- Troubles de la circulation artérielle en rapport
- avec les circonstances de guerre.....................288
- Traitement au radium...................................319
- Electrodiagnostic des maladies des nerfs................415
- GÉOLOGIE.
- Les récentes découvertes de houille (L. de Launay) . . 113
- Formation de minerais au contact du granité ... 50
- Volcans japonais....................................158
- Les orbitoïdes de Vile de la Trinité ...............191
- La géologie de la région déCastellane...............191
- Les eaux souterraines'en Afrique occidentale. . . . 239
- Sur la présence de mylonitcs au sud de Rennes . . 415
- HISTOIRE NATURELLE. BIOLOGIE. — ZOOLOGIE.
- La salure des mers et la répartition géographique des
- êtres vivants (Henri Coupin)........................ 62
- Les flèches empoisonnées (Henri Coupin) ....... 76
- Les arbres blessés par les balles (Henri Coupin) .... 93
- Les poisons d’épreuve (Henri Coupin)....................110
- Projecteurs vivants (Henri Coupin). . ..................135
- La « terre d’infusoires » et la dynamite (Henri Coupin). 159
- Ce que voient les poissons (Henri Coupin)...............200
- Les projectiles chez les êtres vivants (Henri Coupin). . 233
- Méthodes pour hâter la maturation des dattes et des bananes ................................................ 573
- Animaux qui construisent des tranchées (Henri Coupin) . 577 Phénomènes de réparation après mutilation chez les
- coraux des grandes profondeurs....................... 30
- Stérilisation des cultures microbiennes sous couche
- mince............................................. 30
- Mousses trouvées dans l’estomac d’un mammouth. . 63
- La putréfaction....................................... 158
- Les eaux de Beaucens....................................207
- Parasitisme des graines .............................. 207
- DES
- 534
- 382
- 393
- 12
- 12
- 158
- 158
- 287
- 367
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- 112
- 168
- 176
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- 319
- 399
- 406
- 413
- 30
- 30
- 46
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- 63
- 95
- 95
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- 191
- 191
- 191
- 191
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- 207
- 207
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-
- TABLE DES MATIÈRES r-:::.:.::-:...: : -r-=: 423
- Les vanilles de Tahiti...............................255
- Lignites pliocènes des Basses-Pyrénées...............319
- Procédé biologique de destruction des sauterelles. . 567
- Sur le pouvoir fermentaire des bactéries marines. . 415
- MARINE.
- La guerre, navale et la torpille (René Blactot) . ... 17
- Le moteur Diesel (R. Ronnin)............................. 42
- L’artillerie de marine (Du Verseau)......................... 49
- La grande pêche au chalut (Véron)........................... 81
- La turbine marine à engrenages sur les navires à marche
- rapide (II. Véron)........................... ... 116
- Les usines « Friedrich-Alfred » et « Germania » de la
- Société Krupp (R. Bonnin).................................202
- Les grandes vitesses des navires de guerre (R. Bonnin). 254 Le dernier mot du cuirassé : la propulsion électrique
- (Du Verseau)..............................................288
- Précurseurs américains de la guerre sous-marine (J. de la Cerisaie).......................................... 351
- MÉCANIQUE.
- Machines automatiques à couler les gueuses de fonte. . 11
- Les moteurs à gaz de hauts fourneaux (B...) .... 159
- Un moteur à vapeur de mercure (X...)..............207
- Voitures de banlieue en acier du grand trunlc cana-
- dien ..................................................255
- Traction mécanique et motoculture (L. et li.) . . . . 257
- La traction électro-thermique..........................382
- Le turbo-générateur monstre le plus grand du monde (J. Viciiniak)........................................416
- NÉCROLOGIE.
- J.-Henry Fabre (Ernest Coüstet) . ............ 286
- Le professeur Charles Bouchard........................335
- Edouard Prillieux. — Philippe Hait....................551
- DIVERS
- La nation en temps de guerre : son organisation ... 45
- L’Allemagne criminelle et l’Allemagne belligérante
- (Gaston Richard).....................................105
- Le pain K en France au xvnr siècle (E.-H. Guitard) . 152
- Les objectifs photographiques de fabrication française
- (Ernest Coustet)......................................301
- Le principe d’organisation (Heni.y Le Ciiatelikr) . . . 559
- L’œuvre de W. Taylor.....................................255
- L’imperméabilisation des draps et tissus militaires•. 385
- FIN DES TABLES
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- Le Gérant : P. Masson.
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- N° 2179
- 3 Juillet 1915
- LA NATURE
- ETOU T DU IU110ÎES
- TgS'ÔJ3
- SOMMAIRE : Nos grandes industries du Nord : IV. La brasserie française pendant la guerre : Jacques Boyer. — L'agriculture française depuis la guerre : R. Bonnin. — Les sangsues et la guerre : J. de la Cerisaie.— Machines automatiques à couler les gueuses de fonte.— L’intervention allemande dans la préhistoire française : L. D. L. — Leur canon de. campagne de 77 mm : L. Fournier. SUPPLÉMENT. —- Informations et recettes : Compagnies transatlantiques allemandes. — Extinction des incendies d'essences, vernis, etc. La glycérine dans les cas de transpiration des pieds, etc.
- MASSON ET OV Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l'École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature b doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Paris (V~l‘)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- JfeD
- 1g?D
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Compagnies transatlantiques allemandes. — Conformément au décret rendu le a5 février dernier, la Compagnie Norddeustcher Lloyd de Brême n'a pas tenu sa réunion annuelle et n’a pas établi son bilan pour 1914. Il en a été de même de la Compagnie Hamburg-Bremen-Africa. La Compagnie transatlantique Hansa, également de Brême, propose un dividende de 4 pour 100 au lieu de xo pour 100 l’année précédente. Un certain nombre de ses navires ont été capturés par l’ennemi, mais les autres se trouvent dans des ports allemands ou neutres. Quatre de ses navires ont été endommagés par les Anglais à' Anvers. La Compagnie Hambourg-Amérique du Sud donne 4 pour 100 de dividende au lieu de 10 pour 100 en 1913. Deux nouveaux navires ont été ajoutés à sa flotte en 1914 et cinq cargo-boats sont en construction. Un navire a été capturé par un croiseur anglais et un autre endommagé à Anvers. La Compagnie Hamburg-America a été également autorisée à ne pas établir son bilan pour 1914- On donne pour l’aison que, depuis des mois, la Compagnie ne pouvant se mettre en relation avec ses différents agents à l’étranger, il lui est impossible d’établir ses comptes d’une manière exacte.
- Extinction des incendies d’essences, vernis, etc.
- — La sciure de bois est un excellent extincteur pour certains liquides volatils. Il peut sembler paradoxal d’employer un corps combustible pour éteindre un incendie; c’est pourtant un fait bien connu que le moyen le plus sûr d’arrêter un feu de cheminée est d’y jeter une poignée de fleur de soufre. La sciure de bois a pour effet d’empêcher le contact de l’air et du liquide sur lequel elle flotte. Quand elle brxxle elle-même, elle se consume sans flamme, et à trop basse température pour pouvoir allumer de nouveau le liquide.
- Suivant Y Industrial Engineering, la sciure est suffisamment efficace même quand elle est très sèche. Cependant, le bicarbonate de soude en augmente considérablement l’efficacité. Il permet d’ailleurs de n’employer qu’une moindre quantité de matière pour obtenir plus rapidement l’extinction. L’action du bicarbonate s’explique par l’abondant dégagement d’acide carbonique libéré par ce sel, lorsqu’il est chauffé à ioo°. Un kilogramme de bicarbonate dégage environ xa5 litres de gaz carbonique et autant de vapeur d’eau. Cette masse gazeuse, plus dense que l’air, forme au-dessus du liquide enflammé une nappe isolante dans laquelle la combustion devient impossible.
- Un moyen d’extinction analogue est fourni par le tétrachlorure de carbone, qui dégage des vapeurs très lourdes (leur densité est plus de 5 fois supérieure à celle de l’air), à raison d’environ 225 litres de vapeur par litre de liquide vaporisé. Lorsqu’on prépare des vernis, lorsqu’on fait fondre des résines, il serait prudent d’avoir toujours à sa portée un flacon de tétrachlorure de carbone, de façon à en verser immédiatement le contenu dans la marmite, en cas d’incendie : l’extinction
- est ainsi très rapide, caries vapeurs protectrices s’accumulent immédiatement au-dessus du liquide enflammé. Il convient de rappeler, à ce propos, que le tétrachlorure de carbone est un dissolvant ininflammable des résines et des corps gras, et qu’il communique son incombustibilité aux dissolvants habituels (huiles, benzine, pétrole, essence), quand il leur est mélangé en proportions convenables.
- La glycérine dans les cas de transpiration des pieds. — M. le Dr Benians recommande l’emploi de la glycérine dans les cas de transpiration fétide des pieds. 11 indique que les substances qui donnent naissance aux symptômes cliniques de cette affection, telles que l indol et peut-être le scatol proviennent d’une action bactérienne. L’introduction de glycérine dans le milieu où se développent ces bactéries empêche la formation de l’indol; de plus sa fermentation produit des acides qui font que le milieu en contact avec la plante des pieds, d’alcalin devient acide. On n’a qu’à appliquer tous les matins, aussi souvent que cela est nécessaire, la glycérine bien étendue sur la plante des pieds. Grâce à ce traitement, les pieds sont moins attaqués, moins fatigués et la glycérine serait d’une grande valeur pour une armée fournissant de longues marches.
- La destruction des moustiques par les canards.
- — D’après des expériences récentes de M. S. G. Dixon ( Journ. of the American Medic. Assoc., t. LXIII, n° 14), le canard serait l’un des plus grands ennemis que nous connaissions des moustiques, et par conséquent de la fièvre jaune et de la malaria.
- M. Dixon a déterminé de la façon suivante le pouvoir qu’ont les canards et les poissons de détruire les moustiques. A l’aide de digues, il détermina dans un cours d’eau deux bassins d’égale superficie. Dans l’un, il mit des canards, et dans l’autre des poissons. Le premier fut. aussitôt débarrassé des moustiques, tandis qu’on trouva constamment dans le second des insectes aux différentes phases de leur développement. Des canards sauvages y furent alors introduits; ils se jetèrent sur les moustiques de préférence à toute autre nourriture. Au bout de 24 heures, il n’y avait plus de chrysalides dans le bassin, et deux jours après on n’y trouvait plus la moindre larve.
- M. W. Lockwood a remarqué aussi que le canard à palette est particulièrement apte à dévorer les larves qui se trouvent à la surface de l’eau, et M. Mc Atee a trouvé des moustiques dans le gésier des canards sauvages.
- Sans doute, les oiseaux, les poissons, les araignées, les batraciens, les arthropodes et les reptiles sont les ennemis des moustiques ; mais de tous ces animaux les canards sont les plus répandus dans les différentes régions du globe, et par conséquent les plus propres à assainir les régions marécageuses en proie à ce fléau et dont le dessèchement serait fort coûteux.
- [Revue générale des Sciences.)
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- N° 2180
- 10 Juillet 1916
- LA NATURE
- ET K LIMIER SPPMOSMMi JâJL/J&RTmm BâsrAW JLT MMSTMIE
- La Guerre Navale
- ET LA TORPi LLE
- SOMMAIRE:
- La guerre navale et la torpille : René Blactot. — L'épuration de l’hydrogène des ballons : X. — L'essai de conquête du golfe Persique par les Allemands : Henri Dehérain. — L'explosif (trînitro-toluol) des obus allemands : B. S. — Académie des sciences. — La fabrication des ampoules à
- rayons X pendant la guerre : Ernest Coustet.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Les bombes asphyxiantes dans l'avant-guerre. — Pour éviter l'enroulement des papiers à la celloïdine. — Virage sanguine. — Le départ des Oiseaux. ~v
- MASSON ET C‘\ Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l'Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : / 20, Boulevard Saint-Germain, Tarit (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- ont
- Les bombes asphyxiantes dans l’avant-guerre. —
- Il est actuellement beaucoup question de l’emploi des bombes asphyxiantes comme d’une nouveauté. Cependant on aurait pu s’y attendre et préparer longtemps d’avance la riposte; car les intentions allemandes de violer à cet égard la Convention de la Haye étaient bien connues et ouvertement affichées. Peut-être nous sera-t-il permis de rappeler que nous avons décrit ici même le 6 septembre 1913 (n° 210a), avec figures à l’appui, le canon à bombes des usines Krupp, en attirant tout particulièrement l'attention sur le sophisme en vertu duquel les Allemands annonçaient devoir l’utiliser pour lancer des vapeurs délétères, « parce qu’il n’avait pas, comme le défend la Convention de la Haye, pour but unique de répandre des gaz asphyxiants ou délétères (article 22) ». « Il serait, disions-nous en conclusion, dangereux de croire que les généraux prussiens hésiteront un instant à utiliser des bombes asphyxiantes, même dans les cas où elles devraient tuer un grand nombre d’habitants pacifiques. » Dans ce cas, comme pour la violation de la neutralité belge, s’il y a eu surprise de notre part, ce n'est pas du moins faute d’avoir été prévenus.
- Pour éviter l’enroulement des papiers à la celloï-dine. — Les papiers au collodion ou à la celloïdine ont le défaut dé se rouler dans la première eau de lavage qui précédé le virage et de former de petits tubes, difficiles à dérouler pour la suite des opérations. Pour éviter cet enroulement, prendre une cuvette en verre ou en porcelaine d’un format supérieur à celui des épreuves, et y verser une très petite quantité d’eau. Immerger les épreuves une à une, image en dessous, en les éparpillant irrégulièrement dans toute la largeur de la cuvette, car, si on les superposait exactement, elles se rouleraient toutes ensemble, A mesure qu’une épreuve est plongée, on la maintient à plat avec la main ouverte, et, quand on a mis dans la cuvette toutes les épreuves à traiter, on presse le paquet de manière à exprimer l’excès d’eau, que l’on fait écouler en inclinant le récipient.
- Les épreuves doivent rester ainsi humectées à plat peiidant dix minutes. Elles sont alors suffisamment souples pour rester aplanies, et l’on peut remplir la cuvette pour procéder au lavage qui doit précéder le virage.
- Par les temps très froids, il faut employer de l’eau un peu tiède.
- Certains papiers au collodion, notamment ceux dont la surface est brillante, se mouillent difficilement, surtout quand ils sont de préparation ancienne. Il faut alors les passer dans un peu d’alcool (l’alcool dénaturé suffit) ; mais on aura soin de les laver ensuite dans l'eau, avant de les virer.
- Virage sanguine. — Plonger l’épreuve dans :
- Eau..........................100 c. c.
- Acide azotique............... 2 —
- Laver et fixer dans une solution d’hyposulfite de soude à i5 pour 100.
- Le départ des Oiseaux. — Voici à peine l’été venu et, déjà, il nous faut parler du départ des Oiseaux. Ce n’est pas sans une certaine mélancolie que nous voyons ces êtres charmants nous quitter au moment, précisément, où toute la nature est encore en fête et où leur présence anime si bien les paysages.
- Juillet. — Tandis que juin marque un arrêt complet dans la migration, aussi bien dans un sens que dans l’autre, juillet se signale par le départ de quelques espèces, peu nombeuses heureusement, notamment le Becfigue et le Martinet, qui partent dans la seconde quinzaine du mois, où leur absence passe d’ailleurs presque inaperçue.
- Août. — En août, les choses deviennent plus graves. Dans la première quinzaine, à la suite du Becfigue, qui continue sa migration de départ, s’en vont le Chevalier cul-blanc, le Chevalier guignette et, hélas ! le Rossignol assoiffé de mélodie.
- Dans la deuxième quinzaine, la migration s’établit d’une manière plus régulière. Encore précédés du Becfigue, qui semble ne quitter notre sol qu’avec regret, s’éloignent la Bécassine ordinaire-, la Caille-, les deux Chevaliers cités plus haut; la Cigogne — au grand regret de nos frères d’Alsace; — le Coucou, aux mœurs et au chant si curieux; le Linot un peu ahuri; le Loriot
- — le dernier oiseau arrivé chez nous et qui, on le voit, en visiteur poli, n’est pas le premier à « filer à l’anglaise » ; — l’Ortolan, si prisé des gourmets ; la Pie-grièche, qui a passé l’été à embrocher des proies vivantes aux épines des arbres; le Pluvier-, le Pluvier-guignard-, la Tourterelle, peut-être recommandable comme emblème de l’amour tendre, mais vraiment peu agréable par son roucoulement monotone.
- Septembre. — Dans le commencement de septembre, le Becfigue — toujours lui — la Caille, le Coucou, le Linot, VOrtolan, la Pie-grièche, le Pluvier-guignard continuent leur fuite vers des cieux plus cléments, mais, maintenant, sont accompagnés de la Bécassine ordinaire, de la Bécassine double, de la Fauvette à tête noire, du Gobe-mouche (mûrier), du curieux Râle de genêt, du Traquet et du Traquet-motteux.
- Durant la deuxième quinzaine de septembre, s en vont VAlouette —-l’oiseau de nos ancêtres, les Gaulois;
- — VAlouette lulu; la Bergeronnette, qui, naguère, était sans cesse en mouvement le long des berges ; VEngoulevent, au bec largement fendu; VEpervier et le I^aucon,
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- €
- dont l’éloîgnement ne nous fait aucune peine ; le Gros-bec, à l’air un peu niais ; Y Hirondelle, dont c’est le début de la migration dans certains départements; la Huppe, qui niche dans, les troncs d’arbres et n’est pas un modèle de propreté; la Mésange-charbonnière, à la sombre livrée ; le Pigeon-bizet et le Pigeon-ramier, que les chaasseurs ne se font pas faute de canarder au passage; le Pluvier-, le Rossignol de muraille-, la Sarcelle, que La Fontaine a lié dans notre souvenir à un lapin dont la présence, en l’espèce, est assez inattendue. A ces oiseaux se joignent la Bécassine ordinaire, la Fauvette à tête noire, le Gobe-mouche (mûrier), le Linot, la Tourterelle, le Traquet, le Traquet-motteux et — encore — le Bec-figue, dont la migration avait déjà commencé précédemment.
- Octobre. — Octobre! Voici la mauvaise saison franchement venue et, tandis que les écoliers rentrent en classe, partent — ou continuent à partir — joyeusement Y Alouette, commune, Y Alouette lulu, la Bécassine ordinaire, le Bec-croisé, la Bergeronnette, le Bouvreuil, le Bruant jaune (Verdière), la Canepetière, le Chardonneret, le Cini, le Gourbi, Y Epervier, Y Etourneau, le Faucon, la Fauvette à queue rousse, le Foulque, le Fri-quet, le Geai, le Gobe-mouche (mûrier), la Grive commune, le Gros-bec, Y Hirondelle, le Linot, la Macreuse, la Mésange à longue queue, la Mésange bleue, la Mésange charbonnière, Y Ortolan de roseaux, le Pigeon ramier, le Pinson, le Pluvier, le Rossignol de muraille, la Sarcelle, le Tarin, le Vanneau, le Verdier.
- Cette énumération est rela-
- tive à la première quinzaine du mois. Dans la deuxième, le départ n’est pas moins copieux, puisqu’il comprend Y Alouette commune, la Bécasse, la Bécassine ordinaire, le Bec-croisé, le Bouvreuil, le Bruant jaune (Verdière), le Cini, le Gourbi, Y Etourneau, le Foulque, le Friquet, le Geai, la Grive commune, la Grive mauvis, la Grue, le Linot, la Macreuse, le Milouin, le Morillon, Y Ortolan de roseaux, le Pigeon ramier, le Pinson, le Pinson d'Ardennes, le Pluvier, le Rouge-gorge, la Sarcelle, le Tarin, le Vaneau, le Verdier.
- Novembre. — Il semblerait que cela dût un peu se calmer. Il n’en est rien, car, dans la première quinzaine de novembre, il y a encore, à noter de nombreuses défections : Y Alouette commune, la Bécasse, la Bécassine ordinaire, la Draine, YEtourneau, le Foulque, le Friquet, la Grive mauvis, la Grue, le Milouin, le Morillon, Y Oie sauvage, le Pinson d'Ardennes, le Râle d’eau, le Rouge-gorge, le Tarin, le Vanneau.
- Vers la lin du mois, on peut souffler un peu! II n’y a' plus à constater que les mouvements de départ du Canard siffleur, du Colvert, de l’Etourneau, du Foulque,
- delà Litorne, de la Marouette, du Milouin, de Y Oie sauvage, .du Pilet, du Râle d’eau.
- Décembre. — Enfin, en décembre, tout s’arrête! Dans la première quinzaine, on peut encore assister à la fuite de quelques retardataires [Canard siffleur, Colvert, Foulque, Marsouette, Pilet, Etourneau), mais, ensuite, aucun oiseau ne nous quitte plus.
- Henri Coupin.
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- 17 Juillet 1915
- NATURE
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- aux Mouches ' ' '
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- SOMMAIRE :
- La guerre au* mouches : Henri Coupin.—r Les affûts des canons'modernes : X... — Les richesses minières des colonies allemandes : P.... — Le moteur ...Dies'elv Difficultés pour obtenir de grandes puissances: R. Bonnitl. —- La Nation en temps de guerre. Son organisation. — Académie des sciences. — La production et là consommation du caoutchouc. —. La télégraphie sans fil-avec; un train
- en marche : Jacques Boyer. \7 r "
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- MASSON ET C'V Éditeurs. . ' LE NUMERO 50 CENTIMES.
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- La sécheresse en Allemagne. — Des voyageurs appartenant à des pays neutres, qui ont tout récemment traversé l’Allemagne signalent qu’une extrême sécheresse règne dans tout le nord et le centre de l’Europe et que de ce fait le rendement de la récolte en céréales sera très maigre. La fenaison serait d’autre part gravement compromise. De Hambourg à Francfort-sur-le-Mein toute l’Allemagne serait desséchée et jaune comme un paillasson.
- Dans la Norvège méridionale règne d’ailleurs également une sécheresse comme il s’en est produit rarement. A Frederikshald, petite ville située près de l’entrée orientale du fjord de Christiania, pendant le mois de mai le pluviomètre a enregistré seulement a3,5 mm de pluie alors que la moyenne est 56 mm. A Christiania, situé plus avant dans l'intérieur des terres, les précipitations ont été encore plus rares. En mai, la capitale de la Norvège a reçu seulement 4,4 mm d’eau, soit le dixième de la normale ! Dans ces 3g dernières années, deux fois seulement, en 1871 et en 1880, la pluviosité à Christiania a été inférieure à celle constatée cette année.
- Canon marocain. — Même loin du bruit de la bataille, même au delà des mers, la tragédie qui se déroule en Europe retient l’attention de tous. Les prodiges de notre artillerie, de notre « 75 » surtout, ont laissé dans les esprits une profonde impression s’il faut en croire le témoignage qui nous arrive du Maroc. Là de jeunes écoliers que le 75 a ébloui, ont voulu traduire de façon matérielle leur enthousiasme. Ils ont construit
- Le canon marocain.
- le joli jouet dont nous donnons la photographie. Entièrement en bambou, canon, affût, . cible, munitions, il peut, grâce à des leviers ingénieusement combinés, obéir à l’artilleur enfantin qui le manœuvre, tout comme son grand frère en acier. L’affût est articulé et peut prendre plusieurs positions, le canon est lui-même commandé par 3 leviers qui lui permettent de changer d’orientation. Ajoutons, pour mieux faire apprécier l’adresse qu’il a fallu pour réaliser ce jouet, que même les assemblages et les clavettes sont en bambou.
- Attrape-mouches Stix. — Il existe de nombreux attrape-mouches à glu, mais il n’en est pas, croyons-nous, d’aussi durables que l’attrape-mouches Stix. Celui-ci se compose d’une tige sur un lai’ge pied circulaire, le long de laquelle peut glisser un réservoir rempli de glu. Pour s’en servir, on arrache le ruban qui fixe le réservoir près du pied (fig. 1) et l’on remonte ce dernier de bas en haut, puis on le descend à sa place primitive
- L’attrape-mouches Stix.
- de manière à enduire de glu la baguette. L’appareil est alors prêt à servir. On le pose sur une table, ou près du lit, ou on le suspend au plafond au moyen d’un fil fixé au haut de la baguette. Les mouches, attirées par la glu, viennent s’y coller en grand nombre (fig. .2). Quand la baguette est entièrement recouverte des désagréables insectes, on la nettoie en glissant un morceau de papier ou de toile, sec ou mieux imbibé d’alcool, du bas en haut de la baguette (fig. 3), puis on fait à nouveau glisser le réservoir pour enduire la baguette de glu, et l’attrape-mouches est prêt à resservir. — L’attrape-mouches Stix est vendu 1 fr. 5o par M. Terrol, 2, rue Bufîault, Paris. -
- BIBLIOGRAPHIE
- Carte murale du théâtre de la guerre européenne (front occidental et front oriental), avec l’emplacement des camps de prisonniers de guerre ,en Allemagne et un carton spécial : Adriatique et Balkans, par P. Aidai, de i.a Blache. Paris. Armand Colin. Prix : 4 francs.
- Cette carte à 1/1 5oo ooo° est la seule qui donne à cette échelle toute l’étendue du théâtre de la guerre européenne. Le relief est représenté .avec le plus grand soin. Les lignes stratégiques de chemins de 1er sont tracées en rouge. Tous les camps de prisonniers de guerre en Allemagne sont indiqués.
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- N° 2182
- 24 Juillet 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE : L’artillerie de marine : Du Verseau. — Nos glorieux estropiés et le travail : Lucien Fournier. — D’où les belligérants tirent-ils le cuivre? : Jacques Boyer. — Les salures des mers et la répartition géographique des êtres vivants : Henri Coupin. — Académie des sciences. — Les bois
- pour fusils : Jean de la Cerisaie.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Analyses chimiques de verres allemands, etc.
- MASSON ET C1*, Éditeurs.
- LE NUMERO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l'École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, ta mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature s doit être adressé aux bureaux du journal : Z20, Boulevard Saint-Germain, Parie (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- h^.
- Analyses chimiques de verres allemands. — Nous avons montré précédemment comment, pour les ampoules à rayons X comme pour les objectifs photographiques, l’industrie française avait pu aisément reprendre une place trop longtemps abandonnée au commerce allemand. Pour d’autres produits de verreries le même problème se pose. Aussi est-il utile de connaître les résultats constatés par le National Physical Labora-tory et par l’Institut de chimie de Londres, dans des analyses de verres allemands : résultats reproduits par la Revue de Métallurgie de février 1915. Pour chaque catégorie de verres, ce travail donne l’analyse chimique permettant de reproduire un verre identique et les résultats obtenus en soumettant le verre en question aux diverses épreuves, en vue desquelles il avait été combiné. Par exemple : tel verre est destiné à confectionner des lioles de laboratoire résistant aux réactions chimiques, tel autre supportera des changements brusques de température. D autres sont destinés aux lampes de mineurs ou aux becs à incandescence. Ces derniers verres sont des boro-silicates que l’on a soumis à un traitement thermique, dans lequel l’extérieur du verre a été refroidi plus rapidement que l’intérieur. Les verres pour fioles de laboratoires renferment en outré de l’oxyde de zinc.
- L’aqueduc des Pouilles. — Les Italiens viennent d’achever l’une des oeuvres les plus importantes des temps modernes. Depuis quelques semaines, les eaux du Sélé alimentent Bari, actuellement peuplée de 200 000 habitants. Le Sélé prend sa source à 200 km de là, sur l’autre versant de l’Apennin, et son cours naturel le conduisait jadis à la mer Tyrrhénienne ; mais on s’est avisé que le versant occidental de l’Apennin avait trop d’eau, tandis que son versant oriental en manquait. Il s’agissait de corriger cette erreur de la nature, qui vouait un vaste territoire à la sécheresse, et quinze années ont suffi pour mener à bien cette entreprise.
- Il a fallu creuser 96 km de tunnels, soit six fois la longueur du tunnel du Saint-Gothard, édifier 7 km de viaducs, installer 77 km de siphons à double conduite métallique. Ainsi ont été construits les 2i3 km du tronc principal de l’aqueduc, duquel se détachent 1600 km de canalisations qui distribuent dans les villes et les villages des Pouilles les 432 millions de litres d’eau détournés chaque jour du versant occidental de l’Apennin au profit de son versant oriental. Plus de i5o réservoirs, la plupart creusés dans le roc, emmagasinent i5oooo m3 de cette eau, sur le parcours de l’aqueduc, afin de parer aux chômages que peuvent nécessiter les réparations. Enfin, dix-sept communes, situées à des
- niveaux plus élevés que le cours de l’aqueduc, reçoivent son eau au moyen de machines élévatoires.
- Les champs de bataille et la salubrité publique.
- — On sait que, pour empêcher le dégagement des exhalaisons putrides provenant des corps en décomposition sur les champs de bataille, et, par suite, éviter les accidents graves, notamment certaines formes de fièvre typhoïde, il faut que l’enfouissement ait lieu à une profondeur suffisante. Cette question a été étudiée dernièrement au Conseil d’hygiène publique de France de même qu’à l’Académie des Sciences. Les hygiénistes se sont préoccupés surtout des procédés de destruction préconisés contre les agents de décomposition des matières organiques : les diptères brachycères, principalement ceux du genre Musca, et leurs larves. L’importance des mesures sanitaires doit être d’autant , plus grande que, dans la guerre actuelle, le front de bataille s’étend, rien qu’en France et en Belgique, sur près de 600 km, et que sous l’influence de la chaleur et de l’humidité — surtout quand les cadavres sont enfouis à une faible profondeur et, de ce fait, facilement accessible à l’oxygène de l’air — la putréfaction est très active.
- Il a été question de l’emploi des agents chimiques en arrosements (goudron de houille, acide phénique, sulfate de fer, sulfate de zinc, chlorure de zinc, chlorure de chaux, extrait d!eau de Javel, etc.). On s’est arrêté plus particulièrement à l’utilisation des. huiles résiduelles de goudron, c’est-à-dire débarrassées de leur naphtaline et déphénolisées. L’huile de goudron, additionnée de résinate de soude, fournit, lorsqu’on la mélange à l’eau à raison de 2,5 pour 100, une émulsion stable permettant de répandre une légère couche d’huile, suffisamment efficace, sur de très grandes surfaces de matières en décomposition.
- Par son odeur, cette huile éloigne les diptères brachycères et atténue les mauvaises odeurs dégagées par les matières en décomposition. On conseille donc, pour assainir les zones de combat, les cantonnements et les tranchées, de projeter l’émulsion aqueuse à l’aide de pulvérisateurs analogues à ceux employés en agriculture, ou mieux, avec des appareils fonctionnant sous pression d’acide carbonique liquide. Le jet du mélange désodorisant peut atteindre, dans ce dernier cas, 8 à 10 ni., ce qui permet d’asperger des corps placés à une certaine distance des tranchées, sans attirer l’attention de l’ennemi. Mais les agents chimiques sont toujours plus ou moins coûteux et il n’est pas non plus toujours possible de s’en procurer.
- En 1871, le Conseil d’hygiène publique recommanda et fit appliquer avec succès un procédé tout différent de
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- ceux indiqués ci-dessus, et il accorda aussi plus de confiance à la puissance des végétaux pour transformer et absorber les cadavres. Dans ce procédé, le corps est * laissé en place; mais recouvert d’un tertre ou tumulus ne présentant pas, au-dessus du cadavre, une épaisseur plus grande que o m. 4° à o m. 5o, en ayant soin de prendre la terre de couverture à une distance de i ou •i m. de celui-ci, afin de ne pas remuer de la terre imprégnée de liquides en décomposition, et d’éviter de former des fossés latéraux qui assécheraient trop le tertre. Ensuite, on ensemence ce tertre avec des graines de plantes à végétation rapide et surtout avides d’azote ou de matières en décomposition. En premier lieu se placent, pour cet usage, Y ïïélianthus annuus, plante bien connue sous le nom de Grand Soleil, puis la Balsa-mite odorante [Balsamiia suaveolens), dont la puissance d’assimilation est prodigieuse ; c’est une composée-sénecionidée, tribu des Anthémidées, désignée sous les noms vulgaires de Baume-de-coq, Baume-coq, Menthe-coq, Menthe-Notre-Dame, Baume des Jardins, etc. On sait, d’ailleurs, que Babinet, membre de l’Institut, fit, avec ces plantes, des expériences très concluantes : un cadavre de pigeon mis en terre, entre les racines d’un
- Helianthus annuus, fut absorbé tout entier par le végétal (chair, os, pattes, bec, plumes) en quelques semaines. Avec Babinet, Payen, de l’Académie des Sciences, se livra à des expériences analogues en employant le Baume-de-coq et d’autres plantes, mais pas une ne se montra aussi vorace que celle-là. En quelques semaines, un plant de Baume-de-coq absorba une couvée de jeûnes serins tués en tombant du nid, puis, un jeune canard, une hirondelle. Cette plante est donc essentiellement assainissante pour le sol dans lequel sont enfouies des matières organiques en voie de décomposition. Pour cette même utilisation, on peut recourir également à d’autres plantes très avides d’azote : 1 & Galega (Galega officinalis) le topinambour (Helianthus tuberosus), la moutarde (Sinapis arvensis) et quelques Graminées habituellement cultivées comme plantes fourragères. En terminant, on doit faire remarquer que le Comité d’hygiène publique ,de 1871 obtint les meilleurs résultats du concours de la végétation comme complément du procédé d’enfouissement ci-dessus décrit. Les cadavres furent rapidement absorbés par les végétaux et l’assainissement dépassa toutes les espérances.
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- N° 2183
- 31 Juillet 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE :
- Fabrication des obus j: Lucien Fournier. — Utilisation de l'aluminium dans l’art militaire : Nicolas Flamel.— Les flèches empoisonnées : Henri Coupin. — Le Zuyderzée et la Hollande : R. Bonnin. — Trains automobiles avec roues à rails mobiles : L. Bayette.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Nouveau procédé de mégissage rapide des peaux en poil. , L'industrie du suc de cassis. — Pour incombustibiliser les tissus.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
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- exi:
- Nouveau procédé de mégissage rapide des peaux en poil. — On s’est beaucoup occupé de la préparation et de l’imperméabilisation des vêtements destinés à préserver nos soldats des intempéries. En ce qui concerne la préparation des peaux de mouton et autres peaux en poil, voici un procédé encore peu connu en France, mais utilisé en Afrique Orientale, par les Anglais et les Boers, pourrie, tannage rapide de toutes peaux en poil destinées à de multiples usages (selles, harnachements, vêtements, sacs, etc.).
- On commence par dégraisser la peau par immersion et brossage dans une solution contenant 20 pour 100 de tétrapole dans 80 pour 100 d’eau (toutes proportions en poids) . Le tétrapole est un mélange formé de 60 pour 100 de tétrachlorure de carbone et 40 pour 100 de sulforicinate de soude. On achève le dégraissage par un brossage à l’eau chaude et au savon de Marseille, suivi d’un rinçage à l’eau ordinaire, ensuite on fait sécher. Le tannage s’opère par immersion de la peau dans une solution à 3o° Baumé d’hyposulfite de soude. Quand il s’agit de traiter une peau de mouton dont la laine est épaisse, on peut se contenter de brosser la peau (côté chair) avec la solution d’hyposulfite de soude, en la laissant imprégnée et renouvelant six fois cette .opération (d’heure en heure). La peau est soumise ensuite à un lavage, à l’eau de rivière, autant que possible, puis, on la fait séjourner pendant 48„.heures dans un bain de chrome très dilué (formule, bien connue,, de Procter) , après quoi on rince à nouveau et on soumet au séchage final; il ne reste plus qu’à palis-sonner ou « couvrir » la peau par étirage et frottement; elle est alors prête à l’usage.
- Ce procédé, qui donne de remarquables résultats au point de vue de la souplesse, de la solidité, de l’incorruptibilité et de l’imperméabilité, permet aussi de préparer, à peu de frais de produits chimiques et de main-d’œuvre, des quantités .considérables de peaux en peu de temps. Il ne faut, au total, que quatre jours pour la préparation complète des peaux. Les vêtements, sacs, harnais, couvertures, etc., ainsi préparés, sont pratiquement inusables et très confortables, à tous égards. Dans le British East Africa, les peaux qui ont été traitées par ce procédé valent 5 Rupecs, soit 8 fr. 5o de plus qu’à l’état frais ou sec. Il serait donc intéressant d’appliquer ce mégissage rapide et économique aux peaux destinées à l’équipement des soldats.
- L’industrie du suc de cassis. — L’interdiction de l’absinthe et boissons similaires, et la réglementation du commerce des boissons - alcooliques, en général, paraissent élargir les débouchés aux industries s’occupant de la fabrication des boissons et liqueurs hygiéniques et assurer, par cela même, à ces industries, un bel avenir. C’est ainsi que l’industrie du mont ou jus de raisin frais s est notablement développée en ces der-
- nières années, surtout en raison de l’accroissement de la consommation de ce produit par les personnes dont l’estomac ne peut supporter le vin, et à la faveur de. la propagande faite par les sociétés de tempérance, notamment en Angleterre. On a vu aussi se développer la fabrication des apéritifs utilisant des plantes comme la gentianej plantes ne présentant pas pour la santé publique, les inconvénients de l’absinthe et de certaines autres boissons alcooliques. Parmi les bois-soins, liqueurs et sirops hygiéniques utilisant avantageusement les fruits frais et pouvant donner lieu à des industries rémunératrices en raison des débouchés dont elles peuvent bénéficier, le suc de cassis — qu’il ne faut pas confondre avec la liqueur de cassis à laquelle Dijon doit sa légitime renommée — offre un très grand intérêt. Ce suc de cassis, étendu d'eau de Sellz ou de vin blanc, constitue une boisson absolument délicieuse et hygiénique; on ne le mélange pas à la limonade de crainte de le rendre _trop doucereux. C’est un sirop naturel, que l’on prépare de la manière suivante :
- Le fruit cueilli mûr est écrasé et abandonné dans une cuve pendant trois jours; on facilite la fermentation en foulant la masse deux fois par joür. Le jus, mis en liberté, est ainsi extrait par pressurage. Trois jours après cette opération, on recueille 45 pour 100 de jus, mais eu versant 5 pour 100 d’eau sur le marc, pour presser à fond une seconde fois, la proportion de jus obtenu atteint 5o pour 100. Si, par exemple, ce jus a une densité de io53, on y ajoute 1420 gr. de sucre par litre. Le mélange est chauffé dans une bassine et constamment agité jusqu'à ébullition, Après 3 minutes de fort bouillon, on a un sirop fait et que l’on peut filtrer de suite à l’aide de la chausse en feutre.
- Lorsqu’il est refroidi, le suc de cassis ainsi préparé doit accuser 33° au pèse-sirop, alors que, bouillant, il n’accusait. que 3o°. On estime que 1000 kg de fruits peuvent fournir 1000 kg de sirop, et d’après les études sur le cassis, de M. Yercier, professeur d’horticulture à Dijon, en supposant que le fruit coûte 40 francs le quintal et le sucre 74 francs — en temps normal, bien entendu — l’achat de la matière première s’élèverait à 5i2 francs, chiffre auquel il faut ajouter les frais de main-d’œuvre et de chauffage, ce qui porte le prix de rëvient du kilogramme de sirop à o fr. yS environ. Le suc de cassis additionné d’alcool fournit une excellente liqueur, riche en couleur et. en parfum et qui, grâce au sucre agissant comme principe conservateur, peut être conservée aisément, sans altération, pendant deux années, dans une cave ou autre local frais.
- Cette industrie du suc de cassis est un débouché encore peu connu, dans l’utilisation du fruit du cassis-sier, et elle peut constituer un notable appoint à.la consommation des boissons hygiéniques.
- Henri Blin.
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- | INFORMATIONS ET RECETTES
- Pour incombustibiliser les tissus. — M. Kling, le savant Directeur du Laboratoire municipal de Paris, vient de présente)? à la Commission des théâtres de la Préfecture de Police un fort intéressant rapport sur les procédés propres à assurer la parfaite ignifugation des toiles à décors. Nous sommes heureux de pouvoir, grâce à son aimable communication, faire profiter nos lecteurs des nouvelles formules qui furent élaborées au cours de ses essais. La question n’était pas nouvelle, et le premier rapport scientifique sur l’ignifugation des décors théâtraux fut publié en 1820 par ie célèbre chimiste Gay-Lussac. Cependant, malgré les recherches faites à cette époque et depuis, les méthodes satisfaisaient mal aux exigences de la pratique, si bien qu’aucun de nos grands théâtres parisiens n’observait le décret rendant obligatoire l’emploi de décors incombustibles. On reprochait surtout aux divers procédés d’incombustibilisation d’altérer à la longue les étoffes et de modifier les teintes des peintures décoratives.
- Les formules nouvelles élaborées par M. Kling ne présentent aucun de ces inconvénients comme l’ont constaté eux-mêmes MM. Amable, Jusseaume et autres artistes spécialistes de la décoration théâtrale. Elles sont très économiques, le coût de l'apprêt atteignant à peine 5 centimes par mètre carré, y compris le prix de main-d’œuvre. Enfin, elles sont d’application particulièrement commode. Car 011 peut opérer rincombustibili-salion soit par baignade complète des tissus, soit par
- simple badigeon. Le trempage est effectué par immersion des tissus à ignifuger dans un bain composé de :
- Acide borique.............5o grammes
- Borax.....................60 —
- Eau....................... 1 litre
- Une fois l’imprégnation bien complète, on laisse égoutter, puis on fait sécher soit par.évaporation à l’air, soit en repassant avec des fers chauds.
- Le badigeonnage est préférable pour les décors, le peintre rendant alors son étoffe incombustible lors du travail de préparation qu’il doit toujours faire subir à la surface avant d’appliquer la peinture. Pour cela, il fait simplement dissoudre, dans l’encollage au blanc d’Espagne servant habituellement, environ 200 gr. par litre du mélange, borax-acide borique, fait dans les pro portions précédemment indiquées. Pour obtenir une parfaite incombustibilisation, il est nécessaire de fixer environ un demi-litre de la mixture ainsi faite par mètre carré de surface peinte.
- M. Kling a constaté, au cours de ses multiples essais faits avec toutes sortes d’agents ignifuges, que le rôle incombustibilisant n’était pas, comme on le croyait, provoqué par la formation de gaz inertes, mais que les produits efficaces étaient surtout les sels ou mélanges salins capables de fondre à basse température. Sous l’action de la chaleur, ces produits forment un enduit qui, enrobant la fibre, la protège du contact de l’air.
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- On a l’âge de ses artères; conservez vos artères jeunes avec l’Urodonal, vous éviterez ainsi l’artério-sclérose, qui durcit les parois des vaisseaux, les rendant semblables à des tuyaux de pipe, c’est-à-dire rigides et friables.
- Le Signe de la Temporale.
- Tout le monde sait bien que l’artério-sclérose est une altération progressive des vaisseaux sanguins qui, à force de subir le contact d’un liquide chargé de toxines et d’« humeurs peccantes », deviennent peu' à peu rigides et friables, au point de ressembler à des tuyaux de pipe. Cette infirmité est l’avant-goût et l’amorce des pires dangers : l’athérome, l’hémorragie "cérébrale, l’atrophie des glandes hépatiques ou rénales, etc.... Comment en dépister les débuts sournois, de façon à enrayer, si possible,lamarchedu mal, avant qu’il soit généralisé ?
- Le candidat à l’artério-sclérose digère généralement mal; il souffre de malaises vagues, de migraines fréquentes, de douleurs vagabondes; il-a des saignements dé nez, « des fourmis dans les membres » ; le moindre effort musculaire ou cérébral le met sur le liane; il devient frileux et inquiet, irritable et triste.
- Toutefois, il est un autre indice, d'autant plus suggestif que, n’exigeant, pour être relevé, aucune compétence spéciale, personne ne peut s’y tromper : il suffit d’ouvrir l’œil. C’est le signe de la temporale.
- On dit souvent qu’un front pur et lisse, exempt de rides et de boursouflures, est la marque de l’innocence. Il vaudrait mieux dire que c’est la marque de la jeunesse et de la santé. Tant, en effet, que le sang est frais et riche, les muscles gardent leur élasticité, l’épiderme garde son lustre et sa fermeté, les tissus gardent leur consistance.
- Que le'sang, par contre, vienne à se vicier, et la circulation à se ralentir, bientôt le lacis des vaisseaux gonflés, raidis et pétrifiés, va transparaître, telle une broderie funéraire, à travers les tissus dénourris. L’artère temporale, en particulier, presque invisible à l’état normal, va prendre un relief auquel nul observateur attentif ne pourrait se tromper.
- Si donc, en vous regardant dans la glace, vous voyez, entre l’œil et la racine des cheveux, sous la peau plissée et flétrie des tempes, saillir une sorte de cordon bleuâtre dur, sinueux, semé de nodosités, méfiez-vous. Vous avez là la preuve certaine que vos vaisseaux sont en mal de dégénérescence calcaire, et que la sénilité menace. Peu importe que vous n’ayez pas encore un poil blanc : vos artères vieillissent et, ne l’oubliez pas, vous avez leur âge!
- Il faut réagir au plus vite. Purgez votre sang des poisons qui le salissent et, en particulier, du plus redoutable de tous, de l’acide urique : vos vaisseaux "n’étant plus altérés par l’âcreté de leur contenu, reprendront leur souplesse,' et leur contractilité. Il suffit, pour opérer ce miracle, d’une bonne cure de ce merveilleux Urodonal, qui dissout l’acide urique, « comme l’eau chaude dissout le sucre »,.qui est le véritable spécifique de l’artério-sclérose, comme l’ont nettement établi les dernières recherches expérimentales du Dr Légerot, l’éminent professeur de physiologie de l’Ecole supérieure des Sciences d’Alger.
- En prendre chaque soir une cuillerée à café dans un verre d’eau en se couchant, et cela régulièrement, rien de tel pour se conserver les artères jeunes. Mais si vous avez déjà le signe de la temporale, allez-y largement et prenez chaque jour vos 3 à 4 cuillerées à café. Vous vous en trouverez bien, ne craigpez pas d’abuser....
- Il n’est pas plus extraordinaire, en fin de compte, de se regarder les tempes pour s’informer de ses performances artérielles, que de se regarder la langue, pour savoir quel est l’état de son tube digestif. Dr J-L-S. BOTAL.
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- N° 2184
- 7 Août 1915
- LA NATURE
- ^PMŒîïïtal Lf MMJJSTÏFÉH
- SOMMAIRE :
- SOMMAIRE : La grande pêche au chalut. — Les jouets français : R. Bonnin. — Comment les Allemands se procurent les nitrates : X***. — Les arbres blessés par les balles : Henri Coupin. — L'industrie de l'huile de coton : Henri Blin, — Académie des sciences. — Une entreprise allemande
- en Extrême-Sibérie : Albert Bordeaux.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Utilisation par l’agriculture des moteurs d’automobiles
- réformés. —- Le lait citraté. — Le sucre d’érable.
- MASSON ET C‘\ Éditeurs,
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES,
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ - Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION -
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membie de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, ta mois = Paris, Seine et S.-et-O. :,20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Natlir& » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Utilisation par l’agriculture des moteurs d’automobiles réformés. — On a songé à s’adresser à la force motrice mécanique pour parer, pendant et après la guerre, à la pénurie de main-d’œuvre, au manque de bras et d’attelages dans les campagnes. Pour atténuer, dans la mesure du possible, les conséquences de cette pénurie au moment de la cessation des hostilités, le Ministre de l’Agriculture a constitué une Commission chargée d’étudier l’utilisation, pour les besoins agricoles, des moteurs d’automobiles réformés par l’administration de la Guerre, moteurs envoyés au rebut après un dur service, mais pouvant encore être utilisés pour les installations fixes que peuvent comporter les exploitations agricoles, en vue d’actionner de nombreux instruments (moulins, concasseurs, aplatisseurs, broyeurs, brise-tourteaux, éerémeuses, barattes, coupe-racines, hache-paille, pompes, dynamos, etc.).
- La question de transformation du moteur d’automobile réformé en moteur agricole, pour l’intérieur de la ferme, est extrêmement intéressante, car elle est appelée à résoudre un problème économique de première importance dans les circonstances actuelles. Elle peut, par exemple, inciler'le petit constructeur à mettre sur pied, avec des moyens de fortune, un moteur de force moyenne ou même très réduite qui, bien qu’établi de façon sommaire, peut déjà fournir un rendement appréciable et, par suite, rendre de x*éels services dans une ferme, ainsi qu’on peut en juger par le simple exemple que voici, relatif à un moteur apte à remplacer deux ou trois ouvriers de ferme. Il n’est pas nécessaire d’avoir un moteur même de 4 à. 5 HP pour actionner une baratte, une écrémeuse ou un coupe-racines, un concasseur ou un hache-paille; une force de 1 1/2 à 2 HP est bien suffisante et le prix en est abordable à la moyenne et à la petite culture. Qu’on s’imagine donc un moteur d’ancien tricycle, sans circulation d’eauqriia l'inconvénient d’alourdir la machine et de craindre la gelée. On a, tout simplement, un bloc moteur du poids de 5o kg, reposant sur une plaque de fonte de o m. 4^ X0 3o; ce socle
- est percé aux angles de quatre trous permettant de le fixer soit sommairement, soit d’une manière définitive; il reçoit le moteur, qui y est maintenu par des boulons et un coussinet supportant l’arbre de couche. Ce dernier est muni de la poulie motrice et d’une manivelle pour la mise en marche. Le réservoir à essence, la bobine d allumàge, le carburateur et les accumulateurs, le ventilateur sont fixés contre le moteur d’une façon spéciale, afin que l’ensemble tienne aussi peu de place que possible. Un moteur ainsi installé, et d’une force de 2 3/4 HP, consomme par heure un demi-litre d’essence, soit i5 centimes; il actionne facilement un broyeur de grains débitant deux sacs de 70 à 80 kg à l’heure; dans le même temps, avec une scie à ruban, il coupe une corde de rondins ; on l’emploie aussi pour actionner l’écrémeuse, la baratte, etc., et le prix de ce moteur agricole — qui est une transformation de moteur d’automobile réformé, démodé — ne dépasse pas 3oo francs,
- au lieu de 600 à 800 francs que peuvent coûter les moteurs de 4 à 5 HP. On peut agencer semblablement un moteur de 1 3/4 HP, consommant un peu moins et coûtant encore moins qu’un moteur de 2 3/4 HP. Généralement, le cultivateur n’est pas mécanicien; il lui faut donc un moteur pouvant être remisé dans le coin d’une grange ou d’un grenier, sans nécessiter les soins spéciaux qu’exigent les automobiles,'machines de précision. Depuis bien des années, les Danois achètent en France les vieux cylindres d’automobiles qu’ils transforment en moteurs pour l’agriculture. Que ce soit pour nous un enseignement, car c’est ainsi que nous parviendrons à doter nos exploitations agricoles de la force mécanique peu coûteuse, grâce à l’emploi d’un moteur simple, pratique et économique.
- Le lait citraté. — Le lait « maternisé », destiné aux nourrissons, est celui qui, par sa composition chimique et ses qualités, se rapproche le plus du lait naturel. Mais cette préparation, qui a en vue l’élimination des phosphates minéraux et la diminution de la quantité de sels de chaux et d’albuminoïdes, ainsi que l’augmentation du lactose ou sucre de lait, cela sans trop modifier la teneur en matières grasses, est une opération très longue, délicate et, partant, difficile à réussir.
- En Angleterre, on a imaginé un nouveau procédé qui, paraît-il, permet d’obtenir un lait excellent pour l’alimentation des enfants en bas âge et qui peut être substitué avantageusement au lait maternisé.
- Le lait ainsi obtenu présente un caillé floconneux ayant le même aspect que le caillé du lait de femme, et s’en rapprochant par ses qualités hygiéniques et chimico-nulritives. Le procédé consiste à additionner le lait de vache d’une très faible quantité de citrate de soude, d’où le nom de lait citraté donné au produit. On prépare ce lait citraté de la manière suivante :
- On fait dissoudre, dans 75 gr. d’eau pure, 25 gr. de citrate de soude, sel doué d’une grande solubilité. Pour l’emploi, on verse, dans un quart de litre de lait, une cuillerée à café de cette solution; on brasse fortement pour bien assurer le mélange, puis on fait chauffer à la température voulue. Ce produit^ est consommé au biberon, sans addition quelconque d’aucune autre substance. Le citrate de soude, que l’on peut se procurer au prix de 1 fr. 25 à 1 fr. 5o les 100 gr., dans les pharmacies, se conserve sec indéfiniment. Comme la solution risquerait de se décomposer au bout de quelques jours, on ne doit là préparer que par petites quantités.
- Les premières expériences sur l’alimentation des nourrissons ont été faites en Angleterre, avec du lait étendu d’eau, comme à l’ordinaire. Les résultats ont été si concluants que l’on a pu supprimer, peu à peu, l’eau et on a constaté que le lait entier citraté peut remplacer absolument et d’une façon avantageuse le lait maternisé, dans l’alimentation des enfants en bas âge.
- Celte innovation est appelée à rendre de grands services, le lait citraté pouvant être consommé également
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- INFORMATIONS ET RECETTES
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- par les personnes que leur état de santé oblige à suivre le régime lacté, et qui ne peuvent digérer le lait naturel tel qu’il est tiré du pis de la vache. Enfin, tout le monde peut préparer facilement du lait citraté en suivant le mode opératoire indiqué ci-dessus.
- Le sucre d’érable. — L’industrie sucrière française se ressentira sans doute pendant longtemps des conséquences de la guerre. Au lieu des 206 usines en activité, en France, en 1913-1914, ilya seulement 69 usines qui produisent ou ont produit en 1914-1915. Les départements de l’Aisne, de la Somme, du Nord et du Pas-de-Calais possèdent 141 fabriques de sucre, sur lesquelles i5 seulement ont pu fonctionner cette année. En temps normal, la consommation annuelle du sucre, en France, se chiffre par 700000 tonnes environ. Durant les deux années qui ont précédé la guerre, elle s’élevait, en moyenne, à environ 60000 tonnes par mois, tandis que, de septembre 1 g 14 à mars 1915, elle a atteint 3i2 000 tonnes, soit seulement. 44 5oo tonnes par mois, et que nos ressources se chiffraient, à cette dernière époque, par une production de 3oo 000 tonnes, plus 100 000 tonnes de sucres importés des colonies (Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Cuba, Java, etc.). Enfin, pour la campagne 1915-1916, il faudrait s’attendre, paraît-il, à une réduction de 20 à 25 pour 100 dans les surfaces cultivées en betteraves à sucre en France, et cela à cause des difficultés de la main-d’œuvre. Yoilà donc, en résumé, les effets de la guerre sur notre industrie sucrière, et, dans les circonstances actuelles, la question de l’approvisionnement de sucre, qui, au point de vue des ressources alimentaires, présente une très grande importance, appelle nécessairement l’attention sur les sources de production sucrière autres que la betterave, notamment sur certaines espèces végétales saccharifères qui, dans l’avenir, pourraient être avantageusement exploitées, comme c’est le cas, par exemple, pour l’érable à sucre (acer saccharinum).
- Précisément, peu de temps avant la guerre, le Ministère de l’Agriculture donna mission à M. Gallois, inspecteur des Eaux et Forêts, d’étudier, dans l’Amérique du Nord, les conditions dans lesquelles se récolte la sève de l’érable utilisée pour la fabrication du sucre, et en même temps les possibilités d’acclimater en France l’industrie du sucre d’érable. Le rapport de M.‘Gallois fait remarquer que certaines de ces essences particulièrement riches en sucre pourraient être introduites sur notre territoire et y donner lieu à une exploitation rémunératrice, principalement dans des terrains agri-
- coles de seconde qualité tels que ceux situés dans les régions montagneuses. L’érable à sucre croît aux Etats-Unis et au Canada, entre les 49° et 35e degrés de latitude Nord; la plus grande partie du territoire français se trouve donc dans sa zone d’acclimatement. La production du sucre d’érable serait particulièrement intéressante pour les petits propriétaires, dans les pays montagneux : les Alpes, le Jura, le Haut-Bugey, par exemple, semblent offrir des terrains d’expériences favorables. Les conditions dans lesquelles l’érable vit dans son pays d origine montrent qu’il doit prospérer en France. Au point de vue de l’exploitation sucrière, les conditions optima sont remplies par les régions où, au printemps, les nuits sont fraîches et les journées ensoleillées.
- Le sol peut être rocheux ou pierreux, mais il faut qu’il soit suffisamment frais ; les sables purs sont à éviter. L’altitude favorable à la croissance de l’érable est entre 600 et 900 mètres.
- La récolte de la sève d’érable s’effectue en perçant dans le tronc un trou au-dessous duquel on suspend un récipient. La sève est soumise à l’évaporation de façon qu’elle se réduise en sirop ou en sucre, opération qui ne nécessite qu’un matériel peu compliqué. Le sucre d’érable est utilisé principalement en confiserie et en pâtisserie.
- En 1910, la production du sucre d’érable, aux Etats-Unis, représentait une valeur de 5 177809 dollars; au. Canada 2000000 de dollars. On évalue la production mondiale à environ 37 000000 de francs, et cette industrie donne lieu, en Amérique du Nord, à un mouvement de fonds évalué à 5o ou 60 millions de francs. Une érablière d’une superficie de 1 hectare, comprenant a5o à 3oo arbres adultes, donne un revenu net annuel évalué à une centaine de francs. Lorsque l’exploitation est faite par le propriétaire lui-même, aidé de sa famille, ce revenu peut s’élever à i5o ou 200 fr. A ce bénéfice s’ajoute la formation d’un capital forestier important, car, en tant qu’arbre forestier, l’érable a une grande valeur, par la qualité de son bois, dur, serré, susceptible d’un beau poli et pouvant être utilisé pour la charpente, la menuiserie, l’armurerie ; c’est aussi un excellent bois de chauffage.
- Il y aurait donc une source de profits appréciables dans cette industrie du sucre d’érable, déjà si prospère de l’autre côté de l’Atlantique, et pouvant être menée de pair avec l’industrie forestière. Il faut souhaiter que de sérieuses tentatives soient faites pour doter la France de cette nouvelle source de production sucrière.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l'École des Mines et à l'École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de 1a Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. —Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Tarit (VI*)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS
- a*?
- Les aéroplanes invisibles. — La presse a fait grand bruit autour d’une invention sensationnelle des Allemands : les aéroplanes invisibles. Les ailes, non plus en toile, mais en « cellon » seraient absolument transparentes et l’avion, dans le ciel, ne pourrait être décelé... si ce n’est par la nacelle, et le moteur difficiles à masquer.
- Sommes-nous là en présence d’une nouveauté? Pas le moins du mondé. La substance employée par les Allemands est française, c'est l’acétate de cellulose étudié eu 1899 par Schutzenberger qui constata que la cellulose donnait avec l’anhydride acétique un produit analogue à la gélatine, au celluloïd, capable de se mouler comme eux mais, présentant l’énorme avantage d’être ininflammable. Plus tard, des chimistes, français encore, s’attachèrent à mettre au point la fabrication industrielle de celte nouvelle matière à laquelle le développement de l’industrie des lilms cinématographiques'offrait un vaste champ d’application. Malheureusement, les industriels français se désintéressèrent de ce produit, comme de bien d’autres, et ce furent les Allemands, YActien Gesellschaft für Anilin Fabrikation de Berlin qui, à Guppin, près de Bitterfeld, installèrent une énorme
- usine, modèle d’installation indusü'ielle pour l’exploitation des brevets fiançais.
- Quant à l’application aux aéroplanes, elle fut proposée par les chimistes français qui avaient constaté les propriétés remarquables de résistance de l’acétate de cellulose qui, sous une charge de 9 kg par millimètre carré, s’allonge, i^ans se déchirer, de 40 pour 100.
- En janvier 1913, dans une conférence faite à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, un modèle d’aéroplane transparent fut présenté aux assistants. Les constructeurs d’avion, on ne sait pour quelles raisons, ne s’intéressèrent pas à cette nouvelle application d’un produit qu’ils connaissent pourtant bien puisqu’il leur sert couramment à enduire les toiles de leurs avions. Une application d’acétate de cellulose imperméabilise en effet les tissus et en même temps, les contracte, les tendant ainsi sur les membrures qui les supportent. Espérons, si les avions aux ailes invisibles rendent les services qu’on en attend, que les constructeurs français sauront rattraper le temps perdu et que nous n’aurons pas à leur reprocher encore d’avoir laissé à nos ennemis l’initiative d’un perfectionnement dont l’origine est en France.
- 1
- La nouvelle émission de la Ville de Paris
- L’émission de nouveaux Bons Municipaux, à laquelle il est procédé en ce moment, va être pour la Ville de Paris une affirmation nouvelle du crédit dont elle jouit.
- Ce crédit, comme personne ne l’ignore, est de tout premier ordre. On s’en rendra compte encore par ce fait, que la Ville de Paris n’a voulu, à aucun moment, et depuis les débuts des hostilités, user vis-à-vis de ses obligataires, de la faculté que lui réservait le décret dn 20 août 1914* Elle a donc continué, en dépit des événements, à effectuer le remboursement de ses obligations amorties et le paiement des lots afférents à chaque tirage.
- Les nouveaux Bons Municipaux constituent, par suite, un placement de toute sécurité. Ils représentent aussi un remploi aussi intéressant qu’avantageux, en raison de l’intérêt qu’ils comportent.
- Ceux « au porteur » s’obtiennent, comme il a été déjà dit, en Bons remboursables à six mois ou à un an. Aux premiers, il a été affecté un intérêt de 5 fr. 25 pour cent par an, et les seconds reçoivent 5fr. 5o pour cent par an. Il est entendu que, dans les deux cas, l’intérêt est exempt de tous impôts et taxes.
- En outre, la Ville a voulu donner satisfaction à sa clientèle ordinaire en divisant les nouveaux Bons en coupures de 100, 5oo, 1000, 10000, 100000
- et 1000000 de francs, qui sont, par suite, accessibles à tous. Enfin, ces Bons offrent encore cet avantage, que leurs détenteurs ont nu droit de souscription par préférence aux emprunts que la Ville pourrait avoir à émettre avant leur échéance.
- Faut-il rappeler que l’émission ne porte que sur un montant de 83 millions de francs, et que ce chiffre ne va pas larder à être atteint, s’il ne l’est déjà. Toutefois, il est possible qu’en raison de votes récents du Conseil municipal relatifs à Ta constitution d’un stock de charbons, la Ville de Paris soit très prochainement autorisée à majorer/ce maximum d’une cinquantaine de millions. Aussi croyons-nous pouvoir avancer, qu’en -prévision de cette éventualité, la Caisse municipale continuera à recevoir, pendant quelque temps encore, les demandes de bons, mais sous les plus expresses réserves et sans engagement de sa part.
- Les demandes, d’ailleurs, ne seront accompagnées d’aucun versement de fonds. Si elles peuvent être servies, elles le seront dans l’ordre de leur présentation et leurs auteurs seront prévenus, en temps utile, du délai dans lequel ils pourront retirer les bons et en verser lé piix, leur demande, passé ce délai, devant être considérée comme nulle et non avenue.
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- — , (21 décembre 1909).
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- N° 2186
- 21 Août 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE :
- Les récentes découvertes de houille en Allemagne, Belgique et Pays-Bas : L. De Launay. — La turbine marine à engrenages et les autres modes de transformation de la vitesse sur les navires à marche rapide : H* Véron. — La pêche maritime française : R. Bonnin. — La guerre et la question des
- ordures ménagères des villes : M. Bousquet.
- SUPPLÉMENT. — Information : Le claquement de la balle et.de l’obus.
- MASSON ET 0\ Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES,
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par (iaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique.
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- Jtao
- 1*0
- INFORMATIONS
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- Le claquement de la balle et de l’obus. — Les
- occasions d’entendre passer des balles ou des obus sont malheureusement irop fréquentes depuis quelques mois et plus d’un a pu constater le curieux phénomène appelé le « claquement de la balle » : une double détonation, pour un seul projectile, donnant l’impression inexacte d’un écho. Ce claquement est perçu toutes les fois que l’on se trouve au voisinage de la ligne de tir. L’écho n’y est pour rien; mais la présence du projectile est indispensable, car le coup tiré à blanc ne claque pas.
- Le commandant Agnus nous fait parvenir sur cette petite question un intéressant travail qu’il a communiqué à l’Académie des Sciences et qui a paru in extenso dans la Revue générale des Sciences et, de sa discussion approfondie, nous extrayons la théorie suivante.
- En deux mots, le redoublement de la détonation tient à ce qu’on entend successivement, dans un ordre variable suivant la vitesse du projectile : a) le bruit produit par le sillage du projectile dans l’air au moment où il passe à Hauteur de l’observateur; b) le bruit de la détonation au départ, arrivant avec la vitesse du son. C’est ce que permet de préciser la comparaison avec la propagation des ondes dans l’eau. On peut, en effet, -distinguer à cet égard quatre cas : i° ébranlement instantané et local par une pierre tombée, déterminant une propagation momentanée d’ondes circulaires ; 2° ébranlement local prolongé lançant une série d’ondes d’égale vitesse, qui provoquent en chaque point de leur parcours une suite d’oscillations; 3° ébranlement permanent par un mobile tel qu’un bateau, produisant un sillage qui, a l’avant, se termine en pointe et qui, en arrière, est formé de deux lignes droites, de plus en plus écartées, enveloppes des ondes circulaires lancées successivement à partir des divers points du parcours ; 4° mouvement d’un navire qui, pour accoster, fait machine en arrière, déterminant une série d’oscillations d’inégales amplitudes et à intervalles inégaux pendant que sa vitesse s’annule.
- Avec notre projectile, nous rencontrons, à la fois, deux des cas précédents. La détonation au départ lance une onde circulaire, qui se propage avec la vitesse du son, soit i km en trois secondes. Mais, de son côté, le projectile trace un sillage bruyant dont l'allure va se modifier avec sa vitesse. Au départ, un obus de y5 a une vitesse de 529 m. par seconde ou une balle de fusil une vitesse de 610 m. contre 333 pour le son. Son déplacement propre, avec le bruit qui en résulte sans cesse, gagnera donc de rapidité, sur la transmission
- sonore de la détonation : un dixième de seconde dès le premier hectomètre. Au moment où le projectile arrive à la hauteur de l’observateur que nous avons supposé voisin de la ligne de tir, aucune des ondes sonores émises antérieurement n’a encore eu le temps de parvenir à son oreille. Il entend soudain le 'claquement de l’air frappé par le projectile à son voisinage, puis une queue sonore provenant d’analogues claquements antérieurs et un boum qui résulte de la détonation initiale. Plus on est loin de l’origine, plus les deux sons extrêmes deviennent distincts. Mais, cependant, la résistance de l’air amortit la vitesse du projectile qui va bientôt se laisser gagner par le son. A 2200 m., les deux vitesses sont égales; puis la vitesse du projectile est inférieure à celle de l onde sonore produite par son sillage ; et celle-ci se propage en avant de lui. Un observateur entend encore distinctement à 1, 2 secondes d’intervalle, d’abord le claquement, puis la détonation; mais ce n’est plus tout le phénomène comme précédemment.
- A partir de ce moment, nous entrons, en mouvement relatif, dans le cas du bateau qui fait machine arrière. L’obus donne donc sans cesse naissance à des ondes qui se propagent, comme nous venons de le voir, plus vite que lui. Quand il arrive, l’air a déjà été ébranlé, a déjà émis une succession de sons et l’on entend, au passage du projectile, outre les deux sons principaux (claquement et détonation), un bruit continu, plus ou moins irrégulier : sifflement, bourdonnement, bruissement. C’est ce sifflement qui domine, même pour une vitesse plus forte, quand on s’éloigne notablement de la ligne de tir, parce qu’alors les claquements successifs ariûvent à l'oreille en un temps à peu près égal des divers points successivement atteints par le projectile et se résument en un bruit continu.
- Enfin, à 4700 m. du départ, au bout de 14,1 secondes, l’onde sonore de la détonation initiale rejoint le projectile et le dépasse; dans cette dernière période, le bruissement s’étale avant et après la détonation, son maximum devenant de" plus en plus tardif. Nous ne parlons pas, bien entendu, du bruit tout à fait indépendant que fait le projectile en éclatant à l’extrémité de sa trajectoire. Accessoirement, le son permet ainsi de reconnaître à quelle distance nn obus ou une balle de vitesse initiale connue se trouve de son point de départ.
- On peut ajouter, à ce propos, que lorsqu’en décrivant la chute d’un bolide, on parle d’une détonation formidable, cette prétendue détonation est, en général, due au claquement de l’air.. P. Sallior.
- Une nouvelle tranche de
- En mentionnant, cës derniers jours, le succès que venait de remporter la Yille de Paris avec son émission de 83 millions de francs de Bons Muni-; cipaux, nous ajoutions qu’en raison de votes émis récemment par le Conseil Municipal, elle allait très prochainement être amenée à majorer le susdit chiffre.
- On sait, en effet, que notre Municipalité a décidé de constituer un stock de charbon — simple -stock de précaution, — destiné à parer, dans une certaine limite, aux éventualités du prochain hiver.
- C’est donc pour atteindre ce but que la Yille de Paris vient d’être autorisée, par décret rendu en
- Bons de la Ville de Paris
- Conseil d’Etat le 6 août courant, à émettre encore 58 millions de francs de Bons Municipaux identiques aux précédents.
- Nous rappelons que ces Bons rapportent un intérêt de 5 fr. 25 0/0 par an pour ceux à six mois, et un intérêt de 5 fr. 5o 0/0 par an pour' ceux à un àh. Cet intérêt est exempt.de tous impôts et de toutes .taxes. Les coupures au porteur sont de’ 100, 5oo, 1000, 10000, 1 oc 000 et 1 000000 de francs. Il existe aussi des Bons à ordre, mais leur quotité ne peut être inférieure à 100000 francs.
- L’émission continuera à avoir lieu par voie de vente directe aux guichets.
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- N° 2187
- 28 Août 1915
- LA NATURE
- BEWE MIS ET Ml 3LM1 K 1L°MMT MTM.
- SOMMAIRE : Le port de Nantes depuis la guerre : Jacques Boyer. — Le commerce Franco-Allemand : R. Bormin.— Projecteurs vivants : Henri Coupin. — Les moteurs à gaz de hauts fourneaux : leur origine et leur développement : B***. — Le problème de la potasse aux États-Unis : L* De Launay. — L’aéroplane géant de Sikorsky : H. M.
- SUPPLÉMENT. — Informations : La production mondiale du coton. — Les sous-marins allemands à Hoboken. — Recettes : De la préservation des denrées par l’acide sulfureux, etc.
- MASSON ET Cf, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’institut.
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie,
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. —Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Paris (Yl°)
- < La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- La production mondiale du coton. — Si le coton est une substance indispensable à l’artillerie moderne et doit, sans aucun doute, être classé comme contrebande de guerre, il n’est pas moins d’une grande utilité dans la vie économique de toutes les nations. Aussi sa demande croît-elle chaque jour rapidement .et dans des proportions plus rapides que sa production.
- Il est donc intéressant d’examiner quelle est actuellement la production mondiale du coton, quels sont les principaux pays producteurs, leurs ressources et quelles sont les mesures prises dans ces divers pays pour accroître la production. C’est ce que nous essaierons de faire d’après les renseignements fouimis par M. Todd dans un ouvrage très important qu’il vient de publier sur ce sujet.
- La production mondiale annuelle du coton est actuellement de 26 millions de balles pesant chacune 227 kg, soit 5 902 000 tonnes et on estime que la consommation augmente tons les cinq ans de 20 pour 100, c’est-à-dire de 1 180 400 tonnes.
- De tous les pays producteurs du cotou ce sont les Etats-Unis qui occupent le premier rang. Ils produisent 60 pour 100 de la consommation totale, c’est-à-dire 3 54i 200 t. d’une valeur approximative de Ô25o millions de francs. Cette culture occupe une surface de 1 814470 kilomètres carrés et le rendement par hectare est de 200 kg. En présence de l’augmentation toujours croissante de la demande, ces terrains de culture deviennent insuffisants et il est de toute nécessité d’en trouver de nouveaux. Cela est évidemment possible, des milliers d’hectares restant encore libres aux Etats-Unis. Mais, d’un autre côté, la population augmente également et, par suite, la consommation, des produits agricoles. Il faut donc aussi trouver de nouveaux terrains pour cette culture, terrains dont les revenus seront supérieurs à ceux résultant de la culture du coton. On estime, en effet, que, pour obtenir des terrains de culture du coton un prix rémunérateur, celui-ci 11e peut pas être vendu à un prix inférieur à 1 fr. 33 le kilogramme tandis que, sur les marchés anglais, le prix de vente n’est que de 1 fr. 62 le kilogramme', ne laissant ainsi qu’une faible marge entre le prix de production et de vente. Le producteur de coton doit également tenir compte des aléas, tels que les pluies, les insectes qui, bien souvent, sont la cause d’une destruction complète de la récolte et contre lesquels on n’a jusqu’ici trouvé aucun remède. Il y a aussi à tenir compte de la main-d’œuvre qui devient de plus en plus coûteuse, aussi bien du côté du travailleur blanc que du côté du travailleur nègre qui, jusqu’ici, dans le Sud surtout, a été seul employé pour la culture du coton. Aussi, en présence de ces faits, cette culture du coton a été abandonnée en nombre d’endroits.
- Ce n’est donc pas par l’extension des surfaces culti-
- vables qu’il sera possible aux Etats-Unis de faire face à l’accroissement de la consommation, mais bien par une culture intensive, par l’emploi judicieux d’engrais qui augmenteront le rendement par hectare et, surtout, par l’emploi de moyens mécaniques perfectionnés pour la récolte et l’égrenage du coton. C’est, du reste, la tendance actuelle des producteurs de coton des Etats-Unis.
- L’Egypte est également un pays important producteur de coton. Cette culture, qui se fait dans les parties irrigables de la vallée du Nil, s’étend sur une bande d’environ 2 km de largeur de chaque côté du fleuve. Les pluies ne sont pas à craindre, pas plus que les gelées, et la main-d’œuvre y est largement suffisante et à bon marché. Le rendement est considérable et atteint 45o kg par hectare. Quant .à la qualité elle est excellente. Mais l’extension des terrains propres à, la culture du coton en Egypte est limitée par la quantité d'eau dont on peut disposer dans lgs années les plus sèches. Des travaux considérables ont été faits (La Nature, n° 2i65), depuis quelques années, pour accroître le volume d’eau disponible. Mais quoi qu’il en soit, il est à présumer que, d’ici longtemps, la production du coton en Egypte ne prendra pas une grande extension. Actuellement cette production atteint une valeur de 7Ôo millions de francs. Il est vrai que le Soudan Egyptien pourra apporter, dans =4’avenir, un appoint important; mais, jusqu’ici, la main-d’œuvre y est encore trop rare.
- Les statistiques ne donnent que des renseignements incomplets sur la production du coton aux Indes. Elle peut, cependant, êlre évaluée à 1 i36ooo t. qui, pour la plus grande partie, sont exportées au Japon. On estime que, par de bonnes ‘ méthodes d'irrigation., il serait possible de doubler cette production au bout de cinq années. Le colon produit aux Indes a une valeur équivalente an coton américain.
- En Chine les renseignements sur la production du coton sont très rares. Mais on l’estime approximativement à 900 000 t. qui ne sortent pas du pays. Mais, il n’est pas douteux que cette production pourrait être augmentée de beaucoup si, sur les terrains où on cultive l’opium, on remplaçait celte culture par celle du coton.
- La Corée cultive également le coton, quoique en petite quantité. Il est exporté au Japon qui, de son côté, depuis quelques années, fait tôus ses efforts pour développer,cette culture. .
- Les sous-marins allemands à Hoboken. — Depuis le 19 mars, dit le Telegraaf neuf sous-marius ont été mis en chantier à Hoboken. 800 ouvriers y travaillent. L’entrée principale est au Nord. Depuis l’attaque aérienne si brillamment réussie par les Anglais, les Allemands ont
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- INFORMATIONS
- pris des mesures inimaginables pour protéger leurs bateaux contre une nouvelle attaque. Au-dessus des deux parties du chantier ils ont posé un toit formé de plaques d’acier et recouvert de sacs de sable. En outre il est entièrement clôturé par un mur épais avec des portes de fer pouvant être fermées de l’intérieur à la moindre alarme. Ainsi ni les bateaux ni leurs constructeurs ne peuvent être atteints par lç-s bombardements latéraux et ne courent aucun danger en cas d’incendie dans les environs.
- Ce danger d’incendie est des plus sérieux, car il y a dans le chantier deux énormes cuves de naphte et d’huile à moteur. La plus petite est d’ans la partie septentrionale juste en avant des trois petits submersibles. La plus grande est en dehors de la partie méridionale, ou mieux, elle est pratiquée dans le sol. Elle mesure environ huit mètres de long sur six de large et quatre de profondeur.
- Entre cette cuve et le fleuve sont encore deux bâtiments : la cantine et l’ambulance. Celte dernière est pleine de blessés. La plupart des ouvriers, en effet, n’ont
- jamais été soumis à un travail aussi dur et aussi dangereux et chaque jour c’est par douzaines que l’on compte les doigts arrachés, les pieds écrasés, sans parler des brûlures et des chutes.
- Entre le « Chantier Naval » et celui de Cockerill il y a une petite baie. Les Allemands l’ont en majeure partie comblée au moyen de troncs d’arbres liés ensemble afin de pouvoir passer û pied sec chez Cockerill. Ils s’y servent encore d’un bâtiment appelé « La Chapelle » et sur lequel ils ont placé des canons contre les, aéroplanes. Près de ces derniers quatre hommes veillent continuellement.
- On ne construit, à ILoboken, que la coqiie des submersibles. Cette coque est double. Toxxs les organes viennent d’Allemagne et sont seulement assemblés et montés sur place. Chaque bateau est pourvu d’un moteur électrique et d’un autre à benzine; ils sont construits à Ulm. Les autres organes viennent d’Oberndorf. Des prisonniers français seraient contraints de travailler, dit-on, dans ces usines.
- RECETTES
- De la préservation des denrées par l’acide sulfureux. — Ces jours derniers des journaux ont annoncé que tes viandes apportées aux Halles après les heures de vente sont perdues, parce qu’elles ne peuvent être défendues contre les décompositions, et que les resserres des Halles sont inutilisables à cette conservation, à cause de la présence des rats.
- Il semble que l’emploi de l’acide sulfureux, depuis longtemps préconisé par M. de Lapparent, a été oublié ou volontairement négligé.
- Des quantités très faibles d’acide sulfureux suffisent pour immuniser pendant quelques heures la viande saine.
- En outre, l’acide sulfureux agit comme agent répulsif pour les rats, mquehes, araignées, etc., etc.
- L’expérience suivante, toute récente, le démontrera avec plus de précision : cet hiver, dans un camp de prisonniers de guerre, il y avait nécessité à protéger contre les fermentations putrides, et les attaques des rats les denrées alimentaires (notamment les pommes de terre, carottes, etc.), et aussi les colis postaux des prisonniers que des adresses erronées obligeaient à conserver parfois longtemps.
- Dans les locaux'affectés aux usages de magasins, la combustion de quelques grammes de soufre suffisait pour entraver les fermentations et pour éloigner les vermines de toutes sortes (rats, mouches, araignées, etc.). Dans le magasin où furent placés les colis postaux, la combustion de xo gr. de mèche soufrée (représentant environ 6 gr. de soufre) donnant sensiblement 12 gr. d’acide sulfureux, suffit à protéger un cube total de 70 m. environ pendant quatre à cinq jours.
- L’emploi du soufre dans les resserres des Halles suffirait à éloigner les l'ats et à immuniser la viande contre les décompositions, sans altéi’er son aspect lorsque la conservation ne dépassant pas quelques heures n’exige que de faibles quantités d’acide sulfureux. Si les locaux sont humides, il faut augmenter les doses de' soufre, car l’eau de suintement absorbe une quantité notable de gaz.
- Si on veut protéger les métaux contre l’action oxydante de l’acide, il suffit de les badigeonner tx*ès légèrement avec un chiffon ou un pinceau imbibé de vaseline.
- Destruction des mouches carniphages et piquantes. — La destruction des insectes par l’action attractive et asphyxiante des moûts de plantes et de
- fruits, en fermentation en vases mi-clos est étudiée par M. Marguet depuis 1907.
- . Des essais pour arriver à trouver ün ferment altteant à la fois : .
- i9 Les gi’osses mouches vertes (Lucilia Cæsar); 20 Les grosses mouches bleues (Calliphora Vomitoria) ; 3° Les grosses mouches grises (à tête rouge (Sarcophages magnifiques) ; 4° Les petites mouches grises piquantes, du Charbon symptomatique (Stomoxys Cal-citrans) ; 5° Les guêpes.
- La solution satisfaisante est obtenue par l’emploi des levures sauvages, obtenues en faisant une décoction de plantes herbacées à feuilles velues, de celles qui croissent spontanément près des lieux habités, dans les ruines et le long des routes.
- C’est sur ces plantes que fréquentent le plus volontiers les mouches malfaisantes. M. Marguet ajoute un bouillon de culture sucré et gélatiné et recueille les saccharomyces apicülés, qu’il incorpore à 10 pour 100, dans du sucre en poudre pour les sécher. Il prépare ensuite une pâte fermentescible de pulpe de figues, de viande moulue et de sucre saccharomycé.
- Cette pâte convenablement séchée, à l’étuve à 65°, est mise en pains de 5 gr. prêts à être utilisés.
- Pour être employés, ces petits' pains de ferment doivent être placés dans , des flacons à large encolure, avec i5 à 20 fois le volume d eau de la pâte employée (75 à 100 gr.). On suspend ces flacons en plein soleil, dans les cours et jardins, à proximité des lieux à protéger contre les mouches.
- La fermentation ne tarde pas à se développer et à émettre des émanations chargées des senteurs des plantes qui ont servi à faire les levures et de l’odeur de la viande échauffée.
- L’action de ces émanations attire les mouches et les guêpes dans un rayon de 10 à 20 m. Les bestioles pénètrent dans les flacons, sont grisées par les effluves alcooliques, puis asphyxiées par l’acide carbonique, comme le vendangeur imprudent, dans la cuve de moût de raisin.
- Les mouches s’entassent dans le liquide, et, au-dessus du liquide, chaque insecte ainsi capturé fournit des éléments d’entretien du piège, tant par la décomposition de son cadavre que par l’apport des levures sauvages qui y adhèrent toujours.
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- N° 2188
- 4 Septembre 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE : Trieste et le Karst : E.-A. Martel. — Le pain K en France au XVIIIe siècle : E.-H. Guitard — Les ustensiles militaires de l'armée allemande: Nicolas Flamel. — Ce que coûte vraiment la guerre : L. B. — Académie des sciences. — Là « terre d’infusoires » et la
- dynamite : Henri Coupin.
- SUPPLÉMENT. — Information : Destruction des mouches.
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- LA NATURE
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- L. DE LAUNAY
- Membre de l'Institut,
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- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
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- Destruction des mouches.
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- -Plusieurs abonnés nous ont demandé une bonne NCormule de glu pour enduire les bandes de papier destinées à prendre les mouches et nous leur avons communiqué les recettes que nous avons déjà publiées pour fabriquer les bandes fixe-insectes. Une nouvelle recette nous vient laquelle-, dans la ville où elle est employée pour enduire de grands placards, donne les meilleurs résultats, la voici :
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- A propos de la destruction des mouches, nous avons donné le procédé qui consiste à placer dans la pièce à désinsecter des assiettes contenant une solution de formol. Plusieurs abonnés nous ont écrit ne pas avoir réussi à détruire les mouches par cette méthode ; nous rappelons, que pour qu’elle soit efficace (et elle l’est dans les hôpitaux militaires où elle est employée), il faut que les fenêtres soient fermées et que la solution soit exactement titrée :
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- Les mouches viennent se désaltérer dans, les coupes et meurent après une période d’excitation qui dure quelques minutes.
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- N° 2189
- 11 Septembre 1915
- SIL/imT
- SOMMAIRE : Charbonnages anglais et pays de Galles : Ch. Véron. — Le son du canon : Ch.-Éd. Guillaume. — Fils de fers barbelés et grillages pour tranchées : Jacques Boyer. — Armements et invention* d'après la presse étrangère. — Les nouveaux téléphones sans fil Marconi des navires de
- guerre italiens : Jean de la Cerisaie.
- SUPPLÉMENT. — Informations : L’état du cuivre pendant la guerre. — La main-d’œuvre française et la
- guerre. — La dette publique anglaise.
- MASSON ET C% Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l'École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiêne publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 Fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Tarit (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS
- OÊL,
- L’état du cuivre pendant la guerre. — D’après la Frank farte ; Mêlai Gesellschaft la consommation de cuivre des quatre nations industrielles était la suivante en 191:2 et 1913 :
- 1912 1913
- Etats-Unis. . . Allemagne. . . Angleterre . .
- France . . . .
- 1.73.800 tonnes
- 231.700 —
- 144.700 — 98.500 —
- 343.i5o tonnes 25g.3oo — 140.3oo — io3.6oo —
- La déclaration de guerre amena la désorganisation de cette grande industrie et une sérieuse baisse en demande et en prix dans tout le monde ; pendant quelques mois le commerce du métal rouge fut arrêté, puis, au début de igi5, les besoins des nations belligérantes augmentant sans cesse, ce fut la ruée éperdue qui amena une hausse énorme : tandis que la tonne valait 1272 francs eu octobre 19x4. son pxnx atteignait 1940 francs en avril 1915.
- La livraison de cuivre qui était de 49 y35 tonnes en juin 1914 baissa à 25 429 eu août et à 22541 t. en novembre et les envois de l’Amérique et des autres pays producteurs furent diminués pour éviter l’accumulation de grandes provisions de ce métal entre les mains des commerçants européens. Depuis le commencement de 19x5 la demande pour le cxxivre a surpassé la provision de ce métal et à la fin de mars 1915 les stocks dans les ports européens sont tombés à 29 o56, et la livraison de ce métal est montée à 48 5gi t.,- c’est-à-dire presque à la mo.yeune mensuelle obtenue avant la guerre.
- C’est pourquoi, malgré la paralysie prolongée de toutes les industries pacifiques eu Europe, les cours de ce métal se sont élevés assez pour justifier la reprise de nombi’eixses mines fermées il y a un an. Les Etats-Unis, qui sont le grand producteur mondial, n’ont fourmi à l’Europe, pendant les dix mois finissant le xer mai 1915, que 257000 tonnes contre 362 000 Tannée précédente, parce que leurs exportations directes en Allemagne, Autriche, Belgique et Hollande sont tombées de 201 000 l. à 25 000 t. Mais, actuellement, la production américaine augmente rapidement. Toutes les mines de l’Anaconda, la principale compagnie américaine, travaillent maintenant à plein, même Je dimanche, et l’Ulah Copper, avec 63oo t. en mai, a battu son record antéideur, alors qu’im février cette, mine avaii produit-365ô t. seulement. On utilise, paimîl-il, à l’Anaconda de nouveaux pro-cédés de récupération, au moyen desquels on extrait 90 pour 100 du cuivre contenu dans terminerai, au lieu de 78 pour 100.
- Quelle est la position de l’Allemagne et de l’Autriche quant à leur production'de cuivre ?
- La mine Mansfield, la principale mine de cuivre en Allemagne, a produit pendant le dernier quart de siècle entre 16000 et 20000 t. de cuivre par an. Les autres mixjies de cuivre en Allemagne sont de peu d’importance, et en igi3 leur production totale n’éiait que de 49^0 t. de cuivre.
- Les mines Autiûchiennes et Hongroises sont aussi de peu d’importance et leur production totale en 1914 est estimée à 44°° de cuivre.
- On voit donc, que même si la pi-oduclion de nos ennemis est doublée, ils ont encore un énorme déficit que la conti’ebande de guerre, si active soit-elle, ne saurait combler.
- La main-d’œuvre française et la guerre. — On sait que déjà les mines du Nord utilisaient pour certains travaux de nombreux Kabyles d’Algérie qui s’adaptaient parfaitement à leur travail. Au cours de la guerre actuelle, nos ports ont été privés de beaucoup de bras au moment même ou ils étaient le plus encombrés. On a dû recourir également à la main-d’œuvre étrangère et l’essai, tenté à Bordeaux, est particulièrement intéressant. Laissant de côté les débardeurs espagnols, difficiles à diriger et prompts au couteau, la direction du port a importé un nombre considérable de Marocains et de Kabyles. Ils ont donné jusqu’ici toute satisfaction. Groupés dans des casernements et logis dont ils ont faitun véritable village mauresque, ils déchargent farine et charbon avec une docilité et une vigueur tout à fait remarquables.'Leur accoutrement pittoresque s’est parfois compliqué d’emprunts inattendus à nos costumes européens, et, lorsque, cx’àue tondu, surmonté du tuidpan ou du lez, leur haute taille dressée, bruns ou noirs sous leurs oripeaux bigarrés, ils grimpent et courent avec agilité entre les gabarx*es chargées, les quais’du. port de Bordeaux prennent un aspect exotique tout à fait nouveau. Vers le soir, on voit, par groupe de cinq ou six hommes, cette population musulmane se répandre eu ville. Marocains et Kabyles font lentement, gravement, et en silence, le tour des avenues et des jardins. Ils semblent assez peu préoccupés de ce qui les entoure; ne s’arrêtent guère aux étalages, et, toujours graves et silencieux, regagnent le logis qui leur a été assigné à proximité du port.
- La dette publique anglaise. — Les fluctuations de la dette publique anglaise offrent, avec l’histoire -du pays, un rapport particulièrement étroit. Avant j la révolution française, à la paix de Versailles (ryBdqr celle dette était de 6,2 milliards. A la suite des guerres de l’Empire, elle s’élevait, en 1816, à 22 milliards. Dans les 83 ans qui se sont écoulés depuis cette date, jusqu’en 1899, il s’est produit un fait qu’xxn Français peut regarder avec autant d’admiration que de stupeur! La dette est tombée, par le fait des amortissements, à i5,8 milliards. La guerre du Transvaal a produit alors son effet et, au moment ox'x a commencé la guerre actuelle, cette dette atteignait de nouveau 20 milliards. Depuis ce moment, oxx sait que l’on a émis en décembre 1914, un premier emprunt de guerre ayant produit net 8,82 milliards et, en juillet, un second emprunt colossal ayant fourni en numéraire, non compris les conversions, i4,75 milliards.
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- La viande congelée dans l’alimentation de nos troupes : Lucien Fournier. — La guerre de glaciers et la possession de l’Ortler : E.-A. Martel. — Le ravitaillement de l’Allemagne : G. Blondel. — L’or en médecine : Fagon. — A propos de la fabrication électrique des nitrates en Allemagne : Henri Blin. — Académie des sciences. — Le polémoscope : Ernest Coustet. SUPPLÉMENT* — Information ; Solubilisation et conservation du café.
- MASSON ET C‘\ Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandjer
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur â l'Ecole des Mines et â l’École des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- INFORMATIONS
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- Solubilisation et conservation du café. — Réduire au minimum le temps nécessaire à la préparation du café, réaliser même son utilisation instantanée, après avoir assuré sa conservation indéfinie, voilà, certes, des avantages fort appréciables en tout temps et pour tout le monde ; mais surtout pour la consommation du café — du « jus » — préparé par le soldat en campagne. A ce sujet, il est utile de rappeler le procédé de préparation de « café soluble », imaginé par M. Cauchois, uu négociant new-yorkais. La rapidité de l’infusion au contact de l’eau chaude, de ce café soluble, s’explique par ce fait, que les principes liquides et huileux de la l'ève de café sont répartis à travers la masse, plus uniformément que par tout autre procédé connu, ainsi que le fait remarquer le professeur Wiley, chimiste du Département d’Agriculture de Washington, dans son rapport sur ce mode de préparation. Le café soluble se présente sous forme de poudre extrêmement fine, impalpable, obtenue en concassant d’abord les grains dans un moulin spécial qui sépare le café du son, substance qui contient le plus de tanin et qui est si astringente qu’elle peut être utilisée en gargarismes très efficaces contre les maladies de la gorge. Un des principaux
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- avantages de ce mode de préparation est, précisément, l élimination du son, qui contient le principe amer. Après ce concassage grossier, ou broyage, le café est pulvérisé finement dans un autre moulin pourvu d’un ventilateur destiné à le refroidir pendant la mouture ; on évite ainsi réchauffement de la poudre et l’altération de son arôme. En outre, pour empêcher l’agglutinement des particules si ténues, on ajoute une petite quantité de sucre qui traverse le moulin en même temps que le café et facilite la pulvérisation de ce dernier tout en absorbant l’huile qui se dégage des particules à mesure que le broyage s’effectue. Ce sucre assure la conservation indéfinie du café soluble qui, émulsionné dans l’eau bouillante, à la façon du cacao soluble, laisse moitié moins de sédiment, et ce sédiment n’est pasAlésagréable au palais comme celui du café ordinaire, car il n’est pas grumeleux mais impalpable et comme velouté. Le sucre ajouté à la poudre agit aussi comme clarifiant, mais il u est pas en quantité suffisante pour dispenser de sucrer le café au moment de la consommation. Enfin, le café ainsi préparé industriellement conserve toute sa force; son utilisation est moins compliquée et son prix ne dépasse pas le prix des cafés ordinaires. Henri Blin.
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- N° 2191
- 25 Septembre 1915
- SOMMAIRE: Nos grandes industries du Nord. V: Les industries textiles, 1: Alfred Renouard. — Le tunnel sous la Manche conséquence de la guerre : L/. B. — Ce que voient les poissons : Henri Coupin. — Les usines « Friedrich-Alfred » et « Germania » de la Société Krupp : R. Bonnin. — Académie des sciences. — Un moteur à vapeur de mercure : X...
- SUPPLÉMENT. — Informations : Plante* propres'» l’assainissement des champs de bataille. — Contre la surdité par le canon. — Le bilan des recettes et des dépenses du canal de Panama depuis son ouverture. — Le personnel des chemins de fer pendant la guerre, etc.
- MASSON BT Cu, Éditeurs.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- .JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandjer
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- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
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- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie,
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout èe qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS
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- Plantes propres à l’assainissement des champs de bataille. — Dans l’article sur les Champs de bataille et la salubrité publique (La Nature, n" du 24 juillet 1915) diverses plantes sont mentionnées spécialement parmi celles qui, au point de vue de l’assainissement des terres (champs de bataille, nécropoles militaires) sont douées, au plus haut degré, de la faculté d’absorber rapidement les matières organiques en décomposition. Il ne s’agit, en somme, que d’une indication, au point de vue utilitaire de meme qu’à titre d’observations curieuses, concernant cette aptitude particulière, que possèdent certains représentants du règne végétal, à s’assimiler avec une étonnante voracité et dans un laps de temps très court, les matières organiques, les cadavres qui, dans le sol, se trouvent à la portée de leur système radiculaire. Considérant à leur tour cette question au point de vue agricole, dans le sens cultural, MM. Vilmorin et Mollet appellent notre attention sur diverses plantes fourragères (graminées et légumineuses), annuelles et vivaces, qu’il y aurait intérêt à cultiver pour assainir les terrains, dans les zones de combat, tout en obtenant des récolles de fourrages, précieuses ressources pour subvenir aux besoins de l’élevage el contribuer à la reconstitution du cheptel national, si appauvri par les réquisitions et achats directs en vue du ravitaillement, des armées et de la population civile. Parmi les graminées annuelles, à cultiver pour production de fourrage vert, la note de MM. Vilmorin el Mottet indique les Maïs, toutes les grandes variétés, notamment le Maïs denl-de-cheval, à semer en juin-juillet, à raison de 100 à 200 kg de graines par hectare; le Millet commun ou Millet des oiseaux (Panicum miliaceum) et ses variétés, le Millet d’Italie à grappes (Selaria Italica), le Millet du Japon (Panicum Framentaceum) \ le Sorgho à balais (Sorghum rulgcire) et ses variétés, le Sorgho à épi (P enicillaria Spiccda), pour les régions méridionales. Comme graminées vivaces : 1 avoine élevée ou Fromental (Àrrhena-terum elatius), pour lotis terrains; le Brome des prés (Promus patensis), le Brome inermé ou de Hongrie (Promus inermus), le Brome de Schrader (Ceratochloa Australis), pour terres moyennes, le Brome pinné (Prachypodius piunatuni), pour terrains secs et calcaires; la Cauche élevée (Airct cespita), pour terrains frais, tourbeux ou acides; le Dactyle pelotomie (Dacty-lus glomerata), pour tous terrains; la Fétuque élevée (Festuca arundinacea), la Festuca fenas d'Algérie, la Festuca drymeia, pour terres fertiles_et fraîches; le Phalaris Roseau (Plialciris arundinacea)'pour terrains humides, tourbeux ou acides; le Sorgho d’Alep (Sorghum halepense), pour terrains sableux, humides et régions chaudes.
- Parmi les légumineuses annuelles ; le trèfle incarnat à semer en août-septembre, pour avoir du fourrage lin avril et en mai; la vesce velue (rida villosa), la vesce
- commune d’hiver qui peut être semée jusqu’en novembre, celle de printemps, à semer d’avril à juillet; le Pois gris d’hiver, à semer en octobre, et le Pois gris de printemps, les féveroles. Comme légumineuses vivaces : la luzerne commune (Medicago satira), la luzerne rustique (Medicügo media), pour terres médiocres, sèches, peu profondes; le sainfoin, pour terrains très secs, calcaires ou crayeux; le trèfle violet, pour les terres fraîches et fertiles. Ces légumineuses vivaces, grâce à leurs racines pivotantes, très longues, peuvent êti’e très précieuses pour l’assainissement des champs de bataille, Les légumineuses annuelles (Pois, vesces d’hiver, trèfle incarnat), semées à la fin de l’été ou en automne, fournissent une première récolte fourragère au printemps, et, laissant le terrain libre de bonne heure, à cette époque, on peut faire aussitôt après, une autre culture (maïs dent-de-cheval ou topinambour) ; de la sorte, on parvient à accroître considérablement l’absorption des matières organiques en décomposition, tout en occupant le terrain toute l’année et obtenant double récolte. Ainsi se trouvent conciliés la question de. salubrité publique el les intérêts, les besoins de l’agriculture.
- Contre la surdité par le canon. — On peut recommander un petit appareil établi par M. Grieves The llard, à Portsmouth, Angleterre, qui consiste en une petite tige en celluloïd percée de canaux et maintenue en place dans l’oreille par deux disques de caoutchouc doux. L’oreille l’este ventilée, la pression atmosphérique sur le tympan est normale. Les sons de force modérée sont perçus sans changement, seuls les sons brutaux sont atténués. — L’appareil s’appelle le Elliot-perfecl car protector et coûte 4 sh. 3 la paire.
- Le bilan des recettes et des dépenses du canal de Panama depuis son ouverture. — Le Canal Record, dans son dernier numéro, donne le tableau récapitulatif des recettes et des dépenses du canal depuis son ouverture le Ier juillet 1914 jusqu’au ior mai 1915.
- Il résulte de ce tableau que les recettes totales pendant ces onze mois oüt été de 16 688 575 francs et les dépenses de 16 885 900 francs d’où un excédent de dépense sur les recettes de 197406 francs non compris l’intérêt du capital engagé ni l’amortissement. Le Canal Record ajoute que les recettes du mois de mai, qui montent à la somme de, 2 735 275 francs et est supérieure à celle des mois précédents combleront largement le déficit. Dans la dépense de 16 885 900 francs pour l’entretien du canal est comprise une somme de 6 84425o francs dépensée pour l’entretien delà tranchée de la Culebra, soit environ zjo pour 100 de la dépense totale d’entretien.
- Le personnel des chemins de fer pendant la guerre. — La sécurité de l’exploitation des chemins de fer qui, en temps de paix, est d’une nécessité absolue, 11e l’est pas moins en temps de guerre où les voies
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- ferrées doivent servir à la défense nationale en permettant les transports militaires tout en maintenant la vie économique. En temps de guerre, le personnel doit donc être réduit au strict minimum en conservant dans ce personnel les agents les plus actifs et les plus expérimentés.
- Au moment de la mobilisation, les chemins de fer sont mis à la disposition de l’autorité militaire et une partie du personnel mobilisable passe sous les ordres de cette autorité militaire qui l’emploie à l’exploitation des voies ferrées dans la zone des armées.
- Dans quelle proportion cette répartition a-t-elle été faite en Allemagne? C’est ce que nous apprend le Zei-tuag des Verein.es du 7 juillet dernier, journal officiel de l’Union des chemins de fer allemands.
- Sur un personnel total, en temps normal, de 56o 000 agents des chemins de fer de l’Etat Prussien, 125 000, .c’est-à-dire 23 pour 100 du nombre total, ont été mis à la disposition de l’autorité militaire, sur lesquels 67 000, soit 12 pour 100, sont affectés aux lignes soumises à l’exploitation de guerre et 68 000, soit 11 pour 100, sont incorporés dans l’armée combattante.
- Voyons, maintenant, ce qui a été fait en France en ne comparant, toutefois, avec les réseaux Prussiens que ceux qui, en France, se trouvent dans les mêmes conditions, c’est-à-dire le P.-L.-M., le Midi, l’Orléans et l’Etat.
- En temps normal, ainsi que l’indique le Figaro, le nombre des agents de ces quatre compagnies est d’en-AÙron 200000. Sur ce total 45 000, c’est-à-dire 23 pour 100, comme en Prusse, sont inis à la disposition de l’autorité militaire. Sur ces 4*000 agents, 8000, soit 4 pour 100 du total, sont incorporés dans la partie active des chemins de fer de campagne et 37 000, soit ig"pour 100, sont incorporés dans les armées combattantes.
- En résumé les prélèvements faits sur les réseaux Français se trouvent être dans des proportions iden-
- tiques à celles faites sur les réseaux Prussiens et, sur aucun de nos réseaux, la proportion des agents incorporés dans les armées n’est inférieure à celle des agents en Prusse, comme on l’a souvent répété. Du reste, étant donné le service intense auquel doivent faire face les réseaux de chemins de 1er en temps de guerre, il serait imprudent de réduire davantage le nombre des agents chargés de leur exploitation.
- Destruction des mauvaises herbes sur les tennis et les allées de jardins. — Des divers procédés et formules préconisés jusqu’à présent, celui qui a donné la plus parfaite réussite consiste en l’emploi du Crésylol sodique en solution dans l’eau à 5 pour 100; l’opération effectuée par temps sec et ensoleillé, assure en deux ou trois jours la destruction complète, radicale de toutes les mauvaises herbes. Le Crésylol sodique, aujourd’hui couramment employé dans la désinfection, se trouve facilement dans le commerce et son prix le rend accessible à l’usage en question. Il vaut 1 fr. 45 à 1 fr. 5o le kilogramme et même 1 fr. 25 à 1 fr. 3o en gros (les produits les plus ordinaires peuvent être employés); avec 2 litres 1/2, soit une dépense de 3 fr. 5o environ, on peut nettoyer 100 m. d’allées de i m. 5o de largeur, pourvu que l’on arrose méthodiquement et avec le soin nécessaire pour réduire la dépense au minimum. Bien entendu, ce procédé ne s’appliquerait aucunement aux terrains de culture : il entraînerait la stérilité du sol. Si la dépense paraissait un peu trop élevée pour les très grandes surfaces à traiter, on aurait la facilité de recourir au sel marin en solution concentrée ou au sel dénaturé, ou encore au Crüd ammoniac, produits à répandre à la surface du sol; après grattage des herbes et avant ratissage de propreté 5o kg de sel par are en deux épandages, à deux ou trois semaines d’intervalle, a5 kg chaque fois : première dose dans le sol, deuxième à la surface ; recouvrir d’une couche de sable de 5 cm d’épaisseur.
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- SOMMAIRE :
- Le tracteur automobile militaire : Capitaine XXX. — Une année de guerre aérienne : Lucien Fournier. — Les mines de potasse d'Alsace, leur évaluation et leur nationalisation éventuelle : L. B. La lampe à incandescence « demi-watt » : Ernest Coustet.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Le pain de riz. — Les sous-produit» de la houille aux États-Unis. — Dispositif pour déceler la présence d'obus dans les terres.
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- LA NATURE
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- L. DE LAUNAY
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- QK.,
- Le pain de riz. — La question du pain de riz continue à être agitée par suite des craintes que faisait éprouver la diminution des surfaces ensemencées en froment. Cette question soulève de sérieuses controverses, car, au point de vue pratique, il s’en faut que l’agriculture et la boulangerie partagent nettement l’opinion des savants. L’idée de substituer, dans la fabrication du pain, une partie du froment par une partie d’un autre farineux tel que le riz, vient surtout de cette constatation que, à cause de la guerre, il y a raréfaction de la main-d’œuvre, par conséquent moins d’étendue cultivée en froment, et nécessité alors d’importer de l’étranger, pour les besoins de notre consommation nationale, du blé pour plusieurs centaines de millions de francs, tandis qu’il serait bien plus juste de faire bénéficier de ces millions nos colonies, auxquelles on demanderait du riz, pour parer an déficit de blé.
- Il est exact que les étendues ensemencées en blé en 1915 n’atteignent qu’une surface totale de 5 723 128 hectares, contre 6 473 33o en 1914. soit une différence en moins de 770202 hectares, ou près de 12 pour 100, facile à expliquer en ce sens que, dans les douze départements ayant été ou étant envahis en partie ou en totalité, il y a une différence en moins de 378 702 hectares, soit 35 pour 100 de la surface consacrée en 1914* Mais il faut observer que les ressources en blé indigène doivent permettre de satisfaire, dans une très large mesure, aux besoins de la consommation, pour le présent comme pour l’avenir, et que l’on a intérêt à s’en tenir au pain de pur froment, dùl-011 — ce qui sera facile d’ailleurs — faire venir d’Algérie, d’Amérique, bientôt de Russie, le complément de l’approvisionnement de blés'qui pourra nous être nécessaire. Enfin, il semblé que permettre l’intr.oduction de farine étrangère dans la fabrication du pain, c’est ouvrir la porte à une série de fraudes. Il faut, en effet, envisager la question-du pain de riz sous ses divers aspects : d’abord au point de vue de la valeur alimentaire, ensuite au point de vue économique et enfin, en ce qui a trait au côté commercial et hygiénique. En préconisant l’introduction d’une certaine proportion (20 pour 100) de farine de riz dans la fabrication du pain, M. Maurel, professeur à la Faculté de Médecine de Toulouse, fait remarquer que si le riz est moins riche que le froment, en matières azotées, par contre il est plus riche en hydrates de carbone, d’où résùlte une compensation, ce qui fait que le nombre des calories reste sensiblement le même; la substitution ne portant d’ailleurs que sur i/5°, la valeur nutritive du pain fait avec ce mélange, serait, d’après M. Maurel, égale à celle du pain de froment pur.
- Les expériences faites à Toulouse, sous la direction du distingué professeur de la Faculté de Médecine, avec des proportions variables de farine de riz : 60 pour 100 d’abord, 20 pour 100 ensuite, ont montré que le pain de riz, mis en pâtons de 5oo gr. à 1 kg, est un peu moins levé que le pain de froment, mais il l’est assez et d’unë manière plus régulière, et son aspect imite celui de lu madeleine, son goût ne différant pas, paraît-il, de
- celui du pain de froment. Le prix de la farine de riz étant moins élevé que celui de la farine de froment. M. Maurel en conclut qu’au point de vue économique, la substitution offrirait encore un certain avantage.
- De son côté, M. Lindet, professeur de technologie à l’Institut national agronomique, a étudié, avec la collaboration de M. Arpin, directeur du Laboratoire du Syndicat de la boulangerie, et de M. Dumée, ancien vice-président de ce Syndicat, les modifications que pouvait présenter un pain dans lequel enfrait de la farine de riz, dans la proportion de 5 à i5 pour 100. Il résulte de leurs observations d’ordre technique qu’au point de vue de l’aspect, l’introduction de 10 à x5 pour ioo de farine de riz donne à la tranche de pain une coloration moins blanche ; en outre, le pain est moins bien levé, plus tassé, plus serré. Quant à la composition, il renferme moins de gluten que le pain de farine de froment pur; il serait donc moins nutritif, mais les expérimentateurs estiment que, malgré ces défauts, l’emploi de 10 pour 100 de farine de riz donne encore un pain de bonne qualité.
- La conclusion qui doit découler, naturellement, des essais que nous venons de rapporter, et des opinions que ces essais ont permis de formuler, c’est que, si l’introduction du riz dans la fabrication du pain peut être considérée comme une ressource utile et appréciable, non seulement dans les circonstances actuelles, rien n’oblige à y recourir, mais encore faut-il veiller à ne pas donner prise aux fraudes alimentaires, et se rappeler que si tout boulanger peut introduire dans le pain des farines autres que celles de froment, dans tous les cas, ce n’est qu’à la condition que ce pain soit vendu avec indication du mélange des farines entrant dans sa fabrication. ~~ Henri Blin.
- Les sous-produits de la houille aux États-Unis. —
- Si les puissances belligérantes éprouvent, en ce moment, des difficultés pour se procurer un certain nombre de produits nécessaires, soit à la vie civile, soit à la défense nationale, certaines puissances neutres se trouvent dans un cas semblable. La Nature, dans un numéro récent (n° 2187 1, a indiqué les difficultés dans lesquelles' se trouvent, à l’heure actuelle, les Etats-Unis pour se procurer la potasse dont elle a besoin et qu’elle, importait jusqu’ici d’Allemagne. Aussi fait-elle des recherches dans divers endroits de son vaste territoire pour faire face à cette difficulté. Le même cas se produit pour les sous-produits de la distillation de la houille que les Etats-Unis achètent à l’étranger. Ce fait peut sembler surprenant pour un pays où l’industrie métallurgique est poussée à un si haut degré. Toujours est-il que jusqu’au moment de la déclaration de la guerre, la production de ces sous-produils était, pour ainsi dire, nulle aux Etats-Unis. Le sulfate d’ammoniaque provenait d’Angleterre et le benzol et le toluol étaient achetés eu Allemagne où, comme on sait, la fabrication de ces sous-produits de la distillation de la houille est une industrie très développée (n° 2i85).
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- INFORMATIONS
- Depuis l’ouverture des hostilités l’Angleterre, par suite de ses besoins et de ceux de ses alliés, s’est trouvée amenée à limiter les exportations du sulfate d’ammoniaque aux Etats-Unis. Quant à l’importation du benzol et du toluol de l’Allemagne elle s’est trouvée complètement arrêtée. En présence de ces faits, les Etats-Unis prirent alors la résolution, un peu tardive, de créer dans les régions où se trouvent des usines métallurgiques des installations pour la récupération des sbus-pilpduits de la houille. Mais elle s’est trouvée en présence d’une grave difficulté qui est celle-ci. L’aciérie dé Lackawana et la cokerie Lehigh avaient traité, au début de la guerre, avec une usine weslphalienne qui s'est fait une spécialité de l’installation des fabriques de sous-produits. Celle-ci commença les travaux, puis, pour raisons patriotiques, refusa de continuer ceux-ci pendant la durée des hostilités. Il s’agissait d une installation devant coûter i 730000 fr. et fournir 6000 litres de benzol par jour. L’usine Carnegie, qui avait traité avec la même Société weslphalienne,' a vu. également ses travaux arrêtés pour la-même raison; mais, contrairement aux deux premières, elle a annulé le contrat, et continue elle-même les travaux dans l’espoir de les mènera bonne lin, passant ainsi outre aux brevets qui sont la propriété de la Société weslphalienne.
- En résumé, les Etats-Unis éprouvent, en ce moment, de grandes difficultés pour se procurer ces différents sous-produits et, en fait, le benzol qui valait o fr. 22 le litre, vaut aujourd’hui 1 fr. 11, c’est-à-dire cinq fois plus.
- Dispositif pour déceler la présence d’obus dans les terres. — L’exécution des travaux de culture sur les anciens champs de bataille n’est pas sans présenter quelque danger, la charrue pouvant rencontrer un obus encore chargé, et en provoquer l’explosion. Dans la guerre actuelle, en raison de la quantité formidable d’obus employés, et dont beaucoup n’ont certainement pas éclaté, le danger peut se renouveler encore plus souvent. Lorsque ces projectiles sont apparents à la surface du sol, les . services de l’armée les font enlever sur les terrains qui ne font plus partie de la zone dangereuse. Afin que les travaux agricoles jouissent s’effectuer sans danger, M. Gutton, professeur de physique à la Faculté des Sciences de Nancy, ,a imaginé une balance d’induction destinée à déceler la présence des obus enterrés. Un homme parcourt le terrain à explorer; il est muni d’un bambou horizontal supportant, par une tige en bois, à chacune de ses extrémités, une bobine de 70 cm de diamètre, ayant deux circuits, primaire et
- secondaire ; ces bobines sont maintenues à quelques centimètres au-dessus de la surface du sol. A quelques mètres en arrière de l’explorateur, suit un observateur muni d’un casque téléphonique et portant en bandou-dière une boîte reliée à la balance par des conducteurs souples, contenant une pile sèche de quatre éléments, un condensateur, un trembleur et un appareil de réglage. Un objet en fer ou en acier, approché du centre d’une des bobines, modifie le son émis par les récepteurs téléphoniques et prévient ainsi l’observateur. Quand l’objet est enfoui superficiellement (éclat d'obus, boîte de conserves, etc.), l’observateur entend deux renforcements ebnsécutifs du son, lorsqu’un bord, puis l’autre du fil d’enroulefhent d’une des bobines passe au-dessus de l’objet. Si, au contraire, le projectile est profondément enterré, le maximum d’action a lieu lorsque le centre de la bobine passe au-dessus de lui ou s’en rapproche ; dans ce cas, on ne perçoit qu’un seul renforcement du son. Ce dispositif peut indiquer la présence d’un obus de petit calibre enfoui à environ 40 cm de profondeur. L’inventeur conseille d’explorer le terrain par deux bandes de terre en même temps, ayant chacune 70 cm de largeur; deux personnes pourraient ainsi explorer un hectare en trois heures environ. M.Rin-gelmann estime que pour plus de sécurité on pourrait, dans certains cas, après une première exploration, labourer à 20 cm de profondeur, passer une seconde fois derrière la charrue et en maintenant, à peu de distance du fond de la raie, des bobines n’ayant que 20 cm de diamètre. Ce procédé parait simple et pratique.
- BIBLIOGRAPHIE
- Cours théorique et pratique à l’usage des conducteurs d'automobile, par René Le Grain. Imprimerie Nationale. Prix : 6 francs.
- Ce petit volume d’instructions pratiques est d’une clarté remarquable et destiné à rendre les plus grands services, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre. L’auteur y étudie successivement le châssis et ses annexes, le moteur, les organes de transmission, les appareils d’éclairage et les accessoires. Sur chaque question, toutes les données utiles sont nettement et méthodiquement présentées, avec une disposition typographique qui rend toutes les recherches faciles et avec une grande abondance de planches. Nous citerons notamment l’exposé du différentiel, de son utilité, de son mécanisme, de son freinage et de la rotation en arrière des roues motrices.
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- N° 2193
- 9 Octobre 1915
- LA NATURE
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- les MINES
- ET LA MÉTALLURGH
- EN LORRAINE
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- SOMMAIRE :
- Les mines et la métallurgie en Lorraine. — Les projectiles chez les êtres vivants : Henri Coupin. — L’observation aérienne et l’artillerie. — De quelques tentatives d'emploi de l’aluminium dans l'art militaire : Nicolas Flamel. — Académie des sciences. — Chemin de fer et légende de la
- Martinswand (Tirol) : E.-A. Martel.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Photographie de guerre. — Procédé d’émaillage à froid.
- MASSON ET C“ Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandjer
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.'
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ,JSG
- INFORMATIONS
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- Photographie de guerre. — La Société française de photographie adresse à ses membres la circulaire suivante, qui intéresse aussi tous ceux — et ils sont nombreux— qui recueillent actuellement des documents photographiques se rattachant à la guerre :
- « Par des avis qu’ont publiés les journaux et dont vous avez eu sans doute connaissance, le ministre de la Guerre et le ministre de l’Instruction publique ont fait appel aux membres des sociétés photographiques et à toutes les personnes qui pourraient disposer de photographies intéressant la guerre, en leur demandant de les envoyer au Service de la documentation photographique de la guerre qui a été constitué au sous-secrétariat des Beaux-Arts.
- « La Société Française de photographie, qui s’est occupée, à maintes reprises, de la constitution des archives documentaires photographiques de nos principales villes de France et de l’application des règles fixées, pour leur oi’ganisation, par les congrès photographiques successifs, a offert son concours à ce Service pour lui faciliter la réunion et la mise en ordre des documents qu’il désire recueillir.
- « Nous comptons que vous voudrez bien engager tous ^ les photographes amateurs, avec lesquels vous pouvez; être en relation, à nous envoyer une épreuve de toutes les photographies qu’ils pourront prendre et qui peuvent présenter un intérêt pour l’histoire de la guerre.
- « Nous nous occupons de grouper toutes ces photographies et d’en faire, s’il y a lieu, des agrandissements ou des reproductions, pour pouvoir les transmettre au Service photographique de la guerre, après les ayoir mises en ordre et les avoir répertoriées, de façon à conserver trace de leur origine et des noms des expéditeurs. ’v
- « Ce n’est pas seulement sur le front, dans les armées de campagne ou dans les pays envahis et dévastés, qu’il peut y avoir d’intéressantes photographies à recueillir. Dans toutes les régions de la France,
- se sont produits des incidents qui ont transformé la physionomie du pays et qui méritent d’être notés.
- « Il sera utile que les photographies qui s’y rapportent figurent un jour dans les archives de nos provinces. Les dispositions d’ordre que nous comptons prendre ont pour but d’obtenir que chacune de ces archives reçoive les documents de ce genre qui la concernent, en veillant à ce qu’ils soient établis et classés suivant les règles uniformes qui permettront de les rattacher au classement général des archives photographiques de la France.
- « Nous espérons pouvoir compter sur votre concours pour obtenir ce résultat et nous serons heureux de recevoir de vous toutes les informations ou suggestions que vous pourrez trouver utile de nous envoyer à ce sujet.
- « Agréez, etc.
- « Pour le Conseil d’administration,
- « Le Président, général Sébert ».
- Le siège de la Société Française de photographie est à Paris, 51, rue de Clichy.
- Procédé d’émaillage à froid. — Le procédé, très simple, que voici, est à la portée des amateurs : '
- On traite d’abord du silicate de soude par l’ébullition -en vase clos, ensuite, on ajoute à la solution 5 pour 100 environ de sulfate de chaux, qui détermine dans cette solution un précipité ayant pour effet d’éviter ultérieurement toutes efflorescences nuisibles à l’aspect de l’émaillage. La solution, une fois décantée, prend la consistance d’une pâte que l’on chauffe à 75° environ,, pour l’appliquer sur les objets à émailler. Une seconde décantation a lieu dans la couche vitreuse et celle-ci prend alors une translucidité inaltérable. On peut la colorer en toutes nuances, soit dans sa masse, soit " superficiellement. On rend les couleurs fixes au moyen des tannates!de gélatine et de l’alun. Ce procédé est très pratique, surtout pour l’émaillage d’objets que l’on ne peut traiter à chaud, au four.
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- Il fut une époque — c’était aux temps préhistoriques, plusieurs années avant la guerre — où il \\ était à peu près universellement admis que l’appendice iléo-cæcal {vermium), siège et foyer, comme son nom l’indique, de la redoutable appendicite, ne servait à rien, si ce n’est à amorcer les fermentations putri-gènes. C’était une survivance superfétatoire, un impe-dimentum, dont il était, utile, sinon même nécessaire, de se débarrasser per fas el nef as, ne fût-ce qu’à titre préventif.
- On en revient maintenant car on a reconnu que les sucs sécrétés par certaines cellules spéciales du vermium et leurs « hormones » possèdent une action excitante parfaitement caractérisée et qui leur est propre, sur les contractions du gros intestin, action qui n’a de comparable que celle bien connue delà sécrétion du duodénum sur la contractilité de l’intestin, grêle.
- Autrement, dit, pour que la digestion s’opère normalement, pour que, en particulier, il n’y ait pas rétention des résidus de la digestion, avec toutes les complications fâcheuses que cette rétention comporte, l’intervention de toutes les sécrélions spécifiques de l’intestin, y compris les sécrétions spécifiques de l'appendice, est indispensable. Par conséquent, la constipation serait souvent le contre-coup de l’insuffisance fonctionnelle soit de l’appendice, soit des glandes duodénales, soit des unes et de l’autre. -
- Cela est. si vrai que l’ablation chirurgicale du vermium est plus d’une fois jsuivie de constipation opiniâtre et de coliques douloureuses. Comme, d’autre part, en vertu des lois de l’opothérapie, le meilleur moyen de rétablir une fonction ralentie où paralysée, c’e-t de donner au malade « du poil de la bête », l’administration de poudre sèche d’appendice a tôt fait, même dans les cas les plus mbelles, de triompher de la paresse intestinale et de tout remettre en branle et dans l’ordre. N’est-ce pas la plus décisive des contre-épreuves?
- Telle est la conclusion formelle d’une magistrale communication récemment faite à la Société de biologie, par M. E. Savini, dont le nom fait autorité.
- On comprend sans peine que si on obtient de si merveilleux résultats, rien qu’avec les extraits d’appendice, on les obtient bien plus sûrement encore avec le Jubol qui contient, non seulement ces extraits, mais encore, associés à l’agar-agar (matière neutre et foisonnante, destinée à agir mécaniquement, à la façon d’une éponge) et aux extraits biliaires, les extraits des glandes intestinales, c’est-à-dire tous les principes physiologiques sus-
- MB : Point de Mac Burney (milieu de la ligne reliant l’ombilic à la partie supérieure de la hanche droite).
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- Voilà pourquoi le Jubol, dont la composition synergique totalise tous les éléments prédestinés par la nature à l’entretien du fonctionnement régulier de l’appareil digestif, est un incomparable rééducateur de l’intestin, le seul remède par excellence de la constipation.
- Le Jubol avait fait l’objet de communications à l’Académie des sciences (28 juin 1909) et à l'Académie de médecine (21 décembre 1909). La nouvelle théorie développée à la Société de Biologie explique nombre de ses succès dans l’appendicite. Elle confirme la confiance du Corps médical dans cet excellent produit et la reconnaissance motivée des, constipés affranchis : le Jubol n’est-il pas actuellement le laxatif le plus employé du inonde entier, indice de son succès? Il est d’ailleurs préparé dans les célèbres Laboratoires de l’Urodonal •. c’est une garantie de premier ordre.
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- N° 2194
- 16 Octobre 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE :
- La marine de commerce allemande : Victor Cambon. — Coton-poudre et poudres B. — Les conserves de viande aux armées : G. Blanc. — Les grandes vitesses des navires de guerre. Moyens de les obtenir : R. Bonnin. — Académie des sciences. — Voitures de banlieue en acier du grand trunk canadien.
- SUPPLÉMENT. — Informations : La guerre et les routes. — Préparation des huiles solubles pour le travail des métaux avec les machines-outils. — Recettes photographiques : La photographie des effets de nuit. Pour atténuer la visibilité du grain des phototypes. — Mise au point très précise, etc.
- MASSON ET O*, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l'École des Mines et à l'École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « JLa Nature Ï doit être adressé aux bureaux du journal : / 20, Boulevard Saint-Germain, Paris (VF)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- La guerre et les routes. — Dans la guerre actuelle, l’ingénieur des Travaux Publics a, lui aussi, un râle très important, car il est essentiel de pouvoir maintenir constamment le réseau routier des armées dans un état de viabilité aussi parfait que possible étant donnée surtout la circulation intensive des interminables convois de ravitaillement en vivres, en troupes, en munitions diverses.
- C’est par suite de l’emploi des camions automobiles que le problème de l’entretien des routes prend toute son importance. Les transports qui ont le plus d’ampleur sont ceux destinés au déplacement rapide des troupes d’un point à un autre. Certains de ces convois s’allongent sur plusieurs kilomètres bien que l’espace entre chaque voiture soit réduit au minimum. On conçoit quelle usure produit sur la route une pareille circulation.
- Dans Y Ingénieur Constructeur nous relevons d’intéressants détails sur le fonctionnement du service chargé de leur entretien.
- Les Compagnies du Génie des étapes, qui ont dans leurs attributions normales la réparation et la conservation des voies de communication, ont été au début employées presque exclusivement à l’entretien des routes. Ces compagnies sont composées uniquement de territoriaux; leurs cadres ont toute la compétence voulue : on y rencontre des fonctionnaires de tous grades du Corps des Ponts et Chaussées, des agents voyers, des ingénieurs des Travaux Publics et de diverses écoles. Ce sont ces compagnies du génie des étapes qui, pendant les premiers mois de la guerre de position actuelle, ont assuré l’entretien des routes et chemins. Elles ont obtenu d’excellents résultats et auraient sans doute suffi à leur tâche si l’hiver n’était pas venu aggraver l’état d’usure des chaussées.
- C’est alors que le commandement eut recours à la mobilisation des cantonniers civils : quinze compagnies de cantonniers furent formées successivement avec des cadres composés uniquement d’ingénieurs, de conducteurs des Ponts et Chaussées et d’agents voyers. Elles coopèrent actuellement, concurremment avec les compagnies du Génie des étapes, à l’entretien des routes dans la zone des armées.
- Chaque compagnie, d’étapes ou de cantonniers, est chargée d’une « subdivision » de routes dont l’étendue est plus ou moins grande, suivant le développément des chemins intéressés par les transports militaires et l'intensité de la circulation. Dans cerlains cas la « subdivision » correspond à peu près à un arrondissement d’ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées, et souvent elle est notablement plus petite. Tout dépend des conditions locales et des nécessités militaires.
- Le matériel dont dispose chacune de ces compagnies comprend, en plus du matériel et des outils courants nécessaires aux cantonniers des routes, des tombereaux
- ordinaires et plusieui’s camions automobiles pouvant porter environ 3 m3 de pierre cassée.
- La méthode de travail adoptée n’a pas différé de la méthode habituelle, sauf que pendant l’hiver on a dû généraliser la méthode des « emplois .» par pièces plus ou moins grandes; les flaques, les trous, si petits qu’ils soient, étaient bouchés avec soin aussitôt qu’ils se formaient. On fit aussi beaucoup d’ébouages, de curages de fossés et de rigoles. C’est ainsi que, pendant l’hiver et l’été particulièrement pluvieux qui le suivit, la circulation n’eut pas à souffrir un seul instant de l’état des chemins. Outre l’entretien proprement dit, les troupes du Génie et les cantonniers exécutèrent, sur certaines voies particulièrement fréquentées, dans les deux sens, des élargissements de chaussées qui ont grandement facilité la circulation. Dès la fin de l’hiver, les dispositions nécessaires avaient été prises pour qu’on puisse procéder pendant l’été aux rechargements généraux cylindrés sur certaines parties de routes plus particulièrement fatiguées. Pour donner une idée de l’importance de ces rechargements, nous citerons une route nationale qui, entre deux centres militaires importants, sur une longueur d’environ 3o km, a dû être rechargée sur plus de 11 kilomètres.
- Préparation des huiles solubles pour le travail des métaux avec les machines-outils. — On sait que de nombreux ateliei's de mécanique fouctionnent actuellement avec une grande activité pour la fabrication des armes et des munitions. Aussi fait-on actuellement une forte consommation d’huiles solubles pour préparer le liquide arrosant les outils qui travaillent à grande vitesse : ce liquide facilite le glissement des copeaux, et empêche l’outil de trop s’échauffer. Faute de pouvoir se procurer l’huile soluble dans le commerce on en pourra préparer en employant une des formules suivantes, données par Ehrsam :
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- Huile minérale américaine de densité o,885. Huile minérale russe de densité 0,900 . . .
- Oléine saponification, filtrée à i5°......
- Ammoniaque de densité 0,900...............
- Lessive de soude caustique à 4°° B........
- Alcool dénaturé à 900.....................
- 56o
- 540
- 260 280
- 100 55
- 100 110
- Chauffer le mélange des corps gras en remuant, puis introduire peu à peu l’alcali dans le liquide à 55° en attendant pour faire chaque addition que soit dissipé le trouble produit lors de l’addition précédente. On ajoute finalement peu à peu l’alcool. Comme on le voit, les huiles dites « solubles » sont des mélanges de pétrole et de savon; nullement solubles dans l’eau, elles forment avec ce liquide des émulsions très stables qui, à concentration d’environ 10 pour 100, serviront pour percer, tourner, fraiser, tarauder le fer et l’acier.
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- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- La Photographie des effets de nuit. — Il est très difficile d’évaluer exactement le temps de pose des effets de nuit; il est même impossible de fournir à cet égard des données précises et invariables, car il faut tenir compte, ici, comme dans les opérations exécutées en lumière diurne, de l’intensité de l’éclairage, de l’éloignement des objets à reproduire et de leur tonalité. Cependant, les indications suivantes, établies pour des plaques marquant ?5 à 28° au sensitomètre Warnerke, pourront servir de base à l’appréciation du temps nécessaire, les légères erreurs susceptibles d’être commises étant faciles à réparer par un développement bien conduit.
- Ouverture de Tobjecti"’. m- fl 6- //B.
- Vitrines bien éclairées de l’inlérieur et de l'extérieur - 1/4 min. 1/2 min. 1 min.
- Vitrines éclairées seulement de l’exléneur . 1/2 - 1 — 2 —
- Coins de rues bien éclairés -2 — 4 — 8 —
- Rues latérales 4 — 8 — 16 -
- Places ouvertes bien éclairées 5 — 6 — 12 -
- Illuminations, décorations, etc 2 — 4 — 8 —
- Personnages 'rapprochés 1/2 — 1 — 2 -
- Paysages au clair de lune 8 — 15 — 30 —
- Quand les pavés des rues sont mouillés et réfléchissent la lumière, il ne faut prendre que la moitié ou le quart des chiffres ci-dessus.
- Pour atténuer la visibilité du grain des phototypes. — Les plaques très rapides donnent des images moins fines que les plaques lentes. Les grains d’argent n’atteignent cependant jamais un volume tel qu’il puisse en résulter une pei'turbation dans la définition des épreuves tirées par contact ; mais ils deviennent parfois réellement trop apparents, en cas d’agrandissement. On peut alors atténuer le grain et rendre l’image négative notablement plus fine, en trempant le cliché, pendant quelques minutes, dans une solution d’glun de chrome à 6 ou 8 pour ioo, qui durcit et contracte la gélatine. Il s’ensuit une sorte de tassement des grains d’argent, dont la couche est rendue plus homogène et plus compacte. Il ne faut pas confondre le grain de l’émulsion avec l’aspect grenu, beaucoup plus grossier, que prennent les clichés lavés dans une eau trop calcaire. Si l’on n’a
- pas d’autre eau, il sera bon de la faire bouillir ou de l’additionner d’un peu de carbonate de soude, et de laisser déposer le précipité avant de s’en servir. -Le grenu en question disparaît d’ailleurs dans une solution d’acide chlorhydrique à 2 ou 3 pour 100, qui dissout le dépôt calcaire.
- Mise au point très précise. — On facilite la mise au point, en passant sur le côté mat du verre dépoli une couche légère d’un vernis ainsi composé
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- Laisser sécher, et jtolir avec un chiffon de'toile fine.
- Pour Une mise au point de la plus grande précision, il est nécessaire de se servir d’une loupe spéciale bien réglée. Ce réglage peut se faire une fois pour toutes. On trace sur le verre dépoli une croix avec un crayon taillé très fin, ou, ce qui vaut mieux, on y colle deux cheveux croisés l’un sur l’autre. On observe alors la croix à travers la loupe, dont on règle la monture de manière à obtenir l’image la plus nette possible.
- Moyen simple de s’assurer qu’un bain de virage contient de l’or. — On trouve parfois dans le commerce des bains de virage préparés sans aucun sel d’or ; les sels de plomb qu’ils contiennent produisent des teintes assez agréables, mais dépourvues de fixité. Il est facile de vérifier si un bain de virage dont on ignore la composition contient de l’or. Un fil de soie est immergé dans une solution d’acide pyrogallique à laquelle on ajoute un peu de chlorure stanneux. Après un rinçage rapide, le fil est plongé dans le liquide à essayer : s’il y a de l’or, le fil prend bientôt la teinte rouge caractéristique de l’or colloïdal.
- Pour des essais ordinaires, un gros fil de soie, ou même un morceau de tissu de soie blanche peuvent être employés ; mais, pour un essai délicat, il faut employer un seul fil et une goutte du liquide à essayer. La rapidité avec laquelle se produit la coloration est un indice suffisant de l’état d’un bain de virage.
- ÉCRITURES SECRÉTES AUX ENCRES SYMPATHIQUES
- Moyens de les faire apparaître.
- i° Si l’on a écrit avec une dissolution de vitriol vert (sulfate de cuivre), il faut, pour voir apparaître l’écriture, « plonger le papier dans une" eau où on aura fait infuser de la^noix de galle, ou bien imbiber le papier avec une éponge plongée dans cette eau ».
- 20 Ecriture avec 126 gr. d'alun dans un veinée d'eau : Pour faire apparaître cette écriture, tremper le papier dans de l’eau et faire sécher au feu : « vous distinguerez parfaitement les caractères qui seront plus longs à s’imbiber », dit l’auteur. L’écriture n’a pas été mouillée par l’eau aussi rapidement que le papier ; il doit donc y avoir une certaine difficulté de lecture.
- 3° Ecriture avec le cobalt : exposer le papier à la chaleur : l’écriture apparaît,. puis disparaît au bout de quelques minutes. On chauffe de nouveau; elle reparaît ensuite, etc.
- 4° Ecriture avec du jus de citron : exposer au feu. Tous les fruits donnent des sucs pouvant servir d’encres sympathiques; on révèle toujours à la chaleur.
- 5° Papier préparé'par immersion dans une solutioh de sulfate de fer et recouvert d’une poudre de noix de galle très fine rie papier a une couleur jaune et permet d’écrire avec de l’eau, mais le passage de l’eau laisse une trace noire par conséquent visible.
- Cette préparation ne répond pas directement à la question des encres sympathiques, néanmoins nous la signalons parce qu'il peut y avoir là l’origine d’un truquage.
- N- B. Plusieurs personnes chargées du contrôle de la correspondance venant de l’étranger et particulièrement des lettres adressées aux prisonniers allemands retenus en France nous ayant demandé ces indications, nous les publions en « recettes » : qu’elles ne s’étonnent pas de ne pas recevoir de réponses à leurs initiales.
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- N° 2195
- 23 Octobre 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE :
- Traction mécanique et motoculture. Expériences récentes de labourage mécanique : B. et L. —Les torpilles aériennes : Nicolas Flamel. — La bactériologie des plaies de guerre : R. M. — Une nouvelle voiture de radiologie de l'armée française : Lucien Fournier.
- SUPPLÉMENT. — Informations : La plus puissante usine hydro-électrique du monde. — Les mines du
- Sud-Ouest africain Allemand,
- MASSON ET Cic, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- ~ E.-A. MARTEL — ----------------
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique, 1
- Ancien Président de la Commission centrale de U Société de Géographie.
- ~5SC
- INFORMATIONS
- Qât,.
- La plus puissante usine hydro-électrique du
- monde. — Jusqu’ici, l’usine hydro-électrique la plus pxiissanle du monde entier était celle du Mississipi (Voy. La Nature, 1913, I, p. 4^3). Elle sera bientôt dépassée par celle du Big Creek, un petit cours d’eau de Californie, que la Pacific Liglit and Power Corporation vient d’aménager pour alimenter Los Angeles, à 400 km de distance. Cet aménagement a nécessité de gigantesques travaxxx, qui ont été exécutés très rapidement. En 5 mois fut construit un chemin de fer de 9-2 km pour desservir le lieu de 1 installation. On édifia ensuite trois grandes digues en ciment pour former un réservoir d’environ 65 millions de mètres cubes, situé à 2100 m. de hauteur. L’eau est amenée, par un tunnel et des tuyaux en acier, à une première usine située à mi-hauleur, puis de là, par un autre tunnel et d’autres conduites, à une seconde usine: Les turbines, de 2 m. 5o de diamètre, sont accouplées par paires, chaque paire développant une puissance de 23 5oo chevaux.
- Dans chaque usine sont installés deux générateurs principaux, de 17 5oo kilowatts chacun. Le courant est produit par les turbo-alternateurs à la tension de 6600 volts, que des transformateurs statiques élèvent à i5oooo volts, et transmis sous ce dernier voltage à Los Angeles, par des câbles
- en aluminium de 2 5 mm de diamètre portés par des pylônes en acier distants de 45 m. Il n’a fallu qu'une année et demie, pour établir les deux stations centrales et la ligne de transmission.
- Quand toute la puissance hydraulique disponible sera utilisée, elle donnera une quantité d’énergie
- égale à celle que produirait la consommation annuelle de 8 millions de tonnes de houille. Le Big Creek n’est pourtant qu’une modeste rivière, qui ne draine qu’un bassin de moius de 240 km2; mais l’importance des forces qu’il met en jeu tient à. la hauteur de chute utilisée : 1200 m., taudis qu’elle n’est que de 7 m. dans les grandes usines du Mississipi. L’eau qui sort' des buses de i5 cm, à la vitesse de io5 m. par seconde, forme une colonne rigide, plus dure que l’acier. Un homme vigoureux ne parvient pas à briser ce jet avec un sabre : le tranchant de l’arme s'émousse et ne pénètre pas la masse liquide ainsi entraînée. En pareil ras, « donner des coups d’épée'dans l’eau » n’est plus seulement un geste inutile, c’est une prouesse impraticable.
- Les mines du Sud-Ouest africain Allemand. — Le Sud-Ouest africain Allemand, dont la conquête vient d’être achevée par le général 'Botha, est surtout un désert; mais ses mines de cuivre et de diamant lui donnent de la valeur. Les exploitations d’Otavi produisent annuellement environ 5o 000 t. de minerais à i3 pour 100 de cuivre et 2 5 pour 100 de plomb (Y. n° 2181, 17 juillet 1915). Quant aux mines de diamant, elles ont commencé péniblement en 1908 avec 40000 carats de très faible valeur, mais se sont élevées
- en 1913 à 1 570000 carats,
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- grâce à l’entrée en jeu de la compagnie Poniona qui a produit les plus grosses pierres trouvées dans ce pays jusqu’ici. Les derniers recensements donnent i4 83o blancs, dont 12292 Allemands et seulement 270 000 noirs : la population indigène ayant été dé-ci mée systématiquement par les Allemands.
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- Pour ne pas avoir de mécompte, il ne faut employer que le modèle de l’inventeur-constructeur ; c’est le SEUL qui, admis par les observatoires météorologiques du MONDE ENTIER, donne toute garantie pour la justesse de ses indications.
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- N° 2196
- 30 Octobre 1915
- LA NATURE
- E/M
- SOMMAIRE :
- Nos grandes industries du Nord : VI- Les industries textiles; 11 : Tissage, teinture, apprêts : Alfred Renouard. — L'agriculture pendant la guerre : Henry Sagnier. — La crise de la fortification : X... J.-Henri Fabre : Ernest Coustet. — Académie des sciences, — Le dernier mot
- du cuirassé : Du Verseau.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Labourage mécanique. — Le fer, l’acier rouillent-ils dans le béton armé? — Production du pétrole aux États-Unis, etc.
- MASSON ET <?*, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
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- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Parie (Y7e)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
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- Labourage mécanique. — Le Comptoir « Agricul-luraP», fondé depuis la guerre par M. Schweitzer pour fournir à l’Agriculture française des tracteurs agricoles devenus indispensables à sa vitalité, inaugurera le dimanche ,3i octobre, une Station d’essais de culture mécanique à la Ferme de la Féculerie, près d’Herblay (Seinc-et-Oise).,
- Les agriculteurs auront ainsi la possibilité de se rendre compte de visu des services que peuvent leur rendre ccs nouveaux engins pour effectuer les labours aussi bien que les semailles, moissons et battages de leurs grains, en suppléant à l’insuffisance de la main-d’ouivre et des animaux de trait.
- A cette Station, sera annexée une Ecole de motoculture qui initiera les cultivateurs et leur personnel à la conduite et à l’entretien de ces tracteurs par des leçons pratiques d’une durée de i5 jours.
- Le fer, l’acier rouillent-ils dans le béton armé?
- — Bien que l’emploi du béton armé se soit grandement vulgarisé,-«in raison des sérieux avantages qu’il offre, on a voulu s’assurer que les barres de fer ou d’acier incorporées dans le ciment ne sont pas sujettes à être détériorées, détruites par la rouille, au bout d’un certain temps, car si la rouille exerçait ses ravages, avec elle deviendraient illusoires les précieuses qualités attribuées au béton armé. Au Laboratoire national de physique de Londres, on a fait, dans ce sens, des expériences fort intéressantes. On a incorporé, dans du ciment de, Portland, des barres d’acier du plus beau poli et toute une série de barres de fer à des degrés divers d’oxydation. Le bloc de béton ainsi obtenu fut immergé dans l’eau complètement, tous les. jours pendant un an, après quoi, on le laissa exposé à l’air pendant plusieurs mois, sans aucune protection contre l’action des agents atmosphériques. Ce bloc fut alors démoli ; on put constater que les barres d’acier poli avaient conservé tout leur éclat, et que les barrés de fer rouillêfes étaient exactement dans le même état, au même degré d’oxydation que lorsqu’elles fui’ent introduites dans le ciment, c’est-à-dire avant l’expérience. En outre, on fit des coupes pour l’examen microscopique, et ces coupes ne révélèrent aucune modification de structure, l’attaque aux acides resta ce qu’elle avait été avant l’in-corporalion. Il semble donc que ces expériences, très concluantes, peuvent dissiper tous les doutes quant à la conservation parfaite du fer et de l’acier dans le béton et à l’efficacité de protection de ce dernier, dont la solidité ne peut être amoindrie parle plus long séjour dans une atmosphère humide, voire même dans l’eau.
- . I
- Production du pétrole aux Etats-Unis. — L'American Geological Survey vient de publier le résultat de son enquête sur la production du pétrole aux Etats-Unis. Il résulte de ces renseignements, qu’en 1914. la production totale a été de 4* 760000 t. en augmentation de 2 493 ooo t. sur celle de 1913. Sur cette production totale 38 3o4 000 t. ont été consommées à l’intérieur ou
- exportées et 3 456 000 t. ont été mises en réserve pour les besoins imprévus. Le prix moyen de la tonne de pétrole a été, en 1914» de 28 fr. 10, ce qui porte à 1 076 342 400 fr. le produit de la vente du pétrole exporté. Parmi les Etats de l’Union producteurs de pétrole, la Californie vient en première ligne avec une production de 14079622 t. Viennent ensuite l’Oklahoma avec line production de 10781 068 t., l’Illinois avec une production de 3 256 488 t., le Texas de 2 488 992 t. et la Louisiane avec une production de 1 062 696 tonnes.
- Le prix de vente des explosifs de mine. —• Tout augmenté, même les produits fabriqués par l’Etat, comme la poudre. Voici les nouveaux prix, fixés par décret, et qui, sans doute, seront appliqués pendant de longues années.
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- Type T. G . x, 13 1,13
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- C ronde . . 1,34. 1,32
- r orte . . ^ anguleuse . . . . . i,5o 1,48
- Lente fin- grains G . . i,44 1,4.1
- . . 1,51 i>49
- Pulvérin . . . i,3o 1,28
- Encres sympathiques. — A la suite de la publication que nous avons faite dans le n° 2194 de divers procédés d’écriture secrète, un de nos abonnés nous communique un autre moyen fort ingénieux dans son extrême simplicité, puisqu’il ne nécessite ni produit chimique, ni source de chaleur : avec ce procédé, un soldat, fait prisonnier, pourra écrire ce qu’il voudra puisqu’il aura toujours avec lui l’encre sympathique toute préparée : sa salive.
- Eu effet, si on trace avec une plume — neuve, bien entendu — des caractères sur du papier à lettre, ces caractères sont invisibles.
- Pour les faire apparaître, voici ce que doit faire le destinataire de la lettre secrète : i° Verser sur le papier de l’encre, que l’on promène en inclinant le papier dans tous les sens pour que cette encre passe sur toute sa surface, et assez rapidement.
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- INFORMATIONS
- 2° Immédiatement après, verser sur le même papier de l'eau, qui entraînera l’encre, lavera le papier, faisant apparaître en noir les caractères, parce que l’encre aura pénétré dans le papier aux seuls endroits où il avait précédemment été imbibé par la salive.
- Il va sans dire qu’un prisonnier privé de plume à écrire peut tout aussi bien se servir d’un pètit morceau de bois taillé en pointe.
- La piqûre des toiles de tente et des toiles à voile.
- — On sait que les tissus de toile, exposés aux intempéries, deviennent rapidement le siège d’une altération bien connue (piqûre), consistant en l’apparition de points noirs, et de duvets foncés plus ou moins généralisés. Le tissu perd sa résistance et se déchire au moindre effort.
- La « piqûre » est causée par le développement de diverses moisissures qui pénètrent la toile en tous sens rampant à la surface du tissu et entre les fils, pénétrant les ponctuations de la paroi des fibres. Ce développement n’est pas dû à la contamination accidentelle du tissu, mais à des germes préexistants dans la toile neuve, et introduits lors du tissage par les filasses qui constituent la matière première.
- La piqûre pourrait donc être évitée parla stérilisation des filasses après le rouissage. D’après M. Gueguen, l’emploi de la vapeur sèche semble le procédé de choix, préférable aux méthodes chimiques qui risquent toujours de désorganiser la fibre.
- Changement de nom d’une ville d’Australie par loyalisme. — La ville de Germanton est — ou plutôt était — située en Australie dans la Nouvelle-Galles du Sud. Mais ces deux syllabes German sonnaient mal aux oreilles de ses habitants, fidèles sujets britanniques. Ils demandèrent donc au gouvernement australien à changer le nom de leur ville, et en proposèrent quelques autres, Le gouvernement a fait droit à leur requête, leur laissant le choix entre les noms de Kitchener et d’Holbnok, C’est sur ce dernier que le Conseil de la ville a jeté son dévolu.
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- Holbnok est le nom du commandant du sous-marin anglais qtii a réussi à franchir les Dardanelles et a torpillé un bâtiment turc.
- Voici donc la ville de Germanton devenue Holbnok, menue et lointaine conséquence de la guerre.
- Pour supprimer les bruits des fils téléphoniques passant sur une maison. — Répondant à la question posée à cet égard par un de nos abonnés, deux de nos lecteurs nous ont adressé des solutions qui nous paraissent excellentes.
- M. L. Rolland signale qu’il n’y a qu’à envelopper les fils d’un chiffon de toile, roulé 5 ou 6 fois au moins et fortement serré à 10 cm des isolateurs de chaque côté sur 20 cm de long et d’envelopper complètement les fils de fer qui servent de support également avec de la toile.
- M. P. S., ingénieur à Lyon, nous écrit : « Si le fil de fer ne sert que de hauban, il suffira d’en remplacer Une partie du côté du point d’attache sur la maison par une chaîne. La multiplicité des maillons s’oppose à la transmission des vibrations. Les Compagnies de tramways électriques ont également employé d’autres dispositifs pour éviter de faire vibrer les fils des immeubles sur lesquels elles fixent, par scellement, leurs fils transversaux. La chaîne est, pensons-nous, le plus efficace. »
- BIBLIOGRAPHIE
- Quelques idées américaines modernes sur la formation des ingénieurs, par André Rabut.
- L’auteur de cet ouvrage, pour lequel M. H. Le Cha-telier a écrit une préface, est tombé récemment au ' champ d’honneur. Cet ouvrage posthume a été traduit par lui de l’anglais. C’est un exposé des idées américaines sur un sujet où nous avons grand avantage à examiner ce qu’on pense et ce qui se fait à l’étranger. M. Le Chatelier, qui a déjà tant contribué à populariser en France le nom de Taylor, a tenu également à présenter ce très intéressant travail.
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- SOMMAIRE :
- Les laboratoires |de la guerre. I : les polygones d’artillerie. — Les blessures des nerfs par projectiles de guerre : Mme Athanassio-Benisty. — Les objectifs photographiques de fabrication
- française : Ernest Coustet.
- SUPPLÉMENT. — Informations : L'industrie du désétamage en Allemagne, etc.
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- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier
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- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie»
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et-S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature s doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Tarit (Vl*)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- .Jao
- Mj
- INFORMATIONS
- L’industrie du désétamage en Allemagne. — On
- sait que les Allemands, pour faire face à leurs indus'-tries de guerre, ont intensifié leurs ressources métallurgiques en faisant flèche de tout métal. L’industrie du désétamage n’étant pas sans importance pour la production de l’acier, il est intéressant de se rendre compte de ce qui se fait, dans ce sens, de l’autre côté du Rhin, notamment à Essen où, dé longue date, la méthode de désétamage électrolytique du Dr Hans Goldsçhmidt — également inventeur du procédé de la thermite — s’est vue supplantée par le procédé au chlore employé, depuis quelques années seulement, aux Etats-Unis.
- Lé gaz de chlore sec se combine avec l’étain, avec dégagement considérable de chaleur, formant du tétrachlorure anhydre d’étain. Les scraps d’étain, introduits dans un four à cuve, y circulent de haut en bas, tandis que le chlore gazeux, exempt d air, est introduit au fond du four. Uu lavage, éliminant le film de chlorure de fer. évite la corrosion du fer. Les scraps d’étain étant parfaitement secs et débarrassés de toutes substances organiques, et de tout ce qui peut former de l’eaù, et l’appareil désëtamant étant lui-même très sec, on comprime ces scraps dans des liens, puis on les place dans des cylindres que l’on ferme. On évite une trop grande élévation de température après avoir introduit le ch'ore gazeux et quand le tétrachlorure anhydre d’étain s’êsi formé, on procède au refroidissement artificiel. Il est à noter que les Allemands ont
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- adopté, plus récemment, l'appareil de désétamage de déchets imaginé par M. Emerson E. Iliggins, de Bayonne, Etat de New-Jersey (Etats-Unis), appareil breveté fonctionnant de la manière suivante : Les déchets sont-introduits dans une corbeille en fil mélal-lique animée d’un mouvement de rotation par un dispositif approprié. Au centre de cette corbeille aboutit un tuyau à gaz pourvu de nombreuses issues ; le gaz employé est généralement du gaz d éclairage. Taudis que la.corbeille tourne, la flamme du gaz agit de tous côtés sur les déchets. L’étain est ainsi fondu et projeté par la force centrifuge contre les parois de tôle du récipient qui contient la corbeille.
- Le désétamage, pour être complet — c’est-à-dire pour que le chlore pénètre dans les crevasses —- doit être effectué sous plusieurs atmosphères, et lorsque le tétrachlorure d’étain liquide se forme, la pression est réduite. Ce corps, ainsi que le chlore sont alors éliminés, puis; les'scraps de fer en liens sont lavés soigneusement et livrés aux aciéries. Ce procédé de désétamage au chlore oll’ùe, sur le procédé électrolylique, l’avantage de réduire beaucoup la dépense de main-d’œuvre; on désélame complètement en une seule opération et mieux que par l’éîectrolyse ; en outre, il n’y a pas d’étain perdu par lavage, et on obtient un produit : le tétrachlorure d’étain qu'utilisent les fabriques de soie.
- Les Allemands, qui ne veulent rien perdre, désé-
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- tarnent aussi les vieilles boîtes d’étain provenant d’un peu partout. Ces boîtes sont comprimées, percées de nombreux trous et de coupures, au moyen de rouleaux munis de points .aigus et tranchants ; la graisse, le vernis et autres substances qui adhèrent au métal sont éliminés par lavage à la sonde caustique, puis à l’eau pure. Par la chaleur d’un four, on enlève les soudures et les cercles de .caoutchouc ; il ne reste plus alors que du fer et de l’étain que l’on comprime en liens pour le désétamage.
- Ou conçoit que la guerre ait encore développé la pratique du désétamage en Allemagne où, en temps ordinaire, elle est le plus considérable de tout le monde entier. En 1909, on évaluait à environ 75 000 tonnes la quantité de scraps d’étain traités annuellement, dont 5o 000 t. à Essen, alors que l’ou ne compte que 60000 t. pour les Etats-Unis, un peu plus de 25 ooo t. pour les autres pays européens, soit au total 160000 t. rendant 3ooo à 35oo t. d'étain ou 3 1/2 pour 100 de la production totale annuelle de l’étain. On évalue, pour l’Allemagne, le poids de fer en scraps désétamés à environ y5 000 t. par an.
- Bien des gens' ne se doutent pas qu’entre autres ressources métallurgiques, la belliqueuse Allemagne ne dédaigne pas d’utiliser les vieilles boîtes désétamées.
- Henri Bi.in.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Lutte contre la Mouche, par le professeur R. Blanchard, membre de l’Académie de Médecine, président de la Ligue Sanitaire Française, au siège de la Ligue, 72, rue de Rome, à Paris. în-8° de 62 pages avec 27 figures dans le texte. Prix : 2 francs.
- Ce travail vient fort à propos. En effet, il est à craindre que de graves épidémies n’éclatent à la suite des combats acharnés qui se livrent sur tout le front et notamment à la suite de la retraite de l’ennemi, qui laissera dans les localités évacuées par lui des immondices sans nom où les Mouches ne trouveront
- que trop d’occasions de se multiplier. Ôn sait que ces insectes jouent un rôle capital dans l’éclosion de certaines épidémies. La prophylaxie de ces maladies consiste donc essentiellement à organiser la lutte contre la Mouche. On a beaucoup écrit sur celte question, dans ces derniers temps; on a mis en pratique des méthodes, anciennes ou nouvelles, qui ont pu donner quelques résultats, mais le danger est loin d’être conjuré. La brochure du professeur R. Blanchard nous fait connaître un procédé nouveau résultant de curieuses expériences exécutées dans les Ecoles d’Agriculture américaines, et donnant des résultats si saisissants, par des moyens si simples et si peu coûteux, qu’on se sent en droit de déclarer que le problème est résolu. Ceux-ci consistent uniquement en une façon nouvelle de disposer le fumier, sans faire intervenir à aucun degré les divers agents chimiques qu’011 a préconisés en vue de.la destruction des larves de Mouche.
- L’opinion publique en Suisse, Idées et impressions d’un neutre, par Henry Poggi. i vol. in-18, Armand Colin, Paris. Prix : o fr. 00.
- Le Genevois, auteur de cette très vivante étude, expose fidèlement les idées et les sentiments de la Suisse romande, et décrit objectivement l’évolution graduelle de l’opinion en Suisse alémanique.
- La carte internationale du monde au millionième et la Conférence de Paris, 10-18 décembre 1913, par Emji. de Margerie. (Annales de Géographie, t. XXIII, 1914. n° 128 du i5 mars 1914)- Librairie Armand Colin.
- Cet article fournit des renseignements sur l’état actuel de cette entreprise (voir notre n‘>- 202 4) et sur les modifications dont elle a été l’objet.
- Erratum. — Nous avons inséré dans le n" 2187 sans indication d’auteur, une note s\ir Putilisation de l’acide , sulfureux pour la conservation des denrées alimentaires. 'L’auteur de cette note est M. Labergerie.
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- EXPÉRIMENTÉ avec succès dans les Hôpitaux de Paris et les Sanatoria. Communications à /'Académie des Sciences, la Société de Biologie, de Thérapeutique de Paris.
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- quoi sert l’Appendice?
- U fui. mie époque — c’était aux temps préhistoriques, plusieurs aimées avant la guerre — où il était à peu près universellement admis que l’appendice iléo-ca-cal (vermium), siège et loyer, comme,son nom l'indique, de la redoutable appendicite, ne serrai à rien, si ce n’est à amorcer les i'ermontations putri-gènes. C'était une survivance superfétatoire, un impe-dimenlum, dont il était utile, sinon même nécessaire, de se débarrasser per fus el nef as, ne_fût-cc qu’à titre préventif.
- On en revient maintenant car ou a reconnu que les sucs sécrétés par certaines cellules spéciales du vermium c,t leurs « hormones » possèdent une.action. excitante parfaitement caractérisée et qui leur est propre, sur les contractions du gros intestin,- action qui n’a de comparable que celle bien connue delà sécrétion du duodénum sur la contractilité de l’intestin grêle. -
- Autrement dit, pour que la digestion s’opère normalement, pour que,“en particulier, il n’y ait. pas rétention des résidus de la digestion, avec toutes les complications fâcheuses que celle rétention.comporte, l'intervention de toutes les sécrétions spécifiques de l'intestin, y compris les sécrétions spécifiques de l’appendice, est indispensable. Par conséquent, la constipation serait souvent le contrcrcoup de, Piusufiisance fonctionnelle soit de l’appendice, soit des glandes duodénalcs, soit des unes et de l’autre.
- Cela est si vrai que l’ablation chirurgicale du vermium’cst plus d'une fois suivie de constipation opiniâtre et de coliques douloureuses.. Comme, d’autre part.,'en vertu des lois de l'opothérapie, le meilleur moyen de rétablir une fonction ralentie ou paralysée, c’e-t de donner au malade « du poil de la bête », l'administration de poudre sèche d’appendice à tôt fait, même dans les cas les plus rebelles, de triompher de la paresse intestinale et de tout remettre en branle et dans l’ordre. N’est-ce pas la plus décisive des contre-épreuves? .
- Telle est la conclusion formelle d’une magistrale communication récemment faite à la Société de biologie, par M. E. Savini, dont le nom fait autorité.
- On comprend sans peine que si on obtient de si merveilleux résultats, rien qu’avec les extraits d’appendice, on les obtient bien plus sûrement encore avec le Jubol qui contient, non seulement ces extraits, mais encore, associés à l’agar-agar (matière neutre et foisonnante, destinée à agir mécaniquement, à la façon d’une éponge) et aux.extraits biliaires, les extraits des glandes intestinales, c’est-à-dire tout les principes physiologiques sus-
- M II : Point de Mac Burney (milieu de la ligne reliant l'ombilic à la partie supérieure de la hanche droite).
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- cepliblcs de réagir utilement sur les différents segments du tube digestif. /
- Voilà pourquoi le Jubol, dont la composition synergique totalise Ions les éléments prédestinés parla nature à-T entretien du fonctionnement régulier de l’appareil digestif, est un incomparable rééducatcur de l’intestin, le seul remède par excellence de la constipation. 1
- Le Jubol avait fait l’objet de communications à l’Académie des sciences (28 juin 1909) et à l'Académie de médecine (21 décembre 1909). La nouvelle théorie développée à la Société de Biologie explique nombre de ses succès dans l’appendicite. Elle confirme la conliance du Corps médical dans cet excellent produit et la reconnaissance motivée des constipés affranchis : le Jubol n’esf-il pas actuellement le laxatif le plus employé du monde entiei\ indice de son succès? Il est d’ailleurs préparé dans les célèbres-Laboratoires de l’Urodonal : c’est une garantie de premier ordre.
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- Chutes de neige et froids précoces f1). — L’hiver prochain sera-t-il rigoureux? En tout cas il s’annonce très précoce dans toute l’Europe. Dès les 26, 27 et 3o septembre une grosse chute de neige s’est produite sur tout le versant Est de la Norvège méridionale. Elle s’est manifestée dans l’Osterdal, le Gudbrandsdal, le Hollcngdal, la Oplands, bref dans la plus grande partie du bassin de Kristiania, et s’est étendue jusqu’aux environs même de la capitale. A Frognersaeter, et à llolmenkoll, les collines boisées voisines qui sont le bois de Boulogne norvégien ('ï 17 m.<et 4^° m- d altitude), l’épaisseur de la couche a atteint o m. 5o et a persisté plusieurs jours, si bien que le ski a dû être employé pour circuler sous ces futaies. Depuis 49 aus que fonctionne l’Institut météorologique norvégien, jamais la neige n’avait été enregistrée, à Kristiania, aussi tôt. Dans les annales de la ville on ne trouve non plus aucune mention de pareil phénomène en septembre. Pour la période 1874-1911 la date moyenne de la première chute est le 25 octobre, et celle de la chute la plus précoce avant 1915 est la nuit du 4 an 5 octobre 1890.
- Egalement au Spitzberg l'hiver est très précoce. Après un été particulièrement rude durant lequel les glaces se sont montrées abondantes jusqu à une époque tardive le long de la côte occidentale de 1 archipel, 1 automne s’annonce particulièrement froid. Le i3 octobre, a la station météorologique installée sur les bords du Green Harbonr, le thermomètre est descendu à —14° al ce mouillage était déjà couvert de glace. A la même date l’embouchure de l’Isfjord paraissait également prise (2), Enfin dans nos Alpes, notamment dans la haute vallée de l’Isère, le froid est très précoce. Charles Rabot.
- 1. Tidens Tegn, Kristiania, numéro da 28 septembre I9l5.
- 2. Tidens Tegn, Kristiania, numéro du i3 octobre 1915. Dépêche du chef de la station télégraphique au Spitzberg.
- Les mines de charbon du Spitzberg. — L existence de mines de charbon au Spitzberg est un fait connu depuis longtemps, mais ce qui est moins connu c’est que l’exploitation de ces mines de charbon se poursuit activement depuis quelques années par une Compagnie américaine. Cette Compagnie, YArctic Coût C“, propriétaire de mines de charbon importantes aux Etats-Unis, dont le siège est à Boston, a acquis, il y a sept ou huit ans, au Spitzberg les mines de charbon d’Advent Bay et, conjointement avec une Société norvégienne, la mine de charbon de Green Harbour. Le charbon de ces mines, d’excellente qualité, est vendu, d’une part, à la Compagnie de navigation à vapeur norvégienne du Nord et, d’autre part, est exporté au port russe d’Arkhangel, débouché appelé à devenir très important dans un avenir prochain. Au début de l’exploitation de ces mines le nombre d’ouvriers employés aux mines d’Advent Bay était de 3o à 4®- Aujourd’hui il est de 35o et tend chaque jour à augmenter, les salaires élevés attirant de plus en plus les ouvriers qui, pour la plupart, sont Norvégiens. Aussi, dans le but d’augmenter, d’améliorer et de rendre plus stable la main-d’œuvre, la Compagnie encourage les ouvriers à amener avec eux leurs familles et, pour cela, elle a construit des logements pour ces. ouvriers et installé des magasins où ceux-ci peuvent trouver tout ce qui leur est nécessaire. La mine A’Advent Bay, qui est la plus importante et la’mieux installée au point de vue de l’exploitation, est située sur le flanc de la montagne à 400 m. du bord de la juer et à 400 m. au-dessus de son niveau. On extrait, en moyenne, de cette mine 1000 tonnes de charbon par jour. Malheureusement, par suite des glaces, la durée de l’exportation de ce charbon est limitée à un temps très court, les navires charbonniers ne pouvant accoster à Advent Bay que du commencement de juillet à la mi-septembre.
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- Nouvelles observations sur la production de la pâte à papier avec les sarments de vigne. — Parmi les nécessités inéluctables qu’entraîne la guerre, il faut considérer les déboisements stratégiques lesquels, évidemment, enlèvent, et pour une longue période d’années, aux industries qui vivent du bois, des exploitations forestières, les ressources dont elles ont besoin en tout temps. L’industrie papetière ne sera pas la moins atteinte par les déboisements et la réduction, durant-de nombreuses années, de ses approvisionnements en pâte de cellulose ; aussi la question des succédanés de la pâte de bois dans la fabrication du papier préoccupe-t-elle, à juste titre, et plus que jamais, les économistes et les industriels.. D’autre part, l’industrie, désire vivement s’affranchir des importations onéreuses de pâle de bois auxquelles elle est astreinte pour alimenter ses fabriques de papier. Nous avons déjà signalé ici même [La Nature du i3 mars 1909), d’après les études du professeur Chaptal, de Montpellier, en collaboration avec le Syndicat agricole de Lézignan, l’industrie nouvelle basée sur l’emploi des sarments de vigne pour la fabrication de la pâte à papier, le procédé consistant à broyer les sarments à la machine, puis à les traiter à chaud par un mélange d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique dilués, après quoi on ébouillante la masse et on la passe au tamis. Le rendement en cellulose des sarments est de 3o pour 100 environ; à titre de comparaison, le bois de peuplier en fournit 35 pour 100.
- Cette question a fait l’objet de nouvelles études et d’observations très intéressantes, notamment à l’Ecole professionnelle de Papeterie de Grenoble, où on a reconnu que le papier de sarments peut convenir à l’imprimerie, la lithographie et la phototypie, mais à la condition de toujours ajouter à la pâte de sarment une certaine quantité de pâte de bois de sapin traitée au bisulfite. Malheureusement — et c’est là surtout que nous appelons l’attention des lecteurs de La Nature qui, nombreux, nous ont consulté au sujet du papier de sarments — la série des procédés physiques et chimiques nécessaires pour transformer la cellulose brute des sarments en papier blanc d’imprimerie ou de lithographie, est assez coûteuse. En effet, on évalue que la pâte ainsi obtenue revient à 15 francs le quintal au producteur, alors qu’elle ne peut être vendue au-dessus de i3 francs. Cette élévation du prix de revient s’explique par ce fait qu’indépendamment de l’application des procédés de blanchiment, il faut enlever à la main, de la pâte brute, les nœuds et le bois de deux années qui n’a pas été transformé par l’action des acides.
- Mais si on donne à l’industrie en question une autre direction, si on l’oriente vers la fabrication de la pâte pour cartonnages, les conditions d’exploitation sont alors beaucoup plus favorables. La pâte brute pour carton ne revient pas à plus de 5 fr. le quintal; en outre, elle comporte deux sous-produits ayant une certaine valeur : les eaux de lavage, très riches en tanin et' les résidus de ces eaux qui peuvent être utilisés comme engrais. Si même la cellulose des sarments ne pouvait constituer à elle seule la pâte pour papier d’emballage (16 à 18 fr. le quintal) ou pour carton (ta à 14 fr. le quintal), elle pourrait être utilisée en mélange avec la pâte de bois et la pâte de chiffons, en atteignant, dans ce cas, le prix de 9 fr. le quintal et laissant ainsi une marge de bénéfice évaluée à 4 fr- par quintal.
- Il convient d’ajouter que l’organisation de cette industrie nouvelle, dans les arrondissements de Béziers et de Narbonne, compterait de i5 à 20 fabriques outillées pour produire 4 tonnes de pâte par 24 heures, en puisant la matière première de vignes situées dans un rayon de 5 km de l’usine. D’après le professeur Ghaptal, la masse ligueuse que pourraient fournir les sarments de vigne en France égalerait celle provenant de l’utilisation normale du sapin rouge de 600 000 hectares de futaies pendant soixante années. Il n’est pas sans intérêt, croyons-nous, de signaler ces observations nouvelles, relatives à celle importante ressource offerte à l’industrie papetière, en raison, surtout, de l’intensité du déboisement, encore accru par la guerre, dans les régions de l’Est et du Nord-Est. Henri Blin.
- L’aluminium comme antitartre dans les chaudières. — M. Pouget a expérimenté sur deux bains-marie de laboratoire en fer dans lesquels il a fait bouillir de l’eau pendant une quinzaine de jours. Dans l’un
- de ces bains-marie il avait placé iin petit sachèl contdJ nant de la poudre d’aluminium.
- Après arrêt de l’expérience, on trouva que le poids du tartre dans le vase sans aluminium était de 17 gr. et de 7 gr. seulement dans l’autre. La même expérience refaite en mettant de la grenaille d’aluminium à la place de poudre a donné des résultats du même ordre : le tartre ne pèse plus que i3 gr. dans le vase .contenant la grenaille au lieu de 19 gr. dans l’autre.
- On peut donc dire que la présence de l’aluminium métallique dans une chaudière s’oppose à la formation du dépôt de tartre. Les meilleurs résultats sont obtenus en passant à une peinture à l’aluminium l’intérieur des chaudières. Cëtte peinture se prépare en délayant la poudre d’aluminium dans de l’essence de térébenthine additionnée de résine.
- Un procédé simple de purification du mercure. —
- Lorsque le mercure a été pendant plus ou moins longtemps en service dans un laboratoire, il ne tarde pas à devenir inutilisable par suite des crasses et poussières qui le souillent et des amalgames de zinc, plomb, cuivre, étain, etc..., qui ont pu se former. Il faut le purifier. On sait que l’opération est très longue; il faut faire une série de distillations dans le vide, ou employer des méthodes chimiques (traitement par l’acide azotique) encore plus longues.
- M. Margot, de Genève, vient de perfectionner un vieux procédé chimique très efficace : il consiste à faire passer dans le mercure chauffé un courant d’air qui oxyde les métaux tenus en dissolution.
- L’appareil comprend simplement un tube de fer de 1 m. 6 de long et 3 cm de diamètre légèrement incliné sur deux supports. Aux deux extrémités on fixe 2 tubulures, l’une servant à l’arrivée d’air, l’autre à l’arrivée du mercure. Le chauffage assuré par un bec Bunsen doit se faire entre i5o et 160 degrés.
- On peut avec cet appareil très simple à réaliser purifier une dizaine de kilogrammes de mercure par 24 heures, suffisamment pour les travaux courants. Si l’on veut aller plus loin, on enverra aussi un courant d’air chaud, la purification sera plus complète.
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- 20 Novembre 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE :
- I. L’industrie minière et métallurgique aux Etats-Unis. — A propos de la pénurie des sous : Henri Coupin. — La mer Noire et ses ports : E.-A. M. et L. D. L. — La guerre aux grandes altitudes : Ernest Coustet. — Nécrologie. — Une nouvelle lanterne pour la recherche des blessés : L. F.
- SUPPLÉMENT. — Recettes photographiques : Reproduction de» autochromes. — Cliché brisé.
- Virage-fixage sans or.
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- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ c Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de* l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- Reproduction des autochromes. — Les autochromes reproduites suivant la méthode habituelle, c’est-à-dire en copiant directement les diapositifs, présentent souvent une couleur dominante, généralement jaune. M. Cousin à trouvé le moyen d’éviter ce défaut, quel que soit l’écran employé, et même en supprimant toute espècè d’écran compensateur. Son procédé consiste à traiter d’abord une plaque autochrome de manière à obtenir un négatif. Pour cela, il suffit d’opérer comme dans la photographie en noir : au lieu d’inverser, après le développement, on se borne à fixer l’image négative dans l’hyposulfite de soude ; on a ainsi un cliché où les blaucs du sujet sont traduits par des opacités et ses noirs par des transparences, et où chaque couleur se trouve représentée par sa complémentaire. Ce phototype négatif sert ensuite à obtenir des" copies positives sur àutbchromes, en procédant de la même façon, c’ést-à-diré par simple développement et fixage.
- Si la première plaque a été exposée sans écran, les autres devront être exposées de même; et, si l’on a fait usage d’un écran dans la première opération, cet écran devra encore être interposé lorsqu'il s’agira de tirer les photocopies. Autant que possible, la lumière devra être la même dans les deux cas.
- En procédant ainsi, la dominante qui tendrait à se produire sur lés positifs se trouve neutralisée par la dominante, dé couleur complémentaire, qui apparaît sur le négatif. , ;,¥
- M; Cousin trouve néanmoins avantageux d’employer, autant que possible, l’écran autochrome spécial pour la lumière utilisée, car la cbrrection laissée à la charge du négatif est alors moins importante et, par suite, mieux assurée. Avec ou sans écran, du reste, le temps de pose est à peu près le même, parce qu’il faut laisser aux radiations jaunes le temps d’agir, et l’écran jaune n’k point d’influence sur elles.
- Il est utile de poser un peu plus longtemps qu’on ne le fait dans la méthode ordinaire et de pousser le développement, afiü d’avoir un négatif assez intense, sans quoi, la lumièretravérsànt trop facilement, il né pourrait complètement réaliser la correction nécessaire.
- On peut ainsi multiplier les images autochromes, soit à la même échelle, soit1 en les amplifiant ou en les réduisant. L’emploi de [la lumière artificielle permet d’opérer rapidement et avec une parfaite régularité.
- Cliché brisé. — Rassembler tous les fragmentslet les placer, gélatine en dessous, sur une feuille de verre de dimension supérieure à celle du cliché. Passer sur les bords des fragments, légèrement chauffés, un peu de baume du Canada chaud, et les réunir par une forte pression. Enlever l’excès de baume et recouvrir le cliché d’uu verre de même dimension, préalablement
- enduit du vernis suivant :
- Ether...................... 200 c. c.
- Benzine.................... 100 c. c.
- Sandaraque................. 12 gr.
- Mastic en larmes ..... ‘12 gr.
- Enlever la feuille de verre qui servait de support et l’excès de baume qui se trouve sur la couche de gélatine. Maintenir les deux verres accolés par un bordage en papier noir. Procéder au tirage à l’aide d’un châssis-presse à ressort doux, placé dans le fond d’une boîte de 3o cm de profondeur environ et exposé en lumière diffuse.
- Virage-fixage sans or. — On a proposé, à diverses reprises, de remplacer le chlorure d’or par de 1 azotate de plomb ou par du pentathionale de plomb, et c’est ainsi que sont préparés certains bains de virage-fixage que l’ou trouve dans le commerce, à très bas prix. On obtient ainsi des tons très frais, mais peu stables.
- M. E. Maliieu a montré que l’hyposulfite de soude, sans addition d’aucune autre substance, fournit une gamme de teintes assez étendue, depuis le violet rougeâtre jusqu’au noir, en passant par les teintes pourpres, dites teintes photographiques, et qu’au bout de quatre ans ces teintes n’avaient point subi d’altération. La photocopie doit être impressionnée fortement, jusqu’à ce que les blancs soient teintés. On la plonge dans uue solution d’hyposulfitè de soude à 10 ou 20 pour 100, où elle prend la teinte rouille bien connue. Au bout de 10 minutes, où la sort et on l’étend sur une plaque de verre, en chassant les bulles d'air interposées. Avec un pinceau léger, trempé dans le bain dè fixage, 011 humecte toute la surface de l’épreuve,’qu’on laisse sur le verre
- posé horizontalement, à l’abri des poussières. Le ton change peu à peu. Si certains points de la surface paraissent se dessécher, on égalise au pinceau la couche d’hyj>osulfite. Le temps nécessaire au virage varie entre un quart d heure et une heure. Quand la teinte désirée est obtenue, on lave l’épreuve à grande eau.
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- La croissance des ongles. — M. E. Yung a cherché à déterminer la vitesse de la croissance des ongles en opérant sur 5 sujets d’àge différent pendant plus de 4o mois. Les mesures ont été faites de la manière suivante : une entaille pratiquée au moyen d’une scie fine noircie au noir de fumée servait de repère mobile, le repère fixe étant fourni parle bord supérieur de la gouttière unguéale. Voici les principales conclusions auxquelles est arrivé l’expérimentateur :
- i° La moyenne de croissance est de i mm 45 pour 14 jours, autrement dit io4 microns par jour ou 4mm, i par mois de 3o jours;
- 2° L’ongle du pouce s’accroît plus rapidement que celui du médius, et ce dernier un peu plus rapidement que celui du petit doigt. Il semble que la vitesse de croissance va en diminuant du doigt interne vers le doigt externe.
- 3‘ La comparaison des moyennes concernant la main droite avec celles tirées de la main gauche montre que les ongles de la première poussent un peu plus vite que ceux de la seconde ;
- 4° Quant à l'influence de l’âge, la rapidité de croissance est maximum chez les sujets dans la force de l’âge, entre 3o et 40 ans.
- La fabrication des filtres de laboratoire. — C’est une industrie très curieuse que celle des papiers à filtrer de laboratoire, une industrie bien française aussi, dont le centre est à Ainbert (Puy-de-Dôme).
- C’est de là que vient le papier « Joseph » mince, pur chiffon, qui est encore fabriqué à la cuve, c’est-à-dire feuille par feuille. Il est très difficile aux deux ouvriers d’une cuve de faire plus de 20 à 25 kg de pâte par jour, car, ainsi qu’au bon vieux temps, c’est avec un maillet faisant l’oflice du pilon dans un mortier que l’on prépare la pâte. Les coups de maillets dans la pâte lui permettent peu à peu de se défibrer et de se raffermir avant d’être porléedans la cuve de l’ouvrier papetier. Celui-ci dilue rapidement sa pâte dans l’eau au moyen d’un agitateur formé d’un disque en bois percé de gros trous et muni d’un manche permettant son mouvement de bas en haut.
- La pâte étant bien diluée, l’ouvrier plonge dans la cuve la « forme », composée d’une toile de cuivre entourée d’un cadre amovible, et il relève horizontalement cette forme recouverte de la quantité de pâte nécessaire. Cette opération nécessite un très long apprentissage, car il faut, par l’habitude seule, arriver à prendre exac-tement-ie poids de pâte pour fournir une feuille qui, unéj fois sèche, pèse un poids fixé, d’avance.
- ëSe nlest que vers 1760 que, pour la fabrication des filtbjes, on commença à utiliser les cylindres ou piles assurent mécaniquement l'effilochage du chiffon.
- qui -
- Verp 1860, les machines sondes firent leur apparition; elle o m.
- comprennent un cylindre de x m. 20 de long et 8.0 de large, comportant une série de disques sur lesquels s’adaptent des formes rondes ; le cylindre tourné daùs une cuve pleine de pâte et remonte garni.
- Par la pression d’un feutre on décolle lafeuille de papier, qui passe ensuite -sous une presse qui élimine le plus d’eau possible. Le séchage se poursuit après enlevage de la feuille encore humide du feutre par une ouvrière, qui doit être très habile pour ne pas la déchirer.
- Si bien faits que soient nos filtres et notre papier « Joseph », les Allemands dans la fabrication des filtres de laboratoire nous avaient supplantés. C’est qu’en effet il interrient de nouvelles conditions : poids des cendres, nature des cendres, matières à éliminer, etc., conditions que les fabricants ne pouvaient satisfaire faute de connaissances chimiques et des moyens de recherches scientifiques. Nos concurrents avaient étudié scientifiquement le problème; à nous de le reprendre maintenant et de le résoudre.
- Nouveau procédé de dosage rapide de la matière grasse contenue dans la crème. — Récemment, M. Lindet, professeur à l’Institut national agronomique, a fait connaître à l’Académie d’agriculture un procédé très simple permettant de doser rapidement la matière grasse de la crème. Voici en quoi consiste ce procédé : on dépose Une goutte de. crème sur un papier, lequel est inti’oduit ensuite dans une étuve chauffée préalablement à io5°. La partie aqueuse de la crème se dessèche et la matière grasse, absorbée par le papier, produit une tache qui grandit rapidement au début, puis avec d’autant plus de lenteur que les bords de la tache s’éloignent du point où la goutte de crème a été déposée. On peut donc, sans erreur sensible, mesurer, au bout d’un temps déterminé, la superficie de la'tache produite, en comparaison avec celle que produit une quantité de matière grasse placée dans les mêmes conditions et au bout du même temps. De très petites portions de beurre de o cc, 010. mises sur des feuilles de papier identiques, servent d’étalons. On place ces feuilles de papier enti’e des petits cadres en bois, pour éviter qu’elles se recroquevillent sous l’action de la chaleur. Si les quantités de matière grasse déposées, soit à l'état de crème, soit à l’état de beurre,; sont assez semblables, les taches qu’elles produisent progressent eu même temps et proportionnellement au temps pendant lequel les papiers restent à l’étuvé. Les taches sont quelquefois rondes, plus souvent elliptiques, du fait que les papiers fabriqués à la machine né sont pas homogènes dans deux directions perpendiculaires. Il devient donc nécessaire de mesurer les deux diamètres de la tache grasse et de prendre la moyenne, pour calculer le rayon, puis la surface. Les résultats seront d’autant plus exacts, que l’on n’aura pas laissé à la tache le temps de s’étendre au delà de 3 à 4 cm de diamètre moyen. Ce procédé optique, et asmz original, est — comme le montre le mode opératoire — facile à mettre en pratique. H. B.
- Préservation des bois exposés à l’atteinte des tarets. — On propose généralement l’injection ou l’application superficielle de la créosote'sur les bois destinés
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- à l'immersion, pour les préserver des piqûres de tarets. Cependant divers expérimentateurs ont constaté que la protection ainsi obtenue était très précaire. Le procédé est cependant bien supérieur à toutes les méthodes de protection par revêtements extérieurs (fer-blanc, clous, peintures, etc.). Mais, comme l’a reconnu Smith, à condition d’employer à la fois des bois se laissant imprégner à fond et des antiseptiques capables de diffuser dans toute l’épaisseur des fibres.
- Les bois convenant le mieux sont les bois blancs tels que peuplier, sapin, hêtre, qui s’imprègnent jusqu’au cœur par simple immersion dans le carbolineum chauffé à l’air, ou les bois à aubier épais : pians tæda, eucalyptus, qui sont protégés par l’épaisse cuirasse de tissus imprégnés. Quant aux antiseptiques, ceux avec lesquels on obtient les meilleurs résultals_sont : la créosote, le carbolineum, ou la miction dite « Sotor » du commerce, qui tous sont extraits du goudron de houille.
- (Henry, Annales des Sciences agronomiques).
- Pour coller sur le fer-blanc. — On sait combien il est difficile de faire tenir une petite étiquette sur une boîte de fer-blanc. Voici une colle facile à préparer qui permet de fixer d’une manière durable le papier sur le fer-blanc.
- On dissout dans i5o cm3 d’eau bouillante, 20 gr. de colle adragaute et on ajoute une pâte formée de 60 gr. de farine, 10 gr. de dextriue dissoute dans 40 cm3 d’eau. On étend le tout a\rec 200 cm3 d’eau bouillante et on ajoute 10 gr. de glycérine et 10 gr. d’acide salicylique. Après ébullition pendant 5 minutes, durant lesquelles on agite constamment la colle, celle-ci est prête pour l'emploi.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les maîtres de l’estampe japonaise, par Louis Aubekt.
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- L’auteur précise d’abord les caractères de l’estampe
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- N° 2201
- 4 Décembre 1915
- NATURE
- SOMMAIRE : Les .laboratoires de la guerre : II. Les essais des canons et des munitions : René Blactot. — Le principe d'organisation : Henry Le Chatelier. — La nouvelle industrie du kapok : Jacques Boyer. — Académie des sciences. — Pour les aveugles : La planchette scotographique :
- Ch.-Ed. Guillaume.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l'Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- • Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
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- INFORMATIONS
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- Les projectiles incendiaires au XIV0 siècle. —
- Les projectiles incendiaires ont été utilisés en 1477, au siège de Sculari, par Mahomet IL
- « Les Turcs, dit Artus Thomas, traducteur de Thal-« condyle, avaient deux mortiers qui incommodaient « fort les habitants, car les boulets que jetaient ces « machines dessus les toits de Scutari étaient d’une « telle composition, qu’après que le feu s’y était pris, à « peine le pouvait-on éteindre, de sorte que le feu se « prenant aux toits des maisons qui n’étaient en quelques « endroits que de bardeau, cela eût fait un merveilleux « ravage et mis tous les pauvres-habitants en désordre, « car c’était pour ce sujet que les Turcs avaient trouvé « cette invention, et alin que cela réussît mieux selon « leurs désirs, ils ne les tiraient que de nuit. »
- Les bombes asphyxiantes elles-mêmes ne sont pas d’un usage récent, car dans un Traité des flèches empoisonnées, Pauw dit avoir trouvé, dans un ancien ouvrage de pyrotechnie italienne, la composition d’une poudre puante dont on remplissait des grenades, lesquelles en éclatant frappaient d’asphyxie tous ceux qui se trouvaient auprès.
- Enfin les liquides euflammés dont nos « loyaux » ennemis font maintenant un copieux usage, rappellent le feu grégeois que les barbares d’autrefois lançaient avec des tubes.
- Signalons à ce propos qu’à la date du 19 novembre 1772, on lit dans les Mémoires secrets de la République des lettres : f
- Un nommé Dupré, à force de combinaisons chimiques, avait retrouvé l’invention du feu grégois, c’est-à-dire de ce feu qui se développe dans l’eau et n’en acquiert que plus d’activité. Le gouvernement, auquel il avait offert son secret, avait eu la sagesse de ne vouloir pas employer ce funeste moyen de multiplier la destruction de l’humanité, et lui avait en même temps fait une pension pour qu’il ne le vendit à aucune puissance. L’inventeur moderne vient de mourir, et l’on craint qu’on n’ait trouvé dans ses papiers des renseignements sur son art détestable ; on a pris toutes les précautions possibles pour prévenir les suites d’une telle promulgation.
- Louis XY donnait donc, il y a i5b ans, une leçon d’humanité au futur Guillaume II, et Ton peut constater qu’à ce point de vue la « Kultur » allemande, loin d’être en avance de 5o ans comme elle le proclame, est encore au-des-
- sous de la culture et de la civilisation des Turcs du xiv° siècle.{Intermédiaire des chercheurs et des curieux).
- Le renflouement du croiseur allemand « Emden ». — On se souvient que, dès le début de la guerre, le croiseur allemand Emden fut coulé par un croiseur australien à l’ile des Cocos. Depuis on n’en avait plus entendu parler. Ces temps derniers le gouvernement australien demanda à ditïérentes Sociétés de sauvelage dans quelles conditions elles pourraient se charger du renflouage du croiseur. Une des Sociétés, celle qui offrait les conditions les plus avantageuses, offrait 100000 fr. Cette somme payée, la Société amenait le navire en Australie et restait propriétaire du croiseur pendant 18 mois pendant lesquels la Société se réservait le droit de faire visiter le navire dans divers ports étrangers. Comme bien on pense, M. Jensen, ministre australien delà marine, refusa d’accepter ces conditions tout "en s’en tenant aux conditions premières. Si la Société dé sauvetage parvient à renflouer YEmden et à le conduire en Australie, le gouvernement Fédéral paiera à la Société le prix à déterminer et, dans le cas de désaccord, la question sera soumise à un arbitrage. La question reste donc en suspens.
- Turbines à vapeur pour sous-marins. — Le Marine Journal de New-York parle de la substitution possible de la turbine à vapeur au moteur à pétrole pour la marche en surface des sous-marins. Il annonce que des études dans ce sens se font en ce moment à l’amirauté des Etats-Unis, en vue de l’application de turbines à vapeur sur les sous-marins de la classe G'actuellement en construction. La question, ajoute-t-il, est d’autant plus intéressante et importante que les vitesses qu’on veut aujourd’hui donner aux sous-marins exigent des puissances de beaucoup supérieures à celles actuelles et qui ne peuvent être que difficilement obtenues avec des moteurs à pétrole. Des études semblables se poursuivent également en France.
- Le pétrole russe. — La production du pétrole en Russie, pendant les huit premiers mois de l’année
- courante, a été de6o5oooo tonnes contre 5 600 000 pendant la période correspondante de l’année précédente.
- Cette augmentation de 65o 000 tonnes est due à ce que l’exploitation des mines de pétrole du district de Bakou n’a subi aucune interruption contrairement à ce qui avait eu lieu en 1914»
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- SOMMMA1RE : Le commerce de la laine pendant la guerre : Alfred Renouard. — Le rôle des préoccupations militaires dans les progrès de la métallurgie de l’acier : A, Chaplet. — Les animaux qui construisent des tranchées : Henri Coupin. -— Les richesses minières de la Turquie d’Asie : R. Bonnîll. — La traction électro-thermique. — Les projecteurs de campagne allemands. SUPPLÉMENT. — Informations : L' usure des canons.
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- LA NATURE
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- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
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- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique.
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- Les avantages de l’Emprunt 5 pour 100 de la Défense nationale
- La Banque de France a eu l’excellente idée de faire distribuer au public un petit carnet patriotique qui contient des explications très simples et très claires sur les divers modes de souscription à l’Emprunt national. Grâce aux indications et aux chiffres que le carnet de la Banque lui met sous les yeux, chaque souscripteur peut faire lui-même le calcul de la somme qu’il aura à verser, quel que soit le procédé employé pour acheter des rentes perpétuelles 5 pour ioo.
- Si, par exemple, un épargnant veut transformer son capital en rente annuelle, il aura à verser, en se libérant de suite :
- Pour une rente de 50 francs. .
- Pour une rente de - 100 francs. .
- Pour une rente de 500 francs. .
- Pour une rente de 1.000 francs. .
- - 872 francs 50 1.745 francs » 8.725 francs » 17.450 francs »
- S’il préfère souscrire en plusieurs termes,
- Pour 50 francs de rentes. .
- Pour 100 francs de rentes. .
- Pour 1.000 francs de rentes. .
- il aura a verser :
- 1er terme. Chacun des 3 termes.
- ... 100 francs 260 francs
- . . . 200 francs 520 francs
- ... 2.000 francs 5.200 francs
- Prenons maintenant l’exemple d’un propriétaire de bons de la Défense nationale. Avec un bon de 5oo francs échu le 15 décembre et qui ne lui a coûté, il y a un an, que francs, il pourra acquérir un titre de rente non plus de 25 francs, mais de cinquante francs par an, en versant une somme complémentaire de 3ya francs 5o centimes.
- Il doublera ainsi son revenu sans avoir besoin de posséder un capital deux fois plus élevé. Il bénéficiera de la différence entre un nouveau versement -de 372 francs suffisant pour obtenir 5o francs de rentes et le nouveau versement de 45o francs qui serait nécessaire pour obtenir un bon de 1.000 francs à un an, rapportant 5 pour 100 d’intérêts. Cela revient à dire qu’il économisera 78 francs pour acquérir le même revenu garanti.
- En faisant l’un des placements de père de famille que nous venons d’expliquer, le souscripteur recevra, en outre, même s’il 11e verse qu’un minimum de 10 francs pour 5 francs de rente, une gravure patriotique attestant, par la signature du ministre des finances, qu’il a rempli son devoir de citoyen français. Son nom sera inscrit sur le Livre d’or de la Défense nationale; il figurera parmi ceux des patriotes qui ont confié leurs épargnes à la France pour affirmer leur foi invincible dans ses glorieuses destinées.
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- INFORMATIONS
- L’usure des canons. — C’est une question particulièrement actuelle, car les bouches à feu s’usant très rapidement, surtout avec le service intensif qu’on leur demande aux armées, on peut dire que toutes celles qui se trouvent au front ont dû être remplacées déjà une fois. On admet, en effet, qu’un 75 ne tire pas plus de ioooocoups. Quant aux grosses pièces, leur vie devient comparable à celle des éphémères, et les gros canons des cuirassés qui ont bombardé les Dardanelles, ceux de Queen Elisabeth, par exemple, sont déjà hors de services. Comment se produit cette usure, et où se produit-elle ?
- C’est par l’érosion des parties du canon voisines de la naissance des rainures, et qui correspondent à la région parcourue par le projectile avec une faible vitesse et sous les pressions les plus intenses. Comme le dit
- M. Vieille « le point de départ de ces érosions paraît être un réseau de fines craquelures qui tapissent la chambre, parallèle à l’âme du canon. Leur profondeur et leur largeur augmentent avec le nombre des coups et leur réunion forme la nouvelle surface de l’âme sur laquelle émerge un réseau d’îlots en saillie, qui constituent comme les témoins de la surface primitive érodée par les gaz. »
- C’est au courant des gaz chauds, s’écoulant à une vitesse moyenne de 4°°° m> à la seconde à travers le jeu qui existe entre le projectile et le canon, par suite de la dilatation de la chambre d’explosion et de divers phénomènes mécaniques qu’est due l’érosion des canons, qui atteint parfois plusieurs millimètres de profondeur et rend le tir de la pièce incertain, et son service dangereux.
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- N” .2203
- 18 Décembre 1915
- LH NATURE
- SOMMAIRE :
- Usines métallurgiques aux Etats-Unis. II. Matériel de guerre : Ch. Véron. — La métallisation à froid : Nicolas Flamel. — Les races européennes : Henri Coupin. — L’eau potable au front. — La mort par décompression : L. F. — Éclairage efficace des rues : J. Vichniak.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Bolides ou zeppelins. — Les expériences de radio télégraphie
- transocéanique.
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- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l'Ecole des Mines et à l'École des Ponts et Chaussée*.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hyjûène publique.
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- INFORMATIONS
- >
- Bolides oü zeppelins. — Dans la nuit du 16 au 17 novembre, la population de Kristiania et du sud-est de la Norvège a été mise en émoi par de mystérieuses détonations comme tout récemment on en a entendu en Seine-et-Oise et en Eure-et-Loir.
- Le 16, à 21 h. 55 m., le passage d’un météore de la grandeur de Jupiter et aussi brillant que cette planète a été enregistré à l’observatoire de Kristiania. Il demeura visible 4 secondes. Il fut également aperçu à la forteresse d’Oscarsborg située à 3o km au sud de la ville. D’autre part les sentinelles du château royal de Kristiania affirment avoir observé un second météore lumineux le 17, à 1 heure du matin. Enfin, à Hamar, sur les bords du grand lac Mjôsen, à 100 km au nord de Kristiania, le 16 « dans l’après-midi » (*) on vit une grosse boule de feu traverser le ciel dans la direction du-nord, en laissant derrière elle une large tramée lumineuse, puis exploser avec accompagnement de sifflements. Aucun bruit n’a été, au contraire, entendu lors dit passage du ou des bolides au-dessus de la capitale de la Norvège.
- Les détonations qui ont mis en rumeur la population de Kristiania et de ses environs ont été entendues plus tard, dans la nuit du 16 au 17 vers 11 heures du soir, puis vers 2 heures du matin. Le rapport de la garnison de Kristiania enregistre entre 1 çt 2 heures du matin six à huit coups dans la direction du nord.
- La nuit précédente, une explosion, dont la cause est demeurée inconnue avait été entendue à Frederikstad (80 km au sud de Kristiania). Pareillement aux environs de Sarpsborg situé également au sud et à peu près à la même distance de la capitale de la Norvège, pendant la nuit du 14 au i5,une détonation a été nettement perçue.
- Existe-t-il un rapport entre ces détonations et l’apparition des météores lumineux aperçus à Kristiania et à Hamar? On n’a pu l’établir. En tout cas, d’après l’enquête à laquelle s’est livré YAftenpost, un des principaux quotidiens norvégiens, auquel nous empruntons ces renseignements, aucun exercice à feu n’a été exécuté par l’artillerie norvégienne, aucune explosion ne s’est non plus produite dans les usines. Donc aucune cause industrielle ne peut être attribuée aux phénomènes observés. Par contre, plusieurs observateurs affirment énergiquement avoir entendu distinctement le bruit d’un puissant moteur au-dessus des ouvrages fortifiés des environs de Kristiania dans la nuit du 16 au 17 novembre. De même,
- 1. Dans la langue norvégienne le terme « dans l’après-midi » est plus vague et possède un sens plus étendu qu’en français. D’ailleurs en cette saison, à Hamar, dès 4 heures du soir la nuit est complète.
- des habitants des environs de Frederikstad déclarent les uns avoir vu un dirigeable, les autres avoir simplement perçu le bruit de ses machines, mais dans les jours qui ont précédé le 16, sans indiquer une date précise.
- Comme la Norvège ne possède aucun aéronef, il faudrait conclure, si les observations constatant la présence d’un dirigeable se trouvent confirmées, qu’un zeppelin est venu survoler le sud-est de la Noivège et s’y livrer à des exercices de tir et de lancement de torpilles aériennes. Charles Rabot.
- Les expériences de radio-télégraphie transocéanique. •— Les journaux ont annoncé récemment que l’on avait pu radiotéléphoner à travers l’Océan, d’Ar-lington (Virginie) à la Tour Eiffel, soit à une distance de 6000 km environ.
- Ce résultat remarquable marque une nouvelle époque dans l’histoire des ondes hertziennes, surtout que, d’après ce que l’on peut savoir des appareils employés, il a été obtenu non par un procédé; nouveau, mais simplement par des perfectionnements des appareils existants, permettant une modulation très puissante des trains d’ondes émis par le poste transmetteur.
- A côté du « record » ainsi établi, les enseignements qu’en ont déduits les ingénieurs américains qui ont réalisé l’expérience, se rattachent au problème beaucoup plus général de la téléphonie « universelle ». Ce problème consiste, en effet, à correspondre téléphoniquement entre deux points, partiellement par téléphonie avec fil et partiellement par sans fil lorsque le point à atteindre n’est pas desservi par nne ligne télégraphique.
- Dans la Lumière électrique nous trouvons d’intéres- _ sants renseignements sur les étapes successives qui furent successivement franchies. Les premières expériences eurent lieu entre" Montarck (Long-Island) et Wilmington (Delaware) distantes de 36okrn; une conversation transmise par s^ns fil de Wilmington était retournée automatiquement par fil de la station de Montarck.
- Ces essais étant satisfaisants, on essaya de communiquer entre Arlington (Virginie) et Darien (Panama) séparées par 36oo km (25 septembre 1915). Enfin le Ier octobre 1915, quelques mots émis par Arlington furent entendus distinctement, et certains même perçus dans toute la salle de la Tour Eiffel où se faisait la réception, grâce à l’emploi d’un haut parleur.
- On peut donc envisager que, dans un avenir prochain, les postes de sans fil des navires en plein océan pourront être mis en communication avec l’un quelconque des abonnés ordinaires d’un réseau téléphonique continental.
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- 25 Décembre 1915
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- La houille blanche en France et en Allemagne : Ernest Coustet. — La commande à distance par T. S. F. : X... — Guerre, carillons et gros sous : Léopold Reverchon. — Des canons, des munitions... pour les petits : Lucien Fournier. — Le réseau de Jîoooo lignes du professeur Michelson. Académie des sciences. — Le turbo-générateur monstre de 35ooo kilowatts (45000 chevaux effectifs),
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- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussée^
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- Avis de l’administration. — L’échéance clu 3i décembre étant Tune des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les abonnés, dont l’abonnement se termine avec le numéro du q.5 décembre (n° 2204), de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement. Une quittance sera présentée h partir du 3f décembre aux. abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas, avant cette date, renouvelé ou donné ordre contraire.
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- Fig. 1. —Appareil à traction continue. — La jioulie est fixe; elle est vissée au plafond. Quand le poids oseille, le dynamomètre n’indique que des variations imperceptibles.
- Fig. 2. —- Appui cil de mccano-thérapic. — La poulie n’est plus fixe; elle est accrochée à une corde pendant du plafond; le dynamomètre enregistre des valeurs différentes pour les différents temps de la course du poids.
- Fig. 3. — Les oscillations du dynamomètre augmentent d’amplitude quand le diamètre de la poulie diminue.
- Fig. 4. — I.a poulie est supprimée et la corde de traction- repose directement dans une anse formée j>ar la corde de suspension. L’aiguille du dynamomètre présente des oscillations plus considérables que dans le cas précédent.
- Fig. 5. — La corde de traction est nouée autour de l’anse de suspension. L’aiguille du dynamomètre présente des oscillations encore plus considérables et passe même par le zéro.
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- Le Dr Privât a imaginé un appareil très simple, qui donne d’excellents résultats, et dont voici le principe : sur le membre auquel il faut rendre sa souplesse, sur le levier articulaire à mobiliser, comme l’on dit en médecine, on installe, perpendiculairement à son axe, une traction continue à l’aide d’un poids et d’une corde se réfléchissant sur une poulie non pas fixe, mais accrochée à une corde pendant du plafond.
- Lorsque le poids balance, il produit, d’une manière très douce et rythmée, des tractions passant progressi-
- vement d’un maximum à un minimum et inversement.
- Il suffit, pour utiliser l’appareil, d’immobiliser le levier articulaire à l’aide d’une serviette pliée en écharpe-, et de diriger la traction en la faisant réfléchir sous une corde dont les extrémités sont fixées soit au plancher,
- Fig. G. — Le malade en tirant et en • relftchant une corde qui va directement au poids entretient les oscillations de ce dernier.
- soit au-dessus de la tète du malade. En tirant et en relâchant une corde reliée au poids, le blessé entretient les oscillations.
- De plus, l’appareil peut être gradué, ce qui est avantageux, les articulations n’ayant pas toutes la même sensibilité. Pour cela, il suffit d’employer des poulies de diamètre différent qui, par un 'même poids moteur, de 5 kg par exemple, permettront d’obtenir les 5 combinaisons suivantes.|
- L’exportation du charbon anglais.' — Pendant les dix premiers mois de l’année igi5, c’est-à-dire jusqu’au 3i octobre dernier, l’Angleterre a exporté 36 944 758 t. de charbon'contre 52060840 t. en 1914 et 61 267 261 t. en igi3. A ce total il y a lieu d’ajouter 38 83oooo t. de coke contre 54523774 t. en 1914 et 63 660 i3o t. en 1913. De plus, pendant les dix premiers mois de igi5, l’Angleterre a livré aux navires à vapeur transitant avec l’étranger 11745072 t. de charbon contre 16037409 t. en 1914 et 17 434 4*4 t- en xgi3. Au total, pendant les dix premiers mois de igi5 l’Angleterre a exporté, sous une forme ou sous une autre, 5o 574 088 t. de charbon contre 70 561 000 t. en 1914 et 81 192 545 t. en 1913.
- Les principaux pays d’importation du charbon anglais ont été en 191 5 : la Suède, pour 227419} t. ; la Nor-vège, pour 2 292 189 t. ; le Danemark, pour 2 741 og3 t. ; la France, pour 14827012 t. ; enfin, l’Italie, pour 4702532 tonnes.
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- XL
- DRAEGER
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