Descriptions des arts et métiers
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- Par M. Duhamel du Monceau, de ïAcadémie
- Royale des Sciences. •- ?
- M. D C G, LXXIL
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- Je nai pas cru devoir parler 9 dans la defcription de ce petit Art % de t Analyfe chimique de l!Amidon ; mais on pourra confulter à ce Jujet le Journal de Médecine du mois de Mars 1773.
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- FABRIQUE DE L'AMIDON.
- Par M. D v hamel du Monceau, de VAcadémie
- Royale des Sciences.
- T /A m i d o h eft une fécule ou une fubftance farineufe, quon tire de plufieurs femences, de quelques fruits , ou de certaines racines. Je dis quon tire, parce que je crois que F Amidon exifte tout fait dans les parties des plantes qui le fournirent : âinfi il ne me paroitroit pas exaét de dire quon fait de V Amidon.
- Les femences huileufes , noix, amandes, chénevis , lin ; né font pas propres à faire de F Amidon ; prefque tout celui quon fait à Paris,Te retire des recoupes du froment : on en tire aufïi de celles de Forge ; mais il n’eft pas auffi blanc ni auffi léger que celui que fournit le froment: car Forge a toujours quelque choie de gluant qui s’oppofe à la féparation de la partie farineufe; l’avoine , le feigle , & beaucoup de plantes graminées pourroient auffi en donner, mais en petite quantité, ce qui fait quon ne les emploie point à cet ulàge. Mais lorfque les grains font chers , on a recours aux marrons d’Inde , & aux racines d’Arum , d’Afphodele ou de pommes de terre, qui en fourniffent de fort beau ; malheureii-fement, à l’égard de plufieurs de ces racines, c’eft en petite quantité, l’extraction de l’Amidon que l’on en tire, exige plus de main-d’œuvre que les recoupes de froment. On peut auffi, par un travail confidérable, retirer du froment entier, un très-bel Amidon, mais qui eft néceffairement fort cher. Quoi qu’il en foit, je vais rapporter la façon de l’extraire. Je détaillerai enfuite les pratiques des Amidonniers , pour retirer l’Amidon des recoupes; & enfin j’expliquerai comment on peut auffi en retirer de différentes autres fubftancesi
- Amidon»
- A
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- £ FABRIQUE
- ARTICLE PREMIER.
- Manière de retirer de VAmidon du froment entier & non moulu•
- O n choifit de bon .froment, on le met avec de Peau dans des tonneaux que les Amidonniers nomment Bernes ; on expofe les bernes au foleil, pour que Peau pénétré le grain plus promptement, ayant foin de renouveller Peau deux fois par jour, pour ôter une teinture que fournit le fon, & qui altéreroit la blancheur de PAmidon. Il s’agit donc d’attendrir le grain par cette trempe, & de dilToudre par Peau quelque chofe de muqueux, qui unit les parties fari-neufes, afin d’extraire non-feulement cette portion du grain qu’on nomme la fleur de farine, mais encore une fubftance plus folide, qu’on appelle le gruau ; qui, lorfqu’elle eft bien féparée du fon , fournit PAmidon le plus blanc.
- Cet attendriflement du grain, cette diflolution de la partie farineufe , fe fait plus promptement dans Peau de pluie & de riviere , que dans Peau de puits & de fource, lorfqu’il fait chaud, que par le froid ; & elle fe fait plus aifément dans le grain nouveau que dans le vieux. C’eft pourquoi on ne peut pas fixer précifément combien de temps il faut laifler les grains en trempe : communément huit jours fuffifent; mais on connoît qu’ils ont été aflez de temps en trempe , quand ils s’écrafont aifément entre les doigts. Lorlque le grain eft en cet état, on en met quelques poignées dans un foc long Sc étroit, fait d’une toile claire, mais forte & bien coufoe ; on met ce lac for une planche unie , pofée for une futaille défoncée : on écrafe le grain en frottant fortement le lac for cette planche : on le bat même comme du linge qu’on lave , pour que Peau empreinte de la fubftance farineufe tombe dans la futaille ; & pour faciliter la fortie de la farine, on trempe de temps en temps le foc dans de Peau, & on l’exprime for la planche à peu-près comme les Laveufes font le linges Quand Peau qu’on exprime n’eft plus blanche & chargée de farine, on retire le marc du foc , & on le met dans une futaille pour le mettre encore en trempe avec de Peau, qu’on retirera de deftus PAmidon, afin de traiter ce marc comme nous dirons que les Amidonniers font le gruau; par ce moyen le marc fournira encore de PAmidon, à la vérité moins parfait que le premier, mais dont le prix foffit pour dédommager de la peine qu’on a pris à le retirer.
- Toutes les fois qu’on vuide le foc, il faut le retourner & racler l’intérieur avec un couteau de bois, afin d’ôter du fon, qui y reliant attache par une fubftance vifqueufe, empêcheroit PAmidon de paffer au travers de la toile.
- A mefore que les bernes fe remplilfent de cette farine délayée dans beaucoup d eau, la partie farineufe fe précipite au fond, & il fumage une eau roufie qu’il faut ôter de temps en temps, la remplaçant avec de Peau claire. Quand on a répété plufieurs fois cette opération, & lorfque Peau ne prend plus aucune
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- teinture , on remue l’Amidon avec l’eau claire qui fumage, & ori la pafle par un tamis fin dans une berne bien propre. La fécule très-blanche qui a pafle par le tamis, fe fépare de l’eàu en fe précipitant au fond de la berne ; on la lave encore fi l’on veut en verfànt deflus plufieurs fois de nouvelle eau ; mais on ne la pafle plus au tamis ; on égoutte l’eau le plus que l’on peut : on expofe la fécule au foleil pour la delfécher ; & quand elle a fuffifàmment pris corps > on la coupe par morceaux, qu’on expofè au vent & au foleil fur des planches couvertes de toile , pour empêcher que l’Amidon, qui conferve toujours quelque vifcofité, ne s’attache aux planches. Quand on peut procurer à l’Amidon * en l’expofànt au vent & au foleil, toute la fécherefle qu’il doit avoir, il eft toujours plus blanc que quand on eft obligé de le mettre à l’étuve.
- Ce procédé n’eft pas, à la vérité, conforme à la pratique des Amidonniers ; car quand ils achètent du grain pour en faire de l'Amidon, ils le font moudre > pour le traiter enfuite comme les recoupes, ainfi que nous allons l’expliquer. Mais il eft certain que par le procédé que nous venons de décrire, il ne peut pas fe mêler de fon avec l’Amidon, & que celui qu’on obtient eft très-beau, quoi^ qu’à dire le vrai, on acheté cher la petite fupériorité qu’il a fur l’autre,
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- ARTICLE SECOND,
- Pratique des Amidonniers pour faire de V Amidon avec des recoupes,
- O n peut , par la méthode que nous allons rapporter, retirer de l’Amidon du fon le plus épuré de farine; mais il eft clair qu’on en obtient une plus grande quantité des fons gras, ou des recoupes qui contiennent du gruau, & cette partie du froment eft celle qui fait le plus bel Amidon, ainfi que le plus beau pain. U eft encore évident qu’on extrait beaucoup d’Amidon des grains qu’on a fait moudre, & dont on n’a retiré aucune farine, comme le pratiquent les Amidonniers , lorfqu’ils trouvent à acheter des grains qui ont contracté une mauvaife odeur.
- On met le fon ou les recoupes en trempe & en fermentation avec de l’eau pendant quinze jours, & quelquefois un mois, fi c’eft l’hiver, ayant foin de le remuer de temps en temps avec une pelle de bois : on connoît que la trempe a été aflfez continuée quand, en prenant une poignée de ce fon pour l’exprimer entre les mains, on en voit fortir une eau blanche , & que ce qui refte dans la main ne paroît plus contenir de blanc ; alors remuant les recoupes avec l’eau, on prend l’un & l’autre dans des féaux, & on les pafle par un tamis de crin qu’on a placé fur une autre futaille b, ( Fig, 2, dans le milieu de la Planche, ) dans laquelle pafle l’eau chargée des parties farineufes qui fe font féparées du fon avec lequel elle étoit confondue : bien entendu que pour faciliter l’écoulement de l’eau, on remue avec la main ce qui refte dans le tamis c ; quelquefois même on
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- y ajoute uft peu d’eau, pour d’autant mieux épurer le fon de la farine qu*il contient. Il me paroîtroit convenable de pafler les recoupes fuffifàmment trempées fous une prefle, pour leur faire rendre toute l’eau qu’elles contiennent ; mais ce n’eft pas la pratique des Amidonniers. Quoi qu’il en foit, on laifle l’eau qui a pafîe par le tamis fe repofer pendant trois ou quatre jours, pour que l’Amidon fe précipite au fond ; alors avec une écuelle de bois ou une fébille, on ôte le plus qü’il eft poflible de l’eau qui fumage, laiffant au fond ce qui s’eft précipité.
- On ramaflè l’Amidon de plufieurs futailles, pour le raflembler dans une feule ; on le délaye avec un peu d’eau , 3c peu à peu on en emplit entièrement la futaille, afin que l’Amidon étant étendu dans beaucoup d’eau, puifle pafler par un tamis garni de foie ou de laine, qu’on pofe fur une nouvelle futaille bien nette. On laifle encore cet Amidon fe précipiter, puis au bout de trois ou quatre jours on ôte le plus d’eau qu’il eft poflible avec une fébille. On lave encore fi l’on veut cet Amidon avec de nouvelle eau ; & quand l’eau qui fumage n’a plus aucune teinture, on l’ôte pour la derniere fois, & on ramaflè l’Amidon avec les mains, pour le mettre dans des paniers qui font intérieurement garnis d’une grofle toile. On pofe les paniers fur des futailles , pour que l’eau qui efl encore contenue dans l’Amidon, achevé de s’égoutter. Quand il n’en fort plus, ce qui arrive ordinairement au bout de vingt-quatre heures, on porte ces paniers au féchoir, qui eft un grenier percé de lucarnes , pour que l’air le traverfè ; lorf-que l’Amidon eft aflez fec , on le rompt par morceaux, qu’on met fur des planches dans fembrafure des fenêtres, où il eft à couvert de la pluie, mais expofé au vent 3c au foleil : il y refte jufqu’à ce que l’Amidon ait acquis un degré fuffifant de fécherefle. t Alors on le retire ; mais comme la furface de ces morceaux a un peu jauni, on racle la fuperficie des pains avec un couteau ; puis en les mettant fur un plancher bien propre, on marche deflus avec des fabots , pour les mettre en grain, c’eft-à-dire , pour le réduire en petits morceaux gros comme des fèves ou des noix ; enfuite on le porte à l’étuve pour achever de lui donner toute la fécherefle qu’on defire, à moins que ce ne foit dans les grandes chaleurs de l’été, lorfque le foieil a allez de force pour lui procurer un defle-chement fufKfànt ; ce qui eft très-avantageux, puifqu’on épargne les frais de l’étuve , & que l’Amidon en eft plus blanc. Autrefois, pour donner à l’Amidon ce dernier degré de fécherefle, on le mettoit dans des fours ( Fig. 6 & 7); mais maintenant tous les Amidonniers ont des étuves qui altèrent beaucoup moins la blancheur de l’Amidon que ne faifoient les fours.
- L’étuve des Amidonniers eft un cabinet garni tout au pourtour de tablettes de bois blanc , bordées de voliges qui font un rebord de quatre pouces de hauteur,' pour retenir l’Amidon qu’on met fur les tablettes, 3c empêcher qu’il ne tombe à terre. Ordinairement l’étuve eft échauffée par un poêle qui eft au milieu : il feroit cependant mieux de l’attacher à un des murs , 3c de l’allumer par dehors, les étuves qui font conftruites de cette façon, ayant l’avantage d’être moins
- fujettes
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- D E r A M 1 D O N. s
- iùjettes à la fumée. Au fortir de l’étuve l’Amidon eft en état d*être vendu à ceux qui en font ulàge.
- Il efl bon de remarquer que l’eau qu’on emploie pour mettre en premier lieu les recoupes en trempe , eft* autant qu’on le peut, de l’eau qui a déjà fervi, & que les Amidonniers nomment de Y eau-forte, Ils prétendent qu’elle avance plus la fermentation que des eaux claires & nouvelles. Mais pour le lavage de l’Amidon, il faut employer de l’eau très-claire.
- ARTICLE TROISIEME.
- De l'Amidon quon fait avec plufeurs fubflances, comme des racines d!Arum ? Arum vulgare non maculatum , ou Arum ve.nis alhis ; d'Afphodele : Afpho-delus albus ramollis, ou Alphodelus Ipiralis luteus Italicus flore magno ; des Vommes de terre : Solanum tuberofum efculentum ; ou des Marrons d*Inde : Hippocaftanum vulgare ; & quantité d'autres graines, fruits & racines,
- C o m M e la façon de retirer l’Amidon de ces différentes fubflances, revient à peu-près au même, je me bornerai à donner pour exemple les Marrons d’Inde* Il efl: certain qu’on peut faire de bel Amidon avec les Marons d’Inde ; & il y a cela d’avantageux , qu’on feroit un emploi utile d’un fruit qui n’efl: prefque d’aucun ufage. On lait que M* Bon, Préfident de la Chambre des Comptes de Montpellier , efl: parvenu à en faire une pâte pour la nourriture des volailles, en les failànt pafler par des leflives de cendres , pour leur faire perdre leur amertume. Mais la confommation de la cendre , jointe à la main-d’œuvre, néceflàire, rendoit cette nourriture allez chere. Je reviens donc à l’Amidon. Il faut dans l’Automne ramaflèr les Marrons d’Inde lorfqu’ils lont bien murs, les mettre en tas dans un grenier ou dans une chambre, fur un plancher fec, & dans un endroit où l’on puifle ouvrir les croifées, pour leur donner de l’air lorfqu’il fait fec, afin d’empêcher qu’ils ne germent & ne pourriflent ; cependant il faut auflî prévenir qu’ils ne fe deflechent trop, en fermant les croifées quand le hâle efl: confidérable. On en ôte l’enveloppe coriace & brune, & auflî la pellicule intérieure. Cette opération exige un temps affez confidérable , quand on ôte la première peau avec un couteau 9 Sc la pellicule intérieure en les frottant avec un gros linge neuf. Mais outre que par les expériences en petit que j’ai faites, il m’a paru que les envelçppes ne peuvent pas altérer l’Amidon , au moins quand il en refte peu, il ne paroît pas impoflible de trouver des moyens d’emporter promptement cette écorce , fi on fe propofoit de faire beaucoup d’Amidon avec ce fruit ; & il efl: certain qu’il n’y a que l’amande blanche qui puifle fournir de l’Amidon. On pile ces amandes dans un mortier de bois blanc, & non pas de chêne , qui coloreroit l’Amidon ; ou bien s’il s’agifloit d’opérer en grand, on les feroit pafler fous des pilons à peu-près Amidon. B
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- s FABRIQUÉ
- femblables àceux quon emploie pour le tan. Etantpilés de quelque façon que cê foit, on les met en trempe dans des baquets de bois blanc: cette eau qu’on verfe fur la pâte, prend une couleur verdâtre , & on la change tous les jours, jufqu à ce quelle ne fe colore plus. Alors , & c’eft ordinairement au bout de 4 ou J jours, on pile encore cette pulpe qui paroît fort blanche, & on la réduit en une pâte très-fine, qu’on met dans des baquets avec de l’eau nette , ou elle refte en fermentation pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures, plus ou moins , luivant la température de l’air ; de plus, il faut que les Marrons nouveaux y relient plus long-temps que ceux qui font vieux.
- Quand on juge que la fermentation eft fùffifante, on délaye la pâte dans beaucoup d’eau, & on palfe le tout par une toile de crin fine ; l’eau entraîne la partie farineufe, qu’on laifie fe précipiter au fond. Ordinairement l’eau qui fumage a encore une légère couleur verdâtre : en ce cas on l’ôte & on en met de nouvelle, jufqu’à ce quelle ne prenne plus aucune teinture; pour lors l’Amidon eft fait. U ne s’agit plus que de le fécher comme il a été dit plus haut.
- Il eft poflîble de retirer encore de l’Amidon du marc qui eft refté fur le tamis ; pour cela il faut le piler de nouveau, le laifler en fermentation avec de l’eau, & travailler ce fécond Amidon comme le premier ; mais il convient de le préparer à part, parce qu’ordinairement il n’eft pas auffi parfait que le premier.
- Après ce que nous venons de dire fur l’extraélion de l’Amidon des Marrons d’Inde , on parviendra aifément à en tirer des racines de beaucoup d’efpeces de plantes; car tout fe réduit à les monder de leur écorce , à les réduire en pâte, à les tenir plus ou moins de temps en fermentation, & à pafler l’eau chargée d’A-midon par un tamis fin, le lailfer fe précipiter, le bien laver, & enfin le
- deflecher.
- Le bon Amidon doit être blanc, tendre, aifé à réduire en poudre & bien fec. L’Amidon étant cuit avec de l’eau, fert à faire de la colle, de l’empois blanc, & bleu quand on y mêle du bleu d’émail. C’eft avec l’Amidon que les Parfumeurs font la poudre à poudrer. Les Teinturiers en emploient auflî beaucoup ; mais ce n’eft pas comme fubftance colorante.
- Les Cartiers confomment aufli beaucoup d’Amidon. Voyez cet Art.
- On en mêle avec le favon, pour faire des favonnettes communes ; il en entre même dans les paftilles que font les Confifeurs.
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- DE r A M / D O N,
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- ARTICLE QUATRIEME»
- Sur les Marrons d!Inde.
- M. Marcandicr a trouvé que le Marron dinde contenoit ün fuc fàvonneux & aftringent, qui eft, fuivant lui, d’une grande utilité dans les Manufaétures , non-feulement pour blanchir, mais encore pour layer les toiles & les étoffes* Afin d’obtenir ce fuc, il faut, dit-il, peler les Marrons, les faire moudre enfuite dans un moulin à bras, tel qu’on s’en fert pour le Malt ou la Drêche (*) :(il faut remarquer que la noix de ce moulin eft d’acier:) on peut aufll les râper. On les mêle enfuite avec de l’eau de puits ou de rivière : ce font les meilleures ; cette eau ainfi imprégnée , eft propre pour blanchir ou pour laver ; vingC Marrons fuffifent pour dix ou douze pintes d’eau. Pour donner à cette infufion la plus grande efficacité, M. Marcandier chauffe l’eau au point “de ne pouvoir y tenir la main ; & fi par ce moyen on n’eft pas entièrement difpenfé de faire ufàge de favon, au moins cela opérera une grande épargne. ^
- M. Marcandier a foulé, avec cette eau, des bas & des bonnets faits au métier, après quoi ils ont très-bien pris la teinture. Différents efîàis que lui & d’autres ont faits , en faifant fouler avec cette eau des draps 8c des étoffes, ont eu le même fuccès. Le linge lavé dans cette eau, prend une couleur d’un bleu célefte agréable, fur-tout fi enfuite on le rince bien dans de l’eau courante. M.f Marcandier affiire que des expériences répétées ont confirmé ces effets : il ajoute que fi on trempe du chanvre dans cette infufion pendant quelques jours1, les fils du chanvre fe féparent aifément. Quoique je ne prétende pas nier ce que dit M. Marcandier, il me paroît, d*après mes expériences faites en petit, que cette eau contient quelque chofe de vifqueux qui doit coller les uns aux autres les ftaments du chanvre lorjqùils font refroidis. L’Auteur de ce Mémoire rapporte les expériences fuivantes.
- Après avoir pelé 40 Marrons qui font tombés d’eux-mêmes, je les ai fait moudre ; je pris alors deux terrines de terre, & mis dans chacune la farine de ces Marrons. J’ai verfé fur l’une de l’eau froide, & fur l’autre de l’eau tiede ; l’eau froide après avoir formé une écume, comme auroit fait le meilleur fàvon , à fini par une liqueur blanche reffemblant à du lait. L’effet de l’eau tiede fut bien différent : il ne s’éleva point d’écume ; mais après avoir parfaitement détrempé la farine, l’eau prit une couleur de verd de mer. J’ai lailîe les infufions repofer douze heures ; 8c après ce temps l’eau dans les mêmes terrines avoit la même couleur, c’eft-à-dire, d’un jaune pâle, tel que la farine des Marrons: l’eau tiede avoit donc perdu fa couleur en refroidiftânt.
- ( * ) On appelle ainfi le grain germé & moulu grofliérement, qui fert à faire la biere.
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- S FABRIQUE
- J’ai enfuite divifé l’infufion faite avec de l’eau froide en deux parties ; fai ~verfé fur Tune de l’eau froide, & fur l’autre de feau tiede. L’effet fut comme auparavant ; la partie dans laquelle je verfai de l’eau froide , écuma & devint blanche , celle dans laquelle je mis l’eau tiede devint verd de mer, & en refroidifîànt jaune pâle comme auparavant. Je fis les mêmes expériences fur les autres infufions, & les effets furent les mêmes : les infufions froides, & même celles qui étoient refroidies, avoient le ta<51 doux & huileux ; étant tiedes le taéi étoit rude. J’ai remarqué que l’infufion qui avoit été tiede, n’écumoit pas fii facilement, même après quelle fut refroidie.
- J’ai fait laver de la toile, & même des étoffes de laine, en ma préfence, dans chacune de ces infufions ; les taches de tout genre furent ôtées ; ces étoffes ayant enfuite été rincées dans de l’eau de fource, elles reprirent leur couleur & leur propreté.
- Il auroit été à déjîrer que M. Marcandier eût dit de quelle nature étoient les taches, & aiff quelles étoient les couleurs qui ont confervé leur vivacité ; car il ejl très-probable qu'il y a des taches qui auroient réjîjlé a Iaction de cette eau favonneufe, & que certaines couleurs Jeroient altérées par ce lavage.
- Je conclus de ces expériences, continue M. Marcandier, que fi on pouvoir former la farine des Marrons en gâteaux ou en boules, elle fuppléeroit au favon pour laver & pour fouler les étoffes.
- La pâte qui refc au fuud de finfulion , devient une bonne nourriture pour la volaille, lorfqu’elle eft mêlée avec du fon.
- Tout ce que je viens de rapporter eft exactement le texte de M. Marcandier f fur lequel je vais faire quelques réflexions.
- l°. Veau blanche & laiteufe qu a obtenu M. Marcandier , ejl sûrement occa-fionnée par la fubftance farineufe qui fournit FAmidon.
- 2°. A F occafion de ce que M. Marcandier a remarqué entre les différents effets qua produit F eau froide & feau chaude qui ne fl point devenue laiteufe 3 je dirai que Ieau chaude ne me paroît pas propre a lextraction de I Amidon ; peut-être quelle cuit cette fùbflance qui exifle dans la plante, 6 quelle en forme une efpece d'empois qui devient très-adhérent aux parties fibreufes de la plante.
- 3°. Pour ce qui eft de la préfomption que M. Marcandier a9 que fi Fon pou-voit faire des pains avec la pâte de Marrons d'Inde, on pourroit s en fervir comme de favon$ il ri eft pas hors de propos de rapporter que fuivant M. *Ray, en Poitou & en Angleterre , les femmes hachent menu les racines , les feuilles & les fleurs de F Arum, & qu elles les pilent pour en former une pâte, quelles font macérer pendant trois femaines, puis quelles les pilent de nouveau pour en former des boules quelles font féchery & quelles s'en fervent, au lieu de favon, pour décraffer le linge. Au refle, je rapporte ceci fur la foi d'autrui, n ayant point éprouvé ce que je viens de rapporter d'après MM. Ray & Marcandier.
- ARTICLE
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- DE UAM1D O N\
- ARTICLE CINQUIEME,
- Expériences de M. Parmentier, Apothicaire de £ Hôtel Royal des Invalides:
- Ayant appris que M. Parmentier avoit fait des recherches fur les plantes qui peuvent fournir de l'Amidon, & les miennes s'étant bornées aux Marrons d'Inde & aux Pommes de terre , je l'ai invité à me Communiquer la partie de Ion travail qui regarde l'Amidon. Les réfultats font fort d'accord avec les miens f 8c je vais les rapporter, comme étant très-propres à confirmer ce que j'ai avancé plus haut*
- M. Parmentier dît que toutes les fomences ou les racines qui ont l'apparence farineufo, 8c qui peuvent le réduire en pâte, quelles que foient leurs propriétés, peuvent fournir de l'Amidon ; que pour l'obtenir, il ne s'agit que de les débarraffer des fobftances vifqueufes, âcres 8c corrofives qui retiennent l'Amidon , ce qui rend cette fubftance plus ou moins difficile à retirer des parties fibreufes.
- Il a retiré de l'Amidon des Marrons d'Inde, des racines de Bryone ou Cou-levrée, de Chiendent, d'Afphodele, d'iris de Florence, de Glaïeul, de Colchique , de Pied-de-veaü, & de quantité de bulbes charnues.
- La méthode de M. Parmentier, pour retirer l’Amidon de ces différentes plantes, revient à ce que nous avons rapporté plus haut : il fuffit, dit-il, de les foumettre à la preffe, en ajoutant un peu d'eau à Celles qui font peu foccu-lentes , & de recueillir, par le moyen des lotions, Une fubftance qui fe précipite au fond des vaifleaux , pour la faire enfoite fécher à la fimple chaleur du foleil. Voici un exemple qui rendra le procédé de M. Parmentier plus fenfible : il réduit les Marrons d'Inde en parties allez fines , en les râpant fur une râpe dé fer-blanc ; après avoir un peu humeété cette pâte avec de l'eau , il la met dans des facs de toile forte, & il en exprime à la preffe un foc laiteux & épais, étranger à l'Amidon qui refte dans le marc ; il le délaye dans de l'eau en le frottant avec les mains : il pafle enfoite la liqueur, qui eft trouble, par un tamis de crin , qu’il pofe for un vafe à moitié plein d'eau ; il fe précipite au fond une fécule douce au toucher & au goût, qui eft un vrai Amidon.
- On voit que M. Parmentier traite le Marron d'Inde 8c les autres fobftances dont il veut retirer l'Amidon, à-peu-près comme à Saint-Domingue on fait lé manioc pour avoir la caflàve ; la différence qu'il y a entre fon procédé 8c celui des Amidonniers, confifte en ce que ceux-ci détruifent les fobftances vilqueufos, âcres, cauftiques, &c, par un commencement de fermentation & beaucoup de lavages, au lieu d'employer l'expreflion, comme fait M. Parmentier & les Amériquains, pour ôter au manioc fon foc âcre & malfaifant, & en obtenir la caffave, qui eft la partie nourriffante. Il me paroît que le procédé de M. Par-
- Amidon. Ç
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- ro FABRIQUE DE LAMIDON.
- mentier feroit préférable à celui de M. le Préiident Bon, pour faire avec les
- Marrons d’Inde une pâtée pour les volailles.
- La fubftance ^muqueufe ou mucilagineufe qui retient la farineufe dans les graminées, eft, fuivant les expériences de M. Parmentier, douce, fucrée, bienfaifante, au lieu d’être âcre, cauftique & corrofîve, comme dans le Marron d’Inde, le Manioc, & quantité d’autres plantes.
- Il feroit déplacé de rapporter ici les expériences intéreflantes que M. Parmentier a faites , pour prouver qu’on peut tirer de quantité de plantes, les unes faines 8c agréables au goût, les autres malfaifàntes ou d’un gûot défagréable , une fubftance nutritive exempte du mauvais goût, & même des effets pernicieux qu’on attribue à certaines plantes. , ?
- Fin de la Fabrique de VAmidon.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- A u milieu de la Planche, on voit une làlle balle où Ton fait les premières opérations pour l’extraélion de l’Amidon*
- Figure r , Homme qui tire de Peau d un puits qui eft au milieu de la falle, & la verfe dans les tonneaux a, où font les fubftances qu’on veut mettre en trempe*'
- Figure 2 , Amidonnier qui pafle 1 eau blanche par un tamis c, dans la futaille b , où l’Amidon doit fe précipiter.
- d9 e9f, g9 Futailles où les fubftances propres à fournir de l’Amidon, {ont en trempe ou en fermentation, g, Trou de la bonde par où Peau inutile s’écoule quand on le juge à propos.
- La Figure 3 remue ou b rafle l’Amidon qu’il faut laver pour le blanchir.
- On voit au haut de la Planche l’Attelier où l’on fait fécher l’Amidon.
- Figure 4, Ouvrier chargé d’un panier rempli d’Amidon qui a été égoutté y mais qui eft fort humide.
- La Figure 5 met des pains d’Amidon fur des tablettes ii9kk9 ll9 qu’on place dans l’embrafure des croifées, pour que le foleil & un courant d air le deflechent.
- m, Mafles d’Amidon Amplement égouttées, & qu’on a apporté dans des paniers o.
- nn9 Pains ou morceaux d’Amidon de forme irrégulière, & qu’on doit étendre fur les tablettes ii9 kk9 IL
- p s Sacs de toile remplis de recoupes.
- q, Corbeilles plates dans lefquelles on mettoit l’Amidon pour le porter au four u , comme le fait l’Ouvrier r, Fig. 6.
- Nous avons dit que les Amidonniers n’étoient plus dans l’ufage de deflecher leur Amidon au four, mais dans des étuves dont nous avons donné la defcription. Ainfi ces corbeilles plates fervent à porter l’Amidon à l’étuve jc , & à l’étendre fur des tablettes , comme le fait l’Ouvrier Fig. 7.
- s 9 Petit efcalier pour monter à la porte x de l’étuve.
- On voit au bas de la Planche les uftenfiles qui font à l’ufage des Amidonniers. A, un Sac rempli de recoupes; B9 des Futailles; C9 des Baquets; D, des Seaux pour mefurer le gruau ; E9 des Tamis j F9 des Cribles; M N, des paniers pour tranfporter le gruau : ils font doublés de toile ; G, des Sebilles ; H9 des RatifloireS; /, des Balais; KL, un Crochet & une pelle : elle doit être de bois.
- Fin de VExplication des Figures.
- DE L’IMPRIMERIE DEL. F. DELA T OU R. 1772.
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