C’est en 1889 avec le « village nègre » et la rue du Caire, mise en scène d’un souk oriental avec ses centaines d’« acteurs indigènes » en costume, que la représentation de l’exotisme commence à s’incarner dans des stéréotypes qui légitiment la conquête coloniale par l’immaturité, l’arriération ou la sauvagerie des peuples conquis. L’Exposition de 1900 cherche encore davantage à distraire et à convaincre ses 50 millions de visiteurs en recréant sur l’esplanade des Invalides un empire en miniature, où les divertissements et les mises en scène factices, à force de reconstitutions authentiques, reproduisent le mode de vie supposé de l’« exotique » sujet colonial.
Entreprise de propagande au service du Parti colonial dont les représentants ne font qu’augmenter à la Chambre entre 1889 et 1902, l’Exposition universelle de 1900 avec ses souks et ses artisans tunisiens, ses attractions algériennes, ses rues de Tunis ou du vieil Alger, les ballets des danseuses cambodgiennes et les exhibitions ethnologiques derrière des barrières ou des palissades, ancrent pour longtemps dans l’ensemble de la population française l’idée de l’infériorité des peuples colonisés, à l’aune de la civilisation et du progrès occidentaux, et celle des bienfaits de l’entreprise coloniale.