Conférences de guerre [1914-1918]
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- Mesdames, Messieurs.
- Les métaux précieux, en particulier l’or, ne sont pas
- les seuls instruments d’échange monétaire. Nous allons nous occuper précisément aujourd ‘hui des succédanés de la monnaie; car, si la monnaie sert dans les échanges, il y a d’autres moyens qui, en' servant à résoudre les transactions, permettent de l’économiser.
- Avant d’entrer dans l’examen de ces succédanés, il n’est
- pas inutile de jeter un nouveau et rapide coup d’oeil sur la pro-duction et la circulation monétaire. La production de l’or a été de 1866 à 1875, de plus de 6 millards de francs; de 1876 a 1912, elle a atteint près de 44 millards; soit en bloc, 50 millards de francs depuis 1866. L’argent a donné, dans les mêmes limites,
- sur lemarché, 90 millards de francs.
- Sur ces masses métalliques précieuses, quelle a été la part de lafrappe? C’est assez difficile à dire, car il y a eu desfrappes, des fontes et des refrappes. D’un coté on frappe l’or qui vient des bijoux; d’un autre il y a de l’or qui échappe aux statistiques.
- Il en existe cependant: elles nous viennent des Etats-
- Unis.Les Etats-Unis sont un peuple jeune qui ne recule devant au-cune audace; ils se sont beaucoup attachés aux questions monétaires et ils estiment que lamonnaie métallique "or" est répandue dans le monde de la façon suivante:
- Stock monétaire or en 1895 - 21 millards 4
- 1900 - 24 millards 5
- 1905 - 29 millards 9
- 1912 - 38 millards 6
- Si nous passons à l’argent, nous verrons qu’il a diminué de valeur :
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- 1895 - 18 millards 7
- 1900 ~ 14 millards
- 1905 - 10 millards 6
- 1912 - 5 millards 7
- Au contraire l’argent divisionnaire, pour la monnaie calculée au pair, a légèrement augmenté. Il a un peu plus que doublé:
- 1895 - 3 millards 2
- 1900 - + millards 6
- 1905 - 5 millards
- 1912 - 7 millards 9
- Total or et argent:
- 1895 - 43 millards 3 1800 - 13 millards 6 1905 - 15 millards 5 1912 - 52 millards 2
- Si l’on ajoute à ces chiffres non pas le montant de ceux des billets de banque qui représentent les métaux précieux, parce que ce serait alors faire double emploi, mais seulement le montant de ceux qui sont la représentation du portefeuille, des effets de commerce, ou valeurs mobilières , nous arriverons aces chiffres: 1895 - 13 millards 2 1900 - 15 millards 2 1905 - 16 millards 7 1912 - 18 millards 5
- Par conséquent, tous les métaux nous donnent :
- 1895 ~ 56 millards 5
- 1900 - 58 millardsa
- 1905 - 62 millards 2
- 1912 - 70 millards 7
- Voilà, donc la moyenne monétaire ordinaire, qui,-@alpesè d’après les statistiques des Etats Unis, étaient à la disposition des nations de l'univers.
- Voici maintenant l'encaisse des/% grandes banques d’émission:
- 1° La Banque de France a augmenté sonencaisse or.
- Ces chiffres sont exprimés en millions et à la date du 31 décembre de chaque année:
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- 1895 ~ 1.950 millions 3
- 1900 - 2.334 millions
- 1905 - 2864 millions
- 1910 - 3.263 millions
- 1912 - 3.194 millions
- Depuis cette encaisse a augmenté dans de fortes proportions.
- 2° La Banque d’Angleterre avait au 31 décembre de chacune des années suivantes:
- 1895 - 1.090 millions
- 1900 - 713 millions + /elle reprend une moyenne normale/
- 1905 - 713 millions 3 ‘
- 1910 - 784 millions
- 1912 - 758 millions
- Nous verrons plus tard pourquoi Londres et l’Angleterre ont un stock d’or relativement restreint et trouvent le moyen des faire des affaires très considérables avec ce stock réduit.
- 3° L’encaisse de l'Allemagne a augmenté:
- 1895 - 713 millions
- 1900 - 625 millions
- 1905 è 745 millions 5
- 1910 - 826 millions 2
- 1912 - 971 millions
- qu’elle a , à cette époque, fait augmenter dans des proportions en vue de la guerre qu’elle prévoyait prochaine,
- 4° Si on ajoute les Etats-Unis qui ont augmenté leur trésor comme encaisseurs, on a:
- 1905 ~ 3.860 millions
- 1910 - 6.520 millions
- 1912 - 6.606 millions
- Vous voyez que cela représente une somme, que l'on pour-rait presque appeler somme d’immobilisation, assez considérable, car si on additionne horizontalement les encaisses de ces banques on trouve qu’elles s’élèvent à
- 1895 - 3.753 millions
- 1900 - 3.772 millions 5
- 1905 ~ 8.182,Millions 8
- 1910 -11.393 millions 2
- 1915 -11.529 millions
- Si, d'autre part, on veut évaluer les stock métallique des principales banques d’émission du monde entier, on voit qu’il s’élève à
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- 1905 - 7.623 millions
- 1912 - près de 15 millards.
- Mais bien qu’on constate que cette somme, qui fait la ri-chesse des banques, soit considérable il s’en faut de 38 millards qu’elle n’atteigne la production totale.
- C'est qu’il faut tenir compte de la consommation industrie le de l’or et de l'argent. Celle de l’or atteignait, il y a quel-que chose comme 15 ou 20 ans, environ 60 millions pour les Etats-Unis. En additionnant aujourd ‘hui ce qui est utilisé dans le monde entier,- on s’en rend compte par le poinçonnage - on aboutit à 320 millions. Toujours par le même procédé - ce qui prouve que les chiffres sont exacts, sinon absolument, dans leur teneur, du moins dans leurs rapports- les Etats-Unis ons constaté que bon an, mal an, on dépense industriellement 850 millions d'or. Un bon tiers au moins va, donc à l’industrie: cette proportion n’a rien d’invraisemblable: presque tous les bijoux se font en or: on ne fait plus de montres en argent, on les fait plutôt en acier bruni. On ne voit plus que des anneaux de mariage en oré, et ce ne sont plus des fils comme autrefois, ce sont de véritables petits colliers massifs.
- Ce qui me porte à croire que les 18 millards d’or qui sont dans les encaisses des banques et les 20 ou 21 millards qui circulant ne représentent pas tout l’or qui existe certainement, c’est qu’on ne peut pas invoquer le frai, c'est-à-dire l’usure de la monnaie. L’or des banques , en effet, ne s’use pas plus que celui qui est entre les mains des thésauriseurs. Un millard d’or n’arrivera pas à perdre annuellement plus de une valeur de 90 à à 100 mille francs , ce qui porterait le frai de tout le stock en circulation à 7 millions 1/2 par an. Il y a donc, dans certains pays, plus d’or que n’en accusent les statistiques officielles,
- II- est encore un élément dont il faut tenir compte, c’est
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- la rapidité avec laquelle circule ma monnaie; c’est un problème qui a été étudié par beaucoup d'économistes; s'il est très diffi-cile de le préciser en formules mathématiques, il est facile, par des exemples, de faire comprendre comment la monnaie peut être plus ou moine employée.
- Prenons le cas d ‘un marchand de bestiaux, qui arrive en foire; chez le banquier de la ville où il va, il a un compte. Il se fait donner 3.000 francs avec lesquels il achète des boeufs, qu'il paye, comme toujours, illico. Le marchand achète à son tour des moutons, au comptant , bien entendu, et l'éleveur, qui habite le pays, s’empresse d’aller porter ces 3.000 francs, à la banque d'où ils viennent. Le sorte que la même somme a donné lieu à 4 opérations.
- On peut se faire une idée d'ailleurs de la vitesse des opérations, si on examine les comptes courants, par le mouvement du débit et du crédit.
- IL apparaît donc très clairement, qua'vee le stock moné-taire très réduit, il serait impossible de venir à bout de toutes les opérations commerciales et financières. Cela nous amène à l'objet proprement dit de cette conférence, c'est-à-dire à l’étude des moyens qui permettent d’économiser la monnaie.
- On a recours , en premier lieu, à ce qu’on appelle des virements de partie. Le procédé est très simple; vous avez, par exemple, de l'argenté, chez un banquier. Vous devez 25.000 francs à Paul. Vous donnez l’ordre à votre banquier de les lui donner. Le banquier débite votre compte, et crédite celui de Paul de ces 25.000 francs.
- Il y a eu d’abord économie de temps et de peine; ni vous, ni Paul n’avez eu de démarches à faire. On est arrivé en même temps à supprimer une circulation d'or, opération qui ppésente
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- toujours quelque risque quand il s ‘agit de grosses sommes. C’est ainsi que, par extension, à la Banque de France, nous avons un système de virements, par mandats rouges (roses , en réalité) c’est aujourd’hui, par centaines de millards que s’opèrent ces v irement s.
- Même avant d’employer les virements, par le mandat tel qu'il existe maintenant, 11 a fallu autrefois arriver à en réali-ser du même genre. De là, la lettre de change, telle qu'elle est congue aujourd'hui, qui est un ordre de payer à unetierce per-sonne, à jour fixe ou à vue, sous de certaines conditions, une somme déterminée.
- Il est int éressant à ce sujet de remonter le cours des âges: 250 ans avant Jésus-Christ, on connaissait déjà les vire-ments. Il est question dans un plaidoyer d'Isocrate, d’un procès qui donna lieu à de nombreuses plaidoiries d’où on a pu extraire quelques renseignements ut iles. Un voyageur originaire du Pont -Euxdn, Stratoclès, était venu pour affaires à Athènes. Il y rencontra un habitant nommé Pasion, qui devait aller au Pont, y toucher des créances. Après arrangements, sans que de l’or ait été sorti, Stratoclès regat de Pasion une traite sur son père qui habitait le Pont. L'avantage pour l’Athénien fut très appréciable: à cette époque où la navigat ion était très diffidies, où les navires étaient à la merci des moindres orages, il évita les dangers d’un long voyage, qui aurait pu être préjudiciable à sa personne et à la provision emportée.
- La lettre de change proprement dite n’est guère en usage que depuis le 13ème siècle; c’était un véritable mandat de paiement dont se servaient les Templiers qui ont été à leur époque les plus grands banquiers internationaux; trésoriers des Croisades, ils ont eu recours très souvent à cette sorte de mandat, pour opérer leurs mouvements de fonds de l’Occident sur l’Orient, et vice versa.
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- La lettre de change moderne n’est autre que l'ancienne lettre de change améliorée. C’est un instrument de crédit, mais un instrument monétaire. Vous savez que par l’endossement, vous pouvez passer une traite à beaucoup de personnes. Un commerçant qui a un compte ouvert chez un banquier lui envoie ses papiers ses effets à l’escompte et ce sont ses remises qui couvrent son compte c’est-à-dire qui sont portées à son crédit suivant les conditions fixées, soit avant l’encaissement, soit après, soit qui on lui fasse des avances. Mais cettetraite, qui lui sert de mode de paiement peut passer entre plusieurs mains et couvrir plusieurs dettes. Lhoyld, un Anglais, se rappelait qu’au cours d’une en-quête monétaire (elles furent nombreuses en Angleterre ) il avait vu une traite qui portait 120 endossements si bien qu’elle n’était plus assez longue: on avait dû y coller des papillons qui la faisaient ressembler à une queue de cerf volant.
- En résumé, la lettre de change apparaît donc comme le moyen d ‘échange par excellence: différente du chèque qu’on emploie aujourd'hui et qu’on lui préfère, elle réunit à la fois la sécu-rité et l’économie de temps et de numéraire.
- La lettre de change devait fatalement amener la création du billet de banque, qui est une espèce de monnaie. Ilest plus récent qu’on ne croit. Ses origines sont controversées. Les uns prétendent que les reçus de dépôts d’or, chez les orfèvres, circulaient comme de véritables bons et passaient de main en main. D'autres affirment - et peut -être les deux versions sont-elles vraies- que les certificats de la banque de Stockholm avaient droit de circulation et étaient acceptés au même titre que l’or et l’argent; on a eu l’idée de représenter par des billets de banque soit les encaisses métalliques des banques , soit les por-tefeuilles commerciaux et les portefeuilles titres qu’elles avaient en dépôt. Pour rendre général l'usa @ du billet de banque, on lui
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- donna le cours légalé , ce qui veut dire que les commerçants peu-veut s’en servir pour effectuer leurs paiements. Il ne faut pas confondre le cours légal avec le cours forcé. Dans le cas du cours légal, on conserve toujours la faculté de se présenter aux guichets de la Banque pour y échanger des billets contre de l’or; au cours forcé au contraire, elle n’est pas tenue de rembourser Il est décrété dans les moments de crise, comme ceux que nous traversons.
- On saisit aisément ce qui distingue le billet de la lettre de change. Tandis que l’une est soumise à des signatures d'endos-sement, l'autre est une lettre de change à vue, au porteur. La première est sujette à prescription. Le second est toujours remboursable, même après 40 ou 50 ans.
- Nous allons maintenant aborder l’examen d ‘un des autres succédanés de la monnaie: ce sont les compensations. Les chambres de compensation actuelles , qu’on a crues très modernes, ne sont que la copie d’une chambre de compensation qui semble bien avoir été la première en date et qui est celle de Lyon.
- Lyon, par sa situation géographique, au confluent du Rhône et de la Saône, à l’entrée des vallées qui lui permettent de communiquer avec le Midi et le Nord-Est, avec l’Alsace et la Lorraine, et même, par a Loire ( les caravanes allaient jusqu’à Roanne et descendaient la Loire), avec l’Ouest, était appelée à jouer un grand rôle au point de vue économique et financier. Admirablement placée, Lyon a vu en fait sa puissance commerciale s’accroître de jour en jour depuis le 12ème siècle. C’est qu’elle a donné naissance à toute une population active et intéressante de chefs d’entreprise, adroits, instruits et qui sont l’honneur de La Erance. Ils n’ont pas craint de s’expatrier, ils sont allés en Amérique, en Sibérie, dans tous les pays du monde, et ce n’est
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- pas aux industriels lyonnais qu’il faut adresser le reproche de ne pas sortir de leur pays dont il s ont contribué pour une grande partie à développer les exportations. La situation privilégiée de Lyon lui a permis de recevoir ceux qui s’y sont venus installer. Elle s’est toujours montrée très accueillante.
- Elle a vu arriver chez elle, venant d'Italie, des Floren-tins, gens d’affaires généralement, banquiers chassés de leur pays par les querelles intestines, et par les entreprises fiscales que ne craignaient pas de susciter contre les riches le parti dé-mocratique, parvenu au pouvoir. Cela a jeté Florence par terrel quand on fait peur aux capitaux, ils s’en vont. C'est Lyon qui a profité de cet exode.
- Les Médicis, ces banquiers qui, grâce a leur or, ont é-pousé des reines et des princesses, ont fait appel a son hospitalité. Aux Florentins s‘ajouter entres Luquois , des Génois, des Phéniciens, hommes qui en apportant à Lyon leur science des af-fairesé, l’aidèrent à se dresser devant Genève, qui était déjà une cité très forte et très riche.
- A l’histoire de Lyon se rattache celle de Jacques Coeur, Peu d'honnes se doutent que c’est un homme sorti du peuple qui a rendu à la France sa force au moment où elle allait succomber. Elle était alors en grande détresse. Charles VII n’était plus qu’un roi fantoche. Pendant que les frères Bureau de Bourges, après avoir organisé l’artillerie, chassaient , avec Jeanne d’Arc, les Anglais tout puissants, Jacques Coeur prenait la direction des finances du pays. On connaît son rôle: administrateur sage et ferme, il dissuada Charles VII d’écouter les mauvais conseils de ses courtisans. Sur ses instances, à l’exemple des Anglais qui tenaient encore Paris, Charles VII cessa de frauder les monnaies. Voyageur averti, Jacques Coeur suggéra au roi de France l’idée de créer,
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- en face des foires de Genève, les foires de Lyon.
- Les lettres patentes des premières datent de 1544. Il y en avait + par an, en coïncidence avec celles de Genève. Elles duraient chacune 15 jours et avaient lieu à Quasimodo, en Août, en Novembre et en Janvier à la Fête des Rois. A dire vrai, la création des foires de Lyon n’était pas une innovation: elles é* étaient la continuation de celles de Champagne, que la guerre de Cent ans avait fait disparaltre et qui ne Jouissaient pas d’une indépendance suffisante. A Lyon, au contraire, liberté absolue Même les statuts que leur donna en 1463 Louis XI qu’on n’a pas assez l’habitude de considérer comme un roi économiste, n ‘avaient pas pour but de l’entraver. Toutes les monnaies étrangères y étaient reçues. Toutes les marchandises y étaient admises: pas de douane, pas d’octroi.
- Tous les peuples y ont droit d’entrée. Un seul en est exclu, l‘Angle terre. Nous sortions de la guerre de Cent Ans; on craignait en les attirant en» France, de leur donner l’envie dry revenir et d’y rester. On n’a pas encore parlé, comme le feront les philosophes du 1gème siècle, de la liberté de circulation des marchandises et des monnaies, et cependant l'institu tion de ces foires a été conçue avec une largeur de vues, inconnue de notre époque. Henri III, par l’ordonnance de 1578, décida qu’aucun agent de l'Etat, ou de ses provinces ne pourrait forcer un commerçant à lui présenter ses livres de commerce. Aussi vit-on affluer la clientèle de tous lespays du monde, du Nord, du Midi, de l’Orient, de l’Occident.
- Il faut encore une fois constater que tout n’est pas nouveau de ce qui nous étonne. Si les hommes qui agitents de graves questions financières, avec la prétention de les résoudre en 48 heures, avaient l'habitude de les aborder à la lumière du passé, en sachant profiter des expériences de l’histoire, ils commetraient
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- moins d’erreurs. Nous sommes à peine à la fin du 16ème siècle et déjà on faisait des compensations, c’est-à-dire qu'on échangeait les traites de telle sorte que les dettes de l’un couvraient, et réciproquement, les créances de l'autre. Plusieurs exemples tiendront lieu de définition.
- Supposez qu’un marchand de Lucques soit débiteur d’un mar-chand de Genève. ils envoyaient à Lyon l’ordre de payer.
- Voici un autre cas: un marchand de Gènes doit à un marchand de Genève qui ne peut pas aller à Lyon. Le Génois remet sa promesse de paiement à un banquier, qui se charge de toucher l’argent, ou de le faire toucher par un autre banquier. Ce sont deux banquiers qui se substituent au débiteur et au créancier. Bien entendu, le marchand de Gênes, pour acquitter sa dette, avait donné à son banquier le moyen de la liquider, ce n’était pas toujours de l'argent; cela pouvait être une traite tirée sur un autre que le banquier emportait, et qui lui donnait le droit de toucher de son coté*
- On peut se demander quel était le mécanisme de ces opérations, en apparence compliquées. Les compensations, vous le comprenez, ne se composaient pas seulement d’une part de débiteurs, de créanciers d’autre part. Les marchands étaient à la fois débiteurs et créanciers et faisaient entre eux des virements. Ils se réunissaient tous à la loge, dite loge des changes, ou loge de Florence, sous la présidence du consul florentin, remplacé plus tard par le prévôt, et se communiquaient leurs carnets. D'après ces carnets, ils dugeamtn jugeaient s’ils devaient ou non accepter les traitesprésentées: ils mettaient simplement une petite croix devant le nom de celui dont ils acceptaient la traite et cela suf-
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- fisait. Une fois tout établi de concerté, on faisait le compte des changes sur les différentes places, ceux qui avaient un solde ou n’avaient pas de papiers devaient payer en deniers comptants.
- Il y eut ensuite quelques abus: ils sont dus probablement à l’in-tervention des pouvoirs publics, sans doute en peine d’argent; on imposa des droits, un contrôle. Les affaires pâtissent toujours de l’ingérence des gouvernements. Malgré cela les foires de Lyon restèrent durant deux siècles le lieu de rendez-vous de l’univers entier; pendant tout ce temps là, elles ont permis d’économiser la monnaie dans des proportions considérables, en mhe temps facilitaient qu‘elles=faisatent le calcul du taux de l’intérêt et du change.
- Les lyonnais sont restés très fiers de l’antique origine de leurs foires. Afin de doter encore de plus de crédit ces sortes de marchés ouverts, d’où l’on avait essayé de bannir le plus possible la surprise, propice aux mauvaises intentions, on avait créé une sorte de tribunal qu’on appelait "la Conserva-tion" Ces tribunaux décidaient des litiges entre commerçants: on les écoutait, on les respectait . Celui qui aurait tenté de se soustraire à une de leurs décisions se serait vu interdire la ville de Lyon, de ses foires, de ses affaires, le jour où il aurait eu l’intention d y revenir.
- bien
- Il semblesque les Lyonnais aient vu s’organiser les premières chambres de compensation. Si l’on excepte les Chinois qui auraient, paraît-il, connu un système s’en rapprochant,-chaque marchand avait un carnet à deux colonnes où il indiquait à son banquier ce qu’il devait payer, ce qui donnait lieu à une sorte de bordereau - tous les autres peuples ont pris modèle sur 0 elles; c’est d’elles que se sont inspirées les célèbres "clearing houses".
- Le mécanisme en est assez simple. Dans une salle, «d’apparence moins solennelle que la loge florentine de Lyon, les
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- A doit a B - 100.000 frs c - 50.000 D- 80 000
- banquiers se font représenter par des employés, chargés de recevoir les bordereaux, qu’ils placent ensuite dans -le casier affecté à chaque banque. Tous les soirs, on établit les balances.
- Une fois, le règlement terminé, il est porté à la Banque royale • Ce système a rendu à l’Angleterre d’immenses services. On s’explique que Londres, avec un chiffre d'affaires plus considérables que les nôtres, ait pu y satisfaire avec un stock restreint de numéraire. Londres est devenue de ce fait par excellence la place des changes.
- Afin de vous faire toucher du doigt l’avantage des chambres de compensation, je ferai passer devant vos yeux un tableau où j'ai examiné à dessein plusieurs combinaisons possibles.
- J'ai supposé qu’il ydavait compensation 2 à 2. Encaissement à opérer mutuellement par les 4 banques A, B, C, D.
- C doit à | D doit à A - 6 0.000 fre A - 100.000 frs
- B - 120.000 B - 50.000
- D - 70.000 C - 25.000
- B doit à
- A - 90.000 frs
- Ç - 150.000
- D - 30.000
- Total du numéraire pour encaissement direct: 925.000 francs
- Par le système des compensations
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- B verse à A=10 mille frs
- B reçoit de C=30 mille
- B verse à D=20.mille Ec onomi e : ( 90 + 30) x 2 = 240,000 frs D reçoit de A - 20,000 frs B verse à B= 20.000 frs D verse à C = 45.000 frs
- Ec onomie :
- 25 x 2 = 50.000 frs
- Economie : 790.000 francs
- Numéraire employé: 135.000 francs.
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- Si au lieu de compenser 2 à 2 les banques convenaient de verser leur économie de numéraire, dans une caisse commune, A ne verserait que 20.000 francs
- B compenserait
- ersgGit
- C compenserait
- et B verserait 5.000 francs.
- 25.000 francs suffisent pour régler toutes ces compensations.
- Il est facile de comprendre par une règle très simple, la règle des combinaisons; pkus il y a de banques pour faire les compensât ions, me ins de monnaie exigent ces banques.
- avec 10 banques, nous aurons 10,%9 = 45 combinaisons
- avec 20 banques : 20,712 = 190 combinaisons.
- S'il y a 22 ou 23 banques clearing à Londres, il y aura donc 190 comb inaisons possibles.
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- L’instrument qui sert en Angleterre à ces compensations n’est autre que le chèque barré. C’est la consécration d’un ordre de chos ses, tout à fait généralisé chez nos voisins. Les industriels, les commerçants, la plupart des particuliers ont un compte en banque : on paye même son loyer à l’aide de chèques. Tout aboutit au clearing où se fait la compensation.
- L’éloge du chèque n’est plus à faire. Il y en a de deux sortes ; Le chèque découvert, que n'importe qui peut toucher, et qui est très rarement employé, le chèque barré, celui qu'on a introduit en France ; entre les deux barres parallèles se trouve l'indication "And C°" qui signifie que seule une banque peut le toucher. Si l’on veut le spécialiser, on y inscrit le nom du banquier à qui sera réservé le privilège exclusif de cette opération. On peut dire que le chèque, en dehors des heures de crise, est un instrument admirable, dont il serait à souhaiter que nous nous servions davan-tage après la guerre.
- Nous avons vu qu’il nous venait d'Angleterre. C’est un prêté pour un rendu. L’Ecossais Adam Smith, nous doit les idées dont il s’est fait le champion. L'histoire des "clearings" est intéressante à cet égard. Venues après les foires de Lyon, elles en sont en quelque sorte des filiales . D’après Gibbon, le plus vieil auteur, ou du moins le plus considéré, dit que c'est Edimbourg qui a vu la "Première clearing house". Londres et Edimbourg n’ont jamais possédé les mêmes sentiments économiques, en particulier au point de vue du crédit, ou des changes, parce que les banques d’Ecosse sont restées longtemps libres d’émission. Londres ne les aurait connus que plus tard. Mais un fait assez curieux, c'est que l'idée ne vint pas des banquiers, mais des garçons de recette, qui, ayant entendu parler de la pratique d'Edimbourg, se mirent d’eux-mêmes à l’imiter. Loin d’en être blâmés, ils reçurent des félicitations ; quelque temps après,leur innovation était adoptée officiellement et amenait la création des chambres actuelles, fondées en 1873, c’est à dire 10 ou 12 ans après celles d’Edimbourg. Aujourd’hui on en compte 48 à Dublin, 1 à Manchester, 53 à Nex-York, 56 à Boston, 65 à Chicago. ”
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- Les Allemands ont été amenés plus que nous à user des cham-bres de compensation. La Reichbank fait les compensations de toutes les banques de l’Empire, et les statistiques ne nous donnent pas un compte exact du nombre de virements qu'elles opèrent journellement.
- C’est aussi en Allemagne en 1910 qu'a été créé le chèque pose tal. Depuis cette époque, en dehors de celle de Berlin, une "caisse du chèque" fait les compensations sur toutes les places de l’Alle-magne.
- Si l’on veut faire un tableau récapitulatif, pour le monde entier, du montant des compensations on aboutit au chiffre inouï de 1300 à 1400 millions.
- La France n’y entre que pour une faible part. Cela vient de ce que les Français ont toujours préféré au chèque le billet de banque, payable à vue, non prescriptible. La Banque a été ainsi amenée à augmenter progressivement le chiffre de ses émissions. On allait, avant la guerre, tout droit à 6 ou 7 milliards. Mais il ne faudrait pas y chercher, comme le font les Allemands, un signe pour nous d'embarras financiers.
- Vous le voyez, je suis arrivé aujourd’hui à la fin de ma 5ème conférence, après v/ avoir amené, par des chemins en apparence Retournés, à l'explication, à la possession des questions intéressant les changes. Quand on les traite "ex abrupto", sans connaissances spéciales, en dehors de l’expérience de l’histoire et des faits, on risque de s’accrocher à de petits cas particuliers. J’ai tenu à vous montrer l’influence primordiale des métaux précieux et de la monnaie sur les changes, parce que toute transaction se résout toujours par une de ces compensations par un paiement quelconque, et ce paiement ne peut se faire sans l’existence des métaux précieux.
- Il est glorieux de constater que nous avons eu toujours chez nous des changes favorables. La crise que nous traversons n‘‘est que passagère ; aussitôt terminée, cette guerre si longue, les affaires pourront reprir cours, et la France retrouvera
- (es E avec son crédit traditionnel sa situation prépondérante.
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