Conférences de guerre [1914-1918]
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- Mesdames, Messieurs,
- Les divers modes de coopération des sociétés de prévoyance à la vie de l’état, de la nation, en temps de guerre, peuvent, semble t’il, se ramener à trois chefs principaux que je vous demande la permission de poser et de distinguer d’abord pour mettre quelque clarté dans un sujet qui ne va pas sans complication, ni parfois sans subtilités: la coopération des fonds, des capitaux des sociétés de prévoyance, la coopération de leurs services et enfin la coopération qui résulte du concours de leur personnel et de leur organisation à des institutions et à des p oeuvres qui leur sont étrangères, mais qui se rattachent à lawid vie nationale en temps de guerre.
- Sur le premier point, la coopératio n des capitaux, la question est moins simple qu’elle ne paraît et il faut y apporter quelque précision et quelque comparaison pour se rendre un compte exact de l’espèce d’apport que peuvent fournir les sociétés de prévoyance à la nation en temps de guerre. La force élémentaire de la capitalisation est l’épargne, qui est définie, par les écom-mistes, la"mise en réserve de l’excédent de la production ou du gain sur la consommât ion.#
- C'est faire acte de prévoyance déjà que de ne pas vouloir vivre au jour le jour et de prévoir qu’il y a pas suite de circonstances faciles à deviner, à supposer , des journées et quelque fois des semaines et des mois, à la fin de la vie, des années pendant lesquelles ni laproduction, ni le gain ne seront capables de suffire aux exigences de la vie journalière. L’épargne ainsi définie, comme tout le monde le sait, est l’objet chez tous les peuples civilisés d’une législation particulière qui correspond à la création d’organismes qui portent le même nom et sur la nature desquels il convient de s’arrêter.
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- Il s’agit, vous le savez , les caisses d’épargne.
- Quel est le rôle des caisses d’épargne et quel concours peuvent-elles apporter à la vie et à la défense nationales ?
- Sue cela, pour en décider, il faut s’arrêter un peu à la notion, revenir un peu sur la notion de l’épargne et chercher quels sont ses propres caractères: eh bien ! elles est individuelle, l’épargne, elle ne se confond jamais dans l'or-ganisme auquel elle est confiée, av ec les épargnes voisines; les oeuvres des caisses d’épargne ne sont nullement collectives et à tout moment tout déposant est maître de sa part du âépotgénéral.
- En second lieu, cette épargne comme toute épargne en général est exempte de spécialisations, c’est-à-dire qu’elle ne vise pas un cas particulier de l’avenir ou des possibilités en vue desquelles une personne peut-être amenée à épargner. Le déposant peut retirer la somme qu’il a confiée à la caisse d'épargne, tantôt pour suffire aux besoins d’une maladie, d’une installation, de l’éducation d’un enfant, d’une dépense imprévue dans l’achat d.tun champ, d’une propriété. Par essence l’épargne est une réserve d’ordre général qui sera employée au hasard , dirai-je, des besoins courants et il résulte que l’épargne est et doit rester disponible. Par définition , une caisse d’épargne est obligée de mettre à la disposition des déposants (sous la réserve des règlements généraux) le montant de leurs dépôts à toute heure: ce sont des dépôts à vue. Eh bien: Messieurs, est-ce qu’une richesse de cet ordre se prête facilement aux coopérations de la vie nationale auxquelles je fais allusion. Assurément, et en principe les caisses d’épargne sont la meilleure réserve à laquelle peuvent recourir les gouvernements lorsqu'ils font un appel de réserve, comme par exemple, l’emprunt qui s ‘achève aujourd 'hui.
- Qu’est-ce qu’un emprunt national fait dans les condit ions
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- où s’accoplit celui que nous voyons se passer sous nos yeux ? Le mot d’emprunt n’est presque pas exact car l’emprunt signifie généralement un capital qui est loué à une autrepersonne.
- Là, c’est la nation qui s’emprunte à elles* elle-même ou plutôt c’est elle qui fait appel à ses propres ressources. Imaginez la citoyen nation comme une immense société anonyme dont chaque se-rennaime est actionnaire en proportion de ses moyens, Th bien i la société menacée par quelque concurrence, par quelque accident sent le besoin d’appeler une part de son capital. C’est tout le capital disponible de la nation qui est toujours en jeu dans les décisions souveraines qu’elle prend. Elle ne 1 ‘appelle pas tout entier, elle appelle un dixième, un quart. Ce n'est pas un emprunt et l’on comprend en ce sens le taux élevé que la nation offre en échange de cet apport de capitaux; ce n’est pas un louage, c'est l’affirmation de la profonde croyance du pays en l’avenir; c’est l’affirmation de sa croyance en un avenir de prospérité qui ne marquera pas de suivre la victoire car la victoire ne sera pas seulement pour nous la délivrance d'une situation militaire pénible, mais la délivrance d’une situation économique plus dangereuse que l’autre et si la nation fait appel à ses actionnaires pour la délivrer de tous les tentacules qui l’enveloppent c’est comme si elle affirmait sa foi dans ses destinées.
- Les caisses d’épargne pourront-elles lui fournir toute leur réserve ? En principe, il en devrait être ainsi; mais vous savez ce qui se produit en f ait; quoique le dépôt à la caisse d'épargéne soit à vue, c'est-à-dire susceptible de retrait Journa-Lier, en réalité on sait parfaitement qu’une personne qui a commun-cé à déposer à la caisse d’épargne considère comme un sacrifice et comme une déchéance de retirer une partie du dépôt qu’elle a fait. Aussi les caisses d’épargne ont-elles, suivant la loi et suivant la nature des choses, consolidé les capitaux
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- qui leur ont été confiés. Elles ont acheté des rentes 5ul1 1 & i
- elles ont par conséquent un compte courant sur l’etat et si chacun venait à retirer son dépôt, l’Etat devrait nécessairement le rendre, il en résulterait une crise particulière, une chute des valeurs d’état et c’est pourquoi chaque fois que des difficultés considérables se produisent, une législation des retraits de fonds de caisses d’épargne est décidée. Vous savez qu’on ne retire maintenant qu^une partie, 50 francs par quinzaine; cependant le Parlement et le Gouvernement ont compris qu’il fallait desse r-rer un peu les liens en présence des circonstances, qui s'of-fraient de mettre les 1 ou 5 millards des caisses d’épargne a la disposition de l’état et ils ont décidé que tout déposant pourrait retirer de la caisse d’épargne une somme égale à la somme nouvelle qu’il apporterait pour sa souscription; celui qui apporte 1.000 fr peut retirer 1.000 francs de la caisse d’épargne. Si l’épargne dy. bas de laine était illimitée, on voit que 2 millards pourraient en être retirés qui se compléteraient par 2 millards de fonds pas
- courants. Je ne connais et personne ne connait le montant exact des souscriptions des caisses d’épargne, mais il faut se féliciter d’avoir en cas de crise , une caisse libre et disponible comme celle-là. En face de cette caisse libre de l’épargne est la caisse fermée des assurances. Ceux qui, au lieu de se borner à économiser jour par jour suivant leurs moyens et suivant les circonstances des sommes qu’ils mettent à leur disposition en cas de besoin, ceux qui réfléchissent sur les risques de la vie journalière et qui, mesurant ces risques à leurs moyens cherchent à sten délivrer, à s’en protéger dans la mesure la plus efficace et la plus large possible vont s’assurer, c'est-à-dire portent la portion de leur épargne ou de leur économie à des associations, à des sociétés, à des compagnies ou à des institutions d’assurances. Cette portion est calculée sur le résultat qu’ils en veulent obte-
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- nir. Tel voudra s’assurer contre l'incendie, tel voudra s’assurer contre le décès prématuré c’est-à-dire versera chaque année une somme telle qu’au bout d’un certain temps, à sa mort ou à un certain âge par l’assurance mixte, lui ou ses ayants-droit toucheront les sommes qu’ils estiment devoir êtrelaissées par lui avec les risques que courent sa femme ou sa famille. Messieurs, de très vastes capitalisations résultent de cette méthode, Sont-elles disponibles pour un cas analogue à celui que signifie l’emprunt ? Non, elles ne le sont en aucune fagon, car l’essence de l’assurance est la consolidation du moyen pour obtenir la fin. Je suis assuré sur la vie, si je veux retirer les sommes , accumulées depuis 20 ans que je suis assuré, je perdrais mes droits. Si mÊe cette année te ne payais pas les milliers de francs que je dois, je perdrais mes droits, par conséquent le capital assuré resteindiviauel, à moi, il n’est pas collectif, il représente, dans la masse totale de la sâciété ou de la compagnie ma participation au résultat qui se résoudra en des indemnités individuelles, mais il n’est pas disponible, pourquoi ? Parce que il est spécialisé; c’est pourquoi l’assurance n’a rien pu fairepour l’emprunt; je ne dis pas que desgrandes sociétés d’assurances n’ont pas déplacé une partie de leurs capitaux, mais elles l’ont fait avec infiniment de précautions.
- Voici donc en quoi consistent les caisses libres et les caisses fermées. J'arrive à celles qui nous intéressent, les caisses de sociétés de prévoyance , qui ne sont ni libres, ni fermées, qui sont mixtes et cela à cause du caractère très particulier, très original de l'opération de prévoyance dans les associations qu’on a coutume d’appeler des mutualités, la prévoyance en France ayant pris le caractère mutuel, surtout depuis un demi siècle et plus particulièrement depuis la loi du premier avril 1898. Quel est le caractère particulier qui signale l’opération de prévoyance ? C’est que le prévoyant
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- retourne les termes du problème, et qu’au lieu de se demander d ‘à bord quelle est la s mme qu’il faut attribuer à telle opération
- pour obtenir tel résultat, ce qu'il faut payer pour laisser derrière soi 3.000, 4,000 ou 10,000 francs, ce qu.il faut laisser pour couvrir les chances d'incendie d’une maison de 10, 20, 100 mille francs, au lieu de considérer d ‘abord les risques et puis la couverture, c'est-à-dire de rechercher ce qu'il faut payer pour couvrir un risque déterminé, il se demande d’abord ce qu’il peut payer, étant données ses ressources, afin d, affecter la couverture quelle qu’elle soit, quelle qu’elle pourra être aux risques généraux qui menacent sa vie.
- D'où vient cette inversion de méthode qui est infiniment salutaire en son principe? De ce que, Messieurs ce sont les prévoyants qui ont frayé la voie à l’assurance et que ne sachant pas d’avance quels étaient les risques ni leur amplitude, il leur a fallu marcher en supposant le problème résolu et en mettant simplement à la disposition d’une caisse générale ce que chacun pouvait distraire de ses ressources individuelles afin de couvrir l’ensemble des risques, des difficultés qui menacent la vie.
- Ainsi ces sociétés de secours mutuels ont commencé par ne s’attacher qu’aux risques de maladie, disons mieux, cet mots sont trop savants, elles ont entrepris de soigner les maladies qui viendraient à se produire dans les rangs de la société, les soigner par l’intervention des remèdes pharmaceutiques et puis d’une petite indemnité de chômage, car celui qui est malade chôme. Il convient de soigner le malade et aussi d’empêcher sa famille de mourir de faim. Que fallait-il donner pour cela ? Nul ne le savait et aujourd'hui il serait difficile de le dire. Les sociétés ont demandé un sou par jour, 1g francs par an à leurs membres et sont entrées généreusement dans la carrière. Les succès ont couronné leurs efforts, non pas que 18 francs suffisent pour couvrir toutes les mauvaises chances que la maladie accumule autour de nous, mais il ne s’agissait pas de se=gner soigner chacun des /Bib. "
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- membres de cette société; ce qu’il y a d’admirable dans cette société c’est qu'elle fait jouer le remède sur le point essentiel seulement où il est nécessaire; vous savez que sur 10 personnes qui se lèvent, il n'y en a qu'une qui soit gravement atteinte dans sa santé et dans ses moyens; cependant les 10 ont versé des cotisations; l’économie des neuf autres se concentrera sur la tête de celui qui est malade; ce n’est plus 18 francs, c’est 180 francs je sais bien que pour les petites maladies, ce n’est pas 1/10 qu’il faut compter, mais 1/5, puis il ne s’agit pas toujours de secours spéciaux, il faut des secours généraux. Au moins ces 18 francs sont une amorce que la société ait fructifier-, quelle double, qu’elle triple; car comme il se trouvait des sociétés pour secourir et faire fructifier l’épargne, il s’est trouvé des caisses mutuelles qui ont obtenu depuis la loi de 1898 et même déjà depuis 1856 un intérêt de faveur, et puis une subvention : cette subvention pour le moment est de ofr50 par individu, ce n’est pas grand chose, c’est quelque chose quand il y a des milliers
- de membres; et puis, vous le savez, les aînés de la famille humaine, les plus heureux parmi les travailleurs, ceux qui n’ont guère connu les difficultés de la vie, mais qui les
- ont devinées par les intuitions du coeur, entrent dans c es sociétés non pour en profiter mais pour y porter leur concours désin-téressé. Ce sont les membres honoraires. Sur 250 mille sociétés
- de secours dénombrées au 1er Janvier 1913, 11 y avait 535 mille membres honoraires, 535 mille Français qui estiment quel‘oeuvre est bonne, qu’il convient d’en être, et qui d’ailleurs par une admirable mesure que je trouve aussi prudente que généreuse, ont été assurés que Bi les hasards de la fortune venaient à tourner contre eux et s’ils avaient besoin des secours qu’ils apportent aux autres, ils seraient traités comme membres participants pourvu qu’ils aient été membreshonoraires pendant quelques années.
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- Voici comment les mutualités se forment.
- Un sou par jour, on a trouvé cela un peu faible, alors quelques sociétés ont demandé ? sous, 36 francs par an avec lesquels on couvre non seulement la maladie, mais tous les secours de longue maladie, pas tout à fait l’invalidité, mais les maladies de 2 et 3 ans; on couvre même la souffrance des vieillards considérés comme des malades. La vieillesse n’a pas d’autre fait que de diminuer la force et le santé* Si à 60 et 80 ans, nous a-vions lamême vitalité qua vant, l’âge ne signifierait rien. Nous devons donc voir dans la vieillesse une espèce de présomption d’invalidité, une espèce de tendance à la maladie qu’il faut couvrir par une assurance spéciale. Puis l’idée de retraite est venue, on a doublé ce capital. Maladie, invalidité, vieillesse, assurance de décès, voici ce qu’on a fait. On ne savait pas où on allait, mais la nation est là avec sa générosité et sa sagesse pour venir en aide à ceux qui manquent, à ces groupes de prévoyants qui n’ont pas le courage de se mettre à la charge de la société, qui ont la prétention de rester dignes et responsables, quelles que soient les menaces de la vie, et qui veulent laisser en santé tous les molécules de la vie sociale. Cela vaut bien le concours de tous les départements , de toutes les institut ions, de toutes les peuvres et de tous les citoyens, qui ont à coter, l'amour de l'humanité. Cela, étant, comment sont constituées les caisses des sociétés de prévoyance et comment pourront-elles se mettre à la disposition de la nation en as de besoin, en cas d’emprunt na-tional ? Les sociétés font comme les individus, elles économisent sur leur revenu chaque année non en vue de produire un certain résultat, mais de parer aux dépenses qu’elles entrevoient possibles; et c’est ainsi qu’aux approches de la guerre une somme globale de 700 millions avaient été épargnées par elles. Cette somme figurait à deux comptes, le compte d’un fonds commun inaliénable et le compte de fonds libres ên compte courant,
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- Ces 700 millions ne valent plus que 600 millions, vous savez pourquoi: ce sont des valeurs qui ont étéé achetées au pair et-valent, si c’est de la rente, 66%; les chemins de fer ont également fléchi; ce sont toutes ces valeurs qui expriment le crédit national. Or, si peu que la France souffre de cette crise ou plutôt si courageusement et si vaillamment qu’elle la supporte il est clair qu’elle est profondément atteinte, les 300 millions de fonds commun qui sont capitalisés en rentes sur l’Etat inaliénables, nous ne pouvons pas y toucher et nous sommes bien empêchés de les mettre à la disposition de l'Etat.
- En Allemagne, les Allemands ont admis la faculté de reporter indé-finiment leurs rentes et leurs emprunts antérieurs dans les emprunts nouveaux. Si la mutualité qui possède 300 millions de francs voulait les mettre à la disposition de 1‘Etaté, ce serait faire tomber la rente du renoncer à une part du capital qui ap-partient à cette rente. les autres 300 millions de francs, ce sont des économies de gestion et à peine 1/3 représente le fonds courant nécessaire pour la vie de la société pour couvrir les cotisations qui ne sont pas payées tous lesjours: il reste donc environ 200 millions de francs. Nous les an ons demandés aux sociétés de secours mutuels.
- Personnellement et avec d’autres, j’ai eu l’honneur de visiter toutes les grandes villes, ces temps-ci, et comme disait St-Paul, à qui je ne veux pas me comparer, «tous les collèges de notre obedience", partout notre parole a été entendue”; il y avait 200 millions environ de fonds libres disponibles à la rigueur en supposant que pas une société ne manquât à son devoir, et j’ai la joie de vous dire que nous avons réalisé plus de 1/5 millions; à Bordeaux, 432 sociétés étaient représentées. Chacune d’elles s’est engagée séance tenante à mettre à la disposition de l’Etat la totalité du crédit qui n’est pas nécessaire à sa vie journalière. A Lyon nous avons eu 6 millions séance tenante, /Bib CNAM
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- Les sociétés de Paris ont founni-25 millions. Les sociétés des Pré fectures que j’ai eu l’honneur de réunir, considérant le devoir de mobilisation des capitaux comme un devoir de mobilisa-tion personnelle, ont déclaré n’avoir que 2 millions de libres mais qu'ils déposeraient 1.750 mille francs dans les caisses de l'Etat. La mutualité a fait cela. Voilà, Messieurs, le premier des concours qu'ellepeut apporter à la vie nationale, le concours • de ses fonds.
- Ai-je besoin de vous dire que ce n'est pas le principal ? Si j'en ai fait état, c’est qu’en ce moment l’appel des épargnes disponibles du pays fait partie du service patriotique le plus par étroit et le plus profond, mais ce n'est pasvun apport d’argent que la mutualité sert généralement les intérêts supérieus de la nation, c’est par l’organisation des institutions répara-trices, auxiliatrices, et préventrices qui sont la condition même de la vie de la santé du pays. Quels sont les services de la mutualité ? 11 y a d'abord les services ordinaires, les services actuels; la mutualité est continuelle. Oui, Messieurs, et cela je puis le dire sans réserve, malgré les difficultés que je vais vous indiquer. Les ressources de la mutualité qui sont de
- 85 millions par an se composent, pour moitié à peu près d’intérêts d’arrérages, de subventions et de ressources extraordinaires
- et, pour l’autre moitié, de cotisations directes, et bien que le mutualiste ne soit nullement une personne qui entre dans les institutions pour en profiter, chacun d’eux contracte une obligation en même temps qu’il acquiert un droit. Onne reste pas 6 mois dans une société sans apporter sa cotisation, cotisation proportionnée aux faits cherchés par les statuts, aux fonctions établies par eux eh bien., si nous admettons que la mutualité met de coté 15 millions à peu près, qu’elle dépense par conséquent 70 millions, il y a environ 30 ou 35 millions de ces 70 millions qui viennent des
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- ressources extérieures, ressources extraordinaires. Comme je le disais plus haut , les cotisations, nous ne pouvons en temps de guerre compter sur celles de tous, celles des mobilisés par exem-* ple. Comment voulez-vous que quelqu’un qui est au fro t puisse
- continuer de payer une cotisation qui suppose la continuité de son salaire et aussi la jouissance des avantages de la société?
- Il ne paye pas; même parmi les femmes,-car la mutualité a 1‘hon-neur de comprendre des femmesy( il y en a trop peu encore, mais il y en a ) - il y en a beaucoup qui ne peuvent pas payer leurs cotisations. Le père de famille est absent, rl la mère a perdu ses ressources, l’enfant, à qui demandera’t’il les 2 frs 50 ou les ) 3 francs nécessaires à entretenir sa cotisation à la mutualité
- scolaire ? Il faut compter qu ‘un =465= quart à peine peut entrer dans les caisses. Va-tton continuer néanmoins les services qui réclameront autant d’argent quà *auparavant . Nulle société n'a songé à abandonner des vieillards, des infirmes. Ces sociétés mangent leur avoir; elles donnent à lEtat ce qu’il faut pour le défendre et d’autre part elles vivent sur leurs économies. Elles ont mille fois raison. Nous le leur avons conseillé. Pourquoi avons-nous mis de coté ces 700 millions? Ce n’était pas pour former une main-morte destinée à peser sur le marché, ce 9 n’était pas pour devenir capitalistes, et faire concurrence aux
- 4 sociétés d’assurances, c’était en cas d’éventualité, de crise hu-
- maine ou nationale comme celle ci, qui réclament un supplément de' forces, pour que les sociétés de secours aient recours à cette réserve et que les services soient maintenus. Nous pouvons être tranquilles. Et cela non seulement au point de vue des services
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- anciens, mais encore des servicestransf ormés, des services que la guerre transforme, et, je vais dire quelque chose d’énorme, des services qu’il est heureux quela guerre nous ait obligés à transformer. Car vous savez bien qu’en ce moment des réformes s’es-
- quissent - Je n’ose pas dire se réalisent -s'inaugurent; elles
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- sont appelées par tous les moralistes ‘et par tous les hygiénistes depuis de longues années et la vie sociale n’avait pu arriver à les opérer. L'alcoolisme par exemple est le chancre qui ronge le plus cruellement la société, qui arrête sa natalité, qui créé et développe la tuberculose, qui affaiblit la race. Nous n'avons ja-mais pu, malgré tous nos efforts, nous tous collectivement, obtenir la plus petite restriction a ce mal. Le fait de la guerre amène les pouvoirs publics bien timidement a tenter quelques gestes. Ils ont compris qu’ils avaient quelque chose à faire.
- Quelle est donc la grande réforme qui s'impose chez nous et que, sans la guerre, nous n'eussions jamais apportée ? C'est celle de la transformation du service de maladie, de service individuel qui il est en service collectif. Vous savez ce qu’a été jusqu'à présent notre service de maladie, c’est la forme la plus embryon-naire, la plus humble qu’il soit: on attend que quelqu'un soit malade, on attend 5 jours pour s’assurer qu’il est bien malade, il écrit, on dui envoie le médecin, le médecin l’examine et s’il y a lieu indique le médicament, on lui sert une indemnité jusqu’à ce qu’il soit guéri puis il est remis dans les rangs de la société, il avait peutetre besoin de nous pour avoir le médica-ment, mais non pour entreprendre cette besogne élémentaire et infime. Il faut comprendre la nature de la maladie telle que la société la fait apparaître depuis les travaux de Pasteur, I1 n’y a presque pas de maladies individuelles, presque toutes sont sociales c’est-à-dire résultent du fait de la société, elles sont contagieuses; on attrape des bacilles, qui se développent dans des conditions déterminées, ces baccilles sont ceux du croup, de la tuberculose. Voilà des maladies qui ne sont que l'expressic de l’état d'insalubrité de la vie sociale, de la maison sociale française. Nous parlons de la France, c’est vrai ailleurs, mais parons de la France, La France est infectée, le bureau de poste, l’eau, l'air. J’entends bien que nous vivons tout de même. Nous vivons. Messieurs, avec 22 décès; nous vivons dans des villes
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- comme le Havre, où le décès de l’enfance est de 30 % tandis qu’à Londres et dans d'autres villes que je ne veux pas nommer, la moyenne est de 5 %. Nous vivons avec la tuberculose. Certains chiffres ont été dénoncés dans une conférence présidée par le Doc-teur . 65.000 tuberculeux, Messieurs, aptes a porter
- les armes ont dû être retirés. 3 divisions Ut Et oui, nous vivons: La France, avec la douceur de son climat et la douceur de ses habitudes, s'est laissée aller avec trop d * indifférence
- dans sa vie hygiénique sociale au sens étroit du mot. Est-ce que la méthode que je viens de vous donner est suffisante pour lutter contre un pareil état de choses ? ? Faut-il attendre que le mal soit fait, faut-il attendre que la brique soit crevassée pour y mettre un peu de mastic , la remastiquer jusqu’au jour où elle tombe ? Non,. Il faut examiner les conditions du mal et y remédier de la même fagon • A mal social, remède social, méthode sociale, soins collectifs, organisation d’examens médicaux tri-mestriels, surveillance des individus, surtout de l’enfance, prévention superposée à l’éducation, création de méthodes absolu-ment nouvelles, qui s’imposeront un jour de telle sorte que la mutualité pourra faire ce qu’elle ne peut faire avec les méthodes actuelles. Il va lui revenir du front une foule de gens qu’on ne pourra pas soigner un à un, il faudra créer non seulement une méthode nouvelle, elle existe peut-être déjà, mais un organisme nouveau , des dispensaires, des sanatoriums, se résigner à aller chercher le mal dans ses racines .au lieu d attendre qu'il ait éclaté ou d’attendre ses manifestations extérieures. Vd-là ce que nous avons à faire. Nous nous y préparons; l’alliance hygiénique sociale nous y aide. Sans sortir des services qui existent, il y en a de nouveaux à créer; nous n’avons jamais donné jusqu'ici, ni aucune société, le secours d’invalidité. Pensons y pour les anciens tuberculeux qui sont remis, pour les blessés qui ne se remettront jamais, pour les mutilés àqui il faudra autre
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- chose que de petites rentes d’état qu’ils devront aller chercher, à des guichets, avec despapiers et qui, le reste du temps seront abandonnés à toutes les mauvaises suggestions du désespoir. A qui va ton confier ces services que vous voyez se multiplier ?
- Eh bien 31 c’est ici que j'arrive à la dernière partie de cet entretien et qu‘après avoir examiné le concours des fonds et le concours des services, je tiens à voir le concours que les sociétés de prévoyance pourront apporter aux pouvoirs publics à la nation, par une foule de fonctions défensives, d’opérations entre sanitaires et sociales que seuls leurs cadres pourront prendre.
- Dans notre pré cèdent entretien, il y a un mois, j’ai essayé de vous montrer comment l'association était le meilleur organe d’exécution des lois sociales et comment les lois sociales korsquroklont lorsqu'elles se bornent à des préceptes généraux s'adressant à des individus, sont inefficaces; lorsqu’elles émanent d'administrations, elles sont vexatoires et onéreuses. Le meilleur moyen, vous disais-je, c’est d’associer à l’exécution des lois sociales les associations qui ont entrepris précisément de réaliser les améliorations que ces lois veulent compléter ou parfaire. Ainsi il y avait des sociétés de retraites avant la loi des retraites ouvrières. Il y a des sociétés qui font le secours d'invalidité et de maladie avant l’assurance contre la maladie et l’invalidité, mais ce n’est pas seulement pour l’exécution des lois que j’estime que les associations ont leur place marquée dans
- la besogne sociale, c’est pour toutes les fonctions de prévoyance
- sociale. C’est surtout pour une fonction, dont je vais vous parler
- brièvement parce que vous la connaissez bien et parce que vous en
- pensez autant de mal que moi-même. Nous sommes tous d’accord, n’est
- ce pas pour reconnaître que l’assistance en soi a toute espèce d‘inconvénients; elle est tardive, on attend que le mal soit fait pour intervenir, il faut que quelqu’un soit bien malade pour lui
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- porter un secours; elle est onéreuse, vexatoire et,nous l’avons tant de fois démontré, elle est inefficace. On ne relève pas quelqu’un qui est tout à fait tombé, il faut lui tendre la main au moment où il trébuche, il faut qu’il soit soutenu par le bras du camarade qui marche à la même besogne. Ce n'est pas=set-ement== seulement pour le fond que l’assistance est mauvaise. Il est bon de faire la charité, mais elle a un défaut, la charité,, c'est qui elle est déprimante; elle amène cette espèce de dépression dont je parlais l’autre jour et qui me faisait rappeler le mot de Vau-venargues qui disait "le pire danger de la mésère=et=ée===ess±s= t-ance-ezest=t±en s-y=hebitue servitude, s’est qu’on sy habitue," le pire danger de la misère et de l'assistance c est qu’on s'y habitue aussi, et qu’on ne fait plus effort pour en sortir. Ce-ne n'est pas seulement cela qu’il faut combattre: ce qui est encore mauvais dans l’assistance , ce sont les organes qu’elle est obligée d'employer. Loin de moi l’intention de méconnaître ce qu’il y a de bonté, de générosité dans le Directeur, les chefs de services, de l'assistance et même dans le personnel. Je connais, j'estime, et j ‘admire M. Mesureur et tous ses collaborateurs
- Ils font ce qu'ils peuvent, mais leur intervention, c’est toujours un bureau, un guichet indifférent qui ferme à telle heure, méconnaît la dignité et l’intérêt humain. Ils ne peuvent pas dis-tinguer une mère d ‘une autre mère, La première est peut-être une misérable, la deuxième , peut-être meurt pour son enfant. Ils ne peuveh pas f aire ce filtrage. Une administration ne peutexercer loyalement, honnêtement et utilement l'assistance. In Allemagne, on a cherché à remédier à cet état de choses qui est général et connu partout. Il y a le fameux système de Dusseldorf qui fait de l’assistance un service public que chaque citoyen doit comme l’impôt, comme le service militaire; il y a une liste de gens aptes a l’assistance et c’est leur tour pendant une semaine tous les mois, tous les deux mois, ils sont chargés d’un groupe de 10,
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- 12 ou 15 familles. Et même en Amérique, j’ai vu cela à Boston, on n’admet pas que ce soit l’employé indifférent ou pressé, occupé
- à datutres choses, qui soit appelé à juger de certaines choses. Ce serait difficile à établir chez nous d'emblée, mais il y a une armée de gens qui sont tout prêts à remplir cette mission, ils la remplissent déjà, ce sont les mutualistes. M. Audiffrey a fait la proposition suivante: de confier cette mission d ‘assistance à des sociétés de mutualité, avec des commissions supérieures de surveillance. Nous ne demandons pas mieux, mais avec une personnel qui ait 1 * éducat ion civique. Qu ‘estce que posséder 1 ‘éducation civique ? C’est connaître le mérite de l’épargne qui est une force individuelle, qui suppose l’initiative, la responsabilité; c'est connaître les bienfaits delà solidarité daiprès lesquels l'épargne individuelle est inutile, vaine, je ne dirai pas nuisible, mais égoiste; l’épargne collective, l’épargne mutualiste au contraire est féconde et concentre sur la même tête tous les efforts des intéressés en même temps qu’elle associe tous les intérêts à un effort général. Messieurs , les mutualistes ont • une éducation civique profonde. Je puis le dire, jai passé mon temps à dire ce que faisaient les autres, je ne v eux pas m'enor-gueillir des bienfaits de la mutualité, ‘c’est en regardant mes amis de Paris et de province, en jugeant de leurs efforts, en vo-yant les difficultés auxquelles ils sont en proie et legénéro-sité qu’ils emploient à cet égard que j ‘ai connu et eu cette expérience de la prévoyance mutualiste, de la vie en commun , de la défense en commun de ce qu’il y a de plus profond, de plus sacré dans la vie: la santé, la liberté et la dignité. Messieurs, l’idéal serait évidemment que l'assistance fût exercée par une société de prévoyance, l’idéal serait que tout le monde fit parti des sociétés de prévoyance. Je vais plus loin, je dépasse même cette thèse de Paul Boncourt, le federaliste économique qui tente voudrait que les forces écomoniques de la nation sussent _
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- sentées par des associations fédérées, gardant chacune leur autonomie, g‘unissant pour le résultat. Je voudrais un fédéralis-me social, l’idéal serait une société composée d’associations groupées et où la plus élevée, la plus digne dominerait les autres. Je rève. Messieurs. Eset-ce bien le moment ?
- Oui, je le crois, car on rève mieux quand on est rappelé au de-dans de soi par des crises comme celle que nous traversons, quand on a un père, un fils, un frère, au danger qu'on ne sait pas s'il vit encore au moment où l'on parle, quand on ne sait pas ce qu'il adviendra de la patrie , on rève, mais en dedarfs. Oui, 11 faut rêver, et d’autant mieux que qu’est-ce que fait la France.? Elle se bat, pour la sécurité, pour son indépendance; elle se bat pour sa dignité, mais est-ce que tout cela ne touche pas à un rêve qui oblige a une solution du problème humain? Ist-ce que la France n’est qu’une nation, ou est-ce qu’elle ne se glorifie pas d’être une nation qui a pour idéal, d’être le soldat de l’avenir ? Voilà ce que nous sommes et ces mots me ramènent a l’esprit ces beaux vers d’un poète dont j’ai quelquefois évoqué le nom ici et qui a eu gà, et là quelques intuitions comme
- en ont ces mages qui font métier de poésie. Ce poète trouve quee par=
- c'est un symbole naturel et nécessaire que nos soldats aient ent=abandonné la garance, qui se voyait de loin mais qui était le symbole de la gloire militaire, pour prendre le bleu d’horizon qui est le symbole de l'avenir, d’une humanité meilleure et plus fraternelle.
- Adieu garance,
- dit-il, il faut se faire une raison
- Et qu’à moins s'exposer, le héros se résigne. Mais de vous habiller , l'horizon seul est digne,
- Vous qui de l’avenir, êtes la garnison
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- Défendre l’avenir en habit d’horizon
- oh: le bel uniforme et la belle consigne 1
- c’est un signe, ce bleu. Vous vaincrez,par ce signe
- Leur gris de casemate et leur brun de prison.
- Je crois puisqu'ils n’ont pris que des couleurs de, terre qu’il est bon, qu’il est juste et qu’il est salutaire
- Qu’on s'habitue à nous confodre avec l'azur
- .................................. puisque Berlin et Vienne
- **.......• qu'un mur,
- Que notre armée à neuwsipit l’horizon qui vienne,
- = P
- S n NCA
- Na 57
- Bib.
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