Conférences de guerre [1914-1918]
-
-
- M. HEIM, 2 Mars 1916 —-
- Alimenter de matières premières notre industrie dans la période d’après guerre est l’un des problèmes qui à l’heure présente préoccupe à juste titre les esprits dans le monde industriel. Beaucoup de ces matières premières nécessaires, indispensables sont empruntées au règne animal, au règne végé-tal. L'étude scientifique de leur production est donc une étude agricole ou plutôt intéressant la biologie ou connais-sance des êtres vivants; comme l’étude de l’industrialisation
- de ces matières premières est du ressort de la technologie et qu’il est commode de désigner par unseul terme l’ensemble de nos connai ssances sur ces questions, on peut recourir au terme général de "biotechnie"pour indiquer l’étude du problème
- S relatif à ces matières,
- (3SN03— C'est un sujet de réflexion tout d’actualité de se rendre compte de l’importance du rôle déjà capital et qui s’accroîtra encore des matières exotiques dans la-production industrielle moderne.
- Je désire vous montrer aujourd ‘hui comment certaines matières exotiques peuvent être la base, le point de départ d'industries nouvelles.
- Il m’a semblé qu’il y aurait pour cela une méthode très pratique; c’est de vous demander de jeter un coup d’eeil non pas sur l’avenir, mais sur le passé: il est infiniment plus sûr de conclure sur le passé, sur le présent que sur l‘avenir.
- Nous nous poserons comme but de la causerie de ce soir deux questions:
- Dans le passé, certaines matières exotiques ont-elles été la base d’industries nouvelles, sont-elles la base d’industries florissantes ?
- S
- 0' 02 ( O) 02 5 60 S > cë A 02 O 3 9 6 X 0 02 O $
- A & to ( 3
- • cô 54
- Page de titre 1r - vue 1/36
-
-
-
- p.1v - vue 2/36
-
-
-
- méritent de devenir la base d’industries nouvelles ?
- Nous choisirons naturellement des exemples empruntés aux matières lesplus courantes et si vous vous posez la ques-/
- tion dans toutes ses généralités, vous me répondrez à priori: mais oui, certainement, j'ai à l’esprit comme l’a tout esprit cultivé le rôle dans l’alimentation, dans les industries textiles,dans une foule d’autres industries, d’une foule de matières exotiques.
- Prenons quelques exemples précis:
- Prenons des exemples dans l’industrie del‘alimenta-I tien: Y a t'il une matière plus exotique que le cacao ? Y a t'il une industrie plus florissante que celle qui transforme
- le cacao en chocolat ? Broyer les graines de cacao, les mélanger avec de la vanille, c’est mélanger deux matières exotiques; lesmélanger ensuite avec du sucre c’est encore les mélanger avec une autre matière exotique.
- Le plus simple pour nous convaincre c’est de jeter un coup d'aeil sur les objets eux-mêmes. Nous envisagerons deux points de vue: la production et la matière première dans l'industrie.
- - 1° Nous sommes transportés dans un pays producteur de cacao au moment où la plante sort du sol. C'est une plantation encore jeune; l'arbre ou plutôt l’arbuste atteint la taille d'un nègre et va donner des fruits utiles.
- 2° Nous sommes ensuite dans une cacaoyère dans une île de la possession anglaise de la Trinidad.
- 3° Voici les ombrages d’une cacaoyère dans le centre d e 1 ‘Amérique.
- 4° Une branche isolée du cacaoyer; feuilles longues terminées en une pointe infléchie. La feuille est verte à la
- p.2r - vue 3/36
-
-
-
- p.2v - vue 4/36
-
-
-
- 1 AR
- 1
- partie supérieure et rose à la partie inférieure, d ‘un rose très agréable à la vue.
- 5° En couleur: détail des fleurs qui poussent à l’aisselle des feuilles tombées.
- 6° Quelques exemplaires des différentes formes de cabos-ses. Si on rompt l’enveloppe qui est épaisse, ligneuse et du-teuse, on trouve beaucoup de graines noyées dans un muci lage Si on recueille les graines on trouve l'amande qui est la partie utile.
- 7° Différentes formes commerciales de cabosses •
- 8° Récolte du cacaoyer qui consiste à recueillir la cabosse avec une petite hachette.
- 9° Triage des cabosses; on élimine celles qui sont plus ou moins gâtées; on ouvre la cabosse et on en fait deux parts. La partie extérieure est rejetée pour servir de fumure; l’autre est enfermée dans un récipient et transportée. Il est nécessaire pour que les graines de cacao puissent servir qu ‘ elles subissent une certaine fermentation dont lanature est assez mal définie et qui donne un arôme de terroir.
- 10° En Portugal, cuve de fermentation; on les agite et au bout de trois ou quatre jours, on les sèche.
- 11° séchage: on l’effectue à l’aide de sécnoirsart ifi-ciels, d’autres fois à l’air libre sous le soleil ardent.
- Séchcris Séchoirs en olein air, sorte de claies où les graines sont exposées aux intempéries; s’il y a une tornade, un ouragan, la récolte peut-être perdue.
- 12° Voilà alors des séchoirs roulants montés sur des vagon-nets; s’il y a un ergas orage, on les rentre sous les hangars.
- Le cacao étant ainsi transporté en Europe est transformé en chocolat.
- 13° Triage des graines: les graines sont distribuées à des
- p.3r - vue 5/36
-
-
-
- p.3v - vue 6/36
-
-
-
- 1 1
- femmes très habiles qui effectuent le triage et les bonnes graines sont envoyées à l’usine.
- On torréfie le cacao dans des grilloirs.
- 14° Grande usine de fabrication du cacao. Une meule pour écraser le cacao. Le cacao est mélangé au sucre, aromatisé avec de la vanille et écrasé en poudre très fine.
- Le cacao retombe dans le cylindre en poudre impalpable et mélangée au sucre. Il est nécessaire de le broyer une deuxième fois sur des cylindres.
- 15° Cylindres de fabrication en action.
- Quand le cacao est bien broyé, on le débite en lui donnant la forme voulue et il est mis en tablettes; il prend sur des tables spéciales la forme de véritablestablettes de cho-colat .
- Enfin, il est nécessaire, parce que le cacao est mou, de lui donner une dureté suffisante; on le place sur des tables à secousse où on le réfrigère.
- Puis il est entouré de papier d’argent et prend une ferme commerciale.
- Quelques chiffres nous donneront une idée.
- Chaque Français consomme environ 1 kg. de chocolat par mois , La France importe 28 mille tonnes de chocolat. Quant à l’importance de l’industrie productrice, on a calculé ce chiffre amusant: si on additionne la quantité de chocolat fabriqué en 3 jours de travail, on dépasserait rapidement la hauteur de la
- Tour Eiffel.
- p.4r - vue 7/36
-
-
-
- p.4v - vue 8/36
-
-
-
- 1
- LA
- 1
- Co me deuxième matière essentiellement exotique, nous trouvons le caoutchouc.
- Pour l’étudier il faudrait plusieurs séances.
- Nous jetterons un coup a ‘oeil ranide sur les lieux de la production du caoutchouc et sur la transformation industrielle qu’il subit dans nos usines.
- Les plantes qui produisent le caoutchouc sont des régions de l’Amazone, de grands arbres qui aiment les régions maré-cageuses.
- Projections : 1° Dans l'Amérique, le Para.
- Feuille de caoutchouc, feuille petite à grosses grai-nes ressemblant à une euphorbe et appartenant d’ailleurs aux euphorbiacées. L'arbre est très grand de dimension.
- 2° Plantation d'Hevea dans l’Amazone.
- 3° En Malaisie, un ouvrier incise l’arbre plus grand qui peut être exploité; dans toutes ces plantes en caoutchouc ce qui est intéressant, c’est uns sorte de liquide,de latex qui se trouve dans la portion corticale des branches. De ce lait résulte la gomme qu’on appelle le caoutchouc. Le Malais a fait des incisions qui saignent. Le lait qui s’en écoule est des s
- d ‘un blanc pur qu’on recueille dansl tasses en métal.
- 4° Voici les instruments d’incision: le canif, la palette qu’on trempe dans la atasse et qu’on porte au feu; sous l’influence de la chaleur ou de la fumée à laquelle un de ces exploitants présente la palette, le caoutchouc se dépose sous forme de pellicules. Il retrempe à nouveau sa palette dans le lait et reforme une nouvelle pellicule.
- 5° Un autre arbre à caoutchouc: le easr castel.... arbre primitivement sauvage qui fait maintenant l’objet d’une exploitation.
- 6° Une des branches: Feuilles cotonneuses.
- 7° Le céara, cultivé dans le Brésil. Arbre beaucoup
- p.5r - vue 9/36
-
-
-
- p.5v - vue 10/36
-
-
-
- J o 1
- moins grand.
- 8° Voici une feuille et une fleur de manioc, arbre dont on a essayé d’extraire du caoutchouc.
- 9° Lianes qui escaladent les arbres très élevés des forêts ou rampent dans les forêts.
- 10° Lorsqu ‘on incise les rameaux de ces arbres en obtient du lait qui se coagule et donne du c aoutchouc plus ou moins parfait. Le fruit est comme une orange.
- Quelquefois, on traite ces lianes autrement; on recueille le caoutchouc en tapant sur les tiges qui coagulent le caoutchouc.
- Lorsque le caoutchouc est transporté sous forme de boules, il peut contenir certainesimpuretés, on veut alors en retirer les pierres, les impuretés. Pour cela on engage la masse de caoutchouc dans des cylindres tournant à des vitesses différentes; sous l’influence de ce laminage et du courant d’eau qui passe dans les cylindres, le caoutchouc passe à l’état de graisse. Le caoutchouc est repris et séché; quand il est bien sec, on le mélange au soufre avant de le cuire. Le caoutchouc n’est élastique que quand il a été cuit à une tempéra-ture voulue avec du soufre; c’est ce qu’on appelle la vulcanisation. On le met entre deux cylindres de même vitesse, le caoutchouc est réduit en pâte; dans une augette, on met une certaine quantité de fleur de soufre; le tout est broyé; si on veut mettre des charges minérales, c’est à ce moment qu’on fait l'incopporation. Quand le caoutchouc est en pâte , on le moule dans des formes qu’on veut lui donner; on le cuit à une température plus ou moins élevée.
- C’est dans des autoclaves que se fait ce travail.
- Cette industrie si importante , basée uniquement sur l’utilisation d’une matière essentiellement exotique, importe 38 mille tonnes de caoutchouc en Europe et en Canada 34 mille tonnes, et encore on en manque. La France n’intervient que \CNAW
- p.6r - vue 11/36
-
-
-
- p.6v - vue 12/36
-
-
-
- 1 1
- pour ou 5 mille tonnes et pour une valeur de 48 millions.
- Voilà des exemples démonstratifs de ce qu’on peut at
- tendre de l’utilisation des matières exotiques.
- Passons à une branche d’industrie qui utilise les ma-tières exotiques; ce sont les corps gras. Ce sont encore des produits exotiques sur l’on utilise.
- A titre d’exemple, nous verrons ce qu’est le cocot ier qui fournit le coprah.
- Projections :
- 1° Plantat ion de cocotier dans une cocoterie de Ceylan.
- 2° Vie intense dans la récolte des noix de coco. C’est le fruit qui est le produit utile.
- 3° Branche qui porte la noix de coco. Quand le fruit est mûr, il contient une enveloppe fibreuse et dans sa partie moyenne, une amande qui est sur nos marchés. Lorsque vous la vendez, vous toyez unepartie dure, ligneuse, mais relativement peu épaisse qui est le coprah.
- 4° L'une d’elles détachée avec une machine quelconque; cette partie qui est la partie essentielle est le coprah qui sert de matière essentielle dans la fabrication des corps gras; mais il y a une autre matière, c’est la partie périphé-rique qui est essentiellement fibreuse qui paraît grossière et qu’on utilise.
- Lorsque les noix de coco sont recueillies , les indigènes les trient et séparent avec des machines plus ou moins primitives la partie fibreuse qui est rejetée sur le coté et
- p.7r - vue 13/36
-
-
-
- p.7v - vue 14/36
-
-
-
- la partie centrale qui est la noix est gardée, on casse la noix avec des ressorts; lafpartie blanche se sépare, on la sèche et on envoie en Europe ces amandes blan-ches qui jouent un rôle dans les usines des copps gras.
- L’huile sert dans lafabrication des savons, mais on l’a épurée et on en fait un produit alimentaire, c’est une des sources importantes des matières grasses.
- 5° Voici une usine: une série de presses où on écrase le coprah d'où on retire l’huile qui sert dans les usines.
- La farricatien partie fibreuse peut servir à alimen-ter une branche très particulière de notre industrie presque parisienne. A Ceylan où se trouve une main d'eeuvre très abondante, des femmes tressent ces fibres très rudes de coco et en ferment des nattes qui arrivent en Europe sous forme de cordelettes ou de tresses brunes; on peut les garder comme cela ou leur donner une teinte crème.
- 6° Voici les indigènes préparant ces filets à l'aide d’un appareil de filature extrêmement simple.
- Rien que pour cette industrie spéciale, on a fait des objets variés dont vous vous ne vous doutez pas.
- 7° Voici des nattes faites en coco. La fibre est très résistante et imputrescible; elle est imprégnée d’une matière tannique qui l'empêhe de se putréfier. C’est à trois ou quatre millions que se chiffrent les affairesdes maisons de Paris ou des environs.
- Dans le même ordre d’idées on peut citer le jute.
- C’est le Bengal qui a donné le jute. On fait rouir les tiges de jute et on retire les fibres de jute. Une partie ae ces fibres sont -tressées sur place et importées en Europe qui en fait une consommation considérable.
- Ainsi nos rizeries doivent acheter à l’Inde plus de
- /Bib N
- SCNAW
- p.8r - vue 15/36
-
-
-
- p.8v - vue 16/36
-
-
-
- I o
- 1
- 50 millions de sacs de jute. La France importe jusqu’à 73 mil-lions de francs debute par an et rien que dans nos usines de Picardie se trouvent employés à cette industrie plus de 50 mille employés.
- Le jute s’emploie actuellement à la confection d’un assez grand nombre de tissus. On en fait des toiles d ‘embal-lage, des tapis et dans ces dernères années on est arrivé à faire avec des fils de jute des peluches pour ameublement des rideaux de velours d’une imitation remarquable.
- J'ai le plaisir de vous mettre sous les yeux tous ces échantillons qui m’ont été donnés par une des fabriques importantes des environs de Paris .
- On pourrait encore citer un certain nombre de matière analogues qui alimentent pour une forte part toutes nos industries se rapportant à la corderie, à la sparterie et au tissage des toiles.
- Mais le produit qui est vraiment la base de notre industrie textile, c’est le coton.
- C’est une production essentiellement exotique .
- Voyons la production du coton et sa transformation. L’industrie du coton a pris naissance dans l’Inde et date de bien longtemps avant l'ère chrétie nne.
- Projections:1° Voici une scène de l’industrie en Egypte dans l’antiquité. Un Pharaon donne des ordres dans une cotonnière.
- 2° Voici un arbre , 11 ressemble à ces plantes que nous plaçons dans la famille des mauves; il a de grandes feuilles vertes.
- s 3
- p.9r - vue 17/36
-
-
-
- p.9v - vue 18/36
-
-
-
- I H O
- 1
- L’organe int éressant je ‘est le fruit constitué par une sorte de capsule à l’intérieur de laquelle se trouve une masse coton-l'ensemble
- neuse qui est-plensemblezdes graines qui sont hérissées de longues fibres; ce sont les fibres de coton , plus ou moins blanches, plus ou moins soyeuses, plus ou moins longues suivant les variétés.
- Le coton se trouve en abondance dans le centre des Etats Sud de l’Amérique du Nord, le Brésil, l’Egypte, l’inde puis un peu dans les régions chaudes êt sèches de l'Afrique, en Sénégambie par exemple,
- 3° Champ de coton à maturité.
- 4° La récolte dans l’Amérique de Nord. Les capsules mûres sont jetées dans des paniers. La cueillette se fait à la main; elle consiste à prendre délicatement la graine sans l’abîmer.
- 5° Voici un groupe de travailleurs.
- 6° Une négresse portant un panier plein de capsules .
- On a essayé dans les régions des Etats Unis d’industrialiser cette cueillette et de faire passer dans les champs des voitures composées de cylindres rotatifs qui ramasseraient les graines et les enverraient dans des sacs.
- Ce qu’on recueille ce sont des graines avec une amande. Une partie seulement est intéressants, c’est le duvet. A l'aide d’un rouleau écraseur, on sépare le duvet de l’amande. Ceci se faisait autrefois à la main, c’était l’engrenage.
- Ce rouleau s’appelle l’égreneuse. On engage sous des cylindres munis de scies, les graines de coton. Une brosse sépare le duvet. D’un coté , on voit les graines qui servent à fabriquer l’huile de coton et de l’autre ta machine qui débite le coton
- 0
- p.10r - vue 19/36
-
-
-
- p.10v - vue 20/36
-
-
-
- brut assez analogue au coton hydrophile que vous avez manié.
- 6° Vue d’ensemble d ‘une usine aux Etats Unis. La graine est amenée dans une voiture, puisée par aspiration pneumatique et amenée dans une trémie qui la distribue dans la machine égreneuse, puis, mécaniquement, toujours, le coton est aspiré au-dessus d‘une presse très puissante qui en fait des balles comprimées, chargées sur d’autres chariots qui les évacuent. C'est sous cette forme que les balles arrivent en Europe.
- 7° L’animation à l’arrivée des voitures.
- 8° Paquebots qui sont en train de charger le coton à destination de l’Europe.
- 9° L’arrivée dans un port importateur de coton où les vracs attendent pour être portés aux usines.
- 10° Fileuse en Egypte. Aujourdhui on se sert de machines très puissantes.
- 11° Cardes à coton.
- 12° Filature proprement dite; métiers différents.
- Voilà la production et l’utilisation de cette branche fondée sur les produits exotiques.
- Voici des chiffres pour fixer les idées: La France travaille environ 205 mille tonnes de coton par an, dont 2.000 à peine sont produits par nos colonies.
- Importation 250 à 265 millions. L’importance du coton pour lesnations industrielles a été marquée par l’effort qu’elles ont fait pour le produire dans leur territoire, et il faut lire ce qu’en disait la grande association de l’industrie cotonnière anglaise: ..................
- On s'explique très bien dans ces conditions que la
- 2
- p.11r - vue 21/36
-
-
-
- p.11v - vue 22/36
-
-
-
- production du coton ait été une des grandes causes de l’impé-rialisme de la Grande Bretagne»
- Une autre industrie qui se préoccupe de l’emploi de la fibre ligneuse, c’est l’industrie des bois; c'est une in-dustrie très importante, La France importe annuellement 250 millions de bois étrangers. Comme une partie de son domaine forestier va être détruit, et qu'il y aura une consommation considérable de bois, il est très logique de tourner les regards vers les colonies et c’est probablement dans ses essences coloniales que l’on trouvera l’occasion d’industries nouvelles parce que les bois exotiques ne peuvent se travailler de la même fagon.
- Il faudra transformer l’outillage partiellement pour trauter les essences variées que, dans des conditions favorables, peut produire notre domaine exotique.
- Mêmes considérations au point de vue des pâtes à papier, que nous cherchions dans les forêts du Nord, c’est dans les essences coloniales: qu’il faudra aller les chercher.
- Nous venons de jeter un coup d’oeil sur ce que les
- matières exotiques ont produit d’industries qui ne sont point nouvelles; il y a une foule de matières qui pourraient être la base d ‘industries nouvelles.
- p.12r - vue 23/36
-
-
-
- p.12v - vue 24/36
-
-
-
- I W
- 1
- Voilà les essences analogues à l’essence de térében-thine, par exemple, avant la guerre, cette essence était très chère et nécessaires à l'industrie des vernis. Dans nos colonies, il existe toute une série de plantes qui peuvent nous fo urnir des produits plus ou moins analogues à ces essences.
- Ce sont des arbres dont le tronc, quand il est attaqué laisse couler une substance plus ou moins molle analogue à du mile miel et dont on ne se sert guère qu'en pharmacie. Ces substances qui coulent de ces arbres peuvent être distillées et donner une résine analogue aux colophanes et ensuite, des essences proprement dites.
- On trouve ces arbres à Madagascar, en Inde-Chine, aux Antilles. L’industrie les a négligées, il y aurait inté-rèt à les utiliser.
- Projections: Voilà un de ces arbresdont le tronc laisse couler des baumes de couleur plus ou moins brune, plus ou moins jaune.
- Dans notre domaine d’Extrême Orient, il y a aussi des substances connues depuis la plus haute antiquité, utilisées par les Japonais, les Chinois et que l’industrie métropolitaine peut utiliser; ce sont les laques. Ces arbres donnent aussi un lait, mais un lait d’une nature particulière qui noircit au contatt de l’air et jouit de la propriété de former des vernis résistants à toutes les causes d’altération, au soleil, à la chaleur, à l'humidité, aux acides; les corps ainsi recouverts de vernis laqué ont une résistance extraor-dinaire.
- Pour recueillir ces laques on les mélange à l’huile
- 0
- p.13r - vue 25/36
-
-
-
- p.13v - vue 26/36
-
-
-
- I I
- 2)
- extraite des rameaux d‘autres plantes d’Extrême Orient dont les graines contiennent des huiles qu'on appelle wood-oil ou huile de bois.
- Ces laques sont utilisées depuis un temps immémorial dans ces régions d'Extrême Orient pour la confection d ‘une sé-rie d'objets , pour recouvrir les piliers de toutes les constructions soit coulé avec de l'or en poudre, soit avec une substance rouge et on obtient ainsi de riches coloris. C’est la base de l’industrie des vernis.
- Des expériences ont été faites au Havre où on a fabriqué des récipients à photographie et toutes sortes d'ob-jets qui surprennent par leur résistance. Pourquoi l’industrie les=a telle négligé une matière exotique qui offre une source d’industries nouvelles ?
- Dana le domaine des résines, nous avons à Madagascar, au Congo, dans les Indes, des arbres appelés des copaliers parce qu’ils laissent couler la résine copal.
- Ces copals sont utilisés de tous temps ans l’industrie des vernis; pour vous donner une idée de l’application de ces copals, je vais vous montrer des fume-cigarettes et des fume cigares faits avec le copal pour remplir l’ambre monopolisé par l’Allemagne; comme c’est une substance dont on manque, on a travaillé ces échantillons de copal et en a obtenu ces produits qui, s ils n’ont pas la qualité de l’ambre se feront néanmoins admettre facilement.
- Voilà pour les matières végétales. Mais il y a les matières animales.
- Dans l’industrie des vernis, on utilise la gomme laque; la gomme laque est recueillie sur la cochenille.
- Voici la plante sur laquelle vit la cochenille. Elle
- 0
- /an
- VCNAW >
- p.14r - vue 27/36
-
-
-
- p.14v - vue 28/36
-
-
-
- 1 H 01
- 1
- vit en colonie et secrète une matière analogue à la gomme laque, Cette gomme laque peut être traitée de la façon suivante: Dans les usines tout d ‘abord, celles de l’Inde, de l'Indo-Chine ayant une couleur brune, il faut la décolorer; c’est une fabrication délicate et onéreuse. Quand elle est bien sèche etbien blanche, on fabrique les vernis, on laplace dans des tonneaux où il y a une agitation constante et l’on fabrique ainsi une dissolution de gomme laque dans l’alcool. Quand la distillation est commencée, encore imparfaite, un ouvrier met une quantité de gomme laque; le tout se filtre dans un sac en toile; on recueille cette dissolution de gomme laque dans l’alcool, puis on achève de faire filteer dans ces entonnoirs. Pour cette
- gomme laque exploitée depuis de longues années , il y a une
- opérat io n de décoloration.
- A Madagascar, il y a une variété de gomme laque peu répandue dans l’industrie, mais elleprésente l'avantage d’être
- blanche ce qui simplifie l’industrie des gommes laques.
- Il y a aussi dans nos colonies une série de matières
- dont l’utilisation a cet avantage de mettre en valeur une
- partie de nos colonies.
- Parlons des palétuviers qui vivent sur les plages vaseuses. A haute mer, l’eau vient baigner les pieds; à basse
- C
- mer , vous voyez la base des arbres , puis des plants; ce sont des racines qui respirent par certains orifices qui sortent de la vase, pendant.de longues années on n’a pas exploité ces palétuviers et on s’est aperçu que l’écorce était riche en matière tannante; il y a là une série de matières importantes.
- A Madagascar, au cours de ces dix dernières années ces écorces prenaient le chemin de l’Allemagne,
- Fir
- p.15r - vue 29/36
-
-
-
- p.15v - vue 30/36
-
-
-
- -16 —
- I1 existe encore des matières exotiques fournies par l’insecte; il s'agit d’une espèce de cochenille, c’est un animal de la grosseur d ‘un pou, c’est une cochenille géante qui vit sur certaines plantes d’une vie extrêmement paresseuse et dont l'abdomen est gros, gorgé de matières grasses jaunes. Depuis un temps immémorial les anciennes civilisations des Inkas des Aztèques utilisaient ces insectes.
- Cest grâce à cet insecte que se réalisait l’art de la décoration des anciens pays.
- Cette matière jouit de propriétés siccatives extra-ordinaires.
- Simplement étalée elle y forme une couche de revêtement résistant à toutes les intempéries et voilà le type d’une matière siccative qui a été utilisée par les arte ancien-nes civilisations et mériteraiemt d’être utilisées dans l'in
- dustrie #
- Enfin, puisque nous parlons de matières rarement utilisées, je puis vous présenter non pas dans de grandes industries, mais dans une branche de l’industrie, l’emploi de dépouilles animales pour lafabrication des bijoux et des épin-gles à chapeaux. On prend pour cela de tout petits insectes, pour leur donner une résistance particulière , on les ouvre, on remplace la partie molle par du bois que l’on coule à l’intérieur de l'animal.
- On fait aussi des broches de lamème manière. Avec despapillons enfermés entre deux plaques de verre, on peut fabriquer despresse papier. De jolis papillons peuvent permet-tre la décoration de panneaux et fournir à l’ameublement des motifs de décoration pour appartements luxueux. Ces papillons à teintes plus ou moins vives , ce ne sera jamais une indus-
- /2 0 2 )
- p.16r - vue 31/36
-
-
-
- p.16v - vue 32/36
-
-
-
- I f
- trie à lapportée de toutes les bourses, mais on peut dire que beauzoup de ces dépouilles serviront à des industries tout à fait inattendues.
- Les petits ciseaux, voilà encore une matière animale. Au siècle dernier il y avait un art de l’emploi des plumes d’oiseaux morts et particulièrement des colibris.
- Voilà la dépouille d ‘un colibri à teinte précieuse.
- En prenant ces plumes, en les assemblant , on cons-tituait avec un peu aart des tableaux de genre représentant des animaux, des plantes artificielles; avec un peu d'ingé-n iosité, on pourrait constituer des motifs de décoration fine qui aurait un éclat tout à fait incomparable.
- En fait de matière exotique, si vous voulez bien remarquer combien sont d’origine exotique.
- L’ivoire fourni par les éléphants, par les dents d’ hippopotames, la défense des morses est exotique.; les éponges l’écaille, la nacre, la perle sont également exotiques.
- Toutes les fourruees de luxe sont d’origine exotique. Toutes les plumes de luxe sont d’origine exotique.
- Vous voyez toutes les quantités de matières exotiques
- d * industries
- qui intéressent nos industries et beaucoupyparisiennes par-t iculièrement.
- Si nous jetons un coup d’oeil sur les statistiques, nous voyons que la France importe
- 174 millions de coton, 264 millions de produits oléagineux, 210 millions de bois, 103 millions de caoutchouc, 74 millions de plumes, 67 millions de pates à papier,
- tout cela d’origine exotique; il n’est pas besoin d'être économiste pour s ‘apercevoir que la France pour constituer et accroître sa richesse n’a qu’à importer le pkus
- /B
- NCNAW )
- p.17r - vue 33/36
-
-
-
- p.17v - vue 34/36
-
-
-
- possible de ces matières de ses colonies; l’industrie doit trou ver dans ses territoires, les + millions dont nous sommes exportateurs annuellement vis-à-vis de l’étranger.
- Les diverses branches de l’industrie, avant de se décider à adppter ces matières étrangères doivent bien connaître toutes les matières que nos possessions sont dès maintenant à même de leur fournir; les industriels doivent s’ingénier à utiliser celles deces matières qu’ils savent encore sans emploi caractérisé et créeront ainsi de véritables industries nouvelles, non seulement des industriels qui sont dans de grandes industries, mais aussi les petits industriels qui développeront nombre de nos petits métiers parisiens.
- A cet égard, le Conservatoire National des Arts et Métiers peut faire oeuvre utile, il peut vulgariser nombre de ces matières exotiques qui sont une source de perfectionnement pour les industries existantes, ou au contraire une source de créations d’industries nouvelles. Dire que le eenservacire Conservatoire peut faire oeuvre utile, c’est dire qu’il le doit, dire qu’il le doit, c’est dire qu’il le fera.
- Si cette causerie peut vous en faire juger ainsi, peut-être n’auratelle as.été stérile.
- p.18r - vue 35/36
-
-
-
- p.18v - vue 36/36
-
-